L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 66)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

D us nos! r, jam est laus ex ore infantium et lactentiura ; pueri quippe sunt, qui modo quasi agnî simplices in horto deliciarum pubescunt , Gabriele m Archangclum eleeti hujus gregis ductorem sequentes. Incolunt terrain nefariis scelcrum vestigiis usquequaque expiatam ; ejus autem quœ malcdicto subjecta fuit, ne meminere quidem.

Veniet tandem sanctissimus i lie dies, quando corum cadavera vocem Filii Dei audient, et e tumulis cum tripudio exsilient ; contra inimica virtutis voluptas frontem submittet rubore sufïusa, quod illorum mentes perturbare nequiverit. P a u co s hic quidem vixere dies, paradisus excepit in asvum sempiternum victuros ; unde ipsorum parentes abesse se dolent, eoque ocyus pervenire desiderant.

eigneuh notre I lieu

voici

louange parfaite de la lpetits el de- enfants à la mameile : simples agneaux qui pi cette heure dans le |ardin de délices , ils suivent l'Archange Gabriel, le guide de ce troupeau élu. Ils habitent une terre où nul crime n'a sa néfaste empreinte ; de celle-ci qu'a frappée la malédiction, ils n'ont même un souvenir.

Viendra pourtant le très saint jour où leurs corps entendront la voix du Fils de Dieu, et dans l'allégresse ils

s'élanceront de leurs tombes ; devant eux, l'ennemie de la vertu, la volupté, baissera la tête, rouge de confusion, comme n'ayant pu troubler leurs âmes. Leurs jours ici-bas furent courts : le paradis les recueillit pour v vivre toujours. Leurs parents gémissent d'en être éloignés encore, ne désirant

que de promptement les y rejoindre.

Terminons par cette prière empruntée aux formules usitées dans l'Eglise latine pour la sépulture des petits enfants.

tissime Deus,

miqui

Dieu

DIEU tout-puissant, très doux, qui à tous les

Sept. Jour dans VOct. de la Toussaint. 271

petits enfants renés de la fontaine baptismale, quand ils quittent ce monde, donnez aussitôt la vie éternelle sans nul mérite de leur part ; nous vous en supplions, Seigneur : par l'intercession de la bienheureuse Marie toujours Vierge et de tous vos Saints, faites que nous vous servions ici-bas dans la pureté du cœur, afin qu'au paradis nous soyons admis pour toujours dans la société des bienheureux petits enfa n t s . Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

omnibus parvulis renatis fonte baptismatis, dum migrant a sacculo, sine ullis eorum meritis, vitam illico largiris aetern a m : fac nos, quaesumus Domine, per intercessionem beatse Marias semper Virginis, et omnium Sanctorum tuorum, hic purificatis tibi mentibus famulari, et in paradiso cum beatis parvulis perenniter sociari. Per Christum Dominum nostrum.

Amen.

Çv*^>î uelle conclusion donner aux cn¥£jpÉrf seignements de l'Octave qui va t'iÏÏ^ÊSJb n*r' s*non cc^c 9UC formule elle^^^^ même aujourd'hui la Liturgie sainte?

« Etrangers et pèlerins sur la terre, saluons du cœur et de la pensée le jour qui doit nous rendre à tous une demeure stable en nous ouvrant le paradis. Qui, loin de la pairie, ne hâterait le retour? Qui, naviguant vers les siens, n'appellerait le vent favorable et ne souhaiterait d'embrasser au plus tôt ses bienaimés ? Parents, frères, fils, amis nombreux, nous attendent et désirent en la patrie des cieux : foule fortunée, déjà sûre de l'immortalité bienheureuse, encore anxieuse à notre endroit. Quelle joie pour eux, quelle joie pour nous, quand nous pourrons les voir enfin, quand ils pourront nous serrer dans leurs bras ! Plus rien, dans ce royaume du ciel, que bonheur à goûter ensemble ; plus de crainte de mourir ; plus rien que l'éternelle et souveraine félicité ! Que tous nos désirs tendent à cet unique but : rejoindre les saints, pour avec eux posséder le Christ *. » A ces effusions que l'Eglise emprunte au

i. Lectiones II' Noct. ex Cypriano, de Mortalitate,

L'Octave de la Toussaint. 2j3

beau livre de saint Cyprien sur la Mortalité. font écho, dans l'Office de la nuit, les fortes paroles de saint Augustin rappelant, consolation sublime, au fidèle que l'exil menace de retenir encore, la vraie compensation, la grande béatitude de cette terre : la béatitude de ceux que le monde persécute et maudit. Souffrir pour le Christ avec joie , c'est la gloire du chrétien, l'invisible beauté qui vaut à son âme les divines complaisances et lui assure une grande récompense dans les cieux '.

Que nuise encore celui qui nuit dit le Seigneur, que le souillé se souille encore ; et que le juste se justifie, et que le saint se sanctifie encore. Voici que je viendrai bientôt, et ma récompense avec moi, pour rendre à chacun selon ses œuvres, moi V Alpha et l'Oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin 2. Patience donc à nous chrétiens, patience aux méprisés de l'heure présente! Le temps est court; la figure de ce monde passe -K Voyons .du haut de notre baptême les insensés qui se croient forts parce qu'Us ont à leur disposition la violence, qui se- disent sages parce que le plaisir est leur unique loi. Quand d'un souffle de sa bouche l'Homme-Dieu fera justice de leur chef4, leur part sera la sentence indignée qu'entendit le prophète de Pathmos : Arrière, chiens ! dehors les empoisonneurs et les menteurs 5 /

i. Homilia III1 Noct. ex Augustino, de ^ermone Domini in monte. L. I, c. v. — 2. Apoc xxn n-i'3 — 3. I Cor. vu, 29-3 1. - 4. 11 Thess. ri, 8.- 5. Apoc" xxii, IX t

2j4 Le Temps après la Pente* Et ce pendant la création entière. la

tion dont ils avaient fait l'esclave gémissante de leur corruption *, repondra par un chant de délivrance à leur chute honteuse. Ellemême, réhabilitée, se transformera en de

nouveaux deux , en une terre nouvelle -. l'Ile participera de la gloire des enfants de Dieu délivrés comme elle a et portera dignement la nouvelle Jérusalem , la sainte cité où dans nos corps nous verrons Dieu '♦, où siégeant à la droite du Père dans le Christ Jésus r* , l'humanité glorifiée jouira pour jamais des honneurs d'Épouse.

Entrons par la pensée dans Rome, et diri£ geons nos pas vers l'antique église qui porte, au mont Cœlius, le nom des Quatre saints Couronnés. Il est peu de Martyrs dont les Actes aient été plus que les leurs dédaignés « par une critique superficielle et ignorante de la science archéologique c », comme le fut trop souvent celle des xvie, xviie et xvme siècles. Mais « aujourd'hui, l'histoire et les traditions relatives à l'auguste monument du Cœlius ont été remises en honneur par des savants et des antiquaires que nul ne saurait taxer de superstition ou a une aveugle crédulité pour les légendes du moyen àge^ ". » C'est l'irréfragable jugement du Commandeur de Rossi. Honorons donc

6. De Rossi, Bulletin, 1879, II, édition française, pages 43-91. — 7. Ibid.

L'Octave de la Toussaint.

et prions, avec la sainte Liturgie, les titulaires de la vénérable église, autrefois fonctionnaires impériaux , sans oublier les cinq sculpteurs, aussi Martyrs, qui préférèrent comme eux la mort à l'infidélité et partagent maintenant la gloire de leur tombe.

DIEU tout-puissant, soyez favorable à notre humble demande : comme nous est connue la force de vos glorieux Martyrs en leur confession, faites que nous éprouvions la tendresse de leur charité dans leur intercession près de vous en notre faveur. Par Jésus-Christ.

P RA:sTA,qua?sumusomnipotens Deus : ut, qui gloriosos Martyres fortes in sua confessione cognovimus, pios apud te in nostra intercessione sentiamus. Per Domi num.

C éville nous donnera, pour honorer les

Saints, la Séquence qu'elle chanta longtemps en ce jour de l'Octave.

Qu'a l'honneur du Sauveur chante cette assemblée ; qu'elle chante au dedans en son coeur, que sa voix retentisse au dehors ; douce sera la mélodie, pourvu que s'accordent ces trois : le coeur, la bouche et la conduite.

Admirable est Dieu dans ses sainls. Si cependant pour finir il les comble de tant de biens , comment donc en cette vie les laisse-t-il reshonore m Sal vatons,

Intus corde, voce foris, Concinat hœc concio ; Dulcis erit melodia Si concordent ista tria : Cor, os, operatio.

Admirandus est in

sanctis Suis Deus ; sed cum tantis Tandem bonis satiat,

Cur dum spirant in hac

vil.i \'iv respirant, Flagellai

Numquid, On i i . pi

Quos diversis modis Dignum ducis affici, lu attritos in tormentis Saepe sinis et consentis Dira ncci subjici ?

Sed non odit , sed explorât Quo affectu quis laborat

ïn ejus obsequio : Amat cunctos , probat

tamcn Per sudoremet certamen Quanta si t devotio.

Certant enim contra

mundum,

Hostem nequam et immundum ,

Carnis quoque vitia ;

Hac imprimis confe§-

sores Martyresque fo r m a n t mores Virili constantia.

