L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 63)
I. Rom. vin, 29. — 2. Apoc. xni, 16. — 3. IHâ
Xiv, 11.-4. Praefat. Missœ.
r)6 La Fête de tous les Saints.
j imete Dominum om• ncs Sancti cjus ? quoniam nihil deest timentibus eum.
f. Inquircnles autem Dominum, non déficient omni bono.
Alléluia, alléluia.
f. Venite ad me omnes, gui laboratis, et onerati estis, et ego reficiam vos. Alléluia.
Dieu, tous ses Saints ; car rien ne manque à ceux qui le craignent.
?. Ceux qui cherchent le Seigneur auront à jamais tous les biens.
Alléluia, alléluia.
f. Venez à moi, vous tous qui peinez et succombez sous le fardeau ; et je vous soulagerai. Alléluia.
Sequentia sancti Evangelii secundum Matthœum. Gap. v.
ï N îllo tempore : Videns l Jésus turbas, ascendit in montera, et cum sedisset, accesserunt ad eum discipuli ejus, et aperiens os suum, docebat eos, dicens : Beati pauperes spiritu : quoniam ipsorum est regnum cctlorum. Beati mites : quoniam ipsi possidebunt terram. Beati, qui lugent : quoniam ipsi consolabuntur. Beati, qui esuriunt et sitiunt justitiam : quoniam ipsi saturabuntur. Beati miséricordes : quoniam ipsi misericordiam consequentur. Beati mundo corde : quoLa suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Ch.ap. v.
n ce temps-là. Jésus voyant H la foule monta sur une montagne, et lorsqu'il fut assis , ses disciples s'approchèrent de lui. Et ouvrant sa bouche, il les enseignait, disant : Bienheureux les pauvres d'esprit, parce que le royaume des cieux est à eux. Bienheureux les doux, parce qu'ils posséderont la terre. Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés. Bienheureux ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu'ils seront rassasiés. Bienheureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséricorde. Bienheureux les purs de cœur, parce qu'ils verront Dieu. BienA la Messe.
heureux les pacifiques, parce qu'ils seront appelés enfants de Dieu. Bienheureux ceux qui souffrent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux est à eux. Bienheureux êtes-vous quand on vous maudit, quand on vous persécute, quand on dit faussement de vous toute sorte de mal, à cause de moi : réjouissez-vous et tressaillez, parce que votre récompense est grande dans les cieux.
niam ipsi Deum videbunt. Beati pacifici : quoniam fiiii Dci vocabuntur. Beati, qui persecutionem p a t i u n.t ur propter justitiam : quoniam ipsorum est regnum cœlorum. Beati estis cum maledixerint vobis, et persecuti vos fuerint, et dixerint omne malum adversum vos mentientes, propter me : gaudete, et exsultate, quoniam merces vestra copiosa est in cœlis.
Si proche du ciel est aujourd'hui la terre, qu'une même pensée de félicité emplit les cœurs. L'Ami, l'Epoux, le divin Frère des fils d'Adam revient lui-même s'asseoir au milieu d'eux et parler de bonheur. Veneçàmoi, vous tous qui peineç et souffre?, chantait tout à l'heure le Verset de l'Alleluiaxet écho fortuné de la patrie, qui pourtant nous rappelait notre exil. Et aussitôt, en l'Evangile, est apparue la grâce et la bénignité de notre Dieu Sauveur \. Ecoutons-le nous enseigner les voies de la bienheureuse espérance 2, les délices saintes, à la fois garantie, avant-goût, du bonheur absolu des cieux.
Au Sinaï, Jéhovah, tenant le Juif à distance , n'avait pour lui que préceptes et menaces de mort. Au sommet de cette autre montagne où s'est assis le Fils de Dieu, combien différemment se promulgue la loi d'aI. Tit. il, il ; ni, 4. — 1. Ibid., 11, 12 1 3.
g8 La Fête de tous les Saints.
mour ! Les huit Béatitudes ont pris en tetc du Testament nouveau la place qu'occupait, comme préface de l'ancien, le Décalogue
grave sur la pierre.
Non qu'elles suppriment les commandements ; mais leur justice surabondante va plus loin que toutes prescriptions. C'est de son Cœur que Jésus les produit, pour les imprimer, mieux que sur le roc, au cœur de son peuple. Elles sont tout le portrait du Fils de l'homme, le résumé de sa vie rédemptrice. Regarde^ donc, et agisse^ selon le modèle qui se révèle à vous sur la montagne l.
La pauvreté fut bien le premier trait du Dieu de Bethléhem ; et qui donc apparut plus doux que l'enfant de Marie ? qui pleura pour plus nobles causes, dans la crèche où déjà il expiait nos crimes, apaisait son Père ? Les affamés de justice, les miséricordieux, les purs de cœur, les pacifiques : où trouveront - ils qu'en lui l'incomparable exemplaire, jamais atteint, imitable toujours ? Jusqu'à cette mort, qui fait de lui l'auguste coryphée des persécutés pour la justice /suprême béatitude d'ici-bas, en laquelle plus qu'en toutes se complaît la Sagesse incarnée, y revenant, la détaillant, pour finir avec elle aujourd'hui comme en un chant d'extase !
L'Eglise n'eut point d'autre idéal ; à la suite de l'Epoux, son histoire aux divers âges ne fut que l'écho prolongé des Béatitudes. "Comprenons, nous aussi ; pour la félicité de notre vie sur terre, en attendant l'éternel bonheur, suivons le Seigneur et l'Eglise.
1. F.xod. xxv, 40; Heb. vm, 5.
A la Messe.
Les Béatitudes évangéliques élèvent l'homme au-dessus des tourments, au-dessus même de la mort, qui n'ébranle pas la paix des justes, mais la consomme. C'est ce que chante l'Offertoire, dans ces lignes empruntées au livre de la Sagesse.
| tjstorum animœ in J manu Dei sunt : et non tanget illos tormentum malitiœ : visi sunt oculis insipientium mori, illi autem sunt in pace.
Les âmes des justes sont dans la main de Dieu, et les tourments des méchants ne les atteindront pas : aux yeux des insensés , ils ont paru mourir ; mais ils sont dans la paix.
Comme l'exprime la Secrète, le Sacrifice auquel il nous est donné de prendre part glorifie Dieu, honore les Saints, et nous concilie la bonté suprême.
Nous vous offrons les dons de notre dévotion, Seigneur : puissent-ils vous agréer pour l'honneur qu'en recueillent tous vos Saints ; puissent-ils nous devenir salutaires en votre miséricorde. Par Jésus Christ.
A ] unera tibi, Domine, 1V1 nostrœ devotionis offerimus : quae et pro cunctorum tibi grata sint honore justorum, et nobis salutaria , te miserante,reddantur. Per Dominum.
Echo de la lecture évangélique, l'Antienne de Communion, ne pouvant énumérer à nouveau la série entière des Béatitudes, rappelle les trois dernières, et, ce faisant, les rapproche toutes avec raison du Sacrement divin où elles s'alimentent.
ion La Fête de tous les Saints.
Beati mundo corde, quoniain ipsî Deiim videbunt : beau' pacitici, quoniam filii Dci buntur : beati, qui persecutionem pati u n t u r propter justitiam, quoniam ipsorum est regnum cœlorum.
Il NHEURI UX Ici pi I
O cœur, parce qu'ils verront Dieu ; bienheureu
pacifiques, parce qu'ils appelés enfants de l)icu ; bienheureux ceux qui frent persécution pour la justice, parce que le royaume des cieux e-t à eux.
L'Eglise demande, en la Postcommunion, q':e cette fête de tous les Saints ait comme résultat de porter ses fils à les honorer toujours, pour toujours aussi bénéficier de leur crédit près de Dieu.
DA, quaesumus Domine, fidelibus populis, omnium Sanctorum semper veneratione lretari : et eorum perpétua supplicatione muniri. Per Dominum.
QEIGNEUH . exaucez notre prière : puis.^ent les peuplus fidèles placer leur joie toujours dans le culte de tous les Saints , toujours aussi sentir la protection puissante de leur intercession. Par Jesus-Christ.
| 'Hymne et les trois Psaumes de l'Office de Sexte se trouvent ci-dessus, page 34.
An t.
nos Domine Deus in sanguine tuo ex
E 1 G n e u R Dieu, 'ous nous avez rachetés en votre sançj, de
A Noue.
i o i
toute tribu, de toute langue, de tout peuple, de toute nation, et vous avez fait de nous le royaume de notre Dieu.
omni tribu, et lingua, et populo, et natione, et fecisti nos Deo noslro regnum.
Ensuite, je vis une grande multitude que nul ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, de toute langue ; elle se tenait devant le trône de Dieu, en présence de l'Agneau, vêtue de robes blanches, des palmes à la main.
& hr O u E 1 e s î u s * C S n,. "-v^/ tressaillent *
Devant Dieu. Que les justes.
f. Qu'ils se complaisent dans l'allégresse. * Devant.
Gloire au Père. Que les justes.
f. Les justes vivront à jamais.
^. Leur récompense est auprès du Seigneur.
"T> ost hœc vidi turbam magnam, quam dinumerare nemo poterat ex omnibus gentibus, et tribubus, et populis, et linguis , stantes ante thronum Dei, in conspectu Agni,amicti stolis albis, et palmae in manibus eorum.
*" br'£* sti* Inconspectu Dei. Exsultent.
f. Et delectentur in laetitia. * In conspectu.
Gloria Patri. Exsultent.
y. Justi autem in perpctuum vivent.
Hf. Et apud Dominum est merces eorum.
L'Oraison est la Collecte de la Messe, page
I 'Hymne et les Psaumes, ci-dessus, page 3(j.
/~\ HANTER, C'est le I
' L> partage de tous |
Ant'.
ymnus omnibus SanLa Vètc de tons les Saints.
ctis cjus : filiis | populo appropinquanti sibi : gloria ha
omnibus Sanctis cjus.
ra -1, du p< uple foi mai our ; oui, coi la gloire de ints.
ENEDICTIO. et clari^ tas, et sapientia, et gratiarum actio, honor, virtus, et iortitudo Deo nostro, in sxcula saeculorum. Amen.
b | UST1 autem *
7 J In perpetuum vivent. Justi.
^?. Et apud Dominum est merces eorum. * In perpetuum.
Gloria Patri. Justi.
f. Exsultabunt Sancti in gloria.
"Bf, Lrctabuntur in cubilibus suis.
ÉNÉDIC I ION, gloîl
O gesse, action
honneur, puissance, force à
notre I >ieu dans Les sjecles
des siècles ! Amen.
ia.br. ? ES Ju^s.' Vi" JL vront a ja: Les juTÇZ. Leur récompense est auprès du Seigneur * Ils vront.
Gloire au Père. Les justes,
f. Les Saints tressailliront dans la gloire.
Bp. Ils seront dans la joie sur leurs couches d'honneur.
L'Oraison, page 92.
| es secondes Vêpres de la fête sont sembla*- blés aux premières, page 69, à l'exception du dernier Psaume, du Verset de l'Hymne et de l'Antienne de Magnificat. Voici ce Psaume, qui met en la bouche des Saints un sublime résumé de leur vie de foi et d'épreuves icibas, de reconnaissance et de louange éternelle aux deux.
Aux Secondes Vêpres.
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'ai cru : c'est pourquoi j ai parlé,malgrel excès d humiliation où l'étais réduit.
J'ai dit dans mon trouble:
11 n'est point d'homme qui ne soit trompeur. .
Ouc rendrai-je au seigneur pour tous les biens ou'il a répandus sur moi i | q Je prendrai le calice du salut, et j'invoquerai le nom du Seigneur.
En présence de son peuple, j'acquitterai mes vœux
S^e^uflT:uis votre serviteur; oui, je le suis, et le fils de votre servante.
Vous avez brisé mes liens; ie vous offrirai un sacrifice £ louange, et j'invoquerai le nom du Seigneur.
J'acquitterai mes vœux au Seigneur, en présence de tour son peuple, dans les parvis de la maison du Sei^ gneur, au milieu de toi, o Jérusalem !
E s Saints tressailt L liront dans la gloire. r|. Ils seront dans la joie
REDTDi,proptcr quod L> locutus sum : ego autem humiliatus sum nimis. .
Eao dixi in excessu meo : * Omnis homo mendax.
Ouid retribuam Do| mino : * pro omnibus
quœ retribuit mihi . ' Calicem salutaris accipiam : * et nomen Domini invocabo.
Vota mea Domino recldam coram omni populo eius : * pretiosa in conspectu Domini :mors Sanctorum ejus. _
O Domine, quia ego servus tuus : * ego servus tuus, et fihus ancillce tuae.
Dirupisti vincula mea . * tibi sacrificabo hostiam laudis, et nomen Domini
invocabo. .
Vota mea Domino reddam in conspectu omnis
populi ejus : * in atrns
domus Domini, in medio tui, Jérusalem.
t* Sancti in glona, ^ Lœtabuntur in eusu^^rs^ne;Thonnéur.lbilibussu,.
antienne de Magnificat.
