L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 6)
I. Psalm- XVII. lo. — 2. Johax. xit. 24-25.
A la Messe.
psaume lxxx, que nous avons donné plus haut tout entier dans l'Office des Matines.
ClBAViT eos ex adipe frumenti, alléluia : et de petra, melle saturavit eos, alléluia, alléluia, alléluia.
Ps. Exsultate Deoadjutori nostro : jubilate Deo Jacob. Gloria Patri. Cibavit eos.
LE Seigneur les a nourris de la fleur du froment, alléluia ; il les a rassasies du miel sorti de la pierre, alléluia, alléluia, alléluia.
Ps. Tressaillez d'allégresse pour le Dieu notre protecteur: soyez dans la jubilation pour le Dieu de Jacob. Gloire au Père. Le Seigneur.
Dans la Collecte, l'Eglise rappelle l'intention du Seigneur instituant le Sacrement d'amour à la veille de sa mort, comme mémorial de la Passion qu'il devait bientôt subir. Elle demande que, pénétrés ainsi de sa vraie pensée dans les honneurs rendus par nous au Corps et au Sang divins, nous obtenions l'effet de son Sacrifice.
Dieu,
laissé sous
nous avez un Sacrement admirable le mémorial de votre passion, daignez nous accorder la grâce de vénérer comme nous le devons les sacrés mystères de votre Corps et de votre Sang, afin que nous puissions ressentir en nous constamment le fruit de votre rédemption. Vous qui, étant Dieu, vivez et régnez avec Dieu le Père en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles. Amen.
DEUS, qui nobis sub Sacramento mirabili passionis tuœ memoriam reliquisti : tribue quaesumus, ita nos Corporis et Sanguinis tui sacra mysteria venerari, utredemptionis tuse fructum in nobis jugiter sentiamus. Qui vivis et régnas cum Deo Pâtre in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sacula saeculorum. Amen.
324 ^^ ^^^te du Très Saint Sacrement.
Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Corinthios. I, Cap. xi.
FRATRES, Ego enim accepi a Domino quod ettradidi vobis, quoniam Dominus Jésus, in qua nocte tradebatur, accepit panera, et gratias agens fregit et dixit : Accipite et manducate : hoc est corpus meum, quod pro vobis tradetur : hoc facite in meam commemorationem. Similiter et calicem. postquam cœnavit, dicens : Hic calix novum testamentum est in meo sanguine : hoc facite quotiescumque bibetis, io meam comraemorationem. Quotiescumque enim manducabitis panem hune, et calicem bibetis : mortera Domini annuntiabitis donec veniat. Itaque quicumque manducaverit panem hune vel biberit calicem Domini indigne : reus erit corporis et sanguinis Domini. Probet sutem seipsum homo : et sic de pane illo edat, et \ de calice bibat. Qui enim manducat et bibit indigne, judicium sibi manducat et bibit: non dijudicans corpus Domini.
Lecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Corinthiens. I, Chap. xi.
MES Frères, c'est du Seigneur lui-même que j'ai appris ce que je vous ai enseigné, savoir que le Seigneur Jésus, dans la nuit même où il fut livré, prit du pain, et ayant rendu grâces, le rompit et dit : « Prenez et mangez : ceci est mon corps qui sera livré pour vous ; faites ceci en mémoire de moi. » Il prit de même le calice, après avoir soupe, en disant ; « Ce calice est la nouvelle alliance dans mon sang : faites ceci en mémoire de moi, toutes les fois que vous le boirez ; car toutes les fois que vous mangerez ce pain, et boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne. » Ainsi donc celui qui mangera ce pain ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur. Que l'homme donc s éprouve soimême, et qu'il mange ainsi de ce pain et boive de ce calice ; car celui qui mange et boit indignement, mange et boit son propre jugement, ne faisant pas le discernement qu'il doit faire du corps du Seigneur.
A la Messe. 325
LA très sainte Eucharistie, comme Sacrifice et comme Sacrement, est le centre même de la religion chrétienne ; aussi le Seigneur a-t-il voulu que le fait de son institution reposât, dans les écrits inspirés, sur un quadruple témoignage. Saint Paul, que nous venons d'entendre, unit sa voix à celles de saint Matthieu, de saint Marc et de saint Luc.
II appuie son récit, conforme en tout à celui des Evangélistes, sur la propre parole du Sauveur lui-même, qui daigna lui apparaître et l'instruire en personne après sa conversion.
L'Apôtre insiste sur le pouvoir que le Sauveur donna à ses disciples de renouveler l'action qu'il venait de faire, et il nous enseigne en particulier que chaque fois que le Prêtre consacre le corps et le sang de JésusChrist, il annonce la mort du Seigneur., exprimant par ces paroles l'unité du Sacrifice sur la croix et sur l'autel. C'est aussi par l'immolation du Rédempteur sur la croix que la chair de cet Agneau de Dieu est devenue « véritablement une nourriture », et son sang « véritablement un breuvage », comme nous le dira bientôt l'Evangile du jour. Que le chrétien donc ne l'oublie pas, même en ce jour de triomphe. Nous le voyons tout à l'heure : l'Eglise dans la Collecte, cette formule principale, expression de ses vœux et de ses penséesqu'elle répétera sans cesse en cette Octave, n'avait pas d'autre but que d'inculquer profondément dans l'âme de ses fils la dernière et si touchante recommandation du Seigneur : « Toutes les fois que vous boirez
3^6 La Fête du Très Saint Sacrement.
« à ce calice de la nouvelle alliance, faites-le « en mémoire de moi » Le choix qu'elle fait pour Epitre de ce passage du grand Apôtre doit donner toujours plus à comprendre au chrétien c^ue la chair divine qui nourrit son âme a été préparée sur le Calvaire, et que, si l'Agneau est aujourd'hui vivant et im.mortel, c'est par une mort douloureuse qu'il est devenu notre aliment. Le pécheur réconcilié recevra avec componction ce corps sacré, dont il se reproche amèrement d'avoir épuisé tout le sang par ses péchés multipliés ; le juste y participera avec humilité, se souvenant que lui aussi a eu sa part trop grande aux douleurs de l'Agneau innocent, et que si, aujourd'hui, il sent en lui la vie de la grâce, il ne le doit qu'au sang de la Victime dont la chair va lui être donnée en nourriture.
Mais redoutons sur toutes choses la sacrilège audace flétrie par l'Apôtre, et qui ne craindrait pas d'infliger, par un monstrueux renversement, une nouvelle mort à l'Auteur de la vie, dans le banquet même dont son sang fut le prix ! a Que l'homme donc s'é« prouve lui-même, dit saint Paul, et qu'alors « seulement il mange de ce pain et boive de « ce calice. » Cette "épreuve, c'est la confession sacramentelle pour tout homme ayant conscience d'un péché grave non encore' accusé : quelque repentir qu'il puisse en avoir, et fût-il déjà reconcilié avec Dieu par un acte de contrition parfaite, le précepte de l'Apôtre, interprété par la coutume de l'Eglise et ses définitions conciliaires i, lui interdit l'accès
I. Conc. Trid. Sess. xwi, cap. vu, can. xi.
.4 la Messe.
de la table' sainte, tant qu'il n'a pas soumis sa faute au pouvoir des Clefs.
Le Graduel et le Verset alléluiatique présentent un nouvel exemple de ce parallélisme entre les deux Testaments, que nous avons remarqué dans la contexture des Répons de l'Office Nocturne. Le Psalmiste ^ y exalte la bonté infinie du Seigneur, dont tout être vivant attend sa nourriture; et le Sauveur s'y présente lui-même à nous, dans saint Jean 2, comme l'aliment véritable.
LES yeux de toute créature espèrent en vous, Seigneur, et vous donnez à chacune sa nourriture en temps opportun.
f. Vous ouvrez votre main, et vous comblez de bénédiction tout ce qui respire.
Alléluia, alléluia.
"?■. Ma chair est vraiment nourriture, et mon sang est vraiment breuvage : celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi en lui.
CULi omnium m te sperant. Domine : et tu das illis escara in tempore opportune.
f. Aperis tu manum tuam, et impies omne animal benedictione.
Alléluia, alléluia.
f. Caro mea vere est cibus, et sanguis meus vere est potus ; qui manducat meam carnem, et bibit meum sanguinem, in me manet, et ego in
Vient ensuite la Séquence, oeuvre célèbre et toute singulière du Docteur angélique, où l'Eglise, la vraie Sion, manifeste son enthousiasme, épanche son amour pour le Pain vivant et vivifiant, en des termes d'une précision scolastique qui semblerait devoir défier
32 8 La Fête du Très Saint Sacrement.
toute poésie dans la forme. Le mystère eucharistique s'y développe avec la plénitude concise et la majesté simple et grandiose dont l'Ange de l'Ecole eut le secret merveilleux. Cette exposition substantielle de l'objet de la fête, soutenue par un chant en harmonie avec la pensée, justifie pleinement l'enthousiasme excité dans l'âme par la succession de ces strophes magistrales.
LAUDA Sion Salvatorem, Lauda ducem et pastorem In hymnis et canticis.
Quantum potes, tantum aude : uia major omni laude, ec laudare sufficis.
Laudis thema specialis, Panis vivus et vitalis Hodie proponitur.
Quem in sacrae mensa cœnae, Turbae fratrum duodenae Datum non ambigitur.
Sit laus plena, sit sonora, Sit jucunda, sit décora Mentis jubilatio.
Dies enim solemnis agitur.
CHANTE ton Sauveur, ô Sion ! par des hymnes et des cantiques, célèbre ton chef et ton pasteur.
