L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 68)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 10-15, éd. 1911 (OCR) · 70 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

3. Sap. 1, 16. — 4. Rom. x, 10.

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ta humble frère lai, Diego de SaintNicolas, rejoint au cieK près de son père saint François, Bernardin de Sienne et Jean de Capistran qui le précédèrent de quelques années. Ceux-ci ont laissé l'Italie, l'Europe entière, vibrantes toujours des échos de leur voix qui pacifiait les villes au nom du Seigneur Jésus, et lançait des armées au-devant du Croissant vainqueur de Byzance. Le siècle qu'ils contribuèrent si puissamment à sauver des suites du grand schisme et à rendre à ses chrétiennes destinées, ne connut guère de Diego que son admirable charité lors de ce jubilé de 1450, aux résultats, il est vrai, si précieux : Rome, redevenue pratiquement non moins que théoriquement la ville sainte aux veux des nations, vit les pires fléaux impuissants à retenir loin d'elle ses lils * ; l'enfer, débordé par le courant inouï qui, des quatre coins du monde, amenait les foules aux sources du salut, en fut retardé de soixante-dix ans dans son œuvre de ruine.

Le bienheureux garde-malades de l'Ara

Saint Diego, Confesseur. 36

Cœli cjui se dépensait alors au service des pestiférés, n'eut sans doute à de tels résultats qu'une part bien minime aux yeux des hommes, surtout si on la rapproché de celle des grands apôtres franciscains ses frères. Or cependant voici que l'Eglise de la terre, interprète fidèle de celle des cieux, honore aujourd'hui Diego des mêmes honneurs que nous l'avons vue rendre à Bernardin et à Jean. Qu'estce à dire sinon derechef que, devant Dieu, les hauts faits des vertus cachées au monde ne le cèdent point à ceux dont l'éclat ravit la terre, si procédant d'une même ardeur d'amour, ils produisent dans l'âme un même accroissement de la divine charité ?

Le pontificat de Nicolas V qui présida l'imposant rendez - vous des peuples aux tombeaux des Apôtres en 1450, fut aussi et demeure justement admiré pour l'essor nouveau qu'il donna sur les sept collines au culte des lettres et des arts; car il appartient à l'Eglise de faire entrer dans sa couronne, à l'honneur de l'Epoux, tout ce que l'humanité estime à bon droit grand et beau. Présentement néanmoins, quel humaniste d'alors, ainsi qu'on appelait les lettrés de ce temps, ne préférerait la gloire du pauvre Frère mineur sans lettres à celle dont les éphémères ravons lui firent si vainement se promettre l'immortalité ! Au quinzième siècle, comme toujours, Dieu choisit le faible et l'insensé pour confondre les sages 1; l'Evangile a toujours raison.

368 Le Temps après la PcntccnU'.

Lisons la lumineuse vie Je cet dans le livre de la sainte Eglise.

ignorant

DIDACUS Hispanus, ex oppido sancti Nico lai de Portu diœcesis Hispalensis, ab ineunte œtate pti sub sàcerdotis disciplina, sanctions vitae solitaria in ecclcsia tyrocinium exe r cuit. Deinde ut firmius Deo. se conjungeret, in conventu de Arizzafa fratrum Minorum (quos Observantes vocant) sancti Francisci regulam in statu laicali professus est. M a g n a ibi alacritate humilis obedientiœ et regularis observantiae jugum subiens, contempiationi in primis deditus, mira Dei luce perfundebatur, adeo ut de rébus cœlestibus, litterarum expers,mirandum in modum et plane divinitus loqueretur.

/^ANARIIS in insulis, ^-* ubi fratribussui Ordinis prœfuit, multa perpessus, martyrii œstuans desiderio, plures infidèles verbo et exemplo ad Christi fidem

Dn'(.< tio

. nol de nation, naquit au bourg

de Saint-Nicolas du Pori au diocèse de Sévi] le. Dèfl

son plus jeune âge, il s'exerça dans une église solitaire, sous la conduite d'un bon prêtre, à mener une vie sainte. Plus tard, voulant s'attacher à Dieu par dc> liens plus forts, il fit profession de la règle de saint François comme frerc lai. au couvent d'Arrizafa des frères Mineurs de l'Observance. Grande y fut son ardeur à porter le joug de l'humble obéissance et de l'observance régulière. La contemplation, qui faisait ses plus chères délices, le remplissait de la lumière de Dieu si abondamment que, bien qu'il fût sans lettres, il s'exprimait sur les choses du ciel d'une manière admirable et toute divine.

ON l'envoya aux îles Canaries, où il gouverna les frères de son Ordre et eut beaucoup à souffrir, brûlant qu'il était de la soif du martyre, et travaillant à convertir, comme il fit par sa

I. Nom qui n'est autre que celui de Jacques, et rappelle le Patron des Espagnes.

Saint Diego, Confesseur.

36 o parole et son exemple, plusieurs infidèles à la foi de Jésus-Christ. Venu à Rome en l'année du jubilé, sous le pontificat de Nicolas V, on lui confia le soin des malades au couvent de l'Ara Cœli. Tel fut en cet oflice le zèle de sa charité, que bien que la Ville souffrit de la disette, le manque du nécessaire ne se fit jamais sentir aux malades. On le voyait parfois nettoyer leurs ulcères de ses lèvres. Grande était en lui la foi, et la grâce des guérisons lui fut donnée : dans sa profonde dévotion pour la Mère de Dieu, il prenait de l'huile de la lampe qui brûlait devant son image, en oignait les malades, les marquant dû-signe de la croix, et un grand nombre furent ainsi guéris miraculeusement.

Enfin, étant à Alcala, il comprit qu'il allait mourir. Couvert pour vêtement d'une tunique déchirée et usée, il jeta les yeux sur la croix, et avec singulière dévotion prononça ces mots de l'hymne sacrée : Doux bois, doux sont tes clous, doux ton fardeau, toi qui fus digne de porter le Roi et Seigneur des cieux ! Ce qu'achevant, il rendit à Dieu son âme, la veille des ides de novembre, l'an du Sei~

convenit. Komam veniens anno jubilaei, Nicolao quinto Pontifice, aegrotorum curae in conventu Arae Cœli destinatus, eo caritatis affectu munus hoc exercuit, ut Urbe annonae inopia laborante, aegrotis tamen. quorum aliquando ulcéra ctiam lambendo abstergebat, nihil penitus necessarium defecerit. Kxiinia quoque fides et gratia curationum in eo eluxit, cum lampadis, qua? collucebat ante imaginem beatissima? Dei Genitricis, quam summa devotione colebat, oleo segros inungens , signo crucis impresso, m u 1 t o r u m morbos mirabiliter sanaverit.

Demi: M Complut i finem sibi vitœ adesse intelligens , lacera et obsoleta indutus tunica, conjectis in crucem oculis, singulari devotione illis verbis ex sacro hymno pronuntiatis : Dulce lignum, dulces clavos , dulcia ferens pondéra, quae fuisti digna portare Regem cœ- îorum et Dominum, animam Dco reddidit. pridie idus novembris, anno

?7Ô Le Temps après (à Fentei

gneur mil quati e - su cante-trois. Son corps fut gardé non enseveli plusieurs mois, afin d ■ - il isfai pieux désir de ceux qui ;ifauaienl pour le ?oii : comme s'il eût revêtu déjà l'incorruptibilité , il exhalait une odeur très suave. Nombreux autant qu'éclatants furent ses miracle-, t S Quint, Souverain Pontife, l'inscrivit au nombre des Saint-.

Domini supra millesimum quadringentesimo sexagesimo tertio. Ejus corpus cum menses non paucos (ut pio confluentium desiderio fie tis) insepultum mansisset, quasi jam incorruptionem inducrit, odorem suavissimum elllavit. Jllum multis et illustribus miraculis clarum Sixtus quintus Pontifes Maximus Sanctorum numéro adscripsit.

Dieu tout-puissant et éternel qui, par une disposition admirable, faites choix de ce qui est faible en ce monde pour confondre ce qui est fort; daignez accorder à notre humilité que par les pieuses prières du bienheureux Diego, votre Confesseur, nous méritions d'être élevés à la gloire éternelle des deux 4. » C'est la demande que l'Eglise fait monter vers le Seigneur à toutes les heures liturgiques de cette fête emi est la vôtre, ô Diego. Appuyez ses supplications; votre crédit est grand* près de Celui que vous suivîtes avec tant d'amour dans la voie de Thumilité et de la pauvreté volontaire. Voie royale en toute vérité, puisque c'est elle qui vous amène aujourd'hui à ce trône dont l'éclat fait pâlir tous les trônes de la terre. Même ici-bas, combien à cette heure votre humaine renommée dépasse celle de tant de vos contemporains non moins oubliés qu'ils furent illustres un

I. Collecte de la fête.

Saint Diego, Confesseur. 3ji

jour ! C'est la sainteté qui distribue les seules couronnes durables pour les siècles présents comme pour les éternels ; car c'est en Dieu qu'est le dernier mot comme la suprême raison de toute gloire, de môme qu'en lui est le principe de la seule vraie félicité pour cette vie et pour l'autre. Puissionsnous tous, à votre exemple et par votre aide, ô Diego, en faire la bienheureuse expérience.

| ontemporain de François de Sales et de Vincent de Paul, Josaphat Kuncewicz a l'allure d'un moine grec du xie siècle, pénitent à la façon d'un ascète de la Thébaïde. Etranger à la culture intellectuelle de l'Occident, il ne connaît que les livres liturgiques et les textes sacrés à l'usage de son Eglise ; prêtre, archimandrite, réformateur de son Ordre basilien, et enfin archevêque, il combat toute sa vie contre les conséquences du schisme de Photius ; et martyr, il cueille enfin dans cette lutte la palme de la victoire. Cependant la scène se passe en pleine Europe, dans des contrées soumises alors à la Pologne catholique, sous le règne du plus pieux de ses rois. Comment expliquer ce mystère ?

