L'Année liturgique — Le Carême (t. 5) (page 3)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 5, éd. 1911 (OCR) · 7 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1 psit Jésus

Jacobum, et

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum Cap. xvii. N illotempore: AssumPetrum. et t Johannem fratrem ejus, et duxit illos in monlem excelsum seorsum : et transfiguratus est ante eos. Et resplenduit faciès ejus sicut sol, vestimenta autem ejus facta sunt alba sicut nix. Et tccs apparuerunt illis Moyses et Elias cum eo loquentes. Respondens autem Petrus dixitad Jésum : DoLe Carême.

mine, bonum est nos hic esse : si vis, faciamus hic tria tabernacula , tibi unum, Moysi unum, et Eiiœ unum. Adhuc" eo loquente, qzcq. nubes lucida obumbravit eos. Et ecce vox de nube, dicens : Hic est Filius meus dilectus, in quo mihi bene complacui : ipsum audite. Et audiences discipuli, ceciderunt in faciem suam, et timuerunt valde. Et accessit Jésus, et tetigit eos. dixitque eis : Surgite et nolite timere. Levantes autem oculos suos. neminem viderunt nisi solum Jesum. Et descendentibus illis de monte, prcecepit eis Jesusdicens: Nemini dixeritis visionem, donec Filius hominisa mortuis resurgat.

CETTE lecture du saint Evangile, qui nous sera proposée demain encore, est destinée à accompagner aujourd'hui l'Ordination ; les anciens liturgistes, à la suite du savant Abbé Rupert, nous en donnent Tintelligence. L'E- glise veut porter notre pensée sur la sublime dignité dont viennent d'être honorés les Prêtres qui ont reçu aujourd'hui l'onction sacrée. Ils sont figurés dans ces trois Apôtres que .Jésus conduit avec lui sur la montagne, et qui seuls contemplent sa gloire. Les autres disciples du Sauveur sont demeurés dans la plaine ; Pierre, Jacques et Jean sont seuls montés sur le Thabor. C'est d'eux que les

tentes , une pour vous, une pour Moïse et une pour Elie. Comme il parlait encore, une nuée lumineuse vint les couvrir. Et voilà que de la nuée sortit une voix qui disait : Celui-ci est mon Fils bienaimé, en qui je me suis complu ; écoutez-le. Et les disciples, entendant cette voix, tombèrent sur leurs faces et furent saisis d'une grande frayeur. Et Jésus, s'approchant d'eux, les toucha et leur dit : Levez-vous et ne craignez point. Alors élevant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul. Et comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur fit ce commandement : Ne parlez à personne de cette vision, jusqu'à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité d'entre les morts.

Le Samedi des Qiiatre-Temps de C.

ireme. 22^

autres disciples, que le monde entier apprendront, quand il en sera temps, de quelle gloire Jésus a paru environné, et avec quel éclat la voix du Père céleste a tonné sur le sommet de la montagne pour déclarer la grandeur et la divinité du Fils de l'homme. « Cette voix du ciel, nous l'avons entendue, « dit saint Pierre, quand nous étions avec « lui sur la sainte montagne. Elle disait: « Celui-ci est mon Fils bîen-aimé, en qui « j'ai mis toutes mes complaisances; écoutez« le 1. » De même, ces nouveaux Prêtres qui viennent d'être consacrés sous vos yeux, pour lesquels vous avez offert vos jeûnes et vos prières, ils entreront dans la nue où réside le Seigneur. Ils sacrifieront la victime de votre salut dans le silence du Canon sacré. Dieu descendra pour vous entre leurs mains ; et, sans cesser d'être mortels et pécheurs comme vous, ils seront chaque jour en communication avec la divinité. Le pardon que vous attendez de Dieu, en ce temps de réconciliation, passera par leurs mains ; leur pouvoir surhumain ira le chercher pour vous jusc^ue dans le ciel. C'est ainsi que Dieu a apporte le remède à notre orgueil. Le serpent nous dit aux premiers jours : « Mangez « ce fruit, et vous serez comme des dieux ». Nous avons eu le malheur d'adhérer à cette perfide suggestion ; et la mort a été le seul fruit de notre prévarication. Dieu cependant voulait nous sauver ; mais pour abattre nos prétentions, c'est par des hommes qu'il nous applique ce salut. Son Fils éternel s'est fait

homme, et il a laissé d'autres hommes après lui, auxquels il a dit : « Comme mon Père « m'a envoyé, ainsi )e vous envoie ^ ». Honorons donc Dieu en ces hommes qui viennent d'être aujourd'hui l'objet d'une si sublime distinction, et comprenons que le respect du sacerdoce fait partie de la religion de Jésus-Christ.

UMILIATE capita vestra Deo

HUMILIEZ vos têtes devant Dieu.

F" IDELES tuos, Dcus, benedictio desiderata confirmet • quœ eos et a tua volunlate nunquam faciat discrepare, et tuis semper indulgent beneficiis gratulari. Per Christum Dominum nosstrum. Amen.

ODiEU, fortifiez vos fidèles par la bénédiction qu'ils implorent, afin qu'ils ne s'écartent jamais de votre volonté, et qu'ils se réjouissent toujours de vos bienfaits. Par Jésus-Christ notre Seigneur Amen.

En ce jour du Samedi, recourons à Marie, l'Avocate des pécheurs ; et, plaçant sous sa protection maternelle les faibles œuvres de notre pénitence, otTrons-lui cette Prose naïve des anciens Missels de Cluny :

iLVATORis Mater pia, Mundi hujus spes Maria, Ave plena gratia.

Porta cœli,

TtNDRp: Mère du Sauveur, Marie, espoir de ce monde : salut, ô pleine de grâce !

Porte du ciel, temple de

Le Samedi des Quatre-Temps de Carême. 2

Dieu, port assuré où les pécheurs se retirent avec confiance.

Digne Epouse du souverain Roi. clémente à tous et pleine de tendresse, tu nous aides par tes efforts.

Lumière pour l'aveugle, sentier siir pour nos pas chancelants, ^larthe et Marie pour nos besoins, ton affection est pour nous.

Entre les épines tu fus la fleur, fleur qui s'ouvrit pour la Fleur céleste , par ton grand amour.

Par ta parole tu conçus le Verbe, tu enfantas le Roi des rois , ô Vierge franche du joug de Ihomme.

Fidèle au Roi né de ton sein^ tu l'allaitas, tu le nourris, comme font les mères.

Dès longtemps à lui réunie, tu es devenue reine, pour prix de tes vertus.

O Reine ! daigne auprès du Roi intercéder pour les coupables ; qu'il leur accorde le pardon ;

Qu'il daigne dans sa bonté les rendre à la vie, les purifier de leurs souillures, les faire régner avec toi. Amen.

Templum Dei, Maris portus ad quem rei Curruntcum fiducia.

Summi Régis sponsa digna, Cunctis clemens et beniOperum suffragio.

Caecis lumen, Claudis via, Nudis Martha et Maria, Mentis desiderio.

Inter spinas flos fuisti : Sic flos flori patuisti, Pietatis gratia.

\'erbum verbo concepisti, Regem regum peperisti, Virgo viri nescia.

Régi nato adhaesisti. Quem lactasti et pavisti, More matris debito.

Quas conjuncta nunc eidem. Et regina facta pridem, Operum pro merito.

Reis ergo fac, Regina, Apud Regem ut ruina Relaxentur débita.

Et regnare fac renatos A r^atu expurgatos, Pietate solita. Amen.

A sainte Eglise propose aujourd'hui à nos niéditalions un sujet d'une haute portée pour le temps où nous sommes. La leçon que le Sauveur donna un jour à trois de ses Apôtres, elle nous l'applique à nous-mêmes, en ce second Dimancne de la sainte Quarantaine. Eftbrçons-nous d'y être plus attentifs que ne le furent les trois disciples de notre Evangile, lorsque leur Maître daigna les préférer aux autres pour les honorer d'une telle faveur.

Jésus s'apprêtait à passer de Galilée en Judée pour se rendre à Jérusalem, où il devait se trouver pour la fête de Pâques. C'était cette dernière Pâque qui devait commencer par l'immolation de l'agneau figuratif, et se terminer par le Sacrifice de l'Agneau de Dieu qui efface les péchés du monde. Jésus ne devait plus être mconnu à ses disciples.

Le Deuxième Dimancfie de Carême 2 2y

Ses œuvres avaient rendu témoignage de lui. aux yeux mêmes des étrangers : sa parole si fortement empreinte d'autorité, sa bonté si attrayante, sa patience à souffrir la grossièreté (Je ces hommes qu'il avait choisis pour sa compagnie : tout avait dû contribuer aies attacher "à lui jusqu'à la mort. Ils avaient entendu Pierre, l'un d'entre eux, déclarer par un mouvement divin qu'il était le Christ, Fils du Dieu vivant ^ ; mais cependant l'épreuve qui se préparait allait être si redoutable pour leur faiblesse, que Jésus voulut, avant de les y soumettre, leur accorder encore un dernier secours, atin de les prémunir contre la tentation.

Ce n'était pas seulement, hélas! pour la synagogue que la Croix pouvait devenir un sujet^'dè sca)idale - ; Jésus, à' la dernière Cène, disait devant ses Apôtres réunis autour de lui : « Vous serez tous scandalisés, en cette « nuit, à mon sujet ^ », Pour des hommes charnels comme eux, quelle épreuve de le voir traîné chargé de chaînes par la main des soldats, conduit d'un tribunal à l'autre, sans gu'il songe même à se défendre ; de voir réussir cette conspiration des Pontifes et des Pharisiens si souvent confondus par la sagesse de Jésus et par l'éclat de ses prodiges; de voir le peuple qui tout à l'heure lui criait hosannah demander sa mort avec passion; de le voir enfin expirer sur une croix infâme, entre deux larrons, et servir de trophée à toutes les haines de ses ennemis !

2 s Le Carême.

Ne perdront-ils pas courage, à l'aspect de tant d'humiliations et de ^souffrances, ces hommes qui depuis trois années se sont attachés à ses pas? Se souviendront-ils de tout ce qu'ils ont vu et entendu ? La frayeur, la lâcheté ne glaceront-elles pas leurs âmes, au jour où vont s'accomplir les prophéties qu'il leur a faites sur lui-même ? Jésus du moins veut tenter un dernier effort sur trois d'entre eux qui lui sont particulièrement chers ; Pierre, qu'il a établi fondement de son Eglise future, et à qui il a promis les clefs du ciel; Jacques, le fils du tonnerre, qui sera le premier martyr dans le collège apostolique, et Jean son frère, qui est appelé le disciple bien-aimé. Jésus veut les mener à l'écart, et leur montrer, durant quelques instants, l'éclat de cette gloire qu'il dérobe aux yeux des mortels jusqu'au jour de la manifestation.

Il laisse donc les autres disciples dans la plaine, près de Nazareth, et se dirige , avec les trois préférés, vers une haute montagne appelée le Thabor, qui tient encore à la chaîne du Liban, et dont le Psalmiste nous a dit qu'elle devait tressaillir au nom du Seigneur L A peine Jésus est-il arrivé sur le sommet de cette montagne que tout à coup, aux yeux étonnés des trois Apôtres, son aspect mortel disparaît; sa face est devenue resplendissante comme le soleil ; ses vêtements si humbles ont pris l'éclat d'une neige éblouissante. Deux personnages dont la présence était inattendue sont la sous les yeux

I. Psalm LxxxvMi, i3.

des Apôtres, et s'entretiennent avec leur xMaître sur les souffrances qui l'attendent à Jérusalem. C'est Moïse, le législateur, couronné de rayons ; c'est Elie, le prophète, enlevé sur un char de feu, sans avoir passé par la mort. Ces deux grandes puissances de la religion mosaïaue, la Loi et la Prophétie, s'inclinent humolement devant Jésus de Nazareth. Et non seulement les yeux des trois Apôtres sont frappés de la splendeur qui entoure leur Maître et qui sort de lui; mais leur cœur est saisi d'un sentiment de bonheur qui les arrache à la terre. Pierre ne veut plus descendre de la montagne ; avec Jésus, avec Moïse et Elie, il désire y fixer son séjour. Et afin que rien ne manque à cette scène sublime, où les grandeurs de l'humanité de Jésus sont manifestées aux Apôtres, le témoignage divin du Père céleste s'échappe du sein d'une nuée lumineuse qui vient couvrir le sommet du Thabor, et ils entendent Jéhovah proclamer que Jésus est son Fils éternel. Ce moment de gloire pour le Fils de l'homme dura peu, sa mission de souffrances et d'humiliations l'appelait à Jérusalem. Il retira donc en lui-même cet éclat surnaturel ; et lorsqu'il rappela à eux les Apôtres, que la voix tonnante du Père avait comme anéantis, ils ne virent plus que leur Maître. La nuée lumineuse du sein de laquelle la parole d'un Dieu avait retenti s'était évanouie ; Moïse et Elie avaient disparu. Se souviendront-ils du moins de ce (qu'ils ont vu et entendu, ces hommes honores d'une si haute faveur ? La divinité de Jésus demeurera-t-elle désormais empreinte dans leur

3o Le Carême.

souvenir ? Quand l'heure de l'épreuve sera venue, ne désespcreront-ils pas de sa mission divine ? ne seront-ils pas scandalisés de son abaissement volontaire ? La suite des Evangiles nous répond.

Peu de temps après, ayant célébré avec eux sa dernière Cène, Jésus conduit ses disciples sur une autre montagne, sur celle des Oliviers, à l'orient de Jérusalem. Il laisse à l'entrée d'un jardin le plus grand nombre d'entre eux ; et ayant pris avec lui Pierre, JacquesctJean, il pénètre aveceux plus avant dans ce lieu solitaire. « Mon âme est triste « jusqu'à la mort, leur dit-il ; demeurez ici, « veillez un peu avec moi i, » Et il s'éloigne à quelque distance pour prier son Père. Nous savons quelle douleur oppressait en ce moment le cœur du Rédempteur, Quand il revient vers ses trois disciples, une agonie affreuse avait passé sur lui ; une sueur de sang avait traversé jusqu'à ses vêtements. Au milieu d'une crise si terrible, les trois Apôtres veillent-ils du moins aA ec ardeur, dans l'attente du moment où ils vont avoir à se dévouer pour lui ? Non; ils se sont endormis lâchement ; car leurs yeux sont appesantis -. Encore un moment, et tous s'enfuiront, et Pierre, le plus ferme de tous, jurera qu'il ne le connaît pas.

Plus tard, les trois Apôtres, témoins de la résurrection de leur Maître, désavouèrent par un repentir sincère cette conduite honteuse et coupable ; et ils reconnurent la prévoyante bonté avec laquelle le Sauveur les

I. Matth. XXVI, 38. — 2. Ibid. 43.

Le Deuxième Dimanc'ie de Carême. 23 1

avait voulu prémunir contre la tentation, en se faisant voir à eux dans sa gloire, si peu de temps avant les jours de sa'Passion. Nous, chrétiens, n'attendons pas de l'avoir abandonné et trahi, pour reconnaître sa grandeur et sa divinité. Nous touchons à l'anniversaire de son Sacrifice ; nous aussi, nous allons le voir humilié par ses ennemis et écrasé sous la main de Dieu. Que notre foi ne défaille pas à ce spectacle; l'oracle de David qui nous le représente semblable à un ver de terre ^ que l'on foule aux pieds, la prophétie d'Isaïe qui nous le dépeint comme un lépreux., comme le dernier des hommes, Vhomme de douleurs - : tout va s'accomplir à la lettre. Souvenons-nous alors des splendeurs du Thabor, des hommages de Moïse et d'Elie, de la nuée lumineuse, de la voix du Père immortel des siècles. Plu? Jésus va s'abaisser à nos yeux, plus il nous faut le relever par nos acclamations, disant avec la milice des Anges, et avec les vingtquatre vieillards que saint Jean, l'un des témoins du Thabor, a entendus dans le ciel : « Il est digne, l'Agneau qui a été immolé, « de recevoir la puissance et la divinité, la « sagesse et la force, l'honneur, la gloire et

M la bénédiction •> ! »

Le deuxième Dimanche de Carême est appelé Reminiscere, du premier mot de l'Introït de la -Messe, et quelquefois aussi le Dimanche de la Transfiguration, à cause de l'Evangile que nous venons d'exposer.

232 Le Deuxième Dimanche de Carême

La Station, à Rome, est dans l'Eglise de Sainte-Marie in Domnica, sur le mont Cœ- lius. Une tradition nous représente cette Basilique comme l'antique Diaconie où présidait saint Laurent, et dans laquelle il distribuait les aumônes de l'Eglise.

T 'Eglise, dans l'Introït, nous excite à la confiance en la miséricorde de Dieu, qui nous délivrera de nos ennemis, si nous l'invoquons du fond de notre cœur. Nous avons deux bienfaits à obtenir de lui, dans le Carême : le pardon de nos fautes, et sa protection pour n'y pas retomber.

Deminiscere misera*^ tionum tuarum, Domine, et miscricordiœ tuœ, quas a sœculo sunt : ne unquam dominentur nohis inimic'i nostri : libéra nos, Deus Israël, ex omnibus angustiis nostris.

Ps. Ad te, Domine, Icvavi animam meam : Deus meus, in te confido, non erubescam. Gloria. Retniniscere.

C ouvENEZ-vous, Seigneur,

'^ de vos miséricordes, qui sont éternelles ; ne laissez jamais dominer sur nous nos ennemis : Dieu d'Israël, délivrez-nous de tous les maux qui nous pressent.

Ps. Vers vous, ô mon Dieu ! j'ai élevé mon âme ; en vous j'ai mis ma confiance, je n'aurai point à en rougir. Gloire au Père. Souvenez-vous.

Dans la Collecte, nous implorons pour nos besoins intérieurs et extérieurs: Dieu nous accordera les uns et les autres, si notre

A la Messe.

prière est humble et sincère ; il veillera sur nos nécessités corporelles, et défendra nos âmes contre les suggestions de Tennemi, qui cherche à souiller jusqu'à nos pensées.

(~\ Dieu ! qui voyez que

^^ nous n'avons de nousmêmes aucune force, gardeznous au dedans et au dehors. afin que notre corps soit préservé de toute adversité, et notre âme purifiée de toute pensée mauvaise. Par JésusChrist notre Seigneur. A- men.

r\ EUS qui conspicis ^-^ omni nos virtute destitui, interius exteriusque custodi : ut ab omnibus adversitatibus muniamur in corpore, et a p r a V i s cogitationibus mundemur in mente. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

La seconde et la troisième Collecte, ci-dessus, au premier Dimanche de Carême, page i5d.

Lecture de l'Epitre du bienheureux Paul. Apôtre, aux Thessaloniciens. I.

MES Frères, 'nous vous supplions et nous vous coujurons dans le Seigneur Jésus, qu'ayant appris de nous comment vous devez marcher et plaire à Dieu, ainsi vous marchiez de telle sorte, que vous avanciez de plus en plus. Vous savez

3uek préceptes je vous ai onnés de la part du Seigneur Jésus. La volonté de Dieu est que vous soyez saints. que vous vous absteniez de

Lectio Epistolae beati Pauli Apostoli ad Thessalonicenses. L Cap. IV.

FR.A.TRES. Rogamus vos et obsecramus in Domino Jesu. ut quemadmodum accepistis a nobis, quomodo oporteat vos ambulare. et placere Deo, sic et ambuletis ut abundetis magis. Scitis enim quse prœcepta dederim vobis per Dominum Jesum. Hsec est enim voluntas Dei sanctificatio vestra : ut abstineatis vos a fornicatione,

2 34 Le Deuxième Dimanche de Carême.

ut sciat unusquisque vestrum vas suum possidere in sanctificatione et honore : non in passione desiderii. sicut et Gentes qua; ignorant Deum : et ne quis supergrediatur, neque circumveniat in negotio fratrem suum . quoniam vindex est Dominus de his omnibus, sicut prœdiximus vobis, et testificati sumus. Non enim vocavit nos Deus in immunditiam, sed in sanctificationem:in Christo Jesu Domino nostro.

la fornication, que chacun de vous sache posséder le vase de son corps dans la sainteté et l'honnêteté, et non dans la fougue des désirs, comme les Gentils, qui ignorent Dieu. Que personne aussi n'opprime son frcre, ni ne lui fasse tort dans aucune affaire ; car le Seigneur est le vengeur de tous ces péchés, ainsi que nous vous l'avons déclaré et attesté. En effet. Dieu ne nous a pas appelés à être impurs, mais à être saints en Jésus-Christ notre Seigneur.

L'Apotre insiste, en ce passage, sur la sainteté des mœurs qui doit reluire dans le chrétien ; et l'Eglise, qui nous propose ces paroles, avertit fes lidèles de songer à profiter du temps où nous sommes pour rétaolir en eux la pureté de l'image de Dieu, selon laquelle la grâce baptismale les avait produits. Le chrétien est un vase d'honneur, préparé et embelli par la main de Dieu ; qu'il se préserve donc de l'ignominie qui le dégraderait, et le rendrait digne d'être Srisé et jeté sur le fumier avec'^les immondices. C'est la gloire du Christianisme d'avoir relevé l'homme jusqu'à faire participer le corps à la sainteté de l'âme; mais sa doctrine céleste nous avertit en même temps que cette sainteté de l'âme s'altère et se perd par la souillure du corps. Relevons donc en nous l'homme tout entier, à l'aide des pratiques de cette sainte Quarantaine. Purihons

.-1 la Messe.

notre âme par la confession de nos taules, par la componction du cœur, par l'amour du Seigneur miséricordieux, et réhabilitons notre corps, en lui faisant porter le joug de l'expiation, afin que désormais il demeure le serviteur de l'âme et son docile instrument, jusqu'au jour où celle-ci, entrée en possession d'un bonheur sans fin et sans limites, versera sur lui la surabondance des délices dont elle sera inondée.

Dans le Graduel, l'homme, à la vue des périls qui le menacent, crie vers le Seigneur qui seul peut l'en affranchir, et lui donner la victoire sur l'ennemi intérieur dont il subit trop souvent les insultes.

Le Trait est un cantique inspiré par la confiance dans la divine miséricorde, et en même temps une demande que l'Eglise adresse à son Epoux en faveur du peuple fidèle qu'il daignera visiter et sauver dans la grande Pète, si éloignée encore, mais vers laquelle cependant nous avançons chaque jour.

LES tribulations de mon cœur se sont accrues ; Seigneur, délivrez-moi de mes nécessités.

f. Voyez mon humiliation et mon labeur, et pardonnezmoi tous mes péchés.

TRIBULATIONES COrdis mei dilatatœ sunt : de necessitatibus meis eripe me, Domine.

y. Vide humilitatem meam et laborem meum : et dimitte omnia peccata mea.

CÉLÉBREZ le Seigneur, I •^ONFITEMINI Domina, parce qu'il est bon, parce | v> quoniam bonus :

7/ Le Deuxième Dimanche de Carême.

qiioniam in s;rculam misericordia cjus.

f. Quis loquetur potentias Doniini, auditas faciet omnes laudes cjus ?

y. Beat! qui custodiunt judicium, et faciiint justitiam in omni tempore.

^. Mémento nostri, Domine, in beneplacito populi tui : visita nos in saiutari tuo.

que sa miséricorde est à jamais.

j^. Qui racontera les effets de la puissance du Seigneur "> Qui publiera toutes ses louanges ?

f. Heureux ceux qui gardent l'équité et pratiquent la justice en tout temps !

f. Souvenez-vous de nous, Seigneur, dans votre amour pour votre peuple : visiteznous pour nous sauver.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matihœum. Cap. xvii.

IN illo tempore : Assumpsit Jésus Petrum, et Jacobum, et Johanncm fratrem ejus, et duxit illos in montem excclsum seorsum : et transfiguratus est ante eos. Et resplenduit faciès ejus sicut sol : vestimenta autem ejus facta sunt alba sicut nix. Et eccc apparucrunt illis Morses et Elias cum eo loquentes, Respondens autem Petrus. dixit ad Jesam : Domine, bonum est nos hic esse : si vis, faciamus hic tria tabernacula. tibi unum, Moysi unum, et Eliae unum. Adhuc eo loquente, ecce nubcs lucida obumbraLa suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. xvii.

EN ce temps-là, Jésus prit Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les conduisit à part sur une haute montagne, et il fut transfiguré devant eux. Et sa face resplendit comme le soleil, et ses vêtements devinrent blancs comme la neige. Et voici que Moïse et Elle leur apparurent, conversant avec lui. Pierre, s'adressant à Jésus, lui dit : Seigneur, il nous est bon d'être ici : si vous le voulez, faisons-y trois tentes, une pour vous, une Moïse et une pour Comme il parlait encore, une nuée lumineuse vint les couvrir. Et voilà que de la nuée sortit une voix qui disait • Celui-ci est mon Fils

pour Elle.

A la Messe.

bien-aimé, en qui je me suis complu ; écoutez-le. Et les disciples entendant cette voix, tombèrent sur leur face, et furent saisis d'une grande frayeur. Et Jésus, s'approchant d'eux, les toucha et leur dit • Levez-vous, et ne craignez point. Alors, levant les yeux, ils ne virent plus que Jésus seul. Et comme ils descendaient de la montagne, Jésus leur fît ce commandement ; Ne parlez à personne de cette vision, jusqu'à ce que le Fils de Thomme soit ressuscité d'entre les morts.

vit eos. Et ecce vox de nube, dicens • Hic est Filius meus dilectus. in quo mihi bene complacui : ipsum audite. Et audientes discipuli, ceciderunt in faciem suam, et timuerunt valde. Et accessit Jésus, et tetigit eos, dixitque eis : Surgite, et nolite timere. Levantes autem oculos suos, neminem viderunt, nisi solum Jesum. Et, descendentibusillis de monte, prjecepit eis Jésus, dicens : Nemini dixeritis visionem, donec Filius hominis a mortuis resurgat.

'est ainsi que le Sauveur venait en aide à ses Apôtres, à la veille de l'épreuve, et cherchait à imprimer profondément son image glorieuse dans leur pensée, pour le jour où l'œil de la chair n'apercevrait plus en lui que faiblesse et ignominie. O prévoyance de la grâce divine qui ne manque jamais à l'homme, et qui justifie toujours la bonté et la justice de Dieu ! Comme les Apôtres, nous avons péché ; comme eux, nous avons négligé le secours qui nous avait été envoyé du ciel, nous avons fermé volontairement les yeux à la lumière, nous avons oublié son éclat qui d'abord nous avait ravis, et nous sommes tombés. Nous n'avons donc point été tentés au delà de nos forces i, et

2 38 Le Deuxième Dimanche de Carême.

nos péchés nous appartiennent bien en propre. Les trois Apôtres furent exposés à une violente tentation, au jour où levir Maître sembla avoir perdu toute sa grandeur; mais il leur était facile de se fortiher par un souvenir glorieux et récent. Loin de là, ils se laissèrent abattre, ils ne songèrent point à renouveler leur courage dans*" la prière ; et les fortunés témoins du Thabor se montrèrent lâches et intidèles au Jardin des Oliviers. Il ne leur resta plus d'autre ressource que de se recommander à la clémence de leur Maître, quand il eut triomphé de ses méprisables ennemis ; et ils obtinrent leur pardon de son cœur généreux.

Nous aussi, venons à notre tour implorer cette miséricorde sans bornes. Nous avons abusé de la grâce divine ; nous l'avons rendue stérile par notre infidélité. La source de cette grâce, fruit du sang et de la mort du Rédempteur, n'est point encore tarie pour nous, tant que nous vivons en ce monde ; préparons-nous à y puiser de nouveau. C'est elle déjà qui nous' sollicite à l'amendement de notre vie. Cette grâce, elle descend sur les âmes avec abondance au temps où nous sommes; elle est renfermée principalement dans les saints exercices du Carême. Elevons-nous sur la montagne avec Jésus ; à cette hauteur, on n'entend déjà plus les bruits de la terre. Etablissons-y notre tente pour quarante jours en la compagnie de Moïse et d'Elie qui, comme nous et avant nous, sanctifièrent ce nombre par leurs jeûnes ; et, quand le Fils de l'homme sera ressuscité d'entre les morts, nous publierons

A Ij Messe.

les faveurs qu'il daigna nous accorder sur le Thabor.

L'Eglise, dans TOftertoire, nous avertit de méditer les commandements divins. Puissions-nous les aimer comme les aima le RoiProphète, dont nous répétons ici les paroles î

JE méditerai vos préceptes, pour lesquels j'ai conçu un amour ardent, et j'étendrai mes mains vers vos commandements que je chéris.

MEDITABOR in mandatis tuis. quae dilexi

valde : et levabo nianus meas ad mandata tua, quœ dilexi.

Puisons dans l'assistance au saint Sacritice cette dévotion dont il est la source, comnie l'Eglise le demande pour nous dans la Secrète. Cette hostie qui va s'offrir bientôt est le gage et la rançon de notre salut ; par elle nos cœurs tidèlement préparés obtiendront ce qui leur manquerait encore pour être réconciliés au Seigneur.

DAIGNEZ regarder favorablement. Seigneur, le présent Sacrifice, afin qu'il serve à l'accroissement de notre dévotion et à notre salut. Par Jesus-Christ notre

SACRiFicils prassentibus. Domine quaesumus. intende placalus : ut et devotioni nostras proficiant. et saluti. Per Domioum nostrum

Seigneur. Amen. I Jesum Christum. Amen.

La seconde et la troisième Secrète, ci-dessus, au premier Dimanche de Carême, page 164.

A la vue de celui qui est son Sauveur et son juge, rendu présent dans cet ineffable mystère, l'àme pénitente crie vers lui avec

240 Le Deuxième Dimanche de Carême.

ardeur et avec confiance. Telle est l'intention des paroles du Psalniiste qui forment l'Antienne de la Communion.

IViTELLiGE clamorem ^-^ntendez mes cris, écoutez

meum : intende voci t la ^'oix de ma prière, ô

orationis meœ, Rex meus mon Roi et mon Dieu ! car

et Deus meus : quoniam c'est à vous que j'adresse mes

ad te orabo, Domine. vœux, Seigneur.

L'Eglise recommande spécialement à Dieu, dans la Postcommunion, ceux de ses enfants

aui ont participé à la victime qu'elle vient 'offrir. Jésus les a nourris de sa propre chair ; il est juste qu'ils lui fassent honneur par le renouvellement de leur vie.

SUPPLICES te rogamus, omnipotens Deus, ut quos tuis reficis Sacramentis, tibi etiam placitis moribus dignanter deservire concédas. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

DIEU tout-puissant , nous vous supplions humblement de faire que ceux que vous nourrissez de vos Sacrements vous servent dignement par une conduite qui vous soit agréable . Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

La seconde et la troisième Postcommunion, ci-dessus, au premier Dimanche de Carême, page i66.

.4 l^yre:^.

'■4r

Les Psaumes se trouvent aux Vêpres du Dimanche, ci-dessus, page 121.

NT^il

Frères, nous vous suplions et nous vous con)urons dans le Seigneur Jésus, qu'ayant appris de nous comment vous devez marcher et plaire à Dieu, ainsi vous marchiez de telle sorte que vous avanciez de plus en plus.

L'Hymne et le Verset, ci-dessus, page 129. ANTIENNE DE Magnificat.

VisiONEM quam vidistis, nemini dixeritis. jusqu a ce que le Fils de done l'homme soit ressuscité d'entre les morts

LA vision que vous avez vue, , n'en parlez à personne.

et obsecramus in Domino Jesu : ut quemadmodum accepistis a nobis quomodo vos oporteat ambulare, et placere Deo : sic et ambuletis, ut abundetis mamonuis resurgat Filius hominis.

Dieu ! qui

vovez que

nous n avons de nousmêmes aucune force, gardeznous au dedans et au dehors, afin que notre corps soit préservé de toute adversité, et notre âme purifiée de toute pensée mauvaise. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

dEUS , qui conspicis omni nos virtute destitui , interius exteriusque custodi : ut ab omnibus adversitatibus muniamur in corpore, et a pravis cogitationibus mundemur in mente. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

Nous achèverons la journée en récitant cette belle prière que le Bréviaire Mozarabe nous fournit pour ce Dimanche :

jG

{Breviar. Gothicum. In II Dominica Qiiadragesimce.)

perenne pnncipium, qui septimum diei curriculum sanctificatione potius, quam operatione voluisti esse confitentium : quaïrimus eccc faciem tuam, sed impedimur conscientiae nostrae tenebra consueta : conamur adsurgere, sed relabimur in mœrorem ; non ergo abjicias te quaerentes, qui non quaerentibus apparere dignatus es. Eccedierum nostrorum décimas sancto tuo Nomini annuis recursibus persolventes , septimum nunc ex ipsis decimis peregimus diem ; da ergo nobis adjutorium In hujus laboriosi itineris via, quo inlibata tibi nostra dedicentur obsequia : ut labores nostros amoris tui desiderio relevés , et socordiam sensus nostri fervida dilectionis tuas ubertate exsuscites : ut in te vita nostra nonhabeat casum, sed fidcs inveniat praemium.

O Christ 1 ô Dieu, source, principe éternel de la lumière ! vous qui avez voulu que le septième jour fût consacré plutôt à la sanctification de nos âmes qu'au travail, nous cherchons aujourd'hui votre face ; mais les ténèbres habituelles de notre conscience nous retiennent ; nous nous efforçons de nous relever, mais nous retombons dans la tristesse. Ne rejetez pas cependant ceux qui vous cherchent , vous qui avez daigné apparaître à ceux qui ne vous cherchaient pas. Nous voici en devoir de vous payer la dîme de nos jours , dans celte saison de l'année, et déjà nous avons accompli la septième journée de cette dîme ; donnez-nous secours pour continuer cette route laborieuse , afin que nous puissions vous offrir un service sans tache. Soulagez nos fatigues par le sentiment de votre amour, et réveillez la lâcheté de nos sens par la ferveur de votre dilection ; afin qu'en vous notre vie soit exempte de chute , et que notre foi trouve sa récompense.