Est certamen spéciale

Quod conriigit capitale

Martyri supplicium ;

Sed interdum confessori Litor deest in liton Carnis optans gaudium.

la don 1'.- mi \

( lommeni Christ , avec l'amoui haine qui vous fait bon de les accabler pai les genres de souffrance, de les laisse] broyer dan-^ les tourment>,dc permettre qu'ils meurent de la plus cruelle mort ?

Mais non . ce a'esl haine : il veut savoil de quel amour chacun à -on service est animé ; lui les aime tous, et cependant éprouve dans la fatigue et le combat leur degré de fidélité.

Ils luttent donc contre le monde, contre l'ennemi réprouvé et immonde, contre les vices aussi de la chair : lutte virile où se forment à la vertu confesseurs et aussi martyrs.

Au martyr le combat spécial que lui vaut le dernier supplice ; mais au confesseur parfois c'est le licteur qui se dérobe, pour le laisser aux prises avec 'es passions.

L'Octave de la Toussaint.

Combattent donc pour l'amour du Christ et ceux-ci, et ceux-là, quel que soit leur sexe : à qui peine plus en la lutte, revient pour son labeur plus belle couronne et meilleure récompense.

Tous ils sont les élus de Dieu ; qu'il daigne se laisser fléchir en considération de leurs mérites et prières, pour qu'au jour du terrible avènement, son courroux ne nous livre pas aux bourreaux d'enfer.

Mais que notre lyre soit admise à le louer dans la compagnie des habitants des cieux.

Amen.

Ob amoremergo Christi

Certant illi, certant isti,

l'a m mares quam feminae :

Qui plus sudat in agone

Plus mercedis et coronae

Refert pro certamine.

Omnes Deo sunt electï : Velit Deus horum flecti

Meritis et precibus, Ut quum dies erit dira Non nos sua subdat ira

Tartari tortoribus.

Scd hune nostra laudet lvra Cum cœlorum civibus.

Amen.

Prions toujours pour nos chers disparus. Les Missels de diverses Eglises nous fournissent à cette fin la pièce qui suit, aux accents d une supplication si instante.

T^\ u fond de l'abîme nous •L' crions ; Christ, entendez nos voix du haut des cieux : pour tous les fidèles défunts la Mère Eglise vous prie et supplie à cette heure.

Que votre oreille soit donc attentive, et qu'elle écoute

DE profundis exclamantes Audi , Christe, nosli as voces In coeiesti curia : Pro defunctis fidelibus Orat nunc mater omnibus, Te supplex Ecclesia.

Fiant ergo intendentes Ut audiant tux aures

27 8 Le Temps après la P

; Iitc suffragia : Y.>\ ha c orat, Rex gf>-

rias, Fidelibus ul I ( Concédas remédia.

quamvis simus, Sustinere nec possimus,

Si observes vit ia : liât tamen su l . taris Quasoffertur nunca nabis Pro defunctis hostia.

Hœc quam Patri obtulisti OfFerimus et nos ipsi ; Sit ois propitia :

Propitius esto cis ; Solve vincla, Jesu, reis In tua potentia.

Propter legem quam dedisti.

Te sustinent quos fecisti ;

Averte supplicia : Te sustinent, eruantur : In te sperant, educantur

Ad cœli palatia.

In te sperant, in te credunt ; Ad te tend tint et suspira n t

De faecis miseria : In te die, in te noctc, In te mane et vespere

Sit eis iiducia.

Sit apud te quem rogamus,

aujourd'hui

i mm s m

Bien i

qu'indi

vices : que produise c . dant ses 1 Vu it ^ de salut : time ollerte par nous a cette heure pour Les trej I

L'hostie offerte par vous

au Père, c est elle que nousmêmes aussi nous offrons : qu'elle leur soit ^ecourable ; oui, soyez-leur secourable, ô déliez les liens de leurs péchés dans votre puissance.

A cause de la loi que vous avez donnée, ceux qui furent l'œuvre de vos mains vous attendent : écartez d'eux les supplices ; ils vous attendent, délivrez-les ; en vous ils espèrent, conduisez-les aux palais des cieux.

lin vous ils espèrent, en vous ils croient, vers vous ils tendent et ils soupirent du fond de leur misère : qu'en vous le jour, qu'en vous la nuit, qu'en vous le matin et le soir ils se confient.

Xous vous le demandons : qu'abonde en vous la misériL'Octave de la Toussaint.

27g

corde implorée ; Christ, cette assemblée vous supplie prosternée de les délivrer de tout mal.

Daigne vous prier la reine des reines, l'impératrice votre mère ; que par Marie nous soient obtenues nos demandes. Bon Jésus, Roi de gloire, que tous les Saints, spécialement en ce jour, implorent de vous pour eux la grâce désirée.

C'est par pitié pour les pécheurs que sur la croix vous êtes monté : écoutez miséricordieusement les prières et les cris de notre dévote assemblée. Que par vous soient brisées les chaînes, détruites les portes de la mort, confondus les démons : que par vous les âmes entrent en possession des joies éternelles.

Amen.

Pro qua tibi supplicamus, Pietatis copia : Utredimas cas, Christe, Supplex rogat cœtus iste, Ab omni nequitia.

Reginarum imperatrix, Tua roget te genitrix : Fiat horum impetratrix,

Quae rogamus, Maria. Bone Jesu Rex gloriae, Omnes sancti praecipue Te rogantes sint hodie

Pro eorum venia.

Qui per crucem exaltatus Peccatorum es misertus, Audi preces queis devotus Ad te clamât noster cœ- tus Cum misericordia. Per te vincla confringantur, Portae mortis destruantur, Diaboli confundantur, Et animas consequanîur Sempiterna gaudia. Amen.

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o m u m Dei decet sanctitudo Sponsum ejus Christum adoremus in ca >. C'est la formule invitatoire où se précise la pensée liturgique du jour. « Il convient que soit sainte maison de Dieu ; adorons en elle le Christ, son Epoux. » Quel est le mystère de cette maison en même temps épouse ?

Saintes, nos églises le sont par leur appartenance à Dieu, par la célébration du Sacrifice, parla prière et la louange offertes en elles à Thôte divin. A meilleur titre que le tabernacle figuratif ou l'ancien temple, leur dédicace lésa solennellement, pour toujours, séparées de toute demeure d'hommes,

I. Invitator. fcsti ad Matut.

La Fête de la Dédicace des Eglises. 281

élevées au-dessus de tout palais de la terre. Mais nonobstant les rites dont la magnificence emplit leur enceinte au jour de la consécration qui les voue à Dieu, sous l'huile sainte dont demeurent à jamais imprégnés leurs murs , elles-mêmes n'en restent pas moins dépourvues de sentiment et de vie.

Qu'est-ce à dire donc, sinon que cette sublime fonction de la dédicace des églises, comme aussi la fête destinée à en perpétuer le souvenir, ne s'arrêtent pas au sanctuaire bâti par nos mains, mais s'élèvent à de vivantes et plus augustes réalités ? La principale gloire du imble édifice sera d'en symboliser la grandeur. L'humanité s'initiera sous l'ombre de ses voûtes à d'ineffables secrets, dont le mystère se consommera par delà le monde, au plein jour du ciel. Entendons sur ce point la doctrine.

Dieu n'a qu'un sanctuaire vraiment digne de lui : sa propre vie divine ; le tabernacle dont il est dit qu'il s'entoure 1 quand il incline les cieux 2, épaisses ténèbres 3 aux yeux mortels, inaccessible lumière 4 où habite dans sa gloire la tranquille Trinité. Pourtant, ô Dieu très haut, cette vie divine que ne sauraient abriter dignement les cieux mômes s et bien moins la terre, vous daignez la communiquer à nos âmes , et ce faisant, rendre l'homme participant de votre nature 6. Nul obstacle dès lors qu'en lui, comme par delà tous les cieux , ne réside la Trinité

1. Psalm. xvii, 12. — 2. Ibid. io. — 3. Ibid. 1 2.

— 4. I Tim. vi, 16. — 5. III Reg. v-lll, 27. — 6. II

■jS-j Le Temps après la Pentecôte»

sainlc. Ainsi dès le principe l, connue loi da monde en formation 2, pouviez-vous déclarer à l'abîme, à la terre, aux cieux, que délices seraient d'être avec les fils hommes ].

Quand fut venue la plénitude des temps, Dieu en eilet envoya son Fils 4, ie faisant tils d'Adam, pour que dans L'homme habitât corvorellement la plénitude entière de la divinité '■>. A dater de ce jour, la terre remporta sur Je ciel. Tout chrétien participa du Christ et, devenu la demeure de l'EspritSaint 6, porta Dieu dans son corps ". Le temple de Dieu est saint, disait l'Apôtre, et ce temple c'est vous 8 : c'est le chrétien ; c'est aussi l'assemblée chrétienne.

Le Christ appelant l'humanité entière à participer de sa plénitude fJ , l'humanité à son tour compléta le Christ 10. Elle fut l'os de ses os, la chair de sa chair n, un seul corps12, formant avec lui l'hostie qui doit brûler du feu de l'amour éternellement sur l'autel des cieux ; ce pendant qu'il était la pierre d'angle sur laquelle, autres pierres vivantes 13, l'assemblée des prédestinés s'éleva par les soins des architectes apostoliques !4 en tin temple saint du Seigneur l:i. Ainsi l'Eglise est l'Epouse, et par le Christ et avec lui la Maison de Dieu.