, • YPStlel^ QUAM glonosum est - OUB glorieux est le i * ... „lim
ov/ir le
KJ royaume ou
avec
I s~\ QUAM glonosum est
| \J regnumin quo cum
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La Fête de tous les Saints.
Christo gaudent omnes Sancti, amicti stolis albis, sequùntur Agnum quoeumque ierit.
Christ
Saints, où, vêtu
blanches , ils suivcnl 1 A -
^ncau partout
Un sentiment d'ineffable complaisance, de
désir résigné, respire en cette Antienne, qui clôt la solennité des Saints. Mais la journée n'est pas terminée pour l'Eglise. A peine at-elle salué ses glorieux fils, disparai>sant dans leurs robes blanches à la suite de l'Agneau, que l'innombrable foule des âmes souffrantes l'entoure aux portes des cieux ; et elle ne songe plus qu'à leur prêter sa voix et son cœur. L'éclatante parure qui lui rappelait le blanc vêtement des bienheureux fait place aux couleurs du deuil ; les ornements, les fleurs de ses autels, ont disparu ; l'orgue se tait ; le glas des cloches semble la plainte des trépasses. Aux Vêpres de la Toussaint succèdent sans transition les Vêpres des morts *.
Jamais éloquence ni science n'atteindront la hauteur d'enseignement, la puissance de supplication qui régnent en l'Office des défunts. Seule l'Epouse connaît à ce point les secrets de l'autre vie, le chemin du cœur de l'Epoux ; seule la Mère peut prétendre au tact suprême qui lui permet, en allégeant à
I. Si le lendemain de la Toussaint se trouve être un dimanche, la Commémoration des Morts est retardée d'un jour.
Les Vêpres des Morts.
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ceux qui l'ont quittée leur purification douloureuse, de consoler ainsi les orphelins, les isolés, laissés par eux en larmes sur la terre.
Dilexi : le premier chant du purgatoire est un chant d'amour; comme le dernier du ciel en cette fête du souvenir fut Credidi, le Psaume rappelant la foi et les épreuves passées des élus. Que parlions-nous de transition tout à l'heure? Lien commun de l'âme souffrante et de l'âme bienheureuse, la charité est à toutes deux leur dignité, leur inamissible trésor; mais tandis que la vision remplaçant la foi ne laisse plus dans l'une que jouissance à l'amour, ce même amour devient pour l'autre, en l'ombre où la retiennent ses fautes inexpiées, la source d'inénarrables tourments. Toutefois c'en est fait des angoisses d'ici-bas, des périls d'enfer; confirmée en grâce, l'âme ne pèche plus; elle n'a que reconnaissance pour la miséricorde qui Ta sauvée , pour la justice qui l'épure et la rend digne de Dieu. Tel est son état d'acquiescement absolu, d'attente abandonnée, que l'Eglise l'appelle « un sommeil de paix l ».
An t.
des vivants.
e plairai au Se gneur en la terr
Ant. P
i m
gione vivorum
lacebo Do'ai aimé le Seigneu exaucera ma prière.
ilexi, quoniam exaudiet Dominus : * vocem orationis meœ.
Canon Missae.
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La Fête de tous les Saints.
Quia inelinnvit sureau su.uii mihi : * et in diebus meis invocabo.
Circutndederunt m e dolores mortis : * et pericula inferni invenerunt me.
Tribulationem et dolorem inveni : * et nomen Dotnini invocavi.
O Domine, libéra animam meam : * misericors Dominus, et justus , et Deus noster miseretur.
Custodiens parvulos Dominus : * humiliatus sum, et liberavit me.
Convertere anima mca in requiem tuam : * quia Dominus benefecit tibi.
Quia eripuit animam meam de morte : * oculos meos a lacrymis, pedes meos a lapsu.
Placebo Domino : * in regione vivorum.
Déjà il m .1 écouté ; je l'invoq jerai
La mon et ses douleurs m'environnaient ; j'étais Bailli par les péril-» d'enfer.
L'angoisse et latribulation avaient fondu sur moi ; j invoquai le nom du Seigneur:
O Seigneur, délivrez mon âme ! Miséricordieux et juste est le Seigneur, bon est notre Dieu 1
Le Seigneur garde les petits, je me suis humilie-, il m'a délivré.
Sois donc à ton repos, mon âme ; car le Seigneur a été bon pour toi.
Il a délivré mon âme de la mort, mes yeux des pleurs sans fin, mes pieds de la chute éternelle.
Je veux plaire au Seigneur en la terre des vivants.
Requiem œternam * dona eis Domine. Et lux perpétua * luceat eis.
Ant. Placebo Domino in regione vivorum.
onnez-leur, Seigneur, LJ le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Je plairai au Seigneur en la terre des vivants.
Au lieu de la doxologie ordinaire, l'Eglise, à la fin de chaque Psaume, adresse à Dieu une prière instante pour les trépasses :
Plaire à Dieu sans nulles réserves un
Les Vêpres des Morts. ioy
jour! Séparée du corps qui l'alourdissait , la distrayait par mille futiles soins », l'âme s'absorbe en cette aspiration unique, à la satisfaction de laquelle convergent toutes ses énergies, tous les tourments dont elle remercie le ciel d'aider sa faiblesse. Creuset béni où se consument les restes du péché, où si pleinement se solde toute dette ! C'est de ses flammes secourables gue, toute trace disparue des anciennes souillures, effacées toutes rides déparant sa beauté native, elle s'envolera vers l'Epoux , véritablement bienheureuse , sûre que les complaisances du Bien-Aimé n'auront à souffrir en elle d'aucunes restrictions.
Combien pourtant douloureusement son exil se prolonge! Si par la charité elle est en communion avec les habitants des cieux, le feu qui la châtie ne diffère pas matériellement de celui de l'abîme. Son séjour confine à celui des maudits ; elle doit porter ce voisinage du Cèdar infernal, des adversaires de toute paix, des démons odieux qui poursuivirent sa vie mortelle de leurs assauis et de leurs ruses, qui, au tribunal de Dieu, l'accusaient encore de leurs bouches trompeuses. « De la porte de l'enfer, arrachez-la », va bientôt supplier l'Eglise.
Ant U ÊLASl Seigneur., ' 1 A que mon exil est longl
Ant. H EI mmi U-~
I 1 mine, quia incolatus meus prolongatus est.
ro8
La Fête de tous les Saints.
Ad 1 ) o m i n u m eu ni tribularer clamavi : * et exaudivit me.
Domine Libéra animam meam a labiis iniquis : * et a lingua dolosa.
Quid detur til quid apponatur tibi : ' ad linguam dolosam ?
S a g i 1 1 x pote ntis acutœ : * cum earbonibus desolatoriis.
Heu mihi, quia incolatus meus prolongatus est : habitavi cum habitantibus Cedar : * multum incola fuit anima mea.
Cum his, qui oderunt pacem, eram pacitîcus : * cum loquebar illis, impugnabant me gratis.
Requiem ceternam * dona eis Domine.
Et lux perpétua * iuceat eis.
Ant. Hei mihi Domine , quia incolatus meus prolongatus est.
L'âme cependant ne défaille pas ; levant ses yeux vers les montagnes, elle sait qu'elle peut compter sur le Seigneur, qu'elle n'est abandonnée ni du ciel "qui l'attend, ni de l'Eglise dont elle est fille. Si près qu il soit situé de la région des pleurs éternels, le
Dans ma tribulation, j'ai crié vers le Seigneur, et
..'lUCé.
Délivrez-moi . Seigneur , des lèvres méchantes et de la langue trompeuse.
Quel sera ton salaire ? que
te reviendra-t-il, tangtl menson
Tu es semblable à la flèche aiguë lancée par un bras puissant, aux charbons qui désolent par l'incei
Hélas 1 que mon exil c^t long '. je suis au milieu des habitants de Cédar ; que l'exil de mon âme dure longtemps !
Je suis demeuré pacifique avec les ennemis de la paix, qui de mes paroles prenaient l'occasion d'inji tïons.
njustes accusaDonnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
ANT. Hélas ! Seigneur , que mon exil est long!
Les Vêpres des Morts.
i og
purgatoire, où s'embrassent la justice et la paix *, n'est point inaccessible aux Anges. Aux divines communications dont ces augustes messagers lui apportent le réconfort , se joint l'écho de la prière des bienheureux, des suffrages de la terre. L'âme est surabondamment assurée que le seul mal digne de ce nom, que le péché ne saurait l'atteindre.
A e Seigneur vous
ANI- garde de tout
mal ; que le Seigneur garde en tout votre âme.
a NT n ominus cusAN ' • D todit te ab omni malo : custodiat animam tuam U ominus.
J'ai levé mes yeux vers les montagnes d'où me viendra le secours.
Mon secours me vient du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre.
Qu'il ne laisse point vaciller vos pas, qu'il ne s'endorme pas celui qui vous garde.
Non; il ne s'endormira ni ne s'assoupira celui qui garde Israël.
C'est lui, le Seigneur, qui vous garde; c'est lui, le Seigneur, qui est votre protection ; il se tient à votre droite.
Ni le soleil ne vous nuira durant le jour, ni la lune dans la nuit.
Le Seigneur vous garde
LEVAVI oculos meos in montes : * unde veniet auxilium mihi.
Auxiliummeum a Domino : * qui fecit cœlum et terram.
Non det in commotionem pedem tuum : * neque dormitet qui custodit te.
Ecce non dormitabit. neque dormiet : * qui custodit Israël.
Dominus custodit te. Dominus protectio tua :* super manum dexteram tuam.
Per diem sol non uret te : * neque luna per noctem.
Dominus custodit te
I. Psalm. LXXXIV, 1 I .
im La Fête de tons les Saints.
ab omni malo : ' cuatodiat animam tuam Dominus. Dominus custodiat introitum tuum, et exitum tuum : * ex hoc nunc, et usque in sasculum.
I\ e q u i e m ae ter nain * dona eis Domine.
Et lux perpétua * luceat eis.
Ant. Dominus custodit te ab omni malo : custodiat animam tuam Dominus.
que le
n tout votre
de tout mal
âme.
entrée, qu'il .
et maintenant, et touj<
Donnez-leur . Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Le Seigneur vous garde de tout mal; que le Seigneur garde en tout votre âme.
L'usage du peuple chrétien consacre plus spécialement le Psaume cxxix à la prière pour les morts ; cri de détresse, mais aussi d'espérance.
Le dénuement des âmes au séjour d'expiation est bien fait pour toucher nos cœurs. Sans être au ciel, en cessant d'appartenir à la terre, elles ont perdu les privilèges qui, de par Dieu, compensent pour nous' le danger du voyage en ce monde de l'épreuve. Si parfaits que soient tous leurs actes d'amour, d'espérance, de foi résignée, elles ne méritent plus; acceptées comme elles le sont, leurs inexrimables souffrances nous vaudraient à nous a récompense de milliers de martyrs : il n'en doit rien rester dans l'éternité à l'actif de ces âmes, rien que le fait d'un règlement de compte apuré autrefois par sentence du juge.
Pas plus que mériter, elles ne peuvent satisfaire comme nous à la justice par équivalences acceptées de Dieu. Plus radicale que
Les Vêpres des Morts.
celle du paralytique de Bethsaïda i est leur impuissance à s'aider elles-mêmes; la piscine du salut est restée sur terre, avec l'auguste Sacrifice, les Sacrements, l'usage des clefs toutes- puissantes confiées à l'Eglise.
Or cependant l'Eglise, qui n'a plus sur elles de juridiction, conserve à leur endroit toutes ses tendresses de Mère ; et son crédit est grand toujours près de l'Epoux. Elle fait donc sienne leur prière; ouvrant le trésor qui lui vient de la surabondante rédemption du Seigneur, elle offre de son fonds dotal à Celuilà même qui le lui a constitué, en échange de la délivrance de ces âmes ou de l'allégement de leurs peines ; et ainsi arrive-t-il que, sans léser nuls droits, la miséricorde entre et déborde en ces abîmes où régnait seule l'inexorable justice.
• O considérez nos iniquités ; Seigneur, qui soutiendra votre jugement ?
, ... i îniquitates
" i " observaveris
Domine : Domine quis
sustinebit ?
E l'abîme j'ai crié vous, Seigneur
vers Seigneur, écoutez ma voix
Que vos oreilles soient attentives au cri de ma prière.
Seigneur, si vous considérez nos iniquités ; Seigneur, qui soutiendra votre jugement ?
De profundis clamavi ad te Domine : * Domine exaudi vocem meam.
Fiant aures tuae intendentes : * in vocem deprecationis meoc.
Si iniquitates observaveris Domine : * Domine quis sustinebit ?
I. 7 Fête de tous 1rs Saints
Quia apod te propitiatio esl : * ci ; legem iu.hh sustinui te
l)"I)lillL'.
Sustinuit anima mea in verbo ejus : ' sperai it anima tnea in Domino.
A custodia matutina usque ad noctem : * speret Israël in Domino.
Quia apud Dominum misericoraia : * et copiosa apud eum redemptio.
Et i p s e r e d i m e t Israël : * ex omnibus iniquitatibus ejus.
