L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 59)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

I. Quo référendum aiebat Apostoli verbum : Tu quis es qui juJiccs servitm alienum ? Axquc etiam lolii parabolam, Sinite rijJHiJ crescere cum tritico, id est, sinilt peccatorcs in Lcclesia manerc. Dicebal etiam Kcclesiie instar arcam Noe fuisse, qun canes, lupi, corvi, aliaquc omnia pura et impura animantia comprehendebantur ; oportere autcm item esse de Ecclesia. PHn.osoPHU- MENA. Lib. IX, de Callisto.

Saint Calliste, Pape et Martyr. 48 j

les temps à l'étroilesse de leui esprit superbe, fut étouffée sous le cri de l'admiration et méprisée *. «

L'espace nous manque pour faire suivre des développements qu'il comporterait cet exposé magistral. On sait comment, à l'heure où Cécile v-ierge et martyre céda aux Pontifes le lieu primitif de son repos dans la mort, Calliste, alors diacre de Zéphyrin, disposa l'hypogée des Caecilii pour ses destinées nouvelles. Auguste crypte en laquelle, pour la première fois, l'Etat reconnut à l'Eglise son droit de posséder sur terre ; sanctuaire autant que nécropole, où jusqu'au triomphe de la Croix Rome chrétienne accumula pour le )Our de la résurrection ses trésors. Jugé le plus digne de rappeler tant de gloires, le nom donné à ce Cimetière par excellence fut celui de notre grand Pontife martyr, bien que la Providence eût arrêté que lui-même n'y reposerait jamais. Sous le règne bienveillant d'Alexandre Sévère, il perdit la vie au quartier du Transtévère, dans une sédition des païens contre lui. La cause en fut sans doute l'acquisition qu'il avait faite de la fameuse Taberna merdoria du sol de laquelle, au temps d'Auguste, une fontaine d'huile avait jailli ei coulé tout un jour. Le Pontife érigea ce lieu en église, et le dédia à la Mère du Sauveur; c'est la basilique de Sainte-Marie au delà du Tibre. La propriété en fut disputée à Calliste, et la cause déférée à l'empereur, qui décida pour les chrétiens 2. La mort

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violente de Galliste semble une vengeance des adversaires, et elle eut lieu tout près de l'édifice que sa fermeté avait conservé à TEglise. Les séditieux le précipitèrent dans un puits, que Ton voit encore dans l'église de SaintCalliste, à quelques pas seulement de la basilique Transtiberine. La sédition ne permit pas de transporter le corps du martyr sur la voie Appienne ; on le déposa dans un cimetière déjà ouvert sur la voie Aurélia, où sa sépulture donna origine à un nouveau centre historique de Rome souterraine * .

Voici la brève notice rédigée dans un temps où l'histoire de Galliste était moins connue qu'elle ne l'est de nos jours.

CALUSTUS Romanus praefult Ecclesiae Antonino Heliogabalo imperatore. Constituit quatuor anni tempora, quibus jejunium ex apostolica iraditione acceptura ab omnibus servaretur. yEdificavlt basilicam sanctae Mariae trans Tiberim, et in via Appia vêtus cœmeterium ampliavit, in que multi sancti Sacerdotes et Martyres sepulti sunt : unde ab eo Callisti cœ- meterium appellatur.

GALLISTE, né à Rome, gouverna l'Eglise au temps de l'empereur Antonin Héliogabale. II établit les QuatreTemps, ordonnant que le jeûne dont la tradition venait des Apôtres y serait observé par tous. Il construisit la basilique de Sainte-Marie au delà du Tibre, et agrandit sur la voie Appienne un ancien cimetière où grand nombre de saints Pontifes et de Martyrs furent ensevelis ; on lappela de lui le cimetière de Galliste.

I. Histoire de sainte Cécile, 1849, p. 5 , Sainte Cécile et la société romaine aux deux premiers siècles, 1874, p. 424.

Saint Calliste, Pape et Martyr. 4Sg

LE corps du bienheureux Calépodius Prêtre et Martyr ayant été jeté au Tibre, il le fit dans sa piété rechercher avec grand soin, et, l'ayant trouvé, l'ensevelit avec honneur. Le consulaire Palmatius, le sénateur Simplicius, Félix et Blanda, tous ensuite Martyrs, reçurent de lui le baptême. Mis en prison pour ce motif, il y gagna à Jésus-Christ le soldat Privatus, en le guérissant par un miracle des ulcères qui le couvraient ; Privatus venait a peine d'embrasser la foi, qu'il mourait pour elle sous les fouets armés de plomb.

CALLISTE avait siégé cinq ans. un mois et douze jours. En cinq ordinations au mois de décembre, il avait créé seize prêtres, quatre diacres, huit évêques Soumis au supplice de la faim, à des flagellations répetees, il rut enhn précipite dans un puits et couronné ainsi du martyre sous l'empereur Alexandre Sévère. On le transporta au cimetière de Calépodius, au troisième mille sur la voie Aurélia. C'était la veille des ides d'octobre. Son corps fut par la suite ramené dans

C JUSDEM pietatis fuit,

1-^ quod beati Calepodii Presbyteri tt Martyris corpus jactatnm in Tiberim conquiri diligenter curavit, et inventum honorifice sepelivit. Palmatium consulari, Simplicium senatoria dignitate illustres, Felicem et Blandam, qui deinde omnes martyrium subiere, cum baptismo lustrasset, missus est in carcerem, ubi Privatum militem, ulceribus plénum, admirabiliter sanitati restitutum, Christoadjunxit : pro quo idem, recens adhuc a fide suscepta, plumbatis usque ad mortem csesus occubuit.

SEDiï Callistus annos quinc^ue, mensem

unum, dies duodeclm. Ordinationibus quinqus mense decembri, creavit presbyteros sexdecim, diaconos quatuor, episcopos octo. Post longam famem crebrasque verberationes, prseceps jactus in puîeum, atque ita martyriù coronatus sub Alexandro imperatore, illatus est in cœmeterium Calepodii, via Aurélia, tertio ab Urbe lapide, pridie idus octobris. Ejus postmodum

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corpus in basihcam sanctse Mariae trans Tiberira, ab ipso aedificatam, delatum, sub ara majori, maxima venera tione colitur

la basilique de Sainte-Marie au delà du Tibre, qu'il avait bâtie, et placé sous l'autel majeur où on l'entoure d'une grande vénération.

I 'Esprit Saint, qui garde TEglise. vous pré^ para ccmme un auxiliaire d'élite dans la souffrance ei rhumiliation. Vous naquîtes esclave ; la fourberie judaïque sema de bonne heure les embûches sous vos pas ; jeune encore, les mines de Sardaigne comptaient en vous un forçat de plus, mxais c'était pour le Seigneur, Serf de la peine, comme disait l'ancienne Rome, vous ne l'étiez plus de votre ancien maître , et délivré des mines à l'heure marquée parCelui qui conduitles événements au gré de sa providence, le titre de Confesseur, en vous ennoblisant pour jamais, vous recommandait à l'attention maternelle de l'Eglise.

Tels apparurent dès lors votre mérite et vos vertus qu'inaugurant le plus long pontificat de répoqat des martyrs, Zéphyrm vous choisit pour le conseiller, l'appui, le suppléant de sa vieillesse ; en attendant que l'Eglise suffisamment instruite par l'expérience de ces dix-huit années, vous élût à son tour comme pasteur suprême.

Combien grande vous la laissez aujourd'hui, cette noble épouse du P'ils de Dieu ' Toute la noblesse des anciens âges, toute la valeur morale, tout l'essor intellectuel de l'humanité apparaissent concentrés en elle à cette heure Où sont les mépris de jadis, les calomnies d'antan ? Le monde n'ignore plus

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qu'il a devant lui la reine de l'avenir,' latrocité des persécutions que l'Etat paien lui réserve encore viendra de cette conviction qu'il s'agit pour lui de la lutte, et d'une lutte desespérée, pour la vie. Aussi hésite-t-il, et semble-t-il plutôt vouloir aujourd'hui transiger avec les chrétiens.

Vous fûtes l'initiateur des voies nouvelles, pleines de péril comme de grandeur, où entrait l'Eglise. De l'absolu et brutal Noyi licet esse vos * des jurisconsultes bourreaux, vous sûtes le premier amener l'empire à reconnaître en quelque chose officiellement les droits de la communauté chrétienne : Cécile assurait par vous à celle-ci la propriété de la tombe, la faculté de se réunir, de se cotiser, pour honorer ses morts; à Marie, /ons o/e?, et ce fut l'occasion de votre martyre, il vous était donné de consacrer le premier sanctuaire légalement acquis dans Rome aux chrétiens. Or, loin de céder quoi que ce fût des droits de Dieu en pactisant avec César, vous affirmiez dans le même temps à rencontre de celui-ci, comme nul ne l'avait fait encore, l'indépendance absolue de l'Eglise concernant cette question du mariage soustraite de parle Christ-roi à la juridiction des pouvoirs civils. D'ores et déjà « ne dirait-on pas une nation dans la nation i oui ; jusqu'à ce que la nation elle-même ait passé tout entière dans les rangs de ce peuple nouveau 2. »

I. Il ne vous est pas permis d'être — 2 I 2 Temps pascal, t. II ; Jeudi de la troisième semain'î après raques.

4Q2 Le Temps après la Pentecôte.

Au sein de l'Eglise, autres soucis, l'ardeur des luttes doctrinales est à son comble et s'est

Î>ortée sur le premier de nos mystères : Sabelius, condamné pour son audace à déclarer incompatible avec l'unité de Dieu la réelle distinction de la Trinité sainte, laisse le champ libre à l'école qui sépare les augustes personnes au risque de multiplier Dieu même. Puis c'est Montan, dont les disciples, ennemis des théories sabelliennes antérieurement à Sabellius même, escomptent la faveur du premier Siège pour leur système de fausse mystique et cie réforme outrée. Mais comme le pilote expérimenté déjoue les écueils, entre les subtilités des dogmatisants, les prétentions des rigoristes, les utopies des politiques, vous dirigiez d'une main dont la sûreté était celle de l'Esprit-Saint lui-même la barque de Pierre à ses immortelles destinées. En la mesure où Satan vous déteste et vous poursuit jusqu'à nos jours, soyez glorifié à jamais _, bénissez en nous vos disciples et vos fils.

