L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 69)
I. J'ai méprisé les trônes du monde en considération du Seigneur Jésus-Christ, l'attrait de mes yeux et de mon cœur, gui eut ma foi et mon amour.
Sainte Elisabeth de Hongrie. 41 y
Quatre ans après, Elisabeth, déclarée Sainte par le Vicaire de Jésus-Christ, voyait tous les peuples du Saint-Empire, empereur en tête, affluer à Marbourg où elle reposait au milieu de ces pauvres dont elle avait ambitionné la vie. Son corps sacré fut remis à la garde des chevaliers Teutoniques, qui reconnurent l'honneur en faisant de Marbourg un cheflieu de l'Ordre, et en élevant à la Sainte la première église ogivale que l'Allemagne ait possédée. De nombreux miracles y attirèrent longtemps l'univers chrétien.
Et maintenant, bien que- toujours debout, toujours belle en son deuil, Sainte-Elisabeth de Marbourg ne connaît plus que de nom celle qui fut sa gloire. A la Wartbourg embaumée des grâcesde la chère Sainte, où s'écoula au milieu des plus suaves épisodes sa vie d'enfant et d'épouse, le grand souvenir qu'on montre au voyageur est la chaire d'un moine en rupture de ban, et la tache d'encre dont, en un jour de démence ou d'ivresse, il salit les murs, comme il devait de sa plume tenter de tout profaner et souiller dans l'Eglise de Dieu.
Il est'temps d'écouter le récit liturgique de la fête .
Elisabeth, fille d'André roi de Hongrie, commença des l'enfance à craindre Dieu, et la piété grandit en elle avec l'âge. Mariée à Louis, landgrave de Hesse et de Thuringe, son ze\c ne fut pas moindre au service
Elisabeth Andreœ régis Hungariae filia, ab infantia Deum timere cœpit : et crescens aetate, crevit etiam pietate.
L u d o v i c o Lantgravio
Hassioe et Thuringiae in conjugem copulata, non
4rS Le Temps après la Pentecôte.
tninori cura quae Dci , quam quae viri sui erant, exscqucbatur. Surgens cnim nocturno tempore,
orationi diu incumbebat; ac variis misericordise
| officiis dedita , viduis , pupiilis, aegrotis, egen! tibus sedulo inserviebat; gravi que famé urgente , domus suœ frumenta liberaliter erogabat. Leprosos hospitio suscipiens , manus eorum et pedes osculabatur. Curandis autem et alendis pauperibus insigne xenodochium construxit.
efuncto conjuge, ut Deo liberius serviret, depositis omnibus saecularis gloriae indumentis, vili tunica induta est, atque ordinem Pœnitentium sancti Francisci ingressa, patientiœ et humilitatis virtute maxime euituit. Nam bonis omnibus exuta , a propriis aedibus éjecta, ab omnit bus derelicta, contumej lias, irrisiones, obtrectationes invicto animo toleravit, adeo ut summo! père gauderet, se talia pro Deo pati. Ad infima quaeque ministeria erga pauperes et aegrotos se abjiciens, eis necessaria procurabat , solis oleribus et leguminibus
de Dieu qu'en celui de son
époux. Elle se levait de nuit et priait longtemps ; elle exerçait les différentes œuvres de miséricorde. se dévouant à soulager les veuves, les orphelins, les malades, les indigents, donnant tout le blé de ses greniers quand sévissait la Ji Recueillant les lépreux, elle leur baisait les mains et les pieds. Elle construisit un bel hospice pour soigner et nourrir les pauvres.
2UAND son époux fut mort, pour servir Dieu s librement, elle mit de côté tous les ornements de la gloire mondaine, se couvrit d'une tunique grossière, et embrassa l'Ordre des Pénitents de saint François. La patience et l'humilité furent ses plus remarquables vertus. Dépouillée de tous ses biens, chassée de sa demeure, abandonnée par tous, on la vit supporter les inju re s, les moqueries, les injustes reproches, sans que son cœur en fût troublé, grandement joyeuse d'avoir à souffrir de tels excès pour Dieu. S'abaissant aux plus viles occupations près des pauvres et des malades, elle leur procurait ce dont ils
Sainte Elisabeth de Hongrie. 41g
avaient besoin et se contentait d'herbes et de légumes pour sa propre nourriture.
Ainsi se passait donc sa vie très sainte en ces bonnes œuvres et beaucoup d'autres, quand arriva enfin le terme de son pèlerinage. Elle l'annonça aux personnes qui vivaient en sa compagnie ; ses yeux absorbés dans ia divine contemplation se fixèrent au ciel ; divinement consolée, munie des sacrements, elle s'endormit dans le Seigneur. Aussitôt de nombreux miracles éclatèrent à sa tombe. Sur leur renomm é e . Grégoire IX, ayant procédé aux enquêtes régulières, l'inscrivit parmi les Saints.
UM vero in his aliisque plurimis sanctis operious vitam religiosissime transegisset, finis tandem suae peregrinationis advenit , queni domesticis suis a n t e praedîxit. Cumque defixis in cœlum oculis d i v i n ae contemplationi vacaret, a Deo mirabiliter recreata, et sacramentis refecta , obdormivit in Domino. Statimque plurima ad ejus tumulum miracula patrata sunt. Quibus auditis , et rite probatis, Gregorius nonus Sanctorum numéro eam adscripsit.
L'Allemagne chantait au xive siècle l'Hymne qui suit, en l'honneur de sainte Elisabeth.
pro suo victu contenta.
L'Eglise en accents mélodicuxoftre à Dieu la louange ; Sion est dans la joie ; la mère fait fête à son illustre fille s'élevant du fond de la vallée de misère.
De royale descendance, enfant encore elle est fiancée ; les plus beaux dons l'ornent
HYMNTJM Deo vox jocunda Décantât Ecclesise ; Xam congaudet lœtabunda Sion mater filiae Ascendenti de profunda Convalle miseriae.
Quam regali stirpe natam In annis infantiœ
420 Le Temps après la Pentecôte
Vir accepil desponsat&m
Indolis eximise, Semper tamen inspiratnm VotO continentiic.
Fide, proie, sacramento Ratum hoc conjugium,
Vero docet argumenta Quod patrum ccelestium
Vitae sanctae succremento Attigit consortium.
Lege carnis sic ligata Non extinxit spiritum,
Sed implcvit fide rata Nec reliquit irritum
Quod a Deo mens parata Gerebat propositum
Haec insignis, hœc beata Pauperum nutritia
Fastu mundi non data Nec parentum gloria,
In se carne trucidata Crucifixit vitia.
Aquam eam dum rogavit
Hostis innocentia?, Potum lacté perforavit
Clavo pœnitentiae Et sic sese liberavit
Virtus patientias.
pour l'époux auquel clic est unie : union dont la pureté répond à ses vœux.
Fidélité, fécondité,
du sacrement consacrent ce mariage ; qu'il la conduise au ciel ou sont ses pères, la preuve en est dans ^a sainteté croissante.
Bien donc que soumise à la loi de la chair, l'esprit en elle ne s'y éteignit p:i- ; fidèL* à des engagement- - elle ne négligea pas les inspirations qu'elle recevait de Dieu dans son cœur.
Des pauvres elle se fit la bienheureuse et noble nourricière, n'ayant aux pompes du monde nul égard , non plus qu'à la gloire des aïeux, crucifiant les vices en sa chair mortifiée.
Comme à Jahel Sisara *, l'ennemi de l'innocence lui demande un peu d eau ; mais trompé par le lait qu'elle lui donne en breuvage, elle le transperce avec le clou de la pénitence, sauvant ainsi son renoncement et sa vertu.
Tandem viro destituta Son époux mort, elle déJudic. IV.
pouille sans jamais en avoir été souillée la mondanité : celle qui depuis longtemps a revêtu le Christ en son âme; donne un sac à son corps pour vêtement ; comme une lampe ardente elle resplendit au milieu de ce siècle.
Elle se procure au prix de la pauvreté les véritables richesses ; elle répand du trésor de sa pieté des flots d'or : de combien de malheureux n'a-t-elle pas secouru l'indigence !
Pour elle, elle gagne son painen travaillant et en filam; vile à ses propres yeux, elle dédaigne de se voir abaissée, n'ignorant pas qu'à vous seul, Christ, est due légitimement la gloire.
Gloire soit à vous, ô bon Jésus, maintenant et toujours, à vous qui fidèlement aidez les combattants du bon combat, et donnez en récompense au vainqueur vaillant la couronne.'
Amen.
Quelle leçon vous laissez à la terre en montant au ciel, ô bienheureuse Elisabeth ! Nous le demandons avec l'Eglise pour nous et tous nos frères dans la foi : puissent vos prières glorieuses obtenir de Dieu miséricordieux que nos cœurs s'ouvrent à la lumière des enseignements de votre vie, et
Munda mundum exuit, Christum mente jam induta
Saccum carni consuit, Et in tempus hoc statuta
Sic lampas emicuit.
Veras censu paupertatis Redimens divitias,
De thesauro pietatis Fudit auri copias,
Et multorum egestatis Supplevit inopias.
Fecit opus fuso, cibi Quaerens alimoniam ,
Et vilcscens ipsa sibi Sprevit ignominiam ,
Sciens soli, Christe, tibi Recte dari gloriam.
Gloria sit, Jesu bone, Tibi nunc et jugiter,
Qui certantes in agone Adjuvas fideliter,
Et mercedem das coronas Vincenti viriliter.
Amen.
422 ht Ten la Pend < méprisent le bonheur du monde i i timer que les consolations céleste v L Evangile nous le dit aujourd'hui même à votre honneur : Le royaume dès deux est semblable ii un trésor caché, à une perle sans prix ; l'homme sage et entendu en affaires \c, I tout ce qu'il a pour s'assurer le trésor ou la perle 2. Bon négoce dont vous eûtes l'intelligence, atteste PEpître :', et qui lit autour de vous la fortune de tous: de vos heureux sujets, dont il secourut les corps et releva les âmes; de votre noble époux siégeant, grâce à vous, en bon lieu parmi les princes qui surent échanger un diadème périssable pour la couronne éternelle ; de tous les vôtres enfin, dont vous êtes la plus douce gloire, dont plusieurs vous suivirent de si près sur le chemin du renoncement qui conduit aux deux. Pourquoi faut-il que d'autres, en un siècle de ruine, aient abdiqué leur titre de fils des Saints , entraînant après eux les peuples à faire litière des plus suaves souvenirs comme des plus nobles traditions ? Daigne le Seigneur rendre à son Eglise et à vous-même le pays qui fut pour vous celui de son amour ; puissent vos supplications se joindre aux nôtres en ce jour, et ramener l'antique foi dans ces rameaux de votre descendance que ne parcourt plus la sève du salut ; puisse la glorieuse tige, en ses branches fidèles, nous donner toujours des Saints.
I. Collecte de la fête. -— 2, Evangile, ex Matth. XII.
- 3. Epître, ex Prov. xxxi.
Menu de saine Pontien, Pape et Mari. 423
'Eglise se recommande aujourd'hui d'un saint Pape du temps des persécutions. Déporté par sentence de l'empereur Maximin dans une île de la Méditerranée, il y souffrit d'indignes traitements qui lui valurent la couronne du martyre. Fabien , deuxième successeur de Pontien, ramena son corps au cimetière de Calliste.
Dieu tout-puissant, regardez notre infirmité, et parce que nous sommes accablés sous le poids de nos péchés, faites que nous soyons fortifiés par la glorieuse intercession du bienheureux Pontien , votre Martyr et Pontife. Par Jésus-Christ.
j nfirmitatem nostram i respice omnipotens Deus : et quia pondus propriae actionis gravât, beati Pontiani Martyris tui atque Pontificis intercessio gloriosa nos protegat . Per Dominum.
iÉlix, appelé dès l'adolescence au jfc désert, semblait devoir y mourir oublié d'un monde qu'il avait méprisé. Mais le Seigneur se réservait de rendre aux yeux des hommes sa vieillesse féconde '.
On était à ce qu'on nomme de nos jours un tournant de l'histoire. Le premier des grands Ordres actifs allait, avec saint Jean de Matha, se lever dans l'Eglise ; d'autres suivraient, réclamés par les temps nouveaux. Ce fut l'heure où l'éternelle Sagesse, qui préside immuable aux variations des peuples 2, voulut montrer qu'elle non plus, la sainteté ne change pas, la charité demeurant sous des formes variées ce que la connurent nos pères, n'ayant toujours qu'en Dieu aimé pour lui-même son principe et sa lin. Ef c'est pourquoi Jean de Matha fut amené par l'Esprit à Félix de Valois, comme le disciple au maître ; l'anachorète dont les derniers anc s'achevaient au fond des forêts, vit se greffer sur la contemplation pure, en sa personne, la vie d'action débordante du rédempteur
i. Psalm. xcr, i5. — 2. Sap. vu, 27.
Saint Félix de Valois, Confesseur. 42b
des captifs ; Cerfroid, son désert, resta le cheflie?a des Trinitaires comme il en avait été le berceau.
Lisons la vie du serviteur de Dieu dans le livre de la sainte Eglise. Mais rappelonsnous qu'elle demande à être complétée par celle de son disciple et fils (vin février).
Félix, appelé d'abord Hugues, était né en France de la famille royale des Valois. Il donna dès le plus jeune âge de sérieuses marques de sa sainteté future, surtout pour la miséricorde envers les pauvres ; car encore tout petit enfant, il distribuait de sa main des pièces d'argent aux malheureux, comme s'il eût été grand et en âge de comprendre. Un peu plus âgé, il avait la coutume de leur envoyer des mets servis sur la table, et choisissant ce qu'il y avait de meilleur, il le servait aux enfants pauvres. Jeune homme, il se dépouilla plus d'une fois de ses habits pour en couvriries indigents. Il obtint de son oncle Thibauld, comte de Champagne et de Blois, la grâce d'un condamné à mort, annonçant que celui qui n'était jusquelà qu'un sicaire infâme deviendrait sous peu un grand saint : prédiction justifiée par l'événement.