Requ iem œternam * dona eis Domine.
Et lux perpétua * luceat eis.
ÀNT. Si iniquitates observaveris Domine : Domine quis sustinebit ?
Mail la ii
Sei\l"i) ;imj
dans le Seigneur.
Du matin à la nuit. qu'Israël espère dans I
Car dan6 le Seigneur est (a miscricoi ;jmption est surabondante.
lu il rachètera Israël de ;s iniquités.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
ÀNT. Seigneur . si vous considérez nos iniquités :
Seigneur , qui soutiendra
votre jugement r
Je vous louerai ; car vous rriave^ exaucée. L'Eglise ne prie jamais en vain. Le dernier Psaume dit sa reconnaissance, et celle des âmes que l'Office qui va finir aura tirées de l'abîme ou rapprochées des cieux. Grâce à lui, plus d'une qui, ce matin encore, était retenue captive, fait son entrée dans la lumière au crépuscule de cette touchante fête de la Toussaint, dont s'accroissent ainsi au dernier moment les joies et la gloire. Suivons du cœur et de la pensée les nouvelles élues ; en nous souriant, en nous remerciant, nous leurs frères ou leurs fils, elles s'élèvent radieuses de la région
Les Vêpres des Morts.
u3
des ombres, et elles chantent : Seigneur, je vous glorifierai en la présence des Anges; f adorerai donc en votre saint temple! Non; le Seigneur ne méprise pas les œuvres de ses mains.
Ant Ceigneur> ne
" O prisez pas œuvres de vos mains.
mêles
Ant. i
Opéra manuum tuarum Domine ne despicias.
E vous louerai, Seigneur, de tout mon cœur, parce que vous avez écouté les paroles de ma bouche.
Je chanterai votre gloire en présence des Anges, j'adorerai dans votre saint temple, je louerai votre nom.
J'exalterai votre miséricorde et votre vérité : oui ; vous avez rendu magnifique plus que tout votre saint nom.
En quelque jour que je vous invoque, exaucez-moi ; ainsi dilaterez -vous la vigueur de mon âme.
Soyez, Seigneur, célébré par tous les rois de la terre : toutes les paroles qu'ils entendirent de votre bouche, ils les ont vues réalisées.
Qu'ils chantent donc les voies du Seigneur ; car grande est la gloire du Seigneur.
Car le Seigneur, si haut qu'il soit, regarde les humConfitebor tibi Domine in toto corde meo : * quoniam audisti verba oris mei .
In conspectu Angelorum psallam tibi : * adorabo ad templum sanctum tuum, et confitebor nomini tuo.
Super misericordia tua et veritate tua : * quoniam magnificasti super omne , nomen sanctum tuum.
In quacumque die invocarero te, exaudi me :* multiplicabis in anima mea virtutem.
Confiteantur tibi Domine omnes reges terrae:* quia audierunt omnia verba oris tut :
Et cantent in- viis Do mini : gna est
quoniam maloria Domini.
Quoniam cxcelsus Dominus, et humilia respiy.
i 1 4 I-ci Fctc de tous les Saints.
cit : * et alta ;i longe cognoscit.
Si ambulavero in medio tribulationis, \i\ificabis me : * et Btipcr iram inimicorum rum extendisti manum tuam, et salvum n cil dextera tua.
Dominas retribuet pro me * : Domine misericordia lua in saeculum : opéra manuum tuarum ne despicias.
Requiem aeternam * dona eis Domine.
Et lux perpétua * luceat eis.
Ant. Opéra manuum tuarum Domine ne despicias.
unis il ne connaît
Si je marche au milieu de la tnbulai i
tiendrez ma vie ; ainsi contre li col i mis ;'\
droite ; a i n - i m sauve.
I . ■ Seigneur ra mon ir, votre mi>éi i mépri • vos mains.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Seigneur, ne méprisez pas les oeuvres de vos mains.
Et voici que du ciel, en effet, nous arrive comme de la part des chères libérées une parole authentique de bonheur l :
» Audivi vpeem ?' -** de cœlo dicentem mihi.
li. Beati mortui qui in Domino moriuntur.
, ] 'ai entendu une voixvenant du ciel, qui me disait :
r\ Bienheureux ceux qui meurent dans le Seigneur.
Or toute cette admirable suite du drame liturgique ainsi déroulé sous nos yeux, qu'est-elle autre chose que la justification de la promesse du Sauveur 2, rappelée en l'Antienne qui suit par l'Eglise ?
Les Vêpres des Morts.
ti-5
antienne de Magnificat
oui ce que me donne mon Père viendra à moi ; et celui qui vient à moi, je ne le repousserai point dehors.
Mais comme toute
quod dat miht Pater, ad me veniet : et eum qui venit ad me, non ejiciam foras.
de Jésus nous
:e grâce d(
vient en ce monde par Marie, par elle encore, au delà de cette vie mortelle, s'opère toute délivrance et s'obtient tout bienfait. Où que s'étende la rédemption du Fils, s'exerce l'empire de la Mère. Aussi les visions des Saints nous la montrent véritablement Reine au purgatoire ; qu'elle s'y fasse représenter bénignement par les Anges de sa cour, ou daigne ellemême, pénétrant sous les sombres voûtes A comme l'aurore du jour éternel, y répandre abondante la rosée du matin. Est ce que la neige du Liban, dit l'Esprit- Saint, manquera jamais à la pierre du désert? et qui donc en empêchera les fraîches eaux d'aller à la vallée2! Comprenons donc le chant du Magnificat à l'Office des défunts : il est l'hommage des âmes qui abordent les cieux ; il est le doux espoir de celles qui demeurent encore au séjour d'expiation.
orifie le SeiMON âme gl gncur ;
Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur:
Car il a regardé la bassesse de sa servante; et pour cela,
agnificat : * anima mea Dominum ; Et exsultavit spiritus meus : * in Deo Salutari meo.
Quia respexit humilitatém ancïïlœ suai : *
Eccli. xxiv, 8.-2. Jeiœm. xviî', 14.
/ iG La Fête de tous les Saints.
ecce enim ex hoc heatam
me die
Quia fecit mihi magna qui potens ei et u m Nomen ejus.
Et misericordia ejus a
timentibus eum.
potentiam in
brachio suo : * dispersit superbos mente cordis sui.
Deposuit potentea Je sede : * et exaltavit humiles.
Esurientes impie vit bonis : * et divites dimisit inanes.
Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae sus.
Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in saecula.
Requiem reternam * dona eis Domine.
Et lux perpétua * luceat eis.
Ant. Omne quod
dat mihi Pater, ad me
veniet : et eum qui venit ad me, non ejicisTm foras.
:11eront Bienheui
I! m fait en moi
. celui qui esl pu
et de qui le Nom est saint ;
i misérico: I de génération ition,
sur ceux qui le craignent. Il a opéré puissamment
par son bras, et ai-; qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.
Il a mis à bas de leur I les puissants, et il a élevé les humbles.
Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et re:. vides ceux qui étaient i :
Il a reçu en sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse
Qu'il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.
Donnez -leur, Seigneur, le repos étei
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Tout ce que me donne mon Père viendra h moi ; et celui qui Aient à moi, je ne le repousserai point dehors
Le Prêtre commence, toute l'assemblée à genoux, l'Oraison Dominicale :
Dater noster. Motre Père.
Les Vêpres des Morts.
u7
Le reste se continue dans le silence, jusqu'à cette conclusion que suivent les Versets et l'Oraison terminant les Vêpres des morts :
f. Et ne nous laissez pas succomber à la tentation.
T$. Mais délivrez-nous du mal.
^-. De la porte de l'enfer,
rç1. Seigneur, délivrez leurs âmes.
f. Qu'ils reposent en paix.
tf. Amen.
y. Seigneur, exaucez ma prière ;
R.1. Et que mon cri parvienne jusqu'à vous.
f. Le Seigneur soit avec vous.
tf. Et avec votre esprit.
f. Et ne nos inducas in tentationem.
if. Sed libéra nos a malo.
y. A porta inferi.
R1. Erue Domine animas eorum.
f. Requiescant inpace.
r\ Amen.
f. Domine exaudi orationem meam.
Bf. Et clamor meus ad te veniat.
f. Dominus vobiscum. r\ Et cum spiritu tuo.
Dieu Créateur et Rédempteur de tous les fidèles, accordez la remise de tous leurs péchés aux âmes de vos serviteurs et de vos servantes, afin que soit acquise à leurs pieuses supplications l'indulgence qu'ils ont toujours désirée. Vous qui vivez et régnez avec Dieu le Père en l'unité du Saint-Esprit, Dieu vous-même, durant tous les siècles des siècles. Bp. Amen.
FIDELIUM Deus omnium Conditor et Redempt o r, animabus- famulorum famularumque tuarum remissionem cunctorum tribue peccatorum : ut indulgentiam, quam semper optaverunt, piis supplicationibus consequantur. Qui vivis et régnas cum Deo Pâtre in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia sœcula sœculorum. r,1. Amen.
/ 1 s La Fête de tous les Saints.
iquiem eeternam
rieur,
dona eis Domine.
iç. Et Iu\ perpétua luur eux la
ceat eis.
lumière sans fin.
y. Requicscanl in pace.
i{. Amen.
nt en paix*
/^affrons à Notre-Dame la supplique touchante que plusieurs Eglises lui adressèrent longtemps pour les morts. Elle date
du xiv siècle ; Jean IV de Langoueznou,
Abbé de Landevenec, son auteur, en puisa l'inspiration dans sa tendrepiété pour Marie.
ANGUENTIBUS in purgatorio,
A CEUX qui souffrent en ** purgatoire . que puri
Qui purgantur ardore
fie la flamme ardente et qui
nimio,
subissent tourments si durs :
Et torejuentur gravi supdaigne votre compassion subplicio,
venir, ô Marie !
Subveniat tua compassio :
O Maria !
Fons es patens qui
Fontaine ouverte à tous.
culpas abiuis,
où s'effacent les péchés, vous
Omncs juvas et nulium
secourez chacun, n'éconduirespuis :
sez personne : vers les morts
Manum tuam ex tende
qui gémissent en leurs supmortuis,
plices sans trêve, étendez
Qui sub pœnis languent
votre main, ô Marie !
continuis :
0 Maria !
Ad te pie suspirant
Vers vous pieusement soumortui.
pirent les trépassés, en leur
Cupientes de pœnis erui,
désir de voir finir leurs maux,
Les Vêpres des Morts.
iig
pour contempler vos traits si doux et goûter près de vous les joies éternelles, 6 Marie !
Accourez, Mère , à leurs gémissements ; ayez pour eux des entrailles de pitié : obtenez de Jésus que par ses blessures il daigne les guérir, ô Marie !
Vous êtes de ceux qui crient vers vous la véritable espérance : entendez les voix nombreuses qui vous supplient d'apaiser votre Fils, d'en obtenir la récompense céleste pour leurs amis et leurs frères, o Marie !
Toute bonne, vovez aux pieds du Juge couler nos larmes : puissent-elles par vous bientôt éteindre l'ardeur de la flamme vengeresse qui les empêche de s'unir aux chœurs angéliques, ô Marie !
Et lorsque se fera le sévère examen au terrible jugement de Dieu, implorez votre Fils qui sera notre Juge, pour qu'avec les Saints soit notre partage, ô Marie !
Amen.
Et adosse tuo conspectui. iEternisque gaudiis perfrui :
O Maria !
Gementibus Mater accéléra, Pietatis ostende viscera : Ilîos Jésus per sua vulnera Ut sanare dignetur impetra : O Maria !
Tu vera spes ad te clamantium : Ad te clamât turba sodalium, Pro fratribus ut places
Filium, Et cœleste det eis pra?- mium : O Maria !
Fac lacrymœ quas bona respicis, Quas fundimus ad pedes Judicis, Mox exstinguant vim
flammee vindicis, Ut jungantur choris angelicis : O Maria !
Et cum fiet slricta discussio, In tremendo Dei judicio, Judicanti supplica Filio, Ut cum Sanctis sit nobis portio : O Maria ! Amen.
La Fête de tous les Saints.
r^ etth journée est véritablement grande
et belle. La terre, placée entre le purgatoire et le ciel , a rapproché les deux. L'auguste mystère de la communion des
saints se révèle dans son ampleur. L'immense famille des fils de Dieu nous apparaît, une par l'amour, distincte en ses trois états de félicité, d'épreuve, d'expiation purifiante : expiation qui, comme l'épreuve, n'aura qu'un temps ; félicité qui durera toujours. C'est le digne couronnement des enseignements du Cycle entier. Chacun des jours de l'Octave qui va suivre accroitra la lumière.