« Au lendemain des invasions mongoles, la Pologne reçut dans ses bras bien plus" qu'elle ne conquit la nation ruthène, c'est-à-dire les Slaves durit grec du Dnieper et de la Dwina, qui avaient formé autour de Kiew, leur métropole religieuseet leur capitale, le noyau primitif de cette puissance, appelée aujourd'hui la Russie. En faisant participer à sa vie

Saint Josaphat, Evêque et Martyr. 3y3

nationale ces frères séparés, mais non pas ennemis de l'unité romaine, qui venaient à elle pleins de confiance dans sa force et dans son équité, la Pologne aurait assuré le triomphe de la cause catholique et sa propre hégémonie dans le monde slave tout entier. L'union au Pontife romain des nouveaux arrivants, qui, avec plus d'esprit politique et de zèle religieux, aurait dû être conclue dès le xive siècle, ne fut proclamée qu'en 1595.

« Ce fut l'Union de Brzesc. Par le pacte signé dans cette petite ville de Lithuanie, le métropolite de Kiew et les autres évêques grecs, sujets de la Pologne, déclaraient rentrer dans la communion du Saint-Siège apostolique. Chefs spirituels de la moitié de la nation, ils achevaient ainsi la fusion des trois peuples ruthène, lithuanien et polonais, réunis alors sous le sceptre de Sigismond III. Or une réforme religieuse, fût-elle décrétée dans un concile, ne devient une réalité que si des hommes de Dieu, de vrais apôtres et, au besoin, des martyrs apparaissent pour la consommer. Tel fut le rôle de saint Josaphat, l'apôtre et le martyr de l'Union de Brzesc. Ce qu'il ne fit pas lui-même, ses disciples l'achevèrent. Un siècle de gloire était assuré à la nation, et sa ruine politique en fut de deux cents ans retardée.

« Mais la Pologne laissa dans un état d'infériorité humiliante ce clergé et ce peuple du rit gréco-slave, qui s'abritaient dans son sein; ses politiques n'admirent jamais dans la pratique que des chrétiens du rit grec pussent être de véritables catholiques, égaux à leurs frères latins. Bientôt cependant un duel.

Sj4 Le Temps après la Pente*

à mort allait s'engager entre la MosCOVÎe,

personnifiant L'influence gréco slave, et la

Pologne latine. On sait comment cette dernière fut vaincue. Les historiens signalent les causes de la défaite; mais ils oublient d ordinaire la principale, celle qui l'a rendue irrémédiable : la destruction presque totale de

II nionde Brzesc, le retour forcé au schisme de l'immense majorité des Ruthènes ramenés autrefois à l'Eglise catholique par saint Josaphat. La consommation de cette œuvre néfaste, bien plus que les circonstances politiques et les triomphes militaires, a rendu définitive la victoire de la Russie. La Pologne, réduite à ses neuf ou dix millions de Latins, ne peut plus lutter contre sa rivale d'autrefois, devenue sa rude dominatrice d'aujourd'hui.

« La puissance des Slaves séparés de l'unité catholique grandit chaque jour. De jeunes nations, émancipées du joug musulman, se sont formées dans la presqu'île des Balkans; la fidélité au rit gréco-slave, dans lequel s'identifiaient pour eux leur nationalité et le christianisme, a été la force unique qui a empêché ces peuples d'être broyés sous les pieds des escadrons turcs ; victorieux de l'ennemi séculaire, ils ne peuvent oublier d'où leur est venu le salut : la direction morale et religieuse de ces nations ressuscitées appartient à la Russie. Profitant de ces avantages avec une habileté constante et une énergie souveraine, elle développe sans cesse son influence en Orient. Du côté de l'Asie, ses progrès sont plus prodigieux encore. Le tzar qui, à la fin du xviii" siècle, commandait

Saint Josaphat, Evêqae et Martyr. 3j 5

seulement à trente millions d'hommes, en gouverne aujourd'hui cent vingt-cinq ; et par la seule progression normale d'une population exceptionnellement féconde, avant un demi-siècle, l'Empire comptera plus de deux cents millions de sujets.

« Pour le malheur delà Russie et de l'Eglise, cette force est dirigée présentement par d'aveugles préjugés. Non seulement* la Russie est séparée de l'unité catholique, mais l'intérêt politique et le souvenir des luttes anciennes lui font croire que sa grandeur est identifiée avec le triomphe de ce qu'elle appelle l'orthodoxie et qui est simplement le schisme photien. Pourtant, toujours dévouée et généreuse, l'Eglise romaine ouvre les bras pour recevoir sa fille égarée ; et, oubliant les affronts qu'elle en a reçus, elle réclame seulement qu'on la salue du nom de mère. Que ce mot soit prononcé, et tout un douloureux passé sera effacé.

« La Russie catholique, c'est la fin de l'Islam et le triomphe définitif de la Croix sur le Bosphore, sans péril aucun pour l'Europe ; c'est l'empire chrétien d'Orient relevé avec un éclat et une puissance qu'il n'eut jamais ; c'est l'Asie évangélisée, non plus seulement par quelques prêtres pauvres et isolés, mais avec le concours d'une autorité plus forte que celle de Charlemagne. C'est enfin la grande famille slave réconciliée dans l'unité de foi et d'aspirations pour sa propre grandeur. Cette transformation sera le plus grand événement du siècle qui la verra s'accomplir et changera la face du monde.

« De pareilles espérances ont-elles quelque

'<-G Le Temps après la Penta

fondement ? Quoiqu'il arrive, saintJosaphâl

sera toujours le patron et le modèle des futurs apôtres de l'Union eu Russie et dans tout le monde gréco-slave. Par sa naissance,

son éducation, ses études, toutes les allures de sa piété et toutes les habitudes de sa vie. il ressemblait plus aux moines russes d'aujourd'hui qu'aux prélats latins de son temps.

11 voulut toujours la conservation intégrale de l'antique liturgie de son Eglise, et jusqu'à son dernier soupir, il la pratiqua avec amour sans altération, sansdiminution aucune, telle que les premiers apôtres de la foi chrétienne lavaient apportée à Kiew de Constantinople. Puissent s'effacer les préjugés, fi ls de l'ignorance ; et si décrié que soit aujourd'hui' son nom en Russie, saint Josaphat sera, aussitôt que connu, aimé et invoqué par les Russes eux-mêmes.

« Nos frères gréco-slaves ne peuvent fermer plus longtemps l'oreille aux appels du Pontife suprême. Espérons donc qu'un jour viendra et qu'il n'est pas éloigné , dans lequel la muraille de division s'écroulera pour jamais, et le même chant d'action de grâces retentira à la fois sous le dôme de Saint-Pierre et les coupoles de Kiew et de Saint-Pétersbourg f. »

Nous n'aurons pas la prétention de rien ajouter à ces considérations autorisées, que le récit liturgique complétera de lui-même.

I. RÉv. D. A. Guépin, Un apôtre de l'union des

Egi. au xvii* siècle, saint Josaphat ; en l'Avant-propos, passint.

Saint Josaphat, Évèquc et Martyr. 3jj

Josaphat Kuncewicz naquit de parents catholiques et nobles d'origine à Wlodimir en Volhinie. Un jour de son enfance que sa mère lui parlait de la passion du Seigneur, il fut blessé au cœur d'un trait parti du coté de l'image de Jésus crucifié. Embrasé de l'amour divin, il se livra dès lors de telle sorte à la prière et autres œuvres pieuses, qu'il était l'exemple et l'admiration de ses compagnons plus âgés. A vingt ans il embrassa la règle monastique dans le cloître basilien, et fit dans la perfection éyangélique des progrès merveilleux. Il marchait nu-pieds dans les plus grands froids des rigoureux hivers de ces régions. L'usage de la viande lui était inconnu ; et pareillement celui du vin, sauf quand l'y contraignait l'obéissance. Tl garda jusqu'à la mort sur sa chair un rude cilice. Inviolable demeura la fleur de pureté que dès l'adolescence il avait vouée à la Vierge Mère de Dieu. La renommée de sa vertu et de sa science davint telle en peu de temps, qu'on le mit malgré sa jeunesse à la tête du monastère de Byten, et que bientôt archimandrite de Vilna, il fut enfin, contre son gré, mais à la grande joie des catholiques, proclaJosaphat Kuncevvitius nobilibus et catholicis parentibus Vladimirice in Volhinia natus, cum pucrulus matrem de Christi passione loquentem audiret, jaculo a latere imaginis Jesu crucifixi immisso, vulnus in corde suscepit. Dei amore incensus , adeo orationi aliisque piis operibus instare cœ- pit, ut provectioribus adolescentibus exemplo et admirationi e s s e t. Vicennis inter claustrales sancti Basilii alumnos monasticam regulam professus, mirum quos in evangelica perfectione progressus fecerit. Nudis pedibus, frigidissima licet s;eviente regionis hieme, incedebat : carnes numquam, vinum nonnisi ex obedientia adhibuit, asperrimoque cilicio ad obitum usque corpus afflixit. Gastitatis florem, quem ab adolescentia Virgini Deiparae voverat, inviolatum servavit. Virtutis doctrinœque ejus brevi sic fama percrebuit, ut quamvis junior, Bytenii monasterio prœfectus sit ; mox Vilnensis arehimandrita, ac demum archiepiscopus Polocensis, invitus

/ Temp ip\ es la Penh

quidem, sed Catholicis gestientibus, fuerit renuntiatus.

Hac dignitate auctus, nihil de priori vivendi ratione remit tens, nonnisi divinum cultum et creditarum si hi ovium salutem cordi habuit. Calholicœ unitatis ac veritatis strenuus propugnator, totis viribus adlaboravit ut schismaticos haereticosque ad communionem cum beati Pétri sede reduceret. Summum Pontiilcem ejusque potestatis plenitudinem ab impudentissimis impiorum calumniis et erroribus, qua concionibus, qua scriptis pietate ac doctrina refertis defenderc numquam destitit. Episcopalem jurisdictionem et Ecclesiae bona a lai— cis usurpata vindicavit. Incredibile dictu est quot haereticos in mnum matri* Ecclesiae revocaverit. Unionis veto Graecae Ecclesiae cum Latina Josaphatum promotorem exstitisse praeclarissimum, etiam pontificia oracula diserte testantur. Ad haec, et templi Dei decori instaurando, et sacrarum virginurn exstruendis

BM ai I ' -lock.

