Institutions liturgiques (page 11)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

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du royal édifice, pour signifier qu'ils sont moins éloignés de la connaissance de ces mystères secrets qui font la a nourriture des fidèles. Quant à ceux-ci, dont les âmes sont immaculées et purifiées comme l'or, dans le divin lavoir, ils se tiennent soit auprès des colonnes de la nef principale qui, s'élevant à un,e hauteur supérieure à celles du portique, figurent les sens mystérieux et intimes des Écritures ;  soit auprès des fenêtres qui répandent la lumière dans l'édifice. Le temple lui-même est décoré d'un  simple et  imposant vestibule, pour marquer la majesté adorable du   Dieu   unique;  les deux galeries latérales qui accompagnent l'édifice, expriment le Christ et le Saint-Esprit, double émanation de lumière : enfin, toute la doctrine de notre foi rayonne dans la basilique avec un éclat éblouissant. Les trônes, les siéges, les bancs placés dans ce temple  sont les âmes dans lesquelles résident les dons qu'on vit un jour s'arrêter sur les apôtres en forme de langue de feu. D'abord le pontife qui préside est pour ainsi dire rempli du Christ : ceux qui siègent après lui (les prêtres), font éclater dans leurs personnes les dons du divin Esprit. Les bancs rappellent les âmes des fidèles sur lesquelles se reposent les anges confiés à la garde des élus. Enfin, l'autel lui-même unique, vaste, auguste, qu'est-il,   sinon  l'âme très-pure  du  pasteur universel, de l'évêque, véritable Saint des Saints, dans lequel réside le Pontife suprême, Jésus, Fils unique de Dieu (1) ? »

Nous avons enregistré ces paroles d'Eusèbe comme le point de départ des traditions écrites sur la construction des basiliques, portion si importante de la science liturgique. Toutes les églises bâties au quatrième siècle, tant en Orient qu'en Occident, nous apparaissent sous la forme si éloquemment décrite ci-dessus : ce qui  prouve jusqu'à

(1) Vid. la Note A.

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l'évidence que le type, pour être ainsi universel, était antérieur à la paix de Constantin (1). Les mystères cachés sous les détails de la construction, et si magnifiquement racontés par l'évêque de Césarée, étaient connus du peuple fidèle, à qui le langage des symboles était familier dans une religion qui sanctifiait toutes les parties delà création. Nous verrons cette symbolique s'enrichir encore dans l'Église d'Occident, jusqu'à l'époque où l'esprit positif de la Réforme, réagissant même sur les peuples catholiques, en vint à dicter des plans d'église muets et déshérités de tous les souvenirs de la tradition. Quant aux rites au moyen desquels les temples étaient consacrés, au quatrième siècle, dans l'Église d'Orient, nous serions réduits à de pures conjectures, du moment que nous voudrions les reproduire. Il est hors de doute que le chant des psaumes et des hymnes y occupait une grande place ; que des oraisons de consécration, dans le style du reste de la Liturgie, devaient résumer la prière des pontifes et lui donner une plus grande force de sanctification; que, dans ces occasions, les évêques paraissaient avec de riches habits pontificaux ; qu'enfin une dédicace était comme aujourd'hui un sublime spectacle de religion, destiné à graver, dans l'esprit et le cœur des peuples, un profond sentiment de la sainteté et de la majesté de cette demeure que le Seigneur daigne se choisir au milieu des hommes.

Dans l'Occident, les traditions de l'Église romaine nous apprennent que le pape saint Silvestre institua et régla en détail, dès le quatrième siècle, les rites que nous pratiquons aujourd'hui dans la dédicace des églises et des autels (2).

(1) Nous rapprocherons des paroles d'Eusèbe ce passage des  Constitutions apostoliques : Primo quidem sedes sit oblonga, ad orientent versa, ex utraqueparte pastophoria versus orientent habens, et quae navi sit similis. (Constitut. apostol., lib. II, cap. LVII. Cotelier, pag. 261.)

(2) Ritus quos in consecrandis ecclesiis et altaribus Romana servat Ecclesia, Beatus Silvester Papa primus instituit. (Brev. Rom. IX, Novemb.)