A Station est dans l'Eglise de SaintClément, Pape et Martyr. De toutes les Eglises de Rome elle est celle qui a le plus conservé l'antique disposition des premières basiliques chrétiennes. Sous son autel repose le corps du saint Patron, avec les restes de saint Ignace d'Antioche et du consul saint Flavius Clémens.

DAIGNEZ taire . ô Dieu tout-puissant ! que vos fidèles qui , pour mortifier leur chair, se privent dans leur nourriture, jeûnent aussi du péché, en pratiquant la justice . Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Lecture du Prophète Daniel.

EN ces jours-là. Daniel fit cette prière au Seigneur : Seigneur notre Dieu . qui avez tiré votre peuple de la terre d'Egypte par la force de votre bras, et qui en le faisant vous êtes acquis une gloire qui dure jusqu'aujourd'hui ; nous avons péché ,

PR.ESTA , quassumus omnipotens Deus, ut familia tua quae se, affligendo carnem. ab alimentis abstinet. sectando justitiam , a culpa jejunet. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

Lectio Danielis Prophetae. Cap. ix.

IN diebus illis : Oravit Daniel Dominum. dicens : Domine , Deus noster. qui eduxisti populum tuum de terra .(Egypti in manu forti , et fecisti tibi nomen secundum diem hanc : peccavimus, iniquitatem

Le Caverne.

fecimus , Domine , in omnem justitiam tuam : avertatur , obsecro , ira tua et furor tuus a civitate tua Jérusalem, et a monte sancto tuo. Propter peccata enim nostra, et iniquitates patrum nostrorum, Jérusalem et populus tuus in opprobrium sunt omnibus per circuitum nostrum .

Nunc ergo exaudi, Deus noster, orationem servi tui et preces ejus : et ostende faciem tuam super Sanctuarium tuum, quod desertum est , propter temetipsum. Inclina , Deus meus, aurem tuam, et audi : aperi oculos tuos, et vide desolationem nostram, et civitatem super quam invocatum est Nomen tuum : neque enim in justificationibus nostris prosternimus preces ante faciem tuam, sed in miserationibus tuis multis. Exaudi, iJomine : placare. Domine : attende et tac : ne moreris propter temetipsum , Deus meus : quia Nomen tuum invocatum est super civitalein et super populum tuum, Domine Deus noster.

ETTE lamentable adressait à Dieu

nous avons commis 1 miquite. Seigneur , en enfreignant tous vos justes préceptes. Détournez, je vous en conjure, votre colère et votre fureur de Jérusalem, votre cité, et de votre montagne sainte. C'est à cause de nos péchés et des iniquités de nos pères, que Jérusalem et votre peuple sont en opprobre aujourd'hui à toutes les nations qui nous environnent. Maintenant donc , Seigneur notre Dieu, exaucez la prière de votre serviteur et ses supplications ; faites paraître votre face sur votre Sanctuaire abandonné : faites-le pour vous-même. Inclinez votre oreille, ô mon Dieu ! et écoutez ; ouvrez les yeux, et considérez notre désolation et cette ville qui est connue par votre Nom ; car ce n'est point par confiance en notre justice que nous humilions nos prières devant votre face , mais c'est en songeant à la multitude de vos miséricordes. Exaucez , Seigneur ; apaisez-vous, Seigneur ; considérez et agissez. Pour l'amour de vous-même , ne difTérez pas, mon Dieu, parce que cette cité et ce peuple qui est à vous ont l'honneur de porter votre Nom, ô Seigneur notre Dieu !

supplication que Daniel du sein de la captivité de

Le Lundi de la Deux. Sem. de Carême. 245

Babylone fut exaucée : et après soixante-dix ans d'exil, Israël revit sa patrie, releva le Temple du Seigneur, et reprit le cours de ses destinées merveilleuses. Mais voici qu'aujourd'hui encore, et depuis dix-huit siècles, ces tristes paroles du Prophète sont à peine l'expression suffisante de la nouvelle désolation qui est venue tondre sur Israël. La fureur de Dieu est sur Jérusalem, les ruines mêmes du temple ont péri, le peuple toujours vivant est dispersé par toute la terre et donné en spectacle aux nations. Une malédiction pèse sur lui ; il est errant comme Gain ; et Dieu veille à ce qu'il ne soit jamais anéanti. Terrible problème pour la science rationaliste ; mais pour le chrétien, châtiment toujours visible du plus grand des forfaits. Telle est l'explication de ce phénomène : « La lumière est venue au milieu « des ténèbres, et les ténèbres ne l'ont point « comprise •. » Si les ténèbres eussent accepté la lumière, aujourd'hui elles ne seraient plus ténèbres ; mais il n'en fut pas ainsi : Israël a mérité son abandon. Plusieurs de ses tils ont consenti à reconnaître le Juste, et ils sont devenus enfants de la lumière; et c'est même par eux que la lumière s'est levée sur le monde entier. Quand le reste d'Israël ouvrira-t-il les yeux ? Quand ce peuple consentira-t-il à adresser au Seigneur la prière de Daniel ? Il la possède, il la lit souvent : et elle ne pénètre roint jusqu'à son cœur fermé par l'orgueil. Nous, les derniers venus de la famille, prions

pour nos aînés. Quelques-uns d'entre eux, chaque année, se séparent de la masse maudite ; ils viennent demander à Jésus de les admettre dans le nouvel Israël. Que leur arrivée soit bénie; et daigne le Seigneur, dans sa bonté, faire que leur nombre s'accroisse de plus en plus, afin que toute créature humame adore en tous lieux le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, avec son Fils Jésus-Christ qu'il a envoyé !

Sequcntia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. vin.

IN illo tempore : Dixit Jésus turbis Jiidaeorum : Ego vado, et quaeretis me, et in pcccato vestro moriemini. Qiio ego vado, vos non potestis venire. Dicebant ergo Judaci : Numquid interficiet semetipsum, quia dicit : Quo ego vado. vos non potestis venire ? Et dicebat eis • Vos de dcorsum estis ; ego de supernis sum. Vos de inundo hoc estis ; ego non sum de hoc mundo. Dixi ergo vobis, quia moriemini in peccatis vestris : si enim non crcdideritis quia ego sum, moriemini in peccato vestro. Dicebant ergo ei : Tu quis es ? Dixit eis Jésus Principium, qui et loquor vobis. Multa

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap.

EN ce temps-là, Jésus dit à la foule des Juifs : Je m'en vais, et vous me chercherez, et vous mourrez dans votre péché. Ou je vais, vous ne pouvez venir. Les Juifs disaient : Se tuera-t-il luimême, qu'il dit : Où je vais, vous ne pouvez venir ? Et il leur dit : Vous êtes d'ici-bas • moi je suis d'en haut. Vous êtes de ce monde ; moi je ne suis pas de ce monde. Je vous ai dit que vous mourriez dans votre péché ; car si vous ne croyez pas à ce que je suis, vous mourrez dans votre péché. Ils lui dirent donc : Qui étes-vous ? Jésus leur dit : Le Principe, moi-même qui vous parle. J'ai beaucoup de choses à dire de vous et à juger en vous ; mais celui qui m'a envoyé est vrai, et moi ce que j'ai entendu de lui, je le

Le Lundi de la Deux. Sem. de Carême. 24'

dis dans ce monde. Et ils ne comprirent point qu'il disait que son Père était Dieu. Jésus donc leur dit : Lorsque vous aurez élevé en haut le Fils de l'homme, alors vous connaîtrez qui je suis, et que je ne fais rien de moi-même, et que je parle selon ce que mon Père m'a enseigné. Et celui qui m'a envoyé est avec moi, et il ne m'a point laissé seul, parce que je fais toujours ce qui lui est agréable.

habeo de vobis loqui, et judicare. Sed qui me misit. verax est ; et ego quse audivi ab eo, haec loquor in mundo. Et non cognoverunt quia Patrem ejus dicebat Deum. Dixit ergo eis Jésus : Cum exaltaveritis Filium hominis, tianc cognoscetisquia ego sum, et a meipso facio nihil, sed sicut docuit me Pater, haec loquor : et qui me misit, mecum est, et non reliquit me solum ■ quia ego, qu£e placita sunt ei, facio semper.

JE m'en vais : parole terrible ! Jésus est venu pour sauver ce peuple ; il n'a rien épargné pour lui prouver son amour. Ces jours derniers, nous l'avons vu repousser durement la Chananéenne, et dire qu'il n'est venu que pour les brebis perdues de la maison d'Israël ; et ces brebis perdues méconnaissent leur pasteur. Il avertit les Juifs qu'il va se retirer bientôt, et qu'ils ne pourront le suivre où il va: cette parole ne les éclaire pas. Ses œuvres attestent qu'il est venu du ciel ; mais eux ne songent qu'à la terre. Toute leur espérance est dans un Messie terrestre et glorieux à la façon des conquérants. C'est donc en vain que Jésus passe au milieu d'eux en faisant le bien i, en vain que la nature est soumise à ses lois, en vain que sa sagesse et sa doctrine surpassent tout ce que les hommes ont entendu de plus

^4^ Le Carême.

sublime ; Israël est sourd, il est aveugle. Les plus farouches passions fermentent dans son cœur; elles ne seront satisfaites que le jour où la Synagogue pourra laver ses mains dans le sang au Juste. Mais en ce jour, la mesure sera comblée, et la colère ae Dieu fera un exemple qui doit retentir dans tous les siècles. On frissonne en songeant aux horreurs de ce siège de Jérusalem, de cette extermination de la ville et du peuple qui avaient demandé la mort de Jésus. Le Sauveur lui-même nous dit que depuis le commencement du monde il n'y avait jamais eu un si atfreux désastre, et que la suite des siècles n'en verra pas un pareil. Dieu est patient; il attend avec longanimité; mais quand sa fureur si longtemps contenue vient à éclater, elle entraîne tout, et les monuments de ses vengeances sont l'effroi de toutes les générations qui viennent après. O pécheurs, qui jusqu'aujourd'hui n'avez tenu aucun compte des avertissements de l'Eglise, qui n'avez pas songé encore à convertir votre cœur au Seigneur ^■otreDicu, tremblez à cette parole :Jem'envais. Si ce Carême passe comme les autres, sans vous avoir changés, sachez que cette menace a ous regarde : Vous mourrez dans votre péché. Voulez-vous aussi demander la mort du Juste, dans quelques jours? crierezvous aussi : QM"//50i7crwc//?é?Prenez-ygarde: il a brisé un peuple entier, un peuple qu'il avait comblé de faveurs, qu'il avait protégé et sauvé mille fois ; ne vous flattez pas qu'il vous ménage. Il faut qu'il triomphe ; si ce n'est par la miséricorde, ce sera par la justice.

Le Lundi de la Deux. Sem. de Carême. 24g

UMILIEZ VOS tètes devant Dieu.

\n tra Deo.

capita ves

DIEU tout-puissant, soyez attentif à nos supplications, et daignez accorder l'effet de votre miséricorde accoutumée à ceux à qui vous donnez la confiance de l'espérer de votre bonté. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

ADESTO supplicationibus nostris. omnipotens Deus : et quibus fîduciam sperandae pietatis indulges : consuetas misericordias tribuebenignusefFectum. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

Nous plaçons, aujourd'hui et les jours suivants, la belle Hymne de Prudence sur le Jeûne. Comme elle est d'une grande longueur, nous la partageons en fragments, réservant pour le Lundi de la semaine de la Passion ce qui a rapport à la pénitence^ de Xinive. Cette Hymne, en usage autrefois, pour quelques-unes de ses strophes, dans plusieurs Lglises de la Liturgie Romaine, est employée tout entière au Bréviaire Mozarabe.

OFlLS de Nazareth, astre de Bethléhem, Verbe du Père, toi qu'enfanta pour nous un sein virginal ; ô Christ 1 agrée nos chastes abstinences. O Roi ! nous t'offrons la victime du jeune : d'un œil serein regarde notre fête.

Rien de plus saint que ce rite mystérieux qui purifie la

ONazarene. lux Bethlem, Verbum Patris, Quem partus alvi virginalis protulit. Adesto castis. Christe,

parcimoniis, Festumque nostrum Rex

serenus aspice, Jejuniorum dum litamus

victimam.

Nil hoc profecto purius mvsterio.

25o

Le Ce

Quo fibra cordis expiatur vividi : Iniemperata quo domantur viscera, Arvina putrem ne resudans crapulam, Obstrangulatœ mentis

ingenium premat.

Hinc subjugatur luxuset

turpis gula : Vini, atquc somni degener socordia, Libido sordens, inverecundus lepos, V^ariœque pestes languidorum sensuum Parcam subactœ disciplinam sentiunt.

Nam si licenter diffluens potu, et cibo, Jejuna rite membra non

coerceas, Sequitur, frequenti marcida oblectamine Scintilla mentis ut tepescat nobilis, Animusque pigris stertat

in praecordiis,

Fraenenturergo corporum cupidines, Detersa et intus emicet

prudentia : Sic cxcitato perspicax

acumine, Liberque flatu laxiorc

spiritus Rerum parentem rectius precabitur.

fibre vivante du cœur, qui dompte l'intempérance jusque dans son siège, de peur que la plénitude du corps n'étouffe l'ardeur de l'esprit.

Le jeiine subjugue la liberté des sens et la gourmandise honteuse ; l'assoupissement que produisent le vin et le sommeil, la licence qui souille, la mollesse impudente, tous les vices de notre nature paresseuse y ressentent le joug d'une étroite discipline.

Si l'homme se laisse aller sans frein au manger et au boire, s'il ne contient ses membres par le jeûne, la noble flamme de l'esprit s'attiédit bientôt ; elle s'amoindrit dans des jouissances qui la flétrissent ; l'âme s'endort dans la lâcheté du corps.

Réfrénons donc le désir de la chair ; que la prudence se ravive et brille au dedans de nous-mêmes ; la pointe de notre esprit s'aiguisera, l'âme aspirera d'un souffle plus libre, et sa prière s'adressera plus dignement à celui qui l'a créée.

i. Station est dans l'Eglise de SainteBalbine. Cette vierge romaine était tille du tribun Quirinus, qui soutirit le martyre sous le pontiticat du pape saint Alexandre, au second siècle. Elle consacra à Dieu sa virginité, et vécut dans les bonnes œuvres jusqu'à son heureuse mort.

CONTINUEZ de nous assister, Seigneur, dans l'observation de ce saint jeune, afin que par votre secours nous accomplissions cette œuvre que nous avons appris à faire par votre exemple Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

PERFICE, quaesumus Domine, benignus in nobis observantiae sanctas subsidium : ut quae^ te auctore, facienda cognovimus, te opérante impleamus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

Lecture du livre des Rois.

EN ces jours-là, la parole du Seigneur se fit entendre à Elle de Thesbé, et lui dit : Lève-toi et va à Sarepta. dans la terre de Sidon, et tu y demeureras : car j'ai commandé à une femme veuve de cette ville d'avoir soin de te

Lectio libri Regum.

IN diebus illis : Factus est sermo Domini ad EliamThesbiten. dicens : Surge, et vade in Sarephta Sidoniorum , et manebis ibi : praecepi enim ibi mulieri vidua? ut pascat te. Surrexit et

abiit in Sarephta. Cumque venissct ad portam civitatis, appariiit ci mulier vidua coUigens ligna, et Yocavil eam, dixitque ei : Da mihi paululum aquîe in vase, ut bibam. Cumque illa pergeret ut atVeiret, clamavit post tei gum ejus, dicens : Affer mihi, obsecro, et bi:ccellam panis in manu tua. Quœ respondit : Vivit Dominus Deus tuus, quia non habeo panem, nisi quantum pugillus capere potest farinœ in hydria, et paululum olei in lecytho : en colligo duo ligna ut in^rediar et faciam illud mihi et filio meo, ut comedamus, et moriamur. Ad quam Elias ait: Noli timerc, sed vade, et fac sicut dixisti : verumtamen mihi primum fac de ipsa farinuia subcinericium panem parvulum, etaffer ad me : tibi autem et filio tuo faciès postea. Hsec autem dicit Dominus Deus Israël : Hydria farina; non defîciet, nec lecythus olei minuetur usque ad diem in qua Dominus daturus est pluviam super faciem terra?. Qu.Te abiit, et fecit juxta verbum Elia; ; et comedit ipse, et illa, et domus cjus : et ex illa die hynourrir. Elie se leva et alla à Sarepta. Et lorsqu'il fut arrivé à la porte de la ville, il aperçut une femme veuve qui ramassait du bois, et l'ayant appelée, il lui dit : Donnemoi un peu d'eau dans un vase, afin que je boive. Comme elle allait iuien chercher, il lui cria par deirière : Apporte-moi aussi dans ta main une bouchée de pain. Elle lui répondit : Vive le Seigneur votre Dieu ! En fait de pain, je n'ai qu'un peu de farine dans un pot, autant qu'il en peut tenir dans le creux de la main, et un peu d'huile dans un petit vase. Je suis à ramasser deux morceaux de bois, afin d'apprêter ce peu de chose à moi et à mon fils, pour manger et mourir ensuite. Elie lui dit : Ne crains pas : va et fais comme tu as dit ; mais auparavant fais pour moi de ce petit reste de farine un pain cuit sous la cendre, et apporte-le-moi ; tu en feras après cela pour toi et pour ton filb. Car voici ce que dit le Seigneur Dieu d'Israël : La farine qui est dans ce pot ne finira point, et l'huile du petit vase ne diminuera point jusqu'au jour où le Seigneur donnera la pluie sur la terre. Elle alla, et elle fit selon la parole d'E- lie. Il mangea, et elle aussi, avec toute sa maison ; et depuis ce jour, la farine du

Le Mardi de la Deux. Sem. de Carême. 253

petit pot ne manqua point, ni l'huile du petit vase ne diminua, selon la parole que le Seigneur avait prononcée par Elie.

dria farinœ non defecit, et lecylhus olei non est imminutus, juxta verbum Domini , quod locutus fuerat in manu Eliœ.

L'instruction des Catéchumènes se poursuit à l'aide des faits évangéiiques qui vont se développant de jour en ]Our ; et l'Eglise continue de prendre dans l'Ancien Testament les indices prophétiques qui se réaliseront dans la malédiction des Juifs et la vocation des Gentils. Aujourd'hui, c'est Elie, ce personnage mystérieux qui nous tient lidèle compagnie pendant le Carême ; c'est lui qui vient mettre en action les jugements que Dieu portera un jour sur son peuple ingrat. Une sécheresse de trois ans a réduit aux abois le royaume d'Israël, sans qu'il ait songé à se convertir au Seigneur. Élie cherche encore quelqu'un qui veuille le nourrir. Nourrir le Prophète de Dieu, c'est une grande faveur, car Dieu est avec lui. Cet homme de miracle se dirigera-t-il vers quelque maison du royaume d'Israël ? Passera-t-il dans la terre de Juda ? Non ; il se tourne vers les régions de la gentilité ; c'est au pays de Sidon qu'il se rend, à Sarepta, chez une pauvre veuve. C'est chez cette humble femme qu'il transporte la bénédiction d'Israël. Le Sauveur lui-même a relevé cette circonstance, où paraît si visiblement la justice de Dieu contre les Juifs et sa miséricorde envers nous. « En vérité, je vous le dis, il « y avait dans. Israël beaucoup de veuves au « temps d'Elie ; et cependant il ne fut enw voye à aucune d'elles, mais bien à la veuve

54 Le Carême.

« de Sarepta, dans la terre de Sidon ^ » Cette pauvre femme est donc le type de la gentilité appelée à la foi. Aussi, voyons quels caractères frappants nous présente cette histoire symbolique. 11 s'agit d'une veuve sans appui, sans protection "; c'est la gentilité délaissée, n'ayant personne qui la défende contre l'ennemi du genre humain. Pour nourrir la mère et l'enfant, il ne reste plus qu'un peu de farine et un peu d'huile, après quoi il faudra mourir ; c'est l'image de l'affreuse disette de vérités que sourtrait le monde païen, dont la vie était près de s'éteindre quand l'Evangile lui fut annoncé. Dans cette extrémité, là veuve de Sarepta reçoit le Prophète avec humanité et confiance ; elle ne doute point de sa parole, et elle est sauvée, elle et son fils. C'est ainsi que la gentilité accueillit les Apôtres, lorsque, secouant la poussière de leurs pieds, ils se virent contraints de tourner le dos à l'infidèle Jérusalem. Nous voyons la veuve tenant dans ses mains deux morceaux de bois; ce double bois, au jugement de saint Augustin, de saint Césaire d'Arles et de saint Isidore de Séville, échos de la tradition primitive du christianisme, est la figure de la Croix. Avec ce bois, la veuve cuit le pain qui doit la nourrir, parce que c'est de la Croix que procède pour les gentils la nourriture et la vie, par Jésus qui est le Pain vivant. Tandis qu'Israël demeure dans la disette et la sécheresse, l'Eglise des Gentils ne voit défaillir en son sein ni la farine du

Le Mardi de Li Deux. Sem. de Carême. 2 55

froment céleste, ni l'huile, symbole de force et de douceur. Gloire soit donc à Celui qui nous a appelés du sein des ténèbres à V admirable lumière i de la foi ! Mais tremblons à la vue des malheurs que l'abus des grâces a attirés sur tout un peuple. Si la justice de Dieu n'a pas reculé devant la réprobation d'une nation, s'arrêtera-t-elle devant notre endurcissement vol(fntaire ?

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. xxni.

EN ce temps-là, Jésus, s'adressant à la foule et à ses disciples, leur dit : Les Scribes et les Pharisiens sont assis sur la chaire de Moïse : observez donc et faites tout ce qu'ils vous disent : mais ne faites pas selon leurs œuvres ; car ils disent et ne font pas. Ils lient et placent sur les épaules des hommes des fardeaux pesants et insupportables, qu'ils ne veulent pas même remuer du doigt. Ils font leurs oeuvres pour être vus des hommes, ils portent des phylactères plus larges et des franges plus longues. Ils aiment les premières places dans les festins et les premiers sièges dans les synagogues, et qu'on les salue dans les lieux publics, et que les

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthœum. Cap. xxiii.

IX illo tempore : Locutus est Jésus ad turbas, et ad discipulossuos, dicens: Super cathedram Moysi sederunt Scribae et Pharisasi. Omnia ergo quaecumque dixerint vobis, servate et facite : secundum opéra vero eorum nolite facere : dicunt enim et non faciunt. AUigant enimonera gravia. et importabilia, et imponunt in humeros hominum : digito autem suo nolunt ea movere. Omnia vero opéra sua faciunt ut videantur ab hominibus : dilatant enim phylacteria sua, et magnificant fimbrias. Amant autem primos recubitus in cœnis, et primas cathedras in synaLe Carême.

hommes les appellent Maître. Mais vous, ne recherchez point à être appelés Maître ; car il n'y a qu'un Maître pour vous, et vous êtes tous frères. N'appelez Père qui que ce soit sur la terre ; car vous n'avez qu'un Père, qui est dans les cieux. QJibn ne vous appelle pas non plus Maîtres ; car vous n'avez qu'un Maître, le Christ. Le plus grand parmi vous sera votre serviteur; mais quiconque s'élèvera sera abaissé ; et quiconque s'abaissera sera élevé.

gogis, et salutationes in foro, et vocari ab hominibus Rabbi. Vos autem nolite vocari Rabbi. Unus est enim Magister vesier, omnes autem vos fratres estis. Et patrem nolite vocare vobis super terram : unus est enim Pater vester, qui in cœlis est. Nec vocemini magistri : quia Magister vester unus est, Christus. Qui major est vestrum, erit minister vester. Qui autem se exaltaverit, humiliabitur ; et qui se humiliaverit, exaltabitur.

LES docteurs de la Loi sont encore assis

I sur la chaire de Moïse ; .lésus veut qu'on écoute leur enseignement. Mais cette chaire, qui est une chaire de vérité, malgré l'indignité de -ceux qui y_ sont assis, ne restera plus longtemps au sein d'Israël. Caïphe prophétisera encore, parce qu'il est pontife en cette année ; mais sa chaire, qu'il a souillée par d'indignes passions, va bientôt être enlevée et transférée au milieu de la geritilité. Jérusalem, qui aura renié le divin libérateur, va perdre ses honneurs ; et bientôt Rome, le centre de la puissance païenne, verra s'élever dans ses murs cette même chaire qui était la gloire d'Israël, du haut de laquelle se proclamaient les prophéties si visiblement accomplies en Jésus. Cette chaire ne sera plus ébranlée désormais, quelle que soit la fureur des portes de l'enfer ; elle sera toujours l'espoir tidèle des nations qui

Le Mardi de la Deux. Sem. de Carême. 25 j

recevront d'elle l'indéfectible témoignage de la vérité. C'est ainsi que le flambeau de la foi qui luisait dans Jacob a été déplacé, mais ne s'est pas éteint. Jouissons de sa lumière, et méritons par notre humilité que ses rayons viennent toujours jusqu'à nous.

Quelle a été la cause de la perte d'Israël ? Son orgueil. Il s'est complu dans les dons que Dieu avait accumulés sur lui ; il n'a pas voulu reconnaître un Messie dépourvu de toute gloire humaine ; il s'est révolté d'entendre dire à Jésus que les ( Gentils participeraient au salut, et il a voulu, par le plus grand des forfaits, étouffer cette voix qui lui reprochait la dureté de son cœur. Ces hommes superbes, à la veille du jour de la vengeance divine, que tout leur annonce être prochain, n'ont rien perdu de leur arrogance. C'est toujours le même faste, le même mépris impitoyable pour les pécheurs. Le Fils de Dieu s'est fait le fils de l'homme ; il est notre maître, et c'est lui qui nous sert ; apprenons à cet exemple le prixde l'humilité. Si on nous nomme Maître, si on nous appelle Père, n'oublions pas que nul n'est maître, que nul n'est père que par le Seigneur notre Dieu. Le maître digne de ce nom est celui parla bouche duquel Jésus-Christ enseigne ; et celui-là seul est vraiment père qui reconnaît que son autorité paternelle ne vient que de Dieu ; car, comme le dit l'Apôtre, « c'est du Père de « notre Seigneur Jésus-Christ que découle « toute paternité au ciel et sur la terre i ».

l_r UMiLiAiE capita •*■ ■*■ tra Deo.

UMIMEZ VOS têtes devant Dieu.

Dropitiare, Domine, * supplicationibus nostris, et animaium nostrariim madère languoribus : ut remissione percepta, in tua semper benedictione lœtemur. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

SOYEZ propice à nos supplications, Seigneur, et guérissez les langueurs de nos âmes ; afin que, ayant reçu le pardon de nos péchés, nous ressentions toujours la joie de votre bénédiction. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Nous continuons aujourd'hui l'Hymne du prince des poètes chrétiens, que nous avons commence de lire hier.

HELIA tali crevit observantia, Vêtus sacerdos ruris hospes aridi : Fragore ab omni quem

remotum,etsegregcm Sprevisse tradunt criminum frequentiam, Casto fruentem syrtium

silentio.

Sed mox in auras

igneis jugalibus, Curruque raptus evolavit praspeti. Ne de propinquo sordium contagio Diras quietum mundus

alllaret virum, Olim probatis inclytum

jcjuniis.

L'observance du jeûne ajouta encore à la grandeur d'Elie, ce vieux prêtre, hôte d'un désert aride. Ce prophète, fuyant le bruit des cités et la vue de tant de crimes, goûtait le tranquille silence de la solitude.

Mais bientôt il s'envola dans les airs, entraîné par des chevaux de feu sur un char rapide, de peur que le monde, trop voisin encore, n'exhalât la contagion de ses vices sur cet homme paisible qu'illustrait la rigueur des jeûnes qu'il avait accomplis.

Le Mardi de la Deux. Sein, de Carême. 2^q

Moïse, fidèle interprète du trône redoutable, ne put contempler le Roi du ciel aux sept régions, avant que le soleil, dans sa course à travers le firmament, ne leût revu quarante fois prive de toute nourriture.

II priait, et son seul aliment étaient ses larmes. Il veillait, et son front pressait la terre arrosée de ses pleurs, jusqu'à ce que, averti par la voix de Dieu, son regard tremblant se dirigea vers ce feu dont il ne pouvait supporter l'éclat.

Jean, qui fut le précurseur du Fils du Dieu éternel, ne fut pas moins puissant dans le jeûne, lui qui abaissa les sentiers raboteux et redressa les voies tortueuses, enseignant aux hommes la voie droite qu'ils avaient à suivre.

Il préparait à son tour les mortels à l'observance du jeune, ce messager chargé d'ouvrir un chemin au Dieu qui allait venir, enseignant que les montagnes devaient s'aplanir, les voies rocailleuses s'adoucir, afin que la VéNon ante cœli Principem septemplicis Moses tremendi fidus interpres throni Potuit videre, quam dccem recursibus Quater volutis sol peragrans sidéra, Omni carentera cerneret

substantia.

\'ictus precanti solus

in lacrymis fuit : Xam flendo pernox irrigatum pulverem Humi madentis ore pressit cernuo . Donec loquentis voce

prasstrictus Dei Expavit ignem non ferendum visibus.

Johannes hujus artis

haud minus potens, Dei perennis prascucurrit Filium, Curvos viarum qui retorsit tramites. Et flexuosa corrigens

dispendia. Dédit sequendam calle

recto lineam.

Hanc obsequelam prœ-

parabat nuntius. Mox aftuturo construens

iter Deo. Clivosa planis. confragosa ut lenibus Converterentur. n e v e

quidquam devium

2ho

Illapsa terris Veritas.

Non usitatis ortus hic natalibus,

Oblita lactis jam vieto in pectore

Matris tetendit serus infans ubera :

Nec ante partu de senili effusus est,

Quam praedicaret Virginem plenam Deo.

Post in patentes ille

solitudines, Amictus hirtis bestiarum pellibus, Setisvc tectus, hispida

et lanugine, Secessit, horrens inquinari ac pollui Contaminatis oppidorum moribus.

Illic dicata parcus abstinentia, Potum, cibumque vir severa; industriae In u-ique sérum respuebat vesperum, Parvum locustis, et favorum agrestium Liquore pastum corpori

suetus dare.

Hortator ille primus et doctor nova; Fuit salutis : nam sacrale in flumine

rite, descendant sur la terre, ne rencontrât plus aucun setitier négligé.

Sa naissance eut lieu contre les lois ordinaires de la nature : enfant tardivement mis au jour, il suça les mamelles d'une mère au sein de laquelle le lait était tari ; mais sa vieille mère ne l'avait pas encore mis au jour que déjà l'enfant avait annoncé la Vierge qui partai'. Dieu.

Bientôt il se retira dans un vaste désert ; il se couvrit de peaux de bête au poil dur et hérissé, à la laine grossière, fuyant avec horreur la souillure que produisent les mœurs impures des cités.

Là. se livrant à la règle de l'abstinence, cet homme aux mœurs sévères renvoyait au soir la nourriture et le breuvage, ne donnant à son corps pour aliment que des sauterelles et quelques gouttes de miel sauvage.

Le premier, il prêcha ; le premier, il enseigna le salut nouveau ; ce fut lui qui dans le fleuve sacré purifia les taLe Mardi de la Deux. Sem. de Carême. 26 1

ches qui longtemps avaient souillé les consciences ; mais s'il lavait ainsi les membres des pécheurs, l'Esprit devait bientôt du haut du ciel répandre ses influences dans leurs cœurs.

Veterum piatas lavit errorum notas : Sed tincta postquam

membra defaecaverat, Coelo refulgens influebat

Spiritus.

f

A Station est dans la basilique de Sainte-Cécile. Ce temple auguste,

l'un des plus vénérables de Rome,

^••i^ii3^ fut autrefois la maison de l'illustre \'ierge et Martyre dont il porte le nom. Le corps de sainte Cécile y repose sous l'autel majeur, avec ceux des saints Valérien,Tiburce et Maxime, et des pontifes martyrs Urbain et Lucius.

POPULUM tuiim, quœ- sumus Domine, propitius respice : cl quos ab escis carnalibus praecipis abstinerc, a noxiis quoque vitiis cessare concède. Per Christum Dominum nostrum. A- men.

DAIGNEZ, Seigneur, regarder favorablement votre peuple, et faites que ceux auxquels vous ordonnez l'abstinence des viandes, s'abstiennent aussi des vices qui nuisent à leurs âmes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Lectio libri Esther.