CEI 1 1: dignité nouvelle ne ch;i de vie ; le culte divin, le salut des brebis à lui confiées eurent tout son cœur. Champion infatigable de l'unité catholique et de la vérité, il consacra ses forces à ramener schismatiqu hérétiques à la communion du Siège de saint Pierre. Des erreurs impie-, d'impudentes calomnies étaient répandues contre le Souverain Pontife et la plénitude de sa puissance ; il ne faillit jamais à la tâche de les défendre, soit par ses discours , soit en des écrits pleins de piété et de doctrine. Il revendiqua les droits épiscopaux et les biens d'Eglise que des laïques avaient usurpés. Incroyable fut le nombre des hérétiques ramenés par lui au sein de la Mère commune. Que surtout Josaphat ait été le promoteur incomparable de l'union de l'Eglise grecque avec l'Eglise latine, c'est ce qu'attestent expressément les déclarations du pontificat suprême. En outre, c'était à restaurer la splendeur du temple de Dieu, a construire des asiles pour les vierges sacrées, à mille

Saint JosapJiat, Évèque et Martyr. 3yg

œuvres pies, qu'allaient comme d'eux-mêmes tous les revenus de son évêché. Sa charité envers les malheureux était si grande qu'un jour, ne trouvant rien pour soulager la misère d'une pauvre veuve, il fit mettre en gage son omophorion ou pallium épiscopal.

Tels furent les progrès de la foi catholique . que des hommes pervers en vinrent dans leur haine contre l'athlète du Christ à conspirer sa mort ; lui-même, dans un discours à son peuple , l'avait annoncée. Vitebsk en fut le lieu. A l'occasion de la visite pastorale de l'archevêque, les conjurés envahissent sa demeure, frappant et blessant tout ce qu'ils rencontrent. Lui très doux cependant vient de lui-même au-devant de ceux qui le cherchent, et leur parlant avec amour : Mes petits enfants, dit-il, pourquoi- frappez-vous mes gens ? si vous avez quelque chose contre moi, me voici. Alors se précipitant, ils le meurtrissent de coups , le percent de traits, l'achèvent d'un coup de hache , et le jettent dans le fleuve. C'était le douzième jour de novembre, et l'an mil six cent vingt-trois ; Josaphat était dans sa quarante-troisième

aedibus , aliisque piis operibus juvandis,mensae suae proventus ultro erogavit. In pauperes adeo eflfusus, ut cum olim inopice cujusdam vidure sublevandae nihil occurrcret , episcopale pallium, seu Omophorion, oppignorari jusserit.

Tôt catholicae fi d c i incrementa perditissimorum hominum adeo excitaverunt odia, ut, conspiratione i n i t a , Christi athletam ad necem quaererent ; quam sibi imminere ipse in suo ad populum sermone pramuntiavit. Cum ita— que Vitepscum pastoralis visitationis gratia profectus esset, illi archiépiscopales invadunt aedes ; obvios quosque feriunt ac caxiunt. Tum vir mitissimus quasrentibus sponte occurrit , eosque amice compellans, Filioli , inquit , quarc familiares meos cœditis? Si quid contra me habetis, ecce adsum. Hinc impetu facto, cum verberibus contundunt, telis confodiunt, ac demum immani securi necatum, in flumen projiciunt ; die duodecima novembris anni sexcentesimi vicesimi t c r l i i

Le Temps après la Penh

supra tmllesimum, e»tai i s ejus quadragesimi

lertii. Corpus mil. il il]

1 u c c circumfusum, ex imo fluminis alveo claium est . Sanguis Martvris parricidis ipeis in primis profuit, qui fera omnes capitis damnati, cjuiato schismate suum SCelus detestati s u n t. Cum tantus Prsesul plurimis post obitum coruscarct miraculis , cum Urbanus octavus Pontifex Maximus Bcatorum honoribus décora vit. Pius nonus tertio calendasjulias anni millesimi octingentesimi sexagesimi septimi, cum sœcularia Apostolorum Principum solemnia célébra» rentur, corain Patrum Gardinalium senatu, simulquc astantibus fere quingentis, Patriarchis. Metropolitis et Episcopis cujuscumque ritus, qui ex toto terrarum orbe con vénérant, hune ecclesiasticae unitatis assert o r e m , primum ;x orientalibus, sole m ni

année. Son !<>ppé

d u iij 1 u n i i ]■: miraculeuse, • ire" du fond des eaux. Ce fut aux parricides mêmes que profita tout d'abord le sanfi du Martyr : condamjurèrent le schisme, en détestant leur crime. La mort du grand évéque fut suivie d'éclatants et nombreux mi. qui portèrent le Souv.rain Pontife Urbain VIII à lui décerner les honneurs des Bienheureux. Le trois des calendes de juillet de l'an mil huit cent soixantesept, en la solennité centenaire des Princes des Apôtres, étant présent le collège des Cardinaux avec près de cinq cents Patriarches, Métropolitains ou Evêques de tous rites assemblés de toutes les parties du monde en la basilique Vaticane , Pic IX inscrivit solennellement parmi les Saints ce défenset:, de l'unité de l'Eglise. Il fut le premier des Orientaux glorifiés en cette sorte. Léon XIII, Souverain Pontife, étendit son Office et sa

Messe à l'Eglise entière. tu in Vaticana Basilica Sanctorum ordini accensuit. Cujus Ofricium ac Missam Léo decimus tertius Summus Pontifex ad universam extendit Ecclesiam.

I t-xaignez, Seigneur , nous écouter et sus( i-J citer en votre Eglise l'Esprit dont fut , rempli le bienheureux Josaphat, votre Martyr

Saint Josaphat, Evêqite et Martyr. 38 1

et Pontife *. » Ainsi prie aujourd'hui la Mère commune ; et l'Evangile achève de montrer son désir d'obtenir des chefs qui vous ressemblent 2. Le texte sacré nous parle du faux pasteur qui fuit dès qu'il voit le loup venir; mais l'Homélie qui l'explique dans l'Office de la nuit flétrit non moins du titre de mercenaire le gardien qui, sans fuir, laisse en silence l'ennemi faire son œuvre à son gré dans la bergerie :J. O Josaphat, préserveznous de ces hommes, fléau du troupeau, qui ne songent qu'à se paître eux-mêmes 4. Puisse le Pasteur divin, votre modèle jusqu'à lafinb, jusqu'à la mort pour les brebis G, revivre dans tous ceux qu'il daigne appeler comme Pierre en part d'un plus grand amour ? !

Apôtre de l'unité , secondez les vues du Pontife suprême rappelant au bercail unique ses brebis dispersées 8. Les Anges qui veillent sur la famille Slave ont applaudi à vos combats : de votre sang devaient germer d'autres héros ; les grâces méritées par son effusion soutiennent toujours l'admirable population des humbles et des pauvres de la Ruthénie, faisant échec au schisme tout-puissant ; tandis que, sur les confins de cette terre dès martyrs, renaît l'espérance avec le renouvellement de l'antique Ordre basilien dont vous fûtes la gloire. Puissent-elles ces grâces déborder sur les fils des persécuteurs ; puisse l'apaisement présent préluder au plein

i. Collecte de la fête. — 2. Johan. x, n-l6. —

382 Le Temps après la Penta épanouissement de la lumière, et les ramener à leur tour vers cette Rome qui a pour eux les promesses du temps comme de l'éternité .'

[ 'école qui a pour base la règle du ' Patriarche des moines d'Occident, commence à saint Grégoire le Grand ; et telle a été l'indépendance de TEsprit-Saint qui la dirigeait, que des femmes y ont prophétisé comme les hommes. Il suffit de rappeler sainte Hildegarde et sainte Gertrude, à côté de laquelle figure avec honneur sa compagne, sainte Mechtilde, et la grande sainte Françoise romaine. Quiconque en fera l'expérience, s'il a pratiqué les auteurs plus récents sur l'ascèse et la mystique, ne tardera pas à sentir cette saveur si différente, cette autorité douce qui ne s'impose pas, mais qui entraîne. Là, rien de cette habileté, de cette stratégie, de cette analyse savante que l'on rencontre ailleurs ; procédés qui réussissent plus ou moins, et dont on ne recommence l'application qu'avec le risque d'en sortir blasé. Le pieux éî docte P. Faber a relevé avec

I. Notre Révérendissime Père et Maître, Dom Guéranger, ayant eu l'occasion de traiter avec son incomparable compétence le sujet propre de cette fête, en l'édition qu'il a donnée des Exercices de sainte Gertrude, c'est lui-même qu'on aura l'avantage d'entendre seul aujourd'hui dans les pages qui vont suivre.

384 Le Temps après la Petite^ sa sagacité ordinaire les avantagea de cette forme de spiritualité qui ménage la liberté d'esprit, et produit dans ies aines, sans méthode rigoureuse, les dispositions dont les méthodes modernes n'ont pas toujours le secret. « Nul ne peut lire, dit-il, les écrivains spirituels de l'ancienne école de saint Benoît. sans remarquer avec admiration la liberté d'esprit dont leur âme était pénétrée. Sainte Gertrude en est un bel exemple; elle respire partout l'esprit de saint Benoît. L'esprit de la religion catholique est un esprit facile, un esprit de liberté: et c'était là surtout l'apanage des Bénédictins ascétiques de la vieille école. Les écrivains modernes ont cherche a tout circonscrire, et cette déplorable méthode a causé plus de mal que de bien ]. »

Au reste, les voies sont diverses, et tout chemin qui mène l'homme à Dieu par la réforme de soi-même est un heureux chemin. Nous n'avons voulu dire qu'une chose, c'est que celui qui se livrera à la conduite d'un Saint de la vieille école ne perdra pas son temps, et que s'il est exposé à rencontrer moins de philosophie, moins de psychologie sur son chemin, il a chance d'être séduit par la simplicité et l'autorité du langage, d'être ébranlé et bientôt réduit par le sentiment du contraste qui existe entre lui et la sainteté de son guide. Telle est l'heureuse révolution qu'éprouvera pour l'ordinaire une âme qui, se proposant de resserrer ses relations avec Dieu, et s'étant établie dans la droiture de l'intention et dans un sincère recueillement,

I. Tout pour Jésus, Ch. vin, § s.

Sainte Gertrude, Vierge. 385

voudra suivre sainte Gertrude, tout spécialement dans la semaine d'Exercices qu'elle a tracée. Nous oserions presque lui promettre qu'elle en sortira tout autre qu'elle n'y était entrée. Il est même à croire qu'elle y reviendra plus d'une fois et avec plaisir ; car il ne lui souvient pas qu'elle ait éprouvé la moindre fatigue, et que la liberté de son esprit ait été enchaînée même un instant. Elle a pu être confondue de se sentir si près d'une âme sanctifiée, elle si loin de la sainteté ; mais elle a senti qu'ayant après tout la même fin que cette âme, il lui faut sortir de la voie molle et dangereuse qui l'entraînerait à sa perte.

