L'Année liturgique — Le Temps après la Pentecôte (t. 10-15) (page 8)
4. Prov. IX, 2. — 5. Eccli. XXIV. i3. — 6. Luc. xi, 4q.
— 7. Deut. xxxii, I 5-16. — 8. IsAi. L, l. — 9. Matth. xxiii, 34-37.
A la Messe. 425
raël que sont d'abord envoyés les Apôtres ^. « Ineffables égards, s'écrie saint Jean Ghrysostome ! Le Christ appelle les Juifs avant la croix; il persévère après son immolation et continue de les appeler. Lorsqu'il devait, semble-t-il, les accabler du plus dur châtiment, il les invite à son allianceetles comble d'honneurs. Mais eux, qui ont massacré ses prophètes et qui l'ont tué lui-même, sollicités par un tel Epoux, conviés à de telles noces par leur propre victime, ils n'en tiennent nul compte, et prétextent leurs paires de bœufs, leurs femmes ou leurs champs 2. )> Bientôt ces pontifes, ces scribes, ces pharisiens hypocrites, poursuivront et tueront les Apôtres à leur tour ; et le serviteur de la parabole ne ramènera de Jérusalem au banquet du père de famille que les pauvres, les petits, les infirmes des rues et places de la ville, chez qui du moins l'ambition, l'avarice ou les plaisirs n'auront point fait obstacle à l'avènement du royaume de Dieu.
C'est alors que se consommera la vocation des gentils, et le grand mystère de la substitution du nouveau peuple à l'ancien dans l'alliance divine. « Les noces de mon Fils étaient « prêtes, dira Dieu le Père à ses serviteurs; « mais ceux que j'y avais invités n'en ont « point été dignes. Allez donc; quittez la « ville maudite qui a méconnu le temps de « sa visite 3; sortez dans les carrefours, par« courez toutes Jes routes, cherchez dans « les champs de la gentilité, et appelez aux
420 Le Dim. dans l'Oct. du S.-Sacrement.
« noces tous ceux que vous rencontrerez i, » Gentils, glorifie^ Dieu pour sa miséricorde -, Conviés sans mérites de votre part au festin préparé pour d'autres, craignez d'encourir les reprociies qui les ont exclus des faveurs promises à leurs pères. Boiteux et aveugle appelé du carrefour, sois empressé à la tafele sacrée. Mais songe aussi, par honneur pour Celui qui t'appelle, à déposer les vêtements souillés du mendiant du chemin. Revêts en hâte la robe nuptiale. Ton âme est reine désormais par l'appel à ces noces sublimes : « Orne-la donc de pourpre, dit saint Jean Chrysostome; mets-lui le diadème, et placela sur un trône. Songe aux noces qui t'attendent, aux noces de Dieu! De quels tissus d'or, de quelle variété d'ornements ne doit pas resplendir l'àme appelée à franchir le seuil de cette salle du festin, de cette chambre nuptiale •"' ! »
L'Offertoire est. comme le Graduel, une prière instante, une demande de secours fondée sur la divine miséricorde.
DOMINE, convertere. et eripe animam meam : salvum me fac propter misericordiam tuam.
SEIGNEUR, revenez vers moi et délivrez mon âme ; sauvez-moi à cause de votre miséricorde.
L'Eglise implore, par la Secrète, le double effet du divin Sacrement dans la transformation des âmes : la purification des restes du
i. Matth. xxn, 8-14. — 2. Rom. xv, g. — 3. Hom.
69 in Matth.
A Li Messe.
péché, et le progrès dans les œuvres de la vie céleste.
QUE cette offrande, Sei- | /^ blatio nos, Domine, gneur, qui va être con- ' ^-^ tuo Xomini dicanda sacrée à votre Nom, nous ] purificet : et de die in purifie ; et qu'elle nous élève ! diem ad cœlestis vitœ de jour en jour aux œuvres ! transférât actionem. Per d'une vie toute céleste. Par Dominum. Jésus-Christ. i
NOUS vous supplions, Seigneur, d'accorder à votre Eglise les dons de l'unité et de la paix, qui sont mystérieusement représentés par ces dons que nous vous offrons. Par Jésus-Christ.
ECCLESKC tuae, quaesumus Domine, unitatis et pacis propitius dona concède : quas sub oblatis muneribus mystice designantur. Per Dominum.
Pendant la Communion, la sainte Eglise, inondée des faveurs du ciel, laisse éclater sa reconnaissance pour Celui qui, étant le Seigneur Très-Haut, est aussi son Epoux et la comble de ces biens excellents.
JE chanterai au Seigneur qui m'a accordé tant de biens, et je célébrerai dans mes cantiques le Nom du Seigneur très-haut.
CANTABO Domino, qui bona tribuit mihi, et psallam Nomini Domini altissimi.
Demandons avec l'Eglise, dans la Postcommunion, que la fréquentation du Mystère sacré ne demeure pas inféconde en nos âmes,
42 8 Le Dim. dans VOct. du S. -Sacrement.
mais y produise des fruits de salut toujours plus abondants.
SUMPTis muneribussacris. quaesumus Domine, ut cum frequentatione mysterii, crescat nostrae salutis effectus. Per Dominum.
AYANT reçu les dons sacrés, faites, s'il vous plait, Seigneur, que notre salut progresse par la fréquentation du divin Mystère. Par Jésus-Christ.
FAC nos, quassumus Domine, divinitatis tuae sempiterna fruitione repleri : quam pretiosi Corporis et Sanguinis tui temporalis perceptio praefigurat. Qui vivis et régnas.
FAITES, s'il vous plaît, Seigneur, que nous soyons pleinement rassasiés par l'éternelle jouissance de votre divinité, qui nous est figurée ici-bas par la réception temporelle de votre Corps et de votre Sang précieux. Vous qui vivez et régnez.
LES Vêpres du Dimanche dans TOctave du Saint-Sacrement sont les mêmes que celles du jour de la fête {page 349), excepté ce qui suit.
CAPITULE. (I Johan. m.)
CARissiMl , nolite mirari, si odit vos mundus. Nosscimus quoniam translati sumus de morte ad vitara, quoniam diligimus fratres.
MES bien-aimés, ne vous étonnez pas si le monde vous hait. Pour nous, nous reconnaissons, à l'amour que nous avons pour nos frères, que nous sommes passés de la mort à la vie.
A Vêpres.
1 e les a nourris de la graisse du froment. Alléluia.
TSf. Et il les a rassasiés du miel de la pierre. Alieluia.
i /'"> IBAVIT illos ex ^■\^ adipe frumenti.
Alléluia.
i?. Et de petra, melle
saturavit eos. Alléluia.
ANTIENNE DE MagUlficat.
EXI c' vie
ALLEZ prompteraent par les places et les rues de la ville, et contraignez d'entrer les pauvres et les infirmes, les aveugles et les boiteux, afin que ma maison se remplisse. Alléluia.
cito m plateas et civitatis : et pauperes ac débiles, caecos et claudos compelle intrare, ut impleatur domus mea. Alléluia.
FAITES, Seigneur, que nous ayons toujours la crainte et l'amour de votre saint Nom ; parce que vous ne cessez jamais de diriger ceux que vous établissez dans la solidité de votre amour. Par Jésus-Christ.
De
ANCTI Nominis tui, •omine, timorem panter et amorem fac nos habere perpetuum : quia nunquam tua gubernatione destituis, quos in soliditate tuae dilectionis instituas. Per Dominum.
Amt r\ BANQUET sacre, ^^^- KJ où le Christ est reçu, renouvelée la mémoire de sa passion, l'âme remplie de grâce, et donné le gage de la gloire future ! Alleiuia.
f. Vous leur avez donné le pain du ciel. Alieluia.
ï^. Ayant en lui toutes les délices. Alieluia.
Ant.
c o n v 1-
vium, in quo Christus sumitur : recolitur memoria passionis ejus • mens impletur gratia, et futurœ gloria; nobis pignus datur. Alieluia.
f. Panem de cœlo prasstitisti eis. Alieluia.
^. Omne delectamentum insehabentem. Alieluia.
43 0 Le Temps après la Pentecôte.
DEUS, qui nobis sub Sacramento mirabili passionis tuae memoriam reliquisti : tribue quœ- sumus, ita nos Corporis et Sanguinis tui sacra mysteria venerari, ut redemptionis tuae fructum in nobis jugiter sentiamus. Qui vivis et régnas
ODiEU, qui nous avez laisse sous un Sacrement admirable le mémorial de votre passion, daignez nous accorder la grâce de vénérer comme nous le devons les sacrés Mystères de votre Corps et de votre Sang, afin que nous puissions ressentir en nous constamment le fruit de votre rédemption. Vous qui vivez et régnez.
LA Liturgie portée sous le nom de saint Jacques aux Constitutions apostoliques. continue, après le Trisagion^ par la bouche du Pontife :
SANCTUS enim vere es ac sanctissimus, altissimus et superexaltatus in saecula. Sancius quoque unigenitus tuus Filius, Dominus noster et Deus, Jésus Christus.