Cependant, toute âme se recueille à cette heure dans le culte des plus chers, des plus nobles souvenirs. En quittant la maison de Dieu, gardons pieusement à qui de droit notre pensée. C'est la fête de nos morts bien-aimés. Prêtons l'oreille à leur voix qui, de clochers en clochers, par tout le monde chrétien, se fait si suppliante et si douce aux premières heures de cette nuit de novembre. Ce soir ou demain, nous leur devons la visite de la tombe où reposent dans la paix leurs rcsves mortels. Prions pour eux ; et aussi, prions-les : ne craignons pas de leur parler toujours des intérêts qui leur furent chers devant Dieu. Car Dieu les aime, et par une sorte de satisfaction donnée à sa bonté, les écoute d'autant mieux pour autrui, que sa justice les maintient dans un état d'impuissance plus absolue en ce qui les concerne.
lous ne voulons pas, mes Frères, que vous ignoriez la condition de ceux qui dorment dans le Seigneur, afin que vous ne soye\ pas tristes comme ceux qui n'ont point d'espérance t. C'était le désir de l'Apôtre écrivant aux premiers chrétiens; l'Eglise, aujourd'hui, n'en a pas d'autre. Non seulement, en effet, la vérité sur les morts met en admirable lumière l'accord en Dieu de la justice et de la bonté : les cœurs les plus durs ne résistent point à la charitable pitié qu'elle inspire, et tout ensemble elle offre au deuil de ceux qui pleurent la plus douce des consolations. Si la foi nous enseigne qu'un purgatoire existe, où des fautes inexpiées peuvent retenir ceux qui nous furent chers, il est aussi de foi que nous pouvons leur venir en aide 2, il est théologiquement assuré que leur délivrance
i. I Thess. iv, 12. — 2. Conc. Trid. Sess. XXV.
122 ht Temps après la Pentecôte.
plus ou moins prompte est dans nos mains Rappelons quelques principes Je : éclairer ici la doctrine.
Tout péché cause double dommage au pécheur, souillant son aine, et le rendant passible de châtiment. Tache vénielle, entraînant simple déplaisance du Seigneur, et dont l'expiation ne dure, qu'un temps; souillure allant jusqu'à la difformité qui t'ait du coupable un objet d'abomination devant Dieu, et dont par suite la sanction ne saurait consister que dans le bannissement éternel, si l'homme n'en prévient en cette vie l'irrévocable sentence. Même alors cependant, l'effacement de la coulpe mortelle, en écartant la damnation, n'enlève pas de soi toute dette au pécheur converti ; bien qu'un débordement inusité de la grâce sur le prodigue puisse parfois, comme il est régulier dans le baptême ou le martyre, faire se perdre en l'abîme de l'oubli divin jusqu'au dernier vestige, aux moindres restes du péché, il est normal qu'en cette vie, ou par delà, satisfaction soit donnée pour toute faute à la justice.
A contre-pied du péché, tout acte surnaturel de vertu implique double profit pour le juste : il mérite à son âme un nouveau degré de grâce ; il satisfait pour la peine due aux. fautes passées en la mesure de juste équivalence qui revient devant Dieu à ce labeur, cette privation, cette épreuve acceptée, cette libre souffrance d'un des membres de son Fils bien-aimé. Or, tandis que le mérite ne se cède pas et demeure personnel à qui l'acquiert, la satisfaction se
La Commémoration des Morts. 123
prête comme valeur d'échange aux transactions spirituelles ; Dieu veut bien l'accepter pour acompte ou pour solde en faveur â'autrui, que le concessionnaire soit de ce monde ou de l'autre, à la seule condition qu'il fasse lui aussi partie par la grâce de ce corps mystique du Seigneur qui est un dans la charité l.
C'est, comme l'explique Suarez en son beau traité des Suffrages , la conséquence du mystère de la communion des saints manifesté en ces jours. Invoquant l'autorité des plus anciens comme des plus grands princes de la science, discutant les objections, les restrictions proposées depuis eux par plusieurs, l'illustre théologien n'hésite pas à conclure en ce qui touche plus particulièrement les âmes souffrantes : « J'estime que cette satisfaction des vivants pour les morts vaut en justice 2, et qu'elle est infailliblement acceptée selon toute sa valeur, et selon l'intention de celui qui l'applique , en sorte que, par exemple, si la satisfaction qui est de mon fait me valait en justice, pour moi gardée, la remise de quatre degrés de purgatoire, elle en remet autant à l'âme pour laquelle il me plaît de l'offrir 3.»
On sait comment l'Eglise seconde sur ce point la bonne volonté de ses fils. Par la pratique des Indulgences, elle met à la disposition de leur charité l'inépuisable trésor où, d'âge en âge, les surabondantes satisfactions des saints rejoignent celles des MarI. I Cor. xn, 27. — 2. Esse si» plicit r de jiistilia. — î. Suarez, De Suffrages, Scctio vi.
i '24 Le Temps après la Pentecôte.
tyrs, ainsi que de erve
infinie des souffrances du Seigneur. Presque toujours, elle approuve et permet que ces
remises de peine, accordées aux vivants par
sa directe puissance, soient appliqi morts, oui ne relèvent plus de sa juridiction, par mode de suffrage ; c'est-à-dire : en la manière où, comme nous venons de le voir, chaque fidèle peut offrir pour autrui a I)ieu , qui l'accepte, le suffrage ou secours i de propres satisfactions. C'est toujours la doctrine de Suarcz, et il enseigne que l'Indulgence cédée aux défunts ne perd rien non plus de la certitude ou de la valeur qu'elle aurait eues pour nous qui militons encore 2. Or, c'est sous toutes formes et c'est partout que s'offrent à nous les Indulgences.
Sachons utiliser nos trésors, et pratiquer la miséricorde envers les pauvres âmes en peine. Est-il misère plus touchante que la leur ? si poignante, que n'en approche aucune détresse de la terre; si digne pourtant, que nulle plainte ne trouble le silence de ce a neuve de feu qui, dans son cours imperceptible, les entraîne peu à peu à l'océan du paradis3.» Pour elles, le ciel est impuissant; car on n'y mérite plus. Lui-même Dieu, très bon, mais très juste aussi, se doit de n'accorI. Est enim sufïYagium. ut sumitur ex D. Thoma et aliis in 4. d. ,j.5, auxilium quoddam. quod unus fide= lis prrcbet alteri ad obtinendum a Deo remissionem pœnse temporalis, vel aliud hujusmodi. Siarez. De Suffrages, in Proœmio. — 2. De Indulgentiis, Disput. LUI, Sect. ni. — 3. Mgr Gay, Vie et Vertus chrétiennes : De la charité envers l'Eglise, IL
La Commémoration des Morts. 7 25
der leur délivrance qu'au paiement intégral de la dette qui les a suivies par delà le monde de l'épreuve l. Dette contractée à cause de nous peut-être, en notre compagnie ; et c'est vers nous qu'elles se tournent, vers nous qui continuons de ne rêver que plaisirs, tandis qu'elles brûlent, et qu'il nous serait facile aabréger leurs tourments ! Aye\ pitié de moi, ave^ pitié de moi, vous au moins qui êtes mes amis ; ear la main du Seigneur m'a touchée 2.
Comme si le purgatoire voyait plus que jamais regorger ses prisons sous l'afrluence des multitudes qu'y précipite chaque jour la mondanité de ce siècle, peut-être aussi en raison de l'approche du règlement de compte final et universel qui clora les temps, l'Esprit-Saint ne se contente plus d'entretenir le zèle des anciennes confréries vouées dans l'Eglise au service des trépassés. Il suscite de nouvelles associations et jusqu'à des familles religieuses, dont Tunique but soit de promouvoir en toutes manières la délivrance des âmes souffrantes ou leur soulagement. Dans cette œuvre d'une autre rédemption des captifs, il est aussi des chrétiens qui s'exposent et s'offrent à prendre sur eux les chaînes de leurs frères, par l'abandon total consenti à cette fin, non seulement de leurs propres satisfactions, mais encore des suffrages dont ils pourraient bénéficier après leur mort : acte héroïque de charité, qu'il ne faut point accomplir à la légère , que
i. Matth. v, 26. — 2. Job. xiv, 21.
12% Le Temps après la Penh,
cependant l'Eglise approuve ': car : grandement le Seigneur, ci pour le ri encouru d'un délai temporaire de la béatitude, mérite à son auteur d'être à jamais
plus près de Dieu, par la grâce des main tenant, dans la gloire au ciel.
Mais si les suffrages du simple fidèle ont tanl de pnx, combien plus ceux de ! ELglisc
entière, dans la solennité de la prière publique et l'oblation du Sacrifice auguste où Dieu même satisfait à Dieu pour toute faute ! Ainsi qu'avant elle la Synagogue - l'Eglise dès son origine a toujours prié pour les morts. En la manière qu'elle nom . par des actions de grâces l'anniversaire de ses rils les Martyrs, elle célébrait par supplications celui de ses autres enfants qui pouvaient n*ètre point encore au ciel. Quotidiennement, dans les Mystères sacres, elle prononçait les noms des uns et des autres à cette double fin de louange et de prière ; et de môme que ne pouvant néanmoins rappeler en toute église particulière chacun des bienheureux du monde entier, elle les comprenait tous en une commune mention, ainsi faisait-elle, à la suite des recommandations spéciales au lieu ou au jour, mémoire générale des morts. Ceux qui ne possédaient ni parents, ni amis, observe saint Augustin, n'étaient donc point dès lors cependant dépourvus de suffrages ; car ils
I. Propagé au xvme siècle par les Clercs réguliers
Théatins, enrichi de faveurs spirituelles par les Souverains Pontifes Benoît XIII, Pie VI, Pie IX. — 2. II
Mach. xii, 46.
La Commémoration des Morts. 127
avaient, pour obvier à leur abandon, la tendresse de la Mère commune *.
L'Eglise ayant suivi dès le commencement, à l'égard de la mémoire des bienheureux et de celle des défunts, une marche identique, il était à prévoir que l'établissement d'une fête de tous les Saints au ixe siècle appellerait bientôt la Commémoration présente des trépassés. En 998, selon la Chronique de Sigebert de Gembloux 2, l'Abbé de Cluny, saint Odilon , l'instituait dans tous les monastères de sa dépendance , pour être célébrée à perpétuité au lendemain môme de la Toussaint ; c'était sa réponse aux récriminations de l'enfer le dénonçant, lui et ses moines, en des visions rapportées dans sa Vie 3, comme les plus intrépides secoureurs d'âmes qu'eussent à redouter, au lieu d'expiation, les puissances de l'abîme. Le monde applaudit au décret de saint Odilon, Rome l'adopta, et il devint la loi de l'Eglise latine entière.
Les Grecs font une première Commémoration générale des morts la veille de notre dimanche de Sexagésime , qui est pour eux celui de Carême prenant ou d'Apocreos, et dans lequel ils célèbrent le second avènement du Seigneur. Us donnent le nom de samedi des âmes à ce jour, ainsi qu'au samedi d'avant la Pentecôte, où ils prient de nouveau solennellement pour tous les trépassés.
1. Aug. De cura pro mortuis, iv. — 2. Ad hune annuni. — 3. Petr. Dam. ; Jotsald. II, xm.
/ 2 S' La Commémoration des Morts.
• malaire observait déjà de son temps !
I A que l'Office des défunts rappelle e forme les Offices célébrés aux jours anni
versaircs de la mort du Seigneur 2. Même
absence d'Hymnes, Doxologies, Absolutions,
Bénédictions ; même suppression du pré| lude accoutumé Domine labia mca aperics,
!Deus in adjutorium meum intende; bien qu'à la différence des derniers jours de la Semaine sainte, l'Office complet des morts ait cependant gardé ou recouvré depuis longtemps Tlnvitatoire.
Or cet ïnvitatoire est, comme hier le premier Psaume des Vêpres, un chant d'amour et d'espérance : Tout vit, pour notre Roi; vene^, adorons-le. Au delà comme en deçà de la tombe, tous les hommes vivent, devant Celui qui doit les ressusciter un jour3. Dans la langue de l'Eglise, le champ des morts est le cimetière, c'est-à-dire un dortoir où ses rils reposent ; comme eux-mêmes sont des défunts, travailleurs qui, leur tâche accomplie, attendent le moment de la récompense.
Rome s'est montrée ici mieux inspirée que d'autres Eglises, où l'Antienne choisie comme refrain du joyeux Venite exsultemus était : Cireumdederunt me gemitus mortis ; dolores inferni cireumdederunt me l. Que
I. IXe siècle. — 2. Amalar. De ecclesiast. Ofliciis,
III, xliv. — 3. Luc. xx, 38.- 4. Voici que m'ont environné les gémissements de la mort, les douleurs de l'e -
Les Matines des Morts.
12g
de variantes semblables, et toutes à l'avantage de l'Eglise Maîtresse et Mère, seraient à signaler dans une étude historique de l'Office des morts ! Mais pareil but ne saurait être le nôtre en ces pages trop restreintes.
TOUT vit, pour notre Roi * Venez, adorons-le.
egem cui omnia vivunt : * Venite, adoremus.
Venez, tressaillons dans le Seigneur ; chantons dans la jubilation des hymnes à Dieu notre Sauveur : prévenons sa présence par des chants de louange, et jubilons en son honneur dans la psalmodie.
Tout vit, pour notre Roi : * Venez, adorons-le.