Si l'on se demande d'où vient à notre Sainte cet empire qu'elle exerce sur quiconque consent à l'écouter, nous répondrons que le secret de son influence est dans la sainteté dont elle est remplie : elle ne démontre pas le mouvement, elle marche. Une âme bienheureuse, descendue du ciel pour demeurer quelque temps avec les hommes, et parlant la langue de la patrie sur cette terre d'exil, transformerait ceux qui auraient le bonheur de l'entendre parler. Sainte Gertrude, admise dès ici-bas à la plus étroite familiarité avec le Fils de Dieu, semble avoir quelque chose de l'accent qu'aurait cette âme ; voilà pourquoi ses paroles sont autant de flèches pénétrantes qui abattent toute résistance dans ceux qui se placent à leur portée. L'intelligence est éclairée par cette doctrine si pure et si élevée, et cependant Gertrude ne disserte pas; le cœur est ému, et cependant Gertrude n'adresse la parole qu'à Dieu ; l'âme se juge,

386 Le Temps aprèt la Pentà se condamne, se renouvelle par la componction, et cependant Gertrude n'a pas cherche un instant à l'établir dans un état factice.

Si Ton veut maintenant se rendre compte de la bénédiction particulière attachée à son langage, qu'on recherche la source de sentiments et des expressions sous lesquelles ils se traduisent. Tout émane de la divine parole, non seulement de celle que Gertrude a entendue de la bouche de l'Epoux céleste, mais aussi de celte qu'elle a goûtée, dont elle s'est nourrie dans les livres sacrés et dans la sainte Liturgie. Cette fille du cloître n'a pas cesse un seul jour de puiser la lumière et la vie aux sources de la contemplation véritable, de cette contemplation que l'âme soute en s'abreuvant à la fontaine d'eau vive , qui jaillit de la psalmodie et des paroles inspirées des divins Offices. Elle s'est tellement enivrée de cette liqueur ce>ste, qu'elle ne dit pas un mot qui ne dévoile l'attrait qu'elle y trouve. Telle est sa vie, si complètement absorbée dans la Liturgie de l'Eglise, que nous voyons constamment, dans ses Révélations, le Seigneur arriver près d'elle, lui manifester les mystères du ciel, la Mère de Dieu et les Saints se présenter à ses regards et l'entretenir, à propos d'une Antienne, d'un Répons, d'un Introït, que Gertrude chante avec délices et dont elle déguste toute la saveur.

Delà, chez elle, ce lyrisme continuel qu'elle ne recherche pas, mais qui lui est devenu comme naturel ; cet enthousiasme sacré auquel elle ne peut se soustraire, et qui l'amène à produire tant de pages où la beauté littéraire semble arriver à la hauteur de FinSainte Gertrude, Vierge. 38y

spiration mystique. Cette tille du xin° siècle, au fond d'un monastère de la Souabe, a réalise avant Dante le problème de la poésie spiritualiste. Tan ôt la tendresse de son âme s'épanche dans une touchante élégie ; tantôt le feu qui la consume éclate en brûlants transports ; tantôt c'est la forme dramatique qu'elle emploie pour rendre le sentiment qui la domine. Parfois ce vol sublime s'arrête : l'émule des Séraphins semble vouloir redescendre sur la terre ; mais c'est pour repartir bientôt et s'élever plus haut encore. Une lutte incessante a lieu entre son humilité qui la tient prosternée dans la poussière, et son cœur haletant vers Jésus qui l'attire et lui adonné tant de gages de son amour.

A notre avis, les plus sublimes passages de sainte Thérèse, mis en regard des effusions de sainte Gertrude, n'en affaibliraient en rien l'ineffable beauté. Il nous semble même que souvent l'avantage resterait à la vierge de Germanie sur la vierge espagnole. Ardente et impétueuse, la seconde n'a pas, il est vrai, la teinte un peu mélancolique et réfléchie de la première; mais Gertrude, initiée à la langue latine, ravivée sans cesse par la lecture des saintes Ecritures et les divins Offices qui n'ont pas d'obscurités pour elle, y puise un langage dont la richesse et la puissance nous semblent l'emporter généralement sur les immortels épanchements de Thérèse à qui ces secours ont été moins familiers.

Que le lecteur cependant ne s'effraie pas à la pensée d'être placé tout à coup sous la conduite d'un Séraphin, lorsque sa conscience lui rend le témoignage qu'il a encore une

388 Le Temps après la Pènte< longue station à taire dans J.i région purgative, avant de songer a parcourir des

c|ui peut-être ne s'ouvriront jamais devant lui. Qu'il écoute simplement Gertrude, qu?il la contemple et qui 1 ait foi dans le but d'arrivée. La sainte Eglise, lorsqu'elle met clans notre bouche les Psaumes du Roi- Prophète, n'ignore pas que leurs expressions dépassent trop souvent les sentiments de notre aine ;

Imais le moyen d'arriver à l'unisson avec ces divins cantiques, n'est-ce pas de les reciter I fréquemment avec foi et humilité, et d'obtenir ainsi la transformation que nul autre moyen n'aurait opérée ? Gertrude nous détache doucement de nous-mêmes et nous conduit à Jésus-Christ, en nous précédant de loin, mais en nous entraînant après elle. Elle va droit au cœur de son Epoux divin : rien n'est plus juste ; mais ne lui serons-nous pas déjà assez redevables, si elle nous conduit à ses pieds comme Madeleine repentante et régénérée ?

Même quand elle écrit plus spécialement pour ses sœurs, on doit se garder de penser que la lecture de ces pages si émouvantes soit inutile à ceux qui sont engagés dans la vie du siècle. La vie religieuse" exposée par un tel interprète est un "spectacle aussi instructif qu'il est éloquent. Est-il permis d'ignorer que la pratique des préceptes devient plus aisée à quiconque s'est donné la peine d'approfondir et d'admirer celle des conseils i Le livre de l'Imitation, qu'est-il autre chose que le livre d'un moine écrit pour des moines ? En quelles mains cependant ne le rencontre-t-on pas ? Combien de

Sainte Gertrude, Vierge. 38g

personnes séculières sont sous le charme des écrits de sainte Thérèse ? Et néanmoins la vierge du Carmel concentre sur la vie religieuse ses écrits et sa doctrine.

Nous nous garderons d'analyser ici des merveilles qu'il faut contempler soi-même. Dans notre société désaccoutumée du langage ferme et coloré des âges de foi, gâtée, dans ce qui tient à la piété, par les fadeurs ou les prétentions mondaines des livres de dévotion que l'on voit éclore chaque jour, sainte Gertrude étonnera et choquera même plus d'un lecteur. Que faire alors ? Si Ton a désappris le langage de l'antique piété qui formait les Saints, il semble qu'il n'y aurait rien de mieux à faire crue de le'rapprendre, et il est de fait que sainte Gertrude y pourrait servir beaucoup.

La liste des admirateurs de sainte Gertrude serait longue. Mais il est encore une autorité plus imposante : nous voulons dire celle de l'Eglise elle-même. Cette Mère des fidèles, toujours dirigée par le divin Esprit, a rendu son témoignage par l'organe de la sainte Liturgie. La personne de Gertrude et l'esprit qui l'animait y sont à jamais recommandés et glorifiés aux yeux de tous les chrétiens, par le jugement solennel contenu dans l'Office de la Sainte '.

La vie de Gertrude la Grande, ainsi qu'elle mérita d'être désignée entre les Saintes du même nom, fut humble et cachée 2. Entrée à cinq ans à l'Abbaye d'Helfta, près

I. Dom Guéranger, Les Exercices de sainte Gertrude (i863), en la Préface. — 2. !256-i3o2.

3 go Le Temps après la Pentecôte.

Eilseben, clic s'y perdit dans le secret de la lace de Dieu. Malgré la confusion qui régna

plusieurs siècles à ce sujet et qui se rctro dans la Légende de la tète, c'est a tort qu'on l'a prise pour son homonyme, grandement prévenue elle-même des dons divins, L\bbesse Gcrtrude de Hackeborn, qui gouverna de son temps le monastère. Ce fut sur la sublimité de ses Révélations tardivement publiées ', qu'inscrite en 1O77 au Martyrologe, elle vit au siècle suivant 2 Clément XII ordonner la célébration de sa fête dans toute l'Eglise sous le rit Double. Les Indes Occidentales l'acclamèrent comme Patronne, et le Nouveau-Mexique bâtit une ville en son honneur.

Afin de fournir une expression à la piété des fidèles envers sainte Gertrude, nous plaçons ici l'une des Hymnes que l'Ordre de saint Benoît lui consacre dans sa Liturgie, et nous la faisons suivre d'une des Antiennes et de l'Oraison.

ertrudis, arca NuO Gertrude, sanctuaire de la divinité, unie à l'Epoux des vierges, laisseznous célébrer vos chastes amours et votre alliance nuptiale.

A peine âgée de quatre ans et déjà iîaneée au Christ, vous prenez votre vol vers le cloître ; vous vous arrachez

v_J minis,

Sponsoque juncta virginum, Da nuptialis pangere Castos amores fœderis.

Quadrima Christo nubilis In claustra prompte convolas ;

I. Consignées dans les cinq Livres du Legatus divin»

pietatîs ou Héraut de l'amour divin. — 2. 1738.

Sainte Gertrude, Vierge.

3gi

aux bras de votre nourrice, n'aspirant qu'aux divines caresses de l'Époux.

Semblable au lis sans tache, vous exhalez un parfum qui réjouit les cieux, et l'éclat de votre virginale beauté attire vers vous le Roi de cet heureux séjour.

Celui qui vit au sein du Père, entouré d'une gloire éternelle, devient votre Epoux, et daigne se reposer dans votre amour.

Par cet amour, vous avez blessé le Christ, à son tour il blesse aussi votre cœur, il y grave en traits de feu les stigmates des plaies qu'il a reçues.