IN diehus illis : Oravit Mardochœus ad Dominum, dicens : Domine, Domine, Pcx omnipotens, in ditione enim tua cuncta sunt posita, et

Lecture du livre d'Esther,

EN ces jours-là, Mardochée fit sa prière au Seigneur et lui dit : Seigneur, Seigneur, Roi tout-puissant, tout est soumis à votre empire, et nul ne peut résister

Le Mercr. de la Deux. Sem. de Carême. 263

à votre volonté, si vous avez résolu de sauver Israël. Vous avez fait le ciel et la terre, et tout ce qui est sous le ciel ; vous êtes le Seigneur de toutes choses, et rien ne résiste à votre Majesté. Maintenant donc. Seigneur Roi, Dieu d'Abraham, ayez pitié de votre peuple, parce que nos ennemis ont résolu de nous perdre et d'exterminer votre héritage. Ne méprisez pas ce peuple que vous avez racheté de l'Egypte pour être à vous. Exaucez ma prière, et soyez propice à la nation qui est devenue votre partage. Changez notre deuil en joie, afin que. conservant la vie, nous puissions louer votre Nom ; et ne fermez pas la bouche de ceux qui célèbrent vos louanges, ô Seigneur notre Dieu !

non est qui possit tuaï résistera voluntati , si decreveris salvare Israël. Tu fecisti coelum et terram, et quidquid cœli ambitu continetur. Dominus omnium es, nec est qui résistât majestati tuae. El nunc, Domine Rex. Deus Abraham, miserere populi tui. quia volant nos inimici nostri perdere. et hasredîtatem tuam delere. Ne despicias partem tuam, quam redemisti tibi de -Egypto. Exaudi deprecationem meam. et propitius esto sorti et funiculo tuo, et converte luctum nostrum in gaudium. ut viventes laiidemus Nomen tuum, Domine, et ne claudas ora te canentium. Domine Deus noster.

CE cri, poussé vers le ciel en faveur d'un peuple condamné à périr tout entier,représente les supplications des justes de TAncien Testament pour le salut du monde. Le genre humain était en butte à la rage de Tennemi infernal tiguré par Aman. Le Roi des siècles avait prononcé l'arrêt fatal : Vous mourre:^ de mort. Qui pouvait désormais faire révoquer la sentence ? Esther l'osa auprès d'Assuérus, et elle fut écoutée. Marie s'est présentée devant le trône de l'Eternel; et c'est elle qui, par son Fils divin, écrase la tête du serpent auquel nous devions être livrés. L'arrêt sera donc

Le Carénic.

annule, et nul ne mourra, si ce n'est ceux cjui voudront mourir. L'Eglise aujourd'hui, émue des dangers auxquels est en proie un si grand nombre de ses enfants, qui si longtemps ont vécu dans le péché, intercède pour eux, en empruntant la prière de Mardochée. Elle supplie son Epoux de se rappeler qu'autrefois il les tira de la terre d'E- gypte ; qu'ils sont devenus par le baptême les membres de Jésus-Christ, l'héritage du Seigneur. Elle le conjure de remp'laccr leur deuil par les joies pascales, et de ne pas fermer par la mort ces bouches trop souvent coupables, mais qui aujourd'hui ne s'ouvrent que pour demander grâce, et qui, lorsque le pardon sera descendu, éclateront en cantiques de reconnaissance envers le divin libérateur.

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. xx.

IN illo tempore ; Ascendens Jésus Jerosolymam, assumpsit duodecim discipulos secreto, et ait illis ; Eccc ascendimus Jcrosolymam, et Filins hominis tradetur principibus sacerdotum et scribis, et condemnabunt cum morte, et tradent eum gentibus ad illudendum, et flagellandum, et crucifigendum, et tertia die resurget. Tune accessit ad eum mater filiorum Zebedœi

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu.

EN ce temps-là, Jésus, montant à Jérusalem, prit à part ses douze disciples et leur dit ; Voici que nous montons à Jérusalem, et le Fils de l'homme sera livré aux princes des prêtres et aux scribes, et ils le condamneront à mort, et le livreront aux gentils pour être moqué, et flagellé, et crucifié : et il ressuscitera le troisième jour. Alors la mère des enfants de Zébédée s approcha de lui avec ses fils, et elle se prosterna pour lui faire une

Le Mercr. de la Deux. Sem. de Carême. 265

demande. Il lui dit : Que I cum filiis suis, adorans voulez-vous ? Elle répondit : et petens aliquid ab eo. Ordonnez que mes deux fils Qui dixit ei : Quid vis ? que voici soient assis, l'un à Ait illi : Die ut sedeant votre droite et l'autre à votre ' hi duo filii mei, unus ad

gauche dans votre rovaume. Jésus leur dit : Vous ne savez pas ce que vous demandez. Pouvez-vous boire le calice que je dois boire ? Ils lui répondirent : Nous le pouvons. Il leur dit : \'ous boirez en effet mon calice : mais d'être assis à ma droite ou à ma gauche, il ne dépend pas de moi de vous le donner : mais ceci est pour ceux à qui mon Père l'a préparé. Les dix autres, entendant cela, s'indignèrent contre les deux frères ; mais Jésus, les appelant à soi, leur dit : Vous savez que les princes des nations les dominent, et que les grands exercent la puissance sur elles. Il n'en sera pas ainsi parmi vous ; mais que celui qui voudra être le plus grand parmi vous soit votre serviteur, et que celui qui voudra être le premier parmi vous soit votre esclave : de même que le Fils de l'homme n'est point venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie pour racheter celle de plusieurs.

dexteram tuam. et unus ad sinistram in regno tuo. Respondens autem Jésus, dixit : Nescitis quid petatis. Potestis bibere calicem, quem ego bibiturus sum ? Dicunt ei : Possumus. Ait illis : Calicem quidem meum bibetis : sedere autem ad dexteram meam vel sinistram, non est meum dare vobis, sed quibus paratum est a Paire roeo. Et audientes decem, indignati sunt de duobus fraîribus. Jésus autem vocavit eos ad se, et ait ; Scitis quia principes gentium dominantur eorum : et qui majores sunt, potestatem exercent in eos. Non ita erit inter vos : sed quicumque voluerit inter vos major fieri. sit vester minister : et qui voluerit inter yos primus esse, erit vester servus. Sicut Filius hominis non venit ministrari. sed ministrare, et dare animam suam redemptionem pro multis.

LE voici devant nous celui qui s'est dévoué pour apaiser la colère du Roi des siècles et pour sauver son peuple de la mort. C'est

206 Le Carême.

lui, le fils de la nouvelle Esther et aussi le Fils de Dieu, qui s'approche pour briser l'orgueil d'Aman, au moment même où ce pertide croit triompher. Il se dirige vers Jérusalem, car c'est là que doit se donner le grand combat. 11 avertit ses disciples de tout ce qui va se passer. Il sera livré aux princes des prêtres, qui le déclareront digne de mort; ceux-ci le mettront au pouvoir du gouverneur et des soldats romains. Il sera couvert d'opprobres , flagellé et crucifié ; mais, le troisième jour, ii ressuscitera glorieux. Les Apôtres entendirent tous cette prophétie que Jésus leur fit, les ayant tirés a part ; car l'Evangile nous dit que ce fut aux douze qu'il parla. Judas était présent, et aussi Pierre, Jacques et Jean, que la transfiguration de leur Maître sur le Thabor avait mieux instruits que les autres delà sublime dignité qui résidait en lui. Et cependant tous l'abandonnèrent. Judas le vendit, Pierre le renia, et la terreur dispersa le troupeau tout entier, lorsque le Pasteur fut en butte à la violence de ses ennemis. Nul ne se souvint qu'il avait annoncé sa résurrection pour le troisième jour, si ce n'est peut-être Judas, que cette pensée rassura, quand une basse cupidité lui fit commettre la trahison. Tous les autres ne virent que le scandale de la croix ; et c'en fut assez pour éteindre leur foi et pour les faire rompre avec leur Maître. Quelle leçon pour les chrétiens de tous les siècles ! Combien elle est rare, cette estime de la croix qui la fait considérer, pour soimême et pour les autres, comme le sceau de la prédilection divine !

Le Mercr. de la Deux. Sem. de Carême. 26"

Hommes de peu de foi, nous nous scandalisons des épreuves de nos frères, et nous sommes tentés de croire que Dieu les a abandonnés parce qu'il les afflige ; hommes de peu d'amour, la trihulation de ce monde nous semble un mal, et nous regardons comme une dureté de la part du Seigneur ce qui est pour nous le comble de sa miséricorde. Nous sommes semblables à la mère des fils de Zébédée ; il nous faut près du Fils de Dieu une place glorieuse, apparente, et nous oublions que, pour la mériter, il faut boire le calice qu'il a bu lui-même, le calice de la Passion. Nous oublions aussi la parole de l'Apôtre, que « pour entrer en part « avec Jésus dans sa gloi'-e, il faut avoir « goûté à ses souffrances i » ! Le Juste n'est point entré dans son repos par les honneurs et par les délices ; le pécheur ne l'y suivra point sans avoir traversé la voie de l'expiation.

HL'MiLiEz vos têtes devant 1 TT umiliate capita vesDieu. n tra Deo.

ODiEU ! ami et réparateur de l'innocence, tournez vers vous les cœurs de vos serviteurs, afin qu'ayant conçu la ferveur de votre Esprit, ils soient trouvés stables

DEUS innocentiae restitutor et amator, dirige ad te tuorum corda servorum : ut Spiritus tui fervore concept©, et in fide inve2f)S

niantur stabiles, et in opère efficaces. Per Christiim Dominum nostrum. Amen.

dans la foi et actifs dans les œuvres. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Le poète chrétien continue de célébrer le mérite du jeûne, qu'il nous montre aujourd'hui sanctitié par l'exemple de Jésus-Christ lui-même.

SED cur vetustœ gentis ex e m p 1 u m loquor ? Pridem caducis quum

gravatus artubus Jésus, dicato corde jejunaverit : Praenuncupatus ore qui

prophetico Emmanuel est, sive nobiscum Deus.

Qui corpus istud molle

naturaliter, Captumque laxo sub voluptatum jugo, Virtutis arcta lege fecit

liberum, Emancipator .servientis

plasmatis, Regnantis ante victor et

cupidinis.

Inhospitali namque

secretus loco, Quinis dicbus octies labentihus, Nullam ciborum vindicavit gratiam,

POURQUOI citerai-je en faveur du jeîine l'exemple d'un peuple ancien, quand nous savons que Jésus, vivant encore sous le poids de ses membres mortels, jeijna autrefois, malgré la sainteté de son cœur, lui annoncé par la bouche du Prophète comme l'Emmanuel, le Dieu avec

Lui qui, par la loi sévère de la vertu, a rendu libre notre corps, dont la nature est la mollesse, et que le joug facile des voluptés tenait captif ; lui qui a émancipé sa créature jusqu'alors asservie ; lui vainqueur des appétits qui régnaient alors ?

Retiré à l'écart dans un lieu inhospitalier, il se refuse pendant quarante jours le bienfait de la nourriture , fortifiant par un jeûne salutaire ce corps dont la faiLe Mercr. de la Deux. Sem. de Carême. 26 q

blesse aspire aux jouissances.

L'ennemi s'étonne qu'un limon périssable puisse supporter et souffrir tant de fatigues. Par d'habiles artifices, il explore si ce n'est point un Dieu caché sous des membres terrestres ; mais il s'entend reprocher sa fraude, et n'a plus qu'à s'enfuir.

Firmans salubri scilicet

jejunio Vas appetendis imbecillum gaudiis.

Miratur hostis, posse

limum tabidum Tantum laboris sustinere

ac perpeti. Explorât arte sciscitator callida. Deusne membris sit receptus terreis : Sed, increpata fraude,

post tergum ruit.

ô^^^3fj3liiXj3^C^^^3^3^iM>3^îMi3^d^5^3kj3h)3^3^3^S^3^

A Station est aujourd'hui dans la célèbre barsilique de Sainte-Marieau-delà -du- Tibre, la première église de Rome consacrée à Marie,

dès le me siècle, sous le pontificat de saint

Calliste.

PR^STA nobis, quassumus Domine, auxilium gratiae tuae, ut jejuniis et orationibus convcnienter intenti, liberemur ab hostibus mentis et corporis. Pcr Christum Dominum nostrum.

Amen.

DAIGNEZ, Seigneur, nous accorder le secours de votre grâce, afin que, demeurant fidèles au jeûne et à la prière, nous soyons affranchis des ennemis de l'âme et du corps. Far Jcsus-Christ notre Seigneur. Amen.

Lectio Jeremias Prophcta:. Cap. xvn. ,EC dicit Dominus Deus : Maledictus homo qui confidit in homine, et ponit carnem brachium suum, et a Domino recedit cor ejus. Erit enim quasi myricae in deserto, cl non videbit cum venerit bonum ; sed habitabit in si'ccitate in deserlo, in terra salsugiL.ecturedu Prophète Jércmie. Chap. xvn.

VOICI ce que dit le Seigneur Dieu : Maudit est l'homme qui met sa confiance en l'homme, qui se fait un bras de chair, et dont le cœur se retire du Seigneur ; car il sera semblable à la bruyère du désert ; et quand le bien arrivera, il ne le verra pas ; mais il demeurera dans l'aridité du désert, dans une terre

Le Jeudi de la Deux. Sem. de Carême.

saline et inhabitable. Celui-là est béni, qui met sa confiance dans le Seigneur, et dont le Seigneur est Tespérance. Et il sera semblable à un arbre transplanté au bord des eaux, qui pousse ses racines vers l'eau qui l'humecte, et qui ne craint point la chaleur, lorsqu'elle est venue. Et son feuillage sera toujours vert, et il ne sera point en peine au temps de la sécheresse, et il ne cessera jamais de porter du fruit. Le cœur de l'homme est mauvais et impénétrable. Qui pourra le connaître ? Moi, le Seigneur, qui sonde le cœur et qui éprouve les reins ; qui rends à chacun selon sa voie et selon le fruit de ses pensées, dit le Seigneur toutpuissant.

nis et inhabitabili. Benedictus vir, qui confidit in Domino, et erit Dominus fiducia ejus. Et erit quasi lignum quod transplantatur super aquas, quod ad humorem mittit radiées suas : et non timebit cum venerit œstus. Et erit folium ejus viride, et in tempore siccitatis non erit sollicitum, nec aliquando desinet faeere fructum. Pravum est cor omnium et inscruXabiJe : quis cognoscet illud ? Ego Dominus scrutans cor. et probans renés •. qui do unicuique juxta viam suam, et juxta fructum adinventionum suarum, dicit Dominus omnipotens.

LES lectures de ce jour sont consacrées à fortitier dans nos cœurs les principes de la morale chrétienne. Détournons un instant les yeux du triste spectacle que nous offre la malice des ennemis du Sauveur ; reportons-les sur nous-mêmes, atin de connaître les plaies de nos âmes et d'en préparer le remède. Le prophète Jérémie nous présente aujourd'hui le tableau de deux situations pour l'homme ; laquelle des deux est la nôtre ? Il y a l'homme qui met sa confiance dans un bras de chair, c'est-à-dire qui ne considère sa vie que dans les conditions du présent, qui voit tout dans les créatures, et se trouve par là même entraîné

à violer la loi du Créateur. Tous nos péchés sont venus de cette source ; nous avons perdu de vue nos fins éternelles, et la triple concupiscence nous a séduits. Hâtons-nous de revenir au Seigneur notre Dieu : autrement, nous aurions à craindre le sort dont le Prophète menace le pécheur : Qiiand le bien arrivera, il ne le verra pas. La sainte Quarantaine avance dans son cours ; les grâces les plus choisies se multiplient à chaque heure ; malheur à l'homme qui, distrait par la vaine figure de ce monde qui passe 1, ne s'aperçoit de rien, et demeure, en ces saints jours, stérile pour le ciel, comme la bruyère du désert l'est pour la terre ! Qu'il est grand, le nombre de ces aveugles volontaires, et que leur ir^sensibilité est effrayante ! Enfants fidèles de la sainte Eglise, priez pour eux, priez sans cesse ; offrez au Seigneur à leur intention les œuvres de votre pénitence, les largesses de votre charité. Chaque année, plusieurs d'entre eux rentrent au bercail, dont la porte leur a été ouverte par les pieux suffrages de leurs frères ; faisons violence à la divine miséricorde.

Le Prophète nous dépeint ensuite l'homme qui met sa confiance dans le Seigneur, et qui, n'ayant pas d'autre espérance aue lui, veille sans cesse à lui être fidèle. C est un bel arbre au bord des eaux, dont le feuillage est toujours vert, et dont les fruits sont abondants. « Je vous ai établis, dit le Sauce veur, afin que vous portiez du fruit et que « votre fruit demeure 2. » Devenons cet arbre

Le Jeudi de l.i Deux. Sem. de Carême. 2-3

béni et toujours fécond. L'Eglise, en ce saint temps, répand sur ses racines l'eau de la componction ; laissons agir cette eau bienfaisante. Le Seigneur pénètre nos cœurs ; il sonde nos désirs de conversion ; et, quand la Pàque sera venue, « il rendra à chacun selon sa voie ».

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. xvi.

EN ce temps-là, Jésus dit aux Pharisiens ; Il y avait un homme riche qui était vêtu de pourpre et de lin ; et chaque jour il faisait une chère splendide. Et il y avait aussi un mendiant nommé Lazare qui était étendu à sa porte, couvert d'ulcères, qui eût bien voulu se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche : et personne ne lui en donnait : mais les chiens venaient lécher ses ulcères. Or il arriva que le mendiant mourut, et il fut porté par les Anges dans le sein d'Abraham. Le riche mourut aussi, et il fut enseveli dans l'enfer. Comme il était dans les tourments, il leva les yeux et vit de loin Abraham, et Lazare dans son sein. Et jetant un cri, il dit : Père Abraham, ayez pitié de moi. et envoyez Lazare, afin qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau pour rafraiSequentia sancti Evangelii secundum Lucam.

IN illo tempore : Dixit Jésus Pharisaeis Homo quidam erai dives, qui induebatur purpura et bysso : et epulabatur quotidie splendide. Et erat quidam mendicus. nomine Lazarus, qui jacebat ad januam ejus, ulceribus plenus. cupiens saturari de micis quœ cadebant de œensa divitis. et nemo illi dabat ; sed et canes veniebant, et lingebant ulcéra ejus. Factum est autem ut moreretur mendicus. et portaretur ab Angelis in sinum Abrahae. Mortuus est autem et dives, et sepultus est in inferno. Elevans autem oculos suos, cum esset in tormentis, vidit Abraham a longe, et Lazarum in sinu ejus : et ipse damans dixit : Pater Abraham miserere mei. et

l8

Le Carcme.

mitte Lazarum ut intingat extremum digiti sui in aquam, ut refrigeret linguam meam, quia crucior in hac flamma. Et dixit ilii Abraham : Fili, . recordare quia recepisti bona in vita tua, et Lazarus similiter mala : nunc autem hic consolatur, tu vero cruciaris. Et in his omnibus, inter nos et vos chaos magnum firmatum est : ut hi, qui volunt hinc transira ad vos, non possint, neque inde hue transmeare. Et ait : Rogo ergo te, pater, ut mittas eum in domum patris mei ; habeo enim quinque fratres, ut testetur illis, ne et ipsi veniant in hune locum tormentorum. Et ait illi Abraham : Habent Moysen et Prophetas : audiant illos. At ille dixit : Non, pater Abraham ; sed si quis ex mortuis ierit ad cos, pœnitentiam agent. Ait autem illi ; Si Moysen et Prophetas non audiunt, neque si quis ex mortuis resurrexerit, credent.

chir ma langue ; car je souffre extrêmement dans cette flamme. Et Abraham lui dit : Mon fils, souvenez-vous que pendant votre vie vous avez reçu les biens, et Lazare les maux pendant la sienne ; et maintenant il est consolé, et vous êtes dans les tourments. Et dans cet état de choses, il y a un immense abîme placé entre vous et nous, en sorte que ceux qui voudraient passer d'ici à vous, ou venir ici de là où vous êtes, ne le pourraient. Et le riche dit : Père, je vous prie donc de l'envoyer dans la maison de mon père, où j'ai cinq frères, afin qu'il leur atteste ces choses, de peur qu'ils ne viennent eux aussi dans ce lieu de tourments. Et Abraham lui dit : Ils ont Moïse et les Prophètes; qu'ils les écoutent. Et il dit ; Non, père Abraham ; mais si quelqu'un des morts va vers eux, ils feront pénitence. Mais Abraham lui dit : S'ils n'écoutent pas Moïse et les Prophètes, quelqu'un des morts ressusciterait, qu'ils ne le croiraient pas non plus.

NOUS voyons dans ce récit la sanction des lois divines, le châtiment du péché ; combien le Seigneur nous y apparaît redoutable ! et « qu'il est terrible de tomber entre les mains du Dieu vivant ! » Un homme est aujourd'hui

Le Jeudi de la Deux. Sem. de Carême. 2j5

dans le repos, dans les jouissances, dans la sécurité ; l'inévitable mort vient fondre sur lui, et le voilà enseveli tout vivant dans l'enfer. Haletant au milieu des flammes éternelles, il implore une goutte d'eau, et cette goutte d'eau lui est réfusée. D'autres hommes, ses semblables, qu'il a vus de ses yeux, il y a peu d'heures, sont dans un autre séjour, dans le sé)our d'une félicité éternelle, et un immense abîme le sépare d'eux pour jamais. Sort effroyable! désespoir sans tin! Et des hommes, sur la terre, vivent et meurent souvent sans avoir un seul jour sondé cet abîme, même de leur simple pensée ! Heureux donc ceux qui craignent ! Car cette crainte peut les aider à soulever le poids qui les entraînerait dans le gouffre sans fond. Quelles épaisses ténèbres "le péché a répandues dans l'àme de l'homme ! Des gens sages, prudents, qui ne commettront jamais une faute dans la gestion de leurs affaires de ce monde, sont insensés, stupides , quand il s'agit de l'éternité. Quel affreux réveil ! et le malheur est sans remède. Afin de rendre la leçon {?lus efficace, le Sauveur ne nous a pas raconté la réprobation d'un de ces grands scélérats dont les crimes font horreur, "et que les mondains eux-mêmes regardent comme la proie de l'enfer ; il nous représente un de ces hommes tranquilles, d'un commerce aimable, faisant honneur à leur position. Ici, point de forfaits, point d'atrocités ; le Sauveur nous dit simplement qu'il était vêtu avec luxe, qu'il faisait tous les jours bonne chère. Il y avait bien un pauvre mendiant à sa porte; mais il ne le maltrai2j6 Le Caverne

tait pas; il eût pu le chasser plus loin; il le souft'rait sans insulter à sa misère. Pourquoi donc ce riche sera-t-il dévoré éternellement par les ardeurs de ce feu que Dieu a allumé dans sa colère ? C'est parce que l'homme qui vit dans le luxe et la bonne chère, s'il ne tremble pas à la pensée de réternité, s'il ne comprend pas qu'il doit « user de ce monde comime n'en usant pas 1 », s'il est étranger à la croix de JésusChrist, est déjà vaincu par la triple concupiscence. L'orgueil, l'avarice, la luxure, se disputent son cœur, et finissent par y dominer d'autant plus qu'il ne songe pas même à rien faire pour les abattre. Cet homme ne lutte pas : c'est qu'il est vaincu ; et la mort s'est établie dans son âme. Il ne maltraite pas le pauvre ; mais il se souviendra trop tard que le pauvre est plus que lui, et qu'il fallait l'honorer et le soulager. Ses chiens ont eu plus d'humanité que lui ; et voilà pourquoi Dieu l'a laissé s'endormir jusqu'au bord de l'abîme où il doit tomber. Dira-t-il qu'il n'a pas été averti ? Il avait Moïse et les Prophètes ; plus que cela, il avait Jésus et son Eglise. Il a en ce moment la sainte Quarantaine qui a été annoncée pour lui ; mais se donne-t-il la peine de savoir même ce

aue c'est que ce temps de grâce et de paron ? Il l'aura traversé sans s'en être douté ; mais il aura en même temps fait un pas de plus vers l'éternel malheur.

Le Jeudi de la Deux. Sem. de Carême.

Dieu.

ILIEZ VOS têtes devant

vestra Deo.

capita

ASSISTEZ, Seigneur, vos serviteurs, et accordezleur les efiFets de cette continuelle miséricorde qu'ils implorent ; et comme ils se gloriBent d'avoir été créés et d'être régis par vous, rétablissez en eux les biens que vous y avez réunis, et maintenez ce que vous aurez rétabli. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Terminons aujourd'hui l'Hymne de Prudence que nous avons suivie avec tant d'intérêt depuis plusieurs jours.

ADESTO. Domine, famulis tuis, et perpetuam benignitatem largire poscentibus : ut iis qui te auctore et gubernatore gloriantur, et congregata restaures, et resîaurata conserves. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

PUISSIONS-NOUS, ô Christ 1 ô Maître de la doctrine sacrée ! imiter selon nos forces l'exemple que tu doryias à tes disciples, afin que. victorieuse des appétits brutaux, notre âme, devenue maîtresse , triomphe dans tout son empire.

C'est là ce que nous envie la noire jalousie de notre adversaire ; c'est là ce qui plaît au Maître souverain de la terre et des cieux, ce qui rend propice l'autel mystéO G nos sequamur

qui^que nunc pro

viribus. Quod consecrati tu magister dogmatis Tuis dedisti, Christe,

sectatoribus ; Ut quum vorandi vicerit

libidiném, Late triumphet imperator spiritus.

Hoc est, quod atri livor hostis invidet,

Mundi, polique quod gubernator probat.

Altaris aram quod facit placabilem.

Quod dormientis excitât

cordis tidem, Quod limât œgram pectorum rubiginem.

Perfusa non sic amne

flamma exstinguitur, Nec sic calente sole labescunt nives. Ut turbidarum scabra

culparum seges Vanescit almo trita sub

jejunio, Si blanda semper misceatur largitas.

Est quippe et illud grande virtutis genus

Operire nudos , indigentes pascere,

Opem benignam ferre supplicantibus,

Unam, paremque sortis humanae vicem

Intcr potentes , atque egenos ducere.

Satis beatus quisque

dextram porrigit Laudis rapacem, prodigam peciiniœ, Cujiis sinistra dulce factum nesciat. Illum perennes prolinus

complent opes, Ditatque fructus fœnerantem centuplex.

rieux, ce qui réveille la foi d'un cœur qui s'endormait, ce qui enlève la rouille d'une âme languissante.

Comme la flamme s'éteint sous les eaux qu'elle rencontre, comme la neige se fond sous un ardent soleil ; ainsi la triste moisson de nos péchés s'anéantit broyée par le jeiine sacré, quand l'aumône vient y joindre sa bienveillance.

Car c'est aussi une grande œuvre de vertu de couvrir celui qui est nu, de itpaître l'indigent, de porter aux suppliants un bienfaisant secours, de reconnaître une seule et même destinée humaine entre le pauvre et le puissant.

Assez hetireux est celui qui, ravissant la vraie gloire, étend sa main droite pour prodiguer l'argent, tandis que sa main gauche ignore ce bienfait. Un trésor éternel est là pour le dédommager ; il prête, et ce qu'il avance lui rendra au centuple.

CtiA C^tX CXiJL. fT^ CX^ CtlA £X^ ctlA CXiJ. CXlÀ. CtiA CvlA

A Station est aujourd'hui dans l'Eglise de Saint-Vital , Martyr, père des deux illustres martyrs milanais saint Gervais et saint' Protais.

x sant ! que, purifiés par ce jeûne sacré, nous arrivions d'un cœur sincère aux saintes solennités qui approchent. Par Jésus-Christ notre Seigneur- Amen.

DA. quaesuraus omnipotens Deus, ut sacro nos purificante jejunio, sinceris mentibus ad sancta ventura facias pervenire. Par Christum Dominum nostrum. A- men.

Lecture du livre de la Genèse. ChAP. XXXVII.

EN ces jours-là, Joseph dit à ses frères : Ecoutez le songe que j'ai eu. Il me semblait que je liais avec vous des gerbes dans un champ, et que ma gerbe se levait et se tenait debout. tandis que les vôtres entouraient la mienne et l'adoraient. Ses frères lui répondirent : Seras-tu donc notre roi, et serons-nous soumis à ta domination ? Ces songes et ces entretiens allumèrent

Lectio libri Genesis. Cap. xxxvii.

IN diebus illis . Dixit Joseph fratribus suis • Audite somnium meum quod vidi : Putabara nos ligare manipulos in agro : et quasi consurgere manipulum meum. et stare, vestrosque manipulos circumstantes adorare manipulum meum. Responderunt fratres ejus : Numquid rex noster eris ? aut subjiciemur ditioni tuae ? Haec ergo causa

somniorum atque sermonum, invidiae et odii fomitem ministravit. A- liud quoquc vidit somnium, quod narrans fratribus ait : Vidi per somnium quasi solem, et lunam, et stellas undecini adorare me. Quod quum patri suo, et fratribus rctulisset, increpavit eiim pater suus, et dixit : Quid sibi vult hoc somnium quod vidisti ? Num ego, et mater tua, et fratres tui adorabimus te super terram ? Invidebanteiigitur fratres sui : pater vero rem tacitus considerabat. Cumque fratres illiusin pascendis trregibus patris morarentur in Sichem, dixit ad eum Israël : Fratres tui pascunt oves in Sichimis : veni, mitlam te ad eos. Quo respondente : Praesto sum, ait ei : Vade, et vide si cuncta prospéra sint erga fratres tuos. et pecora : et renuntia mihi quid agatur. Missus de valle Hebron, venit in Sichem : invenitque eum vir errantem in agro, et interrogavit quid quœreret. At ille respondit : Fratres meos quaro ; indica mihi ubi pascant grèges. Dixitque ei vir : Recesserunt de loco isto ; audivi autem

davantage l'envie et la haine contre lui. Il eut encore un autre songe, qu'il raconta à ses frères en leur disant : J'ai vu comme le soleil, la lune et onze étoiles qui m'adoraient. Lor.squ'il eut rapporté ceci à son père et à ses frères, son père le réprimanda, et lui dit : Que veut dire ce songe que tu as eu ? Est-ce que moi, ta mère et tes frères devons t'adorer sur la terre ? Ses frères étaient donc pleins d'envie contre lui ; mais son père considérait la chose avec attention et dans le silence. Il arriva que ses frères, paissant les troupeaux de leur père, s'arrêtèrent, en Sichem, et Israël dit à Joseph : Tes frères paissent les brebis dans Sichem : viens donc, afin que je t'envoie vers eux. Il répondit • Je suis prêt. Jacob lui dit : Va, et vois si tes treres se portent bien, et si les troupeaux sont en bon état ; et tu me rapporteras ce (jui se passe. Htant donc parti de la vallée d'Hébron, il vint à Sichem ; et un homme, l'ayant trouvé errant dans la campagne, lui demanda ce qu'il cherchait. Il répondit : Je cherche mes frères ; indiquez-moi où ils paissent leurs troupeaux. Et cet homme lui dit : Ils se sont retirés de ce lieu ; et je les ai entendus se dire : Allons vers Dothaïn, Joseph alla

Le Vendr. de la Deux. Sem. de Carême. 2S i

donc après ses frères, et il les trouva en Dothaïn. Eux, l'apercevant de loin, avant qu'il fût arrivé à eux. eurent la pensée de le tuer ; et ils se disaient Tun à l'autre . Voici le songeur qui vient. Venez, tuons-le et jetons-le dans cette vieille citerne. Nous dirons . Une bête féroce l'a dévoré ; et alors nous verrons à quoi lui auront servi ses songes. Mais Ruben, entendant ceci, s'efforçait de le délivrer de leurs mains, et il disait : Ne le tuez pas, et ne répandez pas son sang ; mais jetez-le dans cette vieille citerne qui est au désert, et conservez vos mains pures. 11 disait ceci dans le dessein de l'arracher de leurs mains et de le rendre à son père.

eos dicentes : Eamus in Dothain. Perrexit ergo Joseph post fratres suos, et invenit eos in Dothain. Qui cum vidissent eum procul, antequam accederet ad eos, cogitaverunt illum occidere, et mutuo loquebantur : Ecce somniator venit : venite, occidamus eum, et mittamus in cisternam veterem : dicemusque ; Fera pessima devoravit eum. et tune apparebit quid illi prosint somnia sua. Audiens autem hoc Ruben, nitebatur liberare eum de manibus eorum, et dicebat : Non interficiatis animam ejus, nec effundatis sanguinem ; sed projicite eum in cisternam hanc, quaî est in solitudine, manusque vestras servate innoxias. Hoc autem dicebat, volens eripere eum de manibus eorum, et reddere patri suo.

LA sainte Eglise reporte aujourd'hui notre attention sur la prévarication des Juifs, et sur ce qui en est résulté pour la vocation des Gentils ; dans cette instruction destinée aux^ Catéchumènes, puisons notre propre édilication. Prenons d'abord dans une tigure de l'Ancien Testament la notion du fait que nous allons voir accompli dans notre Evangile. Joseph est l'objet des complaisances de

2S2 Le Carême.

son père Jacob, qui voit en lui le fils de Rachel, son épouse préférée, et qui l'aime pour son innocence. Des songes prophétiques ont annoncé la future grandeur de cet enfant ; mais il a des frères"; et ces frères, poussés par une noire envie, ont résolu de le faire périr. Ce dessein impie n'est pas mis à exécution dans toute son étendue ; mais il s'accomplit dans une certaine mesure : Joseph ne reverra plus la terre qui l'a vu naître. Il est vendu à des marchands étrangers ; bientôt un noir cachot devient son séjour. Mais il en sort pour dicter des lois, non dans la terre de Chanaan qui l'a repoussé, mais au sein de rEgypte païenne. Par lui, cette région de la gentilité, livrée à la plus affreuse famine, retrouve l'abondance et la paix ; et pour ne pas périr eux-mêmes dans le pays d'où ils l'ont exilé, les frères de Joseph sont réduits à descendre en Egypte et a venir implorer la clémence de celui qui fut leur victime. Qui ne reconnaît dans cette merveilleuse histoire le type de notre divin Rédempteur, Fils de Dieu et de Marie, en butte à la jalousie de sa propre nation , malgré les signes prophétiques qui se réalisent en lui jusqu'au dernier? Sa mort est résolue comme celle de Joseph; comme lui il est indignement vendu. Il traverse les ombres de la mort, pour reparaître ensuite plein de gloire et de puissance. Mais ce n'est plus à Israël qu'il prodigue les marques de sa prédilection ; il s'est tourné vers les Gentils, et il demeure avec eux désormais. C'est là que les restes d'Israël viendront le chercher, lorsque, voulant enfin rassasier la faim

Le Vendr. de la Deux. Sem. de Carême. 2 83

qui les presse; ils consentiront à reconnaître pour le véritable Messie ce Jésus de Nazareth, leur Roi, qu'ils ont crucifié.