Ose le faire autant qu'il est en ton pouvoir ; car tu ne pourras jamais assez louer celui qui est au-dessus de toute louange.
Le sujet de tes chants aujourd'hui, c'est le pain vivant, le pain qui donne la vie.
Nous savons qu'il fut donné à la troupe des douze frères, lors du banquet de la cène sacrée.
Que ta louange, ô Sion, soit solennelle et mélodieuse, agréable et belle comme la joie qui transporte ton àme ;
Car aujourd'hui est le jour solennel qui rappelle l'institution première d'un si noble banquet.
A cette table du nouveau Roi, la Pâque nouvelle de la nouvelle loi met fin à l'ancienne Pâque.
L'ancien rit cède la place au nouveau ; la vérité chasse l'ombre, la lumière fait disparaître la nuit.
Ce que le Christ accomplit à la cène, il ordonna de le renouveler en mémoire de lui.
Instruits par son enseignement sacré, nous consacrons le pain et le vin, pour produire 1 Hostie du salut.
La croyance transmise aux chrétiens, c'est que le pain devient chair et que le vin devient sang.
Ce que tu ne comprends pas, ce que tu ne vois pas, une foi courageuse l'appuie, sans s'arrêter à l'ordre naturel.
Sous des espèces diverses, sous des signes sans réalités, est cachée une essence sublime.
In qua mensae prima recolitur Hujus institutio.
In hac mensa novi Régis,
Novum Pascha novae legis
Phase vêtus terminât.
Vetustatem novitas, TJmbram fugat veritas, Noctem lux éliminât.
Quod in cœna Christus gessit, Faciendum hoc exprès
sit In sui memoriam.
Docti sacris institutis, Panem, vinum in salutis Consecramus hostiam.
Dogma datur Christia
nis, Quod in carnem transit
panis, Et vinum in sanguinem.
Quod non capis, quod non vides, Aniraosa firmat fides, Praeter rerum ordinem.
Sub diversis speciebus,
Signis tantum et non rébus,
Latent res eximiae.
Caro cibus, sanguis
potus, Manet tamen Christus
totus Sub utraque specie.
A sumente non concisus, Non confractus, non divisus Integer accipitur.
Sumit unus. sumunt
mille : Quantum isti, tantum
ille: Nec sumptus consumitur.
Sumunt boni, sumunt mali : Sorte tamen inaequali, Vitae vel interitus.
Mors est malis, vita bonis : Vide paris sumptionis Quam sit dispar exitus.
Fracto demum Sacraraento,
Ne vacilles, sed mémento
Tantum esse sub fragmento
Quantum toto tegitur.
Nulla rei fit scissure, Signi tantum fit fractuLa chair est un aliment, et le sang un breuvage ; mais le Christ demeure tout entier sous l'une et l'autre espèce.
Celui qui le reçoit ne Is brise point, ne le rompt point, ne le divise point ; c'est tout entier qu'il le reçoit.
Qu'un seul le reçoive, que mille le reçoivent, celui-là reçoit autant que ceux-ci : on s'en nourrit sans le détruire.
Les bons le reçoivent, et les méchants aussi ; mais par un partage bien difiFérent, les uns y trouvent la vie, les autres la mort.
Il est la mort pour les méchants, et la vie pour les bons : vois quelle dissemblance dans les effets d'un même aliment.
Quand l'Hostie mystérieuse est rompue, ne sois pas troublé; mais souviens-toi que sous chaque fragment il y a autant que sous l'Hostie entière.
La substance n'est nullement divisée : c'est le signe seulement qui est rompu ;
A la Messe.
mais ni l'état ni l'étendue de ce qui est sous les espèces n'a souffert de diminution.
Voici donc le pain des Anges, devenu le pain de l'homme voyageur. C'est vraiment le pain des enfants : il ne doit pas être jeté aux chiens.
D'avance il fut représenté sous les figures. C'est lui qui est immolé dans Isaac : il est signifié dans l'agneau de la Pâque, dans la manne donnée à nos pères.
Bon Pasteur, pain véritable, Jésus, ayez pitié de nous. Nourrissez-nous, défendeznous : donnez-nous de contempler le bien suprême dans la terre des vivants.
Vous qui savez tout et pouvez tout, vous qui nous nourrissez ici-bas dans l'état de notre mortalité , daignez , après nous avoir faits vos commensaux sur cette terre, nous rendre cohéritiers et compagnons des habitants de la cité sainte.
Amen. Alléluia.
Qua nec status, nec statura Signati minuitur.
Ecce panis Angelorum, Factus cibus viatorum : Vere panis filiorum. Non mittendus canibus.
In figuris praesignatur, Cum Isaac immolatur : Agnus Paschœ deputatur, Datur manna patribus.
Bone Pastor , panis vere, Jesu nostri miserere : Tu nos pasce, nos tuere : Tu nos bona fac videre In terra viventium.
Tu, qui cuncta scis et
vales. Qui nos pascis hic mortales : Tuos ibi commensales, Cohaeredes et sodales Fac sanctorum civium.
Amen. Alléluia.
La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. vi.
Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. vi.
EN ce temps-là, Jésus dit aux Juifs : Ma chair est
Jésus turbis Judaso332 La Fête du Très Saint Sacrement.
rum : Caro mea vere est cibus : et sanguis meus vere est potus. Qui raanducat meam carnem, et bibit meum sanguinem, in me manet, et ego in illo. Sicut misit me vivens Pater, et ego vivo propter Patrem : et qui manducat me, et ipse vivet propter me. Hic est panis, qui de cœlo descendit. Non sicut manducaverunt patres vestri manna, et mortui sunt. Qui manducat hune panem vivet in asternum.
véritablement nourriture, et mon sang véritablement breuvage. Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et je demeure en lui. Comme mon Père qui est vivant m'a envoyé, et que je vis pour mon Père : de même celui qui me mange vivra aussi pour moi. C'est là le pain qui est descendu du ciel. Il n'en est pas de lui comme de la manne que vos pères ont mangée, après quoi ils sont morts. Celui qui mange ce pain vivra éternellement.
LE disciple bien-aimé ne pouvait rester silencieux sur le Mystère d'amour. Cependant, quand il écrivit son Evangile, l'institution du Sacrement divin était déjà suffisamment racontée par les trois Evangélistes qui l'avaient précédé et par l'Apôtre des gentils. Sans donc revenir sur cette divine histoire, il compléta leur récit par celui de la solennelle promesse qu'avait faite le Seigneur, un an avant la Cène, au bord du lac de Tibériade. Aux foules nombreuses qu'attire après lui le récent miracle de la multiplication des pains et des poissons, Jésus se présente comme le vrai pain de vie venu du ciel, et préservant de la mort, à la ditférence de la manne donnée par Moïse à leurs pères. La vie est le premier des biens, comme la mort le dernier des maux. La vie réside en Dieu comme en sa source i ; lui seul peut la comPsalm. XXXV, lo.
i
A la Messe. 333
muniquer à qui il veut, la rendre à qui l'a perdue. Crée dans la vie par sa grâce, l'homme, par le péché, encourut la mort. Mais Dieu aime le monde de telle sorte qu'au monde perdu il envoie son Fils i, avec la mission de vivifier l'homme à nouveau dans tout son être. Vrai Dieu de vrai Dieu, lumière de lumière, le Fils unique est aussi vraie vie de vraie vie par nature ; et comme le Père illumine ceux qui sont dans les ténèbres par ce Fils sa lumière, ainsi donnc-t-il la vie aux morts dans ce même Fils sa vivante image 2,
Le Verbe de Dieu est donc venu parmi les hommes, pour qu'ils eussent la vie et qu'ils l'eussent abondamment '. Et comme c'est le propre de la nourriture d'augmenter, d'entretenir la vie, il s'est fait nourriture, nourriture vivante et vivifiante descendue des cieux. Participant elle-même de la vie éternelle qu'il puise directement au sein du Père, la chair du Verbe communique cette vie à qui la mange. Ce qui est corruptible de sa nature, dit saint Cyrille d'Alexandrie, ne peut être autrement vivifié que par l'union corporelle au corps de celui qui est vie par nature; or, de même que deux morceaux de cire fondus ensemble par le feu n'en sont plus qu'un seul, ainsi fait de nous et du Christ la participation de son corps et de son sang précieux.
Cette vie donc qui réside en la chair du Verbe, devenue nôtre en nous-mêmes , ne sera pas plus qu'en lui vaincue par la mort;
334 La Fête du Très Saint Sacrement.
elle secouera au jour marqué les liens de l'antique ennemie, et triomphera de la corruption dans nos corps immortels *. Aussi l'Eglise, dans son sens exquis d'Epouse et sa délicatesse maternelle, emprunte à ce Même passage de saint Jean l'Evangile de la messe Quotidienne des défunts, recueillant les pleurs aes vivants sur ceux qui ne sont plus au pied de l'Hostie sainte, à la source même de la vraie vie, centre assuré de leurs communes espérances.