Félix, Hugo antea dictus, ex regali Valesiorum familia ortus in Gallia, ab ineunte aetate non levia dédit futuras sanctitatis indicia, pr<esertim misericordiae erga pauperes : nam adhuc infantulus, manu propria, ac si grandior esset, et judicii maturitate polleret, nuramos egenis distribuit. Jam grandiusculus , solebat ex appositis in mensa dapibus ad ipsos mittere, et ferme eo, quod sapidius erat, obsonio pauperculos pueros recreabat. Adolescens non semel vestibus se exspoliavit, ut inopes cooper i r e t. A b avunculo Theobaldo, Xamphanae et Blesii comité, vitam reo mortis impetravit, prsedicens hune infamem hactenus sicarium, mox sanctissimis prœditum moribus evasurum : ver i d i c u m testimonium monstravit eventus.
426 Le Temps après la Penh,
POST erfactam laudabilitcr adolescentiam cœpit ex cœlestis contemplationis studio solituJinein cogitare; prius taraen voluii sacris iniliari, ut omnem regni, acujus successione jure legis Salie» non longe distabat, spem si bi praecideret. Sacerdos factus, et prima Missa devotissime eclebrata , non multo post in eremum secessit, ubi summa abstinentia victitans, ccelestium charismatumabundantia pascebatur. Ibi cum sancto Joanne de Matha Parisiensi doctore, a quo ex divina inspiratione quaesitus et inventus, per aliquot annos sanctissime vixit ; donec ambo per Angelum a Deo admoniti Romam petierunt, specialem a Summo Pontifice vivendi regulam impetraturi. Facta igitur innocentio Papae tertio inter Missarum solemnia revelatione religionis et instituti de redimendis captivis, ab ipso Pontilice, simul cum socio, candidis vestibus bicolori cruce signatis induitur , ad eam formam qua Angélus indutus apparuit : et insuper voluit Pontifex, ut nova
• :ence, il - porté par l'ati rail le 1 tetnplation
mer dans la solitude, voulut tout d abord cependant recevoir I sacrés pour se prémunir contre les droits éventuels à la couronne qu'il tenait de la loi Salique. Ordonné prêtre, il célébra sa première Messe avec grande ferveur et gagna peu après le désert où il vécut en grande abstinence, réconforté par l'abondance des grâces du ciel. Il y fut trouvé par saint Jean de Matha, docteur de Paris, qu'une inspiration divine avait poussé à sa recherche. Tous deux vécurent là très saintement quelques années, jusqu'à ce qu'un Ange les avertît de la part de Dieu qu'iis eussent à se rendre à Rome pour obtenir du Souverain Pontife une règle de vie. C'était alors Innocent III, lequel pendant la Messe solennelle eut révélation du nouvel Ordre et institut qu'ils devaient fonder pour la rédemption des captifs. Le Pape revêtit lui-même Félix et Jean du vêtement blanc avec la croix rouge et bleue sous lequel l'Ange était apparu, et il voulut que leur famille religieuse, en raison de ces trois couleurs de son habit, fût honorée du
nom de la très sainte Trinité.
Félix donc, avec la règle confirmée par le Pape Innocent , revint à Cerfroid, au diocèse de Meaux, où lui et son compagnon ayant peu auparavant bâti la première maison de l'Ordre, il l'agrandit, y fit régner l'observance religieuse , se montrant le promoteur admirable de l'œuvre de la Rédemption, mettant tout son zèle à la propager par ses disciples en d'autres provinces. Il fut en ce lieu favorisé d'une insigne grâce de la Vierge Mère : c'était en la nuit de la Nativité de la Mère de Dieu ; tandis que par une permission divine les frères continuaient de dormir et ne se levaient pas pour Matines, Félix, veillant à son ordinaire et prévenant l'heure de l'Office, entra au chœur où il trouva la bienheureuse Vierge. Elle portait sur son vêtement la croix de l'Ordre; des Anges vêtus de même l'accompagnaient ; elle entonna les chants, et ce fut avec elle et les Anges que Félix accomplit le devoir de l'Office canonial. Et comme si déjà on l'appelait du chœur de la terre à celui
religio juxta triplicem colorera , quo habitus constat, sanctissimae Trinitatis titulo decoraretur.
Régula propna e x Summi Pontifîcis Innocentii confirmatione accepta, in diœcesi Meldensi apud locum, qui Cervus Frigidus dicitur, primum ordinis paulo ante a se et socio extructum cœnobium ampliavit , ubi religiosam observantiam, et Redemptionis institutum mirifice coluit, ac inde per alumnos in alias provincias diligentissime propagavit. Illustrem hic a beata Virgine Matre favoremaccepit : dormientibus siquidem cunctis fratribus, et ad matutinas pièces in pervigilio Nativitatis Deiparae média nocte recitandas , Deo sic disponente, non surgentibus, Félix de more vigilans, et horas prreveniens, chorum ingressus, reperit beatam Virginem in medio chori habitu cruce ordinis insignito indutam, ac cœ- litïbus similiter indutis sociatam. Quibus permixtus Félix, pra?cinente Deipara, laudes divinas concînuit, riteque per42 S Le Temps après la Penh
; ux. avèi ri par un césa mort prochaine .il
lils à la charité cnvci captifs et les pauvres, puis rendit lame, chargé de mérites et d'années, l*an douze cent douze du Seigneur, sou^ le pontificat du même Innocent III.
solvit. El quasi jam a terrestri ad cœlest* m chorum evocarétur, instant is mortis ab Angelo certior factu^-, fiiios ad caritatem erga naupercs et captÎTOs adnortans , animam Deo reddidit, state ac meritis consummatus, anno post Christum natum ducentesimo duodecimo supra millesimum, sub eodem Pontifice Innocentio tertio.
CÉLix, heureux amant de la charité, enseignez-nous le prix de cette reine des vertus et aussi sa nature. C'est elle qui vous attira dans la solitude pour y poursuivre son objet divin, et quand vous sûtes trouver Dieu en lui-même, vous le montra et fit aimer dans vos frères. N'est-ce pas le secret qui rend l'amour fort comme la mort, lui donne comme en vos fila l'audace d'affronter l'enfer i ? Puisse-t-il ne point cesser d'être chez nous l'inspirateur de tous les dévouements : qu'il demeure la part excellente de votre saint Ordre, le procédé précieux de son adaptation toujours féconde aux besoins d'une société où ne cesse point de régner sous mille formes la tyranniedes pires servitudes.
I. Cant. vin, 6.
Sïfe §^t(3^SÎWi SîNCS**. iSfe (SWE SS^L
Inférieure en solennité aux autres fêtes de Notre-Dame, tardivement inscrite au Cycle sacré, la Présentation semble de préférence réserver chez nous le culte de ses mystères à la contemplation silencieuse. Dans le silence de leur prière ignorée, les justes gouvernent la terre ; la Reine des saints, la première, rit plus par ses mystères cachés que tous les Faux grands hommes dont les gestes bruyants prétendent constituer la trame des annales du monde.
L'Orient chantait depuis sept siècles au moins * l'entrée de la mère de Dieu dans le temple de Jérusalem -, quand pour la première fois 3, en 1372, Grégoire XI permit qu'elle fût célébrée à la cour romaine d'Avignon. Or en réponse, Marie brisait les chaîI. Pitra, Analecta sacra Spicilegio Solesmensi parata, I, 275. — 2. Menaea, ad diem hanc. — 3. Ceci doit s'entendre seulement de la fête proprement dite ; car le marbre de Berre, illustré par Le Blant sous le n° D42 A des Inscriptions chrétiennes de la Gaule, démontre que le fait du séjour de Marie au temple de Jérusalem était reconnu et honoré en Occident au Ve siècle. Voir Planche 72 du même, n° 433.
43o Le Temps après la Pentecôte.
nés qui depuis soixante-dix ans retenaient la Papauté captive, et bientôt Grégoire
rendait à Rome le successeur de Pierre. Ainsi déjà, au Cycle d'Occident, la Visitation nous était apparue comme le monument de l'unité reconquise sur Le schisme oui suivit l'exil '.
Dès l'année i3y3, à l'imitation du Pontife suprême, Charles Y de France introduisait la tête de la Présentation dans sa chapelle du palais. Par lettres en date du 10 novembre 1374, aux maîtres et écoliers du collège de Navarre, il exprimait le désir qu'elle tût célébrée dans le royaume entier :
« Charles, par la grâce de Dieu roi des Francs, à nos bien-aimés : salut en Celui qui ne cesse point d'honorer sa Mère sur la terre. Entre les autres objets de notre sollicitude, souci journalier et diligente méditation, le premier qui occupe à bon droit nos pensées est que- la bienheureuse Vierge et très sainte impératrice soit honorée par nous d'un très grand amour et louée comme il convient à la vénération qui lui est due. Car c'est un devoir pour nous de lui rendre gloire ; et nous qui élevons vers elle en haut les yeux de notre âme, nous savons quelle protectrice incomparable elle est pour tous, quelle puissante médiatrice auprès de son béni Fils pour ceux qui l'honorent avec un cœur pur... Et c'est pourquoi, voulant exciter notre fidèle peuple à solenniser ladite fête comme Nous-même nous proposons de le faire, Dieu aidant, chacune des années de
1. 1 1 Juillet.
La Présentation de la tr. sainte Vierge. 43 1
notre vie, nous en adressons l'Office à votre dévotion à cette fin d'augmenter vos joies *. »
Ainsi parlaient les princes dans ces temps. Or on sait comment dans ces mêmes années le sage et pieux roi, poursuivant l'œuvre inaugurée à Brétigny par la Vierge de Chartres, sauvait une première fois de l'Anglais la France vaincue et démembrée. Dans TKtat donc comme dans l'Eglise, à cette heure si critique pour les deux , Notre-Dame en sa Présentation commandait à l'orage, et le sourire de Marie enfant dissipait la "nue.
La nouvelle fête, enrichie d'indulgences par Paul II, s'était peu à peu généralisée, quand saint Pie V, voulant alléger d'un certain nombre d'Offices le calendrier universel, crut devoir la comprendre en ses suppressions. Mais Sixte-Quint la rétablissait au Bréviaire romain dès l'année i585, et peu après, Clément VIII relevait au rang des Doubles-majeurs. Bientôt clercs et réguliers prenaient pour coutume de renouveler leurs engagements sacrés en ce jour où leur commune Reine ouvrit devant eux la voie qui conduit par le sacrifice aux prédilections du Seigneur.
Ecoute, ma fille, et vois, et prête l'oreille ; oublié ton peuple et la maison de ton père, et le Roi convoitera ta beauté 2. Ainsi, formulant les vœux des filles de Tyr 3, chantait au sommet de Moriah l'Eglise de l'attente ; et son regard inspiré perçant l'avenir, elle ajoutait : A sa suite viendront les vierges, ses compagnes ; elles s'avanceront dans la joie et l'alléI. Launoy, Historia Navarrae gymnasii, Pars I.
L. I, c. 10. — 2. Psalm. xliv, ii, 12. — 3. Ibid. i3,
4$2 Le Temps après la Pentecôte.
presse ; elles entreront dans le temple du Roi J.
Or Jonc, salué d'avance comme le plus
beau des /ils des hommes ', ce Roi, qui est le
Très Puissant :{, prélude a ses conquêtes eu
ce jour; et son début, selon le mot du Psaume, est admirable 4. Par la gracieuse entant qui à cette heure franchit les degrés du temple, il prend possession de ce temple, dont le sacerdoce le reniera vainement plus tard; car cette enfant qu'accueille aujourd'hui le temple est son trône ■>. Dès maintenant, son parfum le précède et l'annonce en la mère au sein de laquelle l'huile d'allégresse, coulant à tl<»ts, doit le faire Christ entre ses frères6; en elle déjà les Anges saluent la Reine dont la virginité féconde enfantera toutes ces âmes consacrées qui réservent à l'Epoux la myrrhe et l'encens de leurs holocaustes, ces filles des rois qui feront l'honneur de sa cour 7.
Mais la Présentation de Notre-Dame ouvre encore à l'Eglise d'autres horizons. Au Cycle des Saints, dépourvu des frontières précises qui délimitent celui du Temps, le mystère du séjour de Marie dans le sanctuaire de l'ancienne alliance prélude, mieux que n'aurait pu faire aucun autre, à la saison si prochaine de l'Avent liturgique. Marie, conduite au temple pour s'y préparer dans la retraite, l'humilité , l'amour, à ses incomparables destinées, eut aussi pour mission d'y parfaire, au pied des autels figuratifs, la prière de l'humanité trop impuissante à faire pleuvoir
T. Psalm. xliv, î5, 16. — 2. Ibid. 3. — 3. Ibid. 4.—
4. Ibid. 5. — 5. Ibid. 7. - 6. Ibid. 8. — 7. Ibid. 9, 10.
La Présentation de la tr. sainte Vierge. 433
des deux le Sauveur l. Elle fut, dit saint Bernardin de Sienne, le bienheureux couronnement de toute attente et demande de l'avènement du Fils de Dieu; en elle, comme en un sommet, tous les désirs des saints qui l'avaient précédée eurent leur consommation et leur terme 2.
Par son admirable intelligence des Ecritures, par sa conformité de chaque jour, de toute heure, aux moindres enseignements et prescriptions du rituel mosaïque, Marie découvrait, adorait, partout le Messie sous la lettre ; elle s'unissait à lui, s'immolait avec lui dans chacune des victimes immolées sous ses yeux; et ainsi rendait-elle au Dieu du Sinaï l'hommage, vainement attendu jusque-là, de la Loi comprise, pratiquée, fécondée selon la plénitude qu'elle comportait pour le Législateur. Alors Jéhovah put dire en toute vérité: Comme la pluie descend du ciel et n'y retourne point, mais enivre la terre et lui fait produire ses fruits ; ainsi sera ma parole : elle ne me reviendra pas inféconde, mais aura heureusement tous les effets que fai voulus 3. Supplément béni de la gentilité non moins que de la synagogue, Marie dès lors vit dans l'Epouse du Cantique sacré l'Eglise à venir. En notre nom à tous elle adressait à Celui qu'elle savait devoir être l'Epoux, sans connaître encore qu'elle l'aurait pour fils, les appels d'un amour qui, sur ses lèvres, était bien fait pour obtenir du Verbe divin l'oubli
I. Isai. xt.v, 8. — 2. Bernardin. Sen. Profestivitatibus V. Mariae, Sermo IV, art. I, c. 3. — 3. Isai.
4 '<4 Le Temps après la Pentecôi des infidélités passées, des dérèglements où
le monde dévoyé s'abîmait toujours phi**. Archede l'alliance universelle, combien avantageusement ne remplaçait-elle pas celle des Juifs- disparue avec le premier temple ! C etait pour elle sans le savoir qu'Hérode, le Gentil, avait repris la construction du second, demeuré comme désert et comme vide depuis Zorobabel ; car le temple, aussi bien que le tabernacle qu'il remplaçait, n'était que l'asile de l'arche destinée à porter Dieu luimême : mais garder la réalité fut pour le second temple une gloire plus grande 2 que d'abriter comme le premier la hgure.