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Ce pontife eut les plus magnifiques occasions de les pratiquer dans l'inauguration des basiliques fondées à Rome par la munificence de Constantin. Cet empereur bâtit, en son palais de Latran, une église qu'il dédia sous le titre du Sauveur, et qui maintenant, connue sous le nom de Saint-Jean-de-Latran, est devenue le siège du Pontife romain, la Mère et la Maîtresse de toutes les églises de Rome et du monde entier, ainsi que le porte l'inscription qu'on lit sur sa façade principale. Outre cette église, Constantin éleva celle de Saint-Pierre, sur le corps même de cet apôtre, au Champ-Vatican; celle de Saint-Paul, sur le corps de l'apôtre des Gentils, sur le chemin d'Ostie ; celle de Saint-Laurent, extra muros, sur la voie Tiburtine ; celle de Sainte-Croix en Jérusalem, in agro Sessoriano ; celle de Sainte-Agnès, sur la voie Nomentane; celle des Saints-Marcellin-et-Pierre, sur la voie Lavicane; et plusieurs autres encore dans Rome et dans les environs de cette capitale.

Non content de réédifier les sanctuaires de l'ancienne Rome avec une magnificence vraiment impériale, le pieux empereur voulut, autant qu'il était en lui, sanctifier la nouvelle qu'il bâtissait sur l'ancienne Byzance. Il y construisit de magnifiques basiliques, entre autres celle qu'il dédia à la Sagesse éternelle, sous le nom de Sainte-Sophie; celle, de Sainte Irène, qui fut sous son règne la Grande Église ; celle des Douze Apôtres, qu'il destina pour sa sépulture, et un grand nombre d'autres dans la ville et aux environs, principalement sur les tombeaux des martyrs. Son zèle pour les solennelles manifestations de la foi parut aussi dans le soin qu'il prit de placer la figure de la Croix dans les lieux publics de la nouvelle capitale. Il aima aussi à faire représenter sur les fontaines, au milieu des places, deux sujets principalement chers aux chrétiens de l'âge primitif, le bon Pasteur et Daniel dans la fosse aux lions (1).

(1) Euseb.   Vita Constantini, passim.

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Mais un sujet qui émut particulièrement en ce siècle les chrétiens, et qui fournit l'occasion aux actes les plus pompeux de la Liturgie, fut la restauration faite par sainte Hélène, des lieux sacrés de la Palestine qui avaient été les témoins de la vie, des prodiges et des souffrances de l'Homme-Dieu. Secondant avec zèle les pieuses intentions de sa mère, Constantin mit les trésors de l'empire à la disposition de saint Macaire, évêque de Jérusalem, afin que l'église qui devait être bâtie sur le Saint Sépulcre surpassât en magnificence tous les édifices que pouvaient renfermer toutes les villes du monde (1). Eusèbe nous a pareillement conservé la description de cette basilique, qui fut construite en six ans : nous plaçons ce précieux morceau dans les notes à la fin du présent chapitre (2). Après avoir étalé toutes les splendeurs qui brillaient dans la construction de l'église du Saint-Sépulcre, l'historien termine ainsi : « Il nous serait impossible de raconter la somptuosité, la délicatesse, la grandeur, le nombre, la variété des ornements et autres objets d'offrande, étincelants d'or, d'argent et de pierreries, que la magnificence impériale accumula dans le temple de la Résurrection (3).»

Mais si nous avons à déplorer le silence d'Eusèbe sur une matière aussi importante pour la Liturgie que les vases sacrés et autres dons qui entouraient l'autel, dans la basilique du Saint-Sépulcre, la Providence a permis du moins que l'inventaire de plusieurs églises de Rome, au même siècle, parvînt jusqu'à nous, pour nous dédommager en quelque sorte de ce que la négligence des historiens nous a fait perdre. L'importante chronique, connue sous le nom de Liber pontificalis, dont nous avons entrepris

(1)  Voyez la lettre de Constantin à saint Macaire, dans Eusèbe, Vita Constant., lib. III, cap. XXX, XXXI, XXXII.