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu.

EN ce temps-là, Jésus dit à la foule des Juifs et aux princes des prêtres cette parabole ; Il y avait un homme père de famille qui planta une vigne et l'entoura d'une haie, y creusa un pressoir, et y bâtit une tour, et l'ayant louée à des vignerons, il partit pour un pays lointain. Or. comme le temps de la vendange approchait, il envoya vers les vignerons ses serviteurs pour recueillir ses fruits. Et les vignerons, s'étant saisis de ses serviteurs, battirent l'un, tuèrent l'autre. et en lapidèrent un autre. Il envoya de nouveau d'autres serviteurs en plus grand nombre ; et ils les traitèrent de même. Enfin il leur envoya son fils, disant : Du moins ils respecteront mon fils ! Mais les vignerons, voyant le fils, se dirent entre eux : Celui-ci est l'héritier ; venez, tuons-le, et nous aurons son héritage. Et l'ayant pris, ils le jetèrent hors de la vigne, et le tuèrent. Lors donc que viendra le maître delà vigne, que. fera-t-il à ces vignerons ?

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. xxi.

[N illo tempore : Dixit Jésus turbis Judasorum, et principibus sacerdotum parabolam hanc : Homo erat paterfamilias. qui plantavit vineam, et sepem circumdedit ei, et fodit in ea torcular, et aedificavit turrim, et locavit eam agricolis, et peregre profectus est. Cum autem tempus fructuum appropinquasset, misit servos suos ad agricolas. ut acciperent fructus ejus. Et a g r i c o 1 as. apprehensis ser^'is ejus. alium ceciderunt. alium occiderunt, alium vero lapidaverunt. Iterum misit alios servos plures prioribus, et fecerunt illis similiter. Xovissime autem misit ad eos filium suum, dicens : Verebuntur filium meum. Agricolas autem vidantes filium, dixerunt intra se : Hic est hasres : venite. occidamus eum. et habebimus haereditatem ejus. Etapprehensum cum ejeLe Carêmt

cerunt extra vincam, et occiderunt. Cum ergo venerit dotninus vineae, quid faciet agricolis illis ? Aiunt illi : Malos maie perdct : cl vineam suam locabit aliis agricolis, qui reddant ci fructiim temporibus suis. Dicit illis Jésus : Numquam legistis in Scripturis : Lapidem quem reprobaverunt aedificantes, hic facius est in caput anguli ? A Domino factum est istud, et est mirabile in oculis nostris. Ideo dico vobis, quia auferetur a vobis regnum Dei, et dabitur genti facienti fructus ejus. Et qui ceciderit super lapidem istum, conrringetur : super quem vero ceciderit, conteret eum. Et cum audissent principes sacerdotum et Pharissei parabolas cjus, cognoverunt quod de ipsis diceret. Et quaerenles eum tcnere, timuerunt turbas : quoniam sicut Prophetam eum habebant.

Ils lui répondirent : Il châtiera sévèrement ces méchants, et il louera sa vigne à d'autres vignerons qui lui en rendront les fruits en leur temps. Jésus leur dit : N'avezvous jamais lu dans les Ecritures : La pierre qu'avaient rcjetce ceux qui bâtissaient, est devenue le sommet de l'angle : c'est l'œuvre du Seigneur ; elle est admirable à nos yeux ? C'est pourquoi je vous dis que le royaume de Dieu vous sera ôté, et il sera donné à un peuple qui en produira les fruits. Et celui qui tombera sur cette pierre se brisera ; et celui sur qui elle tombera, elle l'écrasera. Les princes des prêtres et les Pharisiens, entendant ses paraboles, connurent qu'il parlait d'eux, et cherchèrent à se saisir de lui ; mais ils craignirent le peuple, parce qu'il le considérait comme un Prophète.

CK ne sont plus ici les ombres et les figures de Pantiquc alliance, qui ne nous montraient notre Rédempteur que dans le lointain et sous des traits empruntés ; nous sommes en face de la réalité même. Encore un peu de temps, et la victime trois fois

Le Vendr. de la Deux. Sem. de Carême, 2 85

sainte aura succombé sous les coups de ses envieux. Qu'elle est terrible et solennelle la parole de Jésus dans ces dernières heures ! Ses ennemis en sentent tout le poids ; mais, dans leur orgueil, ils veulent lutter jusqu'à la fin contre celui qui est la Sagesse du Père, s'obstinant à ne pas reconnaître en lui cette Pierre redoutable qui brise celui qui la heurte, et qui écrase celui sur lequel elle tombe. Cette Vigne, c'est la Vérité révélée, la règle de la foi et des mœurs, l'attente du Messie Rédempteur, l'ensemble des moyens du salut ; c'est aussi la famille des enfants de Dieu, son héritage, son Eglise. Dieu avait choisi la Synagogue pour être dépositaire d'un tel trésor ; il voulait que sa vigne fût gardée fidèlement, qu'elle fructifiât entre les mains des vignerons, qu'ils la reconnussent toujours pour son bien à lui, l'objet de ses complaisances. Mais dans son cœur sec et avare, la Synagogue a voulu s'approprier la Vigne du Seigneur. En vain a-t-il envoyé à diverses reprises ses Prophètes pour revendiquer ses droits : les vignerons infidèles les ont fait périr. Le Fils de Dieu, l'héritier, vient lui-même en personne. Le recevrontils du moins avec honneur et déférence ? rendront-ils hommage à son divin caractère ? Non ; ils ont formé l'affreux projet de le tuer, et, après l'avoir expulse comme un étranger sacrilège, ils le mettront à mort. Accourez donc, ô Gentils ! venez exercer la vengeance du Père ; ne laissez pas pierre sur pierre dans cette ville coupable qui a crié : <( Que son sang retombe sur nous et sur nos « enfants ! » Mais vous ne serez pas seuleLe Cai

ment les ministres de la justice céleste ; vous êtes devenus l'objet de la prédilection du Seigneur. La réprobation de ce peuple ingrat vous ou\re les portes du salut. Soyez désormais les gardiens de la vigne jusqu'à la tin des siècles; nourrissez- vous de ses fruits; ils sont à vous. De l'Orient à l'Occident, du Midi à l'Aquilon, venez à la grande Pâque qui se prépare ; il y a place pour vous tous. Descendez dans la piscme du salut, peuple nouveau formé de tous les peuples qui sont sous le ciel. Soyez la joie de l'Eglise votre Mère, qui ne cesse d'enfanter, jusqu'à ce que le nombre des élus étant rempli, son Epoux descende comme un juge formidable pour condamner « ceux qui n'auront pas connu le « temps de sa visite ^ ».

HUMiLiATEcapitaves- 1 TTumiliez vos têtes devant tra Deo. 11 Dieu.

rXA, quœsumus DomilJ ne, populo tuo salutem mentis et corporis : ut bonis operibus inhaercndo, tuae semper virtutis mereatur protectione detendi. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

DONNEZ, s'il vous plaît, Seigneur, à votre peuple, la santé de l'àme et du corps, afin que, s'appliquant &UX bonnes œuvres, il se rende dig^ne d'être toujours assisté de votre puissante protection. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Nous empruntons à la Liturgie grecque cette Hymne composée par saint André de

Le Vendr. de la Deux. Sem. de Caréyne.

Crète ; elle servira aujourd'hui d'expression aux sentiments de notre pénitence.

{Feria V qiiintce Hebdomadce.')

PAR ou commencer ma lamentation sur les actes de ma misérable vie ? O Christ 1 comment débuteraije aujourd'hui dans ce chant de deuil ? Toi qui es miséricordieux, accorde-moi le pardon de mes péchés.

Viens âme misérable , viens, accompagnée de ton corps ; confesse tout à ton Créateur ; réprime tes désirs si longtemps contraires à la raison, et fais voir à Dieu les larmes de ta pénitence.

J'ai imité la prévarication d'Adam le premier père ; je me suis vu nu, dépouillé de Dieu, du royaume éternel et de ses délices.

Malheur à toi, âme misérable ! Quoi ! as-tu été semblable à la première Eve ? tes yeux ont mal vu, et tu as été blessée cruellement ; tu as mis la main sur l'arbre, et dans ton entraînement tu as goûté le fruit dangereux.

C'est avec justice, ô Sauveur ! qu'Adam, pour n'avoir pas gardé ton unique commandement, fut chassé de

UNDE primum miserse vitae meas actiones lamenter ? quod, Christe. hodierni planctus initium faciam ? enim vero. qui misericors sis debitorum veniam concède.

Veni, misera anima, tua carne comité, omnium confitere Creatori, deincepsque antiqua abstine aliéna a ratione affectione. ac Deo lacrymas pœnitens exhibe.

Qui Adam protoplastum praevaricando sim aemulatus ; Deo. seternoque regno et voluptate, meis cognovi peccatis me nudatum.

Heu me. misera anima ! ut quid primje Evas similis facta es ? maie quippe vidisti, direque vulnerata es ; ac manum admovisti ligno. petulansque escam absonam gustasti.

Jure merito Adam, ut qui unum tuum mandatum. o Salvator. non custodiviàset, Eden illa

eiectus est : at ego, qui continue viviHca eloquia tua ppernam, quid sustinuero ?

Tempus est pœnitentia? : ad te accedo, fictorem meum : grave a me toile peccati jugum : mihique, ut misericors, tribue veniam delictorum.

Ne me, Salvator, abomineris, ne projicias a facie tua : grave a me toile peccati jugum : mihique, ut misericors, tribue veniam delictoVoluntaria mea débita praîterque voluntatcm, manifestaque et occulta, cognita omnia et incognita, tu Salvator, condona, velut Dcus indulgens ; propitius esto, ac me salvum facito.

l'Eden ; mais moi, qui sans cesse ai méprisé tes préceptes vivifiants, qu'ai-je mérité ?

C'est le temps de la pénitence : je viens à toi, ô mon Créateur ; enlève le joug du péché qui pèse sur moi, et, puisque lu es miséricordieux, pardonne-moi mes offenses.

N'aie pas horreur de moi, ô mon Sauveur 1 ne me rejette pas de devant ta face ; enlève le joug du péché qui pèse sur moi, et puisque tu es miséricordieux, pardonnemoi mes offenses.

O Sauveur 1 comme un Dieu compatissant, pardonne les péchés de ma volonté et ceux auxquels elle n'a pas pris part, mes péchés manifestes et ceux qui sont cachés, mes péchés connus et ceux que je ne connais pas ; sois-moi propice et sauvemoi.

V Station est à l'Eglise des saints

Pierre et Marcellin, célèbres martyrs de Rome sous la persécution de Dioclétien. et dont les noms ont

l'honneur d'être inscrits au Canon de la

Messe.

DONNEZ, s'il VOUS plaît, Seigneur, un effet salutaire à nos jetines. afin que la mortification de notre chair soit profitable à la santé de Qos âmes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Lecture du livre de la Genèse. ChAP. XXVII. EN ces jours-là, Rebecca dit à son fils Jacob : J'ai entendu ton père qui parlait à Esaû ton frère et qui lui disait : Apporte-moi quelque chose de ta chasse, et appréte-le-moi à manger, afin que je te bénisse devant le Seigneur avant que je meure. Maintenant donc, mon fils, obéis à mon conseil. Va au troupeau et apporte-moi deux chevreaux excellents , afin

DA, quatsumus Domine, nostris effectum jeiuniis salutarem : ut castigatio carnis assumpta, ad nostrarum vegetationem transeat animarum. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

Lectio libri Genesis.

IN diebus illis : Dixit Rebecca filio suo Jacob : Audivi patrem tuum loquentem cum Esau fratre tuo et dicentem ei : Affer mihi de venatione tua. et fac cibos ut comedam, et benedicam tibi coram Domino antequam moriar. Nunc ergo. fili mi, acquiesce consiliis meis : et pergens ad gregem.

LE Carême

2qo

affer mihi duos hœdos optimos, ut faciam ex eis escas patri tuo, quibus libenter vescitur : quas cum intuleris, et comederit, benedicat tibi priusquam moriatur. Cui lUe respondit : Nosti quod Esau frater meus homo pilosus sit, et ego lenis : si attrectaverit me pater meus, et senserit, timeo ne putet me sibi voluisse illudere, et inducam super me maledictionem pro benedictione. Ad quem mater : In me sit, inquit, ista maledictio, iïH mi : tantum audi vocem meam, et pergens affer quas dixi. Abiit, et attulit, deditque matri. Paravit illa cibos, sicut velle noverat patrem illius. Et vestibus Esau valde bonis, quas apud se habebat domi, induit eum : pelliculasque hœdorum circumdedit manibus, et colli nuda protexit. Deditque pulmentum, et panes quos coxerat tradidit. Quibus illatis dixit : Pater mi 1 At ille respondit : Audio. Quis es tu, fili mi ? Dixitque Jacob : Ego sum primogenitus tuus Esau : feci sicut praecepisti mihi : Surge, sede, et comede de venatione mea, ut beque j en prépare a ton père un ragoiit qu'il mange volontiers, et qu'après que tu le lui auras présenté, et qu'il en aura mangé, il te bénisse avant qu'il meure. Jacob lui répondit : Vous savez que mon frère Esau est velu, et que moi je suis sans poil. Si mon père me touche de la main et me reconnaît, j'ai peur qu'il ne croie que j'ai voulu me jouer de lui, et que je n'attire sur moi la malédiction au lieu de la bénédiction. Sa mère lui repartit • Que cette malédiction soit sur moi, mon fils ; écoute seulement ma voix ; va, et apporte ce que Je te dis. 11 alla donc, il l'apporta et le donna à sa mère. Celle-ci prépara le mets, comme elle savait que le père l'aimait. Elle revêtit Jacob de très

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gardait chez elle ; elle lui mit autour des mains de la peau des chevreaux, et lui en garnit le cou, là où il était découvert. Elle lui donna ensuite le ragoût et les pains qu'elle avait cuits. Il porta le tout devant Isaac, et lui dit : Mon père ! Le vieillard répondit : J'entends. Qui es-tu, mon fils ? Jacob répondit : Je suis Esaii votre premier-né ; j'ai fait ce que vous m'avez commandé : levez-vous, mettezvous sur votre séant, et manLe Samedi de la Deux Sem. de Carême. 2g i

gez de ma chasse, afin que votre âme me bénisse. Isaac dit encore à son fils . Comment as-tu pu, mon fils, trouver sitôt la matière de ce mets ? Il répondit ; La volonté de Dieu a été que ce que je désirais se présentât de suite à moi. Isaac dit encore : Approche-toi d'ici, mon fils, que je te touche, et que je connaisse si tu es mon fils Esaû, ou non. Jacob s'approcha de son père, et celuici. l'ayant touché, dit : Pour la voix, c'est la voix de Jacob ; mais les mains sont les mains d'Esaû. Et il ne le reconnut pas, parce que ses mains couvertes de poil lui donnaient la ressemblance de son aîné. Isaac donc le bénissant lui dit : Es-tu mon fils Esaû ? Il répondit : Je le suis. Mon fils, dit le père, apporte-moi à manger de ta chasse, afin que mon âme te bénisse. Jacob lui en présenta ; et après qu'il en eut mangé, il lui présenta aussi du vin. Isaac, en ayant bu. lui dit : Approche-toi de moi, et donne-moi un baiser, mon fils. Il s'approcha donc du père et le baisa. Celui-ci, aussitôt qu'il eut senti l'odeur de ses vêtements, lui dit en le bénissant : Voici que l'odeur de mon fils est comme l'odeur d'un champ fertile que le Seigneur a béni. Que Dieu te donne l'abonnedicat mihi anima tua. Rursumque Isaac ad filium suum . Quomodo, inquit, tam cito invenire potuisti, fili mi ? Qui respondit : Voluntas Dei fuit, ut cito occurreret mihi quod volebam. Dixitque Isaac : Accède hue, ut tangam te, fili mi, et probem utrum tu sis filius meus Esau. an non. Accessit ille ad patrem, et palpato eo, dixit Isaac : Vox quidem, vox Jacob est : sed mauus, manus sunt Esau. Et non cognovit eum, quia pilosœ manus similitudinem m a j o r i s e.xpresserant. Benedicens ergo illi, ait : Tu es filius meus Esau ? Respondit : Ego sum. At ille : Affer mihi. inquit, cibos de venatione tua, fili mi, ut benedicat tibi anima mea. Quos cum oblatos comedisset. obtulit ei etiam vinum. Que hausto. dixit ad eum • Accède ad me, et da mihi osculum, fili rai. Accessit, et osculatus est eum. Statimque ut sensit vestimentorum illius fragrantiam, benedicens illi, ait : Ecce odor filii mei, sicut odor agri pie - ni. cui benedixit Dominus. Det tibi Deus de rore coeli, et de pinguedine terrae abundantiam

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frumenti et vini. Et serviant tibi populi, et adorent te tribus : esto dominus fratrum tuorum, et incurventur ante te filii matris tuae. Qui maledixerit tibi, sit ille maledictus : et qui benedixerit tibi, benedictionibus repleatur. Vix Isaac sermonem impleverat : et egresso Jacob foras, venit Esau, coctosque de venalione cibos intulit patri, dicens : Surge , pater mi , et comede de venatione filii tui, ut benedicat mihi anima tua. Dixitquc illi Isaac : Quis cnim es tu ? Qui respondit : Ego sum filius tuus primogenitiis Esau. Expavit Isaac stupore vehcmenti, et ultra quam credi potest, admirans, ait : Quis igitur ille est, qui dudum captam venationcm attulit mihi, et comedi ex omnibus priusquam tu venires ? Bcnedixtque ci, et erit benedictus. Auditis Esau sermonibus patris, irrugiit clamore magno : et consternatus, ait : Benedic etiam et mihi, pater mi. Qui ait : Venit germanus tuus fraudulenter, et accepit benedictionem tuam. At ille subjunxit : Juste vocatum est nomen ejus

dance du froment et du vin par la rosée du ciel et la graisse de la terre. Que les peuples te servent, et que les tribus t'adorent. Sois le seigneur de tes frères, et que les fils de ta mère se courbent devant toi. Celui qui te maudira, qu'il soit maudit , et celui qui te bénira, qu'il soit comblé de bénédictions. Isaac venait d'achever ces paroles , et Jacob était à peine sorti, lorsque Esaii entra, et, présentant à son père les mets qu'il avait apprêtés de sa chasse, il lui dit Levez-vous, mon père, et mangez de la chasse de votre fils, afin que votre âme me bénisse. Isaac lui dit : Qui es-tu donc ? Il répondit : Je suis Esaù, votre premierné. isaac, frappé d'un étonnement extrême, et surpris au delà de ce qu'on peut croire, lui dit Quel est donc celui qui m'a déjà apporté sa chasse et qui m'a fait manger de tout, avant que tu fusses arrivé ? C'est lui que j'ai béni, et il sera béni. En entendant ces paroles de son père, Esaii poussa un grand cri comme un rugissement, et dans sa consternation il dit • Bénissezmoi aussi, mon père. Isaac répondit : Ton frère est venu par surprise, et il a reçu ta bénédiction. Esaii reprit :• C'est avec raison qu'il a été

Le Samedi de la Deux. Sem. de Carême. 2g3

appelé Jacob ; car il m'a supplanté déjà une autre fois : d'abord il m'a enlevé mon droit d'aînesse, et. tout à l'heure, par une seconde fraude, il vient de me dérober votre bénédiction. Il dit encore à son père : N'avezvous pas réservé pour moi aussi une bénédiction ? Isaac lui répondit : Je l'ai établi ton seigneur, et j'ai soumis tous ses frères à sa domination: je l'ai affermi dans la possession du blé et du vin, et, après cela, mon fils, que me reste-t-il à faire en ta faveur ? Esaii repartit : N'avezvous donc, mon père, qu'une seule bénédiction ? Bénissezmoi aussi, je vous en conjure. Comme il pleurait et poussait de grands cris, Isaac, touché de son état, lui dit : Ta bénédiction sera dans la graisse de la terre et dans la rosée qui descend du haut du ciel.

Jacob: supplantavit enim me en altéra vice : primogenita mea ante tulit, et nunc secundo surripuit benediclionem meam. Rursumque ad patrem : Numquid non reservasti. ait, et mihi benedictionem ? Respondit Isaac : Dominum tuum illum constitui, et omnes fratres ejus servituti illius subjugavi . frumento et vino stabilivi eum ; et tibi post hœc, fili mi. ultra quid faciam ? Cui Esau : Num unam, inquit , tantum benedictionem habes, pater ? Mihi quoque obsecro ut benedicas. Cumque ejulatu magno fleret, motus Isaac, dixit ad eum . In pinguedine terrae. et in rore coeli desuper erit benedictio tua.

LES deux enfants de Jacob nous manifestent ' à leur tour la suite des jugements de Dieu sur Israël et sur la gentilité ; et l'initiation de nos Catéchumènes poursuit son cours. Voici deux frères, l'aine et le plus jeune. Esaû est le type du peuple juif; il possède le droit d'aînesse, et la plus haute destinée l'attend ; Jacob, né après lui, quoique d'un même enfantement, n'a pas le droit de compter sur la bénédiction réservée à l'aîné ; il tigure la gentilité. Cependant, les

2g4' Le Carême.

rôles sont changes : c'est Jacob qui reçoit cette bénédiction, et son frère en est frustré. Que s'est-il donc passé? Le récit de Moïse nous l'apprend. Esaû est un homme charnel ; ses appétits le dominent. La jouissance qu'il attend d'un mets grossier lui a fait perdre de vue les biens spirituels attachés à la bénédiction de son père. Dans son avidité, il cède à Jacob pour un plat de lentilles les droits sublimes que lui confère son aînesse. Nous venons de voir comment l'industrie d'une mère servit les intérêts de Jacob, et comment le vieux père, instrument de Dieu sans le savoir, confirma et bénit cette substitution dont il avait ignoré l'existence. Esaû, de retour auprès d'Isaac, comprit l'étendue de la perte qu'il avait faite ; mais il n'était plus temps; et il devint l'ennemi de son frère. C'est ainsi que le peuple juif, livré à ses idées charnelles, a perdu son aînesse sur les Gentils. Il n'a pas voulu suivre un Messie pauvre et persécuté ; il rêvait triomphes et grandeurs mondaines, et Jésus ne promettait qu'un royaume spirituel. Israël a donc dédaigné ce Messie ; mais les Gentils l'ont reçu, et ils sont devenus les aînés. Et parce que le peuple juif ne veut pas reconnaître cette substitution qu'il a cependant consentie, au jour où il criait : « Nous ne « voulons pas que celui-ci règne sur nous i » : maintenant il voit avec dépit que toutes les faveurs du Père céleste sont pour le peuple chrétien. Les enfants d'Abraham selon la chair sont déshérités à la vue de toutes les

Le Samedi de la Deux. Sem. de Carême. 2g5

nations, tandis que les enfants d'Abraham par la foi sont manifestement les tils de la promesse, selon la parole du Seigneur à cet illustre Patriarche : « Je multiplierai ta race « au-dessus des étoiles du ciel et des sables « de la mer, et toutes les nations seront bénies « en celui qui sortira de toi i. »

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. xv.

EN ce temps-là. Jésus dit aux pharisiens et aux scribes cette parabole ; Un homme avait deux fils, et le plus jeune dit à son père : Mon père, donnez-moi la portion de bien qui doit me revenir. Et le père leur fit le partage de son bien. Et peu de jours après, le plus jeune des fils ayant rassemh\é tout ce qu'il avait, partit pour un pays étranger et lointain, et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche. Et quand il eut tout dépensé, il survint une grande famine dans ce pays ; et il commença à sentir le besoin. Il s'en alla donc, et se mit au service d'un habitant de ce pays ; et celui-ci l'envoya à sa maison des champs pour garder des pourceaux. Et il eût désiré remplir son ventre des écosses que manSequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. xv.

IN illo tempore : Dixit Jésus pharisseis et scribis parabolam istam : Homo quidam habuit duos filios : et dixit adolescentior ex illis patri : Pater, da mihi portionem substantiae quse me contingit. Et divisit illis substantiam. Et non post multos dies. congregatis omnibus, adolescentior filius peregre profectus est in regionem longinquam, et ibi dissipavit substantiam suam vivendo luxuriose. Et postquam omnia consummasset. facta est famés valida in regione illa, et ipse cœpit egere. Et abiit, et adhaesit uni civium regionis illius. Et misit iilum in villam suam ut pasceret porcos. Et cupiebat implere venLe Carême.

trem suum de siliquis quas porci manducabant • et nemo illi dabat In st; autem reversus, dixit : Quanti mercenarii in donio patris mei abondant panibus ; ego autem hic famé pereo ! Surgam, et ibo ad patrem meum, et dicam ei : Pater, peccavi in Cœlum et coram te ; jam non sum dienus vocari tilius tuus : fac me sicut u n u m de mercenariis tuis. Et surgens venit ad patrem suum. Cum autem adhuc longe esset, vidit illum pater ipsius, et misericordia motus est, et accurrens cecidil super collum ejus, et osculatus est eum. Dixilque ei filius : Pater, peccavi in Cœlum, et coram te ■ jam non sum dignus vocari filius tuus. Dixit autem pater ad serves suos : Cito proferte stolam primam, et induite illum, et date annulum in manum ejus, et calceamenta in pedes ejus, et adducite vitulum saginatum, et occidite, et manJucemus et epulemur ; quia hic filius meus mortuus erat, et revixit : perierat, et inventas est. Et cœperunt epulari. Erat autem filius ejus senior in agro : et

geaient les pourceaux ; mais personne ne lui en donnait. Rentrant alors en soi-même, il dit : Combien de mercenaires dans la maison de mon père ont du pain en abondance ; et moi ici je meurs de faim ! Je me lèverai, et j'irai à mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le Ciel et contre vous ; je ne suis plus digne d'être appelé votre fils ; traitez-moi comme l'un de vos mercenaires. Il se leva donc et vint vers son père. Comme il était encore loin, son père l'aperçut, et il fut ému de compassion ; et courant à lui, il se jeta à son cou et le baisa. Et le fils lui dit ; Mon père, j'ai péché contre le Ciel et contre vous ; je ne suis plus digne d'être appelé votre fils. Alors le père dit à ses serviteurs : Apportez vite sa première robe, et l'en revêtez, et mettez-lui au doigt un anneau, et une chaussure aux pieds. Amenez le veau gras, et tuez-le ; mangeons et réjouissonsnous ; car mon fils que voilà était mort, et il est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à faire le festin. Or le fils aîné était dans les champs : et comme il revenait et approchait de la maison, il entendit le bruit de la musique et des danses. Et,

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appelant un des serviteurs, il lui demanda ce que c'était Celui-ci lui répondit ■ Votre frère est revenu, et votre père a tué le v«au gras, parce qu"il a recouvré son fils en santé. Et, tout rempli d'indignation, il ne voulait pas entrer. Le père, étant donc' sorti, se mit à l'en prier. Mais, répondant à son père, il lui dit Voilà tant d'années que je vous sers ; je n'ai jamais manqué à aucun de vos commandements ; et vous ne m'avez jamais donné un chevreau pour faire festin avec mes amis. Mais aussitôt que ce fils qui a dévoré son bien avec des courtisanes, est arrivé, vous tuez pour lui le veau gras. Le père lui dit : Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce qui est à moi est à toi ; mais il fallait faire festin et se réjouir, parce que ton frère que voilà était mort, et il est ressuscité ; il était perdu, et il est retrouvé.

cum veniret, et appropinquaret domui, audivit symphoniam , et chorum ; et vocavit unum de servis, et interrogavit quid hajc essent ? Isque dixit illi : Frater tuus venit. et occidit pater tuus vitulum saginatum, quia salvum illum recepit. Indignatus est autem. et nolebat introire. Pater ergo illius egressus, coepit rogare illum. At ille respondens, di.xit patri suo : Ecce tôt annis servie tibi, et numquam mandatum tuum pr^eterivi, et numquam dedisti mihi hœdum, ut cum amicis meis epularer : sed postquam filius Mus hic. qui devoravit substantiam suam cum meretricibus, venit. occidisti illi vitulum saginatum. At ipse dixit illi • Fili. tu semper mecum es, et omnia mea tua sunt : epulari auterh et gaudere oportebat. quia frater tuus hic mortuus erat, et revixit : perierat et inventus est.

C'est ici encore le mystère que nous venons de reconnaître tout à l'heure dans le récit de la Genèse. Deux frères sont en présence, et l'aîné se plaint du sort que la bonté du père a fait au plus jeune. Celui-ci s'en est allé dans une région lointaine, il a fui loin

du toit paternel, afin de s'abandonner plus librement à ses désordres, mais quand il s'est vu réduit à la plus extrême disette, il s'est ressouvenu de son père, et il est venu solliciter humblement la dernière place dans cette maison qui aurait dû être un jour la sienne. Le père a accueilli le prodigue avec la plus vive tendresse : non seulement il lui a pardonné, mais il lui a rendu tous ses droits de tils. Il a fait plus encore : un festin a été donné pour céléorcr cet heureux retour, et c'est toute cette conduite du père qui excite la jalousie du frère aîné. Mais c'est en vain qu'Israël s'indigne contre la miséricorde du Seigneur: l'heure est venue où la plénitude des nations va être convoquée pour entrer au bercuail niverscl. Si loin que leurs erreurs et leurs passions aient entraîné les Gentils, ils entendront la voix des Apôtres. Grecs et Romains, Scythes et barbares, tous, frappant leurs poitrines, accourront demandant à être admis en participation des faveurs d'Israël. Mais on ne leur donnera pas seulement les miettes qui tomberont de la table, comme le demandait la Chananéenne ; ils seront admis sur le pied d'enfants légitimes et honorés. Les plaintes envieuses disraël ne seront pas reçues. S'il refuse de prendre part au banquet, la fête ne s'en célébrera pas moins. Or, cette fête, c'est la Pâque ; ces enfants rentrés nus et exténués dans la maison paternelle, ce sont nos Catéchumènes, sur lesquels le Seigneur s'apprête à répandre la grâce de l'adoption.

Mais ces enfants prodigues qui viennent se mettre à la merci de leur père offensé, sont

Le Samedi de la Deux. Sem. de Carême, :2g g

aussi les Pénitents publics dont l'Eglise, en ces )ours, préparait la réconciliation. Ce passage de l'Evangile a été choisi pour eux aussi bien que pour les Catéchumènes. L'Eglise, qui s'est relâchée de sa sévère discipline, propose aujourd'hui cette parabole à tous les pécheurs qui se disposent à faire leur paix avec Dieu. Ils ne connaissaient pas encore l'intînie bonté du Seigneur qu'ils ont abandonné : qu'ils apprennent aujourd'hui combien la miséricorde l'emporte sur la justice dans le cœur de celui qui « a aimé le monde « jusqu'à lui donner son propre Fils urn - « que 1 ». Quelque lointaine qu'ait été leur fuite, quelque profonde qu'ait été leur ingratitude, tout est préparé, dans la maison paternelle, pour fêter leur retour. Le père tendre qu'ils ont quitté attend à la porte, prêt à courir au-devant d'eux pour les embrasser; leur première robe, la robe de l'innocence, va leur être rendue ; l'anneau que portent seuls les enfants de la maison ornera de nouveau leur main purihée. La table du festin est dressée pour eux, et les Anges vont y faire entendre les mélodies célestes. Qu'ils crient donc du fond de leur cœur : « O Père, (( j'ai péché contre le Ciel et contre vous ; je « ne mérite plus d'être appelé votre fils; 0 traitez-moi comme l'un de vos mercenai« res. » Le regret sincère de leur égarement passé, l'humilité de l'aveu, la ferme résolution d'être désormais fidèles : ce sont là les seules et faciles conditions que le père exige

de SCS prodigues pour en faire les fils de sa prédilection.

HUMiLlATE capita ves t.: '

UMiLiEz VOS têtes devant

la Deo.

Dieu

PMILIAM tuam, quaesumus Domine, continua pietate custodi : ut quœ in sola spe gratiae cœlestis innititur, cœlesti etiam protectione maniatur. Per Chrisium Dominum nostrum. A- men.

DAIGNEZ, Seigneur, garder votre famille par 1 assisotre famille par tance continuelle de votre bonté, afin que, s'appuvant sur l'unique espérance de la céleste grâce, elle soit soutenue par la protection d'en haut. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

En ce jour du Samedi, implorons aux pieds de Marie, reine de miséricorde, le pardon de nos péchés, en lui présentant cette Prose touchante des anciens Missels de Clunv :

AVE novi luminis Stella promens radium, Quo nostrae propaginis Deletur opproorium.

Tu sola spes hominis, Tu nostrum refugium, In hora discriminis Plaça nobis Filium.

F"Iorens Jesse virgula, Vera veris primula, Salutem initians.

Rosa semper vernula,

SALUT, ô étoile, qui lances le rayon d'une nouvelle lumière ; ce rayon qui efface la honte de 1 humaine famille.

Tu es l'unique espoir de l'homme, tu es notre refuge . à l'heure du péril, apaise pour nous ton Fils.

Branche fleurie de Jessé, primeur du printemps, commencement du salut ;

Rose toujours nouvelle ,

Le Samedi de la Deux. Sem. de Carême. 3o i

toujours sans tache, purifiant | Tota sine macula, nos souillures ; Maculosos expians.