O ineffable amour ! ô échange merveilleux ! c'est lui qui respire dans votre cœur ; son souffle devient en vous le principe de la vie.

Que l'heureux chœur des Vierges célèbre vos louanges, ô Jésus leur Epoux ! gloire égale au Père et au divin Paraclet !

Amen.

Spretoque nutricis sinu, Sponsi requiris oscula.

Candentis instar lilii Odore mulces sidéra, Et virginali cœlitum Regem décore pertrahis.

Qui vivit in sinu Patris Cinctus perenni gloria, Amanter, ut Sponsus,

tua Recumbit inter ubera.

Amore Christum vulneras ; Hic te vicissimvulnerat, Tuoque cordi propria Inurit alte stigmata.

Osingularis charitas 1 O mira commutatio ! Hic corde respirât tuo : Tu vivis hujus spiritu.

Te, sponse Jesu, Virginum

Beata laudent agmina ;

Patri, simul Paraclito,

Par sitper aevum gloria.

Amen.

Otrès digne Epouse du I s~^ dignissi: Christ, la lumière pro- j v^ Sponsa,

quam lux

3g 2 Le Temps aprèê la Pente*

prophétise il lustra vit, zelus apostolicus inflammavit, laurca Virginum coronavit, divini amoris incendiumeonsummavit !

phétique vous a éclairée, le zèle apostolique vous a enflammée , la couronne

int voire front. ei les flammes du divin amoui vous ont consumée.

DEUS, qui in purissimo corde bcatae Gertrudis Virginis tux jucundam tibi habitationem preeparasti : ejus meritis et intercessione , cordis nostri maculas clementer absterge ; ut cligna divince majestatis tuas habitatio eilici mereatur. Per Christum Dominum nostrum.

f~\ Dieu qui avez préparé ^-^ pour vous une habitation pleine d'attraits dans le cœur très pur de la bienheureuse Vierge Gertrude, daignez, par ses mérites et son intercession, effacer les taches de notre cœur, afin qu'il mérite d'être à son tour habite par votre majesté divine. Par Jésus-Christ notre Seigneur.

D évklatrice du Cœur sacré, quelle meil*^ leure prière pourrions-nous faire à votre honneur, que de dire avec vous, nous tournant vers le Fils de la Vierge bénie :

« Lumière sereine de mon âme, Matin éclatant des plus doux feux, devenez en moi le jour. Amour qui non seulement éclairez, mais divinisez, venez à moi dans votre puissance, venez dissoudre doucement tout mon être. Détruite en ce qui est de moi, faites que je passe en vous tout entière, en sorte que je ne me retrouve plus dans le temps, mais que déjà je vous sois étroitement unie pour l'éternité.

« C'est vous qui m'avez aimée le premier ; c'est vous qui m'avez choisie. Vous êtes celui qui accourt de lui-même vers la créature altérée ; et l'éclat de la lumière éternelle

Sainte Gertnide, Vierge. 3 g 3

brille sur votre front. Montrez - moi votre visage , tout rayonnant des feux du divin soleil. Comment l'étincelle pourrait-elle subsister loin du feu qui l'a produite ? Comment la goutte d'eau se conserverait-elle hors de la fontaine d'où elle est sortie ? Amour, pourquoi m'avez - vous aimée, moi créature et souillée, si ce n'est parce que vous vouliez me rendre belle en vous ? O vous, qui êtes la fleur délicate cm'a produite la Vierge Marie, votre miséricordieuse bonté m'a séduite et m'entraîne. Amour, ô mon beau Midi ! je voudrais mourir mille fois, pour me reposer en vous.

« O Charité, à l'heure de ma mort, vous me soutiendrez par vos paroles plus délicieuses que le vin le plus exquis ; vous serez ma voie ; vous m'aiderez, ô ma Reine, à parvenir jusqu'à ces pâturages charmants et fertiles que recèle le divin désert, où enfin, enivrée de bonheur, je serai admise à jouii de la présence de l'Agneau qui est mon Epoux et mon Dieu. O amour qui êtes Dieu, sans vous le ciel et la terre n'auraient de moi une espérance ni un désir : daignez accomplir en moi cette union que vous désirez vous-même ; qu'elle soit ma fin, la consommation de mon être. Dans les traits de mon Dieu, votre lumière éclate comme celle de l'astre du soir ; à l'heure de ma mort, montrez-moi vos rayons.

« Amour, ô mon Soir bien-aimé, que la riamme sacrée qui brûle éternellement en votre divine essence, consume à ce moment toutes les taches de ma vie. O mon doux Soir, faites-moi m'endormir en vous d'un

3c)4 Le Temps après la Pentecôte.

sommeil tranquille, et goûter cet heureux repos que vous ave/ préparé en vous à ceux que vous aime/. Par votre seul regard si câline et si plein de charmes, daignez disposer toutes choses, et dirigez les préparatifs île mes" noces éternelles. Amour, soyez pour moi un Soir si beau, que mon âme transportée dise avec allégresse un doux adieu à son corps, et que mon esprit, retournant au Seigneur qui l'a donné, repose en paix sous votre ombre chérie *. »

I. Du cinquième Exercice. Pour animer en soi l'amour de Dieu .

foïsE, instruit dans la sagesse des Egyptiens, puissant en œuvres et en paroles f, se retire au désert ; Grégoire, prévenu des meilleurs dons de naissance et de nature, rhéteur brillant, riche de toute science, dérobe aux hommes sa florissante jeunesse et court offrir à Dieu dans la solitude l'holocauste qui plaît au Seigneur. Tous deux, espoir de leur peuple, se détournent de lui pour se perdre en la contemplation des mystères du ciel. Et cependant le joug du Pharaon s'appesantit sur Jacob ; et cependant des âmes périssent, qu'une parole ardente arracherait à l'empire des faux dieux: pareille fuite n'est-elle pas désertion? Est-ce donc à l'homme de se proclamer sauveur, quand Jésus ne s'est pas attribué de lui-même un tel nom 2 ? et quand le mal grandissait partout, l'ouvrier de ÎSazareth eutil tort de s'attarder dans l'ombre des trente années qui précédèrent son ministère si court? Docteurs de nos temps enfiévrés, qui rêvez d'une hiérarchie nouvelle entre les vertus et comprenez la divine charité autrement que nos pères, ceux-là ne sont pas de la race des

I. Act. vu, 22. -- 2. Matth. i, 2i ; Heb. v, 5.

Bgô Le Temps après la Pentecôte.

sauveurs d'Israël J qui pensent sur le salut social d'autre manière que le Sauveur du monde

Grégoire fut comme Moïse de cette race bénie. Amis et ennemis s'accordaient à dire qu'il rappelait le législateur des Hébreux pour l'excellence delà vertu et l'éclat des prodigeopérés à son commandement 2. Même zèle de part et d'autre à connaître Dieu, pour le manifester aux hommes qu'ils devaient lui conduire ; la plénitude de la doctrine est le premier don des guides des peuples, leur pénurieen cepointla pire des insuffisances 3. Je suis Celui qui suis, déclare Dieu sur sa demande à Moïse ; du milieu du buisson ardent, la sublime formule à lui confiée authentique la mission qui l'appelle à sortir du désert 4. Quand l'heure sonne pour Grégoire d'aller lui-môme au monde de par Dieu, la Vierge bénie, dont le buisson d'Horeb fut la figure 5, apparaît à ses yeux éblouis dans la nuit profonde où il implorait la lumière. et Jean qui suit la Mère de Dieu laisse tomber de ses lèvres d'évangéliste cette autre formule, complétant la première à l'usage des disciples de la^loi d'amour :

« Un seul Dieu, Père du Verbe vivant, de la Sagesse subsistante et puissante qui est l'expression éternelle de lui-même, principe parfait du Fils unique et parfait qu'il engendre. Un seul Seigneur, unique engendré de l'unique, Dieu de Dieu,Verbe efficace, Sagesse

5. Grégoire Thaumaturge, Ev. et Conf. 3gy embrassant et contenant l'univers, puissance créatrice de toute créature, vrai Fils d'un vrai Père. Et un seul Saint-Esprit tenant de Dieu l'être divin, révélé aux hommes par le Fils dont il est le parfait semblable, vie causant la vie, sainteté donnant d'être saint. Trinité parfaite, immuable, inséparable en gloire, éternité, domination *. »

C'est le message que notre Saint doit communiquer à son pays, le symbole qui portera son nom dans l'Eglise de Dieu. Dans sa foi au premier des mystères il soulèvera les montagnes et refoulera les flots, dépossédera l'enfer et chassera du Pont l'infidélité. Lorsque vers l'an 240, Grégoire évêque prend la route de Néocésarée, il ne voit partout que temples d'idoles et s'arrête pour la nuit dans un sanctuaire fameux. Au matin, les dieux sont en fuite et refusent de revenir ; mais le Saint remet à leur adresse au prêtre de l'oracle un ordre ainsi libellé : Grégoire à Satan : rentre 2. Une défaite plus cuisante attendait, en effet, l'infernale cohorte ; contrainte d'arrêter sa retraite précipitée, elle doit assister à la ruine de son empire dans les âmes qu'elle abusa. Leur prêtre, le premier, se domie à l'évêque, et il devient son diacre ; bientôt sur les décombres des temples, en tous lieux abattus, se dresse l'Eslise du Christ seul Dieu.

Heureuse Eglise, si fortement fondée que l'hérésie futimpuissante contre elle au siècle suivant, sous la tempête arienne où fléchirent tant d'autres ! Au témoignage de saint Basile, les successeurs de Grégoire, émi3qX Le Temps après la P

nents eux-mêmes, formaient à Néocéi

comme une parure de pierres précieuse une Couronne de brillantes étoiles *. Or. dit l'asile, tous ces illustres prélats mettaient leur honneur à maintenir le souvenir du grand devancier, ne soutirant pas qu'un acte quel* conque , un mot, une manière même de faire autre que la sienne dans les rites sacrés, prévalussent sur les traditions qu'il avait laissées 3.

