L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 67)
I. Dominica III Octobris.
La Fête de la Dédicace des Églises. 3 17
DIEU qui daignâtes donner à votre Eglise le titre d'Epouse de votre Fils unique, afin que la ferveur de sa foi appelant votre grâce, elle attirât aussi par son nom et y puisât l'amour ; faites que tout ce peuple de vos serviteurs soit digne et mérite de porter avec elle un tel nom. Par le même Jésus-Christ, notre Seigneur.
Deus, qui Ecclesiam tuam, Unigeniti tu i Sponsam vocare dignatus es, ut, qure habet gratiam per fidei devotionem, haberet etiam ex nomine pietatem : da, ut omnis hsec plcbs, nomini tuo servicns, hujus vocabuli consortio digna esse rnereatur. Per eumdem Dominum.
Seigneur J'ai aimé la beauté de votre maison, et le lien dont vous ave\fait Vitabitation de votre gloire '. Que cette parole demeure en nous comme le parfum de l'auguste solennité. Votre maison, ô Dieu, c'est notre église, ineffablement belle du rayonnement des mystères divins. Qu'était près d'elle le tabernacle, abritant l'arche de l'alliance du Sinaï ? et pourtant sa pensée remplissait l'âme de David au désert et le faisait défaillir 2, semblable au cerf qui soupire après l'eau des fontaines 3. Apprenons de nos pères des siècles de l'attente à aimer les parvis du Seigneur.
Pourtant, chrétien , l'exil dont souffrait David ne saurait t'atteindre ; car tu es devenu au baptême le sanctuaire de Dieu. Que ce jour de Dédicace te rappelle les consécrations qui t'enlevèrent à toi-même 4, pour faire de toi le temple de l'Esprit-Saint, pour te donner au Christ, avec lequel ta vie est désormais
3. Psalm.
3i8 Le Temps après la Pentecôte.
cachée * dans le très doux et 1res fécond secret de la face du Père. Sache entourer d
ton âme la Trinité sainte des h< que
réclame sa présence.
Enfin, aine baptisée et consacrée, rappelletoi que tu n'es pas seule au banquet Je l'amour de ton Dieu ; que la divine charité qui t'unit au Christ Epoux doit aussi te joindre à ses membres, et t'apparciller, pierre animée, préparée ici-bas pour la place qui sera tienne un jour dan s l'édifice du sanctuaire des cieux. Sache t'adapter àFEglise vivante, vibrer à l'unisson de la grande Epouse, l'essayant à l'éternité, où ton unique et bienheureux emploi sera de glorifier comme elle Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, dans les siècles des siècles.
i. Col m, 3.
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' u quatrième siècle de notre ère , Ja fin des persécutions sembla au monde un avant-goût de sa future entrée dans la cité de la paix sans fin. « Gloire au Tout- Puissant ! gloire au Rédempteur de nos âmes ! » s'écrie, en tète du dixième et dernier livre de son Histoire, le contemporain Eusèbe. Et témoin du triomphe, il décrit l'admirable spectacle auquel donna lieu partout la dédicace des sanctuaires nouveaux. De villes en villes, s'assemblaient les évoques et s'empressaient les foules. De peuples à peuples, une telle bienveillance de mutuelle charité, de commune foi, d'allégresse recueillie harmonisait les cœurs, que l'unilé du corps du Christ apparaissait aux yeux, dans cette multitude animée d'un même souffle de l'Esprit-Saint ; c'était l'accomplissement des anciennes prophéties : cité vivante du Dieu vivant où tout sexe et tout âge exaltaient l'auteur de tous biens. Combien augustes apparurent alors les rites de notre Eglise ! la perfection achevée qu'y déployaient les Pontifes, l'élan de la psalmodie, les lectures ins32o Le Temps après la Pentecôte,
pirées, la célébration des ineffables Mystères formaient un ensemble divin *.
Constantin avait mis les trésors du fi disposition des évèques, et Lui-même stimulait leur zèle pour ce qu'il appelait dans ses édits impériaux l'œuvre des églises '*'. Rome surtout, lieu de sa victoire par la Croix et capitale du monde devenu chrétien, bénéficia de la munificence du prince. Dans une série de dédicaces à la gloire des Apôtres et des saints Martyrs, Silvestre, Pontife de la paix, prit possession de la Ville éternelle pour le vrai Dieu.
Aujourd'hui fut le jour natal de l'Eglise Maîtresse et Mère, dite du Sauveur , Aula Dei 3, Basilique d'or; nouveau Sinaï 4, d'où les oracles apostoliques et tant de conciles notifièrent au monde la loi du salut. Qu'on ne s'étonne pas d'en voir célébrer la fête en tous lieux.
Si depuis des siècles les Papes n'habitent plus le palais du Latran. la primauté de sa Basilique survit dan> la solitude à tout abandon. Comme au temps de saint Pierre Damien, il est toujours vrai de dire qu' « en la manière où le Sauveur est le chef des élus, l'Eglise qui porte son nom est la tête des églises ; que celles de Pierre et de Paul sont, a sa droite et à sa gauche, les deux bras par lesquels cette souveraine et universelle Eglise embrasse toute la terre, sauvant tous ceux qui désirent le salut, les réchauffant, les
4. Inscriptio vêtus olim in apside majori.
La Dédicace de la Basilique du Sauveur. 32 i
protégeant dans son sein maternel 1 . » Et Pierre Damien appliquait conjointement au Sauveur et à la Basilique, sacrement de limité, les paroles du prophète Zacharie : Voici l'homme dont le nom est Orient ; il germera de lui-même, et il bâtira un temple au Seigneur ; il bâtira, dis-je, un temple au Seigneur, et il aura la gloire, et il s'assiéra : et sur son trône il sera Roi, et sur son trône il sera Pontife -.
C'est au Latran que, de nos jours encore, a lieu la prise de possession officielle des Pontifes romains. Là s'accomplissent chaque année en leur nom , comme Evêques de Rome, les fonctions cathédrales de la bénédiction des saintes Huiles au Jeudi saint et, le surlendemain, de la bénédiction des fonts, du baptême solennel, de la confirmation, de l'ordination générale. Prudence , le grand poète de l'âge du triomphe, reviendrait en nos temps qu'il dirait toujours : « A flots pressés le peuple romain court à la demeure de Latran, d'où Ton revient marqué du signe sacré, du chrême royal ; et il faudrait douter encore, ô Christ, que Rome te fût consacrée 3 ! »
Lisons le récit liturgique attribué à ce jour.
Ce fut le bienheureux Pape Silvestre qui établit le premier les rites observés par l'Eglise romaine dans
y\ nus quos
crandis ecclesiis et altaribus Romana servat Ecclesia,beatus Silvester
i.Petr. Dam. Epist. L. II, i. — 2.Zach. vi, 12,1 3.
3. Prudent. L'ib. I contra Symmachum, 586-588*
Le Temps après la Penh
Papa piiimis instituit. N.cn etsi jam ab Àpotolorum tempore ! oc a fucrunt Deo dicata, qune a quîbusdâm Oratoria, ab aliis Ecclesrae dicebantur, uhi collectas îic — haut per unam sabbati, et christianus populus
01 are,I)ei verbum audire, et Eucharistiam sumerc solitus erat : non tamen illa adeo solemni ritu consecrabantur, nec in c i s adhuc in titulum crectum erat altarc,quod chiismatc delibutum , Domini nostri Jesu Christi, qui altarc, hostia et sacerdos nosterest, figuram exprimeret.
Sed ubi Constantinus fmperator per baptismi sacramentura sanitatem salutemque consecutus est, tum primum lege ab eo lata concessura est toto orbe terrarum, Christiani ut ecclesias aedificarent : quos î lie non solum edicto. sed etiam exemplo ad sacram sedificationem est cohortatus. Xam et in suo Lateranensî palatin ecclesiam Salvatori dedicavit, et ei continentem basilicam nominc sancti Joannis Baptistae condidit, eo loco quo ipse , baptizatus a
la consécration des é et des autels. II y avait bien A pâtres, en effet, certains lie I Dieu, et nommés Oratoires par les uns , Eglis d'autres ; on y tenait l'assemblée le premier jour de la semaine , et le peuple chrétien avait la coutume d'y prier, d'y entendre la parole de Dieu, d'y recevoir l'Eucharistie : cependant on ne les consacrait pas avec autant de solennité ; on n'y élevait pas d'autel fixe qui, oint du chrême, exprimât le symbole de notre Seigneur Jésus - Christ, pour nous autel, hostie et pontife.
MAIS lorsque l'empereur Constantin eut par le sacrement du baptême obtenu la santé du corps et le salut de l'âme, une loi émanant de lui fut portée qui pour la première fois permettait dans tout l'univers aux chrétiens de bâtir des églises. Non content de cet édit, le prince voulut même leur donner l'exemple et inaugurer les saints travaux. C'est ainsi que dans son propre palais de Latran, il dédia une église au Sauveur, et fonda le baptistère contîgu sous le nom de saint Jean-Baptiste, dans le lieu où lui-même , baptise par
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saint Silvestre , avait été guéri de la lèpre. C'est cette église que le Pontife consacra le cinq des ides de novembre ; et nous en célébrons ta mémoire en ce même jour où pour la première lois a Rome une église fut ainsi publiquement consacrée, où l'image du Sauveur apparut visible sur la muraille aux yeux du peuple romain.
F>LUS tard, ayant à consacrer l'autel du Prince des Apôtres, le bienheureux Silvestre ordonna que les autels ne fussent plus désormais que de pierre. Si cependant l'autel de la basilique de Latran fut de bois, on ne doit pas s'en étonner: de saint Pierre à Silvestre, en effet, les persécutions ne laissaient pas aux Pontifes de demeure stable ; partout donc où les amenait la nécessité, soit dans les cryptes ou les cimetières , soit dans les maisons des chrétiens, c'était sur cet autel de bois, creux en forme de coffre, qu'ils offraient le Sacrifice. Quand la paix fut rendue à l'Eglise, par honneur poulie Prince des Apôtres qu'on dit avoir célébré sur cet autel, et les autres Pontifes qui jusqu'alors s'en étaient servis de même dans les Mystères sacrés, saint Silsancto Silvestro, a lepra mundatus est : quam idem Pontifex consec ravit quinto idus novembris . cujus consécrations memoria celebratur hodierno die, quo primum Romse publiée ecclesia consecrata est, et imago Salvatoris in pariete depicta populo romano apparuit.