Encore que TEglise qui règne au ciel et celle qui gémit sur la terre semblent être entièrement séparées, dit pour cette fête l'Evêque de Meaux, il y a néanmoins un lien sacré par lequel elles sont unies. Ce lien, c'est la charité, qui se trouve dans ce lieu d'exil aussi bien que dans la céleste patrie ; qui réjouit les saints qui triomphent, et anime ceux qui combattent; qui se répandant du ciel en terre, et des anges sur les mortels, fait que la terre devient un ciel, et que les hommes deviennent des anges. Car, ô sainte Jérusalem, heureuse Eglise des premiers nés. dont les noms sont écrits au ciel, quoique l'Eglise votre chère sœur, qui vit et combat sur la terre, n'ose pas se comparer à vous, elle ne laisse pas d'assurer qu'un saint amour vous unit ensemble. Il est vrai qu'elle cherche, et que vous possédez; qu'elle travaille, et que vous vous reposez ; qu'elle espère, et que vous jouissez. Mais parmi tant de différences, par lesquelles vous êtes si fort éloignées, il y a du moins ceci de commun, que" ce qu'aiment les esprits bienheureux, c'est ce qu'aiment aussi les hommes mortels. Jésus est leur vie, Jésus est la nôtre ; et parmi leurs chants d'allégresse et nos tristes gémissements, on entend résonner partout ces pa404 ^^ Temps après la Pentecôte.

rôles du sacré Psalmiste : Mon bien est de m'iinir à Dieu '. »

Or, ce bien suprême de l'Eglise de la terre comme de l'Eglise des cieux, Thérèse, en un temps de ruines, eut mission de le rappeler au monde, des hauteurs du Carmel rendu par elle à sa première beauté. Au sortir de la glaciale nuit des siècles xiV et xv-e, une puissance d'irrésistible attrait se dégage des exemples de sa vie, pour lui survivre en ses écrits, entraînant à sa suite les prédestinés sur les pas de l'Epoux.

Ni l'Esprit-Samt pourtant n'ouvrait en Thérèse des voies inconnues ; ni Thérèse surtout, l'humble Thérèse, n'mnovait en ses livres. Bien avant elle, l'Apôtre avait dit des chrétiens que leur conversation est dans les cieux 2 ; et l'Aréopagite nous livrait sur ce point, lors de son récent passage au Cycle sacré, jusqu'aux formules de l'enseignement du premier âge. Faut-il citer après lui les Ambroise. les Augustin, les Grégoire le Grand, les Grégoire de Nazianze, tant d'autres témoins de toutes les Eglises ? On l'a dit et prouvé mieux que nous ne saurions faire :

M Aucun état ne fut mieux reconnu par les

Pères que celui de l'union parfaite qui s'achève au sommet de la contemplation : en lisant leurs écrits, on ne peut s'empêcher de remarquer la simplicité avec laquelle ils en traitent ; ils paraissent le regarder comme fréquent, et n'y voient qu'un développement du christianisme dans sa plénitude ''. -

20. — 3. La Vie spirit. et l'Oraison (Solesmes). Ch. \i\.

Sainte Thérèse, Vierge. 4g 5

En cela comme en tout le reste, la scolastiqiie recueillit leurs données, hlle affirma la doctrine concernant ces sommets de la vie chrétienne, dans les jours mêmes où l'affaiblissement de la foi des peuples ne laissait plus guère à la divine charité son plein essor qu'au fond de quelques cloîtres ignorés. Sous sa forme spéciale, l'enseignement de l'Ecole n'était malheureusement plus accessible à tous ; et, par ailleurs, le caractère anormal de cette époque si étrangement troublée se reflétait jusque chez les mystiques qu'elle possédait encore.

Alors parut, au royaume catholique, la vierge d'Avila. Admirablement douée par la grâce et par la nature, elle connut les résistances de celle-ci comme les appels de Dieu, les délais purifiants, les triomphes progressifs de l'amour ; l'Esprit, qui la voulait maîtresse en l'Eglise, la conduisait par le chemin classique, si l'on peut dire ainsi, des faveurs qu'il réserve aux parfaits. Arrivée donc à la montagne de Dieu, elle fit le relevé des étapes de la route qu'elle avait parcourue, sans autre prétention que d'obéir à qui lui commandait au nom du Seigneur ^ ; d'une plume exquise de limpidité, d'abandon, elle raconta les œuvres accomplies pour l'Epoux 2 ; avec non moins de charmes, elle consigna pour ses filles les leçons de son expérience 3, décrivit les multiples demeures de ce château de l'âme humaine au centre duquel, pour qui sait l'y trouver, réside en un ciel anticipé la Trinité

I. Vie de la Sainte écrite par elle-même. — 2, Livre des Fondations. — 3. Le chemin de la perfection.

4()6 Le Temps après la Pentecôte.

sainte ' . Il n'en fallait pas plus : soustraite aux abstractions spéculatives, rendue à sa sublime simplicité, la Mystique chrétienne attirait de nouveau toute intelligence ; la lumière réveillait l'amour ; et les plus suaves parfums s'exhalaient de toutes parts au jardin de la sainte Eglise, assainissant la terre, refoulant les miasmes sous lesquels l'hérésie d'alors et sa réforme prétendue menaçaient d'étouffer le monde.

Thérèse sans doute ne conviait personne à tenter de forcer, aussi présomptueusement qu'inutilement, l'entrée des voies non communes. Mais si l'union passive et infuse reste entièrement dépendante du bon plaisir de Dieu, l'union de conformité effective et active au vouloir divin, sans laquelle la première ne serait qu'illusion, s'offre avec l'aide de la grâce ordinaire à tout homme de bonne volonté. Ceux qui la possèdent « ont obtenu ce qu'ils peuvent souhaiter, dit la Sainte. C'est là l'union que j'ai désirée toute ma vie, que j'ai toujours demandée à Notre-Seigneur ; c'est aussi la plus facile à connaître et la plus assurée ^ »

Néanmoins elle ajoutait : « Gardez-vous de ces réserves excessives qu'on voit en certaines personnes, et qu'elles prennent pour de l'humilité. Si le roi daignait vous accorder quelque faveur, l'humilité consisterait-elle à l'accueillir par un refus ? Et lorsque le souverain Maître du ciel et de la terre daigne honorer mon âme de sa visite, qu'il vient pour me

I. Le château intérieur. — 2. Château intér. V* demeure, ch. m; édition Boi:ix.

Sainte Thérèse^ Vierge. 4gy

combler de ses grâces et se réjouir avec moi ce serait me montrer humble que de ne vouloir ni lui répondre, ri lui tenir compagnie, ni accepter ses dons, mais de m'enfuir de sa présence et de le laisser là tout seul / En vérité, la plaisante humilité que celle-là ! Voyez dans Jésus-Christ un père, un frère, un maître, un époux, et traitez avec lui selon ces diverses qualités ; lui-même vous apprendra quelle est celle qui peut le satisfaire davantage, et qu'il vous convient de choisir. Ne soyez pas si simples alors que de n'en pas faire usage *. »

Mais, répète-t-on de toutes parts, « cette voie est toute semée d'écueils : une telle s'y est perdue ; celle-ci s'y est égarée : cette autre qui ne cessait de prier, n'a pu éviter de tomber... — Admirez ici l'inconcevable aveuglement du monde. Il ne s'inquiète point de ces milliers de malheureux qui , entièrement étrangers à la vie d'oraison, vivent dans les plus horribles débordements ; et s'il arrive, par un malheur déplorable sans doute, mais très rare, que les artifices du tentateur séduisent une âme qui fait oraison, on en tire avantage pour inspirer aux autres les plus grandes terreurs et pour les éloigner des pratiques saintes de la vertu. N'est-ce pas être victime de la plus funeste erreur que de croire qu'il faille, pour se garantir du mal, éviter de faire le bien i Elevez-vous au-dessus de toutes ces craintes. Efforcez-vous de conserver votre conscience toujours pure ; fortifiez^vous dans

I. Chemin de la perfect. ch. xxix.

4QS Le Temps après la Pentecôte.

l'humilité; toulez aux pieds toutes les choses de la terre ; soyez inébranlables dans la foi de la sainte Eglise notre mère, et ne doutez pas après cela que vous ne soyez dans le bon chemin '. »

Il est trop vrai : « lorscju'une âme ne trouve pas en elle cette foi vigoureuse et que ses transports de dévotion ne contribuent pas à augmenter son attachement pour la sainte Eglise, elle est dans une voie pleine de périls. L'Esprit de Dieu n'inspire jamais que des choses conformes aux saintes Ecritures, et, s'il y avait la plus légère divergence, cette divergence suffirait à elle seule pour prouver d'une manière si évidente l'action du mauvais esprit que, le monde entier m'assurât-il que c'est l'Esprit divin , je ne le croirais

Mais l'âme évite un tel péril, en interrogeant ceux qui peuvent l'éclairer. « Tout chrétien doit, quand il le peut, rechercher un guide instruit, et le plus éclairé sera le meilleur. Un tel secours est encore plus nécessaire aux personnes d'oraison, et c'est dans les états les plus élevés qu'elles peuvent le moins s'en passer. J'ai toujours aimé les hommes éminents en doctrine. Quelquesuns, j'en conviens, n'auront pas une connaissance expérimentale des voies spirituelles ; mais ils n'en ont point aversion, ils ne les ignorent pas, et à l'aide de l'Ecriture sainte, dont ils font une étude constante, ils reconI. Chemin de la perfect. ch. xxii. -- 2. Vie, ch. xxv (traduction prise de la filiale et si vivante Histoire Je sainte Thèrcse publiée chez les éditeurs Retaux-Bray).