Elle l'est dès ce misérable monde, où

12. Eph. vi, 3o. — ij. I Pete. 11, 4-7. -- 14. I Cor.

m, 10.— i5. Eph. 11, 20-22.

La Fête de la Dédicace des Églises. 2 83

s'accomplit, dans le labeur et la souffrance, la taille des pierres élues , successivement posées au lieu prévu par le plan divin !. Elle Test dans la félicité au ciel, où le temple éternel s'accroît de toute âme envolée d'ici-bas, en attendant qu'achevé par l'accession de nos corps immortels, il soit dédié par notre grand Pontife au jour de l'incomparable dédicace qui clora les temps - : remise solennelle du monde racheté et sanctifié au Père qui lui donna son Fils 3, à Dieu devenu tout en tous 4.

Alors il apparaîtra que l'Eglise fut bien Varchétype montré d'avance sur la montagne :j, et dont^ tout autre sanctuaire fait de main d'hommes ne pouvait être (que la figure ou l'ombre 6. Alors la prophétie de Jean le bienaimé sera réalisée : J'ai vu la sainte cité, la nouvelle Jérusalem, qui descendait des deux, parée comme une épouse ornée pour son époux ; et j'entendis une grande voix qui venait du trône et disait : C'est ici le tabernacle de Dieu 7.

Aussi convenait-il que cette fête illuminât des premiers rayons de l'éternité le Cycle expirant. C'est un des anges chargés des coupes remplies de la colère de Dieu qui montre à TEvangéliste-prophète l'Epouse de l'Agneau sous l'éclat de sa riche parure 8 ; que l'espérance de la contempler dans sa gloire soit également pour nous le reconfort des jours

3. Johan. ni, 16. — 4. I Cor. xv, 28. — 5. Exod.

xxvi, 3o. — 6. Heb. vm, 5 ; ix, 24. — 7. Apoc. xxi,

2S4 La Fête de la Dédicace de* <

mauvais. L'attente de soi! apparition prochaine animera les justes au temps des derniers combats.

Mais dès maintenant, fils de l'Epouse, applaudissons a notre Mère 1 ; que ce jour très cher à son cœur 2 soit pour nous l'égal des plus augustes solennités. Car il rappelle et sa naissance du côté de l'Adam céleste, et la consécration bienheureuse tonnant son titre aux complaisances du Père, à l'amour du Fils, aux largesses du divin Esprit.

Lorsqif, au commencement du siècle dernier, les églises de France furent rendues au culte, le Saint-Siège voulut qu'une fête générale de la Dédicace remplaçât désormais la solennité locale qui s'était célébrée jusque-là pour chacune à l'anniversaire même de sa consécration. Les honneurs du rit Double de première classe lui furent conservés. montrant bien qu'elle n'avait rien perdu de son importance aux yeux du premier Siège. Sa fixation permanente au Dimanche garantissait aux populations le bénéfice du "retour annuel des enseignements sublimes où se complaisaient nos pères : et le choix de ce Dimanche, à la suite de l'Octave de la Toussaint, faisait d'elle comme l'auguste complément de cette dernière, l'épanouissement glorieux du Cycle entier.

I. Sequentia Jérusalem et Sion fi ha? quœ infra dabitwr.

— 2. Cant. ni, 1 1.

Aux Prem iè res Vêp res. 285

L'Office et la Messe qui vont suivre constituent le Commun de la Dédicace au cours de Tannée. Ils reparaissent en ce mois même, dans la sainte Liturgie , pour célébrer la Dédicace de la Basilique du Sauveur au Latran, et celle des Basiliques de saint Pierre et de saint Paul au Vatican et sur l.a voie d'Ostie.

L'Eglise, qui va chanter dans le Psaume cix le Pontife éternel, est tout d'abord saisie du sentiment de la sainteté que réclame cette maison du Seigneur où elle a convoqué ses fils, où s'offre à Dieu le grand Sacrifice. La première Antienne est tirée du Psaume xcn ', qu'elle accompagne de même à l'Office des Laudes.

i \nt S eign eur, il convient que votre maison soit à jamais sainte.

■•Ant.DT"

omum tuam m ine decet sanctitudo in longitudinem dierum.

Psaume cix. Dixit Dominus, page q5.

Oui ; cette maison est sainte : maison de la prière est le nom que lui donnent tous les peuples. Isaïe l'avait annoncé 2 ; l'HommcDieu le rappela aux vendeurs du temple 3.

k omis mea

A»l s appelli

appellera la maison de la prière.

2. ANT. \ °* lb mei l_y d o m u s orationis vocabitur.

Psaume ex Confitebor tibi Domine, page 46.

Maison de Dieu! ce mot, l'Eglise aime aie redire; et voici qu'if la fait se souvenir du

286 I<a Vête de la Dédiccu texte évangélique où Jésus comparu l'homme qui écoute ses paroles, et les met en pratique, à celui qui bâtit sa maison sur la pierre * Déjà l'on pressent Qu'un rapprochement père, dans la pensée tic l'Eglise, entre L'édifice sacre dont elle exalte la stabilité sainte et le fidèle lui-même.

N d o m U s Domini firmiter sedificata, benc fundata est supra firmam petram<

■2 » ___ /^'est ici la raai-• ANI' L> son du gêneur; clic est bâtie boIi*-

dément, bien établie sur la pierre ferme.

Psaume cxi. Beatus vir, page 48.

Les chants s'élèvent ; l'extase se trahit dans la reprise enthousiaste par la quatrième Antienne des expressions de la précédente; nul doute maintenant que l'Eglise illuminée n'ait plus en vue seulement ces murs qui tomberont un jour: pour elle la pierre ferme est le Christ, la maison l'assemblée des élus -.

*-> data e s t domus Domini supra Arma m petram.

s Dien établie

^ sur la pierre

ferme est la maison du Seigneur.

Psaume cxn. Laudate pueri, page 49.

Et ravie par delà le monde, l'Eglise interpelle en son admiration la glorieuse demeure que le Seigneur Epoux se construit au ciel, de pierres précieuses exclusivement , de gemmes vivantes qui formeront les tours de la Sion nouvelle 8.

1. Matth. vu, 24-27.— 2. Eph. 11. iy-22.— 3. Apoc.

Aux Premières Vêpres.

ç a^. T ous vos murs

/• Am 1 seront de

pierres précieuses, et vos

tours seront bâties en perles,

ô Jérusalem !

*- prêt 10s 1 omnes mûri tui,et turres Jérusalem gemmis œdificabuntur.

Jérusalem, chantez le Seigneur ; Sion, chantez votre Dieu.

C'est lui qui fortifie les serrures de vos portes ; il bénit les fils nés en votre sein.

Il a placé la paix sur vos frontières ; il vous nourrit de la fleur du froment.

Il envoie son Verbe à la terre ; sa parole parcourt le monde avec rapidité.

Il donne la neige comme des flocons de laine, il répand les frimas comme la poussière.

Il envoie le cristal de la glace semblable à un pain léger : qui pourrait résister devant le froid que son souffle répand ?

Mais bientôt il envoie son Verbe, et cette glace si dure se fond à sa chaleur : l'Esprit de Dieu souffle, et les eaux reprennent leur cours.

Il a donné son Verbe à Jacob, sa loi et ses jugements à Israël.

Il n'a point traité de la sorte toutes les nations, et ne leur a pas manifesté ses décrets.

Lauda, Jérusalem, Dominum : * lauda Deum tuum, Sion.

Quoniam confortavit seras portarum tuarum : * benedixit filiis tuis in te.

Qui posuit fines tuos pacem : * et adipe frumenti satiat te.

Qui emittit eloquium suum terra? : * velociter currit sermo ejus.

Qui dat nivem sicut lanam : * nebulam sicut cinerem spargit.

Mittit crystallum suam sicut buccellas : * ante faciem frigoris ejus, quis sustinebit ?

Emittet Verbum suum et liquefaciet ea : *flabit Spiritus ejus et fluent aquœ.

Qui annuntiat Verbum suum Jacob : * justitias, et judicia sua Israël.

Non fecit taliter omni nationi : * et judica sua non manifestavit eis.

Mais cette nouvelle Sion, c'est l'Eglise même ! Car qui donc , autre qu'elle, est l'Epouse ? et, au Capitule, Jean nous montre la cite sainte descendant du ciel parée connue une épouse pour son épOUX.

I i)i civUatem sanctam Jérusalem nova m descendentem de cœlo a Deo , paratam sicut sponsam ornatam viro suo.

Al vu la sainte cite. la nouvelle Jérusalem qui descendait des cieux. venant de Dieu parée comme une épouse ornée pour son époux.

Le viie siècle où s'accomplit, on s'en souvient, la solennelle Dédicace du Panthéon qui donna naissance à la fête de tous les Saints, nous a légué, pour chanter les mystères du présent jour, une très suave composition d'où furent tirées les Hymnes des Vêpres et des Laudes. On la trouvera plus loin dans son texte primitif et dans son entier.

CŒLESTIS urbs Jérusalem. Beata pacis visio, Quœ celsa de viventi'ous Saxis ad astra tolleris, Sponsaeque ritu cingeris Mille Angelorum millibus.

O sorte nupta prospéra, Dotata Patris gloria, Respersa sponsi gratia, Regina formosissima.