(2)   Vid. la Note B.

(3) Euseb. Vita Constanti, lib. III, cap. XI.

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la publication dans nos Origines de l'Église romaine, renferme, à l'article de saint Silvestre, la liste des objets offerts à plusieurs églises de Rome, tant par ce saint pontife que par Constantin lui-même. On peut, d'après ces détails, se faire une idée du service divin, tel qu'il était exercé dans des basiliques si richement pourvues de toutes les nécessités du culte. Nous nous contenterons de donner ici quelques traits, renvoyant aux notes qui suivent ce chapitre le texte même de la Chronique.

« Constantin Auguste, dit la chronique pontificale, édifia la basilique constantinienne (de Latran), dans laquelle il mit beaucoup de vases d'or et d'argent, de pierres précieuses et d'objets d'ornement. Il revêtit l'abside d'or pur, et en garnit la partie supérieure d'argent battu ; il y plaça l'image du Sauveur assis sur un siège, haute de 5 pieds, et pesant 120 livres et aussi les douze apôtres, pesant chacun 90 livres, avec des couronnes : le tout d'argent très-pur. En face de l'abside, une autre image du Sauveur assis sur un trône, haute de 5 pieds, d'argent très-pur, et pesant 160 livres; quatre anges d'argent, pesant 105 livres, ayant des escarboucles aux yeux, et tenant des lances terminées en croix ; le phare ou lampadaire suspendu dans la tribune de l'abside avec cinquante dauphins d'or très-pur, le tout pesant, avec la chaîne, 25 livres; quatre couronnes d'or très-pur, avec vingt autres dauphins servant de lampes, le tout pesant 15 livres ; 5oo livres d'or laminé appliquées à la voûte de la basilique dans sa longueur et dans sa largeur ; sept autels d'argent très-pur, pesant chacun 200 livres ; sept patènes d'or, pesant chacune 3o livres ; quinze patènes d'argent, pesant chacune pareillement 3o livres ; sept coupes de communion en or, pesant chacune 10 livres ; une coupe particulière en métal, couleur de corail, garnie de toutes parts d'émeraudes et d'hyacinthes enchâssées dans de l'or, du poids de 20 livres

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3 onces; vingt coupes d'argent,pesant chacune 15 livres; deux ampoules en or très-pur, pesant chacune 5o livres, et pouvant contenir chacune un médimne ; vingt ampoules en argent, de même mesure et pesant 10 livres ; quarante calices moindres, d'or très-pur, et pesant chacun 1 livre ; cinquante calices moindres, destinés au ministère, en argent, et pesant chacun 2 livres.

« Dans la basilique même, hors de l'abside, devant l'autel, un autre phare d'or très-pur, dans lequel brûle une huile de nard sans mélange, avec l'accompagnement de quatre-vingts dauphins, le tout du poids de 3o livres; un phare en argent, avec cent vingt dauphins, du poids de 5o livres; quarante-cinq autres phares en argent dans la grande nef de la basilique ; quarante dans la nef latérale de droite, et trente dans celle de gauche ; cinquante candélabres en argent, pesant chacun 20 livres, placés dans la grande nef ; trois grands vases d'argent très-pur, pesant chacun 3oo livres, et contenant chacun dix médimnes ; sept candélabres d'airain, pesant chacun 3oo livres, destinés à être placés devant les autels, hauts de 10 pieds, ornés de médaillons d'argent représentant les prophètes, etc. (1). »

Ce court fragment donnera une idée de la richesse des églises bâties et ornées par les empereurs : le suivant nous donne la mesure de la munificence d'un Pape du quatrième siècle, envers une simple église fondée par lui dans Rome. « Silvestre bâtit, dans la ville, une église sur le terrain d'un certain prêtre nommé Equitius. Ce titre, situé près des Thermes de Domitien, est appelé encore aujourd'hui Titulus Equitii (2). Le Pape y offrit les dons suivants : une patène d'argent, pesant 20 livres, qu'il avait reçue à cet effet de Constantin

(1) Vid. la Note C

(2)  On nomme maintenant cette église Saint-Silvestre-et-Saint-Martin,

ai' Monti.