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naissent toujours les véritables marques du bon Esprit. L'esprit de ténèbres redoute singulièrement la science "humble et vertueuse j il sait qu'il sera découvert par elle, et qu'ainsi ; ses stratagèmes tourneront à sa perte... Sei • 1 gneur, moi ignorante et inutile, je vous bénis | pour ces ministres lidèles qui nous donnent ( la lumière * Je n'ai pas plus de science que ? de vertu ; je n'écris qu'à la dérobée, et encore | avec peine : cela m'empêche de filer, et je suis ; dans une maisyn pauvre où les occupations l ne me manquent pas. Il me suffit d'être '. femme, et femme si imparfaite, pour que la plume m'échappe des mains 2. »

A votre gré, ô Thérèse : délivrez votre âme ; passant plus outre, au souvenir de ce que vous appelez vos infidélités, avec Madeleine arrosez de vos larmes les pieds du Seigneur 3, reconnaissez-vous dans les Confessions d'Augustin ^ ! Oui ; dans ces relations ; de jadis qu'approuvait, il est vrai, l'obéissance, . dans ces entretiens où tout n'était qu'honneur et vertu, c'était pourtant une faute à vous, conviée plus haut, de disputer à Dieu tant d'heures qu'il vous sollicitait intimement de : garder pour lui seul ; et qui sait où les frois- j sements prolongés de l'Epoux eussent en effet li conduit votre âme ? Mais nous dont la froide • casuistique ne saurait découvrir en vos grands î péchés par eux-mêmes que ce qui serait la j perfection pour tant d'autres ^, c'est notre i droit d'apprécier comme l'Eglise et votre vie | et vos ouvrages, disant avec elle : Exauce:^- |

I. Vie, ch. XIII. — 2. Ihid, x — 3. Ihd. ix. — j

4- Ibid. — 5. BoLLAND. in Theres. i33. I

5no Le Temps après la Pentecôte.

nous, ô Dieu sauveur; en ce jour de joie, en cette Jête de votre bienheureuse vierge Thérèse, nourrissez-nous de sa céleste doctrine, infuse^-nous son amour i.

Selon la parole du divin Cantique, pour introduire Thérèse en ses réserves les plus excellentes, l'Epoux avait dû ordonner l'amour en son âme et y régler la charité 2. Ayant donc revendiqué, comme il était juste, ses droits souverains, il ne tardait pas à la rendre au prochain lui-mêm» plus dévouée, plus aimante que jamais. Le dard du Séraphin ne dessécha ni ne déforma son cœur. Au point culminant de la perfection qu'elle devait atteindre, l'année même de sa bienheureuse mort : « Si vous m'aimez beaucoup, écrivait-elle, je vous le rends, je vous assure, et J'aime que vous me le disiez. Oh ! qu'il est vrai que notre nature nous porte à vouloir être payées de retour ! Cela ne doit point être mauvais . puisque Notre-Seigneur même l'exige de nous. C'est un avantage pour nous de lui ressembler en quelque chose, ne fût-ce qu'en celle-là 3. » Et ailleurs, parlant de ses voyages sans fin au service de l'Epoux : « Ea peine des peines, c'était lorsque je devais quitter mes filles et mes sœurs Elles sont détachées de tout en ce monde, mais Dieu ne leur a pas accordé de l'être de moi ; il l'a peut-être permis pour que ce me fût un plus crand tourment, car je ne suis pas non plus détachée d'elles *. »

I. Collecte du jour. — 2. Cant. II, 4. — 3. A Marie de Saint-Joseph, Prieure de Scville, 8 novembre l?8l. — 4. Fondations, ch. xxvii.

Sainte Thérèse, Vierge. Soi

Non ; la grâce ne déprécie pas la nature, œuvre elle aussi du Créateur. En la consacrant, elle l'assainit, la fortifie, l'harmonise ; elle fait du plein épanouissement de ses facultés le premier, le plus tangible hommage rendu par l'homme régénéré, sous l'œil de ses semblables, au Dieu rédempteur. Qu'on lise ce chef-d'œuvre littéraire qu'est le livre des Fondations, ou tout aussi bien les innombrables lettres disputées par la séraphique Mère à sa. vie dévorante ; et l'on reconnaîtra si l'héroïsme de la foi et de toutes les vertus, si la sainteté à sa plus haute expression mystique, nuisit un instant chez Thérèse, nous ne dirons pas à la constance, au dévouement, à l'énergie, mais à cette intelligence que rien ne déconcerte, alerte et vive jusqu'à l'enjouement, à ce caractère toujours égal, répandant de sa plénitude sérénité et paix sur tout ce qui l'entoure, à la délicate sollicitude, à la mesure, au tact exquis, au savoirvivre aimable, enfin au génie pratique, à l'incomparable bon sens de cette contemplative dont le cœur transpercé ne battait plus que par miracle, dont la devise était : Souffrir ou mourir !

Au bienfaiteur d'une fondation projetée : <r Ne croyez pas. Monsieur, avoir à donner seulement ce que vous pensez, écrit-elle ; je vous en préviens. Ce n'est rien de donner de l'argent, cela ne fait pas grand mal. Mais quand nous nous verrons au moment d'être lapidés, vous, monsieur votre gendre , et tous tant que nous sommes qui" nous mêlons de cette affaire, comme il faillit nous arriver lors de la fondation de Saint-Joseph

5o2 Le Temps après la Pentecôte.

dWvila, oh! c'est alors qu'il y fera bon '. » C'est à cette même fondation de Tolède, en effet fort mouvementée, que se rapporte le mot de l'aimable Sainte : c( Thérèse et trois ducats, ce n'est rien ; mais Dieu, Thérèse et trois ducats, c'est tout. »

Thérèse éprouva mieux que les dénûments humains : un )our, Dieu même sembla lui manquer. Comme avant elle Philippe Benizi, comme après elle Joseph Calasanz et Alphonse de Liguori, elle connut Tépreuve de se voir condamnée, rejetée, elle, et ses tilles, et ses tils, au nom et par l'autorité du Vicaire de l'Epoux. C'était un de ces )Ours, prédits dès longtemps, où il est donné à la bête de faire la guerre aux saints et de les vaincre ^. L'espace nous manque pour raconter ces incidents douloureux 3 ; et à quoi bon ? La bête alors n'a qu'un procédé, qu'elle répète au XVI* siècle, au xvii*, au xviii", et toujours ; comme, en le permettant, Dieu n'a qu'un but : d'amener les siens à ce haut sommet de l'union crucifiante où Celui qui voulut le premier savourer l'amertume de cette lie, put dire à plus douloureux titre qu'aucun : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'ave:i-vous abandonné * ?

L'Eglise résume ainsi qu'il suit la vie de la réformatrice du Carmel

ERESIA virgo nata est 1 i A vierçe Thérèse naquit h Abulae in Hispania, | L Avtla en Espagne, de

1- A Alphonse Ramirez, 19 février l5ÔQ. — 2. Apoc XUI, 7 — 3- Voir les lettres dt la Sainte ; au Prieur des Chartreux de Séville, 3l janvier l579; etc. —

Sainte Thérèse, Vierge»

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parents illustres par leur piété comme par leur noblesse. Nourrie par eux du lait de la crainte du Sei' gneur, elle fournit dès le plus jeune âge un indice admirable de sa sainteté future. Comme, en effet, elle lisait les actes des saints Martyrs, le feu du Saint-Esprit embrasa son âme au point que, s'étant échappée de la maison paternelle, elle voulait gagner l'Afrique afin d'y donner sa vie pour la gloire de Jésus-Christ et le salut des âmes. Ramenée par un de ses oncles, elle chercha dans l'exercice de l'aumône et autres œuvres pies une compensation à. son désir ardent du martyre ; mais ses larmes ne cessaient plus, de s être vu enlever la meilleure part. A la mort de sa mère, la bienheureuse Vierge, suppliée par Thérèse de lui en tenir lieu, exauça le désir de son cœur ; toujours dès lors elle éprouva comme sa vraie fille la protection de la Mère de Dieu. Elle entra, dans sa vingtième année, chez les religieuses de Sainte-Marie du Mont Carmel ; dix-huit années durant, sous le faix de graves maladies et d'épreuves de toutes sortes, elle y soutint dans la foi les combats de la pénitence, sans ressentir le . réconfort d'aucune de ces ! . consolations du ciel dont

parentibus tum génère, tum pietate praeclaris. Ab iis divini timoris lacté educata, admirandum futurae sanctitatis in tenerrima adhuc ae- ; tate spécimen dédit. ■ Nam cum sanctorum • Martyrum acta perlegeret, adeo in ejus metatione sancti Spiritus ignis exarsit, ut domo aufugiens, in Africam trajiceret, ubi vitam pro gloria Jesu Christi et animarum salute profunderet. A patruo revocata, ardens martyrii desiderium eleemosynis aliisque piis operibus compensavit, jugibus lacrimis deplorans optimam sibi sortem fuisse praerepiam. Mortua matre, cum a beatissima Virgine peteret, ut se matrem esse monstraret, ; pii voti compos effecta est ; semper perînde ac filia patrocinio Deiparae perfruens. Vigesimum œtatis annum agens, ad moniales sanctae Mariae de Monte Carmelo se contulit : ibi per duo- " deviginti annos gravissimis morbis et variis tentationibus vexata, constantissime meruit in castris christiana^ pœnitentiae, nullo refecta pabulo cœlcstium caruni conso- ■

5o4 Le Temps après la Pentecôte

lationum, quibus solet etiam in terris sanctitas abundare.