Qui ad omnia tibi Deo suo et Patri, tum in varia creatione, tum in provi- , dentia convenienti ministrans, non despexit genus ' humanum quod peribat : sed post naturalem legem, post legalem admonitionem, post propheticas reprehensiones ;
SAINT êtes-vous vraiment en effet, très saint, trèshaut, exalté dans les siècles. Saint de ir.cme votre Fils unique, notre Seigneur et Dieu Jésus-Christ.
O Dieu qui êtes son Père, lui, votre ministre dans la création et le gouvernement du monde, ne méprisa point la race humaine qui se perdait. Elle avait eu la loi de nature, le redressement du Sinai, les reproches des prophètes : mais violant à la fois la loi naturelle et positive,
Le Dira, dans VOct. du S. -Sacrement. 43 1
oubliant le déluge, l'embrasement de Sodome, les plaies d'Egypte et l'extermination des peuples de la Palestine, elle courait à une ruine entière : lorsque, de votre consentement, il voulut bien se faire homme lui créateur de l'homme, sujet des lois lui le législateur, hostie lui pontife, brebis lui pasteur ; et vous, son Dieu et Père, fûtes apaisé ei réconcilié avec le monde par ce Dieu Verbe, ce Fils aimé, premier-né de toute créature, né d'une Vierge, né dans la chair, sorti de la race de David et d'Abraham, de la tribu de Juda, conformément aux prophéties que lûi-méme avait inspirées sur sa propre personne.
Il fut donc façonné dans le sein d'une Vierge celui qui forme tous les êtres ; il se fît chair, l'immatériel; il naquit dans le temps, le fils engendré avant tous les temps. Il vécut dansJa sainteté, enseigna dans la vérité. Il chassa des hommes maladies et langueurs, sema dans le peuple signes et prodiges. Il mangea, but et dormit, celui qui nourrit ceux qui ont faim et remplit de sa bénédiction tous les êtres. Il manifesta votre Nom à ceux qui ne le connaissaient pas, dissipa
cum legem naturalem una cum lege posita violarent. atque e memoria abjicerent diluvium, conflagrationem Sodoraiticam. plagas /Egyptiis et caedes Palaestinis illatas, cumque illico perituri essent omnes : ex sentenj tia tua ipse elegit, Creator hominis homo fieri,
I pontifex hostia, pastor
! ovis ; et te suum Deum ac Patrem placavit atque mundo reconciliavit, factus ex Virgine, factus in carne, Deus Verbum, dilectus Filius, primogenitus omnis creaturae, et secundum prophetias ab ipso de se prasdictas ortus ex semine Davidis et Abrahami ac de tribu Judas.
Et factus est in utero Virginis, formater omnium qui gignuntur; incarnatus est, qui Garnis expers ; qui sine tempore genitus, in tempore natus est : sancte vixit, et légitime docuit: omnem morbum et omnem infirmitatem ab hominibus expulit; signa et prodigia in populo edidit : cibum, potum, somnum cepit is qui cunctos alimento indigentes nutrit omneque animal implet beneplacito : manifesta432 Le Temps après la Pentecôte.
vit Nomen tuum iis qui illud ignorabant ; fugavit ignorantiam; pietatem exsuscitavit : voliintateni tuam implevit ; opus quod ei dedisti consummavit : atque hls omnibus féliciter trestis, per proditionem illius qui malitis morbo languebat, comprehensus est manibus flagitiosorum pontificum et populi iniqui ; a quibus multa passus est, etomnem ignominiam sustinuit, permissu tuo.
Traditus est Pilato praesidi ; judicatus est. Judex; condemnatus est, Salvator; cruci affixus est, qui pati non potest ; mortuus est, natura immortalis ; sepultus est, vitas effector ; ut illos propter quos advenerat a passione solveret et a morte eriperet, ut diaboli vincula rumperet illiusque ex fallacia liberaret homines.
Resurrexit e mortuis tertia die : quadraginta diebus commoratus cum discipulis. assumptus est in cœlos ; et ad dexteram assidet tibi, Deo ac Patri suo.
Itaque memores passionis ejus et mortis, et a mortuis resurrectionis, atque in cœlum redilus;
l'ignorance, ranima l'amour, accomplit votre volonté, et consomma l'oeuvre que vous lui aviez donné à faire. Ayant donc conduit à bonne fin toutes ces choses, trahi par le fils de perdition, il fut saisi par les mains de pontifes criminels et d'un peuple inique qui l'accablèrent par votre permission de souffrances et d'outrages.
Il fut livré au gouverneur Pilate; le Juge fut jugé, le Sauveur condamné ; on crucifia celui qui ne peut souffrir; l'immortel connut la mort ; l'artisan de la vie entra au tombeau : pour délivrer de la souffrance et sauver de la mort ceux pour lesquels il était venu, pour briser les chaînes forgées par l'enfer et arracher les hommes à ses tromperies perfides.
Le troisième jour, il se leva d'entre les morts ; il demeura quarante jours avec ses disciples, monta aux cieux, et s'assit à votre droite, ô Dieu son Père.
Ayant donc mémoire de sa passion et de sa mort, de sa résurrection et de son retour au ciel ; dans la pensée aussi
Le Dim. dans VOct. du S. -Sacrement. 433
du second avènement où il doit venir, avec gloire et puissance, juger les vivants et les morts, et rendre à chacun selon ses œuvres : à vous, roi et Dieu, nous offrons ce pain et ce calice, ainsi qu'il l'a ordonné, par lui vous rendant grâces.
necnon secundi adventus quem idem facturus est, in que cum gloria et potestate veniet judicare vivos et mortuos. et reddere singulis juxta opéra eorum : tibi régi ac Dec panem hune et calicem hune offerimus, secundum constitutionem ejus, gratias tibi per eum agentes.
L'Eglise syrienne met la belle formule qui suit dans la bouche du Diacre au moment le plus solennel des Mystères.
VOICI le temps de la crainte, voici l'heure remplie de terreur : les esprits célestes sont dans la frayeur et, près de l'autel, s'acquittent en tremblant de leur ministère. L'effroi saisit les fils de lumière, la terre est indifférente, le pécheur se dérobe à l'heure qui apporte la grâce. Ministres de l'Eglise, tremblez ; car vous avez en mains le feu vivant, et la puissance qui vous est donnée surpasse les Séraphins.
Heureuse l'âme pure ici présente à cette heure ! car i'Esprit-Saint écrit son nom, et la transporte aux cieux.
Notre Dame, ô Marie bienECCE tempus timons, ecce hora terrore plena : superi in timoré consistunt et illi cum tremore ministrant.
Terror filios lucis occupât, et terreni illum non sentiunt, et ab hora, qua venia affertur, peccatores fugiunt. Ministri Ecclesiae tremite, quia vivum ignem administratis. Et potestas quae vobis data est, Seraphira superat.
Beata est anima, quas nunc in Ecclesia adest cum puritate. quia Spiritus Sanclus scribit nomen ejus, illamque élevât in cœlum.
Beata Domina nostra
434 l-e Temps après la Pentecôte.
Maria, deprecare nobiscum Unigenitum tuum, ut precibus luis placatus omnium nostrum misereatur.
Adspice. Domine, oculo misericordi Patrem nostrum, qui stat coram Altari luo. Suscipe, Domine noster, ejus oblationem ut Prophetarum et Apostolorum.
Mémento . Domine . per gratiam tuam et per divinas tuas miserationes. Patrum et Principum sacerdotum, quorum oratio sit nobis murus.
Mémento , Domine , patrum, fratrum, et magistrorum nostrorum, nosque et illos dignos prœsta per misericordiamtuam regno cœlesti.
Mémento . Domine . absentium et miserere praesentium, quietem quoque dona spiritibus defunctorum. et parce peccatoribus in die judicii.
Defunctorum. qui a nobis separati ab hoc saeculo migraruot. spiritibus. Christe, praesta quietem cum piis et justis.
Crux tua pons sit illis, et baptismus tuus tegumentum ; Corpus et Sanguis tuus sanctus via
heureuse, implorez avec nous votre unique Fils, pour que, propice à vos prières, il ait pitié de nous tous.
Seigneur, regardez d'un œil de miséricorde le Prêtre notre Père debout à votre Autel. Recevez son offrande, ô vous notre Seigneur, comme l'offrande des Prophètes et des Apôtres.
Souvenez-vous, Seigneur, dans votre grâce et vos divines miséricordes des Prêtres nos Pères et nos Princes. Que leur prière soit notre rempart.
Souvenez-vous, Seigneur, de nos pères, de nos frères, de nos maîtres; rendez-nous dignes avec eux du royaume céleste par votre miséricorde.
Souvenez-vous, Seigneur, des absents, et ayez pitié de ceux qui sont ici ; donnez aussi aux âmes des défunts le repos, et pardonnez aux pécheurs à l'heure du jugement.
Aux âmes des morts qui, séparés de nous, ont quitté c« monde, donnez. Christ, le repos avec les bons et les justes.
Que votre croix soit pour eux comme un pont, que votre baptême soit leur vêtement, que votre Corps et voLe Dim. dans VOct. du S. -Sacrement 435
tre Sang précieux soient la voie qui les conduise au royaume.
De ce sanctuaire puisse à jamais notre adoration être agréée, et donner gloire au Père, au Fils, à l'EspritSaint qui est vie; que luimême le Dieu vrai consomme en nous sa grâce, ses bénédictions, sa miséricorde et sa clémence, en ce moment et toujours. Et nous tous implorons le Seigneur.
sint, quœ deducat ad regnum.