Les Grecs ont fait choix, comme Leçons de ce jour, des passages de l'Ecriture qui rappellent l'entrée de l'arche dans le tabernacle au désert3, et plus tard dans le temple à Jérusalem 4. Le synaxaire, ou Leçon historique de la solennité, résume les traditions qui nous montrent la bienheureuse Vierge offerte par ses saints parents dans la troisième année de son âge au temple de Dieu, pour y demeurer jusqu'aux jours où, après douze années écoulées, devait s'accomplir en elle le mystère du salut.
Au vi° siècle de notre ère, l'empereur Justinien fit élever en l'honneur de la Présentation une église grandiose dans la partie méridionale de la plate-forme qui avait porté le temple et ses annexes 'j.
I. Olier, Vie intérieure de la T. Sainte Vierge,
Présentation. — 2. Agg. il, 10. — 3. Exod. XL. — z|. III Reg. vin. — 5. C'est aujourd'hui la mosquée ElAksa.
La Présentation de la tr. sainte Vierge. 435
Le siècle suivant nous donne les strophes liturgiques ci-après, qui témoignent de l'antiquité de la fête.
LE temple très pur du Sauveur, le trésor sacré de la divine gloire, la brebis et la Vierge inestimable est aujourd'hui amenée dans la maison du Seigneurjelley apporte la grâce de l'EspritSaint, les anges de Dieu la célèbrent dans leurs chants : c'est le tabernacle des cieux.
Quand je contemple dans la Vierge la grâce qu?i s'y révèle, le comble des ineffables et très sacrés mystères de Dieu, l'allégresse me transporte, et je ne puis comprendre l'étonnante et inexprimable manière dont cette élue, dont cette immaculée l'emporte à elle seule sur toute créature visible ou invisible. Lors donc que je veux l'acclamer, ma voix et mon esprit défaillent ; pour ant j'ose l'exalter et la glorifier comme étant le tabernacle des cieux.
Le créateur, auteur et seigneur de toutes choses, s'est incliné vers nous dans son indicible miséricorde et mû
Salvatoris templum maxime mundum, illa tanti aestimanda ovis et Virgo, sacra illa arca thesaurum divinœ continens glorias hodie adducitur in domum Domini ; gratiam secum affert divini Spiritus, dum angeli Dei eam concélébrant : Ipsa palam est cœleste tabernaculum.
Dei ineffabilium et sacrorum mysteriorum dum cerno in hac Virgine gratiam ostensam et aperte cumulatam , gaudeo, nec modos intelligere valeo insolitos et dictu difficiles, quibus electa illa immaculata, sola praestat super omnem creaturam , t a m oculis quam menre perceptam ; ideo faustis vocibus volens illi plaudere, stupeo vehementer animo et eloquio : audeo tamen eam prœdicare , magnamque dicere. Ipsa siquidem est cœleste tabernaculum.
Rerum omnium conditor, opifex et Dominus, ex arcana misericordia et sola clementia sua.
436 Le Temps après la Pentecôte.
se ad nos inclinans, cum Lapsum eum r ide re t ,
quem propriis coi manibus, miserl i
clinique restituere dignatus est, (.père sublimiore , quippe bonus quum esset et raisericors, semet exinanivit ; propterea Mariam, uti Virginera et immaculatam, ascivit sibi participem mysterii, quo genus nostrum sponte assumpsit : îpsa est cœleste tabernaculum.
Pro nobis i Lri tur redemptor et Vcrbum i n carne cum vellet ostendi, tum Virginem in terram indùxit, et novo adventu stupendoque incremento intemeratam illam honestavit ; p r e c i b u s enim hune fructum concessit, eamque nuntio et prœconio promisit justis Joachim et Annse : receptoque cum fide oraculo , parent es cum amore et laetitia voverunt, se illam Domino oblaturoi ess^ : ipsa est cœleste tabernaculum.
Divino jam numine exorta aima Virgine , justi , prout spoponderant, eam creatori dandam adducebant in templum ; lœta ergo Anna palam exclamavit, saceril en a eu pitié ; da;
I onté compatissante, il daigne, œuvre plus divii anéantissant luimême ; c'est poui le mystère oà il a résolu de prendre nol re nature, il socie Marie , la \ l'immaculée : elle est bcrnacle des cieux.
Le rédempteur et Verbe du Très-Haut , voulu: manifester pour nous dan-> la chair, introduisit donc la Vierge sur terre , relevant par des honneurs inusitée et admirables cette entrée de la toute pure en notre monde • il fît d'elle la récompense et le fruit de la prière, la promettant et l'annonçant par message aux justes Joachim et Anne ; eux, ses parents, recevant avec foi l'oracle, firent avec amour et joie le vœu d'offrir au Seigneur l'immaculée : c'est le "tabernacle des cieux.
Etant donc née par divine providence l'auguste Vierge, les saints époux, comme ils l'avaient promis, la conduisirent au temple à son auteur. Anne, dans son allégresse, interpellant le prêtre;
La Présentation de la tr. sainte Vierge. 43 y
s'écriait : Recevez-la, donnezlui place au plus profond de l'inaccessible sanctuaire, entourez-la de soins ; car c'est un fruit qui fut la récompense de mes prières ; avec joie, dans ma foi, j'ai promis de la rendre à Dieu son auteur : c'est le tabernacle des cieux.
dotem affata : Eccillam recipito et introduc ad inaccessa templi pcnetralia , et circumtuere eam : mearum enim precum hic fructus datus est ; hnnc Deo auctori cum lsetitia et fide promisi dicandam : ipsa est cœleste tabcrnaculum.
Au xve siècle et au xvie, on chantait en ce jour dans un grand nombre d'églises la Prose suivante . composée sur l'acrostiche : Ave Maria, Benedico Te, Amen. Je vous salue Marie et vous bénis. Amen.
x ans sa profonde providence, la Sagesse divine ordonne toutes crioses comme il convient. Joachim et Anne sont unis par le lien conjugal ; mais leur union demeure stérile.
Dans toute l'ardeur de leur amour, par vœu sincère ensemble ils s'engagent au Seigneur : sans tarder, s'il daigne leur donner un enfant, ils le consacreront pour toujours en son temple.
Un Ange apparaît, éclatant de fumière , qui leur apprend que leurs désirs sont exaucés : que par la grâce du Roi suprême, une fille leur sera donnée, toute bénie.
Altissima providente Cuncta rite disponente Dei Sapientia ; Vno nexu conjugatis Joachim et Anna, gratis Juga sunt sterilia.
Ex cordis afrectu toto Domino fideli veto
Se strinxerunt pariter : A/ox si prolem illis date Dignetur, hanc dedicarc
In templo perenniter.
angélus apparaît Lucidus qui docuit
Exaudita vota : Régis summi gratia Ut his detur filia
Gratiosa tota.
43$ Le Temps aprds la Pente*
/n utero consecrata, Miro modo generata, (lignet mirabflius :
/lltissimi l'atris n.-itum Virgo manens, qui r-atum Mundi tollct gratius.
Benedicta virgo nata, Templo trima prœsentata ït ter quinis gradibus : Erecta velox ascendit Et uterque parens tendit Se ornando vestibus.
Afova fulsit gloria Templum , dum eximia
Virgo pra?sentatur : Edocta divinitus, Visitata cœlitus,
Angelis la-tatur.
Dum ut nubant jubet
multis
jj Princeps puellis adultis,
Primo virgo renuit :
/psam namque devovere
Parentes, ipsa manere
Virgo voto statuit.
Consultus Deus responsum Dat, ut virgo sumat sponsum,
Sainte de. le nel, admirai
plus admirable l'cnnaeni par 1 e <] u c 1, en demeurani \ ici ge el !
mire de Celui dont le i Haut est Père, dont la grâce débordante oteia le péché du monde.
Elle est née la vierge bénie ; âgée de trois an> on la présente au temple, elle en franchit les quinze degrés, toute parée, d'un pas ferme et rapide, sous les yeux de son père et de sa mère.
Le temple resplendit ' d'une nouvelle gloire h la présentation de l'auguste vierge : instruite divinement et visitée des cieux, elle se ; réjouiv avec les Anges.
A l'âge adulte ou ses compagnes sont appelées par ordre du prince des prêtres s à contracter mariage , la vierge s'y refuse d'abord ; car ses parents l'ont vouée au Seigneur, et elle-même a résolu par vœu de garder sa virginité.
Dieu consulté répond que la vierge doit prendre pour époux celui qu'une fleur miraculeusement éclose aura
La Présentation de la tr. sainte Vierge. 43(j
désigné ; Joseph, ainsi élu, l'épouse et la conduit en sa maison.
Gabriel est alors député vers la vierge, lui annonçant comment elle doit concevoir ; elle, prudente, écoute silencieuse, et considère ce que pareil message a d'insolite.
Lui cependant explique la manière dont toutes choses s'accompliront; la vierge croit, et aussitôt dans l'Esprit-Saint le Verbe est conçu ; Celui que rien ne peut contenir s'enferme en une vierge.
O vierge sans pareille , quelle louange égalera maintenant vos mérites ! quel n'est pas l'éclat de votre gloire ! Maintenant donc protégeznous pour que dans la patrie nous . jouissions du fruit qui fait votre honneur.
Amen.
Quem pandet flos editus : Ostensus Joseph puellam Ad parentum duxit cellam, Nuptiis sollicitus.
Tune Gabriel ad virginem Ferens conceptus ordinem
Delegatur : £rudita stat tacita, Verba quae sint insolita
Meditatur.
Ai cum ille tradidit
Modum,virgo credidit, Sicque sacro flamine Mox Verbumconcipitur,
Et quod nusquam clauditur
Conditur in yirgine.
Ecce virgo singularis, Quanta laude "sublimaris, Quanta fulges gloria : Nos ergo sic tuearis, Ut fructu, quo gloriaris, Fruamur in patria. Amen.
(( pÉLiciTEZ-MOi, vous tous qui aimez le * Seigneur, de ce que, lorsque j'étais peite, j'ai plu au Très-Haut1.» C'est l'invitation
tite
I. Deuxième fjî. du premier Nocturne à l'Office ordinaire de N.-D.
44° Le Temps après la /'
que vous nous adressez dans les Oflfi chantes à votre honneur, ô Marie ; et quelle fête la justifie mieux que celle-ci .' Quand, plus petite encore par l'humilité que par l'âge, vous montiez si candide et si pure les degrés du temple, le ciel dut avouer que c'était justice si désormais les meilleures complaisances du Très-Haut étaient pour la terre. Retirée jusque-là dans l'intimité de vos bienheureux parents, ce fut votre première ' démarche publique; elle ne vous montrait aux hommes que pour aussitôt vous dérober mieux encore à leurs yeux dans le secret de la face de Dieu ; mais en la manière que pour la première fois vous étiez officiellement offerte et présentée au Seigneur, lui-même sans nul doute, entouré des puissances de sa cour, vous présentait non moins solennellement à ces nobles esprits dont vous étiez la reine. Dans une plénitude de lumière qui n'avait point lui précédemment pour eux, ils comprirent, en même temps (que vos grandeurs incomparables, la majesté de ce temple où Jéhovah recueillait un hommage surpassant en dignité celui des neuf chœurs, l'auguste prérogative de cet ancien Testament dont vous étiez la fille, dont les enseignements et les directions allaient parfaire en vous durant douze années la formation de la Mère de Dieu.
La sainte Eglise, cependant, vous déclare imitable pournous en ce mystère de votre Présentation comme dans tous les autres, ô Marie l. Daignez bénir plus spécialement les
I. Lectio 2* II» Noct. ex A.mbr. de Virginibus II.
La Présentation de la tr. sainte Vierge. 441
privilégiés aue la grâce de leur vocation fait dès ici-bas habitants de la maison du Seigneur : qu'ils soient eux aussi l'olivier fertile *, engraissé de l'Esprit -Saint, auquel vous compare aujourd'hui saint Jean Damascène 2. Mais tout chrétien n'est-il pas, de par son baptême , l'habitant , le membre de l'Eglise, vrai sanctuaire de Dieu, dont celui de Monah n'était qu'une figure ? Puissionsnous, par votre intercession , vous suivre d'assez près dans votre Présentation bienheureuse au pays des ombres et des frimas, pour mériter d'être de même présentés à votre suite au Très-Haut dans le temple de sa gloire 3.
1. Eccli. xxiv, 19. — 2. Lectio 1* II' Noct. ex Damasc. de Fide orthodoxa, IV. — 3. Collecte du jour.
écile unit dans ses veines au sang des rois celui des héros qui firent la Ville éternelle. Au moment où retentit dans le monde la trompette évangélique, plus d'une famille de l'ancien patriciat ne se survivait plus dans une descendance directe. Mais les adoptions et les
f alliances qui, sous la République, axaient serré les liens des grandes familles en les
j rattachant toutes aux plus illustres d'entre elles, formaient de la gloire de chacune un
î fonds commun qui, jusque dans les siècles de la décadence républicaine, se transmettait intact et constituait l'apanage des surviI vants de l'aristocratie.