ANGELicis dttata virtutibus, non modo propriam, sed publicam etiam salutem sollicita caritate curavit. Quare severiorem veterumCarmelitaruni regulam, Deo afllante, et Pio Quarto approbante, primum mulieribus, deinde viris observandam proposait. Effloruit in eo consiiio omnipotens miserentis Dotnini benedictio : nam duo supra triginta raonasteria inops virgo potuit aedificare, omnibus humanis destituta auxiliis, quinimo adversantibus plerumquc saeculi principihus. Infidelium et haereticorum tenebras perpetuis deflebat lacrimis, atque ad placandam divinae ultionis iram, voluntarios proprii corporis cruciatus Deo pro eorum salute dicabat Tanto autem divini amoris incendio cor ejus conflagravit, ut mcrito viderit Angelum ignito jaculo sibi prrecordia transvcrberantem, et audierit Christuro data dextera dicentem sibi : Deinceps ut vera sponsa meum zelabis honorera.

l'abondance est, sur terre même, l'habituel partage de la sainteté.

SES vertus étaient angéliques ; le zèle de sa charité la poussait à travailler au salut, non d'elle seule, mais de tous. Ce fut ainsi ue. sous l'inspiration de ieu et avec l'approbation de Pie IV, elle entreprit de ramener la règle du Carmel à sa sévérité première, en s'adressant d'abord aux femmes, aux hommes ensuite. Entreprise sur laquelle resplendit la bénédiction toutepuissante du Dieu de bonté ; car, dans sa pauvreté, dénuée de tout secours humain, bien plus, presque toujours malgré l'hostilité des puissants, l'humble vierge put édifier jusqu'à trente-deux monastères. Ses larmes coulaient sans trêve à la pensée des ténèbres où infidèles et hérétiques étaient plongés; et dans le but d'apaiser la divine colère qu'ils avaient encourue, elle offrait à Dieu pour leur salut les tortures qu'elle s'imposait dans sa chair. Tel était l'incendie d'amour divin dont brûlait son cœur, qu'elle mérita de voir un Ange transpercer ce cœur en sa poitrine d un dard enflammé, et qu'elle entendit le Christ, prenant sa main droite en la sienne, lui

Sainte Thérèse, Vierge.

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adresser ces mots : C'est à titre d'épouse que désormais tu prendras soin de mon honneur. Par son conseil, ell'e émit le difficile vœu de faire toujours ce qui lui semblerait le plus parfait. Elle a laissé beaucoup d'ouvrages remplis d'une sagesse céleste ; en les lisant, l'âme fidèle se sent grandement excitée au désir de l'éternelle patrie.

TANDIS qu'elle ne donnait que des exemples de vertus, telle était l'ardeur du désir qui la pressait de châtier son corps, qu'en dépit des maladies dont elle se voyait affligée, elle joignait à l'usage du cilice et des chaînes de fer celui de se flageller souvent avec des orties ou de dures disciplines, quelquefois de se rouler parmi les épines. Sa parole habituelle était : Seigneur, ou souffrir, ou mourir ; car cette vie qui prolongeait son exil loin de la patrie éternelle et de la vie sans fin, lui paraissait la pire des morts. Elle possédait le don de prophétie ; et si grande était la prodigalité du Seigneur à l'enrichir de ses dons gratuits, que souvent elle le suppliait à grands cris de modérer ses bienfaits, de ne point perdre de vue si promptement la mémoire de ses fautes. Aussi fût-ce moins de maladie que

Eo consiliante, maxime arduum votum emisit, efliciendi semper quidquid perfectius esse intelligeret. Multa cœlestis sapientiœ documenta conscripsit, quibus fidelium mentes ad supernae patria; desiderium maxime excitantur.

CUM autem assidua ederet exempla virtutum, tam anxio castigandi corporis desiderio xstuabat, ut quamvis secus suaderent morbl quibus afflictabatur, corpus ciliciis, cateniS; urticarum manipulis, aliisque asperrimis flagellis sajpe cruciaret, et aliquando inter spinas volutaret, sic Deum alloqui solita : Domine aut pati. aut mori : se semper miserrima morte pereuntem existimans, quamdiu a cœlesti aeternx vitcc fonte abesset. Prophétise dono excellait, eamque divinis charismatibus tam liberaliter locupletabat Dominus, ut ssepius exclamans peteret beneficiis in se divinis modum imponi, nec tam céleri oblivione culparum suarum memoriam aboleri.

5o6 Le Temps après la Pentecôte.

Jntolerabili igilur divini amoris incendio potius qiiam vi morbi, Albae cum decumberei, praenuntiato suas mortis die, ecclesiasticis sacramentis munita, alumnos ad pacem, caritatem et regularem observantiam adhortata, sub columbœ specie purissimam animam Deo reddidit, annos nata sexaginta septem, anno millesimo quingentesimo octogesimo secundo, idibus octobris, juxta calendarii Romani emendationem. Ei morienti adesse visus est inter Angelorum agmina Christus Jésus : et arbor arida cellœ proxima statim effloruit. Ejus corpus usque ad hanc diem incorruptum, odorato liquore circumfusum, pia veneratione colitur. Miraculis claruit ante et post obitum, eamque Gregorius Dccimus quintus in Sanctoruni numerum retulit.

\ 'ous le trouviez déjà dans la souffrance de

cette vie, ô Thérèse, le Bien-Aimé qui se

révèle à vous dans la mort, a Si quelque chose

I. Grégoire XIII avait arrête que, pour opérer cette réforme, on supprimerait dix jours de l'année l582, et que le lendemain du 4 octobre s'appellerait le l5 du même mois; ce fut dans cette nuit historique du 4 au l5 que mourut sainte Thcrosc.

de l'irrésistible ardeur de son amour pour Dieu qu'elle mourut à Albe. au jour prédit par elle, munie des sacrements de l'Eglise, et après avoir exhorté ses disciples à la paix, à la charité, à l'observance régulière. Ce fut sous la forme d'une colombe qu'elle rendit son âme très pure à Dieu, âgée de soixantesept ans, Tan mil cinq cent quatre-vingt-deux, aux ides d'octobre selon le calendrier romain réformé *. On vit Jésus-Christ assister, entouré des phalanges angéliques, à cette mort ; un arbre desséché, voisin de la cellule mortuaire, se couvrit de fleurs au moment même qu'elle arriva. Le corps de Thérèse, demeuré jusqu'à ce jour sans corruption et imprégné d'une liqueur parfumée, est l'objet de la vénération des fidèles. Les miracles qu'elle opérait durant sa vie continuèrent après sa mort, et Grégoire XV la mit au nombre des Saints.

Sainte Thérèse, Vierge. 5oy

pouvait vous ramener sur la terre, ce serait le désir d'y souffrir encore plus *. » — ce Je ne m'étonne pas, dit en cette fête à votre honneur le prince des orateurs sacrés, je ne m'étonne pas que Jésus ait voulu mourir : il devait ce sacrifice à son Père. Mais qu'était-il nécessaire qu'il passât ses jours, et ensuite qu'il les finît parmi tant de maux ? C'est pour la raison qu'étant l'homme de douleurs, comme l'appelait le Prophète ^, il n'a voulu vivre que pour endurer ; ou, pour le dire plus fortement par un beau mot de Tertullien, il a voulu se rassasier, avant que de mourir, par la volupté de la patience : Saginari voluptate patientiœ discessuriis volebat 3, Voilà une étrange façon de parler. Ne diriez-vous pas que, selon le sentiment de ce Père, toute la vie du Sauveur était un festin, dont tous les mets étaient des tourments ? Festin étrange, selon le siècle, mais que Jésus a jugé digne de son goût. Sa mort suffisait pour notre salut ; mais sa mort ne suffisait pas à ce merveilleux appétit qu'il avait de souffrir pour nous. Il a fallu y joindre les fouets, et cette sanglante couronne qui perce sa tête, et tout ce cruel appareil de supplices épouvantables ; et cela pour quelle raison ? C'est que ne vivant que pour endurer, il voulait se rassasier, avant que de mourir^ de la volupté de souffrir pour nous *. » Jusque-là que, sur sa croix, <r voyant dans les décrets éternels qu'il n'y a plus rien à souffrir pour lui : Ah! dit-il,

I. Apparition au P. Gratien. — 2. IsAi. LUI, 3. —

3. Tertull. De Patientia, 3. — 4. Bossuet, Panégyr. de sainte Thérèse.

5o8 Le Temps après la Pentecôte.

c'en est fait, tout est consommé ' : sortons, il n'y a plus rien à faire en ce monde ; et aussitôt il rendit son âme à son Père 2. »

Or, si tel est l'esprit du Sauveur Jésus, ne faut-il pas qu'il soit celui de Thérèse de Jésus, son épouse ? 0: Elle veut aussi souffrir ou mourir ; et son amour ne peut endurer qu'aucune cause retarde sa mort sinon celle qui a différé la mort du Sauveur 3. » A nous d'échauffer nos cœurs par la vue de ce grand exemple. « Si nous sommes de vrais chrétiens, nous devons désirer d'être toujours avec JésusChrist. Or, où le trouve-t-on, cet aimable Sauveur de nos âmes ? En quel lieu peut-on l'embrasser ? On ne le trouve qu'en ces deux lieux : dans sa gloire ou dans ses supplices, sur son trône ou bien sur sa croix. Nous devons donc, pour être avec lui, ou bien l'embrasser dans son trône, et c'est ce que nous donne la mort, ou bien nous unir à sa croix, et c'est ce que nous avons par les souffrances ; tellement qu'il faut souffrir ou mourir, atin de ne quitter jamais le Sauveur. Souffrons donc, souffrons, chrétiens, ce qu'il plaît à Dieu de nous envoyer : les afflictions et les maladies, les misères et la pauvreté, les injures et les calomnies ; tâchons de porter d'un courage ferme telle partie de sa croix dont il lui plaira de nous honorer *. »

Vous que l'Eglise présente comme maîtresse et mère à ses hls dans les sentiers de la vie spirituelle, enseignez-nous ce fort et vrai christianisme. La perfection sans doute ne

4. Ibid.

Sainte Thérèse, Vierge. 5og

s'acquiert pas en un jour ; et, vous le disiez « nous serions bien à plaindre, si nous ne pouvions chercher et trouver Dieu qu'après être morts au monde : Dieu nous délivre de ces gens si spirituels qui veulent, sans examen 2t sans choix, ramener tout à la contemplation parfaite i ! » Mais Dieu nous délivre aussi de ces dévotions mal entendues, puériles ou niaises, comme vous les appeliez, et qui répugnaient tant à la droiture, à la dignité de votre âme généreuse 2 ! Vous ne désiriez d'autre oraison que celle qui vous ferait croître en vertus ; persuadez-nous, en effet, du grand principe en ces matières, à savoir que « l'oraison la mieux faite et la plus agréable à Dieu est celle qui laisse après elle de meilleurs effets s'annonçant par les œuvres, et non pas ces goûts qui n'aboutissent qu'à notre propre satisfaction ^. » Celui-là seul sera sauve qui aura observé les commandements, accompli la loi ; et le ciel, votre ciel, ô Thérèse, est la récompense des vertus que vous avez pratiquées, non des révélations ni des extases qui vous furent accordées *.