Gloriam perpetuam cum adoratione acceptabili mereamur attoUere ex medio sanctuarii Patri et Filio et Spiritui Sancto vivo, ut ipse Dcus verus adimpleat nobiscum gratiam suam, benedictionem, miserationem et clementiam ex hoc nunc usque in finem : nosque omnes cum oratione Dominum deprecemur.
Ajoutons cette Séquence tirée des manuscrits de Saint-Gall, où l'on retrouvera plus d'un trait du Victimœ paschali laudes.
QUE les chrétiens louent dévotement le Fils du Père:
Par son sang l'innocent Agneau
A délivré les pécheurs de la mort de l'enfer;
Par sa mort, il a détruit l'abîme, et délivrés
Il nous conduit là où vivant il règne.
Vous êtes pour les bons l'aliment vivifiant du chemin.
Vous êtes l'espérance vraie du pécheur
Qui veut s'arracher au bouclier du crime.
COLLAUDENT devote Patris Filium christiani.
Quia sanguine suo Agnus innocens,
ToUens a morte gehennae peccatores,
Morte sua destruxit tartara, liberatos
Reducens nos, ubi régnât vivus.
Vitalis non malis tu cibus es in via.
Tu vera spes peccatoris
A criminum faecibus surgentis.
436 Le Temps après la Pentecôte.
O digna tu caro, da Angelorum vestes.
Per sacramentum Corporis
Duc nos veram ad Galilaeam.
O sacra Christi caro,
Adjuva, ut non damnemur
Cum Judœorum turba fallaci,
Sed tecum nos facias perenniter vivere.
Tu nobis, Christe rex, miserere.
O chair vénérable, revéteznous de la pureté des Anges.
Par le sacrement de ce Corps
Conduisez-nous à la vraie Galilée.
O chair sacrée du Christ,
Prêtez secours : que nous ne soyons pas condamnés
Avec la tourbe perfide des Juifs ;
Mais qu'avec vous nous vivions à jamais.
O Christ roi, prenez pitié de nous 1
A DORONS le Christ roi (\ Seigneur des nations, engraissant l'âme de qui le prend en nourriture.
CHRISTUM regem adoremus dominantem gentibus, qui se manducantibus dat spiritus pinguedinem.
E Seigneur l'a juré, et son serment sera sans repentir : Vous êtes Prêtre pour jamais selon l'Ordre de Melchisédech i. » Ainsi chantaient au Messie attendu les fils de Lévi, dans le plus beau de leurs psaumes. Famille auguste et privilégiée, couronne de frères 2 rangée dans sa gloire autour de l'autel d'où s'élevait tout le jour la fumée des victimes, ils célébraient sur la harpe sacrée le sacerdoce des biens à venir, et proclamaient leur future déchéance. Ombre et figure, leur sacerdoce devait s'évanouir à la clarté des divines réalités du Calvaire. Ils avaient dû à l'égarement des nations d'être appelés à maintenir la religion du vrai Dieu dans son temple unique; mais ce précaire honneur allait finir au temps de la réconciliation du monde. Fils de Juda par David, le Christ Pontife ne tient rien d'Aaron; c'est par delà Moïse, avant la naisPsalm. cix.
438 Le Temps après la Pentecôte.
sance des douze Patriarches et d'Israël leur Dère, que le chantre inspiré, remontant les âges, salue le type d'un sacerdoce que ne limiteront plus l'espace ou la durée. Melchisédech reçoit dans Abraham les hommages de Lévi son fils ; le dépositaire de la promesse est béni par ce chef de nations incirconcises; et cette bénédiction puissante, qui s'étend à la race entière du patriarche, tire sa vertu d'un sacrifice mystérieux : l'offrande pacifique du pain et du vin au Dieu Très-Haut i.
Le sacerdoce du Roi de justice et de paix, qui précède en dignité comme par le temps celui d'Aaron, doit aussi lui survivre. C'est à l'heure même où Dieu, faisant alliance avec une famille séparée, semblait abandonner les nations et se disposait à constituer l'Ordre lévitique en dehors d'elles, que le roi-pontife de Salem, sans commencement ni fin marqués dans l'Ecriture 2, apparaît subitement comme la plus imposante image du Pontife éternel offrant le divin mémorial qui doit perpétuer sur terre le grand Sacrifice, et remplacer à jamais les immolations sanglantes du mosaisme.
Le Sacrifice de la Croix domine les siècles et remplit l'éternité. Un seul jour néanmoins le vit offrir dans la série des âges, comme un seul lieu dans l'espace. Et toutefois en aucun lieu, en aucun temps, l'homme ne peut se passer du Sacrifice accompli sans cesse, renouvelé sans fin sous ses yeux; car, nous l'avons vu, le Sacrifice est le centre nécesLe Lundi dans VOct. du S.-Sacrement . 43g
saire de toute religion, et l'homme ne peut se passer de la religion qui le rattache à Dieu comme Seigneur suprême, et forme le premier des liens sociaux. De même donc que, pour répondre à cette impérieuse nécessité dès l'origine, la Sagesse établit ces offrandes
figuratives qui anno'nçaient l'unique Sacrifice 3
et tiraient de lui leur valeur; de même, l'o- |
blation de la grande Victime une fois accom- |
plie, doit-elle subvenir encore aux besoins |
des nations et pourvoir le monde d'un Sacri- |
fice permanent : mémorial et non plus figure, |
vrai Sacrifice, qui, sans détruire l'unité de i
celui de la Croix, applique ses fruits chaque S
jour aux membres nouveaux des générations |
à venir. j
Nous ne raconterons point ici la Cène du |
Seigneur et l'institution du nouveau sacer- s
doce, qui s'élève d'autant au-dessus de l'an- |
cien que les promesses sur lesquelles il repose |
sont elles-mêmes plus élevées, et plus auguste \
l'alliance dont il forme la base i. Le Jeudi [
saint nous a dit les détails de cette histoire |
d'amour. C'est alors qu'au terme enfin de \
ses aspirations éternelles, quum facta esset t
hora 2, à cette heure tant différée, la Sagesse l
s'assied au banquet de l'alliance avec ces 1
douze hommes représentants de l'humanité j tout entière. Fermant le cycle des figures dans une dernière immolation de l'Agneau pascal : a J'ai désiré d'un immense désir manger « cette Pâque avec vous 3, >. s'écrie-t-elle en l'Homme-Dieu, comme soulageant son cœur
440 Le Temps après la Pentecôte.
en ce moment suprême des longues vicissitudes qu'a subies son amour. Et soudain, prévenant les Juifs, elle immole sa victime, l'Agneau divin signifié par Abel, prédit par Isaie, montré par Jean le Précurseur '. Et, par une anticipation merveilleuse, déjà bouillonne dans la coupe sacrée le sang qui bientôt coulera sur le Calvaire; déjà sa main divine présente aux disciples le pain changé au corps devenu la rançon du monde : « Mange^^ buve^-en tous; et, de même que « pour vous en ce moment j'ai prévenu ma « mort, quand j'aurai disparu de ce monde, « faites ceci en mémoire de moi 2. »
L'alliance désormais est fondée. Scellé comme l'ancien dans le sang, le Testament nouveau se déclare; et s'il ne vaut dès lors qu'en prévision de la mort réelle du testateur 3, c'est que le Christ, victime dévouée pour tous à la vengeance souveraine, est convenu, dans un pacte sublime avec le Père ^, de n'attacher la rédemption universelle qu'au drame terrible du lendemain. Chef de l'humanité coupable, et responsable à Dieu des crimes de sa race, il veut, pour détruire le péché, se conformer aux lois sévères de l'expiation, et manifester à la face du monde en ses tourments les droits de la justice éternelle •'. Mais déjà la terre est en possession du calice qui doit proclamer la mort du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne ^, en communiquant ' à chaque membre du
3. Heb. IX, 16-18. — 4. IbiJ. xii. 2. — 5. Rom. m,
25, 26. — 6. I Cor. XI, 26. — 7. IbiJ. x, 16.
Le Lundi dans VOct. du S. -Sacrement. 441
genre humain le vrai sang du Christ répandu pour ses péchés 1.
Et certes il convenait que de lui-même, et loin de tout cet appareil de violence extérieure qui devait bientôt donner le change aux disciples, notre Pontife adoré s'offrît au Père en un vrai Sacrifice, afin de manifester clairement la spontanéité de sa mort -, et d'écarter la pensée que la trahison, la violence ou l'iniquité de quelques hommes pussent être le principe et la cause du salut commun 3.