Or il est aujourd'hui démontré, par l'irréfragable témoignage des monuments , que le christianisme dès l'abord s'assimila cette gloire, en faisant siens ses héritiers ; que les premières assises de la Rome des Pontifes, merveilleux dessein de la Providence ! furent ces derniers représentants de la République, conservés tout exprès pour donner aux deux phases de l'histoire romaine l'unité puissante qui est le cachet des œuvres divines. Rapprochés autrefois par un même patrioSainte Cécile, Vierge et Martyre. 448
usine, les Cornelii, les ^Emilii , comme eux héritiers des Fabii, les Caecilii, les Valerii, les Sergii, les Furii, les Glaudii, Pomponii, Plautii, Acilii, premiers-nés de l'Eglise des gentils, virent se resserrer encore au sein du christianisme les liens formés sous la République, et constituèrent, dès le premier et le second siècle de la prédication évangélique, l'indissoluble et noble réseau de la nouvelle société romaine. Puis sur ce tronc vigoureux toujours de la vieille aristocratie vinrent se greffer dans les mêmes siècles, et sous l'influence de la religion que Pierre et Paul avaient prêchée, les membres les plus méritants des nouvelles familles impériales ou consulaires, dignes par leurs vertus vraiment romaines au sein de la dépravation générale, d'être appelés à renforcer les rangs trop éclaircis des fondateurs de Rome, et à combler sans brusque transition les vides faits par le temps dans les familles du vrai patriciat. Ainsi Rome poursuivait-elle ses destinées ; ainsi l'édification de la Ville éternelle allait s'achevant par ces mômes hommes qui l'avaient autrefois, dans leur sang et leur génie, constituée forte et puissante sur les sept collines.
Représentante légitime de cette aristocratie sans pareille au monde, Cécile, la plus belle des fleurs de la vieille tige, en fut aussi comme la dernière. Le deuxième siècle de l'ère chrétienne était sur son déclin ; le troisième qui, des mains de l'africain Septime Sévère, allait voir l'empire passer successivement aux Orientaux et aux barbares des rives du Danube, devait être, on le conçoit, peu favorable à la
conservation des vieux restes de la nol > d'antan ; et L'on peut due que c'en est fait alors de la \ raie société romaine, par< c qu'a* lors, sauf de rares et individuelles exceptions, il ne reste plus de romain que le nom, vaine parure d'affranchis et d'hommes nouveaux qui, sous des princes dignes d'eux, ploitent le monde au gré de leurs vices.
Cécile est donc bien apparue à son heure, personnifiant avec une incomparable dignité la société qui va disparaître, son oeuvre accomplie. Dans sa force et dans sa beauté, royalement ornée de la pourpre du martyre, c'est l'antique Rome s'élevant aux cieux glorieuse et fière, en face des césars parvenus dont la médiocrité jalouse achevé par son immolation, sans en avoir conscience, l'exécution du plan divin. Ce sang des rois et des héros qui s'épanche à flots de sa triple blessure, est la libation du vieux patriciat au Christ vainqueur, à la Trinité dominatrice des nations ; c'est la consécration suprême qui nous révèle dans son étendue la vocation sublime des fortes races appelées à fonder Rome éternelle.
Mais qu'on ne croie pas que la fête de ce jour limite son objet à exciter en nous une admiration théorique et stérile K L'Eglise reI. Les lignes qui précèdent résument' la pensée de notre illustre Père et Maître, en Sainte Cécile et la Société romaine aux deux f-remiers siècles (Didot, 1874) ; nous ne croyons pouvoir mieux faire que d'emprunter textuellement ce qui suit à la Préface, toujours, hélas ! si actuelle, de sa première Histoire de sainte Cécile, Vierge romaine et Martyre (Lecoffre,
Sainte Cécile, Vierge et Martyre. 445
connaît et honore dans sainte Cécile trois caractères dont la réunion la distingue souverainement au sein de cette admirable famille des Bienheureux qui resplendit au ciel, et en fait descendre les grâces et les exemples. Ces trois caractères sont: la virginité, le zèle apostolique, le courage surhumain qui lui a fait braver la mort et les supplices ; triple enseignement que nous apporte cette seule histoire chrétienne.
Dans ce siècle aveuglément asservi au culte du sensualisme, n'est-il pas* temps de protester par les fortes leçons de notre foi contre un entraînement auquel échappent à peine les enfants de la promesse ? Depuis la chute de l'empire romain, vit- on jamais les mœurs, et avec elles la famille et la société, aussi gravement menacées? La littérature, les arts, le luxe n'ont d'autre but, depuis longues années, que de proposer la jouissance physique comme l'unique terme de la destinée de l'homme ; et la société compte déjà un nombre immense de ses membres qui ne vivent plus que par les sens. Mais aussi malheur au jour où, pour être sauvée, elle croirait pouvoir compter sur leur énergie ! L'empire romain essaya aussi, et à plusieurs reprises, de soulever le fardeau de l'invasion; il retomba sur lui-même et ne se releva plus.
Oui; la famille elle-même, la ramille surtout est menacée. Contre la reconnaissance légale, disons mieux, l'encouragement du divorce, il est temps qu'elle songe à sa défense. Elle n'y arrivera que par un seul moyen : en se réformant elle-même, en se
44^ Le Temps après la Pentecôte.
régénérant d'après la loi Je Dieu, en redevenant sérieuse et chrétienne. Que le mariage soit en honneur, avec toutes les chastes conséquences qu'il entraîne; qu'il cesse d'être nu jeu, ou une spéculation.; que la paternité et la maternité ne soient plus un cal niais un Jevoir sévère ; bientôt, par i, mille, la cité et la nation auront repris leur dignité et leur vigueur.
Mais le mariage ne remontera à cette élévation qu'autant que les hommes apprécieront l'élément supérieur sans lequel la nature humaine n'est tout entière qu'une ignoble ruine ; cet élément céleste est la continence. Sans doute, tous ne sont pas appelés à l'embrasser dans sa notion absolue ; mais tous lui doivent hommage, sous peine d'être livrés au sois réprouve, comme parle l'Apôtre i. C'est la continence qui révèle à l'homme le secret de sa dignité, qui trempe son âme pour tous les genres de dévouement, qui assainit son coeur, et relève son être tout entier. Elle est le point culminant de la beauté morale dans l'individu, et en même temps le grand ressort de la société humaine. Pour en avoir éteint le sentiment, l'ancien monde s'en allait en dissolution ; lorsque le fils de la Vierge parut sur la terre. il renouvela et sanctionna ce principe sauveur, et les destinées de la race humaine prirent un nouvel essor.
Les enfants de l'Eglise, s'ils méritent ce nom, goûtent cette doctrine, et elle n'a rien qui les étonne. Les oracles du Sauveur et de
Sainte Cécile, Vierge et Martyre. 447
ses Apôtres leur ont tout révélé, et les annales de la foi qu'ils professent leur montrent en action, à chaque page, cette vertu féconde à laquelle tous les degrés de la vie chrétienne doivent participer, chacun dans sa mesure. Sainte Cécile n'offre à leur admiration qu'un exemple de plus. Mais la leçon est éclatante, et tous les siècles chrétiens l'ont célébrée. Que de vertus Cécile a inspirées, que de courages elle a soutenus, que de faiblesses son souvenir a prévenues ou réparées! Car telle est la puissance de moralisation que le Seigneur a placée dans ses saints, qu'ils n'influent pas seulement par l'imitation directe de leurs héroïques vertus, mais aussi par les inductions que chaque lidèle est à même d'en tirer pour sa situation particulière.
Le second caractère que présente à étudier la vie de sainte Cécile est cette ardeur de zèle dont elle est demeurée l'un des plus admirables modèles, et nous ne doutons pas que sous ce rapport encore la leçon ne soit de nature à produire d'utiles impressions. L'insensibilité au mal dont nous n'avons pas à répondre personnellement, dont les résultats ne sont pas en voie de nous atteindre, est .un des traits de l'époque ; on convient que tout s'en va, on assiste à la décomposition universelle, et l'on ne songe pas à tendre la main à son voisin pour l'arracher au naufrage. Du en serions-nous aujourd'hui, si le cœur des premiers chrétiens eût été aussi glacé que le nôtre; s'il n'eût été pris de cette immense pitié, de cet inépuisable amour qui leur défendit de désespérer du monde, au
44<v Le Temps après la Pentecôte*
sein duqeul Dieu les avait déposes pour être le sel de la terre l? Chacun alors se sentait comptable sans mesure du don qu'il avait reçu. Fût-il libre ou esclave, connu ou inconnu, tout homme était l'objet d'un dévouement sans bornes pour ces cœurs que la charité du Christ remplissait. Qu'on lise les Actes des Apôtres et leurs Epitrcs, on apprendra sur quelle immense échelle fonctionnait l'apostolat dans ces premiers jours; et l'ardeur de ce zèle l'ut longtemps sans se refroidir. Aussi les païens disaient : « Voyez comme ils s'aiment! » Et comment ne se tussent-ils pas aimés ? Dans l'ordre de la foi, ils étaient hls les uns des autres.
Quelle tendresse maternelle Cécile ressentait pour les âmes de ses frères, par cela seul qu'elle était chrétienne ! A la suite de son nom, nous pourrions en enregistrer mille autres qui attestent que la conquête du monde par le christianisme et sa délivrance du joug des dépravations païennes, ne sont dues qu'à ces actes de dévouement opérés sur mille points à la fois, et produisant enfin le renou .vellement universel. Imitons du moins en quelque chose ces exemples auxquels nous devons tout. Perdons moins de temps et d'éloquence à gémir sur des maux trop réels. Que chacun^se mette à l'œuvre, et qu'il gagne un de ses frères : bientôt le nombre des fidèles aura dépassé celui des incroyants. Sans doute ce zèle n'est pas éteint, il opère dans plusieurs, et ses fruits réjouissent et consolent l'Eglise ; mais pourquoi faut-il qu'il sommeille
i, Matth. v, i3.
Sainte Cécile, Vierge et Martyre. 44 g
si profondément dans un si grand nombre de cœurs que Dieu lui avait préparés!
La cause en est, hélas ! à la froideur générale, produit de la mollesse des mœurs, et qui donnerait à elle seule le type de l'époque, s'il ne fallait encore y joindre un autre sentiment qui procède de la même source, et suffirait, s'il était de longue durée, à rendre incurable rabaissement d'une nation. Ce sentiment est la peur, et l'on peut dire qu'il s'étend aujourd'hui aussi loin qu'il est possible. Peur de perdre ses biens ou ses places ; peur de perdre son luxe ou ses aises ; peur enfin de perdre la vie. Il n'est pas besoin de dire que rien n'est plus énervant, et partant plus dangereux pour ce monde, que cette humiliante préoccupation ; mais avant tout, il faut convenir qu'elle n'a rien de chrétien. Aurionsnous oublié que nous ne sommes que voyageurs sur cette terre, et l'espérance des biens futurs serait-elle donc éteinte dans nos cœurs ? Cécile nous apprendra comment on se défait du sentiment de la peur. Au temps où elle vécut, la vie était moins sûre qu'aujourd'hui. Alors on pouvait bien avoir quelque raison de craindre; cependant on était ferme, et les puissants tremblèrent souvent à la voix de leur victime.
Dieu sait ce qu'il nous réserve; mais si bientôt la peur ne faisait place à un sentiment plus digne de l'homme et du chrétien, la crise politique ne tarderait pas à dévorer toutes les existences particulières. Quoi qu'il arrive, l'heure est venue de rapprendre notre histoire. La leçon ne sera pas perdue, si nous arrivons à comprendre ceci : avec la peur, les
4>o Le Temps aprèê là Peut, <
premiers chrétiens nous eussent trahis, car la Parole de vie ne fût pas arrivée jusqu'à nous; avec la peur, nous trahit jnérations à venir c]ui attendent tic nous la transmission du dépôt que nous avons reçu de nos pères K
La Passio sanctee (lœciliœ est inai |u< les plus anciens textes au xvi septembre 2, et elle eut lieu sous Marc-Aurèle et Commode empereurs :J. La grande l'été du xxn novembre, précédée de sa Vigile, était Tune des plus solennelles du Cycle romain; elle rappelait aux habitants des sept collines la dédicace de l'église élevée sur remplacement du palais consacré par le sang de la descendante des Metelli, et légué par Cécile mourante à Tévêque Urbain, représentant du Souverain Pontife Eleuthère. Urbain, confondu plus tard avec le Pape du même nom qui gouverna l'Eglise de Dieu an temps d'Alexandre Sévère, amena les légendaires à retarder d'un demi-siècle le martyre de la Sainte, comme on le voit encore aujourd'hui dans les leçons historiques du jour.
Selon toute vraisemblance , ce fut en Tannée 178 que Cécile rejoignit Yalérien au ciel d'où l'Ange du Seigneur était descendu peu de mois 'auparavant, dans la nuit des noces, apportant aux deux époux les couronnes où s'entrelaçaient les lis et les roses. Ensevelie par Urbain telle que l'avait laissée la mort, elle vit au commencement du siècle suivant la crypte de famille qui l'abritait
I. Dom Gt'ÉRANGER, ubi supr.i. — 2. Martyrhiéronymien. — 3. Actes primitifs.
Sainte Cécile, Vierge et Martyre. 45 1
donnée par les siens à l'Eglise romaine, et disposée pour la sépulture des Pontifes de cette Eglise maîtresse et mère. Paschal 1er la retrouvait près de ces tombes augustes au ixe siècle , et la ramenait triomphalement, le vm mai 822, à sa maison du Transtévere qu'elle ne devait plus quitter désormais. Le xx octobre i5g9, des travaux nécessités par la restauration de la basilique faisaient de nouveau reparaître Cécile aux yeux émerveillés de la Ville et du monde. Elle était revêtue de sa robe brochée d'or, sur laquelle on distinguait encore les traces glorieuses de son sang virginal ; à ses pieds reposaient les linges teints de la pourpre de son martyre. Etendue sur le côté droit, les bras affaissés en avant du corps, elle semblait dormir profondément. Le cou portait encore les cicatrices des plaies dont le glaive du licteur l'avait sillonné ; la tête, par une inflexion mystérieuse et touchante, était retournée vers le fond du cercueil. Le corps se trouvait dans une complète intégrité, et la pose générale, conservée par un prodige unique, après tant de siècles , dans toute sa grâce et sa modestie, retraçait avec la plus saisissante vérité Cécile rendant le dernier soupir, étendue sur le pavé de la salle du bain. On se croyait reporté au jour où le saint évèque Urbain avait renfermé dans l'arche de cyprès le corps de Cécile, sans altérer en rien l'attitude que l'épouse du Christ avait choisie pour exhaler son âme dans le sein de son Epoux. On admirait aussi la discrétion de Paschal qui n'avait point troublé le repos de la vierge, et avait su conser/.. in i rj ' i î la Pi nti
ver a la postérité un si grand spectacle '. Sfondrate. L'heureux cardinal-titulaire de Sainte-Cécile qui dirigeaii les travaux, retrouva en outre, clans' la chapelle dite du Bain, l'hypocauste et les soupiraux du sudatorium où la Sainte passa un jour et une nuit au milieu des vapeurs embrasées. l)e nouvelles fouilles entreprises récemment, et qui se poursuivent au moment où nous écrivons ces lignes, ont mis à jour d'autres restes de la patricienne demeure, que leur style doit faire reporter aux temps reculés de la République.