De ce séjour où votre amour s'alimente au bonheur infini comme il se rassasiait ici-bas de souffrances, faites que l'Espagne, où vous naquîtes, garde chèrement en nos temps amoindris son beau titre de catholique. N'oubliez point la si large part que la France, menacée dans sa foi, eut à votre détermination

T. A l'évéque d'Avila, Mars lijj, une des plus ja;racieuses lettres de la Sainte. — 2. Vie, xill. — ?. Au Père Gratien, 23 octobre 1577. — 4. Apparition a la Prieure de Véas.

5 1 0 Le Temps après la Pentecôte.

de rappeler le Carmel à son austérité primitive i. Ruissela bénédiction du nombre favoriser vos fils, non moins que celle du mérite et de la sainteté. Sous toutes les latitudes où l'Esprit a multiplié vos filles, puissent leurs asiles bénis rappeler toujours « ces premiers colombiers de la Vierge où l'Epoux se plaisait à faire éclater les miracles de sa grâce 2. « Vous fîtes du triomphe de la foi, du soutien de ses défenseurs, le but de leurs oraisons et de leurs jeûnes ^ ; quel champ immense ouvert à leur zèle en nos tristes jours ! Avec elles, avec vous, nous demandons à Dieu « deux choses : la première, que parmi tant d'hommes et de religieux, il s'en rencontre qui aient les qualités nécessaires pour servir utilement la cause de l'Eglise, attendu qu'un seul homme parfait rendra plus de services qu'un grand nombre qui ne le seraient pas ; la seconde, que dans la mêlée Nôtre-Seigneur les soutienne de sa main, pour qu'ils échappent aux périls et ferment l'oreille aux chants des sirènes... O Dieu, ayez pitié de tant d'âmes qui se perdent, arrêtez le cours de tant

3. Chemin de la perfect. i, tii. — 4. IHd.

j

ous devions un souvenir à cette fête si aimée de nos pères. Le viii« siècle inaugurait ses glorieuses annales « Dieu tout-puissant allait y faire \ de l'empire des Francs le glaive et le boule- ■ vard de son Eglise i. » C'était l'heure où, sa fougueuse adolescence domptée, le peuple premier-né faisait écho à tous les Saints et Saintes qui l'engendrèrent à Dieu, et s'écriait d'une seule voix : « Donnez aux fils des Francs la lumière, afin qu'ils voient ce qu'il faut faire pour établir votre règne en ce monde, afin que le voyant ils l'accomp issent dans la force et l'amour 2. » Au peuple donc qui se déclarait le chevalier de Dieu, Michel, prince des milices angéliques, offrait son alliance à , cette heure même. Par saint Aubert, auquel se manifestait l'Archange, il prenait possession ; du roc fameux qui s'élève en plein océan, près du rivage de cette France dont l'épée s'apprêtait à poursuivre sur terre le grand combat commencé dans les hauteurs des cieux.

Notre nation sut honorer le céleste associé de ses luttes d'ici-bas ; elle transforma son pied-à-terre abrupt en un séjour qui put

5 1 -j Le Temps après la Pentecôte.

complaire au vainqueur de Satan : à la fois forteresse incomparable, et sanctuaire où sans tin les chants des moines s'unissaient aux harmonies des neuf chœurs ; vraiment digne de ce nom de Merveille qui lui fut donné ; rendez-vous commun du peuple et des rois venant présenter leur hommage d'action de grâces et de prière au protecteur de la nation.

Car lui aussi fut fidèle. Tant que dura la monarchie, l'Archange ne souffrit pas qu'aux plus mauvais jours d'invasion étrangère ou de rébellion hérétique, une autre bannière que celle du roi très chrétien flottât jamais près de la sienne sur ses remparts. Et quand l'Anglais, bientôt partout maître, s'épuisait en efforts impuissants contre le Mont SaintMichel, qui donc venait dire à Jeanne la Pucelle la grande pitié qui était an royaume de France, et l'envoyait rendre au roi son royaume ? Le vin mai , première fête de l'Archange, voyait la délivrance d'Orléans par celle en qui lui-même avait nourri, durant trois années d'angéliques entrevues, ce dévouement à la patrie et cet amour de Dieu qui s'unissent en toute âme bien née.

Aussi fût-ce oeuvre digne et juste, au siècle du triomphe, que la création de cet Ordre de Saint-Michel établi parles rois: a à la gloire et louange de Dieu notre Créateur tout-puissant et révérence de sa glorieuse Mère, et commémoration et honneur de Monsieur saint Michel Archange, premier Chevalier, qui pour la querelle ào. Dieu victorieusement batailla contre le dragon et le trébucha du ciel ; et qui son lieu et oratoire, appelé le Mont Saint-Michel, a toujours seurement

Saint Michel au péril de la mer. 5i3

gardé, préservé et défendu, sans être pris, subjugué ne mis es mains des ennemis du royaume *. »

Les Leçons qui suivent sont empruntées au Propre du diocèse de Coutances et Avranches pour cette fête, appelée la Dédicace de saint Michel Archange in monte Tumba.

L d'épaisses forêts, et que défendaient contre l'Océan les rochers de Scessiacum, s'étendait au quatrième siècle entre les territoires de Coutances et d'Avranches et ceux de Dol et d'Aleth. Lorsque la foi chrétienne eut brillé sur les côtes d'Armorique et de Neustrie, les solitudes les plus retirées de ce désert devinrent le séjour de pieux personnages qu'attirait la facilité de s'y donner entièrement au service de Dieu et à la contemplation des vérités surnaturelles ; plusieurs se trouvent au catalogue des Saints.

MAIS cette terre qu'avaient sanctifiée leurs pas, devint plus illustre encore à la suit-î d'une apparition de l'Archange saint Michel. Ce

Y' ASTA planities opacis* simis vestita sylvis. et contra Oceani fluctus Sesciacis rupibus defensa ab agris Constantiensi et Abrincensi ad Dolensem et Alethensem quarto sseculo porrigebatur. Postquam autem Armoricanis et Neustriacis oris illuxit christiana fides, illius eremi secretiora loca, ut divinis sepenitus datent obsequiis, supernarumque rerum contemplationi liberius vacarent, selegerunt viri religiosi, quorum nonnulli Sanctorum catalogo annumerantur.

î • ELLUS tôt Sanctorum

\ illustrata vestigiis,

sancti Michaelis Archangeli clarior evasit apparitione Qui, Childeberto

I. Lettres royales du !"■ août 1469, établissant l'Ordre nouveau, dont l'insigne était un collier d'or de coquilles lacées soutenant l'image de saint Michel avec la devise : Immensi tremor Oceani.

5i4 Le Temps après la Pentecôte.

Tertio régnante, Aubertum Abrincensem episcopum in somnis admonuit se velle, ut sibi in montis vertice qui propter eminentiam tumulus.seu, ut loquuntur, Tumba vocabatur, ecclesia sub ipsius patrocinio erigeretur. Haerenti antistiti tertio idem intimatum, tandemque operi admota manus Mox exstructa ecclesia in modum cryptae rotunda, ad instar illius qu2E in Gargano monte fuerat erecta, et sacris ditata ab eo monte allatis pignoribus, solemniter dedicatur, decimo septimo calendas novembris : qui dies, non modo in Gallicanis Lugdunensis secundae , aliisque non paucis ecclesiis , sed etiam in Anglicanis celebris exstitit. Ita Deo sub sancti Michaelis patrocinio mons consecratus est : qui et dicitur in pcriculo maris, ex quo, prœdicta sylva fluctious occupata. sacer iste tumulus bino maris accessu quotidie circumcluditur.

SANCTUS vero Aubertus oiricia duodecim clericorum ibi constituit, qui in perpetuo bealisfut sous le règne de Childebert III que, se manifestant à l'évêque d'Avranches Aubert pendant son sommeil, il lui notifia sa volonté qu'on bâtît une église sous son patronage au sommet du mont Tombe, ainsi appelé de son élévation en forme de tiimulus. Il fallut trois intimations successives au prélat hésitant, pour qu'il se mit à l'œuvre. La forme par lui donnée au sanctuaire nouv.au fut celle d'une crypte arrondie rappelant la grotte sainte du mont Gargan ; des reliques apportées de cette dernière y furent déposées ; et l'on fît solennellement la dédicace au dix-sept des calendes de novembre, jour célébré depuis non seulement dans les églises de la seconde Lyonnaise et beaucoup d'autres de France, mais encore dans celles d'Angleterre. Ainsi fut consacré à Dieu sous le patronage de saint Michel ce mont, qu'on appelle aussi au péril Je la mer depuis que, l'océan ayant envahi les forêts dont nous avons parlé, le saint rocher se voit deux fois le jour entouré par les flots.

^-> AINT Aubert y fonda une O collégiale de douze clercs attachés au service perpétuel du bienheureux Archange.