Car le Seigneur est le grand Dieu, le grand Roi au-dessus de tous les dieux : il ne repoussera point son peuple. Dans sa main sont toutes les profondeurs de la terre, et son œil domine les sommets des montagnes.
Venez, adorons-le.
La mer est à lui, et il l'a faite, et ses mains ont formé la terre. Venez, adorons et prosternons-nous devant ce Dieu ; pleurons devant ce
enite. exsultemus Domino, jubilemus Deo Salutari nostro : praeoccupemus faciem ejus in confessione , et in psalmis jubilemus ei.
Regem cui omnia vivunt : * Venite, adoremus.
Quoniam Deus magnus Dominus , et Rex magnus super omnes deos : quoniam non repellct Dominus plebem suam , quia in manu ejus sunt omnes fines terrœ, et altitudines montium ipse conspicit.
Venite, adoremus.
Quoniam ipsius est mare, et ipse fecit illud, et aridam fundaverunt manus ejus : venite, adoremus , et procidamus
i3o La Commémoration des Morts,
ante Dcum^ : ploremus coram Domino, qui fecit nos, quia ipseest Dominus Dcus noster : nos autem populus cjus, et oves pascuœ cjus.
Regem cui omnia vivunt : * Vcnitc, adoremus.
Hodie si voeem ejus audicritis, nolite obdurare corda vestra, sicut in exacerbationc secundum dicm tentationis in deserto : ubi tentaverunt me patres vestri , probaverunt, et viderunt opéra mea.
Venite, adoremus.
Quadraginta annis proximus fui generationi huic, et dixi : Semper hi errant corde : ipsi vero non cognoverunt vias meas, quitus juravi in ira mea, si introibunt in requiem meam.
Regen vunt : remus.
cm omnia viVenite , adoRequiem aeternam dona eis Domine : et lux ! perpétua luceat eis. Venite, adoremus.
Regem cui omnia vivunt :*Vcnite, adoremus.
I ur qui nous a f car il est le Seigneur notre i)ieu, et nous son peuple et Les brebis de son pâturage.
Tout vit, pour notre Roi Venez, adorons-le.
Si aujourd'hui vous entendez sa voix, n'endurcissez pas vos cœurs, comme au jour du murmure et de la tentation dans le désert, où vos pères me tentèrent, où ils me mirent à l'épreuve, et virent mes œuvres.
Venez, adorons-le .
Pendant quarante ans, j'ai couvert de ma protection cette génération, et j'ai dit : « C'est un peuple dont le cœur est égare ; ils ne connaissent pas mes voies; c'est pourquoi j'ai juré dans ma colère qu'ils n'entreraient point dans la terre de mon repos. »
Tout vit, pour notre Roi : * Venez, adorons-le.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel; que luise pour eux la lumière sans fin.
Venez, adorons-le.
Tout vit, pour notre Roi : * Venez, adorons-le.
Les Matines des Morts.
i3i
Un tel début montre assez quelle part il convient de faire, selon l'Eglise, à la reconnaissance et à la louange dans la prière pour les morts.
Elles débordent, dans le premier Psaume des Nocturnes, la reconnaissance et la louange de l'âme échappée aux filets des pécheurs, en ce premier matin du salut assuré pour jamais qui l'introduit parmi les âmes très saintes du purgatoire. C'est avec confiance qu'elle s'en remet à son Seigneur du soin de la conduire par le chemin douloureux et purifiant qui doit l'amener à Ventrée même de la maison de Dieu.
Ant CEIGNE#ur mon Dieu, dirigez mes pas en votre présence.
U mine Deus meus in conspectu tuo viam meam.
Qeigneur, prêtez l'oreille aux paroles de ma bouche, entendez le cri de mon cœur.
Ecoutez ma voix suppliante, ô mon Roi et mon Dieu.
Oui ; c'est vous que j'implore : Seigneur, au matin vous m'exaucerez.
Au matin, me voici devant vous ; je saurai que vous n'êtes point un Dieu favorable au péché,
Que le méchant n'habitera point votre demeure, que
\erba mca auribus percipe Domine ; * intellige clamorem mcum.
Intende voci orationis meae : * Rex meus et Deus meus.
Quoniam ad teorabo :* Domine mane exaudics vocem meam,
Mane astabo tibî, et videbo : * quoniam non Deus volens iniquitatem tu es.
Neque habitabit juxta te malignus : * neque
i3i
La Commémoration des Morts
permanebunt injusti ante OCtlloS tUOS.
Odisti omnei, qui op •- rantur iniquitatem : * perdes omnes, <jui loquuntur mendacium.
Virum sanguinum et dolosum abominabitur Dominus : * ego autem in multitudine misericordiae tuae.
Introibo in domum tuam : * adorabo ad templum sanctum tuum in timoré tuo.
Domine deduc me in justitia tua : * propter inimicos meos dirige in conspectu tuo viam meam.
Quoniam non est in ore eorum veritas : * cor eorum vanum est.
Sepulchrumpatens est guttur eorum, linguis suis dolose agebant : * judica illos Deus.
Décidant a cogitationibus suis, secundum multitudinem impietatum eorum expelle eos ; * quoniam irritaverunt te Domine.
Et lretenturomnes, qui sperant in te : * in aeternum exsultabunt : et habitabis in eis.
Et gloriabuntur in te omnes, qui diligunt nomen tuum ; * quoniam tu benedices justo.
les injustes ne pourront sub•vant VOUS.
tous ceux
3ui t'ont l'iniquité; vous perrez t<ms ceux qui aiment le
Le Seigneur a en abomination 1 homme de sang et d'astuce. P<;ur moi, c'est me confiant en votre miséricorde infinie,
Que j'entrerai dans votre maison ; c'est pénétré de votre crainte, que } 'adorer JÎ dans votre saint temple.
Seigneur, guidez-moi dans votre justice ; à cause de mes ennemis, dirigez mes pas en votre présence.
Eux, en effet, n'ont point la vérité dans leur bouche ; leur cœur est vain.
Leur gosier est un sépulcre ouvert, leur langue un instrument de tromperie: jugezles, ô Dieu
Qu'ils soient déçus dans leurs pensées : rejetez-les ; car leurs impiétés sont sans nombre, et ils ont mérité votre colère, ô Seigneur.
Et que soient dans la joie tous ceux qui espèrent en vous : ils seront dans l'allé— à jamais ; vous habiterez en eux.
Et ils se glorifieront en vous, tous ceux qui aiment votre nom ; car vous bénirez le juste.
Les Matines des Morts.
i33
Seigneur, vous nous avez comme d'un bouclier couverts de votre amour.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Seigneur mon Dieu, dirigez mes pas en votre présence.
Domine, ut scuto bonae voluntatis tuœ : * coronasti nos.
Requiem seternam * dona eis Domine.
Et lux perpétua * luceat eis.
Ant. Dirige Domine Deus meus in conspectu tuo viam meam.
L'âme est exaucée : la justice s'est emparée d'elle ; car le temps de la miséricorde n'est plus. Sous la terrible mainmise de son guide nouveau, à l'implacable lumière qui, en regard de l'infinie pureté, met à nu ses replis les plus ignorés, et ses vertus si mélangées, et tant de traces restées des souillures d'antan, la pauvre âme sent lui manquer tout ce qu'elle se croyait de force ; tremblante, elle supplie Dieu de ne point la confondre en sa fureur avec les éternels maudits dont le voisinage accroît son tourment. Mais sa supplication, comme son effroi, est toute d'amour : Seigneur, sauvez-moi ; car il n'est personne qui pense à vous louer dans cette mort. Ce Psaume est le premier des sept de la pénitence.
Ant Ceigneur> tournez ' O vous vers moi, et délivrez mon âme ; car nul dans la mort ne se souvient de vous.
Ant'C Dom
lomine, et eripe animam meam : quoniam non est in morte qui memor sit tui.
qeigneur, ne me reprenez O pas dans votre fureur, et
DOMINE, ne in furore tuo arguas me : *
i%4 La Commémoration des Morts.
neque in iratuacorripias me.
Miseï ère mei I )ominc, quoniam inlirmus sum : * sana me Domine, quoniam conturbata sunt ossa mca.
Et anima mea turbata est valde : * sed tu Domine usquequo ?
Gonvertere Domine , et cripe animam meam :
* salvum me fac propter misericordiam tuam.
Quoniam non est in morte, qui memor sit tui :
* in inferno autem quis confitebitur tibi ?
Laboravi in gemitu
meo, lavabo per singulas
noctes lectum meum : *
| lacrymis meis stratum
meum rigabo.
Turbatus est a furore oculus meus : * inveteravi inter omnes inimicos meos.
Discedite a me omnes qui operamini iniquitatem : * quoniam exaudivit Dorninus vocem fletus mei.
Exaudivit D o min u s deprecationem meam : * Do minus orationem meam suscepit.
Erubescant, et conturbentur vehementer omnes inimici mei : * convertantur et erubescant valde velociter.
ne me châti -./. pal Jani
/ pitié de moi . gneur ; car je langui* d
gneur, parce que le trouble
ma sai-^i ; . I À de
Mon âme est toute troublée; mais vous, Seigneur, ju quand diffère rez-von» ?
Seigneur, tournez - vous vers moi, et délivrez mm âme ; sauvez-moi, à cause de votre miséricorde ;
Car nul dans la mort ne se souvient de vous : qui publiera vos louang s dans l'enfer ?
Je me suis épuisé à force de gémir ; j'ai baigné chaque nuit mon lit de mes pleurs ; j'ai arrosé ma couche de mes larmes.
Mon œil a été tout troublé de fureur : j'ai vieilli au milieu de tous mes ennemis.
Retirez-vous de moi, vous tous qui commettez l'iniquité ; car le Seigneur a exaucé la voix de mes pleurs.
Le Seigneur a exaucé ma supplication; le Seigneur a reçu ma prière.
Que tous mes ennemis rougissent et soient saisis d'étonnement ; qu'ils retournent en arrière, et soient couverts de honte.
Les Matines des Morts.
i35
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Seigneur, tournezvous vers moi, et délivrez mon âme ; car nul dans la mort ne se souvient de vous.
Requiem asternam * dona eis Domine.
Et lux perpétua * lu ceat eis.
Ant. Convertere Domine, et eripe animam meam : quoniam non est in morte, qui memor sit tui.
David, accusé par ses adversaires, en appelle au Seigneur de leurs calomnies. La crainte qui prosterne l'âme, au purgatoire, en un saint tremblement devant la justice de Dieu, n'a point fait vaciller l'espérance en elle plus que l'amour ; elle s'appuie sur la sentence même, sur le secours imploré de son juge, pour tenir tête au lion infernal qui la poursuit de ses indignes clameurs dans le délaissement et le dénuement auxquels la réduit son expiation.
rapiat ut leo animam meam, dum non est qui redimat, neque qui salvum faciat.
l'ennemi
comme un lion
ne se saisisse pas de mon
âme, sans que personne se
trouve pour m'arracher à lui
et me sauver.
Dieu, j'ai mon espéAnt.
eigneur mon
mis en vous rance : sauvez-moi de tous ceux qui me persécutent, et délivrez-moi.
Que l'ennemi comme un lion ne se saisisse pas de mon âme, sans que personne se trouve pour m'arracher à lui et me sauver.
omine Deus meus, in *— ' te speravi : * salvum me fac ex omnibus persequentibus me, et libéra me.
Nequando rapiat ut leo animam meam : * dum non est qui redimat, neque qui salvum faciat.
l36 La Commémoration des Morts.
1 domine Deus meus, si feci istud ; * si esl iniquitas in manibus meis.
Si reddidi retribuentibus mini mala : * decidam merito ab inimicis meis inanis.
Persequatur inimicus animam meam, et comprehendat, et conculcet in terra vitam meam : * et gloriam meam in pulverem deducat.
Exsurge Domine in ira tua : * et exaltare in finibus inimicorum meorum.
Et exsurge Domine Deus meus in praecepto quod mandasti : * et synagoga populorum circumdabit te.
Et propter hanc in altum regredere : * Dominus judicat populos.
Judica me Domine secundum justitiammeam : * et secundum innocentiam meam super me.
Consumetur nequitia peccatorum, et diriges justum : * scrutans corda, et renés Deus'.
Justum adjutorium meum a Domino : * qui salvos facit rectos corde
Deus judex justus, fortis et patiens : * numquid irascitur per singulos dies ?
hl'Ui mon I )icu, si j'ai fait ce dont il m'accul'iniquil icontre en
ivres,
Si j'ai rendu le mal pour le mal, ce . que
je succombe sous mes ennemis sans nul espoir ;
Que l'ennemi poursuive mon âme, qu'il s'en empare ; qu'à terre il foule aux pieds ma vie; qu'en poussière il réduise ma gloire.
Levez -vous, Seigneur, dans votre colère ; faites paraître votre puissance au territoire de mes ennemis.
Oui ; levez-vous, Seigneur mon Dieu ! Que vos édits soient respectés. Voici que va vous entourer l'assemblée des peuples ;
A cause d'elle, reprenez place sur votre trône dans les hauteurs : le Seigneur juge les peuples.