Lorsque Clément XII établit dans l'Eglise entière, comme nous l'avons vu, la Tête de sainte Gertrude la Grande, il décréta d'abord qu'elle serait fixée au présent jour, où continue de la célébrer l'Ordre de saint Benoit. Mais, dit Benoît XIV, le xvn Novembre étant attribué depuis de longs siècles à la mémoire de Grégoire le Thaumaturge, il parut mieux convenir que celui qui changeait de place les montagnes ne fût pas luimême changé de son lieu par la vierge ; et c'est ainsi que dès Psmn/j ij3g, qui suivit l'institution de ia tête nouvelle, celle-ci fut fixée pour l'avenir au xv dudit mois 4.

Lisons le bref résumé consacré dans là sainte Liturgie au grand Thaumaturge.

Gregorius Xeocaesarené F'onti episcopus sanctitatc doctrinaque illustris, signis vero ac miraculis multo illusf^ RÉgoire, évêque de Néov J césarée dans le Pont, illustre par sa doctrine et sa sainteté, le fut plus encore par le nombre et l'éclat des

i. Basil. Ep. xxviu, al. lxii. — 2. Ep. cciv, al. lxxv. — 3. De Spir. S. xxix. — 4. Benedict. XIV, De canonizat. SS. Lib. I, cap. xli, 40, 41:

S. Grégoire Thaumaturge, Ev. et Conf. 3gg

miracles extraordinaires qui le firent appeler Thaumaturge et le rendirent, au témoignage de saint Basile, comparable à Moïse, aux Prophètes et aux Apôtres. Par sa prière il changea de place une montagne qui le gênait pour bâtir une égli>^. Il mit de même a sec un étang qui était pour des frères une cause de discorde. Il arrêta les débordements du Lycus qui dévastait les campagnes, en enfonçant sur la rive son bâton qui prit racine aussitôt et devint un grand arbre, formant une limite que le fleuve ne dépassa plus.

Souventes fois il chassa les démons des idoles et des corps, et accomplit nombre d'autres prodiges par lesquels des multitudes d'hommes furent amenées à la foi de Jésus-Christ ; il possédait aussi l'esprit des prophètes et annonçait l'avenir. Sur le point de quitter la vie, comme il s'informait du nombre d'infidèles qui restaient dans Néocésarée, on lui répondit qu'il n'était que de dix-sept, et rendant grâces à Dieu, il dit : C'est le même nombre que celui des fidèles au début d emon épiscopat. Il écrivit plusieurs ouvrages qui, comme

trior, quorum multitudine atque praestantia Thaumaturgus appellatus est, et sancti Basilii testimonio cum Moyse, Prophetis et Apostolis comparatus ; montem, q u i ecclesiac aedifica;! >nem impediebat, orationealio transtulit.Itcm paludem, inter fratres ca u s a m discordiarum, exsiccavit. Lycum fluvium, perniciose agros inundantem, defixo ad ripam, quo sustentabatur, baculo, qui statim virentem crevit in arborem, coercuit, ut postea ultra eum terminum non effluxerit.

SiEPissiME daemones ex idolorum simulacris, atque ex hominum corporibus ejecit, multaque alia mirabiliter efifecit, q u i b u s innumerabiles homines traduxit ad Jesu ÇJ^risti fidem, cum etiam prophetico spiritu futura praediceret. Qui migraturus e vita, cum quaesisset quot in civitate Neocaesariensi reliqui essent infidèles, responsumque esset tantum esse septemdecim ; Deo gratias agens, Totidem, inquît,erant fidèles cum cœpi episcopatum. Plura scripsit , quibus

4oo Le Temps aprèê la PenU

etiam, non solum micac u 1 i s , Dei KccleMam illustravit.

nt illustre

1 Eglise de Dieu.

Saint Pontife, votre foi, soulevant les mon* tagnes et domjHant les Ilots, justifia la promesse du Seigneur '. Apprenez-nous à faire honneur nous-mêmes à l'Evangile, en ne doutant jamais de la divine parole et du secours qu'elle nous promet contre Satan, en qui l'Eglise nous montre aujourd'hui l'orgueilleuse montagne à jeter à la mer 2, contre le débordement des passions et l'entraînement d'un monde dont vos écrits nous disent avec le Sage la vanité 's. Enseigneznous non moins à ne pas oublier le bienfait du secours du ciel après la victoire ; préservez-nous de l'ingratitude qui vous fut si odieuse.

Nous possédons toujours l'éloge touchant que vous dicta votre reconnaissance pour

1 illustre maître aux enseignements duquel vous dûtes, après Dieu, cette fermeté et splendeur de foi qui fut votre gloire 4. Leçon précieuse et pratique pour tous : célébrant la divine Providence dans l'homme qui fut pour vous son instrument prédestiné, vous n'avez garde d'oublier l'hommage à l'Ange de Dieu qui écarta vos pas des abîmes dans la nuit de l'infidélité où s'écoulèrent vos premiers ans ; céleste gardien qui toujours en éveil dans son dévouement actif, éclairé, persévéI. Marc, xi, 22-24. ~~ 2 Homil. ad Matut. ex Beda in Marc. — 3, Greg, Thaumat Metaphrasis in Ecclesiasten Salomonis.. •-- 4. In Origenem oratio pa - negyrica.

S. Grégoire Thaumaturge, Év. et Conf. 401

rant, supplée à nos insuffisances, nourrit, instruit chacun de nous, le conduit par la main, ménageant aux âmes à travers l'espace et les temps ces inestimables rencontres qui transforment la vie et assurent l'éternité i. Mais comment remercier dignement, créatures pécheresses, l'auteur premier de tous biens, l'Etre infini qui donne à l'homme et ses anges et les intermédiaires visibles icibas de la divine grâce ? Confiance pourtant ; car nous avons pour chef son premier-né, son Verbe qui sauva nos âmes et gouverne l'univers. Lui seul, mais lui peut sans peine rendre au Père d'assidues, d'éternelles actions de grâces pour lui-même comme pour tous et chacun, sans risque d'ignorance ou d'oubli dans le thème de sa louange, sans nul péril d'imperfection dans le mode ou l'ampleur de ses chants. A lui donc, au Dieu Verbe, ô Grégoire, nous renvoyons comme vous le légitime souci de parfaire les accents de notre gratitude, en considération des ineffables prévenances du Père qui est aux cieux ; car le Verbe est pour nous, comme il le fut pour vous, Tunique voie de la piété, de la reconnaissance et de l'amour 2. Puisset-il susciter en nos temps des pasteurs qui rappellent vos œuvres ; puisse-t-il réveiller les antiques Eglises de cet Orient dont vous fûtes la lumière !

Parce que le monde sous ta conduite s'est élevé triomphant jusqu'aux cicux, (Constantin vainqueur construisit ce temple à ta gloire. C'était l'inscription qui , dans l'ancienne basilique vaticane, se détachait en lettres d'or au sommet de l'arc triomphal ' . Jamais en moins de mots le génie romain ne s'exprima si magnifiquement; jamais n'apparut mieux la grandeur de Simon hls de Jean sur les sept collines. En i5o6, la sublime dédicace tombant de vétusté périt avec l'arc sous lequel, à la suite du premier empereur chrétien, peuples et rois, le front dans la poussière , s'étaient pressés durant douze siècles en présence de la Confession immortelle, centre et rendez-vous du monde entier. Mais la coupole lancée dans les airs par le génie de Michel-Ange, désigne toujours à la Ville et au monde le lieu ou dort le pêcheur galiléen, successeur des Césars, résumant dans le Christ dont il est le Vicaire les destinées de la ville éternelle.

1. De Rossi, Inscript, christ. T. II, 345.

La Dédicace des SS. Apôtres. 4o3

La seconde gloire de Rome est la tombe de Paul sur la voie d'Ostie. Cette tombe, à la différence de celle de Pierre qui continue de plonger dans les profondeurs de la crypte vaticanc, est portée jusqu'à fleur de terre par un massif de maçonnerie, sur lequel pose le vaste sarcophage. On fut à même de constater cette particularité en 1841, lorsque l'on reconstruisit l'autel papal, il parut évident que lintention de soustraire le tombeau de

1 apôtre aux inconvénients qu'amènent les débordements du Tibre, avait obligé de soulever ainsi le sarcophage de la place où d'abord Lucine l'avait établi *. Le pèlerin n'a garde de s'en plaindre, lorsque, par le soupirail qui s'ouvre au centre de l'autel, son œil respectueux peut s'arrêter sur le marbre qui ferme la tombe, et y lire ces imposantes paroles, tracées en vastes caractères de l'époque constantinienne : Paulo Apostolo et Martyri. A Paul Apôtre et Martyr 2.

Ainsi Rome chrétienne est protégée au nord et au midi par ces deux citadelles Associons-nous aux sentiments de nos pères, lorsqu'ils disaient de la cité privilégiée : « Pierre, le portier, fixe à l'entrée sa demeure sainte ; qui niera que cette ville soit pareille aux deux? A l'autre extrémité, Paul, de son temple, en garde les murs ; Rome est assise entre les deux : là donc est Dieu 3.»

I. Voir xvi Septembre, en la Légende de saint Corneille. — 2. Do.M GuÉRANGER, Sainte Cécile et la Société romaine aux deux premiers siècles, Ch. vï.

404 Le l'on y s après la Peni

\)>>\\c aussi la présente fêle méritait d'être plus qu'une solennité locale: l'Eglise mère, en l'étendant à toute Eglise dans ces derniers siècles, a mérité la reconnaissance du monde. Grâce à elle, nous pouvons tous ensemble aujourd'hui faire en esprit ce pèlerinage ad limina > que nos aïeux accomplissaient au prix de tant de fatigues, ne croyant jamais en acheter trop cher les saintes joies et les bénédictions. « Célestes monts, sommets brillants de la Sion nouvelle! là sont les portes de la patrie, les deux lumières du monde en sa vaste étendue : là, Paul comme un tonnerre fait entendre sa voix ; là, Pierre retient ou lance la foudre. Par celui-là les cœurs des hommes sont ouverts, par celui-ci les cieux. Celui-ci est la pierre de fondement, celui-là l'ouvrier du temple où s'élève l'autel qui apaise Dieu. Tous deux, fontaine unique, épanchent les eaux qui guérissent et désaltèrent 2. »

L'Eglise romaine a consigné , dans les Leçons qui suivent, ses traditions concernant les basiliques dont la dédicace fait l'objet de la fête de ce jour.