Lisons maintenant le récit liturgique concernant l'illustre Vierge et Martyre.
axilia , virgo Romana, nobili geners nata, a prima aetate christ i a n a* fidei pra?ceptis instituta , virginitatem suam Deovovit. Sed cum postea contra suam voluntatcm data esset in matrimonium Yaleriano, prima nuptiarum nocte hune cum eo sermonem habuit : Ego. Valériane, in Angelt tutela sum, qui virginitatem meam custodit : quare ne quid in me committas, quo ira Dei in te concitetur. Quibus verbis commotus Valerianus, illam attingere non est ausus : quin
CEI i :. i .. \ ;rge romaine , était d'une illustre naissance. Elevée des l'enfance dans les pratiques de la foi chrétienne , elle consacra à Dieu sa virginité. Mariée dans la suite cependant contre son gré, elle dit, la première nuit des noces, à Valérien son époux : Yalérien, je suis sous la garde d'un Ange qui veille sur ma virginité ; fais donc en sorte avec moi d'éviter la coière de Dieu. Emu de ces paroles, Valérien respecîa son désir, et se déclara prêt h croire en JésusChrist s'il voyait l'Ange de Dieu. Cécile donc lui ayant répondu que cela ne se pouI. Dom Guéranger. Sainte Cécile et la Société rom. p. 496 (édition Didot).
Sainte Cécile, Vierge et Martyre. 453
vait sans le flammé du l'Ange, il di être baptisé ; la vierge, il se Pape Urbain cation contrai cher parmi le Martyrs de la et qui le bapt
baptême, endésir de voir t qu'il voulait et sur l'avis de : rendit près du
que la perségiiait a se cas tombeaux des voie Appienne, isa.
Revenant près de Cécile, il la trouve en prières, et avec elle l'Ange brillant d'une divine splendeur. Saisi d'abord de stupeur et de crainte, il se rassure et mande son frère Tiburce,que Cécile instruit de la foi du Christ. Baptisé par Urbain à son tour, lui aussi mérite de voir PAnge qu'avait vu son frère. Traduits peu après devant le préfet Almachius, tous deux subirent courageusement le martyre. Bientôt Cécile est arrêtée elle-même, et le préfet commence par lui demander où sont les richesses de Tiburce et de Valérien.
LA vierge ayant déclaré que tous leurs biens avaient
ctiain addidit , se in Christum crediturum, si eum Angelum videret. Cui Cœcilia, cum sine baptismo negaret id fieri posse, incensus cupiditatevidendi Angelum, se buptizari velle respondit. Quare hortatu virginis ad Urbanum Papam, qui propter persecutionem in Martyrum sepulchris via Appia latebat , veniens, ab eo baptizatur.
* NDE ad Cœciliam rel versus , orantem et cum ea Angelum divino splendore fulgentem invenit. Quoaspectu obstupefactus, ut primum ex timoré confîrmatus est, Tiburtium fratrem suum accersit : qui a Caecilia Christi fide imbutus, et ab eodem Urbano baptizatus, ipse etiam ejusdem Angeli, quem frater ejus viderat, aspectu dignatus est. Uterque autem paulo post Almachio prœfecto constanter martyrium subiit. Qui mox Caeciliam comprehendi imperat, ab eaque primum, ubi Tiburtii et Valeriani facultates sint, exquirit.
Cui cum virgo omnia illorum pauperibus
4$ 4 Le 7 'on y s i
dist ri but a e
tal us est, m cam in ipsius iductam, in bain
coin lui ri ju^ i il . I loco cum diem noctem |u ■ ita Fuisset , ui ne flamma quidem il In m attii eo immissus est carnifex qui ter securi ictam, cum caput abscindere non potuisset, semivivam reliquit. Illa triduo posl decimo calendas decembris Alexandro imperatorc duplici virginitatîs et martyrii pal ma décorât a, evolavit in cœlum Cujus corpus ab ipso Urbano Papa in Calhsti cœmeterio sepultum est, in ejus œdibus ecclesia ipsius Caecilis nomine consecrata. Ejus et Urbani ac Lucii Pontificum, Tiburtii, Valeriani et Maximi corpora a Paschali primo Pontifice inde translata in Urbem, in eadem sanctaeCajcilia? ecclesia condita sunt.
;l la lu r
palais, poui
dans la salle des bains. Mais
un jour ci
|ue la flamme lui eût fait aucun mal. I n reau lut al pour
lui trancher la tête au lieu même ; mais il ne put, l'avoir frapp is de
la h-iche, y parvenir, et la laissa a moitié m jours après, le dix des calendes de décembre, elle s'envolait au ciel, portant la double palme de la virginité et du martyre. C'était au ter l'empereur Alexandre. I Pape Urbain ensevelit Cécile au cimetière de Calliste et consacra , dans le palais même de la vierge, une - sous son nom. Paschal 1 r leva son corps en même temps que les corps des Pontifes Urbain et Lucius et ceux de Tiburce, Valéricn, Maxime, pour les transférer tous en ladite église de Sainte-Cécile.
Tout l'ensemble des Antiennes et des Répons du xxn novembre est emprunté aux Actes de la Sainte, et il reste îe même après treize siècles qu'au temps de saint Grégoire. Nous en détachons quelques parties de nature à compléter le récit qui précède. La vierge nous y est tout d'abord montrée chantant à Dieu dans son cœur, au milieu des
Sainte Cécile, Vierge et Martyre. 455
profanes accords du festin nuptial : silencieuse mélodie, supérieure à tous les concerts de la terre, qui inspira l'heureuse idée de représenter Cécile avec les attributs de la Reine de l'harmonie, et de l'acclamer comme la patronne du plus séduisant des arts.
, A U milieu des con"* **• certs d'instruments, Cécile la vierge chantait à Dieu seul en son cœur, et disait : * Que mon cœur et mes sens demeurent purs, ô mon Dieu 1 que je ne sois pas confondue.
f. Elle s'imposait des jeûnes de deux jours et de trois jours, elle priait, recommandant au Seigneur ce pour quoi elle tremblait. * Que mon cœur.
rç\ O bienheureuse Cécile qui triomphâtes du juge Almachius, et convertîtes deux frères, * Leur faisant voir l'évêque Urbain au visage angélique.
f Comme une abeille industrieuse, vous serviez le Seigneur. * Leur faisant voir.
r\ La glorieuse vierge portait toujours l'Evangile sur son cœur ; ni jours ni nuits n'interrompaient * Ses en™"V> g a n is Cœcilia virgo in corde suo soli Domino decantabat, dicens : * Fiat Domine cor meum et corpus meum immaculatum , ut non confundar.
f. Biduanis et triduanis jejuniis orans, commendabat Domino quod timebat. * Fiat.
rç1 . O beata Cœcilia , quae duos fratres convertisti, Almachium judicem superasti, * Urbanum episcopum in vultu angelico demonstrasti J„
f. Quasi apis argumentosa Domino deservisti. * Urbanum.
i£. Virgo gloriosa semper Evangelium Christi gerebat in pectore, et non diebus neque noctiI. Magnum virum, Urbanum nomine, in quo est aspectus angelicus. Actes, paroles de Valérien à Tiburce.
456 Le Temps après la Pentecôte.
i acabat * A colloques divinis et oratione. y. Expansil manibus orabat ad Dominum, et cor cjus igné cœlesti atdebat. * A colloquiis.
i< . Cilicio Cascilia tnembra domabat. Deum gemitibus exorabat ; * Tiburtium et Valerianum ad coronas vocabat.
y. Hase est virgo sapiens, et una de numéro prudentum. * Tiburtium.
if . Domine Jesu Christe , pastor bone , seminator casti consilii, suscipe seminum fructus quos in Caecilia seminasti : * Caecilia famula tua quasi apis * tibi argumentosa deservit.
y. Nam sponsum, quem quasi leonem ferocem accepit, ad te quasi agnum mansuetissimum destinavit. * Caecilia. Gloria Patri. * Caecilia.
A N T. Est secretum Valériane, quod tibivolo dicere : Angelum Dei
m dÎTÎm el
elle priait 1
cœur brûlait de
du ciel * En ses entre i
if. Cécile domptait
membres par le cilicc, elle gémissait et suppliait I I * Elle appelait Valériefl et Tiburce à mériter la couronne.
y. V t l'une des
prudentes. * Elle appelait.
rf Seigneur Jésus-Christ, bon pasteur, auteur des chastes résolutions, recevez le fruit de la divine semence que vous avez déposée au cœur de Cécile. * Cécile, votre servante, comme une abeille industrieuse, a rempli la mission que vous lui aviez confiée.
f. Cet époux, qu'elle avait reçu semblable à un lion impétueux, elle en a fait pour vous le plus doux des agneaux. * Cécile. Gloire au Père. * Cécile.
Ant. J'ai un secret, ô Yalérien, que je veux te confier : j'ai pour ami un Ange
î. L'ancienne leçon portait ovis, qui rappelle le texte d'Isaïe : Léo et ovis simul morahuntur. Le lion et la brebis demeurant ensemble. Isai. xi, 6.
Sainte Cécile, Vierge et Martyre.
de Dieu qui veille sur mon corps avec sollicitude.
Ant. La bienheureuse Cécile dit à Tiburce : Je te reconnais pour mon frère, aujourd'hui que l'amour de Dieu te fait mépriser les idoles.
Ant. Nous croyons que le Christ Fils de Dieu, qui s'est choisi une telle servante, est le Dieu véritable.
Ant. Cécile cria, comme finissait l'aurore : Courage, soldats du Christ, rejetez les œuvres de ténèbres, revêtez-vous des armes de la lumière.
Ant. Cécile, au moment de mourir : J'ai demandé ce délai de trois jours au Seigneur, afin de consacrer ma maison en église .
habeo amatorem , qui nimio ze'o custodit corpus meum.
Ant. Beata Concilia dixit ad Tiburtium : Hodie te fateor meum cognatum, quia amor Dei te fecit esse contemptorem idolorum.
Ant. Credimus Christum Filium Dei verum Deum esse, qui sibi talem elegit famulam.
Ant. Dum a u r o r a finem daret, Caecilia exclamavit, dicens : Eia milites Christi, abjicite opéra tenebrarum, et induimini arma lucis.
Ant. Triduanas a Domino poposci inducias, ut domum meam ecclesiam consecrarem.
Les deux Hymnes suivantes ont été approuvées par le Siège apostolique en i852.
Silence aux concerts de la terre ! le cœur embrasé de Cécile épanche en de célestes mélodies des chants qui sont pour Dieu seul.
Tandis que la noble mai"Terrena cessent or». gana, Cor aestuans Cœciliae Cœleste fundit canticum, Deoque totum jubilât.
Dum nuptiali nobilis
4 - 8 Le Temps après la Peni
Domua résultai gaudio, •la i ristis c andido Gemil columba i
O Chi iste mi dulcisBime, Cui me sac ravit chai itns, Serva pudoris integram, Avorte labem corpore.
Ovis leonem scdula Agnum facit mitissimum : Hic fonte lotus mystico. Cœlo repente militât.
Solvit Tiburtium soror Errons a caligine ; Factoque fratris asseclas Adastra pandit semitam.
Seges per illam plunma Superna replet horrea : Verbo potens, fit particeps Apostolorum gloria.
Delapsus arce siderum Illam tuetur Angélus ; Rosaeque mixtae liliis Ambire crines gestiunt.
Sertum rubens et candi du m AfTertur una conjugi,
O Christ, limé
vous a 'jiii m i d >nn< inouï , gai dez mon :ceur et
La brebis diligente a fait du lion un doux agneau ; lavé dans la fontaine sacrée, il milite aussitôt pour le ciel.
Sœur de Tiburce, elle le délivre en l'éclairant à tour, et l'engageant sur les pas de son Irere, lui montre le chemin qui mené aux cieux.
Par elle une abondante moisson remplit les greniers d'en haut ; puissante en la parole, elle participe de la gloire des Apôtres.
Un Ange descendu des célestes sommets la protège ; autour de ses cheveux roses et lis s'entrelacent à l'envi.
Rouge et blanche est aussi la couronne apportée au même temps à l'époux que
Sainte Cécile, Vierge et Martyre. 45 Q
la céleste flamme a rendu son émule en pureté.
Jésus Epoux, soyez loui par les heureuses phalanges des vierges ; au Père, au Paraclet, soit pareillement gloire éternelle.
Amen.
Quem castitatis aemulum Cœlestis ardor elïicit.
Te, sponse, Jesu, virginum
Beata laudent agmina ;
Patrique cum Paraclito
Par sit per se VU m gloria.
Amen.
C'est l'heure de gagner la couronne, s'écrie Cécile, encourageant les siens; bientôt elle-même la vierge est traduite au prétoire.
Elle dédaigne les menaces du juge irrité et se rit des faux dieux ; sa jeunesse ignorante de toute faute est déclarée aussitôt digne de mort.
On l'entraîne, on l'enferme de longues heures en la salle de bains dont les voûtes s'emplissent de vapeurs embrasées, mais le feu divin qui brûle au cœur de la vierge est plus fort.
Trois fois le licteur cruel frappe du glaive la victime innocente, et cependant il ne peut consommer l'attentat ; le Christ accorde une trêve à la martyre.
En ce moment suprême, elle veut donner pour être
NUNC ad coronas per~ gite, Clamât suis Caecilia : Mox ipsa virgo sistitur Ad judicis praetorium.
Minantis iram despicit, Et falsa ridet numina : Jam morte digna ducitur Puella culpœ nescia.
Inclusa perstat balneo : Ardent calore fornices : Ast trrit intus vïrginem Divinus ignis fortior.
Intaminatam barbarus Ter ense lictor percutit : Scelus tamen non perficit ; Christus moras dat martyr!.
