L'Année liturgique — Le Carême (t. 5) (page 5)
24 Le Carême.
éternel. Le baptise, ignorant volontaire ou forcé de ses devoirs et de ses droits, resçemblerait à ces fils de famille qui, par leur faute ou non, ne connaissant rien des traditions de la race d'où ils sortent, en sont l'opprobre, et promènent inutilement par le monde leur vie déclassée. Aussi, pas plus maintenant qu'au temps de Cyrille de Jérusalem, l'Eglise ne peut adniettre, elle n'a jamais admis personne à la fontaine sacrée, sans exiger dans le candidat au baptême la garantie d'une instruction suffisante : s'il est adulte, il doit tout d'abord faire par luimême preuve de sa science; si l'âge lui fait défaut et que l'Eglise néanmoins consente à l'introduire dans la famille chrétienne, c'esf qu'en raison du christianisme de ceux-lK même qui le présentent et de l'état social
3ui l'entoure, elle se tient assurée pour lui 'une éducation conforme à la vie surnaturelle devenue sienne au sacrement.
Ainsi a-t-il fallu l'affermissement incontesté de l'empire de l'Homme-Dieu sur le monde, pour que la pratique du baptême des enfants soit devenue générale comme elle l'est aujourd'hui ; et ' nous ne devons pas nous étonner si l'Eglise, à mesure que s'achevait la conversion des peuples, s'est trouvée seule investie de la tache d'élever les générations nouvelles. Les cours stériles des grammairiens, des philosophes et des rhéteurs, auxquels ne manquait oue la seule connaissance nécessaire, celle au but de la vie, furent désertés pour les écoles épiscopales et monastiques où la science du salut, primant toutes les autres, éclairait en même
s. Cyrille de Jérusalem, Év. et Doct. 525
temps chacune d'elles de la vraie lumière. La science baptisée donna naissance aux uniA-ersités, qui réunirent dans une féconde harmonie tout l'ensemble des connaissances humaines, jusque-là sans lien commun et trop souvent opposées l'une à l'autre. Inconnues au monde avant le christianisme, qui seul portait en lui la solution de ce grand problème de l'union des sciences, les universités, dont cette union fait l'essence même, demeurent pour cette raison l'inaliénable domaine de l'Eglise. Vainement, en nos jours, l'Etat, redevenu païen, prétend dénier à la mère des peuples et s'attribuer à lui-même le droit d'appeler d'un pareil nom ses écoles supérieures; les nations déchristianisées, qu'elles le veuillent ou non, seront toujours sans droit pour fonder, sans force pour maintenir en elles ces institutions glorieuses, dans le vrai sens du nom qu'elles ont porté et réalisé dans l'histoire. L'Etat sans foi ne maintiendra jamais dans la science d'autre unité que l'unité de Babel; et, ne pouvons-nous pas déjà le constater avec évidence ? le monument d'orgueil qu'il veut élever à rencontre de Dieu et de son Eglise, ne servira qu'à ramener l'effroyable confusion des langues à laquelle l'Eglise avait arraché ces nations païennes dont il reprend les errements. Quant à se parer des titres de la victime qu'on a dépouillée, tout spoliateur et tout larron peut en faire autant; mais l'impuissance où il se trouve de faire montre, en même temps, des qualités que ces titres supposent, ne fait que manifester d'autant mieux le vol com2 0 Le Carême.
mis au détriment du légitime propriétaire.
Dénions-nous donc à ^Etat païen, ou neutre, comme on dit aujourd'hui, le droit d'élever à sa manière les infidèles qu'il a produits à son ima^e ? Nullement ; la protection qui est le droit et le devoir de TEglise, ne regarde que les baptisés. Et même, n'en doutons pas : si l'Eglise doit être amenée à constater un jour que toute garantie du coté de la société fait désormais vraiment défaut au saint baptême, elle reviendra à la discipline de ce premier âge, où la grâce du sacrement qui fait les chrétiens n'était point accordée comme aujourd'hui indistinctement à tous, mais seulement aux adultes qui s'en montraient dignes, ou aux enfants dont les familles présentaient les assurances nécessaires à sa responsabilité de Mère et d'E- pouse. Les nations alors se retrouveront divisées en deux parts : d'un côté les enfants de Dieu, vivant de sa vie, héritiers de son trône; de l'autre, les hommes qui, conviés comme tout fils d'Adam à cette noblesse surnaturelle, auront préféré criminellement rester les esclaves de celui qui les voulait pour fils en ce monde dont l'Incarnation a fait son palais. L'éducation commune et neutre apparaîtra alors plus impossible que jamais : si neutre qu'on la suppose, l'école des valets du palais ne saurait convenir aux princes héritiers.
Sommes-nous proche de ces temps où les hommes que le malheur de la naissance aura exclus du baptême à leur entrée dans la vie, devront conquérir par eux-mêmes le privilège de l'admission dans la famille chrés. Cyrille de Jérusalem, Ev. et Doct. 52 y
tienne ? Dieu seul le sait ; mais plus d'un indice porterait à le croire; l'institution de la fête de ce jour peut n'être pas sans lien, dans le dessein de la Providence, avec les exigences d'une situation nouvelle qui serait faite à l'Eglise sous ce rapport. Une semaine ne s'est pas écoulée depuis les hommages que nous avons rendus à saint Grégoire le Grand, le Docteur du peuple chrétien ; trois jours plus tôt, c'était le Docteur de /'^co/e, Thomas d'Aquin, dont la jeunesse chrétienne et studieuse fêtait le glorieux patronage : pourquoi aujourd'hui, après quinze cents ans écoulés, ce Docteur nouveau sur le Cycle, ce Docteur d'une classe disparue, les catéchumènes, sinon, comme nous le disions, parce que l'Eglise voit les services nouveaux que Cyrille de Jérusalem est appelé à rendre, avec l'exemple et l'enseignement contenus dans ses Catéchèses immortelles ? Dès maintenant, combien de chrétiens égarés à l'entrée de la vie n'ont pas de plus grand obstacle à surmonter, dans leur retour à Dieu, qu'une ignorance désespérante, et {?lus profonde que celle-là même d'où le zèle de Cyrille savait retirer les païens et les Juifs !
Le récit liturgique consacré à la mémoire du saint Docteur résume merveilleusement sa vie et ses ouvrages ; il nous dispense de rien ajouter.
CYRILLE de Jérusalem s'adonna diligemment dès rage le plus tendre à l'étude des divines Ecritures, et il 6t tant de progrès dans leur
CVRILLUS Hierosolymitanus, a teneris annis divinarum Scripturarum studio summopere deditus , adeo in
52 s earum scientia profecit, ut orthodoxce fidei strenuus assertor evaserit. Monasticis institutis imbutus, perpétuas continentise, omnique severiori vivendi rationi se addictum voluit. Postquam a sancto Maximo Hierosolymae Episcopo presbyter ordinatus fuit, munus verbi divini fidelibus praedicandi et catechumenos edocendi summa cum laude implevit, atque illas vere mirandas coDscripsit Catéchèses, quibus totam ecclesiasticam doctrinam dilucide et copiose complexus, singula religionis dogmata contra fidei hostes solide propugnavit. Ita vero in his enucleate et distincte disseruit, ut non solum jam exortas hasreses, sed futuras etiam quasi prassagiens everterit, quemadmodum praestitit asserendo Corporis et Sanguinis Christi realem pra?sentiam in mirabili Eucharistiaî sacraroento. Vita autem functo sancto Maximo, a provinciae episcopis in illius locum suffectus est.
Tn episcopatu injurias * multas et calamitates, non secus ac beatus
connaissance, qu'il devint pour la foi orthodoxe un vaillant défenseur. Formé à la discipline monastique, il s'astreignit à la continence perpétuelle et au plus sévère genre de vie. Saint Maxime, Evéque de Jérusalem, l'ordonna prêtre et lui confia la charge de prêcher la parole de Dieu aux fidèles et d'instruire les catéchumènes ; ce fut avec la plus grande gloire qu'il s'en acquitta et composa ces Catéchèses vraiment admirables, dans lesquelles, embrassant avec abondance et clarté toute la doctrine de l'Eglise, il établit solidement tous les dogmes de la religion contre les ennemis de la foi. Il y parle avec tant d'évidence et de précision, que non seulement les hérésies déjà nées, mais celles encore à venir y sont réfutées comme par une sorte de présage, par exemple dans son aflirmation de la présence réelle du Corps et du Sang de Jésus-Christ au merveilleux sacrement de l'Eucharistie. Saint Maxime étant mort, il fut établi en sa place par les évêques de la province.
P'jANS son épiscopat, non *^ moins que saint Athanase, son contemporain, il
s. Cyrille de Jérusalem, Év. et Doct. 5 2g
subit pour la cause de la foi de nombreuses injustices et des persécutions de la part des Ariens. Souffrant impatiemment la véhémence de Cyrille contre l'hérésie, ils le poursui-virent de leurs calomnies, et, l'ayant déposé dans un conciliabule. le chassèrent de son siège. Pour se soustraire à leur fureur, il s'enfuit à Tarse de Cilicie et supporta la rigueur de l'exil tout le temps que vécut Constance. Après la mort de celui-ci, Julien l'Apostat étant devenu empereur, il put revenir à Jérusalem où il employa toute l'ardeur de son zèle à retirer son troupeau de l'erreur et du vice. Mais sous l'empire de ^'alens. il dut de nouveau prendre la route de l'exil, jusqu'à ce que Théodose le Grand eût rendu la pai.x à l'Eglise et réprimé la cruauté et l'audace des Ariens. Cet empereur reçut Cyrille avec de grands honneurs, comme le très courageux athlète du Christ, et le rendit à son siège. Avec quelle force et quelle sainteté il accomplit les devoirs de son sublime office, c'est ce qui ressort nettement de l'état prospère alors de l'E-
flise de Jérusalem, tel que le écrit saint Basile qui, étant venu vénérer les saints lieux,
7 demeura quelque temps.
Athanasius, cui coaevus erat, ab Arianorum factionibus fidei causa perpessus fuit. Hi enim aegre ferentes Cyrillum vehementer haeresibus obsistere. ipsum calumniis aggrediuntur, et in conciliabulo depositum e sua sede deturbant. Quorum furori ut se subtraheret, Tarsum Ciliciae aufugit, et quoad vixit Constantius, exsilii rigorem pertulit. Post illius mortem. Juliano Apostata ad imperium evecto, Hierosolymam redire potuit, ubi ardenti zelo gregi suo ab erroribus et a vitiis revocando operam navavit. Sed iterum, Valente imperatore,exsulare coactus est, donec, reddita Ecclesiae pace per Theodosium Magnum, et Arianorum crudelitate audaciaque repressa, ab eodem iœperatore tamquam fortissimus Christi athleta honoribus susceptus suae sedi restitutus fuit. Quam strenue et sanctesublimis officii sui munia impleverit, luculenter apparet ex florenti tune temporis Hierosolymitanae ecclesiœ statu, quem sanctus Basilius loca sancta veneraturus, ibi aliquamdiu commoratus, describit.
5-Vo
VENERANDI hujus Piœ- sulis sanctitatem cœ- lestibus signis a Deo fuisse illustratam, memoriae traditum accepimus. Inter ha?c recensetur prœclara Crucis , solis radiis fulgentioris, apparitio, quœ episcopatiis ejus initia decoravit. Hujusmodi prodigii ethaici et christiani testes oculares fuerunt cum ip60 Cyrille, qui gratiis primum in Ecclesia Deo redditis, illud per epistolam Conslantio imperatori narravit. Nec minus admiratione digniim, quod Judasis templum a Tito eversum restaurare ex impio imperatoris Juliani jussu conantibus, evenit. Vehemcnti enim terrœ motu oborto, et ingentibus flammarum globis e terra erumpentibus, omnia opéra ignis coni,umpsit, ita ut Judœi et Julianus deterriti, ab incepto destiterint ; prout scilicet indubitanter futurum Cyrillus praedixerat. Qui demum paulo ante obitum concilie œcumenico Constantinopolitano interfuit, in quo Macedonii hacresis, et iterum x\riana condemnata est. Ac Jérusalem inde reversus, fere septuagenarius, trigesimo
DIEU fit ressortir la sainteté du vénérable Pontife par des signes célestes dont la mémoire est venue jusqu'à nous. On compte parmi eux la merveilleuse apparition d'une croix plus brillante que les rayons du soleil, qui illustra les commencements de son épiscopat. Ce prodige eut les païens et les cnrétiens pour témoins oculaires avec Cyrille lui-même, qui, en ayant rendu grâces à Dieu dans l'église, le raconta ensuite par lettre à l'empereur Constance. Non moins digne d'admiration est ce qui arriva aux Juifs, lorsque, par l'ordre impie de l'empereur Julien, ils voulurent relever le temple que Titus avait renversé. Car il se fit sentir un violent tremblement de terre, et, d'immenses tourbillons de flammes sortant de terre, le feu dévora tous les travaux, de telle sorte que les Juifs et Julien épouvantés durent renoncer à l'entreprise, selon que Cyrille l'avait prédit comme devant arriver infailliblement. Enfin, peu de temps avant sa mort, il assista au concile œcuménique de Constantinople, dans lequel fut condamnée l'hérésie de Macédonius et, de nouveau, celle des Ariens. De retour à Jérusalem, il mourut saintement presque septuagénaire,
s. Cyrille de Jérusalem, Év. et Doct. 53 1
la trente-cinquième année de son épiscopat. Le Souverain Pontite Léon XIII a ordonné qu'on en célébrât l'Office et la Messe dans l'Eglise universelle.
quinto sui episcopatus anno, sancto fine quievit. Ejus Officium ac Missam Léo Decimus tertius Pontifex Maximus ab universa Ecclesia celebrari mandavit.