Ainsi fallait-il que non seulement l'âme fût renouvelée par le contact du Verbe, mais que lui-même ce corps terrestre et grossier participât dans sa mesure à /^ vertu vivifiante de VEsprit, selon l'expression du Seigneur -. « Ceux qui ont absorbé du poison par l'artifice de leurs ennemis, dit admirablement saint Grégoire de Nysse, éteignent le virus en eux par un remède opposé ; mais de môme qu'il est arrivé du breuvage mortel, il faut que la potion salutaire soit'introduite jusque dans leursentrailles, afin que de là se répande en tout l'organisme la vertu curative. Nous donc qui avons goûté le fruit délétère, nous avons besoin d'un remède de salut qui, de nouveau, rassemble et harmonise en nous les éléments désagrégés et confondus de notre nature, et qiïi, ""pénétrant l'intime de notre substance, neutralise et repousse le poison par une force contraire. Quel sera-t-il ? Nul autre que ce corps qui s'est montré plus puissant que la mort, et a posé pour nous le
A la Messe.
principe de la vie. Comme un peu de levain, dit l'Apôtre, s'assimile toute la pâte i, ainsi ce corps, entrant dans le nôtre, le transforme en soi tout entier. Mais rien ne peut pénétrer ainsi notre substance corporelle que par le manger et le boire; et c'est là le mode, conforme à sa nature, par lequel arrive jusqu'à notre corps la vertu vivifiante 2. »
L'Offertoire est formé d'un passage du Lévitique ^ où le Seigneur recommande la sainteté aux prêtres de l'ancienne alliance, en raison de l'offrande qu'ils faisaient à Jéhovah de l'encens symbolique et des pains de proposition. Autant le sacerdoce du Testament nouveau l'emporte sur le ministère de la loi des figures, autant doivent l'emporter en sainteté sur les mains d'Aaron celles qui présentent à Dieu le Père le vrai Pain des cieux, comme un encens de parfaite odeur.
LES prêtres du Seigneur offrent à Dieu l'encens et les pains ; c'est pourquoi ils seront saints en présence de leur Dieu, et ils ne souilleront point son Nom. Alléluia.
SACERDOTES Domini incensum et panes offerunt Deo : et ideo sancti erunt Deo suo, et non polluent Nomen ejus. Alléluia.
Le Prêtre demande pour l'Eglise, dans la Secrète, Tunité et la paix qui sont la grâce spéciale du divin Sacrement, comme l'enseignent les Pères d'après la composition même des dons sacrés formés des grains nombreux
336 La Fête du Très Saint Sacrement.
du froment ou de la vigne réunis sous la meule ou le pressoir.
Vient ensuite la Préface, qui est aujourd'hui et durant l'Octave celle de la Nativité du Sauveur, pour nous rappeler l'intime connexion des deux mystères de Noël et du divin Sacrement. C'est en Bethléhem, la Maison du Pain^ que Jésus, vrai Pain de vie, est descendu des cieux par le sein de la Viergemère.
I- CCLESI^ tuae, qusesuC mus Domine, unitatis et pacis propitius dona concède : quas sub oblatis muneribus mystice designantur. Per Dominum.
Nous vous supplions. Seigneur, d'accorder à votre Eglise les dons de l'unité et de la paix, qui sont mystérieusement signifiés par ces offrandes que nous vous présentons. Par Jésus-Christ notre Seigneur.
VERE dignum et justum est, aeçjuum et salutare, nos tibi semper et ubique gratias agere : Domine sancte, Pater omnipotens, aeterne Deus ; quia per incarnati Verbi mysterium, nova mentis nostraî oculis lux tuae claritatis infulsit : ut dum visibiliter Deum cognoscimus, per hune in învisibilium amorem rapiamur : et ideo, cum Angelis et Archangelis, cum Thronis et Dominationibus, cumque omni
OUI, c'est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint. Père tout-puissant. Dieu éternel : de ce que, par le mystère de l'Incarnation du Verbe, un nouveau rayon de votre splendeur est venu luire aux yeux de notre âme. O bienfait digne d'une éternelle reconnaissance ! Dieu se fait connaître à nous d'une manière visible : afin que par cette vue nous soyons ravis en l'amour des beautés inviA la Messe.
militia cœlestis exercitus, hymnum gloriae tuœcanimus, sine fine dicentes : Sanctus, Sanctus, Sanctus.
sibles. Donc, avec les Anges et les Archanges, avec les Trônes et les Dominations, avec l'armée entière des cieux, nous chantons l'hymne de votre gloire, disant, sans jamais cesser : Saint ! Saint ! Saint 1
Fidèle au précepte du Christ intimé de nouveau par l'Apôtre en l'Epître de la fête, l'Eglise rappelle à ses fils dans l'Antienne de la Communion que, recevant le Corps du Seigneur, ils annoncent sa mort, et doivent se garder dans une sainte frayeur d'approcher indignement des Mystères du salut.
TOUTES les fois que vous mangerez ce pain et boi.ez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne. Celui donc qui mangera le pain ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur. Alléluia.
ducabitis panem hune, et calicem bibetis, mortem Domini annuntiabitis, donec veniat ; itaque quicumque manducaverit panem, vel biberit calicem Domini indigne, reus erit corporis et sanguinis Domini. Alléluia.
L'Eglise conclut les Mystères en demandant pour l'éternité l'union sans voiles au Verbe divin, cette union parfaite dont la participation transitoire et voilée à la réelle substance du Corps et du Sang précieux est ici-bas le gage et la figure.
FAITES, nous vous en supplions, Seigneur, que
FAC nos, quaesumus Domine, divinitatis tux
J38 La Fête du Très Saint Sacrement.
sempiterna fruitione repleri quam pretiosi
Corporis et Sanguinis lui temporalis perceptio praîfigurat. Qui vivis et régnas. Amen.
noas arrivions à posséder éternellement votre divinité dans la pleine jouissance qui nous est figurée ici-bas par la réception temporelle de votre Corps et de votre Sang précieux. Vous qui vivez et régnez dans les siècles des siècles. Amen.
QUELLE est celle-ci qui s'avance embaumant le désert du monde d'un nuage d'encens, de myrrhe et de toutes sortes de parfums? D'elle-même aujourd'hui l'Epouse s'est réveillée. Pleine de désirs et d'attraits, l'Eglise entoure la litière d'or où paraît l'E- poux dans sa gloire. Près de lui sont rangés les forts d'Israël, prêtres et lévites du Seigneur puissants contre Dieu. Filles de Sion, sortez à la rencontre ; contemplez le vrai Salomon sous l'éclat du diadème dont l'a couronné sa mère au jourde ses noces et de la joie de son cœur ^ Ce diadème, c'est la chair reçue par le Verbe divin de la Vierge très pure, quand il prit l'humanité pour épouse 2. Par ce corps très parfait, par cette chair sacrée se poursuit tous les jours, au saint banquet, l'ineffable mystère des noces de l'homme et de la Sagesse éternelle. Pour le vrai Salomon chaque jourdoncestencorc celui de l'allégresse du cœur et des joies nuptiales.
I. Cant. III, 5-1 1. — 2. Grec, in Cant.
La Procession. 33g
Quoi de plus juste qu'une fois l'année, la sainte Eglise donne carrière à ses transports envers lEpoux divin caché sous les voiles du Sacrement d'amour ? C'est pour cela qu'aujourd'hui le Prêtre a consacré deux Hosties, et qu'après avoir consommé l'une d'elles, il a placé l'autre dans le radieux ostensoir qui, soutenu par ses mains tremblantes, va traverser maintenant sous le dais, au chant des hymnes triomphales, les rangs émus de la foule prosternée.
Cette solennelle démonstration envers l'Hostie sainte, nous l'avons déjà dit, est d'origine plus récente que la fête elle-même du Corps du Seigneur. Urbain IV n'en parle pas dans sa Bulle d'institution, en 1264. Par contre, Martin V et Eugène IV, en leurs Constitutions citées plus haut {26 mai 1429,
26 mai 1433), fournissent la preuve qu'elle était en usage de leur temps, puisqu'ils accordent des indulgences à ceux qui la suivent. Le Milanais Donat Bossius rapporte, en sa Chronique, que « le jeudi 29 mai « 1404, on porta pour la première fois solen« nellement le Corps du Christ dans les rues « de Pavie, comme il est passé depuis en « usage. » Quelques auteurs en ont conclu que la Procession de la Fête-Dieu ne remontait pas au delà de cette date, et devait sa première origine à l'Eglise de Pavie. Mais cette conclusion dépasse le texte sur lequel elle s'appuie, et qui peut fort bien n'exprimer qu'un fait de chronique locale.
Nous trouvons en effet la Procession mentionnée sur un titre manuscrit de l'Eglise de Chartres en i33o, dans un acte du Chapitre
340 La Fête du Très Saint Sacrement.
de Tournai en i325, au concile de Paris en i323, et, en i32o, dans celui de Sens. Des indulgences sont accordées par ces deux conciics à l'abstinence et au jeûne de la \'igile du Corps du Seigneur, et ils ajoutent : « Quant à la Procession solennelle qui (i se fait le jeudi delà fête en portant le divin « Sacrement, comme il semble que ce soit « par une sorte d'inspiration divine qu'elle « s'est introduite en nos jours, nous ne sta« tuons rien pour le présent, laissant toutes « choses à la dévotion du clergé et du peuce pie i . » L'initiative populaire semble donc avoir eu grande part à cette institution ; et de même que Dieu avait fait choix, au siècle précédent, d'un Pape français pour établir la fête, ce fut de France que se répandit peu à peu dans tout l'Occident ce complément glorieux de la solennité du Mystère de la foi 2.
Il paraît probable toutefois qu'à l'origine la divine Hostie ne fut pas, du moins en tous lieux, portée en évidence comme aujourd'hui dans les processions, mais seulement voilée ou renfermée dans une châsse ou cassette précieuse. C'était l'usage de la porter ainsi dès le xi^ siècle en certaines Eglises, à la Procession des Rameaux, et encore à celle du matin de la Résurrection. Nous avons parlé ailleurs de ces manifestations solennelles,
I. Labbe, Concil. T. XI, fa^. l6Ro, 17 II.— 2. A la suite du concile de l3ii, ou la fête fut définitivement promulguée. Vienne prit pour armes l'orme surmonté d un calice et dune hostie qu'entourent ces mots : Vienna civitas sancta.