JE R u 2 A L E m , céleste cité, bienheureuse vision de la paix, bâtie de pierres vivantes, vous vous élevez jusqu'aux astres, entourée de milliers d'Anges qui vous font un cortège d'épousée.

Dotée par le Père de sa gloire, la grâce de l'Epoux est sur vous répandue : Reine de toute beauté, que le Christ Roi s'est unie :

Aux Premières Vêpres.

28g

combien heureux est votre sort d'Epouse, resplendissante cité des cieux 1

Faites de perles brillantes, vos portes demeurent ouvertes pour tous: car c'est vers elles que la vertu conduit le mortel qui la prend pour guide, quiconque pressé de l'amour du Christ supporte ici-bas des tourments.

Il faut que toute pierre, pour entrer dans vos murs, se livre à l'ouvrier qui la polit sous les coups répétés du marteau, du ciseau salutaire ; il faut qu'elle s'appareille et se laisse fixer, pour y trouver place honorable.

Soit en tout lieu rendu l'honneur au Père, au Fils unique du Père, au glorieux Paraclet ; soit au Très-Haut louange, puissance, gloire à jamais durant les siècles.

Amen.

, ^"Vest ici la maison du

1 " V-rf Seigneur ; elle est bâtie solidement,

if. Bien établie sur la

pierre ferme.

Christo jugata Principe Cœli corusca civitas.

Hic margaritis emicant, Palentque cunctis ostia : Virtute namque prasvia Mortalis illuc ducitur ; Amore Ghristi percitus Tormenta quisquis sustinet.

Scalpri salubris ictibus, Et tunsione plurima, Fabri polita malleo Hanc saxa molem construunt, Aptisque juncta nexibus Locantur in fastigio.

Decus Parenti debitum Sit usquequaque Altissimo, Natoque Patris unico, Et inclyto Paraclito, Cui laus, potestas, gloria Mievna sit per sœcula. Amen.

■. tt^C est domus ' ' il Dominifirmiter

sedificata.

if. Bene fundata est

supra firmam petram.

Quand Salomon dédia le temple, il rap290 Le Temps après la Pente

pela au ciel les antiques promesses concernant le lieu que Jéhovah devait choisir pour y placer son Nom l. Nos églises remportent sur l'ancien temple, ayant mieux en elles que le simple Nom du Seigneur; et tout chrétien est aujourd'hui la demeure de Dieu. Combien mieux encore, combien excellemment Marie, le tabernacle prédestiné, sanctifié, dédié dès sa première origine au Dieu qui prit chair en elle, et commença ainsi a habiter parmi nous 2 ! Rendons grâces et pour zUc et pour nous, en chantant son divin Cantique.

antienne de Magnificat,

Le Seigncura sanctifié -->n tabernacle ; car c'est ici la maison de l)ieu. dont le nom y sera invoque, selon qu'il est écrit : Là sera mon nom, dit le Seigneur.

nus tabernaculum suum : quia haec est domus Dei, in qua invocabitur nomen ejus,de quo scriptum est : Et erit nomen meum ibi, dicit Domînus.

Le Cantique Magnificat, page 5:

DEUS, qui nobis per singulos annos hujus sancti templi tui consécrations reparas diem. et sacris semper mysteriis représentas incolumes : exaudi preces populi tui, et prasta; ut

ODif.u qui ramenez chaque année le jour de la consécration de ce saint temple, et faites que la célébration des mystères sacrés nous y trouve encore de ce monde : exaucez les prières de votre peuple, et accor1. III Reg. vin, 29 ; Deutcr. xxvi, 2.

Joha:;.

La Fête de la Dédicace des Eglises. 2g 1

dez que quiconque viendra dans ce temple solliciter vos bienfaits, ait la joie de se voir pleinement exauce. Par Jésus-Christ.

quisquis hoc templum bénéficia petiturus ingreditur, cuncta se impetrasse laetetur. P c r Dominum.

I e nom d'église donné au temple chrétien lui vient de rassemblée des baptisés fréquentant ses parvis. C'est à la sanctification du même peuple élu dans ses phases successives, que la dédicace de l'édifice sacré emprunte l'inspiration et la trame qui font d'elle une des plus augustes fonctions de la Liturgie.

Que nous représente, dès l'abord, ce temple aux murailles nues, aux portes closes, sinon l'humanité, faite pour Dieu et pourtant vide de lui depuis le péché d'origine ? Mais les héritiers de la promesse se sont gardés de la désespérance : ils ont jeûné ; ils ont prié dans la nuit. Le matin les retrouve faisant monter vers Dieu la supplication des psaumes de pénitence qu'inspirèrent au Prophète-roi son châtiment et son repentir.

Or voie; qu'avec l'aube, sous la tente abritant ces prières d'exilés *, est apparu le Verbe Sauveur ; c'est Lui que nous montre, en effet, la personne du pontife revêtant les insignes de son ministère, comme Lui revêtit notre nature 2. Et Dieu fait homme

I. Sub tentorio ante fores Ecclesiœ consecrandx parafa. Pontificale rom. — 2. SlMEON TheSSALONIC. De templo et ejus consecrationc, cil.

2Q2 Le 1 mps après la Pentecôte.

s'unit à la prière des autres homi e Frères : ei les ramenant devant le te;:

ternie toujours, il se prosterne connue e

redouble avec eux île supplications.

Autour du noble édifice inconscient de ses destinées, se dessine alors la patiente stratégie à laquelle Dieu veut que se prêtem grâce et les ministres de sa grâce . entre prenant le siège des aines perdues. Par trois lois, le Pontife fait le tour des murailles et tente de forcer ces portes obstinément closes ; mais son investissement est tout de prières au ciel, sa force toute de persuasion miséricordieuse et respectueuse de l'humaine liberté : Ouvrez-vous , portes , et le Roi de gloire entrera l.

L'infidèle cède enfin ; rentrée du temple est conquise. Paix éternelle à cette maison au nom de l'Eternel 2 ! Tout cependant n'est pas fini, mais plutôt commence : de l'édifice, profane encore, reste à faire une demeure digne de Dieu. Introduit dans la place, le Pontife prie toujours.

L'humanité, dont la future église sera le symbole, absorbe sa pensée. Il sait que, depuis si longtemps déchue, l'ignorance est son premier mal. Se levant donc, avec la crosse épiscopaleil trace sur deux lignes de cendres qui se dirigent transversalement d'une extrémité à l'autre du temple, et se croisent au milieu de la grande nef, l'alphabet grec et l'alphabet latin : premiers éléI. Pontificale rom. ex Psalm. xxiii, 7. — 2. Ibxd. Ant. ad intr. Pontifias.

La Fête de la Dédicace des Églises. 2g3

ments l des deux langues principales où se conservent pour nous'la Tradition et l'Ecriture ; ils sont traces avec l'aide du bâton pastoral sur la cendre et la croix, parce que la science sacrée nous vient de l'autorité doctrinale , qu'elle n'est comprise que des humbles et qu'elle se résume dans Jésus crucifié 2.

Eclairée maintenant comme le catéchumène, comme lui l'humanité demande avec le temple à être purifiée. Le Pontife s'inspire des plus hautes données du symbolisme chrétien, pour parfaire l'élément de cette purification qui lui tient à cœur ; il y mêle l'eau et le vin, la cendre et le sel, qui figurent l'humanité et la divinité du Sauveur, sa mort et sa résurrection. En la manière que le Christ nous précéda dans les eaux du baptême au Jourdain 3, les aspersions commencent par l'autel, qui le représente, et se poursuivent dans l'édifice entier. Primitivement, c'était alors que non seulement tout l'intérieur et le pavé du temple, mais aussi l'extérieur des murailles, et jusqu'aux toits en certains lieux 4, se voyaient inondés de la pluie sanctifiante qui chasse le démon,

I. RemiG. Amtissiodorensis, tractatus de Dedicat.

Ecclesire ; Ivo Carnotensis, Sermo iv, de sacramentis Dedicat. De Rossi, Bulletin, l88ï : L'alphabet dans les monuments chrétiens ; et au point de vue plus spécialement archéologique de la terminatio loci sacri, ibidem : Les alphabets que l'évêque trace sur la croix grecque en consacrant les églises ; p. I 38- 1 5 5 . — 2. I Cor. Il, 2. — 3. SlMEON THESSALON. ubi supra, cvn. — 4. Et per culmina templi. Ordo iv in Dedicat. ap, MARTÈNE, ex Pontificali S. Dunstani Cantuariensis.

zg4 Le Temps après la Pentecôte.

donne cette demeure à Dieu, la prépare aux

faveurs qui vont suivre.

Dans l'ordre des opérations du salut, l'eau appelle l'huile, qui confère au chrétien par le deuxième sacrement la perfection de être surnaturel, qui fait aussi les rois, les prêtres et les pontifes. A tous ces titres, l'huile sainte à son tour coule à flots sur l'autel, qui est le Christ chef, Pontife et Roi ; pour de lui, comme avait fait l'eau, gagner les murs, l'Eglise entière. Vraiment, en effet, le temple est-il digne de ce nom d'Eglise désormais; car ainsi baptisées, ainsi consacrées avec l'Homme-Dieu dans l'eau et l'EspritSaint, les pierres dont il est bâti représentent au vif l'assemblée des élus1, liés entre eux comme avec la pierre divine par l'indestructible ciment de l'amour.