Jugez-moi, Seigneur, selon ma justice, selon mon innocence.
La malice des pécheurs sera anéantie, et vous guiderez le juste, ô Dieu qui sondez les reins et les cœurs.
Il est juste que j'attende le secours du Seigneur qui sauve ceux qui ont le cœur droit.
Dieu est un juge équitable, fort et patient : fait-il chaque jour éclater sa colère ?
Les Matines des Morts.
i37
Si vous ne changez, il brandira son glaive ; il a tendu son arc, il le tient prêt,
Il y a mis des traits mortels, ses flèches sent faites d'un feu dévorant.
Ainsi l'impie, mettant son injustice au jour, a conçu la douleur et enfanté l'iniquité.
Préparant son piège, il a creusé la terre, et il est tombé dans la fosse qu'il avait faite.
Le mal qu'il me voulait se retournera contre lui ; sa méchanceté retombera sur sa tête.
Pour moi, je chanterai la justice du Seigneur, j'exalterai le nom du Seigneur Très-Haut.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Que l'ennemi comme un lion ne se saisisse pas de mon âme, sans que personne se trouve pour m'arracher à lui et me sauver.
v r e la porte de l'enfer, ^' i-^ tf. Seigneur, délivrez leurs âmes.
Nisi conversi fueritis, gladium suum vibrabit * arcum suum tetendit, et paravit illum.
Et in eo paravit vasa mortis : * sagittas suas ardentibus efïecit.
Ecce parturiit injustitiam : * concepit dolorem, et peperit iniquitatem.
Lacum aperuit, et effodit eum : * et incidit in foveam, quam fecit.
Convertetur dolor ejus in caput ejus : * et in verticem ipsius iniquitas ejus descendet.
Confitebor Domino secundum justitiam ejus : * et psallam nomini Domini altissimi.
Requiem œternam * dona eis Domine.
Et lux perpétua * luceat eis.
Ant. Nequando rapiat ut leo animam meam, dum non est qui redimat, neque qui salvum faciat.
*• Al
porta inferi. Erue Doanimas eorum.
A la suite de ce cri maternel sorti du cœur de l'Eglise, toute l'assemblée prie en silence,, offrant à Dieu l'Oraison Dominij3S La Commémoration des Morts.
cale pour les trépassés aux prises avec les puissances de l'abîme.
Et voici que dans le recueillement de ce silence, omettant la demande d'une Bénédiction qu'ils ne peuvent plus recevoir au même titre que nous de l'Eglise , s'élève seule en leur nom la voix du Lecteur. Empruntant les accents du juste de lidumée sous la main qui l'éprouve, elle dit la souffrance qui les oppresse, leur foi indomptée, leur prière sublime. Et comme dans la tragédie antique, le Chœur intervient après chaque Lecture, en autant de Répons dont la mélodie s'harmonise merveilleusement avec ces échos d'outre-tombe : soit qu'il reprenne en s'y unissant la parole des morts, ou appuie leur prière de ses propres supplications ; soit que terrifié par cette rigueur de Dieu contre des âmes qui pourtant lui sont chères et sont sûres de l'aimer toujours, il tremble pour lui-même pécheur, dont le jugement est encore en suspens.
Au témoignage de saint Antonin et de Démocharès, cités par Gavanti *, la composition de ces admirables Répons reviendrait pour une part à Maurice de Sully, l'éveque de Paris qui commença Notre-Dame; toute; fois le plus grand nombre d'entre eux se trouvent déjà dans les manuscrits grégoriens de l'époque antérieure.
D'autres livres de l'Ecriture que celui de Job, et aussi les Œuvres de saint Augustin, fournirent longtemps en différents lieux les Leçons des morts ; et diverses églises avaient
i. De Oiïicio Defunct
Les Matines des Morts.
i3g
la coutume de terminer celles-ci par la formule : Beati mortui qui in Domino moriuntur l.
Epargnez-moi , Seigneur ; car mes jours ne sont que néant. Qu'est donc l'homme, pour l'estimer tant que d'arrêter sur lui votre pensée ? Vous venez à lui dès le matin, pour aussitôt l'éprouver. Jusques à quand ne m'épargnerez -vous pas, ne me laisserez-vous pas même avaler ma salive ? J'ai péché : pour vous apaiser, que feraije, gardien des hommes, à qui rien n'échappe ? Pourquoi m'avoir mis en butte à vos traits, me rendant à charge à moi-même? Pourquoi n'ôtez-vous pas mon péché, ne pardonnez-vous pas mon iniquité ? Voici que je vais m'endormir dans la poussière du sépulcre, et si vous me cherchez au matin, je ne serai plus.
. E crois que mon Ré™' dempteur est vivant, et qu'au dernier jour je ressusciterai de la terre. * Et dans ma chair je verrai Dieu mon Sauveur.
f. Je le verrai moi-même, et non un autre, et mes yeux
D arce mihi, Domine, nihil enim sunt dies mei. Quid est homo, quia magnificas eum ? aut quid apponis erga eum cor tuum ? Visitas eum diluculo, et subito probas illum. Usquequo non parcis mihi , nec dimittis me ut glutiam salivam meam? Peccavi, quid faciam tibi, o custoshominum ? quare posuisti me contrarium tibi, et factus sum mihimetipsi gravis? Cur non tollis peccatum meum , et quare non aufers iniquitatem meam ? ecce , nunc in pulvere dormiam : et si mane me quaesieris, non subsistam.
. redo quod Red™*V»> emptor meus vivit : et in novissimo die de terra surrecturus sum : * Et in carne mea videbo Deum Salvatorem meum.
f. Quem visurus sum ego ipse, et non alius,
140 La Commémoration des Morts.
et oculi mei conspectur sunt. * Et in.
T£DET .'inimam meam vitœ merc, dimittam adversum me eloquium
meum, loquar in amaritmline anima: meae. Dicam Dco : Noli me condemnare : indica mihi cur me ita j u d i ce s Numquid bonum tibi videtur, si calumnieris me, et opprimas me opus manuum tuarum,et consilium impiorum adjuves ? Numquid oculi carnei tibi sunt : aut sicut videt homo, et tu videbis ? Numquid sicut dies hominis dies tui , et anni tui sicut humana . sunt tempora , ut queeras iniquitatem meam, et peccatum meum scruteris ? Et scias quia nihil impium fecerim, cum sit nemo qui de manu tua possit eruere.
n.Q
\ui Lazarum resuscitasti a monumento fœtidum : * Tu eis, Domine, dona requiem, et locum indulgentiae.
}T.Qui venturus es judicare vivos et mortuos, et saeculum per ignem. * Tu eis.
I le contempleront . ' I .
| ma chair.
je m'abandonnerai aux plaintes contre même, je parlerai dans l'amertume de mon àni . dirai à Dieu : Ne me condamnez pas ; indiquez-moi f>ourquoi vous me traitez de a sorte. Vous plairiez-vous à m'accuser sans fondement, à m'accabler, moi l'œuvre de vos mains, donnant gain de cause aux impies ? Vos veux à vous aussi sont-ils de enair, et voyez-vous a la manière de l'homme ? Vos jours sontils comptés comme les jours de l'homme et vos années s'écoulent - elles comme sa vie, pour vous presser ainsi d'informer contre moi et scruter mon péché de la sorte ? Et pourtant vous savez que je n'ai rien fait d'impie ; qui d'ailleurs pourrait me tirer de vos mains ?
. \ 70US qui ressuscitâtes ™* • Lazare du tombeau, quand déjà il sentait mauvais : * Seigneur, donnez - leur le repos, conduisez-les au lieu du pardon.
f. Vous qui viendrez juger les vivants et les morts, et ce monde par le feu. * Seigneur, donnez-leur.
Les Matines des Morts.
Vo s mains m'ont fait et façonné dans tout mon être : et c'est ainsi qu'en un instant vous me brisez? Souvenez-vous, je vous prie, que vous m'avez pétri comme l'argile : et déjà vous me réduiriez en poussière ? N'aije pas d'abord été pour vous comme le lait sans consis tance, qui s'épaissit ensuite ? Puis vous m'avez revêtu de peau et de chair, consolidant par des nerfs et des os cet ouvrage de vos mains. Enfin vous m'avez donné la vie et comblé de bienfaits ; votre providence attentive a gardé mon âme.
^ Q eigneur, quand vous ™*0 viendrez juger la terre , où me cacherai-je. pour éviter la colère de vos yeux ?
* Car les péchés de ma vie ont passé les bornes.
f. Mes forfaits m'épouvantent ; ma confusion devant vous est extrême : quand vous viendrez, 0 Juge, ne me condamnez pas. * Car les péchés.
jr. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin.
* Car les péchés.
y anus tua; fecerunt 1V1 me , et plasmaverunt me totum in circuitu : et sic repente prœ- cipitas me ? Mémento , quaeso, quod sicut lutum feceris me, et in pulverem reduces me? Nonne sicut iac mulsisti me, et sicut caseùm me coaéulasti ? Pelle et carnibus vestisti me : ossibus et nervis compegisti me.Vitam et misericordiam tribuisti mihi, et visitatio tua custodivit spiritum meum.
•> omine , quando
^' *~) veneris judicare terram, ubi me abscondam a vultu ira? tuae ? * Quia peccavi nimis in vita mea
f. Commissa mea pavesco, et ante te erubesco: dum veneris judicare, noli me condemnare.
* Quia.
f. Requiem œternam dona eis, Domine : et lux perpétua luceat eis.
* Quia.
I 'ai une nourriture à manger que vous ne
J connaissez pas'.» C'est la réponse que s'attirerait de la part des chères finies notre ctonnement au sujet de l'Antienne qui va suivre. Inefrablcment justes et saintes, la parole du Seigneur est aussi la leur : « Ma nourriture est d'accomplir la volonté de mon Père 2. » Or en effet, vu de ces sommets comme le voit notre Antienne, quel pâturage que le purgatoire ! Seigneur qui me conduise^, qui par votre grâce daigneêtre avec moi dans cette ombre de la mort, votre verge en me frappant me console; mon abandon à vos justices est l'huile qui coule à flots de ma tête et, oignant tous mes membres, les fortifie pour le combat ; avide de soumission, mon cœur a trouvé son calice enivrant.
Saint Jean Chrysostomc atteste qu'on chantait déjà de son temps ce Psaume aux funérailles des chrétiens, ainsi que le Psaume Dilexi, premier de nos Vêpres des morts 3.
N loco pascune ibi me collo. j l m'a placé dans
un pâturage.
Dominus régit me, et nihil mihi deerit : * in loco pascuae ibi me collocavit.
Le Seigneur me conduit, et rien ne me manquera : il m'a placé dans un pâturage.
in Epist. ad Heb.
2.Ibid.34.. — 3.Chrvs. Hom. iv
Les Matines des Morts.
Il m'a élevé près d'une eau nourrissante ; il a converti mon âme.
Il m'a conduit dans les sentiers de la justice, à cause de son nom.
Aussi, même en marchant dans l'ombre de la mort, je ne craindrai aucun m a 1 ; car vous êtes avec moi.
Verge et houlette, en vos mains, me consolent.
Vous avez préparé devant moi une table, contre ceux qui me persécutent.
Vous avez répandu l'huile à flots sur ma tête ; et qu'il est beau mon calice enivrant !
Votre miséricorde me suivra tous les jours de ma vie.
J'habiterai la maison du Seigneur durant des jours sans fin.
Donnez - leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Super aquam refectionis educavit me : * animam meam convertit.
Deduxit me super semitas justitiae : * propter nomen suum.
Nam, et si ambulavero in medio umbrae mortis, non timebo mala : * quoniam tu mecum es.
Virga tua, et baculus tuus : * ipsa me consolata sunt.
Parasti in conspectu meo mensam : * adversus eos , qui tribulant me.
Impinguasti in oleo caput meum : * et calix meus inebrians quam praeclarus est !
Et misericordia tua subsequetur me : * omnibus diebus vitae meae.
Et ut inhabitem in domo Domini : * in longitudinem dierum.
Requiem œternam * dona eis Domine.
Et lux perpétua * luceat eis.
Ant. Il m'a placé dans un Ant. In loco pascuœ pâturage. ibi me collocavit.
Les fautes de ma jeunesse, mes ignorances, Seigneur, ne vous en souvenez plus Plût à Dieu que nos examens de conscience eussent présentement le sérieux de celui qu'il nous faudra faire au lieu d'expiation, pour réparer leur insuffisance ! L'ignorance,
i44 La Commémoration des Morts.
qu'on prétend excuser tant d'hommes de nos jours, sera bien lourde alors pour ceux dont la négligence à s'instruire aura obscurci la foi. endormi L'espérance, attiédi l'amour, faussé sur mille points le christianisme et la vie. Alors aussi se solderont « jusqu'au dernier denier 1» ces dettes de pénitence accumulées par tant de péchés remis quant à la coulpe, il est vrai, dès longtemps peutêtre, et depuis non moins longtemps, hélas ! totalement oubliés. O Dieu, voye\ ma peine et mon humiliation.
Ant.
v e nt u t i s ignorantias
meœ, et meas ne mei mine.