UOD si beatus Silvester postea in
consecratione altaris Principis Apostolorum decrevit, ut deinceps nisi ex lapide altaria non œdificarentur, tamen basilicœ Lateranensis altare fuit e ligne erectum : quod mirum non est. Nam cum a sancto Petro usque ad Silvestrum, propter persecutiones, Pontitices certo loco consistere non possent : quoeumque eos nécessitas compulisset , sive in cryptas, sive in ccemeteria, sive in œdes piorum, super illo altari ligneo ad arcœ similitudinem concavo, sacra faciebant. Quo altari sanctus Silvester , reddita Ecclesine pacc , honoris causa Principis Apostolorum, qui in illo sacrificasse dicitur , et
324 Le Temps après la Penh reliquorum Pontificusa , qui usque ad id tetnpus ad mysteria conficienda co usi fuerant, iiiLateranensi prima ecclesia c>llocato, sancivit ne quisquam in eo, prœter Romanum Pontificem, Missam deinceps celebraret. Eamdem ecclesiam incendiis , vastationibus . terrae insuper motibus disjectam eversamque , ac sedula Summorum Pontificum cura réparatam . nova postmodum molitione restitutam , Benedictus decimus tertius Pontifex Maximus Ordinis Prsedicatorum , dievigesima octava aprilis anni millcsimi septingentesimi vigesimi sexti, ritu solemni consecravit, ejusque celebritatis memoriam hac die recolendamstatuit. Quod autem Pius nonus perficiendum censuerat, Léo decimus tertius , cellam maximam, vetustatc fatiscentem , ingenti molitione producendam laxandamque curavit, vêtus musivum, multis jam anteapartibus instauratum, ad antiquum exemplar restitui et in novam absidem, opère cultuque magnifie© exornatam,transferri, aulam transversam laqueari et contignatione
vestre le plaça dani la premierc église . au I.atr.m, défendant que nul aui i
célébra par la suite, si ce n'est le Pontife romain. Ebranlée et ruinée par les incendies , les incursions ennemies, les tremblements de terre, cette église fut toujours réparée avec ^rand zèle par les Souverain- Pontifies ; à la suite d'une nouvelle restauration, le Pape Benoit XIII, Je l'Ordre des Frères Prêcheurs, la con-acra derechef en grande pompe, le vingt - huitième jour d'avril de l'an mil sept cent vingt-six. a->i^nant à la mémoire de cette solennité le présent jour. De grands travaux que Pie IX avait entrepris furent menés à bonne fin par Léon XIII ; à savoir : l'agrandissement et le prolongement de l'abside qui tombait de vétusté ; la réfection sur le modèle primitif de l'antique mosaïque déjà précédemment renouvelée dans beaucoup de ses parties, et son transfert dans la nouvelle abside magnifiquement et à grands frais décorée ; le renouvellement de la charpente et des lambris du transept embelli ; œuvre complétée, l'an mil huit cent quatre-vingtquatre, d'une sacristie, d'riabitations pour les chanoines et d'un portique rejoignant
La Dédicace de la Basilique du Sauveur. 325
les nouvelles constructions au baptistère de Constantin.
refectis expoliri jussit , anno millesimo octingentesimooctuagesimo quarto, sacrario, aede canonicorum perpetuaquc ad Baptisterium Constantinianum porticu adjectis.
Tant de détails courent le risque de sembler superflus aux profanes. En la manière cependant que le Pape est notre premier et propre pasteur à tous, son Eglise de Latran est aussi notre Eglise ; rien de ce qui la concerne ne saurait, ne devrait du moins, laisser le fidèle indifférent. Inspirons-nous à son endroit des belles formules qui suivent, et que nous donne le Pontifical romain au jour de la consécration des Eglises ; elles ne sauraient s'appliquer mieux qu'à l'Eglise Mère.
. | A maison du Seigneur "* *-" est fondée au sommet des monts; elle est élevée sur les collines ; toutes les nations viendront à elle * Et elles diront : Gloire à vous, Seigneur !
f. Elles viendront avec transport, portant leurs moissons. * Et elles diront.
^.Seigneur de toutes choses, qui n'avez nul besoin, vous voulez avoir au milieu de nous votre temple. *
*-Fl
UNDATA est domus Domini super verticem montium, et exaltata est super omnes colles, et venient ad eam omnes gentes * Et dicent : Gloria tibi, Domine.
f. Venientes a u t e m venient cum cxsultatione, portantes manipulos suos. * Et dicent.
îf. Tu Domine universorum, qui nullam habes indigentiam, voluisti templum tuum
32Ô Le T&np* après la Penti
fieri in nobis. * ( !
va domum istam imma:ulatarn in ae i e r n u m ,
I Ininnic.
f. Tu elegisti, I)<>minc, domum istara ad invocanduro tiomcn tuutn in ea ; ut csset donius orationis, et obse-r crationis populo tuo. * Conserva.
An i . Pax œterna ab JEterno huic d o m u i. Pa?x perennis, Verbutu Patris, sil pax huic domui. Pacem pius Consolator huic p r ae s t e t domui.
Ant. O quam metuendus est locus iste : vere non est hic aliud, nisi domus Dei, et porta cœli.
Ant. Hrcc est domus Domini firmiter rcdificata : bene fundata est supra fi r ma m petram.
ANT. Vidit Jacob scala:n, summitasejus cœlos tangebat, et descendentes Angelos, et dixit : Vere locus iste sanctus est.
r\ Hrec est Jérusalem civitas il la magna cœlestis, ornata tamquam sponsa Agni. * Quoniam tabernaculum facta est. Alléluia.
i pure à jamais maison. Seigneur.
\ Seigneur, c'est la maison qu pour qu'y Tût im nom : maison de i ! des supplications de votre peuple. * Gardez.
Ant. Paix éternelle à cette maison par l'Eternel ! Paix soit à cette maison la Paix sans lin. Verbe du Peie ! Paix donne a Cette maison le divin Consolateur !
An r. Oh i combien redoutable est ce lieu ! c'est véritablement ici la maison de Dieu et la porte du ciel.
Ant. C'est la maison du Seigneur solidement bitie, bien établie sur la pierre ferme.
Ant. Jacob vit une échelle dont le sommet atteignait les cieux, et les Anges qui descendaient, et il dit : Ce lieu est vraiment saint.
r. Voici Jérusalem, la grande cité céleste, ornée comme l'Epouse de l'A- gneau. * C'est le vrai tabernacle. Alléluia.
La Dédicace de la Basilique du Sauveur. 32 7
f. Ses portes ne se fermeront point durant le jour; quant à la nuit, elle y sera inconnue. * C'est le vrai.
Bp. Vos places, Jérusalem, seront pavées d'or pur, Alléluia, et l'on chantera en vous le cantique de joie, Alléluia. * Et par vos rues chacun dira : Alléluia, Alléluia.
f. Vous brillerez d'une lumière écJatante, et, vous voyant, toute la terre adorera. * Et par vos rues.
Ant. Faites le tour de Sion, parcourez son enceinte, racontez ses merveilles en ses tours.
f. Le Seigneur est grand, et digne de toute louange en la cité de notre Dieu, sur sa montagne sainte.
r\ Le Seigneur vous a revêtue d'un vêtement d'allégresse ; à votre front il a mis le diadème. * Il vous a parée' de saints ornements.
f. Vous brillerez d'une lumière éclatante, et, vous vovant, toute la terre adorera. * Il vous a parée.
f. Les nations viendront à vous des plus lointains pays, apportant leurs dons et adorant le Seigneur ; votre terre sera pour elles la sainte terre; elles invof. Porta? ejus non claudentur per diem, nox enim non erit in ea. * Quoniam.
fi|. Platea? tuse, Jérusalem, sternentur auro mundo, Alléluia, et cantabilur in te canticum lœtitice, Alléluia. * Et per omnes vicos tuos dicetur ab universis , Alléluia, Alléluia.
f. Luce s p 1 e n d i d a fulgebis : et omnes fines terras adorabunt te. * Et per omnes.
ANT.Circumdate Sion, et complectimini eam, narrate in turribus ejus.
f. Magnus Dominus et laudabilis nimis, in civitate Dei nostri, in monte sancto ejus.
r>. Induit te Dominus tunica jucunditatis, et imposuit tibi coronam. * Et ornavit te ornamentis sanctis.
f. Luce splendida fulgebis, et omnes fines terras adorabunt coram te. * Et ornavit te.
f. Nationes ex longinquo ad te venient, et munera déférentes adorabunt Dominum : et terram tuam in sanctificatione habebunt , et
3zS Le Temps après la PenU
.uni invocabunt in te. ' Et
f. Benedicti ci uni . qui te aedificaverunl : tu autem totaberia in filiis i a i s, quoniam omnec benedicentur el co gabuntur ad i )<>minuin. * Et ornavit te.
Nom. ' 1 1 voim .-i |
y. B constructeurs. Pour
ir li bénédiction sera -ur eux tous, ci ton-, ensembl viendronl au Seigneur. * il vous a parce.
Ç\ MNIPOTENS sempiterne Deus, qui per Filium tuum, angularem scilicet lapidem, duos ex diverso venientes, ex circumeisione et praeputio parie tes, duosque greffes ovium sub uno eodemque pastore unisti ; da famulis tuis per ha?c nostrœ devotionis officia, indissolubile vinculum charitatis, ut nulla divisione mentium, nullaque perversitatis varietate sequestrentur, quos sub unius regimine pastoris unus grex continet, uniusque te custode pvilis septa concludunt. Per eumdcm Dominum.