La Procession. 841
qui du reste avaient moins pour objet d'honorer directement le Sacrement divin, que de rendre plus au vif le mystère du jour i. Quoi qu'il en soit, l'usage des ostensoirs ou monstrances, comme les appelle le concile de Cologne de l'année 1452, suivit de près l'établissement de la nouvelle Procession.
On les fit d'abord plus généralement en forme de tourelles percées à jour; dans un Missel manuscrit de l'an 1374, la lettre D,
gremière de l'Oraison de la fête du Saintacrement, présente en miniature un évêque accompagné de deux acolytes, et portant l'Hostie du salut dans une tour d'or à quatre ouvertures. Il y eut toutefois une grande et souvent heureuse variété dans ces nouvelles productions de l'art chrétien, qui venaient ainsi compléter à leur heure la collection déjà si riche des joyaux du sanctuaire. Nées spontanément de l'initiative privée des diverses Eglises, elles reflétèrent les inspirations multiples de la foi des pasteurs et des peuples. Tantôt ce furent des croix chargées de pierreries, des crucifix d'argent ou d'or, qui présentèrent sous le Sacrement le vrai corps de l'Homme-Dieu aux regards des fidèles, rappelant en même temps à leur religion et à leur amour le Sacrifice et la mort cruelle qui avaient fait de lui l'Hostie du salut. D'autres fois, au contraire, on employa pour cet usage, des statuettes du Seigneur ressuscité incrustées des plus riches émaux, qui proclamaient la gloire du Vainqueur du
I. Le Temps de la Passion, pag. 241 ; le Temps pascal, T. I, pag. 186 et suiv.
342 La Fête du Très Saint Sacrement.
trépas, toujours vivant et triomphant sous la mort apparente des espèces sacrées: placée dans la poitrine, à l'endroit du cœur, l'Hostie sainte rayonnait des mille feux de la pierre précieuse et translucide qui protégeait ce réduit sacré. Ailleurs, la Mère de la divine grâce, apparaissant de nouveau comme le vrai trône de la Sagesse éternelle, offrait elle-même aux adorations des nations d'Occident ce même Verbe incarné qui avait reçu l'hommage des rois de l'Orient sur son sein maternel; ou bien encore l'Ami de l'Epoux, Jean le Précurseur, portant dans ses bras l'Agneau du salut, montrait au monde, de son doigt prédestiné, l'Hostie sainte qui brillait sur le front de cet Agneau divin comme une perle précieuse. Libre expansion de la piété que respecta l'Eglise-mère, jusqu'à ce que ces différentes conceptions se trouvassent ramenées par le temps au type uniforme reçu de nos jours. Les xiv* et XV* siècles virent déjà s'établir l'usage prédominant des monstrances à cylindres de cristal engagés dans des édicules de formes variées, à baies ogivales avec arcs-boutants et contre-forts, et surmontés d'élégantes pyramides ou de clochetons ajourés. Bientôt la piété catholique, s'ingéniant à rendre, en quelque sorte, au Soleil de justice les divines splendeurs qu'il dérobe à nos yeux dans le Mystère d'amour, amena l'usage d'exposer l'auguste Sacrement dans un soleil de cristal à rayons d'or ou de quelque autre , matière de prix >. En dehors de quelques j
I. Ce fut vers le même temps qu'on vit paraître et
La Procession. 343
rares monuments plus anciens que nous pourrions citer, cette dernière progression s'affirme clairement dans un Graduel du temps de Louis XII (1498-1515), où la première lettre de l'Introït du Saint-Sacrement renferme un soleil à peu près semblable aux nôtres, porté sur les épaules de deux personnages vêtus du pluvial, et suivi par le roi, accompagné de plusieurs cardinaux et prélats 1.
Cependant l'hérésie protestante, q^ui naissait alors, traita bientôt de nouveauté, de superstition, d'idolâtrie odieuse, ces naturels développements du culte catholique inspirés par la foi et l'amour. Le concile de Trente frappa d'anathème les récriminations des
s'établir en plusieurs églises la forme actuelle des vases destinés à renfermer les hosties consacrées. On leur donna le nom de ciborhim ou ciboire, qui avait été réservé dans l'antiquité au baldaquin ou dôme surmontant les autels, et sous la voiite duquel on suspendait en beaucoup de lieux la pixide ou réserve eucharistique. Les formes de ces réserves sacrées avaient jusque-là varié suivant les églises, mais en gardant toujours une dimension très restreinte. < Aux xiu', xiv» et même encore pendant une partie du xv* siècles, les pixides sont généralement de très petite dimension, parce que, jusque vers le milieu du xv* siècle, elles ne servaient qu'à conserver le petit nombre d'hosties dont on avait besoin pour la communion des malades en danger de mort. Les fidèles en état d'assister aux offices de l'église recevaient la sainte Eucharistie, après la communion du prêtre, avec des espèces consacrées pendant la messe même, et distribuées au moyen de la patène. » E. Reusens, professeur à l'Université catholique de Louvain : Eléments d'Archéologie chrétienne. T II,
344 ^^ ^éte du Très Saint Sacrement.
sectaires 1, et, dans un chapitre spécial, il justifia l'Eglise en des termes que nous ne saurions nous dispenser de reproduire : « Le « saint Concile déclare très pieuse et très c sainte la coutume qui s'est introduite dans « l'Eglise, de consacrer chaque année une « fête spéciale à célébrer en toutes manières « l'auguste Sacrement, comme aussi de le « porter en procession par les rues et places « public^ues avec pompe et honneur. Il est « bien juste, en eflet, que soient établis cer« tains jours où les chrétiens, par une dé« monstration solennelle et toute particulière, « témoignent de leur gratitude et dévot souI venir envers le commun Seigneur et Ré« dcmpteur, pour le bienfait ineffable et « divin qui remet sous nos yeux la victoire « et le triomphe de sa mort. Ainsi fallait-il « encore que la vérité victorieuse triomphât « du mensonge et de l'hérésie, de telle sorte « que ses acïversaires, au sein d'une telle « splendeur et d'une si grande joie de toute f l'Eglise, ou perdent courage et sèchent de « dépit, ou, touchés de honte et de confusion, « viennent enfin à résipiscence 2. »
Mais nous catholiques, adorateurs fidèles du Sacrement d'amour, « avec quelle joie, » s'écrie le pieux et éloquent Père Faber, « ne « devons-nous pas contempler cette brillante « et immense nuée de gloire que l'Eglise « fait à cette heure monter vers Dieu ! Oui ; « il semblerait que le monde est encore dans « son état de ferveur et d'innocence primi« tivc! Voyez ces glorieuses processions qui,
I. Sess. XIII, can. 6. — 2. IbiJ. cap. 5.
La Procession. 3^5
« avec leurs bannières étincelantes au soleil, « se déroulent dans les places des opulentes « cités, à travers les rues jonchées de fleurs « des villages chrétiens, sous les voûtes véné« râbles des antiques basiliques, et le long « des jardins des séminaires, asiles de la piété. « Dans ce concours de peuples, la couleur « du visage et la diversité des langues ne « sont que de nouvelles preuves de l'unité de a cette foi que tous se rejouissent de profes« ser par la voix du magnifique rituel de « Rome. Sur combien d'autels de structure « diverse, tous parés des fleurs les plus sua« ves et resplendissants de lumière, au mi« lieu de nuages d'encens, au son des chants « sacrés et en présence d'une multitude proso ternée et recueillie, le Saint-Sacrement est tt successivement élevé pour recevoir les « adorations des fidèles, et descendu pour « les bénir ! Et combien d'actes ineff'a'oles de « foi et d'amour, de triomphe et de répara« tion, chacune de ces choses ne nous repré« sente-t-elle pas ! Le monde entier et l'air a du printemps sont remplis de chants d'alléu gresse. Les jardins sont dépouillés de leurs « plus belles fleurs, que des mains pieuses « jettent sous les pas du Dieu qui passe « voilé dans le Sacrement. Les cloches font « retentir au loin leurs joyeux carillons; le « canon ébranle les échos des Andes et des « Apennins ; les navires , pavoises de bril« lantes couleurs , donnent aux baies de la a mer un air de fête; et la pompe des ara mées royales ou républicaines vient rendre « hommage au Roi des rois. Le Pape sur « son trône et la petite fille dans son village.
346 La Fête du Très Saint Sacrement.
« les religieuses cloîtrées et les ermites soli<( taires ,^les évoques , les dignitaires et les « prédicateurs, les empereurs, les rois et les « princes, tous sont aujourd'hui remplis de la « pensée du Saint-Sacrement. Les villes sont « illuminées , les habitations des hommes « sont animées par les transports de la joie. « Telle est l'allégresse universelle, que les « hommes s'y livrent sans savoir pourquoi, « et qu'elle rejaillit sur tous les cœurs où « règne la tristesse, sur les pauvres, sur tous « ceux qui pleurent leur liberté, leur fa« mille ou leur patrie. Tous ces millions « d'âmes qui appartiennent à la royale fa« mille et au lignage spirituel de saint Pierre « sont aujourd^'hui plus ou moins occupées « du Saint-Sacrement: de sorte que l'Eglise « militante tout entière tressaille d'une joie, « d'une émotion semblable au frémissement « des flots de la mer agitée. Le péché sem« ble oublié ; les larmes mêmes paraissent « plutôt être arrachées par l'excès du bon« tieur que par la pénitence. C'est une ivresse « semblable à celle qui transporte l'âme à « son entrée dans le ciel ; ou bien l'on dirait « que la terre elle-même passe dans le ciel, <; comme cela pourrait arriver par l'effet de « la joie dont l'inonde le Saint-Sacrement K » On chante pendant la Procession les Hymnes de l'Office du jour, le Laiida Sion, le Te Deum et, suivant la longueur du parcours, le Benedictus, le Mae^nificat, ou d'autres pièces liturgiques ayant quelque rapport
I . Le Saint-Sacrement. T. \,pag. 4 (traduct. de M. F.
4e Bernhardt).
A Sexte.
avec l'objet de la fête, comme les Hymnes de l'Ascension indiquées au Rituel. De retour à l'église, la fonction se termine, comme aux Saluts ordinaires, par léchant du Tantiim ergo, du Verset et de l'Oraison du SaintSacrement. Mais, après la Bénédiction solennelle, le Diacre ne renferme pas l'Hostie sainte; il la dispose sur le trône où les pieux fidèles lui composeront, durant ces huit jours, une garde empressée.
C'est autour d'elle que les Heures canoniales vont rayonner désormais, comme autour de leur centre.
T 'Hymne et les trois Psaumes dont se com^ pose l'Office de Sexte se trouvent ci-dessus,/7<3g-e 92.
Ant. P^'^^uis est A panis Lhristi, et praebebit delicias regibus. Alléluia.
E pain du Christ engraisse l'âme , et il fera les délices des rois. Alléluia.
Ant. l'
o
TOUTES les fois que vous mangerez ce pain et boirez ce calice, vous annoncerez la mort du Seigneur, jusqu'à ce qu'il vienne.
L les a nourris de la graisse du froment. * Alléluia, alIeluia. Il les a nourris.
manducabitis panera hune , et calicem bibetis, mortem Domini annuntiabitis, donec vcniat.
A L^ f^ IBAVIT illos ^- ^'^•^ ex adipe frumenti. * Alléluia, alléluia. Cibavit.
34<^ ^'■1 i'c'te du Très Saint Sacrement.
^. Et de petra, melle saturavit eos. * Alléluia, alléluia.
Gloria Patri. Cibavit.
î". Educas panem de terra. Alléluia,
^. Et vinum Isetificet cor hominis. Alléluia.
f. Et il les a rassasiés du miel de la pierre. * Alléluia, alléluia.
Gloire au Père. Il les a nourris.
f. Faites sortir le pain de la terre. Alléluia.
^. Et que !e vin réjouisse le cœur de l'homme. Alléluia.
L'Oraison est la Collecte de la Messe, cidessus, /?a^e 323.
T 'Hymne et les trois Psaumes dont se com■*-' pose l'Office de None se trouvent ci-dessus, page 98.
Akt \riNCENTlda- . AU vainqueur je
^^^' V bo manna ^^^- ^ donnerai une
absconditum et nomen manne cachée et un nom nounovum. Alléluia. veau. Alléluia.
QUICUMQUE manducaverit panem hune, vel biberit calicem Domini indigne, reus erit corporis et sanguinis Domini.
Bî. br.
nem de terra. * AUcluia, alléluia. Educas.
j^. Et vinum laetificet cor hominis. * Alléluia, alléluia.
CELUI qui mangera ce pain, ou boira le calice du Seigneur indignement, sera coupable du corps et du sang du Seigneur.
\.br.
'AITES sortir le pain de la terre. * Alléluia , alléluia. Faites sortir.
f. Et que le vin réjouisse le cœur de l'homme. * Alléluia, alléluia.
Les Secondes Vêpres.
Gloire au Père. Faites sor
f. Il a établi la paix sur vos frontières. Alléluia.
H|. Et il vous rassasie de la graisse du froment. Alléluia.
Gloria Patri. Educas.
Jf. Posuit fines tues pacem. Alléluia.
^. Et adipe frumenti satiat te. Alléluia.
» L'Oraison est la Collecte de la Messe, cidessus, page 32 3.
-SiANS le solennel Office du soir, l'Eglise reJ passe au pied de l'Hostie les merveilles célétjrées en ce grand jour.
Le premier Psaume chante les grandeurs du Christ pontife. Le Seigneur l'a juré : il est Prêtre à jamais selon l'Ordre de Melchisédech. Comme ce roi de justice et de paix, il a choisi le pain et le vin pour éléments de son Sacrifice. Mais sous ces apparences se cachait l'oblation digne en tout du Pontife éternel et de celui qui l'a engendré avant l'aurore.
Ant.
E Christ Sei, gneur, Prêtre à
jamais selon l'Ordre de Mel chisédech, a offert le pain e le vin.
ae t e r num Christus Dominus secundum ordinem Melchisedech, panem et vinum obtulit.
Psaume cix. Dixit Dominus, page io5.
Le pain et le vin du Sacrifice annonçaient un banquet. Le second Psaume célèbre ce
35o La Fête du Très Saint Sacrement.
banquet ineffable où viennent se résumer les merveilles divines; car le Christ lui-même s'y donne en nourriture à ceux qui le craignent. Que sa louange demeure donc à jamais!
Ant T ^ Seigneur mii^ séricordieux a
donné, en mémoire de ses
merveilles, une nourriture à
ceux qui le craignent.
Ant.
D o minus escam dédit timentibus se, in memoriam suorum mirabilium.
Psaume ex. Confitebor tibi, Domine, page io6.
L'Eucharistie, qui résume tous les bienfaits divins, est en même temps l'Action de grâces la plus parfaite et la seule digne gue nous puissions offrir à la suprême Majesté. Si donc a la fin de celte journée, émus des magnificences de la bonté souveraine, nous noiis écrions avec le Psalmiste: « Que rendrai-je « au Seigneur pour tous ces biens dont il « m'a comblé? » répondons avec lui, dans le troisième Psaume: « Je prendrai le calice du « salut, j'offrirai l'Hostie de louange. >•
. I E prendrai le caANT. j jj^ç j^ salut, et
je sacrifierai une hostie de
louange.
Ant /^alicem sa^^^- \^ lutaris accipiam, et sacrificabo
hostiam laudis.
CREDIDI, propter quod locutus sum : * ego autem humiliatus sum nimis.
Ego dixi in excessu meo : * Omnis homo mendax.
J'ai cru : c est pourquoi i ai parlé, malgré l'excès d'humiliation où j'étais réduit.
J'ai dit dans mon trouble : il n'est point d'homme qui ne soit trompeur.
Les Secondes Vêpres.
Que rendrai-je au Seigneur pour tous les biens qu'il a répandus sur moi ?
Je prendrai le calice du salut, et j'invoquerai le Nom du Seigneur.
En présence de son peuple j'acquitterai mes vœux au Seigneur : aux yeux du Seigneur, la mort de ses saints est précieuse.
O Seigneur ! je suis votre serviteur ; oui, je le suis, et le fils de votre servante.
Vous avez brisé mes liens; je vous offrirai un sacrifice de louange, et j'invoquerai le Nom du Seigneur.
J'acquitterai mes vœux au Seigneur, en présence de tout son peuple, dans les parvis de la maison du Seigneur, au milieu de toi, o Jérusalem 1
Ant. Je prendrai le calice du salut, et je sacrifierai une hostie de louange.
Quid retribuam Domino : • pro omnibus quaî retribuit mihi?
Calicem salutaris accipiam : * et Nomen Domini invocabo.
Vota mea Domino reddam coram omni populo ejus : * pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum ejus.
O Domine, quia ego servus tuus : * ego servus tuus et filius ancillas tuae.
Dirupisti vincula mea t * tibi sacrificabo hostiam laudis, et Nomen Domini invocabo.
Vota mea Domino reddam in conspcctu omnis populi ejus : * in atriis domus Domini, inmedio tui, Jérusalem.
Ant. Calicem salutaris accipiam, et sacrificabo hostiam laudis.
Le Psaume suivant relève en accents inspirés la beauté du spectacle qu'offre aujourd'hui la terre. Le bonheur semble avoir repris ce matin possession du monde avec les saintes pensées. L'huile d'allégresse a coulé du Christ chef sur tous ses membres; l'Eglise tressaille, à la vue de ses fils rangés autour de la table sainte, comme de jeunes plants d'olivier prêts à produire des fruits de grâce et de sanctification. Puisse cette journée marquer en effet pour Sien le point de départ d'une fertile
352 La Fête du Très Saint Sacrement.
abondance! puisse-t-elle affermir pour jamais la paix dans la cité sainte l
Ant.
SicuT novel1 ae olivarum, Ecclesia; filii sint in circuitu mensae Domini.
Ant.
QUE les enfants de l'Eglise soient comme de jeunes plants d'olivier autour de la table du Seigneur.
BEATI omnes qui timent Dominum : * qui ambulant in viis ejus.
Labores manuum tuarum quia manducabis : * beatus es, et bene tibi crit.
Uxor tua sicut vitis abundans : * in lateribus domus tuae.
Filii tui sicut novellae olivarum : * in circuitu mensse tuae.
Ecce sic benedicetur homo : * qui timet Dominum.
Benedicat tibi Dominus ex Sion : * et videas bona Jérusalem omnibus diebus vitae tuas.
Et videas filios filiorum tuorum : * pacera super Israël.
Ant. Sicut novellae olivarum, Ecclesiœ filii sint in circuitu mensae Domini.
HEUREUX tous ceux qui craignent le Seigneur, qui marchent dans ses voies :
Ainsi mangerez-vous le fruit du travail de vos mains ; TOUS êtes bienheureux, tout prospérera pour vous.
Votre épouse sera comme une vigne féconde dans le secret de votre maison,
Vos fils comme de jeunes plants d'olivier autour de votre table.
C'est ainsi que sera béni l'homme qui craint le Seigneur.
Que le Seigneur vous bénisse de Sion : puissiez-vous contempler la prospérité dans Jérusalem tous les jours de votre vie,
Voir les enfants de vos enfants, et la paix d'Israël !
Ant. Que les enfants de l'Eglise soient comme de jeunes plants d'olivier autour de la table du Seigneur.
chantaient les Anges à la descente du Pain céleste
Les Secondes Vêpres.
en Bethléhem. Tels sont en effet, nous l'avons vu, nous le verrons mieux encore, les deux grands fruits de l'Eucharistie. L'Eglise s'excite elle-même à chanter , dans le cinquième Psaume, cette paix qui règne par la grâce de l'Epoux sur ses frontières, affermit ses portes et comble ses fils de bénédictions en elle-même. Mais c'est la divine nourriture, c'est le froment des cieux qui produit cette paix merveilleuse, en unissant tous les membres au Christ dans l'unité d'un même corps.
Ant.
LE Seigneur, q^ii établit la paix sur les frontières de l'Eglise, nous rassasie de la graisse du froment.
JÉRUSALEM, chantez le Seigneur : Sien, chantez votre Dieu.
C'est lui qui fortifie les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.
Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment, Jésus le Pain de vie.
Il envoie son Verbe à la terre ; sa parole parcourt le monde avec rapidité.
Il donne la neige comme des flocons de laine ; il répand les frimas comme la poussière.
Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourrait résister devant le froid que son souffle répand ?
Ant.
ui pacem ponit fines Ecclesiae, frumenti adipe satiat nos Dominus.
?. irt
LAUDA Jérusalem Dominum : * lauda Deum tuum Sion.
Quoniam confortavit seras portarum tuarum : * benedixit filiis fuis in te. Qui posuit fines tuos pacem : * et adipe frumenti satiat te.
Qui emittit eloquium suum terrae : * velociter currit Sermo ejus.
Qui dat nivem sicut lanam : * nebulam sicut cinerem spargit.
Mittit crystallum suam sicut buccellas : * ante faciem frigoris ejus quis sustinebit ?
354 ^^ Fe^e du Très Saint Sacrement.
Emittet Verbum suum, et licjuefaciet ea : * flabit Spiritus ejus, et fluent aquas.
Qui annuntiat Verbum suum Jacob : * justitias, et judicia sua Israël.
Non fecit taliter omni nationi : * et judicia sua Don manifestavit eis.
Ant. Qui pacem ponit fines Ecclesiîe, frumenti adipe satiat nos
Dominus.
Mais bientôt il envoie son Verbe, et cette glace si dure se fond à sa chaleur : l'Esprit de Dieu souffle, et les eaux reprennent leur cours.
11 a donné son Verbe à
Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.
Il n'a point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur a pas manifesté ses décrets.
Ant. Le Seigneur, qui établit la paix sur les frontières de l'Eglise, nous rassasie de la graisse du froment.
Le Capitule nous fait entendre de nouveau la grande voix de l'Apôtre des nations rendant son témoignage sur l'institution du Mystère d'amour, "et rappelant encore une fois la suprême recommandation du Seigneur : a Fai« tes ceci en mémoire de moi. »
MES Frères, c'est du Seigneur lui-même que j'ai appris ce que je vous ai enseigné, savoir que le Seigneur Jésus, dans la nuit même où il fut livré, prit du pain, et ayant rendu grâces, le rompit'et dit: Prenez et mangez : ceci est mon corps
?[ui sera livré pour vous; aites ceci en mémoire de moi.
FRATRES, ego enim accepi a Domino, quod et tradidi vobis : quoniam Dominus Jésus, in qua nocte tradebatur, accepit panem, et; gratias agens, fregit, et dixit : Accipite, et manducate ; hoc est corpus meum, quod pro vobis tradetur : hoc facile in meam commemorationem.
i^es Secondes Vêpres.
L'Hymne qui suit résume le Mystère de la foi dans une doctrine profonde et concise. C'est elle que l'Eglise choisit de préférence pour chanter le divin Sacrement; les deux dernières strophes forment la conclusion obligée des Expositions et Saints dans le cours de l'année.
CHANTE, ô ma langue, le mystère du glorieux Corps et du Sang précieux
aue le Roi des nations, fils 'une noble mère, a versé pour la rédemption du monde.
Il nous fut donné : pour nous il naquit de la Vierge sans tache ; il vécut avec les hommes, et après avoir jeté la semence de sa parole, il termina son pèlerinage par une admirable merveille.
Dans la nuit de la dernière cène, étant à table avec ses frères, après avoir observé ce que prescrivait la loi pour les nourritures légales, il se donne lui-même de ses propres mains, pour nourriture, aux douze qu'il a choisis.
Le Verbe fait chair change d'une seule parole le pain en sa chair divine: le yin dePANGE, lingua, gloriosi Corporis mysterium, Sanguinisque pretiosi, Quem in mundi pretium, Fructus ventris generosi. Rex effudit gentium.
Nobis datus, nobis natus Ex intacta Virgine, Et in mundo conversatus, Sparso verbi semine, Sui moras incolatus Miro ciausit ordine.
In supremas nocte cœ- nae Recumbens cum fratribus, Observata lege plene Cibis in legalibus, Cibum turbœ duodena Se dat suis manibus.
Verbum caro panen". i verum Verbo carnem efBcit ;
356 Le Temps après la Pentecôte.
Fitque sanguis Christi
merum : Et si sensus déficit. Ad firmandum cor sincerum Sola fides sufficit.
Tantum ergo Sacramentum Veneremur cernui : Et antiquum documentum Novo cedat ritui : Praestet fides suppleinentum Sensuum defectui.
Genitori, Genitoque Laus et jubilatio, Salus, honor, virtus quoque Sit et benedictio : Procedenti ab utroque Compar sit laudatio.
Amen.
t. P'
vient le propre sang du Christ; et si la raison défaille à comprendre un tel prodige, la foi suffit pour rassurer un cœur fidèle.
Adorons prosternés un si grand Sacrement ; que les rites antiques cèdent la place à ce nouveau mystère ; et que la foi supplée à la faiblesse de nos sens.
Gloire, honneur et louange, puissance, actions de grâces et bénédiction soient au Père et au Fils ; pareil hommage à Celui qui procède de l'un et de l'autre.
Amen.
Vous leur avez donné le
pain du ciel. Alleluia.
^. Ayant en lui toutes délices. Alléluia.
>ANE.M de cœlo prasstitisti eis. Alléluia.
^. Omne delectamentum in se habentem. Alléluia.
L'Antienne qui accompagne le Cantique de Marie est un cri prolongé de reconnaissance pour le banquet sacré de l'union divine, mémorial vivant des souffrances du Sauveur, où l'homme est rempli de grâce en son âme et reçoit, dans son corps même, le gage de la gloire future. La phrase n'est point achevée: l'Eglise demeure comme en suspens sur
La Fête du Très Saint Sacrement. 3 57
ce dernier élan d'un amour qui ne peut trouver ici-bas d'expression suffisante.
ANTIENNE DE Magnificat.
BANQUET sacre ou est reçu le Christ, renouvelée la mémoire de sa passion, l'âme remplie de grâce, et donné le gage de la gloire future ! Alléluia.
O SACRUM convivium, in quo Christus sumitur; recolitur memoria passionis ejus : mens impletur gratia : et futurs gloriae nobis pignus datur. Alléluia.
Le Cantique Magnificat, page 114.
ODiEU, qui nous avez laissé sous un Sacrement admirable le mémorial de votre passion, daignez nous accorder la grâce de vénérer comme nous le devons les sacrés mystères de votre Corps et de votre Sang, afin que nous puissions ressentir en nous constamment le fruit de votre rédemption. Vous
Î[ui vivez et régnez avec Dieu e Père.
DEUS, qui nobis sub Sacramento mirabili passionis tuae memoriam reliquisti : tribue quaesumus, ita nos Corporis et Sanguinis tui sacra mysteria venerari, ut redemptionis tuje fructum in nobis jugiter sentiamus. Qui vivis et régnas cum Deo Pâtre.
A LA fin de cette grande journée consacrée **■ par l'Eglise latine au triomphe de l'Hostie sainte, nous écouterons l'Eglise grecque témoigner d'une même foi au divin Sacrement dans les formules suivantes. Elles accompagnent et suivent la Communion, dans la Liturgie ou Messe appelée de SaintJean-Chrysostome.
358 Le Temps après la Pentecôte.
CREDO, Domine , et confiteor quod tu es Christus Filius Dei viventis, qui venisti in mundum ad salvandos peccatores, quorum primus ego sum.
Cœnœ tuae mysticas hodie communicantem me suscipe. Non enim inimicis tuis mysterium dicam, nec osculum tibi dabo velut Judas, sed ut latro tibi confiteor : Mémento mei, Domine, in regno tuo.
Domine, non sum dignus ut sub sordidum tectum animae mes ingrediaris : sed quemadmodum dignatus es in spelunca et pra?sepio brutorum recumbere, et in domo Simonis I-eprosi, etiam similem mei meretricem ad te accedentem suscepisti : ipse quoque dignare in praesepe animae meae rationis expertis et in coinquinatum meum corpus mortuum et leprosum ingredi : et sicut non abhorruisti os sordidum meretricis illibatos pedes tuos osculantis, ita, Domine Deus meus, ne a me etiam peccatore abhorrueris. Sed tamquam bonus et
JE crois, Seigneur, et je confesse que vous êtes le Christ Fils du Dieu vivant, qui êtes venu dans le monde pour sauver les pécheurs dont )e suis le premier.
Recevez-moi aujourd'hui à la participation de votre Cène mystique. Je ne livrerai point le mystère à vos ennemis, je ne vous donnerai point le baiser de Judas ; je m'adresse à vous, comme le larron : Souvenez-vous de moi. Seigneur, en votre royaume.
Seigneur, je ne suis pas digne que vous entriez sous le toit souillé de mon âme. Mais de même que vous avez daigné descendre en l'étable et reposer dans la crèche des animaux, entrer dans la maison de Simon le Lépreux et recevoir à vos pieds une pécheresse pareille à moi : daignez entrer aussi dans l'étable de mon âme sans raison, et dans ce corps souille, mort et lépreux. Et comme vous n'avez point repoussé la bouche impure de la pécheresse baisant vos pieds sans tache, ainsi. Seigneur mon Dieu, ne repoussez pas non plus ce pécheur. Mais dans votre clémence et bonté, daignez m'adraettre à la communion de votre très saint
La Fête du Très Saint Sacrement. 35g
Corps et de votre Sans
Pardonnez, déliez, remettez, ô mon Dieu, tous les péchés que j'ai commis sciemment ou par ignorance, en parole ou en œuvre. Soyezmoi propice en votre bonté compatissante ; par les prières de votre Mère très pure et toujours vierge, sauvez-moi de la condamnation, et que je puisse recevoir votre Corps précieux et immaculé pour la guérison de mon âme et de mon corps. Car à vous est l'empire, la puissance et la gloire. Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.
clemens,dignare me participem effici sanctissimi tui Corporis et Sanguinis.
Deus meus, condona, relaxa, remitte mihi delicta mea qusecumque sciens, vel per ignorantiam, vel verbo vel opère patravi. Jndulge mihi cuncta ut bonus et démens ; intercessionibus intemeratœ tuae etsemper virginis Matris, incondemnatum me custodi, ut sumam pretiosum et immaculatum Corpus tuum ad medelam animas et corporis. Quoniam tuum est regnum et virtus, et gloria : Patris et Filii, et Spiritus Sancti : nunc et semper, et in sascula sœculorum. Amen.
NOUS VOUS rendons grâces, Seigneur très bon, bienfaiteur de nos âmes, de ce que vous nous avez admis aujourd'hui encore à vos immortels et célestes Mystères. Dirigez nos voies, affermissez-nous dans votre crainte, protégez notre vie, donnez à nos pas la sécurité : par les prières et l'intercession de la glorieuse Marie Mère de Dieu toujoursvierge, et de tous les saints.
GRATiAS agimus tibi, bénigne Domine, benefactor an i m a r u m nostrarum, quod etiam praesenti die dignos fecisti nos cœlestium tuorum et immortalium mysteriorum. Viam nostram dirige, confirma nos in timoré tuo, custodi vitam nostram, fac securos gressusnostros • precibus et intercessione gloriosae Deiparœ, et semper virginis Mariae, et omnium sanctorum.
36 o Le Temps après la Pentecôte.
Dijc. Recti participes effecti divinorum, sanctorum, illibatorum, immortalium, supcrcœlestium, et vivificorum mysteriorum, digne gratias agamus Domino.
Chor. Domine, miserere.
Diac. Suscipe, salva, miserere, et conserva nos, Deus, tua gralia.
Chor. Domine, miserere.
Diac. Diem omnem perfectum, sanctum, pacificum, et a peccato immunem postulantes, nos ipsos, et invicem, et omnem vitam nos tram Christo Deo commendemus.
Chor, Tibi, Domine.
Sacerdos, exclamando. Quoniam tu es sanctificatio nostra, et tibi gloriam referimus, Patri, et Filio, et Sanclo Spiritui, nunc et semper, et in saecula saeculorum.
Chor. Amen.
Le Diacre. Justes rendus participants des Mystères divins, saints, sans tache, immortels , plus élevés que les cieux et vivifiants, rendons de dignes actions de grâces au Seigneur.
Le Chœur. Seigneur, ayez pitié !
Le Diacre. Recevez, sauvez, pardonnez, conserveznous, ô Dieu, par votre grâce.
Le Chœur. Seigneur, ayez pitié 1
Le Diacre. Demandons des jours tous parfaits, saints, paisibles et préservés du péché ; recommandons, nousmêmes, les autres, et toute notre vie au Christ Dieu.
Le Chœur. A vous. Seigneur !
Le Prêtre^ élevant la voix. Parce que vous êtes notre sanctification ; et nous vous rendons gloire à vous, Père, Fils, et Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.
Le Chœur. Amen.
Enfin saluons encore une fois l'Hostie sainte, en lui dédiant cette Séguence du Missel de Prague, qui, par sa torme, semble tenir comme le milieu entre les compositions Notkériennes et celles des âges postérieurs.
SALUT, chair adorable du Christ Roi,
Du troupeau de la loi nouvelle admirable nourriture !
Les hommages des fi,dèles vous sont dus à toute heure ;
C'est dignement, d'un cœur chaste, sans souillure, qu'on doit vous manger.
Vous êtes, ô Pain de vie, l'objet du culte de l'Eglise ;
Vous êtes le guide des voyageurs, vous êtes le pardon des coupables.
Aliment du salut, rassasiez-nous en vous.
Vous êtes le relèvement, la défense de ceux qui sont tombés.
Vous êtes la consolation de l'affligé, l'allégresse des cœurs.
De ce monde malheureux conduisez-nous aux joies éternelles.
Pour y jouir à jamais de votre présence et douce gloire. Amen.
n Re
Caro Christi veneranda, Esca gregis novae legis admiranda.
Tu fidelibus, horis omnibus es adoranda,
Casto corde, sine sorde, digne manducanda.
Te colit rite Panem vitae Ecclesia;
Dux viatorum, et reorum es venia.
Tu, cibus salutis, nos in te satia.
Tu lapsorum sublevamen orna praïsidia.
Tu mœstorum es Icvamen, cordis laetitia.
Nos de mundi duc ad aeterna
miseria gaudia,
Ut firmemur praîsentia tua, et suavi g 1 o r i a . Amen.
/^ HRISTUM regem ado--» remus dominantem gentibus, qui se manducantibus dat spiritus pinguedinem.
ADORONS le Christ roi, Seigneur des nations, engraissant l'âme de qui le prend en nourriture.
lEU a donné satisfaction aux désirs enflammés du cœur de l'homme. La '■^ maison du festin des noces, élevée par la divine Sagesse au sommet des monts, a vu les nations affluer vers elle '. Hier, par tout le monde catholique ému d'un même amour, les peuples assemblés s'excitaient mutuellement aux saints transports d'une même reconnaissance: « \enez; mon« tons à la montagne du Seigneur, à la maison « du Dieu de Jacob, du Dieu fort d'Israël. » Hier le germe du Seigneur a été vu dans la magnificence et la gloire - ; porté en triomphe, Vépl divin, fruit de la terre, excitait l'enthousiasme des foules qui, croissant à chaque pas, tressaillaient devant lui comme on tressaille au jour de la moisson 3.
Moisson céleste, attente des siècles! Epi précieux dédaigné d'Israël, et cueilli par Kuth l'étrangère au champ du vrai Booz en Bethléhem! 'C'est pour ce jour du triomphe
Le Vendr. dans VOct. du S. -Sacrement. 363
de la gentilité. de la grande assemblée des nations prédite par Isaïe, que le Seigneur tenait en réserve sur la montagne le banquet de délivrance à la victime incomparable, le festin de vendange au vin délicieux et très pur 1. Les pauvres en ont mangé, et ils ont éclaté dans la louange ; les riches en ont mangé, et ils se sont abîmés dans l'adoration; et toutes les familles des nations, prosternées en sa présence, ont reconnu le ChristRoi à son divin banquet 2. « C'est lui, disaient« elles; c'est notre Dieu attendu si longa temps 3, le désiré de notre âme au sein des « nuits, pour qui dès le matin veillaient nos « pensées ; c'est le Seigneur, dont les délais « n'ont pu effacer en nous le souvenir. O « Dieu, votre mémorial était l'aspiration de « nos cœurs dans les longs sentiers de l'at« tente '* . Seigneur, je vous louerai, parce « que vous avez accompli d'admirables pro« diges. Tels étaient donc bien vos divins « projets, vos pensées éternelles ^ ! »
L'amour qui s'exprimait ainsi n'est en effet que l'écho de l'amour infini, écho affaibli, réEonse de l'homme mortel aux divines avances. ,e divin Esprit, qui a noué l'union merveilleuse des fils d'Adam et de la Sagesse éternelle , nous montre partout dans les saints Livres l'adorable Sagesse impatiente des délais, combattant les obstacles, et préludant en toutes manières à la rencontre fortunée du banquet nuptial. Nous n'aurons point trop des deux preI. IsAi. XXV, 6. — 2. Psalm. xxi, 27-30. — 3. IsAi. XXV, 9. — 4. Ibid. xxvi, 8, 9. — 5. IbU.xxv, l.
304 ^e Temps après la Pentecôte.
miers jours de l'Octave qui commence aujourd'hui, pour esquisser brièvement cette histoire de la préparation eucharistique. La vive lumière qu'elle jettera sur le dogme luimême en fera sentir assez l'importance. Qu'on ne s'étonne pas d'y voir l'éternelle Sagesse remplissant ces deux jours de ses divines recherches envers notre nature. Prenant les Ecritures pour guide en cette exposition, comme dans tout le reste de cet ouvrage, nous avons dû prendre aussi leur langage. Or, c'est ainsi qu'elles s'expriment avant l'Incarnation : la seconde personne de l'auguste Trinité y paraît ouvertement sous ce nom de Sagesse, et à titre d'Epouse, jusqu'à ce que son union avec l'homme étant accomplie au degré le plus élevé qu'elle dût atteindre dans le Christ Jésus, elle s'efface, pour ainsi dire, devant VEpoiix^ et semble perdre jusqu'à son nom. On savait toutefois ne pas l'oublier, ce nom béni, dans les âges de foi vive, dans les grands siècles nourris des Ecritures ^ C'est a cette noble souveraine de ses pensées que le premier empereur chrétien dédiait le trophée de sa victoire sur le paganisme et du triomphe des martyrs : totus Sapientia Dei exœstuans^ nous dit Eusèbe 2, Constantin consacrait sous son nom à lui-même Tantiçjue Byzance au Dieu des Martyrs 3, et dédiait à la Sagesse éternelle le monument prmcipal de la nouvelle Rome, Sainte-Sopnie, resté longtemps le plus beau temple du monde. Sachons donc, à la suite de nos pères, honorer la divine
I. Meut. Clav. ad verb. Mtilier. — 2. De vita Constant. Lib. III, cap. 48. — 3. IbU.
Le Vendr. dans rOct. du S. -Sacrement. 36b
Sagesse, et reconnaître l'amour qui la presse ineffablement de s'unir à l'homme dès l'éternité.
Tel est, en effet, le secret de l'exultation mystérieuse qui la transporte aux premiers jours, alors que, le péché n'étant point encore venu rompre l'harmonie de l'œuvre du TrèsHaut, le monde s'épanouit sous l'œil de Dieu dans sa fraîcheur native. Chaque manifestation de la puissance créatrice augmente son | allégresse, en ajoutant une beauté nouvelle < au théâtre prédestiné des divines merveilles | qu'a projetées son amour. Sans relâche elle \ tressaille devant le Créateur, elle se joue | dans Vorbe de la terre; car elle voit s'avan- | cer l'homme, dont le palais qui s'achève an- | nonce la prochaine arrivée, et ses délices sont \ d'être avec les enfants des hommes i. [
Insondable amour, qui précède le péché, mais le prévoit néanmoins sans en être affaibli! délices mystérieuses, attrait divin dont ne peut triompVier l'amertume des noires ingratitudes de l'avenir ! La chute de l'homme aura comme conséquence de modifier profondément et cruellement, pour la divine Sagesse, les conditions de sa terrestre existence. Mais pour le bien saisir, et pénétrer mieux aussi l'incompréhensible amour qui ne s'est point rebuté de tels bouleversements, continuons de suivre aujourd'hui par la pensée les divines intentions dans l'état d'innocence. Quoique les saintes Lettres, écrites four l'homme pécheur, aient trait surtout à état de chute et au grand mystère de la
366 Le Temps après la Pentecôte.
réhabilitation, la pensée première du Seigneur s'y fait jour, en plus a'un endroit, assez clairement pour nous permettre de rétablir sans trop de difficulté les grandes lignes du plan divin primitif.
0 Le Seigneur m'a possédée au commen« cernent cîe ses voies * », dit la Sagesse. N'est-elle pas elle-même en effet la première des créatures 2, non sans doute dans cette forme divine dont parle l'Apôtre, et qui la rend égale à Dieu "^ , mais dans cet être humain^ qvJenire. toutes les natures possibles elle a élu de préférence ^ pour s'unir en lui à l'être fini ? Libre choix d'un amour sans bornes et tout gratuit, plaçant l'homme dès avant tous les âges au sommet de l'œuvre divine, et constituant à notre avantage le type et la loi de la création entière. Car, nous disent les saints Livres, « le irès-haut et tout-puissant Créateur a créé tout d'abord dans le Saint-Esprit l'adorable Sagesse; et, la prenant pour exemplaire, pour mesure et pour nombre, il l'a répandue sur toutes ses œuvres et sur toute chair '^. » A la plénitude des temps elle-même doit venir, comme lien commun, manifester aux mondes rassemblés dans son unité la raison de leur existence : joignant à l'hommage de sa divine personnalité l'hommage de toute créature, elle consommera dans une adoration universelle et infinie la gloire extérieure de Dieu son Père. Alors app'araîtra l'incomparable dignité de cette nature humaine élue par la divine
I. Prov. VIII, 22 — 2. Eccli. I, 4. — 3. Philip. II, 6.
— 4. Heb. Il, 16. — 5. Eccli. I, 8, 10.
Le Vendr. dans VOct. du s. -Sacrement. 36 7
Sagesse dès le commencement comme sa ! forme créée, pour être l'organe de cet hom- | mage envers le Père dont la nature divine \ qu'elle tient de lui n'était point susceptible. \ L'éternelle Sagesse ne sera plus c^u'un avec 5 le Fils de la Vierge très pure ; l'epithalame sera chanté par toutes les voix de la terre et du ciel ; et par ce fils de l'homme devenu | l'Epoux , elle continuera jusqu'au dernier ] jour, dans l'intime de chaque âme, l'ineffable mystère de ses noces divines avec l'humanité tout entière.
Mais quel sera le moyen de l'union déifiante ? De tous les sacrements que le Christ aurait pu établir dans l'état d'innocence, il n'en est point, dit Suarez, qui présente plus de probabilités en sa faveur que l'Eucha- \ ristie. Il n'en est point, en effet, qui, plus [ désirable en soi-même, soit aussi plus indépendant du péché ; car le souvenir d'expiation, qui s'y rattache aujourd'hui comme miémorial de la Passion du Sauveur, peut en ' être exclu sans atteindre l'essence même du | Sacrement, qui est la réelle présence du Sei- 5 eneur et l'intime rapprochement par lequel il nous unit à lui 1. Le Sacrifice, comme nous le verrons , ne suppose pas davantage l'idée du péché dans sa notion première; or, le Sacrifice doit demander au Christ chef du monde une offrande digne de Dieu et de lui-même , quand il viendra ici-bas pour accomplir , au nom de nous tous et du monde entier, cet acte solennel. Epoux et Pontife à jamais dans la vertu de l'onction
De sacram. Disp. m. Sect. m.
36 s Le Temps après la Pentecôte.
souveraine, c'est par l'Eucharistie qu'il sera tel en effet, s'assimilant l'humanité dans l'étroit embrassement des Mystères, pour l'oftrir à Dieu divinisée dans l'unité de son propre corps.
Mais à l'Epoux qui doit venir il faut un cortège nombreux, pour l'entourer et chanter ses louanges, au moment où se fera son entrée dans le lieu du festin nuptial; et d'ici que la terre, suffisamment peuplée, puisse présenter au Roi-Pontife une cour digne de lui, un long temps doit s'écouler encore. Que fera cepen'dant la divine Sagesse ? Aux jours de la création, nous avons vu les transports de son active allégresse. Mais voici que, son œuvre achevée, le" Créateur s'est retiré dans le repos du septième jour. Assise à la droite du Père dans les splendeurs des Saints, attendra-t-elle maintenant inactive le moment où Celui qui l'a engendrée avant l'aurore i et fiancée à l'humanité, l'enverra sur terre consommer cette alliance objet des éternels désirs de son amour ?
Le portrait que nous en tracent les saints Livres ne le donne point à supposer. Impétueuse en sa douceur, plus agile que le mouvement, plus pénétrante que tout, est la Sagesse. En elle réside l'esprit d'intelligence, ami de l'homme, que rien n'arrête, subtil, fécond en ressources, alerte, stable et calme à la fois, sûr de ses œuvres et de leur issue, parce qu'il est tout-puissant, prévoit toutes choses, et renferme en soi tous les esprits dans la force et la suavité de la lumière
I. Psalm. cix. 3.
Le Vendr. dans VOct. du S. -Sacrement.
36g
incréée, dont cette divine Sagesse est la splendeur très pure '. Facilement elle se laisse voir à ceux qui l'aiment, et trouver par ceux qui la cherchent; elle prévient ceux qui la désirent et se découvre à eux la première. Celui qui veille pour elle dès le matin sera vite en repos ; car elle-même s'en va cherchant ceux qui sont dignes d'elle, se montre à eux dans le chemin pleine de grâce, et vient en toute sollicitude à leur rencontre 2 Sans quitter donc le trône de gloire dont elle fait la beauté dans le sanctuaire des cieux 3, préparant de loin le jour des noces, elle influera sur l'homme en toutes manières, l'accompagnant dans ses sentiers, l'entretenant de son amour, et lui manifestant, sous des symboles précurseurs adaptés par elle à la jeunesse du monde, les merveilleux projets que garde l'avenir.
Le Seigneur Dieu, dit l'Ecriture, avait planté dès le commencement un jardin délicieux, pour y placer l'homme qu'il ne devait créer cjue le sixième jour. Au milieu du jardin s'élevait un arbre à la signification mystérieuse j beau entre tous, il se nommait Varbre de vie. Un fleuve, qui se divisait en quatre canaux, arrosait ce lieu de délices ^; appelé de même le fleuve de vie, saint Jean nous le montre, en son Apocalyse, sortant du trône de Dieu et brillant com'me le cristal 5. Arbre et fleuve dont le symbole ne suppose point le péché futur : placés par Dieu avant l'homme même en ce séjour de