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Auguste ; deux coupes de communion en argent, pesant chacune 10 livres; un calice d'or du poids de 2 livres; cinq calices pour le ministère, pesant chacun 2 livres; deux ampoules d'argent, pesant chacune 10 livres ; une patène d'argent, pour le chrême, incrustée d'or et pesant 5 livres; dix lampes ornées de couronnes, pesant chacune 8 livres; vingt lampes d'airain, pesant chacune 10 livres; douze chandeliers d'airain, pour les cierges, pesant chacun 3o livres, etc. (1). »

Nous avons établi ailleurs l'autorité de la chronique qui nous fournit ces détails, et fait voir qu'elle a été rédigée successivement par plusieurs bibliothécaires du Siège apostolique, sur les mémoires les plus anciens et les plus authentiques.

Ces basiliques si vastes, si somptueuses, retentissaient, le jour et la nuit, des chants du clergé et du peuple ; mais la majesté des rites allait croissant, le chant devenait plus mélodieux; les formules saintes revêtaient de jour en jour plus de grandeur et d'éloquence. Nous parlerons plus loin des diverses Liturgies tant de l'Orient que de l'Occident : leur origine première se confond avec l'origine même des églises qui les pratiquaient; mais elles recevaient de nouveaux développements à cette époque de paix. De grands évêques, illustres soit par la splendeur de leur siège, soit par leur doctrine universelle, consacraient leurs soins au perfectionnement des rites et des prières, et fécondaient, par de nouvelles inspirations, les saintes traditions de l'antiquité. Mais, comme dans les plans de la Providence, tout sert à l'accomplissement des desseins de Dieu sur son Église, il arriva que l'hérésie arienne, si désastreuse dans ses ravages, fut l'occasion de nouveaux développements des formes liturgiques. De même que l'hérésie, dans tous les temps, cherchera à

(1) Vid. la Note D.

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empoisonner les sources de la Liturgie, de même aussi l'Église catholique a su, à chaque époque, tourner contre sa mortelle ennemie cette arme toujours victorieuse. Nous noterons donc ici deux grands faits, l'un appartenant à l'Église d'Orient, et l'autre à l'Église d'Occident, et attestant l'un et l'autre le génie tout-puissant du sacerdoce chrétien lorsqu'il faut agir sur les masses et réveiller l'énergie du peuple fidèle.

On doit savoir que durant les six premiers siècles du christianisme et au delà, la vie des chrétiens de tout âge, de tout sexe, de toute condition, était profondément empreinte des habitudes religieuses. La prière, la psalmodie, l'étude des divines Écritures en faisait pour ainsi dire le fond : l'Église avait remplacé, dans les mœurs du grand nombre, le théâtre et le forum. Cette activité religieuse explique l'intérêt si violent que prit constamment le peuple aux querelles théologiques qui signalèrent cette période de l'Église chrétienne. L'assiduité aux offices divins, le jour et la nuit, était donc le fait principal dans la vie des chrétiens de ces siècles qu'on pourrait appeler théologiques : les témoignages de toute l'antiquité nous l'attestent : nous nous bornerons à rappeler ici ces paroles de saint Augustin au peuple d'Hippone : « Levez-vous de grand matin pour les vigiles, réunissez-vous pour tierce, sexte et none, avant toute occupation. Que nul ne s'exempte de l'œuvre divin, à moins qu'il n'en soit empêché par une infirmité, une raison d'utilité publique, ou encore par quelque certaine et grave nécessité (1). »

La ville d'Antioche étant en proie aux ariens par la perfidie de Léonce, son évêque, deux illustres membres de cette grande église, Diodore qui fut, plus tard, évêque de

(1) Ad vigilias maturius surgite ; ad tertiam, ad sextam, ad nonam ante omnia convenite. Nullus se a sancto opere subtrahat, nisi quem infirmitas, aut publica utilitas, aut forte certa et grandis nécessitas tenuerit occupatum. (Sermo LV de tempore.)