Horae supremœ proxima,
460 Le Temps après h Pentecôte.
avitas, lil Volai que ad Agni nuptias.
Sah martyris, Diu sub .-intri- abditurn : Nova re fui gens gloria Romae parenti redderis.
Xc flos tenebris areat, Te Virgo servat virginum : Rubcns cruoris purpura, Stola micante cingeris.
Dormi silenti marmore,
Du m sede lœtus cœlica lndulget hymnis spiritus, Votisque dexter annuit.
Te. sponse, Jesu. virginum
Beata laudent agmina;
Patrique cum Paraclito
Par sit per œvum gloria.
Amen.
ncurc des ancêtrej I libre enfin s'envole aux !'A-
S;ilut, COI | raps caché bre d | lendissant d'une gl >ir s nouvelle, voua êtes ren Rome qui voua donn jour.
I.a Vierge des vierges se fait voire gardienne, de
crainte qu'au sein des bres ne se fane la fleur ; ainsi demeurez-vous empourpré du sang du t: phe sous la cyclade aux reflets d'or.
Dormez sous le marbre silencieux, tandis que sur son trône du ciel 1 âme qui vous anima chante son allégresse, écoute bénignement nos vœux.
Jésus Epoux, soyez par les heureuses phalanges des vierges ; au Père, au Paraclet, soit pareillement gloire éternelle.
Amen.
? e langage des Anges pourrait seul célébrer dignement vos grandeurs, ô Epouse du Christ! et nous n'avons pour vous louer que les accents incomplets et timides de l'homme mortel et pécheur. O Reine gui assistez à la
Sainte décile, Vierge et Martyre. 46 1
droite du Roi des siècles, revêtue de cette robe tout éclatante d'or qu'a chantée le Psalmiste 1 , inclinez sur nous un regard favorable, et daignez accepter cette offrande de nos louanges que nous déposons sur le dernier degré de votre trône sublime.
Nous osons y joindre une prière pour la sainte Eglise dont vous fûtes l'humble fille, avant d'en devenir l'espérance et l'appui. Dans cette nuit profonde du siècle présent, l'Epoux tarde à paraître. Au sein de ce solennel et mystérieux silence, il permet à la Vierge de se laisser aller au sommeil jusqu'à ce que le cri de son avènement se fasse entendre 2. Nous honorons votre repos sur la pourpre de vos victoires, ô Cécile ! mais nous savons cjue vous ne nous oubliez pas ; car l'Epouse dit dans le sacré Cantique : « Je dors, mais mon cœur veille 3. »
L'heure approche où l'Epoux va paraître, appelant tous les siens sous l'étendard de sa Croix. Bientôt le cri va retentir : « Voici l'Epoux, marchez au-devant de lui 4, » O Cécile ! vous direz alors aux chrétiens , comme à cette troupe fidèle qui se pressait autour de vous à l'heure de la lutte : « Soldats du Christ, rejetez les œuvres de ténèbres, et revêtez les armes de la lumière5. »
L'Eglise qui chaque jour prononce votre nom avec amour et confiance dans l'Action du plus sacré de ses Mystères, attend fermement votre secours, ô Cécile ! elle sait qu'il ne lui fera point défaut. Préparez sa victoire,
462 Le Temps après ta Penlei en élevant les eœnrs chrétiens \ .ulcs
réalités que trop souvent ils oublient, pour courir à la poursuite de ces vaines appa - renées dont vous sûtes déprendre le cœur de Tiburce. Le jour où le sentiment de l'éternité tic nos destinées dominera de nouveau la pensée des hommes, le salut et la paix des peuples seront assurés.
Soyez à jamais, ô Cécile ! les délices de l'Epoux Aspirez éternellement !c divin parfum de ses roses et de ses lis ; enivrez-vous sans fin de l'harmonie suprême dont il est la source. Du sein de vos splendeurs vous veillerez sur nous, et quand notre dernière heure sera venue, nous vous en supplions par les mérites de votre héroïque trépas, assistez-nous sur notre couche funèbre; recevez notre âme dans vos bras, et portez-la jusque dans cet immortel séjour où il nous sera donné de comprendre, en voyant la félicité qui vous entoure, le prix de la Virginité, de l'Apostolat et du Martyre l.
I. Dom GuÉRANGER, Histoire de sainte Cécile (1849), conclusion.
<t»A CTiA <ts-l ctïÀ Cti* ctlA tftiA <T1A ctïA ftïA «AlÀ CtSJl
[a mémoire de Clément se présente entourée d'une auréole particulière dans les origines de l'Eglise de Rome. A ce moment où les Apôtres ont disparu, il semble éclipser Linus et Clétus, qui cependant avaient reçu avant lui l'honneur de 1 episcopat. On passe comme naturellement de Pierre à Clément, et les Eglises orientales ne célèbrent pas son souvenir avec moins d'honneur que l'Eglise latine. Il fut bien véritablement le Pontife universel , et l'on sent déjà que l'Eglise tout entière est attentive à ses actes comme à ses écrits. Cette haute réputation lui a fait attribuer tout un cycle d'écrits apocryphes, qu'il est aisé de démêler de ses écrits véritables ; mais il est à noter que les faussaires qui ont jugé à propos de lui prêter leurs propres œuvres, ou de bâtir des romans à son sujet, s'accordent à le faire naître de race impériale.
Le temps a fait disparaître, sauf un seul, les documents qui attestent l'intervention de
I. Dom GuÉRANGER, Sainte Cécile et la Société romaine. Ch. vu, Saint Clément.
Clément dans les affaires des Eglises lointaines: mais celui qui nous est resté montre en plein exercice la puissance monarchique de L'évêque de Rome des cette époque primitive. L'Eglise de Corinthe était agitée de discordes intestines, que la jalousie a L'égard de certains pasteurs avait suscite divisions dont on découvre le germe dès le temps de saint Paul, avaient détruit la paix et causaient du scandale aux païens euxmêmes. L'Eglise de Corinthe finit par sentir le besoin d'arrêter un désordre oui pouvait être préjudiciable à l'extension de la foi chrétienne, et, dans ce but, il lui fallait chercher du secours hors de son sein. A ce moment, tous les Apôtres avaient disparu de ce monde hors saint Jean, qui éclairait encore l'Eglise de sa lumière. De Corinthe à Ephèse, où résidait l'Apôtre, la distance n'était pas considérable ; néanmoins ce ne fut pas vers Ephèse, mais vers Rome que l'Eglise de Corinthe tourna ses regards.
Clément prit connaissance des débats que les lettres de cette Eglise renvoyaient à son jugement, et fit partir pour Corinthe cinq commissaires qui devaient y représenter l'autorité du Siège apostolique. Ils étaient porteurs d'une lettre que saint Irénée appelle très puissante, potentissimas lifteras l. Elle fut jugée si belle et si apostolique à cette époque première, que longtemps on la lut publiquement dans plusieurs Eglises, comme une sorte de continuation des Ecritures canoniques. Le ton en est digne, mais
1. Contra haereses, III, m, 3.
Saint Clément 7er, Pape et Martyr. 465
paternel , selon le conseil que saint Pierre donne aux pasteurs. Rien n'y sent l'esprit de domination ; mais, à la gravité et à la solennité du langage, on reconnaît la voix du pasteur universel, auquel nul ne saurait désobéir, sans désobéir à Dieu lui-même.
Ce langage si solennel et si ferme obtint son effet^: la paix se rétablit dans l'Eglise de Corinthe, et les messagers de l'Eglise romaine ne tardèrent pas à en rapporter l'heureuse nouvelle. Un siècle après, saint Denys, évêque de Corinthe, témoignait encore au pape saint Soter la gratitude de son Eglise envers Clément pour le service dont elle lui était redevable.
Elevé à l'école des Apôtres, Clément avait retenu dans une certaine mesure leur style et leur manière. On les remarque aussi dans ses deux Lettres aux vierges, dont on avait la trace par saint Epiphane et par saint Jérôme, et qui furent retrouvées au xviir3 siècle, en la traduction syriaque, sur un manuscrit apporté d'Alep *.
Sainte Cécile déjà nous le rappelait hier. Le principe de la continence vouée à Dieu fut dès l'origine l'une des bases du christianisme,' et l'un des moyens les plus efficaces dans la transformation du monde. Le Christ avait relevé le mérite supérieur de ce sacrit. Bien que de récents critiques aient mis en doute l'authenticité du texte reconnu par d'autres comme étant celui de Clément aux vierges, le fait de l'intervention du saint Pape en faveur de la virginité nen reste pas moins appuyé par les témoignages concordants de saint Epinhane (fi. XXX, i5) et de saint Jérôme (Contra Jovinian. I, 12).
466 Le Temps après ta Pentes ficc, et samt Paul, comparant les deux éi de la femme, enseignait que la vierge cm toute au Seigneur, tandis que l'épouse, malgré sa dignité, demeure divisée '. Clément eut à développer cette doctrine, et c'est ce qu'il fait dans ces deux lettres. Avant saint Athanase, saint Ambroise, saint Jérôme, saint Jean Chrysostome et saint Augustin, grands docteurs de la virginité chrétienne, il développa les enseignements de Pierre et de Paul sur ce sujet' si grave. « Celui celle, dit-il, qui aspire à cette grandeur d'une vie supérieure, doit vivre connue les A: d'une existence divine et toute céleste. La vierge s'isole des attraits sensuels; non seulement elle renonce au droit qu'elle aurait de les suivre en ce qu'ils ont de légitime ; mais elle aspire à cette espérance que Dieu, qui ne saurait tromper, entretient par sa promesse, et qui dépasse celle qu'ont les hommes d'avoir une postérité. En retour de leur généreux sacrifice, leur partage au ciel est la félicité même des Anges. »
Tel était le langage du disciple de Pierre, choisi par lui pour mettre la main au renouvellement de la Babylone romaine. Il ne fallait pas moins que cette forte doctrine, pour lutter avec avantage contre le débordement des mœurs de l'Empire. Si le christianisme se fût contenté d'inviter les hommes à l'honnêteté, comme faisaient les philosophes, ses efforts eussent été en pure perte. Le stoïcisme, en surexcitant l'orgueil chez quelques-uns, pouvait amener à mépriser la
i. I Cor. vu.
Saint Clément /cr, Pape et Martyr. 467
mort ; il était impuissant à faire reculer le sensualisme, dans lequel il faut reconnaître le plus puissant auxiliaire de la tyrannie des Césars. L'idéal de la chasteté, jeté au sein de cette société dissolue, pouvait seul arrêter le torrent d'ignominie qui menaçait de submerger toute dignité humaine. Pour le bonheur du monde, la morale chrétienne parvint à se faire jour, et les exemples éclatants se joignant aux maximes, on dut enfin en tenir compte. La corruption romaine s'étonna en entendant parler de la virginité, comme de l'objet du culte et de la pratique d'un grand nombre de sectateurs de la religion nouvelle, et cela dans un moment où les plus beaux privilèges, joints aux plus terribles châtiments, avaient peine à contenir dans le devoir les six vestales sur la fidélité desquelles reposaient l'honneur et la sécurité de la Ville éternelle. Vespasien et Titus eurent connaissance des infractions que ces gardiennes du Palladium se permettaient à l'égard de leur premier devoir ; mais ils jugèrent que le niveau auquel étaient descendues les mœurs ne permettait plus d'infliger à ces infidèles les pénalités antiques. Le moment devait cependant arriver bientôt où les empereurs, le sénat, Rome tout entière, allaient apprendre, en lisant la première Apologie de saint Justin, les merveilles de pureté dont l'enceinte de Babylone était le théâtre. « Parmi nous, en cette ville, leur disait l'apologiste, des hommes, des femmes, en nombre considérable, ont atteint déjà l'âge de soixante à soixante-dix ans ; mais, élevés dès leur enfance sous la loi du Christ,
4Ô8 Le Temps après la P
ils ont persévéré jusqu'à cette heure d l'état île virginité , et il i
dans Lequel je n'en pourrais signaler de semblables. 0 Àthénagore, dans son mémoire présenté à Marc-Aurèlc peu (Tannées a: pouvait dire à son tour : " Vous trouve parmi nous, tant chez les hommes que chez les femmes, une multitude de personnes qui ont passé leur vie jusqu'à la vieille l'état de virginité, n'ayant d'autre but cjue de s'unir à Dieu plus intimement. »
Clément était prédestiné à la gloire d : martyre; une sentence d'exil le relégua dans la Chersonèsc, sur le Pont-Euxin. Les Actes qui détaillent les circonstances de ses souffrances remontent à une haute antiquité . nous n'avons pas à les discuter ici. Ils content que Clément trouva dans cette pi qu'île un nombre considérable de chrétiens déportés avant lui, et employés a l'exploitation des carrières de marbré, qui étaient riches et abondantes en Chersonèse. La joie des chrétiens à la vue de Clément s'explique d'elle-même ; son zèle à propager la foi dans cette lointaine contrée et les succès de son apostolat n'ont rien qui doive surprendre. Le miracle d'une fontaine jaillissant de la roche à la parole de Clément, pour désaltérer les confesseurs, est un fait analogue à cent autres que Ton rencontre dans les Actes les plus authentiques des saints. Enfin l'apparition d'un agneau mystérieux sur la montagne, où il marque de son pied le lieu d'où Peau va jaillir, reporte la pensée vers les premières mosaïques chrétiennes sur lesquelles on voit encore le svmbole de l'aSaint Clément /*.*, Pape et Martyr. 46g
gneau debout sur un monticule verdoyant *. Au ixe siècle, Cyrille, l'apôtre des Slaves, retrouva près de Cherson les restes précieux du Pontife Martyr ; Clément rentra dans Rome, et l'insigne église qui, selon l'expression de saint Jérôme, gardait la mémoire de son nom dans la Ville éternelle2, posséda de lui désormais mieux qu'un souvenir. Souvenir inestimable déjà cependant, non moins pour la science que pour la piété : au témoignage d'antiques traditions, cette église était bâtie sur l'emplacement de la demeure habitée par Clément dans la région du Cœlius qui fut de son temps, on le sait par ailleurs, le quartier préféré de l'aristocratie romaine ; or, les investigations archéologiques de ce dernier demi-siècle ont permis de retrouver, sous l'abside même de l'a basilique primitive, et lui formant comme une sorte de confession ou d'hypogée, les chambres d'une habitation privée dont le style et les ornements se révèlent contemporains des Flaviens3.