Sein virginal, fontaine des jardins, puits des eaux vives ;

Trône d'or, sur lequel le Roi du ciel a couronné son Fils ;

Demeure parfumée, que le souverain Créateur a bâtie d'un art merveilleux ;

Dans laquelle le Christ, In qua Christus unica couvert du vêtement de la Sumpta carnis tunica, chair, est consacré Pontife ; i Consecratur Pontifex,

Utérus virgineus. Fons hortorum. puteus Aquarum viventium.

Imo thronus aureus. In qjo Rex aethereus Coronavit Filium.

Domus aromatica, Quam arte mirifica Fecit summus Artifex.

Source d'huile salutaire, rosée de miel délicieux, symbole de ton amour ;

Fons distillans oleum, Imo rorem melleum, Fer amoris fistulas.

De toi procède cet heureux bain qui lave nos plaies amères et les taches du péché.

Inde surgit balneum, Purgans omne felleum,

I Et peccati maculas.

O Mère, les blessures de Mater cujus viscera ton Fils en proie à la souf- Penetrarunt vulnera france pénétrèrent ton cœur. Patientis Filii.

Rapelle-Iui ton lait, présente-lui ton sein, et délivrenous des supplices du redoutable jugement. Amen.

Lac profer et ubera ; Nos a pœnis libéra Tremendi judicii. Amen.

A sainte Eglise, qui, au premier Dimanche de Carême, nous a proposé la tentation de JésusChrist au désert pour «ujet de nos méditations, afin de nous éclairer sur la nature de nos propres tentations, et sur la manière dont nous en devons triompher, nous fait lire aujourd'hui un passage de l'Evangile de saint Luc, dont la doctrine est destinée à compléter notre instruction sur la puissance et les manœuvres de nos ennemis invisibles. Durant le Carcmc, le chrétien doit réparer le passé et assurer l'avenir; il ne pourrait se rendre compte du premier, ni détendre efficacement le second, s'il n'avait des idées saines sur la nature des périls auxquels il a succombé, et sur ceux qui le menacent encore. Les anciens liturgistes ont donc reconnu un trait de la sagesse maternelle de

Le Troisième Dimanche de Carême. 3o3

l'Eglise dans le discernement avec lequel elle propose aujourd'hui à ses enfants cette lecture, qui est comme le centre des enseignements de la journée..

Nous serions assurément les plus aveugles et les plus malheureux des hommes, si, environnés comme nous le sommes d'ennemis acharnés à notre perte et très supérieurs à nous en force et en adresse, nous en étions venus à ne pas songer souvent à leur existence, peut-être même à n'y rétîéchir jamais. Tel est cependant l'état dans lequel vivent un nombre immense de chrétiens de nos jours : tant « les vérités sont diminuées « parmi les enfants des hommes i ». Cet état d'insouciance et d'oubli sur un objet que les saintes Ecritures nous rappellent à chaque page, est tellement répandu, qu'il n'est pas rare de rencontrer des personnes aux yeux desquelles l'action continue des démons autour de nous n'est rien autre chose qu'une croyance gothique et populaire qui n'appartient point aux dogmes de la religion. Tout ce qu'en racontent l'histoire de l'Église et la vie des Saints est pour eux comme s'il n'existait pas. Pour eux, Satan semble n"étre qu'une pure abstraction sous laquelle on aurait personnifié le mal.

S'agit-il d'expliquer le péché en euxmêmes ou dans les autres ? ils vous parlent du penchant que nous avons au mal, du mauvais usage de notre liberté; et ils ne veulent pas voir que l'enseignement chrétien nous révèle en outre dans nos prévarications

3o4- Le Carême.

l'intervention d'un agent malfaisant, dont la puissance est égale à la haine qu'il nous porte. Cependant, ils savent, ils croient sincèrement que Satan a conversé avec nos premiers parents et les a entraînés dans le mal, en se montrant à eux sous la forme d'un serpent. Ils croient que ce même Satan a osé tenter le Fils de Dieu incarné, qu'il l'a enlevé par les airs jusque sur le sommet du temple, et de là sur une haute montagne. Ils lisent aussi dans l'Evangile et ils croient

3u'un des malheureux possédés qui furent élivrés par le Sauveur était assiégé d'une légion entière d'esprits infernaux, que l'on vit, sur la permission qu'ils en reçurent, fondre sur un troupeau de porcs et le précipiter dans le lac de Génésareth. Ces faits et mille autres sont l'objet de leur foi; et avec cela tout ce qu'ils entendent dire de l'existence des démons, de leurs opérations, de leur adresse à séduire les âmes, leur semble fabuleux. Sont-ils chrétiens, ou ont-ils perdu le sens .'' On ne saurait répondre, surtout lorsqu'on les voit se livrer de nos jours à des consultations sacrilèges du démon, à l'aide de moyens renouvelés des siècles du paganisme, sans qu'ils paraissent se rappeler, ni même savoir qu'ils commettent un crime que Dieu, dans l'ancienne loi, punissait de mort, et que la législation de tous les peuples chrétiens, durant un grand nombre de siècles, a frappé du dernier supplice.

Mais s'il est une époque de l'année où les fidèles doivent méditer ce que la foi et l'expérience nous apprennent sur l'existence et les opérations des esprits de ténèbres, c'est

Le Troisième Dimanche de Carême. 3o5

assurément ce temps où nous sommes, durant lequel nous avons tant à réfléchir sur les causes de nos péchés, sur les dangers de notre âme, sur les moyens de la prémunir contre de nouvelles chutes et de nouvelles attaques. Ecoutons donc le saint Evangile. Il nous apprend d'abord que le démon s'était empare d'un homme, et que l'effet de cette possession avait été de rendre cet homme muet. Jésus délivre ce malheureux, et l'usage de la parole revient aussitôt que l'ennemi a été chassé. Ainsi, la possession du démon non seulement est un monument de l'impénétrable justice de Dieu; mais elle peut produire des effets physiques sur ceux qui en sont l'objet. L'expulsion du malin esprit rend l'usage de la langue à celui qui gémissait sous ses liens. Nous n'insistons pas Ici sur la grossière malice des ennemis du Sauveur, qui veulent attribuer son pouvoir sur les démons à l'intervention de quelque prince de la milice infernale; nous voulons seulement constater le pouvoir des esprits de ténèbres sur les corps, et confondre par le texte sacré le rationalisme de certains chrétiens. Qu'ils apprennent donc à connaître la puissance de nos adversaires, et qu'ils évitent de leur donner prise sur eux, par l'orgueil de la raison.

Depuis la promulgation de l'Evangile, le pouvoir de Satan sur les corps s'est trouvé restreint par la vertu de la Croix, dans les pays chrétiens; mais il reprend une nouvelle extension, si la foi et les œuvres de la piété chrétienne diminuent. De là toutes ces horreurs diaboliques qui^ sous divers noms plus

3o6 Le Carême.

ou moins scientifiques , se commettent d'abord dans l'ombre, sont ensuite acceptées dans une certaine mesure par les gens honnêtes, et pousseraient au renversement de la société, si Dieu et son Eglise n'y mettaient entin une digue. Chrétiens de nos jours, souvenez-vous que vous avez renoncé à Satan, et prenez garde qu'une ignorance coupable ne vous entraîne dans l'apostasie. Ce n'est pas à un être de raison que vous avez renoncé sur les fonts baptismaux : c'est à un être réel, formidable, et dont JésusChrist nous dit qu'il a été homicide dès le commencement i.

Mais si nous devons redouter l'affreux pouvoir qu'il peut exercer sur les corps, et éviter tout contact avec lui dans les pratiques auxquelles il préside, et qui sont le culte auquel il aspire, nous devons aussi craindre son influence sur nos âmes. 'Voyez quelle lutte la grâce divine a dû engager pour l'arracher de votre âme. En ces jours, l'Eglise nous offre tous ses moyens pour triompher de lui : le jeûne uni a la prière et à l'aumône. "Vous arriverez à la paix; et votre cœur, vos sens purifiés redeviendront le /emple de Dieu. Mais n'allez pas croire que vous ayez anéanti votre ennemi. Il est irrité; la pénitence l'a expulsé honteusement de son domaine, et il a juré de tout tenter pour y rentrer. Craignez donc la rechute dans le péché mortel; et, pour fortifier en vous cette crainte salutaire, méditez la suite des paroles de notre Evangile.

Le Troisième Dimanche de Carême. Soy

Le Sauveur nous y apprend que cet esprit immonde, chassé d'une âme, s'en va errant dans les lieux arides el déserts. C'est là qu'il dévore son humiliation, et qu'il sent davantage les tortures de cet enfer qu'il porte partout avec lui, et dont il voudrait se distraire, s'il le pouvait,, par le meurtre des âmes que Jésus-Christ a rachetées. L'Ancien Testament nous montre dé)à les démons vaincus, réduits à fuir dans des solitudes éloignées : c'est ainsi que le saint Archange Raphaël relégua dans les déserts de l'Egypte supérieure l'esprit infernal qui avait' fait périr les sept maris de Sara i. Mais l'ennemi de l'homme ne se résigne pas à rester ainsi toujours éloigné de la proie qu'il convoite, La haine le pousse, comme au commencement du monde, et il se dit : « Il faut que je retourne à ma « maison d'où je suis sorti ». Mais il ne viendra pas seul ; il veut triompher, et pour cela il amènera, s'il le faut, avec lui sept autres démons plus pervers encore. Quel choc se prépare pour la pauvre âme, si elle n'est pas vigilante, fortihée ; si la paix que Dieu lui a rendue n'a pas été une paix armée ! L'ennemi sonde les abords de la place; dans sa perspicacité, il examine les changements qui se sont opérés pendant son absence. Qu'aperçoit-il dans cette âme où il avait naguère ses habitudes et son séjour ? Notre Seigneur nous le dit : le démon la trouve sans défense, toute disposée à le recevoir encore; point d'armes dirigées contre lui. Il semble que l'âme attendait cette nouvelle

3o8 Le Carême.

visite. C'est alors que, pour être plus sûr de sa conquête, l'ennemi va chercher ses renforts. L'assaut est donné; rien ne résiste; et bientôt, au lieu d'un hôte infernal, la pauvre âme en recèle une troupe ; « et, ajoute le Sau« veur, le dernier état de cet homme devient « pire que le premier ».

Comprenons l'avertissement que nous donne la sainte Eglise, en nous faisant lire aujourd'hui ce terrible passage de l'Evangile. De toutes parts, des retours à Dieu se ménagent ; la réconciliation va s'opérer dans des millions de consciences; le Seigneur va pardonner sans mesure; mais tous*^ persévéreront-ils ? Lorsque le Carême reviendra dans un an convoquer les chrétiens à la pénitence, tous ceux qui, dans ces jours, vont se sentir arrachés à la puissance de Satan, auront-ils maintenu leurs âmes franches et libres de son joug ? Une triste expérience ne permet pas à l'Eglise de l'espérer. Beaucoup retomberont, et peu de temps après leur délivrance, dans les liens du péché. Oh ! s'ils étaient saisis par la justice de Dieu en cet état! Cependant, tel sera le sort de plusieurs, d'un grand nombre peutêtre. Craignons donc îa rechute ; et pour assurer notre persévérance, sans laquelle il nous eût peu servi de rentrer pour quelques jours seulement dans la grâce de Dieu, veillons désormais, prions, défendons les abords de notre âme, résignons-nous au combat; et l'ennemi, déconcerté de notre contenance, ira porter ailleurs sa honte et ses fureurs.

Le troisième Dimanche de Carême est

Le Troisième Dimanche de Carême. 3og

appelé Oculi, du premier mot de l'Introït de la Messe. Dans l'Église primitive, on le nommait le Dimanche des scrutins, parce que c'était en ce )our que l'on commençait l'examen des Catéchumènes qui devaient être admis au Baptême dans la nuit de Pâques. Tous les fidèles étaient invités à se présenter à l'église pour rendre témoignage de la vie et des mœurs de ces aspirants à la milice chrétienne. A Rome, ces examens, auxquels on donnait le nom de Scrutins, avaient lieu en sept séances, à raison du grand nombre des aspirants au Baptême ; mais le principal Scrutin était celui du Mercredi de la quatrième semaine. Nous en parlerons plus loin. Le Sacramentaire Romain de saint Gélase nous donne la forme de la convocation des fidèles pour ces assemblées ; elle est conçue en ces termes : « Frères très chers, vous « savez que le jour du Scrutin dans lequel « nos élus doivent recevoir l'instruction « divine est proche ; vous voudrez donc bien ft vous réunir avec zèle tel jour de cette « semaine, à l'heure de Sexte, afin que nous « soyons en mesure, avec l'aide de Dieu, « d'accomplir sans erreur le mystère céleste « qui ouvre la porte du royaume des cieux, « et anéantit le diable avec toutes ses pom« pes. w Cette invitation se répétait, s'il était besoin, chacun des Dimanches suivants. Dans celui que nous célébrons aujourd'hui, le Scrutin ayant déjà procuré l'admission d'un certain nombre de candidats, on plaçait leurs noms dans les diptyques de l'autel, ainsi que ceux de leurs parrains et marraines, et on les récitait au Canon de la Messe.

3io Le Troisième Dimanche de Carême.

La Station avait lieu et se tient encore dans la Basilique de Saint Laurent-hors-lesmurs. On voulait, en réveillant le souvenir du plus célèbre des Martyrs de Rome, rappeler aux Catéchumènes quels sacrifices la foi dans laquelle ils allaient s'enrôler pourrait exiger d'eux.

Ce Dimanche est célèbre, dans l'Eglise grecque, par la solennelle adoration de la Croix qui précède la semaine appelée Mésonestime, c'est-à-dire milieu des jeûnes.

LE Catéchumène admis à la grâce du Baptême, le Pénitent qui espère sa prochaine réconciliation, expriment dans l'Introït l'ardeur de leurs désirs. Ils confessent leur misère avec humilité ; mais ils sont remplis d'espérance en Celui qui bientôt brisera leurs liens.

OCULI mei semper ad Dominum, quia ipse evellet de laqueo pcdes meos ; respice in me, et miserere mei, quoniam unicub et pauper sum ego.

Ps. Ad te. Domine, levavi animam meam : Deus meus, in te confido, non erubescam. Gloria. Oculi.

ES yeux sont toujours vers le Seigneur ; car c'est lui qui dégagera mes pieds des filets qu'on m'a tendus ; regardez-moi, mon Dieu, et ayez pitié de moi : car je suis seul et je suis pauvre.

Ps. Vers vous, Seigneur, j'ai élevé mon cœur ; c'est en vous, mon Dieu, que je me confie ; je n'aurai point à en rougir. Gloire au Père. Mes yeux.

A la Messe.

Au moment de livrer une lutte aussi terrible à l'ennemi des hommes, l'Eglise, dans la Collecte, demande d'être assistée du secours de la droite.de Dieu.

Qu.ESUMUS omnipotens Deus, vota humilium respice • atque ad detensionem nostrara, dexteram tuœ majestatis extende. Per Dominum nostrura Jesum Christum. Amen.

La deuxième et la troisième Collectes, cidessus, au premier Dimanche de Carême, page i55.

lEU tout-puissant, daignez regarder favorablement les vœux de notre humilité, et étendre pour nous protéger le bras de votre Majesté. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Lecture de l'Epître de saint Paul, Apôtre, aux Ephésiens. Chap. v.

MES Frères, soyez les imitateurs de Dieu, comme ses enfants bien-aimés, et marchez dans la charité comme Jésus-Christ nous a aimés, et s'est livré lui-même pour nous, s'otïrant à Dieu comme une oblalion et une victime d'agréable odeur. Qu'on n'entende même pas nommer parmi vous la fornication, ni quelque impureté que ce soit, ni l'avarice, ainsi qu'il convient à des saints. Qu'on n'entende chez vous ni paroles déshonnêtes. ni propos insensés, ni boufLectio Epistolje beati Pauli Apostoli ad E- phesios. Cap. v.

FRATRES, Estote imitatores Dei, sicut filii charissimi : et ambulate in dilectione, sicut et Christus dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis oblationem et hostiam Deo in odorem suavitatis. Fornicatio autem, et omnis immunditia, aut avaritia, nec nominetur in vobis. sicut decet sanctos : aut turpitudo, aut stultiloquium, aut scurrilitas, quas ad rem non pertinet; seJ magis gratiarum actio.

3i2 Le Troisième Dimanche de Carême.

Hoc enim scitote intelligentes, quod omnis fornicator, aut immundus. aut avarus, quod est idolorum servitus. non habet hœreditatem in regno Christi et Dei. Nemo vos seducat inanibus verbis ; propter hsec enim venit ira Dei in filios diffidenliaï. Nolite ergo effici participes eorum. Eratis enim aliquando tenebrae : nunc autem lux in Domino. Ut filii lucis ambulate : fructus enim lucis est in omni bonitate, et justitia et veritate.

fonneries, ce qui ne convient pas à votre état, mais plutôt les paroles d'actions de grâces. Car sachez que nul fornicateur, nul impudique, nul avare, ce qui est une idolâtrie, ne sera héritier du royaume de Jésus-Christ et de Dieu. Que personne ne vous séduise par de vains discours ; car c'est pour ces choses que la colère de Dieu tombe sur les enfants de l'intidélité. N'ayez donc rien de commun avec eux. Car vous étiez autrefois ténèbres, et maintenant vous êtes lumière dans le Seigneur. Marchez comme les fils de la lumière. Or le fruit de la lumière consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité.

L'Apôtre, s'adressant aux fidèles d'Ephùsc, leur rappelle qu'ils étaient autrefois ténèb^es, et qu'ils sont devenus lumière dans le Seigneur. Quelle joie pour nos Catéchumènes d'apprendre que le même sort leur est réservé ! Jusqu'à présent, ils ont vécu dans la dépravation païenne, et maintenant ils possèdent les arrhes de la sainteté par leur admission au Baptême. Asservis naguère à ces faux dieux dont le culte était l'aliment du vice, ils entendent aujourd'hui l'Eglise exhorter ses enfants à imiter la sainteté du Dieu des chrétiens ; et la grâce qui les rendra capables d'aspirer à reproduire en eux les perfections divines est sur le point de leur être communiquée. Mais il

.4 la Messe. 3i3

leur faudra combattre pour se maintenir à cette élévation ; et deux ennemis surtout chercheront à se relever . l'impureté et l'avarice. Le premier de ces vices, l'Apôtre ne veut même pas qu'il soit nommé désormais ; le second, il le flétrit en le comparant au culte des idoles, auquel les élus vont renoncer. Tels sont les enseignements que l'Eglise prodigue à ses futurs enfants ; mais nous qui avons été sanctihés dès notre entrée en ce monde, sommes-nous demeurés fidèles à notre Baptême ? Nous avons été lumière ; pourquoi sommes-nous ténèbres aujourd'hui ? que sont devenus les traits de la ressemblance divine qui avait été imprimée en nous ? Hàtons-nous de les faire revivre, en renonçante Satan et à ses idoles; et faisons en sorte que la pénitence nous rétablisse dans cet état de lumière dont le fruit consiste en toute sorte de bonté, de justice et de vérité.

Le Graduel exprime les sentiments de l'âme environnée d'ennemis et implorant le secours du Seigneur qui s'apprête à les renverser.

Le Trait est formé du Psaume cxxii% cantique de confiance et d'humilité. L'aveu sincère de notre misère fait toujours descendre sur nous la miséricorde de Dieu.

I EVEZ-vous, Seigneur ; que

*^ l'homme ne prévale pas : que les nations soient jugées en votre présence.

j^. Lorsque mon ennemi sera mis en fuite, ils tombeExsiRGE. Domine, non prœvaleat homo : judicentur gentes in conspectu tuo.

t. In convertendo inimicum meum retrorsum.

14 i-e Troisième Dimanche de Carême.

infirmabuntur, et bunt a facie tua.

per

ront dans l'abattement, et périront devant votre face.

AD te levavi oculos meos, qui habitas in cœlis.

f. Ecce sicut oculi servorum in manibus dominorum suorum :

f. Et sicut oculi ancillac in manibus dominae suae : ita oculi nostri ad Dominum Dcum nostrum, donec misereatur nostri.

f. Miserere nobis, Domine, miserere nobis.

J'ai élevé vers vous mes regards, ô vous qui habitez dans les cieux.

Jr. Comme les yeux des serviteurs sont fixes sur lec mains de leurs maîtres,

j^. Et les yeux de la servante sur les mains de sa maîtresse : ainsi nous arrêtons nos yeux sur le Seigneur notre Dieu, jusqu'à ce qu'il prenne pitié de nous.

f. Ayez pitié de nous, Seigneur, ayez pitié de nous.

Sequentia sancti Evangelii secundumLucam, Cap. XI.

IN illo tempore : Erat Jésus ejiciens daemonium, et illud erat mutum. Et cum ejecisset daemonium, locutus est mutus, et admiratœ sunt turbas. Quidam autem ex eis dixerunt : In Beel2cbub principe da^moniorum, ejicit dnemonia. Et alii tentantes, signum de cœlo quaerebant ab eo. Ipse autem ut vidit cogitationes eorum, dixit eis : Omne regnum in seipsum divisum desolabitur, el domus supra domum cadcl. Si autem

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap. xi.

EN ce temps-là, Jésus chassa un démon, et ce démon était muet. Et lorsqu'il eut chassé le démon, le muet parla, et la foule fut dans l'admiration. Mais quelquesuns d'entre eux dirent : C'est par Béelzébuih, prince des démons, qu'il chasse les démons. Et d'autres, pour le tenter, lui demandaient un signe du ciel. Mais lui, ayant vu leurs pensées, leur dit : Tout royaume divisé confe lui-même sera dévasté, et toute maison divisée contre elle-même s'écroulera. Si donc Satan est divisé contre luiA la Messe.

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même, comment son royaume tiendra-t-îl debout ? Cependant vous dites que c'est par Béeizébuth que je chasse les démons Mais si je chasse les démons par Béeizébuth, par qui vos enfants les chassent-ils ? C'est pourquoi ils seront vos juges Que si je chasse les démons par le doi^t de Dieu, le royaume de Dieu est donc venu jusqu'à vous. Lorsque le fort armé garde sa maison, tout ce qu'il possède est en sûreté. Mais s'il survient un plus fort que lui qui le surmonte, il emporte toutes ses armes dans lesquelles il se confiait, et il distribue ses dépouilles. Qui n'est pas avec moi est centre moi, et qui ne recueille pas avec moi dissipe. Lorsqu'un esprit immonde est sorti d'un homme, il s'en va errant par des lieux arides, cherchant le repos ; et comme il ne le trouve pas. il dit : Je retournerai, dans ma maison d'où je suis sorti. Et quand il revient, il la trouve nettoyée et parée. Alors il s'en va prendre avec lui sept autres esprits plus méchants que lui, et. étant entrés dans cette maison, ils y demeurent. Et le dernier état de cet homme devient pire que le premier. Comme il disait ces choses, une femme, élevant la voix du milieu de la foule, lui dit : Heureux le

et Satanas in seipsum divisas est , quomodo stabit regnum ejus ? Quia dicitis in Beelzebub principe dasmoniorum me ejicere dœmonia. Si autem ego in Beelzebub ejicio daemonia, filii vestri in quo ejiciunt ? Ideo ipsi judices vestri erunt. Porro si in digito Dei ejicio dœmonia, profecto pervenit in vos regnum Dei. Cum fortis armatus custodit atrium suum, in pace sunt ea quas possidet. Si autem fortior eo superveniens vicerit eum. universa arma ejus auferet. in quibus confîdebat. et spolia ejus distribuet. Qui non est mecum, contra me est; et qui non colligit mecum. dispergit. Cum immundus spiritus exierit de homine, ambulat per loca inaquosa, quaerens requiem : et non inveniens, dicit : Revertar in domum meam unde exivi. Et cum venerit. invenit eam scopis mundatam et ornatam. Tune vadit et assumit septem alios spiritus secum, nequiores se, et ingressi habitant ibi. Et fiunt novissima hominis illius pejora prioribus. Factum est autem, cum haec

diceret, extollens vocem quxdam mulier de turba, dixit illi : Beatus venter qui te portavit, et ubera quae suxisti. At ille dixit : Qiiinimo beati qui audiunt verbum Dei, et custodiunt illud.

sein qui vous a porté, et les mamelles qui vous ont nourri ! Et Jésus dit : Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent !

LE démon dont Jésus délivra le possédé de notre Evangile rendait cet homme muet ; et la sortie de l'esprit de ténèbres atfranchit la langue du malheureux qu'il tyrannisait. Ce fait nous donne une image du pécheur captif de son redoutable vainqueur, et réduit par lui au mutisme. Si ce pécheur parlait pour confesser ses fautes, pour demanaer grâce, il serait délivré. Que de démons muets, répandus de toutes parts, empêchent les hommes de faire cet aveu salutaire qui les sauverait! Cependant, la sainte Quarantaine avance dans son cours, les jours de grâce s'écoulent; profilons du temps favorable ; et si nous sommes dans l'amitié de Dieu, prions instamment pour les pécheurs, afin qu'ils parlent, qu'ils s'accusent et qu'ils soient pardonnes. Ecoutons aussi dans une religieuse terreur ce que nous apprend le Sauveur sur nos ennemis invisibles. Avec leur puissance, leur adresse, leurs moyens de nuire, qui pourrait subsister devant eux, si Dieu ne nous soutenait pas, s'il n'avait pas député ses Anges pour veiller sur nous et pour combattre avec nous ? Par le péché cependant, nous nous étions livrés à ces impurs et odieux esprits ; nous avions préféré leur empire tyrannique au )oug si suave et si

A la Messe. 3 17

léger de notre compatissant Rédempteur. Maintenant nous sommes atîranchis, ou nous allons bientôt l'être ; remercions notre libérateur ; mais prenons garde de ne plus retomber au pouvoir de ces hôtes infernaux. Le Sauveur nous avertit du péril qui nous menace. Ils reviendront, ils essaieront de forcer la demeure de notre âme sanctitiée par l'Agneau de la Pàque. Si nous sommes vigilants, si nous sommes fidèles, ils se retireront pleins de confusion ; mais si nous étions tièdes et lâches, si nous perdions de vue le prix de la grâce et les obligations qui nous enchaînent à celui qui nous a sauvés, notre perte serait certaine ; et, selon la terrible parole de Jésus-Christ, « le second état « deviendrait pire que le premier ».

Voulons-nous éviter un si grand malheur ? méditons cette autre parole du Sauveur dans notre Evangile : « Qui n'est pas avec moi est « contre moi. » Ce qui fait que l'on retombe dans les liens du démon, que l'on oublie tout ce que l'on doit au divin libérateur, c'est qu'on ne prend pas franchement parti pour Jésus-Christ en présence des occasions où le devoir exige que le chrétien se prononce avec fermeté. On ménage, on dissimule, on temEorise : cependant^ l'énergie de l'âme s'affailit ; Dieu ne donne plus qu'avec mesure ses grâces d'abord si abondantes ; et la rechute devient imminente. Marchons donc d'un pas ferme et assuré, et souvenons-nous que le soldat de Jésus-Christ doit toujours se faire honneur de son divin Chef.

L'Offertoire célèbre la douceur des conso3jS Le Troisième Dimanche de Carême.

lations que l'âme enlevée au pouvoir de Satan goûte à suivre les volontés du divin Pasteur.

JUSTiTiiE Domini rectae, lœtificantes corda, et judicia ejus dulcior.T super mel et favum : nam et servus tuus custodit ea.

LES préceptes du Seigneur sont droits et répandent la joie dans les cœurs. Ses commandements sont plus doux que le rayon de miel. O Dieu ! votre serviteur les garde avec fidélité.

Dans la Secrète, l'Eglise exprime la confiance que lui inspire le Sacrifice qui va s'offrir, et dont la vertu purifiante sur le Calvaire a effacé les péchés des hommes. ■

HX.C hostia, Domine quœsumus, emundct nostra delicta : et ad sacrificium celebrandum, subditorum tibi corpora mentesque sanctificet. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

OliE cette hostie, Seigneur, nous purifie de nos péchés, et qu'elle sanctifie les corps et les àmcs de vos serviteurs, afin qu'ils célèbrent dignement ce Sacrifice. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

La deuxième et la troisième Secrètes se trouvent ci-dessus, au premier Dimanche de Carême, page 104.

Empruntant encore les paroles de David, l'Eglise exprime dans l'Antienne de la Communion le bonheur de l'âme unie à Dieu dans le sacrement d'amour. C'est le sort auquel seront appelés bientôt les heureux Catéchumènes dont l'admission au Baptême vient d'ctrc prononcée: ce sera aussi celui

des Pénitents qui auront lavé dans leurs larmes les souillures de leur vie passée.

LE passereau a trouve sa retraite, la tourterelle le uid où déposer ses petits : vos autels sont ma demeure, Seigneur des armées, mon Roi et mon Dieu 1 Heureux ceux qui habitent dans votre maison ! ils vous loueront dans les siècles des siècles.

PASSER invenit sibi domum, et turtur nidum. ubi reponat pullos suos : altaria tua, Domine virtutum. Rex meus et Deus meus : beati qui habitant in domo tua . in sasculum saïculi laudabunt te.

L'Eglise, dans la Postcommunion, supplie le Seigneur, au nom des Mystères auxquels les tîdèles ont participé, de vouloir oien absoudre les pécheurs, et les délivrer des périls éternels qu'ils ont eu le malheur d'encourir.

DAIGNEZ. Seigneur, nous délivrer de tous péchés et de tous périls, nous que vous rendez participants d'un si grand mystère. Par JésusChrist notre Seigneur. A- men.

ACUNCTis nos, quaesumus Domine, reatibus et periculis propitiatus absolve : quos tanti mysterii tribuis esse participes. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

La deuxième et la troisième Postcommiinions ci-dessus, au premier Dimanche de Carême^ page i66.

Les Psaumes se trouvent au Dimanche, dessus, page 121.

FRATRES : Estote imitatores Dei, sicut filii charissimi : et ambulate in dilectione, sicut et Christus 'dilexit nos, et tradidit semetipsum pro nobis, oblationem et hostiam Deo in odorem suavitatis, Tf. Deo gratias.

MES Frères, soyez les imitateurs de Dieu, comme ses enfants bien-aimés, et marchez dans la charité, comme Jésus-Christ nous a aimés, et s'est livré lui-même pour nous, s'offrant à Dieu comme une oblation et une victime d'agréable odeur. ^. Rendons grâces à Dieu.

L'Hymne et le Verset ci-dessus, page 129.

ANTIENNE DE MagHlficat.

UNE femme, élevant la voix du milieu de la foule, dit : Heureux le sein qui vous a porté et les mamelles qui vous ont nourri 1 Mais Jésus lui dit : Heureux plutôt ceux <^ui écoutent la parole de Dieu et qui la pratiquent !

EXTOLLENS vocem quaedam mulier de turba, dixit ; Beatus venter qui te portavit, et ubcra quœ suxisti. At Jésus ait illi : Quinimo beati qui audiunt verbum Dei, et custodiunt illud.

QUvESUMUS omnipotens Deus, vota humilium respice : atque ad defensionem nostram, dexteram tuœ majestatis extende. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

DIEU tout-puissant, daignez regarder favorablement les vœux de notre humilité, et étendre pour nous protéger le bras de votre Majesté. Par JésusChrist notre Seigneur. A- men.

Le Troisième Dimanche de Carême. 32 i

Le Bréviaire Mozarabe nous fournit cette belle prière, au commencement de la troisième semaine de Carême.

[Brev. Gothicum. In Dominica III Quadragesimce.)

DEJA quatorze jours sur cette carrière qui forme la dîme de l'année, sont écoulés ; nous levons nos yeux vers vous. Seigneur, qui habitez les cieux. Répandez votre miséricorde sur les misérables ; appliquez le remède aux blessés ; rendeznous sereine cette voie où nous sommes entrés ; dirigez notre cœur dans le sentier de vos préceptes. Faitesnous trouver le chemin de la lumière. Eclairez-nous et embrasez-nous de votre amour. Donnez le repos après le travail, l'habitation tranquille après les fatigues, afin que. nous étant rendus agréables à vos yeux par l'observance de ces saints jours, nous méritions d'être participants de votre gloire.

QUART! nunc et decimi diei de nostrorum dierum decimis curriculo jam peracto, ad te levamus oculos nostros. Domine, qui habitas in coelis : impende jam et misericordiam miseris. et medeiam porrig3 vulneratis ; tu nobis adgressum iter placidum effice ; tu cor nostrum in mandatorum tuorum semitis dirige : per te lucis inveniamus viam : per te luminosa amoris tui capiamus incendia ; tu laboribus requiem, tu laborantibus tribue mansionem ; ut horum dierum observatione tibi placentes, gloriae tuae mereamur esse participes.

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lA Station est dans l'Eelise de SaintMarc, bâtie au iv^ siècle en l'honneur de l'Evangéliste de ce nom, par le Pape saint Marc, dont le corps y repose encore aujourd'hui.

Co R D I B u s nostns, qusesumus Domine, gratiam tuam benignus infunde ; ut sicut ab escis carnalibus abstinemus, lia sensus quoqiie nostros a noxiis retrahamus excessibus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

DAIGNEZ, Seigneur, verser votre grâce dans nos cœurs, afin qu'en pratiquant l'abstinence des viandes, nous retirions aussi nos sens des excès qui nous furent nuisibles. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Lectio libri Regum. IV. Cap. V.