Saint Michel au péril de la mer. 5i5

Toutefois par la suite Richard I", duc de Normandie, leur substitua des moines de saint Benoit. La fréquence des miracles accomplis en ce lieu y attirait de nombreux pèlerinages venant de presque toute l'Europe acquitter leurs vœux ; on y vit beaucoup de rois ou de princes de France et d'Angleterre. Louis XI y institua l'Ordre des Chevaliers de saint Michel, qui gardèrent longtemps la coutume de tenir audit lieu leurs assemblées générales de chaque année. Ce fut au commencement du xi" siècle que l'on entreprit l'audacieux travail , longtemps poursuivi, de cette basilique grandiose établie sur la crête du mont comme auguste base, et dont les merveilles, en grande partie conservées, attirent encore à saint Michel la vénération de nos contemporains.

simi Archangeli persistèrent famulatu. Quibus tamen postea Richardus Primus, Normannorum dux, monachos Ordinis sancti Benedicti substitui curavit, Locum crebris illustrem miraculis, voti causa fréquentes ex universa fere Europa visitare consueverunt peregrini, inter quos plurimi Galliae et Angliae reges et principes. Istic Ludovicus Undecimus sancti Michaelis equestrem Ordinem instituit, cujus generalia comitia quotannis eodem convocari diu mons fuit. Undecimo ineunte saïculo, incœpta est et magnifiée deinceps peracta audaci labore, in augusta montis abrupti crepidine, basilica : quod eximium opus majori ex parte superstes, adhuc sancti Michaelis veneratione celebratur.

CF. fut un grand jour que celui où la fille aînée de ia sainte Eglise put s'appliquer la parole des saints Livres : Voici que Michel vient à moyi aide * ! Longtemps le monde bénéficia de cette alliance heureuse. Soyez béni pour l'honneur ainsi tait à nos pères, ô Archange ! En souvenir du passé, malgré tant

5i6 Le Temps après la Pentecôte.

de pactes brisés, tant de gloires profanées, n'abandonnez pas leurs descendants trop indignes. N'y va-t-il pas du sort de l'Eglise elle même, dont les malheurs apparaissent liés dans nos temps à ceux de notre infortunée patrie ? Le Vicaire de l'Epoux le comprenait sans doute ainsi, lorsque naguère * il voulait qu'en son nom fût couronnée solennellement votre ima^e. rétablie sur l'auguste mont d'où vous présidiez en des jours meilleurs à nos destinées. Daignez répondre à sa confiance, à celle de ces vrais fils des Francs qui, nombreux déjà, ont su retrouver dévots et pénitents le chemm de votre sanctuaire. Entendez le cri du pays sous l'angoisse présente : Nemo adjutor meus tiisi Michael, Àlichel est mon seul soutien ^ !

NT.li. HbDWlGL. \ LUVf..

"'^§t,u commencement du xin^ siècle, les plateaux de la Haute-Asie vomirent un nouveau flot de barbares, plus redoutables que tous leurs devanciers. L'unique et fragile barrière que la civilisation gréco-slave pouvait opposer à la barbarie mongole avait été emportée par le premier flot de l'invasion ; aucun des états formés sous la tutelle de l'Eglise byzantine n'avait la promesse de l'avenir. Mais derrière cette Ruthénie tombée en dissolution avant d'avoir vécu , l'Eglise romaine avait eu le temps de former un peuple généreux et fort ; quand son heure fut venue, la Pologne se trouva prête. Les Mongols inondaient déjà la Silésie, lorsqu'ils trouvèrent devant eux. dans les plaines de Liegnitza, une armée de trente mille combattants, à la tête de laquelle était le duc de Silésie, Henri le Pieux *. Le choc fut terrible, et la victoire longtemps indécise L'odieuse trahison de quelques princes ruthènes l'assura entin aux barbares Le duc Henri resta sur le champ de bataille, avec l'élite des chevaliers polonais. Ils avaient été vaincus ; mais cette défaite équivalait à une victoire. Les Mongols épuisés

I. 8 avril 1241,

5r^ Le Temps après la Pentecôte.

reculèrent. Ils venaient de se mesurer avec les soldats de la chrétienté latine.

« La Pologne a cette heureuse fortune, qu'à chaque époque décisive de son histoire, un saint apparaît pour lui tracer la voie qui la conduira à l'accomplissement de sa glorieuse destinée. Sur le champ de bataille de Liegnitza plane la douce image de sainte Hedwige. Mère du duc Henri le Pieux, elle s'était retirée depuis son veuvage au monastère cistercien de Trebnitz, qu'elle avait fondé. Trois années avant l'arrivée des barbares, elle eut révélation du sort qui attendait son tils. Elle offrit silencieusement son sacrifice, et, bien loin d'arrêter le courage du jeune duc, elle fut la première à l'animer à la résistance.

« La nuit qui suivit la bataille, elle éveilla nne de ses compagnes et lui dit : a Demundis, d sachez que j'ai perdu mon fils. Mon fils ce chéri s'est éloigné de moi comme un oiseau « qui fuit à tire "d'aile ; je ne verrai plus mon a fils en cette vie. » Demundis essaya de la consoler. Aucun courrier n'était arrivé de l'armée, et ces inquiétudes étaient vaines. « Ce n'est que trop vrai, lui répondit la du(£ chesse, mais n'en parlez à personne. »

a Trois jours après, la fatale nouvelle était confirmée. « C'est la volonté de Dieu, dit c( Hedwige ; ce que Dieu veut et ce qui lui ce plaît doit aussi nous plaire, d Et tressaillant dans le Seigneur : « Je vous rends grâces, ce ô mon Dieu, dit-elle en levant les yeux et '( les mains au ciel, de ce que vous m'aviez ce donné un tel fils. Il m'a aimée toujours ce durant sa vie, il m'eut toujours en grand

Sainte Hedwige, Veuve. 5ig

« respect, jamais il ne m'a affligée. J'aurais « beaucoup désiré Tavoir avec moi sur la ce terre ; mais je le félicite, de toute mon âmç, ce de ce que par l'effusion de son sang il vous « est uni au ciel, à vous son créateur. Je ce vous recommande son âme, ô Seigneur d mon Dieu. » Il ne fallait pas moins qu'un tel exemple pour soutenir la Pologne en face des nouveaux devoirs qu'elle venait d'accepter.

« A Liegnitza, elle avait relevé le glaive de la chrétienté, tombé des mains défaillantes de la Ruthénie, et elle se tenait désormais comme une sentinelle vigilante, prête à défendre l'Europe contre les barbares. Quatrevingt-treize fois les Tartares s'élancèrent sur la chrétienté, toujours avides de sang et de pillage ; quatre-vingt-treize fois la Pologne les repoussa de vive force, ou eut la douleur ae les voir saccager ses campagnes, incendier ses villes, emmener en captivité la fleur de ses enfants. Par ces sacrifices, elle amortissait au profit de l'Europe le coup de l'invasion. Tant qu'il fallut du sang, des larmes et des victimes, la Pologne en donna sans compter, pendant que les nations européennes jouissaient de la sécurité, achetée par cette continuelle immolation i. »

Le récit de l'Eglise complétera cette page touchante, où le rôle de la sainte duchesse que nous fêtons en ce jour est si bien mis en lumière.

HEDWIGE, née de sang | T_I EDWIGIS, regiis clara royal, fut de beaucoup | ^^ natalibus, innocenI. DoM GuÉPiN, S. Josaphat et l'Eglise grecque unie en Pologne, Introduction.

520 Le Temps après la Pentecôte.

tia tamen vitae longe clarior, sanctœ Elisabethae filiae régis Hungariœ matertera, Bertholdi et Agnetis Moraviae marchionum filia, animi ab ineunte aetate moderationem protulit. Adhuc enim puellula puerilibus abstinuit, et duodennis Henrico Poloniîe duci a parentibus nuptui tradita, thalami fide sancte servata, prolem indesusceptam in Dei timoré crudivit. Ut autem commodius Deo vacaret, ex pari voto et consensu unanimi adseparationem thori virura induxit. Quo defuncto, ipsa in monasterio Trebnicensi, Deo, quem assiduis precibus exoraverat , inspirante , Cisterciensem devota sumpsit habitum ; in eoque contemplationi intenta, divinis Olliciis et Missarum solemniis a solis ortu ad meridiem usque assidua assistens, antiquum humani generis hostem fortis contempsit.

SjECUli autem commercia, ni divina, vel animarum salutem attingerent, audire vel loqui non suitinuit. Prudentia in agendis sic emicuit, ut neque excessus esset

plus illustre encore par linnocence de sa vie. Tante maternelle de sainte Elisabeth fille du roi de Hongrie, elle eut pour parents Berthold et Agnès, marquis de Moravie. Sa sagesse parut dès le plus jeune âge : tout enfant, elle s'éloignait des puérilités de l'enfance. Elle n'avait que douze ans, quand ses parents la marièrent à Henri, duc de Pologne. Ce mariage fut saint ; elle en eut des enfants qu'elle éleva dans la crainte de Dieu ; et pour vaquer plus librement au Seigneur, elle amena son époux à vouer de concert avec elle la continence. Lorsqu'il mourut. Dieu exauça les instantes prières de la Sainte et lui inspira de prendre l'habit de Citeaux dans le monastère de Trebnitz ; son pieux désir accompli, tout adonnée à la contemplation, elle persévérait du lever du soleil h son midi dans l'assistance aux divins OlHces et aux Messes qui se célébraient ; l'ancien ennemi du genre humain n'obtenait de cette femme forte que le mépris.

p Li.i; ne souftrait pas de

C parler ou d'entendre parler des affaires du siècle, à moins qu'elles n'intéressassent Dieu ou le salut de>; âmes. Dans ses actions paraissait une telle prudence

Sainte Hedwige, Veuve.

qu'on n'y eût pu relever rien d'excessif ni de désordonné ; elle n'avait pour le prochain que mansuétude et douceur. Les jeûnes, ies veilles, l'austère àpreté des vêtements macérant eux aussi sa chair, l'aidèrent à remporter sur elle-même un triomphe éclatant. Toujours plus sublimes étaient ses vertus dans le Christ. Le sérieux de ses conseils, en même temps que la candeur tranquille de son âme. en firent bientôt un modèle admirable de perfection relii>ieuse. Se mettre audessous de toutes spontanément,s'attribuer joyeusement entre les autres moniales les emplois les plus vils, servir les pauvres et les servir à genoux, laver et baiser les pieds des lépreux, lui était habituel; victorieuse d'elle-même, les ulcères et le pus de ces derniers n arrivaient pas à la repousser.