P> IEU tout-puissant et
éternel, qui pai Fils, la pierre d'angle, avez joint les deux murs divergents de la circoncision et de la gentilité, qui sous un même et seul pa^t ui uni par lui les deux troupeaux distincts; avez égard à notre dévotion : donnez à vos serviteurs L'indissoluble lien de la charité, pour qu'aucune division des âmes, pour qu'aucune perversion d'aucune sorte ne vienne à séparer ceux que rassemble en un troupeau unique la houlette de l'unique pasteur, ceux que gardent sous votre protection les barrières de l'unique bercail. Par le même Jésus-Christ.
A la mémoire du grand Martyr brûlé vif, **" le soldat « conscrit » Théodore d'Amasée, que célébra saint Grégoire de Nysse, qu'honore au pied du Palatin Rome même, et qù
Mém. de Saint Théodore, Martyr. 3 2g
eut trois églises de son nom dans Constantinople, disons avec l'Eglise latine en ce jour :
oraison.
O Dieu qui nous entourez, comme d'une protection, de la confession glorieuse du bienheureux Théodore, votre Martyr ; accordez-nous de profiter de ses exemples , d'être soutenus de sa prière. Par Jésus-Christ.
beati tyris
Deus, qui nos Theodori AL tui confessione gloriosa circumdas et protegis . praesta nobis ex e j u s imitatione profîcere, et ora'tione f u 1 c i r i. Per Dominum.
mmmmœ&K&k&K&K
EN sait quelle moisson l'Esprit-Saint fit germer du sol tic L'Eglise au xvi"1 siècle, en réponse an reproche d'épuisement formulé contre elle. André fut l'un des plus méritants coopérateurs de l'Esprit dans l'œuvre de sainte réformation, de renaissance surnaturelle, qui s'accomplit alors. L'éternelle Sagesse avait comme toujours laissé l'enfer s'essayer le premier, mais pour sa honte, à se parer de ces grands noms de renaissance et de réforme.
Depuis neuf ans saint Gaétan avait quitté la terre, la laissant réconfortée déjà par ses œuvres, tout embaumée de ses vertus ; l'ancien évoque de Théate, son auxiliaire et compagnon dans la fondation des premiers Clercs réguliers, avait ceint la tiare et gouvernait l'Église sous le nom de Paul IV : c'était l'heure i où une nouvelle faveur du ciel donnait aux Théatins, dans la personne de notre bienheureux, un héritier des dons surnaturels et de l'héroïque sainteté qui avaient fait de Gaétan le zélateur du sanctuaire. Il fut l'ami et l'appui du grand évêque de
i. i556.
Saint André Avcllino, Confesseur. 33 1
Milan, Charles Borromée, qu'il rejoint aujourd'hui dans la gloire. Ses pieux écrits continuent de servir l'Eglise. Lui-même sut se former d'admirables disciples, comme ce Laurent Scupoli qui fut l'auteur du Combat spirituel, si grandement apprécié par l'Evêque de Genève \
Le récit autorisé qui pense de rien ajouter.
André Avellino, appelé d'abord Lancellotti, naquit à Castro Nuovo, bourg de la Basilicate. Il donna, encore tout enfant, des marques non équivoques de sa future sainteté. Sorti de la maison paternelle pour apprendre les lettres, il passa de telle sorte l'âge glissant de l'adolescence au milieu des études libérales, qu'il n'omit jamais d'avoir surtout devant les yeux le commencement de la sagesse, c'est-àdire la crainte du Seigneur. Son grand amour de la pureté le fît ainsi triompher d'embûches réitérées, parfois d'attaques à force ouverte, qu'une physionomie avantageuse lui attirait de la part
va suivre, nous disA NDREAS Avellinus, **■ dictus antea Lancellottus, apud Castrum Novum Lucania? pagum natus, inter ipsa infantiœ primordia, futurœ sanctitatis non obscura prœbuit indicia. Adolescens ad litteras addiscendas paterna e domo egressus, lubricam illius aetatissemitam inter bonarum artium studia ita peregit, utsapientiae initium, quod est timor Domini, ob oculos potissimum habere numquam prsetermiserit.Cum egregia proinde forma eximium castitatis studium conjunxit, quo impudicas saepe ^mulierum
I. * 11 est clair et tout practiquable. Ouy, ma Fille, le Combat spirituel est un grand livre, et mon cher livre, que je porte en ma poche il y a bien dix-huit ans, et que je ne relis jamais sans proffit. » S. François de Sales, Lettres spirit. lxxi, lxxix,, lxxxl édition Vives.
332 Le Temps après la Pentecôte.
insidias elusil , intei dum
'i i.iin apertam vim propuUavit. Clericali m j I itiae jampridem adscriptus,Neapoliiii se contuht, ut Legalibus disciplinis vacaret, ibique junsprudentiae lauream adeptus, atque interea ad sacerd o t a 1 c m dignitatem evectus, causarum patrocinia in foro dumtaxat ecclesiastico , p roque privatis quibusdam personis, juxta sacrorum c a n o n u m sanctiones agere cœpit. Verum cum aiiquando inter causam agendam levé ci mendacium excidisset, mox vero fortuita sacrarum S c r ipturarum lectione in i 1 la. verba incidisset : Os, quod mentitur, occidit animam ; tanto ejus culpae dolore ac pœnitentiacorreptus est, ut statim ab ejusmodi vitae instituto sibi recedendum esse duxerit. Itaque, abdicatis forensibus curis, se totum divino cultui sacrisque ministeriis mancipavit.
C u m q u e ecclesîasticae virtutis exemplis eminer e t , sanctimonialium regimini a tune exsistente archiepiscopo Neapolitano praefectus fuit. Quo in munere cum pravorum hominum odia
unes éhontéei . Il était
clerc depuis quelque I déjà quan 1.
Naples pour y étudi droit, il y prit ses Je
1 [onoré du
■ mi e faites, il arrêta de ne plaider qu'au for ceci tique et pour quelques particuliers, voulant en cela se conformer auv prescriptions des saints canons. Or il arriva qu'ayant laissé éch un léger mensonge en une plaidoirie, et lisant par hasard peu après l'Ecriture, il tomba sur ces mots : La bouche qui ment tue l'âme Si vifs furent les sentiments de douleur et de repentir qu'il conçut de sa faute, qu'il jugea devoir aussitôt renoncer à ce genre de vie, et que, disant adieu au barreau, il se donna désormais tout entier au culte divin et au saint ministère. Il présentait en lui le modèle des vertus ecclésiastiques, et l'archevêque de Naples en ce temps lui confia le gouvernement des religieuses. Sa fidélité en cette charge lui valut la haine d'hommes pervers qui cherchèrent à le faire mourir ; il échappa une fois au danger, mais n'évita pas, dans une autre circonstance, trois blessures que 1 assassin lui fit au visage, sans que l'atrocité de l'attentat parvînt à troubler son âme. Ce
Saint André Avellino, Confesseur. 333
fut alors qu'embrasé du
désir d'une vie plus parfaite
il sollicita humblement son
admission parmi les Clercs
réguliers, et qu'étant exaucé,
il obtint par ses prières
qu'on lui donnât le nom
d'André, en raison du grand
amour dont il brûlait pour la
croix.
adscriberetur, suppliciter postulavit, votique compos
factus, ob ingentem, quo œstuabat, crucis amorem,
ut sibi Andreae nomen imponeretur, precibus impetravit.
subiisset, primo quidem intentatae sibi necis periculum declinavit ; mox vero per sicarium tribus in facie acceptis vulneribus, injurias atrocitatem aequo animopertulit. Tum perfections vitas desiderio flagrans , ut intcr Clericos regulares
Embrassant donc avec courage la voie étroite, et se dévouant à la vertu, il ne craignit pas de s'astreindre par vœu, d'une part à toujours combattre sa volonté propre, de l'autre à progresser sans relâche dans le chemin de la perfection chrétienne. Très observant de la discipline régulière, il s'en montra le zélateur attentif quand il fut supérieur. Tout ce qu'il lui restait de temps en dehors de sa charge et de la règle était consacré à la prière et au salut des âmes. Dans les confessions qu'il entendait, sa piété et sa prudence étaient admirables ; il parcourait fréquemment bourgs et villages autour cie Naples, y exerçant le ministère évangélique au grand profit des âmes. On vit le Seigneur lui-même illustrer par des prodiges
Arctioris itaque vitae curriculum alacri studio ingressus, in eas maxime virtutis exercit a t i o n e s incubuit, ad quas sese arduis etiam e m i s s i s votis obstrinxit, altero scilicet sune ipsius voluntati jugiter obsistendi, altero vero in via christianae perfectionis semper ulterius progrediendi. Regularis disciplinas cultor assiduus, et in ea prom o v e n d a , cum aliis prasesset, studiosissimus fuit. Quidquid ab institua sui offîcii et regulae pi-œscripto su père rat t e m p o r i s, orationi et animarum saluti tribuebat. In confessionibus excipiendis mira ejus pietas et prudentia enituit : vicos et oppida Neapoli finitima evan334 f<c Temps après là Penti
a ministeriis ma* gno cum animarum lucro t r e q u c n s lus t rabat. Quam ardentem proximos sa ne ti v i r i caritatein signis ctiam
D o m i n u s illustravit.
Cum enim intempes ta noetc ab audita »gri confessione domum rediret, ac pluviae ventorumque vis pralucentem faccm exstinxisset, non solum ipse cum sociis inter efl'usissimos imbres nihil madefactus est : verum etiam, inusitato splendore e suo corpore m i r a b i 1 i t er emicante, sociis inter densissimas tenebras iter monstravit. Abstinentia et patientia, nec non abjectioneatque od io sui summopere praestitit. Necem fratris filio illatam imperturrrte charité du homme pour le prochain. Une nuit d'orage, en effet, qu'il revenait de confesser un
malade et que la violence de l'ouragan avait éteint la lumière, non seulement compagnons ne furent plus que lui mouillés par la pluie qui tombait à torrent'-, mais encore une clarté insolite rayonnant miraculeusement de son corps leur montra le chemin au milieu des ténèbres épaisses. Il excella dans l'abstinence et la patience, l'amour de l'abjection, la haine de soi. Il supporta d'une âme tranquille la mort violente du fils de son frère, détourna les siens de tout désir de vengeance , et alla jusqu'à implorer des magistrats pour les meurtriers grâce et protection, bato animo tulit, ac suos ab omni ulciscendi cupiditate compescuit, imo etiam pro interfectoribus opem et misericordiam judicum imploravit.