C'est pourquoi, élevant les yeux vers son Père * et rendant grâces, il dit au présent, d'après la force du texte grec : « Ceci est mon « corps livré pour vous; ceci est mon sang « versé pour vous ^. » Ces paroles, qu'il lègue avec leur puissance aux dépositaires de son sacerdoce, opèrent en effet ce qu'elles signifient. Non seulement elles transforment le pain et le vin au corps et au sang du Christ ; mais encore, glaive redoutable, elles vont à isoler efficacement sous la double espèce le corps et le sang du Seigneur: d'elles-mêmes, elles divisent, "elles livrent séparément à la justice du Père et dans un véritable état d'immolation ce corps et ce sang précieux, qui ne demeurent unis que par la toute-puissante volonté de la Majesté souveraine amplement et pour jamais satisfaite au Calvaire. ■ Chaque fois donc que sur le pain de froment et le vin de la vigne tomberont, d'une bouche autorisée, ces paroles comparables à
442 Le Temps après la Pentecôte.
celles qui tirèrent du néant l'univers, quelle que soit dans l'espace ou le temps la distance qui sépare le monde de la Croix, la terre se retrouvera en possession de l'auguste Victime. Une à la Cène et sur la Croix, elle demeure une dans l'oblation faite au Père, en tous lieux, par l'unique Pontife empruntant et faisant siennes les mains et la voix des prêtres choisis dans l'Esprit-Saint pour ce redoutable ministère.
Qu'ils seront grands ces hommes tirés par l'imposition des mains du milieu de leurs frères ! Nouveaux Christs identifiés au Fils de la Vierge très pure, ils seront les privilégiés de la divine Sagesse, étroitement unis cîans l'amour à sa puissance, associés commie Jésus lui-même au grand œuvre qu'elle poursuit dans les siècles: l'immolation de la grande Victime, et le mélange du calice ' où l'humanité, fondue avec son Chef en un même sacrifice, vient en même temps puiser l'amour et s'unir intimement à sa divinité.
Louange et gloire à Jésus, le Pontife suprême, en ces nobles fils de la race humaine, étonnement du ciel, orgueil de la terre! Entouré d'eux comme le palmier de ses palmes de victoire, comme le cèdre de son incorruptible ramure 2, il s'avance, pareil encore à l'olivier poussant ses rejetons d'où noblesse, force et sainteté découlent à l'envi ^. La tige du cyprès élevant dans les airs la forêt de ses rameaux toujours verdoyants ^ disparaît sous
I. Prov. IX, 2. — 2. Eccli. L, l3, 14. — 3. Ibid. II.
Le Lundi dans VOct. du S. -Sacrement. 443
leur épais ombrage : ainsi, voilant son action directe, et s'efFaçant derrière les fils nombreux qui tirent de lui leur puissance et leur sève, le véritable Aaron les ramène tous à l'unité sur sa tige bénie.
Nuit fortunée, festin céleste, où l'heure venue pour lui de glorifier son Père 1, et sur le point de franchir les degrés sanglants de cet autel de la Croix où doit se consommer la gloire souveraine 2, il fait dès maintenant briller aux yeux les rayons de son sacerdoce ! Sous les traits de Simon fils d'Onias posant les fondements du temple et délivrant son peuple de la morts, c'est Jésus que célébrait l'Esprit divin dans le chant sublime qui couronne le dernier des Livres consacrés à la Sagesse éternelle. Aux mains si débiles encore de ceux qu'il daigne appeler ses amis * et ses frères ^, le Christ contie l'oblation qui doit amplifier^ en l'immortalisant, son Sacrifice au Roi des siècles. Sa noble main s'est étendue, offrant en libation du sang des raisins; il le répand à la base de Tautel qui déjà s'élève, et l'odeur divine en est montée jusqu'au Prince Très-Haut. En ce moment, du Cénacle même, il a entendu dans l'avenir les chants de triomphe exaltant le divin mémorial, et la psalmodie sacrée remplissant la grande maison, l'E- glise, autour de lui d'une incessante et suave harmonie; il a vu les peuples prosternés dans l'adoration du Seigneur leur Dieu en sa présence, et rendant au Tout-Puissant leur hommage devenu parfait désormais. Alors il s'est
444 L^ Temps après la Pentecôte.
levé de la table du festin; il est sorti dans sa force et dans son amour i, pour étendre ses mains tout le jour en face de l'assemblée incrédule et ennemie des enfants d'Israël 2; il a renouvelé son oblation, consommé dans le sang son Sacrifice, voulant manifester par la Croix la vertu de Dieu •"'.
« Sacrifice du soir, dit saint Augustin, la Passion du Christ est devenue dans'la Résurrection l'offrande du matin ^. » Déjà, sous la Loi, cette transformation du ,^rand Sacrifice était mystérieusement annoncée par l'offrande solennelle de la gerbe des prémices, au troisième jour après l'immolation de l'Agneau pascal ^. Mais le temps d'offrir le pain luimême, le vrai froment des âmes, n'était pas venu encore, et la Loi ajoutait : « Vous comp« terez, depuis le jour où vous aurez offert la « gerbe des prémices, sept semaines entières « et le jour qui suivra, c'est-à-dire cinquante « jours ; et alors vous offrirez au Seigneur un « Sacrifice nouveau: des pains de froment de « pure farine, qui seront les prémices du « Seigneur ^. »
Cinquante jours en effet séparaient le monde de l'ouvrier divin qui pouvait seul transformer ces dons. Mais la glorieuse Pentecôte s'est levée enfin sous le souffle impétueux de l'Esprit créateur: la chair du Veroe, Je sang divin qu'il a formés à l'origine, restés son domaine, attendaient, pour se reproduire
I. JOHAN. XIV, 3l. — 2. ISAI. LXV, 2. — 3. Eccli. L, i5-23. — 4. In Psalm, cxl. — 5. Levit. xxiii, 10, il.
Le Lundi dans VOct. du S. -Sacrement. 445
dans les Mystères sacrés, l'opération incommunicable de celui dont ils sont le chef-d'œuvre glorieux. « C'est de l'Esprit, feu éternel, que Marie a conçu 1, dit Rupert; c'est par lui que Jésus s'est offert, hostie vivante, au Dieu vivant 2; c'est du même feu qu'il brûle sur l'autel, car c'est par l'opération du SaintEsprit que le pain se transforme en son corps 3, »
Aussi le disciple sublime du grand Apôtre, Denys l'Aréopagite, nous app"rend-il * que Jésus, l'hiérarque suprêm.e, lorsqu'il appela ses disciples en partage de son pontificat souverain, bien qu'étant'Dieu il fût l'auteur de toute consécration, renvoya cependant à l'Esprit divin la consommation de leur sacerdoce. C'est pourquoi, montant au ciel, il leur recommande de ne point quitter Jérusalem, mais d'y attendre la promesse du Père, à savoir le baptême de l'Esprit qu'ils devaient recevoir sous peu de jours 5.
(C Le Prêtre paraît, dit saint Jean Chrysostome, portant, non plus le feu comme sous la Loi, mais l'Esprit-Saint 6. C'est un homme qui parle, mais Dieu qui opère '. »
(( Comment cela se fera-t-il? » demande à l'Ange la Vierge-Mère; « car je ne connais c( pomt d'homme. » Et Gabriel répond : « L'Es« prit-Saint surviendra en vous, et la vertu « du Très-Haut vous couvrira de son om« bre 8. » — « Et maintenant tu me demanI. Matth. I, 18, 20. — 2. Heb. IX, 14. — 3. Rt'P. in Exod. Lib. n. c. 10. — 4. De Eccl. hier. c. v, 3. § v. — 5. Act.i, 4, 5. — 6. De Sacerd. Lib. m, c. 4. —
7. Homil. de proditione Judse, 6. — S. Luc. i, 34, 35.
44^ Le Temps après la Pentecôte.
des, dit saint Jean Damascène : Comment le pain, comment le vin et l'eau deviennent-ils le corps et le sang du Christ ? Je te réponds moi aussi : L'Esprit'-Saint couvre de son ombre l'Eglise et ses dons, et il opère ce Mystère audessus de la parole et de toute pensée i. »
C'est pourquoi l'Eglise, conclut saint Fulgence, ne saurait mieux implorer la venue da. l'Esprit divin qu'au temps de la célébration des Mystères. Car. explique-t-il, c de même que, sous l'ombre de l'Esprit, dans le sein virginal, la Sagesse du Père s'unit à l'homme choisi par elle en un divin mariage, l'Eglise, dans le Sacrihce, adhère elle-même au Christ par l'Esprit-Saint comme l'épouse à son époux et le corps à son chef"-. » Aussi l'heure de Tierce, heure de l'arrivée en ce monde du divin Paraclet. est-elle désignée par l'Eglise, en chacune de ses fêtes, pour l'oblation solennelle du grand Sacrihce auquel il préside dans la toute-puissance de son opération.
Heure bénie du Sacrifice, où l'exil paraît moins lourd à l'Epouse du Christ! sur terre encore, elle honore Dieu d'un digne hommage, et voit affluer en son sein Tes trésors du ciel. Car la Messe en ce sens est son bien, sa dot d'Epouse; c'est à elle qu'il appartient d'en régler l'oblation. d'en préciser les formules et les rites, d'en percevoir les fruits. Le Prêtre est son ministre : elle prie; il immole la \'ictime, et donne à sa prière une puissance infinie. Le caractère éternel du
I. De fid. orthod. Lib. iv, c. i3. — 2. Ad Monim.
Lib. II. c. 9, lo, II.
Le Lundi dans VOct. du S. -Sacrement, 44 j
sacerdoce, imprimé par Dieu même au front du Prêtre, le rend seul dépositaire du pouvoir divin et place au-dessus de toute force humaine la validité du Sacrifice offert par ses mains; mais il ne peut accomplir légitimement cette oblation que dans l'Eglise et avec elle.