ELLE était admirable de patience, de force d'âme; elle le fut surtout à la mort d'Henri, duc de Silésie, son fils maternellement aimé, tué dans la guerre contre les Tartares ; car elle eut alors plus d'actions de grâces pour Dieu que de larmes pour son fils. La gloire des miracles lui fut donnée ; un enfant tombé à l'eau sous les roues d'un moulin, tout brisé et

in modo, nec error in ordine. comis alioqui, et mansueta in proximum. Grandem autem de se triumphum, jejuniis et vigiliis, vestiumque asperitate austera carnem macerans, reportavit ; hinc sublimioribus florens virlutibus christianis, consilioriim gravitatc, an'mique candore et quiète, in eximium reiigiosœ pietatis evasit exemplar : omnibus se ultro subjicere, atque viliora pras ceteris monialibus alacriter munia subire; pauperibusetiam flexo genu ministrare, leprosorum pedes abluere et osculari, ipsi familiare erat, neque illorum ulcéra sanie mananlia sui victrix abhorruit.

i*i tia

A fuit ejus patienanimique constantia ; praecipue vero in morte Henrici ducis Silesiœ sui, quem materne diligebat, filii, in bello a Tartaris cœsi, enituit : potius enim gratias Deo, quam filio lacrimas reddidit. Miraculorum denique gloria percrebuit ; puerum enim demersum, et molcndini rôtis alliLe Temps après la Pentecôte.

sum et prorsus attriium, invocata, vitae resiituit ; aliaque prœstitit, ut rite iis Clemens Quartus probatis, Sanctorum numéro eam adscripserit, ejusque festum in Polonia, ubi prœcipua veneratione uti Patrona colitur, die décima qui nta octobris celebrari concesserit : quod deinde ut décima septima in iota Ecclesia fieret. Innocentius Undecimus ampliavit.

broyé, revint à la vie quand on eut invoqué la bienheureuse ; ce ne fut pas le seul des prodiges qu'elle accomplit, et Clément IV, les ayant reconnus canoniquement, l'inscrivit au nom'ore des Saints. Il accorda à la Pologne, où on l'honore comme Patronne avec une vénération singulière, d'en célébrer la fête le quinzième jour d'octobre ; par la suite, Innocent XI étendit cette concession à toute l'Eglise pour le dix-seplième jour du même mois.

C ii-LE d'Abraham selon la foi, vous l'avez

^ imité dans son héroïsme. Votre première récompense fut de trouver digne de vous le fils que vous offriez au Seigneur. Exemple bien venu en ces jours où, chaque année, l'Eglise remet sous nos yeux la mort de Judas Machabée *. Mort glorieuse comme la sienne que celle de votre Henri ; mais aussi mort féconde. Des six enfants qui vous durent la vie, c'est en lui seul, c'est en cet Isaac offert et immolé pour Dieu, que votre race doit subsister '- ; et quelle postérité que celle qui revendique toutes les familles souveraines de notre Europe pour votre descendance ! Je te ferai croître immensément, je t'exalterai au sein des nations, de toi sortiront les rois 3. L'oracle adressé au père des croyants trouve en vous son application nouvelle, ô

3. Gen. xvii, 6.

Sainte Hedwige, Veuve.

=^o

Hedwige. Dieu ne change pas : sans qu'il ait besoin d'engager à nouveau sa divine parole, une même fidélité de la part de quelqu'un des siens rencontre au cours des âges une même récompense. Soyez bénie de tous, ô Mère des peuples, et sûr tous étendez votre protection puissante ; mais avant tous puisse, Dieu le permettant, la Pologne infortunée faire l'expérience qu'on n'invoque pas en vain votre patronage !

^AIX^- I..l'C. l:.VANi -l.i i- ■ ■

oici qu'est apparue à tous les hommes la bénignité et l'humanité de notre Dieu Sauveur ^ Disciple de saint Paul, on dirait que le troisième Evangéliste s"est proposé de mettre en lumière la parole du Docteur des nations ; si toutefois ce n"est pas l'Apôtre lui-même qui caractérise par ce trait l'Evangile où son disciple nous montre le Sauveur exposé aux regards de tous les peuples, pour être la lumière des nations non moins que la gloire d'Israël '^. L'œuvre de l'Evangéliste et la parole citée de l'Apôtre sont, à peu d'années près en effet, du même temps, sans qu'on puisse établir l'antériorité de l'une ou de l'autre.

Admirable harmonie : sous l'œil de Simon Pierre, à qui fut révélé d'en haut le Fils du Dieu vivant 3, Marc eut l'honneur de donner à l'Eglise l'Evangile de Jésus, i^/7s de Dieu '*; avant lui, Matthieu rédigea pour Sion l'Evangile du Messie, ^/5 de David, fils d'Abraham «; près de saint Paul, Luc écrira pour les nations l'Evangile de Jésus, nls d'Adam par Marie ^. Aussi loin remonte la généalogie de ce premier-né de sa mère ', aussi étendue

I. I . — 6. Lrc. MI, 3«. — 7. IhiJ. 11.7.

Saint Luc, Evangéliste. 525

doit être la bénédiction qu'il répandra sur ses frères de nature, en les rachetant de la malédiction transmise-à tous par le premier père .

Car c"est bien l'un de nous, Thomme conversant avec les hommes et vivant de leur vie 1. Il a été vu sur terre au temps d'Auguste 2 ; les préfets de l'empire ont enregistré la naissance de ce nouveau sujet de tésar dans la cité de ses aïeux 3. Comme nous, il a connu les langes du nourrisson ^ ; comme ceux de sa race, il fut circoncis ^, offert au Seigneur et racheté selon le rit de son peuple •^. Enfant , îl obéit à ses parents ^ ; il grandit sous leurs yeux § ; pour lui comme pour tous, la maturité sera le fruit des développements progressifs de l'adolescence ^. Homme fait, dans sa vie publique, en toute rencontre il prie prosterné le Dieu de toute créature "^ ; il pleure sur sa patrie 'i ; l'angoisse étreint son cœur, il sue jusqu'au sang à la veille des tourments où sa vie doit finir, et dans cette agonie ne refuse point le secours d'un ange '2. Telle se révèle, au troisième Evangile, Vhumanité de notre Dieu Sauveur.

Quelles n'y sont pas sa grâce et sa bénignité ! Entre les fils des hommes, c'est bien celui qui mérita d'être l'attente des nations 13 et leur désir i*, lui qu'une vierge a conçu dans son humilité i^, qu'elle met au jour en

526 Le Temps après la Pentecôte.

une étable où les bergers forment sa cour, tandis que les anges chantent en chœur dans la nuit profonde : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté *. Aux accords angéliques avait préludé la terre : le tressaillement du Précurseur au sein d'Elisabeth avait, comme dit l'Eglise 2, manifesté le Roi qui reposait encore en sa couche nuptiale ' ; à l'allégresse de l'Ami de l'Epoux la Vierge-Mère avait répondu par le plus beau des chants de la terre et des cieux *, en attendant que Zacharie ^, puis Siméon '', vinssent compléter le recueil des cantiques inspirés du peuple nouveau qu'Israël annonçait dans ses Psaumes '^. Tout chante autour du nouveau-né ; et Marie conserve toutes choses en son cœur *, afin de les confier pour nous, qui étions loin alors, au bienheureux Evangéliste chargé de dissiper nos ténèbres mortelles

Il a grandi en âge, en sagesse et en grâce, devant les hommes et devant Dieu 9, l'enfant divin dont les attraits humains doivent captiver les hommes dans ces liens de l'amour de charité qui atteint jusqu'à Dieu '^. Près de lui, la gentilité, la fille de Tyr '*, devenue mieux que l'égale de Sion, trouvera bon accueil. Qu'elle ne craigne pas, l'infortunée dont Madeleine était la figure : le scandale qu'y prendra l'orgueil du judaïsme expirant

l. Luc. 11,7-20. — a. Hymn. Vesp. in festo S. Joh. Baptistne. — 3. Luc. i, 39-45. — 4. Ibid. 40-55. —

32. — 8. Luc. II. 18-20. — o. Ibid. 52. — 10. OsK.

XI, 4. — II. Psalm. XLiv, 1 3.

Saint Luc, Evangéliste. 52 j

n'empêchera pas Jésus d'agréer ses pleurs et ses parfums ; il lui sera beaucoup pardonné pour son amour ^ Qu'il se reprenne à l'espérance, le prodigue épuisé par sa longue misère sur toutes les routes où l'erreur entraîna les nations : la plainte envieuse du frère aîné, l'irritation d'Israël, n'arrêtera pas les effusions du Cœur sacré célébrant le retour du fugitif, lui rendant ses honneurs de fils, replaçant à son doigt l'anneau de l'alliance primitivement offerte en Eden à l'humanité entière 2. Quant à Juda, malheur à lui s'il se refuse à comprendre !

Malheur au riche dont l'opulence négligea si longtemps le pauvre Lazare ^ ! Les privilèges de race n'existent plus. Des dix lépreux guéris dans leurs corps, l'étranger seul est sauvé dans son âme, parce que lui seul croit au libérateur et lui rend grâces *. Du bon Samaritain, ou du lévite et du prêtre mis en scène dans les délilés de Jéricho, qui mérita, sinon le premier, l'éloge du Sauveur^? Il se trompe étrangement, le pharisien dont l'arrogante prière écrase de ses mépris le publicain frappant sa poitrine et criant miséricorde 6. Le fils de l'homme n'écoute pas plus la prière des superbes, qu'il n'a d'égard à leurs indignations; il s'invite chez Zachée malgré leurs murmures, et le salut et l'allégresse entrent avec lui dans cette maison devenue dès lors, il le déclare, celle d'un véritable fils d'Abraham '. Tant de bonté, d'uniI. Luc. vn, 36-5o. — 2. Ibid. xv, ii-32. — 3. Ihid. XVI, ig-3i. — 4. Ibid. xvii, ii-iq. — 5. Ihîd. x, 3o-3j. — 6. Ibid. xvui. 9-14. — 7. Ibid. xix, l-IO.