Jérusalem, loue le Seigneur ; loue ton Dieu, ô Sion 2 / Les chants sacrés, qui depuis le commencement de l'auguste fonction, n'ont point cessé d'en relever les sublimes développements, redoublent d'enthousiasme; et atteignant le sommet du mystère, dans l'Eglise si intimement associée à l'Autel ils saluent Y Epouse de l'Agneau 3. De cet Autel l'encens s'élève en tourbillons qui, montant jusqu'aux voûtes et parcourant les nefs, imprègnent le temple entier des parfums de l'Epoux. Et voici que s'avancent les sous-diacres de la sainte Eglise, présentant à la bénédiction du Pontife les dons faits à l'Epouse en ce grand

I. Pontificale rom. Ant. Lapides pretiosi, ad unctionein parietum. — 2. Psalm. cxlyt., ibid. ad id. —

3. if. Hœc est Jérusalem, ibid.

La Fête de la Dédicace des Églises. 2g5

jour, les vêtements précieux qu'elle-même a préparés pour elle et pour le Seigneur.

Alors seulement *, aux premiers siècles du moyen âge, avait lieu la triomphale translation des Reliques destinées à entrer dans l'autel, et qui étaient demeurées jusque-là sous la tente de l'exil ; c'est toujours, en Orient, le couronnement de la consécration des églises 2.Je vais vous préparer une place, disait l'Hom nie-Dieu ; et quand je l'aurai préparée, je reviendrai vous prendre avec moi, afin que là oîi je suis vous soye% vousmêmes 3. Chez les Grecs , le Pontife dépose les saintes Reliques sur le disque sacré 4, et les porte élevées au-dessus de sa tête, « honorant à régal des redoutables Mystères ces restes précieux, parce que l'Apôtre a dit des fidèles : Vous êtes le corps du Christ et ses membres 5. » En Occident, jusqu'au xiir8 siècle et plus tard, on scellait dans l'autel avec les Saints le Seigneur lui-même en son corps eucharistique. C'était « l'Eglise unie au Rédempteur, l'Epouse à l'Epoux, » dit saint Pierre Damien 6 ; c'était la consommation finale, le passage du temps à l'éternité.

I. Remig. Antjssiod. ubi supra ; Ordincs veterum ap.

MartÈNE. — 2. Eucholog. Ordo et Ofïicium Dcdicationis Templi. — 3. Johan. xiv , 2, 3. — 4. Répondant à notre patène. — 5.1 Cor. xn, 2 ; Simeon Thessalon. ubi supra, cxvi. — 6. Petr. Dam. Sermo lxxii, in Dedicat. iv.

2<)h La Fàte de la Dédû « dises.

"II v uni-: cl les trois Psaumes dont se com*- pose l'Office de Tierce, se trouvent ci-des.... , omis me a ANI< doraus orationis vocabitur.

MA mai pcllera la maison de la priei e.

Le Capitule comme aux premières Vêpres, page 288.

b . OMUM .tuam

1 1_/ Domine

Decet sanctitudo. Doînura tuam.

f. In longitudinem dicrum. * Decet

Gloria Patri. Domum tu*m.

f. Locus iste sanctus est, in quo orat sacerdos.

if. Pro de'ictiset peccatis populi.

; * ' Seigneur, * Il

convient qu'elle soit sainte. Votre maison.

y. A jamais, * Il convient.

Gloire au Père. Votre maison.

y. Ce lieu est saint, où prie le prêtre.

r\ Pour les fautes et péchés du peuple.

L'Oraison est la Collecte de la Messe , page 298,

•y oute au souvenir du jour qui fit d'elle

1 l'objet des divines prédilections, la Maison de Dieu renouvelle sa jeunesse sous l'éclat des plus riches parures. La couleur blanche de ses ornements montre en elle l'Epouse. Comme

A la Messe.

au moment où l'effusion du chrême l'ennoblit pour jamais, les douze flambeaux, symboles de la lumière apostolique, illuminent sur ses murs consacrés les douze croix qui témoignent de son titre aux faveurs du ciel. Nos églises sont pour les Anges le point d'aboutissement du ciel en terre ; et c'est pourquoi l'Introït s'inspire des paroles de Jacob, au sortir de la vision où lui était apparue l'échelle mystérieuse par où montaient et descendaient les célestes messagers *. Le Verset, tiré des Psaumes 2, chante à la fois le temple d'ici-bas et celui des deux. « N'estce donc pas là le royaume que vous m'avez promis, mon Père ? » s'écriait Clovis ébloui, à sa première entrée dans l'église SainteMarie de Reims ; et Rémi répondait : « C'est l'entrée du chemin qui doit t'y conduire. »

Ce lieu est terrible : c'ost la maison de Dieu et la porte du ciel : on l'appellera la demeure de Dieu.

Ps. Qu'ils sont aimés vos tabernacles, 6 Seigneur des armées'! mon âme défaille en ses aspirations vers les parvis du Seigneur. Gloire au Père. Ce lieu.

iste : hic domus Dei est, et porta cœli : et vocabitur aula Dei.

Ps. Quam dilecta labernacula tua, Domine virtutum : concupiscit, et déficit anima mea in atria Domini. Gloria Patri. Terribilis.

Le Saint-Siège, en étendant le bénéfice de cette fète aux églises qui ne sont pas consacrées , n'a pas cru devoir modifier pour celles-ci la Collecte. Soit que l'on admette

I. Gen. xxviii. — 2. Psalm. lxxxiii.

2g8 La Fête de la Dédica

alors une communication de privilège entré L'Eglise cathédrale de chaque diocèse et

filles moins honorées ; soit que l'on s'attache au sens pleinement universel exposé cidessus, et dans lequel tout édifice réservé au culte divin n'est que le symbole d'un temple plus auguste, le même en tous lieux: action de grâces est duc à Celui qui nous donne de pouvoir goûter encore cette année les joies d'une si grande solennité. La vie prolongée, la santé conservée, sont des bienfaits de Dieu qu'il est juste de reconnaître ; l'en remercier dans sa maison, c'est le disposer à nous exaucer quand nous reviendrons implorer quelque autre bénédiction du corps et de Tàrne, en ce lieu où il daigne écouter toute demande de son peuple l.

collecte.

DEUS, qui nobis per singulos annos hujus sancti templi tui c o n secrationis reparas diem, et sacris semper mysteriis représentas incolumes : exaudi preces populi tui, et praesta; ut quisquis hoc templum bénéficia petiturus ingreditur, cuncta se impetrasse lauetur. Per Dominum.

Ol )n;r qui ramenez chaque année le jour de la consécration de ce saint temple, et faites que la célébration des mystères sacrés nous y trouve encore de ce monde, exaucez les prières de votre peuple, et accordez que quiconque viendra dans ce temple solliciter vos bienfaits, ait la joie de se voir pleinement exaucé. Par JésusChrist.

I. III Reg. vnr, 52 ; îx, 3.

A la Messe.

Lecture du livre de l'Apocalypse du bienheureux Jean, Apôtre. Chap. xxi.

EN ces jours-là, j'ai vu la sainte cité, la nouvelle Jérusalem, qui descendait des cieux, venant de Dieu, parée comme une épouse ornée pour son époux. Et j'entendis une grande voix qui venait du trône et disait : C'est ici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il habitera avec eux. Et ils seront son peuple, et lui-même demeurant avec eux sera leur Dieu; et Dieu essuiera toutes larmes de leurs yeux ; et ni mort, ni deuil ne seront plus ; plus de cris, plus de souffrance : tout le passé s'en est allé. Et celui qui était assis sur le trône dit : Voici que je fais toutes choses nouvelles.

Lectio libri Ap calypsis beati Johannis Apostoli. Cap. xxi.

N diebus illis : Vidi

D e o , paratam sicut sponsam ornatam viro suo. Et audivi vocem magnam de thronodicentem : Ecce tabernaculum Dei cum hominibus, et habitabit cum eis. Et ipsi populus ejus erunt, et ipse Deus cum eis erit eorum Deus : et absterget Deus omnem lacrvmam ab oculis eorum : et mors ultra non erit, n e q u e luctus, neque clamor, neque dolor erit ultra, quia prima abierunt. Et dixit qui se - débat in throno : Ecce nova facio omnia.

Vf ous ne devons pas oublier que les magnificences de l'Eglise des cieux sont déjà, moins la vision qui nous en est différée, celles de l'Eglise de la terre, sans plus tarder toute belle et sainte, vraiment Epouse, et à ce titre attirant Dieu qui par elle demeure avec nous. Les prophètes d'Israël n'usèrent

Eoint d'autres expressions que le disciple ien-aimé ne fait en ces lignes, quand ils

annoncèrent la substitution ici-bas d'une autre Jérusalem à l'infidèle Sion.