VOUS avez été, ô Cyrille, un vrai fils de la lumière i. La Sagesse de Dieu avait dès l'enfance conquis votre amour ; elle vous établit comme le phare éclatant qui brille près du port, et sauve, en l'attirant au rivage, le malheureux ballotté dans la nuit de l'erreur. Au lieu même où s'étaient accomplis les mystères de la rédemption du monde, et dans ce iv^ siècle si fécond en docteurs, l'E- glise vous confia la mission de préparer au baptême les heureux transfuges que la victoire récente du christianisme amenait à elle de tous les rangs de la société. Nourri ainsi que vous l'étiez'des Ecritures et des enseignements de la Mère commune, la parole s'échappait de vos lèvres, abondante et pure, comme de sa source; l'histoire nous apprend qu'empêché par les autres charges du saint ministère de consacrer vos soins exclusivement aux catéchumènes, vous dûtes improviser ces vingt-trois admirables discours, vos Catéchèses, où la science du salut se déroule avec une sûreté, une clarté, un ensemble inconnus jusque-là et, depuis lors, jamais surpassés. La science du salut, c'était pour vous, saint Pontife, la connaissance de Dieu et de son Fils Jésus-Christ, contenue dans le
532 Le Caverne.
symbole de la sainte Eglise; la préparation au baptême, à la vie, à l'amour, c'était pour vous l'acquisition de cette science unique, seule nécessaire, profonde d'autant plus et gouvernant tout l'homme, non par l'impression d'une vaine sentimentalité, mais sous l'empire de la parole de Dieu reçue comme elle a droit de l'être, méditée jour et nuit, pénétrant assez l'àme pour l'établir à elle seule dans la plénitude de la vérité, la rectitude morale et la haine de l'erreur.
Sûr ainsi de vos auditeurs, vous ne craigniez point de leur dévoiler les arguments et les abominations des sectes ennemies. Il est des temps, des circonstances dont l'appréciation reste aux chefs du troupeau, et ou ils doivent passer par-dessus le dégoût qu'inspirent de telles expositions, pour dénoncer le danger et tenir leurs brebis en garde contre les scandales de l'esprit ou des mœurs. C'est pour cela, ô Cyrille, que vos invectives indignées poursuivaient le manichéisme au fond' même de ses antres impurs ; vous pressentiez en lui l'agent principal de ce mystère d'iniquité ' qui poursuit sa marche ténébreuse et dissolvante à travers les siècles, jusqu'à ce qu'enfin le monde succombe par lui de pourriture et d'orgueil. Manès en nos temps règne au grand jour; les sociétés occultes qu'il a fondées sont devenues maîtresses. L'ombre des loges continue, il est vrai, de cacher aux profanes son symbolisme sacrilège et les dogmes qu'il apporta de Perse jadis; mais l'habileté du prince du monde
II Thess. n, 7.
s. Cyrille de Jérusalem, Év. et Doct. 533
achève de concentrer dans les mains de ce ridèle allié toutes les forces sociales. Dès maintenant, le pouvoir est à lui ; et le premier, l'unique usage qu'il en fasse, est de poursuivre l'Eglise en haine du Christ. Voici qu'à cette heure il s'attaque à la fécondité <ie l'Epouse du Fils de Dieu, en lui déniant le droit d'enseigner qu'elle a reçu de son divin Chef ; les enfants mêmes qu'elle a enfendrés, qui déjà sont à elle par le droit du aptême, on prétend les lui arracher de vive force et l'empêcher de présider à leur éducation. Cyrille, vous qu'elle appelle à son secours en ces temps malheureux, ne faites pas défaut à sa confiance. Vous compreniez si pleinement les exigences du sacrement qui fait les chrétiens! Protégez le saint baptême en tant d'âmes innocentes où l'on veut l'étouffer. Soutenez, réveillez au besoin, la foi des parents chrétiens; qu'ils comprennent que si leur devoir est de couvrir leurs enfants de leur propre corps plutôt que de les laisser livrer aux bêtes, l'âme de ces chers enfants est plus précieuse encore. Déjà plusieurs, et c'est la grande consolation de l'Eglise en même temps que l'espoir de la société battue en brèche de toutes parts, plusieurs ont compris la conduite qui s'imposait à toute âme généreuse en de telles circonstances : s'inspirant de leur seule conscience, et forts de leur droit de pères de famille, ils subiront la violence de nos gouvernements de force brutale, plutôt que de céder d'un pas aux caprices d'une réglementation d'Etat païen aussi absurde qu'odieuse. Bénissez-les, ô Cyrille ; augmentez leur nombre. Bénissez
534 Le Carême.
également, multipliez, soutenez, éclairez les fidèles qui se dévouent à la tâche d'instruire et de sauver les pauvres enfants que trahit le pouvoir; est-il une mission plus urgente que celle des catéchistes, en nos jours? En est-il qui puisse vous aller plus au cœur ?
La sainte Eglise nous rappelait, tout à l'heure, l'apparition de la Croix qui vint marquer les débuts de votre épiscopal glorieux. Nos temps incrédules furent, eux aussi, favorisés d'un prodige semblable, lorsque, à Migné, au diocèse d'Hilaire, votre contemporain et votre émule dans la lutte pour le Fils de Dieu, le signe du salut parut au ciel, resplendissant de lumière, à la vue de milliers de personnes. Mais l'apparition du 7 mai 35 1 annonçait le triomphe : ce triomphe que vous aviez prévu sans nul doute pour la sainte Croix, lorsque sous vos yeux, quelques années plus tôt, Hélène retrouvait le bois rédempteur; ce triomphe qu'en mourant vous laissiez affermi par le dernier accomplissement des prophéties sur le temple juif. L'apparition du 17 décembre 1826 n'aurait-elle, liélas ! annoncé que défaites et ruines ? Confiants dans votre secours si opportun, nous voulons espérer mieux, saint Pontife ; nous nous souvenons que ce triomphe de la Croix dont vous fûtes le témoin heureux, a été le fruit des souffrances de l'Eglise, et que vous dûtes l'acheter pour votre part au prix de trois dépositions de votre siège et de vingt ans d'exil. La Croix, dont le Cycle sacré nous ramène les grands anniversaires, la Croix n'est point vaincue, mais grandement triomphante au contraire, dans le
s. Cyrille de Jérusalem y Êv. et Doct. 535
martyre de ses fidèles et leurs épreuves patiemment supportées ; c'est victorieuse à jamais qu'elle apparaîtra sur les ruines du monde, au dernier jour.
^^,^W LSQu'ici, nous n'avons encore renSt^B l-a contré sur le Cycle aucune fête consacrée à l'honneur des saints Anges; mais au milieu des splendeurs de la nuit de Noël, nous mêlâmes nos voix joyeuses et timides aux divins concerts que faisaient entendre les Esprits célestes au-dessus de l'humble berceau de l'Emmanuel. Cet heureux souvenir émeut encore d'une douce allégresse nos cœurs attristés par la pénitence et par l'approche du douloureux anniversaire de la mort du Rédempteur. Aujourd'hui, faisons un peu trêve aux sévères pensées du Carême pour fêter l'Archange Gabriel ; plus tard, Michel, Raphaël et l'immense armée de nos célestes Gardiens recevront nos hommages ; mais il était juste que Gabriel fût salué de nos acclamations en ce jour. Encore une semaine, et nous le verrons descendre sur la terre comme le céleste ambassadeur de la glorieuse Trinité près de la plus pure des vierges : c'est donc avec raison que les enfants de l'Eglise se recommandent à lui pour apprendre à célébrer dignement le mystère ineffable dont il fut ici-bas le messager.
Gabriel appartient aux plus hautes hiérarchies des Esprits angéliques; il assiste devant la face de Dieu, comme il le dit luiSaint Gabriel, Archange. 53y
môme à Zacharie '. Les missions qui concernent le salut des hommes par l'incarnation du Verbe lui sont réservées, parce que c'est dans ce mystère, si humble en apparence, qu'éclate principalement la force de Dieu : or, le nom de Gabriel signifie Force de Dieu. Dès l'Ancien Testament, l'Archange a préludé à ce sublime emploi. Nous le voyons d'abord se manifester à Daniel, après la vision qu'a eue ce Prophète sur .les deux empires des Perses et clés Grecs; et tel est l'éclat dont il brille, que Daniel tombe anéanti à ses pieds 2. Peu après, Gabriel reparaît encore ; et c'est pour annoncer au même Prophète le temps précis de la venue du Messie : dans soixante-dix semaines d'années, lui dit-il, la terre aura vu leGhrist-Roi 3.
Lorsque les temps sont accomplis, et que le Ciel a résolu de faire naître le dernier des Prophètes, celui qui, après avoir averti les hommes de la prochaine manifestation du divin Envoyé, doit le montrer au peuple comme V Agneau de Dieu qui ôte les péchés du monde, Gabriel descend du ciel dans le temple de Jérusalem, et prophétise au prêtre Zacnarie la naissance de Jean-Baptiste, prélude de celle de Jésus lui-même.
Après six mois, le saint Archange reparaît sur la terre, et, cette fois, c'est a Nazareth qu'il se montre. 11 apporte du ciel la grande nouvelle. Sa céleste nature s'incline devant une fille des hommes^ il vient proposer à Marie, de la part de Jehovah, l'honneur de devenir la Mère du Verbe éternel. C'est lui
38 Le Carême.
qui reçoit le consentement de la Vierge ; et quand il quitte la terre, il la laisse en possession de celui qu'elle attendait comme la rosée des cieux i.
Mais l'heure est venue où la Mère de l'Emmanuel doit donner aux hommes le fruit béni de ses chastes entrailles. La naissance de Jésus s'accomplit dans le mystère et la pauvreté; toutefois, le Ciel ne veut pas que l'enfant de la crèche demeure sans adorateurs. Un Ange apparaît aux bergers des campagnes de Bethlehem, et les convoque à l'humble berceau du nouveau-né. 11 est accompagné d'un nombre immense d'Esprits célestes qui font entendre les plus ravissants concerts, et chantent : Gloire à Dieu et Paix aux hommes ! Quel est cet Ange supérieur qui parle seul aux bergers, et dont les autres Anges forment comme la cour ? De graves docteurs catholiques nous enseignent que cet Ange est Gabriel, qui continue son ministère de messager de la bonne nouvelle.
Enfin, lorscjue Jésus, dans le jardin de Gethsémani, a l'heure qui précède sa Passion, éprouve dans son humanité les terreurs du fatal calice, un Ange paraît auprès de lui, non seulement comme témoin de sa cruelle agonie, mais pour fortifier son courage. Quel est cet An^e que le saint Evangile ne nomme pas ? De pieux et savants hommes voient encore en lui Gabriel; et cette pensée est confirmée par un monument liturgique cjue nous reproduisons ici, et qui est revêtu de l'approbation du Siège Apostolique.
Saint Gabriel, Archange. 53g
Tels sont les titres du sublime Archange aux hommages des chrétiens; tels sont les traits par lesquels il justifie son beau nom de Force de Dieu. En effet, Dieu l'a associé à toutes les phases du grand œuvre dans lequel il a manifesté davantage sa puissance : car Jésus-Christ jusque sur la croix est, nous dit l'Apôtre, la force de Dieu i. Or, Gabriel intervient à chaque pas, pour lui préparer la voie. Il annonce d'abord l'époque précise de sa venue ; dans la plénitude des temps, il vient révéler la naissance du Précurseur; bientôt il assiste comme témoin céleste au mystère du Verbe fait chair; à sa voix, les bergers de Bethléhem, prémices de l'Eglise, viennent adorer le Fils de Dieu ; et lorsque l'humanité de Jésus aux abois doit recevoir le secours d'une main créée, Gabriel se retrouve au Jardin des douleurs, comme il avait paru à Nazareth et à Bethléhem.