528 Le Temps après la Pentecôte.

verselle miséricorde, lui fermera les cœurs étroits de ses concitoyens ; ils refuseront de le laisser régner sur leur terre ^ ; mais rétcrnelle Sagesse aura retrouvé sa drachme perdue, ef la joie sera grande parmi les Puissances des cieux 2. Au jour des noces sacrées, les humbles méprisés, les pécheurs repentants, rempliront la salle du festin préparé pour d'autres 3. Je vous le dis en vérité : il y avait beaucoup de veuves aux jours d'Elie dans Israël, et le prophète ne fut envoyé à aucune, mais à la veuve de Sarepta dans le pavs de Sidon : il y avait beaucoup de lépreux en Israël au temps d'Elisée, et ce fut Naaman le Syrien qui guérit *.

O Jésus, vôtre Evangéliste a conquis nos cœurs. Nous vous aimons pour avoir pris en pitié notre misère ; en face de Sion. la remise de nos dettes immenses, à nous gentils, vous crée sur nous un titre à plus grand amour '•. Nous vous aimons, parce que vos grâces de choix sont pour Madeleine, comme nous pécheresse, et cependant appelée à la meilleure part 6. Nous vous aimons, parce que vous ne savez pas résister aux larmes des mères, et leur rendez, comme à Naïm, ceux qui déjà étaient morts ^ Au jour des trahisons, des abandons, des reniements, vous oubliez votre injure pour regarder Pierre, et faire jaillir ses larmes s Vous détournez de vous les pleurs de ces humbles et vraies filles de JéI. Luc. XIX, 14. — 2. Ibid. XV. 8-TO. — 3. IbiA.

43 — 6. //>«/. X. 38-42.— 7. Ibid. vu, I l-l?. — .^.

Ibid. xxu. (Jl-02.

Saint Luc, Évangéliste. 52g

rusalem, qui s'attachent à vos pas douloureux sur les rampes du Calvaire *. Cloué à la croix, on vous entend" implorer grâce pour vos bourreaux 2. Comme Dieu, à cette heure suprême, vous assurez le paradis au voleur repentant 3 ; comme homme, vous remettez votre esprit au Père *. Véritablement, c'est jusqu'à la fin que nous apparaissent, au troisième Evangile, votre bénis^nité et votre humanité, ô Dieu Sauveur!

Du même style châtié qu'il avait écrit l'Evangile des nations, Luc compléta son œuvre en donnant aux gentils l'histoire des premiers temps du christianisme, qui amenait celle de leur introduction dans l'Eglise et des grands travaux de Paul leur x\pôtre. Au dire de la tradition, il fut artiste non moins que littérateur, et, l'âme ouverte à toutes les délicates inspirations, il voulut consacrer ses pinceaux à nous garder les traits de la Mère de Dieu : illustration digne de l'Evangile où nous est racontée la divine Enfance; nouveau titre à la reconnaissance de ceux qui ne. virent jamais Jésus ni Marie dans la chair. Le patronage de l'art chrétien lui revenait dès lors, sans nuire à celui des carrières médicales qui a son fondement dans l'Ecriture même, comme on le verra par le récit de l'Eglise. Saint Luc avait puisé dans Antioche, sa patrie, tous les genres de connaissances ; la brillante capitale de l'Orient pouvait être fière de son illustre fils.

L'Eglise emprunte à saint Jérôme les lecI. Luc. xxiii, 27-? I. — 2. Ihtd. 34. — 3. Ibid. 43.

5So Le Temps après la Pentecôte.

tures historiques de la fête. La juste critique qui s'y rencontre de certain livre apocryphe, où l'on avait prétendu relever par des procédés de roman l'histoire de sainte Thècle, n'atteint en rien la vénération unanime de rOrient comme de l'Occident pour la glorieuse fille du Docteur des nations.

Ex libro sancti Hieronvmi Presbyteri de

Scriptoribus siasticis.

EccleLUCAS medicus Antiochensis, ut ejus scripta indicant, j2;r3sci sermonis non ignarus. fuit sectator Apostoli Pauli, et omnis peregrinationis ejus cornes. Scripsit Evangelium. de quo idem Paulus : Misimus.inquit. cum illo fratrem. cujus laus est n Evangelio per omnes ecclesias. Et ad Colossenses : Salutat vos Lucas, medicus carissimus. Et ad Timotheum: Lucas est mecum solus. Aliud quoque edidit volumen egregium, quod titulo, Àcta Apostolorum, praenotatur : cujus historia usquc ad biennium Romne commoran" tis Pauli pervenit, id est, usque ad quartum Neronis annum. Ex quo intelJigimus in cadem urbe librum esse compositum.

Du livre de saint Jérôme, Prêtre, sur les Ecrivains ecclésiastiques.

ORIGINAIRE d'Antioche , Luc était médecin, et ses écrits montrent la connaissance qu'il avait de la langue grecque. Devenu disciple de l'Apôtre Paul, il l'accompagna dans tous ses voyages. II a écrit un Evangile, et c'est de lui que l'Apôtre disait aux Corinthiens : Nous vous envoyons avec Tite le frère dont l'éloge est dans toutes les églises à cause de l'Evangile. Luc, le très cher rnédecin, vous salue, disait de même Paul aux Colossiens. Et à Timothée : Luc seul est avec moi. Nous lui .devons un autre livre sans prix, les Actes des Apôtres, dont le récit va jusqu'aux deux années du séjour de Paul à Rome et à la quatrième de Néron ; ce qui donne à entendre que l'ouvrage fut luimême composé dans cette ville.

Saint Luc, Evangéliste.

EN conséquence, nous reléguons parmi les écrits apocryphes les Voyages de Paul et de Thècle, avec l'histoire fabuleuse du baptême de Léon Comment croire, en effet, que de tous les faits concernant TApôtre, son inséparable compagnon n'ait ignoré que ceux-là .•' De plus Tertullien, voisin encore de ces temps, rapporte que cette fable eut pour auteur un certain prêtre d'Asie, enthousiaste de Paul ; Jean l'amena à confesser qu'il n'avait écrit le livre que dans le but de relever l'Apôtre, et il le déposa pour ce fait. Plusieurs pensent que toutes les fois qu'en ses lettres Paul use de cette expression : Selon mon Evangile, c'est du travail de Luc qu'il veut parler.

/"Cependant l'Apotre Paul.

qui n avait point vécu

avec le Seigneur, ne fut pas le seul à renseigner l'évangéliste Luc ; mais les autres Apôtres y eurent aussi leur part, selon la déclaration que lui-même place en tête de son Evangile : Nous avons mis en œuvre les témoignages de ceux qui ont tout vu dès le commencement et qui furent les ministres de la parole. Il écrivit donc l'Evançile

I GITUR periodos Pauli

' et Theclœ, et totam baptizati Leonis fabulam, inter apocryphas scripturas computamus. Quale enim est, ut individuus cornes Apostoli, inter ceteras ejus res, hoc solum ignoraverit ? Sed et Tertullianus, vicinus eorum temporum. refert presbyterum quemdam in Asia amatorem Apostoli Pauli, ccnvictum a Joanne, quod auctor esset libri, et confessum se hoc Pauli amore fecisse, et ob id ioco excidisse. Quidam suspicantur, quotiescumque in epistolis suis Paulus dicit , Juxta Evangelium meum, de Lucae significare volumine.

I UCAM autem non solum

'--' ab Apostolo Paulo didicisse Evangelium, qui cum Domino in carne non fuerat, sed a ceteris Apostolis : quod ipse quoque in principîo sui voluminis déclarât, dicens : Sicut tradiderunt nobis, qui a principio ipsi viderunt.et ministri fuerunt sermonis. Igitur Evangelium, sicut audierat. scripsit : Acta vero Apostolorum, sicut

,?2 Le Temps après la Pentecôte.

viderai ipse, composuit. Vixit octoginta et quatuor annos, uxorem non habens : sepultus est ConstantinopoIi,ad quam urbem vigesimo Constantini anno ossa ejus cum reliquiis Andreœ -Apostoli translata sunt de Achaia.

d'après ce qu'il avait entendu, et composa les Actes des Apôtres d'après ce qu'il avait vu lui-même. Sa vie se prolongea quatre-vingtquatre ans, dans la continence ; ses ossements furent transportés d'Achaïe à Constantinople, avec les reliques de l'apôtre André, en la vingtième année de Constantin.

LE Taureau symbolique resplendit au ciel, rappelant les immolations figuratives et annonçant leur fin. Joignant sa force à la puissance de l'Homme, de l'Aigle et du Lion, il s'attelle au char de lumière qui porte en son triomphe TAgneau vainqueur. Evangéliste des gentils, soyez béni d'avoir mis fin à la longue nuit qui nous tenait captifs, et réchauffé nos cœurs glacés. Confident de la Mère de Dieu, votre "àine retint de ces relations fortunées le parfum de saveur virginale que respirent vos écrits et votre vie entière. Discrète tendresse et dévouement silencieux furent votre part en la grande œuvre oîi, trop souvent délaissé et trahi, l'Apôtre des nations vous trouva non moins fidèle au temps du naufrage * et de la captivité - qiae dans les beaux "jours. C'est donc à bon droit que l'Eglise ^ vous fait application de la parole où Paul disait de lui-même : Sans cesse angoissés, persécutés, abattus, nous promenons tout vivants la mort de Jésus dans

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