11 est temps de lire le récit consacré au grand Pape du premier siècle dans la sainte Liturgie.
Clément naquit à Rome et eut pour père Faustinus ; il habitait la région du mont Cœlius. Il fut disciple du bienheureux Pierre. C'est de lui que Paul
CLEMENS R o m a n u s , Faustini filius, de regione Cœlii montis, discipulus beati Pétri, cujus meminit Paulus scribens ad Philippen1. Dom Guéraxcer, ubi supra. — 2. Hieron. De viris illustr. XV. — 3. MuLLOOLY, Saint Clément, and his basilica ; De Rossi, Bulletin, 1863, 1870, etc.
4~o Le Temps après la 1*011
ses : Etiam rogo et te germa ne compar, adjura ulas quae mecum laboraverunt in Evangelio , cum Clémente el adjutoribus meia , quorum nomina sunt in libro vit se. Hic aeptem Urbis regionea divisit aeptem Notariia, singulas singulis attribuens, qui passiones Martyrum et rea ab eis pestas diligcnlissime conquisitas litteris mandarent. Multa scripsit et ipse accurate e1 salutariter, quibus christianam religionem illustra vit.
CUM autem doctrina ac vitae sanctitate multos ad Christi fidem converteret , a Trajano imperatore relegatus est trans mare Ponticum in solitudine urbis Chersonae, in qua duo milîia Christianorum reperit , qui ab eodem Trajano condemnati fuerant. Qui cum in eruendis et secandis marmoribus aquœ penuria laborarent, Clemens facta oratione, in vicinum collem ascendit, in cujus jugo vidit Agnum dextero p e d e fontem aquae dulcis, qui inde scatebat, attingentem ; ubi omnes sitim
fait mention dan
. quand il dit:
d'aider celles qui ont vaille avec moi po I
gile, ain-i I it et
iui ont et
au livre de vie. Il partagea la Ville en
attribuant à sept Notaires chargés en chacune de rechercher et recueillir avec grand M.in les Actes Martyrs. Lui-même écrivit d'une plume châtiée beaucoup d utile s qui firent honneur au cnristiaN/j Aïs comme par A'l trine et la sai
sa docsainteté de
sa vie il convertissait beaucoup de monde à la foi du Christ, l'empereur Trajan le relégua au delà du PontEuxin dans la solitude de Cherson, où se trouvaient déjà deux mille chrétiens condamnés par ce même empereur. Employés à extraire et à tailler le marbre, ils souffraient du manque d'eau ; Clément, ayant prié, monta sur une colline qui était proche, et vit à son sommet un Agneau marquant de son pied droit le lieu d'où jaillissait une source d'eau douce où tous éteignirent leur soif. A la
Saint Clément Ier, Pape et Martyr. 4j i
suite de ce miracle, un grand nombre d'infidèles se convertirent et vénérèrent Clément comme un saint.
irrite
nouvelle,. Trajnn envoya dans ce lieu des gens chargés de jeter Clément à la mer, une ancre au cou; ce qui fut fait. Or, pendant que les chrétiens priaient sur le rivage, la mer se retira à trois milles , et approchant ils virent un édicule de marbre en forme de temple où, dans un sarcophage de pierre, était enseveli le corps du Martyr ; auprès se trouvait l'ancre avec laquelle on l'avait précipité. Les habitants du pays, émus d'un pareil prodige, embrassèrent la foi chrétienne. Le corps de Clément fut transporté à Rome par la suite, sous le pontificat de Nicolas Ier, et déposé dans l'église de son nom. Une église lui fut aussi dédiée à l'endroit de l'île d'où avait jailli la source miraculeuse. 11 vécut dans le pontificat neuf ans, six mois six jours. En deux ordinations au mois de décembre , il créa dix prêtres , deux diacres, quinze évêques pour divers lie
expleverunt : eoque miraculo multi infidèles ad Christi fidem conversi, Clementis etiam sanctitatem venerari cœperunt.
QUil Tr
bus concitatus Trajanus , m i s i t îlluc, qui Clementem , alligata ad ejus collum anchora, in prefundum dejicerent. Quod c u m factum esset, Christianis ad littusorantibus, mare ad tria milliaria recessit ; eoque illi accedentes, œdiculam marmoream in templi formam, et intus arcam lapideam , ubi Martyris corpus conditum erat, et juxta illud anchoram , qua mersus fuerat, invenerunt. Quo miraculo incolae p e r - moti, Christi fidem susceperunt. Ejus corpus postea Romam, Nicolao primo Pontifice translatum, in ecclesia ipsius sancti Clementis conditum est. Ecclesia etiam in eo insulae loco, unde divinitus fons manarat, ejusdem nomine dedicata est. Vixit in pontifîcatu annos novem, menses sex, dies sex. Fecit ordinationes duas mense decembri,quibus creaeux. vit presbyteros decem, diaconos duos, episcopos per diversa loca quindecim.
472 Le Temps après la P
Les Antiennes propres de l'Office de saint
Clément tonnent un ensemble plein de grâces et qui respire un grand parfum d tiquité.
Oremus otnnes ad Dominum Jesum Chi istum ut Confessoribua suis fontis venam a péri at.
Orante sanctO Clémente , apparuit e i Agnus Dei.
Non meis meritis ad vos me misit Dominus, vestris coronis participera fieri.
Vidi supra montem Agnum stantem, de sub cujus pede tons vivus émanât.
De sub cujus pede fons vivus émanât, fluminis impetus lfetiflcat civitatem Dei.
Omnes pentes per gyrum crediderunt Christo Domino.
Cum iter ad mare ce pisset, populus voce magna clamabat : Domine Jesu Christe, salva illum : et Clemens cum lacrymis dicebat : Suscipe Pater spirit um meum.
Dedisti Domine habitaculum Martyri tuo Clementi in mari, in modum templi marmoDrions tous le
ï Jésus-Christ qu'il
couler une source d'eau
pour ses confesseComme saint Clé ment priai', lui apparut l'Agneau de Dieu.
Sans regarder a mes mérites, voici que le Seigneur m'a envoyé pour
i vos couronnes.
J'ai vu sur la montagne l'Agneau debout ; de sous son pied jaillit une - .vive.
La source vive qui sous son pied jaillit, c'est !e fleuve impétueux qui réjouit la cité de Dieu.
Toutes les nations d'alentour crurent au Christ Seigneur.
Comme il s'en allait vers la mer, le peuple priait , disant à grands cris : Seigneur Jésus-Christ, sauvezle ; et Clément disait avec larmes : Père, recevez mon esprit
Seigneur, a Clément votre Martyr vous avez donné pour demeure, au milieu de la mer, comme un temple de
Saint Clément Ier. Pape et Martyr. 47J
marbre élevé par les mains des Anges ; vous en avez procuré l'accès aux habitants du pays, pour qu'ils pussent raconter vos merveilles.
rei , angelicis manibus praeparatum, iter pfaebens populo terne, ut enarrent mirabilia tua.
Nous empruntons les belles formules qui suivent au Sacramentaire léonien.
P\IEU tout-puissant et éterU nel, qui êtes admirable dans la vertu de tous vos Saints , exaucez-nous : que la solennité nnnuelle d u bienheureux Clément soit notre joie, lui qui, Martyr et Pontife de votre Fils, justifia par la parole son ministère et joignit l'exemple à ses discours. Par Jésus-Christ.
Omnipotens sem p iterne Deus, qui in omnium Sanctorum tuorum es virtute mirabilis : da nobis in beati démentis annua solemnitate iœtari, qui Filii tui Martyr et Pontifex, quod ministerio gessit, testimonio comprobavit, et quod prasdicavit ore, firmavit exemplo. Per Dominum.
C'est une chose digne et juste que nous vous rendions grâces , en célébrant le jour natal de saint Clément, votre Martyr. Il abandonna famille et patrie ; séduit par votre nom, courant à ses parfums, il traversa les terres et les mers ; se renonçant lui-même, il porta la croix de ces pérégrinations afin de vous suivre sur les pas de vos Apôtres. Or, voici que d'abord disciple du très bienheuVere dignurn. Sancti démentis Martyris tui Natalitia célébrantes, qui cognationem reliquit et patriam ; et post odorem tui nominis terras mariaque transmittens , abnegansque semetipsum, crucem peregrinationis assumpsit, ut te per Apostolorum tuorum vestigia sequeretur. Cui tu, Domine..., beatissimi Pétri mox tradito discipulo..., deinde Magis4/4 Le Temps après la Pentecôte*
ii i sui Vicarium per ordinem Bubrog a a d a , Romans Urbis , cujus propter te despexerat dignitatem, tel luis Principal uni, pi oque transi toi i.i clai itate, cœ- ] est i lacis honore conspicuum. Postremo Martyrii gloria sublimatum, pro temporalibus gestis seternam provehis ad coronam. Per.
reux Piei
ensuit ur . substitue comme remplaçant et
dont pour voua il avail déd ; .mdeurs, VOUS ai de lui en donner la principauté ; il n'a point voulu d'un éclat qui passe, et VOUS l'ennoblissez devant les cieux. Enfin lélevant !i la gloire du martyre , vous l'honorez, pour ses travaux dans le temps, d'une couronne éternelle.
i e Seigneur dit : Ma parole que j'ai mise en »- ta bouche ne fera point défaut sur tes lèvres, et tes offrandes seront agréées à mon autel l. Ainsi l'Eglise débute en votre honneur aujourd'hui dans les chants du Sacrifice. Et pour elle, en effet, quand les Apôtres disparurent, la grande joie, la consolation suprême fut de constater que cependant ne défaillait pas la parole ; car, de ses dons, c'était le plus indispensable que l'Epoux s'élevant aux cieux lui eût assuré. Or le Verbe, en vos écrits, parcourait toujours la terre, autorisé et respecté, dirigeant, pacifiant, sanctifiant les peuples aussi pleinement, aussi sûrement qu'au temps des Apôtres et du Seigneur même ; la preuve, grâce à vous, se faisait éclatante que Jésus, selon sa promesse, demeurait avec les siens jusqu'à la consommation du monde 2. Soyez béni d'aI. Introït de la fête, ex I s ai. — 2. Matth. xxviii, 20.
Saint Clément 7er, Pape et Martyr. 4j5
voir, dès ces temps reculés, consolé en cette sorte notre Mère l'Eglise.
Ainsi comprîtes-vous encore, ô Clément, que la grande œuvre apostolique, la diffusion de l'Evangile au milieu des nations, ne devait pas s'interrompre au départ des premiers ouvriers. Grâce à vous, la mort et la nuit continuèrent d'être toujours plus loin refoulées. A nous entre autres , à nous surtout, fils de la terre gauloise , il appartient de se souvenir en ce jour. Soyez béni poulies augustes messagers que Lutèce et les cités ses sœurs virent apparaître en leurs murs, disant de votre part à nos pères : Debout, vous qui dorme\; leve\-vous a entre les morts, et le Christ sera votre lumière K
Mais les luttes d'un apostolat aux prises sous tous les deux avec le prince du monde, les soucis d'un gouvernement qui déjà embrassait l'univers, ne suffisaient point au zèle dont votre âme de Pontife était embrasée. Soyez béni d'avoir plus spécialement consacré vos leçons et vos soins à la portion du bon troupeau plus intimement aimée du Seigneur Christ, à ceux qui suivent l'Agneau de Dieu sur la montagne où vous l'aperçûtes et partout oit il va *2.
Puissent par votre prière les émules de Flavia Domitilla croître en nombre , en mérite plus encore, à la suite de l'Epoux. Puisse tout chrétien retenir des enseignements de votre propre vie que la noblesse du monde n'est rien, auprès de celle qu'assure l'amour du Christ. Puisse le monde,
47 f> Le Temps après la l' puisse Rome, sa capitale, redevenir pour le
Dieu (les armées ce domaine indiscuté que lui avaient acquis de concert le patriciat des
sept collines et l'apostolat parti de ....
A l'Eglise, au x Juillet, nous célébrâmes félicité, la mère des Martyrs, donnant au ciel en un septuple et nouvel enfantement
les sept fils que lui avait donnes la nature. Pour elle, cependant, la récompense demeurait suspendue. Tandis que l'Eglise l'inscrit aux diptyques sacrés, honorons-la derechef et prions-la, en ce jour où le glaive, comblant ses vœux, justifiant son nom pour jamais, lui rend ses fils dans la suprême félicité.
Ant.
l ATE e i de fructu manuum suarum, et laudent eam in portis opéra ejus.
f. Diffusa est gratia in labiis tuis.
tf. Propterea benedixii te Deus in aeternum.
ANr' U fruit de
du ses
mains, et que s soient sa louange dans l'assemblée.
y. La grâce a été répandue sur vos lèvres.
r\ C'est pourquoi Dieu vous a bénie pour l'éternité.
Pr.esta, quassumus omnipotens Deus : u t , beaux Felicitatis Martyris tuas solemnia recensantes, meritis ipsius protegamur et precibus. Per Dominum.
Dieu tout-puissant, exaucez-nous célébrant la fête de la bienheureuse Félicité, votre Martyre : puissent nous protéger ses mérites et sa prière. Far Jésu^- Christ.
'uivons l'Eglise se dirigeant vers le Carmél, pour y porter l'hommage reconnaissant du monde. Sur les pas de Thérèse de Jésus, Jean de la Croix s'est levé , frayant aux âmes en quête de Dieu un chemin sûr.
L'évolution qui inclinait les peuples au délaissement de la prière sociale menaçait de compromettre irréparablement la piété, quand, au xvic siècle , la divine bonté suscita des Saints dont la parole comme la sainteté répondissent aux besoins de ces temps nouveaux. La doctrine ne change pas; l'ascétique , la mystique de ce siècle transmirent aux siècles suivants les échos de ceux qui avaient précédé. Leur exposé se fit toutefois plus didactique, leur analyse plus serrée; leurs procédés se prêtèrent à la nécessité de secourir les âmes que l'isolement livrait au risque de toutes les illusions. C'est justice de reconnaître que , sous l'action toujours féconde de î'Esprit-Saint, la psychologie des états surnaturels en devint plus étendue et plus précise.