Ex locis sacris quae I r> armi les lieux sacrés qui olim apud Christia- | 1 attirèrent autrefois la

Parte alia Pauli circumdant atria muros :

Hos inter Roma est : hic sedet ergo Deus. Inscription de la porte de Rome qu'on appelait an \ Ie siècle la porte de Saint-Pierre. (De Rossi, Inscript. II,

I. Ad limina Apostolorum, aux seuils des basiliques des Apôtres, où l'on se prosternait avant d'entrer dans les basiliques mêmes. — 2. Vexant. FoRTUNAT. Misçellanea, III, vil

La Dédicace des SS. Apôtres. 40 5

vénération des chrétiens, les plus célèbres et les plus fréquentés furent ceux où l'on gardait les corps des saints, ou quelque reste ou mémoire des martyrs. Au nombre et en tête de ces saints lieux fut toujours cette part i e glorieuse du Vatican qu'on appelait la Confession de Saint-Pierre. Là , en effet, de toutes les parties du monde affluaient les chrétiens ; là était pour eux la pierre de la foi, le fondement de l'Eglise; leur vénération pour le lieu consacré par le tombeau du Prince des Apôtres se traduisait par les plus religieuses et les plus pieuses démonstrations.

LA l'empereur Constantin le Grand vint le huitième jour après son baptême, et déposant le diadème et se prosternant, répandit une grande abondance de larmes; puis s'armant de la pioche et du hoyau, il creusa le sol et en retira douze charges de terre en l'honneur des douze Apôtres, désignant ainsi l'emplacement de la basilique qu'il voulait construire à leur Prince. Elle fut dédiée par le Pape saint Silvestre, le quatorze des calendes de décembre, en la mauière que, le cinq des ides

nos venerationem habuerunt, illa celeberrima et frequentissima fuerunt, in quibus condita sanctorum corpora, vel aliquod Martyrum vestigium aut monumentum esset. In quorum numéro sanctorum locorum, in primis semper fuit i n s i g n i s ea V aticani pars, quam sancti Pétri Confessionem appellabant. Nam eo Christiani ex omnibus orbis terrre partibus, tanquam ad fidei petramet Ecclesiae fundamentum convenientes, locum Principis Apostolorum sepulchro consecratum, summa religione ac pietate venerabantur.

Illuc Constantinus Magnus imperator octavo die post susceptum baptismum venit, depositoque diademate, et humi jacens, vim lacrimarum profudit : mox sumpto ligone ac bidente, terram eruit : indeque duodecim terrae cophinis, honoris causa duodecim Apostolorum, ablatis, ac loco basilicœ Principis Apostolorum designato, ecclesiam œdificavit. Quam san • ctus Silvester Papa de • cimo quarto calendas

4o 6 Le Tetnpi après la Pentecôte.

decembris, co modo quo Lateranensem ccclcsiam

quinto idus novembris consecraverat , dedicavit : et in ca altare lapideum chrismatc dclibutum erexit ; atque ex eo tempore sancivit, ne deinceps aharia nisi ex lapide fièrent. Idem beatus Silvestcr basilicam sancti Pauli Apostoli in via Ostiensi ab eodem Constantino imperatore magnificentissime axlificatam dedicavit. Quas basilicas idem imperator multis prœdiis attributis locupletavit, ac muneribus amplissimis exornavit.

Oorro Vaticanam ba* silicam vetustate jampridem collabentem, ac propterea multorum Pontificum pietate latius ac magnificentius a fundamentis ereciam , Urbanus Octavus hac eadem récurrente die anni millesimi sexcentesimi vigesimi sexti, solemni ritu consecravit. Basilicam vero Ostiensem, quum dira incendii vis, anno millésime octingentesimo vigesimo tertio penitus consumpsisset, indefessa quatuor Pontificum cura splendidius quam antea èrede novembre, il avait cml'église du Latran ,

mais en y élei tnl un autel

Je pierre qu'il oignit du

chrême, et prescrivant que désormais tout autel devrait être de pierre. Le bienheureui Silvestre dédia pareillement sur la voie d'Ostie la basilique de saint Paul Apôtre , que l'empereur Constantin avait J .• menu construite avec magnificence, l'enrichissant ainsi que la première de biens-fonds, d ornements et de présents considérables.

OR , comme la basilique vaticane tombait de vétusté, elle fut par la piété de nombreux Pontifes réédifiée depuis les fondations plus magnifique et plus grande ; l'an mil six cent vingt-six, en ce même jour, Urbain VIII la consacrait solennellement. L'an mil huit cent vingt-trois, un violent incendie consumait entièrement la basilique de la voie d'Ostie ; relevée plus belle qu'auparavant par le zèle persévérant de quatre Pontifes et comme reconquise sur la destruction. Pie IX mit à profit pour sa consécration la très heureuse cirLa Dédicace des SS. Apôtres. 40 7

constance de la définition de l'Immaculée Conception de

1 a Bienheureuse Vierge

Marie qu'il venait de proclamer, et Cjui des contrées les plus éloignées de l'univers catholique avait attiré à Rome nombre d'évêques et de cardinaux ; ce fut le dixième jour de décembre de l'année mil huit cent cinquante-quatre, qu'entouré d'une si brillante couronne de prélats et de princes de l'Eglise il accomplit la solennelle dédicace, en en fixant la mémoire annuelle au présent jour.

ctam, et ab interitu veluti vindicatam , Pius Nonus auspicatissimam nactus occasionem qua dogma de Immaculata beatae Mariae Virginis Conceptione nuper ab ipso proclamatum, ingentem cardinalium et episcoporum numerum ex dissitis etiam catholici o r b i s regionibus Romam attraxerat , die décima decembris anni millesimi octingentesimi quinquagesimi quarti , tanta circumdatus purpuratorum patrum et antistitum corona solemniter dedicavit, ejusque celebritatis rnemoriam hac die recolendam decrevit.

p our célébrer les saints Apôtres, il nous plaît d'emprunter aux bibliothèques de nos frères séparés d'Angleterre cette Séquence que la vénérable Eglise d'York chantait encore, il y a quatre siècles, en leur honneur.

i Apostolorum pnnciEN cette mémoire solennelle du Prince des Apôtres, que l'harmonie de notre louange, inspirée par l'amour, se fasse jour en cantiques joyeux.

Avec lui vénérons, digne comme lui de nos chants,

N sollemni memoria Apos pis,

Piae laudis harmonia Laetis resonet canticis.

Veneremur simul pari Dignum laude venerari

40 S Le Temps après la Petit

Apostolum gentium ; Ut quos amor vita junxit, Nec mors ipsa post disjunxit

Jungat ci praeconium.

Horum l.ius est quod destructa Romanae potentix- idolatria, Jam f'undata et firmata

Ibidem orbem gubernat Ecclesia.

Fide Pétri fundamentum Pauli tenet firmamentum Dogmate Ecclesia ; Clavis huic potentix, llli cessit scientice Juncta ad officia.

Petro namque sub pastore Gratulatur et rectore

Inter fluctus saeculi ; Pauli viget ex doctrina, Vitas sumpta medicina,

Grex fidelis populi.

Iste verbo instruit, Ille ccelum aperit Verbo vitae credulis, Et quod unus prxdicat Alter verum comprobat Crebris hoc miraculis.

l'Apôtre des nations ; niiisi

la louange réunit a eux que

l'amour unit dans In vie ut que la mort elle-mêa pu sepLeur louange, c'est que dans Rome, siège de 1 empire, ils renversèrent l 'idolâtrie ; que dans cette Rome, l'Eglise fondée et soutenue par eux gouverne l'univers.

Le fondement de l'Eglise, c'est la foi de Pierre, comme la doctrine de Paul en est le soutien ; au premier la clef signifiant la puissance, au second celle qui ouvre les horizons de la science : toutes deux concourent à l'œuvre commune.

Car c'est ainsi que le troupeau, que le peuple fidèle se félicite, au milieu des tempêtes de cette vie, davoir en Pierre un pasteur et un guide ; tandis que Paul par ses enseignements le fortifie, l'anime et le guérit dans ses maux.

L'un répand la parole de vie, l'autre aux croyants de cette parole ouvre les cieux; ce que l'un prêche, l'autre en montre la vérité par des miracles sans nombre.

La Dédicace des SS. Apôtres. 40g

Ils appellent au salut , celui-ci les Juifs, celui-là les nations ignorantes du chemin de la vie ; tous deux dirigent les appelés, tous deux combattent pour eux, repoussant l'assaut de l'ennemi,

Ne craignant pas de faire face à la force toute-puissante de l'empire, encourant l'un le supplice de la croix, l'autre celui du glaive.

En la même ville, en un même jour, ils souffrent la mort et passent aux cieux où sont récompensés les justes. Puissent-ils, priant pour nous, nous préserver de tout mal, et nous amener à partager leur bienheureux sort.

Amen.

Hic Judœos, i lie gentes

Viam vitse nescientes

Ad salutem convocat ;

Ambo prxsunt con -

vocatis, Ambo certant deso - latis, Hostis ne praevaleat.

Contra summae potentiœ Consurgunt imperium,

Unus crucis, alter ensis Perpessus supplicium.

Sicque una urbe mortem Una die passi, sortem Ad justorum transmeant ; Qui malorum nos exsortes Sua prece et consortes Beatorum faciant. Amen.

Enfin, mettant à profit ce jour pour rappeler et pour compléter les enseignements qui nous furent donnés dans la fête générale de la Dédicace des Eglises, terminons par cette autre Séquence, digne d'Adam de SaintVictor auquel on l'attribua longtemps. Toutes les allégories du temps des figures y sont relevées à l'honneur du grand mystère de l'union du Christ et de l'humanité, qu'exprime la consécration des temples chrétiens.

Qu'ils sont aimés les tabernacles et les parvis du Seigneur des armées 1

Ck UAM dilecta taberj nacula Domini virtutum et atria !

I mo foi eut

Vcntus, flumen

via I

pluQuam décora fundamenta Per concinnasacramcntà Umbrx praecurrentia ! Latus Adae dormientis Evam fundit, in manentis Copulae primordia.

Arca ligno fabricata Noe servat, gubernata

Mundi per diluvium. Proie sera tandem fœta Anus Sara ridet laeta,

Nostrum lactans gaudium.