Cette mutuelle dépendance, union sans confusion du Prêtre et de l'Eglise dans les sacrés Mystères, avait frappé les premiers chrétiens. Le cimetière de Calliste, point central des catacombes romaines au iii^ siècle de notre ère, en garde encore sur ses parois la démonstration touchante. Près des tombes consacrées à la sépulture des Evêques de l'Eglise-mère, un ensemble de peintures, remontant à l'origine de la catacombe, rappelait symboliquement aux initiés le dogme eucharistique établi par Jésus comme base de la religion dont ses Pontifes avaient été, pendant leur vie, les gardiens fidèles. Le repas des sept disciples, auxquels Jésus luimême 'a préparé pendant la pêche mystérieuse le pain et le poisson rôtis sur les charbons 1, occupe dans une des salles le milieu de la muraille faisant face à la porte d'entrée. Deux sujets moins étendus accompagnent de chaque côté cette peinture centrale: c'est, d'une part, le Sacrifice d'Abraham à la signification bien connue; de l'autre, on voit une scène qui ne rappelle rien d'historique, mais dont la composition, en relation évidente avec le sujet en regard, représente le Sacrifice des chrétiens dans un symbolisme d'au*
44^ J^e Temps après la Pentecôte.
tant plus profond, qu'il dérobe plus soigneusement aux profanes le secret des Mystères, Sur une table est un pain dont le poisson, Vichthus eucharistique, placé tout auprès, indique la vraie nature; à droite du spectateur, une femme, debout et les bras étendus en orante, adresse au ciel de ferventes supplications : tandis qu'à gauche, couvert du simple pallium, vêtement habituel du clergé chrétien au second siècle, un homme plus jeune étend les mains avec autorité sur la table et ses dons. Qui ne reconnaîtrait l'Eglise, unie, dans la consécration, au Prêtre son ministre et son fils 1 ?
Avec quelle fidélité cette reine en deuil de l'Epoux observe le Testament qui lui légua dans le Sacrifice l'éternelle et vivante mémoire de sa mort, à la dernière Cène! S'il se donne à elle tout entier dans le Mystère d'amour, l'état d'immolation où il se présente à ses yeux l'avertit qu'elle doit moins songer à jouir de sa douce présence, qu'à parfaire et continuer son œuvre en s'immolant avec lui. Sous l'autel, son lit nuptial, la femme forte - a placé les Martyrs : elle sait que la Passion du Christ appelle un complément dans ses membres 3. Née sur la Croix de son coté ouvert, elle l'a épousé dans la mort; et cette première étreinte qui, dès sa naissance, mit dans ses bras le corps sanglant de son Epoux, a fait passer dans l'âme de la nouvelle Eve l'ivresse de dévouement et d'amour
Le Lundi dans VOct. du S. -S acre ment. 44g
au sein de laquelle l'Adam céleste s'endormit au Calvaire.
Mère des vivants, l'immense famille humaine afflue vers elle avec ses misères de tout genre et ses besoins sans nombre. L'E- glise saura faire valoir le talent qui lui a été confié: la Messe répond à tous les besoins; l'Eglise suffit par elle à ses devoirs d'Epouse et de Mère. S'identifiant toujours plus chaque jour à la Victime universelle qui la revêt de son infinie dignité, elle adore la Majesté souveraine et lui rend grâces, implore le pardon des fautes anciennes et nouvelles de ses enfants, et demande pour eux les biens du temps et de l'éternité. De son autel, le sang divin rejaillit sur les âmes souffrantes, tempère la flamme cxpiatrice, et les conduit au lieu de rafraîchissement, de lumière et de paix 1.
Telle est la vertu merveilleuse du Sacrifice offert dans l'Eglise, que ces quatre fins dont la poursuite résume la religion entière : adoration, action de grâces, propitiation, impétration; il les atteint de lui-même et, quant à l'effet principal, indépendamment des dispositions du Prêtre ou de ceux qui l'entourent. Car c'est l'hostie qui en fait la valeur; et l'hostie sur l'autel est la même qu'au Calvaire, hostie divine égale au Père, s'offrant elle-même comme sur la Croix à ces mêmes fins dans une seule oblation.
Le Créateur de l'espace et du temps n'est point leur esclave, et il le montre en ce mys4^50 Le Temps après la Pentecôte.
tère : « De même qu'offert en plusieurs lieux, c'est un même corps et non plusieurs, dit saint Jean Chrysostome; ainsi en est-il de l'unité du Sacrifice aux divers âges *. » De l'autel à la Croix le mode seul est distinct. Sanglante sur la Croix, non sanglante à l'autel, ï'oblation demeure une 2 en face de cette diversité dans l'application. L'immolation de l'auguste Victime apparut sur la Croix dans sa sublime horreur; mais la violence des bourreaux voilait aux regards le Sacrifice offert à Dieu par le Verbe incarné dans la spontanéité de son amour. L'immolation se dérobe aux yeux à l'autel ; mais la religion du Sacrifice s'y révèle au grand jour, et s'y déploie dans sa splendeur. Le sang divin laissa sur la terre qui but ses flots au grand Vendredi la malédiction du déicide ; le calice de salut que l'Eglise tient en ses mains porte avec lui la bénédiction du monde.
O glorieuse condition de notre terre, d'où l'Agneau immolé, qui déjà reçoit sur le trône de "Dieu les hommages dus à son triomphe s, présente chaque jour au Père, en ses abaissements infinis, satisfaction entière pour les crimes du monde et gloire égale à sa Majesté sainte 1 Les Anges admirent l'honneur de cet humble globe perdu dans l'espace au milieu des sphères brillantes des cieux, et tant aimé dès le commencement par l'éternelle Sagesse ; ils entourent tremblants cet autel de'la terre en relation si intime avec celui du ciel, qu'un même Pontife y renc
Le Lundi dans lOct. du S. -Sacrement. 45 1
hommage au même Dieu dans une même offrande intinie. L'Enfer en frémit dans ses abîmes ; et sa rage contre Dieu, sa vengeance contre l'homme n'a pas d'objet plus en horreur. Combien d'efïbrts jamais lassés, combien d'essais toujours plus habiles, pour faire cesser sur terre ce Sacrifice odieux! jusqu'à ce qu'enfin, au cœur même de la chrétienté, l'hérésie protestante renversât tant d'autels; jusqu'à cette révolution, gagnant toujours plus chaque jour, et dont le but avoué est de fermer les temples et de disperser les sacrificateurs!
Mais aussi le monde, qui autrefois se relevait après les tempêtes, se plaint d'une décadence universelle, où la force n'est plus qu'aux fléaux de Dieu. Il s'agite en vain sur lui-même, sentant céder sous lui, à chaque pas, les bras de chair qui s'offrent à porter sa décrépitude. Le sang de l'Agneau, sa force antique, ne coule plus sur terre avec la même abondance. Et cependant le monde tient encore; il tient par ce même Sacrifice qui, bien que méconnu et diminué, s'offre toujours en un grand nombre de lieux ; il tiendra jusqu'à^'ce qu'enfin, dans un dernier accès de démence furieuse, il ait égorgé le dernier des Prêtres et fait cesser ici-bas le Sacrifice éternel i.
A formule mozarabe que voici résume admirablement quelques-unes des considérations qui précèdent.
452 Le Temps après la Pentecôte.
{InNativitateD. N. J. Christi.)
FAMULI tui indigni et exigui sacerdotes tremendae majeslati tuae spirituales victimas immolantes : offerimus tibi. Deus, hostiam immaculatam, quara maternus utérus impolluta virginitate produxit, pudor edidit, sanctificatio genuit, integritas fudit. Hostiaque immolata vivit : et vivens jugiter immolatur. Hostia quœ sola Deo placeie praevalet : quia Dominus est. Hanc tibi, summe Pater, offerimus pro sancta Ecclesia tua : pro satisfactione sseculi delinquentis : pro emundatione animarum nostrarum : pro sanitate omnium infirmorum : ac requie vel indulgentia fidclium defunctorum, ut mutata sorte îristium mansionum, felici perfruantur societate justorum.
DANS notre faiblesse et indignité, nous, vos prêtres et serviteurs, immolons à votre redoutable Majesté des victimes spirituelles ; nous vous offrons, o Dieu, l'hostie immaculée que le sein d'une mère a produite dans sa virginité inviolée, que la pudeur a conçue, la sainteté engendrée, l'intégrité mise au monde. Immolée, cette hostie vit toujours ; et vivante, elle est continuellement immolée : hostie qui seule peut plaire à Dieu, car elle est le Seigneur. Nous vous l'offrons, Père souverain, pour votre sainte Eglise, pour l'expiation des crimes du monde, pour la purification de nos âmes, pour la santé de tous les malades, pour le repos et le pardon des fidèles défunts : échangeant pour mieux leurs tristes demeures, qu'ils jouissent de la bienheureuse société des justes.
L'incommensurable portée du Sacrifice eucharistique, sa puissance universelle, apparaîtront dans ces belles prières, qui font suite à celles que nous avons déjà empruntées des Constitutions apostoliques.