Honorons donc en lui l'Ange de l'Incarnation, et offrons-lui humblement en ce jour quelques-uns des cantiques que la piété liturgique lui a consacrés. Nous donnons ici d'abord deux Hymnes empruntées au Bréviaire Franciscain.
MENTiBUS lîetis jubilemus omnes, Plectra tangentes fidibus
canoris, Inclytus quando Gabriel ab alto Fulget Olympo.
r\'UN cœur joyeux, faisons ^-^ résonner nos cantiques ; promenons l'archet sur les cordes sonores, à l'heure où Gabriel descend radieux des hauteurs du ciel.
Virginis summac Paranymphiis adest Hodic nobis, simul Angelorum, Plurimis ChrisUim venerans triumphis, Concio tota.
Principis laudes Gabrielis ergo Concinat noster chorus,
ipse quando est Unus ex septem, Domino qui adstant Jussa sequentes.
Nuntius cœli, mediator idem, Exstat a summis Gabriel
ubique I.aetus. et miindo reserat sécréta Omnipotentis.
Nuntia nobis. Gabriel, precamur, Pacis aeternas spéciale
munus, Quo poli tandem teneamus aulam Semper ovantes.
PrîBstet hoc nobis Deitas beata Patris, ac Nati, pariterque Sancti Spiritus, cujus resonat per omnem Gloria mundum. Amen.
Voici aujourd'hui le Paranymphe de l'auguste Vierge; il est accompagné de tout le chœur des Anges qui célèbre avec transport les louanges «lu Christ.
Que notre choeur à nous chante à son tour la louange du prince Gabriel : il est un des sept qui se tiennent devant le Seigneur, prêts à exécuter ses ordres.
Messager du ciel, ambassadeur d'en haut, Gabriel, joyeux de sa mission, descend des demeures célestes; il veille sur le monde, et lui dévoile les secrets du ToutPuissant.
Annoncez-nous, ô Gabriel, le don de la paix éternelle, par lequel un jour nous entrerons pleins d'allégresse dans la céleste cour.
Daigne nous accorder cette grâce la divinité à jamais heureuse du Père, du Fils et du Saint-Esprit, dont la gloire retentit dans le monde tout entier. Amen.
Saint Gabriel,
Archange. 541
TL est minuit; levez-vous à
1 la hâte; chantons au Sei•pN noctis médium :
n surgite propere,
gneur un cantique nouveau ;
Cantemus Domino jam
c'est l'heure où Gabriel fut
nova cantica :
pour le monde un messager
Hac hora Gabriel nam
de vie.
fuit omnibus \'itae nuntius optimus.
C'est aussi l'heure où le
Hac hora Dominum
sein de la Vierge enfanta le
Virgineus alvus
Seigneur pour le salut des
Humano generi protuliî ;
hommes; c'est l'heure où le
insuper
Seigneur, ayant terrassé ses
Devictis pariter funditus hostibus,
ennemis, s'éleva victorieux du
tombeau.
■^.'ictor surgit ab inferis.
A notre lever , offrons
Surgentes igitur niilid'humbles prières aux Esprits
bus invicem
célestes, mais surtout au SeiOremus precibus cœlica
gneur, qui nous a donné son Ange pour avoir soin de nous
Numina :
Prœsertim Dominum ,
tous.
qui dédit Angelum Curamqui gerit hominum.
L'esprit de l'homme pourQuas virtus hominis
rait-il raconter les bienfaits
promere sufficit.
que Gabriel ne cesse de réQuae mundo Gabriel
pandre sur le monde? C'est
munera conférât?
lui qui, conducteur des âmes,
Sanctas hic animas viseles introduit auprès du Seire Dominum
gneur pour contempler sa
Prsesto ducit in aethera.
gloire.
Daignez donc, ô Prince
Te. Princeps igitur
admirable, obtenir grâce
inclyte, quaesumus,
pour nous, malheureux ; renPro nobis miseris posdez-nous propice celui qui
cito gratiam;
peut tout; obtenez qu'il nous pardonne. Amen.
Fac et propitium, qui valet omnia, Nobis ut veniam afferat. Amen.
Le Bréviaire des Dominicains nous fournit, à son tour, cette belle Hymne en l'honneur du saint Archange.
ORoBUR Domini, lucide Gabriel 1 Quem de principibus signât Emmanuel • A quo promeruit discere Daniel Hirci prodigium feri.
Tu Vatis precibus curris alacriter, Monstras hebdomadum
sacrata tempora : Quœ nos œtherei germine Principis, Ditabunt bene gaudiis.
Baptistaî pariter mira parentibus AfFcrs a superis lastaque
nuntia, ■ Quod mater, sterili corpore, pignora Longaïvo pariet patri.
Quod Vates referunt,
mundi ab origine,
Hoc sacrae vcniens tu
plene Virgini Longo mysterium pandis ab ordine, Verum quod pariet Deum.
FORCE de Dieu, lumineux Gabriel, toi qu'Emmanuel distingue parmi ks princes de la milice céleste, c'est toi qui fus choisi pour dévoiler à Daniel la vision du bouc terrible,
A la prière de ce Prophète, tu accours du ciel; tu lui expliques le mystère des semaines sacrées qui doivent enrichir et réjouir la terre, par la naissance du Roi des cieux.
C'est toi qui apportes la nouvelle joyeuse et admirable aux parents de Jean-Baptiste ; toi qui révèles qu'une mère stérile donnera un fils à un vieillard cassé par les ans.
Ce que les Prophètes annoncèrent dès l'origine du monde, tu viens le manifester pleinement à la Vierge sacrée ; tes paroles développent le mystère, en lui annonçant qu'elle enfantera le vrai
Saint Gabriel, Archange.
Pastores Solymos, inclyte, gaudiis Implesti, reserans cœlica
nuntia : Et tecum célébrât turba canentium Nati mysterium Dei.
Oranti Domino nocte novissima, Dum sudor madidum
sanguine conficit, Adstas a superis, ut calicem bibat, Assensum patris indicans.
Mentes catholicas, inclyta Trinitas, Confirma fidei munere
cœlico : Da nobis gratiam, nos quoque gloriam, Per cuncta tibi spécula. Amen.
LE genre humain tout entier vous est redevable, ô Gabriel ! et nous acquittons aujourd'hui sa dette de reconnaissance envers vous. Du haut du ciel, vous considériez avec une sainte compassion nos malheurs ; car toute chair avait corrompu sa voie, et l'oubli de Dieu devenait de plus en plus universel sur la terre. C'est alors que vous recevez du Très-Haut la mission d'apporter la bonne nouvelle à ce monde qui allait périr. Qu'ils sont beaux, vos pas, ô Prince céleste, lorsque vous vous élancez du séjour de la gloire vers notre humble demeure ! Qu'il e"st tendre et fraternel, votre
C'est toi, auguste Archange, qui combles de joie les pasteurs de Judée, en leur manifestant la céleste nouvelle. La troupe angélique célèbre avec toi le mystère du Dieu qui vient de naître.
Lorsque le Seigneur, dans la dernière nuit, inondé d'une sueur de sang, souffre l'agonie, tu descends des cieux, tu lui déclares qu'il doit boire le calice, selon la volonté du Père.
Daignez, ô Trinité glorieuse, confirmer les cœurs catholiques par le don céleste de la foi ; donnez-nous la grâce, que nous voyions votre gloire dans les siècles sans fin. Amen.
544 L^ Carême.
amour pour l'homme, dont la nature si inférieure à la votre va être élevée à l'honneur sublime de l'union avec Dieu même! Avec quel respect vous approchez de la Vierge qui surpasse en sainteté toutes les hiérarchies angéliques !
Heureux messager de notre salut, vous que le Seigneur appelle quand il veut déployer la force de son bras, daignez offrir l'hommage de notre gratitude à celui qui vous envoya. Aidez-nous à acquitter notre dette immense envers le Père « qui a tant aimé le monde « qu'i] lui a donné son Fils unique • » ; envers le Fils « qui s'est anéanti en prenant « la forme d'esclave 2 », envers l'Esprit divin qui « s' est reposé sur la Fleur sortie de la « tige de Jessé ^ ».
C'est vous, 6 Gabriel! qui nous avez enseigné la salutation que nous devons présenter à (( Marie, pleine de ^râce ». C'est du ciel que vous avez apporté ces sublimes paroles; le premier, vous les avez prononcées; les enfants de l'Eglise qui les ont apprises de vous les répètent par toute la terre, le jour et la nuit : obtenez que notre
grande Reine les agrée toujours de notre ouche.
Ange de force, ami des hommes, continuez en notre faveur votre auguste ministère. Nous sommes environnés d'ennemis terribles; notre faiblesse accroît encore leur audace ; venez à notre secours, fortifiez notre courage. Assistez les chrétiens, en ce temps de conversion et de pénitence ; faitesI . .loHAN. III, 16. — 2. Philip. II, 7.— 3. IsAi. XI, 1-2.
Saint Gabriel, Archange. 545
nous comprendre tout ce que nous devons à Dieu, après cet ineffable mystère de l'Incarnation dont vous fûtes le premier témoin. Nous avons oublié nos devoirs envers l'Homme-Dieu, et nous l'avons offensé : éclairez-nous, afin que nous soyons désormais fidèles à ses leçons et à ses exemples. Elevez nos pensées vers l'heureux séjour que vous habitez; aidez-nous à mériter dans les rangs de votre sublime hiérarchie les places que la défection des mauvais anges a laissées vacantes, et qui sont réservées aux élus de la terre.
Priez, ô Gabriel, pour l'Eglise militante, et défendez-la contre Tenfer. Les temps sont mauvais; les esprits de malice sont déchaînés : nous ne pourrions subsister devant eux, sans le secours du Seigneur. C'est par les saints Anges qu'il donne la victoire à son Epouse. Paraissez au premier rang, Archange force de Dieu. Repoussez l'hérésie, contenez le schisme, dissipez la fausse sagesse, confondez la vaine politique, réveillez l'indifférence : afin que le Christ que vous avez annoncé règne sur la terre qu'il a rachetée, et que nous puissions chanter avec vous et avec toute la milice céleste: Gloire à Dieu! paix aux hommes !
DR l'Église universelle.
[i; sein des tristesses du Garcnie, une nouvelle joie nous arrive. Hier, c'était le radieux Archange qui déployait devant nous ses ailes; aujourd'hui, c'est Joseph, l'Epoux de Marie, le Père nourricier du l'ils de Dieu, qui vient nous consoler par sa chère présence. Dans peu de jours, l'auguste mystère de l'Incarnation va s'offrir à nos adorations : qui pouvait mieux nous initier à ses splendeurs, après l'Ange de l'Annonciation, que l'homme qui fut à la fois le confident et le gardien fidèle du plus sublime de tous les secrets?
Le Fils de Dieu descendant sur la terre pour revêtir l'humanité, il lui fallait une Mère ; cette Mère ne pouvait être que la plus pure des Vierges, et la maternité divine ne devait altérer en rien son incomparable
s. Joseph, Epoux de la Tr. Sainte Vierge. 5^^
virginité. Jusqu'à ce que le Fils de Marie fût reconnu pour le Fils de Dieu, Thonneur de sa Mère demandait un protecteur : un homme devait donc être appelé à l'ineffable gloire d'être l'Epoux de Marie. Cet heureux mortel, le plus chaste des hommes, fut Joseph.
Le ciel le désigna comme seul digne d'un tel trésor, lorsque la verge qu'il tenait dans le temple poussa tout à coup une fleur, comme pour donner un accomplissement sensible à l'oracle prophétique d'Isaïe : <( Une branche sortira de la tige de Jessé, et rt une fleur s'élèvera de cette branche i ». Les riches prétendants à la main de Marie furent écartés; et Joseph scella avec la tille de David une alliance qui dépassait en amour et en pureté tout ce que les Anges ont jamais connu dans le ciel.