« Voici que je crée des cieux nouveaux et une terre nouvelle, dit le Seigneur, et l'on ne se souviendra plus du passé : je prendrai

mes délices en Jérusalem : plus de cris ni de pleurs, plus que joie pour mon peuple •. I ils seront mon peuple, et je serai leur Die — Cite de Dieu, loue le Seigneur: il relèvera

son tabernacle en toi. Tu brilleras d'une lumière éclatante, et les nations viendront des extrémités de la terre, apportant leurs dons, adorant en toi le Seigneur. Les portes de Jérusalem seront bâties de saphirs et d'émeraudes; l'enceinte entière de ses murailles sera de pierres précieuses; blanches et belles seront les pierres qui paveront ses places publiques, et Ton chantera TAlleluia dans ses rues 3. »

Faisons donc fête à l'Eglise militante aujourd'hui, non moins qu'a la triomphante ; renouvelons pour elle notre vénération, notre dévouement, notre amour. « Réjouissez-vous avec Jérusalem, et tressaillez en elle, vous tous qui l'aimez ; que ses allégresses comme ses deuils soient les vôtres : abreuvez-vous avec délices au sein de sa consolation ; que votre joie grandisse en la mesure où déborde sa gloire ». » Ainsi chantait le prince des prophètes, à qui la maison de Dieu fut montrée reparaissant dans le lointain des âges au sommet des monts , sur les collines de la gentilïté &. Et de î'altière Ninive qui retenait

XIII. — 4. ISAI. LXVI, 10, II. — 5. Ibid. II, 2.

A la Messe.

3oi

Israël captif, le vieux Tobie, lui faisant écho, se proclamait bienheureux de l'espoir que quelqu'un de sa race vivrait assez pour contempler les gloires de la Sion nouvelle * ; il ajoutait : « Que maudits soient tes contempteurs, et bénis ceux qui te construisent; heureux tous ceux qui t'aiment et que réjouit ta paix 2 ! » Disons nous-mêmes : « Béni soit le Seigneur qui l'a exaltée ! qu'il règne en elle dans les siècles des siècles 3. »

Les ineffables sentiments qui remplissent l'âme de la sainte Eglise se font jour, au Graduel, dans une des plus admirables mélodies qui soient au répertoire grégorien. Le Verset d'Alleluia est tiré du Psaume cxxxvn.

CE lieu a été fait par Dieu, inestimable mystère ! il est sans nul reproche.

fi. O Dieu devant qui se tient le chœur des Anges, exaucez les prières de vos serviteurs.

Alléluia, alléluia.

f. J'adorerai dans votre saint temple, et louerai votre nom. Alléluia.

Locus iste a Deo f'actus est, inœstimabile sacramentum , irreprehensibilis est.

fi. Deus , cui adstat Angelorum chorus, exaudi preces servorum tuarum.

Alléluia, alléluia.

f. Adorabo ad templum sanctum tuum, et cmfitebor nomini tuo. Alléluia.

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. xix.

EN ce temps-là, Jésus étant entré dans Jéricho marSequentia sancti Evangelii secundum Luca m . Gap. xix.

f N illo tempore : Ingres* sus Jésus perambulaI. TOB. XIII, 20. — 2.1bid., l6, l8. — 3. lbid. 23.

de ta Dédie A fiscs.

bal Jei icho. là ecce vir nomine Zachseus : el hic princeps erat publicanorum, et ipse- dh quaerchat viJcrc Jesum, quis essel : et non poteral prac tarba , quia statura pusillus erat. Et praecurrens ascendit in arborem sycomortirn ut videret eum : cpiia inde erat transiturus. Iù cum venisset ad locum, suspiciens Jésus vidit illum, et dixit ad eum : Zacruee, Festinans cende : quia hodie in d o tn o tua oportet me m a n e r e. Et festinans descendit, et excepit illum gaudens. Et cum vidèrent omnes, murmurabant , dicentes , quod ad hominem peccatorem divertisset. Stans autem Zachœus, dixit ad Dominum : Ecce dimidium bonorum meorum, Domine, do pauperibus : et si quid aliquem defraudavi, reddo quadruplum. Ait Jésus ad eum : Quia hodie salus domui huic facta est : eo quod et ipse filius sit Abrahne. Venit enim Filius homïnis quaerere, et salvum facere , quod péri erat.

I es Grecs chanten dédicace de leur

l'Homme-Dieu dit à

chah par la ville. El vo«ci qu'un homme du nom

, qui était riche et

chait à voir Jésu connaître. Mais il ne pouvait tuse de la foule ; car il était de petite taille. Courant donc devant, il monta sur un pour le voir, en un endroit où il devait passer, lu .1 y étant arrivé, leva les yeux, et l'ayant vu lui dit : Zachée, hâtez - vous de descendre; car c'est dans votre maison que je dois demeurer aujourd'hui. Lui donc, descendant vite, le reçut avec joie. Or à cette vue , tous murmuraient, disant qu'il était allé loger chez un pécheur. Mais Zachée, se tenant debout devant le Seigneur, lui dit : Seigneur, je donne la moitié de mes biens aux pauvres; et si j'ai l'ait tort à quelqu'un en quelque chose, je lui rends le quadruple. Jésus lui dit : Le salut est entré aujourd'hui dans cette maison, parce que celui-là aussi est fils d'Abraham. Car le fils de l'homme est venu pour chercher et sauver ce qui était perdu.

t, à la Messe qui suit la s églises , l'Evangile où Simon fils de Jean : Tu

A la Messe. 3o3

es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle i. Digne complément des symboliques leçons d'un aussi grand jour ; le schisme qui nous l'apporte est loin d'en diminuer la saveur. Saluons la pierre apostolique, dont la pose en notre Occident montra les races latines prédestinées à demeurer, jusqu'à la fin, la carrière d'où seraient tirés les plus nobles matériaux du temple éternel. Toutefois, ce fut à d'autres textes du livre sacré que nos pères empruntèrent la lecture évangélique du jour.

La comparaison établie par le Christ entre le fidèle et l'homme qui bâtit lui aussi sa maison sur la pierre 2, fixa le choix de quelques églises ; on a vu 3 qu'elle inspire encore plus d'une Antienne et d'un Verset de l'Office. Rome cependant , capitale des nations, préféra le récit de saint Luc où Jésus déclare prendre la maison de Zachée pour demeure. La maison que le Seigneur daignait faire sienne alors, et mieux que pour un jour , c'était en effet le publicain lui* même, le méprisé de la synagogue ; c'était nous tous, la gentilité, dont saint Ambroise atteste , en l'Office de la nuit, qu'il était la figure *.

Zachée, petit de race et de mérites comme le peuple des nations , ainsi s'exprime le saint Docteur, désirait voir Celui que les siens n'avaient point voulu recevoir 5. Lui

4. Homil. diei festi, ex Ambr. in Luc. vin. — 5. Ibid.

ex Johan., I. II.

3o4 La Fête de la Dédica

donc qui n'avait ni les Prophètes ni la Loi,

pour s'élever au-dessus tic la terre et pai nir à La vue du Sauveur, prit les devants ; et

il courut au sycomore, a l; I :. par où

Jésus, quittant les Juifs, devait passer pour aller aux Gentils. De la situation dominant j où l'avait porté son humilité, il vit la Sa^_ de Dieu 2. Il l'entendit qui disait à cette foule ingrate et hautaine : Ou mus laissera votre maison déserte 3 ; pendant que, dédaigneuse des pharisaïques murmures d'Israël déchu, montait vers lui la voix si douce qui l'invitait à remplacer le premier-né dans l'honneur de recevoir chez lui son Dieu. El certes, si la maison de l'homme qui écoute les paroles de Jésus et !es met en pratique n'a rien à craindre de la tempête ou des flots déchaînés, étant bâtie sur la -pierre 4 : quelle demeure plus sûre que le cojut de ce représentant des déshérites de jadis, réparant si grandement le passé, allant si généreusement au-devant des conseils mêmes du Seigneur !

L'Offertoire est emprunté au passage du premier Livre des Paralipomènes, où David remercie Dieu qui lui a permis de rassembler les trésors nécessaires à la construction du temple. L'Eglise fait siennes les paroles du fils de Jessé en offrant à l'autel ses propres dons, en s'offrant surtout elle-même et ses

XXVI I, xxvii, — 3. Matth. xxiii, 3b. — 4. Ibid. vu,

A la Messe.

3o5

fils, pour être unis dans un môme Sacrifice au Seigneur Epoux et former avec lui le véritable temple de Dieu. « Toutes choses sont à vous, disait le Roi-prophète en la circonstance : ce que nous vous donnons, nous le tenions nous-mêmes de votre main; mon Dieu, vous voyez les cœurs, et vous aimez la simplicité !. »

SEIGNEUR mon Dieu, je vous ai tout offert avec joie dans la simplicité de mon cœur, et j'ai été bien heureux de voir ainsi rassemblé ce peuple qui est vôtre : Dieu d'Israël, gardez en lui cette bonne volonté. Alléluia.

Domine Deus, in simplicitate cordis mei laetus obtuli universa : et populum tuum, qui repertusest, vidi cum ingenti gaudio : Deus Israël, custodi hanc voluntatem. Alléluia.

Si la Messe se dit en dehors de l'église môme dont on célèbre la Dédicace, le Prêtre omet, dans la Secrète qui suit, les mots entre oarenthèses.

Nous vous en supplions, soyez propice, Seigneur, à nos prières ; (faites que nous tous, rassemblés dans l'enceinte de ce temple, et célébrant le jour anniversaire de sa Dédicaec, vous soyons agréables par une entière et parfaite dévotion du corps et de l'âme :) afin que vous rendant présentement ces vœux, nous méritions de parvenir

Annue, quaesumus Domine, precibus nostris : (ut quicumque intra templi hujus, cujus anniversarium Dedi-ationis diem celebramus, ambitum continemuf . plena tibi,atque perfecta corporis et animée devotione placeamus ;) ut , dum ha.'C vota pr<esentia reddimus , ad œterna

3o6 La FèU Uses.

pra mi a , te adju pervenire mereamur. Per

I lominum,

Bus-Christ.

Bonne en tous lieux, ta prière cependant revêt une efficacité particulière dans les églises consacrées. L'Antienne Je Communion s'appuie, pour le dire, sur la parole du

Très-Haut déclarant sa maison la maison de la prière lten laquelle, ajoute L'Eglise de sa propre autorité, se vérifie l'autre divine parole : « Qui demande, reçoit ; qui cherche, trouve ; et Ton ouvre à celui qui frappe

Domus mea , domus orationis vocabitur, dicit Dominus : in ea omnis, qui petit, accipit : et qui quasrit, invenit, et pulsanti aperietur.

MA maison Rappellera la maison de la prière, dit le Seigneur : en elle, quiconque demande, reçoit ; qui cherche, trouve ; et à qui frappe, il sera ouvert.

La Postcommunion, qui rassemble dans une suprême aspiration les sentiments dont cette fête laisse l'Eglise embrasée, formule avec un grand bonheur d'expression le multiple mystère du jour.

DEel

k EUS, qui de vivis et electis lapidibus aternum Majestati tu* prreparas habitaculum, auxiliare populo tuo supplicanû, ut quod EccleoD

V-y vo

'otre Majesté une demeure éternelle construite de pierres vivantes et choisies, venez en aide à votre peuple en prière, pour quaux espai. Matth. xxi, i3 ; ex Isai. lvi, 7. vu, 8.

2. Matth

A Scxtc.

3oy

ces nouveaux acquis sur la terre à votre Eglise répondent de plus grands accroissements spirituels. Par Jésus Cht ist.

siaetuae corporalibus proficit spatiis, spiritualités amplifiectur augmentis. Per Dominum.

'Hymne et les trois Psaumes de l'Office de Sexte se trouvent ci-dessus, page 34.

Ant. Q'

'est ici la maison du Seigneur ; elle est bâtie solidement, bien établie sur la pierre ferme.

Ant.

tec est dom u s Domini firmiter aedificata,

bene fundata est supra firmam petram.

;t j'entendis

grande

et disait : C'est ici le tabernacle de Dieu avec les hommes, et il habitera avec eux. Et ils seront son peuple, et lui-même demeurant avec eux sera leur Dieu.

. , /""> E lieu est saint, * '" * V-* Où prie le prêtre. Ce lieu.

f. Pour les fautes et péchés du peuple. * Où prie. Gloire au Père. Ce lieu.

f. C'est ici la maison du Seigneur ; elle est bâtie solidement,

Et audivi vocem magnam de throno dicentem : Ecce tabernaculum Dei cura hominibus, et habitabit cum eis. Et ipsi populus ejus erunt, et ipse Deus cum eis erit eorum Deus.

CUS iste sanctus est, In quo orat sacerdos. Locus iste.

f. Pro delictis et peccatis populi. * In quo.

Gloria Patri. Locus iste.

f. Hacc est domus Domini firmiter aedificata.

1o8 La'Fête de la Dédicace da l

tf. Bene fundata est I if. Bien établie sur] .supra firmam petram. j ferme

L'Oraison est la Collecte de la Messe,

page 2<,S.

A nom:.

: 'Hymne et les Psaumes, ci-dessus, page ?<j.

Ant. L

tiosi omnes mûri tu1., et turres Jérusalem gemmis aediticabuntur.

Ant,

ront

précieuses, et vos t«-ui ront bâties e rusalem !

ET absterget Deus omnem lacrymam ab oculis eorum : et mors ultra non erit , neque luctus, neque clamor , neque dolor erit ultra, quia prima abierunt. Et dixit qui sedebat in throno : Ecce nova facio omnia.

i l T_J -EC est do**' pr' fl mus Domini * Firmiter aedilîcata

Haec est.

y. Bene fundata est

supra firmam petram. *

Firmiter.

Gloria Patri. Ha?c

est.

Et Dieu essuiera toutes larmes de leurs veux ; et ni mort, ni deuil ne seront plus ; plus de cris, plus de souffrance : tout le passé s'en est allé. Et celui qui était assis sur le trône dit : Voici que j<. lais toutes choses nouvelle-.

K^t son du Seigneur;

la mai:igneur;

bâtie solidement.

la

*Elleest C'est ici.

y. Bien établie sur pierre ferme. * Elle est.

Gloire au Père. C'est ici.

Aux Secondes. Vêpres.

j>og

}'. La maison du Seigneur est bien établie

rç1 Sur la pierre ferme.

L'Oraison, page 298.

f. Bene fundata est domus Domini.

tf. Supra Armani petram.

j es secondes Vêpres sont en tout semblables aux pemières, pages 286-290, à l'exception du Verset et de l'Antienne de Magnificat.

a. C EIGNEUR, il convient ?'^ que votre maison soit sainte if. A jamais.

v TSoMUM tuam I)o' ' L^ mine decet sanctitudo.

tf. In longitudinem

dierum.

antienne de Magnificat.

/""\H ! combien ce lieu est ^-^ redoutable ! c'est véritablement ici la maison de Dieu et la porte du ciel.

quam metuendus est ocus iste : vere non est hic aliud, nisi domus Dei, et porta cœli.

s~^ ette fête devait être, et elle le fut, une source féconde d'inspiration pour la poésie chrétienne. On fait remonter au vne siècle, nous l'avons dit, la rédaction première que voici des Hymnes de l'Office.

érus; ville

USALEM , bienheureuse dont le nom signifie la vision de la paix ! elle se bâtit de pierres vivantes dans

U' rbs Jérusalem beata, Dicta pacis visio, Qure construitur in cœlis Vivis ex lapidibus,

Le Temps après la Penii

Et A.ngelis coronata, Ut sponsata comité.

Nova veniens e cœlo, Nupi iali thalamo Praeparata, u! sponsata Copuletur i >omino : Plates et mûri ejus Ex auro purissime

Porta: nitcnt margaritis Adytis patentibus ; Et virtute meritorum

Illuc introducitur Omnis, qui ob Christi

nomcn Hic in mundo premitur.

Tunsionibus,pressuris

Expoliti lapides, Suis coaptantur locis Per manus artificis, Disponuntur permansurj Sacris œdificiis.

Angularis fundumentum Lapis Christus missûs

est, Qui parietum compage In utroque nectitur, Quem Sion sancta susccpit, Inquo credens permanct.

Omnis illa Deo sacra Et dilecta civitas, Plena modulis, in laude, Et canorejubilo,

i< ; les Ajiges i entourent, lui formant un cortège d'épou

' la nouvelle Sion : elle vient du ciel, parce pour la fête nuptiale ; le Sei \ l'a élue pour épouse. places publiques et ses muraille- sont d or très pur.

Les portes en sont de perles brillantes ; elles demeurent ouvertes toujours : quiconque souffre en ce monde pour le nom de Jésus-Christ, y trouve entrée par le droit du mérite.

Le marteau des souffrances en polit les pierres ; et c'est ainsi qu'appareillées par

l'ouvrier, elles sont posées, elles sont fixées à leurs places respectives dans le saint édifice.

Le Christ en est dans les fondations la pierre d'angle, reliant en lui le double mur : Sion, en l'accueillant, devint sainte : sa foi dans le Christ est l'élément qui lui garantit la durée.

Toute cette cité bienaimée, vouée à Dieu, n'est que louange, que mélodies : chants d'allégresse dont son

La Fête de la Dédicace des Églises. 3i i

fervent amour adresse l'hommage au Dieu unique en trois personnes.

Dieu souverain, descendez dans ce temple où vous appellent nos prières : que votre bonté clémente y accueille nos vœux suppliants ; daignez répandre ici toujours d'abondantes bénédictions.

Que tous méritent ici d'obtenir leurs demandes et de conserver vos bienfaits, pour qu'à jamais en son repos avec les Saints nous re çoive, au sortir du monde, le Paradis.

Gloire et honneur soient en tous lieux au Dieu très haut, au Père avec le Fils, avec l'auguste Paraclet, à qui appartiennent louange et puissance dans les siècles éternels.

Amen.

Hic promerentur omnes Petita acquirere, Et adepta possidere : Cum Sanctis perenniter Paradisum introire, Translati in requiem.

Gloria et honor Dco Usquequaque altissimc, Una Patri, Filioque, Inclyto Paraclito, Cui laus est et potestas Per a?terna sa-cula.

Amen.

Les strophes qui suivent célèbrent magnifiquement le sublime mystère de la Dédicace , compris comme l'entendaient nos pères. Chantées depuis le xine siècle dans nos églises, elles ont mérité d'être attribuées à Adam de Saint-Victor. Nous avons dû nous arrêter au texte le plus généralement usité de nos jours.

UE les filles de Sion et ! > ERUSALEM et S i o n de Jérusalem, que toute | J filiae,

Trinum Dcum unicumque Cum fervore praedicat.

Hoc in templo, summe Deus, Ëxoratus adveni :

Et démenti bonitate Precum vota suscipe ; Largam benedictionem Hic infunde jugiter.

Coetus omnis fidelis cudu peuple f

i i.t\

liants

Mclos pangant jugia laed'intarissable liesse : Allétitue :

luia

Alléluia.

Christus cnim, norma

Le Christ, en effet, règle

justitia%

de toute justice, épouse aujourd'hui notre Mère, l'E-

Matrem nostram desponsat hodic,

glise, après 1 avoir tirée de

Quam de lacu traxit

l'abîme de ^a misère.

miscriae,

Ecclcsiam.

H a n c sanguinis et

Par le sang et par l'eau

aquae munere,

qu'il lui donna pour dot,

Dum penderet ia crucis arbore,

l'Homme-Dieu la produisit

de son propre côte, tandis

De proprio produxit laqu'à l'arbre de la croix il

tere

était suspendu.

Deus homo.

Formaretur ut sic EcQue l'Eglise dût être ainsi

clesia,

formée, on le vit en figure

Figuratur in prima fedans la première femme ,

mina,

quand fut créée d'une des côQuce de costis Âdae est

tes d'Adam notre mère Eve.

édita,

Mater Hcva.

Heva fuit noverca posteEve fut une marâtre pour

ris :

ses descendants : celle-ci est

Hase est mater electi gela mère de la race élue ; elle

neris,

donne la vie aux malheureux

Vitae parens, asylum midont elle se fait l'asile et le

seris,

rempart.

Et tutela.

Haec est cymba qua tuti

C'est la barque où nous

vehimur,

voguons en sécurité ; c'est le

Hoc ovile quo tecti conbercail où nous vivons à coudimur :

vert ; c'est la colonne de véLa Fête de la Dédicace des Églises. 3i3

rite formant notre ferme appui.

O fête de solennelle allégresse, où le Christ s'unit à l'Eglise, où se célèbrent les noces de notre salut !

C'est pour les justes la récompense, pour les tombés le pardon, pour les saints Anges l'accroissement du bonheur.

De toute éternité, la divine Sagesse, ne considérant que sa grâce, régla l'évolution des siècles à cette seule fin.

Veuille le Christ , nous donnant d'avoir part à ses noces et d'en goûter les substantielles délices, nous admettre aux joies des élus.

Amen.

Hœc columna qua firmi nitimur Veritatis.

O solcmnis festum lœtiticT, Quo unitur Christus Ecclesia?, In quo nostrae salutis

nuptiae

Celebrantur !

Justis inde solvuntur

praemia, Lapsis autem donatur

venia : Et sanctorum augentur

raudia

Angelorum.

Ab seterno fons sapientiae, Intuitu solius gratiae, Sic praevidit in rerum

série

Ha2c futura.

Christus jungens nos

suis nuptiis, Recreatos veris deliciis, Interesse faciat gaudiis

Electorum. Amen.

Ecoutons maintenant les bénédictions que l'Epouse implore, au jour de leur consécration, pour ces églises dans chacune desquelles elle voit son symbole. Si nous considérons que l'Epouse est toujours exaucée, cette Préface du Pontifical nous dira quels bienfaits y attendent notre humble prière.

3ï4 Le Temps après la Pentecôte

/C terni: Deus, -/T-' precibus nostr i s, adesi > Sacramentis, ade« si.» etiam piis famulorum tuorum laboribus, nobisque misericordiatn uiam poscentibus. Descendat quoque in hanc Ecclesiam tuam, quam sub invocatione sancti nominis tui. in honorerai sanctae crucis, in qua coaeternus tibi Filins tuus Dominus noster Jésus Christus pro redemptione mundi pati dignatus est, et memoriam sancti tui N. nos indigni consecramus , Spiritus sanctus tuus. septiformis gratiae ubertate redundans ; ut quotiescumque in hac domo tua sanctum nomen tuum fuerit invocatum, eorum, qui te invocaverint, a te pio Domino preces exaudiantur. O bcata et sancta Trinitas, qure omnia purificas, omnia mundas, et omnia perornas. O bcata majestas Dei, quas cuncta impies, cuncta contines, cuncta disponis. O beata et sancta manus Dei, quas omnia sanctifions, omnia benedicis, omnia locupletas. O sancte Sanctorum Deus, tuam clcmentiam humilDZ nos

tes sacre-, favoi i pieux labeurs de ceux qui terrent : nous implorons votre miséricorde. Mal* gré notre indignité , nous consacrons cette Eglise, qui est vôtre, sous l'invocation de votre saint nom, en l'honneur de la croix sainte sur laquelle votre Fils coéternel notre Seigneur Jésus-Christ a daigné souffrir pour racheter le monde, en mémoire aussi de votre saint A'. (On nomme ici le Saint titulaire de l'Eglise.) Que sur elle descende votre Saint-Esprit, dans l'abondance débordante de sa grâce se pti forme, pour qu'autant de fois qu'en cette maison votre saint nom sera invoqué , votre bonté, Seigneur, exauce invocations et prières.

O bienheureuse et sainte Trinité, qui tout purifiez, tout parez, tout ornez ! O bienheureuse majesté de Dieu, qui remplissez tout, renfermez tout , ordonnez tout ! O bienheureuse et sainte main de Dieu, qui tout sanctifiez, tout bénissez, tout enrichissez ! O Dieu saint des Saints, nous implorons dans nos plus dévots abaissements votre clémence :

La Fête de la Dédicace des Eglises. 3i5

daignez, par notre humble ministère, purifier, bénir et consacrer à jamais, dans l'abondance de vos dons sanctificateurs, cette Eglise élevée en l'honneur de la croix sainte et victorieuse, en mémoire aussi de votre saint N. Qu'ici les Prêtres vous off r e n t le sacrifice de la louange. Qu'ici les peuples fidèles acquittent leurs vœux. Qu'ici se dissolvent les fardeaux des péchés et reviennent à la grâce les fidèles tombés.

Exaucez donc notre prière, Seigneur : que par la grâce du Saint-Esprit, dans cette maison qui est la vôtre, les malades soient guéris, les infirmes recouvrent leurs forces, les boiteux marchent, les lépreux soient purifiés, les aveugles voient, les démons soient chassés. Seigneur, qu'ici, par votre faveur, disparaisse toute débilité et misère, soient déliés tous 1 i e ns des péchés. Qu'ainsi tous ceux qui viendront dans ce temple solliciter comme il faut vos bienfaits, aient la joie de se voir pleinement exaucés : afin qu'ayant obtenu la miséricorde, objet de leur prière, ils glorifient votre gratuite munificence à jamais. Par le même Jésus-Christ.

lima devotione deposcimus, ut hanc Ecclesiam tuam, per nostrae humilitatis famulatum, in honorem sanctse et victoriosissimœ crucis, et raemoriam sancti tui N. purificare, bcnedicere, et consecrare , perpétua sanctificationis tuœ ubertate digneris. Hic quoque Sacerdotes sacrificia tibi laudis offerant. Hic fidèles populi vota persolvant. Hic peccatorum onera solvantur , fidelesque lapsi reparentur.

In hac ergo, quœsumus Domine, domo tuaSpiritus sancti gratia argroti sanenlur ; infirmi recuperentur ; claudi curentur ; leprosi mundentur ; ca?ci illuminentur ; daemonia ejiciantur. Cunctorum hic debilium incommoda, te, Domine, annuente, pellantur, omniumquc vincula pcccatortim absolvantur. Ut omnes qui hoc templum bénéficia juste deprecaturi ingrediuntur, cuncta se impetrasse laitentur ; ut concessa misericordia, quam precantur, p e r p e t u o miserationis tune munere glorientur, Per eumdem Dominum.

3 i 6 L( l < mpà après la l

Nous terminerons par ces belles formules de la liturgie Ambrosienne, ou la Dédicace

est célébrée en Octobre [ et donne son nom, post Dedicationem, aux derniers Dimanches du Cycle sacré.

i;r Christum Dominum nostrum. Qui eminentiam potestatis accepta; tradidit Ecclesiae, quam pro honore percepto et Reginam constituit. et Sponsam. Cujus sublimitati universa subjecit ; ad cujus judicium consentire jussit e cœlo.Haec est mater omnium viventium, filiorum numéro facta sublimior : qua? per Spiritum Sanctum quotidie Deo filios procréât; cujus palmitibus mundus omnis impletus est : qua: propagines suas ligno bajulantc suspensas erigit ad régna cœlorumHac estcivitas illa, sub1 i m i s j u g o montis erecta, perspicua cunctis, et omnibus clara ; cujus conditor, et inhabitator est idem Dominus noster Jésus Christus Jbilius tuus. Quem una tecum omnipotens Pater.

f~^ 'est une chose juste de ^ vous rendre grâces, Dieu éternel, par Jésus-Christ notre Seigneur. Donnant à l'Eglise la même souveraine puissance qu'il avait reçue de vous, il l'établit par cet honneur qu'il lui faisait Epouse et Reine, soumettant tout à sa sublimité, ordonnant que le ciel ratifi . jugements. Mère de tous les vivants, sa grandeur croit par sa fécondité : chaque jour la voit donner à Dieu des fils par l'Esprit-Saint. C est une vigne dont les branches remplissent le monde entier, suspendant ses rejetons au bois qui la porte, elle les élève jusqu'au royaume des cieux. C'e:-t la ville fondée au sommet des monts, visible pour tous, attirant tous les yeux ; elle a pour fondateur et tout ensemble pour habitant notre Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, que louent avec vous les Anges.

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