IN diebus illis : Naaman, princeps militicc vegis Syriae, crat vir magnus apud dominum suum, et honoratus : per illum cnim dcdit Dominus salutem Syriae : erat autem vir fortis et dives, sed Icprosus. Porro de Syria egressi fuerant latrunculi, et captivam duLecture du livre des Rois.

ces jours-là, Naaman, ■cnéral de l'armée du roi de Syrie, était un homme puissant et en grand honneur auprès de son maître ; car le Seigneur avait sauvé par lui la Syrie. Il était vaillant et riche, mais lépreux. Or il arriva que des voleurs sortis de Syrie firent captive une jeune fille de la terre d'Israël,

Le Lundi de la Trois. Sem. de Carême.

et que elle-ci fut attachée au service de la femme de Naaman. Cette fille dit à sa maîtresse : Plût à Dieu que mon maître eût été trouver le Prophète qui est en Samarie ! il aurait été assurément guéri de sa lèpre. Naaman alla donc trouver son maître, et lui dit : Une fille de la terre d'Israël a dit ceci et cela. Le roi de Syrie lui dit : Va. et j'écrirai pour toi au roi d'Israël. Naaman partit donc, et prit avec lui dix talents d'argent, six mille écus d'or et dix habillements neufs, et il porta au roi d'Israël la lettre du roi de Syrie ainsi conçue : Lorsque vous aurez reçu cette lettre, elle vous apprendra que j'ai envoyé vers vous Naaman mon serviteur, afin que vous le guérissiez de sa lèpre. Le roi d'Israël, ayant lu cette lettre, déchira ses vêtements, et dit : Suis-je donc un Dieu pour pouvoir ôter et rendre la vie, que celui-ci m'envoie un homme à guérir de la lèpre ? Considérez et voyez que ce roi cherche une occasion contre moi. Elisée, l'homme de Dieu, avant appris que le roi d'Israël avait ainsi déchiré ses vêtements, lui envoya dire : Pourquoi avez-vous déchiré vos vêtements ? Que cet homme vienne à moi, et qu'il sache qu'il y a un Prophète en

xerant de terra Israël puellam parvulam, quœ erat in obsequio uxoris Naaman. Quœ ait ad dominam suam : Utinam fuisset dominus meus ad Prophetam, qui est in Samaria : profecto curasset eum a lepra quam habet. Ingressus est itaque Naaman ad dominum suum, et nuntiavit ei, dicens : .Sic et sic locuta est puella de terra Israël. Dixitque ei rex Syrias : Yade, et mittam litteras ad regem Israël. Qui cum profectus esset, et tulisset secum decem talenta argenti, et sex millia aureos, et decem mutatoria vestimentorum, detulit litteras ad regem Israël, in haec verba : Cum acceperis epistolam hanc, scito quod miserim ad te Naaman servum meum, ut cures eum a lepra sua. Cumque legisset re.x Israël litteras, scidit vestimenta sua , et ait : Numquid Deus ego sum, ut occidere possim et vivificare, quia iste misit ad me, ut curem hominem a lepra sua ? Animadvertite etvidete quod occasiones quaerat adversum me. Quod cum audisset Elisœus vir Dei, scidisse videlicet regem

Israël vestimenta sua, misit ad eum dicens : Quarescidisti vestimenta tua ? Veniat ad me, et sciât esse Prophetam in Israël. Venit ergo Naaman cum equis et curribus, et stetit ad ostium doraus Elisasi : misitque ad eum Elisaeus nuntium, dicens : Vade, et lavare septies in Jordane, et recipiet sanitatamcaro tua, atque mundaberis. Iratus Naaman recedebat, dicens : Putabam quod egrederetur ad me, et stans invocaret nomen Domini Dei sui, et tangeret manu sua locum leprœ et curaret me. Numquid non meliorcs sunt Abana et Pharphar fluvii Damasci omnibus aquis Israël, ut laver in eis et munder ? Cum ergo vertisset se, et abiret indignans, accesserunt ad eum servi sui, et locuti sunt ei : Pater, et si rem grandem dixisset tibi Propheta, certe facere debueras : quanto magis quia nunc dixit tibi : Lavare, et mundaberis ? Descendit, et lavit in Jordane septies juxta sermonem viri Dei, et restituta est caro ejus, sicut caro pueri parvuli, et mundatus est. Reversusque ad virum Dei cum

Israël. Naaman vint donc avec tous ses chevaux et ses chariots, et il s'arrêta à la porte de la maison d'Elisée. Et Elisée lui envoya dire par quelqu'un : Allez, et lav-ezvous sept fois dans le Jourdain, et votre chair se guérira et deviendra nette. Naaman irrité se retirait déjà, en disant : Je croyais qu'il serait venu me trouver, qu'il invoquerait sur moi le nom du Seigneur son Dieu, qu'il toucherait de sa main ma lèpre, et qu'il me guérirait. K'avons-nous pas à Damas les fleuves d'Abana et de Pharphar qui sont meilleurs que toutes les eaux d'Israël, pour aller m'y laver et me rendre le corps net ? Comme donc il avait déjà détourné sa face et s'en allait plein d'indignation, ses serviteurs s'approchèrent de lui et lui dirent : Père, si le Prophète vous eiit enjoint quelque chose de bien difficile, vous auriez dû néanmoins le faire: combien plus devez-vous aujourd'hui lui obéir, lorsqu'il vous dit : Allez vous laver, et vous deviendrez net ? Il descendit, et se lava sept fois dans le Jourdain selon la parole de l'homme de Dieu ; et sa chair redevint aussi saine que la chair d'un petit enfant, et il se trouva guéri. Il retourna donc vers l'homme de Dieu avec toute sa

Le Lundi de la Trois. Sem. de Carême. 32 5

suite, et il vint se présenter devant lui, et lui dit : Je sais fermement qu'il n'y a point d'autre Dieu sur toute la terre, que celui qui est en Israël.

universo comitatu suo, venit et stetit coram eo, et ait : Vere scio quod non sit alius Deus in universa terra, nisi tanI tum in Israël.

HIER, la sainte Eglise annonçait l'approche du Baptême pour nos Catéchumènes ; aujourd'hui, elle leur présente une histoire de l'Ancien Testament qui renferme un symbole de ce bain salutaire que leur a préparé la miséricorde divine. La lèpre de Naaman est la ligure du péché ; cette hideuse maladie n'a pour l'officier syrien qu'un seul remède : il faut qu'il se baigne sept fois dans les eaux du Jourdain, et il sera guéri. Le Gentil, l'intidèle, l'enfant qui naît avec la tache originelle, tous peuvent devenir justes et saints, mais par l'eau seulement et par l'invocation de la glorieuse Trinité. Naaman trouve qu'un tel remède est trop vulgaire ; il doute, il hésite ; dans sa sagesse humaine, il voudrait Un moyen plus cfigne de lui, un prodige sensible qui pût lui faire honneur autant qu'au Prophète. Au temps de la prédication apostolique, plus d'un 'Gentil raisonna de même ; mais ceux qui crurent avec simplicité à la vertu de l'eau sanctinée par JésusChrist reçurent la régénération ; et la fontaine baptismale enfanta un nouveau peuple formé de tous les peuples qui sont sous le ciel. Naaman, figure de la gentilité, se résolut enfin à croire ; et sa foi" fut récompensée par une guérison complète. Ses chairs putréfiées devinrent semblables à celles de l'enfant chez qui les sources de la vie n'ont

point encore été altérées. Glorifions Dieu qui a donné cette vertu aux eaux, et cjui, par sa grâce, produit dans les âmes dociles cette foi à laquelle il réserve une si précieuse récompense.

Seqiientia sancti Evangelii secundum Liicam. Cap. IV.

IN illo tcmporc . Dixit Jésus Pharisaîis Utique dicetis mihi hanc similitudinem : Medice, cura teipsum . quanta audivimus facta in Capharnaum,fac et hic in patria tua. Ait autem : Amen dico vobis , quia nemo propheta acccptus est in patria sua. In veritate dico vobis. multaevidua" erant in diebus Elias in Israël, quando clausum est cœlum annis tribus etmensibus sex, cum facta esset famés magna in omni terra : et ad nullam illarum missus est Elias, nisi in Sarephta Sidonias ad mulierem viduam. Et multi leprosi erant in Israël sub Elisœo propheta . et nemo eorum mundatus est, nisi Naaman Syrus. Et replcti sunt omnes in synagoga ira, hxc audicntes. Et surrexcrunt, et ejecerunt illum extra civitatem : et duxerunt illum usque ad

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap.

EN ce temps-là, Jésus dit aux Pharisieris : Vous m'appliquerez sans doute ce proverbe : Médecin , guéristoi toi-même; vous me direz : Les grandes choses que nous avons ouï dire avoir été accomplies par vous à Capharnaiim, faites-les ici dans votre patrie. Et il ajouta : En vérité, je vous le dis, nul prophète n'est accueilli dans sa patrie. Je vous le dis en vérité, il y avait plusieurs veuves en Israël aux jours d'Elie, lorsque le ciel fut fermé durant trois ans et six mois, et qu'il y eut une grande famine par toute la terre ; néanmoins Elle ne fut envoyé à aucune d'elles, si ce n'est à la veuve de Sarepta des Sidoniens. Et il y avait de même plusieurs lépreux en Israël aux jours du prophète Elisée, et néanmoins nul d'entre eux ne fut guéri, mais seulement Naaman le Syrien. En entendant ceci, ils furent tous remplis de colère dans la synagogue. Et se levant

Le Lundi de la Trois. Sern. de Carême. 32

ils le jetèrent hors de la ville, et le menèrent au sommet d'un mont sur lequel leur ville était bâtie, pour le précipiter ; mais lui, passant au milieu d'eux, se retira.

supercilium montis, super quem civitas illorura erat ccdificata, ut prascipitarent eum. Ipse autem transiens per médium illorum, ibat.

NOUS venons d'entendre le Sauveur proclamer encore le mystère de la vocation des Gentils à la place des ]uifs incrédules ; et notre Naaman est cité ici comme un exemple de cette miséricordieuse substitution. Jésus rappelle aussi la veuve de Sarepta, l'hôtesse d'Elie, dont nous avons lu l'histoire il y a quelques jours. Cette effrayante résolution du Seigneur de transporter sa lumière d'un peuple à l'autre irrite les pharisiens de Nazareth contre le Messie. Ils savent que Jésus, qui, à ce moment, n'était encore qu au début de sa prédication, vient d'opérer de grandes merveilles dans Gapharnaùm : ils voudraient le voir illustrer leur petite ville par quelques signes semblables; mais Jésus sait qu'ils ne se convertiraient pas. Le connaissent-ils seulement ? Il a atteint au milieu d'eux l'âge de trente ans, « croissant toujours en âge et en sagesse devant Dieu et devant les hommes i » ; mais ces puissants du siècle ne faisaient guère attention â un pauvre ouvrier, au fils du charpentier. Savent-ils même que, si Jésus a fait un long séjour â Nazareth, ce n'est cependant pas dans cette ville, mais â Bethléhem, qu'il est né ? Devant eux, dans la synagogue de Nazareth 2, il vient d'expliquer le prophète Isaie

I. Luc. II, 52. — 2. Ibid. IV, l( avec une éloquence et une grâce merveilleuses ; il annonçait que le temps de la miséricorde était arrivé. Son discours, oui étonna et ravit l'assistance, a moins frappe les sages de la ville que le bruit des prodiges qu'il vient d'opérer dans un pays voisin.'^lls veulent lui voir faire quelque miracle sous leurs yeux, comme un vain spectacle ; ils ne l'obtiendront pas. Qu'ils se rappellent le discours que Jésus a fait dans la synagogue, et surtout qu'ils tremblent en l'entendant annoncer le retour des Gentils. Mais le divin Prophète n'est point écouté dans sa propre ville ; et si sa puissance ne l'eût soustrait à la férocité de ses indignes compatriotes, le sang du Juste eût été répandu clés ce jourlà. t'est la triste gloire de l'ingrate Jérusalem, « que nul prophète ne doit périr, si ce n'est dans ses murs • >>.

HUMILIATE capitavestra Deo.

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UMILIEZ VOS têtes devant eu.

CuBVENlAT nobis, Do'-^ mine, misericordia tua : ut ab imminentibus peccatorum nostrorum periculis, te mereamur protegente, eripi, te libérante, salvari. PerChristum Dominum nostrum. Amen.

QUE votre miséricorde. Seigneur, nous assiste, afin que nous méritions d'être arrachés par votre protection aux périls pressants où nos pèches nous engagent, et d'en être sauvés par votre secours libérateur. Par JésusChrist notre Seigneur. A- men.

Le Lundi de la Trois. Sem. de Carême.

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Offrons à Dieu, en cette journée, cette solennelle Supplication, empruntée à la liturgie gothique :

{Missale Gothicum. In Dominica III Qiiadragesimœ.)

D OGAMUS te, Rex saecu^^ lorum, Deus sancte,

P 01 des siècles, Dieu saint, ■*-^ nous avons péché contre vous ; nous vous en prions, ayez enfin pitié.

f. Père très-haut, écoutez nos cris ; dans votre bonté octroyez nos demandes ; exaucez-nous. Seigneur.

^. Ayez enfin pitié.

y. Rédempteur plein de bonté, nous vous supplions, pleurant de tout notre cœur : nous sommes devant vous, soyez propice; assistez-nous.

^. Ayez enfin pitié.

f. Dieu tout-puissant, étendez votre main du haut du ciel • ô miséricordieux, dans votre puissance, protétégez ceux qui vous invoquent.

^. Ayez enfin pitié.

j^. Donnez la fertilité et la paix, écartez les guerres, repoussez la famine, ô Rédempteur très saint 1

^. Ayez enfin pitié.

"f. Pardonnez à ceux qui I

jam miserere : mus tibi.

peccavif. Audi clamantes, Pater altissime, et quae precamur, clemens attribue : exaudi nos. Domine.

^. Jam miserere.

f. Bone Redemptor, supplices quaesumus de toto corde fientes : requirimus. adsiste propitius.

V^. Jam miserere.

j^. Emitte manum, Deus omnipotens : et invocantes potenter protège ex alto, piissime.

^. Jam miserere.

f. Fertilitatem et pacem tribue : remove bella. et famem cohibe, Redemptor sanctissime.

^. Jam miserere.

y. Indulge lapsis ; in33 o

Le Carême

dulçe perditis : dimitte noxia : ablue crimina . acclines tu libéra.

i^. jam miserere.

f. Gemitus vide: fletus intellige : extende manum : peccantes redime.

ip. Jam miserere.

1^. Hanc nostram, Deus , hanc pacem suscipe . supplicum voces placatus suscipe : et parce, piissime.

Ri. Rogamus te, Rex scEculorum, Deus sancte, jam miserere : peccavimus tjbi.

sont tombés ; pardonnez à ceux qui se sont perdus ; remettez les fautes, lavez les crimes ; délivrez ceux qui sont devant vous prosternés. ^. Ayez enfin pitié.

j^. Voyez les gémissements, considérez les pleurs, étendez la main, rachetez ceux qui ont péché.

fi|. Ayez enfin pitié.

f. Acceptez, ô Dieu ! cette réconciliation ; accueillez ces voix suppliantes, et pardonnez, vous plein de bonté.

Ij?. Roi des siècles, Dieu saint, nous avons péché contre vous ; nous vous en prions, ayez enfin pitié de nous.

^l^A Station est dans l'Eglise de sainte X^\ Pudentienne, petite-tille du sénaJ^K teur Pudens. Cette vierge illustra r^< Rome chrétienne au ii^ siècle par sa piété, sa charité et son zèle à ensevelir les corps des Martyrs. Son église est bâtie sur l'emplacement de la maison qu'elle habitait avec son père et sa sœur sainte Praxède, maison qui avait été, sous son aïeul, honorée de la présence de saint Pierre.

puissant

Dieu toutet miséricordieux, et daignez nous accorder le don d'une abstinence si salutaire à nos âmes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

EXAUDI nos, omnipotens et misericors Deus ; et continentias salutaris propitius nobis dona concède. PerChristum Dominum nostrum. Amen.

Lecture du livre des Rois.

EN ces jours-là. une femme s'adressa avec des cris au prophète Elisée, et lui dit : Mon mari, votre serviteur, est mort ; et vous savez que votre serviteur était craignant Dieu, et maintenant son créancier vient pour

Lectio libri Regum.

IV. Cap. iv.

IN diebus illis : Mulier quœdam clamabat ad Elisaeum Prophetam, dicens : Servus tuus vir meus mortuus est : et tu nosti quia servus tuus fuit timens Dominum : et ecce creditorvenit ut toiLe Carême.

lat duos filios meos ad serviendum sihi. Gui dixitElisaeus ■ Quid vis ut faciam tibi ? Die mihi, quid habes in domo tua ? At illa respondit • Non habeo ancilla tua quidquain in domo mea, nisi parum olei, quo ungar. Gui ait • Vade, pete mutuo ab omnibus vicinis tuis vasa vacua non pauca. Et ingredere, et Claude ostium tuum, cum intrinsecus fueris tu et filii tui : et mitre inde in omniavasa hœc et cum

fiena fuerint, toiles, vit itaque mulier, et clausit ostium super se, et super filios suos illi ofterebant vasa , et illa infundebat. Gumque plena fuissent vasa, dixit ad filium suum . Affer mihi adhuc vas. Et ille respondit Non habeo. Stetitque oleum. Venit autem illa, et indicavit homini Dei. Et ille • Vade, inquit, vende oleum, et redde creditori tuo : tu autem et filii tui vivite de reliquo.

Te mystère de cette lecture est facile à sai■^ sir. Le créancier de l'homme est Satan, à qui nos péchés ont donné sur nous d'immenses droits. Le seul moyen de nous acquitter est l'huile, c'est-à-dirc la miséricorde, dont l'huile est le symbole par sa

prendre mes deux fils, et en faire ses esclaves. Elisée lui dit : Que voulez-vous que je vous fasse ? Dites-moi, qu'avez-vous dans votre maison ? Elle répondit : Votre servante n'a plus dans sa maison qu'un peu d'huile pour s'en oindre. Il lui dit : Allez, empruntez de tous vos voisins des vases vides ; puis entrez, fermez votre porte, et quand vous serez au dedans, vous et vos fils, versez de cette huile dans tous ces vases ; et quand ils seront pleins, vous les ôterez. Gette femme alla donc et ferma la porte sur elle et sur ses fils; ceux-ci lui présentaient les vases, et elle versait dedans. Lorsque les vases furent pleins, elle dit à son fils : Apporte-moi encore un vase. Et il répondit : Je n'en ai plus. Et l'huile s'arrêta. Elle vint donc et rendit compte à l'homme de Dieu. Et il lui dit : Allez, vendez cette huile, et payez votre créancier: et vivez de ce qui reste, vous et vos fils.

Le Mardi de la Trois. Sem. de Carême. 333

douceur. « Heureux ceux qui sont miséricor« dieux; car ils obtiendront eux-mêmes « miséricorde i. » En ces jours de salut, préparons donc notre réconciliation par notre empressement à soulager nos frères, joignant l'aumône au jeûne, et pratiquant les œuvres de miséricorde. Par ce moyen, nous fléchirons le cœur de Dieu; et nous remettant lui-même notre dette, il enlèvera à Satan le titre qu'il s'apprêtait à faire valoir contre nous. Protîtons de l'exemple de cette femme de l'Ecriture : • c'est loin des regards des hommes qu'elle remplit ses vases de l'huile mystérieuse; fermons aussi notre porte pour faire le bien ; et c( que notre main gauche « ignore ce qu'aura fait notre main droite - ». Observons encore ceci : l'huile ne s'arrête que lorsqu'il n'y a plus de vases à remplir. Ainsi notre miséricorde envers le prochain doit être proportionnée à nos moyens d'action. Dieu les connaît, et il ne veut pas que nous restions en deçà de ce que nous pouvons faire. Soyons donc larges en ce saint temps, et prenons la résolution de l'être toujours. Quand les ressources matérielles nous manqueront, soyons encore miséricordieux

Kar nos désirs, par nos instances auprès des ommes, par nos prières auprès de Dieu.

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu. Chap. xviii.

EN ce temps-là. Jésus dit à SCS disciples : Si votre

Sequentia sancti Kvangelii secundum Matthaeum. Cap. xviii.

[N illo tempore : Dixit Jésus discipulis suis

I. Matth. V, 7. — 2. Ibid VI, 3.

Si peccaverit in te frater tuus, vade, et corripe eum inter te et ipsum solum. Si te audierit, lucratus eris fratrem tuum. Si autem te non audierit, adhibe tecum adhuc unumvelduos, ut in ore duorum vel trium testium stet omne verbiim. Quod si non audierit eos, die Ecclesiae. Si autem Ecclesiam non audierit, sit tibi sicut ethnicus et publicanus. Amen dico vobis : quaîcumque alligaveritis super terram, erunt ligata et in cœlo ; et quaecumque solveritis super terram, erunt soluta et in cœlo. Iterum dico vobis, quia si duo ex vobis consenserint super terram, de omni re quamcumque petierint, fiet illis a Pâtre meo, qui in cœ- lis est. Ubi enim sunt duo vel très congregati in nomine meo, ibi sum in medio eorum. Tune accedens Petrus ad eum, dixit : Domine , quoties peccabit in me frater meus, et dimittam ei ? Usquc septies ? Dicit illi Jésus : Non dico tibi usque septies ; sed usque septuagies septies.

frère a péché contre vous, allez et le reprenez seul entre vous et lui. S'il vous écoute , vous aurez gagné votre frère. Mais s'il ne vous écoute pas, prenez encore avec vous une ou deux personnes, afin que tout soit avéré par la parole de deux ou trois témoins. Que s'il ne les écoute pas, dites-le à l'Eglise ; et s'il n'écoute pas l'Eglise, qu'il vous soit comme un païen et un publicain. En vérité, je vous le dis, tout ce que vous aurez lié sur la terre, sera lié aussi dans le ciel : et tout ce que vous aurez délié sur la terre, sera aussi délié dans le ciel. Je vous le dis encore, si deux d'entre vous se réunissent sur la terre, quoi que ce soit qu'ils demandent , ils l'obtiendront de mon Père qui est dans les cieux ; car là où deux ou trois sont réunis en mon nom, j'y suis au milieu d'eux. Pierre alors, s'apj^rochant de lui, lui dit : Seigneur, combien de fois mon frère péchant contre moi, le lui remettrai-je ? Jusqu'à sept fois ? Jésus lui dit : Je ne te dis pas jusqu'à sept fois, mais jusqu'à septante fois sept fois.

A miséricorde que le Seigneur veut voir en - nous ne consiste pas seulement à répandre

Le Mardi de la Trois. Sem. de Carême. 335

i'aumône corporelle et spirituelle dans le sein des malheureux; elle embrasse encore le pardon et l'oubli des injures. C'est ici que Dieu nous attend pour éprouver la sincérité de notre conversion. « La mesure dont vous « aurez usé envers les autres , dit-il, sera « celle dont on usera envers vous i. » Si nous pardonnons du fond du cœur à nos ennemis, le Père céleste nous pardonnera sans restriction à nous-mêmes. En ces jours de réconciliation, efforçons-nous de gagner 710S frères, comme dit le Seigneur; et pour cela, pardonnons, quand bien même il le faudrait faire septante fois sept fois. Nos rixes d'un jour sur le chemin de l'éternité ne doivent pas nous faire manquer le terme du voyage. Remettons donc les torts et les injures, et imitons la conduite de Dieu luimême à notre égard.

Remarquons encore dans notre Evangile ces paroles qui sont le fondement de notre espérance, et qui doivent retentir jusqu'au fond de nos cœurs reconnaissants : « Tout ce que vous aure^ délié sur la terre sera délié dans le ciel. » Quel nombre immense de pécheurs vont faire l'expérience de cette heureuse promesse ! Ils confesseront leurs péchés, ils offriront à Dieu l'hommage d'un cœur contrit et humilié; et au moment où le

Brêtre les déliera sur la terre, la main de ieu au ciel les dégagera des liens qui les tenaient enchaînés pour les supplices éternels.

336 Le Carême.

Enfin, n'oublions pas non plus cette autre parole qui est liée à la précédente " Si quelquiin n'écoute pas VEglise, qu'il vous soit comme un païen et un publicain. Qu'est-ce donc que cette Eglise dont il est parle ici ? Des hommes auxquels Jésus-Christ a dit . Qui vous écoute m'écoute ; qui vous méprise me méprise ; des hommes par la bouche desquels la vérité, qui seule peut sauver, arrive à l'oreille du Chrétien; des hommes qui seuls sur la terre peuvent réconcilier le pécheur avec Dieu, lui fermer l'enfer et lui ouvrir le ciel. Devons-nous donc nous étonner après cela que le Sauveur, qui les a voulus pour ses intermédiaires entre lui et les hommes, menace de regarder comme un païen, comme un homme sans baptême, celui qui ne reconnaît pas leur autorité ? En dehors de leur enseignement, point de vérité révélée ; en dehors des Sacrements qu'ils administrent, point de salut; en dehors de la soumission aux lois spirituelles qu'ils imposent, point d'espérance en Jésus-Cnrist.

HUMILIATE capita ves- 1 tt umiliez vos têtes devant tra Deo. il Dieu.

TUA nos, Domine, protectione défende : et ab omni sempcr iniquitate custodi. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

DÉFENDEZ-NOUS, Seigneur, par votre protection, et gardez-nous sans cesse de toute iniquité. Par JésusChrist notre Seigneur. A- men.

Le Mardi de la Trois. Sem. de Carême. 33j

Demandons à la Liturgie grecque quelques accents de pénitence, pour les offrir à Dieu aujourd'hui. Elle nous offre cette Hymne de saint André de Crète :

(/« V Feria V Hebdomadœ.)

LE Prophète ayant appris votre futur avènement, Seigneur : que vous deviez naître d'une Vierge et vous montrer au monde, fut saisi de crainte, et il dit : J'ai entendu le bruit Je votre arrivée, e/ je me suis effrayé. Gloire soit à votre puissance, Seigneur!

Juste Juge, ne méprisez pas l'ouvrage de vos mains ; ne dédaignez pas votre œuvre. Quoique j'aie moi seul péché, vous, ô Dieu clément, supérieur à tous les hommes dans votre humanité, vous avez encore le pouvoir de remettre les péchés, étant le Seigneur de tous.

La fin s'approche, ô mon àme ! elle est tout près, et tu ne t'inquiètes pas ? tu ne te prépares pas ? Le temps presse, lève-toi : le juge est à la porte. La vie passe comme un songe, se flétrit comme une fleur : pourquoi donc nos vaines agitations ?

Rentre en toi-même, ô mon àme ! repasse tes œuvres, remets-les devant tes yeux, verse d'abondantes larmes. Raconte au Christ tes actions

AUDiviT Propheta adventum tuum, Domine, et timuit : quod esses nasciturus ex Virgine et mundo exhibendus : disitque . Audivi audition tuum et timui. Sit gloria, Domine, tuas potentiae.

Ne despexeris tua opéra, ac tuum figmentum. juste judex, neglexeris : quanquam peccavi solus, tu o clemens, qua homo supra hominem omnem, potestatem tamen dimittendi peccata, qua es Dominus universorum, habes.

Prope est finis, o anima, prope est, nec es sollicita ? non te préparas ? tempus urget. exsurge : prope est judex in januis : velut somnium, velut flos, vita decurrit ; ut quid vero frustra conturbamur ?

Resipisce, o anima mea : actus quos es opéra ta. recogita, eOsque ob oculos statue, atque ab oculis lacrymarum stillas

funde. Die palam Christo actiones tuas et cogitationes, et justificare.

Non fuerit in vita peccatum, actiove, aut malitia, quam ego, Salvator, intellectu et cogitatione atque propcsito non peccaverim, affectu, mentis judicio, et actione, ut nemo unquam gravius pcccaverit.

Inde etiam damnationisincurri reatum ; inde, miser ego, conscientia propria judice, qua nihil mundus violentius habet, causa cecidi : tu judex et redemptor, cognitorque meus, parce et libéra, salvumque fac servum tuum.

Tempus vitae meae exiguum est, laboribusque et molestia plénum ; verum pœnitentem .«uscipe, et revoca agnoscentem. Ne fiam alieni possessio et csca : tu ipse Salvator, mei miserere.

J a m grandiloquum ago, et corde temere audacem. Ne me condemnes cum Pharisaîo : imo Publicani, qui solus misericorssis, humilitatem concède : tu me, juste judex, huic adcense.

Ipse mihi factus sum idoium, vitiis corrumet tes pensées, et deviens juste.

O Sauveur ! il n'est point dans la vie de l'homme de péchés, d'actions mauvaises que je n'aie commises, dans la pensée du moins et dans l'intention ; personne n'a été

flus coupable que moi dans affection au mal, dans les jugements de l'esprit et dans les œuvres.

C'est pourquoi j'ai encouru la damnation ; c'est pourquoi, malheureux, je suis tombé avec justice, et ma conscience est pour moi un juge plus terrible que tout ce que renferme le monde. O juge! ô rédempteur! tu me connais; pardonne, délivre et sauve ton serviteur.

Le temps de ma vie est court, plein de fatigues et d'ennuis ; reçois en moi un vrai pénitent ; rappelle près de toi celui qui te reconnaît. Que je ne sois point la possession et la proie de l'étranger; tu es mon Sauveur, aie pitié de moi.

Je suis encore trop parleur, trop audacieux dans la témésité de mon cœur ; ne me condamne pas avec le Pharirien, toi qui seul es miséricordieux ; donne-moi l'humilité du Publicain. Juste juge, place-moi avec lui.

J'ai été ma propre idole; j'ai corrompu mon âme par

Le Mardi de la Trois. Sem. de Carême. 33g

le péché ; reçois en moi un vrai pénitent ; rappelle près de toi celui qui te reconnaît ; que je ne sois point la possession et la proie de l'étranger : tu es encore mon Sauveur, aie pitié de moi.

pens animam : verum pœnitentem suscipe. et revoca agnoscentem. Ne efficiar alieno in possessionem et escam : tu ipse Salvator, mei miserere.

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A Station, à Rome, est dans l'Eglise de Saint-Sixte, sur la Voie Appienne. On l'appelle aujourd'hui Saint-Sixte-le-Vieux, pour la distinguer d'une autre église consacrée à la mémoire du même saint Pape et Martyr.

PR.ESTA nobis, qucesumus Domine, ut salutaribus jejuniis eriiditi, a noxiis quoquevitiis abstinentes, propitiationcm tuam facilius impetremus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

FAITES, Seigneur, que ces jeûnes salutaires contribuant à nous éclairer, nous parvenions à nous abstenir des péchés qui nous sont si dangereux, et que nous obtenions plus promptement votre miséricorde. ParJésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Lectio libri Exodi. Cap. XX.

HJE.C dicit Dominas Deus : Honora patrem tuum, et matrem tuam, ut sis longasvus super terram, quam I^ominus Deus tuus dabit tibi. Non occides. Non mœchaberis. Non furtum faciès. Non loqueris contra proximum tuum falsum testimonium. Non

Lecture du livre de l'Exode. Chap XX.

VOICI ce que dit le Seigneur : Honore ton père et ta mère, afin de vivre longtemps sur la terre que le Seigneur ton Dieu te donnera. Tu ne tueras point. Tu ne commettras point d'adultère. Tu ne déroberas point. Tu ne porteras point faux témoignage contre ton prochain. Tu ne désireras point

Le Mercr. de la Trois. Sem. de Carême. 34 1

la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point sa femme, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne. ni rien de ce qui est à lui. Or tout le peuple entendait le bruit de la voix et le son de la trompette ; il voyait les éclairs et la montagne fumante; et, dans la crainte et l'eflFroi dont ils étaient saisis, ils se tinrent loin de la montagne, et dirent à Moïse : Parlez-nous vous-même, et nous écouterons; mais que le Seigneur ne nous parle plus, de peur que nous ne mourions. Et Moïse dit au peu61e: Ne craignez point; car lieu est venu pour vous éprouver, et afin que sa terreur soit en vous, et que vous ne péchiez point. Le peuple donc demeura bien loin ;mais Moïse entra dans l'obscurité où Dieu était. Le Seigneur dit encore à Moïse : Tu diras ceci aux enfants d'Israël : Vous avez vu que je vous ai parlé du ciel. Vous ne vous ferez point de dieux d'argent, ni de dieux d'or. Vous me dresserez un autel en terre, et vous offrirez dessus vos holocaustes et vos hosties pacifiques, vos brebis et vos tjoeufs, en tous les lieux où la mémoire de mon Nom sera établie.

concupisces domum proximi tui, nec desiderabis uxorem ejus, non servum, non ancillam, non bovem, non asinum, nec omnia quae illius sunt. Cunctus autem populus videbat voces, et lampades, et sonitum buccinae, montemque fumantem : et perterriti, ac pavore concussi steterunt procul, dicentes Moysi : Loquere tu nobis, et audiemus : non loquatur nobis Dominus, ne forte moriamur. Et ait Moyses ad populum : Nolite timere : ut enim probaret vos venit Deus ; et ut terror illius esset in vobis, et non peccaretis. Stetitque populus de longe. Moyses autem accessit ad caliginem, in qua erat Deus. Dixit prsterea Dominus ad Moysen : Hase dices filiis Israël : Vos vidistis quod de cœlo locutus sim vobis. Non facietis deos argenteos, nec deos aureos facietis vobis. Altare de terra facietis mihi, et offeretis super eo holocausta et pacifica vestra, oves vestras et boves, in omni loco in quo memoria fuerit Nominis mei.

'Eglise nous rappelle aujourd'hui les pré' captes du Seigneur qui ont rapport au

3 42 Le Carême.

prochain, en commençant par celui qui prescrit le respect des parents. Dans ce temps de réforme et de conversion, il est utile aux fidèles de se souvenir que c'est sur l'autorité de Dieu que reposent nos devoirs envers les hommes : d'où il suit que c'est Dieu même que nous avons offense, quand nous avons péché contre nos semblables. Le Seigneur réclame d'abord ses propres droits; iT veut être adoré et servi ; il défend le culte grossier des idoles ; il prescrit l'observation du Sabbat, les sacrifices, les cérémonies; mais en même temps il veut que l'homme aime son prochain comme lui-même; il se déclare le vengeur de nos frères, quand nous les avons lésés, si nous ne réparons pas le tort ou l'injure. La voix de Jehovah est aussi tonnante sur le Sinaï, quand elle réclame les droits de notre prochain, que lorsqu'elle retentit pour déclarer à l'homme ses obligations envers son Créateur. Etant ainsi éclairés sur l'origine de nos devoirs, nous comprendrons mieux l'état de nos consciences, et combien nous sommes redevables à la justice de Dieu. Mais si l'ancienne loi, gravée sur des tables de pierre, sanctionne avec tant d'autorité le précepte de l'amour du prochain ; combien plus la nouvelle, scellée du sang de JésusChrist mourant sur la croix pour ses frères ingrats, nous révèlera~t-elle l'étendue du précepte de la charité fraternelle ! Ces deux lois sont devant nous; elles sont le double texte sur lequel nous serons jugés ; hâtonsnous donc de nous conformer à ce qu'elles prescrivent, afin que cette parole du Sauveur s'accomplisse en nous : « Tout le monde

Le Mercr. de la Trois. Sem. de Carême. 343

« verra que vous êtes mes disciples à l'affec« tion que vous aurez les uns pour les au« très ' . »

La suite du saint Evangile selon saint Matthieu.

EN ce temps-là, des Scribes et des Pharisiens venus de Jérusalem s'approchèrent de Jésus, et lui dirent : Pourc^oi vos disciples transgressent-ils les traditions des Anciens ? Car ils ne lavent pas leurs mains, lorsqu'ils mangent du pain ? Mais il leur répondit : Et vous, pourquoi transgressez-vous le commandement de Dieu par votre tradition? Car Dieu a dit : Honore ton père et ta mère ; et : Quiconque maudira son père ou sa mère. mourra de mort. Mais vous. vous dites : Quiconque dira à son père ou à sa mère : Tout don que j'offre à Dieu vous est utile, satisfait à la loi. encore qu'après cela il n'honore point son père ni sa mère. Et ainsi vous avez rendu inutile le commandement de Dieu par votre tradition. Hypocrites, c'est bien de vous qu'Isaïe a prophétisé, lorsqu'il a dit : Ce peuple m'honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi ; le

Sequentia sancti Evangelii secundum Matthasum. Cap. xv.

IN illo tempore : Accesserunt ad Jesum ab Jerosolymis Scribje et Pharissei , dicentes : Quare discipuli tui transgrediuntur traditionem seniorum ? non enim lavant manus suas cum panem manducant. Ipse autem respondens, ait illis : Quare et vos transgredimini mandatum Ûei proptertraditionem vestram ?Nam Deus dixit : Honora patrem et matrem. Et : Qui maledixerit patri vel matri, morte moriatur. \'os autem dicitis : Quicumque dixerit patri vel matri : Munus quodcumque est ex me tibi proderit : et non honorificabit patrem suum aut matrem suam : et irritum fecistis mandatum Dei propter traditionem vestram. HypocritJe, bene prophetavit de vobis Isaias, dicens : Populus hic labiis me honorât : cor autem eorum

longe est a me. Sine causa autem colunt me, docentes doctrinas et mandata hominum. Et convocatis ad se turbis, dixit eis : Audite, et intelligite. Non quod intrat in os, coinquinat hominem : sed quod procedit ex ore, hoc coinquinat hominem. Tune accedentes discipuli ejus, dixerunt ei : Scis quia Pharisaei, audito verbo hoc, scandalizati sunt ? At ille respondens,ait : Omnis plantatio quam non plantavit Pater meus ccelestis, eradicabitur. Sinite illos : cœci sunt, et duces caccorum. Caecus autem si caeco ducatum prajstet, ambo in foveam cadunt. Respondens autem Petrus, dixit ei : Edissere nobis parabolam istam. At ille dixit : Adhuc et vos sine intellectu cstis ? Non intelligitis quia omne quod in os intrat, in vcntrem vadit, et in secessum emittitur ? Quas autem procedunt de ore, de corde exeunt, et ea coinquinant hominem : de corde enim exeunt cogitationes malœ, homicidia, adulteria, fornicationcs, furta, falsa testimonia, blasphemiœ. Haec sunt qux' coinquinant hominem. Non lotis auculte qu'ils me rendent est vain, et ils enseignent des doctrines et des ordonnances humaines. Puis, ayant appelé le peuple, il leur dit : Ecoutez, et comprenez. Ce n'est pas ce qui entre dans la bouchequi souille l'homme ; mais ce qui sort de la bouche, c'est là ce qui souille l'homme. Alors ses disciples, s'approchant, lui dirent : Savezvous que les Pharisiens, entendant cette parole, se sont scandalisés? Mais il leur répondit : Toute plante que mon Père céleste n'a point plantée, sera arrachée. Laissez-les : ce sont des aveugles et des conducteurs d'aveugles. Or, si un aveugle conduit un aveugle, ils tombent tous deux dans la fosse. Pierre, reprenant, lui dit : Expliquez-nous cette parabole. Maïs il lui répondit : Etes-vous donc encore, vous aussi, sans intelligence ? Ne comprenez-vous pas que tout ce qui entre par la bouche va au ventre, et est rejeté ensuite en un lieu secret ? Mais ce qui sort de la bouche part du cœur, et c'est là ce qui souille l'homme. Car c'est du cœur que sortent les mauvaises pensées, les homicides, les adultères, les fornications, les vols, les faux témoignages, les blasphèmes. C'est là ce qui souille l'homme ; mai* manger sans avoir lavé

Le Mercr. de la Trois. Sem. de Carême. 84.5

ses mains, ne souille point l'homme.

tem manibus manducare, non coinquinat homiT A loi que Dieu avait donnée à Moïse pres^ crivait un grand nombre de pratiques et de cérémonies extérieures ; et les Juifs fidèles les observaient avec zèle et ponctualité. Jésus lui-même, bien qu'il fût le législateur suprême, s'y conforma en toute humilité. Mais les Pharisiens avaient ajouté des traditions humaines et superstitieuses aux lois et aux ordonnances divines, et ils faisaient consister la religion dans ces inventions de leur orgueil. Le Sauveur vient au secours des faibles et des simples que ce faux enseignement pouvait égarer, et i' rétablit le véritable sens des prescriptions extérieures. Les Pharisiens pratiquaient dans le cours de la journée un grand nombre de lotions, prétendant que s'ils ne se fussent pas ainsi lavé les mains, et même une fois par jour tout le corps, leur nourriture aurait été impure, à raison des souillures qu'ils avaient contractées par la rencontre ou le contact de mille choses qui n'étaient point signalées dans la loi. Jésus veut arracher les Juifs à ce joug humiliant et arbitraire, et il reproche aux Pharisiens d'avoir perverti la loi de Moïse.

Venant ensuite à juger le fond de ces pratiques, il enseigne qu'il n'y a point de créature impure par elle-même, que la conscience d'un homme ne saurait être souillée par le seul fait delà nourriture qui descend dans son estomac. « Ce qui rend l'homme coûte pable, ce sont, dit le Sauveur, les pensées « mauvaises, les œuvres mauvaises, qui mon346 Le Carême.

(( tent du cœur. » Les hérétiques ont prétendu trouver dans ces paroles la réprobation des pratiques extérieures qu'impose l'Eglise, et spécialement la condamnation des abstinences qu'elle prescrit; mais en cela ils méritent qu'on leur applique à leur tour ce que JésusChrist disait aux Pharisiens : « Ce sont des « aveugles qui conduisent d'autres aveugles. » En effet, de ce que les péchés que l'homme commet à propos des choses matérielles doivent être mis sur le compte de la volonté qui est spirituelle, il ne s'ensuit pas que cette volonté puisse innocemment user des choses matérielles, lorsque Dieu, ou son Eglise çiui commande en son nom, le défendent. Dieu défendit à nos premiers pères, sous peine de mort, de manger du fruit d'un certain arbre ; ils en mangèrent et furent coupables. Est-ce

Rarce que le fruit en lui-même était impur? on ; ce fruit était une créature de Dieu comme les autres fruits du jardin; mais le cœur de nos premiers parents accueillit la pensée de la désobéissance et s'y livra: voilà comment le péché fut commis à l'occasion d'un fruit. Par sa loi donnée sur le Sinaï, Dieu avait interdit aux Hébreux 1-usage de la chair de certaines espèces d'animaux; s'ils en mangeaient, ils devenaient coupables, parce qu'ils avaient désobéi au Seigneur, et non parce que ces viandes étaient maudites en elles-mêmes. Les préceptes de l'Eglise relatifs au jeûne et à l'abstinence sont de même nature que ceux que nous venons de rappeler. Afin de nous donner lieu d'appliquer en nous, et uniquement dans notre intérêt, le principe de la pénitence chrétienne,

Le Mercr. de la Trois. Sem. de Carême. 34-]

l'Eglise nous prescrit l'abstinence dans une certaine mesure ; si nous violons sa loi, ce ne sont pas les mets dont nous usons qui nous souillent : c'est la révolte contre un pouvoir sacré que Jésus-Christ recommandait hier à notre respect avec tant d'énergie, qu'il ne faisait pas difficulté de nous dire que quiconque n'écoute pas V Eglise doit être tenu par nous au rang des païens.

MILIEZ VOS têtes devant

HUMILIATE capita vesira Dec.

CONCEDE, quassumus omnipotens Deus : ut qui protectionis tuœ graiiam quaerimus, liberati a malis omnibus, secura tibi mente serviamus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

DAIGNEZ faire, ô Dieu toutpuissant, que nous, qui réclamons la grâce de votre protection, étant délivrés de tous les maux, nous vous servions dans un esprit tranquille. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

L'Eglise gothique d'Espagne nous offrira encore aujourd'hui une des solennelles Supplications qu'elle adressait à Dieu pendant le Carême.

Ad Sextam in IV Feria

V Hebdomadce.)

RÉDEMPTEUR' de tous, roi suprême, nous élevons vers vous nos yeux baignés de pleurs ; exaucez, ô Christ, vos suppliants.

^. Ayez pitié.

r\ 01

te , Redemptor mnium , rex summe, oculos nostros sublevamus fientes : exaudi, Christe, supplicantium preces. ft. Et miserere.

f. Dextra Patris, lapis angularis, via salutis. janua cœlestis, ahlue nostri maculas delicti.

^. Et miserere.

f. Rogamus, Deus, tuam majestatem : auribus sacris gemitus exaudi ; crimina nostra placidus induige.

Rj. Et miserere.

j^. Tibi fatemur crimina admissa, contrito corde pandimus occulta : tua, Kedemptor, piètas ignoscat.

^. Et miserere,

f. Innocens captus , nec repugnans ductus : testibus falsis pro impiis damnatus : quos redemisti , tu conserva , Christe.

p?. Et miserere.

f. Droite du Père, pierre angulaire, voie du salut, porte du ciel, lavez les taches de nos pochés.

Ijï. Ayez pitié.

f. Nous prions, ô Dieu, votre majesté; que votre oreille sacrée écoute nos gémissements ; dans votre indulgence, remettez nos crimes.

H). Ayez pitié.

f. Nous vous confessons le mal commis; d'un cœur contrit nous révélons nos secrets ; ô Rédempteur, que votre bonté pardonne !

fi|. Ayez pitié.

j^. O vous l'innocent chargé de fers, entraîné par vos ennemis sans résistance, condamné sur de faux témoignages à la mort pour les impics ; conservez, ô Christ, ceux que vous avez rachetés.

K. Ayez pitié.

E jour marque le milieu de la sainte Quarantaine, et c'est pour cela qu'il est appelé le Jeudi de la miCaréme. Nous accomplissons en effet aujourd'hui le vingtième jeûne sur quarante que nous impose l'Eglise en ce saint temps. Chez les Grecs, c'est la journée d'hier qui est comptée comme Mésonestime à proprement parler, ou milieu des jeûnes; au reste, ils donnent ce nom, ainsi que nous l'avons vu, à la semaine tout entière, qui est, dans leur liturgie, la quatrième des sept dont est formé leur Carême. Mais le Mercredi de cette semaine est, chez eux, l'objet d'une fête solennelle, un jour de réjouissance, où l'on ranime son courage pour achever la carrière. Les nations catholiques de l'Occident, sans considérer le jour où nous sommes parvenus comme une fête, ont toujours eu la coutume de le passer dans une certaine allégresse. La sainte Eglise Romaine s'est unie à cette pratique; mais afin de ne pas donner prétexte à une dissipation qui pourrait nuire à l'esprit du jeûne, elle a remis l'expression plus marquée de cette joie innocente au Dimanche suivant, comme nous le verrons ci-après. Toutefois il n'est pas contre l'esprit du Christianisme de fêter aujourd'hui le jour central du Carême^ en réunissant, à la manière de

35o Le Carême.

nos pères, de plus nombreux convives, et en servant la taolc avec plus de recherche et d'abondance, pourvu toutefois que l'abstinence et le jeûne soient respectés. Mais, hélas! avec le relâchement qui règne aujourd'hui dans notre malheureux pays, combien de gens, qui se disent catholiques, n'ont guère fait autre chose depuis vingt jours que de violer ces lois du jeûne et de l'abstinence, sur la foi de dispenses légitimes ou extorquées! Quel sens peuvent avoir pour eux les joies naïves que goûtent aujourd'hui, en de lointaines provinces, ces familles de vieux chrétiens qui n'ont point encore laissé périr chez eux les saintes traditions ? Mais ces joies, pour les éprouver, il faut les avoir méritées par quelques privations, par un peu de gène imposée au corps : et c'est ce que trop de catholiques de nos jours ne savent

f)lus faire. Prions pour eux, afin que Dieu eur donne de comprendre enfin à quoi les oblige la foi qu'ils professent.

A Rome, la Station est aujourd'hui dans l'Eglise de Saint-Côme-et-Saint-Damien, au Forum. Le moyen âge, comme nous l'apprenons de Durand, dans son Rational des divins Offices, cherchait la raison du choix de cette Station dans la profession de médecins que ces deux saints Martyrs ont exercée. On pensait que l'Eglise voulait implorer non seulement pour les âmes, mais aussi pour les corps de ses enfants déjà fatigués par le jeûne et l'abstinence, la protection de ces puissants amis de Dieu qui, sur la terre, consacraient les ressources de l'art médical au soulagement corporel de leurs frères. Le

Le Jeudi de la Trois. Sem. de Carême. 35 i

savant liturgiste Gavantus commente longuement cette idée qui, si elle n'a pas inspiré le choix de cette église pour la Station d'aujourd'hui, n'en est pas moins propre à éditîer les tidèles, en les engageant à recourir aux deux illustres frères médecins, et à demander par leur intercession la constance et les forces nécessaires pour achever dignement et fidèlement la carrière si heureusement commencée.

OUE l'heureuse solennité de vos saints Côme et Damien vous glorifie. Seigneur, qui leur avez donné l'éternelle félicité, et nous avez secourus par votre ineffable providence. Par JésusChrist notre Seigneur. A- men.

MAGNIFICET te. Domine, sanctorum tuorum Cosmae et Damiani beata solemnitas : qua et illis gloriam sempiternam. et opem nobisineffabili providentia dontulisti. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

Lecture du Prophète Jérémie. Chap. vii.

EN ces jours-là. la parole du Seigneur descendit vers moi, et me dit : Tiens-toi à la porte de la maison du Seigneur, prêches-5' ces paroles, et dis : Ecoutez la parole du Seigneur, vous tous, peuple de Juda, qui entrez par ces portes pour venir adorer !e Seigneur. Voici ce que dit le Seigneur des armées, le Dieu d'Israël : Redressez vos voies et vos

Lectio Jeremiae Prophetje. Cap. vu.

IN diebus illis : Factum est verbum Domini ad me dicens : Sta in porta domus Domini. et praedica ibi verbum istud, et die : Audite verbum Domini, omnis Juda. qui ingredimini per portas bas. ut adoretis Ûominum. Haec dicit Dominus exercituum, Deus Israël : Bonas facite vias vestras, et studia vestra :

désirs, et j'habiterai en ce lieu avec vous. Ne mettez point votre confiance dans des paroles de mensonge, en disant : Le temple est au Seigneur, le temple est au Seigneur, le temple est au Seigneur. Car si vous avez soin de redresser vos voies et vos désirs ; si vous rendez la justice à ceux qui plaident ensemble ; si vous ne faites point violence à l'étranger, au pupille cl à la veuve ; si vous ne répandez point en ce lieu le sang innocent, et si vous ne suivez point les dieux étrangers pour votre malheur, j'habiterai avec vous de siècle en siècle en ce lieu et en cette terre que j'ai donnée à vos pères, dit le Seigneur toutpuissant.

LA sainte Eglise ne manque à aucun de ses devoirs à l'égard de ses enfants. Si elle insiste pour obtenir d'eux l'accomplissement des obligations extérieures de la religion, quelque pénibles qu'elles soient à leur lâcheté, elle les avertit aussi de ne pas penser que les observances corporelles, si exactement qu'on les remplisse, pourraient tenir lieu des vertus intérieures commandées à l'homme et au chrétien. Dieu n'accepte pas l'hommage de l'esprit et du coeur, si l'homme, par orgueil ou par mollesse, néglige d'olîrir en même temps le service du corps; mais réduire sa religion aux œuvres purement matérielles, ce n'est pas non plus honorer

et habitabo vobiscum in locoisto. Nolite confidere in verbis mendacii,dicentes : Templum Domini, templum Domini, templum Domini est. Quoniam si bene direxeritis vias vestras, et studia vestra : si feceritis judicium inter virum et proximum ejus : advenas et pupillo, et viduœ non feceritis calumniam, nec sanguinem innocentera effuderitis in loco hoc^ et post deos aiienos non ambulavcritis in malum vobismetipsis : habitabo vobiscum in loco isto, in terra quam dedi patribus vestris, a socculo et usque in saeculum, ait Dominus omnipotens.

Le Jeudi de la Trois. Sem. de Carême. 353

Dieu qui veut être servi en esprit et en vérité K Les Juifs étaient fiers de posséder le temple de Jérusalem, où habitait la majesté de Dieu ; mais cet avantage, qui les mettait au-dessus de toutes les autres nations, tournait trop souvent à leur perte, parce que se contentant d'un stérile respect pour cette maison sainte, ils ne s'élevaient pas plus haut, et ne songeaient point à reconnaître un si grand bienfait, en pratiquant la loi de Dieu. Ainsi feraient parmi nous des chrétiens qui, remplis d'une fidélité purement extérieure au jeûne et à l'abstinence, ne se mettraient pas en peine de corriger leur vie, en y introduisant l'esprit de justice, de charité, d'humilité. Ils mériteraient que le Seigneur les flétrît par ces paroles qu'il prononça autrefois contre Israël : u Ce peuple m'honore des lèvres ; mais son cœur est loin de moi '- ». Ce pharisaïsme chrétien est devenu assez rare de nos jours. Le relâchement presque universel à l'égard des pratiques extérieures est bien plutôt la plaie d'aujourd'hui; et les personnes fidèles aux observances de l'Eglise ne sont pas. pour l'ordinaire, en retard sous le rapport des autres vertus chrétiennes. Cependant cette fausse conscience se rencontre quelquefois, et produit un scandale qui retarde chez plusieurs l'avancement du royaume de Dieu. Attachons-nous donc à la loi' tout entière. Offrons à Dieu un service spirituel qui consiste dans l'obéissance du cœur à tous les préceptes, et joignons-y, comme complément nécessaire, l'hommage

de notre corps, en pratiquant tout ce que l'Eglise nous prescrit pour l'élever à la hauteur de l'àme, dont il doit partager les destinées.

Sequentia sancti Evangeliisecundum Lucani. Cap. IV.

IN illo tempore : Surgens Jésus de synafïoga, introivit in domum Simonis. Socrus autem Simonis tenebatur magnis febribus : et rogaverunt illum pro ea. Et stans super illam, imperavit febri : et dimisit illam. Et continuo surgens, ministrabat illis. Cum autcrn sol occidisset, omnes cjui habebant infirmos variis languoribus, ducebant illos ad cum. At ille singulis manus imponens , curabat eos. Exibant autem da.- monia a multis, clamantia et dicentia : Quia tu es Filius Dei ; et increpans non sinebat ea loqui : quia sciebant ipsum esseChristum. Facla autem die, egressus ibat in desertum locum, et turbae requirebant eum, et venerunt usque ad ipsum: et detinebant illum ne discederet abeis. Quibus ille ait : Quia et aliis civitatibus oportet me

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap.

EN ce temps-là, .lésus, étant sorti de la synagogue, entra dans la maison de Simon. Or la belle-mère de Simon était retenue par une grosse fièvre ; et ils le prièrent pour elle. Et s'approchant d'elle, il commanda à la fièvre, et la fièvre la quitta. Et se levant aussitôt, elle les servait. Lorsque le soleil fut couché, tous ceux qui avaient des malades atteints de diverses langueurs les amenaient à Jésus. Et lui, imposant les mains sur chacun d'eux, les guérissait. Les démons sortaient de plusieurs, en criant et disant : Vous êtes le Fils de Dieu ; et les menaçant, il ne leur permettait pas de dire ce qu'ils savaient, qu'il était le Christ. Lorsqu'il fut )our, il sortit pour aller en un lieu désert ; et le peuple le cherchait, et ils vinrent jus3u'à lui, et ils le retenaient, ans la crainte qu'il ne s'éloignât d'eux. Et il leur dit : Il faut que j'évangélise en d'autres villes le royaume de

Le Jeudi de la Trois. Sem. de Carême. 355

Dieu ; car je suis envoyé | evangelizare regnum

pour cela. Et il prêchait I Dei, quia ideo missus dans les svnagogues de Ga- 1 sum ; et erat prœdicans lilée. I in synagogis Galilasœ.

ADMIRONS la bonté du Sauveur, qui daigne employer son pouvoir à la guérison des corps, et comprenons qu'il est plus empressé encore de subvenir aux intirmités de nos âmes. Nous sommes travaillés de la lièvre des passions : lui seul peut la chasser. Imitons pour notre propre compte le zèle des habitants de la Galilée, qui apportent leurs malades aux pieds de Jésus ; supplions-le aussi de nous guérir. Nous voyons avec quelle bonté il accueille tous ces malheureux; présentons-nous à leur suite. Faisons-lui instance pour qu'il ne s'éloigne pas, pour qu'il demeure toujours avec nous; et il daignera rester. Prions pour les pécheurs ; les jours du jeûne s'écoulent; déjà nous entrons dans la seconde moitié du Carême, et la Pàque de notre délivrance approche. Voyez ces multitudes qui ne s'ébranlent pas, ces âmes fermées à la lumière qui ne s'ouvrent pas, ces cœurs endurcis que rien n'émeut, tant de chrétiens qui vont ajouter une chance de plus à leur réprobation éternelle. Offrons pour eux notre pénitence, et demandons à Jésus, par les mérites de sa Passion dont l'heure ne doit pas tarder, qu'il daigne faire un dernier etîort de miséricorde, et arracher au démon ces âmes pour lesquelles il va répandre son sang.

35 b

OuMiLiATE capita ves*■ ■* tra Deo.

|rl Di

UMILIEZ VOS têtes devant

CuBJECTUM tibi popu'^ lum, quaesumus Domine, propitiatio cœlestis amplificet : et tuis semper faciat servira mandatis. Per Christum Dominum nostrum. A- men.

La Liturgie Mozarabe nous fournit cette belle exhortation pour ranimer notre courage dans la carrière qui nous reste à parcourir.

QUE votre céleste miséricorde, Seigneur, daigne accroître le peuple qui vous est soumis, et le rendre toujours fidèle à garder vos commandements. Par JésusChrist notre Seigneur. A- men.

[Missale Gothiciim. Dominica IV in Quadragesima.)

ExsPECTANTES beatam illam spem passionis ac resurrectionis Filii Dei,fratrcscharissimi: et manifestationem gloria; beati et Salvatoris nostri Jesu Christi, resumite virium fortitudinem : et non quasi future terreamini de labore : qui ad Paschalis Dominicae cupitis anhelando pervcnire celebritatem. Sacratae etenim Quadragesimae tempore mediante arripite de futuro labore fiduciam : qui praeteriti jejunii jam transegistis

DANS l'attente de l'heureux espoir que nous avons, Frères très chers, de célébrer la Passion et la Résurrection du Fils de Dieu, et de voir la manifestation de la gloire de notre bienheureux Sauveur Jésus-Christ, ranimez vos forces et votre courage. Ne vous effrayez pas des fatigues qui restent encore à subir, vous qui désirez avec tant d'ardeur arriver à la solennité de la Pâque du Seigneur. En ce milieu de la sainte Quarantaine, vous qui déjà avez traversé une partie des labeurs du jeiîne, prenez

Le Jeudi de la Trois. Sem. de Carême.

confiance pour ceux qui restent à accomplir. Jésus, qui a daigné se faire infirme pour nous, donnera le courage à ceux qui sont fatigués ; il nous a donné de fournir le commencement de la carrière, il en accordera la continuation. Il vous viendra en aide, très chers fils, lui qui veut que nous vivions dans l'attente de sa glorieuse Passion. Amen.

aerumnas. Dabit Jésus lassis fortitudinem : qui pro nobisdignatus est infirmari. Tribuet perfectionem futuri : qui initia donavit prasteriti. Aderit in auxilio, filii : qui suae nos cupit praestolari gloriam Passionis. Amen.

A Station est à l'Eglise de SaintLaurent in Liicina, antique et célèbre sanctuaire, où l'on conserve le gril sur lequel le saint Archidiacre de l'Eglise Romaine consomma son martyre.

JEJUNIA nostra, quœsumus Domine, benigno favore prosequere : ut, sicut ab alimentis abstinemus in corpore, ita a vitiis jejunemus in mente. Per Christum Dominum nostrum. A- men.

Nous vous supplions, Seigneur, d'agréer favorablement nos jeûnes, afin que, comme nos corps observent l'abstinence des viandes, ainsi nos âmes s'abstiennent du péché. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Lectiolibri Numerorum. Cap. XX.

IN diebus illis : Convenerunt filii Israël adversum Moysen et Aaron: et versi in seditionem, dixerunt : Date nobis aquam, ut bibamus. Ingressusque Moyses et Aaron, dimissa multitudine, tabernaculum fœ- deris , corruerunt proni in terram, clamaveruntque ad Dominum, atquc

Lecture du livre des Nombres. Chap. XX. EN ces jours-là, les enfants d'Israël s'assemblèrent contre Moïse et Aaron, et ayant formé une sédition, ils leur dirent : Donnez-nous de l'eau, afin que nous buvions. Moïse et Aaron, ayant congédié le peuple, entrèrent dans le tabernacle de l'alliance, et s'étant prosternés le visage contre terre , ils crièrent vers le Seigneur, et

Le Vendr. de la Trois. Sem. de Carême. 35g

dirent: Seigneur Dieu, exaucez le cri de ce peuple, et ouvrez-lui votre trésor en lui donnant une source d'eau vive, afin que, étant désaltérés, ils cessent leurs murmures. Et la gloire du Seigneur parut au-dessus d'eux, et le Seigneur parla à Moïse et lui dit : Prends la verge et rassemble le peuple, toi et Aaron ton frère ; parle en leur présence à la roche, et elle vous donnera des eaux. Et lorsque tu auras fait sortir l'eau de la pierre, tout le peuple boira, ainsi que les bestiaux. Moïse prit donc la verge, qui était devant le Seigneur, selon qu'il le lui avait ordonné, et ayant rassemblé la multitude devant la pierre, il leur dit : Rebelles et incrédules, écoutez. Pourrons-nous faire sortir de l'eau de cette pierre pour votre usage ? Et Moïse, ayant élevé la main, frappa deux fois la pierre avec la verge, et les eaux sortirent avec grande abondance, en sorte que le peuple eut à boire, ainsi que les bestiaux. Et le Seigneur dit à Moïse et à Aaron : Parce que vous n'avez pas cru en moi, pour manifester ma sainteté devant les enfants d'Israël, vous n'introduirez pas ces peuples dans la terre que je leur donnerai. C'est là l'eau de contradiction, où les enfants

dixerunt : Domine Deus, audi clamorem hujus populi, et aperi eis ihesaurum tuum, fontem aquae vivae, ut satiati, cesset murmuratio eorum. Et apparuit gloria Domini super eos. Locutusque est Dominus ad Moysen, dicens : Toile virgam, et congrega populum, tu et Aaron frater tuus , et loquimini ad petram coram eis, et illa dabit aquas. Cumque eduxeris aquam de petra , bibet omnis multitudo , et jumentaejus. Tulitigitur Moyses virgam, ^ase erat in conspectu Domini, sicut praeceperat ei, congregata multitudine ante petram, dixitque eis : Audite rebelles et increduli : num de petra hac vobis aquam poterimus ejicere ? Cumque elevasset Moyses manum, percutiens virga bis silicem . egressje sunt aquae largissimas, ita ut populus biberet, et jumenta. Dixitque Dominus ad Moysen et Aaron : Quia non credidistis mihi, ut sanctificaretis me coram filiis Israël, non introducetis hos populos in terram quam dabo eis. Haec est aqua contradictionis, ubi jurgati sunt filii Israël

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contra Dominum, et sanctificatus est in eis.

d'Israël murmurèrent contre le Seigneur, et il manifesta sa sainteté sur eux.

C'est ici l'un des plus augustes symboles de l'Ancien Testament, "et la figure du Baptême auquel aspirent nos Catéchumènes. L'eau y paraît comme l'objet des désirs de tout un peuple, qui sans cette eau allait périr. Saint Paul, qui nous dévoile les mystères de l'ancienne Alliance, nous apprend q^ue le rocher, la pierre, signifiait JésusChrist •, dont est sortie la fontaine d'eau vive qui désaltère et purifie les âmes. Les saints Pères sont venus ensuite, qui nous font remarquer que la pierre n'a rendu l'eau vivifiante qu'elle contenait qu'après avoir été frappée par la verge, dont les coups donnés sur le rocher signifient la Passion du Rédempteur. Le bois de cette verge, nous disent aussi les anciens interprètes, est le symbole de la Croix, et le double coup représente le double bois dont elle est formée. Les peintures que l'Eglise primitive a laissées dans les Catacombes de Rome, nous offrent sans cesse cette image de Moïse frappant le rocher d'où s'écouïent les eaux; et un verre peint trouvé dans ces souterrains, berceau de notre foi, nous apprend, par l'inscription qu'on y lit encore, que les premiers chrétiens considéraient sous les traits de Moïse, qui n'a agi qu'en figure, saint Pierre lui-même, qui, dans la nouvelle Alliance, a ouvert au vrai peuple de Dieu la source de

Le Vendr. de la Trois. Sem. de Carême. 36 1

toute grâce dans sa prédication au jour de la Pentecôte, et plus tard dans celle qu'il fit entendre aux gentils en la personne du centurion Corneille. Ce symbole de Moïse frappant le rocher, et la plupart de ceux que nous avons reconnus,, et que nous reconnaîtrons encore dans les lectures cjue TEglise destinait à instruction des Catéchumènes, non seulement ont été exprimés, aux premiers siècles, sur les fresques des catacombes romaines; mais de nombreux monuments nous apprennent qu'on les représentait aussi dans toutes les églises de l'Orient et de l'Occident. Plusieurs de ces symboles sont arrivés jusqu'au xiii^ siècle et au delà, sur les verrières de nos cathédrales, conservant encore la form.e hiératique qu'ils avaient reçue au commencement. Il est triste de voir que des sujets qui excitaient un si vif enthousiasme chez nos pères les martyrs, sont aujourd'hui si peu familiers à leurs derniers neveux. Sortons de cette indifférence qui n'est pas chrétienne, et revenons, par la méditation de la sainte Liturgie, à ces traditions auxquelles nos aïeux empruntèrent leur foi énergique et leur sublime dévouement à Dieu et à leur postérité.

La suite du saint Evangile s^lon saint Jean. Chap. iv.

EN ce temps-là. Jésus vint dans une ville de Samarie nommée Sichar. près de l'héritage que Jacob donna à son fils Joseph. Or, il y avait

Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. iv.

IN illo tempore : Venit Jésus in civitatem Samariae, quEe dicitur Sichar, juxtaprœdiumquod dédit Jacob Joseph filio

suo. Erat autem ibi fons Jacob. Jésus crgo fntigatus ex itinere, sedebat sic supra fontem. Hora erat quasi sexta. Venit mulier de Samaria haurire aquam. Dicit ci Jésus : Da mihi bibere. (Discipuli enim ejus abierant in civitatem ut cibos emerent.) Dicit ergo ei mulier ilia samaritaaa : Quomodo tu, judasus cum sis, bibere a me poscis, quae sum mulier samaritana ? Non enim coutuntur Judasi Samaritanis. Respondit Jésus, et dixit ei : Si scires donum Dei, et quis est qui dicit tibi : Damihi bibere : tu forsitan petisses ab co, et dedisset tibi aquam vivam. Dicit ei mulier : Domine, neque in quo haurias, habes, et puteus altus est : unde ergo habes aquam vivam ? Numquid tu major es pâtre nostro Jacob, qui dédit nobis puteum, et ipsc ex eo bibit, et filii ejus, et pecora ejus ? Respondit Jésus, et dixit ei : Omnis qui bibit ex aqua hac, sitiet iterum ; qui autem biberit ex aqua, quam ego dabo ei, non sitiet in aîternum ; sed aqua, quam ego dabo ei, fiet in 00 fons aquae salientis in vitam aeternam. Dicit ad eum mulier :

là un puits nommé la fontaine de Jacob. Jésus, étant donc fatigué de la route, s'assit sur le bord du puits. Il était environ la sixième heure. Une femme de Samarie vint puiser de l'eau. Jésus lui dit : Donne-moi à boire ; car ses disciples étaient allés à la ville pour acheter des vivres. Cette femme samaritaine lui dit : Comment, vous qui êtes juif, me demandezvous à boire, à moi qui suis une femme samaritaine ? car les Juifs n'ont point de commerce avec les Samaritains. Jésus lui répondit : Si tu connaissais le don de Dieu, et quel est celui qui te dit : Donne-moi à boire, peut-être lui en aurais-tu demandé toimême, et il t'aurait donné de l'eau vive. La femme lui dit : Seigneur vous n'avez pas avec quoi en puiser, et le puits est profond : d'où auriez-vous donc de l'eau vive ? Etes-vous plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, et en a bu lui-même, ainsi que ses enfants et ses troupeaux ? Jésus lui répondit : Quiconque boit de cette eau aura soif encore ; mais celui qui boira de l'eau que je lui donnerai n'aura jamais soif, et l'eau que je lui donnerai deviendra en lui une fontaine d'eau jaillissante dans la vie éternelle. Là femme lui dit :

Seigneur, donnez-moi de cette eau, afin que je n'aie plus soiF, et que je ne vienne plus en puiser ici. Jésus lui dit : Va, appelle ton mari, et viens ici. La femme répondit : Je n'ai point de mari. Jésus lui dit : Tu dis vrai, que tu n'as pas de mari ; car tu as eu cinq hommes ; et celui que tu as maintenant, n'est pas ton mari. Tu as dit vrai en* cela. La femme lui dit : Seigneur, je le vois, vous êtes un prophète. Nos pères ont adoré sur cette montagne, et vous autres, vous dites que Jérusalem est le lieu où il faut adorer. Jésus lui dit ; Femme, crois-moi, l'heure vient où vous n'adorerez plus le Père ni sur cette montagne, ni dans Jérusalem. Vous adorez, vous autres, ce que vous ne connaissez pas ; nous, nous adorons ce que nous connaissons ; car le salut vient des Juifs. Mais vient l'heure, et elle est déjà venue, où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité : car tels sont les adorateurs que cherche le Père. Dieu est esprit, et ceux qui l'adorent le doivent adorer en esprit et en vérité. La femme lui dit : Je sais que le Messie, qu'on appelle le Christ, doit venir; lors donc qu'il sera venu, il nous annoncera toutes choses. Jésus lui dit : Je le suis.

Domine, da mihi hanc aquam, ut non sitiam, neque veniam hue haurire. Dicit ei Jésus : Vade, voca virum tuum, et veni hue. Respondit mulier, et dixit : Non habeo virum. Dicit ei Jésus : Bene dixisti, quia non habeo virum : quinque enim viros habuisti, et nunc quem habes, non est tuus vir : hoc vere dixisti. Dicit ei mulier : Domine, video quia propheta es tu. Patres nostri in monte hoc adoraverunt, et vos dicitis, quia Jerosolymis est locus, ubi adorare oportet. Dicit ei Jésus : Mulier. crede mihi, quia venit hora, quando neque in monte hoc. neque in Jerosolymis adorabitis Patrem. ^'os adoratis quod nescitis : nos adoramus quod scimus, quia salus ex Judseis est. Sed venit hora. et nunc est. quando veri adoratores adorabunt Patrem in spiritu et veritate. Nam et Pater taies quaerit. qui adorent eum. Spiritus est Deus : et eos qui adorant eum, in spiritu et veritate oportet adorare. Dicit ei mulier : Scio quia Messias venit (qui dicitur Christus). Cum ergo venerit ille, nobis annunLe Carême.

tiabit omnia. Dicit ei Jésus : Ego sum, qui loquor tecum. Et continuo venerunt discipuli ejus : et mirabantur quia cum muliere loquebatur. Nemo tamen dixit : Quid quaeris, aut quid loqueris cum ea ? Reliquit ergo hvdriam suam mulier, et atiit in civitatem, et dicit illis hominibus : Venite, et videte hominem qui dixit mihi omnia quœ- cumque feci : numquid ipse est Christus ? Exierunt ergo de civitate, et veniebant ad eum. Interea rogabant eum discipuli. dicentes : Rabbi, manduca. Illc autem dicit eis : Ego cibum habeo manducare, quem vos nescitis. Dicebant ergo discipuli ad invicem : Numquid aliquis attulit ei manducare ? Dicit eis Jésus : Meus cibus est ut faciam voluntatem ejus qui misit me, ut perficiam opus ejus. Nonne vos dicitis, quod adhuc quatuor menses sunt; et messis venit ? Ecce dico vobis : Levate oculos vestros, et videte regiones, quia albœ sunt jam ad messem. Et qui metit, mercedem accipit ; et congregat fructum in vitam aeternam : ut et qui seminat, simul gaudeat.

moi qui parie avec toi. Et en même temps ses disciples arrivèrent, et ils s'étonnaient de ce qu'il parlait avec une femme ; néanmoins, aucun ne lui dit : Que lui demandezvous, et d'où vient que vous parlez avec elle ? La femme cependant laissa là sa cruche, et s'en alla dans la ville, et elle dit aux habitants : Venez voir un homme qui m'a dit tout ce que j'ai fait ; ne seraitce point le Christ ? Ils sortirent donc de la ville, et vinrent à lui. Pendant ce tempslà ses disciples le pressaient, disant : Maître, mangez. Mais il leur dit : J'ai à manger une nourriture que vous ne connaissez pas. Et les disciples disaient entre eux : Quelqu'un lui aurait-il apporté à manger ? Jésus leur dit : Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé, et d'accomplir son œuvre. Ne dites-vous pas : Encore quatre mois, et la moisson viendra ? Moi, je vous dis : Levez les yeux, et voyez les campagnes qui déjà blanchissent pour la moisson. Et celui qui moissonne reçoit sa récompense et amasse les fruits pour la vie éternelle, afin que celui qui sème se réjouisse aussi avec celui qui moissonne. Car ce que l'on dit d'ordinaire est vrai en cette rencontre : autre est celui qui sème, et autre

Le Venir, de la Trois. Sem. de Carême. 365

celui qui moissonne. Moi, je vous ai envoyés moissonner là où vous n'avez pas travaillé ; d'autres ont travaillé, et vous, vous êtes entrés dans leurs travaux. Or, plusieurs des Samaritains de cette ville crurent en lui à cause de ce témoignage qu'avait rendu la femme : Il m'a dit tout ce que j'ai fait. Les Samaritains étant donc venus à lui le prièrent de demeurer chez eux, et il y demeura deux jours. Et beaucoup plus crurent en lui à cause de ses paroles. Et ils disaient à la femme : Maintenant, ce n'est plus sur ce que tu nous as dit que nous croyons ; car nous l'avons entendu nousmêmes, et nous savons qu'il est vraiment le Sauveur du monde.

et qui metit. In hoc enim est verbum verum : quia alius est qui seminat. et alius est qui metit. Ego misi vos metere, quod vos non laborastis : alii laboraverunt, et vos in labores eorum introistis. Ex civitate autem illa multi crediderunt in eum Samaritanorum, propter verbum mulieris testimonium perhibentis : Quia dixit mihi omnia quaecumque feci. Cum venissent ergo ad illum Samaritani, rogaverunt eum ut ibi maneret. Et mansit ibi duos diôs. Et multo plures crediderunt in eum propter sermonem ejus. Et mulieri dicebant : Quia jam non propter tuam loquelam credimus : ipsi enim audivimus. et scimus quia hic est vere Salvator mundi.

DANS le récit de notre Evangile, le Fils de Dieu vient en personne continuer le ministère de Moïse, en révélant à la Samaritaine, figure de la gentilité, le mystère de l'Eau qui donne la vie éternelle : aussi retrouvons-nous encore ce sujet sur les peintures murales des catacombes, et sur les basreliefs des sarcophages chrétiens des iv« et v* siècles. Méditons clone cette histoire, où tout nous parle de la miséricorde du Rédempteur. Jésus est fatigué de la route qu'il

366 Le Carême.

a parcourue; lui, le Fils de Dieu, à qui le monde n'a coûte qu'une parole, il s'est lasse en cherchant ses brebis. Le voilà réduit à s'asseoir pour reposer ses membres harassés ; mais c'est au bord d'un puits, près d'une source d'eau, qu'il vient prendre son repos. Une femme idolâtre est là, qui ne connaît que l'eau matérielle; Jésus veut lui révéler une eau bien plus précieuse. Mais il commence par lui faire connaître là fatigue dont il est accablé, la soif qui le presse'. Donnemoi à boire, lui dit-il ; comme il dira dans peu de jours sur la Croix : J'ai soif. C'est ainsi que, pour arriver à concevoir la grâce du Rédempteur, il faut d'abord l'avoir connu lui-même sous les traits de l'infirmité et de la soutfrance.

Mais bientôt ce n'est plus Jésus qui demande de l'eau ; c'est lui qui en offre, et une eau qui enlève la soif pour jamais, une eau qui rejaillit jusque dans la vie éternelle. La femme aspire a goûter cette eau ; elle ne sait pas encore quel est celui qui lui parle, et déjà elle ajoute foi à ses paroles. Cette idolâtre montre plus de docilité que les Juifs; cependant elle sait que celui qui lui

Earle appartient aune nation qui la méprise. ,'accueil qu'elle fait au Sauveur lui obtient de nouvelles grâces de sa part. Il commence par l'éprouver. Va, lui ait-il, appelle ton mari, et reviens ici. Cette malheureuse n'avait point de mari légitime; Jésus veut qu'elle l'avoue. Elle n'hésite pas; et c'est parce qu'il lui a révélé sa honte qu'elle le reconnaît pour un prophète. Son humilité sera récompensée, et les sources d'eau vive sont pour elle.

Le Vendr. de la Ti'ois. Sem. de Carême. 36 y

C'est ainsi que la gentilité s'est rendue à la prédication des Apôtres; ils venaient révéler à ces hommes abandonnés la gravité du mal et la sainteté de Dieu ; et, loin d'en être repoussés, ils les trouvaient dociles, prêts à tout. La foi de Jésus-Christ avait besoin de martyrs; ils se rencontrèrent en foule dans ces premières générations enlevées au paganisme et à*^ tous ses désordres. Jésus, voyant cette simplicité dans la Samaritaine, juge, dans sa bonté, qu'il est temps de se révéler à elle. Il dit à cette pauvre pécheresse que le moment est venu où les hommes adoreront Dieu par toute la terre ; que le Messie est descendu, et que lui-même est le Messie. Telle est la divine condescendance du Sauveur pour l'âme simple et docile : il se manifeste à elle tout entier. Les Apôtres arrivent sur ces entrefaites; mais ils sont trop Israélites encore pour comprendre la bonté de leur maître envers cette Samaritaine ; l'heure approche cependant où ils diront eux-mêmes avec le grand Paul : « Il « n'y a plus de juif ni de gentil, plus d'esclave « ni d'homme libre, plus d'homme ni de « femme ; mais vous êtes tous une même « chose en Jésus-Christ i. »

En attendant, la femme de Samarie, transportée d'une ardeur céleste, devient apôtre elle-même. Elle laisse son vase sur le bord du puits ; l'eau matérielle n'a plus de prix à ses yeux, depuis que le Sauveur lui a donné à boire de son eau vive. Elle rentre dans la ville; mais c'est pour y prêcher Jésus-Christ,

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pour amener à ses pieds, si elle le pouvait, tous les habitants de Samarie. Dans son humilité, elle donne pour preuve de la grandeur de son Prophète la révélation qu'il vient de lui faire des désordres dans lesquels elle a vécu jusqu'aujourd'hui. Ces païens abandonnés, objet d'horreur pour les Juifs, accourent au puits où Jésus est resté entretenant ses disciples de la moisson prochaine; ils vénèrent en lui le Messie, le Sauveur du monde; et Jésus daigne habiter pendant deux jours au milieu de cette ville où régnait l'idolâtrie mêlée à quelques débris des observances judaïques. La tradition chrétienne a conservé le nom de cette femme, qui, après les Mages de l'Orient, compte au nombre des prémices du nouveau peuple : elle se nommait Photine, et répandit son sang pour celui qui s'était fait connaître à elle au bord du puits de Jacob. L'Eglise honore chaque année sa mémoire, au Martyrologe romain, le 20 mars.

HUMILIATE capita ves- 1 T_T UMILIEZ vos têtes devant tra Deo. | O Dieu.

PR^STA , quaesumus omnipotens Deus • ut qui in tua protectione confidimus, cuncta nobis adversantia, te adjuvante , vincamus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

DIEU tout-puissant, daignez accorder à la confiance que nous avons en votre protection, de surmonter, par votre assistance, tout ce qui nous est contraire. Par. JésusChrist notre Seigneur. Amen.

La Liturgie Mozarabe célèbre la vocation

Le Vendr. de la Trois. Sem. de Carême. 36g

de la Samaritaine dans la belle Préface ou Illation que nous donnons ci-après.

(/« Dominica I Quadragesimœ.)

IL est digne et juste que nous vous rendions de continuelles actions de grâces, Seigneur saint, Père éternel. Dieu tout-puissant, par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur : qui, venu du haut du ciel pour le salut du genre humain, s'assit, altéré et fatigué, au bord d'un puits. Lui en qui toute la plénitude de la divinité habitait corporellement, s'étant uni le corps de notre mortalité, devait montrer par les faits la vérité de sa chair : et s'il paraît fatigué d'avoir marché, notre foi nous enseigne que cette infirmité n'était que dans sa chair. Il sortit pour se mettre en route, voulant faire voir la réalité du corps qu'il avait pris ; mais si la fatigue apparut dans sa chair, il n'a pas voulu que cette infirmité produisît celle de notre foi ; car ce qui en lui paraît faiblesse est plus fort que l'homme. Venant donc dans son humilité arracher le monde à la puissance des ténèbres, il s'assit, et il avait soif, quand il demanda de l'eau à la femme. Ce n'est que dans la chair qu'il était

DIGNUM et justum est nos tibi semper gratias agere, Domine sancte. Pater aeterne, omnipotens Deus, per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum. Qui ad salvationem humani generis veniens e cœlo : sitiens atque fatigatus sedisse ad puteum dicitur. nie etenim in quo omnis plénitude divinitatis corporaliter permanebat: quia nostrae mortalitatis corpus assumpserat : veritatem assumptaï carnis quibusdam significationibus demonstrabat. Fatigatum enim eum non aliter credimus ab itinere : nisi infirmatum in carne. Exivit quippe ad currendam viam. per significationem carnis assumptae ; ideo igitur etsi fatigatus ille in carne : non tamen nos sinit infirmari in sua infirmitate. Nam quod infirmum est illius : fortius est hominibus. Ideoque per humilitatem veniens eripere mundum a potestate tenebrarum : seditet siti3yo

vit quando aquam mulieri petivit. Ille etenim humiliatus erat in carne : quando sedens ad puteum loquebatur cum muliere. Sitivit aquam : et exegit fidem ab ca. In ea quippe muliere, fidem quam quaesivit, quamque petivit, exegit : atque venientibus dicit de ea discipulis : Ego cibum habeo manducare quem vos nescitis. Ille jam qui in eam creaverat fidei donum : ipse poscebat atque sibi ab ea porrigi potum. Quique eam dilectionis suae flamma cremabat : ipse ab ea poculum C]no refrigeraretur sitiens postulabat. Ob hoc nos ad ista tantarum virtutum miracula quid apponemus , sancte et immaculate et piissime Deus : nisi conscientiam mundam, et voluntatem dilectioni tuae omni modo prœparatam. Tuo igitur Nomini offerentes victimam mundam : rogamus atque exposcimus: ut opereris in nobis salutem : sicut in muliere illa operatus es fidem. Operare in nobis extirpationem carnalium vitiorum : qui in illa idololatriae pertulisti figmentum. Sentiamus quoque te in illa futura examihumilié, lorsque, assis au bord du puits, il s'entretenait avec la femme. Il exigeait d'elle la foi en même temps que dans sa soif il désirait

1 eau. La foi qu'il réclamait de celte femme, qu'il demandait d'elle, il l'exigeait ; et c'est pour cela qu'il dit aux disciples, quand ils arrivent: J'ai une nourriture à manger que vous ne connaissez pas. Lui qui déjà avait créé en elle le don de la foi, il demandait qu'elle lui donnât aussi à boire. En même temps qu'il la briàlait de l'ardeur de son amour, il implorait d'elle un breuvage pour rafraîchir sa propre soif. En présence de ces prodiges d'une si haute puissance, que devons-nous vous présenter, ô Dieu saint, sans tache et miséricordieux , sinon une conscience pure et une volonté toute préparée à votre amour ? Offrant donc à votre Nom cette victime pure, nous vous prions et vous supplions d'opérer en nous le salut , comme vous avez opéré la foi en cette femme. Extirpez de nous les vices de la chair, vous qui avez daigné supporter dans cette femme les erreurs de l'idoljitrie. Soyez-nous clément au jugement futur, comme elle eut le bonheur de vous trouver apaisé. Nous sommes votre ouvrage, et nous ne pouvons

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être sauves que par vous. Rédemption véritable . inépuisable plénitude de bonté, venez à notre secours. Ne perdez pas ce qui est à vous: donnez la gloire sans fin de l'éternité à ceux auxquels vous avez donné la nature raisonnable. Que nous qui vous louons en cette vie, nous puissions vous glorifier plus dignement encore dans la félicité qui ne finit pas. Vous êtes notre Dieu : ne nous rejetez pas de devant votre face ; mais regardez favorablement ceux que vous avez créés par une miséricorde toute gratuite. Quand vous aurez ôté de nous toutes les traces de nos fautes, rendeznous agréables aux regards de votre grâce. Retirés de la profondeur du puits funeste de nos crimes, laissant sur le bord le vase de nos passions, puissions-nous, après le passage de cette vie, courir en hâte à l'éternelle cité de Jérusalem !

natione mitissimum : sicut illa te promeruit invenire placatum. Opus enim tuum sumus : qui nisi per te salvari non possumus. Subveni nobis, vera redemptio : pietatis indeficiens plénitude. Non perdas quod tuum est : quibus dedisti rationis naturam : da aeternitatis gloriam indefessam. Ut qui te in hac vita laudamus : in asterna quoque beatitudine multo magis glorificemus. Tu es enim Deus noster : non nos abjicias a facie tua : sed jam respice quos creasti miseratione gratuita : ut cum abstuleris a nobis omne debitum culpas : et placitos reddideris aspectibus gratiae tuae : eruti ab illa noxialis putei profunditate facinorum, hydriam nostrarum relinquentes cupiditatum : ad illam aeternam civitatem Hierusalem post hujus vitœ transitum convolemus.

A Station est dans l'Eglise de sainte Susanne, Vierge romaine et Martyre. La raison" qui a porte à choisir cette Eglise est la lecture que l'on fait aujourd'hui de l'histoire de la chaste Susanne, lille d'Helcias, que l'Eglise propose à l'imitation des chrétiens.

PR^STA , quaesumus omnipotens Deus : ut qui se, affligcndo carnem, ab alimentis abstinent, sectando justitiam, a culpa jejunent. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

DAIGNEZ, Dieu tout-puissant, accorder à ceux qui, pour mortifier leur chair, pratiquent l'abstinence des viandes, la grâce de jeûner aussi du péché, en pratiquant la justice. Par JésusChrist notre Seigneur. A- men.

Lectio Danielis Prophetx. Cap. xni.

IN diebus illis : Erat vir habitans in Babylone, et nomen ejus Joakim : et accepit uxorem nomine Susannam, filiam Helciœ, pulchram nimis, et timentem Deum : parentes enim illius, cum esscnt justi , erudierunt filiam suam secundum legem Moysi. Erat auLccture du Prophète Daniel. Chap. XIII. EN ces jours-là, il y avait un homme qui demeurait à Babylone, et son nom était Joakim. Et il épousa une femme nommée Susanne,fille d'Helcias, qui était parfaitement belle et craignant Dieu; car son père et sa mère étant justes, ilsavaient instruit leur fille selon la loi de Moïse. Or, Joakim était fort riche,

Le Samedi de la Trois. Sem. de Carême. Sj 3

et il y avait un bosquet près de sa maison. Et les Juifs venaient souvent chez lui, parce qu'il était le plus considérable de tous. On avait établi cette année- là pour juges deu.x vieillards d'entre le peuple. C'est d'eux que le Seigneur a parlé, lorsqu'il a dit : L'iniquité est sortie de Babylone par les vieillards qui étaient juges , et semblaient conduire le peuple. Ces vieillards fréquentaient la maison de Joakim, et tous ceux qui avaient des affaires venaient les y trouver. Sur le midi, lorsque le peuple s'était retiré. Susanne entrait et se promenait dans le bosquet de son mari. Et ces vieillards , qui l'y voyaient entrer et se promener chaque jour, s'enflammèrent pour elle de conscupiscence. Et ils pervertirent leur sens, et détournèrent leurs yeux pour ne point voir le ciel et pour ne point se souvenir de ses jugements. Or, il arriva qu'un jour où ils cherchaient le moment propice, Susanne entra selon sa coutume dans le bosquet, accompagnée seulement de deux filles, dans l'intention de se baigner ; car il faisait chaud. Et il n'y avait alors personne que les deux vieillards qui étaient cachés, et qui l'observaient. Elle dit donc à ses filles : Appormoi de l'huile de senteur et

tem Joakim dives valde, et erat illi pomarium vicinum domui suce : et ad ipsum confluebant Judaei. eo quod essel honorabilior omnium. Et constituti sunt de populo duo senes judices in illo anno : de quibus locutus est Dominus : Quia egressa est iniquitas de Babylone a senioribus judicibus, qui videbantur regere populum. Isti frequentabant domum Joakim, et veniebant ad eos omnes qui habebant judicia.Cumautempopulus revertisset per meridiem. ingrediebatur Susanna, et deambulabat in pomario viri sui. Et videbant eam senes quotidie ingredientem et deambulantem : et exarserunt in concupiscentiam ejus : et everterunt sensum suum. et declinaverunt o cul os suos ut non vidèrent cœ- lum. neque recordarentur judiciorum justorum. Factum est autem, cum observarent diem aptum, ingressa est aliquando sicut heri et nudius tertius, cum duabus solis puellis, voluitque lavari in pomario : œstus quippe erat : et non erat ibi quisquam, praeter duos senes absconditos , et

contemplantes eam. Dixit ergo puellis : Afferte mihi oleum, et smigmata, et ostia pomarii claudite, ut laver. Cum autem egressœ essent puellae, surrexerunt duo senes, et occurrerunt ad eam, et dixerunt : Ecce ostia pomarii clausa sunt, et nemo nos videt, et nos in concupiscentia tui sumus: quamobrem assentire nobis, et commiscere nobiscum. Quod si nolueris , dicemus contra te testimonium, quod fuerit tecum juvenis, et ob hanc causam emiseris Çuellas a te. Ingemuit busanna, et ait : Angustiœ sunt mihi undique : si enim hoc egero, mors mihi est : si autem non egero, non effugiam manus vestras. Sed melius est mihi absque opère incidere in manus vestras, quam peccare in conspectu Domini. El exclamavit voce magna Susanna ; exclamaverunt autem et senes adversus eam. Et cucurrit unus ad ostia pomarii, et aperuit. Cum ergo audissent clamorem famuli domus in pomario, irruerunt per posticum, ut vidèrent quidnam esset. Postquam autem senes locuti sunt, erubuerunt servi vehedes pommades, et fermez les portes du bosquet , afin que je me baigne. Aussitôt que les filles furent sorties, les deux vieillards se levèrent, accoururent vers Susanne, et lui dirent : Voici les portes du bosquet fermées ; personne ne nous voit, et nous brillons de passion pour vous ; rendez-vous donc à notre désir, et faites ce que nous voulons. Si vous ne le voulez pas, nous porterons témoignage contre vous, et nous dirons qu'il y avait un jeune homme avec vous, et que c'est pour cela

Sue vous avez renvoyé vos lies. Susanne jeta un soupir et dit : De toutes parts le danger m'environne ; car si je fais ceci, c'est la mort pour moi ;et si je ne le fais pas, je n'échapperai pas de vos mains ; mais il m'est meilleur de tomber entre vos mains sans avoir commis le mal, que de pécher en présence du Seigneur. Susanne aussitôt jeta un grand cri, et les vieillards crièrent aussi contre elle ; et l'un d'eux courut à la porte du bosquet et l'ouvrit. Les serviteurs de la maison, ayant entendu crier dans le bosquet, se précipitèrent par la porte de derrière pour voir c= que c'était. Et les vieillards l'ayant dit, les serviteurs en furent couverts de honte,

Le Samedi de la Trois. Sem. de Carême. 3-5

parce que jamais rien de semblable ne s'était dit de Susanne. Et le lendemain, le peuple étant venu à la maison de Joakim son mari, les deux vieillards vinrent aussi, pleins de la résolution criminelle qu'ils avaient formée contre Susanne. de lui faire perdre la vie. Ils dirent donc devant le peuple : Envoyez chercher Susanne, fille d"fielcias, femme de Joakim. On y envoya aussitôt ; et elle vint accompagnée de son père et de sa mère, de ses enfants et de tous ses parents. Les siens et tous ceux qui la connaissaient fondaient en larmes. Mais les deux vieillards, se levant du milieu du peuple, mirent leurs mains sur la tête de Susanne. Elle leva en pleurant les yeux au ciel : car son coeur avait une ferme confiance dans le Seigneur. Et les vieillards dirent : Nous nous promenions seuls dans le bosquet : cette femme est entrée avec deux filles , et ayant fait fermer les portes du bosquet, elle a congédié ses filles. Alors un jeune homme, qui était caché, est A'enu, et il a commis le crime avec elle. Nous étions retirés dans un coin du bosquet : voyant cette iniquité , nous avons couru à eux, et nous les avons vus dans cette infamie. Nous n'avons pu prenmenter : quia numquam dictus fuerat sermo hujuscemodi de Susanna. Et facta est dies crastina. Cumque venisset populus ad Joakim virumejus, venerunt et duo seniores pleni iniqua cogitatione adversus Susannam , ut interficerent eam. Et dixerunt coram populo : Mittite ad Susannam filiam Helciœ uxorem Joakim. Et statim miserunt. Et venit cum parentibus, et filiis, et universis cognatis suis. Flebant igitur sui, et omnes qui noverant eam. Consurgentes autem duo seniores in medio populi , posuerunt manus suas super caput ejus. Quae flens suspexit ad cœlum ; erat enim cor ejus fiduciam habens in Domino. Et dixerunt seniores ." Cum deambularemus in pomario soli, ingressa est b'^r^ cum duabus puellis : et clausit ostia pomarii, et dimisit a se puellas. Venitque ad eam adolescens, qui erat absconditus, et concubuit cum ea. Porro nos, cum essemus in angulo pomarii. videntes iniquitatem, cucurrimus ad eos, et vidimus eos pariter commisceri. Et illum quidem non

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quivimus comprehendere, quia fortior nobis erat, et apertis ostiis exilivil : hanc autem cum apprehendissemus, interrogavimus,quisnam esset adolescens, et noluit indicare nobis : hujus rei testes sumus. Credidit eis multitude quasi senibus et judicibus populi, et condemnaverunt eam ad mortem. Exclatnavit autem voce magna Susanna, et dixit : Deus aeterne, qui absconditorum es cognitor , qui nosti omnia antequam fiant, tu scis quoniam falsum testimonium tulerunt contra me : et ecce morior, cum nihil horum fecerim, quae isti malitiose composuerunt adversum me. Exaudivit autem Dominus vocem ejus. Cumque duceretur ad mortem suscitavit Dominus spiritum sanctum pueri junioris, cujus nomen Daniel. Et exclamavit voce magna : Mundus ego sum a sanguine hujus. Et conversus omnis populus ad eum , dixit : Quis est iste sermo, quem tu locutus es ? Qui cum staret in medio eorum, ait : Sic fatui filii Israël, non judicantes, neque quod verum est cognoscentes,

dre le jeune homme, parce qu'il était plus fort que nous, et qu'ayant ouvert la porte, il s'est sauvé. Mais ayant pris celle-ci, nous lui avons demandé quel était le jeune homme, et elle n'a pas voulu nous le faire connaître. Voilà ce dont nous sommes témoins. Toute l'assemblée les crut, en leur qualité de vieillards et de juges du peuple, et on la condamna à mort. Alors Susanne jeta un grand cri et dit : Dieu éternel, qui pénétrez ce qu'il y a de plus caché, qui connaissez toutes choses avant même qu'elles soient faites, vous savez qu'ils ont porté contre moi un faux témoignage ; et cependant je meurs, sans avoir rien fait de ce qu'ils ont inventé si malicieusement contre moi. Le Seigneur exauça sa prière ; et lorsqu'on la conduisait à la mort, le Seigneur suscita l'esprit saint d'un jeune enfant nommé Daniel, qui s'écria à haute voix : Je suis pur du sang de cette femme. Et tout le peuple se tourna vers lui et lui dit : Quelle est cette parole que tu viens de prononcer ? Daniel, se tenant debout au milieu d'eux, leur dit : Enfants d'Israël, insensés que vous êtes, c'est donc ainsi que, sans juger et sans connaître la vérité, vous avez condamné une fille d'Israël ? Retournez pour la

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juger ae nouveau ; car us ont porté contre elle un faux témoignage. Le peuple retourna donc en grande hâte, et Daniel leur dit : Séparezles l'un de l'autre, et je les jugerai. Ayant donc été séparés, il appela l'un d'eux et lui dit : Homme envieilli dans le mal, les péchés que tu as commis autrefois retombent aujourd'hui sur toi. Tu rendais des jugements injustes, tu opprimais les innocents, et tu sauvais les coupables, quoique le Seigneur ait dit : Tu ne feras pas mourir l'innocent et le juste. Maintenant donc, si tu as surpris cette femme, dis sous quel arbre tu les a vus parler ensemble. Le vieillard répondit : Sous un lentisque. Daniel lui dit ; C'est avec justice que ton mensonge va retomber sur ta tète ; car voici l'Ange de Dieu qui a reçu ta sentence, et qui va te couper en deux. Et l'ayant fait retirer, il commanda qu'on fît venir l'autre, et lui dit : Race de Chanaan et non de Juda, la beauté t'a séduit, et la concupiscence a perverti ton cœur. C'est ainsi que vous traitiez les filles d'Israël, et parce qu'elles vous craignaient, elles parlaient avec vous ; mais la fille de Juda n'a pu souffrir votre iniquité. Maintenant donc, dis-moi sous quel arbre tu les as surcondemnastis filiam Israël ? Revertimini ad judicium, quia falsum testimonium locuti sunt adversus eam, Reversus est ergo populus cum festinatione. Et dixit ad eos Daniel : Separate illos ab invicem procul, et dijudicabo eos. Cum ergo divisi essent alter ab altero, vocavit unum de eis, et dixit ad eum : Inveterate dierum malorum, nunc venerunt paccata tua, quae operabaris prius , judicans judicia injusta, innocentes opprimens , et dimittens noxios, dicente Domino : Innocentera et justum non interficies. Nunc ergo si vidisti eam, die sub qua arbore videris eos coUoquentes sibi. Qui ait : Sub schino. Dixit autem Daniel : Recte mentiius es in caput tuum. Ecce enim Angélus Dei, accepta sententia ab eo, scindet te médium. Et amoto eo, jussit venire alium, et dixit ei : Semen Chanaan, et non Juda, species decepit te. et concupiscentia subvertit cor tuum : sic faciebatis filiabus Israël, et illae timentes loquebantur vobis ; sed filia Juda non sustiniiit iniquitatem vestram.

SjS

Nunc ergo die mihi. sub

3ua arbore compreheneris eos loquentes sibi. Qui ait : Sub prino. Dixit autem ei Daniel : Recte mentitus es et tu in caput tuum : manet enim Angélus Domini, gladium habens, ut secet te médium, et interficiat vos. Exclamavit itaque omnis ccetus voce magna, et benedixerunt Deum, qui salvat sperantes in se. Et consurrexerunt adversus duos seniores (convicerat enim eos Daniel ex ore suo falsum dixisse testimonium), feceruntque eis sicut maie egerant adversus proximum , et interfecerunt eos ; et salvatus est sanguis innoxius in die illa.

HIER, nous prenions part à la joie de nos Catéchumènes, aux yeux desquels l'E- glise dévoilait déjà cette source limpide et vivifiante qui procède du Sauveur, et dans les eaux de laquelle ils vont bientôt puiser une nouvelle vie. Aujourd'hui, l'enseignement s'adresse aux Pénitents dont la réconciliation approche. Mais comment peuventils encore espérer le pardon, eux qui ont souillé la robe blanche de leur baptême, et foulé aux pieds le sang divin qui les avait rachetés ? Cependant le pardon descendra sur eux, et ils seront sauvés. Que si vous voulez comprendre ce mystère, lisez et méditez les saintes Ecritures; et vous y apprendrez qu'il

fris, lorsqu'ils se parlaient.

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