Servus bibit qui .egatur Et camelus adaquatur

Ex Rebeccae hydria. Hsec inaures et armillas Aptat sibi, ut per illas

Virgo fiât congrua.

Synagoga supplantatur

A Jaeob, dum devagatur

Nimîs fréta litterae.

Liam lippam latent

multa :

O architecte incomparable I ô temple édifie J -■ telie

SOI le, que , i! , au

lieu de L'ébranlei . I ta pluies,

. les t tnBelles sont ses fondation-,

3ui remontent aux jours ou e gracieuses ligures l'annonçaient sous les ombre- '. C'était le coté d Adam endormi produisant Eve : première image d'une union qui doit durer toujours.

C'était l'arche faite du bois : elle sauve Xoé, navigue sûrement sur les eaux du déluge où périt le monde. C'est Sara chargée d'ans et sa fécondité tardive, et son rire de bonheur quand elle allaite celui dont le nom signifie notre joie.

Rébecca présente l'eau qu'elle a puisée au serviteur porteur du message , et abreuve aussi ses chameaux. Elle se pare des bracelets, des pendants d'oreilles, pour se montrer telle qu'il convient à une vierge.

Par Jacob la synagogue est supplantée, tandis que, ne se confiant qu'à la lettre, elle s'égare. Aux yeux chassieux de Lia bien des choses échappent, qui font la force

de Rachel la voyante et rendent égaux ses droits.

Veuve longtemps, Thamar voilée donne à Juda deux fils. Là, Moïse est trouve dans sa corbeille de jonc par la jeune fille qui se baigne au fleuve.

Là l'agneau mâle est immolé, rassasiant Israël , le teignant de son sang. Là la mer Rouge est traversée, les Egyptiens sont engloutis sous les flots profonds.

Là est l'urne remplie de la manne ; là, mais dans l'arche de l'alliance, sont les dix commandements de la loi. Là sont gardés les ornements du temple, et aussi les vêtements d'Aaron dont le premier est l'éphod du pontife.

Là Bethsabée, veuve d'U- rie, élevée en gloire, s'assied sur le trône royal. Dans sa robe d'or et sa parure variée, elle est devant le prince semblable aux filles des rois.

Là vient s'instruire à la divine sagesse de Salomon la reine du midi ; bien que

Quibus Rachel videos fulta, Pari nubit fœdere.

In bivio tegens nuda, Geminos parit ex Juda Thamar diu vidua. Hic Moyses a pueila Dum se lavât , in fiscella Rcperitur scirpea.

Hic mas agnus immolatur Quo Israël satiatur,

Tinctus ejus sanguine; Hic transitur rubens

unda, vËgyptios sub profunda Obruens voragine.

Hic est urna manna plena, Hic mandata legis dena,

Sed in arca fœderis. Hic sunt aedis ornamenta, Hic Aaron indumenta

Quce prœcedit poderis.

Hic Urias viduatur, Bethsabée sublimatur,

Sedis consors regiae. Haec régi varietate Vestis astat deauratae,

Sicut regum filiae.

Hue venit Àustri regina, Salomonis quam divina Condit sapientia.

4T2 Le Temps après la Pentecôte.

si nigra b mosa, Myrrhae el thui is fumo8a, Vi rga p i gm entaria.

Haec futurs Qus figura

Obumbravit, Rescravit Nobis Jics gratfae ;

Jam in lecto Cum dilecto

guiescamus , t psallamus : Adsunt enim nuptia?.

Quarum tonat initium In tubis cpulantium Et finis pcr psalterium.

Sponsum millena millia Una canunt melodia, Sine fine dicentia :

Alléluia !

Amen.

noire, elle est belle, toui imprégnée de myrrhe et d'enms.

Toutes ces figures annoncent sous les ombrer l'avenir, le plein jour de la grâce nous en a révélé la p- : Maintenant unis au bienaimé , coûtons sa paix , chantons des psaumes ; car c'est le jour des n<

Les trompettes éclatantes du festin en annoncent l'ouverture, le psaltérion l'achèvement.

L'Epoux ! C'est lui que chantent, unique mélodie, les millions de voix qui sans fin disent : Alléluia ï

Amen.

[ikn que tous les élus resplendissent au ciel d'un éclat propre à chacun d'eux, Dieu se complaît à les grouper par familles, comme il le fait dans la nature pour les astres du firmament. C'est la grâce qui préside à ce groupement des constellations dans le ciel des Saints; mais parfois Dieu semble vouloir nous rappeler ici que nature et grâce l'ont pour commun auteur ; et les conviant malgré la chute à l'honorer ensemble dans ses élus, il fait de la sainteté comme un patrimoine auguste que se transmettent de générations en générations les membres d'une même famille de la terre *. Parmi ces races bénies ne le cède à aucune la royale lignée qui, de l'antique Pannonie, étendit sur le monde aux meilleurs temps de la chrétienté l'ombre de ses rameaux ; riche en vertu, éprise du beau, comme parle l'Ecriture, portant la paix dans ces maisons couronnées de la vieille Europe que tant d'alliances avaient rendues siennes 2, les noms qu'elle inscrivit au livre d'or des bienheureux perpétuent sa gloire.

Mais, de ces noms illustres, entouré d'eux comme un diamant serti d'une couronne de perles, le plus grand pour l'Eglise et les peuI. Eccli.XLiv, i -i 5. — 2. Ibid.6.

4i 4 Le Tcynps apres la Penta

pies est celui Je l'aimable Sainte, mûre pour le ciel à vingt-quatre ans, qui rejoint aujourd'hui les Etienne, lesEmeric et les Ladislas, Elisabeth nedemeura pas au-dessous de leurs

mâles vertus ; mais la simplicité de sou âme aimante imprégna l'héroïsme de sa race connue d'une huile parfumée dont la senteur, se répandant sous tous les cicux, entraîne dans la voie des Bienheureux et des Saints, avec sa tille Gertrude de Thuringc, sa tante Hedwigc de Silésie, et ses cousines ou nièces et petites-nièces Agnès de Bohême, Marguerite de Hongrie, Cunégonde de Pologne, Elisabeth de Portugal.

Le Dieu des humbles'sembla vouloir rivaliser avec toute la poésie de ces temps chevaleresques, pour idéaliser dans la mémoire des hommes la douce enfant qui, transplantée, fleur à peine éclose, de la cour de Hongrie à celle de Thuringe, ne sut qu'aimer et se dévouer pour lui. Quelle fraîcheur d'idylle, mais d'une idylle du ciel, en ces pages' des contemporains où nous est racontée la vie de la chère Sainte avec l'époux si tendrement aimé qui fut le digne témoin des extases de sa piété sublime et naïve, le défenseur envers et contre tous de ses héroïques et candides vertus ! Aux intendants qui se plaignent que, dans une absence du duc Louis, elle a malgré eux épuisé le trésor rour les

Êauvres : « J'entends, dit-il, qu'on laisse mon Elisabeth agir à sa guise ; qu'elle donne tout ce qu'elle voudra, pourvu qu'elle me laisse la Wartbourg et Nauinbourg. »

Aussi le Seigneur, ouvrant les yeux du landgrave, lui ^montrait sous la forme de

Sainte Elisabeth de Hongrie. 41 5

roses, dignes déjà des parterres du ciel, les provisions qu'Elisabeth portait aux malheureux dans son manteau. Jésus lui-même apparaissait en croix dans le lépreux qu'elle recueillait en ses appartements pour le soigner plus à Taise. S'il arrivait que d'illustres hôtes survenant à l'improviste, la duchesse dont les bijoux passaient comme le reste en aumônes se trouvât dépourvue de la parure qui eût convenu pour leur faire honneur, les Anges y suppléaient si bien qu'aux yeux émerveillés des visiteurs, selon le dire des chroniqueurs allemands de l'époque, la reine de France n'eût pas été plus admirablement belle, plus richement parée.

C'est qu'en effet Elisabeth entendait ne se dérober à aucune des obligations ni convenances de sa situation de princesse souveraine ou d'épouse. Aussi gracieusement simple en ses vertus qu'affable pour tous, elle s'étonnait de l'attitude sombre et morose que plusieurs affectaient dans leurs prières ou leurs austérités : « Ils ont l'air de vouloir épouvanter le Bon Dieu *, disaitelle, tandis qu'il aime celui qui donne joyeusement 2. »

Le temps, hélas î vint vite pour elle de donner sans compter. Ce fut d'abord le départ en croisade du duc Louis, son époux, dont il sembla qu'elle ne se. pourrait jamais séparer ; puis la scène déchirante où lui fut annoncée sa mort, au moment où pour la quatrième fois elle venait d'être mère ; enfin

1. Montalembert, Histoire de sainte Elisabeth de

Hongrie, Ch. vu. — 2. II Cor. ix, 7.

4/6 Le Temps après la Pentecôte.

l'acte d'odieuse félonie par lequel Henri B pon, l'indigne frère du Landgrave, trouvant l'occasion bonne pour s'emparer des états

du défunt, chassa ses enfants et sa veuve, avec défense à qui que ce fût de les recevoir. Dans ce pays OÙ toute misère avait éprouve ses bontés/ Elisabeth dut mendier, en butte à mille rebuts, le pain des pauvres enfants,

! réduits comme elle à se contenter pour gîte

| d'une é table à pourceaux.

L'heure des réparations devait sonner avec le retour des chevaliers partis en la compagnie du duc Louis. Mais Elisabeth, devenue l'amante passionnée de la sainte pauvreté,

I resta parmi les pauvres. Première professe du Tiers-Ordre séraphique, le manteau que saint François lui avait envoyé comme à sa

! très chère fille demeura son unique trésor. Bientôt les sentiers du renoncement absolu l'eurent conduite au terme. Celle que, vingt

I ans auparavant, on apportait dans un berceau d'argent à son fiancé vêtue de soie et d'or, s'envolait à Dieu d'une masure de terre

I glaise, n'ayant pour vêtement qu'une robe rapiécetée ; les ménestrels dont les assauts

J de gai savoir avaient rendu fameuse Tannée

S de sa naissance n'étaient plus là, mais on

| entendit les Anges qui chantaient, montant vers les cieux : Regnum mundi coiitempsi,

j propter amorem Domini mei Jesn Cliristi, quemvidi,quemamari; in quem credidi, quetn dilexi i.

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