Dluribus in locis Clericortim regularium Ordinem propagavit, eorumque domicilia Mediolani et Placentiae instruit. Illius operam sanctus Carolus Borromasus , et Paulus de Aretio Clcricus regularis, Cardinales, quibus erat acceptissimus, in pastoralis muneris
IL propagea en plusieurs lieux l'Ordre des Ciercs réguliers, et fonda leurs maisons de Milan et de Plaisance. Ami des cardinaux saint Charles Borromée et Paul d'Arezzo, théatin, il fut leur aide dans les soucis de la charge pastorale. Tout spécial était son amour et son culte pour la Vierge Mère de Dieu. Il mérita de
Saint André Avellino, Confesseur. 335
s'entretenir avec les Anges, et témoigna les avoir entendus, quand il s'acquittait de la louange divine, l'accompagner en chœur. Ayant donc donné d'héroïques exemples de vertu, brillé par le don de prophétie qui lui faisait connaître les secrets des cœurs, les choses absentes, les événements futurs, il s ■ :- comba enfin sous le poids des années et l'épuisement du labeur. Voulant célébrer la sainte Messe, et ayant par trois fois au pied de l'autel répété ces mots : J'entrerai a l'autel de Dieu.il fut frappé d'une attaque subite d'apoplexie. Muni sans tarder des sacrements de l'Eglise , il rendit 1 ame en grande paix au milieu des siens. Son corps repose à Naples, en l'église de Saint-Paul, ho noré jusqu'à nos temps du même grand concours au milieu duquel il y fut porté. Insigjies furent ses miracles après la mort comme durant, la vie, et le Souverain Pontife Clément XI l'inscrivit solennellement au catalogue des Saints.
curis adhibuerunt. Deiparam Virginem singulari amore et cultu prosequebatur. Angelorum colloquio perfrui meruit, quos. cum divinas laudes persolveret , c regione concinentes se audisse testatus est. Denique post heroica virtutum -\jmpla, prophétise quoque dono illustris, quo et sécréta cordium.et absentia, et futura prospexit, annis gravis, et laboribus fractus, ad a r a m celebraturus in verbis illis tertio repentis : Introibo ad altare Dei, repentino apoplexie morbo correptus est; mox sacramentis rite munitus,placidissime inter suos animam eiïlavit. Ejus corpus Neapoli in ecclesia sancti Pauli ad hsec usque tempora eo frequentissimo populi concursu colitur, quo fuit elatum. Illum denique insignibus in vita et post mortem miraculis clarum Clemens Undecimus PontifexMaximus solemni ritu sanctorum catalogo adscripsit.
"* ombien furent suaves et fortes à votre endroit les voies de réternelle Sagesse *5 ô
i. Sap.vm, i.
336 Le Temps après la Pentecôte* bienheureux André, quand de la légère faute OÙ vous étiez tombé par surprise en cette vallée des larmes, elle lit le point de départ de la sainteté qui resplendit en vous ! La bouche qui ment tue lame l, disait-elle; et comme elle ajoutait : Ne mette^ pas votre \èlc en cette vie par une erreur funeste a poursuivre la mort, n'employé^ pas vos (ouvres à acquérir la perdition 2, elle fut pleinement comprise ; le but de la vie vous apparut tout autre, ainsi que le montrèrent Les vœux qu'elle-même vous inspira pour sans cesse vous éloigner de vous-même, et sans cesse vous rapprocher du souverain Bien. Avec l'Eglise 3, nous glorifions le Seigneur qui disposa de si admirables ascensions dans votre âme 4. Comme l'annonçait le Psaume, cette marche toujours progressive de vertu en vertu vous amène aujourd'hui dans Sion, où vous voyez ^e Dieu des dieux \
Votre coeur, votre chair tressaillaient pour le Dieu vivant; votre âme, absorbée dans l'amour des parvis sacrés, défaillait à leur pensée 6. Quoi d'étonnant qu'une suprême défaillance au pied des autels du Seigneur des armées, vous donne entrée dans sa maison bienheureuse ? Avec quelle joie vos angéliques associés de ce monde en la divine louange vous accueillent dans les chœurs éternels 7 !
Ayez égard aux hommages de la terre. Daignez répondre à la confiance de Naples et de
4. Psalm. LXXXIII, 6. — 5. Ibid. 8. — 6. Ibid. 2, 3. —
Les SS. Tryphon, Respicius et Nympha 33 y
la Sicile, qui se recommandent de votre puissant patronage auprès du Seigneur. Unissezvous, pour bénir la pieuse famille des Clercs réguliers Théatins, à saint Gaétan, son père et le vôtre. Pour nous tous, implorez une part dans les bénédictions qui vous furent si abondamment départies l. Puissent les vains plaisirs que l'on goûte sous les tentes des pécheurs ne nous séduire jamais, l'humilité de la maison de Dieu avoir nos préférerfces sur toute grandeur mondaine 2. Si comme vous nous aimons la miséricorde et la vérité, le Seigneur nous donnera comme à vous la grâce et la gloire'6. Au souvenir des circonstances où s'accomplit votre fin bienheureuse, le peuple chrétien honore en vous un protecteur contre la mort subite et imprévue : gardez-nous dans le dernier passage : que l'innocence de notre vie ou la pénitence en préparent l'issue fortunée ; que notre soupir final s"exhale, pareil au vôtre, dans l'espérance et l'amour 4.
omk nous invite à donner avec elle, en ce jour, un souvenir au groupe des Martyrs qui forment la protection et la richesse de son grand hôpital du Saint-Esprit, où ils reposent sous l'autel majeur. L'église de SaintAugustin, voisine de Fancienne église stationnale de saint Tryphon, possède elle-même une partie des précieux restes de ce dernier.
338 Le Temps après la Pentecôte.
Fac nos, (jiKcsumus Domine, sanctorum Martyrum tuorum Trvphonîs, Respicii et Nymphae semper festa sectari : quorum sulTra^iis protectionis tuse dona sentiainus. Pcr Dominum.
F.\l i ES, nous vou-»cn Ç Seigneur, que la Fête de tinta Martyrs Tryphon, Respicius et Nympha, rv.ii-> soit toujours chère ; puissions-nous , grâce à leurs suffrages, éprouver les effets Je votre protection, l'ar Jésus-Christ. .
(rois mille six cent soixante églises dédiées à saint Martin au seul pays de France lt presque autant dans le reste du monde, attestent l'immense popularité du grand thaumaturge. Dans les campagnes, sur les montagnes, au fond des forêts, arbres, rochers, fontaines, objets d'un culte superstitieux quand l'idolâtrie décevait nos pères, reçurent en maints endroits et gardent toujours le nom de celui qui les arracha au domaine des puissances de l'abîme pour les rendre au vrai Dieu. Aux fausses divinités, romaines, celtiques ou germaniques , enfin dépossédées, le Christ, seul adoré par tous désormais, substituait dans la mémoire reconnaissante des peuples l'humble soldat qui les avait vaincues.
C'est qu'en effet, la mission de Martin fut d'achever la déroute du paganisme, chassé des villes par les Martyrs, mais jusqu'à lui resté maître des vastes territoires où ne pénétrait pas l'influence des cités. Aussi, à l'encontre des divines complai7. Une liste par diocèses s'en trouve dans le Saint J\1artin de Lecoy de la Marche, en TAppendice.
340 Le Temps après la Penh sances, quelle haine ii'c.ssiiya-t-il point delà part de l'enfer ! Des le début, Satan et Martin s'étaient rencontré nie trouveras partout :;ur ta route, a avait dit Satan J ; et il tint parole. Il l'a tenue jusqu'à nos jours : de siècle en siècle , accumulant les ruines sur le glorieux tombeau qui attirait vers Tours le inonde entier; dans le xvr, livrant aux flammes, par la main des huguenots, les restes vénérés du protecteur de la France , au xixe enfin, amenant des hommes à ce degré de folie que de détruire eux-mêmes, en pleine paix, la splendide basilique qui faisait la richesse et l'honneur de leur ville.
Reconnaissance du Christ roi , rage de Satan , se révélant à de tels signes! nous disent assez les incomparables travaux du Pontife apôtre et moine que fut saint Martin.
Moine, il le fut d'aspiration et de fait jusqu'à son dernier jour. « Dès sa première enfance, il ne soupire qu'après le service de Dieu. Catéchumène à dix ans, il veut a douze s'en aller au désert ; toutes ses pensées sont portées vers les monastères et les églises. Soldat à quinze ans, il vit de telle ^ sorte qu'on le prendrait déjà pour un moine 2. | Après un premier essai en Italie de la vie religieuse, Martin est enfin amené par Hilaire dans cette solitude de Ligugé qui fut, grâce à lui, le berceau de la vie monastique dans les Gaules. Et, à vrai dire, Martin, durant tout le cours de sa carrière mortelle, se sentit
I. Sulpit. Sever. Vita, vi. — 2. Ita ut, jam illo tempore, non miles sed monachus putaretur. Sulpit. Sev. Vita, il.
Saint Martin, Ëvéque et Confesseur. 341
étranger partout hormis à Ligugé. Moine par attrait, il n'avait été soldat que par force ; il ne devint évêque que par violence ; et alors, il ne quitta point ces habitudes monastiques. 11 satisfaisait à la dignité de révoque, nous dit son historien, sans abandonner la règle et la vie du moine ! ; s'étant fait tout d'abord une cellule auprès de son église de Tours ; bientôt se créant à quelque distance de la ville un second Ligugé sous le nom de Marmontier ou de grand monastère 2. »
C'est à la direction reçue de l'ange qui présidait alors aux destinées de l'Eglise de Poitiers, que la sainte Liturgie renvoie l'honneur des merveilleuses vertus manifestées par Martin dans la suite 3, Quelles furent les raisons de saint Hilaire pour conduire par des voies si peu connues encore de l'Occident l'admirable disciple que lui adressait le ciel, c'est ce qu'à défaut d'Hilaire même, il convient de demander à l'héritier le plus autorisé de sa doctrine aussi bien que de son éloquence :
« C'a été, dit le Cardinal Pie, la pensée dominante de tous les saints, dans tous les temps., qu'à côté du ministère ordinaire des pasteurs, obligés par leurs fonctions de vivre môles au ^siècle, il fallait dans l'Eglise
I. Ita implebat episcopi dignitatem, ut non tamen propositum monacni virtutemque desereret. Sulpit. Stv. Vita, x. — 2. Cardinal Pie, Homélie prononcée à l'occasion du rétablissement de l'Ordre de SaintBenoît à Ligugé, 25 novembre iK53. — 3. Hilarium secutus est Martinus, qui tantum i Ho doctore profecit, quantum ejus postea sanctitas declaravit. In festo S. Hilarii. Noct. II, Lect. n.
