L'Année liturgique — Le Carême (t. 5) (page 4)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 5, éd. 1911 (OCR) · 7 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

1 lui répondit : Sous une yeuse. Daniel lui dit : C'est avec justice que ton mensonge va aussi retomber sur ta tête ; car l'Ange du Seigneur est tout prêt, armé du glaive, pour te couper par le milieu, et pour vous tuer tous deux. Toute l'assemblée aussitôt jeta un grand cri, et ils bénirent Dieu qui sauve ceux qui espèrent en lui. Et ils s'élevèrent contre les deux vieillards ; car Daniel les avait convaincus de faux témoignage par leur propre bouche ; et ils leur firent souffrir ce qu'eux-mêmes avaient voulu faire à leur prochain, et ils les mirent à mort ; et le sang innocent fut sauvé ce jour-là.

LeSamedi de la Trois. Sem. de Carême. 3jg

y a pour l'homme un salut qui procède de la justice, et un salut qui vient de la miséricorde. Aujourd'hui nous avons sous les yeux le type de l'un et de l'autre. Susanne, accusée injustement d'adultère, reçoit de Dieu, qui la venge et la délivre, la récompense de sa vertu ; une autre femme véritablement coupable de ce crime est arrachée à la mort par Jésus-Christ lui-même. Que les justes attendent donc avec confiance et humilité la récompense qu'ils ont méritée ; mais aussi que les pécheurs espèrent dans la clémence du Rédempteur, qui est venu pour eux plus encore que pour les justes. C'est ainsi que la sainte Eglise relève le courage de ses pénitents, et les appelle à la conversion, en leur découvrant les richesses du cœur de Jésus, et les miséricordes de la loi nouvelle que ce divin Rédempteur est venu sceller de son sang.

Dans cette admirable histoire de Susanne, les premiers chrétiens voyaient aussi le type de TEglise de leur temps sollicitée au mal

êar les païens, et demeurant fidèle à son poux divin jusqu'au péril de sa vie. Un saint évêque martyr du iii^ siècle, saint Hippolyte, nous donne la clef de ce symbole 1 ; et les sculptures des antiques sarcophages chrétiens, ainsi que les fresques des catacombes romaines, sont d'accord pour nous présenter la fidélité de Susanne à la loi de Dieu, malgré la mort qui la menace, comme le type des martyrs préférant la mort à l'apostasie , qui, selon le langage des

I. In Danielem, pag. 27. Edit. Fabricii.

3So

saintes Ecritures, est un véritable adultère de l'ânne à l'égard de Dieu dont elle est devenue l'épouse par le baptâme.

Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. viii.

IN illo tempore : Perrexit Jésus in montem Oliveti : et diluculo iterum venit in templum, et omnis populus venit ad eum. Et sedens docebat eos. Adducunt autem scribas et pharisaîi mulierem in adulterio deprehensam : et statuerunt eam in medio, et dixerunt ei : Magister, haec mulier modo deprehensa est in adulterio. In Lege autem Moyses mandavit nobis hujusmodi lapidare. Tu ergo quid dicis ? Hoc autem dicebant tentantes eum, ut possent accusare eum. Jésus autem inclinans se deorsum, digito scribebat in terra. Cum ergo perseverarent interrogantes eum, erexit se, et dixit eis : Qui sine peccato est vestrum, primus in illam lapidem mittat.Et iterum se inclinans, scribebat in terra. Audientes autem, unus_ post unum exibant , incipientes a

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. vui.

EN ce temps-là, Jésus s'en alla sur la montagne des Oliviers, et, au point du jour, il retourna au temple. Et tout le peuple vint à lui ; et s'étant assis, il se mit à les enseigner. Or les scribes et les pharisiens lui amenèrent une femme surprise en adultère, et la plaçant debout au milieu du peuple, ils dirent à Jésus : Maître, cette femme vient d'être surprise en adultère : Moïse nous a ordonné dans la Loi de lapider les adultères ; vous donc, que ditesvous? Ils disaient ceci en le tentant, afin d'avoir de quoi l'accuser. MaisJésus, se baissant, écrivait sur la terre avec son doigt. Et comme ils continuaient à l'interroger, il se releva et leur dit : Oue celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. Et se baissant de nouveau, il écrivait sur la terre. Ayant donc entendu cette parole, ils se retirèrent l'un après l'autre, en commençant par les plus âgés. Et Jésus demeura seul avec la femme

Le Samedi de la Trois. Sem. de Carême. 38 1

qui était là debout. Alors Jésus, se relevant, lui dit : Femme, où sont tes accusateurs ? Personne ne t'a-t-il condamnée ? Elle lui dit : Personne, Seigneur. Jésus lui dit : Je ne te condamnerai pas non plus : va, et ne pèche plus désormais.

senioribus : et remansit solus Jésus, et mulier in medio stans. Erigens autem se Jésus, dixit ei : Mulier. ubi sunt, qui te accusabant ? Nemo te condemnavit ? Quas dixit : Nemo , Domine. Dixit autem Jésus : Nec ego te condemnabo. Vade, et jam amplius noli peccare.

VOICI maintenant le salut par la miséricorde. Le crime de cette femme est réel ; la loi la condamne à mort; ses accusateurs, en requérant la peine, sont fondés en justice: et cependant la coupable ne périra pas. Jésus la sauve, et pour ce bienfait il ne lui impose qu'une seule condition : qu'elle ne pèche plus. Quelle dut être sa reconnaissance envers son libérateur ! comme elle dut avoir à cœur désormais, de suivre les ordres de celui qui n'avait pas voulu la condamner et à qui elle devait la vie ! Pécheurs que nous sommes, entrons dans ces sentiments à l'égard de notre Rédempteur. N'est-ce pas lui qui a retenu le bras de la divine justice prêt à nous frapper ? N'en a-t-il pas détourné les coups sur lui-même ? Sauvés par sa miséricorde, unissons-nous aux Pénitents de l'Eglise primitive, et durant ces jours qui nous restent encore, établissons solidement les bases de notre nouvelle vie.

Jésus ne répond qu'un seul mot aux Pharisiens qui sont venus le tenter au sujet de cette femme ; mais cette parole si brève n'en doit pas moins être recueillie par nous

382 Le Carême.

avec respect et reconnaissance ; car si elle exprime la pitié divine du Sauveur pour la pécheresse tremblante à ses pieds, elle renferme aussi une leçon pratique pour nous. Qiie celui d'entre vous qui est sans péché lui jette la première pierre. Dans ce temps de réparation et de pénitence, rappelons-nous les médisances dont nous nous sommes rendus coupables envers le prochain, ces péchés de la langue que l'on se reproche si peu, que l'on oublie si vite, parce qu'ils coulent, pour ainsi dire, de source. Si la parole du Sauveur eût retenti, comme elle le devait, au fond de notre cœur ; si nous eussions songé avant tout à tant de côtés répréhensibles qui sont en nous, n'est-il pas vrai que jamais nous n'eussions trouvé le courage d'attaquer la conduite du prochain, de révéler ses fautes, de juger jusqu'à ses pensées et ses intentions ? Prenons-y garde dans l'avenir : Jésus connaissait la vie des accusateurs de cette femme ; il sait la nôtre tout entière : malheur donc à nous si nous ne devenons pas indulgents pour nos frères !

Considérons entin la malice des ennemis du Sauveur, et avec quelle perfidie ils lui tendent un piège. S'il prononce en faveur de la vie de cette femme, ils l'accuseront de mépriser la loi de Moïse qui la condamne à être lapidée ; s'il répond conformément à la loi, ils le traduiront au peuple comme un homme cruel et sanguinaire. Jésus, par sa prudence céleste, échappe à leurs embûches ; mais nous devons prévoir déjà quel sort lui est réservé le jour où, s'étanl livré entre leurs mains, il n'opposera plus^à leurs calomnies et à leurs outrages que le silence et la patience d'une victime vouée à la mort.

Hum:

UMILIEZ VOS têtes devant

T-I UMiLiATE capita ves^ ^ tra Deo.

P Ri;TEXDE , Domine, ^ fidelibus tuis dexteram coelestis auxilii : ut te toto corde perquirant ; et quae digne postulant, consequi mereantur. Per Christum Dominum nostruœ. Amen.

Ctendez, Seigneur, votre ^ main sur vos fidèles, et assistez-les d'un secours céleste, afin qu'ils vous cherchent de tout leur cœur, et qu'ils méritent d'obtenir l'effet de leurs justes demandes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Offrons à Marie, en ce jour du Samedi, notre hommage accoutumé, en lui présentant cette prose naïve tirée de nos anciens Missels Romains-Français,

QUE le fidèle plein d'amour pour Marie fasse entendre ses louanges, dans un transport d'allégresse.

Que le cri du cœur, en célébrant la Mère, monte vers le Fils dans un cantique d'amour.

Salut des hommes, gloire de la virginité, nous vous rendons hommage ; après le Seigneur, la louange et l'honneur sont à vous.

ARI.E praeconio Serviat cum gaudio, Fervens desiderio, Verus amor.

Amoris suffragio Prœsentetur Filio, Matris in obsequio, Cordis clamor.

Ave salus hominum,

Virgo decus virginum,

Te decet post Dominum

Laus et honor.

Tu rosa, tu liliiim, Cujus Dei Filium Garnis ad connubium Traxit odor.

Ave manans satie Fons misericordiœ, Vera mentis sauciae Medicina.

Tu pincerna veniae, Tu lucerna gratiae, Tu supernae gloriae Es regina.

Ave carens carie Spéculum munditiae, Venustans Ecclesiœ Sacramentum,

Tu finis miserioB, Tu ver es lœtitiœ, Pacis et concordice ConJimentum.

O felix puerpera, Nostra pians scelera. Jure matris impera Rcdemptori.

Da fidei fœdera, Da salutis opéra, Da in vitce vespera liene mori.

Amen.

Vous êtes la rose, vous êtes le lis dont le parfum attira le Fils de Dieu, quand il s'unit à notre chair.

Salut, source abondante de miséricorde, vraie médecine de l'âme blessée.

Ministre du pardon, lumière de grâce, reine entourée d'une gloire souveraine.

Salut, créature sans tache, miroir de pureté ; vous êtes la beauté du mystère de l'Eglise.

Vous êtes la fin de nos misères, le printemps de l'allégresse, le lien de la paix et de la concorde.

Heureuse mère, elTacez nos crimes ; par votre droit de mère, commandez au Rédempteur.

Donnez-nous le lien de la foi ; donnez-nous les œuvres du salut ; donnez-nous, au soir de la vie, de bien mourir. Amen.

E Dimanche, appelé Lœtare, du premier mot de l'Introït de la Messe, est un des plus célèbres de l'année. L'Eglise, en ce jour, suspend les saintes tristesses du Carême ; les chants de la Messe ne parlent que de joie et de consolation ; l'orgue, muet aux trois Dimanches précédents"^ fait entendre sa voix mélodieuse ; le diacre reprend la dalmatique, le sousdiacre la tunique : et il est permis de remplacer sur les ornements sacrés la couleur violette par la couleur rose. Nous avons vu, dans l'Avent, ces mêmes rites pratiqués au troisième Dimanche appelé Gaudete. Le motif de l'Eglise, en exprimant aujourd'hui l'all^- gresse^des fidèles dans la sainte Liturgie, est de iféliciter ses enfants de zèle avec lequel ils ont déjà parcouru la moitié de la sainte carrière, et de stimuler leur ardeur pour en achever le cours. Nous avons parlé, au jeudi précédent, de ce jour central du Carême, jour d encou3S6 Le Carême.

ragement, mais dont la solennité ecclésiastique devait être transférée au Dimanche suivant, dans la crainte qu'une trop grande liberté ne vînt altérer en quelque chose l'esprit du jeûne : aujourd'hui rien ne s'oppose à la joie des fidèles, et l'Eglise ellemême les y convie.

La Station, à Rome, est dans la Basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem, l'une des sept principales de la ville sainte. Elevée au iv« siècle par Constantin, dans la villa de Sessorius, ce qui l'a fait appeler aussi la basilique Sessorienne, elle fut enrichie des plus précieuses reliques par sainte Hélène, qui voulait en faire comme la Jérusalem de Rome. Elle y fit transporter, dans cette pensée, une grande quantité de terre prise sur le mont du Calvaire, et déposa dans ce sanctuaire, entre autres monuments de la Passion du Sauveur, l'inscription qui était placée au-dessus de sa tête pendant qu'il expirait sur la Croix, et qu'on y vénère encore sous le nom de Titre de la Croix. Le nom de Jérusalem attaché à cette Basilique, nom qui réveille toutes les espérances du chrétien, puisqu'il rappelle la patrie céleste qui est la véritable Jérusalem dont nous sommes encore exilés, a porté dès l'antiquité les Souverains Pontifes a la choisir pour la Station d'aujourd'hui. Jusqu'à l'époque du séjour des Papes à Avignon, c'était dans son enceinte qu'était inaugurée la Rose d'or, cérémonie qui s'accomplit de nos jours dans le palais où le Pape fait sa résidence.

La bénédiction de la Rose d'or est donc encore un des rites particuliers du quatrième

Le Quatrième Dimanche de Carême. 38 j

Dimanche de Carême : et c'est ce qui lui a fait donner aussi le nom de Dimanche de la Rose. Les idées gracieuses que réveille cette tîeur sont en harmonie avec les sentiments que l'Eglise aujourd'hui veut inspirer à ses enfants, auxquels la joyeuse Pàque va bientôt ouvrir un printemps spirituel, dont celui de la nature n'est qu'une faible image ; aussi cette institution remonte-t-elle très haut dans les siècles. Nous la trouvons déjà établie dès le temps de saint Léon IX ; et il nous reste encore un sermon sur la Rose d'or, que le grand Innocent III prononça en ce jour, dans la Basilique de Sainte-Croixen-Jérusalem. Au moyen âge, quand le Pape résidait encore au palais de Latran, après avoir béni la Rose, il partait en cavalcade, la mitre en tète, avec tout le sacré Collège, pour l'Eglise de la Station, tenant cette fleur symbolique à la main. Arrivé à la Basilique, il prononçait un discours sur les mystères que représente la Rose par sa beauté, sa couleur et son parfum. On célébrait ensuite la Messe. Quand elle était terminée, le Pontife revenait dans le même cortège au palais de Latran, toujours en cavalcade, et traversait l'immense plaine qui sépare les deux Basiliques, portant toujours dans sa main la fleur mystérieuse dont l'aspect réjouissait le peuple de Rome. A l'arrivée au seuil du palais, s'il y avait dans le cortège quelque prince, c'était à lui de tenir l'étrier et d'aider le Pontife à descendre de cheval ; il recevait en récompense de sa filiale courtoisie cette Rose, objet de tant d'honneurs et de tant d'allégresse. De nos jours, la fonction n'est plus aussi

3S8 Le Carême.

imposante ; mais elle a conservé tous ses rites principaux. Le Pape bénit la Rose d'or dans la Salle des parements, il l'oint du Saint-Chrême, et répand dessus une poudre parfumée, selon le rite usité autrefois; et quand le moment de la Messe solennelle est arrivé, il entre dans la chapelle du palais, tenant la fleur mystique entre ses mains. Durant le saint Sacrihce, elle est placée sur l'autel et fixée sur un rosier en or disposé pour la recevoir; enfin, quand la Messe est terminée, on l'apporte au Pontife, qui sort de la chapelle la tenant encore entre ses mains jusqu'à la Salle des parements. Il est d'usage assez ordinaire que cette Rose soit envoyée par le Pape à quelque prince ou à quelque princesse qu'il veut honorer ; d'autres fois, c'est une ville ou une Eglise qui obtiennent cette distinction.

Nous donnerons ici la traduction de la belle prière par laquelle le Souverain Pontife bénit la Rose d'or : elle aidera nos lecteurs à mieux pénétrer le mystère de cette cérémonie, qui ajoute tant à la splendeur du quatrième Dimanche de Carême. Voici en quels termes cette bénédiction est conçue : « O Dieu, dont la parole et la puissance ont « tout créé, dont la volonté gouverne toutes « choses, vous qui êtes la joie et l'allégresse « de tous les fidèles ; nous supplions votre « majesté de vouloir bien bénir et sanctifier « cette Rose, si agréable par son aspect et « son parfum, que nous devons porter aujour« d'hui dans nos mains, en signe de joie « spirituelle : afin que le peuple qui vous est « consacré, étant arraché au joug de la captiLe Qiiatrième Dimanche de Carême. 38g

« vite de Babylone par la grâce de votre « Fils unique qui est la gloire et l'allégresse « d'Israël, représente d'un cœur sincère les « joies de cette Jérusalem supérieure qui est « notre mère. Et comme votre Eglise, à la « vue de ce symbole, tressaille de bonheur, « pour la gloire de votre Nom ; vous, Sei« gneur, donnez-lui un contentement véri« table et parfait. Agréez la dévotion, remet« tez les péchés, augmentez la foi ; guérissez « par votre pardon.'^protégez par votre misé« ricorde ; détruisez les obstacles, accordez « tous les biens : afin que cette même Eglise « vous offre le fruit des bonnes œuvres, mar« chant à l'odeur des parfums de cette Fleur « qui, sortie de la tige de Jessé, est appelée « mystiquement la fleur des champs et le « lis des vallées, et qu'elle mérite de coûter « une joie sans fin au sein de la gloire céleste, « dans la compagnie de tous les saints, avec « cette Fleur divine qui vit et règne avec « vous, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous « les siècles des siècles. Amen. »

Nous avons maintenant à parler d'une autre appellation que l'on a donnée au quatrième Dimanche de Carême, et qui se rapporte à la lecture de l'Evangile que l'Eglise nous propose aujourd'hui. Ce Dimanche est en effet désigné dans plusieurs anciens documents sous "le nom de Dimanche des cinq pains ; et le miracle que ce titre rappelle, en même temps qu'il complète le cycle des instructions quadragésimales, vient encore ajouter aux )oies de'cette journée. Nous perdons de vue un instant la Passion imminente du Fils de Dieu, pour nous occuper du plus

3go Le Caverne.

grand de ses bienfaits ; car sous la figure de ces pains matériels multipliés par la puissance de Jésus, notre foi doit découvrir ce « Pain de vie descendu du ciel, qui donne « la vie au monde •. » La Pâque est pi-oche, dit notre Evangile ; et sous peu de jours le Sauveur nous dira lui-même : « J'ai « désiré d'un extrême désir manger avec « vous cette Pâque ^ ». Avant de passer de ce monde à son Père, il veut rassasier cette foule qui s'est attachée à ses pas, et pour cela il se dispose à faire appel à toute sa puissance. Vous admirez avec raison ce pouvoir créateur à qui cinq pains et deux poissons suffisent pour nourrir cinq mille nommes, en sorte qu'après le festin il reste encore de quoi remplir douze corbeilles. Un prodige si éclatant suffit sans doute à démontrer la mission de Jésus ; n'y voyez cependant qu'un essai de sa puissance, qu'une figure de ce qu'il s'apprête à faire, non plus une ou deux fois, mais tous les jours, jusqu'à la consommation des siècles; non plus en faveur de cinq mille personnes, mais pour la multitude innombrable de ses fidèles. Comptez sur la surface de la terre les millions de chrétiens qui prendront place au banquet pascal ; celui que nous avons vu naître en Bethléhem, la maison du pain, va lui-même leur servir d'aliment ; et cette nourriture divine ne s'épuisera pas. Vous serez rassasiés comme vos pères 1 ont été ; et les générations qui vous suivront

Le Quatrième Dimanche de Carême. 3g i

seront appelées comme vous à venir goûter combien le Seigneur est doux^.

Mais remarquez que c'est dans le désert que Jésus nourrit ces hommes qui sont la figure des chrétiens. Tout ce peuple a quitté le tumulte de la ville pour suivre Jésus ; dans l'ardeur d'entendre sa parole, il n'a craint ni la faim, ni la fatigue ; et son courage a été récompensé. C'est ainsi que le Seigneur couronnera les labeurs de notre jeûne et de notre abstinence, à la tin de cette carrière que nous avons déjà parcourue plus d'à moitié. Réjouissons-nous donc, et passons cette journée dans la confiance de notre prochaine arrivée au terme. Le moment vient où notre âme, rassasiée de Dieu, ne plaindra plus les fatigues du corps qui, unies à la componction clu coeur, lui auront mérité une place d'honneur au festin immortel.

L'Eglise primitive ne manquait pas de proposer aux fidèles cet éclatant miracle de lamultiplication despains, comme l'emblème de l'inépuisable aliment eucharistique : aussi le rencontre-t-on fréquemment sur les peintures des Catacombes et sur les bas-reliefs des anciens sarcophages chrétiens. Les poissons donnés en nourriture avec les pains apparaissent aussi sur ces antiques monuments de notre foi, les premiers chrétiens ayant l'usage de figurer Jésus-Christ sous le symbole diï Poisson, parce que le mot Poisson, en grec, est formé de cinq lettres dont chacune est la première de ces mots : JésusChrist, Fils de Dieu, Sauveur.

I. Psalm. xxxiii, g.

3g 2 Le Quatrième Dimanche de Carême.

En ce jour, qui est le dernier de la semaine Mésonestime, les Grecs honorent saint Jean Climaque, illustre Abbé du monastère du Mont-Sinaï, au vie siècle.

LES soixante-dix ans de la captivité seront bientôt écoulés. Encore un peu de temps, et les exilés rentreront dans Jérusalem : telle est la pensée de l'Eglise dans tous les chants de cette Messe. Elle n'ose pas encore faire retentir le divin Alléluia ; mais tous ses cantiques expriment la jubilation, parce que, dans peu de jours, la maison du Seigneur dépouillera le deuil et reprendra toutes ses pompes.

LjCTARE, Jérusalem ; et conventum facile omnes, qui diligitis eam : gaudete cum laetitia, qui in tristitia fuistis : ut exsultetis et satiemini ab uberibus consolationis vestrae.

Ps. Lœtatus sum in his

3uae dicta sunt mihi : In omum Domini ibimus. Gloria Patri. La:tare.

RÉJOUIS-TOI, Jérusalem, et vous tous qui l'aimez, rassemblez-vous ; unissezvous à sa joie, vous qui avez été dans la tristesse ; tressaillez d'allégresse , rassasiez-vous et soyez consolés dans ses délices.

Ps. Je me suis réjoui dans cette parole qui m'a été dite : Nous irons dans la maison du Seigneur. Gloire au Père. Rcjouis-toi.

Dans la Collecte, l'Eglise confesse que ses enfants ont mérité la pénitence qu'ils s'imposent ; mais elle demande pour eux la faveur de pouvoir aujourd'hui respirer un

.4 la Messe.

3y3

peu, en se livrant à l'espérance des consolations qui leur sont réservées.

FAITES, s'il vous plaît, Dieu tout-puissant , qu'étant justement affligés à cause de nos péchés, nous respirions par la consolation de votre grâce . Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

CON'CEDE, quœsumus omnipotens Deus : ut qui ex merito nostrae actionis affligimur, tuae gratis consolatione respiremus. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

La deuxième et la troisième Collectes, cidessus, au premier Dimanche de Carême, page i55.

Lecture de l'Epître du bienheureux Paul, Apôtre, aux Galates. Chap. iv.

MES Frères, il est écrit qu'Abraham eut deux fils, l'un de la servante, et l'autre de la femme libre : mais celui qui naquit de la servante naquit selon la chair; celui qui naquit de la femme libre naquit en vertu de la promesse. Ceci est une allégorie ; car ces deux femmes sont les deux alliances, dont la première, établie sur le mont Sinaï. engendre pour la servitude : c'est celle que figure Agar. En effet, Sinaï est une montagne d'Arabie qui tient à la Jérusalem d'icibas, laquelle est esclave avec ses enfants ; au lieu que la Jérusalem d'en haut est liLectio Epistolas beati Pauli Apostoli ad Galatas. Cap. iv.

FRATRES, Scriptum est : Quoniam Abraham duos filios habuit : unum de anciila. et unum de libéra. Sed qui de anciila, secundum carnem natus est : qui autem de libéra, per repromissionem : quae sunt per allegoriam dicta. Haec enim sunt duo testamenta. Unum quidem in monte Sina. in serv'itutem generans : quae est Agar : Sina enim mons est in Arabia, qui conjunctus est eiquas nunc est Jérusalem, et servit cum filiis suis. Illa autem. quas sursum est Jérusalem, libéra est,

3g4 Le Qiiatrième Dimanche de Carême.

bre ; et c'est elle qui est notre mère. Car il est écrit • Réjouis-toi, stérile, toi qui n'enfantais pas ; éclate, pousse des cris de joie, toi qui ne devenais pas mère, parce que celle qui était délaissée a maintenant plus de fils que celle qui a un mari. Nous sommes donc , mes Frères, les enfants de la promesse figurés dans Isaac ; et comme alors celui qui était né selon la chair persécutait celui qui était né selon l'esprit, ainsi en est-il encore aujourd'hui. Mais que dit l'Ecriture? Chasse la servante et son fils ; car le fils de la servante ne sera point héritier avec celui de la femme libre. Ainsi, mes Frères, nous ne sommes pas les fils delà servante, mais de la femme libre, par la liberté que le Christ nous a octroyée.

)ÉJOuissoNS-Nous donc, enfants de Jérusalem et non plus du Sinaï ! La mère c^ui nous a enfantés, la sainte Eglise, n'est pomt esclave, elle est libre ; et c'est pour la liberté

âu'elle nous a mis au jour. Israël servait >ieu dans la terreur ; son cœur toujours porté à l'idolâtrie avait besoin d'être sans cesse comprimé par la crainte, et le joug meurtrissait ses épaules. Plus heureux qub lui, nous servons par amour; et pour nous « le joug est doux et le fardeau léger ^ ».

quae est mater nostra. Scriptum est enim : Lœ- tare, sterilis ,• quae non paris : erumpe et clama, quae non parturis : quia raulti filii desertœ, magis quam ejus quae habet virum. Nos autem, fratres, secundum Isaac promissionis filii sumus. Sed quomodo tune is, qui secundum carnem natus fuerat , persequebatur eura, qui secundum spiritum : ita et nunc. Sed quid dicit Scriptura ? Ejice ancillam et filium ejus : non enim haeres erit filius ancillas cum filio liberae. Itaque, fratres, non [sumus ancillas filii, sed liberae : qua libertate Christus nos liberavit.

I. Matth. XI, 3o.

A la Messe. 3g5

Nous ne sommes pas citoyens de la terre ; nous ne faisons que la traverser ; notre unique patrie est la Jérusalem d'en haut. Nous laissons celle d'ici-bas au Juif qui ne goûte que les choses terrestres, et qui, dans la bassesse de ses espérances, méconnaît le Christ, et s'apprête à le cruciher. Trop longtemps nous avons rampé avec lui sur la terre ; le péché nous tenait captifs ; et plus les chaînes de notre esclavage s'appesantissaient sur nous, plus nous'pensions être libres. Le temps favorable est arrivé, les jours de salut sont venus ; et, dociles à la voix de l'Eglise, nous avons eu le bonheur d'entrer dans les sentiments et dans les pratiques de la sainte Quarantaine. Aujourd'hui, le péché nous apparaît comme le plus pesant des jougs, la chair comme un fardeau dangereux, le monde comme un tyran impitoyable ; nous commençons à respirer, et l'attente d'une délivrance prochaine nous inspire de vifs transports. Remercions avec effusion notre libérateur qui nous tire de la servitude d'Agar, qui nous affranchit des terreurs du Sinai, et, nous substituante l'ancien peuple, nous ouvre par son sang les portes de la céleste Jérusalem.

Le Graduel exprime la joie des gentils convoqués à venir prendre place dans la maison du Seigneur, qui désormais est à eux. Le Trait célèbre la protection de Dieu sur TEglise, la nouvelle Jérusalem qui ne sera point ébranlée comme la première. Cette sainte cité communique à ses enfants la sécurité dont elle jouit ; car le Seigneur veille sur son peuple comme sur elle-même.

3g6 Le Qiiatrième Dimanche de Carême.

L STATUS sum in his quae dicta sunt mihi : In domum Domini ibimus.

f. Fiat pax in virtute tua : et abundantia in turribus tuis.

1 'ai été ravi de joie, quand

J on m'a dit : Nous irons en la maison du Seigneur.

f. Que la paix règne sur tes remparts, et l'abondance dans tes palais.

QUI confidunt in Domino , sicut mons Sion : non commovebitur in asternum, qui habitat in Jérusalem.

f. Montes in circuitu cjus : et Dominus in circuitu populi sui, ex hoc nunc, et usque in saeculum.

Ç^ EUX qui se confient dans

^^-' le Seigneur sont comme

la montagne de Sion ; il ne

sera jamais ébranlé, celui

qui habite en Jérusalem.

f. Des montagnes environnent cette ville de toutes parts ; et le Seigneur est le boulevard de son peuple, aujourd'hui et à jamais.

Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. vi.

IN illo tempore : Abiit Jésus trans mare Galilaeae, quod est Tiberiadis : et sequebatur eum multitudo magna , quia videbant signa quae faciebat super his qui infirmabantur. Subiit ergo in montem Jésus : et ibi sedebat cum discipulis suis. Krat autem proximum Pascha, dies festus Judaeorum. Cum sublevasset ergo oculos Jésus, et vidisset quia mulLa suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. vi.

EN ce temps-là, Jésus s'en alla de l'autre côté de la mer de Galilée, qui est celle de Tibériade, et une grande multitude le suivait, parce qu'ils voyaient les miracles qu'il faisait sur ceux qui étaient malades. Il monta sur une montagne et il s'y assit avec ses disciples. Or la Pàaue, qui est la grande fête des .Juifs, était proche. Jésus donc, levant. les yeux, et voyant qu'une très grande multitude venait à lui, dit à

A la Messe.