DoAnt i E^ fautcs de ma
L jeunesse , mes ignorances, Seigneur, ne vous en souvenez plus.
AD te Domine levavi animam meam : * Deus meus in te confîdo, non erubescam.
Neque irrideant me inimici mei : * etenim universi, qui sustinent te, non confundentur.
Confundantur omnes iniqua agentes : * supervacue.
Vias tuas Domine demonstra mihi : * et semitas tuas edoce me.
Dirige me in veritate tua, et doce me : * quia
\r ers vous, Seigneur, j'ai élevé mon âme; en vous, mon Dieu, j'ai mis ma confiance : je n'aurai point à en rougir.
Que mes ennemis ne se rient pas de moi : quiconque vous attend ne sera point confondu.
Cette confusion , qu'elle soit pour tous ceux qui font le mal comme à plaisir.
Montrez-moi , Seigneur , la voie qui conduit à vous ; apprenez-moi vos sentiers.
Dirigez -moi dans votre vérité , instruisez-moi ; car
I. Matth. V, 26.
Les Matines des Morts.
vous êtes mon Dieu Sauveur, et je vous attends tout le jour.
Souvenez-vous de vos bontés , Seigneur , de vos miséricordes qui sont à jamais.
Les fautes de ma jeunesse, mes ignorances, ne vous en souvenez plus.
Souvenez-vous de moi selon votre miséricorde, ô Seigneur, dans votre seule bonté.
Doux et juste est le Seigneur ; c'est pour cela qu'il donne sa loi a ceux qui s'égarent.
ïl guide les humbles dans la justice ; il enseigne ses voies à ceux qui sont doux.
Toutes les voies du Seigneur sont miséricorde et vérité pour ceux qui recherchent son alliance et ses commandements.
Pour votre nom, Seigneur, vous pardonnerez mon péché, si grand qu'il soit.
Quel est l'homme qui craint le Seigneur ? il ne sera point sans loi et direction dans le chemin qu'il a choisi.
Son âme aura la tranquille possession de tous les biens ; sa race aura la terre en héritage.
Le Seigneur est un ferme appui pour ceux qui le craitu es Deus salvator meus, et te sustinui tota die.
Reminiscere miserationum tuarum Domine : * et misericordiarum tuarum, quae a sseculo sunt.
Delicta j uven tut is mea? : * et ignorantias meas ne memineris.
Secundum misericordiam tuam mémento mei tu : * propter bonitatem tuam Domine.
Dulcis et rectus Dominus : * propter hoc legem dabit delinquentibus in via.
Diriget mansuetos in judicio : * docebit mites vias suas.
Universae viae Domini, misericordia et veritas : * requirentibus testamentum ejus , et testimonia ejus.
Propter nomen tuum Domine propitiaberis peccato meo : * multum est enim.
Quis est homo qui timet Dominum? * legem statuit ei in via, quam elegit.
Anima ejus in bonis demorabitur : * et semé n ejus haereditabit terram.
Firmamentum est Do- ! minus timentibus eum : * j
14^ La Commémoration des Morts.
et testamentum ipsius, ut manifestetur illis.
Oculi mei semper ad Dominum : * quoniam ipse evcllct de laquco pedea nieos.
Respice in me , et miserere mei : * quia unicus et pauper sum ego. .
Tribulationes cordia mei multiplicatae sunt : * de necessitatibus meis erue me.
Vide humilitatem meam, et laborem meum : * et dimitte universa delicta mea.
Respice inimicos meos, quoniam multiplicali sunt : * et odio iniquo oderunt me.
Custodi animam meam, et erue me : * non erubescam , quoniam speravi in te.
Innocentes et r e c t i adhseserunt mihi : * quia sustinui te.
Libéra Deus Israël ; * ex omnibus tribulationibus suis.
Requiem asternam * dona eis Domine.
Et lux perpétua ' luceat eis.
Ant. Delicta juventutis meœ, et ignorantias meas ne memineris Domine.
gnent ; par son alliance, il se révèle à eux.
yeux restent tournés vers le Seigneur : c'est lui qui retirera mes pieds des filets.
Tournez vers moi les yeux, ayez pitié, car je suis pauvre et délaissé.
Mes afflictions et mes tribulations se sont multipliées ; délivrez-moi de telles angoisses.
Voyez mon humiliation et mon labeur ; remettez-moi tous mes péchés.
Considérez mes ennemis, leur multitude, de quelle injuste haine ils me haïssent.
Gardez mon âme, et délivrez-moi : non, je n'aurai point à rougir d'avoir mis en vous mon espoir.
Les justes et les cœurs droits font avec moi cause commune, parce que c'est vous que j attends.
Mon Dieu, délivrez Isra'il de toutes ses tribulations.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Les fautes de ma jeunesse, mes ignorances, Seigneur, ne vous en souvenez plus.
Les Matines des Morts.
i47
Le Psaume xxvie fut chanté au Vendredi saint pour exprimer le sentiment de confiance qui n'abandonna pas le Messie durant les épreuves de sa Passion. Il reparaissait aux Matines du lendemain pour annoncer sa prochaine délivrance ; et l'Antienne qui l'accompagnait en ce dernier jour était cellelà môme qui va suivre. Comme au grand Samedi où les limbes possédèrent le Sauveur, les hôtes du purgatoire s'unissent au Chef divin dans son attente du retour à la lumière, à la vie. Leur prière, que l'Eglise elle aussi fait sienne, est d'une inspiration bien faite pour toucher le Seigneur.
Ant l- AI la ferme e-spé"
4 * J rance de voir un jour les richesses du Seigneur, dans la terre des vi. redo videre bona Domiin terra viventium.
LE Seigneur est ma lumière et mon salut : qui craindrai-je ?
Le Seigneur est le défenseur de ma vie : qui pourrait m'intimider,
En ce moment où les méchants m'ont cerné pour me dévorer ?
Mes persécuteurs se sont affaiblis, et ils sont tombés.
Quand même une armée ennemie m'assiégerait, mon cœur serait sans crainte.
Si elle me déclarait la bataille, c'est alors que je cerais plein de confiance.
DQMINUS illuminatio mea, et salus mea : * quem timebo ?
Dominus protector vitae mea? : * a quo trepidabo ?
Dum appropiant super me nocentes : * ut edant carnes meas.
Qui tribulant me inimici mei : * ipsi infirmati sunt , et ceciderunt.
Si consistant adversum me castra : * non timebit cor meum.
Si exsurgat adversum me praelium : * in hoc ego sperabo.
1 4$ La Commémorât ion des M
Unam petii a Domino, hanc requiram : * ut inhabitem in domo Domini omnibus diebus vitae mené :
Ut videam voluptatem Domini : * et visitem templum ejus.
Quoniam abscondît me in tabemaculo suo : * in die malorum protexit me in abscondito tabernaculi sui.
In petra exaltavit me : * et nunc exaltavit caput meum super inimicos meos.
Gircuivi, et immolavi in tabemaculo ejus hostiam vociferationis : * cantabo et psalmum dicam Domin o .
Hxaudi Domine vocem meam, qua clamavi ad te : * miserere mei, et exaudi me.
Tibi dixit cor meum, exquisivit te faciès mea : * faciem tuam Domine requiram.
Ne avertas faciem tuam a me : * ne déclines in ira a servo tuo.
Adjutor meus esto : * ne derelinquas me, neque despicias me Deus salutaris meus.
Quoniam pater meus, et mater mea dereliquerunt me :*L)ominusautem assumpsit me.
Je n'ai demandé qu'une chose au Scigncur; je la lui demanderai sans cesse: c'est d'habiter dans sa maison tous les jours de ma vie ;
Afin de goûter lesdéhcesdu Seigneur, et de contempler les beautés de son temple.
Car il me couvrira de l'ombre de son tabernacle ; au jour de mon affliction, il me protégera dans le secret de son temple.
11 m'a établi sur le roc; il a élevé ma tête au-dessus de mes ennemis.
Après une marche sacrée, j'offrirai dans son tabernacle un sacrifice accompagné de cris de joie ; je chanterai des cantiques au Seigneur.
Exaucez, Seigneur, le cri que je vous adresse ; ayez pitié de moi, et exaucez-moi.
Mon cœur vous parle ; mes veux vous cherchent : Seigneur, je ne cesserai de chercher votre présence.
Ne détournez pas de moi votre visage ; dans votre colère, ne vous éloignez pas de votre serviteur.
Soyez mon appui ; ne m'abandonnez pas ; ne me dédaignez pas, 6 Dieu de mon salut.
Mon père et ma mère m'ont abandonne ; mais le Seigneur a pris soin de moi.
Les Matines des Morts.
Enseignez-moi vos sentiers, Seigneur ; dirigez-moi dans la voie droite pour confondre mes ennemis.
Ne m'abandonnez pas à la fureur de ceux qui me persécutent ; car de faux témoins se sont élevés contre moi, et l'iniquité s'est menti à ellemême.
J'ai la ferme espérance de voir un jour les richesses du Seigneur, dans la terre des vivants.
Attends le Seigneur, ô mon âme, sois ferme ; fortifie ton courage, et attends le Seigneur.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. J'ai la ferme espérance de voir un jour les richesses du Seigneur, dans la terre des vivants.
v èuille le Seigneur les placer avec les princes,
rç1. Avec les princes de son peuple.
Le Chœur a fait écho dans le Verset au désir des âmes ; il prie de nouveau en silence, disant le Pater.
C'est au début de la Leçon suivante que se rattache la scène terrifiante immortalisée dans la Vie de saint Bruno par le pinceau
Legem pone mihi Domine in via tua : * et dirige me in semitam rectam propter inimicos meos.
Ne tradideris me in animas tribulantium me : * quoniam insurrexerunt in me testes iniqui, et mentita est iniquitas sibi.
Credo videre bona Domini : * in terra viventium.
Exspecta Dominum , viriliter âge : *. et confortetur cor tuum, et sustine Dominum.
Requiem a?ternam * dona eis Domine.
Et lux perpétua * luceat eis.
Ant. Credo videre bona Domini in terra viventium.
y.
ollocet eos Dominus cum principibus.
ef. Cum principibus populi sui.
i5o La Commémoration des Morts.
de Le Sueur. D'après une tradition conservée dans l'Ordre qu'il devait fonder, Bruno, séculier encore, assistait au service funèbre chanté a Notre-Dame de Paris pour un docteur de renom. Raymond Diocrès, lorsqu'à ces paroles : Responde mihi quantas Jiabeo iniquitates et peccata, le mort se souleva de sa bière et prononça ces mots : «J'ai été accusé au juste jugement de Dieu, d L'Office interrompu dans l'émotion de tous, et remis au lendemain, la môme tradition rapporte qu'on vit Diocrès se lever à nouveau, mais pour dire : « J'ai été jugé au juste jugement de Dieu. » Jusqu'à ce que, les funérailles une troisième fois reprises, la voix du malheureux se fit entendre au même moment que les deux premiers jours, et elle s'écriait, glaçant l'assemblée d'épouvante : « J'ai été condamné au juste jugement de
Responde mihi : Quantas habeo iniquitates et peccata, scelera mea et delicta ostende mihi. Cur faciem tuain abscondis, et arbitraris me inimicumtuum ? Contra folium, quod vento rapitur, ostendis potentiam tuam, et stipulam siccampersequeris. ScriRépoxdez-moi : quel est le nombre de mes iniquités ? quelle est la gravité de mes fautes ? Faites-moi voir mes péchés et mes crimes. Pourquoi détourner de moi votre visage, et me considérer comme un ennemi ? Vous déployez votre puissance contre une feuille qu'emporte le vent, vous poursuivez une
I. D. Le Couteulx, Annal. Cartus. in Proœmio, nis xxi-xli ; où Ton verra les arguments qui militent pour la substance du fait, sinon ses détails.
Les Matines des Morts.
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paille desséchée. Car vous édictez contre moi les mesures les plus dures, et pour me perdre vous remontez jusqu'aux péchés de mon adolescence. Vous avez mis mes pieds dans les ceps, vous avez observé tous mes sentiers, vous avez relevé les traces de mes pas, à moi qui bientôt ne serai que pourriture, pareil au vêtement mangé des vers.
o u v e N e z-v o u s de moi, ô Dieu ; car ma vie n'est qu'un souffle.* Et les hommes ne me verront plus.
f. De l'abîme j'ai crié vers vous, Seigneur ; Seigneur, écoutez ma voix. * Et les hommes.
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bis enim contra me amaritudines, et consumere me vis peccatis adolescentiae meae. Posuisti in nervo pedem meum, et obervasti omnes semitas meas, et vestigia pedum meorum considerasti : qui quasi putredo consumendus sum, et quasi vestimentum quod comeditur a tinea.
E m E N t o mei, Deus,quia ventus est vita mea : * Nec aspiciat me visus hominis.
f. De profundis clamavi ad te, Domine : Domine, exaudi vocem meam. * Nec aspiciat.