Le Lundi dans l'Oct. du S. -Sacrement. 453
NOUS VOUS prions de regarder ces dons favorablemeut, ô Dieu qui n'avez besoin d'aucune cnose ; complaisez-vous en eux pour l'honneur de votre Christ ; envoyez sur ce Sacrifice votre Saint-Esprit, le témoin des souffrances du Seigneur Jésus : afin que ceux qui participeront à la victime soient affermis dans l'amour, absous des péchés, délivrés du diable et de ses mensonges, remplis du Saint-Esprit, rendus dignes de votre Christ. et qu'ils obtiennent la vie éternelle par leur réconciliation avec vous, Seigneur tout-puissant.
Nous vous prions encore, Seigneur, pour votre sainte Eglise, qui s'étend d'un pôle à l'autre, que vous _ avez acquise par le sang précieux de votre Christ : gardez-la inébranlable et sans orage jusqu'à la consommation du siècle ; de même pour tout l'épiscopat administrant et distribuant comme il convient la parole de vérité, pour tout le presbrterinm, pour les diacres et tous les clercs : afin que vous leur donniez à tous la Sagesse, et les remplissiez du Saint-Esprit.
Nous vous prions encore, Seigneur, pour le roi et ceux
PosciMUS te ut super hœc dona placate respicias. tu qui nullius indiges Deus, et beneplaceas in eis ad honorera Christi tui, atque supra hoc sacrificium mittas Sanctum tuum Spiritum, testera passionum Domini Jesu : ut participes illius ad pietatem confirmentur , remissionem peccatorum consequantur, diabolo ejusque errore liberentur, Spiritu Sancto repleantur, digni Christo tuo fiant, vitam sempiternatfi impetrent, te illis réconciliât©. Domine omnipotens.
Adhuc oramus te. Domine, pro sancta Ecclesia tua, quas a finibus ad fines extenditur, quani acquisisti pretioso sanguine Christi tui : uteam inconcussam ac minime fluctuantera conserves usque in saeculi consummationem ; item pro universo episcopatu recte verbum veritatis tractante ac distribuente , pro omni presbyterio. pro diaconis ac universo clero : ut omnes Sapientiam a te donatos Spiritui Sancto impleas.
Adhuc rogamus te, Domine, pro rege et lis
454 ^s Temps après la Pentecôte.
qui in sublimitate sunt, et pro cuncto exercitu, ut res nostrœ in pace versentur ; quo totura vitae nostrae tempus in quiète et concordia trajicientes, te per Jesum Christum spem nostram gloria afficiamus.
Adhuc oiferimus tibi pro omnibus sanctis qui a saeculo placuerunt tibi, patriarchis, prophetis, justis, apostolis, martyribus , confessoribus , episcopis, presbyteris , diaconis, subdiaconis, lectoribus, cantoribus, virginibus, vidais, laicis et omnibus 'quorum tu nosti nomina.
Adhuc ofFerimus tibi pro populo hoc : ut eum in laudem Christi tui exhibeas regale sacerdotium, gentem sanctam ; pro iis qui in virginitate et castitate vivunt ; pro viduis Ecclesiae; pro iis qui innuptiishonestis degunt; pro infantibus piebis tuaeiuti nostrum neminem rejiciendum habeas.
Adhuc poscimus te pro urbe hac et habitantibus inea; pro segrotis, pro dura servitute afflictis, pro exsulibus. pro proscriptis, pro navigantibus et iter facientibus : ut sis auxiliator, omnium adjutor ac defensor.
qui sont en dignité, pour toute l'armée, pour que soit dans la paix ce qui nous concerne : afin que, passant notre vie entière dans le calme et la concorde, nous vous rendions gloire par Jésus-Christ notre espérance.
Nous vous offrons encore le Sacrifice au nom de tous les saints qui depuis le commencement vous furent agréables : patriarches, propnètes, justes, apôtres, martyrs, confesseurs, évêques, prêtres, diacres, sous-diacres, lecteurs, chantres, vierges, veuves, laïques ; et de tous ceux dont vous savez les noms.
Nous vous l'ofFrons aussi pour ce peuple : afin que vous en fassiez le sacerdoce royal, la nation sainte, à la gloire de votre Christ; pour ceux qui vivent en virginité et chasteté, pour les veuves de l'Eglise, pour ceux qui vivent en un chaste mariage, pour les enfants de votre peuple : afin que vous n'ayez à rejeter personne d'entre nous.
Nous vous supplions aussi pour cette ville et ses habitants ; pour les malades, les esclaves, les exilés, les proscrits, les navigateurs et voyageurs : soyez-leur secours, aide et défense.
Le Lundi dans VOct. du S.-Sacrement. 455
Nous vous prions encore pour ceux qui nous haïssent et nous persécutent à cause de votre Nom, pour ceux du dehors et de l'erreur : amenez-les au bien, calmez leurs fureurs.
Nous vous prions encore pour les catéchumènes de l'Eglise, les possédés, les pénitents nos frères : rendez les premiers parfaits dans la foi, délivrez les seconds des attaques du mauvais, recevez la pénitence des troisièmes, et donnez à nous tous le pardon des péchés.
Nous vous offrons aussi pour l'équilibre des saisons et l'abondance des fruits de la terre : afin que, recevant constamment les dons de votre libéralité, «eus vous louions sans cesse, vous qui donnez à toute chair sa nourriture.
Nous vous prions aussi pour les absents retenus par une cause légitime : afin que, gardés par vous dans la religion, vous nous rassembliez tous, fermes, sans reproche et sans faute, dans le royaume de votre Christ, le Dieu de toute nature tombant sous l'intelligence ou les sens, et notre roi.
Adhuc rogamus te pro iis qui oderunt nos et propter Nomen tuum nos persequuntur. pro iis qui foris sunt ac errant: ut adducas eos ad bonum, et furorem eorum mitigés.
Adhuc rogamus te et pro Ecclesiae catechumenis, et pro iis qui ab adversario jactantur, et pro pœnitentiam agentibus fratribus nostris : ut primos quidem perficias m fide, alteros vero mundes a vexatione mali, tertiorum autem pœnitentiam suscipias, condonesque cum iis tum nobis quas delinquimus.
OflFerimus quoque tibi pro aeris temperatura et frugum ubertate : ut indesinenter bona a te collata percipientes, assidue laudemus te qui das escam omni carni.
Etiam rogamus te pro iis qui ob causam probabilem absentes sunt : ut omnes nos in pietate conservatos a te, in Christi tui, Dei universaî naturae sub sensum et intelligentiam cadentis, regisque nostri regno congreges, immutabiles, inculpatos, irreprehen456 Le Temps après la Pentecôte.
Quoniam tibi omnis gloria, veneratio, gratiarum actio, honor, adoratio : Patri, et Filio, et Spiritui Sancto, nunc, et semper, et in inBnita ac sempiterna saecula saeculorum.
Atque omnis populus Amen rcspondeat.
A vous toute gloire, vénération, action de grâces, honneur, adoration : Père, Fils et Saint-Esprit, maintenant, et toujours, et dans les siècles des siècles éternels et sans fin.
Et tout le peuple doit répondre : Amen.
Nous emprunterons la Séquence qu'on va lire au Thésaurus Hymnologicus de Daniel. A la différence d'un assez grand nombre de pièces liturgiques composées comme elle sur le divin Sacrement, dans les xiv* et xv' siècles, on j retrouve encore quelque reste de l'inspiration des grands lyriques chrétiens des temps antérieurs.
(Infra Septuagesimam et Quadragesimam .)
DE superna Hierarchia, Vera descendit Sophia In uterum \'iri^inis : Optatus Dux in hac via, Venit natus de Maria, Esse portans hominis.
Magnae Matris magnus
Natus. Modo miro mundo natus, Mundi toUit crimina : Aufert morbos, dat salutem, Ante suos fert virtutem, Hostis fugans agmina.
DES divins sommets, l'éternelle Sophia descend au sein de la Vierge: le guide désiré du voyageur apparaît sur la terre; il nait de Marie, revêtant l'être humain.
Noble Fils d'une noble Mère, venu au monde par un mode admirable, il ôte ies crimes du monde, chasse la souffrance, donne la santé, marche en tète des siens dans sa puissance et met en fuite les bataillons ennemis.
Le Lundi dans VOct. du S. -Sacrement. 45 'j
Devenu passible en son merveilleux amour, on le condamne à. la croix; le souverain auteur de l'ancienne Loi reçoit pour nous des blessures cruelles.
Agneau élevé sur la croix et pour nous immolé, il devient l'hostie du salut : réparateur de notre vie, restaurateur des vertus, il ouvre les portes du ciel.
Il dicte d'abord, au grand souper, ses volontés sacrées, connaissant bien les prochains événements; offrant du pain, il le bénit : « Ceci est « mon Corps, dit-il; que ce « soit mon souvenir. »
Le vin de la coupe qu'il présente est béni par le Fils de Dieu; et cette bénédiction en fait à l'heure même le Sang du Verbe incarné.
Dieu seul pénètre ces mystères ; il faut les croire, les vénérer, sans chercher à comprendre. Que seul, dans sa simplicité, le juste s'en approche: — mais toi, n'aie garde, homme faussé par le vice.
Crains, Judas, ta condamnation; approche, Pierre, pour ton salut : c'est le mets
Zelator mirabilis, Effectus passibilis.
In cruce damnatur : Legislator veteris Legis plagis asperis
Pro nobis plagatur.
Agnus in Cruce levatus, Et pro nobis immolatus,
Fit salutis hostia: Vitœ nostrae reparator. Et virtutum restaurator,
Cœli pandit ostia.
Sacramenta dictât prius,
Cœna magna, bene scius
Quse jam erant obvia:
Prœbens panem benedicit ; Hoc est Corpus meum, dicit : Sit mei memoria.
Data benedictio Fit a Dei Filio
Vini propinati ; Et cum benedicitur, Tune sanguis efficitur
Verbi incarnat!.
Deo nota sunt hase soli : Credi debent atque coli,
Amoto scrutinio : Justus tantum expers
doli Sumat illa : — sed tu noii
Involute vitio.
Cave, Juda, ne damneris;
Petre, sume ut salveris :
Cibus est fidelium :
45 s Le Temps après la Pentecôte.
Ad cujus mensam armatur Justus, reus et nudatur, Praeda factus hostium.
Tua, Christe, sunt haec
mira ; Serva sumentes ab ira
Judicii : Orna nos veste gratiae, Défende nos a facie
Supplicii. Reparator salvifice. Dignes cibo nos effice
Medicine cœlice.
des fidèles, A cette table s'arme le juste, tandis que, mis à nu, le coupable devient la proie des ennemis.
Ce sont là, Christ, vos merveilles : de la colère du jugement gardez qui s'en approche ; parez-nous de la robe de grâce, défendez-nous du supplice. Réparateur du salut, rendez-nous dignes de cette nourriture, remède des cieux.
DORONS le Christ roi, \/^ hristum regem ado" . ^— ' remus dominantem
Seigneur des nations engraissant l'âme de qui 1( prend en nourriture.
gentibus, qui se manducantibus dat spiritus pinguedinem.
L Sagesse poursuit l'accomplissement du plan divin qu'elle a conçu avant tous les âges. Ses noces avec la nature humaine au sein de la Vierge-Mère ont manifesté son amour; et Jésus, ce fils de l'homme qui n'eut jamais d'autre personnalité que le Verbe lui-même, immolé sur la Croix dans un Sacrifice renouvelé chaque jour, présente au Père une gloire infinie.
Mais l'auguste victime, descendue sur terre à la voix du Prêtre, ne remonte point vers les cieux dans les tourbillons de la flamme sacrée qui consumait autrefois l'holocauste. Immobile et passive comme les éléments dont sa substance a pris la place en cette conversion merveilleuse qui fait le Sacrifice, elle demeure à l'autel sous leur propre apparence, pain et vin pour les veux et tous les sens, Sacrement auguste, signe sensible d'un festin mystérieux.
460 Le Temps après la Pentecôte.
« Sacrement des sacrements 1, ô très saint, a soule\ant les voiles qui t'entourent de leurs « significations mystérieuses, montre-toi de « loin dans ta splendeur et remplis nos âmes « de ta directe et très pure lumière 2. » Ainsi s'écrie dans son incomparable langage le révélateur des divines hiérarchies, l'Aigle d'Athènes aussi la gloire de notre terre cies Gaules, lorsqu'aprè's avoir exposé les cérémonies saintes du Sacrifice, prêtant ses ailes au souffle de l'Esprit divin, il s'élance, dans les délices d'une contemplation sublime, jusqu'à la rayonnante beauté des archétypes ou principes\ies rites sacrés qu'il vient de décrire. Suivons du regard le vol puissant du Platon chrétien consacrant dans la foi les formules du génie antique, et soumettant avec Paul au Christ les hauteurs de la science s.
Le Prêtre vient d'accomplir les redoutables Mystères ; il les produit aux yeux sous le voile des espèces. Ce pain caché tout à l'heure et ne formant qu'un tout, il le découvre, il le divise en plusieurs parts; il donne à tous du même calice : il multiplie symboliquement et distribue I'unité. consommant ainsi le Sacrifice. Car l'unité simple et cachée du Verbe, épousant l'humanité entière, s'est avancée des profondeurs de Dieu jusqu'au monde visible et multiple des sens; et, s'adaptant au nombre sans changer de nature, unissant notre bassesse à ses grandeurs, notre vie et sa vie, sa substance et nos membres, elle veut ne faire de tous qu'un seul tout
I. Dion. De eccl. hier. c. III, i. — 2. Ibid. 3, §11. —
Le Mardi dans VOct. du S.-Sacrement. 461
avec elle ^ : de même le Sacrement divin, un, simple, indivisible en son essence, se multiplie amoureusement sous le symbole extérieur des espèces, afin que, se repliant sur son principe et rentrant du multiple en sa propre unité, il y ramène ceux qui sont venus à lui dans la sainteté -.
Aussi le nom qui lui convient davantage est-il excellemment Eucharistie, Action de grâces, comme renfermant l'objet de toute louange et tous les dons célestes arrivés jusqu'à nous. Merveilleux sommaire des opérations déifiantes, il soutient notre vie, et restaure la ressemblance divine en nos âmes sur l'archétype souverain de l'éternelle beauté; il nous conduit par de sublimes ascensions dans une voie surhumaine; par lui sont réparées les ruines de la faute première; par lui prend fin notre indigence : prenant tout en nous, se donnant tout entier, il nous fait participants de Dieu même et de tous ses biens s.
De là vient, dit encore saint Denys, que « ce qui est comrnun aux autres sacrements « est attribué spécialement à celui-ci, étant « aussi appelé Communion et Synaxe : bien « que chacun d'eux ait également pour but « de ramener au centre divin nos vies divi« sées; bien que tous, réduisant sous l'in« fluence de la simplicité déifique la multi« plicité des affection* diverses et contraires, « mettent l'homme par eux-mêmes en com« munion intime avec l'Unité souveraine. « Mais à ces autres signes sacrés et sanctifiI. Dion. De eccl. hier. Ibid. § xii, xiii. — 2. Ibid.
462 Le Temps après la Pentecôte.
« cateurs il faut, pour la consommation de « leur œuvre commune, le complément de « la perfection substantielle et divine que « donne le premier. Il n'est guère en etfet de « fonction sacrée où la divine Eucharistie, « comme couronnement de toute consécra(( tion, ne vienne serrer les liens de l'initié a avec I'Un suprême et parfaire cette union « divine dans le don des Mystères augustes « qui la consomment. Si donc les autres sa« crements, ne donnant point ce qu'ils n'ont <i pas, demeurent comme incomplets, sans « pouvoir établir entre nous et l'Unité de « lien substantiel ; si leur but est de pré« parer celui qui les reçoit aux Mystères di« vins, comme à la tîn sommaire où ils tcn« dent: c'est à bon droit que l'accord des « Pontifes a nommé celui-ci d'un nom tiré « de la nature des choses, en l'appelant Com« O Sacrement d'amour ! ô signe de l'unité ! u ô lien de charité ! » reprend à son tour saint Augustin 2. Mais cette force unitive de l'EucharTstie, magnifiquement célébrée par l'Aréopagite dans le rapprochement qu'elle opère entre Dieu et sa créature, l'évèque d'Hippone se complaît à la voir édifiant dans la paix le corps mystique du Seigneur, et le préparant pour l'éternel Sacrifice et la communion universelle et parfaite des cieux. C'est l'idée-mère qui lui inspire sur le divin Sacrement ces élans sublimes, dont plus
I. Dion. De eccl. hier. c. III, i. — :: In Johan.
Tract. XXVI. i3.
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d'une fois déjà le lecteur a pu apprécier la beauté ; car parmi les autres Pères et saints Docteurs, si riches eux-mêmes en profondeur et en amoursur le divin objet qui nousoccupe, nous aimons à le citer de préférence à la suite de l'Eglise, dont il reflète tellement la pensée dans cette Octave, qu'elle l'a choisi jusqu'aujourd'hui pour son unique interprète-dans les belles Homélies de l'Onice nocturne.
Ne craignons donc point de suivre l'évêque d'Hippone sur ces sommets de la théologie eucharistique, où l'Eglise le donne pour guide à ses hls. La lumière de la foi, reçue au saint baptême, suffit à disposer le simple tidèle à l'intelligence de ces enseignements sublimes qui ne sont au fond que la sève régulière de la vraie vie chrétienne. Ce n'est point dans l'assemblée choisie de quelques âmes d'élite, ni au sein de quelqu'une des plus illustres Eglises, que s'exprime en ses homélies le Docteur de la grâce : c'est dans une ville relativement obscure de la côte Africaine, à des matelots, aux bateliers d'Hippone, aux femmes du peuple et aux enfants pressés autour de sa chaire, qu'il adresse ces grandes leçons comme l'enseignement commun des petits et des forts.
A sa voix, écho de la tradition tout entière, la très sainte Eucharistie nous apparaissait, il y a huit jours, comme le centre et le lien de la grande communion catholique en cette terre de l'exil. Au matin même de la fête, complétant sa pensée dans le passage auquel l'Eglise emprunte l'explication officielle de l'Evangile du jour, il embrasse, non plus seulement la terre, mais le ciel même, le corps
4à4 ^e Temps après la Pentecôte.
complet de la sainte Eglise, dans la signification des paroles du Sauveur annonçant l'institution du Mystère d'amour.
Je suis le pain i>ivant descendu du ciel, avait dit le Sauveur ; si quelqu'un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c'est ma chair pour la vie du monde ^ : car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment im breuvage -. Cette nourriture, ce breuvage qu'il promet aux hommes, explique saint Augustin, c'est sans doute et directement sa vraie chair et le sang de ses veines; c'est l'hostie même immolée sur la Croix. Mais par suite, établie sur sa propre et réelle substance, immolée avec lui comme une seule hostie dans un même Sacrifice, « c'est la sainte Eglise en tous ses mem« bres, prédestinés, appelés, justifiés, glorifiés « ou encore voyageurs t>. Au ciel seulement se déclarera dans sa plénitude et sa stabilité le grand mystère eucnaristique, cet ineffable rassasiement des âmes qui consistera dans l'union permanente et parfaite de tous en tous et en Dieu même par Jésus-Christ, « Comme en effet, poursuit saint Augustin, « ce que les hommes désirent dans le maneer « et le boire est d'apaiser leur faim et d'étem<» dre leur soif, ce résultat n'est vraiment at« teint que par la nourriture et le breuvage « qui rendent ceux qui les prennent immor« tels et incorruptibles, à savoir la société u même des Saints, où la paix régnera dans « une pleine et parfaite unité 3. » Festin seul
I. JoHAN. VI, 5i, 52. — 2. Ibid. 56. — 3. In Johan.
Tract. XXVI, i 5, 17.
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digne des cieux ! banquet sublime, où chaque élu, participant du corps entier, lui donne à son tour accroissement et plénitude !
C'est là cette Pâque de l'éternité qu'annonçait le Seigneur, lorsqu'au soir de sa vie *, mettant tin à la Pâque des figures par la réalité voilée encore du Sacrement, il conviait les siens pour un festin nouveau dans la patrie sans figures et sans ombres. Je ne mangerai plus de cette Paque, jusqu'à sa consommation dans le royaume de Dieu -, disait-il aux dépositaires de l'alliance ; je ne g'oûterai plus de ce fruit de la vigne, jusqu'à ce jour où je le boirai avec vous, vin nouveau, dans le royaume de mon Père^. Jour sans fin; jour de pleine lumière, chanté par David: où, dégagée des voiles, enivrée la première d'amour à son divin banquet, la Sagesse, enserrant pour jamais dans un seul embrassement le Chef et les membres, abreuvera I'homme du torrent de ses divines voluptés et de la vie qu'elle puise au sein du Père ''- ! Mais déjà le Christ notre Chef a pénétré les nues; inondée de délices, appuyée sur son Bien-Aimé, l'Eglise monte incessamment du désert &; le nombre se complète chaque jour de ses membres nos frères admis au festin sacré des cieux. A bon droit le Christ s'écrie: Cest là maintenant Vos de mes os et la chair de ma chair 6 ; ils lui adhèrent comme l'épouse à l'époux, n'étant plus qu'un même corps. L'Eucharistie a produit cette adaptation mer*
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veilleuse, qui ne se révèle qu'au grand jour de la gloire; mais c'est ici-bas, sous l'ombre de la foi, qu'elle transforme ainsi les prédestinés dans le Christ lui-même.
Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi et moi en lui K a Demeurer « dans le Christ et l'avoir en soi, c'est là « donc vraiment, dit saint Augustin, manger « cette nourriture et boire ce breuvage 2 ; « c'est, dans le Sacrement, le signe àe la « grâce ^. w C'est la vraie condition du festin eucharistique, festin mutuel, où l'homme ne peut manger comme il faut le pain de vie, sans être lui-même d'abord et devenir toujours plus le pain du Christ, cet unique pain dont parle l'Apôtre *, pétri par l'Eglise aux saints Mystères dans le levain ^ cTe la chair sacrée du Verbe, et donnant au corps mystiaue du Seigneur accroissement et force dans 1 unité 6. ce Je suis le froment de Dieu », disait saint Ignace d'Antioche aux Romains : « puissé-je être moulu par la dent des « Dêtes, afin d'offrir au Christ un pain immaa culé " ! »
Reprenant au viii* siècle la pensée de l'illustre martyr du premier âçe, le moine saint Béatus et son disciple Hétérius la développaient, dans leur réponse aux Nestoriens d'Espagne ^ ; « Nos persécuteurs, en effet, séparent en nous la paille du bon grain dans le van des tribulations ; ils dégagent de la
7. Ad Rom. IV. — 8. Ad Elipand. Lib. i, 72.
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lie le jus de la grappe sous le pressoir de leurs tourments. A genoux prions pour ceux qui font de nous la nourriture de Dieu. Comme le vin sortant du pressoir est reçu dans la coupe, ainsi vous, fidèles, après vos labeurs. Vous êtes avec nous ce que nous sommes. Nous sommes avec vous dans le calice du Seigneur, calice unique, parce qu'une est la Passion du Christ et sa mort. Vous êtes le pain du Seigneur; comme le pain consacré qui est son corps passe en nos membres, ainsi passons-nous dans les siens par l'unité qu'il produit en nous. L'hérétique, lui, ne sait que séparer, couper, briser et disjoindre. Il sépare du Verbe la chair; il divise, il éloigne, il met à part Dieu et l'homme, la tête et le corps. II ne sait pas, le malheureux, que Dieu est la tête du Christ 1 et lui de son Eglise 2; il ignore que Dieu et l'homme est un seul Christ, chef de l'Eglise formant son corps. Les hérétiques ne sont point la nourriture du Seigneur; ce n'est point d'eux que le Seigneur a dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre 3, cette œuvre qui consiste à former un seul pain des grains dispersés, à faire de la multitude une seule âme dans l'unité des vertus. Si les âmes unies par la foi n'étaient pas cette nourriture de Dieu dont il parle, il ne dirait pas de leurs moissons blanchissantes que les disciples ne voient point encore : J'ai une nourriture à manger que vous ne connaisse:^ pas *. »
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Oh! quelle faim est la sienne! quel besoin pressant, quelle ardeur dévorante le pousse vers ce banquet de la Cène où, puissant convive, se donnant lui-même en pâture, il voudrait absorber l'humanité entière! « Comme le feu dévore le bois dans la fournaise, il mange vraiment et s'assimile, à cette table sacrée, le corps entier de la sainte Eglise, le faisant sien, prenant ainsi force et croissance 1. » Ainsi parle Guillaume de Paris, au commencement du xiii* siècle. « En effet, expliquent de concert Léon le Grand et Augustin, la participation du corps et du sang du Seigneur ne fait autre chose que nous changer en lui '^, en sorte que, réduits en son corps, devenus ses membres, nous soyons ce que nous recevons ', ut in id qiiod sumimiis transeamus, ut simus quod accipimus. »
La Sagesse éternelle se faisant chair avait en vue tous les enfants des hommes. Si l'unité qui préside aux œuvres divines lui faisait une loi de ne s'unir qu'à un seul dans une même hypostase ou personne., cette même loi d'unité, secondant son amour, avait donc fait de cet Homme-Dieu la tête d'un corps immense, où chaque élu devait s'adjomdre au Christ en union de substance. Telle est l'économie du grand mystère de l'Incarnationj que cet ineffable mystère nous est représenté par les saints Docteurs comme en suspens et incomplet, jusqu'à ce que, par l'Eucharistie, la tête enfin s'adjoignît les membres et ne
I. GuiL. Alv. De Sacram. Euch. c. iv. — 2. Léo.
Serm. 14 de Pass. — 3. AuG. Serm. 37 de Scripturis.
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demeurât plus comme tronquée, séparée du corps qu'elle devait animer et régir.
« Et c'est pour cela, dit du SeTgneur Paschase Radbert 1, qu'il se réjouit grandement à la Cène, rendant grâces à Dieu son Père d'avoir enfin comblé ses longues aspirations. Il aspirait, avant de souffrir 2, à manger la vraie Pàque, pour qu'au moment de se livrer comme prix du rachat, déjà tous en lui nous fussions un même corps. Ainsi fallait-il que nous fussions avec lui crucifiés, ensevelis, ressuscites 3. »
Si intime est dans l'Eucharistie le rapprochement du Chef et des membres, que, s'appuyant des paroles de l'Homme-Dieu qui le compare à son union avec le Père *, saint Hilaire contre les Ariens, saint Cyrille d'A- lexandrie contre Nestorius, s'en font un argument pour défendre d'une part la consubstantialité du Verbe ^, et de l'autre l'union réelle, physique, et non seulement d'infiuence ou d'amour, qui lie le Verbe et la nature humaine dans l'Incarnation •^. Une par nature avec le Père, une dans le Christ avec la chair, la Sagesse éternelle nous fait par cette chair un dans le Père avec ellemême.
Déjà cependant par avance l'Esprit-Saint, lien éternel, a rassemblé les élus; hôte divin des fils de Dieu, l'Esprit sanctificateur, indivisible, rallie lui-même les fils d'Adam dans l'unité de sa propre substance. « Comme la