Les chrétiens d'autrefois , priant avec l'Eglise, vivant chaque jour, à toute heure,
4j* Le Temps après la Pentecôte
de sa \ ie liturgiqu m empreii
en toutes circonstances dans Leurs relatl personnelles avec Dieu. Et de la sorte il arrivait que, sous L'influence pe te et
transformante de L'Eglise, participant aux grâces de lumière et d'union, a toutes les bénédictions de cette unique bien-aimée, cette unique agréée Je L'Époux l, c'était propre sainteté qu'ils s'assimilaient M labeur autre que de suivre docilement leur Mère, ou de se laisser porter dans ses 1 très sûrs. Ainsi s'appliquaient-iU la parole du Seigneur : Si vous ne devenez comme de petits enfants, vous ri entrerez point dans le royaume des cieux 2.
Qu'on ne s'étonne pas de ne point remarquer près d'eux, aussi fréquente et assidue que de nos jours, l'assistance de directeurs spéciaux attachés à leurs propres personnes. Les guides particuliers sont moins nécessaires aux membres d'une caravane ou d'une armée : ce sont les voyageurs isolés qui ne peuvent s'en passer ; et même avec ces guides particuliers, la sécurité, pour eux, ne sera jamais comparable à celle de quiconque suit la caravane ou l'armée.
C'est ce que comprirent au cours des derniers siècles les hommes de Dieu qui, s'inspirant des aptitudes multiples des âmes, donnèrent leurs noms à des écoles, unes quant au but, diverses quant aux moyens proposés par elles à rencontre des dangers de l'individualisme. Dans cette campagne de redressement et de salut, où rennemie
I. Gant, vi, 8. — 2. Matth. xvill, 3.
Saint Jean de la Croix, Confesseur. 479
redoutable entre toutes était l'illusion aux mille formes , aux subtiles racines, aux détours infinis, Jean de la Croix fut la vivante image du Verbe de Dieu, pénétrant mieux qu'un glaive acéré jusqu'à la division de l'esprit et de Vâme, des moelles et des jointures, scrutant, révélateur inexorable, intentions et pensées des cœurs *. Ecoutons-le : bien que moderne, on reconnaît en lui le fils des anciens.
« L'âme, écrit-il, est faite pour parvenir à une connaissance fort étendue, et pleine de saveur, des choses divines et humaines', qui s'élève bien au-dessus de sa science naturelle. Autant le divin est éloigné de l'humain, autant la lumière et la grâce de l'EspritSaint diffèrent de la lumière des sens 2. Aussi avant d'arriver à la divine lumière de la parfaite union d'amour, dans la mesure où cela est possible en ce monde, l'âme doit traverser la nuit obscure, affronter ordinairement des ténèbres si profondes que l'intelligence humaine est impuissante à les comprendre et la parole à les exprimer 3.
« La purification qui conduit l'âme à l'union divine peut recevoir la dénomination de nuit pour trois raisons. La première se rapporte au point de départ ; car, en renonçant à toutes les choses créées, l'âme a dû tout d'abord priver ses appétits du goût qu'ils y trouvaient. Or ceci est indubitablet. Hcbr. iv, i2-i3. — 2. Vie et Œuvres de saint Jf.an de la Croix, édition des Carmélites de Paris, La Nuit obscure de l'âme, L. II, ch. ix. — 3. Ibid. La Montée du Carmel, Prologue.
48 o Le Temps après la Pc ni ment une nuit pour tous les sens et tou ■ le . instincts île l'homme. u La seconde raison est lavoie môme
faut prendre pour atteindre l'état bienheureux de l'union Cette voie n'est autre que la foi , nuit vraiment obscure po ir l'entendement.
g Enfin la troisième raison est le terme où l'âme tend. Tenue qui est Dieu, être incompréhensible et infiniment au-dessus de nos facultés, et qu'on peut appeler par la même une nuit obscure pour l'âme durant son pèlerinage ici-bas.
« Ces trois nuits à traverser par l'âme sont figuréesau Livre de Tobie par les trois nuits que, sur l'ordre de l'Ange, le jeune Tobie laissa écouler avant de s'unir à son épouse1. L'Ange Raphaël lui commanda de brûler pendant la première nuit le foie du poisson, symbole d'un cœur affectionné et attaché aux choses créées. Quiconque désire s'élever à Dieu doit, dès le début, purifier son cœur dans le feu de l'amour divin et y consumer tout ce qui appartient au créé. Cette purification met en fuite le démon, qui auparavant avait puissance sur l'âme pour la faire adhérer aux plaisirs temporels et sensibles.
« L'Ange dit à Tobie que dans la seconde nuit il serait admis en la compagnie des saints Patriarches , qui sont les pères de la foi. De même l'âme, après avoir traversé la première nuit, figurée par la privation de tout ce qui tiatte les sens, pénètre sans obstacle dans la seconde. Là, étrangère à
Saint Jean de la Croix, Confesseur. 481
tous les objets sensibles, elle demeure dans la solitude et la nudité de la foi , l'ayant choisie pour son unique guide.
« Enfin, pendant la troisième nuit il fut promis à Tobie une abondante bénédiction. Dans le sens qui nous occupe, cette bénédiction est Dieu lui-même qui, à la faveur de la seconde nuit, c'est-à-dire de la foi, se communique à l'âme d'une manière si secrète et si intime, que c'est un autre genre de nuit plus profonde que les précédentes. L'union avec l'Epouse, c'est-à-dire avec la Sagesse de Dieu, se consomme quand la troisième nuit est écoulée, nous voulons dire, lorsque cette communication de Dieu à l'esprit est achevée *.
« O âmes spirituelles ! ne vous plaignez pas de sentir vos puissances livrées à l'angoisse des ténèbres, vos affections stériles et paralysées , vos facultés impuissantes à tout exercice de la vie intérieure. En vous enlevant votre manière imparfaite d'agir, le Seigneur vous délivre ainsi de vous-même. Malgré le bon emploi que vous eussiez fait d'ailleurs de vos facultés, leur impureté et leur ignorance ne vous eussent jamais permis d'obtenir un résultat aussi parfait et une sécurité aussi entière. Dieu vous prend par la main, et se fait lui-même votre conducteur au milieu des ténèbres. Il vous guide comme un aveugle par un chemin inconnu, vers le terme où ni vos lumières ni vos efforts n'euss&nt jamais pu vous conduire 2. »
482 Le Temps aptes la Pént*
Nous aimons à laisser les Saints décrira
eux-mêmes les voies qu'ils parcoururent, et dont ils demeurent, en récompense de leur fidélité, les guides reconnus Ajouterons-nous qu' « il faut pi irde,
dans les peines de ce genre, à ne pas exciter la commisération du Seigneur avant œuvre soit achevée? On ne peut s'y méprendre : telles grâces que Dieu fait a lame ne sont pas nécessaires au salut, mais elles doivent être pavées d'un certain prix. Si nous nous montrions par trop difficiles, il ^e pourrait que, pour ménager notre faiblesse, le Seigneur nous laissât retomber dans une voie inférieure, ce qui. au regard de la serait un irréparable malheur.
« Mais , dira-t-on, qu'importe , puisque cette âme se sauvera? Il est vrai, mais notre intelligence ne saurait apprécier la supériorité d'une âme qui pourrait devenir l'émule des chérubins ou des séraphins, sur celle qui ne saurait être assimilée qu'aux hiérarchies inférieures. Une fausse modestie ou l'amour du médiocre ne saurait avoir légitimement cours en ces matières K
« Il importe plus qu'on ne saurait le dire aux intérêts de la sainte Eglise et à la gloire de Dieu que les âmes vraiment contemplatives se multiplient sur la terre. Elles sont le ressort caché et le moteur qui donne l'impulsion sur terre à tout ce qui est la gloire de Dieu, le règne de son Fils, et l'accom1. La Vie spirituelle et l'Oraison d'après la sainte Ecriture et la Tradition monastique, Solesmes, 1 *9Q. Ch. xiv.
Saint Jean de la Croix, Confesseur. 483
plissement parfait de la divine volonté. En vain multipliera-t-on les œuvres, les industries, et même les dévouements : tout sera stérile, si l'Eglise militante n'a pas ses saints qui la soutiennent dans l'état de voie, celui que le Maître a choisi pour racheter le monde. Certaines puissances et certaines fécondités sont inhérentes à la vie présente ; elle a, de soi, si peu de charmes, qu'il n'était pas inutile d'en relever ainsi le mérite ** »
Voici la vie de saint Jean de la Croix racontée par la sainte Eglise.
JEAN de la Croix naquit de parents pieux à Hontiveros, en Espagne. On vit clairement, dès ses premières années , combien il serait agréable à la Vierge Mère de Dieu ; car tombé dans un puits à l'âge de cinq ans, il en sortit sain et sauf, soutenu par la main de cette bienheureuse Vierge. Dans son grand désir de souffrir, à neuf ans, il prenait pour s'endurcir l'habitude de coucher sur des sarments. Adolescent, il se consacra au service des malades pauvres dans l'hôpital de Médina del Campo "; grande s'y montra l'ardeur de sa charité, dans le zèle qui le
Joannes a Cruce, Fontiberiin Hispaniapiis parentibus natus, a primis annis certo innotuit, quam Deiparae Virgini futurus esset acceptus ; nam quinquennis in puteum lapsus , ejusdem Deipara? manu sublatus, incolumis evasit. Tanto autem patiendi desiderio flagravit , ui novennis , spreto molliori lecto , super sarmentis cubare consueverit. Adolescens hospitio pauperum aegrotantium Metymnae Campi famulum sese addixit, quibus magno caritatis ardore vilissima qua;que complectens officia, praï. La Vie spirituelle et l'Oraison d'après la sainte Ecriture et la Tradition monastique, Solesmes, 189g, Ch. xix.
4^4 Le Temps après la Pente<
sto B tcl'.it. ClljUl
ritati ceteri déni caritatis mu:< dentius obibant. V ad altioi a \ Mai ias Virginia ' Cai tnelo înstitutum a nplexus icci los
ex obedient i
\.-i ioris disciplinas et arctioris vit.x- cupidissi mus, primitivam ordinis regulam ex superioris licentia i ta professus est, nt, ob jugem Dominicae passionis me moriam, belio in se, tamquam in infensissimum h o s t e m indicto, vigiliis, jejuniis, ferreis flagellis, omnique pœnarum génère , brevi carnem cum vitiis et concupiscontiis suis crucifixerit : dignus plane, qui a sancta Teresia inter puriores sanctioresque animas Ecclesiam Dei id temporis illustrantes recenscretur.
SINGULARI vitas austeritate, et omnium virtutum prresidio munitus, prae assidua rerum divinarum contemplatio ne, diuturnas et mirabiles extases fréquenter patiebatur : tantoque in Deum sestuabat amore, ut, cum
d'eux aux plus \ irait, par I
très pour lei charii ;
pelé p 1 u s haut, il lin titut de la 1 .
mel, où, fait prêt: sance, et désireux' dune discipline plus l'un.- vie plus dure, il s'attacha, du consentement de son supérieur, à pratiquer la primitive de l'Ordre. On le vit dès lors, ayant sans cesse en pensée la passion dv. gneur, se déclarer la guerre à lui-même comme à i'ennemi le plus funeste ; veilles, jeûnes, disciplines de fer, tous les genres de tourments, eurent bientôt fait de crucifier en lui la chair avec ses vices et ses passions, le rendant véritablement d i i: n e d'être rangé par sainte Thérèse au nombre des âmes les plus pures et les plus saintes qui illustrassent alors 1E- glise de Dieu.
Toutes les vertus, jointes à l'extrême austérité de sa vie, lui formaient comme un rempart : assidûment plongé dans la contemplation des choses divines, i! éprouvait souvent de longues et admirables extase*
I grand était l'amour dunt il
Saint Jean de la Croix, Confesseur. 485
brûlait pour Dieu, que le feu divin, ne pouvant rester enferme davantage, s'échappait au dehors et entourait son visage de rayons. Grandement zélé pour le salut du prochain, il s'adonnait à la
Êrédication de la parole de >ieu et à l'administration des sacrements. Tant de mérites, et l'ardent désir qui le consumait d'une plus stricte discipline en son Ordre, le firent donner par Dieu comme compagnon à sainte Thérèse, afin qu'elle pût, aidée de Jean , rétablir la primitive observance du Carmel chez les frères comme elle l'avait fait pour les sœurs. C'est pourquoi, dans cette œuvre divine , il supporta avec la servante de Dieu d'innombrables travaux, visitant, sans nul souci des fatigues et des dangers, chacun des monastères que la sainte avait fondés dans toute l'Espagne, en établissant nombre d'autres lui-même, et partout propageant l'observance restaurée, l'affermissant par sa parole et son exemple Aussi est-ce à bon droit qu'il est considéré comme étant, après sainte Thérèse le père et premier profès de l'Ordre des Carmes déchaussés.
divinus ignis sese intro diutius contincre non posset, foras erumpere, cjusque vultum irradiare visus sit. Proximorum saluti summoperc intentus, tum in verbi Dei praedicatione, tum in sacramentorum administratione fuit assiduus. Hinc tôt meritis auctus, strictiorisque disciplina? promovendae ardore vehementer accensus, sanctae Teresiœ cornes divinitus datus est, ut quam ipsa inter sorores primœvam Carmeli ordinis observantiam instauraverat, eamdem et inter fratres, Joanne adjutore, restitueret. Innumeros itaque una cum Dei famula in d i v i n o opère promovendo perpessus labores, cœnobia qurc ejusdem sancta? Virginis cura per totam Hispaniam erecta fucrant, nul lis vitae incommodis et periculis territus, singula perlustravit : inquibus aliisque quamplurimis ejus opéra erectis, restauratam observantiam propagando, verbo et exemplo firmavit ; ut merito primus post sanctam Teresiam Carmelitarum Excalceato r u m ordinis professor et pareils habeatur.
486 Le Temps tuo < oluit, impudentes que mu li ères ejus pudicitiae insidiari conantes, non modo repulit , sed cti;im Christo lucrifecit. In divinis cxplicandis arcanis a?que ac sancta Tcresia , B] licne sedis judtcio, uivinitus instructus,libro8 de tnystica theologia cœ- Iesti sapientia refertos conscripsit. Scmcl intcrrogatus a Christo , quid prasmii pro tôt laboribus posceret , respondit :