342 Le Temps après la Pentei une milice séparée du siècle el enrôlée sous le drapeau de la perfection évangélique , vivant de renoncement et d'obéissance, accomplissant nuit et jour la uol le et incomparable fonction de la prière publique. C'a été la pensée des plus illustres pontifes et des plus grands docteurs, que le clergé séculier Lui-même ne serait jamais plus apte à répandre et à populariser dans le inonde les pures doctrines de l'Evangile, que quand il se serait préparé aux fonctions pastorales en vivant de la vie monastique ou en s'en rapprochant le plus possible. Lisez la vie des plus grands hommes de i'épiscopat, dans l'Orient comme dans l'Occident, dans les temps qui ont immédiatement précédé ou suivi la paix de l'Eglise comme au moyen âge; tous, ils ont professé quelque temps la vie religieuse, ou vécu en contact ordinaire avec ceux qui la pratiquaient. Hilaire , le grand Hilaire , de son coup d'oeil sûr et exercé, avait aperçu ce besoin ; il avait vu quelle place devait occuper l'ordre monastique dans le christianisme, et le clergé régulier dans l'Eglise. Au milieu de ses combats, de ses luttes, de ses exils, témoin oculaire de l'importance des monastères en Orient, il appelait de tous ses vœux le moment où, de retour dans les Gaules, il pourrait jeter enfin auprès de lui les fondements de la vie religieuse. La Providence ne tarda pas à lui envoyer ce qui convenait pour une. telle entreprise : un disciple digne du maître, un moine digne de l'évêque C »
i. Cardinal Pie, ubi supra.
— — i
Saint Martin, Evêque et Confesseur. 343
On ne saurait présumer d'essayer mieux dire ; pour le plus grand honneur de saint Martin, l'autorité de l'Evêque de Poitiers, sans égale en un tel sujet, nous fait un devoir de lui laisser la parole. Comparant donc ailleurs Martin, et ceux qui le précédèrent, et Hilaire lui-même, dans leur œuvre commune d'apostolat des Gaules : « Loin de moi, s'écrie le Cardinal, que je méconnaisse tout ce que la religion de Jésus-Christ possédait déjà de vitalité et de puissance dans nos diverses provinces, grâce à la prédication des premiers apôtres, des premiers martyrs, des premiers évêques, dont la série remonte aux temps les plus rapprochés du Calvaire. Toutefois, je ne crains pas de le dire, l'apôtre populaire de la Gaule, le convertisseur des campagnes restées en grande partie païennes jusque-là, le fondateur du christianisme national, c'a été principalement saint Martin. Et d'où vint à Martin , sur tant d'autres grands évêques et serviteurs de Dieu, cette prééminence d'apostolat? Placerons - nous Marrin au-dessus de son maître Hilaire? S'il s'agit de la doctrine, non pas assurément; s'il s'agit du zèle, du courage, de la sainteté, il ne m'appartient pas de dire qui fut plus grand du maître ou du disciple ; mais ce que je puis dire , c'est qu'Hilaire fut surtout un docteur, et que Martin fut surtout un thaumaturge. Or, pour la conversion des peuples, le thaumaturge a plus de puissance que le docteur ; et, par suite, dans le souvenir et dans le culte des peuples, le docteur est éclipsé, il est effacé par le thaumaturge.
;< On parle beaucoup aujourd'hui de raison'<44 &* Temps après la Pentecôte
nement pouï persuader les choses divines : c'est oublier l'Ecriture et l'histoire ; et, de
plus, c'est déroger. Dieu n'a pas jugé qu'il lui convînt de raisonner avec nous. Il a affirmé, il a dit ce qui est et ce qui tl'esi connue il exigeait la foi a sa parole, il .1 autorisé sa parole. Mais comment l'a-t-il autorisée ? En Dieu, non point en homme; par des œuvres, non par des raisons : non in somone^sed in virUite : non par les arguments d'une philosophie humainement persuasive : non in persuasibilibus humanœ sapientiw verbis, mais parle déploiement d'une puissance toute divine : sed in ostensione spiritus et virtutis. Et pourquoi ? En voici la raison profonde : Ut Jides non sit i)i sapientia hominum, sed in virtùte Dei : afin que la foi soit fondée non sur la sagesse de l'homme, mais sur la force de Dieu *. On ne le veut plus ainsi aujourd'hui ; on nous dit qu'en Jésus-Christ le théurge fait tortau moraliste, que le miracle est une tache dans ce sublime idéal. Mais on n'abolira point cet ordre, on n'abolira ni l'Evangile ni l'histoire. N'en déplaise aux lettrés de notre siècle, n'en déplaise aux pusillanimes qui se font leurs complaisants, non seulement le Christ a fait des miracles, mais il a fondé la foi sur des miracles ; et le même Christ, non pas pour confirmer ses propres miracles qui sont l'appui des autres, mais par pitié pour nous qui sommes prompts à l'oubli, et qui sommes plus impressionnés de ce que nous voyons que de ce que nous entendons, le même Jésus-Christ a mis dans
Saint Martin, Evoque et Confesseur. 345
l'Eglise, et pour jusqu'à la fin, la vertu des miracles. Notre siècle en a vu, il en verra encore ; le quatrième siècle eut principalement ceux de Martin.
« Opérer des prodiges semblait un jeu pour lui; la nature entière pliait à son commandement. Les animaux lui étaient soumis : « Hélas î s'écriait un jour le saint, les serpents m'écoutent, et les hommes refusent de m'entendre. » Cependant les hommes l'entendaient souvent. Pour sa part, la Gaule entière l'entendit ; non seulement l'Aquitaine, mais la Gaule Celtique, mais la Gaule Belgique. Comment résister à une parole autorisée par tant de prodiges ? Dans toutes ces provinces, il renversa l'une après l'autre toutes les idoles, il réduisit les statues en poudre, brûla et démolit tous les temples, détruisit tous les bois sacrés, tous les repaires de l'idolâtrie. Etaitce légal, me demandez-vous ? Si j'étudie la législation de Constantin et de Constance, cela Tétait peut-être. Mais ce que je puis dire, c'est que Martin, dévoré du zèle de la maison du Seigneur, n'obéissait en cela qu'à l'Esprit de Dieu. Et ce que je dois dire, c'est que Martin, contre la fureur de la population païenne, n'avait d'autres armes que les miracles qu'il opérait, le concours visible des anges qui lui était parfois accordé, et enfin, et surtout, les prières et les larmes qu'il répandait devant Dieu lorsque l'endurcissement de la multitude résistait à la puissance de sa parole et de ses prodiges. Mais, avec ces moyens, Martin changea la face de notre pays. Là où il y avait à peine un chrétien avant son passage, à peine restait-il un infiH 4<i Le Temps après la Pentecôte,
dèle après son départ. Les temples du l)ieu vivant succédaient aussitôt aux temples des
idoles ; car, dit Sulpicc Sévère, aussitôt qu'il avait renversé les asiles de la superstition, il construisait des églises et des monastères. C'est ainsi que l'Europe entière est couverte de temples qui ont pris le nom de Martin1.»
La mort ne suspendit pas ses bienfaits ; eux seuls expliquent le concours ininterrompu des peuples à sa tombe bénie. Ses nombreuses tètes au cours de l'année, Déposition ou Natal, Ordination, Subvention, liéversion, ne parvenaient point à lasser la piété des fidèles. Chômée en tous lieux -, Favorisée parle retenir momentané des beaux jours que nos aïeux nommaient l'été de la Saint-Martin, la solennité du xi novembre rivalisait avec la Saint-Jean pour les réjouissances dont elle était l'occasion dans la chrétienté latine. Martin était la joie et le recours universels.
Aussi Grégoire de Tours n'hésite pas à voir dans son bienheureux prédécesseur le patron spécial du monde entier a ! Cependant moines et clercs, soldats, cavaliers , voyageurs et hôteliers en mémoire de ses longues pérégrinations, associations de charité sous toutes formes en souvenir du manteau d'Amiens, n'ont point cessé de faire valoir leurs titres à une plus particulière bienveillance du grand
i. Cardinal Pie, Sermon prêché dans la cathédrale de Tours le dimanche de la solennité patronale de saint Martin, 14 novembre iX58. — 2. Concil. Mogunt. an. 8i3, can. xxxvi. —^3. Greg. Tur. De miraculis S. Martini, IV, in Prolog.
Saint Martin, Evoque et Confesseur. 34j
Pontife. La Hongrie, terre magnanime qui nous le donna sans épuiser ses reserves d'avenir, le range à bon droit parmi ses puissants protecteurs. Mais notre pays l'eut pour père : en la manière que l'unité de la foi fut chez nous son œuvre, il présida à la formation de l'unité nationale ; il veille sur sa durée ? comme le pèlerinage de Tours précéda celui de Compostelleen l'Eglise, la chape de saint Martin conduisit avant l'oriflamme de saint Denis nos armées au combat * . Or donc, disait Clovis, « où sera l'espérance de la victoire, si Ton offense le bienheureux Martin 2 ? »
Lisons le récit de l'Eglise, qui s'étend avec complaisance sur les derniers moments de son illustre fils, vraiment dignes en effet d'être admirés par tous.