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Tarse, et Flavien, qui monta depuis sur le siège épiscopal de la même ville d'Antioche, s'opposèrent, avec une générosité et une vigilance infatigables, à ce torrent d'iniquités. Voulant prémunir le peuple contre la séduction des hérétiques, et l'affermir dans la solidité de la foi par les pratiques les plus solennelles de la Liturgie, ils pensèrent que le moment était venu de donner une nouvelle beauté à la psalmodie. Jusqu'alors, les chantres seuls l'exécutaient dans l'église, et le peuple écoutait leur voix dans le recueillement. Diodore et Flavien divisèrent en deux choeurs toute l'assemblée sainte, et instruisirent les fidèles à psalmodier, sur un chant alternatif, les cantiques de David (1). Ayant ainsi séduit saintement le peuple par cette nouvelle harmonie, ils passaient les nuits dans de saintes veilles, aux tombeaux des martyrs, et là, des milliers de bouches orthodoxes faisaient retentir des chants en l'honneur de Dieu (2). Théodoret rapporte, à la suite de ce récit, que le chant alternatif, qui avait commencé de cette manière à Antioche, se répandit de cette ville jusqu'aux extrémités du monde (3).

L'Église de Constantinople suivit l'exemple de celle d'Antioche, peu d'années après; elle y fut provoquée, pour ainsi dire, par l'insolence des ariens. Ces hérétiques, suivant l'usage de toutes les sectes, cherchant tous les moyens d'intéresser la multitude, imaginèrent de s'approprier le chant alternatif que les orthodoxes avaient récemment inauguré à Antioche. Comme, sous le  règne de

(1)  Hi primi psallentium choros duas in partes diviserunt; et Davidicos hymnos alternis canere docuerunt. (Théodoret, Hist. eccles., lib. II, cap. XXIV.)

(2)  Iidem, divinarum rerum studiosis ad martyrum basilicas congregatis, una cum Mis pernoctare consueverant, Deum hymnis célébrantes. (Ibidem.)

(3)  Quod quidem tune primum Antiochiœ fieri cœptum, inde ad reliquos pervasit, et ad ultimos usque terrarum fines perlatum est. (Ibidem.)

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Théodose, ils avaient perdu les églises dont ils jouissaient à Constantinople, ils étaient réduits à faire leurs assemblées sous des portiques publics. Là, ils se divisaient en choeurs, et psalmodiaient alternativement, insérant dans les cantiques sacrés certaines sentences, qui exprimaient leurs dogmes impies. Ils avaient coutume de faire ces assemblées aux fêtes les plus solennelles, et en outre le premier et le septième jour de chaque semaine. Ils en vinrent même à ajouter des cantiques entiers qui avaient rapport à leur querelle avec les catholiques ; un de ces chants commençait ainsi : Où sont maintenant ceux qui disent que trois sont une puissance unique? Saint Jean Chrysostome, craignant avec raison que quelques-uns de son peuple, séduits par ces nouvelles formes liturgiques, ne courussent risque d'être pervertis, exhorta les fidèles à imiter ce chant alternatif. En peu de temps, ils ne tardèrent pas à surpasser les hérétiques, et par la mélodie qu'ils mettaient à exécuter les chants, et par la pompe avec laquelle l'Église entière de Constantinople, marchant avec des croix d'argent, et portant des cierges, inaugurait ce nouveau mode de psalmodie (1).

En Occident, le chant alternatif des psaumes avait commencé dans l'Église de Milan, vers le même temps qu'on l'établissait à Antioche, et toujours dans le même but de repousser l'arianisme par la manifestation d'une nouvelle forme liturgique. Saint Augustin ayant été témoin de cette heureuse innovation, nous en a laissé un récit que nous placerons ici en son entier. Voici donc comme il s'exprime au neuvième livre de ses Confessions : « Que de fois, le cœur vivement ému, j'ai pleuré au chant de vos hymnes et de vos cantiques, ô mon Dieu, lorsque retentissait la voix doucement mélodieuse de votre Église ! Ces paroles s'insinuaient dans mes oreilles ; la

(1) Vid. la Note E.