3gy

Philippe : Où achèteronsnous des pains pour donner à manger à tout ce monde ? Il disait cela pour le tenter : car il savait bien ce qu'il devait faire. Philippe lui répondit : Quand on aurait du pain pour deux cents deniers, cela ne suffirait pas pour en donner à chacun quelque peu. Un de ses disciples. André, frère de Simon Pierre, lui dit : Il y a ici un jeune homme qui a cinq pains d'orge et deux poissons ; mais qu'estce que cela pour tant de monde ? Jésus dit : Faitesles asseoir. Il y avait beaucoup d'herbe en ce lieu. Ils s'assirent donc, au nombre d'environ cinq mille. Et Jésus prit les pains, et avant rendu grâces, il les distribua à ceux qui étaient assis ; et pareillement des deux poissons, autant qu'ils en voulaient. Après qu'ils furent rassasiés, il dit à ses disciples: Recueillez les morceaux qui sont restés, pour qu'ils ne se perdent pas. Ils les recueillirent donc, et remplirent douze corbeilles des morceaux restés des cinq pains d'orge, après que tous en eurent mangé. Ces hommes, ayant donc vu le miracle que Jésus avait fait, disaient : Celui-ci est vraiment le prophète qui doit venir dans le monde. Mais Jésus, sachant qu'ils devaient venir

titudo maxima venit ad eum. dixit ad Philippum : Unde ememus panes, ut manducent hi ? Hoc autem dicebat tentans eum: ipse enim sciebat quid esset facturus. Respondit ei Philippus : Ducentorum denariorum panes non sufficiunt eis, ut unusquisque modicum quid accipiat. Dicit ei unus ex discipulis ejus, Andréas, frater Simonis Pétri : Est puer unus hic, qui habet quinque panes hordeaceos, et duos pisces : sed haec quid sunt inter tantos ? Dixit ergo Jésus : Facite homines discumbere. Erat autem fœnum multum in loco. Discubuerunt ergo viri , numéro quasi quinque millia. Accepit ergo Jésus panes : et eum gratias egisset. distribuit discumbentibus ; similiter et ex piscibus quantum volebant. Ut autem impleti sunt, dixit discipulis suis : Colligite quas superaverunt fragmenta, ne pereant. Collegerunt ergo . et impleverunt duodecim cophinos fragmentorum ex quinque panibus hordeaceis, quae superfuerunt his qui manducaverant. lUi ergo homines eum vidissent

3g8 Le Quatrième Dimanche de Carême.

quod Jésus fecerat si- I pour l'enlever et le faire roi, gnum , dicebant : Quia 1 s'enfuit et se retira seul sur hic est vere propheta , | la montagne, qui venturus est in mundum. Jésus ergo cum cognovisset quia venturi essent ut râpèrent eum, et facerent eum regem, fugit iterum in montem ipse solus.

r^ ES hommes, que le Sauveur venait de ^"-^ rassasier avec tant de bonté et une puissance si miraculeuse, n'ont plus qu'une pensée : ils veulent le proclamer leur roi. Cette puissance et cette oonté réunies en Jésus le leur font juger digne de régner sur eux. Que ferons-nous donc, nous chrétiens, auxquels ce double attribut du Sauveur est incomparablement mieux connu qu'il ne l'était a ces pauvres Juifs ? 11 nous faut dès aujourd'hui l'appeler à régner sur nous. Nous venons de voir dans l'Épître que c'est lui oui nous a apporté la liberté, en nous affrancnissant de nos ennemis. Cette liberté, nous ne la pouvons conserver que sous sa loi. Jésus n'est point un tyran, comme le monde et la chair; son empire est doux et pacifique, et nous sommes plus encore ses enfants que ses sujets. A la cour de ce grand roi, servir c'est régner. Venons donc oublier auprès de lui tous nos esclavages passés; et si quelques chaînes nous retiennent encore, hâtons-nous de les rompre ; caria Pâque est la fête de la délivrance, et déjà le crépuscule de ce grand )our paraît à l'horizon. Marchons sans faiblesse vers le terme ; Jésus nous donnera le repos, il nous fera asseoir sur le gazon comme ce peuple de notre Evangile ; et'le Pain qu'il nous a préparé nous fera promptement oublier les fatigues de la route.

A Li Messe.

Jgg

Dans l'Offertoire, l'Eglise continue d'employer les paroles de ^David pour louer le Seigneur; mais c'est sa bonté et sa puissance qu'elle se plaît à célébrer aujourd'hui.

î OUEZ le Seigneur, parce *-" qu'il est bon : chantez à son Nom, parce qu'il est doux : il a fait tout ce qu'il a voulu au ciel et sur la terre.

I AUDATE Dominum,

^ quia benignus est ; psalîite Nomini ejus, quoniam suavis est :omnia quascumque voluit, fecit in ccelo et in terra.

La Secrète demande pour le peuple fidèle un accroissement de dévotion, par les mérites du Sacrifice qui va s'offrir, et qui est le principe du salut.

Y\ AIGNEZ. Seigneur, rece^^ voir favorablement le présent Sacrifice ; et qu'il serve à nourrir notre piété et à nous faire obtenir le salut. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

C ACRiFicns prœsenti'^ bus. Domine quaesumus, intende placatus : ut et devotioni nostrae proficiant et saluti. Par Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

La deuxième et la troisième Secrètes, ci-dessus au premier Dimanche de Carême, page 164.

Dans l'Antienne de la Communion, l'Eglise exalte la gloire de la Jérusalem céleste, figurée par l'auguste Basilique de SainteCroix qui s'honore de ce nom mystérieux. Elle chante l'allégresse des tribus du Seigneur rassemblées dans l'enceinte de ce temple pour y contempler, sous le gracieux symbole de la Rose, le divin Epoux de la nature

40 0 Le Quatrième Dimanche de Carême.

humaine qui attire les fidèles à ses parfums.

l'odeur de

JERUSALEM qux sedificatur ut civitas, cujus participatio ejus in idipsutn : illuc enim ascenderunt tribus, tribus Domini, ad confitendum Nomini tuo, Domine.

JÉRUSALEM est bâtie comme une ville, dont toutes les parties sont unies et liées ensemble. C'est là que montent les tribus, les tribus du Seigneur, pour célébrer votre Nom, ô Seigneur 1

En ce jour où le divin mystère du Pain de vie est proposé à notre foi et à notre amour, l'Eglise demande pour -nous, dans la Postcommunion, la grâce d'y participer toujours avec le respect et la préparation qui conviennent à un si auguste Mystère.

rvd nobis, quœsumus LJ misericors Deus : ut sancta tua, quibus incessanter explemur, sinceris tractemus obsequiis, et fideli semper mente sumamus. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

DIEU de miséricorde, faitesnous la grâce de nous approcher avec un respect sincère de vos Mystères sacrés dont nous sommes sans cesse nourris, et de les recevoir toujours dans un cœur fidèle. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

La deuxième et la troisième Postcommunions, ci-dessus, au premier Dimanche de Carême, page i66.

Les Psaumes se trouvent aux Vêpres du Dimanche, ci-dessus, pages 121 et suivantes.

Fi;

ES Frères, il est écrit qu''Abraham eut deux fils, l'un de la servante et l'autre de la femme libre : celui qui naquit de la servante naquit selon la chair ; mais celui qui naquit de la femme libre naquit en vertu de la promesse : ceci est une allégorie.

^. Rendons grâces à Dieu.

ITR E S : Scriptum t. quoniam Abraham duos filios habuit : unum de ancilla. et unum de libéra. Sed qui de ancilla. secundum carnem natus est ; qui autem de libéra, pen repromissionem : quae sunt per allegûriam dicta. :ç. Deo gratias.

L'Hymne et le Verset, ci-dessus, page 129. ANTIENNE DE Magnificut.

C UBIIT ergo in montem

'^ Jésus, et ibi sedebat

JESUS monta sur une montagne, et s'y assit avec ses disciples.

cum discipuli

FAITES, s'il vous plaît, Dieu tout-puissant, qu'étant justement affligés à cause de nos péchés, nous respirions par la consolation de votre grâce. Par JésusChrist notre Seigneur. A- men.

CONCEDE, quaesumus omnipotens Deus : ut qui ex merito nostrse actionis affligimur, tuas gratiœ consolatione respiremus. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

Nous empruntons au Triodion de l'Eglise grecque les strophes suivantes, qui se rapportent à l'Office d'aujourd'hui, et expriment

les sentiments du chrétien, au milieu de la sainte Quarantaine.

{Dominica IV Jejuniorum.')

SACRO jejunii stadio jam dimidio superemenso, ad futurum in lœtitia recte curramus, bonorum operum oleo animos ungentes , ut Christi Del nostri divinas passiones adorare, et ad ejus venerandam et sanctam resurrectionem pervenire mereamur.

Qui vitem plantavit et operarios vocavit , prope adest Salvator ; venitc, jejunii alhletœ, merccdem cap ia mus, quia dives est dispensator et misericors ; parum laborantes, animae misericordiam recipiemus.

O Deus qui das vitam, aperi mihi portas pœnitentiœ ; vigilat enim ad templum sanctum tuum spiritus meus, templum corporis ferens penitus maculatum : sed tu miserans, purifica me propitiabili misericordia tua.

DEJA nous avons parcouru plus de la moitié de la carrière du jeune ; courons dans le stade, et achevons ia course avec allégresse ; oignons nos âmes de l'huile des bonnes œuvres, afin que nous méritions d'adorer la divine Passion du Christ notre Dieu, et d'arriver à la sainte Résurrection digne de tous nos hommages.

Celui qui a planté la vigne et appelé les ouvriers, le Sauveur, est proche ; venez, athlètes du )eûne, recevoir la récompense ; car il est riche , ce dispensateur , et plein de miséricorde. Nous avons peu travaillé ; et cependant nos âmes recevront ses faveurs.

O Dieu ! qui donnes la vie, ouvre-moi les portes de la pénitence. Mon esprit veille dans ton temple saint ; mais le temple du corps qui lui est uni a contracté un grand nombre de taches. Prends pitié, et purifie-moi dans ta miséricordieuse bonté.

Venite, faciamus in Venez , produisons des mystica vite fructus pœ- | fruits de pénitence dans la

Le Quatrième Dimanche de Carême. 40 3

vigne mystique ; travaillons, ne nous livrons point au manger et au boire ; accomplissons des œuvres de vertu dans la prière et le jeûne. Le Seigneur y prendra plaisir ; et, pour prix de notre travail, il nous donnera le denier qui délivre les âmes de la dette du péché, lui le seul Dieu, lui dont la miséricorde est grande.

nitentije : in illa laborantes, non epulemur in escis et potibus, sed in precibus et jejuniis, actiones virtutis opérantes ; his complacens Dominus operis denarium praebet, per quod ab iniquitatis debito animas libérât solus multum Deus misericors.

A Station est dans l'antique Eglise appelée des Quatre-Couronnés , c'est-à-dire des saints martyrs Sévère, Sévérien, Carpophore et Victorin, qui souffrirent la mort sous la persécution de Dioclétien. Leurs corps reposent dans ce sanctuaire, qui s'honore aussi de

Posséder le chef du grand martyr saint Séastien.

P RiESTA , quaesumus omnipotens Deus : ut obscrvationes sacras annua devotione recolentes, et corpore tibi placeamus et mente. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

P AITES-Nous la grâce, Dieu ' tout-puissant, qu'en observant religieusement chaque année ces saintes pratiques , nous vous soyons agréables et dans nos corps fît dans nos âmes. Par JésusChrist notre Seigneur. A- men.

Lectio libri Regum. III, Cap. ni.

IN diebus illis : Venerunt duas mulieres meretrices ad regem Salomoncm, steteruntque coram eo, quarum una ait : Obsecro, mi Domine : ego et mulier haec habitabamus in domo una,

Lecture du livre des Rois.

III. Chap. in.

EN ces jours-là, deux femmes de mauvaise vie se présentèrent au roi Salomon, et se tinrent devant son tribunal. L'une lui dit : Seigneur, daignez m'écouter : nous demeurions, cette femme et moi, dans une même

Le Lundi de la Quatr. Sem. de Carême. 40 5

maison, et je suis accouchée dans la chambre où elle était. Trois jours après , celle-ci est accouchée à son tour. Nous étions ensemble dans cette maison, et il n'y avait personne que nous deux. Or le fils de cette femme est mort pendant la nuit, parce qu'elle l'a étouffé en dormant ; et se levant, sans bruit, au milieu de la nuit, elle a ôté mon fils d'à coté de moi votre servante qui dormais, et l'ayant pris auprès d'elle, elle a mis auprès de moi son fils qui était mort. Lorsque le matin je me suis levée pour allaiter mon fils, il m'a paru qu'il était mort, et l'ayant considéré avec plus d'attention au grand jour, j'ai reconnu que ce n'était pas là celui que j'avais enfanté. L'autre femme répondit : Ce que tu dis n'est pas vrai ; mais c'est ton fils qui est mort, et le mien est vivant. La première au contraire répliquait : Tu mens, car c'est mon fils qui est vivant, et le tien est mort. Et elles disputaient ainsi devant le roi. Alors le roi dit : Celle-ci dit: Mon fils est vivant, et le tien est mort ; et l'autre répond : Non, mais c'est ton fils qui est mort, et le mien qui est vivant. Le roi ajouta : Qu'on m'apporte une épée. Lorsqu'on eut apporté une épée

et peperi apud eam in cubiculo. Tertia autem die postquam ego peperi, peperit et hsec : et eramus simul , nuUusque alius nobiscum in domo, exceptis nobis duabus. Mortuus est autem filius mulieris hujus nocte. Dormiens quippe oppressit eum. Et consurgens intempests noctis silentio , tulit fi 1 i u m meum de latere mec ancillae tuas dormientis, et collocavit in sinu suo : suum autem filium. qui erat mortuus, posait in sinu meo. Cumque surrexissem mane ut darem lac filio meo, apparuit mortuus : quem diligentius intuens clara luce, deprehendi non esse meum. quem genueram. Respondit altéra mulier : Non est ita ut dicis, sed filius tuus mortuus est, meus autem vivit. E contrario illa dicebat : Mentiris : filius quippe meus vivit, et filius tuus mortuus est. Atque in hune modum contendebant coram rege. Tune rex ait .- Hase dicit : Filius meus vivit, et filius tuus mortuus est. Et ista respondit : Non. sed filius tuus mortuus est, meus autem vivit. Dixit ergo rex : Afferte mihi gla4o6

dium. Cumque attulissent eladium coram rego : Dividite, inqiiit, infantem vivum in duas partes: et date dimidiam partcm uni, et dimidiam partem alleri. Dixit auteni mulier, cujus filius erat vivus , ad regem (commota sunt quippe viscera ejus super filio suo) : Obsecro, Domine, date illi infantem vivum, et nolite interficere eum. E contrario iila dicebat : Nec mihi, nec tibi sit, sed dividatur. Respondit rex, et ait : Date huic infantem vivum, et non occidatur : hxc est enim mater ejus. Audivit itaque omnis Israël judicium quod judicasset rex, et timuerunt regem, videntes sapientiam Dei esse in eo ad faciendum judicium.

devant le roi, il dit: Coupez en deux l'enfant qui est vivant, et donnez-en la moitié à l'une, et la moitié à l'autre. Alors la femme dont le fils était vivant, dit au roi (car ses entrailles furent émues pour son fils) : Seigneur, donnez-lui, je vous en supplie, l'enfant vivant, et ne le tuez pas. L'autre au contraire disait : Qu'il ne soit ni à moi ni à toi, mais qu'on le partage. Le roi prit la parole et dit : Donnez à celle-ci l'enfant vivant, et qu'on ne le tue point ; car c'est elle qui est sa mère. Tout Israël ayant donc su la manière dont le roi avait jugé ce différend, ils furent saisis de crainte devant lui, voyant que la sagesse de Dieu était en lui pour rendre la justice.

SAINT Paul nous expliquait, dans l'Epître de la Messe d'hier, l'antagonisme de la Synagogue et de l'Eglise, et comment le nls

d'Agar persécute le fils de Sara qui lui a été p.réï'éré par le père de famille. Aujourd'hui, ces deux femmes qui comparaissent devant Salomon nous présentent encore ce double type. Elles se disputent un enfant; cet enfant est la Gentilité initiée à la connaissance du vrai Dieu. La Synagogue, figurée par la femme qui a laissé mourir son fils, c'est-àdire le peuple qui lui était confié, réclame

Le Lundi de la Quatr. Sem. de Carême. 40 j

injustement celui que son sein n'a point porté ; et comme cette réclamation ne lui est inspirée que par son orgueil, et non par aucune affection maternelle, il lui est indifférent qu'on l'immole, pourvu qu'il soit arraché à sa vraie mère qui est l'Eglise. Salomon, le Roi pacifique, figure du Christ, adjuge l'enfant à celle qui l'a conçu, qui l'a enfantée, qui l'a nourri ; et la fausse mère est confondue. Aimons donc notre Mère la sainte Eglise, l'Epouse de notre Sauveur. C'est elle qui par le Baptême nous a faits enfants de Dieu; elle qui nous a nourris du Pain de vie ; elle qui nous a donné le Saint-Esprit ; elle enfin qui, lorsque nous avons eu le malheur de retomber dans la mort par le péché, nous a rendu la vie par le divin pouvoir qui est en elle. L'amour filial envers l'Eglise est le signe des élus, et l'obéissance à ses commandements est la marque d'une âme sur laquelle Dieu règne.

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. ii.

TJN ce temps-là, la P.

ique :he,

des Juifs étant procj Jésus monta à Jérusalem. Et il trouva dans le temple des vendeurs de bœufs, de brebis et de colombes, et des changeurs assis. Et ayant fait un fouet avec des cordes, il les chassa tous du temple, et aussi les brebis et les bœufs ; et il jeta par terre l'argent des changeurs, et renversa

Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. n.

IN illo tempore : Prope erat Pascha Judaeorum, et ascendit Jésus Jerosolymam : et invenit in templo vendentes boves, et oves. et columbas, et nummularios sedentes. Et cum fecisset quasi flagellum de funiculis, omnes ejecit de templo, oves quoque, et boves, et nummulariorum effu4o8

dit ses, et mensas siibvertit. Et his, qui columbas vendebant, dixit : Auferte ista hinc, et nolite facere domum Patris mei, domum negotiationis. Recordati sunt vero discipuli cjus quia scriptum est : Zelus domus tuîe comedit me. Responderunt ergo Judaei, et dixerunt ei : Quod signum ostendis nobis quia haec facis ? Respondit Jésus, et dixit eis : Soivite templum hoc, et in tribus diebus excitabo illud. Dixerunt ergo Judaei : Quadraginta et sex annis aedificatum est templum hoc, et tu in tribus diebus excitabis illud ?Ille autem dicebat de templo corporis sui. Cum ergo resurrexisset a mortuis, recordati sunt discipuli ejus, quia hoc dicebat, et crediderunt Scriptura?, et sermoni quem dixit Jésus. Cum autem esset Jerosoiymis in Pascha in diefesto, multi crediderunt in nomine ejus, videntes signa ejus, quaî faciebat. Ipse autem Jésus non crcdebat semetipsum eis,eo quod ipse nosset omnes, et quia opus ei non erat ut quis testimonium perhiberet de homine : ipse cnim scicbat quid esset in homine.

leurs tables. Et il dit à ceux

aui vendaient des colombes : ►tez cela d'ici, et ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic. Alors ses disciples se souvinrent qu'il est écrit : Le zèle de votre maison me dévore. Les Juifs lui dirent : Quel signe nous montrez-vous,

Îour faire de telles choses ? ésus leur répondit : Détruisez ce temple, et je le relèverai en trois jours. Les Juifs dirent : Ce temple a été quarante-six ans à bâtir ; et vous, vous le relèverez en trois jours ? Mais lui parlait du temple de son corps. Lors donc qu'il fut ressuscité d'entre les morts, ses disciples se ressouvinrent qu'il avait dit cela, et ils crurent à l'Ecriture et à la parole que Jésus avait dite. Jésus étant à Jérusalem pendant la Pâque, au jour de la fête, beaucoup crurent en son nom, voyant les miracles qu'il faisait. Mais Jésus ne se fiait pas à eux, parce qu'il les connaissait tous, et qu'il n'avait pas besoin que personne lui rendît témoignage d'aucun homme ; car il savait lui-même tout ce qu'il y avait dans l'homme.

Le Lundi de la Quatr. Sem. de Carême. 40g

Nous avons vu déjà, au Mardi de la première semaine, le Seigneur chasser les vendeurs du Temple ; il accomplit en effet deux fois cet acte de justice et de religion. Le récit que nous lisons aujourd'hui se rapporte à la première expulsion de ces profanes du lieu saint. L'Eglise insiste sur ce fait dans le Carême, parce qu'il nous présente la sévérité avec laquelle Jésus-Christ agira contre l'âme qui se sera laissé envahir par les passions terrestres. Que sont, en effet, nos âmes, sinon le temple de Dieu ? de Dieu qui les a créées et sanctifiées pour y habiter? Mais il veut que tout y soit digiie de cette sublime destination. En ces jours où nous scrutons nos âmes, combien de profanes vendeurs ne trouvons-nous pas établis dans la demeure du Seigneur? Hâtons-nous de les expulser; prions même le Seigneur de les chasser luimême avec le fouet de sa justice, dans la crainte qu'il ne nous arrive de trop ménager ces hôtes dangereux. Le jour où le pardon descendra sur nous est proche ; veillons à être dignes de le recevoir. Avons-nous remarqué dans notre Evangile ce qui est dit de ces Juifs qui, plus sincères que les autres, se mirent à croire en lui, à cause des miracles qu'ils lui voyaient faire ? Jésus cependant ne se fiait pas a eux, parce qu'il les connaissait tous. Il y a donc des hommes qui arrivent à croire, à reconnaître Jésus-Christ, sans que pour cela leur cœur soit changé ! O dureté du cœur de l'homme ! ô anxiété cruelle pour la conscience des ministres du salut ! Des pécheurs, des mondains assiègent, en ces jours, les tribunaux de la réconciliation ; ils

croient, ils confessent leurs péchés : et l'Eglise n'ose se fier à leur repentir. Elle sait d'avance que, bien peu de temps après le festin pascal, ils seront redevenus ce qu'ils étaient le jour où elle leur imposa les cendres de la pénitence; elle tremble en songeant au danger que ces âmes, partagées entre Dieu et le monde, encourent en recevant sans préparation, sans conversion véritable, le Saint des Saints ; d'un autre côté, elle se souvient qu'il est écrit de ne pas éteindre la mèche qui fume encore, de ne pas achever de rompre le roseau déjà éclaté K Prions pour ces âmes dont le sort est si inquiétant, et demandons pour les pasteurs de l'Eglise quelques ra}^ons de cette lumière par laquelle Jésus connaissait tout ce qu'il y avait dans Vhomme.

HUMILIATE capita ves- 1 ij umilIez vos têtes devant tra Deo. 11 Dieu.

tram , quœsumus Domine, benignus exaiidi : et qiiibus supplicandi pracstas affectum, tribue defensionis auxilium. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

EXAUCEZ, Seigneur, nos prières, dans votre bonté; et accordez le secours de votre protection à ceux auxquels vous inspirez le sentiment de s'adresser à vous par la prière. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Prions pour l'entière conversion des pécheurs, en empruntant au Pontifical Romain cette belle Préface que l'Eglise employait

Le Lundi de la Quatr. Sem. de Carême. 411

autrefois dans la réconciliation des Pénitents publics.

C'est une chose digne et juste, équitable et salutaire, de vous rendre grâces en tout temps et en tout lieu. Seigneur saint. Père tout-puissant, Dieu éternel, par JésusChrist notre Seigneur, dont \ous avez décrété la naissance ineffable, afin qu'il acquittât la dette d'Adam envers vous. Père éternel ; qu'il détruisit notre mort par la sienne, qu'il supportât nos blessures en son corps, qu'il effaçât nos taches dans son sang, nous relevant dans sa bonté de la chute où nous avait précipités la jalousie de l'ancien ennemi. C'est par lui, Seigneur, que nous vous supplions humblement d'exaucer nos prières pour les péchés des autres, nous cependant qui ne suffisons pas à vous prier pour les nôtres. Daignez donc, Seigneur très clément, rappeler à vous, dans votre bonté accoutumée, ces hommes vos serviteurs. que leurs péchés ont séparés de vous. Vous n'avez pas dédaigné l'humiliation du criminel Achab ; mais vous avez suspendu la vengeance qu'il avait méritée. Vous avez exaucé les pleurs de Pierre, et vous lui avez don"W ERE dignum et jus' lum est, aequum et salutare, nos tibi semper, et ubique gratias agere, Domine sancte, Pater omnipotens , aeterne Deus, per Christum Dominum nostrum : Quem, omnipotens Genitor,

ineffabiliter nasci voluisti, ut debitum Adae tibi persolveret asterno Patri. mortemque nostram sua interficeret, et vulnera nostra in suo corpore ferret, nostrasque maculas sanguine suo dilueret; ut qui antiqui hostis corrueramus invidia, et ipsius resurgeremus clementia. Te per eum. Domine, supplices rogamus ac petimus. ut pro aliorum excessibus nos digneris exaudire, qui pro nostris non sufficimus exorare. Tu igitur clementlssime Domine, hos famulos tuos, quos a te separaverunt flagitia. ad te revoca pietate solita. Tu namque nec Achab scelestissimi humiliationem despexisti. sed vindictam debitam protelasti. Petrum quoque la4r2

Le Ca)-âme.

crymantem exaudisti , clavesque postmodum cœlestis regni ipsi tradidisti ; et confitenli latroni ejusdem regni prnemia promisisti. Ergo, clementissimc Domine, hos. pro quibus preces tibi Tundimus, clemens recollige, et tiioe Ecclesiae gremio redde, ut ncquaquam de eis valeat triumphare hostis, sed tibi leconciliet Filius, tibi coa?qualis, etnundetque eos ab omni facinore, et ad tuœ sacratissimas Cœnae dapes dignetur admittere. Sicque sua carne, et sanguine reficiat, ut post hujus vita cursLim ad cœlestia régna perducat.

né ensuite les clefs royaume céleste, de

du ce royaume que vous avez daigné promettre au larron qui confessait ses crimes. Recueillez, miséricordieux Seigneur, ceux pour qui nous vous adressons nos prières ; remettez-les au giron de votre Eglise ; que l'ennemi ne puisse plus triompher d'eux, mais que votre Fils, qui vous est égal, les réconcilie avec vous, qu'il les purifie de tous péchés et daigne les admettre à goûter les mets de votre festin sacré. Qu'il daigne les nourrir de sa chair et de son sang, et les conduise après cette vie au royaume des cieux.

JofcôfeàêKÎfe-jfeôfe ''ê^S^3^Xjâ(j^^^^^J<^M^JMKjii^J^3k>

V Station est dans l'Eglise de SaintLaurent in Damaso, ainsi appelée parce qu'elle fut bâtie, au iv^ siècle, en l'honneur du glorieux Archidiacre de l'Eglise Romaine, par le Pape saint Damase, dont elle conserve encore au)0urd'hui le corps.

DAIGNEZ faire, Seigneur, que les jeûnes qu'il nous faut observer dans ce saint temps nous fassent avancer dans la piété, et nous procurent l'assistance continuelle de votre miséricorde. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

SA(jr.î; nobis, quaesumus Domine, observationis jejunia. et piae conversationis augmentum, et tuae propitiationis continuum praestent auxilium. Per Christum Dominum nostrum. A- men.

Lecture du livre de lExode. Chap. xxxii.

EN ces jours-là, le Seigneur parla à Moïse, et lui dit : Descends de la montagne ; car ton peuple que tu as tiré de l'Egypte a péché. Ils se sont retirés bientôt de la voie que tu leur avais montrée ; ils ont fondu l'image d'un veau et l'ont adoré ; ils lui ont immolé des victimes, et ils ont dit : O Israël, ce sont là les dieux qui t'ont

Lectio libri Exodi. Cap. xxxii.

IN diebus illis, Locutus est D o mi n us ad Moysen. dicens : Descende de monte : peccavit populus tuus, quem eduxisti de terra JEgypti. Recesserunt cito de via, quam ostendisti eis • feceruntque sibi vitulura conflatilem, et adoraverunt, atque immolantes ei hostias dixerunt : Isti

sunt dii lui, Israël, qui te cdiixenmt de terra ^gypti. Rursumque ait Dominas ad Moysen : Cerno quod populus iste durœ cervicis sit : dimitte me, ut irascatur furor meus contra eos, et deleam eos, faciamque te in gentem magnam. Moyses autemorabat Dominum Deum suum, dicens : Cur, Domine, irascitur furor tuus contra populum tuum, quem eduxisti de terra ^l^gypti in fortitudine magna, et iu manu robusta ? Ne, quœso, dicant ^Egyptii : Callide eduxit eos, ut interficeret in montibus, et deleret e terra : quiescat ira tua, et esto placabilissupernequitia populi tui. Recordare Abraham , Isaac , et Israël servorum tuorum, quibus jurasti per temetipsum, dicens : Multiplicabo semen vestrum sicut stellas cœli : et universam terram hanc, de qua locutus sum, dabo semini vestro, et possidchitiscam sempcr. Placatusquc est Dominus ne faccret malum, quod locutus fuerat adversus populum suum.

délivré de la terre d'Egypte. Le Seigneur dit encore à Moïse : Je vois que ce peuple a la tête dure : laisse-moi faire, afin que ma colère s'allume contre eux, et que je les extermine ; et je te ferai chef d'un grand peuple. Mais Moïse priait le Seigneur son Dieu, et disait : Pourquoi, Seigneur, votre fureur s'allume-t- elle contre votre peuple que vous avez tiré de la terre d'Egypte, dans votre grande force et votre main puissante ? Ne permettez pas, je vous prie, que les Egyptiens disent : Il les a fait sortir avec adresse pour les tuer sur des montagnes et pour les exterminer de la terre. Que votre colère s'apaise, et laissez-vous fléchir sur la malice de votre peuple. Souvenez-vous d'Abraham, d'I- saac et d'Israël vos serviteurs, auxquels vous avez juré par vous-même, en disant : Je multiplierai votre race comme les étoiles du ciel, et je donnerai à votre postérité toute cette terre dont je vous ai parlé, et vous la posséderez à jamais. Et le Seigneur s'apaisa, et il ne fit point à son peuple le mal dont il l'avai» menacé.

E crime de l'idolâtrie était le plus répandu dans le monde, à l'époque de la prédicaLe Mardi de la Quatr. Sem. de Carême. 41 5

tion de l'Evangile. Durant plusieurs siècles, toutes les générations de Catéchumènes que l'Eglise initiait, en ces jours, à la vraie foi, étaient entachées de cette souillure. C'est afin d'inspirer à ces élus une horreur salutaire de leur conduite passée, qu'on leur lisait aujourd'hui ces terribles paroles de Dieu qui, sans l'intervention de Moïse, allait exterminer, en punition de sa rechute dans l'idolâtrie, un peuple en faveur duquel il avait opéré des prodiges inouïs, et auquel il venait en personne donner sa loi. Ce culte grossier des faux dieux n'existe plus parmi nous; m^ais il est encore exercé chez des peuples nombreux, rebelles jusqu'ici à la prédication de l'Evangile. Disons tout : il pourrait encore renaître au sein de notre Europe civilisée, si la foi en Jésus-Christ venait à s'v éteindre. La génération qui nous a précédés n'a-t-elle pas vu l'idole de la Raison placée sur l'autel, couronnée de tieurs et recevant l'hommage d'un sacrilège encens .'' Un homme ou une société livrés à Satan ne sont pas maîtres de s'arrêter où il leur plaît. Les desrendants de Xoé devaient sans doute être émus de l'affreuse catastrophe du déluge, dont la terre porta si longtemps les traces; cependant, l'idolâtrie avait fait déjà d'immenses progrès, lorsque Dieu fut contraint de séquestrer Abraham pour l'en préserver. Soyons reconnaissants envers l'Eglise qui, par son enseignement et par la morale qui en découle, nous préserve de cette honte et de cet abrutissement, et gardons-nous de suivre nos passions; car toutes conduiraient à l'idolâtrie, si la lumière de la foi nous était enlevée.

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Scquentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. vu.

IN illo tempore : Jam die festo mediante, ascendit Jésus in tcmpluin, et docebat. Et mirabantur Judœi, dicentes : Quomodo hic litteras scit, cum non didicerit? Respondit eis Jésus, et dixit : Mea doctrina non est mea, sed ejus qui misit me. Si quis voluerit voluntatem ejus facere, cognoscet de doctrina, utrum ex Dec sit an ego a meipso loquar. Quiasemetipso loquitur, gloriam propriam quaerit;quiautem quasrit gloriam ejus qui misit eum, hic verax est, el iniustitia in illo non est. Nonne Moyses dcdit vobis legem ; et nemo ex vobis facit legcm ? Quid me quaeritis interficere ? Respondit turba, et dixit : Dasmonium habcs : quis te quaerit interficere? Respondit Jésus, et dixit eis : Unum opus feci, et omnes miramini. Propterca Moyses dédit vobis circumcisionem (non quia ex Moyse est, sed ex patribus) : et in Sabbato circumciditis homiLa suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. vu.

EN ce temps-la, vers le milieu de la fête, Jésus monta au temple, et il y enseignait. Et les Juifs saisis d'étonnement disaient : Comment cet homme sait-il les Ecritures, lui qui n'a point étudié? Jésus leur répondit: Ma doctrine n'est pas de moi, mais de celui qui m'a envoyé. Si quelqu'un veut faire la volonté de Dieu, il reconnaîtra si ma doctrine est de lui, ou si je parle de moimême. Celui qui parle de soi-même, cherche sa propre gloire; mais celui qui cherche la gloire de celui qui l'a envoyé, celui-là est véritable, et il n'y a point d'iniquité en lui. Moïse ne vous a-t-il pas donné la loi? et néanmoins nul de vous n'accomplit la loi. Pourquoi cherchez-vous à me faire périr ? Le peuple lui répondit : Vous avez en vous le démon : qui est-ce qui cherche à vous faire périr? Jésus leur répondit : Je n'ai fait qu'une œuvre le jour du Sabbat : et vous vous étonnez tous. Cependant Moïse vous ayant donné la circoncision (bien qu'elle vienne, non de Moïse, mais des patriarches),

Le Mardi de la Qiiatr. Sem. de Carême. 41 j

vous ne laissez pas de circoncire, le jour du Sabbat. Or, si un homme peut recevoir la circoncision le jour du Sabbat, afin que la loi de Moïse ne soit pas violée, pourquoi vous indignez-vous contre moi, parce que j'ai rendu un homme sain tout entier le jour du Sabbat ? Ne jugez point sur l'apparence, mais jugez avec justice. Quelquesuns de Jérusalem disaient : N'est-ce pas là celui qu'ils cherchent pour le faire mourir ? Voilà qu'il parle publiquement ; et ils ne lui disent rien. Les princes du peuple auraient-ils reconnu qu'il est véritablement le Christ? Cependant celui-ci, nous savons bien d'où il est; mais quand viendra le Christ, personne ne saura d'où il est. Jésus néanmoins continuait à enseigner, et disait à haute voix dans le temple : Vous savez qui je suis, et d'où je suis; et je ne suis point venu de moimême ; mais celui qui m'a envoyé est plein de vérité, et vous ne le connaissez pas. Moi, je le connais, parce que je suis de lui, et c'est lui qui m'a envoyé. Ils cherchaient donc à se saisir de lui : et personne ne mit la m heure n'était pas encore venue, crurent en lui.

nem. Si circumcisionem accipit homo in Sabbato, ut non solvatur lex Moysi : mihi indignamini quia totum hominem sanum feci in Sabbato ? Nolite judicare secundum faciem, sed justum judicium judicate. Dicebant ergo quidam ex Jerosolymis . Nonne hic est quem quasrunt interficere ? Et tcc& palam loquitur, et nihilei dicunt. Numquid vere cognoverunt principes quia hic est Christus ? Sed hune scimus unde sit : Christus autem cum venerit, nemo scit unde sit. Clamabat ergo Jésus in templo docens, et dicens : Et me scitis, et unde sim scitis : et a meipso non veni, sed est verus qui misit me, quem vos nescitis. Ego scio eum : quia ab ipso sum. et ipse me misit. Quœrebant ergo eum apprehendere : et nemo misit in illum manus, quia nondum vénérât hora ejus. De turba autem multi crediderunt in eum.

îin sur lui, parce que son Mais plusieurs du peuple

K lecture du saint Evangile que l'Eglise nous propose aujourd' hui, reporte notre

LE Carême

4i s Le Carême.

pensée sur le prochain sacrifice de l'Agneau divin qui va s'ofirir à Jérusalem. L'heure n'est pas encore venue; mais elle ne doit pas tarder. On le cherche déjà pour le faire mourir. La passion de ses ennemis les aveugle au point de leur faire voir en lui un violateur du Sabbat, parce qu'il guérit les malades par un simple acte de sa volonté, en ce )our du Seigneur. En vain Jésus réfute leurs préjugés, et leur rappelle qu'ils ne font pas difficulté eux-mêmes d'y pratiquer la circoncision, et même, comme il leur a fait remarquer dans une autre circonstance, de retirer du puits leur bœuf ou leur âne, s'ils y sont tombés. Ils n'écoutent plus rien, ils ne comprennent qu'une seule chose : c'est c^u'il faut Que Jésus périsse. Ses prodiges sont incontestaoles, et tous dirigés dans un but de miséricorde pour les hommes; il refuse seulement d'offrir à la stérile admiration de ses ennemis les signes qu'ils lui demandent d'opérer pour natter leur curiosité et leur orgueil; et loin de lui savoir gré de l'usage qu'il daigne faire en faveur des hommes du don des miracles qui brille en lui, ils osent dire, non plus seulement qu'il agit par le pouvoir de Béelzébuth, mais que le démon lui-même est en lui. On frémit d'entendre un si horrible blasphème; cependant l'orgueil de ces docteurs juifs les entraîne jusqu'à cet excès de déraison et d'impiété; et la soif du sang s'allume toujours plus ardente dans leur cœur. Pendant qu'une

f)artie du peuple, séduite par ses chefs, se aisse aller à un aveugle fanatisme, d'autres plus indifférents raisonnent sur le Messie, et

Le Mardi de Li Quatr. Sem. de Carême. 4iq

ne trouvent pas en Jésus les caractères de cet envoyé ae Dieu. Ils prétendent que, lorsqu'il paraîtra, on ne saura pas son origine. Cependant, les prophètes ont annoncé qu'il doit sortir du sang de David ; sa généalogie sera un de ses prmcipaux caractères : on tout Israël sait que Jésus procède de cette race royale. Remarquons d'autre part qu'ils savent aussi que le Messie doit avoir une origine mystérieuse, qu'il doit venir de Dieu. La'docilité aux enseignements de Jésus, enseignements contirmés par tant de miracles, les" eût éclairés en même temps sur sa naissance temporelle et sur sa tiliation divine ; mais l'indifférence et quelque chose de mauvais au fond du cœur de l'homme les empêchaient d'approfondir; peut-être ceux-là même, au jour du déicide, crieront comme les autres : « Que son sang soit sur nous et « sur nos enfants. ')

Hr.MlLlEz vos t'êtes devant ! TJ vmiliate capi Dieu. ri tra Deo.

AYEZ pitié , Seigneur, de votre peuple : et dans votre bonté laissez -le respirer, au milieu des tribulations continuelles qui l'accablent. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

MISERERE . Domine , populo tuo : et continuis tribulationibus laborantem. propitius respirare concède. Per Christam Dominum nostrum. Amen.

Nous emprunterons aujourd'hui à la Liturgie grecque ces pieuses stances, dans lesquelle saint André de Crêtes offre à la conLe Carême.

trition du pécheur une expression si vive et si touchante.

{Feria V Hebdomadce VJejuniorum )

PECCAViMUS , inique egimus, injuste fecimus coram te, nec servivimus, autve fecimus quemadmodum nobis mandasti : verum ne nos, tu Deus patrum, tradideris in finem.

Peccavi, inique egi, ac mandatum tuum violavi : quippe natus sum in peccatis, addidique vulntis livoribus meis : verum tu velut misericors, qui patrum es Deus, miserere.

Occulta cordis mei tibi meo judici annuntiavi : vide humilitatem meam ; vide et meam afflictionem, ac intende judicio meo : meique ipse ut misericors, qui es Deus patrum, miserere.

Obrui tuam imaginem, tuumque mandatum violavi : tota species obscurata est, exstinctaque est lampas, o Salvator I vitiis : sed misertus ipse, redde inihi Ixtitiam^ ut canit David.

Convertere ; pœnitere ;

ous avons péché, nous avons commis l'iniquité, nous avons fait l'injustice devant toi ; nous n'avons

Eoint obéi, nous n'avons point lit comme tu nous avais commandé ; mais toi, ô Dieu de nos pères 1 ne nous abandonne pas jusqu'à la fin.

J'ai péché, j'ai commis l'iniquite, j'ai violé ton commandement ; car je suis né dans le péché ; j'ai ajouté la blessure à mes meurtrissures ; mais toi, miséricordieux, toi, qui es le Dieu de nos pères, aie pitié.

A toi, mon juge, j'ai déclaré les secrets de mon cœur; vois mon abaissement, vois mon affliction, sois propice dans mon jugement ; toi qui es miséricordieux, toi qui es le Dieu de nos pères, aie pitié.

J'ai défiguré ton image, j'ai violé ton précepte ; toute ma bonté a été obscurcie, ma lampe s'est éteinte par mes péchés : ô Sauveur 1 aie pitié, rends-moi la joie, comme chante David.

Convertis-toi , mon âme ,

Le Mardi de la Quatr. Sem. de Carême. 42 1

fais pénitence ; révèle tes plaies cachées ; dis-les à Dieu qui sait tout. Toi seul, ô Sauveur ! tu connais les secrets ; aie pitié de moi selon ta miséricorde, comme chante David.

Mes jours se sont enfuis comme le songe d'un homme qu'on réveille ; comme Ezéchias, je pleure sur ma couche, je te demande d'ajouter des années à ma vie. Mais quel Isaïe, ô mon âme, peut venir à ton aide, si ce n'est le Dieu de l'univers ?

révéla occulta. Die Deo qui novit omnia : Tu solus Salvator, scis occulta, tu mei, ut psallit David, secundum misericordiain tiiam miserere.

Defecerunt dies mei , sicuti somnium ejus qui suscitatur ; quare velut Ezechiasin lecto meo lacrymor , ut annos mihi vitse adjicias. Casterum quis tibi, o anima, Isaias aiïuerit . prseter Deum illum universorum ?

[E jour est appelé la Férié du GrandÉcriitin, parce que, dans l'Eglise de Rome, après les informations et examens nécessaires, on y consommait l'admission du plus grand* nombre des Catéchumènes au Baptême. La Station se tenait dans la Basilique de Saint-Paul-horsles-niurs, tant à cause de la vaste étendue de cet édifice, que pour faire hommage à l'Apôtre de la Gentilité des nouvelles recrues que l'Eglise se disposait à faire au sein du paganisme. Le lecteur verra avec intérêt et édification les formes et les cérémonies observées en cette circonstance.

Les fidèles et les aspirants au Baptême étant réunis dans la Basilique vers l'heure de midi, on recueillait d'abord les noms de ces derniers; et un acolyte les faisait ranger avec ordre devant le peuple, plaçant les hommes à droite, et les femmes à gauche. Un prêtre récitait ensuite sur chacun d'eux l'Oraison qui les faisait Catéchumènes ; car c'est improprement et par anticipation que nous leur avons jusqu'ici donné ce nom. Il les marquait d'abord du signe de la croix au front, et leur imposait la main sur la têtç. Il bénissait ensuite le sel, qui signifie la Sagesse, et le faisait goûter à chacun d'eux.

Le Mercr. de la Quatr. Sent, de Carême. 428

Après ces cérémonies préliminaires, on les faisait sortir tous de l'église, et ils demeuraient sous le portique extérieur, jusqu'à ce qu'on les rappelât. Après leur départ., l'assemblée des fidèles étant demeurée dans l'église, on commençait l'Introït, qui est composé des paroles du Prophète Ezéchiel, dans lesquelles le Seigneur annonce qu'il réunira les élus de toutes les nations, et qu'il répandra sur eux une eau purifiante pour laver toutes leurs souillures. L'acolyte rappelait ensuite tous les Catéchumènes par leur nom, et ils étaient introduits par le portier. On les rangeait de nouveau selon la différence des sexes, et les parrains et marraines se tenaient auprès d'eux. Le Pontife chantait alors la Collecte, après laquelle, sur l'invitation du diacre, les parrains et marraines traçaient le signe de la croix sur le front de chacun des aspirants qu'ils devaient cautionner à l'Eglise. Des acolytes les suivaient, et prononçaient les exorcismes sur chacun des élus, en commençant par les hommes, et passant ensuite aux femmes.

Un lecteur lisait ensuite la Leçon du Prophète Ezéchiel que l'on verra ci-après. Elle était suivie d'un premier Graduel compose de ces paroles de David :

« Venez, mes enfants, écoutez-moi; )e « vous enseignerai la crainte du Seigneur. « Approchez de lui, et vous serez lUu« minés, et vos visages ne seront point dans « la confusion. »

Dans la Collecte qui suivait cette Leçon, on demandait pour les fidèles les fruits du jeûne quadragésimal, et cette prière était

4^4 Le Carême.

suivie d'une seconde Leçon du Prophète Isaïe, qui annonce la rémission des péchés pour ceux qui recevront le bain mystérieux.

Un second Graduel, pareillement tiré des Psaumes, était ainsi conçu :

Heureux le peuple qui a le Seigneur pour « son Dieu, le peuple que le Seigneur a choisi « pour son héritage. »

Pendant la lecture des deux Leçons et le chant des deux Graduels, avait lieu la cérémonie mystérieuse de Voiiverture des oreilles. Des prêtres allaient successivement toucher les oreilles des Catéchumènes, imitant l'action de Jésus-Christ sur le sourd-muet de l'Evangile, et disant comme lui cette parole : Ephpheta, c'est-à-dire : Ouvrez-vous. Ce rite avait pour but de préparer les Catéchumènes à recevoir la révélation des mystères qui jusqu'alors ne leur avaient été montrés que sous le voile de l'alégories. La première initiation qu'ils recevaient était relative aux saints Evangiles.

Après le second Graduel, on voyait sortir du Seaetarium^ et précédés des cierges et de l'encensoir, quatre diacres portant chacun un des quatre Evangiles. Ils se dirigeaient vers le sanctuaire, et plaçaient les^ livres sacrés à chacun des quatre angles de l'autel. Le Pontife, ou un simple prêtre par son ordre , adressait alors aux Catécnumèncs l'allocution suivante que nous lisons encore au Sacramentaire Gélasien :

ETANT sur le point de vous ouvrir les Evangiles, c'està-dire le récit des gestes de Dieu, nous devons d'abord, très chers fils, vous faire connaître ce que sont les Evangiles, d'où ils viennent, de qui sont les paroLe Mercr. de la Qiiatr. Son. de Carême. 42 5

les qu'on y lit, pourquoi ils sont au nombre de quatre, qui les a écrits ; enfin quels sont ces quatre hommes, qui, annoncés d'avance par TEsprit-Saint, ont été désignés par le Prophète. Si nous ne vous donnions pas la raison de tous ces détails, nous laisserions de l'étonnement dans vos âmes ; et comme vous êtes venus aujourd'hui pour que vos oreilles soient ouvertes, nous ne devons pas commencer par mettre votre esprit dans l'impuissance. Evangile signifie proprement bonne nouvelle : parce que c'est l'annonce de Jésus-Christ notre Seigneur. L'Evangile est descendu de lui. afin d'annoncer et de montrer que celui qui parlait par les Prophètes est venu dans la chair, ainsi qu'il est écrit : Moi qui parlais, me roici. Ayant à vous expliquer brièvement ce qu'est l'Evangile, et quels sont ces quatre hommes montrés d'avance par le Prophète^ nous allons désigner leurs noms d'après les figures qui les indiquent. Le Prophète Ezéchiel dit : Et voici leurs traits : un homme et un lion à sa droite, un taureau et un aigle à sa gauche. Nous savons que ces quatre figures sont celles des Evangélistes, et voici leurs noms : Matthieu, Marc, Luc et Jean.

Après ce grave discours, un diacre, du haut de l'ambon, s'adressant aussi aux Catéchumènes, disait : 'T'ENEZ-vous en silence ; écoutez avec attention.

Puis, ouvrant l'Evangile de saint Matthieu, qu'il avait pris sur l'autel, il en lisait le commencement jusqu'au verset vingt-unième.

Cette lecture terminée, un prêtre prenait la parole en ces termes :

RÈs chers fils, nous ne voulons pas vous tenir plus longtemps en suspens ; nous vous exposerons donc la figure de chaque Évangéliste. Matthieu a la figure d'un Homme, parce que, au commencement de son livre, il raconte tout au long la généalogie du Sauveur. Voici, en efiFet, son début : Le livre de la généalogie

4-6 Le Caverne.

de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham. Vous voyez donc que ce n'est pas sans "raison que l'on a assigné à Matthieu la figure de l'Homme, puisqu'il commence par la naissance humaine du Sauveur.

Le diacre resté à l'ambon disait encore : ENEZ-vous en silence : écoutez avec attention.

Puis il lisait le commencement de l'Evangile de saint Marc, jusqu'au verset huitième. Après cette lecture, le prêtre reprenait la parole en ces termes :

T 'EvANGÉLlsTE Marc porte la figure du Lion, parce ■*-• qu'il commence par le désert, dans ces paroles : La voix qui crie dans le désert : Prépare^ la voie du Seii!neur ; ou encore, parce que le Sauveur règne invincible. Ce type du Lion est fréquent dans les Ecritures, afin de ne pas laisser sans application cette parole : Juda, mon fils, tu es le petit du Lion ; tu es sorti de ma race. Il s'est couché, il a dormi comme un Lion, et comme le petit de la lionne : gui osera le réveiller ?

Le diacre, ayant ensuite répété son avertissement, lisait le commencement de l'Evangile de saint Luc, jusqu'au verset dix-septième ; et le prêtre reprenant la parole disait :

I 'EvANGÉLlSTE Luc porte la figure du Taureau, pour

^ rappeler l'immolation de notre Sauveur. Cet Evangcliste commence par parler de Zacharie et d'Elisabeth, desquels naquit Jean-Baptiste, dans leur vieillesse.

Le diacre ayant annoncé avec la même solennité l'Evangile de saint Jean, dont il lisait les quatorze premiers versets, le prêtre reprenait en ces termes:

JEAN a la figure de l'Aigle, parce qu'il plane dans les hauteurs. C'est lui qui dit : Au commencement

Le Mercr. de la Quatr. Sem. de Carême. 42 y

était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ; il était dans le principe en Dieu. Et David, parlant de la personne du Christ, s'exprime ainsi : Ta jeunesse sera renouvelée comme celle Je l'Aigle : parce que Jésus-Christ notre Seigneur, ressuscité d'entre les morts, est monté jusqu'aux cieux. Ainsi, très chers frères, l'Eglise qui vous a conçus, qui vous porte encore en son sein, se félicite à la pensée du nouvel accroissement que va recevoir la loi chrétienne, lorsque, au jour vénérable de la Pàque, vous allez renaître dans l'eau baptismale, et recevoir du Christ notre Seigneur, comme tous les saints, le don d'une enfance fidèle.

La manifestation des quatre Evangélistes était suivie de la cérémonie qu'on appelait tradition du Symbole, par laquelle on proposait aux Catéchumènes le Symbole des x\pôtres, et dans les siècles suivants celui de Nicée. Un prêtre faisait d'abord entendre cette allocution :

ADMIS à recevoir le Sacrement de Baptême, et devant être l'objet d'une nouvelle création dans le Saint-Esprit, il vous faut en ce moment, très chers fils, concevoir dans votre cœur la foi qui doit vous justifier : il vous faut, par vos esprits changés désormais par l'habitude de la vérité, approcher de Dieu qui est l'illumination de vos âmes. Recevez donc le secret du Symbole évangélique inspiré par le Seigneur, institué par les Apôtres. Il est en peu de mots ; mais les mystères qu'il contient sont grands ; car l'EspritSaint, qui a dicté cette formule aux premiers maîtres de l'Église, y a formulé la foi qui nous sauve, avec une grande précision de paroles, afin que les vérités que vous devez croire et considérer toujours ne puissent ni se dérober à l'intelligence, ni fatiguer la mémoire. Soyez donc attentifs pour apprendre ce Symbole, et ce que nous vous donnons traditionnellement comme nous l'avons reçu, écrivez-le, non sur une matière corruptible, mais sur les pages de votre cœur. Or donc, la confession de la foi que vous avez reçue commence ainsi.

42 s Le Carême.

On faisait alors avancer un des Catéchumènes, et le prêtre demandait à l'acolyte qui l'avait amené :

EN quelle langue ceux-ci confessent-ils notre Seigneur Jésus-Christ ?

L'acolyte répondait :

En grec.

On sait qu'à Rome, sous les empereurs, l'usage du grec était, pour ainsi dire, aussi répandu que l'usage du latin. Le prêtre disait alors à l'acolyte : "

Annoncez-leur la foi qu'ils croient.

Et l'acolyte, tenant la main étendue sur la tête du Catéchumène, prononçait le Symbole en grec, sur un récitatif solennel. On faisait ensuite approcher une des femmes catéchumènes de la langue grecque ; l'acolyte répétait le Symbole de la même manière. Le prêtre disait alors :

TRÈS chers fils, vous avez entendu le Symbole en grec; écoutez-le maintenant en latin.

On amenait donc successivement deux Catéchumènes de la langue latine, homme et femme, et l'acolyte récitait deux fois devant eux, et à haute voix, de manière à ce que tous les autres pussent entendre, le Symbole en latin. La tradition du Symbole étant ainsi accomplie, le prêtre prononçait cette allocution :

TEL est l'abrégé de notre foi, très chers fils, et telles sont les paroles du Symbole, disposées non d'après les pensées de la sagesse humaine, mais selon

Le Mercr. de la Quatr. Sem. de Carême. 42g

la raison divine. Il n'est personne qui ne soit capable de les comprendre et de les retenir. C'est là qu'est exprimée la puissance une et égale de Dieu Père et Fils; là que nous est montré le Fils unique de Dieu, naissant, selon la chair, de la Vierge Marie par Topération de l'Esprit-Saint ; là que sont racontés son crucifiement, sa sépulture et sa résurrection le troisième jour ; là que Lpn confesse son ascension au-dessus des cieux, sa séance à la droite de la majesté du Père, son futur avènement pour juger les vivants et les morts; là qu'est annoncé le Saint-Esprit qui a la même divinité que le Père et le Fils; là enfin que sont enseignées la vocation de l'Eglise, la rémission des péchés et la résurrection de la chair. Vous quittez donc le vieil homme, mes très chers fils, pour être réformés selon le nouveau ; de charnels, vous commencez à devenir spirituels ; de terrestres, célestes. Croyez d'une foi ferme et constante que la résurrection qui s'est accomplie dans le Christ s'accomplira aussi en vous, et que ce prodige qui s'est opéré dans notre Chef se reproduira dans tous les membres de son corps. Le sacrement du Baptême que vous devez bientôt recevoir nous donne une expression visible de cette espérance. Il s'y manifeste comme une mort et comme une résurrection ; on y quitte l'homme ancien, et on y en prend un nouveau. Le pécheur entre dans l'eau, et il en sort justifié. Celui qui nous avait entraînés dans la mort est rejeté ; et l'on reçoit celui qui nous a ramenés à la vie. et qui, par sa grâce qu'il vous donnera, vous rendra enfants de Dieu, non par la chair, mais par la vertu du Saint-Esprit. Vous devez donc retenir dans vos cœurs cette courte formule, de manière à user en tout temps, comme d'un secours, de la Confession qu'elle contient. Le pouvoir de cette arme est invincible contre toutes les embûches de l'ennemi ; elle doit être familière aux vrais soldats du Christ. Que le diable, qui ne cesse jamais de tenter l'homme, vous trouve toujours armés de ce Symbole. Triompher de l'adversaire auquel vous venez de renoncer ; conservez, par le secours du Seigneur, jusqu'à la fin, incorruptible et immaculée la grâce qu'il se prépare à vous faire : afin que celui en qui vous allez recevoir la remis43o

sion des péchés vous procure la gloire de la résurrection. Ainsi donc, très chers fils, vous connaissez présentement le Symbole de la foi catholique ; apprenez-le avec soin, sans y changer un seul mot. La miséricorde de Dieu est puissante ; qu'elle vous conduise à la foi du Baptême à laquelle vous aspirez ; et nous-mêmes qui vous ouvrons aujourd'hui les mystères, qu'elle nous fasse parvenir avec vous au royaume»des cieux, par le même Jésus-Christ notre Seigneur, qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.

Après la tradition du Symbole, on donnait aux Catéchumènes l'Oraison Dominicale. Le diacre annonçait d'abord cette nouvelle faveur, et après qu'il avait recommandé le silence et l'attention, un prêtre adressait aux candidats cette nouvelle allocution :

OTRE Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, entre divers préceptes salutaires, au jour que ses disciples lui demandaient comment ils devaient prier, leur donna cette forme de prière que vous allez entendre, et dont on va vous révéler le sens dans sa plénitude. Que Votre Charité écoute donc maintenant en quelle manière le Sauveur a appris à ses disciples qu'il faut' prier le Dieu Père tout-puissant : Lorsque vous pricre'j, dit-il, eiitre^ dans votre chamhre, et ayant fermé la porte, pric^ votre Père. Ce qu'il entend par la chambre, ce n'est pas un appartement secret, mais l'intime de votre cœur qui n'est connu que de Dieu seul. Quand il dit que l'on doit adorer Dieu après avoir fermé la porte, il nous avertit que nous devons fermer notre cœur au.v pensées mauvaises avec la clef mystique, et, les lèvres fermées, parler à Dieu dans la pureté de notre âme. Ce que notre Dieu écoute, c'est la foi, et non le bruit des paroles. Que notre cœur soit donc fermé avec la clef de la foi aux embiiches de l'ennemi ; qu'il ne soit ouvert qu'à Dieu dont nous savons qu'il est le temple ; et le Seigneur habitant ainsi dans nos cœurs, il sera propice à nos prières. Le Verbe, la Sagesse de Dieu, le Christ notre Seigneur, nous a donc appris la prière que voici :

Le Mercr. de la Quatr. Sem. de Carême. 43 1

REMARQUEZ Cette parole de liberté et d'une pleine confiance. Vivez donc de manière à pouvoir être les fils de Dieu et les frères du Christ. Quelle n» serait pas la témérité de celui qui oserait appeler Dieu son père, et qui se montrerait dégénéré de lui en s'opposant à sa volonté ? Très chers fils, montrez-vous dignes de la divine adoption ; car il est écrit : Tous ceux qui ont cru en lui. il leur a donné le pouvoir d'être faits enfants de Dieu.

Ce n'est pas que Dieu, qui est toujours saint, ait besoin d'être sanctifié par nous ; nous demandons que son Nom soit sanctifié en nous : en sorte que nous qui sommes rendus saints dans son Baptême, nous persévérions dans le nouvel être que nous avons reçu.

Not e Dieu, dont le royaume est immortel, ne règnet-il donc pas toujours ? assurément ; mais quand nous disons • Que votre règne arrive, nous demandons l'avènement du royaume que Dieu nous a promis, et qui nous a été mérité par le sang et les souffrances du Christ.

C'est-à-dire : Votre volonté s'accomplisse, en sorte que ce que vous voulez dans le ciel, nous qui sommes sur la terre le fassions fidèlement.

Entendons ici la nourriture spirituelle ; car le Christ est notre pain, lui qui a dit : Je suis le Pain vivant descendu du ciel. Nous l'appelons quotidien, parce que nous devons constamment demander l'exemption du péché, afin d'être dignes de l'aliment céleste.

4-^'-^ Le Carême.

Ces paroles veulent dire que nous ne pouvons mériter le pardon des péchés, qu'en remettant d'abord aux autres ce qu'ils ont fait contre nous. C'est ainsi que le Seigneur dit dans l'Evangile : Si vous ne remette^ pas aux hommes leurs fautes contre vous, votre Père ne vous remettra pas non plus vos péchés.

C'est-à-dire, ne souffrez pas que nous y soyons induits par celui qui tente, par l'auteur du mal. L'Ecriture, en effet, nous dit : Dieu n'est pas celui qui nous tente pour le mal. C'est le diable qui nous tente ; et pour le vaincre, le Seigneur nous dit: Veille^ et prie:^, afin que vous n'entrie^ pas en tentation.

Ces paroles se rapportent à ce que dit l'Apôtre : Vous ne save^ pas ce qu'il vous convient de demander. Le Dieu unique et tout-puissant doit être supplié par nous, afin que les maux qui ne peuvent être évités par la fragilité humaine le soient cependant par nous, en vertu du secours que daignera nous accorder Jésus-Christ notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne en l'unité 'du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.

Après cette allocution, le diacre disait :

ENEZ-vous en ordre et en silence, et prêtez une oreille attentive.

Et le prêtre reprenait ainsi :

oi;s venez d'entendre, très chers fils, les mystères de l'Oraison Dominicale ; maintenant établissez-les dans vos cœurs, en allant et venant, afin que vous arriviez à devenir parfaits, pour demander et recevoir la miséricorde de Dieu. Le Seigneur notre Dieu est puissant, et vous qui êtes en marche vers la foi, il vous conduira au

Le Mercr. de la Quatr. Sem. de Carême. 433

bain de l'eau qui régénère. Qu'il daigne nous faire arriver avec vous au royaume céleste, nous qui venons de vous livrer les mystères de la foi catholique ; lui qui vit et règne avec Dieu le Père, en l'unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.

Après la lecture de l'Evangile dans lequel était racontée la guérison de l'aveugle-né, le diacre , selon l'usage, faisait sortir de l'église tous les Catéchumènes ; leurs parrains et marraines les conduisaient eux-mêmes dehors, et rentraient ensuite dans l'église pour assister au Sacrifice avec les autres fidèles. A l'Offrande, ils venaient présenter à l'autel les noms de leurs clients spirituels ; et le Pontife récitait ces noms, ainsi que ceux des parrains et marraines, dans les prières du Canon. Vers la fin de la Messe, on faisait rentrer les Catéchumènes, et on leur déclarait le jour où ils devraient se présenter à l'église, pour rendre compte du Symbole et des autres instructions qu'ils venaient de recevoir.

L'imposante cérémonie dont nous venons d'exposer quelques traits, n'avait pas lieu seulement aujourd'hui ; elle se répétait plusieurs fois, selon le nombre des Catéchumènes, et le plus ou moins de temps nécessaire pour recueillir, sur la conduite de chacun d'eux, les renseignements dont l'Eglise avait besoin pour juger de leur préparation au Baptême. Dans l'Eglise Romaine.on tenait, comme nous l'avons dit, jusqu'à sept scrutins ; mais le plus nombreux et le plus solennel était celui d'aujourd'hui; et ils se terminaient tous par la cérémonie que nous venons de décrire.

DEUS, qui et justis prœ- mia meritorum , et peccatoribusper jejunium veniam praebes : miserere supplicibus tuis ; ut reatus nostri confessio indulgentiam valeat percipere delictorum. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

ODiEU qui, par le moyen du jeûne, accordez aux justes la récompense de leurs mérites, et aux pécheurs le pardon de leurs crimes, ayez pitié de ceux qui vous supplient, aftn que, par la confession de nos offenses, nous méritions d'en obtenir la rémission. Par notre Seigneur Jésus-Christ. Amen.

Lectio Ezechielis Prophetas. Cap, xxxvi.

HJEC dicit Dominus Deus : Sanctificabo Nomen meum magnum, quod poUutum est inter gentes , quod polluistis in medio earum : ut sciant gentes quia ego Dominus , cum sanctificatus fuero in vobis coram eis. Tollam quippe vos de gentibus, et congregabo vos de universis terris, et adducam vos in terram vestram. Et effundam super vos aquam mundam, et mundabimini ab omnibus inquinamentis vestris, et ab universis idolis vestris mundabo vos. Et dabo vobis cor novum, et spiritum novum ponam in medio vestri : et auferam cor lapideum de carne vestra, et

Lecture du Prophète Ezéchiel. Chap. xxxvi.

VOICI ce que dit le Seigneur Dieu : Je sanctifierai mon grand Nom qui a été profané parmi les nations, et que vous avez déshonoré au milieu d'elles : afin que les nations sachent que je suis le Seigneur, lorsque l'aurai été sanctifié à leurs yeux, au milieu de vous. (2ar je vous retirerai d'entre les peuples, et je vous rassemblerai de tous les pays, et je vous amènerai dans la terre qui est à vous. Et je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés de toutes vos souillures, et je vous purifierai des impuretés de toutes vos idoles. Et je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai un esprit nouveau au milieu de yous. Et j'ôterai de votre chair le cœur de

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dabo vobis cor carneum. Et Spiritum meum ponam in medio vestri : et faciam ut in praeceptis meis ambuletis,et judicia mea custodiatis, et operemini. Et habitabitis in terra quam dedi patribus vestris : et eritis mihi in populum , et ego ero vobis in Deum: dicit Dominus omnipotens.

pierre, et je vous donnerai un cœur de chair, et je mettrai mon Esprit au milieu de vous, et je ferai que vous marcherez dans mes préceptes, que vous garderez mes commandements et que vous les pratiquerez. Et vous habiterez dans la terre que j'ai donnée à vos pères ; et vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu, dit le Seigneur toutpuissant.

CES magnifiques promesses qui s'accompliront un jour à l'égard de la nation juive, quand la justice du Seigneur sera satisfaite, se réalisent d'abord dans nos Catéchumènes. Ce sont eux que la grâce divine a rassemblés de tous les pays de la gentilité, pour les conduire à leur vraie patrie cjui est l'Eglise. Dans peu de jours, on répandra sur eux cette eau pure qui doit effacer la souillure de l'idolâtrie ; ils recevront un esprit nouveau, un cœur nouveau, et ils seront pour toujours le vrai peuple du Seigneur.

Lecture du Prophète Isaïe. Chap. I.

VOICI ce que dit le Seigneur Dieu : Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de devant mes yeux la malignité de vos pensées , cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, recherchez l'équité , assistez l'opprimé , faites justice à l'orphelin, défendez la

Lectio Isaiae Prophetae. Cap. I.

HJEC dicit Dominus Deus : Lavamini, mundi estote , auferte malum cogitationum vestrarum ab oculis meis : quiescite agere perverse, discite benefacere : quasrite judicium, subvenite oppresse, judiLe Carême.

cate pupille, defendite viduam. Et venite, et arguite me. dicit Dominus. Si fuerint peccata vestra ut coccinum, quasi nix dealbnbunlur : et si fuerint rubra quasi vermiculus, valut lana alba erunt. Si volueritis , et audieritis me, bona terrœ comedetis : dicit Dominus omnipoiens.

veuve, et après cela, venez et soutenez votre cause contre moi, dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme l'écarlate , ils deviendront blancs comme la neige ; et quand ils seraient rouges comme le vermillon, ils deviendront blancs comme la laine la plus blanche. Si vous voulez m'écouter, vous serez rassasiés des biens de la terre promise, dit le Seigneur toutpuissnnt.

C'est maintenant à ses Pénitents que l'E- glise adresse ce beau passage d'Isaïe. Pour eux aussi un bain est préparé : bain laborieux, mais efficace pour laver toutes les taches de leurs âmes, s'ils s'y présentent avec une contrition sincère, et disposés à réparer le mal qu'ils ont commis. Se peut-il rien de plus énergique que la promesse du Seigneur ? Les couleurs les plus foncées et les plus éclatantes remplacées en un instant par la pure blancheur de la neige, telle est l'image du changement que Dieu se prépare à opérer dans l'amc du pécheur repentant. L'injuste va devenir juste, les ténèbres vont se transformer en lumière, l'esclave de Satan va être fait enfant de Dieu. Réjouissons-nous avec notre heureuse m.ère la sainte Eglise, et, redoublant d'ardeur dans la prière et la pénitence, obtenons que le nombre des réconciliés, au grand jour de la Pâque, surpasse encore ses espérances,

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La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. ix.

EN ce temps-là, Jésus vit. en passant, un homme aveugle de naissance : et ses disciples lui firent cette question : Maître, en quoi celuici a-t-il péché, ou ses parents, pour qu'il soit né aveugle ? Jésus répondit : Ce n'est point qu'il ait péché, ni ses parents ; mais c'est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. Pendant qu'il est jour, il faut que je fasse les œuvres de celui qui m'a envoyé ; la nuit vient où personne ne peut travailler ; tandis que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. Ayant dit cela, il cracha à terre, et fit de la boue avec sa salive, et il enduisit de cette boue les yeux de l'aveugle, et il lui dit : \'a. et lave-toi dans la piscine de Siloé (qui signifie Envoyé). Il s'en alla donc, se lava, et revint voyant clair. Or. ses voisins et ceux qui l'avaient vu auparavant demander l'aumône, disaient : N'est-ce pas celuilà qui était assis là et qui mendiait ? Les uns disaient : C'est lui ; d'autres : Non ; c'en est un qui lui ressemble. Mais lui disait : C'est moiSequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. ix.

IN illo tempore : Prasteriens Jésus vidit hominem cjecum a nativitate : et interrogaverunt eum discipuli ejus : Rabbi, quis peccavit, hic, aut parentes ejus, ut caecus nasceretur ? Respondit Jésus : Neque hic peccavit, neque parentes ejus : sed ut manifestentur opéra Dei in illo. Me oportet operari opéra ejus. qui misit me, donec dies est : venit nox. quando nemo potest operari. Quamdiu sum in mundo. lux sum mundi. Haec cum dixisset, expuit in terram, et fecit lutum ex sputo, et linivit lutum super oculos ejus, et dixit ei : Vade, lava in natatoria Siloe (quod interpretatur Missus) . Abiit ergo. et lavit, et venit videns. Itaque vicini. et qui viderant eum prius, quia mendicus erat, dicebant : Nonne hic est. qui sedebat, et mendicabat ? Alii dicebant: Quia hic est ; alii autem : Nequaquam, sed similis est ei. 111e vero dicebat . Quia ego sum. Dicebant

ere[0 ei : Quomodo apcrti sunt tibi oculi ? Respondit : nie homo, qui dicitur Jésus, lutum fecit et unxit oculos meos, et dixit mihi : Vade ad natatoria Siloe, et lava. Et abii, lavi, et video. Et dixcrunt ei : Ubi est ille ? Ait : Nescio. Adducunt eum ad Pharisœos, qui caecus fuerat. Erat autem Sabbatum quando lutuni fecit Jésus, et aperuit oculos ejus. Iterum ergo interrogabant eum Pharisaei quomodo vidisset. Ille autem dixit eis : Lutum mihi posuit super oculos, et lavi, et video. Dicebant ergo ex Pharisa»is quidam : Non est hic homo a Deo, qui Sabbatum non custodit. Alii autem dicebant : Quomodo potest homo peccator haec signa facere ? Et schisma erat inter eos. Dicunt ergo caîco iterum : Tu quid dicis de illo, qui aperuit oculos tuos ? Ille autem dixit : Quia prophela est. Non crediderunt ergo Judœi de illo, quia cœcus fuisset et vidisset, donec vocaverunt parentes ejus, qui viderat : et interrogaverunt eos, dicentes : Hic est filius vester , quem vos dicitis quia caecus natus est ? Quomême. Ils lui disaient donc : Comment tes yeux se sontils ouverts ? Il répondit : Cet homme qu'on appelle Jésus a fait de la boue, en a enduit mes yeux, et m'a dit : Va à la piscine de Siloé, et lave-toi. J'y suis allé, je me suis lavé, et je vois. Et ils dirent : Où est-il ? Il répondit : Je ne sais. Ils amenèrent donc aux Pharisiens cet homme qui avait été aveugle. Or, c'était le jour du Saboat que Jésus avait fait cette boue, et lui avait ouvert les yeux. Les Pharisiens donc lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur dit : Il m'a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. Quelques-uns des Pharisiens disaient : Cet homme n'est pas de Dieu, qui ne garde pas le Sabbat. Mais d'autres disaient : Comment un pécheur peut-il faire ces signes ? Et il y avait division entre eux. Ils dirent donc encore à l'aveugle : Et toi, que dis-tu de celui qui t'a ouvert les yeux ? 11 répondit : C'est un Prophète. Mais les Juifs ne crurent pas que cet homme eût été aveugle et qu'il eîit reçu la vue, jusqu'à ce qu'ils eussent fait venir les parents de celui qui voyait. Et ils les interrogèrent, disant ; Est-ce là votre fils que vous dites être né aveugle ? Comment donc

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voit-il maintenant ? Ses parents répondirent : Nous savons que c'est là notre fils, et qu'il est né aveugle ; mais nous ne savons pas comment il voit maintenant, et nous ignorons qui lui a ouvert les yeux. Interrogez-le ; il a de l'âge : qu'il parle de luimême. Les parents dirent cela, parce qu'ils craignaient les Juifs ; car déjà les Juifs avaient résolu ensemble que quiconque confesserait que Jésus est le Christ serait chassé de la synagogue. Les parents de l'aveugle dirent donc : Il a assez d'âge ; interrogez-le lui-même. Les Juifs appelèrent de nouveau l'homme qui avait été aveugle, et lui dirent : Rends gloire à Dieu. Nous savons que cet homme est un pécheur. Il leur dit : S'il est un pécheur, je n'en sais rien ; tout ce que je sais, c'est que j'étais aveugle, et qu'à présent je vois. Ils lui dirent encore : Que t'a-t-il fait ? et comment t'a-t-il ouvert les yeux ? Il leur répondit : Je vous l'ai déjà dit, et vous l'avez entendu ; pourquoi voulez-vous l'entendre encore ; vous aussi , voulezvous devenir ses disciples ? Alors ils le maudirent et lui dirent : Sois toi-même son disciple; nous, nous sommes disciples de Moïse. Nous savons que Dieu a

modo ergo nunc videt ? Responderunt eis parentes ejus , et dixerunt : Scimus quia hic estfilius noster, et quia caecus natus est : quomodo autem nunc videat, nescimus ; aut quis ejus aperuit oculos . nescimus : ipsum interrogate : aetatem habet ; ipse de se loquatur. Hœc dixerunt parentes ejus, quoniam timebant Judaeos : jam enim conspiraverant Judcei, ut si quis eum confitereîur esse Christum, extra synagogam fieret : propterea parentes ejus dixerunt : Quia aetatem habet, ipsum interrogate. Vocaverunt ergo rursum hominem , qui fuerat caecus, et dixerunt ei : Da gloriam Deo. Nos scimus quia hic homo peccator est. Dixit ergo eis ille : Si peccator est, nescio : unum scio. quia cœcus cum essem, modo video. Dixerunt ergo illi : Quid fecit tibi ? quomodo aperuit tibi oculos ? Respondit eis : Dixi vobis jam, et audistis : quid iterum vultis audire ? Numquid et vos vultis discipuli ejus fieri ? Maledixerunt ergo ei , et dixerunt : Tu discipulus illius sis : nos autem Moysi discipuli suLe Carême.

mus. Nos scimus quia Moysi locutus est Deus : hune autcm nescimus unde sit. Rcspondit ille homo, et dixit eis : In hoc enim mirabile est, quia vos ncscitis unde sit, et aperuit meos oculos : scimus autem quia peccatores Deus non audit : sed si quis Dei cultor est, et voluntatem ejus facit, hune exaudit. A saculo non est auditum, quia quis aperuit oculos cœci nati. Nisi esset hic a Deo, non poterat facere quidquam. Responderunt, et dixcrunt ei : In peccatis natus es totus, et tu doces nos ? et ejecerunt eum foras. Audivit Jésus quia ejecerunt eum foras ; et eum invenisset eum, dixit ei : Tu credis in Filium Dei ? Respondit ille, et dixit : Quis est, Domine, ut credam in eum ? Et dixit ei Jésus : Et vidisti eum : et qui loquitur teeum, ipse est. At ille ait : Credo, Domine. Et procidcns adoravit eum.

parlé à Moïse ; mais celui-ci, nous ne savons d'où il est. Cet homme leur répondit • Cela est surprenant que vous ne sachiez d'où il est ; et cependant il m'a ouvert les yeux. Nous savons que Dieu n'écoute point les pécheurs ; mais si quelqu'un honore Dieu et fait sa volonté, il l'exauce. Jamais on n'a ouï dire que personne ait ouvert les yeux d'un aveugle-né. Si cet homme n'était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire de semblable. Ils lui répondirent : Tu n'es que péchc dès le ventre de ta mère, et tu nous enseignes ? Et ils le chassèrent. Jésus, ayant appris qu'ils l'avaient ainsi chassé, et l'ayant rencontré, lui dit : Crois-tu au Fils de Dieu ? Il répondit . Qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ? Jésus lui dit : Tu l'as vu : et celui qui te parle, c'est lui-même. Il répondit : Je crois, Seigneur. Et, se prosternant, il l'adora.

[ 'Eglise des premiers siècles désignait le *-* Baptême sous le nom d'Illumination, parce que c'est ce Sacrement qui confère à l'homme la foi surnaturelle par laquelle il est éclairé de la lumière divine. C'est pour

Le Mercr. de la Qiiatr. Sem. de Carême. 44 1

cette raison qu'on lisait aujourd'hui le récit de la guérison de l'aveugle-né, symbole de l'homme illuminé par Jésus-Christ. Ce sujet est souvent reproduit sur les peintures murales des catacombes et sur les bas-reliefs des anciens sarcophages chrétiens.

Nous naissons tous aveugles ; Jésus-Christ, par le mystère de son incarnation figuré sous cette boue qui représente notre chair, nous a mérité le don de la vue ; mais pour en jouir, il nous faut aller à la piscine du divin Envoyé, et nous laver dans l'eau baptismale. Alors nous serons éclairés de la lumière même de Dieu, et les ténèbres de notre raison seront dissipées. La docilité de l'aveuglené, qui accomplit avec tant de simplicité les ordres du Sauveur, est l'image de celle de nos Catéchumènes qui écoutent si docilement les enseignements de l'Eglise, parce que eux aussi" veulent recouvrer la vue. L'aveugle de l'Evangile, dans lu guérison corporelle de ses yeux, nous donne la figure de ce que la gràcé de Jésus-Christ opère en nous par le Baptême ; mais, afin que l'instruction soit complète, il reparaît à la fin du récit pour nous fournir un modèle de la guérison spirituelle de l'àme frappée de l'aveuglement du péché.

Le Sauveur l'interroge . comme l'Eglise nous a interrogés nous-mêmes sur le bord de la piscine sacrée. 0 Crois-tu au FiJs de « Dieu .•' » lui demande-t-il. Et l'aveugle , rempli d'ardeur pour croire, répond avec empressement : .< Qui est-il. Seigneur, afin <L que je croie en lui ? » Telle est la foi, qui unit la faible raison de l'homme à la souve4-^2 Le Carême.

raine sagesse de Dieu, et nous met en possession (^e son éternelle vérité. A peine Jésus a-t-il affirmé sa divinité à cet homme simple, qu'il reçoit de lui l'hommage de l'adoration ; et celui qui d'abord avait été aveugle dans son corps, et qui ensuite avait reçu la vue matérieHe, est maintenant chrétien. Quel enseignement complet et lucide pour nos Catécliumènes ! En même temps, ce récit leur révélait et nous rappelle à nousmêmes l'affreuse perversité des ennemis de Jésus. Il sera bientôt mis à mort, le juste par excellence ; et c'est par l'effusion de son sang qu'il nous méritera, et à tous les hommes, la guérison de l'aveuglement dans lequel nous sommes nés, et que nos péchés personnels contribuaient encore a épaissir. Gloire donc, amour et reconnaissance à notre divin médecin qui, en s'unissant à la nature humaine, a préparé le collyre par lequel nos yeux sont guéris de leur infirmité, et rendus capables de contempler à jamais les splendeurs de la divinité même !

HUMILIATE capita vcs- 1 TJUMILIEZ vos têtes devant tra Deo. il Dieu.

c

V.TEANT aures misericordiae tua-, Domine, precibus supplicantium : et ut petentibus desiderata concédas , fac eos quae tibi sunt placita postulare. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

QUE les oreilles de votre miséricorde , Seigneur, soient ouvertes aux prières de ceux qui l'implorent ; et afin que vous leur accordiez ce qu'ils désirent, faites qu'ils vous demandent ce qui vous est agréable. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Le Mercr. de la Quatr. Sem. de Carême. 443

La Liturgie Mozarabe nous fournit, dans son Missel, cette belle Préface, ou Illation, qui se rapporte à l'Evangile d'aujourd'hui.

QDomimca 11 Quadragesimœ.)

IL est juste et équitable que nous vous rendions grâces. Seigneur saint. Père éternel, Dieu tout-puissant, par JésusChrist votre Fils, notre Seigneur, qui. répandant l'illumination de la foi, a chassé les ténèbres de ce monde, et a fait enfants de la grâce ceux qui étaient captifs sous la juste condamnation de la loi. Il est venu en ce monde pour exercer un jugement selon lequel ceux qui ne voyaient pas seraient appelés avoir, et ceux qui voyaient deviendraient aveugles : en sorte que ceux qui confesseraient les ténèbres de leurs erreurs recevraient la lumière éternelle qui les délivrerait des ombres du péché. Quant à ceux qui, fiers de leurs mérites, pensaient avoir en eux-mêmes la lumière de justice, ils devaient, par une juste raison, s'abîmer dans leurs propres ténèbres. Enflés d'orgueil et pleins de confiance en leur propre justice, ils ne songèrent pas à chercher le médecin qui pouvait les guérir. Ils étaient libres d'entrer par Jésus qui disait :

IGNU.M et justum est nos tibi gratias agere : Domine sancte, Pater aeterne . omnipotens Deus. per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum. Qui illuminatione suje fîdei tenebras mundi expulit : et fecit filios esse gratis, qui tenebantur sub legis justa damnatione. Qui ita in judicium inhoc mundo venit : ut non videntes vidèrent : et videntes caîci essent : qualiter et hi qui in se tenebras confiterentur errorum, perciperent lumen asternum , per quod carerent tenebris delictorum. Et hi qui de meritis suis arrogantes lumen in semetipsos habere justitiae existimabant, in semetipsis mérite tenebrescerent ; qui elevati superbia sua et de justitia confisi propria : ad sanandum medicum non quaerebant. Per Jesum enim , qui ostium esse dixit ad Patrem, poterant introire. Sed qui de meritis elevati

sunt improbe , in sua remanserunt nihilominus cœcitate. Proinde hamiles nos venientes : nec de meritis nostris praesuraentes , aperimiis ante altare tuum, sanctissime Pater, vulnus proprium : tenebras nostrorum fatemur errorum : conscientiae nostraj aperimiis arcanum. Inveniamus , qua^sumus , in vulnere medicinam , in tenebris lucem aeternam : innocentiae puritatem in conscientia. Cernere etenim totis nisibus volumus faciem tuam : sed impedimur caecati tenebra consueta. Coelos aspicere cupimus: nec valemus : dum caecati tenebris peccatorum : nec hos pro sancta vita attendimus : qui propter exceilentiam vita? cœli Domine nuncupati sunt. Occurre igitur, Jesu , nobis in templo tuo orantibus : et cura omnes in hac die, qui in virtutibus facientes noluisti Sabbatum custodire. Ecce ante gloriam Nominis tuiaperimusvulnera nostra : tu appone nostris infirmitatibus medicinam. Succurre nobis ut promisisti precantibus : qui ex nihilo fecisti quod sumus. F'ac

Je suis la porte pour aller au Père ; mais parce que dans leur malice ils s'enorgueillissaient de leurs mérites, ils demeurèrent dans leur aveuglement. Nous venons donc dans l'humilité, ô Père très saint ! Ce n'est point en présumant de nos mérites que nous découvrons nos plaies devant votre autel ; nous confessons les ténèbres de nos erreurs , nous dévoilons le secret de nos consciences. Faites-nous trouver le remède à nos blessures, la lumière éternelle pour éclairer nos ténèbres, l'innocence pour purifier nos âmes. Nous désirons avec ardeur contempler votre face ; mais nos ténèbres ordinaires nous tiennent aveuglés. • Nous voudrions voir le ciel, et nous ne le pouvons, ayant les yeux obscurcis par nos péchés ; nous n'avons point imité dans leur vie sainte ceux qui, à cause de leurs vertus, ont été appelés lesCieux. Venez donc à nous, ô Jésus 1 à nous qui prions dans votre temple, et guérissez -nous tous en ce jour, vous qui n'avez pas voulu astreindre au Sabbat ceux qui opèrent vos merveilles. Nous découvrons nos blessures devant la majesté de votre saint Nom ; appliquez le remède à nos infirmités. Secourez vos suppliants, vous qui de rien nous avez créés. Faites un

Le Merci- . de la Qjtatr. Sem. de Carême. 445

collyre, et touchez les yeux de notre cœur et de notre corps, de peur que notre aveuglement ne nous fasse retomber dans les ténèbres de l'erreur. Nous arrosons vos pieds de nos larmes ; ne repoussez point nos abaissements. O bon Jésus ! que nous ne quittions point vos pieds sacrés, vous qui êtes venu sur la terre dans l'humilité. Ecoutez la prière de nous tous, et, dissipant l'aveuglement de nos crimes, faites-nous voir la gloire de votre face dans l'heureux séjour de l'éternelle paix.

collyrium et tange oculos nostri cordis et corporis : ne caecique labamur in tenebrarum erroribus consuetis. Ecce pedes tuos rigamus fletibus : non nos abjicias humiliatos. O Jesu bonel a vestigiis tuis non recedamus : qui humilis venisti in terris. Audi jam nostrorum omnium precem : et evellens nostrorum criminumcaecitatem: videamus gloriam faciei tuae in pacis ^eternae beatitudine.

A Station est à l'Eglise de Saint-Sylvestre-et-Saint-Martin aux Monts, l'une des plus vénérées de la piété romaine. Elçvée d'abord par le pape saint Sylvestre, dont elle a retenu le nom et le patronage, elle était consacrée, dès le VI* siècle, au grand thaumaturge des Gaules, saint Martin. Au vu® siècle on y apporta de la Ghersonèse le corps du saint pape Martin, qui avait mérité la couronne du martyre peu d'années auparavant. Cette Eglise a été le premier titre cardinalice de saint Gharles Borromée, et, au siècle dernier, celui du Bienheureux cardinal Joseph-Marie Tommasi, savant liturgistc, dont on y vénère aussi le corps, conservé jusqu'à nos jours sans corruption.

PRiESTA.qusEsumus omnipotens Dcus, ut quos jejunia votiva castigant, ipsa quoque devotio sancta lœtificet : ut, terrenis affectibus mitigatis, facilius coelestia capiamus. Per Christum Dominum nostrum. Amen

FAITES, s'il vous plaît, ô Dieu tout-puissant, que, mortifiant nos corps par ces jeûnes solennels, nous ressentions la joie d'une dévotion sainte, et que l'ardeur de nos appétits terrestres étant mitigée, nous goûtions plus aisément les choses du ciel. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Le Jeudi de la Qiiatr. Sem. de Carême. 44 j

Lecture du livre des Rois.

EN ces jours-là, il vint une femme de Sunam vers le prophète Elisée, sur la montagne du Carmel. Et l'homme de Dieu, l'ayant aperçue de loin, dit à Gie'zi son serv'iteur : Voici cette Sunamite. Va donc au-devant d'elle, et dislui : Tout va-t-il bien chez toi ? Ton mari et ton fils se portent-ils bien ? Elle lui répondit : Tout est bien. Et étant venue jusqu'à Ihomme de Dieu, sur la montagne, elle embrassa ses pieds, et Giézi s'approcha d'elle pour la retirer. Mais l'homme de Dieu lui dit : Laisse-la ; car son âme est dans 1 amertume ; et le Seigneur me l'a caché, et il ne me l'a pas fait connaître. La femme lui dit alors : Avais-je demandé un fils à mon seigneur? Xe vous avais-je pas dit : Xe me trompez pas? Et Elisée dit à Giézi : Ceins tes reins, prends mon bâton à la main, et pars. Si tu rencontres quelqu'un, ne le salue pas: et si quelqu'un te salue, ne lui réponds pas; et tu mettras mon bâton sur le visage de l'enfant. Mais la mère de l'enfant dit au prophète: Vive le Seigneur et vive votre âme ! je ne vous quitterai pas. Elisée se leva donc et la suivit. Cependant

Lectio libri Regum. IV. Cap. IV.

IN diebus illis : Venit mulier Sunamitis ad Eliseum in montem Carmeli : cumque vidisset eam vir Dei e contra, ait ad Giezi puerum suum : Ecce Sunamitis illa. \ade ergo in occursum ejus, et die ei : Rectene agitur circa te, et circa virum tuum, et circa filium tuum ? Quas respondit : Recte. Cumque venisset ad virum Dei in montem , apprehendic pedes ejus : et accessit Giezi ut amoveret eam. Et ait homo Dei : Dimitte illam : anima enim ejus in amaritudine est, et Dominus celavit a me, et non indicavit mihi. Quae dixit illi : Xumquid petivi filium a domino meo ? X'umquid non dixi tibi : Xe illudas me ? Et ille ait ad Giezi : Accinge lumbos tuos, et toile baculum meum in manu tua. et vade. Si occurrerit tibi homo. non salutes eum : et si salutaverit te quispiam, non respondeas illi : et pones baculum meum super faciem pueri. Porro mater pueri ait : Vivit Dominus, et vivit anima

tua. non dimittam te. Surrexit crgo, et secutus est eam. Giezi autem praecesserat ante cos, et posuerat baculum super facicm pueii, et non erat vox, neque sensus : reversusque est in occursum ejus, et nuntiavit ci dicens : Non surrexit puer. Jngressus est ergo Eliseus domum, et ecce

Î)uer mortuus jaccbat in ectulo ejus : ingressusque clausit ostium super se. et super puerum : et oravit ad Dominum. Et ascendit, et incubuit super puerum : posuitque os suum super os ejus, et oculos suos super oculos ejus, et manus suas super manus ejus : et incurvavit se super eum : et calefacta est caro pueri. At ille reversus, deambulavit in domo, semcl hue atque illuc : et ascendit, et incubuit super eum : et oscitavit puer septies, aperuitque oculos. At ille vocavit Giezi, et dixit ci : Voca Sunamitjdem hanc. Quœ vocata, fngressa est ad eum. Qui ait : Toile filium tuum. Venit illa, et corruit ad pedes ejus, et adoravit super terrara : tulitque filium suum, et egressa est, et Eliseus reversus est in Galgala.

Giezi élait parti devant eux, et il avait nus le bâton sur le visage de l'enfant; et ni la voix ni le sentiment ne lui étaient revenus. 11 retourna donc au-devant de son maître, et vint lui dire : L'enfant n'est pas ressuscité. Elisée entra ensuite dans la maison ; et l'enfant mort était couché sur son lit. lit étant entré, il ferma la porte sur lui et sur l'enfant, et il pria le Seigneur. Après cela, il monta sur le lit et s'étendit sur l'enfant ; il mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, et ses mains sur ses mains; et il couvrit le corps de l'enfant. Et la chair de l'enfant en fut échauffée. Et étant descendu de dessus le lit, il se promena et fit deux tours dans la chambre; puis il remonta et s'étendit encore sur l'enfant. Alors l'enfant bâilla sept fois et ouvrit les yeux. Elisée appela ensuite Giézi, et lui dit : Appelle cette Sunamite. Elle vint aussitôt et entra dans la chambre. Elisée lui dit : Emmène ton fils. Elle vint, se précipita à ses pieds, et l'adora le visage contre terre ; et, ayant pris son fils, elle s'en alla; et Elisée retourna à Galgala.

Le Jeudi de la Quatr. Sem. de Carême. 44g

TOUTES les merveilles du plan divin pour le salut de l'homme sont réunies dans cette mystérieuse narration ; empressons-nous de les y découvrir, afin cque nous n'ayons rien à envier à nos Catéchumènes. Cet enfant mort, c'est le genre humain que le péché a privé de la vie ; mais Dieu a résolu de le ressusciter. D'abord un serviteur est envoyé près du cadavre ; ce serviteur est Moïse. Sa mission est de Dieu ; mais, par elle-même, la loi qu'il apporte ne donne pas la vie. Cette loi est figurée par le bâton que Giézi tient à la main, et dont il essaie en vain le contact sur le corps de l'enfant. La Loi n'est que rigueur : elle établit un régime de crainte, à cause de la dureté du cœur d'Israël ; mais elle triomphe à peine de cette dureté ; et les justes dans Israël, pour être vraiment justes, doivent aspirer à quelque chose de plus parfait et de plus filial que la loi du Sinaï. Le Médiateur, qui doit tout adoucir en apportant du ciel l'élément de la charité, n'est pas venu encore ; il est promis, il est figuré ; mais il ne s'est pas fait chair, il n'a pas encore habité parmi nous. Le mort n'est pas ressuscité. Il faut que le Fils de Dieu descende lui-même.

Elisée est la figure de ce divin Rédempteur. Voyez comme il se rapetisse à la mesure du corps de l'enfant, comme il s'unit étroitement à tous ses membres dans le mystérieux silence de cette chambre fermée, t'est ainsi que le Verbe du Père, voilant sa splendeur au sein d'une vierge, s'y est uni à notre nature, et, « prenant la forme de l'esclave, s'est anéanti jusqu'à devenir semblable à

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l'homme i », « afin de nous rendre la vie, et une vie plus abondante encore ~ )) que celle

âue nous avions eue au commencement, ibservez aussi ce qui se passe dans l'enfant, et quelles sont les marques de la résurrection qui s'opère en lui. èept fois sa poitrine se dilate, et il aspire, afin de marquer par ce mouvement que l'Esprit aux sept dons reprendra possession de l'âme humaine qui doit être son temple. 11 ouvre les yeux, pour signifier la fin de cet aveuglement qui est le caractère de la mort ; car les morts ne jouissent plus de la lumière, et les ténèbres du tombeau sont leur partage. Enfin considérez cette femme, cette mère : c'est la figure de l'Eglise qui implore de notre divin Elisée la résurrection de ses chers Catéchumènes, de tous les infidèles qui sont encore sous les ombres de la mort 3 ; unissons-nous à sa prière, et efforçons-nous d'obtenir que la lumière de l'Evangile s'étende de plus en plus, et que les obstacles qu'apporte à sa propagation la perfidie de Satan, joinve à la malice des hommes, disparaissent sans retour.

Scquentia sancti Evaneelii secundum Lucam. Cap. vu.

IN illo tempore : Ibat Jésus in civitatem quae vocalur Naim : et ibant cum eo discipuli ejus, et turba copiosa. Cum auLa suite du saint Evangile selon saint Luc Chap. vu.

EN ce temps-là, Jésus alla dans une ville appelée Naïm ; et ses disciples allaient avec lui, et une foule nombreuse. Comme il approchait

I. Philip, n, 7. — a. JoHAN. X, 10. — 3. Isai. ix, 2.

Le Jeudi de la Qiiatr. Sem. de Carême. 45 1

de la porte de la ville, voilà qu'on emportait un mort, fils unique de sa mère ; et celleci était veuve, et beaucoup de personnes de la ville l'accompagnaient. Le Seigneur l'ayant vue, il fut touché de compassion pour elle, et lui dit : Ne pleure pas. Et il s'approcha, et toucha le cercueil : ceux qui le portaient s'arrêtèrent. Et il dit : Jeune homme, je te le commande, lève-toi. Et le mort se leva, et commença de parler ; et Jésus le rendit à sa mère. Tous furent saisis de crainte, et ils glorifiaient Dieu, disant : Un grand Prophète s'est levé parmi nous, et Dieu a visité son peuple.

tem appropinquaret porta civitatis, ecce defunctus efferebatur , filius unicus matris suae : et hsec vidua erat : et turba civitatis multa cum illa. Quam cum vidisset Dominus, misericordia motus super eam, dixit illi : Noli flere. Et accessit, et tetigit loculum (hi autem qui portabant steterunt>. Et ait : Adolescens. tibi dico, surge. Et resedit qui erat mortuus, et cœpit loqui. Et dédit illum matri suae. Accepit autem omnes timor : et magnificabant Deum, dicentes : Quia Propheta magnus surrexit in nobis : et quia Deus visitavit plebem suam.

Aujourd'hui et demain encore, la sainte Eglise ne cesse de nous offrir des types de la résurrection : c'est l'annonce de la'Pàque prochaine, et en même temps un encouragement à l'espérance pour tous les morts spirituels qui demandent à revivre. Avant d'entrer dans les deux semaines consacrées aux douleurs du Christ, l'Eglise rassure ses enfants sur le pardon quilles attend, en leur offrant le spectacle consolant des miséricordes de celui dont le sang est notre réconciliation. Délivrés de toutes nos craintes, nous serons plus à nous-mêmes pour contempler le sacrifice de notre auguste victime, pour compatir à ses douleurs. Ouvrons donc les

452 Le Carême.

yeux de l'àme, et considérons la merveille (jue nous offre notre Evangile. Une mère eplorce conduit le deuil de son fils unique, et sa douleur est inconsolable. Jésus est touché de compassion ; il arrête le convoi ; sa main divine touche le cercueil ; et sa voix rappelle à la vie le jeune homme dont le trépas avait causé tant de larmes. L'écrivain sacré insiste pour nous dire que Jésus le rendit à sa mère. Quelle est cette mère désolée, sinon la sainte Eglise qui mène le deuil d'un si grand nombre de ses enfants? Jésus s'apprête à la consoler. Il va bientôt, par le mmistère de ses prêtres, étendre la main sur tous ces morts ; il va bientôt prononcer sur eux la parole qui ressuscite; et l'Eglise recevra dans ses bras maternels tous ces fils dont elle pleurait la perte, et qui seront pleins de vie et d'allégresse!

Considérons le mystère des trois résurrections opérées par le Sauveur : celle de la fille du prince de la synagogue ^ celle du jeune homme d'aujourd'hui, et celle de Lazare, à laquelle nous assisterons demain. La jeune fille ne fait que d'expirer; elle n'est pas ensevelie encore : c'est l'image du pécheur qui vient de succomber, mais qui n'a pas contracté encore l'habitude et l'insensibilité du mal. Le jeune homme représente le pécheur qui n'a voulu faire aucun effort pour se relever, et chez lequel la volonté a perdu son énergie : on le conduit au sépulcre ; et, sans la rencontre du Sauveur, il allait être

I. L'Eglise nous présente ce récit dans l'Evangile du xxni" Dimanche après la Pentecôte.

Le Jeudi de la Quatr. Sem. de Carême. 453

rangé parmi ceux qui sont morts à jamais. Lazare est un symbole plus effrayant encore. Déjà il est en proie à la corruption. Une pierre roulée sur le tombeau condamne le cadavre à une lente et irrémédiable dissolution. Pourra-t-il revivre ? Il revivra si Jésus daigne exercer sur lui son divin pouvoir. Or, en ces jours où nous sommes, l'Eglise prie, elle jeûne ; nous prions, nous jeûnons avec elle, atin que ces trois sortes de morts entendent la voix du Fils de Dieu, et qu'ils ressuscitent. Le mystère de la Résurrection de Jésus-Christ va" produire son merveilleux effet à ces trois degrés. Associons-nous aux desseins de la divme miséricorde ; faisons instance, jour et nuit, auprès duRédempteur, afin que, dans quelques jours, nous puissions, à la vue de tant de morts rendus à la vie, nous écrier avec les habitants de Naïm : « Un grand Prophète s'est levé parmi nous, « et Dieu a visité son peuple. »

HUMILIEZ VOS tètes devant 1 TT UMILIATE capita vas Dieu. O tra Dec.

ODlEU ! instituteur et conducteui de votre peuple, éloignez de lui les péchés qui l'assaillent : afin que, vous étant toujours agréable, il soit en assurance sous votre protection. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

POPULi tui, Deus, institutoret rector, peccata quibus impugnatur expelle : ut semper tibi placitus, et tuo munimine sit securus. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

Nous plaçons ici ce beau cantique de l'E- glise gothique d'Espagne, aux premiers sièLe Carême.

clés. Il s'adresse aux Catéchumènes admis au Baptême ; mais plus d'un de ses traits peut s appliquer aux pécheurs qui vont être réconcilies.

[Breviar. gothicum. Sabbato Hebdomadce V in Quadragesima.)

\7 OCARis ad vitam, sacrum Dei genus,

Creator adsciscens, amat quae condidit ;

Redemptor attrahit benigno spiritu ;

Venite, dicit, vester umis sum Deus.

Prorsus relicto claritatis lumine, Ingens chaos vos pessime

concluserat : Locus beatitudinis jam

non erat; Cruenta terra qua re

mors intraverat.

En , mitis adveni,

creans et recreans

Deus : Potens, infirmitatis particeps vestrœ Valcnter vos feram, concurritc ; Ut jam receptet vos ovile

gaudii.

Signo crucis frons praenotetur indito : Aures, et os perfusa signet unctio :

ov;:'

ppelle à la vie, peusaint de Dieu; le Créateur t'invite; il aime l'œuvre de ses mains. Le Rédempteur dans sa bénignité attire les hommes; il leur dit : Venez, je suis votre Dieu unique.

Vous aviez fui l'éclat de la lumière ; un immense chaos vous environnait; le séjour du bonheur n'était plus pour vous; la mort sanglante avait fait son entrée sur la terre.

Moi, le Dieu qui crée et qui ressuscite, je suis arrivé plein de douceur ; je viens participer à votre infirmité ; dans ma puissance je vous porter-^I sans effort; accourez à moi ; le bercail joyeux est prêt à vous recevoir.

Le front va être marqué du signe de la croix; les oreilles et la bouche seront consacrées par l'onction; prêtez

Le Jeudi de la Qiiatr. Sem. de Carême. 455

l'oreille du cœur à l'enseignement ; chantez avec ardeur le Symbole comme un cantique vivifiant.

Réjouissez-vous de votre nom nouveau ; vous êtes appelés à recueillir un nouvel héritage ; nul de vous ne sera désormais l'esclave soumis à son ennemi ; vous serez le royaume permanent du seul Dieu.

Honneur au Dieu éternel ; gloire au Père unique, au Fils unique aussi et à l'Esprit : Trinité qui vit, à jamais puissante, dans les siècles des siècles. Amen.

Praebete dictis cordis aurem : vividum Confessionis personate

canticum.

Omnes novo estote

lœti nomine : Omnes novae sortis fovet

hasreditas : NuUus manebit servus

hosti subditus : Eritis unius Dei regnum

manens.

Honor sit aerterno Deo, sit gloria Uni Patri, ejusque soli

Filio, Cum Spiritu ; quas Trinitas perenniter Vivit potens in saeculorum saecula. Amen.

A Station est à l'Eglise de saint Eusèbe, prêtre de Rome, qui souffrit pour la foi dans la persécution des Ariens, sous l'empereur Constance.

r^ EUS, qui ineffabilibus *^ mundum rénovas sacranientis : pra?sta, quaesunius, ut Ecclesia tua et aeternis proficiat institutis, et temporalibus non destituatur auxiliis. Par Christum Dominum nostrum. Amen.

Lectio libri Regum. III.

IN dicbus illis : ^Egrotavit filius mulieris matris familias, et erat languor fortissimus, ita ut non remaneret in co halitus. Dixit ergo ad Eliam : Quid mihi et tibi, vir Dei ? Ingressus es ad me, ut rememorarentur iniquitates meae,

ODiEU, qui renouvelez le monde par d'ineffables mystères, daignez faire que votre Eglise se développe par les moyens éternels que vous lui avez conférés, et qu'elle ne soit point dépourvue de votre secours dans SCS besoins temporels. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Lecture du livre des Rois.

III. Chap. xvii.

EN ces jours-là, le fils d'une mère de famille tomba malade, et la maladie était si violente qu'il en fut suffoqué. Cette femme dit donc à Elie : Qu'y a-t-il entre vous et moi, homme de Dieu ? Etes-vous venu chez moi pour renouveler la mémoire de mes péchés, et pour

Le Vendr. de la Qiiatr. Seni. de Carême. 45y

faire mourir mon fils ? Et Elie lui dit : Donne-moi ton fils. Et, ray|int pris entre ses bras, il le porta dans la chambre où il logeait, et il le mit sur son lit. Et il cria vers le Seigneur et lui dit : Seigneur mon Dieu, avezvous ainsi affligé cette veuve, jusqu'à faire mourir son fils, elle qui a soin de me nourrir comme elle peut ? Et il s'étendit sur l'enfant par trois fois, se mesurant sur lui, et il cria vers le Seigneur et dit : Seigneur mon Dieu, faites, je vous prie, que l'âme de cet enfant rentre dans son corps. Et le Seigneur exauça la voix d'Elie, et l'àme de l'enfant rentra en lui, et il recommença à vivre. Elie prit l'enfant, et, le descendant de sa chambre au bas de la maison, il le remit entre les mains de sa mère, et lui dit : Voici ton fils qui est vivant. El la femme dit à Elie : Je reconnais maintenant que vous êtes un homme de Dieu, et que la parole du Seigneur est véritable dans votre bouche.

et interficeres fi 1 i u m meum ? Et ait ad eam Elias : Da mihi filium tuum. Tulitque eum de sinu ejus, et portavit in cœnaculum ubi ipse manebat, et posuit super lectulum suum. Et clamavit ad Dominum, et dixit : Domine Deus meus, etiamne viduam, apud quam ego utcumque sustentor, afflixisti, ut interficeres filium ejus ? Et expandit se, atque mensus est super puerum tribus vicibus, et clamavit ad Dominum, et ait : Domine Deus meus, revertatur, obsecro, anima pueri hujus in viscera ejus. Et exaudivit Dominus vocem Eiiae . et reversa est anima pueri intra eum, et revixit. Tulitque Elias puerum, et deposuit eum de cœ- naculo in inferiorem domum, et tradidit matri su3e, et ait illi : En vivit filius tuus. Dixitque mulier ad Eliam : Nunc in isto cognovi, quoniam vir Dei es tu, et verbum Domini in ore tuo verum est.

C'est encore une mère aujourd'hui qui vient, en pleurs, solliciter la résurrection de son fils. Cette mère est la veuve de Sarepta, que nous connaissons déjà comme la

4-^ s Le Carême.

figure de l'Eglise des Gentils. Elle a péché autrefois, elle a été idolâtre, et le souvenir de son passé l'inquiète ; mais le Seigneur, qui l'a purifiée et l'a appelée à l'honneur d'être son Epouse, la rassure en rendant son fils à la vie. La charité d'Elie est l'image de celle du Fils de Dieu. Voyez comment ce grand prophète s'étend sur le corps de l'enfant, comment il se fait petit à sa mesure, ainsi que nous avons vu faire à Elisée. Reconnaissons encore ici le divin mystère de l'Incarnation. Par trois fois le prophète touche le cadavre ; et aussi par trois fois nos Catéchumènes seront plongés dans la piscine baptismale, avec 1 invocation des trois personnes de l'adorable Trinité. Dans la nuit solennelle de la Pâque, Jésus aussi dira à l'Eglise son épouse : « Voici tes fils qui vivent maintenant»; et l'Eglise, transportée de joie, sentira toujours plus la vérité aes promesses du Seigneur. Les païens eux-mêmes la sentirent a leur manière, cette vérité, lorsque, voyant les mœurs de ce peuple nouveau qui sortait régénéré des eaux du Baptême, ils reconnurent que la divinité pouvait seule être le principe d'une si haute vertu dans des hommes. Au sein de l'empire romain en proie à toutes les corruptions, une race pure et toute céleste apparut soudain, et le? fils de cette race si sainte étaient encore la veille mêlés à toutes les dépravations païennes. Où avaient-ils puisé cette vertu suDlime ? dans la doctrine de Jésus, et dans les remèdes surnaturels qu'elle applique à la dégradation de l'homme. On vit alors les infidèles accourir en foule, bravant l'épreuve du marLe Vendr. de la Qiiatr. Sem. de Carême. 45g

tyre, et l'Eglise dilater son sein, pour accueillir ces générations qui lui disaient avec amour : « Nous reconnaissons que vous êtes de Dieu, et que la parole du Seigneur est dans votre bouche. »

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. xi.

EN ce temps-là, un homme nommé Lazare était malade à Béthanie, où demeuraient Marie et Marthe sa sœur. Marie était celle qui répandit sur le Seigneur une huile de parfums, et lui essuya les pieds avec ses cheveux ; et Lazare qui était malade était son frère. Ses sœurs donc envoyèrent dire à Jésus ; Seigneur, celui que vous aimez est malade. Jésus l'ayant entendu, il dit : Cette maladie n'est pas à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu, afin que le Fils de Dieu soit glorifié par elle. Or, Jésus aimait Nlarthe, et sa sœur Marie, et Lazare. Ayant donc entendu qu'il était malade, il demeura néanmoins deux jours au lieu où il était. Après ce terme, il dit à ses disciples • Retournons en Judée. Ses disciples lui dirent : Maître, tout à l'heure les Juifs voulaient vous lapider, et vous retournez là ? Jésus répondit ; N'y a-t-il

Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. xi.

IN illo tempore : Erat quidam languens Lazarus a Bethania. de castello Mariœ et Marthce sororis ejus. (Maria autem erat, quœ unxit Dominum unguento, et extersit pedes ejus capillis suis : cujus frater Lazarus infirmabatur.) Miserunt ergo sorores ejus ad eum, dicentes : Domine, ecce quem amas, infirmatur. Audiens autem Jésus, dixit eis : Infirmitas haec non est ad mortem, sed pro gloria Dei, ut glorificetur Filius Dei per eam. Diligebat autem Jésus Martham, et sororem ejus Mariam. et Lazarum. Ut ergo audivit quia infirmabatur, tune quidem mansit in eodem loco duobus diebus. Deinde post ha»c dixit discipulis suis : Eamus in Judœam iterum. Dicunt ei discipuli : Rabbi, nunc qua2- rebant te Judaei lapidare,

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et iterum vadis illuc ? Respondit Jésus : Nonne duodecim sunt h o r œ diei ? Si quis ambulaverit in die, non offcndit, quia lucem hujus mundi videt : si autem ambulaverit in nocte, offendit, quia lux non est in eo. Haec ait, et post ha?c dixit eis : Lazarus amicus noster dormit ; sed vado ut a somno excitem eum. Dixerunt ergo discipuli ejus : Domine, si dormit, salvus erit. Dixerat autem Jésus de morte ejus : illi autem putaverunt quia de dormitione somni diceret. Tune ergo Jésus dixit eis manifeste : Lazarus mortuus est : et gaudeo propter vos ut credatis, quoniam non eram ibi. Sed eamus ad eum. Dixit ergo Thomas qui dicitur Didymus, ad condiscipulos : Eamus et nos, ut moriamur eum eo. Venit itaque Jésus : et invenit eum quatuor dies jam in monumcnto habentem. (Erat autem Bethanie juxta Jerosolymam quasi stadiis quindecim.) Multi autem ex Judasis vénérant ad Martham et Mariam, ut consolarentur eas de fratre suo, Martha ergo ut audivit quia Jésus venit,

pas douze heures au jour ? Si quelqu'un marche pendant le jour, il nq se heurte point, parce qu'il voit la lumière de ce monde ; mais s'il marche durant la nuit, il se heurte, parce qu'il n'a point de lumière. Après ces paroles, il leur dit : Lazare notre ami dort ; mais je vais le réveiller. Ses disciples lui dirent : Seigneur, s il dort, il sera guéri. Or, Jésus parlait de la mort ; mais eux pensaient qu'il avait parlé seulement de l'assoupissement du sommeil. Alors Jésus leur dit clairement : Lazare est mort, et à cause de vous je me réjouis de n'avoir pas été là, pour que vous croyez ; mais allons à lui. Thomas appelé Didyme dit aux autres disciples : Allons aussi, nous ; et mourons avec lui. Jésus vint donc, et trouva qu'il y avait déjà quatre jours qu'il était dans le tombeau. Or, Béthanie était environ à quinze stades de Jérusalem ; et beaucoup de Juifs étaient venus près de Marthe et de Marie pour les consoler de la mort de leur frère. Marthe, ayant entendu que Jésus venait, alla audevant de loi ; mais Marie était demeurée assise dans la maison. Marthe dit donc à Jésus : Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort ; cependant,

Le Vendr. de la Quatr. Sent, de Carême. 461

maintenant même, )e sais que tout ce que vous demanderez à Dieu, Dieu vous le donnera. Jésus lui dit : Ton frère ressuscitera. Marthe lui dit : Je sais bien qu'il ressuscitera en la résurrection, au dernier jour. Jésus lui dit : Je suis la résurrection et la vie ; qui croit en moi, fût-il mort, vivra ; et quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais. Le crois-tu ? Elle lui dit : Oui, Seigneur, je crois que vous êtes le Fils du Dieu vivant, qui êtes venu en ce monde. Ayant dit cela, elle s'en alla et appela secrètement Marie sa sœur, disant : Le Maître est là, et il t'appelle. Ce que celle-ci ayant entendu, elle se leva promptement et vint à lui ; car Jésus n'était pas encore entré dans le bourg, mais il était au même lieu où Marthe l'avait rencontré. Les Juifs cependant qui étaient avec >larie dans la maison et la consolaient, l'ayant vu se lever en hâte et sortir, la suivirent, disant : Elle s'en va au sépulcre pour y pleurer. Or Marie, étant venue au lieu où était Jésus, tomba à ses pieds et lui dit : Seigneur, si vous eussiez été ici, mon frère ne serait pas mort. Jésus, voyant qu'elle pleurait, et que les Juifs qui étaient venus avec elle pleuoccurrit illi : Maria autem domi sedebat. Dixit ergo Martha ad Jesum : Domine, si fuisses hic, frater meus non fuisset mortuus. Sed et nunc scio quia quaecumque poposceris a Deo. dabit tibi Deus. Dicit illi Jésus : Resurget frater tuus. Dicit ei Martha : Scio quia resurget in resurrectione in novissiroo die. Dixit ei Jésus : Ego sum resurrectio et vita : qui crédit in me, etiamsi mortuus fuerit, vivet . et omnis qui vivit et crédit in me, non morietur in seternum. Credis hoc ? Ait illi : Utique. Domine, eeo credidi, quia tu es Christus Filius Dei vivi, qui in hune mundum venisti. Et cum haec dixisset, abiit, et vocavit Mariam sororem suam silentio, dicens : Magister adest et vocat te. lUa, ut audivit, surgit cito, et venit ad eura ; nondum enira venerat Jésus in castellura, sed erat adhuc in illo loco, ubi occurrerat ei Martha. Judaei ergo, qui erant cum ea in domo , et consolabantur eam, cum vidissent Mariam, quia cito surrexit et exiit, secuti sunt eam, dicentes : Quia vadit ad

monumentum, ut ploret ibi. Maria ergo, cum venisset ubi erat Jésus, videns eum, cecidit ad pedes ejus, et dixit ei : Domine, si fuisses hic, non esset mortuus frater meus. Jésus ergo, ut vidit eam plorantem, et Judaeos qui vénérant cum ea, plorantes, infremuit spiritu, et turbavit scipsum, et dixit : Ubi posuistis eum ? Dicunt ei : Domine, veni et vide. Et lacrymatus est Jésus. Dixerunt ergo Judaei : Ecce quomodo amabat eum ! Quidam autem ex ipsis dixerunt : Non poterat hic, qui aperuit oculos caeci nati, facerc ut hic non moreretur ? Jésus ergo rursum fremens in semetipso, venit ad monumentum. Erat autem spelunca : et lapis superpositus erat ei. Ait Jésus : Toliite lapidem. Dicit ei Martha, soror ejus gui mortuus fuerat : Domine, jam fœtet, quatriduanus est enim. Dicit ei Jésus : Nonne dixi tibi, quoniam si credideris, videbis gloriam Dei ? Tulerunt ergo lapidem : Jésus autem, elevatis sursum oculis, dixit: Pater, gratias ago tibi quoniam audisti me. Ego autem sciebam quia semper me

raient aussi, frémit en son esprit et se troubla lui-même. Et il dit : Où l'avez-vous mis ? Ils lui dirent : Seigneur, venez et voyez. Et Jésus pleura. Les Juifs dirent : Voyez comme il l'aimait 1 Mais il y en eut aussi quelques-uns qui dirent : Ne pouvait-il pas faire que celui-ci ne mourijt point, lui qui a ouvert les yeux d'un aveuglené ? Jésus, frémissant de nouveau en lui-même, arriva au sépulcre. C'était une grotte, et l'on avait placé une pierre à l'entrée. Jésus dit : Otez la pierre. Marthe, sœur de celui qui était mort, lui dit : Seigneur, il sent déjà mauvais ; car il y a

Juatre jours qu'il est là. ésus lui dit : Ne t'ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ? Ils ôtèrent donc la pierre. Alors Jésus, levant les veux en haut, dit : Mon f*ère, je vous rends grâces de ce que vous m'avez exaucé. Pour moi, je savais bien que vous m'exaucez toujours ; mais j'ai dit cela pour ce peuple qui m'entoure, afin qu ils croient que c'est vous qui m'avez envoyé. Ayant dit cela, il cria d'une voix forte : Lazare, sors dehors. Et aussitôt celui qui avait été mort parut ayant les mains et les

[)ieds liés de bandelettes, et e visage enveloppé d'un

Le Vend)', de la Quatr. Sem. de Carême. 463

audis, sed propter populum qui circumstat. dixi : ut credant quia tu me misisti. Hase cum dixisset, voce magna clamavit : Lazare, veni foras. Et statim prodiit. qui

suaire. Jésus leur dit : Déliez-le, et le laissez aller. Beaucoup d'entre les Juifs qui étaient venus près de Marie et de Marthe, et qui avaient vu ce que fit Jésus, crurent en lui.

fuerat mortuus, ligatus pedes et manus institis. et facîes illius sudario erat ligata. Dixit eis Jésus : Solvite eum, et sinite abire. Multi ergo ex Judaîis, qui vénérant ad Mariam et Martham, et viderant quas fecit Jésus, crediderunt in eum.

PARCOURONS avec espérance cet admirable récit qui nous raconte ce que Jésus opère dans lésâmes; rappelons-nous ce qu'il a fait en faveur de la nôtre, et conjurons-le d'avoir enfin pitié de nos Pénitents qui, en si grand nombre, par toute la terre, se disposent à recevoir ce pardon qui doit leur rendre la vie. Aujourd'hui ce n'est plus une mère qui demande la résurrection de son fils ; ce sont deux sœurs qui implorent cette grâce pour un frère chéri; l'Eglise, par cet exemple, nous engage à prier pour nos frères. Mais suivons la sublime narration de notre Evangile.

Lazare a d'abord été malade et languissant; enfin il est mort. Le pécheur commence par se laisser aller à la tiédeur, à l'indifférence, et bientôt il reçoit la blessure mortelle. Jésus n'a pas voulu guérir l'infirmité de Lazare; pour rendre'ses ennemis inexcusables , il veut opérer un prodige éclatant aux portes même de Jérusalem. Il veut prouver qu'il est le maître de la vie à ceux-là même qui. dans quelques jours, seront scandalisés de sa mort. Au sens moral,

404 L^ Carême.

Dieu juge quelquefois à propos, dans sa sagesse, d'abandonner à elle-même une âme ingrate, bien qu'il prévoie qu'elle tombera dans le péché. Il la relèvera plus tard; et la confusion qu'elle ressentira de sa chute servira à la maintenir dans l'humilité qui l'eût préservée.

Les deux sœurs, Marthe et Marie, apparaissent ici avec leurs caractères si tranchés, toutes deux éplorées, toutes deux unanimes dans leur confiance. A Marthe, Jésus annonce qu'il est lui-même la Résurrection et la Vie, et que celui qui croit en lui ne mourra point de cette mort qui est la seule à craindre; mais cjuand il voit les pleurs de Marie, de celle dont il connaissait tout l'amour, il frémit, il se trouble. La mort, châtiment du péché de l'homme, source de tant de larmes, émeut son cœur divin. Arrivé en face du tombeau qui recèle le corps de Lazare son ami, il verse des pleurs : sanctifiant ainsi les larmes que l'atVection chrétienne nous arrache sur la tombe de ceux qui nous furent chers. Mais le moment est venu de lever la pierre, d'étaler au grand jour l'affreux triomphe de la mort. Lazare est là depuis quatre )ours : c'est le pécheur envieilli dans son péché. N'importe : Jésus ne repousse pas ce spectacle. D'une voix qui commande à toute créature et qui épouvante l'enfer, il crie : La^çare, sors dehors! et le cadavre s'élance hors du sépulcre. Le mort a entendu la voix; mais ses membres sont encore enchaînés, son visage est voilé ; il ne peut agir ; la lumière n'a pas lui encore à ses yeux. Jésus commande qu'on le délie; et par son ordre,

Le Vendr. de la Quatr. Sem. de Carême. 465

des mains humaines rendent aux membres de Lazare la liberté, à ses yeux la vue du soleil. C'est jusqu'à la tin Thistoire du pécheur réconcilié. La voix seule de Jésus pouvait l'appeler à la conversion, émouvoir son cœur, l'amener à confesser son péché ; mais Jésus réserve à la main de ses prêtres de le délier, de l'éclairer, de lui rendre le mouvement. Grâces immortelles au Sauveur qui, par ce prodige opéré dans les jours mêmes où nous sommes, mit le comble à la fureur de ses ennemis, et se dévoua par ce dernier bienfait à toute la rage qu'ils avaient conçue contre lui. Désormais il ne s'éloignera plus de Jérusalem; Réthanie, où il vient d'accomplir le miracle, n'en est qu'à quelques pas. Dans neuf jours, la ville intidèle verra le triomphe pacifique du tils de David; il retournera ensuite chez ses amis de Béthanie ; mais bientôt il rentrera dans la ville pour y consommer le sacrifice dont les mérites infinis sont le principe de la résurrection du pécheur.

Cet espoir coosolant porta les premiers chrétiens à multiplier sur les peintures des Catacombes l'image de Lazare rappelé à la vie ; et ce type de la réconciliation de l'àme pécheresse , sculpté pareillement sur le marbre des sarcophages des iv* et v^ siècles, se reproduisit jusque sur les verrières de nos cathédrales. L'ancienne France honorait ce symbole de la résurrection spirituelle par une pieuse coutume qui s'est conservée dans l'insigne abbaye de la Trinité de Vendôme, jusqu'au renversement de nos institutions catholiques. Chaque année, en ce jour, un

3o

4à'6 Le Carême.

criminel condamné par la justice humaine était amené à l'Eglise Abbatiale. Il avait la cordeau cou et tenait à la main une torche du poids de trente-trois livres, en mémoire des années du divin Libérateur. Les moines faisaient une procession à laquelle le criminel assistait humblement, ainsi qu'au sermon qui la suivait. On le conduisait ensuite au pied de l'autel, où l'Abbé, après une exhortation, lui enjoignait pour pénitence le pèlerinage de Saint-Martin de Tours. Il lui ôtait ensuite du cou la corde qu'il avait portée jusqu'à ce moment, et il le déclarait libre. Cet usage liturgique, si chrétien et si touchant, remontait à Louis de Bourbon, comte de Vendôme, qui, en 1426, durant sa captivité en Angleterre, avait fait le vœu, si Dieu lui rendait la liberté, d'établir dans l'Eglise de la Trinité, comme monument de sa reconnaissance, cet hommage annuel au Christ qui délivra Lazare du tombeau. Le Ciel agréant la piété du prince, celui-ci ne tarda pas à recevoir la grâce qu'il implorait avec tant de foi.

HUMILIATE capita ves- 1 tj umiliez vos têtes devant tra Deo. il Dieu.

P\A nobis, quaesumus *^ omnipotens Deus, ut qui, infirmitatis nostrae conscii, de tua virtute confidimus, sub tua semper pietate gaudeamus. Per Christum DoDIEU tout-puissant, faites, nous vous en prions, que pleins du sentiment de notre faiblesse et de confiance en votre puissance, nous ayons toujours à nous réjouir des effets de votre miséricorde.

Le Vendr. de la Qiiatr. Sem. de Carême. 467

Par Jésus-Ghrist notre Sei- I minura nostrum. Amen, gneur. Amen. |

Nous prierons aujourd'hui pour la conversion des pécheurs , en empruntant cette touchante prière au Pontifical Romain, dans la réconciliation des pénitents.

ODiEU qui , dans votre bonté, avez créé le genre humain, et dans votre miséricorde l'avez reparé . vous qui avez racheté par le sang de votre Fils unique l'homme que l'envie du diable avait fait déchoir de l'immortalité, rendez la vie à ces pécheurs, vos serviteurs, dont vous ne voulez point la mort, vous qui êtes leur vie. Lorsqu'ils s'écartèrent, vous ne les avez pas abandonnés : maintenant qu'ils sont corrigés, accueillez-les. Que les larmes et les soupirs de ces malheureux, vos serviteurs, émeuvent votre compassion, Seigneur ! Guérissez leurs blessures ; ils sont étendus à vos pieds, tendez-leur une main secourable ; que votre Eglise ne soit point privée d'une partie de son corps ; que votre troupeau nait point à souffrir un détriment: que l'ennemi ne triomphe pas du malheur de votre famille ; gue la seconde mort n'envahisse pas ceux qui puisèrent une nouvelle naissance

DEUS, humani generie benignissime conditor. et misericordissims reformater, qui hominem invidia diaboli ab aeternitate dejectum unici Filii tui sanguine redemisti, vivifica hos famulos tuos. quos tibi nullatenus mori desideras : et qui non derelinquis devios, assume correctos : moveant pietatem tuam, quaesumus Domine, horum famulorum tuorum lacrymosa suspiria ; tu eorum medere vulneribus ; tu jacentibus manum porrige salutarem : ne Ecclesla tua aliqua sui corporis portione vastetur ; ne grex tuus detrimentum sustineat ; ne de familiœ tuse damno inimicus exsultet ; ne renatos lavacro salutari mors secunda possideat. Tibi ergo. Domine, supplices fundimus preces, tibi fletum cordis effundimus : tu parce confitentibus, ut imminent!-

bus pœnis sententiam futuri judicii, te miserante non incidant ; nesciant quod terret in tenebris, quod stridet in flammis, atque ab erroris via ad iter reversi justitiae , nequaquam ultra novis vulneribus saucientur :sed integrum sit eis, ac perpetuum, et quod gratia tua contulit, et quod misericordia reformavit. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

dans le bain du salut. Nous vous offrons donc, Seigneur, nos vœux et nos supplications ; nous répandons des larmes du cœur; pardonnez à ceux qui confessent leur iniquité ; qu'ils ne tombent pas sous la sentence du jugement futur ; que votre miséricorde leur épargne les peines qui les menacent ; qu'ils ignorent l'horreur des ténèbres, le pétillement des flammes. Quittant le sentier de l'erreur, et rentrant dans le chemin de la justice, qu'ils ne soient plus blessés désormais , mais que le bienfait octroyé par votre grâce et rétabli par votre miséricorde demeure en eux en son entier à jamais. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

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E jour est célèbre dans l'antiquité sous le nom de Samedi Sitientes, à cause du premier mot de l'Introït de la Messe, dans lequel l'Eglise, empruntant les paroles d'Isaïe, invite les aspirants au Baptême à venir se désaltérer à la fontaine du salut. A Rome, la Station fut d'abord à la Basilique de Saint-Laurenthors-les-Murs; mais l'éloignement rendant cette Eglise incommode pour la réunion des fidèles, on a désigné de bonne heure pour la remplacer l'Eglise de Saint-Nicolas in carcere, qui est dans l'intérieur de la ville.

FAITES, Seigneur, par votre grâce, que le sentiment de notre dévotion ne demeure pas sans effet ; car c'est alors que les jeûnes que nous avons entrepris, étant agréés de votre bonté, nous seront utiles. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Lecture du Prophète Isaïe. Chap. xlix.

VOICI ce que dit le Seigneur : Je t'ai exaucé au temps favorable, et je t'ai assisté au jour du salut ; je

FIAT, Domine quaesumus, per gratiam tuam fructuosus nostrîe devotionis affectus : quia tune nobis proderunt suscepta jejunia, si tuas sint placita pietati. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

Lectio Isaiae Prophetae. Cap. xlix.

HJEC dicit Dominas ; In tempore placito exaudivi te, et in die salutis auxiliatus sum tui :

et servavi te, et dedi te in fœdus populi, ut suscitares terram, et possideres hœreditates dissipatas : ut diccres l\is qui vincti sunt : Exite : :t his qui in tenebris : Revelamini. Super vias pascentur, et in omnibus planis pascua eorum. Non esurient, neque sitient, et non percutiet eos aestus et sol : quia miserator eorum reget eos, et ad fontes aquarum potabit eos. Et ponam omnes montes meos in viam, et semitae meœ exaltabuntur. Ecce isti de longe venient, et ecce illi ab Aquiloneet mari, et isti de terra Australi. Laudate, cœli, et exsulta, terra ; jubilatc, montes, laudem : quia consolatus est Dominus populum suum, et pauperum suorum miserebitur. Et dixit Sion : Dereliquit me Dominus , et Dominus oblitus est mei. Numquid oblivisci potest mulier infantem suum, ut non misereatur filio uteri sui ? et si illa oblita fuerit, ego tamen non obiiviscar tui, dicit Dominus omnipotens.

t'ai réservé, et je t'ai donné pour être le réconciliateur du peuple, pour restaurer la terre, pour posséder les héritages qui étaient dissipés, pour dire à ceux qui étaient dans les fers : Soyez libres; et à ceux qui étaient dans les ténèbres : Faites-vous voir. Ils paîtront librement le long des chemins, et toutes les plaines leur serviront de pâturages. Ils n'auront plus ni faim ni soif; les feux du soleil ne les briileront plus : parce que celui qui est miséricordieux les conduira et les mènera aux sources des eaux. Alors j'aplanirai en chemins toutes mes montagnes, et mes sentiers seront rehaussés. Voici qu'ils arrivent de loin, les uns de l'A- quilon, les autres de la mer du Couchant, et les autres de la terre du Midi. Cieux, louez le Seigneur ; terre, sois en allégresse ; montagnes, faites retentir la louange ; car le Seigneur a consolé son peuple, et il aura pitié de ses pauvres. Cependant Sion a dit : Le Seigneur m'a abandonnée, le Seigneurm'a oubliée. — Une mère peut-elle oublier son enfant, et n'avoir pas compassion du fils de ses entrailles ? mais quand même elle l'oublierait, moi je ne t'oublierai point, dit le Seigneur tout-puissant.

Le Samedi de la Quatr. Sem. de Carême. 4-1

QUE ce langage devait être doux au cœur de nos Catéchumènes! Jamais la tendresse du Père céleste s'est-elle exprimée dune manière plus touchante que dans ces paroles qu'il nous transm&t par son Prophète ? Il donne à son Fils incarné, à son Christ, la terre entière, non pour la juger et la condamner, comme elle le mérite, mais pour la sauver 1. Ce divin envoyé convoque tous ceux qui gémissent dans les fers, qui languissent dans les ténèbres; il les appelle à la liberté, à la lumière. Leur faim sera apaisée, leur soif désaltérée; naguère haletants sous les rayons d'un soleil brûlant, ils trouveront la p'ius délicieuse fraîcheur au bord des eaux purifiantes vers lesquelles le miséricordieux pasteur les conduit luimême. Ils viennent de loin, de tous les points duciel; cette fontaine inépuisable est le rendez-vous du genre humain. La Gentilité s'appelle désormais Sion, et le Seigneur « aime les portes de cette nouvelle Sion plus « qu'il n'aima les tentes de Jacob 2 ». Non, il ne l'avait point oubliée, durant ces siècles où elle servait les idoles ; la tendresse du Seigneur est égale à celle d'une mère; et si le cœur de la mère était jamais fermé pour son fils, le Seigneur déclare que le sien restera toujours ouvert pour Sion. Livrez-vous donc à une confiance sans bornes, vous, chrétiens, qui dès l'entrée de cette vie fûtes admis dans l'Eglise par le Baptême, et qui depuis avez eu le malheur de servir un autre maître que celui qui vous avait adoptés. Si, en ce

I. JoHAN. m, 17. — 2. Psalm. lxxxvî, ?., moment où, prévenus de la grâce divine, soutenus par les saintes pratiques du Carême et par les suffrages de l'Eglise qui prie pour vous sans cesse, vous préparez votre retour au Seigneur, quelque inquiétude se glisse dans votre âme, relisez ces paroles du grand Dieu. Vous le voyez : c'est a son propre Fils qu'il vous a donnés; c'est lui qu'il a chargé de vous sauver, de vous guérir, de vous consoler. Vous êtes dans les liens du péché ? Jésus est assez fort pour les rompre. Vous êtes dans les ténèbres du monde ? il est la lumière devant laquelle les ombres les plus épaisses s'évanouissent sans retour. Vous avez faim ? il est le Pain de vie. Vous avez soif ? il est la source des eaux vives. Vous êtes brûlés, défigurés par les ardeurs de la convoitise ? plongez-vous dans la fontaine qui rafraîchit et purifie : non plus, il est vrai, cette première fontaine qui vous donna la vie que vous avez si tristement perdue ; mais cette autre source jaillissante, le divin sacrement de la réconciliation, d'où vos âmes sortiront pures et renouvelées.

Sequentia sancti Evan-- gelii sccundum Johanmen. Cap. vni.

IN illo tempore : Locutus est Jcsus turbis .ludasorum , dicens : Ego sum lux mundi : qui sequitur me, non ambulat in tenebris, sed habebit lumen vitae. Dixerunt ergo ei Pharisaei : Tu de

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. vui.

EN ce temps-là, Jésus disait à la foule des Juifs : Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres, mais il aura la lumière de vie. Les Pharisiens donc lui dirent ; Vous rendez vous-même téLe Samedi de la Qiiatr. Sent, de Carême. 4j3

moignage de vous ; votre témoignage n'est pas vrai. Jésus leur répondit : Bien que je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai, parce que je sais d'où je viens et où je vais ; mais pour vous, vous ne savez ni d'où je viens ni où je vais. "Vous jugez selon la chair ; moi je ne juge personne ; et si je juge, mon jugement est vrai, parce que je ne suis pas seul, mais moi et le Père qui m'a envoyé. Il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux personnes est vrai. Me voici qui rends témoignage de moi-même; et le Père qui m'a envoyé rend aussi témoignage de moi. Ils lui dirent donc : Où est votre Père ? Jésus répondit : Vous ne connaissez ni moi ni mon Père : si vous me connaissiez, peut-être connaitriezvous mon Père. Jésus dit ces paroles, enseignant dans le temple, au lieu où est le trésor ; et personne ne mit la main sur lui, parce que son heure n'était pas encore venue.

te ipso testimonium perhibes : testimonium tuum non est verum. Respondit Jésus, et dixit eis : Et si ego testimonium perhibeo de meipso, verum est testimonium raeum : quia scio unde veni, et quo vado ; vos autem nescitis unde venio, aut quo vado. Vos secundum carnem judicatis : ego non judico quemquam : et si judico ego, judicium meum verum est, quia solus non sum : sed ego, et qui misit me, Pater. Et in lege vestra scriptum est. quia duorum hominum testimonium verum est. Ego sum qui testimonium perhibeo de meipso : et testimonium perhibet de me, qui misit me, Pater. Dicebant ergo ei : Ubi est Pater tuus .•> Respondit Jésus : Neque me scitis, neque Patrem meum : si me sciretis. forsitan et Patrem meum sciretis. Haec verba locutus est Jésus in gazophylacio, docens in templo : et nemo apprehendit eura, quia necdum venerat hora ejus.

OUEL contraste entre le langage de Dieu qui invite les hommes à recevoir son Fils comme un libérateur, et la dureté de

474 ^^ Carême.

cœur avec lac|ucllc les Juifs accueillent ce céleste envoyé ! Jésus s'est dit le Fils de Dieu, et, en preuve de cette divine origine, il n'a cessé, durant trois années, d'opérer les prodiges les plus éclatants. Beaucoup de Juifs ont cru en lui, parce qu'ils ont pensé que Dieu ne pourrait autoriser l'erreur par des miracles; et la doctrine de Jésus a été acceptée par eux comme venant du ciel. Les Pharisiens ont la haine de la lumière, l'amour des ténèbres; leur orgueil ne veut pas s'abaisser devant l'évidence des faits. Tantôt ils nient la vérité des prodiges de Jésus, tantôt ils prétendent les expliquer par une intervention diabolique; d'autres fois, ils voudraient par leurs questions captieuses amener un prétexte de traduire le Juste comme un blasphémateur ou un violateur de la loi. Aujourd'hui, ils ont l'audace d'objecter à Jésus qu'en se déclarant l'envoyé de Dieu, il se rend témoignage à luimême. Le Sauveur, qui voit la perversité de leur cœur, daigne encore répondre à leur impie sarcasme; mais il évite de leur donner une entière explication. On sent que la lumière s'éloigne peu à peu de Jérusalem, et qu'elle se prépare à visiter d'autres régions. Terrible abandon de l'âme qui a abusé de la vérité, qui Ta repoussée par un instinct de haine! C'est le péché contre le SaintEsprit, « qui ne sera pardonné, dit Jésus« Christ, ni en ce monde, ni en l'autre '. » Heureux celui qui aime la vérité, quoiqu'elle combatte ses penchants et trouble ses idées!

I. Matth. XII, 3i.

Le Samedi de la Quatr. Sem. de Carême. 4jb_

car il rend hommage à la sagesse de Dieu; et si la vérité ne le gouverne pas encore en tout, du moins elle ne l'a pas abandonné. Mais plus heureux est celui qui, s'étant rendu tout entier à la vérité, s'est mis à la suite de Jésus-Christ, comme son humble disciple! « Celui-là, nous dit le Sauveur, ne marche (( point dans les ténèbres; mais il possède la « lumière de vie. » Hâtons-nous donc de nous placer dans cet heureux sentier frayé par celui qui est notre lumière et notre vfe. Attachés à ses pas, nous avons gravi l'âpre montagne de la Quarantaine, et nous y avons été témoins des rigueurs de son jeûne; désormais, en ces jours consacrés à sa Passion, il nous convie à le suivre sur une autre montagne, sur le Calvaire, où nous allons contempler ses douleurs et sa mort. Soyons fidèles au rendez-vous, et nous obtiendrons « la lumière de vie ».

HUMILIl Dieu

MILIEZ VOS têtes devant

HUMILIATE capita ves tr "

tra Deo.

Ç\ Dieu ! qui aimez mieux ^^ faire paraître votre miséricorde que votre colère sur ceux qui espèrent en vous, donnez-nous de pleurer, comme nous le devons, les péchés que nous avons commis, afin que nous méritions de recevoir la grâce de votre consolation. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

p\EUS. qui sperantibus

'-^ in te misereri potius eligis quam irasci : da nobis digne flere mala quas fecimus, ut tuae consolationis gratiam invenire mereamur. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

Terminons ces quatre premières semaines du Carême, en oftrant à Marie, Mère de miséricorde, en ce jour du Samedi, cette gracieuse Prose de nos anciens Missels Romains-Français.

AVE Maria, Gratia plena.

Dominus tecum, Virgo serena.

Benedicta tu In mulieribus, Quae peperisti Pacem hominibus. Et Angelis gloriam.

Et benedictus Fructus ventris tui, Qui cohaeredes Ut essemus sui, Nos fecit per gratiam.

Per hoc autem Ave, Mundo tam suave, Contra carnis jura, Genuisti prolem, Novum Stella solem, Nova genitura.

Tu parvi et magni, Leonis et Agni, Salvatoris Christi Templum exstitisti ; Sed virgo intacta.

Tu Solis et Roris, Panis et Pastoris,

SALUT, Marie, pleine de grâce !

Le Seigneur est avec vous, ô Vierge sereine 1

Vous êtes bénie entre les femmes ; vous avez enfanté celui qui donne la paix aux hommes , et aux Anges la gloire.

Et béni est le fruit de vos entrailles, qui par sa grâce nous a faits ses cohéritiers.

Par cet Ave, si doux à la terre, vous avez enfanté contre les lois de la nature ; étoile, vous avez produit un nouveau soleil par un prodige nouveau.

Toujours vierge sans tache, vous avez été le temple de celui qui a réuni la petitesse et la grandeur, le Lion et l'Agneau, le Christ sauveur.

Reine des vierges , rose sans épines, vous êtes deveLe Samedi de la Qiiatr. Sem. de Carême. 4jy

nue la Mère de celui qui est Soleil et Rosée, Pain et Pasteur.

Vous êtes la cité du Roi de justice, la mère de miséricorde ; vous rendez Théophile à la vie de la grâce, en le tirant du bourbier de sa misère.

La cour céleste chante vos louanges ; vous êtes la mère et la fille du Roi ; par vous le coupable obtient le pardon ; par vous la grâce descend sur le juste.

Etoile de la mer, demeure du Verbe divin, aurore du Soleil;

Paradis d'où la lève, suppliez

Porte du lumière se votre Fils.

Qu'il nous délivre du péché, et qu'il nous place pour toujours au royaume de la splendeur, où la lumière luit à jamais. Amen.

Virginum regina, Rosa sine spina, Genitrix es facta.

Tu civitas Régis justitiœ. Tu mater es misericordias, De lacu faecis et miserias Theophilum reformans

gratias.

Te coUaudat cœlestis

curia, Tu mater es Régis et

filia. Per te reis donatur venia, Per te justis confertur

gratia.

Ergo maris Stella, Verbi Dei cella, Et solis aurora,

Paradisi porta. Per quam lux est orta, Natum tuum ora,

Ut nos solvat a peccatis. Et in regno claritatis, Quo lux lucet sedula. Collocet per sœcula. Amen.

E mouvement de la fête de Pâques nous obligerait à faire reparaître ici un grand nom'bre de fêtes des Saints que nous avons déjà données dans le Temps de la Septuagésime, parce qu'elles peuvent, selon les années, appartenir au Carême. Mais il nous faut tendre à restreindre les dimensions de cet ouvrage; et, les pages consacrées à ces fêtes ne devant être que la répétition des notices déjà insérées au volume précédent, nous reprendrons seulement dans celui-ci au neuf mars, pour nous arrêter, le neuf avril, à la fête de sainte Marie Egyptienne, qui est la plus voisine du dernierterme du Dimanche de la Passion.*

Nous avons déjà remarqué que la diminution des fêtes, sur cette partie du Cycle, est un des caractères du Carême : c'est à nous

480 Le Carême.

d'entrer dans l'esprit de l'Eglise qui veut par ce moyen développer en nous la sainte tristesse de la pénitence, et qui cependant nous console souvent encore par le souvenir des amis de Dieu, de leurs triomphes et de leur protection sur nous.

Ctui rtiX ctLA ftlA eXiJ. ftlJk ftlA ftlA ttiA iXtX CtlA ctiA

Sainte FRANÇOISE, VEUVE ROMAINE.

A glorieuse série des fêtes qui viennent nous réjouir et nous encourager, au milieu des sévères pratiques de la sainte Quarantaine, se complète par l'admirable tigure de l'épouse chrétienne, dans la personne de Françoise, la pieuse dame romaine. Après avoir donné durant quarante ans l'exemple de toutes les vertus dans l'union conjugale qu'elle avait contractée dès l'âge de douze ans, Françoise alla chercher dans la retraite le repos de son cœur éprouvé par de longues tribulations; mais elle n'avait pas attendu ce moment pour vivre au Seigneur. Durant toute sa vie, des œuvres de la plus haute perfection l'avaient rendue l'objet des complaisances du ciel, en même temps que les douces qualités de son cœur lui assuraient la tendresse et l'admiration de son époux et de ses enfants, des grands dont elle fut le modèle, et des pauvres qu'elle servait avec amour. Pour récompenser cette vie tout angélique, Dieu permit que l'Ange gardien deVrançoise se rendît presque constamment visible à elle, en même temps qu'il daigna l'éclairer lui-même par les plus sublimes révélations. Mais ce qui doit particulièrement nous frapper dans cette vie admirable, q

ui

rappelle à tant d'égards les traits de celle des deux grandes saintes Elisabeth de Hongrie et Jeanne-Françoise de Chantai, c'est l'austère pénitence que pratiqua constamment l'illustre servante de Dieu. L'innocence de sa vie ne la dispensa pas de ces saintes rigueurs; et le Seigneur voulut qu'un tel exemple fût donné aux fidèles, afin qu'ils apprissent à ne pas murmurer contre l'obligation de la pénitence qui peut n'être pas aussi sévère en nous, qu'elle le fut en sainte Françoise, mais néanmoins doit être réelle, si nous voulons aborder avec confiance le Dieu de justice, qui pardonne facilement à l'âme repentante, mais qui exige la satisfaction.

La sainte Eglise consacre le récit suivant à la vie, aux vertus et aux miracles de sainte Françoise.

FRANCISCA, nobilis matrona romana , ab ineunte œtate illiistria dédit virtutum exempla: etenim puériles ludos, et illecebras mundi respuens, solitudine, et oratione mafinopere delcctabatiir. Undecim annos nata, virginitatem suam Deo consecrare, et monasterium ingredi proposuit. Parentum tamen voluntati humiliter obtemperans, Laurentio de Pontianis juveni œque diviti ac nobili nupsit. In matrimonio arctioris vitae

C RANCOISE, noble dame ro* maine, donna dès les premières années de sa vie d'illustres exemples de vertu. Elle méprisa les divertissements de l'enfance et les attraits du monde, mettarit toutes ses joies dans la solitude et dans la prière. A l'âge de onze ans elle conçut le dessein de consacrer sa virginité à Dieu, et d'entrer dans ijn monastère. Toutefois ayant cru, dans son humilité, devoir obéir à la volonté de ses parents, elle épousa Laurent de Pônziani , jeune homme riche et de grande

Sainte Françoise, Veuve Romaine. 483

naissance. Elle conserva toujours dans le mariage, autant qu"il lui fut possible, le genre de vie austère qu'elle s'était proposé, fuyant avec horreur les spectacles, les festins et les autres divertissements semblables. Son habit était de laine et d'une grande simplicité, et tout ce qui lui restait de temps après les soins domestiques, elle l'employait à la prière et à l'assistance du prochain. Elle s'appliquait avec un grand zèle à retirer les dames romaines des pompes du siècle, et à les détourner des vaines parures. Ce fut ce qui la porta, du vivant de son mari, à fonder dans Rome la maison des Oblates de la Congrégation du Mont-Olivet , sous la Règle de saint Benoît. Elle supporta non seulement avec constance, mais avec action de grâces, l'exil de son mari, la perte de ses biens, les malheurs de sa famille tout entière, disant souvent avec le bienheureux Job : « Le Seigneur me l'a donné, le Seigneur me Taôlé: que le Nom du Seigneur soit béni. »

APRÈS la mort de son mari, elle courut à la maison des Oblates, et là. les pieds nus, la corde au cou, prosternée contre terre, et fondant en larmes, elle les supplia de

propositum, quantum licuit, semper retinuit : a spectaculis , conviviis , aliisque hujusmodi oblectamentis abhorrens, lanea ac vulgari veste utens. et quidquid a domesticis curis supererat temporis, orationi, aut proximorum utilitati tribuens, in id vero maximasollicitudine incumbens, ut matronas romanas a pompis sa?culi, et ornatus vanitate revocaret. Quapropter domum Oblatarum , sub Régula sancti Benedicti, Congregationis Montis Oliveti, adhuc viro alligata, in Urbe instituit. Viri exsilium, bonorum jacturam, ac universas domus mcerorem non modo coustantissime toleravit, sed gratias agens cum beato Job. illud fréquenter usurpabat : Dominus dédit , Dominus abstulit ; sit Nomen Domini benedictum.

\riRO defuncto, ad praedictam Oblatarum domum convolans , nudis pedibus, fune ad coUura alligato, humi prostrata, multis cum lacrymis eaLe Carême.

rurn numéro adscribi sujv pliciter postulavit. Voti compos facta, licet esset omnium mater, non aJio tamen quam ancilloe, vilissimaeque feminœ , et immunditiae vasculi titulo gloriabatur. Quam vilem sui existimationem et verbo declaravit, et cxcmplo. Scepe enim e suburbana vinea revertens, et lignorum fascem proprio capiti impositum deferens, vcl eisdem onustum agens per Urbem asellum, pauperibus subveniebat, in quos ctiam largas eleemosynas erogabat, œgrotantesque in xenodochiis visitans , non corporali tantum cibo, sed salutaribus monitis recreabat. Corpus suum vigiliis, jejuniis, cilicio, ferreo cingulo, crebrisque llagellis in servitutem redigere jugiter satagebat. Cibum illi semel in die, herbae et legumina : aqua potum prœbuit. Hos tamen corporis cruciatus aliquandb confessarii mandate, a cujus ore nutuque pendebat, modice temperavit.

DIviNA mystena, praescrtim vero Christi Domini Passioncm, tanto

vouloir bien la recevoir parmi elles. Son désir lui ayant été accordé, bien qu'elle fût la mère de toutes, elle mettait sa gloire à ne prendre d'autres titres que ceux de servante, de femme de néant et de vase d'ignominie. Ses paroles et ses actions manifestaient ce mépris qu'elle faisait d'elle-même. Car souvent, en revenant d'une vigne située drns un faubourg, ell2 marchait par la ville portant un faix de bois sur sa tête, ou conduisant l'âne qui le portait. Elle secourait les pauvres, et leur faisait d'abondantes r.umônes. Klle visitait les malades dans les hôpitaux, et les soulageait non seulement par la nourriture du corps, mais encore par de salutaires exhortations. Elle s'appliquait constamment à tenir son corps en servitude par les veilles, les jeûnes, le cilice. la ceinture de fer, et les fréquentes disciplines. Elle ne faisait qu'un repas par jour ; et ses mets étaient des herbes et des légumes, sa boisson de l'eau pure. Quelquefois cependant elle modéra un peu ces grandes austérités par l'ordre de son confesseur, auquel elle obéissait fidèlement.

ELLE contemplait les divins mystères, et principalement la Passion de JésusSainte Françoise, Veuve Romaine. 485

Christ notre Seigneur, avec une si grande ferveur d'esprit et une telle abondance de larmes, qu'elle semblait prête à expirer par la violence de la douleur. Souvent aussi, lorsqu'elle priait . particulièrement après avoir reçu le très saint Sacrement de l'Eucharistie , elle demeurait immobile, l'esprit élevé en Dieu et ravi par la contemÈlation des choses célestes, ie son côté, l'ennemi du genre humain s'efforçait par les mauvais traitements et les coups, à la détourner de la voie qu''elle s'était proposée ; mais, sans jamais le craindre, elle évitait toujours ses attaques : et par le secours spécial de son Ange avec lequel elle conversait familièrement, elle triompha glorieusement de cet ennemi. Elle éclata par le don de guérir les malades, et par celui de prophétie qui lui faisait prédire l'avenir et pénétrer les secrets des cœurs. Plus d'une fois . pendant qu'elle vaquait à Dieu, les eaux qui couraient en ruisseaux . les pluies même du ciel, la laissèrent sans la toucher. Le Seigneur multiplia un jour à sa prière quelques morceaux de pain suffisant à peine à la nourriture de trois sœurs, en sorte que non seulement quinze en furent rassasiées, mais qu'il en resta encore de

mentis ardore, tantaque lacrymarum vi contemplabatur. ut prœ doloris magnitudine pêne confici videretur. Saepe etiam cum oraret , maxime sumpto sanctissimae Eucharistias Sacramento , spiritu in Deum elevata, ac cœlestium contemplatione rapta , immobilis permanebat. Quapropter humani generis hostis variis eam contumeliisac verberibus a proposito dimovere conabatur ; quem tamen illa imperterrita semper elusit, Angeli praesertim prœsidio, cujus familiari consuetudine gloriosum de eo triumphum reportavit, Gratia curationum , et prophétie dono enituit, quo et futura prasdixit, et cordium sécréta penetravit. Non semel aquae, vel per rivum decurrentes, vel e cœlo labentes, intactam prorsus, cum Deo vacaret, reliquerunt. Modica panis fragmenta, quœ vix tribus sororibus reficiendis fuissent satis, sic ejus precibus Dominus multiplicavit , ut quindecim inde exsaturatis, tantum superfuerit, ut canistrum impleverit : et aliquando earumdem sororum extra Urbem mense januario ligna paLe Carême.

rantium , sitim recentis uvae racemis ex vite in arbore pendcntibus mirabiliter obtentis. abunde expleverit. Deniqiic meritis, et miraculis clara, migravit ad Dominum , anno x-tatis suae quinquagesimo sexto ; quam Paulus Quintus Pontifex Maximus in Sanclorum numerum retulit.

auoi remplir une corbeille, ne autre fois, lorsque les sreurs travaillaient hors de la Ville, au mois de janvier, à préparer du bois^elle désaltéra entièrement leur soif en leur présentant des grappes de ra isin produitesmiraculeusement sur un cep qui pendait aux branches d'un arbre. Enfin, tout éclatante de vertus et de miracles, elle s'en alla au Seigneur dans la cinquantesixième année de son âge ; et le Pape Paul V l'a mise au nombre des Saints.

r\ Françoise, sublime modèle de toutes ^^ les vertus, vous avez été la gloire de Rome chrétienne et l'ornement de votre sexe. Que vous avez laissé loin derrière vous les antiques matrones de votre ville natale! que votre mémoire bénie l'emporte sur la leur! Fidèle à tous vos devoirs, vous n'avez puisé qu'au ciel le motif de vos vertus, et vous avez semblé un ange aux yeux des hommes étonnés. L'énergie de votre âme trempée dans l'humilité et la pénitence vous a rendue supérieure à toutes les situations. Pleine d'une tendresse ineffable envers ceux ciue Dieu même vous avait unis, de calme et de joie intérieure au milieu des épreuves, d'expansion et d'amour envers toute créature, vous montriez Dieu habitant déjà votre âme prédestinée. Non content de vous assurer la vue et la conversation de votre Ange, le Seigneur soulevait souvent en votre faveur le rideau gui nous cache encore

Sainte Françoise, Veuve Romaine. 4Sy

les secrets de la vie éternelle. La nature suspendait ses propres lois, en présence de vos nécessités; elle vous traitait comme si déjà vous eussiez été affranchie des conditions de la vie présente. Nous vous glorifions pour ces dons de Dieu, ô Françoise ! mais ayez pitié de nous qui sommes si loin encore du droit sentier par lequel vous avez marché. Aidez-nous à devenir chrétiens ; réprimez en nous Tamour du monde et de ses vanités, courbez-nous sous le joug de la pénitence, rappelez-nous à l'humilité, fortifiez-nous dans les tentations. Votre crédit sur le cœur de Dieu vous rendit assez puissante pour produire des raisins sur un cep flétri par les frimas de l'hiver; obtenez que Jésus, la vraie Vi^^ne, comme il s'appelle luimême, daigne nous rafraîchir bientôt du vin de son amour exprimé sous le pressoir de la Croix. Offrez-lui pour nous vos mérites, vous qui, comme lui, avez souffert volontairement pour les pécheurs. Priez aussi pour Rome chrétienne qui vous a produite; faites-y fleurir l'attachement à la foi, la sainteté des mœurs et la fidélité à l'Eglise. Veillez sur la grande famille des fidèles; que vos prières en^obtiennent l'accroissement, et renouvellent en elle la ferveur des anciens jours.

E nombre quadragénaire éclate aujourd'hui sur le Cycle ; quarante nouveaux protecteurs se lèvent sur nous, comme autant d'astres pour nous protéger dans la sainte carrière de la pénitence. Sur la glace meurtrière de l'étang qui fut larène de leurs combats, ils se rappelaient, nous disent leurs Actes, les quarante jours que le Sauveur consacra au jeûne; ils étaient saintement fiers de figurer ce mystère par leur nombre. Comparons leurs épreuves a celles que l'Eglise nous impose. Seronsnous, comme eux, fidèles jusqu'à la fin ? La couronne de persévérance ceindra-t-elle notre front régénéré dans la solennité pascale ? Les quarante martyrs souffrirent, sans se démentir, la rigueur du froid et les tortures auxquelles ils furent ensuite soumis; la crainte d'offenser Dieu, le sentiment de la fidélité qu'ils lui devaient, assurèrent leur constance. Que de fois nous avons péché, sans pouvoir alléguer en excuse des tentations aussi rigoureuses! Cependant, le Dieu que nous avons offensé pouvait nous frapper au moment même où nous nous rendions coupables, comnne il fit pour ce soldat infidèle qui, renonçant à la couronne, demanda, au prix de l'apostasie, la grâce de réchauffer dans un bain tiède ses membres glacés. Il

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n'y trouva que la mort et une perte éternelle. Nous avons été épargnés et réservés pour la miséricorde; rappelons-nous que la justice divine ne s"est dessaisie de ses droits contre nous, que pour les remettre entre nos mains. L'exemple des Saints nous aidera à comprendre ce que c'est que le mal, à quel prix il nous faut 1 éviter, et comment nous sommes tenus à le réparer.

Voici maintenant le récit liturgique, dans lequel l'Eglise nous retrace les'principaux traits du combat des glorieux Martyrs de Sébaste.

Sous l'empire de Licinius, Agricolaûs étant gouverneur de Sébaste, ville d'Arménie, quarante soldats firent éclater leur foi en JésusChrist, et leur courage à soufiFrir les tourments pour son nom. Après avoir été souvent jetés dans une affreuse prison, et avoir eu le visage froissé à coups de pierres, on leur fit passer la nuit sur un étang glacé, nus, exposés à la rigueur de l'air, dans le temps le plus âpre de l'hiver, afin qu'ils y mourussent de froid. Là, ils firent tous cette prière : « Seigneur, nous sommes entrés Quarante dans la lice ; accorez-nous d'être aussi quarante à recevoir la couronne. et que pas un ne fasse défaut à notre société. Ce nombre est en honneur, parce que

LiciNio imperatore, et Agricolao praeside, ad Sebasten Armenije urbem, quadraginta militum fides in Jesum Christum, et fortitudo in cruciatibus perferendis enituit. Qui saspius in horribilem carcerem detrusi, vinculisqae constricti, cum ora ipsorum lapidibus contusa fuissent, hiemis tempore frigidissimo , nudi sub apeno aère supra stagnum rigens pernoctare jussi sunt, ut frigore congelati necarentur. Una autem erat omnium oratio : Quadraginta in stadium ingressi sumus, quadraginta item. Domine, corona donemur ; ne una quidem huic numéro desit. Est in honore

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hic numerus, quem tu quadraginta dierum jcjunio decorasti, per quem divina lex ingressa est in orbein terrarum. Elias quadraginta dierum jejunio Deum qurerens, ejus visionem consecutus est. Et hœc quidem illorum erat oratio.

CCTERIS autem custodibus somno deditis, solus vigilabat janitor, qui et illos orantes, et luce circumfusos, et quosdam e cœlo descendentes Angeles tamquam a Rege niissos, qui coronas triginta novem militibus distribuèrent, intuens, ita secum loquebatur : Quadraginta hi sunt, quadragesimi corona ubi est ? Quae dum cogitaret, unus ex illo numéro, cui animus ad frigus fercndum defecerat, in proximum tepefactumbalneum desilicns, Sanctos illos summo dolore affecit. Verum Deus illorum preces irritas esse non est passus : nam rei eventum admiratus janitor, mox custodibuse somno excitatis, detractisque sibi vestibus, ac se christianum esse claravoce professus, Martyribus se adjunxit. Cum veropraesidis satelvous l'avez honoré par un jeûne de quarante jours, et parce qu'il fut le terme après lequel la Loi divine fut cionnée au monde. Elie aussi, après avoir cherché Dieu par un jeûne de quarante jours, mérita le bonheur de le contempler. » Telle était leur prière.

CEUX qui les gardaient étant endormis, le portier qui veillait seul aperçut, pendant que les Martyrs étaient en prières, une lumière qui les environnait, et des Anges qui descendaient du ciel pour distribuer des couronnes à trente-neuf soldats, comme de la part de leur Roi. A cette vue, il se dit en lui-même : « Ils sont quarante : où donc est la couronne du quarantième ? » Pendant qu il faisait cette remarque, un de la troupe à qui le courage manqua pour supporter le froid plus longtemps, alla se jeter dans un bain d'eau chaude qui était proche, et affligea sensiblement ses saints compagnons par sa désertion. Mais Dieu ne permit pas que leurs prières demeurassent sans effet ; car le portier, plein d'admiration de ce qu'il venait de voir, s'en alla aussitôt réveiller les gardes ; et ayant ôté ses vêtements, il confessa à haute voix qu'il

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était chrétien . et allase joindre aux Martyrs. Quand les gardes du gouverneur eurent appris que le portier aussi se déclarait chrétien, ils leur rompirent à tous les jambes à coups de bâton.

ILS moururent tous dans ce supplice, hors le plus jeune nommé Mélithon. Sa mère, qui était présente, le voyant encore en vie. quoiqu'il eût les jambes rompues, l'encouragea par ces paroles : « Mon fils, souffre encore un peu : le Christ est à la porte ; il va t'aider de son secours. » Lorsqu'elle vit que l'on chargeait sur des chariots les corps des autres Martyrs pour les jeter dans un bûcher, et qu'on laissait celui de son fils, parce que ces impies espéraient amener le jeune homme au culte des idoles s'il pouvait vivre, cette sainte mère le prit sur ses épaules, et suivait courageusement les chariots qui portaient les corps des Martyrs. Durant le trajet, Mélithon rendit son àme à Dieu dans les embrassements de sa pieuse mère : et elle le jeta dans le même bûcher qui devait consumer les corps des autres Martyrs, afin que ceux qui avaient été si étroitement unis par la foi et le courage le fussent encore après la mort dans les mêmes

lites janitorem quoque christianum esse cognovissent, bacillis comminuta omnium eorum crura fregerunt.

IK eo supplicio mortui sunt omnes prœter Melithonem. natu minimum.Quem cum prassens mater ejus fractis cruribus adhuc viventem vidisset. sic cohortata est : Fili, paulisper sustine. ecce Christus ad januam stat adjuvans te. Cum vero reliquorum corpora plaustris imponi cerneret, ut in rogam inferrentur, ac filium suum relinqui. quod speraret impia turba. puerum. si vixisset, ad idolorum cultum revocari posse ; ipso in humeros sublato . sancta mater véhicula Martyrum corporibus onusta strenue prosequebatur : in cujus amplexu Mélithon spiritum Deo reddidit, ejusque corpus in eumdem illum cœterorum Martyrum rogum pia mater injecit : ut qui fide et virtute conjunctissimi fuerant, funeris etiara societate copulati. una in coelum pervenirent .

Combustis illis, eorum

reliquiœ projectrc in profluenlem, cum mirabiliter in unumconfluxissent locum, salvœ et integrœ reporta;, honorifico sepulcro conditœ sunt.

funérailles, et qu'ils arrivassent au ciel tous ensemble. Le feu ayant dévoré leurs corps, on' jeta ce qui était resté dans une rivière ; mais on retrouva ces reliques saines et entières dans un même lieu, où elles s'étaient miraculeusement réunies, et on les ensevelit avec honneur.

Afin de célébrer plus dignement la mémoire de ces célèbres Martyrs, nous empruntons quelques traits à la Liturgie grecque, qui chante leur gloire avec un saint enthousiasme.

GENEROSE praesentia suffcrentes, in prœ- miis quas sperabant gaudentes, sancti Martyres ad invicem dicebant : Non vestimentum exuimus, sed vcterem hominem deponimus ; rigida est hiems, sed dulcis Paradisus ; molesta est glacies, sed jucunda requics. Non ergo rccedamus, o commilitones ; paulum sustineamus, ut victoriœ coronas obtineamus a Christo Domino et Salvatore animarum nostrarum.

Fortissima mente martyrium sustincntes, athlet'as admirandi, per ignem et aquam transivistis, et indc ad salutis latitudiSUPPORTANT avec générosité les maux présents, remplis de joie à cause de la récompensequ'ils espéraient, les saints Martyrs se disaient entre eux : « Ce n'est pas « un vêtement que nous dé« pouillons, c'est le vieil

M homme ; l'hiver est rigou(( reux, mais le Paradis est

« doux ; la glace est cruelle, « mais le repos est agréable. i( Ne reculons donc pas, « chers compagnons ; souf« frons un peu, afin de re« cevoir du Christ Seigneur « et Sauveur de nos âmes la « couronne de victoire, m

Athlètes admirables, vous avez souffert le martyre avec courage ; vous avez passé par le feu et l'eau ; vous êtes arrivés au repos du salut,

Les Quarante Martyrs.

obtenant pour héritage le royaume des cieux ; offrez-y pour nous vos saintes prières, quarante Martyrs pleins de sagesse.

Le gardien des quarante Martyrs fut frappé d'étonnement, à la vue des couronnes ; il méprisa l'amour de cette vie, il s'éleva par le désir de ta gloire, Seigneur, qui lui était apparue, et il chanta avec les Martyrs : « Tu es « béni, Dieu de nos pères ! »

Le soldat trop amateur de la vie courut au bain empoisonné, et il y périt ; mais l'ami du Christ, ravisseur généreux de la couronne qui lui était apparue , plongé dans un bain d'immortalité, chantait avec les Martyrs r K Tu es béni, Dieu de nos « pères ! »

La mère aimée de Dieu, pleine d'un mâle courage, imitatrice de la foi d'Abraham, portant sur ses épaules le fils qui était le fruit de sa piété, amena le Martyr avec les Martyrs, comme une victime. « O mon fils, disait « cette mère aimée du Christ ( à celui qu'elle avait enfan« té, cours dans la voie, élan« ce-toi rapidement vers la « vie qui dure toujours: je ne « supporte pas que tu arrives « le second auprès de Dieu « qui donne la récompense. »

nem pervenistis, in haereditatem accipientes regnum cœlorum, in quo divinas pro nobis preces facile, sapientes quadraginta Martyres.

Attcnitus stetit quadraginta Martyrum custos coronas aspicieas, et amore hujus virae contempto, desiderio gloriaï tuse, Domine, quas illi apparuerat, sublevatus est, et cum Martyribus cecinit : Beaedictus es , Deus patrum nostrorum.

Vitas amator miles ad lavacrum currens pestiferum mortuus est;Christi autem amicus egregius raptor coronarum quas apparuerant, velut in lavacro immortalitatis, cum Martyribus canebat: Benedictus es, Deus patrum nostrorum.

Virili praedita pectore.

mater Deo

amica, super

humeros toliens quem genuerat fructum pietatis, Martyrem cum Martyribus victimam adducit. patris Abrahae imitatrix. O fili, ad perenniter manentem vitam velocius currens carpe viam. Christi amica mater ad puerum clamabat. Non fero te secundum ad Deum prœmia largientem pervenire.

Venite, fratrcs, Martyrum laudibus celebremus phalangem, frigore incensam,et errorisfrigus ardenti zelo incendentem ; generosissimum exercitum, sacratissimum agmen, consertis pugnans clypeis, infractum et invictum, defensores fidei et custodes, Martyres quadraginta, divinam choream, legatos Ecclesiœ, potenter Christum deprecantes ut pacem animis nostris concédât et magnam misericordiam.

Venez, frères , célébrons par nos louanges la phalange des Martyrs, brûlée par la froidure, et consumant par son ardeur le froid de l'erreur ; l'armée généreuse, le bataillon sacré toujours résistant et invincible , combattant sous ses boucliers réunis; les défenseurs et les gardiens de la foi, le chœur divin des quarante Martyrs, les intercesseurs de l'Eglise, eux dont la prière est puissante auprès du Christ pour obtenir la paix à nos âmes et la grande miséricorde.

AILLANTS soldats dc Jésus-Christ, qui consacrez par votre nombre mystérieux le temps de la sainte Quarantaine, recevez aujourd'hui nos hommages. Toute l'Eglise de Dieu vénère votre mémoire; mais votre gloire est plus grande encore dans les cieux. Enrôlés dans la milice du siècle, vous étiez avant tout les soldats du Roi éternel ; vous lui avez gardé fidélité, et, en retour, vous avez reçu' de sa main la couronne immortelle. Nous aussi nous sommes ses soldats; et nous marchons à la conquête d'un royaume qui sera le prix de notre courage. Les ennemis sont nombreux et redoutables ; mais comme vous, nous pouvons les vaincre, si, comme vous, nous sommes fidèles à user des armes que le Seigneur nous a mises entre les mains. La foi en la parole de Dieu, l'espérance en son secours, l'humilité et la prudence assureront notre victoire. GardezLes Quarante Martyrs. 4g 5

nous, ô saints athlètes, de tout pacte avec nos ennemis; car, si nous voulions servir deux maîtres, notre défaite serait certaine. Durant ces quarante jours où nous sommes, il nous faut retremper nos armes, guérir nos blessures, renouveler nos engagements ; veneznous en aide, guerriers emérites des combats du Seigneur ; veillez, atin que nous ne dégénérions pas de vos exemples. Une couronne aussi nous attend; plus facife à obtenir que la vôtre, elle pourrait cependant nous échapper, si nous laissions faiblir en nous le sentiment de notre vocation. Plus d'une fois, hélas! nous avons semblé renoncera cette heureuse couronne que nous devons ceindre éternellement; aujourd'hui nous voulons tout faire pour nous l'assurer. Vous êtes nos frères d'armes; la gloire de notre commun Maître y est intéressée ; hâtez-vous, ô saints Martyrs', de venir à notre secours.

^^i3^ù(ji3^3^ij^ij^C^i^'!Mjij^^^'3^^Xj'^^i3^^^iM}i3£}î^ô^0^

NXRE tous les pasteurs que le Christ a donnes à l'Eglise univ^erselle pour le représenter sur la terre, nul n'a surpassé les mérites et la renommée du saint Pape que nous célébrons aujourd'hui. Son nom est Grégoire, et signitie la vigilance ; son surnom est le Grand, dont il était déjà en possession, lorsque Dieu donna le septième Grégoire à son Eglise. Ces deux illustres pont'itcs sont frères; et tout cœur catholique les confond dans un même amour et dans une commune admiration.

Celui dont nous honorons en ce jour la mémoire est déjà connu des fidèles qui s'appliquent à suivre l'FZglise dans la Liturgie de ce saint temps. L'^Hymne des Vêpres du Carême, Audi, bénigne Conditor, est un monument de la piété de Grégoire et de son zèle envers les enfants de l'P^glise. Mais ses travaux sur le service divin, dans tout le cours de l'année, ne se sont pas bornés à enrichir nos Offices de quelques cantiques pleins d'onction et de lumière ; tout l'ensemDle de la Liturgie Romaine le reconnaît pour son principal organisateur. C'est lui qui, recueillant et mettant en ordre les prières et

s. Grégoire le Gr., Pape et Doct. de VEgl. 4g 7

les rites institués par ses prédécesseurs, leur a donné la forme qu'ils retiennent encore aujourd'hui. Le chant ecclésiastique a pareillement reçu de lui son dernier perfectionnement ; les sollicitudes du saint Pontife pour recueillir les antiques mélodies de l'Eglise, pour les assujettir aux règles, et les disposer selon les besoins du service divin, ont attaché pour jamais son nom à cette grande œuvre musicale qui ajoute tant à la majesté des fonctions sacrées, et qui contribue si puissamment à préparer l'âme du chrétien au respect des Mystères et au recueillement de la piété.

Mais le rôle de Grégoire ne s'est pas borné à ces soins qui suffiraient à immortaliser un autre Pontife. Lorsqu'il fut donné à la chrétienté, l'Eglise latine comptait trois grands Docteurs : Ambroise, Augustin et Jérôme ; la science divine de Grégoire l'appelait à l'honneur de compléter cet auguste quaternaire. L'intelligence des saintes Ecritures, la pénétration des mystères divins, l'onction et l'autorité, indices de l'assistance du Saint-Esprit, paraissent dans ses écrits avec plénitude; et l'Eglise se réjouit d'avoir reçu en Grégoire un nouveau guide dans la doctrine sacrée.

Le respect qui s'attachait à tout ce qui sortait de la plume d'un si grand Pontife a préservé de la destruction son immense correspondance; et l'on y peut voir qu'il n'est pas un seul point du monde chrétien que son infatigable regard n'ait visité, pas une question religieuse, même locale ou personnelle, dans l'Orient comme dans l'Occident, qui n'ait attiré les efforts de son zèle, et dans

40^ ^<^ Carême.

laquelle il n'intervienne comme pasteur universel. Eloquente leçon donnée par les actes d'un pape du vi" siècle à ces novateurs qui ont osé soutenir que la prérogative du Pontife Romain n'aurait eu pour base que des documents fabriqués plus de deux siècles après la mort de Grégoire !

Assis sur le Siège Apostolique, Grégoire y a paru l'héritier des Apôtres, non seulement comme dépositaire de leur autorité, mais comme associé à leur mission d'appeler à la foi des peuples entiers. L'Angleterre est là pour attester que si elle connaît Jésus-Christ, si elle a mérité durant tant de siècles d'être appelée Vile des Saints, elle le doit à Grégoire qui, touché de compassion pour ces Angles, dont il voulait, disait-il, faire des Anges, envoya dans leur île le saint moine Augustin avec ses quarante compagnons, tous enfants de saint Benoît, comme Grégoire lui-même. Le saint Pontife vécut encore assez longtemps pour recueillir la moisson évangéliqùc, qui crût et mûrit en quelques jours sur ce sol où la foi, semée dès les premiers temps et germée à peine, avait presque été submergée sous l'invasion d'une race conauérante et" infidèle. Qu'on aime à voir l'enthousiasme du saint vieillard, quand il emprunte le langage de la poésie, et nous montre « V Alléluia et les Hymnes romaines « répétées dans une langue accoutumée aux « chants barbares, l'Océan aplani sous les pas « des saints, des flots de peuples indomptés « tombant calmés à la voix des prêtres ^ » !

I. Moral, in Job. Lib. XXVII, cap. xj.

s. Grégoire le Gr., Pape et Doct. de VÉgl. 4gg

Durant les treize années qu'il tint la place de Pierre, le monde chrétien sembla, de l'Orient à l'Occident, ému de respect et d'admiration pour les vertus de ce chef incomparable, et le nom de Grégoire fut grand parmi les peuples. La France a le devoir de lui garder un tidèle souvenir ; car il aima nos pères, et prophétisa la grandeur future de notre nation par la foi. De tous les peuples nouveaux qui s'étaient établis sur les ruines de l'empire romain, la race franque fut longtemps seule à professer la croyance orthodoxe ; et cet élément surnaturel lui valut les hautes destinées qui lui ont assuré une gloire et une influence sans égales. C'est assurément pour nous. Français, un honneur dont nous devons être saintement liers, de trouver dans les écrits d'un Docteur de l'Eglise ces paroles adressées, dès le vi' siècle, à un prince de notre nation : « Comme la dignité « royale s'élève au-dessus des autres hommes, « ainsi domine sur tous les royaumes des « peuples la prééminence de votre royaume, « Etre roi coinme tant d'autres n'est pas « chose rare; mais être roi catholique, alors « que les autres sont indignes de l'être, c'est « assez de grandeur. Comme brille par l'é« clat de la lumière un lustre pompeux dans « l'ombre d'une nuit obscure, ainsi éclate « et rayonne la splendeur de votre foi, à tra« vers les nombreuses perfidies des autres' « nations i. »

Mais qui pourrait dépeindre les vertus sublimes qui firent de Grégoire un prodige de

5 00 Le Carême.

sainteté ? Ce mépris du monde et de la fortune qui lui fit chercher un asile dans l'obscurité du cloître ; cette humilité qui le porta à fuir les honneurs du Pontificat, jusqu'à ce que Dieu révélât enfin par un prodige l'antre où se tenait caché celui dont les mains étaient d'autant plus dignes de tenir les clefs du ciel, qu'il en sentait davantage le poids; ce zèle pour tout le troupeau dont il se regardait comme l'esclave et non comme le maître, s'honorant du titre immortel de serviteur des serviteurs de Dieu ; cette charité envers les pauvres, qui n'eut de bornes que l'univers ; cette sollicitude infatigable à laquelle rien n'échappe et qui subvient à tout, aux calamités publiques, aux dangers de la patrie comme aux infortunes particulières ; cette constance et cette aimable sérénité au milieu des plus grandes soutVrances, qui ne cessèrent de peser sur son corps durant tout le cours de son laborieux pontificat ; cette fermeté à conserver le dépôt de la foi et à poursuivre l'erreur en tous lieux; enfin cette vigilance sur la discipline, qui la renouvela et la soutint pour des siècles dans tout le corps de l'Eglise : tant de services, tant de grands exemples ont marqué la place de Grégoire dans la mémoire des chrétiens avec des traits qui ne s'effaceront jamais.

Lisons maintenant le récit abrégé que l'Eglise nous présente de quelques-unes des actions du saint Pontife, dans les fastes de sa Liturgie.

GREGORius Magnus , I •-> RÉGOIRE le Grand, né à Romanus, Gordiani | VJ Rome, fils du sénateur

s. Grégoire le Gr. . Pape et Doci. de VEgl. Soi

Gordien, étudia la philosophie dans sa jeunesse, et exerça la charge de Préteur. Après la mort de son père, il fonda six monastères en Sicile. Il en établit un septième à Rome, sous le nom de Saint-André, dans sa maison, près de la Basilique des Saints-Jean-et-Paul. sur la pente dite de Scaurus. Là, sous la conduite d'Hilarion et de Maximien, il professa la vie monastique, et fut ensuite Abbé. Peu après, il fut créé Cardinal-Diacre, et envoyé par le Pape Pelage à Constantinople, en qualité de légat auprès de l'empereur Tibère-Constantin. Ce fut là qu'eut lieu cette conférence mémorable dans laquelle il convainquit d'erreur si évidemment le Patriarche Eutychius qui avait écrit contre la résurrection corporelle des morts, que l'empereur jeta au feu le livre composé par ce prélat. Eutychius luimême, étant peu après tombé malade, lorsqu'il se vit proche de la mort, tenant la peau de sa main, dit en présence de plusieurs personnes : « Je confesse que nous ressusciterons tous dans cette chair. »

DE retour à Rome. Grégoire fut élu Pontife, du consentement commun, à la place de Pelage que la

senatoris filius, adolescens philosophias operam dédit, et prstorio officio functus. pâtre mortuo, sex monasteria in Sicilia aîdificavit; Roms septimum sancti Andréas nomine in suisaedibus. prope Basilicam Sanctorum Joannis et Pauli ad clivum Scauri : ubi Hilarione ac Maximiano magistris, monachi vitam professus, postea Abbas fuit. Mox Diaconus Cardinalis creatus. Constantinopolim a Pelagio Pontifice ad Tiberium Constantinum imperatorem legatus mittitur, apud quem memorabile etiam illud effecit, quod Eutychium Patriarcham, qui scripserat contra veram ac tractabilem corporum resurrectionem, ita convicit, ut ejus librum imperator in ignem injiceret. Quare Eutychius paulo post cum in morbum incidisset. instante morte, pellem manus suœ tenebat multis praesentibus, dicens : Confiteor quia omnes in hac carne resurgemus.

ROMAM rediens. Pelagio pestilentia sublato. summo omnium consensu Pontifex eligitur :

quem honorem ne acciperet, quamdiu potuit, recusavit. Nam alieno vestitu in spelunca delituit : ubi deprehensus indicio igneae columnae, ad Sanctum Petrum consecratur. In pontificatu multa successoribus doctrine ac sanctitatis exempla reliquit. Peregrinos quotidie ad mensam adhibebat : in quibus et Angelum, et Dominum Angelorum peregrini facie accepit. Paupercs et urbanos et externos, quorum numerum descriptum habebat, bénigne sustentabat, Catholicam fidem multis locis labefactatam rcstituit. Nam Donatistas in Africa, Arianos in Hispania repressit : Agnoitas Alcxandria ejecit . Pallium Syagrio Augustodunensi Episcopo dare noiuit, nisi Neophytos haereticos expelleret ex Gallia. Gothos hasresim Arianam reiinquere coegit. Missis in Britanniara doctis et sanctis viris Augustino et aliis monachis , insulam ad Jesu Christi fidem convertit, vere a Beda presbytero Angliae vocatus Apostolus. Joannis Pairiarchae Constantinopolitani audaciam fregit,

peste avait enlevé; mais il refusa cet honneur aussi longtemps qu'il lui fut possible. Déguisé sous un habit étranger, il alla se cacher dans une caverne; mais une colonne de feu ayant indiqué sa retraite, on l'arrêta ; et il fut consacré dans l'Eglise de Saint-Pierre. Dans son pontificat, il a laissé à ses successeurs de nombreux exemples de doctrine et de sainteté. Il admettait tous les jours des étrangers à sa table; et parmi eux, il lui arriva de recevoir un Ange, et même le Seigneur des Anges, sous la figure d'un pèlerin. Il nourrissait libéralement les pauvres, tant de la ville que du dehors, et il en tenait une liste. Il rétablit la foi catholique en beaucoup d'endroits où elle avait souffert ; car il réprima les Donastistes en Afrique et les Ariens en Espagne, et il chassa les Agnoïtes d'Alexandrie. Il refusa le pallium à Syagrius, Evêque d'Autun, jusqu'à ce qu'il eût chassé de la Gaule les hérétiques Néophytes. Il obligea les Goths à renoncer à l'hérésie des Ariens. Il envoya dans la Grande-Bretagne Augustin et plusieurs autres moines, tous hommes saints et savants, par lesquels il convertit cette île à la foi de JésusChrist : ce qui l'a fait appcs. Grégoire ïeGr., Pape et Doct. de VÉgl. 5o3

1er avec raison Apôtre de l'Angleterre par le prêtre Bède. Il réprima l'audace de Jean, Patriarche de Constantinople, qui s'arrogeait le nom d'Evéque universel de l'Eglise. L'empereur Maurice ayant défendu aux soldats d'embrasser la vie monastique, il lui fit révoquer ce décret.

T L a orné l'Eglise de plu*■ sieurs institutions et lois très saintes. Dans un concile rassemblé à Saint-Pierre, il établit entre autres choses qu'on répéterait neuf fois Kyrie eleison à la Messe ; que l'on dirait Alléluia hors le temps qui sépare la Septuagésime de la Pàque; qu'on ajouterait au Canon ces mots : Diesque nostros in tua pace disponas. Il augmenta le nombre des processions et des stations, et compléta l'Office ecclésiastique. I) voulut qu'on honorât à l'égal des quatre Evangiles les quatre Conciles de Nicée, de Constantinople, d'Ephèse et de Chalcédoine. Il accorda aux évêques de Sicile qui, selon l'ancienne coutume de leurs Eglises. allaient à Rome tous les trois ans, la liberté de n'y venir que tous les cinq ans. Il a composé

Èlusieurs livres; et Pierre >iacre atteste avoir vu souvent, pendant qu'il les dicqui sibi universalis Ecclesiœ Episcopi nomen arrogabat. Mauritium imperatorem, eos qui milites fuissent, monachos fieri prohibentem, a sententia deterruit.

ECCLESIAM ornavit sanctissimis institutis et legibus. Apud Sanctum Petrum coacta Synodo, multa constituit : in iis, ut in Missa Kyrie eleison novies repeteretur ; ut extra id tempus, quod continetur Septuagesima et Pascha, Alléluia diceretur : ut adderetur in Canone, Diesque nostros in tua pace disponas. Litanias, Stationes, et ecclesiasticum Officium auxit. Quatuor Conciliis, Nicaeno, Constantinopolitano, Ephesino et Chalcedonensi, tamquam quatuor Evangeliis honorem haberi voluit. Episcopis Siciliœ. qui ex antiqua Ecclesiarum consuetudine Romam singulis trienniis conveniebant, quinte quoque anno semai venire induisit. Multos libros confecit : quos cum dictaret, testa5o4

tait, le Saint-Esprit en forme de colombe sur la tête du saint. Les choses qu'il a dites, faites, écrites, décrétées, sont admirables, et d'autant plus qu'il souffrit constamment des maladies et des infirmités dans son corps. Enfin, après avoir fait beaucoup de miracles, il fut appelé au bonheur céleste après treize ans, six mois et dix jours de pontificat, le quatre des ides de mars, que les Grecs eux-mêmes célèbrent avec une vénération particulière, à cause de l'insigne sainteté de ce Pontife. Son corps fut enseveli dans la Basilique de Saint-Pierre, près du Secretarium.

tus est Petrus Diaconus se Spiritum Sanctum columba; specie in ejus capite sacpe vidisse. Admirabilia sunt quae dixit, fecit, scripsit, decrevit, prœscrtim infirma semper et œgra valetudine. Qui denique multis editis miraculis, pontificatus anno decimo tertio, mense sexto, die decimo, quarto idus martii, qui dies festus a Graecis etiam propter insignem hujus Pontificis sapientiam ac sanctitatem, prœ- cipuo honore celebratur. ad cœlestem beatitudinem evocatus est. Cujus corpus sepultum est in Basilica Sancti Pétri, prope Secretarium.

A la suite de cette belle Légende, nous placerons ici quelques Antiennes et quelques Répons extraits d'un OfBce approuvé par le Saint-Siège en l'honneur d'un si grand Pape.

BEATUS Gregorius in cathedra Pétri sublimatus, Vigilantis nomen factis implevit.

Pastor eximius, pastoralis vitœ spécimen tradidit et regulam.

Dum paginae sacrae mysteria panderet , coLE bienheureux Grégoire , élevé sur la chaire de Pierre, réalisa par sa vigilance la signification de son nom.

Pasteur excellent, il fut le modèle de la vie pastorale, en même temps qu'il en traça les règles.

Un jour qu'il expliquait les mystères de la sainte Écris. Grégoire le Gr., Pape et Doct. de VEgl. 5 o

ture, on vit près de lui une colombe plus blanche que la neige.

Grégoire , le miroir des moines, le père de Rome, les délices du monde entier.

Ayant arrêté ses regards sur de jeunes Anglais, Grégoire dit : « Ils ont des visages d'Anges, il est juste de les faire participer au sort des Anges dans le ciel. »

ICI. Dès son adolescence,

Grégoire se livra avec ferveur au service de Dieu : * Et il aspira de toute l'ardeur de ses désirs à la patrie de la vie céleste.

f. Ayant distribué aux pauvres ses richesses, il se mit pauvre à la suite du Christ qui s'est fait pauvre pour nous ;

* Et il aspira de toute l'ardeur de ses désirs à la patrie de la vie céleste.

^. Ayant établi six monastères en Sicile, il y réunit des frères pour le service du Christ ; il en fonda un septième dans l'enceinte de la ville de Rome : * Et c'est là qu'il s'enrôla dans les rangs de la céleste milice.

f. Dédaignant le monde en sa fleur, il n'eut plus d'attrait que pour sa chère solitude ;

* Et c'est là qu'il s'enrôla dans les rangs de la céleste milice.

lumba nive candidior apparuit.

Gregorius, monachorum spéculum, pater Urbis. orbis deliciae.

Gregorius respiciens Anglorum juvenes, ait : Angelicam habent faciem ; et taies Angelorum in cœlis decet esse consortes.

^. Gregorius, ab annis adolescentiae suae, Deo cœpit devotus existere, * Et ad supernœ vitae patriam totis desideriis anhelavit.

f. Pauperibus opes distribuens , Christum pro nobis egenum, egenus ipse secutus est.

* Et ad supernas vitœ patriam totis desideriis anhelavit.

Bjï. Sex in Sicilia monasteria constituens, fratres illic Christo servituros aggregavit ; septimum vero intra Romanœ urbis muros instituit: * In quo et ipse militiam coelestem aggressus est.

'f. Mundum cum flore despiciens, dilectœ solitudinis locum quassivit.

* In quo et ipse militiam cœlestem aggressus est.

5o6

ft. Ad summi Pontificatus apicem quaesitus, cum ad sylvarum et cavernarum latebras confugisset, * Visa est columna lucis a summo cœli usque ad eum linea recta refulgens.

j^. Tara eximium pastorem sitiens populus , jejuniis et orationibus ad cœlum insistebat.

* Visa est columna lucis a summo cœli usque ad eum linea recta refulgens.

^. Ecce nunc magni maris fluctibus quatior, pastoralis curas procellis illisus : * Et cum priorem vitam recolo, quasi post tergum reductis oculis, viso littore suspiro.

j^. Immensis fluctibus turbatus fcror, vix jam portum valeo viderequem reliqui.

* Et cum priorem vitanj recolo, quasi post tergum reductis oculis, viso littore suspiro.

Rj. E fonte Scripturarum moralia et mvstica proferens, fluenta Evangelii in populos deriva^. Comme on le cherchait pour l'élever aux honneurs du Pontificat suprême , il s'enfuit à l'ombre des forêts et des antres ; * Mais une colonne lumineuse apparut descendant du ciel en ligne directe jusque sur lui.

^. Dans son ardeur de posséder un si excellent pasteur, le peuple se livrait au jeiine et aux prières ;

* Mais une colonne lumineuse apparut descendant du ciel en ligne directe jusque sur lui.

^. Me voici maintenant battu des flots de la grande mer, brisé des tempêtes de la charge pastorale : * Et lorsque, au souvenir de ma vie antérieure, je jette mes regards derrière moi, à la vue du rivage qui s'éloigne, je soupire.

f. Plein de trouble, je me sens emporté par des vagues immenses ; à peine aperçoisje encore le port que j'ai quitté :

* Et lorsque, au souvenir de ma vie antérieure, je jette mes regards derrière moi, à la vue du rivage qui s'éloigne, je soupire.

"Bf. Ayant puisé dans la source des Ecritures l'enseignement moral et la doctrine mystique, Grégoire diris. Grégoire le Gr., Pape et Doct. de l'Égl. 5o\

gea vers les peuples le fleuve de l'Evangile ; * Et après sa mort sa voix se fait entendre encore.

f. Il parcourt le monde comme l'aigle ; dans sa vaste charité, il pourvoit aux grands et aux petits.

* Et après sa mort sa voix se fait entendre encore.

^. Ayant vu des jeunes gens de la nation anglaise, Grégoire regrettait que des hommes d'un si beau visage fussent dans la possession du prince des ténèbres ; * Et que sous des traits si agréables se cachât une âme privée des joies intérieures.

f. Du fond de son cœur il poussait de profonds soupirs, déplorant que l'image de Dieu eût été ainsi souillée par l'ancien serpent.

' Et que sous des traits si agréables se cachât une âme privée des joies intérieures.

^. L'évéque Jean ayant voulu dans son audace porter atteinte aux droits du premier Siège, Grégoire se leva dans la force et la mansuétude ; * Tout éclatant de l'autorité apostolique, tout resplendissant d'humilité.

}?•. Il fut invincible dans la défense des clefs de Pierre, et préserva de toute atteinte la Chaire principale ;

vit : * Et defunctus adhuc loquitur.

f. Velut aquila perlustrans mundum, amplitudine charitatis majoribus et minimis providet.

* Et defunctus adhuc loquitur.

1^. Cernens Gregorius Anglorum adolescentulos. dolebat tam lucidi vultus homines a tenebrarum principe possideri : * Tantamque frontis speciem, mentem ab internis gaudiis vacuam gestare.

y. Ex intimo corde longa trahens suspiria , lugebat imaginem Dei ab antiquo serpente deturpatam.

' Tantamque frontis speciem, mentem ab internis gaudiis vacuam gestare.

^. Cum Joannesepiscopus arroganter primas Sedis jura dissolvere lentaret, surrexit Gregorius fortis et mansuetus : * Apostolica falgens auctoritate, humilitate praeclarus.

f. Pétri claves invictus asseruit, et Cathedram principalem illaesam custodivit.

5o8

• Apostolica fulgens auctoritate, humilitate praeclariis.

'Ef. Gregoriiis , praesul meritis et nomine dignus , antiquas divinae Taudis modulationes renovans, * Militanlis Ecclesise vocem triumphantis Sponsae concentibus sociavit.

f. Sacramentorum codicem mystico calamo rescribens, veterum Patrum instituta posteris transmisit.

• Militantis Ecclesiae vocem t r iu m p h a n t is Sponsae concentibus sociavit.

fi). Stationes par Basilicas et martyrum Cœ- meteria ordinavit : ' Et sequebatur exercitus Domini Gregorium prœeuntem.

f. Ductor cœlestis militiœ arma spiritualia profercbat.

• Et sequebatur exercitus Domini Gregorium praeeuntcm.

* Tout éclatant de l'autorité apostolique, tout resplendissant d'humilité.

R|. Pontife illustre par ses mérites comme par son nom, Grégoire renouvela les mélodies de la louange divine ; * Et il réunit dans un même concert la voix de l'Eglise militante aux accords de l'Epouse triomphante.

f. Ayant transcrit de sa plume mystique le livre des Sacrements, il fit passer à la postérité les formules sacrées des anciens Pères.

* Et il réunit dans un même concert la voix de l'Eglise militante aux accords de l'E- pouse triomphante.

fi|. Il régla les Stations aux Basiliques et aux Cimetières des martyrs ; * Et l'armée du Seigneur s'avançait, suivant les pas de Grégoire.

f. Chef de la milice céleste, il distribuait à chacun les armes spirituelles.

* Et l'armée du Seigneur s'avançait, suivant les pas de Grégoire.

Saint Pierre Damien, dont nous avons célébré la fête il y a quelques jours, a consacré à la gloire de notre grand Pontife l'Hymne suivante :

5. Grégoire le Gr. . Pa^e et Doct. de l'Égl. 5og

APÔTRE des Anglais , maintenant compagnon des Anges, Grégoire, secourez les nations qui ont reçu la foi.

Vous avez méprisé l'opulence des richesses et toute la gloire du monde, pour suivre pauvre le Roi Jésus dans sa pauvreté.

Un malheureux naufragé se présente à vous ; c'est un Ange qui. sous ces traits, vous demande l'aumône; vous lui faites une double offrande, à laquelle vous ajoutez encore un vase d'argent.

Peu après, le Christ vous place à la tète de sçn Eglise ; imitateur de Pierre , vous montez sur son trône.

O Pontife excellent, gloire et lumière de l'Eglise î n'abandonnez pas aux périls ceux que vous avez instruits par tant d'enseignements.

Vos lèvres distillent un

ANGLORUM jam Apostolus, Xunc Angelorum socius, Ut tune, Gregori, gentibus Succurre jam credentibus.

Tu largas opum copias, Omnemque mundi gloriam Spernis, ut inopsinopem Jesum sequaris principem.

\"idetur egens naufragus.

Dum stipem petit Angélus :

Tu munus jam post geminum,

Praebes et vas argenteum.

Ex hoc te Christus tempore Suae praefert Ecclesiae : Sic Pétri gradum perciLu)us et normam sequeris.

O Pontifex egregie. Lux et decus Ecclesiîe, Non sinas in periculis, Quos tût mandatis instruis.

Mella cor obdulcantia

5io

Tua distillant labia : Fragrantum vim aromatum Tuum vincit eloquium.

Scripturae sacrae mystica Mire solvis aenigmata, Theorica mysteria Te docet ipsa Veritas.

Tu nactus Apostolicam Vicem simul et gloriam, Nos solve culpaînexibus, Redde polorum sedibus.

Sit Patri lausingenito, Sit decus Unigenito : Sit utriusque parili Majestas summa Flamini. Afnen.

miel qui est doux au cœur ; votre éloquence surpasse l'odeur des plus délicieux parfums.

Vous dévoilez d'une manière admirable les énigmes mystiques de la sainte Ecriture ; la Vérité elle-même vous révèle les plus hauts mystères.

Vous possédez le rang et la gloire des Apôtres ; dénouez les liens de nos péchés ; restituez-nous au royaume des cieux.

Gloire au Père ' incréé ; honneur au Fils unique ; majesté souveraine à l'Esprit égal aux deux autres. Amen.

DÈRE du peuple chrétien, Vicaire de la cha^ rite du Christ autant que de son autorité, Grégoire, Pasteur vigilant^ le peuple chrétien que vous avez tant aimé, et servi si fidèlement, s'adresse à vous avec confiance. Vous n'avez point oublié ce troupeau qui vous garde un si cher souvenir; accueillez aujourd'hui sa prière. Protégez et dirigez le Pontife qui tient de nos jours la place de Pierre et la vôtre; éclairez ses conseils, et fortifiez son courage. Bénissez tout le corps hiérarchique des Pasteurs, qui vous doit de si beaux préceptes et de si admirables exemples. Aidez-le à maintenir avec une inviolable fermeté le dépôt sacré de la foi;

S.Grégoire le Gr., Pape et Doct.de VEgl. 5ii

secourez-le dans ses efforts pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique, sans laquelle tout n'est que désordre et contusion. Vous avez été choisi de Dieu pour ordonner le service divin, la sainte Liturgie, dans la chrétienté; favorisez le retour aux pieuses traditions de la prière qui s'étaient affaiblies chez nous, et menaçaient de périr. Resserrez de plus en plus le lien vital des Eglises dans l'obéissance à la Chaire romaine, fondement de la foi et source de l'autorité spirituelle.

V^os yeux ont vu surgir le principe funeste du schisme désolant qui a séparé lOrient de la communion catholique; depuis, hélas! Byzance a consommé la rupture; et le châtiment de son crime a été l'abaissement et l'esclavage, sans que cette infidèle Jérusalem ait songé encore à reconnaître la cause de ses malheurs. Un auxiliaire a surgi de l'Aquilon, plein d'audace et les mains teintes du sang des martyrs. Dans son orgueil, il s'était juré de poser un pied sur le tombeau du Sauveur, et l'autre sur la Confession de saint Pierre, afin que 'oute créature humaine l'adorât comme un dieu. Mais la défaite s'est abattue sur le faux Christ; les sectes qui le divisent, les dissensions qui le minent, ont montre la fragilité du colosse du Nord; l'exemplede son humiliation demeurecomme un monument de la vengeance du véritable Christ notre unique Seigneur, et un accomplissement de la promesse qu'il a faite : que les portes de l'enfer ne prévaudront point contre la Pierre. Saint Poniife, nous osons demander que, la justice ayant eu son cours, la miséricorde ait aussi le sien : puisse Vuni5/2 Le Carême.

que bercail s'ouvrir aux brebis que le schisme en tenait éloignées.

Souvenez voas, ô Apôtre d'un peuple entier ! souvenez-vous de l'Angleterre qui a reçu de vous la foi chrétienne. Cette îie qui vous fut si chère, et au sein de laquelle fructifia si abondamment la semence que vous y aviez jetée, est devenue infidèle à la Chaire romame, et toutes les erreurs se sont réunies dans son sein. Depuis quatre siècles déjà, elle s'est éloignée de la vraie foi ; mais de nos jours, la divine miséricorde semble s'incliner vers elle. O Père ! aidez cette nation que vous avez enfantée à Jésus-Christ ; aidez-la à sortir des ténèbres qui la couvrent encore. C'est à vous de rallumer le flambeau qu'elle a laissé s'éteindre. Qu'elle voie de nouveau la lumière briller sur elle, et son peuple fournira comme autrefois des héros pour la propagation de la vraie foi et pour la sanctification du peuple chrétien.

En ces jours de la sainte Quarantaine, priez aussi, 6 Grégoire, pour le troupeau fidèle qui parcourt religieusement la sainte carrière de la pénitence. Obtenez-lui la componction du cœur, l'amour de la prière, l'intelligence du service divin et de ses mystères. Nous lisons encore les graves et touchantes Homélies que vous adressiez, à cette époque, au peuple de Rome ; la justice de Dieu, comme sa miséricorde, est toujours la même : obtenez que nos cœurs soient remués car la crainte et consolés par la confiance. Notre faiblesse s'effraie souvent de la rigidité des lois de l'Eglise qui prescrivent le jeûne et l'abstinence ; rassurez nos courages,

'S.Grégoire le Gr.,Pape et Doct. de VÉgl. 5i3

ranimez dans nos cœurs l'esprit de mortification. Vos exemples nous éclairent, vos enseignements nous dirigent ; que vo're iniercession auprès de Dieu fasse de nous tous de vrais pénitents : afin que nous puissions retrouver, avec la joie d'une conscience purifiée, le divin Alléluia que vous nous avez appris à chanter sur la terre, et que nous espérons répéter avec vous dais l'éiernité.

LE caremk

ST l'Apôtre de tout un peuple que l'Eglise propose aujourtf'hui à nos hommages : le grand Patrice, l'illuminateur de l'Irlande, le père de ce peuple fidèle dont le martyre dure depuis quatre siècles. En lui resplendit le don de l'apostolat que le Christ a déposé dans son Eglise, et qui doit s'y perpétuer jusqu'à la consommation des temps. Les divins envoyés du Seigneur se partagent en deux classes. Il en est qui ont reçu la charge de défricher une portion médiocre de la gentilité, et d'y répandre la semence qui germe avec plus ou moins d'abondance, selon la malice ou la docilité des hommes ; il en est d'autres dont la mission est comme une conquête rapide qui soumet à l'Evangile des nations entières. Patrice appartient à cette classe d'Apôtres; et nous devons vénérer en lui un des plus insignes monuments de la miséricorde divine envers les hommes.

Admirons aussi la solidité de son œuvre. C'est au V* siècle, tandis que l'île des Bretons était encore presque tout entière sous les ombres du paganisme ; que la race franque n'avait pas encore entendu nommer le vrai Dieu; que l'immense Germanie ignorait

Saint Patrice, Évéque et Confesseur. 5i5

profondément la venue du Christ sur la terre, que toutes les régions du Nord dormaient dans les ténèbres de l'infidélité ; c'est avant le réveil successif de tant de peuples, que l'Hibernie reçoit la nouvelle du salut. La parole divine, apportée par le merveilleux apôtre, prospère dans cette île plus fertile encore selon la grâce que selon la nature. Les saints y abondent et se répandent sur l'Europe entière; les enfants de l'Irlande rendent à d'autres contrées le même service que leur patrie a reçu de son sublime initiateur. Et quand arrive l'époque de la grande apostasie du xvi<' siècle, quand la défection germanique est tour à tour imitée par l'Angleterre et par l'Ecosse, par le Nord tout entier, l'Irlande demeure fidèle ; et aucun genre de persécution, si habile ou atroce qu'il soit, n'a pu la détacher de la sainte foi que lui enseigna Patrice.

Honorons l'homme admirable dont le Seigneur a daigné se servir pour jeter la semence dans une terre si privilégiée, et lisons avec la sainte Eglise le récit simple et abrégé de ses vertus et de ses travaux.

PATRICE, appelé l'Apôtre de l'Irlande, naquit dans la Grande-Bretagne. Il était fils de Calphurnius et de Conchessa, que Tondit avoir été parente de saint Martin, évéque de Tours. Dans son enfance il fut pris plusieurs fois pour esclave par les barbares, qui l'employèrent à garder les troupeaux ; et dès

PATRlTius , Hiberniœ dictus Apostolus , Calphurnio pâtre, matre Conchessa, sancti Martini Turonensis Episcopi, ut perhibent. consanguinea. majori in Britannia natus, puer in Barbarorum saepius incidit captivitatem. Eo in statu pascendis gregibus prae5i6

Le Carévie.

positus, jam tum futurne sanctitatis spécimen pn^- buit. Fidei namque, divinique timoris, et amoris spiritu repletus, antclucano tempore per nives, gelu, ac pluvias ad procès Deo fundendas, impiger consurgebat ; solitus centies interdiu, centiesque noctu Deum orare. A servitute tertio exemptus, et inter Clericos relatus, in divinis lectionibus longo se tempore exercuit. Galliis, Italia. insulisque Tyrrheni maris labore summo peragratis , divino tandem monitu ad Hibernorum salutem advocatur; et facta a beato Cœlestino papa Evangelii nuntiandi potestate, consecratusque Episcopus, in Hiberniam perrexit.

Eo in munere mirum quot vir Apostolicus mala, quot aerumnas, et labores, quot pertulerit adversarios. Verum Dei afflantebenignitate, terra iila, idolorum antea cultrix , eum mox praedicante Patritio fructum dédit, ut Sanctorum Insula deinde fuerit appellata. Frequentissimi ab eo populi sacro sunt regenerati lavacro : Episcopi , clcricique plurimi

lors il commença à donner des marques de la sainteté qui devait plus tard éclater en lui. En effet, rempli d'un esprit de foi, de crainte et d'amour de Dieu, il se levait avec ardeur dès le point du jour, pour aller, par les neiges, la gelée et les pluies, offrir ses prières à Dieu. Il avait coutume de dire cent oraisons le jour, et autant la nuit. Lorsqu'il fut délivré de sa troisième captivité, il embrassa la cléricature, et il s'appliqua longtemps à l'étude de l'Ecriture sainte. Après avoir parcouru avec beaucoup de fatigues les Gaules, l'Italie et les îles de la mer Tyrrhénienne , il fut divinement inspiré d'aller travailler au salut des Irlandais ; et ayant reçu sa mission du pape saint Célestin, qui le consacra évéque, il se rendit en Hibernic.

ON ne saurait raconter toutes les peines, les tribulations et les fatigues qu'eut à souffrir cet homme apostolique dans l'accomplissement de sa mission. Mais, par le secours de la divine bonté, la prédication de Patrice eut un si heureux succès, que cette terre, qui auparavant adorait les idoles, fut ensuite appelée l'Ile des Saints. Des peuples nombreux furent régénérés par lui dans le saint baptême ; il

Saint Patrice, Evéque et Confesseur .

ordonna des Evêques et un grand nombre de clercs, et fit des lois pour régler dans la continence les vierges et les veuves. Par l'autorité du Pontife romain , il établit l'Eglise d'Armach métropolitaine de toute l'île, et l'enrichit des saintes reliques qu'il avait apportées de Rome. Dieu l'honora de visions célestes et du don de prophétie ; et la vertu des signes et des prodiges brillait avec tant d'éclat dans Patrice, que sa réputation s'étendit en tous lieux.

LE soin journalier qu'il avait de ses Eglises ne détournait jamais de l'oraison la ferveur de son esprit. On rapporte qu'il avait coutume de réciter chaque jour tout le Psautier, avec les Cantiques et les Hymnes, et deux cents oraisons. En outre, il faisait trois cents génuflexions pour adorer Dieu ; et, à chaque Heure canoniale, il faisait cent signes de croix. Il partageait la nuit en trois parties : la première était employée à réciter cent Psaumes et à faire deux cents génuflexions ; pendant la seconde, il récitait les cinquante autres Psaumes, étant plongé dans de l'eau froide, tenant son cœur, ses yeux et ses mains élevés au ciel. Il employait la troisième partie de

ordinati ; virgines, acviduasad continentiïe leges instituts. Armachanam Sedem. Romani Pontificis authoritate, totius Insulae principem Metropolim constituit. Sanctorumque reliquiis ab Urbe relatis decoravit. Supernis visionibus, prophetiae dono, ingentibusque signis. et prodigiis a Deo exornatus adeo refulsit, ut longe , lateque celebrior Patritii se fama difîuderit.

PR,ETER quotidianam Ecclesiarum sollicitudinem , invictum ab oratione spiritum nunqunm relaxabat. Aiunt enim, integrum quotidie Psalterium , una cum Canticis et Hymnis, ducentisque orationibus consuevisse recitare : ter centies per dies singulos flexis genibus Deum adorare, ac in qualibet hora diei Canonica centies se Crucis signo munire. Noctem tria in spatia distribuens. primum in centum Psalmis percurrendis . et bis centies. genuflectendo, alterum in reliquis quinquaginta Psalmis . algidis aquis immersus, ac corde, oculis, manibusque ad cœ-

5i8

lum erectus, absolvendis insuraebat ; tertium vero super nudum lapidem stratus tenui dabat quieti. Humilitatis eximius cultor, Apostolico more a manuum suarum labore non abstinuit. Assiduis tandem curis pro Ecclesia consumptus, verbo et opère clarus, in extrema senectute, divinis Mysteriis rcfectus, obdormivit in Domino ; sepultusque est apud Dunum in Ultonia, a christiana salute saeculo quinte.

la nuit à prendre un peu de repos sur la pierre nue qui lui servait de lit. Plein de zèle pour la pratique de l'humilité, il ne cessa jamais de travailler des mains, comme avaient fait les Apôtres. Enfin, épuisé par ses fatigues continuelles au service de l'Eglise, illustre par ses œuvres et par ses paroles, arrivé à une extrême vieillesse, il s'endormit dans le Seigneur, après avoir reçu les divins Mystères ; et il fut enseveli à Downe, dans l'Ultonie, au cinquième siècle de l'ère chrétienne.

VOTRE vie, ô Patrice, s'est écoulée dans les pénibles travaux de l'Apostolat; mais qu'elle a été belle, la moisson que vos mains ont semée, et qu'ont arrosée vos sueurs ! Aucune fatigue ne vous a coûté, parce qu'il s'agissait de procurer à des hommes le précieux don de la foi; et le peuple à c^ui vous l'avez confié l'a gardé avec une fidélité qui fera à jamais votre gloire. Daignez prier pour nous, afin que cette foi, « sans laquelle « l'homme ne peut plaire à Dieu i », s'empare pour jamais de nos esprits et de nos cœurs. C'est de la foi que le juste vit -, nous dit le Prophète; et c'est elle qui, durant ces saints jours, nous révèle les justices du Seigneur et ses miséricordes, afin que nos cœurs se convertissent et offrent au Dieu de majesté l'hommage du repentir. C'est parce

I. Heb. XI, 6. — 2. Habac. ii, 4.

Saint Patrice, Évéque et Confesseur. 5 ig

?|ue notre foi était languissante, que notre aiblesse s'effrayait des devoirs que nous impose l'Eglise. Si la foi domine nos pensées, nous serons aisément pénitents. Votre vie si pure, si pleine de bonnes œuvres, fut cependant une vie mortifiée; aidez-nous à suivre de loin vos traces. Priez, ô Patrice, pour l'Ile sainte dont vous êtes le père et qui vous honore d'un culte si fervent. De nos jours, elle est menacée encore ; plusieurs de vos enfants sont devenus infidèles aux traditions de leur père. Un fléau plus dangereux que le glaive et la famine a décimé de nos jours votre troupeau ; ô Père ! protégez les enfants des martyrs, et défendez-les de la séduction. Que votre œil aussi suive jusque sur les terres étrangères ceux qui, lassés de souffrir, sont allés chercher une patrie moins impitoyable. Qu'ils y conservent le don de la foi, qu'ils y soient les témoins de la vérité, les dociles enfants de l'Eglise ; que leur présence et leur séjour servent à l'avancement du Royaume de Dieu. Saint Pontife, intercédez pour cette autre Ile qui fut votre berceau; pardonnez-lui ses crimes envers vos enfants : avancez par vos prières le jour où elle pourra rentrer dans la grande unité catholique. Enfin souvenez-vous de toutes les provinces de l'Eglise; votre prière est celle d'un Apôtre : elle trouvera accès auprès de celui qui vous a envoyé.

I L était juste qu en ces jours consacrés

' à l'instruction des catéchumènes, la sainte Eglise honorât le Pontife dont le nom rappelle, mieux qu'aucun autre, le zèle et la science que doivent déployer les pasteurs dans la préparation de ses futurs membres au baptême. Longtemps cependant, la chrétienté latine borna ses hommages envers un si grand Docteur à la mention faite de lui, chaque année, en son martyrologe. Mais voici qu'à l'antique expression de sa reconnaissance pour des services rendus en des temps éloignés déjà de quinze siècles, se joint chez elle aujourd'hui, vis-à-vis de Cyrille, la demande d'une assistance rendue maintenant non moins nécessaire qu'aux premiers âges du christianisme. Le Daptême, il est vrai, se confère aujourd'hui des l'enfance ; il met l'homme, par la foi infuse, en possession de la pleine vérité avant que son intelligence ait pu rencontrer le mensonge. Mais trop souvent, de nos jours, l'enfantine trouve plus près de lui la défense dont ne peut se passer sa faiblesse; la société moderne a renié JésusChrist, et son apostasie la pousse à étouffer sous l'hypocrite neutralité de prétendues

s. Cyrille de Jérusalem^ Év. et Doct. 52 1

lois, le germe divin dans toute âme bapti&ée, avant qu'il ait pu fructifier et grandir. En face de la société comme dans l'individu, le baptême a ses droits cependant ; et nous ne pouvons honorer mieux saint Cyrille, qu'en nous rappelant, au jour de sa fête, ces droits du premier Sacrement au point de vue de l'éducation qu'il réclame pour les baptisés. Durant quinze, siècles les nations d'Occident, dont l'édifice social reposait sur la fermeté de la foi romaine, ont maintenu leurs membres dans l'heureuse ignorance de ia difficulté qu'éprouve une âme pour s'élever des régions de l'erreur à la pure lumière. Baptises comme nous à leur entrée dans la vie, et dès lors établis dans le vrai, nos pères avaient sur nous l'avantage de voir la puissance civile défendre en eux, d'accord avec l'Eglise, cette plénitu de de la vérité qui formait leur plus grand trésor, en même temps qu'elle était la sauvegarde du monde. La protection des particuliers est en effet le devoir du prince ou de quiconque, à n'importe quel titre, gouverne les hommes, et la gravité de ce devoir est en raison de l'importance des intérêts à garantir ; mais cette protection n'est-elle pas aussi d'autant plus glorieuse pour le pou voir, qu'elle s'adresse aux faibles, aux petits de ce monde. ^ Jamais la majesté de la loi humaine n'apparut mieux que sur les berceaux, où elle garde à l'enfant né d'hier, à l'orphelin sans défense, sa vie, son nom, son patrimoine. Or, l'enfant sorti de la fontaine sacrée possède des avantages qui dépassent tout ce que la noblesse et la fortune des ancêtres, unies à la plus

riche nature, auraient pu lui donner. La vie divine réside en lui; son nom de chrétien le fait régal des anges; son patrimoine est cette plénitude de la vérité clont nous parlions tout à l'heure, c'est-à-dire Dieu môme, possédé par la foi ici-bas, en attendant qu'il se découvre à son amour dans le bonheur de l'éternelle vision. Quelle grandeur donc en ces berceaux où vagit la faiblesse de l'enfance! mais aussi quelle responsabilité pour le monde ! Si Dieu n'attend point, pour conférer de tels biens à la terre, que ceux auxquels ils sont départis soient en âge de les comprendre, c'est l'impatience de son amour qui se manifeste en cette hâte sublime; mais c'est aussi qu'il compte sur le monde pour révéler au temps venu leur dignité à ces enfants des cieux, pour les tormer aux devoirs résultant de leur nom, pour les élever comme il convient à leur divin lignage. L'éducation d'un fils de roi répond à sa naissance; ceux qu'on admet à l'honneur de l'instruire, s'inspirent dans leurs leçons de son titre de prince; les connaissances communes à tous lui sont elles-mêmes présentées de la manière qui s'harmonise le mieux à sa destinée surcminente; rien pour lui qui ne tende au même but : tout doit, en effet, concourir à le mettre en état de porter sa couronne avec gloire. L'éducation d'un fils de Dieu mérite-t-elle moins d'égards; et peut-on davantage, dans les soins qu'on lui donne, mettre en oubli sa destinée et sa naissance ?

11 est vrai : l'Eglise seule est capable, icibas, de nous expliquer l'ineffable origine

s. Cyrille de Jérusalem, Èv. et Doct.

des fils de Dieu; seule elle connaît sûrement la manière dont il convient de ramener les éléments des connaissances humaines au but suprême qui domine la vie du chrétien. Mais qu'en conclure, sinon que l'Eglise est de droit la première éducatrice des nations ? Lorsqu'elle fonde des écoles, à tous les degrés de la science elle est dans son rôle, et la mission reçue d'elle pour enseigner vaut mieux que tous les diplômes. Bien plus; s'il s'agit de diplômes qu'elle n'ait pas délivrés elle-même, Tusage de ces pièces civilement officielles tire sa première et principale légitimité, à l'égard des chrétiens, de son assentiment : il demeure soumis toujours, et de plein droit, à sa surveillance. Car elle est mère des baptisés; et la surveillance de l'éducation des enfants reste à la mère, quand elle ne fait pas cette éducation par elle-même.

Au droit maternel de l'Eglise, se joint ici son devoir d'Epouse du Fils de Dieu et de gardienne des sacrements. Le sang divin ne peut, sans crime, couler inutile"ment sur la terre; des sept sources par lesquelles l'Homme-Dieu a voulu qu'il s'épanchât à la parole des ministres de son Eglise, il n'en est pas une qui doive s'ouvrir autrement qu'avec l'espoir fondé d'un effet véritablement salutaire, et répondant au but du sacrement dont il est fait usage. Le saint baptême surtout, qui élève l'homme des profondeurs de son néant à la noblesse surnaturelle, ne saurait échapper, dans son administration, aux règles d'une prudence d'autant plus vigilante que le titre divin qu'il confère est

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