Martinus, Sabariae in Pannonia natus , cum decimum attigisset annura, invitis parentibus ad Ecclesiam confugiens , in catechumenorum numerum adscribi voluit. Quindecim annos natus in militiam profectus, primum in Constantii, deinde Juliani exercitu militavit. Qui cum nihil haberet prreter
\h ARTIN était ne à Sabarie en Pannonie. Comme il atteignait sa dixième année, il courut malgré ses parents à l'Eglise et s'y fit inscrire parmi les catéchumènes. Parti à quinze ans pour l'armée, il servit sous Constance d'abord et ensuite sous Julien. Un jour qu'à Amiens, un pauvre mendiant nu lui demandait l'aumône au nom de Jésus-Christ, n'ayant rien
I. Quel qu'ait pu être le vêtement de saint Martin désigné par cette appellation, on sait que l'oratoire des rois de France tira de lui son nom de chapelle, passé ensuite à tant d'autres. — 2. Et ubi erit spes Victoria?, si beatus Martinus offenditur ? Greg, Tur. Historia Francorum, II, xxxvu.
arma, et vestimentutn quo tegebatur, \inbiani. pauperi ac nudo al tcuti, ut Cluisti nominc sibi eleeraosynam tribuerct, partem chlamydis dedil . Cui sequeni i nocle Christuia dimidiata illa veste indutus apparuii. banc mittens vocem : Ma ni nus çatechumenus hac me veste contexit.
DECEM- et octô annos cum haberet, baptizatus est. Quare rclicta militari vita, ad Hilarium Pictaviensem episcopum secontulïtta quo in acolvthorumnumerum redactus est. Post factus episcopus Turonensis monasterium aedificavit, ubi cum octoginta monachis sanctissime aliquamdiu vixit. Qui cum postea ad Candacensem vicum suas diœcesis in gravem febrim incidisset, assidua Deum oratione precabatur, ut se ex illo mortali carcere liberaret. Quem audientes discipuli, sic rogabant : Cur nos pater deseris ? cui nos miseros derelinquis ? Quorum voce commotus Martinus , ita Deum orabat : Domine , si adhuc populo tuo sum necessarius, non recuso laborem.
ont il était couve 1 1. il | .h - blamyde ave
' ' la nuit su i I le Chrisl lui appai ut -
et il disait : Mai tin catéchumène m'a revêtu : ment .
ADIX-HT'IT ans, il fut baptise. Renonçant des lors à la vie militaire, il se rendit près d'Hilaire, évêque de
Poitiers, qui le mit au nombre des acolythes de son église. Fait par la suite évêque de Tours, il mena une vie très sainte avec quatrevingts moines, dans le monastère qu'il y bâtit. Saisi à Gande, bourg de son diocèse, d'une fièvre très grave, il priait instamment Dieu qu'il le délivrât de cette prison mortelle. Ce qu'entendant, ses disciples le suppliaient : Père, pourquoi nous abandonnez-vous? à qui nous laissez-vous dans notre malheur ? Et Martin, ému de leurs larmes, disait à Dieu : Seigneur, si je suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse pas le travail.
Saint Martin, Évèque et Confesseur. 34g
Et comme malgré Ja violence de la fièvre, ses disciples le voyaient prier constamment tourne vers le ciel, ils le supplièrent de se laisser changer de position quelque temps, pour que le mal prit quelque relâche et lui permit de reposer. Mais Martin : Laissez-moi, dit il, regarder le ciel plutôt que la terre, pour que mon âme sur le départ trouve son chemin vers le S e i g n e u r. Comme la mort approchait, vovant l'ennemi du genre humain, il dit : Que fais-tu là, bête cruelle ? tu ne trouveras rien en moi pour toi. Ce fut en prononçant ces mots , qu'âgé de quatre-vingt-un ans, il rendit à Dieu son âme. Elle fut reçue par le chœur des Anges, dont plusieurs personnes ouïrent les divines mélodies, spécialement l'évêque de Cologne saint Séverin.
C ed cuni eum in illa
^J vehementi febre supinum orantem vidèrent discipuli, suppliciter ab eo petierunt, ut converso corpore tantisper, dum remitteret morbi vis,pronus conquiesceret . Quibus Martinus, Sinitc me, inquit, cœlum potius , quam terram aspicere , ut suo jam itinere iturus ad Dominum spiritus dirigatur. Instante j a m morte, viso humani generishoste, Quid, inquit, astas, cruenta bestia ? nihil in me funeste reperies. Ea in voce, unum et octoginta annos natus, animam Deo reddidit . quam Angelorum chorus excepit, eosque divinas canentes laudes multi, in primisque sanctus Severinus Coloniensis episcopus, audierunt.
T ous donnons ici les belles Antiennes des Vêpres de la fête. Les cinq premières sont composées de passages de Sulpice Sévère en sa lettre à Bassula, où il raconte !a mort du bienheureux , complétant ainsi le livre qu'il avait écrit de la Vie de saint Martin pendant que celui-ci vivait encore.
S es disciples dirent au bien- I F \ IXERUNT discipuli heureux Martin : Père, L/
ad beatum Marti/ / emps après la Iyoit<
num : Cur nos pat seris, ;iut cui n<>s desolatos relinquis ': Invadcnt cnim gre^cm tuum lupi râpa.
Domine, si ad hue populo tuo sum necessa • riu<, non recuso laborem : fiât voluntas lua.
O virum ineffabilem, nec laborc victum, nec morte vincendum, qui nec mori timuit, nec viverc recusavit !
Oculis ac manibus in cœlum semper intentus, invictum ab oratione spiritum non relaxabat. Alléluia.
Martinus Abrahae sinu laetus excipitur : Martinus, hic pauper et medicus, cœlum dives ingreditur, hymnis cœlestibus honoratur.
O beatum virum, cujus anima paradisum possidet : unde exsultant A n g el i , la?tantur Archangeli. chorus Sanctorum proclamât , turba Virginum invitât, Mane nobiscum in aeternum.
O beatum Pontificem,
qui totis visceribus dili• gebat Christum Regem, et non formidabat imperii principatum : o sanctissima anima, quam etsi gladius persécutons non
pourquoi nous abandoi roua : à qui n'-us Lait vous dans notre mail l)cs Lolipi ravisseurs le jetteront sur votre troupeau.
Seigneur, si |e suis encore nécessaire à votre peuple, je ne refuse pas le travail : qu'il en soit ce que décider;: volonté.
Homme ineffable ! ni le labeur ne l*a vaincu, ni la mort ne le saurait vaincre, ne craignant point de mourir, ne refusant point la vie.
Les yeux et les mains continuellement levés vers le ciel, l'esprit infatigable, il ne donnait nulle trêve prière. Alléluia.
Martin est accueilli au sein d'Abraham dans la joie ; Martin, pauvre et humble ici-bas, fait son entrée au ciel dans l'abondance, célébré par les chants des cieux.
O bienheureux homme, dont l'âme est en possession du paradis ! Aussi les Anges tressaillent, les Archanges se réjouissent, le chœur des Saints publie sa gloire, les Vierges l'entourent et elles disent : Demeurez avec nous toujours.
O bienheureux Pontife , qui par toutes les fibres de son être aimait le Chribt Roi, et ne redoutait point les puissants de ce monde ! ô àme très sainte, que le glaive du persécuteur n'a point seSaint Martin, Evèque et Confesseur. 35 i
parce de son corps, et qui abstulit , palmam tamen pourtant n'a pas perdu la martyrii non amisit. palme du martyre.
L'un des plus illustres et dévots clients de saint Martin, saint Odon, Abbé de Cluny, composa en son honneur l'Hymne suivante. Les fidèles trouveront aux Communs de leurs livres d'Offices l'Hymne plus ancienne, Iste Conf essor, à la rédaction modifiée depuis, il est vrai, mais qui , primitivement, chanta l'Evêque de Tours et les miracles opérés au tombeau de ce premier des justes non martyrs honorés dans l'Eglise entière.
Christ Roi, de Martin la gloire : vous êtes sa louange, il est la vôtre ; vous honorer en lui, comme luimême en vous, est notre désir.
Vous qui d'un pôle à l'autre du monde faites briller la perle des Pontifes, délivrez-nous par son très grand mérite des lourds péchés qui nous oppressent.
Il était pauvre ici-bas et humble : et voici qu'au ciel il fait son entrée dans l'abondance, cjue les phalanges des cieux viennent au-devant de lui, que toute langue, toute tribu, toute nation applaudit au triomphe.
Rex Christe , Martini decus, Hic laus tua, tu illius : Tu nos in hune te colère, Quin ipsum in te tribue.
Qui das per orbis cardines, Q u o d gemma fulget
Prassulum ; Da quos premunt culpse
graves, Solvat per ingens meritum.
En paupor hic et modicus Cœlum dives ingreditur; Cœii cohortes obviant, Linguse , tribus, gentes
ovant.
Le Tem p .s après Ij Petti
Ut vita. fulgCl trniiM- lu-,
Cœlis el arvo splendidus ; Gaudere cunétis pimn
Cunctis ->,;lus si t ha.c dit -.
Martine, par Apostolis,
Festuna colentes tu fove ; (v)ui vivcrc discipulis Vis, aut mori, nos respice.
Fac nunc quod oliril gesse ras. Tu Praesules ciarifica, Auge decus Ecclesiae,
Fraudes relide Satance.
Qui ter chaos evisceras, Mersos reatu suscita : Diviseras ut chlamydem, Nos indue justitiam.
Ut specialis glorine Q uondam recorderis
tua;, Monastico nunc Ordini, Jam pêne lapso, subveni.
Sit Trinitati gloria, Martinus ut confessus
est ; Cujus fidem per opéra
Cou ■
1 1, admiration de la terre ei des cicux .
pour t le pie que
se réjouir ; pour tou^ que ce jour soit un jour de -alut.
Mutin, l'égal des Apôtres,
/-nous célébrant votre fête; jetez SUftlOUS les yeux, vous qui pour vos disciples demeurez prêt à vivre comme à mourir.
Faites maintenant ce que vous fîtes autrefois : des Pontifes faites briller les vertus, de l'Eglise ac c ro i sse z la gloire, de Satan déjouez les embûches.
Vous qui trois fois avez dépouillé l'abîme, sauvez ceux que leurs fautes ont engloutis ; en souvenir du manteau partagé , revêteznous de justice.
Et vous rappelant cette gloire qui dans le temps Fut vôtre à titre spécial, de l'Ordre monastique aujourd'hui presque éteint montrez-vous le secours.
Gloire soie à la Trinité, dont par sa vie Martin fut le confesseur; puisse- 1- il faire que chez nous aussi la
Saint Martin, Evêque et Confesseur. 353
foi en soit appuyée par les œuvres. Amen.
In nos et ipse roboret. Amen.
Adam de Saint-Victor consacre au grand Evêque de Tours une de ses plus enthousiastes productions.
S ion, sois dans la joie en célébrant le jour où Martin , l'égal des Apôtres , triomphant du monde, est couronné parmi les habitants des cieux.
C'est lui Martin, l'humble et le pauvre , le serviteur prudent, le fidèle économe : au ciel, à lui la richesse et la gloire, devenu qu'il est concitoyen des Anges.
C'est lui Martin , qui catéchumène revêt un pauvre, et le Seigneur, dès la nuit suivante, a revêtu la manteau.
C'est lui Martin, qui dédaignant les armes, offre d'aller sans nulle défense. audevant des ennemis; car il est baptisé.
G AUDE Sion, quœ diem recolis, Qua Martinus, compar
Apostolis, Mundum vincens, junctus cœlicolis Coronatur.
Hic Martinus, pauper
et modicus, Servus prudens, fîdelis
villicus, Cœlo dives, civis angelicus
Sublimatur.
Hic Martinus, jam catechumenus Nudum vestit, et nocte
protinus In sequenti, hac veste
Dominus
Est indutus.
Hic Martinus, spernens
militiam, Inimicis inermis obviam Ire parât, baptismi gratiam
Assecutus.
354 I<c Temps après ta PenU
Hic Martinus, Juin ■ -!-
fert hostiam, Intus ardet pet I) ■:
gratiam : Supersedens n p p 1 1 e t
etiara
Globus ignis.
] I ic Martinus, qui ccelum reserat,
Mai i praeesl et teri is imperat,
Morbos sanat et monstre superat, Vir insignis.
Hic Martinus nec mori
timuit, Nec vivendi laborem
respuit, Sicquè Dei se totum
tribuit
Voluntati.
Hic Martinus, qui nul 1 i
nocuit, Hic Martinus, qui cunctis profuit. Hic Martinus, qui frinae
placuit
Majestati.
Hic Martinus, qui fana
destruit, Oui gentiles ad fidem
imbuit, Et de quibus eos insiituit,
Operatur.
Hic Martinus, qui tribus mortuis
t lui Martin, qui (offrant l'hostie sainte,
vinc grâce, tandis q u'ufl nait sur sa tête.
C'c-l lui Mai lin, qui ouvre le ciel, commande à l'océan, donne des ordres à la terre, guérit les maladies, chasse les monsl : l'homme incomparable î
C'est lui Martin, qui ne craignit point de mourir , qui ne refusa point le labeur de vivre, et de la sorte
à la divine volonté s'abandonna tout entier.
C'est lui Martin, qui ne nuisit à personne ; c'est lui Martin, qui fit du bien à tous; c'est lui Martin, qui plut à la trine Majesté.
C'est lui Martin, qui renverse les temples, lui qui instruit dans la foi les gentils, et de ce qu il enseigne leur donne en ses œuvres l'exemple.
C'est lui Martin, qui sans pareil en mérites, rend la
Saint Martin, Evèqne et Confesseur. 355
vie a trois morts ; maintenant il voit Dieu pour toujours.
O Martin, pasteur excellent, o vous qui faites partie de la céleste milice, défendez-nous contre la page du loup furieux.
O Martin, faites maintenant comme autrefois : offrez pour nous à Dieu vos prières ; souvenez-vous, pour ne jamais l'abandonner, de cette nation qui est votre.
Amen.
Meritis dat vitam praecipuis :
Nunc momentis Deum continuis Contemplatur/
O Martine, pastor egregie, O cœlestis consors militiae, Nos a lupi dcfendas rabie
Sa.'vientis.
O Martine, Tac nunc
quod gesseras, Deo preces pro nobis
offeras, Esto memor. q u a m
nunquam deseras
Turc gentis. Amen.
saint Martin, prenez en pitié la profondeur de notre misère ! L'hiver, un hiver plus funeste que celui où vous partagiez votre manteau, sévit sur le monde; beaucoup périssent dans la nuit glaciale causée par l'extinction de la foi et le refroidissement de la charité. Venez en aide aux malheureux dont le fatal engourdissement ne songe pas à demander de" secours. Prévenez-les sans attendre leur prière, en souvenir du Chrisi. dont se recommandait le pauvre d'Amiens, tandis qu'eux ne savent plus trouver son nom sur leurs lèvres. Pire que celle du mendiant est cependant leur nudité, dépouillés qu'ils sont du vêtement de la grâce que se transmettaient, après l'avoir reçu de vous, leurs pères.
/ / n i i .7/ èi la Pente*
Combien lamentable est devenu surtout le dénuement tic ce pays Je France, que v< aviez rendu riche autrefois des bénédictions du ciel, et dans lequel vos bienfaits furent
reconnus par de telles injures! Daigne/ considérer pourtant que nos jours ont vu commencer la réparation, près du saint tombeau rendu à notre culte filial. Ayez égard a la piété des grands chrétiens dont le cœur sut se montrer, comme la générosité des foules, à la hauteur des plus vastes projets ; voyez, si réduit que le nombre en demeure encore, les pèlerins reprenant vers Tours le chemin que peuples et rois suivirent aux meilleurs temps de notre histoire.
Cette histoire qui fut celle des beaux jours de l'Eglise, du règne du Christ Roi, ô Martin, serait-elle finie ? Laissons l'ennemi sceller déjà en pensée notre tombe. Mais le récit de vos prodiges nous apprend qu'il vous appartient de redresser sur leurs pieds les morts mômes. Le catéchumène de Ligugé n'étaitil pas rayé du nombre des vivants *, quand vous le rappelâtes à la vie , au baptême ? Fussions-nous comme lui déjà parmi ceux dont le Seigneur ne se souvient plus 2, l'homme ou le pays qui a Martin pour protecteur et pour père ne saurait abandonner l'espérance. Si vous daignez garder souvenir de nous, les Anges viendront redire au Juge suprême : C'est celui-là, c'est la nation, pour qui Martin prie; et ils recevront l'ordre de nous retirer des lieux obscurs ou végètent les peuples sans gloire, pour nous rendre à Martin, aux nobles
I. Psalin. lxvih, 29. — 2. Psalni. lxxxvii, 6.
Saint Martin, Evèqite et Confesseur. 35 y
destinées que nous valut sa prédilection *.
Nous savons néanmoins que votre zèle pour l'avancement du règne de Dieu ne connut pas de frontières. Inspirez donc, fortifiez, multipliez les apôtres qui poursuivent sur tous les points du monde, comme vous le fîtes chez nous, les restes de l'infidélité. Ramenez l'Europe chrétienne, où votre nom est demeuré si grand, à l'unité que l'hérésie et le schisme ont détruite pour le malheur des nations. Malgré tant d'efforts contraires, gardez à son poste d'honneur, à ses traditions de vaillante fidélité, le noble pays où vous naquîtes. Puissent partout vos dévots clients éprouver que le bras de Martin suffit toujours à protéger ceux qui l'implorent.
Au ciel aujourd'hui, chante l'Eglise, « les Anges sont dans la joie, les Saints publient votre gloire, les Vierges vous entourent et elles disent : Demeurez avec nous toujours 2 ! » N'estce pas la suite de ce que fut votre vie sur terre, où vous et les vierges rivalisiez d'une vénération si touchante 3 ; où Marie leur Reine, accompagnée de Thècle et d'Agnès, se complaisait à passer déjà de longues heures en votre cellule de Marmoutier , devenue , nous dit votre historien, l'égale des pavillons des Anges 4 ? Imitant leurs frères et sœurs du ciel, vierges et moines, clercs et pontifes se tournent vers vous, sans nulle crainte que leur multitude ne nuise à aucun d'eux à vos pieds, sachant que votre seule vie suffit à
i. SULPIT. Sev. Vita, vu. — 2. Ant. ad Magnificat in I'* Vesp. — 3. Sulpit. Sev. Dialo^. I (H. 8. 12),
358 Le Temps après la Pente* les éclairer tous, qu'un regard de Martin
leur assurera les bénédictions du Seigneur.
S?\RIGINAIRE d'Egypte, le soldat Mennas
K^ devint, après sou martyre, le protecteur d'Alexandrie. Il n'est pas rare de rencontrer, encore aujourd'hui, des ampoules rapportées autrefois par les pèlerins qui les remplissaient
de l'huile brûlant à son tombeau. Disons avec l'Eglise :
PRiESTA, quaesu m u s omnipotens Deus : ut qui beati Mennae Martyris tui natalitia colimus , intercessione e j us in tui nominis araore roborcinur. Per Dominura.
AÇCQRDEZ à notre pi Dieu tout-puissant, que nous, qui célébrons la naissance au ciel du b:enheurcux Mennas votre Martyr, soyons par son intercfortihés dans l'amour de votre nom. Par Jésus-Chri=>t.
Rendant que Taffluence des peuples au tombeau de l'évoque de Tours amenait son troisième successeur, Perpétuus, à élever sur ses restes précieux la basilique où devaient s'accomplir tant de prodiges durant le moyen âge entier, Rome elle-même dédiait à Martin une de ses plus nobles églises, en l'associant, comme titulaire du glorieux édifice, à son illustre Pontife et Confesseur Silvestre. Dans l'éclat de sa double auréole, Saint-Martinaux-Monts consacrait dignement pour la Ville éternelle le culte des Confesseurs à côté de celui des Martyrs. Mais une autre gloire attendait l'auguste sanctuaire.
Au thaumaturge apôtre, au pontife de la paix, tous deux vainqueurs de l'idolâtrie et n'ayant dû d'échapper au glaive qu'à la conversion des bourreaux, le dernier Pape Martyr, shonorant lui aussi du nom de Martin, devait venir longtemps après la disparition des persécuteurs païens demander l'hospitalité de la tombe. « De tous ses prédécesseurs ayant suivi les temps de Constantin , dit Baronius, Martin Ier fut le plus heureux : jugé
B6o Le Temps après la Pent<
digne de souffrir plus qu'eux tous pour le nom de Jésus-Christ, il eut la bonne fortune de trouver Dece et Dioclétien dans un prince baptisé 1. »
L'empereur ainsi flétri par le grand annaliste s'appelait Constant II. Petit-fils d'Héraclius, qui lui du moins valut au monde chrétien quelques années glorieuses, il n'hérita de son aïeul que la byzantine prétention dimposer ses édits dogmatiques à l'Eglise. Comme l'Ecthèse d'Héraclius, le Type de Constant afficha l'intention d'imposer silence aux catholiques aux prises avec l'cutychianisme rajeuni sous le nom de monothélisme. Déjà saint Léon II nous a, le xxvm juin, initiés à ces luttes concernant l'intégrité respective des natures humaine et divine en THomme-Dieu. L'Eglise pouvait-elle, sans protestation, laisser dire de l'Epoux qu'il n'avait pris d'Adam qu'un semblant d'humanité, comme eût été cette nature tronquée, décapitée de la volonté, que rêvaient pour lui les sectaires nouveaux ?
Martin Ier , mieux inspiré qu'Honorius, comprit le péril, et sut non moins réparer le passé qu'assurer l'avenir. A peine monté au Siège apostolique, il réunit en cette église du Sauveur dont nous célébrions la dédicace il y a peu de jours, une des plus belles assemblées conciliaires qui s'y tinrent jamais. « Sonnez de la trompette/criez sur la montagne ; soldats de Dieu, réveillez-vous3! » Ainsi, dès le début, faisait justice d'un siI. BARON. Ad ann. 65 I. — 2. Conclusion du discours d'ouverture, MANSI X. 870.
Saint Martin Ier, Pape et Martyr. 36 1
lcnce fatal ce concile de Latran de 649, qui vengea l'honneur de l'Eglise. A la lecture de ses splendides et larges définitions, présentant au monde dans son adorable intégrité le Fils de la Vierge' Mère, on se rappelle, mais combien triomphante, la solennelle déclaration du prétoire au grand Vendredi : Voila l'homme ! ! oui certes, ô notre Dieu Sauveur ; le plus achevé, le plus parfait, le plus beau de ses frères.
Et quel soulagement, pour l'âme, que le spectacle des impériales élucubrations retournées avec leurs qualifications de scélérates et d'impies au césar byzantin 2, qui tenait à sa merci dans Rome encore dépendante le Pontife désarmé ! Martin Ier pouvait, comme Paul, prendre à témoin l'Eglise de Dieu 3 qu'il ne s'était point dérobé au devoir d'éclairer le troupeau 4 ; il pouvait rappeler aux pasteurs le prix dont le Christ avait acheté les brebis confiées à leur garde 5 : lui, comme Paul, était prêt 6. Son martyre allait assurer le triomphe final, dont le sixième concile général et saint Léon II étaient appelés à recueillir les fruits.
Les Grecs célèbrent au xm avril la fête du glorieux Pontife, qu'ils appellent « un coryphée des dogmes divins, l'honneur du Siège de Pierre, celui qui sur la Pierre divine a maintenu l'Eglise inébranlée 7. »
I. Johan. XIX, 5. — 2. Impiissimam ccthesim.scelerosum typum. Canon xvm. Mansi, X, 1 1 58, — 3. Epist encyclica promulgationis concilii. Ibid. 1 178. — 4. Act xx, 26, 27. — 5. Ibid. 28. - 6. Ibid. 22-24. — 7. Menaea. xm april.
3Ô2 Lé Temps après la Pentd
Voici la brève notice que Rome lui consacre en sa Liturgie.
Maki [nus, Tuderti in I ni1 ria natus. initia pontificatua, et liit er i s et legatiootbua
missis operam dédit, ut P a u ) u m Constantinopplitanum Patriarcham a nefaria haeresi ad catholicœ fidei veritatem revocaret. Qui Constante imperatore haeretico fretus, eo amenda; progressus fuerat, ut Sedis apostolicœ legatos varie in insulas relegar i t . Quo ejus scelere commotus Pontifex, coacto Romae conciiio centum quinque episcoporum, eum condemnavit.
OL'.E causa fuit Constanti mittendi in Italiam Olvmpium exarchum, ut Martinum pontifîcem interfîciendum ,
I aut ad se perducendum curaret. Igitur Olvmpius Romam veniens lictori mandat, ut Pontificem, dum in basilica sancta? Marias ad Praesepe Missarum solemnia celebraret, occideret.
I Quod ubi lictor aggre. ditur, crecus repente factus est.
Mli en Ombrie, chercha au commencement de son pontificat, par lettres et tions, à ramener d'une h : impie à la vérité de la foi catholique Paul, patriarche de Constantinople. Mais f>rde l'appui de l'empereur Constant, lui-même hérétique, Paul alla jusqu a ce degré de folie que de reléguer les nonces du S apostolique en diverses Le Pape, outre d'un pareil crime , rassemble à Rome un concile de cent cinq ques et porte contre lui une sentence de condamnation.
L 'EMPEREUR alors envoie en Italie l'exarque Olvmpius avec ordre de tuer Le Pontife ou de le lui faire amener. Olvmpius. venant donc à Rome, commande à un licteur de frapper Martin, pendant que celui-ci célébrait solennellement la Messe dans la basilique de Sainte-Marie de la Crèche. Mais comme le licteur se disposait à obéir, il fut soudain frappé de cécité.
Saint Martin Ier, Pape et Martyr. 363
Constant se vit depuis lors en butte à mille calamités, sans pour cela devenir meilleur. Théodore Calliopas, chargé à son tour de la mission d'arrêter le Pontife, se saisit de lui patruse. Conduit à Constanti nople , Martin fut de là relégué dans la Chersonèse ; il y mourait la veille des ides de novembre, des misères qu'il avait endurées pour la foi. Dieu lui donna la gloire des miracles. Son corps fut plus tard rapporté à Rome , et déposé dans l'église dédiée sous le nom des saints Silvestre et Martin. Il gouverna l'Eglise six ans , un mois et vingt-six jours. Il fit deux ordinations au mois de décembre, dans lesquelles il créa onze prêtres, cinq diacres, et trentetrois évêques pour divers lieux.
CO N S T A N T I autem imperatori ex e o tempore multœ calamitates inciderunt : quibus nihilo melior factus, Theodorum Calliopam ad Urbem mittens, imperat ut Pontifici manus injiciat. A quo per fraudem captus Martinus, et Constantinopolim perductus, deinde in Chersonesum relegatus, ibi o b catholicam fidem nerumnis confectus, pridie idus novembris cessit e vita clarus miraculis. Cujus corpus Romain postea translatum, in ecclesia conditum est, qoae sanctorum Silvestri et Martini nomine dedicata erat. Prœfuit Kcclesia; annos sex, mensem unum, dies viginti sex.Habuit ordinationes duas mense decembri, quibus creavit presbyteros undecim , diaconos quinque,episcopos per diversa loca triginta très.
Cil est juste que l'humanité honore ses ' membres dans la mesure où eux-mêmes l'ont honorée, vous méritez, saint Pontife, qu'elle vous garde un glorieux souvenir. Car, non seulement vos admirables vertus furent de celles qui imposent le respect de la terre aux puissances des cieux ; mais l'homme vous doit d'avoir vu l'enfer contraint à s'hu3 64 Le Temps après la Penta
milicr devant sa nature : divinisée sans nulle réserve en la personne du l'ils de Dieu, c'est grâce à vous qu'elle fut pleinement reconnue telle malgré les dénégations parties de l'abîme, malgré la conjuration des sages du monde unis aux puissants pour prêter mainforte aux esprits de ténèbres, et faire la nuit sur cette noblesse incomparable des fils d'Adam.
Quel est donc le mystère de cette complicité que l'ennemi de l'homme, Satan, est toujours assuré de trouver dans l'homme pour l'amoindrir et pour le perdre ? Mais Lucifer ne futil pas à lui-même tout d'abord son unique ennemi ? et sa folie s'explique-t-elle mieux que celle de la chétive créature qu'il égare à sa suite, jusqu'à l'absurde, dans les sentiers d'orgueil où lui-même s'est perdu le premier.' Car c'est l'orgueil qui rit de lui le prince des insensés comme le père du mensonge. Son intelligence, la plus haute cependantqui fût aux cieux, ne résista pas au poison de la superbe oui la troubla en l'arrêtant à se complaire dans son néant de créature, en l'amenant à retenir captive la vérité qu'il connaissait de Dieu i. pour suivre l'ombre de préférence à la lumière. Ainsi arrive-t-il qu'à l'exemple de Satan, les hommes, abaissant Dieu pour s'exalter eux-mêmes, s'évanouissent aans leurs pensées 2 jusqu'à ces déviations de l'esprit, aussi bien que du cœur et des sens, qui jettent dans la stupeur Târne restée droite et simple en son humilité.
Gardez-nous donc, ô saint Pontife. MainI. Rom. I, 18. — 2. Ibid. 21.
Saint Martin 7er, Pape et Martyr. 365
tenez en nous l'intelligence du don de Dieu. Que le Psalmiste n'ait à redire d'aucun de nous : L'homme, élevé en honneur, n'a pas compris; il s'est ravalé de lai-même au niveau de la bête i. Que l'éternelle Sagesse qui nous appelle à son alliance 2, n'ait point à gémir de nous voir lui préférer la mort3.
Et en môme temps, apprenez-nous que, pour Thonneur de Dieu non moins que pour celui de l'homme, un pareil don, l'intégrité de l'incarnation du Seigneur, est de ceux qui n'attendent pas le laissez-passer des politiques ou le visa des prétendus sages ; qu'il est celui-là même dont l'Apôtre a dit : Il faut le croire de cœur pour être justifié, le
Epargnez pour toujours à l'Eglise la douloureuse situation que put seul dénouer l'héroïsme de votre martyre.
i. Psalm. XLViir, i3, 21. — 2. Prov. vu, 4. —