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vérité pénétrait doucement dans mon cœur ; une piété affectueuse s'y formait avec chaleur, et mes larmes coulaient et mon bonheur était en elles. C'était depuis très-ce peu de temps que l'Église de Milan avait adopté ce moyen de produire la consolation et l'édification, en unissant par des chants les coeurs et les voix des fidèles. Il n'y avait guère plus d'un an que Justine, mère du jeune empereur Valentinien, séduite par les ariens dont elle avait embrassé l'hérésie, avait poursuivi votre serviteur Ambroise de ses persécutions. Le peuple fidèle veillait jour et nuit dans l'église, prêt à mourir avec son évêque. Ma mère, votre servante, toujours la première dans le zèle et dans les veilles, était là, vivant, pour toute nourriture, de ses oraisons. Moi-même, froid encore, puisque je n'avais point ressenti la chaleur de votre Esprit, j'étais ébranlé par le spectacle de cette cité plongée dans le trouble et la consternation. Alors il fut ordonné que l'on chanterait des hymnes et des psaumes, suivant la coutume des Églises d'Orient, dans la crainte que le peuple ne succombât au chagrin et à l'ennui. Cet usage a été retenu jusqu'aujourd'hui, et dans toutes vos bergeries, par tout l'univers, l'exemple en a été suivi (1).»

Il est à remarquer ici que saint Ambroise n'institua pas seulement le chant alternatif des psaumes dans l'église de Milan, mais qu'il fit aussi chanter les hymnes qu'il avait composées, hymni et psalmi, ce qui est confirmé non-seulement par le témoignage de Paulin, diacre, dans le récit qu'il nous a laissé de la vie de son saint évêque, mais encore par les paroles mêmes de saint Ambroise : « On prétend que je séduis le peuple au moyen de certaines hymnes que j'ai composées. Je n'en disconviens pas : j'ai, en effet, composé un chant dont la puissance est au-

(1) Vid. la Note F.

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dessus de tout : car, quoi de plus puissant que la confession de la Trinité? A l'aide de ce chant, ceux-là qui à peine étaient disciples sont devenus maîtres (1). » En effet, dans les hymnes qu'il a composées, et dont la forme a servi de modèle à tous les hymnographes des siècles suivants, saint Ambroise s'est attaché toujours à confesser énergiquement la foi du mystère de la Trinité.

Telle est l'histoire de l'introduction du chant alternatif dans les diverses Églises d'Orient et d'Occident : fait important dans les annales de la Liturgie, et qui confirme une fois de plus, par les circonstances dans lesquelles il s'accomplit, cette maxime que nous avons exposée en commençant, que la Liturgie est la prière à l'état social.

Au reste, si l'Église employa contre l'hérésie les forces de la Liturgie, il faut dire aussi que l'hérésie, dès le quatrième siècle, chercha à détourner le coup, en propageant des erreurs perfides sur le sujet des rites sacrés. Nous la verrons, dans toute la suite de cette histoire, fidèle à ce plan diabolique : ou elle appliquera à ses propres besoins les formes populaires du culte, ou elle décriera ces mêmes formes comme dangereuses, superstitieuses, ou d'invention humaine. Elle répétera surtout ce sophisme, que ce qui, dans la Liturgie, n'est pas appuyé sur l'Écriture sainte, doit être ôté, comme contraire à la pureté du service divin, méconnaissant ainsi à plaisir le grand principe établi ci-dessus, que toute Liturgie appartient particulièrement à la tradition. Nous en avons eu déjà un exemple frappant, dans l'erreur des quartodécimains que l'Église a qualifiée d'hérésie: cependant,  en célébrant la Pâque, le   14 de

(1) Hymnorum quoque meorum carminibus deceptum populum feront. Plane nec hoc abnuo. Grande carmen istud est, et quo nihil potentius; quid enim potentius quam confessio Trinitatis ? Facti sunt igitur omnes magistri qui vix poterant esse discipuli. (Opusc. de Spiritu Sancto, in Epist. XXXI.)

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la lune, ces sectaires se conformaient à la lettre des Écritures. