L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 62)
I. Sequ. Dics ira?. — 2. Pontifical, rom. Ant. in
Eccl. dedicatione. — 3. Ex eodem, ibii. fere ad verbum. — 4. Apoc. xxvn, 6.
La Fcte de tous les Saints. y y
rappelait celui dont ils avaient refusé l'hommage à ses dieux de mensonge l'autel au pied duquel leur sang avait coulé, était celui-là même où elle les invitait à prendre la place des usurpateurs enfuis à l'abîme. Bien inspirée fut-elle, quand le temple édifié par Marcus Agrippa, restauré par Sévère Auguste, étant devenu celui des saints Martyrs, elle crut devoir maintenir à son fronton le nom des constructeurs primitifs et l'appellation qu'ils lui avaient donnée ; l'insigne monument ne justifia son titre qu'à dater de la mémorable journée où, sous sa voûte incomparable, image du ciel, Rome chrétienne put appliquer aux hôtes nouveaux du Panthéon la parole du Psaume : J'ai dit : c'est vous les dieux i ! C'était le xin mai, qu'avait eu lieu la prise de possession triomphale.
Toute dédicace sur terre rappelle à l'E-
flise, ainsi qu'elle le dit-elle même, l'assemlée des Saints, pierres vivantes de l'éternelle demeure que Dieu se construit aux cieux 2. On s'étonnera d'autant moins que la Dédicace du Panthéon d'Agrippa, dans les circonstances que nous avons rapportées, soit devenue la première origine de la fête de ce jour 3. Son anniversaire, en ramenant la mémoire collective des Martyrs, donnait satisfaction à l'Eglise qui, désireuse d'honorer annuellement tous ses bienheureux fils morts pour le Seigneur, se vit de bonne
I. Psalm. LXXXI, 6 — 2. Collecta in die Dedicationis
Altaris; Postcomm. Anniv. Ded. Eccl. — 3. Martyrolog. ad hanc diem.
y S Le Temps après la P
heure réduite par leur nombre à l'impuissance de célébrer chacun d'eux au jour de sor. glorieux trépas. Or, au culte des Martyrs s'était joint pour elle, à l'âge delà paix, celui des justes qui, l'arène sanglante désormais fermée, se sanctifiaient 'chaque jour dans tous les héroïsmes offerts par ailleurs au courage chrétien : la pensée de les a cier aux premiers dans une solennité commune, qui suppléerait pour tous à la nécessité des omissions individuelles, naquit comme spontanément de l'initiative que Boniface IV avait prise.
En 732, dans la première moitié de ce huitième siècle qui fut si grand pour l'Eglise, Grégoire III dédiait, à Saint-Pierre du Vatican, un oratoire en l'honneur du Sauveur, de sa sainte Mère, des saints Apôtres, de tous les saints Martyrs, Confesseurs, Justes parfaits qui reposent par toute la terre l. Une dédicace au vocable si étendu n'implique pas de soi l'établissement de notre fête même de tous les Saints par l'illustre Pontife ; il est à remarquer cependant qu'à dater de cette époque, on commence à la rencontrer en diverses églises, et fixée dès lors au premier jourde Novembre, comme en témoignent pour l'Angleterre le Martyrologe du Vénérable Bède et le Pontifical d'Egbert d'York. Elle était loin toutefois d'être universelle, lorsqu'en l'année 835, Louis le Débonnaire, sollicité par Grégoire IV, et du , consentement de tous les évêques de ses États, fit de sa célébration une loi d'empire : loi sainte, porI. Liber pontifie, in Gregorio III.
La Fête de tous les Saints. y g
tée aux applaudissements de l'Eglise entière qui l'adopta comme sienne, dit Adon, avec révérence et amour *.
Il existait jusque-là, dans nos contrées, une coutume attestée par les conciles d'Espagne et de Gaule dès le vie siècle 2, et qui consistait à sanctifier l'époque des calendes de Novembre par trois jours de pénitence et de litanies, rappelant les Rogations qui précèdent encore l'Ascension du Seigneur. Le jeûne de la Vigile de la Toussaint est le seul souvenir qui nous reste maintenant de cette coutume de nos pères ; conservant le triduum pénitentiel, et l'avançant de quelques jours, ils en avaient fait une préparation de la fête elle-même : « Qu'entière soit notre dévotion, recommandait un auteur du temps ; disposons-nous à cette solennité très sainte partrois jours de jeûne, de prière et d'aumône3. »
En s'étendant au monde entier, la fête s'était complétée ; devenue l'égale des plus augustes solennités, elle développait ses horizons jusqu'à l'infini, embrassait toute sainteté incréée ou créée. Son objet n'était plus Marie seulement et les Martyrs, ou tous les justes nés d'Adam, mais avec eux les neuf chœurs angéliques, mais par-dessus tout la Trinité sainte, Dieu tout en tous 4, Roi de ces rois qui sont les Saints 5, Dieu des dieux en Sion 6 . Ecoutons l'Eglise éveillant aujourd'hui ses fils: Le Roi des rois, le Seigneur, vene^
I. Ado, Martyrol. — 2. Concil. Gerund. an. 5 17, can. 3 ; Lugdun. IT, an. 567, can. 6. — 3. Inter Opéra Alcuini, Epist, xci, ad calcem. — 4. I Cor. xv, 28. —
5. Apoc. v, 10. — 6. Psalm. lxxxiii, 8.
8o Le Temps après la Pend
adorons-le, parce qu'il est la couronne de tous les Saints l. C'est l'invitation qu'en cette même nuit le Seigneur lui-même adressai! à la chantre d'Hclfta, Mcchtildc, la privilégiée du divin Cœur : ce Loue-moi de ce que je suis la couronne de tous les Saints '-'. » Et la vierge voyait toute la beauté des élus et leur gloire s'alimenter au sang du Christ, briller des vertus par lui pratiquées; et répondant à l'appel divin, elle louait tant qu'elle pouvait la très heureuse, la toujours adorable Trinité, de ce qu'elle daigne être aux Saints leur diadème, leur admirable dignité :i.
Dantelui aussi nous montre, en l'empyrée, Béatrice se faisant sa couronne du reflet des rayons éternels 4. Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit ! ainsi tout d'une voix, pour le sublime poète, chantait le Paradis. « Tout l'univers, dit-il, me semblait un sourire •"■. Le royaume d'allégresse, avec tout son peuple ancien et nouveau, tourné vers un seul point, était tout regard, tout amour. O triple lumière, qui scintillant en une seule étoile, rassasies à ce pomtieur vue, r. garde ici-bas à nos tempêtes 6 ! »
L'ancien Office de la fête offrit jusqu'au xvie siècle, en beaucoup d'Eglises, cette particularité qu'aux Nocturnes la première Antienne, !a première Bénédiction, la première Leçon et le premier Répons étant de la Trinité, la deuxième série des mêmes pièces liturgiI. Inviîator. festi. — 2. Liber specialis gratin?. P. Ia. c. xxxi. — 3. Ibid. — 4. Dante, Paradis" chant xxxi. — 5. Chant XXVII. — 6. Chant xxxi. traduction de Mesnard.
ï Ant ■:_ oyez-nous fa- ! . DESTO,
'• ANT' O vorable, Dieu | t'Ant- A Deus
I. Liber specialis gratiae, ubi supra.
La Fête de tous les Saittts. 81
ques avait pour objet Notre-Dame, la troisième les Anges, la quatrième les Patriarches et les Prophètes, la cinquième les Apôtres, la sixième les Martyrs, la septième les Confesseurs, la huitième les Vierges, la neuvième tous les Saints. En raison de cette disposition spéciale au jour, la première Leçon revenait contre l'usage du reste de l'année au plus digne du Chœur, le premier Répons était réservé aux premiers Chantres ; et ainsi arrivait-on, par une progression descendante, jusqu'aux enfants, dont l'un donnait la Leçon des Vierges, et cinq autres, vêtus de blanc, cierges à la main en mémoire des vierges prudentes, exécutaient le huitième Répons devant l'autel de Notre-Dame ; la neuvième ! Leçon et le neuvième Répons revenaient à des prêtres. Toutes ou presque toutes ces formules ont été successivement modifiées; mais l'attribution des Répons actuels est f toujours la même.
On sera heureux de trouver ici les Antiennes et Répons primitifs, auxquels se réfèrent les visions des Saints de cet âge, quand ils nous montrent chaque ordre de bienheureux au ciel s'unissant durant la nuit sacrée aux actions de grâces et prières de la terre *. Nous empruntons les textes qui suivent aux Bréviaires concordants d'Aberdeen et de Salisbury.
5. Ant. litote fortes in bello et pugnate cum antiquo serpente, et accipietis regnum a-ternum. Alléluia.
6. Ant. Isti sunt
Sancti qui pro Dei amore minas hominum contempserunt ; sancti Martyres in regnum sternum exsultant cum Angelis : o quam pretiosa est mors Sanctorum, qui assidue assistunt ante Dominum, et ab invic.m non sunt separati
7. Ant. Sint lumbi vestri prnecincti, et Iucernae ardentes in manibusvestris, et vos similes hominibus exspectantibus dominum suum quando revertatur a nupliis.
5. Ant. Soyez forts dans la guerre, et combattez avec l'ancien serpent, et vous recevrez le royaume éternel. Alléluia.
6. Ant. Ce sont là les
Saints qui, pour l'amour de Dieu. ont méprisé les menaces des hommes ; saints Martyrs, ils tressaillent avec les Anges dans le royaume éternel ; oh ! qu'elle est précieuse la j mort des Saints qui toujours * se tiennent devant le Seigneur et ne sont point séparés les uns des autres !
7. Ant. Ceignez vos reins, tenez en mains des lampes allumées : soyez semblables à des hommes qui attendent leur maître à son retour des noces.
Ant. Saintes Vierges
La Fête de tous les Saints.
de Dieu, priez pour nous : puissions-nous mériter de recevoir par vous le pardon de nos crimes.
9. Ant. Louez notre Dieu, tous ses Saints, et vous qui le craignez, petits et grands ; car il règne notre Seigneur Dieu tout-puissant: réjouissons-nous et tressaillons, rendons-lui gloire.
sanetne Dei, orate pro nobis, ut scelerum veniam per vos accipere mereamur.
9. Ant. Laudem dicite Deo nostro, omnes
Sancti ejus, et qui timetis Deum pusilli et magni, quoniam regnavit Dominus Deus noster omnipotens: gaudeamus et exsultemus, et demus gloriam ei.
* A la Trinité souve*^ f* raine, au Dieu simple, Père, Fils et SaintEsprit : divinité unique, gloire égale , coéternelle majesté ; * Tout l'univers obéit à ses lois.
jh Qu'elle daigne nous octroyer sa grâce la bienheureuse divinité du Père, du Fils, de l'Esprit conjointement adoré. * Tout l'univers obéit à ses lois.
2. fi|. Vous êtes heureuse, sainte Vierge Marie ; vous êtes digne de toute louange ; * Car c'est de vous qu'est né le Soleil de justice, le Christ notre Dieu.
f. Priez pour le peuple, intervenez pour les clercs, intercédez pour les femmes vouées à Dieu, que tous ceux-là éprouvent votre seUMMiE Trinitati, simplici Deo , una divinitas , œqualis gloria. coasterna majestas, Patri Prolique Sanctoque Flamini : * Qui totum subdit suis orbem legibus.
f Praestet nobis gratiam deitas beata Patris ac Nati pariterque Spiritus almi : * Qui totum subdit suis orbem legibus.
2. R) Félix namque es sacra Virgo Maria, et omni laude dignissima : * Quia ex te ortus est Sol justitiœ Chrislus Deus noster.
f. Ora pro populo, interveni pro clero, intercède pro devoto femineo sexu, sentiant omnes tuum levamen, quiS 4 Le Temps après la Pentecôte.
cumque célébrant tuam solcmnitatem. * Quia ex te.
3. fi|. Te sanctum Dominum in exeelsis laudant omnes Aflgeli, dicentes : * Te decet *J" Laus
et honor, Domine.
f. Cheruhim quoque ac Seraphim Sancius proclamant , et omnis cœlicus ordo dicens. * Te decet. Gloria Patri. f Laus et honor.
4. ??. Inter natos mulierum non surrexit major Johanne Baptista : * Qui viam Domino praparavit in eremo
f. Fuit homo missus a Deo cui nomen Johannes erat. * Qui viam.
5. içr- Cives Apostolorum et domestici Dei advenerunt hodie : * Portantes facem et illuminantes patriam, dare pacem gentibus et liberare populum Domini.
f. Audite preces supplicum vitae œternae poscentes prnemia, qui fertis in dextris manipulos justitiae, quique gaudentes advenisti hodie. * Portantes.
6. .^. O constantia Martvrum laudabilis : o chacours qui célèbrent cette f et c véritablement vôtre. ' Car c'est de vous.
3. ft. Seigneur saint, tous les Anges vous célèbrent dans les hauteurs, et ils disent : * .\ vous conviennent f Honneur et louange, Seigneur.
j^. Saint vous proclament Chérubins et Séraphins, et tous les chœurs cé'estes chantent : * A vous conviennent. Gloire au Père. 7 Honneur et louange.
4 ^. Entre les fils des femmes, il n'y en a point eu de plus grand que Jean-Baptis'e : * Qui prépara la voie du Seigneur au désert.
jf. Il y eut un homme envoyé par Dieu, dont le nom était Jean. * Qui prépara.
5. $. Voici les hommes apostoliques, les familiers de Dieu ; ils se présentent : * Portant la lumière, éclairant la patrie : ils viennent donner la paix aux nations et délivrer le peuple du Seigneur.
f. Ecoutez la prière des suppliants implorant le don de la vie éternelle, vous qui portez en vos mains les gerbes de vos œuvres justes et vous présentez aujourd'hui dans la joie. * Portant.
6. fl. C louable constance des Martyrs 1 ô charité inextinguible !
invincible
patience ! sous les coups des persécuteurs, elle semblait ne mériter que mépris : * Elle trouvera louange et gloire et honneur, -f Au temps de la récompense.
jK Aussi implorons-nous l'appui de leurs pieux mérites, à cette heure où les honore le Père qui est aux cieux. * Elle trouvera Gloire au Père, f Au temps.
7. R). Ceignez vos reins, tenez en mains des lampes allumées : * Soyez semblables à des hommes qui attendent leur maître à son retour des noces.
f. Veillez donc ; car vous ne savez à quelle heure votre Maître doit venir. * Soyez semblables.
8. fîj. J'ai entendu une voix venant du ciel : Venez toutes, Vierges très sages ; * Tenez l'huile en vos vases pour quand l'Epoux viendra.
f. Au milieu de la nuit, un cri s'est élevé : Voici l'Epoux ! * Tenez l'huile.
9. fi}. Seigneur, nous vous en supplions, remettez-nous nos fautes ; et par l'intercession des Saints dont nous
ritas inexstinguibilis : o patientia invincibilis quse, licet inter pressuras persequentium visa sit despicabilis : * Invenietur in laudem et gloriam et honorem -f- In tempore retributionis.
f. Nobis ergo petimus piis subveniant meritis, honorifîcati a Pâtre qui est in cœlis. * Invenietur. Gloria, f In tempore.
7. fi|. Sint lumbi vestri praecincti et lucernœ ardentes in manibus vestris : * Et vos similes hominibus exspectantibus dominum s u u m quando revertatur a nuptiis.
f. Vigilate ergo, quia nescitis qua hora Dominus vester venturus sit. * Et vos.
8. A). Audivi vocem de cœlo venientem : Venite, omnes Virgines sapientissimaî : * Oleum recondite in vasis vestris, dum Sponsus advenerit.
f . Media nocte clamor factus est : Ecce Sponsus venit. * Oleum.
9. fi). Concède nobis,
Domine quœsumus, veniam delictorum : et intercedentibus Sanctis
H h Le Temps après la Pentecôte.
quorum hodie solemnia celebramus : * Tal m nobis iribue dévot ionem, •f Ut ad corum pervenire mereatnur societatem.
jr. Adjuvant nos corum mérita, quos propria impediunt scelcra ; excuset interceasio accusât quos actio : et qui eis tribuisti cœlestis palmam triumphi, nobis veniam non deneges peccati. * Talem. Gloria f Ut ad.
célébrons la fetc en ce jour,
telle y I
leur-.
f. Que leur-* mérites soient notre secours dans lc-> diilicultés {provenant de nos crimes ; nos actes nous accusent, puisse nous excuser leur prière ; et VOUS qui leur avez donné au ciel la palme de victoire, ne nous refuse: pas le pardon du péché. * Accordez-nous. Gloire au Père. 7 Que nous méritions.
es Grecs honorent comme nous dans une fête commune « tous les Saints de tous les pays de la terre, Asie, Libye, Europe, Septentrion ou Midi1. » Mais tandis que l'Occident fixe aux derniers jours de Tannée une solennité qui représente, à ses yeux, la rentrée des fruits dans les celliers du Père de famille, l'Orient la célèbre au Dimanche qui suit la Pentecôte, en ce printemps de l'Eglise où, sous l'action des eaux jaillisantes de l'Esprit, la sainteté rit partout germer ses fleurs 2. Il en était ain>i dès le ive siècle ; c'est en ce premier Dimanche après la Pentecôte, fête aujourd'hui de la Très Sainte Trinité pour nous Latins, que saint Jean Chrysostome prononça son discours en l'honneur de « tous les saints Martyrs ayant souffert dans le monde entier 3. x>
I. Pentecostarion, in Dominica Sanctorum omnium.
— 2. Léon. Philosoph. Oratio xv, In univers» terrae Sanctos universos. — '}. Chrvs. Opéra II. 711.
La Fête de tous les Saints.
s?
On le sait : l'origine première de la Toussaint fat de même en notre Occident cette commémoration générale des Martyrs, que d'autres Eglises d'Orient placèrent au vendredi de l'Octave de Pâques i ; heureuse pensée, qui associait la confession des témoins du Christ au triomphe remporté sur la mort par Celui dont la confession divine, sous Ponce Pilate 2, avait devant les bourreaux été leur exemple et leur force. Ainsi faisait du reste primitivement Rome même, en rattachant à la première quinzaine de mai sa mémoire solennelle des Martyrs ; ainsi fait elle encore, en réservant aux seuls Martyrs, conjointement avec les Apôtres, l'honneur d'un Office spécial pour la durée du Temps pascal entier.
Nous emprunterons les quelques traits qui suivent à l'Office grec du Dimanche de tous les Saints.
LES disciples du Seigneur, instruments de l'Esprit, ont répandu par l'univers entier l'évangélique semence d'où germèrent les Martyrs qui prient pour nos âmes.
Vous êtes le soutien de l'Eglise, la perrection de l'Evangile, chœur divin des Martyrs ; en vous se justifient les paroles du Sauveur. Car les portes de l'enfer.
PusciPULI Domini, or*-' gana Spiritus, ubique per orbem sparserunt divini semina nuntii : e quibus germinati Martyres supplicant pro animabus nostris.
Ecclesiae fulcimentura, Evangelii perfeAio. Martyrum divinus chorus, Salvatoris verba vos implestis. Portœ etenim inferi Ecclesue
2. I Tim. vi,
La Fête de toits les Saints.
inhiantes a vobis obse* ratae sunt ; li^amcnta idolorum exsiccavit sanguinis efrusio vestri ;
plenitudinemcredcntium immolati parturistis; Angelis admirandi , coronati statis ante Deum : quem sine fine deprecemini pro animabus nostris.
Venite, fidèles universi ; solemnem Sanctorura omnium rnemoriam celebremus in psalmis et hymnis et canticis spiritualibus : eccc nobis adest, locupletia secum ferens charismata. Itaq^ue clamemus dicentes : Salvete , Prophetarum cœtus , qui adventum Christi mundo nuntiastis, ea quae procul sunt tamquam prope videntes. Salvete , Apostolorum chorus , sagenam mittentes in nationes , piscatores hominum. Salvete, Martyrum exercitus, e finibus terne adunati in fidem unam, qui propter illam injurias tormentorum tolcrastis et pugnae coronam prœ- clare tulistis. Salvete', mellarium Patrum, qui corporibus ascesi maceratis et passionibus carnis mortificatis, mentem amore divine quasi pennits sublevastis cœlum
béantes contre l'Eglise, ont
été par vous fermées ; votre sang qui coulait a mis à sec les libations idolâtriques ;
la plénitude des croyants naquit de votre immolation. Admirés des Anges, le front ceint du diadème, vous vous tenez devant Dieu : sans fin priez-le pour nos âmes.
Fidèles, venez tous ; célébrons par des psaumes, des hymnes, des cantiques spirituels la solennelle mémoire de tous les Saints : voici qu'elle vient à nous chargée des plus riches dons. Crions donc, et disons : Salut, assemblée des Prophètes qui annonçâtes l'arrivée du Christ au monde, et vîtes comme présent ce qui était loin encore. Salut, chœur des Apôtres , pêcheurs d'hommes qui sûtes jeter le filet sur les nations. Salut, armée des Martyrs : rassemblés des confins de la terre en l'unique foi, vous avez pour elle subi affronts et tortures, vous avez brillamment triomphé dans l'arène. Salut, ruche des Pères qui, le corps réduit par l'ascèse et mortifiant la chair et ses passions, avez muni votre âme des ailes du divin amour, l'emportant jusqu'au ciel ; vous partagez maintenant l'allégresse des Anges, l'éternel bonheur est à vous.
A Tierce.
Mais , ô Prophètes , ô Apôtres, ô Martyrs, ô Ascètes , priez avec instance Celui qui vous a couronnés de nous sauver des ennemis invisibles ou visibles.
Salut, Saints et Justes ; salut, auguste chœur des Saintes. Près du Christ, intercédez pour le monde : qu'il donne au prince la victoire sur les barbares, et à nos âmes sa grande miséricorde.
usque pervolantes, et laetantes cum Angelis fruimini saeculis beatis. Ast o Prophetœ , Apostoli , Martyresque cum Ascetis, qui vos coronavit instanter orate ut salvet nos ab inimicis tam visibilibus quam invisibilibus.
Salvete, Sancti Justique ; salvete, laudabilis feminarum chorus. Pro mundo apud Christum intercedite : principi det victoriam contra barbaros, atque animabus nostris magnam misericordiam.
'Hymne et les troisPsaumes dont se compose l'Office de Tierce, se trouvent ci-dessus, page 28.
A t autour du trône,
ANT" L debout se tenaient tous les Anges, et ils se prosternèrent devant le trône, et ils adorèrent Dieu.
Ant.
t omnes Angeli stabant in circuitu throni, et ceciderunt in conspectu throni in faciès suas, et adoraverunt Deum.
Le Capitule comme aux premières Vêpres, page 71.
dans le Seigneur, * Et tressaillez, ô
justes. Réjouissez-vous.
jfr. Glorifiez-vous en lui,
Ri. br.
Domino : * Et exsultate justi. Laetamini. f. Et gloriamini omgo La Fête de tous les Saints.
ncs recti coule * Et c\- e u 1 1 a t e . Gloria Patri. ;
mini .
f. Exsultent justj in conspectu I i
JS. Et dclcctentur in laetitia.
cœur illez.
I ' • Ri jouist- {.' saillent devant Dieu.
fl Qu ils se complaisent dans L allégn
L'Oraison est la Collecte de la Messe.
a ux calendes de novembre, c'est le môme -** empressement qu'à la Noël pour assister au Sacrifice en l'honneur des Saints, disent les anciens documents relatifs à ce jour L Si générale que fût la fête, et en raison même de son universalité, n'était-elle pas la joie spéciale de tous, l'honneur aussi des familles chrétiennes ? Saintement lîères de ceux dont elles se transmettaient de générations en générations les vertus, la gloire au ciel de ces ancêtres ignorés du monde les ennoblissait à leurs yeux par-dessus toute illustration de la terre.
Mais la foi vive de ces temps voyait encore en cette fête une occasion de réparer les négligences, volontaires ou forcées, dont le culte des bienheureux inscrits au calendrier public avait souffert au cours de Tannée. Dans la bulle fameuse Transiturus de hoc mundo, où il établit la fête du Corps du SeiI. Lectiones antique Breviarii Romani ad hanc diem. Hittorp. Ordo rom.
A la Messe.
9i
gneur, Urbain IV mentionne la part qu'eut ce dernier motif à l'institution plus ancienne de la Toussaint ; et le Pontife exprime l'espoir que la nouvelle solennité vaudra une même compensation des distractions et tiédeurs annuelles au divin Sacrement, où réside Celui qui est la couronne de tous les Saints et leur gloire *.
L'Antienne d'Introït rappelle aujourd'hui celle de l'Assomption de Notre-Dame. Cette fête est bien la suite, en effet, du triomphe de Marie : comme l'Ascension du Fils avait appelé l'Assomption de la Mère, toutes deux réclamaient pour complément l'universelle glorification des élus de cette race humaine qui donne au ciel sa Reine et son Roi. Joie donc surla terre, qui continue si grandement de donner son fruit 2 ! Joie parmi les Anges, qui voient se combler les vides de leurs chœurs ! Joie, dit le Verset, à tous les bienheureux, objet des chants de la terre et du ciel !
dans'le Seigneur, et fai sons fête en l'honneur de tous les Saints ; de leur solennité se réjouissent les Anges, et ils louent à l'envi le Fils de Dieu.
Ps. Justes, tressaillez dans le Seigneur ; la louange conGaudeamus omnes in Domino, diem fetum célébrantes sub honore Sanctorum om - nium : de quorum solemnitate gaudent Angeli, 'et collaudant Filium Deî.
Ps. Exsultate, justi, in Domino : rectos decet
1. Cap. Si Dominitm, De Reliqj. et Veneratione
Sanctorum, Clementin. III, xvi. — 2. ' salrn. lxvi, 7.
La Fête de tous les Saints.
collaudatio. (îloria l'atri. Gaudeamus.
vient aux coeurs droits. Gloire au Père. Réjoui
Mais nous pécheurs, et toujours exilés, c'est avant tout de la miséricorde que nous devons prendre souci en tonte circonstance> en toute fête. Ayons cependant bon espoir, aujour d'hui que tant d'intercesseurs la demandent pour nous. Si la prière d'un habitant du ciel est puissante, que n'obtiendra pas le ciel tout entier ?
OMNIPOTENS sempiterne Deus, qui nos omnium Sanctorum tuorum mérita sub una tribuisti celebritate venerari : quassumus ; ut desideratam nobis tuae propitiationis abundantiam, multiplicatis intercessoribus largiaris. Per Dominum.
Dieu tout-puissant et éternel, qui nous donnez de célébrer dans une seule solennité les mérites de tous vos Saints ; nous vous en supplions : daignez octroyer à tant d'intercesseurs priant ensemble pour nous l'objet de notre désir, une m séricorde surabondante. Par Jésus-Christ.
Lectio libri Apocalypsis beati Joannis Àpostoli. Cap. vu.
n diebus illis : Ecce ego Joannes vidi alterum Angelum ascendentem ab ortu solis, habentem signum Dei vivi : et clamavit voce magna quatuor Angelis, quibus datum est nocere terras et mari, dicens : Nolite nocere terras et mari, neLecture du livre de l'Apocalypse du bienheureux Jean, Apôtre. Chap. vu.
n ces jours-là, me: Jean, £ je vis un autre Ange qui montait à l'Orient ; il portait le signe du Dieu vivant, et il cria d'une voix forte aux quatre Anges investis de la mission de frapper la terre et la mer, disant : Ne frappez pas la terre et la mer, ni les arbres, jusqu'à ce que nous
A la Messe.
ayons marqué au front les serviteurs de notre Dieu. Et j'entendis le nombre de ceux qui avaient été marqués ; ils étaient cent quarante-quatre mille, de toutes les tribus des enfants d'Israël, à savoir : de la tribu de Juda, marqués douze mille ; de la tribu de Ruben, marques douze mille ; de la tribu de Gad, marqués douze mille ; de la tribu d'Aser, marqués douze mille ; de la tribu de Nephthali, marqués douze mille ; de la tribu de Manassé, marqués douze mille ; de la tribu de Siméon, marqués douze mille ; de la tribu de Lévi, marqués douze mille ; de la tribu d'Issachar, marqués douze mille ; de la tribu de Zabulon , marqués douze mille ; de la tribu de Joseph, marqués douze mille ; de la tribu de Benjamin, marqués douze mille. Ensuite, je vis une grande multitude que nul ne pouvait compter, de toute nation , de toute tribu, de' tout peuple , de toute langue ; elle se tenait devant le trône, et en présence de l'Agneau, vetue de robes blanches, des palmes à la main ; de ses rangs sélevait une acclamation
Ï»uissante : Gloire à notre )ieu qui est assis sur le trône, et à l'Agneau ! Et tous les Anges se tenaient debout autour du trône, et des vieilque arboribus, quoadusque signemus servos Dei nostri in frontibus eorum. Et audivi numerum signatorum, centum quadraginta quatuor millia signati, ex omni tribu filiorum Israël. Ex tribu Juda duodecim millia signati. Ex tribu Ruben duodecim millia signati Ex tribu Gad duodecim millia signati. Ex tribu Aser duodecim millia signati. Ex tribu Nephthali duodecim millia signati. Ex tribu Manasse duodecim millia signati. Ex tribu Simeon duodecim millia signati. Ex tribu Levi duodecim millia signati. Ex tribu Issachar duodecim millia signati. Ex tribu Zabulon duodecim millia signati. Ex tribu Joseph duodecim millia signati.Ex tribu Benjamin duodecim millia signati. Post hœc vidi turbam magnam, quam dinumerare nemo poterat ex omnibus gentibus, et tribubus, et populis,et linguis : stantes ante thronum , et in conspectu Agni, amicti stolis albis, et palmae in manibus eorum : et clamabant voce magna, dicentes : Salus Deo nostro, qui sedet super thronum, et Agno.
La Fête de. tous les Saints.
quatre animaux ; et il- rent devant
ne, et ils adorèrent Dieu t disant : Ai diction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance, force à notre dans les siècles des siècles 1 Amen.
lu omnes Angeli l in circuitu throni et scniorum, et quatuor animalium : et ceciderunt in
conspectu ihroni in faciès suas, et adoraverunt Deum, dicentes, Amen. Benedictio, etclaritas.et sapicntia,ct gratiarum actio, honoi , et virtus, et fortitudo I)co nostro, in srccula saeculorum. Amen.
ne première fois, aux jours de son premier avènement, l'Homme-Dieu, se servant pour cela de César Auguste, avait dénombré la terre 1 : il convenait qu'au début de la rédemption, fût relevé officiellement l'état du monde. Et maintenant, l'heure a sonné d'un autre recensement, qui doit consigner au livre de vie le résultat des opérations du salut.
« Pourquoi ce dénombrement du monde au moment de la naissance du Seigneur, dit saint Grégoire en l'une des Homélies de Noël, si ce n'est pour nous faire comprendre que dans la chair apparaissait Celui qui devait enregistrer les élus dans l'éternité 2 ? » Mais plusieurs s'étant soustraits par leur faute au bénéfice du premier recensement, qui comprenait tous les hommes dans le rachat du Dieu Sauveur, il en fallait un deuxième et définitif, qui retranchât de l'universalité du précédent les coupables. Qu'ils soient rayés du livre des vivants ; leur place n'est point avec les justes 3 : c'est la parole du
I. Luc. u, i. — 2. Lectio vit inNocte Natal. Domini; ex Homil. vin in Ev. — 3. Psalm. lxyiii, -9.
A la Messe. g 5
Prophète-roi que rappelle au même lieu le saint Pape,
Toute à l'allégresse cependant, l'Eglise en ce jour ne considère que les élus ; comme c'est d'eux seuls qu'il est question dans le relevé solennel où nous venons de voir aboutir les annales de l'humanité. Eux seuls, par le fait, comptent devant Dieu ; les réprouvés ne sont que le déchet d'un monde où seule la sainteté répond aux avances du Créateur, aux mises de l'amour infini. Sachons prêter nos âmes à la frappe divine qui doit les conformer à l'effigie du Fils unique i, et nous marquer pour le trésor de Dieu. Quiconque se dérobe à l'empreinte sacrée n'évitera point celle de la bête 2 ; au jour où les Anges arrêteront le règlement de compte éternel, toute pièce non susceptible d'être portée à l'actif divin ira d'elle-même à la fournaise, où brûleront sans lin les scories 3.
Vivons donc dans la crainte recommandée au Graduel : non celle de l'esclave, qui n'appréhende que le châtiment ; mais la crainte liliale qui redoute par-dessus tout de déplaire à Celui de qui nous viennent tous les biens, dont la bonté mérite tout amour. Sans rien perdre de leur béatitude, sans diminuer leur amour, les Puissances angéliques 4 et tous les bienheureux se prosternent au ciel en un saint tremblement, sous le regard de l'auguste et trois fois redoutable Majesté.