Ce ne fut pas la seule gloire de Joseph, d'avoir été choisi pour protéger la Mère du \'erbe incarné; il fut aussi appelé à exercer une paternité adoptive sur le Fils de Dieu lui-même. Pendant que le nuage mystérieux couvrait encore le Saint ^ des Saints, les hommes appelaient Jésus, fils de Joseph, fils du charpentier; Marie, dans le temple, en présence des docteurs de la loi, que le divin Enfant venait de surprendre par la sagesse de ses réponses et de ses questions, Marie adressait ainsi la parole à son fils : « "S^otre « père et moi nous vous cherchions, remplis « d'inquiétude - » ; et le saint Evangile ajoute que Jésus leur était soumis, qu'il était
I. IsAi. XI. I. — 2. Luc. u, 48.
54S Le Carême.
soumis à Joseph, comme il l'était à Marie. Qui pourrait concevoir et raconter dignement les sentiments qui remplirent le cœur de cet homme que l'Evangile nous dépeint d'un seul mot, en l'appelant homme juste 1 ? Une affection conjugale qui avait pour objet la plus sainte et la plus parfaite des créatures de Dieu ; l'avertissement céleste donné par l'Ange qui révéla à cet heureux mortel que son épouse portait en elle le fruit du salut, et qui l'associa comme témoin unique sur la terre à l'œuvre divine de l'Incarnation ; les joies de Bcthléhem, lorsqu'il assista à la naissance de l'Enfant, honora la ViergeMère, et entendit les concerts angéliques; lorsqu'il vit arriver près du nouveau-né d'humbles et simples bergers, suivis bientôt des Mages opulents de l'Orient ; les alarmes qui vinrent si promptement interrompre tant de bonheur, quand, au milieu de la nuit, il lui fallut fuir en Egypte avec l'Enfant et la Mère; les rigueurs de cet exil, la pauvreté, le dénûment auxquels furent en proie le Dieu caché dont il était le nourricier, et l'épouse virginale dont il comprenait de plus en plus la^ dignité sublime; le retour à Nazareth, la vie humble et laborieuse qu'il mena dans cette ville, où tant de fois ses yeux attendris contemplèrent le Créateur du monde partageant avec lui un travail grossier; enfin, les délices de cette existence sans égale, au sein de la pauvre maison u'embellissait la présence de la Reine des nges, que sanctifiait la majesté du Fils
I. Mattk.
s. Joseph, Époux de la Tr. Sainte vierge. 54q
éternel de Dieu; tous deux déférant à Joseph l'honneur de chef de cette famille qui réunissait autour de lui par les liens les plus chêrs le Verbe incréé, Sagesse du Père, et la Vierge, chef-d'œuvre incomparable de la puissance et de la sainteté de Dieu ?
Non, jamais aucun homme, en ce monde, ne pourra pénétrer toutes les grandeurs de Joseph. Pour les comprendre^ il faudrait embrasser toute l'étendue du mystère avec lequel sa mission ici-bas le mit en rapport, comme un nécessaire instrument. Ne nous étonnons donc pas que ce Père nourricier du Fils de Dieu ait été figuré dans TAncienne Alliance, et sous les traits d'un des plus augustes Patriarches du peuple choisi. Saint Bernard a rendu admirablement ce rapport merveilleux : « Le premier Joseph, dit-il, « vendu par ses frères, et en cela figure du « Christ, fut conduit en Egjpte; le "second, « fuyant la jalousie d'Herode , porta le « Christ en Egypte. Le premier Joseph, garce dant la foi à son maître, respecta l'épouse « de celui-ci; le second, non moins chaste, « fut le gardien de sa Souveraine, de la (( Mère de son Seigneur, et le témoin de sa « virginité. Au premier fut donnée l'intelli« gence des secrets révélés par les songes; le « second reçut la confidence des mystères du « ciel même. Le premier conserva les « récoltes du froment, non pour lui-même, « mais pour tout le peuple : le second reçut « en sa garde le Pain vivant descendu du ciel, « pour lui-même et pour le monde entier i, »
Homil. II super Missus est.
55 o S.Joseph^Epoux de la Tr. Sainte Vierge.
Une vie si pleine de merveilles ne pouvait se ternfiiner que par une mort digne d'elle. Le* moment arrivait où Jésus devait sortir de l'obscurité de Nazareth et se manifester au monde. Désormais ses œuvres allaient rendre témoignage de sa céleste origine : le ministère (Je Joseph était donc accompli. Il était temps qu'il sortît de ce monde, pour aller attendre, dans le repos du sein d'Abraham, le jour oii la porte des cieux serait ouverte aux justes. Près de son lit de mort veillait celui qui est le maître de la vie, et qui souvent avait appelé cet humble mortel du nom de Père; son dernier soupir fut reçu parla plus pure des vierges, qu'il avait eu le droit de nommer son Epouse. Ce fut au milieu de leurs soins et de leurs caresses que Joseph s'endorhiit d'un sommeil de paix. Maintenant, l'Epoux de Marie, le Père nourricier de Jésus, règne au ciel avec une gloire inférieure sans doute à celle de Marie, mais décoré de prérogatives auxquelles n'est admis aucun des habitants de ce séjour de bonheur.
C'est de là qu'il répand sur ceux qui l'invoquent une protection puissante. Dans quelques semaines, la sainte Eglise nous révélera toute l'étendue de cette protection; une fête spéciale sera consacrée à honorer le Patronage de Joseph; mais désormais la sainte Eglise \eut que la fête présente, élevée à l'honneur des premières solennités, devienne le monument principal de la confiance qu'elle éprouve et qu'elle veut nous inspirer envers le ha«t pouvoir de l'époux de Marie. Le huit décembre 1870, Pie IX, au milieu de la tempête qui jusqu'à cette heure
Aux Premières Vêpres.
mugit encore, s'est levé sur la nacelle apostolique, et a proclamé, à la face de la Ville et du monde, le sublime Patriarche Joseph comme devant être honoré du titre auguste de Patron de l'Eglise universelle. Bénis soient l'année et le jour d'un tel décret, qui apparaît comme un arc-en-ciel sur les sombres nuages de l'heure présente ! Grâces soient rendues au Pontife qui a voulu que le
19 mars comptât à l'avenir entre les jours les plus solennels du Cycle, et que la sainte Eglise, plus en butte que jamais à la rage de ses ennemis, reçût le droit de s'appuyer sur le bras de cet homme merveilleux à qui Dieu, au temps des mystères évangéliques, confia la glorieuse mission de sauver de la tyrannie d'Hérode, et la Vierge-mère et le Dieu-homme à peine déclaré à la terre !
LES Antiennes de l'Office consacré par l'E- glise au nourricier du Fils de Dieu sont empruntées à l'Evangile ; elles nous donnent les traits principaux de sa vie si sublime et si simple, dans l'ordre même de la narration du livre sacré.
I. ANT.J Joseph lépoux de Marie , de laquelle est né Jésus qui est appelé le Christ .
. \ »rT- lACOB autem ^-^^^- J genuit Joseph virum Mariae , de qua natus est Jésus, qui Yocatur Christus.
Psaume cix. Dixit Dominus, page 122.
2. Ant. L'Ange Gabriel fut I 2. Ant. Missusest Anenvoyé de Dieu à une vierge | gelus Gabriel a Deo ad
552 S. Joseph, Epoux de la Tr. Sainte Vierge.
virginem desponsatam viro cui nomen erat Joseph, de domo David, et nomen virginis Maria.
Psaume ex. Confitebor tibi, Domine, pag-e 123.
mariée à un homme nommé Joseph, de la maison de David, et le nom de la vierge était Marie.
3. Ant. Marie la mère de
Jésus ayant épousé Joseph, avant qu'ils eussent été ensemble elle se trouva enceinte, ayant conçu du Saint-Esprit.
Psaume cxi. Beatus viv, page 124.
4. Ant. Joseph son époux, étant juste et ne voulant pas la perdre, résolut de la quitter secrètement.
Psaume cxii. Laudate pueri, page 126.
5. Ant. Angélus Domini apparuit Joseph, dicens : Joseph fili David, noli timerc accipere Mariam conjugem tuam ; quod enim in ea natum est, de Spiritu Sancto est : pariet autem filium, et vocabis nomen ejus Jesum.
5. Ant. Un Ange du Seigneur apparut à Joseph , disant : Joseph fils de David, ne craignez point de garder Marie votre épouse ; car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit : elle enfantera un fils que vous nommerez Jésus.
LAUDATE Dominum , omnes gentes : * laujate eum, omnes populi. Quoniam confirmata est super nos misericordia ejus : * et veritas Domini manet in aeteroum.
TOUTES les nations, louez le Seigneur ; tous les peuples, proclamez sa gloire.
Car sa miséricorde s'est affermie sur nous, et la vérité du Seigneur demeure éternellement.
Aux Pj'emières Vêpres.
L'homme fidèle sera loué grandement. Et celui qui garde son Seigneur sera élevé en gloire.
VIR fidelis multum laudabitur. Et qui custos est Domini sui, glorificabitur.
QUE les chœurs célestes chantent ta gloire , ô Joseph ! Que l'assemblée des chrétiens fasse résonner tes louanges ; tout rayonnant de mérites, une chaste alliance t'unit à l'auguste Vierge.
Ton Epouse porte les traces d'une prochaine maternité ; l'étonnement et Tinquiétude ont saisi ton âme incertaine ; un Ange vient t'apprendra que le fruit qu'elle porte est l'œuvre de l'Esprit divin.
Le Seigneur est né ; tu l'enlèves, et tu l'accompagnes dans sa fuite jusqu'aux lointaines plages de I'Eg}-pte ; dans Jérusalem, tu le perds et le retrouves : ainsi tes joies sont mêlées d'alarmes.
Une mort sainte fixe le sort des autres hommes, et la palme glorieuse vient couronner leurs mérites ; plus heureux, tu vis encore, et tu jouis d'un Dieu, égal dans ton bonheur aux bienheureux.
rE, Joseph, célèbrent agmina Cœlitum, Te cuncti resonent Christiadum chori, Qui clarus meritis junctus es inclytas Casto fœdere Virgini.
AImo cum tumidam
germine Conjugem
Admirans. dubio tangeris anxius, Afflatu superi Flaminis Angélus Conceptura puerum docet.
Tu natum Dominum
stringis ; ad exteras
jEgypti profugum tu sequeris plagas : Amissum Solymis quaeris. et invenis, Miscensgaudiafletibus.
Post mortem reliques
mors pia consecrat,
Palmamque emeritos
gloria suscipit ; Tu vivens, Superis par, frueris Deo, Mira sorte beatior.
■^4 '^- Joseph, Epoux de la Tr. Sainte Vierge.
Nobis, summa Trias,
parce prccantibus,
Da Joseph meritis sidéra
scandere : Ut tandem liceat, nos libi perpetim Gratuin promere canticum. Amen.
f. Constituit eum dominum domus suae,
^. Et principem omnis possessionis suac.
Trinité souveraine, exaucez nos prières, donnez-nous le pardon ; que les mérites de Joseph nous aident à monter dans les cieux, et qu'il nous soit donné de chanter à jamais le cantique de la félicité. Amen.
f, 11 l'a établi maître de sa maison,
^. Et prince sur tous ses biens.
ANTIENNE DE Magnificat.
ExsuRGENS Joseph a somno. fecit sicut prœcepit ei Angélus Domini et accepit conjugem
JOSEPH, s'éveiilantjfit comme lui avait ordonné l'Ange du Seigneur, et il demeura avec son épouse.
\^e Cd^nùquc Magnificat, page i3i. L'Oraison est la Collecte de la Messe, ciaprès, ^^^e 557. On tait ensuite mémoire du Carême.
Terminons en offrant à l'Epoux de Marie les deux autres Hymnes qui sont chantées en ce jour à sa gloire. Elles sont attribuées, comme lapremière, à lacomposition du pieux et savant Pape Clément XI.
CŒLlTUM Joseph déçus, atque nostrae Certa spcs vitsc, columenque mundi, Quas tibi Iseti canimus, benignus Suscipc laudes.
HONNEUR des habitants du ciel, Joseph, ferme appui de notre espérance en cette vie, soutien de ce monde que nous habitons, reçois dans ta bonté l'hymne que nous t'offrons avec allégresse.
.4 Matines et à Laudes.
Le Créateur te choisit pour Epoux à la plus pure des vierges ; il voulut qu'on t'appelât le Père de son Verbe ; il te fit le ministre de notre salut.
Le Rédempteur dont le chœur des Prophètes avait annoncé la venue, tes yeux l'ont vu, ton regard joyeux la contemplé ; tu offris au Dieu naissant tes humbles adorations.
11 se soumit à toi celui qui est le Roi, le Dieu des rois, le Maître de l'univers, qui au moindre signe fait trembler les cohortes infernales, et dont les cieux exécutent avec docilité les commandements.
Louange éternelle à la très sainte Trinité, qui t'a déféré de si sublimes honneurs ; qu'elle daigne , par tes mérites, nous accorder les joies de la vie bienheureuse. Amen.
Te sator rerum statuit pudicœ Virginis Sponsum, voluitque \erbi Te Patrem dici, dédit et ministrum Esse salutis.
Tu Redemptorem stabulo jacentem. Quem chorus Vatum cecinit futurum, Aspicis gaudens. humilisque natum Numen adoras.
Re.v, Deus regum, Dominator orbis. Cujus ad nutum tremit
inferorum Turba, cui pronus famulatur œther. Se tibi subdit.
Laus sit excclsœ Triadi perennis, Quœ tibi prœbens superos honores, Det tuis nobis meritis beatœ Gaudia vitcp. Amen.
CELUI dont nous, fidèles, célébrons la gloire ; celui dont nous chantons le glorieux triomphe, Joseph est entré aujourd'hui dans les délices de l'éternelle vie.
1STE quem lasti colimus fidèles, Cujus excelsos canimus
triumphos. Hac die, Joseph meriiit perennis Gaudia vitœ.
6 S. Joseph, l\poux de la Tr. Sainte V leriTc
O nimis felix, nimis o beatus, Cujus extremam vigiles
ad horani Christiis, et virgo simul adstiterunt Ore sereno.
Hinc Stygis victor, laqueo solutus Garnis, ad sedes placido
soporc Migrât œternas, rutilisque cingit Tempora sertis.
Ergo rcgnantem flagitemus omnes, Adsit ut nobis, veniamque nostris Obtinens culpis. tribiiat supernre Mimera pacis.
Sint tibi plausus, tibi sint honores, Trinc, qui régnas, Deus :
et coronas Aureas serve tribuis tideli, Omne per œvum. Amen.
Mortel heureux, trois fois ! heureux, qui à la dernière | heure vit, autour de sa couche, le Christ et la Vierge i l'assister d'un visage serein, i
Vainqueur de la mort, libre des liens de la chair, un doux sommeil l'a emporté vers l'éternel séjour ; et son front est ceint d'un diadème éclatant.
Maintenant qu'il règne, supplions-le tous de nous être propice ; qu'il obtienne le pardon de nos fautes, et nous procure la paix avec le ciel.
A vous la louange, à vous l'honneur , Trinité divine. Roi suprême, dont la main a place une couronne d'or pour jamais sur le front du serviteur fidèle. Amen.
JOSEPH, appelé juste par l'Esprit-Saint, est ^ bien en cflet, dans ses vertus cachées, le modèle de tous ceux qui méritent ici-bas un si beau titre. Aussi la solennité de la tcte de ce jour n'a-t-elle point empêché que l'Eglise
-1 la Messe.
j:^7
ne prît la plus grande partie de la Messe du glorieux patriarche au Commun des saints Confesseurs.
LE juste fleurira comme le palmier, il se multipliera comme le cèdre du Liban ; il est planté dans la maison du Seigneur, dans les parvis de la maison de notre Dieu. Ps. Il est bon de louer le Seigneur, et de chanter des psaumes à votre Nom, ô Trè«- Haut 1 Gloire au Père. Le juste.
Là puissance du très saint Epoux de la .Mère de FJieu est pour l'Eglise un de ses plus termes appuis ; dans la Collecte, couvronsnous avec elle du crédit de son intercession près du Fils et de la Mère.
JUSTL'S ut palma florebit ; sicut ccdrus Libani multiplicabitur : plantatus in domo Domini, in atriis domus Dei nostri.
Ps. Bonum est confiteri Domino : et psallere Nomini tuo , Altissîme. Gloria. Justus.
/~\UE les mérites de l'E- ^-<f poux de votre très sainte Mère soient notre secours , nous vous en prions , Seigneur ; que ce qui serait audessus de nos moyens, nous soit donné par son intercession. Vous qui vivez.
SANCTissiMiE Genitricis tuae Sponsi, quaesumus Domine , meritis adjuvemur ; ut , quoi possibilitas nostra non obtinet, ejus nobis intercessione donetur. Qui vivis.
On fait ensuite mémoire du Carême par la Collecte du jour.
Lecture du livre de la Sagesse. ECCL. XLV.
IL a été aimé de Dieu et des hommes, sa mémoire est
Lectio libri Sapientix.
DiLECTUs Deo et hominibus, cujus mémoj^5>S' S. Joseph, Époux de la Tr. Sainte Mer^e.
en bénédiction. Dieu a égale sa gloire à celle des Saints, et il l'a rendu grand, faisant de lui la terreur des ennemis, et à ses paroles il a dompté les monstres. Il l'a glorilic aux yeux des rois, et il lui ;i donné ses ordres en présence de son peuple, et il lui a montré sa gloire. C'est dans sa foi et sa douceur qu'il l'a lait saint, et qu'il l'a choisi du milieu de toute chair. Car il l'aentendii, il a écouté sa voix, et il l'a introduit dans la nuée. Et il lui a donné publiquement ses préceptes, la loi de la vie et de la science.
ria in benedictione est. Similem illum fecit in gloria Sanctorum , et magnificavit eum in timoré inimicorum, et in verbis suis monstra placavit. Glorificavit illum in conspeclu legum, et jussit illi coram populo suo, et ostendit illi gloriam suam. In fide et ienitate ipsius sanctum fecit illum, et elegit eum ex omni carne. Audivit enim eum, et vocein ipsius, et induxit illum in nubem. Et dcdit illi coram praecepta, et legem vitœ, et disciplinœ.
CES lignes sont consacrées, dans le livre de l'Ecclésiastique, à l'éloge de Moïse. Le plus doux des hommes qui habitaient de son temps sur la terre ', Moïse fut choisi dans son humilité du milieu de toute chair pour confident de Dieu ; en présence des rois, il transmettait au peuple aimé les ordres du ciel ; sa gloire égala celle des plus illustres patriarches et saints personnages des siècles de l'attente. « S'il est parmi vous quelque prophète, disait le Seigneur, je lui apparaîtrai en vision, je lui parlerai en songe ; mais telle n'est pas la condition de mon serviteur Moïse, dans toute ma maison le plus lidèle : car je lui parle bouche à bouche, et c'est clairement, et non en énigme ou sous des figures, qu'il voit le Seigneur ^. »
A la Messe.
Non moins aime de Dieu, non moins béni de son peuple, Joseph n'est point seulement l'ami de Dieu i, l'intermédiaire entre le ciel et une nation privilégiée. Le Père souverain lui communique les droits de sa paternité sur son Fils ; c'est à ce Fils, chef des élus, et non plus seulement au peuple des figures, qu'il transmet les ordres d'en haut. L'autorité qu'il exerce ainsi n'est égalée que par son amour : ce n'est point en passant ou à la dérobée qu'il voit le Seigneur- : ce Fils de Dieu qui l'appelle son père en face de la terre et des cieux, se comporte comme tel, et reconnaît sans fin par ses effusions de divine tendresse les trésors de dévouement qu'il trouve en ce cœur si fidèle et si doux. Quelle gloire au ciel, quelle puissance sur toutes choses, répondant à son pouvoir et à sa sainteté d'ici-bas, ne sont pas maintenant le partage de celui qui, mieux que Moïse, pénétrâmes secrets delà nuée mystérieuse et connut tous les biens ^ !
Le Graduel et le Trait viennent bien à la suite de l'Epître, pour chanter les augustes privilèges de l'homme qui, plus qu'auctin autre, a justifié ce verset du psaume : La gloire et les richesses sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.
Ceigneur, vous l'avez pré*-^ venu de la douceur de vos bénédictions ;vous avez placé
r\ OMINE , praevenisti •^ eum in benedictionibus dulcedinis : posuisti
Ex. xxxni, II. — 2. Ibid. 22. — 3. Ibid. IQ.
''6o s. Joseph, Epoux de la Tr. Sainte Vierge.
in capiteejus coronatn de lapide pretioso.
f. Vitam petiit a te, et tribiiisti ei longitudinem dicrum in saeculum saeculi.
sur sa tète une couronne de pierres précieuses.
f. Il vous a demandé sa vie, et vous lui avez octroyé des jours qui s'étendront dans les siècles des siècles.
BEATUS vir, qui timet Dominum : in mandatis ejus cupit nimis.
f. Potens in terra erit semen ejus : generatio rectorum benedicetur.
]î>^, Gloria et divitiae in domo ejus : et justifia ejus manet in saeculum saïculi.
BIENHEUREUX l'homme qui craint le Seigneur, qui met l'ardeur de ses désirs à observer ses ordres 1
f. Sa race sera puissante sur la terre ; la descendance des justes sera bénie.
f. La gloire et les richesses sont dans sa maison, et la justice demeure dans les siècles des siècles.
Sequentia sancti Evangelii secundum Matthaeum. Cap. i.
CUM esset desponsata mater Jesu Maria Joseph , antequam convenirent, inventa est in utero habens de Spiritu Sancto. Joseph autem vir ejus cum esset justus, et noilet cam traducere, voluit occulte dimittere cam. Haec autem eo cogitante, ccce Angélus Domini apparuit in somnis ei, dicens : Joseph fili David, noii timere accipere Mariam conjiigem luam : quod enim in ca natum est , de Spiritu
La
suite du saint Evanili selon saint Matthieu.
ARiE la mère de Jésus ayant épousé Joseph, avant qu'ils eussent été ensemble elle se trouva enceinte, ayant conçu du Saint-Esprit. Joseph son Epoux, étant juste et ne voulant pas la perdre, résolut de la quitter secrètement. Mais lorsqu'il était dans cette pensée, voici qu'un Ange du Seigneur lui apparu^t en songe, disant : Joseph fils de David, ne craignez point de garder Marie votre Epouse ; car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit: elle enfantera un fils, et vous
A la Messe.
le nommerez Jésus, parce que c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.
Sancto est. Pariet autem filium : et vocabis nomen ejus Jesum : ipse enim salvum faciet populum suum a peccatis eorum.
JAMAIS épreuve fut-elle plus dure que celle qu'il plut à Dieu d'imposer à l'âme si droite du glorieux patriarche ? Joseph, c'est l'expérience des plus saintes âmes, devait être pour ses dévots clients un guide incomparable dans les voies spirituelles ; et c'est j)our cela que lui aussi devait connaître l'angoisse^ creuset nécessaire où toute sainteté s'achève. Mais la Sagesse n'abandonne point ceux qui recherchent uniquement ses sentiers. Comme le chante l'Eglise en ce jour m.ême, elle conduisait le juste par des voies droites i sans qu'il en eût conscience, et dans cette nuit où ses pensées cherchaient péniblement à se frayer le chemin de la justice, elle lui montrait soudain sa divine lumière ; la connaissance des célestes secrets lui était donnée ; en retour de l'angoisse par où son cœur avait passé, il voyait la place que lui faisait l'inscrutable dessein de la Providence dans ce royaume de Dieu dont les splendeurs étaient appelées à rayonner pour jamais de sa pauvre demeure sur le monde entier, ^'éritablement donc pouvaitil conclure avec l'Eglise -, et reconnaître que la Sagesse avait "bien en effet ennobli son labeur et fécondé ses peines. Ainsi toujours elle rend aux justes le prix de leurs
5 62 S. Joseph, Époux de la Tr. Sainte Vierge.
travaux, et les conduit par des voies admirables '.
Chantons, dans l'Offertoire, cette effusion des largesses divines élevant au-dessus de tous les rois ses aïeux l'humble artisan de Nazareth.
MA vérité et ma miséricorde sont avec lui ; et par mon Nom sa puissance sera exaltée.
VERITAS mea, et misericordia mea cum ipso : et in Nomine mec exaltabitur cornu ejus.
Sachons avec l'Eglise, dans la Secrète, confier au bienheureux gardien de l'EnfantDieu la protection des dons du Seigneur en nos âmes ; il nourrira Jésus en nous, et l'amènera à la mesure de l'homme parfait, comme il le fit il y a dix-huit siècles.
p,^EBiTUM tibi, Domine,
D nostrae reddimus servitutis , suppliciter exorantes : ut suffragiis beati Joseph Sponsi Genitricis Filii tui Jesu Christi Domini nostri , in nobis tua mimera tuearis ; ob cujus venerandam festivitatem laudis tibi hostias immolamus. Per eumdem Dominum.
, .ous acquittons envers r^ vous, Seigneur, la dette de notre service, vous suppliant humblement de protéger en nous vos dons par les suffrages du bienheureux Joseph, Epoux de la Mère de votre Fils Jésus-Christ notre Seigneur, en la fête vénérable duquel nous vous immolons aujourd'hui les hosties de la louange. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.
On fait ensuite mémoire du Carême par la Secrète du jour.
A la Messe.
La Communion rappelle le message de l'Ange annonçant à Joseph que Dieu même a pris possession de Marie son Epouse ; le banquet sacré ne rapproche-t-il pas l'heureux sort de l'Eglise de celui de la ViergeMère ?
JOSEPH fils de David, ne craignez point de garder Marie votre Epouse : car ce qui est né en elle est du Saint-Esprit.
JOSEPH fili David, noli timere accipere Mariam conjugem tuam : quod enim in ea natum est, de Spiritu Sancto est.
La Postcommunion exprime de nouveau la pensée qui déjà inspirait la Secrète : daigne Dieu remettre ses dons, et Jésus même que nous venons de recevoir, à la garde si sûre du glorieux patriarche !
SOYEZ favorable à notre prière , ô Dieu miséricordieux ; et vous laissant apaiser, gardez vos dons en nous par l'intercession en notre faveur du bienheureux Joseph votre Confesseur. Par Jésus-Christ.
ADESTO nobis . quassumus misericors Deus : et intercedente pro nobis beato Joseph Confessore, tua circa nos propitiatus dona custodi. Per Dominum.
On fait ensuite mémoire du Carême par la Postcommunion du jour.
s 64
ES secondes Vêpres ne diffèrent des pre' mièrcs, que par les Antiennes et le Verset.
I. \Ni- |RANTparen-^"'- J tes Jes» per onnnes annos in Jérusalem, in die solemni Pascha".
Psaume cix. Dixit Dominas, page 122.
2. Ant. Comme ils s'en retournaient , l'enfant Jésus resta dans Jérusalem, sans que ses parents s'en aperçussent.
Psaume ex. Confitebortibi, Domine, ;7<j>Ce i23.
3. Ant. Ne trouvant point
Jésus, ils revinrent à Jérusalem en le cherchant ; et après trois jours ils le trouvèrent dans le temple, assis au milieu des docteurs, les écoutant et les interrogeant.
3. Ant. Non invenientes Jesum,regressi sunt in
Jérusalem , rcquirentes eum ; et post triduum invenerunt illum in templo sedentem in medio doctorum, audientem et inlerrogantem ces.
Psaume cxi. Beatus vir, p^^^ 124.
4. Ant. Dixit mater 4. Ant. Sa mère lui dit mater , quid
ejus ad illum : F fecisti nobis sic ? Ëcc pater tuus et ego dolentes quaerebamus te.
Mon fils, pourquoi avez-vous agi ainsi envers nous ? Voilà que votre père et moi nous vous cherchions tout affliges.
Psaume cxii. Laudate pueri, page 120.
5. Ant. Descendit Jésus cum eis et venit Nazareth, et erat subditus illis.
5. Ant. Jésus descendit avec eux, et vint à Nazareth, et il leur était soumis.
Psaume cxvi. Laudate Dominum. omnes gentes, page 552.
Le Capitule, page 553. L'Hymne, ibid.
f. La gloire et les richesses sont dans sa maison ;
^. Et sa justice demeure dans les siècles des siècles.
t- Gloria et divitiae in domo ejus ;
^. Et justitia ejus manet in sasculura saeculi.
ANTIENNE DE Magnificat.
C'est là le serviteur fidèle et prudent, que le Seigneur a établi sur sa famille.
ECCE fidelis servus et prudens, quem constituit DomitKis super familiam suam.
Le Cantique Magnificat, page i3i.
L'Oraison, page bb-j.
On fait ensuite mémoire du Carême.
La Liturgie grecque, qui honore saint Joseph au Dimanche qui suit la fête de Noël, nous ofh"e en son honneur les strophes suivantes que nous empruntons aux Menées.
(dominica post natale domini.)
JOSEPH l'Epoux vit de ses yeux l'accomplissement des prophéties ; choisi pour le plus illustre mariage, il reçut la révélation par la bouche des Anges qui chantaient : Gloire au Seigneur ! car il a donné la paix à la terre.
Prophetarum prœdicationes evidenter adimpletas vidit Joseph sponsus. qui ad singularem designatus desponsationem.revelationes accepit ab Angelis clamantibus : Gloria Domino, quia pacem terra largitus est.
Annuntia, Joseph, David! Dei parenti prodigia : Virginem vidisti puerum in sinu habenlem ; una cum Magis adorasti, cum pastoribus gloriam Deo dedisti, ab Angelo praemonitus. Deprecare Christum Deum, ut animœ nostrx salventur.
Quem supernas Deum incircumscriptum tremunt potestatcs, tu, Joseph, natum ex Virgine in manibus tuis accipis consecratus venerando contactu ; ideo te honorificamus.
Spiritum divinis mandatis obedientem habens, et purus omnino factus, solam in mulieribus puram et immaculatam tu, béate Joseph, in sponsam accepisti, Virginem castam custodiens, ut Creatoris tabernaculum effici mereretur.
Soli Gabrieli in cœlis, et tibi soli, celeberrime, post solam Virginem intactam, mysterium crcditum est, maximum et venerandum, béate Joseph, mysterium quod perniciosum principem tenebrarum de)iceret.
Annonce, ô Joseph, à David l'ancêtre de Dieu les prodiges que tes yeux ont contemplés ; tu as vu l'enfant reposant sur le sein de la Vierge ; tu l'as adoré avec les Mages ; tu as rendu gloire à Dieu avec les bergers, selon la parole de l'Ange : prie le Christ Dieu, afin que nos âmes soient sauvées.
Le Dieu immense devant qui tremblent les puissances célestes, toi, Joseph, tu l'as reçu dans tes bras, lorsqu'il naquit de la Vierge ; tu as été consacré par cet auguste contact : c'est pourquoi nous te rendons honneur.
Ton âme fut obéissante au divin précepte ; rempli d'une pureté sans égale, heureux Joseph, tu méritas de recevoir pour épouse celle qui est pure et immaculée entre les femmes ; tu fus le gardien de cette Vierge, lorsqu'elle mérita de devenir le tabernacle du Créateur.
A Gabriel seul dans les cieux, à toi seul sur la terre, après la chaste Vierge, fut confié le grand et vénérable mystère qui devait renverser notre ennemi, le prince des ténèbres, heureux Joseph, digne de toute louange !
s. Joseph, Époux de la Tr. Sainte Vierge. 56-j
La Vierge pure, semblable à une nuée mystérieuse, tenant caché dans son sein le divin Soleil, tu las conduite de la cité de David en Egypte , pour dissiper les ténèbres de l'idolâtrie qui couvraient celte contrée, ô Joseph , ministre de l'incompréhensible mystère !
Tu as assisté avec sagesse, ô Joseph, le Dieu devenu enfant dans la chair ; tu l'as servi comme un de ses Anges ; il t'a illuminé immédiatement ; tu as reçu en toi ses rayons spirituels ; ô bienheureux ! tu as paru tout éclatant de lumière dans ton cœur et dans ton âme.
Celui qui d'une parole a façonné le ciel, la terre et la mer, a été appelé le Fils de l'artisan, de toi, admirable Joseph ! Tu as été nommé le père de celui qui est sans principe, et qui t'a glorifié comme le ministre d'un mystère qui surpasse toute intelligence.
Que ta mort fut précieuse en présence du Seigneur, heureux Joseph ! Consacré au Seigneur dès l'enfance, tu as été le gardien sacré de la Vierge bénie ; et tu as chanté avec elle ce cantique : « Que toute créature bénisse « le Seigneur , et l'exalte
Ut divinam nubem , solam castam, in sinu suo Solem absconditum habentem, in iEgyptum ex civitate David perduxisti, ut ejusdem idololatriae fugares tenebras, Joseph incomprehensibilis mysterii minister.
Astitisti, sapiens Joseph, Deo in carne puerascenti ministrans, sicut Angélus; et immédiate ab illo illustratus es radios ejus spirituales accipiens, béate ; et illuminatissimus corde et anima visus fuisti.
Qui cœlum, terram et mare verbo fabricatus est vocatus fuit Filius fabri, tui, Joseph admiratione digne, Vocatus es pater illius qui sine principio est, et qui te glorificavit ut mysteriorum supra rationem ministrum.
O quam pretiosa fuit mors tua in conspectu Domini, béate Joseph ; tu enim Domino ab infantia sanctificatus, sacer fuisti custos benedictae Virginis. et cum eacecinisti: Omnis creatura benedicat Dominum.
« dans les siècles éternel
et supirexaltet eum in sempiterna sœcula. A- men.
«y ous vous louons, nous vous glorifions, JNj heureux Joseph. Nous saluon^s en vous l'Epoux de la Reine du ciel, le Père nourricier de notre Rédempteur. Quel mortel obtint jamais de pareils titres ? et cependant ces titres sont les vôtres, et ils ne sont que la simple expression des grandeurs qu'il a plu à Dieu de vous conférer. L'Eglise du ciel admire en vous le dépositaire des plus sublimes faveurs ; l'Eglise de la terre se réjouit de vos honneurs, et vous bénit pour les bienfaits que vous ne cessez de répandre sur elle.
Royal fils de David, et en même temps le plus humble des hommes, votre vie semblait devoir s'écouler dans cette obscurité qui faisait vos délices ; mais le Seigneur voulut vous associer au plus sublime de ses actes. Une noble Vierge, de même sang que vous, fait l'admiration du ciel, et deviendra la gloire et l'espérance de la terre ; cette Vierge vous est destinée pour épouse. L'Esprit-Saint doit se reposer en elle comme dans son tabernacle le plus pur ; c'est à vous, homme chaste et )uste, qu'il a résolu de la confier comme un inestimable dépôt, Duvenez donc l'Epoux de celle « dont le « Seigneur lui-même a convoité la beauté ^ w.
Le Fils de Dieu vient commencer ici-bas une vie d'homme ; il vient sanctifier la famille, S2S liens et ses affections. Votre
I. Psalm. XLlv, 12.
s. Joseph, Époux de la Tr. S.unte Vierge. 56(f
oreille mortelle l'entendra vous nommer son Père ; vos yeux le verront obéir à vos commandements. Quelles furent, 6 Joseph, les émotions de votre coeur, lorsque, pleinement instruit des grandeurs de votre Épouse et de la divinité devotre F'ils adoptif, il vous fallut remplir le rôle de chef, dans cette famille au sein de laquelle le ciel et la terre se réunissaient ! Quel souverain et tendre respect pour Marie, votre Epouse ! quelle reconnaissance et quelles adorations pour Jésus, votre enfant soumis 1 O mystère de Nazareth ! un Dieu habite parmi les hommes, et il souffre d'être appelé le Fils de Joseph !
Daignez, 6 sublime ministre du plus grand de tous les bienfaits, intercéder en "notre faveur auprès du Dieu fait homme. Demandez-lui pour nous Phumilité qui vous a fait parvenir à tant de grandeur, et qui sera en nous la base d'une conversion sincère. C'est par l'orgueil que nous avons péché, que nous nous sommes préférés à Dieu ; il nous pardonnera cependant, si nous lui offrons « le sacrifice d'un coeur contrit et humilié ^ ». Obtenez-nous cette vertu, sans laquelle il n'est pas de véritable pénitence. Priez aussi, ô Joseph, afin que nous soyons chastes. Sans la pureté du cœur et des sens, nous ne pouvons approcher du Dieu de toute sainteté, qui ne souffre près de lui rien d'impur ni de souillé. Par sa grâce, il veut faire de nos corps des temples de son Saint-Esprit : aidez-nous à nous maintenir à cette éléva[. Psalm. L, 19.
tion, à la rétablir en nous, si nous l'avions perdue.
Enfin, ô fidèle Epoux de Marie, recommandez-nous à notre Mère. Si elle daigne seulement jeter un regard sur nous en ces jours de réconciliation, nous sommes sauvés : car elle est la Reine de la miséricorde, et Jésus son fils, Jésus qui vous appela son Père, n'attend, pour nous pardonner, pour convertir notre cœur, que le suffrage de sa Mère. Obtenez-le pour nous, ô Joseph ! rappelez à Marie Bethléhem, l'Egypte, Nazareth, où son courage s'appuya sur votre dévouement ; dites-lui que nous vous aimons, que nous vous honorons aussi : et Marie daignera reconnaître par de nouvelles bontés envers nous les hommages que nous rendons à celui qui lui fut donné par le ciel pour être son protecteur et son appui.
CtiA eXU. OiA CtiA ftiA ftiA ftiJ. CtlA CiA CtiA ttiA CtlA
UARANTE jours s'étaiciit à peine écoulés depuis l'heureux moment où la blanche colombe du Cassin s'éleva au plus haut des cieux ; et Benoît, son glorieux frère, montait à son tour, par un chemin lumineux, vers le séjour de bonheur qui devait les réunir à jamais. Le départ de l'un et de l'autre pour la patrie céleste eut lieu dans cette période du Cycle qui correspond, selon les années, au saint temps du Carême ; mais souvent il arrive que la fête de la vierge Scholastique a déjà été célébrée, lorsque la sainte Quarantaine ouvre son cours ; tandis que la solennité de Benoît tombe constamment dans les jours consacrés à la pénitence quadragésimale. Le Seigneur, qui est le souverain maître des temps, a voulu que ses fidèles, durant les exercices de leur pénitence, eussent sous les yeux, chaque année, un si illustre modèle et un si puissant intercesseur. Avec quelle vénération profonde nous devons approcher aujourd'hui de cet homme merveilleux, de qui saint Grégoire a dit « qu'il fut rempli de l'esprit de tous les « justes » ! Si nous considérons ses vertus, elles l'égalent à tout ce que les annales de l'Eglise nous présentent de plus saint , la charité de Dieu et du prochain, l'humilité.
I.e Carême.
le don de la prière, l'empire sur toutes les passions, en font un chef-a'œuvre de la grâce du Saint-Esprit. Les signes miraculeux'cclatent dans toute sa vie par la guérison des infirmités humaines, le pouvoir sur les forces de la nature, le commandement sur les démons, et jusqu'à la résurrection des morts. L'Esprit de prophétie lui découvre l'avenir ; et les pensées les plus intimes des hommes n'ont rien de caché aux yeux de son esprit. Ces traits surhumains sont relevés encore par une majesté douce, une gravité sereine, une charité compatissante, qui brillent à chaque page de son admirable vie ; et cette vie, c'est un de ses plus nobles enfants qui l'a écrite : c'est le pape et docteur samt Grégoire le Grand, qui s'est chargé d'apprendre à la postérité tout ce que Dieu voulut opérer de merveilles dans son serviteur Benoît.
La postérité, en ertét, avait droit de connaître l'histoire cl les vertus de l'un des hommes dont l'action sur l'Eglise et sur la société a été le plus salutaire "dans le cours des siècles ; car, pour raconter l'intluence de Benoît, il faudrait parcourir les annales de tous les peuples de l'Occident, depuis le viic siècle jusqu'aux âges modernes. Benoît est le père de l'Europe; c'est lui qui, par ses enfants, nombreux comme les étoiles du ciel et comme les sables de la mer, a relevé les débris de la société romaine écrasée sous l'invasion des barbares; présidé à l'établissement du droit public et privé des nations qui surgirent après la conauéte ; porté l'E- vangile et la civilisation dans l'Angleterre,
Saint Benoit, Abbé. 5y3
la Germanie, les pays du Nord, et jusqu'aux peuples slaves ; enseigné l'agriculture ; détruit l'esclavage ; sauvé enfin le dépôt des lettres et des arts, dans le naufrage qui devait les engloutir sans retour, et laisser la race humaine en proie aux plus désolantes ténèbres.
Et toutes ces merveilles, Benoît les a opérées par cet humble livre qui est appelé sa Règle. Ce code admirable de perfection chrétienne et de discrétion a discipliné les innombrables légions de moines par lesquels le saint Patriarche a opéré tous les prodiges que nous venons d'énumérer. Jusqu'à la promulgation de ces quelques pages si simples et si touchantes, l'élément monastique, en Occident, servait à la sanctification de quelques âmes ; mais rien ne faisait espérer qu'il dût être, plus qu'il ne Ta été en Orient, l'instrument principal de la régénération chrétienne et de la civilisation de tant de peuples. Cette Règle est donnée ; et toutes les autres disparaissent successivement devant elle, comme les étoiles pâlissent au ciel quand le soleil vient à se lever. L'Occident se couvre de monastères, et de ces monastères se répandent sur l'Europe entière tous les secours qui en ont fait la portion privilégiée du globe.
Un nombre immense de sain'ts et de saintes qui reconnaissent Benoît pour leur père, épure et sanctifie la société encore à demi sauvage ; une longue série de Souverains Pontifes, formés dans le cloître bénédictin, préside aux destinées de ce monde nouveau et lui crée des institutions fondées uniquement sur la loi morale, et destinées à neutraliser
la force brute, qui sans elles eût prévalu ; des Evoques innombrables, sortis de l'école de Benoît, appliquent aux provinces et aux cités ces prescriptions salutaires ; les Apôtres de vingt nations barbares affrontent des races féroces et incultes, portant d'une main l'E- vangile et de l'autre la Règle de leur père ; durant de longs siècles, les savants, les docteurs, les instituteurs de l'enfance, appartiennent presque tous à la famille du grand Patriarche qui, par eux, dispense la plus pure lumière aux générations. Quel cortège autour d'un seul homme, que cette armée de héros de toutes les vertus, de Pontifes, d'A- pôtres, de Docteurs, qui se proclament ses disciples, et qui aujourd'hui s'unissent à l'Eglise entière pour glorifier le souverain Seigneur dont la sainteté et la puissance ont paru avec un tel éclat dans la vie et les œuvres de Benoît !
Lisons maintenant le récit liturgique de quelques-uns des traits de sa vie, dans les Leçons que l'Eglise a rédigées pour sa fête,
BENOÎT, né à Nursie de famille noble, après avoir commencé ses études à Rome, se retira dans une profonde caverne au lieu appelé Sublac, afin de se donner tout entier à Jésus-Christ. II y vécut pendant trois ans dans une si profonde retraite , qu'il n'était connu que d'un seul moine nommé Romain, qui lui fournissait les choses nécessaires à la vie. Le démon ayant un jour excité en
pvENEDiCTUS, Nursiaî h) nobili génère ortus, Romas liberalibus disciplinis eruditus, ut totum se Jesu Chrisio daret , ad eum locum qui Sublacus dicitur, in altissimam spcluncam pcnetravit : in qua sic per triennium delituit, ut unus id sciret Romanus monachus, quo ad vitœ necessitatem ministro utebatur. Dum igitur ei
Saint Benoit, Abbé.
lui une violente tentation d'impureté, il se roula sur des épines jusqu'à ce que, son corps étant tout déchiré, le sentiment du plaisir fût entièrement étouffé par la douleur. La renommée de sa sainteté s'étant répandue au dehors de sa retraite, quelques moines se donnèrent à lui pour être sous sa conduite. Ces hommes n'ayant pu souffrir les corrections que leur vie licencieuse obligeait le saint de leur faire, ils résolurent de lui donner du poison dans un breuvage ; mais lorsqu'ils le lui présentèrent à boire. Benoît, ayant fait le signe de la croix sur le vase, le brisa ; et, quittant le monastère, il s'en retourna dans sa solitude.
D'autres disciples, et en grand nombre, vinrent se ranger sous sa discipline : il leur bâtit douze monastères qu'il régla par de très saintes lois. Il se rendit ensuite au Mont-Cassin, où il brisa une idole d'Apollon qu'on y adorait encore, renversa l'autel, et détruisit le bois sacré. Il éleva en ce lieu une chapelle à saint Martin, et une autre à saint Jean, et il enseigna aux habitants de la contrée les préceptes de la religion chrétienne. Benoît croissait de jour en jour dans la grâce de Dieu, en
quodam die ardentes ad libidinem faces a diabolo subjicerentur, se in vepribus tamdiu volutavit, dum lacerato corpore, voluptatis sensus d o 1 o r e opprimeretur. Sed jam erumpente ex illis latebris fama ejus sanctitatis, quidam monachi se illi instituendos tradiderunt : quorum vivendi licentia cum ejus objurgationes ferre non posset, venenum in potione ei dare constituunt. Verum poculum ei praebentibus, crucis signo vas confregit, ac relicto monasterio in solitudinem se recepit.
^.ED cum multi ad eum O quotidie discipuli convenirent , duodecim monasteria œdificavit , eaque sanctissimis legibus communi\-it. Postea Cassinum migravit, ubi simulacrum Apollinis , qui adhuc ibi colebatur, comminuit. aram evertit, et lucos succendit : -ibique sancti Martini sacellum et sancti Jchannis asdiculam exstruxit : oppidanos autem et incolas christianis prasceptis imbuit. Quare augebatur in dies magis divina graLe Carême.
tia Benedictus, iit etiam prophetico spiritu Ventura prxdiceret. Quod ubi accepit Totila Gothorum rex, exploraturus an rcs ita csset, spatharium suiim regio ornatu et comitatu prnemittit, qui se regem simularet. Queni ut ille vidit : Depone, inquit, fili, depone quod gcris ; nam tuum non est. Totiloe vero prœ- dixit adventum ejus in Urbcm, maris transmissionem, et post novem annos mortem.
OUI aliquot mensibus antequam e vita migraret, praîtnonuit discipulos quo die esset moriturus : ac sepulcrum, in quo suum corpus condi^vellet, sex diebus antequam co inferretur, aperiri jussit ; sextoque die defcrri voluit in ecclesiani : ubi sumpta Eucharistia, sublatis in Cœlum oculis orans, inter manus discipulorum efTlavit animam : qiiam duo monachi euntcm in cœlum viderunt pallio ornatam pretiosissimo, circum eam fulgentibus lampadibus, et
sorte qu'il prédisait même l'avenir par un esprit prophétique. Ce qui ayant été rapporté à Totila, roi des Goths, ce prince, voulant éprouver s'il en était ainsi, l'alla trouver, envoyant d'avance son écuyer qui contrefaisait le roi, et à qui il avait donné l'équipage et les ornements royaux. Dès que Benoît l'eut aperçu, il lui dit : Mettez bas, mon fils, mettez bas ce que vous portez ; car il ne vous appartient pas. 11 prédit à Totila lui-même ce qui devait lui arriver : qu'il entrerait dans Rome, qu'il passerait la mer, et qu'il mourrait au bout de neuf ans.
QUELQUES mois avant de sortir de cette vie, il annonça à ses disciples le jour de sa mort, cl il fit ouvrir le tombeau dans lequel il voulait être inhume, six jours avant que l'on y déposât son corps. Le sixième jour, il se fit porter à l'église, où, après avoir reçu l'Eucharistie, levant les yeux au ciel dans la prière, il rendit son âme entre les bras de ses disciples. Deux moines virent cette âme qui montait nu ciel , ornée d'un manteau très précieux, et environnée de flambeaux éclatants de lumière ; et . ils entendirent un homme vénérable et tout
Sai7it Benoît, Abbé.
resplendissant qui était audessus de la tête du saint, et qui leur disait : Ceci est le chemin par lequel Benoît, le bien-aimé du Seigneur, est monté au ciel.
clarissima et gravissima specie virum stantem supra caput ipsius dicentem audierunt : Hajc est via, qua dilectus Domini Benedictus in cœ- lum ascendit.
L'Ordre Bénédictin célèbre son illustre Patriarche par les trois Hymnes suivantes.
FAITES entendre, ô fidèles, des chants harmonieux ; temples, retentissez d'hymnes solennelles : aujourd'hui Benoît s'élève dans les hauteurs des cieux.
C'est à l'âge où la vie commence à fleurir, qu'on le vit enfant quitter une patrie qui lui était chère, et se retirer seul au fond d'un antre silencieux.
Sur les buissons semés d'orties et d'épines, il terrassa les passions coupables de la jeunesse : par là il devint digne d'écrire les règles admirables de la vie parfaite.
Il renversa la statue d'airain du profane Apollon ; il détruisit le bois consacré à Vénus ; et sur le sommet de la sainte montagne il éleva un temple à Jean-Baptiste.
LAUDiBus cives resonent canoris, Templa solemnes modulentur hymnes : Hac die summi Benedictus arcem Scandit Olympi.
nie florentes peragebat annos, Cum puer dulcis patriae
pénates Liquit, et solus latuit silenti Conditus antro.
Inter urticas rigidosque sentes Vicit altricem scelerum
juventam : Inde conscripsit documenta vita; Pulchra beatas.
^ream turpis Clarii figuram. Et nemus stravit Veneri
dicatum, Atque Baptistas posait sacrato Monte sacellum.
Jamque felici residens Olympo. Inter ardentes Seraphim
catervas, Spectat, et dulci reficit clientum Corda liquore.
Gloria Patri, genitaeque Proli, Et tibi, compar utriusque semper Spiritus aime, D e u s unus, omni Tempore saecli. Amen.
Maintenant, fixé dans l'heureuse région du ciel, mêlé au chœur ardent des Séraphins, il voit encore ses protégés, et ranime leurs âmes de ses douces influences.
Gloire au Père et au Fils qu'il engendre ! à vous honneur égal, Esprit de l'un et de l'autre ! gloire au Dieu unique dans tout le cours des siècles ! Amen.
QUIDQUID antiqui cecincre Vates, Quidquid aeternaï monimenta legis, Continet nobis celebranda summi Vita Monarchae.
Extulit Mosen pietas benignum, Inclytum proies Abraham décorât, Isaac sponsœ decus, et severi Jussa parentis.
Ipse virtutum cumulis onustus, Celsior nostri Patriarcha
cœtus Isaac, Mosen, Abraham sub uno Pectore clausit.
'T'oUT ce que chantèrent les ■* anciens Prophètes, tout ce que contiennent les livres de la loi éternelle, la vie de notre grand Patriarche l'a reproduit avec gloire.
La piété glorifia Moïse, le plus doux des hommes ; le grand Abraham s'est illustré dans son fils ; l'honneur d'I- saac parut dans la beauté de son épouse et dans sa soumission à l'ordre rigoureux de son père.
Chargé d'une ample moisson de vertus, l'auguste Patriarche de notre famille a réuni en lui Moïse, Abraham et Isaac.
Saint Benoît, Abbé.
Qu'il daigne être propice à ceux qu'il a sauvés du naufrage du monde ; que son souffle bienfaisant les pousse au port où règne un doux repos que l'inquiétude ne trouble jamais.
Gloire au Père et au Fils qu'il engendre ! à vous honneur égal, Esprit de l'un et de l'autre ! gloire au Dieu unique dans tout le cours des siècles ! Amen.
Ipse, quos mundi rapuit procellis, Hic plus flatu statuât secundo, Pax ubi nuUo, requiesque gliscit Mista pavore.
Gloria Patri, genitaeque Proli, Et tibi, comparutriusque
semper Spiritus alme.Deus unus, omni Tempore sa?cli. Amen,
Cette troisième Hymne du Bréviaire monastic^ue a été composée par le célèbre Pierre le \'énérable, Abbe de Cluny et ami de saint Bernard.
AU milieu des héros qui portent dans les cieux la couronne immortelle qu'ils méritèrent dans leur lutte sacrée, tu brilles, ô Benoit, de l'éclat de tes mérites subliDès l'enfance, la sagesse d'un vieillard régla ta vie : l'amour des voluptés ne gagna rien sur toi. la fleur du monde sembla vile et fanée à tes yeux accoutumés à regarder le ciel.
Par une fuite généreuse, tu quittas patrie et famille ; courageux habitant du désert, tu triomphas de la chair, et
1NTER aeternas superum coronas, Quas sacro partas retinent agone, Emicas celsis meritis ceruscus, O Bénédicte.
Sancta te compsit puerum senectus, Nil sibi de te rapuit voluptas. Aruit mundi tibi flos ad alta Mente levato.
Hinc fuga lapsus, patriam, parentes Deseris, fervens nemorum colonus,
'8o
Edomas carnem, subigisque Christo Tortor acerbus.
Ne diu tutus latebras foveres, Signa te produnt operum piorum, Spargitur felix céleri per orbem Fama volatu.
devenu son tyran, tu l'assujettis au Christ ;
Mais le secret des antres ne couvrit pas longtemps ta gloire ; tes prodiges, tes saintes œuvres te trahirent bientôt ; et l'heureuse renommée de tes mérites vola promptement par le monde.
Gloire au Père et au Fils qu'il engendre ! à vous honneur égal, Esprit de l'un et de l'autre ! gloire au Dieu unique, dans tout le cours des siècles ! Amen.
Gloria Patri, genitœ- quc Proli, Et tibi, compar utriusque semper Spiritus aime, D e u s unus, omni Tempore sœcli. Amen.
La Prose suivante orne la Messe de saint Benoît, dans le Missel monastique.
LJETA. quies raagni ducis, Dona ferens novae lucis, Hodie recolitur.
Charis datur piœ menti, Corde sonet in ardenti Quidquidforis promitur.
Hune per callcm Orientis Admiremur ascendentis Patriarchœ speciem.
CETTE journée qui resplendit d'un éclat nouveau, est celle où notre grand chef entra dans son repos.
La grâce a visité l'âme filiale de ses enfants ; que leurs chants soient dignes de l'amour qui enflamme leurs cœurs.
Admirons notre Patriarche qui s'élève par un chemin céleste, à l'orient.
Amplum semenmagnae L'innombrable famille sorprolis rie de lui l'a fait l'égal d'A-
Saint Benoit, Abbé.
braham, semblable au soleil.
C'est Elie caché au fond de son antre ; un corbeau exécute ses ordres.
Cest Elisée, quand il retire la hache tombée au fond du lac.
Par la pureté de sa vie il ressemble à Joseph ; par son esprit prophétique il retrace Jacob.
Qu'il daigne se souvenir des enfants dont il est le Père, et qu'il nous conduise aux joies éternelles du Christ qui demeure à jamais ! Amen.
lUum fecit instar solis, Abrahas persimilem.
Corvum cernis ministrantem : Hinc Eliam latitantera Specu nosce parvulo.
Eliseus dignoscatur, Cum securis revocatur De torrentis alveo.
Ulum Joseph candor morum, Ulum Jacob futurorum Mens eftecit conscia.
Ipse memor suas gentis. Nos perducat in manentis Semper Christi gaudia.
Amen.
L'Eglise grecaue n'a point omis les louantes du grand Aobé des Occidentaux, dans sa Liturgie. Nous plaçons ici quelques-unes des stropïies cju'elle a consacrées, dans les Menées, a célébrer ses mérites et sa gloire.
J ENTREPRENDS, Ô Benoît, de célébrer par une hymne ton illustre mémoire ; obtiens-moi par tes prières la grâce du Seigneur, et la rémission de tous mes péchés.
Dès l'enfance, tu portas la croix au désert, tu suivis le Tout-Puissant, et, mortifiant
MIHI laudabilem memoriam tuam , o sancte, hymnis celebrare aggresso , gratiam ac peccatorum omnium remissionem tribui. Bénédicte. Sancto deprecare. In eremo tuama pueritia crucem toUens. Omnipotentem insecutus es,
58i
atque carae mortificata vitam, o beatissime, promeruisti.
Angusta semita calcata pedem in Paradisi latitudine fixisti, o prorsus béate, ac daemonum calliditates et insidias elusisti.
Lacrymarum tuarum profluviis fructiferi ligni instar irrigatus, o Bénédicte, divines virtutum ac miraculorum fructus, Dei virtute, ubertim attulisti.
Per continentias certamina, o béate , carnis membris mortificatis , mortuos precibus exsuscitasti, ac debilibus expeditam gradiendi vim tradidisti, morbumc^ue omnem curasti, cum hde in admiratione habitus, o Pater.
Siccas atque aridas animas vivifico sermone tuo, o béate, frugiferas reddidisti, miraculorum exhibitione , et pastor divinitus inspiratus, et speciosissimus mooachorum décor effectus.
Misericordem Deum deprecatus, sapiens pater, olei thecam, quemadmodum Elias, illico replevisti, o Deatissime, a videntibus cum fide in admiratione habitus.
Utpote mente purus,
ta chair, tu méritas la vie, ô bienheureux !
Marchant dans le sentier étroit, tu t'es établi dans les vastes plaines du Paradis, vainqueur des ruses et des embiiches du démon, ô bienheureux !
Semblable à un arbre fécond, tu as été arrosé de tes larmes, ô Benoît ! la vertu de Dieu t'a fait produire en abondance le fruit divin des signes et des prodiges.
Les membres de ta chair subirent le joug de la pénitence, au milieu des combats de la chasteté, ô bienheureux 1 En retour, tes prières ont ressuscité les morts, lu as rendu la vigueur aux boiteux, tu as guéri toutes sortes de maladies, ô Père ! qui attirais la foi et l'admiration.
Ta parole vivifiante, ô bienheureux ! a rendu fécondes des âmes sèches et arides, à la vue de tes prodiges. Pasteur divinement inspiré, tu es devenu la plus éclatante gloire des moines.
Tu t'adressas au Dieu plein de miséricorde, ô père comblé de sagesse! comme Elie, tu remplis tout à coup le vase d'une huile miraculeuse, ô bienheureux ! qui attirais la foi et l'admiration.
Ravi hors de toi-même, à
Saint Benoit, Abbé.
cause de la pureté de ton âme, la terre entière parut à tes regards, comme dans un rayon de la gloire de Dieu, qui daignait t'éclairer de sa lumière, ô bienheureux Benoît !
Tu commandes au nom du Christ ; et une source d'eau vive se met à couler, par l'effet de ta prière à l'auteur de tout bien ; cette fontaine, monument du prodige, coule encore aujourd'hui, ô Benoit !
Tout éclatant de la splendeur de l'Esprit-Saint, tu as dissipé les ténèbres des démons pervers, ô Benoit, opérateur des prodiges, lumineux flambeau des moines !
On voulut, ô bienheureux 1 te faire périr par un breuvage empoisonné, toi que protégeait la divine main du Créateur de l'univers ; ces insensés furent confondus ; ta science par l'Esprit-Saint avait deviné leur malice.
Les chœurs des moines que tu as rassemblés te célèbrent le jour et la nuit : ils conservent ton corps au milieu du sanctuaire ; de ce sacré corps émane une source abondante de miracles, et une lumière qui éclaire continuellement les pas de tes enfants, ô Père plein de sagesse !
Par ton obéissance aux divins préceptes, ton éclat, ô
utpote extra te raptus, universam terram conspexisti, ceu ab unico radio Dei te honorantis illustratus, o beatissime Bénédicte.
In Christo imperans fontis aquam, precibus bonorum datorem obsecraos, emanare fecisti, quœ miraculum depraedicans , o Bénédicte , adhuc persévérât.
Spiritus splendore collustratus , pravorum etiam daemonum tenebras dissipasti, o miraculorum patrator Bénédicte, splendidissimum monachorum luminare.
Te, o béate, venenatis potionibus i n t e r i m e re insipienter v o 1 e n t e s , quem divina universi Creatoris manus custodicbat, insipientes confusi sunt. Quos praevia tua per Spiritum scientia deprehendit.
Te monachorum turbae a te convocatae diu noctuque concélébrant, corpus tuum in medio positum servantes, quod largos miraculorum fluvips effundit, o pater sapiens, eorumque gressus perenni lumine coUustrat.
Divinis mandatis obsccutus, o pater , super
solares radios effulsisti, atque ad inocciduum translatus es , exorans propitiationem peccatorum concedi iis, qui te cum fide colunt, celebris Bénédicte.
Père, surpasse les rayons du soleil ; élevé jusqu'à cette région où la lumière ne se couche pas, obtiens le pardon de leurs péchés à ceux qui t'honorent avec foi, illustre Benoît 1
NOUS VOUS saluons avec amour, ô Benoît, vase d'élection, palmier du désert, homme angélique ! Quel mortel a été choisi pour opérer sur la terre plus de merveilles que vous n'en avez accompli ? Le Christ vous a couronné comme l'un de ses principaux coopérateurs dans l'œuvre du salut et de la sanctification des hommes. Qui pourrait compter les millions d'àmes qui vous doivent la béatitude éternelle, soit que votre Règle immortelle les ait sanctifiées dans le cloître, soit que le zèle de vos fils ait été pour elles le moyen de connaître et de servir le grand Dieu qui vous a élu ? Autour de vous, dans le séjour de la gloire, un nombre immense de bienheureux se reconnaît redevable à vous, après Dieu, de la félicité éternelle ; sur la terre, des nations entières professent la vraie foi, parce qu'elles ont été évangélisées par vos disciples.
O Père de tant de peuples, abaissez vos regards sur votre héritage, et bénissez encore cette Europe ingrate qui vous doit tout, et qui a presque oublié votre nom. La lumière que vos enfants lui apportèrent a pâli; la chaleur par laquelle ils vivifièrent les sociétés qu'ils fondèrent et civilisèrent par la Croix, s'est refroidie; les ronces ont couvert en grande partie le sol dans lequel
Saint Benoît, Abbé. 5S5
ils jetèrent la semence du salut: venez au secours de votre œuvre ; et. par yos prières, retenez la vie qui menace de s'étemdre. Consolidez ce qui est ébranlé ; et qu'une nouvelle Europe, une Europe catholique, s'élève bientôt à la place de celle que l'hérésie et toutes les fausses doctrines nous ont faite.
O Patriarche des Serviteurs de Dieu, considérez du haut du ciel la Vigne que vos mains ont plantée, et voyez à quel état de dépérissement elle est 'déchue. Jadis, en ce jour, votre nom était loué comme celui d'un Père dans trente mille monastères, des côtes de la Baltigue aux rivages de la Syrie, de la verte Erin aux steppes de la Pologne : maintenant, on n'entend plus retentir "que de rares et faibles concerts, qui montent vers vous du sein de cet immense patrimoine que la foi et la reconnaissance des peuples vous avaient consacré. Le vent brûlant de l'hérésie a consumé une partie de vos moissons, la cupidité a convoité le reste, et la spoliation depuis des siècles ne s'est jamais arrêtée dans son cours, soit qu'elle ait appelé la politique à son aide, soit qu'elle ait eu recours à la violence ouverte. \'ous avez été dépossédé, ô Benoît, de ces milliers de sanctuaires qui furent si longtemps pour les peuples le principal foyer de vie et de lumière ; et la race de vos enfants s'est presque éteinte. Veillez, ô Père, sur leurs derniers rejetons. Selon une antique tradition, le Seigneur vous révéla un jour que votre tiliation devait persévérer jusqu'aux derniers jours du monde, que vos enfants combattraient pour la sainte Église Romaine, et qu'ils confirmeraient la