'homme, né de la femme, *- vit peu de temps, et est rempli de beaucoup de misères. -Il germe comme la fleur et comme elle est foulé aux pieds ; il fuit comme l'ombre et ne demeure jamais stable. Et c'est lui que vous estimez digne d'attirer vos regards, c'est lui que vous appelez en jugement avec vous 1 Qui peut rendre pur l'être sorti d'une source souillée ? N'est-ce pas vous seul qui le pouvez ? Les jours de l'homme sont courts ; vous
Homo natus de muliere, brevi vivens tempore, repletur multis miseriis. Qui quasi flos egreditur, et conteritur, et fugit velut umbra, et nnmquam in eodem statu permanet. Et dignum ducis super hujuscemodi aperire oculos tuos, et adducere eum tecum in judicium? Quis potest facere mundum de immundo conceptum semine ? nonne tu qui solus es ? Brèves dies
il>2 La Commémoration des Morts.
hominis sunt, numerus mensium cjus apud te c^t ; constituisti terminos ejus, qui prateriri non poterunt. Recède paululum ab eo, ut quiescat, donec optata ventât, sicut mercenarii dies ejus.
If.
. E I mihi, Do* mine, quia peccavi nimis in vita mca. Quid faciam miser ? ubi fugiam, nisi ad te, Deus meus ? * Miserere mei, dum veneris in novissimo die.
p. Anima mea turbata est valde, sed tu. Domine, succurre ci. * Miserere.
Lis mihi hoc tribuat, V£ ut in inferno protegas me, et abscondas me, donec pertranseat furor tuus, et constituas mihi tempus, in quo recorderis mei ? Putasne mortuus homo rursum vivat ? Cunctis diebus , quibus nunc milito, exspecto donec veniat immutatio mea. Vocabis me, et ego respondebo tibi : operi manuum tuarura porriges dexteram. Tu quidem gressus meos dinumerasti, sed parce peccatis meis.
connaissez les mois que doit durer sa vie : roui en ave/. marqué Let bornes, qui ne seront point dép;: tirez-vous un peu de lui, afin qu'il ait quelque relâche, en attendant que vienne le jour désiré qui comme pour le mercenaire finira ses travaux.
^ LJÉLAS Seigneur, com"* 1 1 bien j'ai péché dans ma vie ! Que ferai-je, malheureux ? Où fuir, sinon vers vous, mon Dieu ? * Ave/ pitié de moi, quand vous viendrez au dernier jour.
y. Mon âme est grandement troublée ; mais vous,
Seigneur, secourez-la. * Ayez pitié.
On me donnera de me voir mis à l'abri, caché par vous au séjour des morts, jusqu'à ce que passe votre fureur, et que vous me marquiez un temps où vous aurez souvenir de moi? Mais se peut-il qu'une fois mort, l'homme revive ? Chacun de ces jours de ma milice terrestre, j'attends que survienne ma transformation. Vous m'appellerez alors, et je vous répondrai ; vous tendrez votre droite à l'ouvrage de vos mains. Mais maintenant vous comptez tous mes pas ; pardonnez mes péchés.
Les Matines des Morts.
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[GNEUR, ne vous souvenez pas de mes péchés, * Quand vous viendrez juger le monde par le feu.
>'. Seigneur mon Dieu, dirigez mes pas en votre présence, * Quand vous viendrez.
f. Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ; que luise pour eux la lumière sans fin, * Quand vous viendrez.
. \J e recorderis pec™*±^ cata mea, Domine, * Dum veneris judicare sceculum per ignem.
f. Dirige, Domine Deus meus, in conspectu tuo viam meam. *
* Dum veneris.
f. Requiem œtcrnam dona eis, Domine : et lux perpétua luceat eis.
* Dum veneris.
A mesure que se poursuit l'expiation purifiante , l'ombre qui ternissait l'âme se dissipe, et laisse comme poindre déjà l'auréole. Certes , ni l'expression de la souffrance , ni Télan de la prière ne font défaut au Psaume xxxixe, que nous chantâmes lui aussi à la mort du Sauveur *. Mais combien s'y montre surtout l'union toujours plus marquée dans la douleur au libérateur divin, dont le sang éteignit la flamme de tous les holocaustes ! combien dominent en ce Psaume, non seulement l'action de grâces, mais l'admiration pour Dieu à cause de ses bontés, et le besoin de le louer pour luimême, de le voir louer par tous ! Oui ; qu'il vous plaise, Seigneur, de me délivrer ; mais qu'ils tressaillent en vous ceux qui vous cherchent, qu'ils disent sans fin : Soit magnifié le Seigneur !
I. IIe Nocturne du Vendredi saint.
i54 La Commémoration des Morts.
ANI; L-. tibiD ut eripias me : Domine ad
adjuvandum me respice.
neur,deme délivi ur, protégez, mi h de votre regard.
EXSPEC1 ans <-x<pectavi Dominum : * et intendit mihi.
Et exaudivit preces meas : * et eduxit me de lacu miseriœ, et de luto faecis.
Et statuit super petram pedes meos : * et direxit gressus meos.
Et immisit in os raeum canticum novum : * carmen Dco nostro.
Videbunt multi, et timebunt : * et sperabunt in Domino.
Beatus vir, cujus est nomen Domini spes ejus : * et non respexit in vanitates et insanias falsas.
Multa fecisti tu Domine Deus meus mirabilia tua : * et cogitationibus tuis non est qui similis sit tibi.
Annuntiavi, et locutus sum : * multiplicati sunt super numerum.
Sacrificium et oblationem noluisti : * aures autem perfecisti mihi.
] 'ai attendu le Seigneur ' avec persévérance, et il s'est enfin tourné vers moi.
Il a exaucé ma prière ; il m'a tiré d'un abîme de misère et d'un bourbier profond.
Il a établi mes pieds sur le roc, et dirigé lui-même mes pas. »
Il a mis dans ma bouche un cantique nouveau , un cantique de louanges pour notre Dieu.
Plusieurs verront ceci, et seront dans la crainte ; ils espéreront dans le Seigneur.
Heureux l'homme qui met son espérance dans le nom du Seigneur, et qui ne cherche pas des appuis vains et insensés 1
Seigneur mon Dieu, vous avez opéré d'innombrables merveilles ; et nulle créature, dans ses desseins, ne peut être comparée à vous.
Si je veux parler de vos œuvres et les annoncer, elles se trouvent au-dessus ds mes paroles
Vous n'avez pas agréé les victimes ni les offrandes , mais vous m'avez formé des oreilles dociles.
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Vous n'avez point demandé d'holocaustes, ni de sacrifices pour le péché ; alors j'ai dit : Voici que je viens.
Il est écrit de moi en tête du livre que je ferai votre volonté ; )e le veux ainsi, mon Dieu, et votre commandement est gardé dans le plus intime de mon cœur.
J'ai annoncé votre justice dans une grande assemblée; je n'ai point fermé mes lèvres ; vous le savez, Seigneur.
Je n'ai point retenu votre justice dans le secret de mon cœur; j'ai publié votre vérité et le salut qui vient de vous.
Je n'ai point caché votre miséricorde et votre vérité à cette réunion nombreuse.
Mais vous, Seigneur, n'éloignez pas de moi vos bontés ; que votre miséricorde et votre vérité m'accompagnent toujours.
Des maux sans nombre sont venus fondre sur moi ; mes iniquités m'ont enveloppé de toutes parts ; et je n'ai pu en soutenir la vue.
Elles surpassent le nombre des cheveux de ma tête ; et mon cœur en est tombé dans la défaillance.
Qu'il vous plaise , Seigneur, de me délivrer ; Seigneur, protégez-moi de votre regard.
Holocaustum et pro peccato non posiulasti : * tuncdixi : Ecce venio.
In capiti libri scriptumest de me ut facerem voluntatem tuam : * Deus meus volui, et legem tuam in medio cordio mei.
Annuntiavi justitiam tuam in Ecclesia magna : * ecce labia mea non prohibebo : Domine tu scisti.
Justitiam tuam non abscondi in corde meo :* veritatem tuam, et salutare tuum dixi.
Non abscondi misericordiam tuam, et veritatem tuam: * a concilio multo.
Tu autem Domine ne longe facias miserationes tuas a me : * misericordia tua et veritas tua semper susceperunt me.
Quoniam circumdederunt me mala, quorum non est numerus : * comprehenderunt me iniquitates imeae, et non potui ut viderem.
Multiplicatae sunt super capillos capitis mei : * et cor meum dereliquit me.
Complaceat tibi Domine ut eruas me : * Domine ad adjuvandum me respice.
t56 La Commémorât ion des Morts.
Confundantur et revercantur simul, qui quacrunt animam mcam : * ut auferant cam.
Convertantur rctrorsum, et revereantur : * qui volunt mihi ma La.
Ferant confestitn confusioncm suam : * qui dicunt mihi : Euge, euge.
Exsultent et laetentur super te omnes qua-rentes te : * et dicant semper : Magnificetur Dominus : qui diligunt salutare tuum.
Ego autem mendicus sum et pauper : * Dominus sollicitus est mei.
Adjutor meus, et protector meus tu es : * Deus meus ne tardaveris.
Requiem asternam * dona eis Domine.
Et lux perpétua * luceat eis.
Ant. Complaceat tibi Domine, ut eripias me : Domine ad adjuvandum me respice.
ceux qui cherchent ;i rn'oi'.-i l.i vie soient couverts de honte et saisis Je crainte.
Que ceux qui désirent ma -oient mis en fuite et livrés à l'ignominie.
Qu'ils soient couverts de confusion, ceux qui disent en •.«"insultant : Allons, allons!
Que tous ceux qui VOUS cherchent soient dans l'allégresse ; que tous ceux qui n'attendent leur salut que de vous disent sans cesse : Soit glorifie le Seigneur !
Pour moi, je suis pauvre et mendiant ; mais le Seigneur prend soin de m<;i.
Vous êtes mon libérateur et mon appui : mon Dieu, ne tardez pas.
Donnez-leur, Seigneur, le repos éternel ;
Que luise pour eux la lumière sans fin.
Ant. Qu'il vous plaise, Seigneur, de me délivrer; Seigneur, protégez-moi de votre regard.
Pour moi, je suis le pauvre et le mendiant de Dieu, disait sur sa fin le dernier Psaume. Et le suivant débute en proclamant bienheureux celui qui s'ingénie à secourir l'indigent et le pauvre. Parmi tous les nobles sentiments qui régnent au purgatoire, ne pouvait manquer celui de la reconnaissance pour quiconque ne partage point l'oubli
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dont trop souvent sont l'objet les morts; indifférence odieuse à l'égal d'une trahison, quand elle est celle de ces hommes de leui paix, comme dit le Psalmiste, de ces convives des heureux jours, en lesquels si à tort ils avaient mis espoir et confiance. Mais entendons leur prière humble et douce pour le bienfaiteur ignoré d'eux , dédaigne d'eux peut-être au 'temps de la prospérité mondaine, et venu au secours de leur abandon : Que le Seigneur le rende heureux sur la terre et le délivre de ses ennemis ; que le Seigneur lui vienne en aide, s'il est sur un lit de douleur.
Ant eigneur, guéris- I * O sez mon âme , I
car j'ai péché contre vous. J am
HEUREUX celui qui s'ingénie à secourir l'indigent et le pauvre ! Le Seigneur le délivrera au jour mauvais.
Que le Seigneur le garde et qu'il le vivifie ; qu'il le rende heureux sur la terre et le délivre des embûches de ses ennemis.
Que le Seigneur lui vienne en aide, s'il est sur un lit de douleur. Ainsi faites-vous toujours, 6 Dieu! vous-même alors refaites et retournez son lit.
Pour moi, j'ai dit : Seigneur, ayez pitié de moi,
Ant. § quia
an A Domine animam mepeccavi tibi.
P EATUS qui intelligit
super egenum et
pauperem : * in die mala
liberabit eum Dominus.
Dominus conservet eum, et vivificet eum ; et beatum faciat eum in terra : * et non tradat eum in animam inimicorum ejus.
Dominus opem ferat illi super lectum doloris ejus : * universum stratum ejus versasti in infirmitate ejus.
Ego dixi : Domine miserere mei :*sana animam
/5# La Commémoration des Morts.
mcam, quia peccavi tibi.
Inimici mei dixerunt mala mihi : * Quando morietur, et peribit nomen ejus ?
Et si ingrediebatur ut videret , vana loquebatui : * cor cjus congregavit iniquitatem sibi.
Egrediebatur foras : * et loquebatur in idipsum.
Adversum me susurrabant oranes inimici mei : * adversum me cogitabant mala mihi.
Verbum iniquum constituerunt adversum me : * numquid qui dormit non adjiciet ut resurgat ?
Etenim homo pacis meae , in quo speravi : * qui edebat panes meos, magnificavit super me supplantationem.
Tu autem Domine miserere mei et resuscita me : * et retribuam eis.
In hoc cognovi, quoniam voluisti me : *quoniam non gaudebit ini— micus meus super me.
Me autem propter innocentiam suscepisti : * et confîrmasti me in conspectu tuo in asternum.
Benedictus Dominus Dcus Isracl a saeculo,
guérissez mon ;imc, car j ai péché contre vous.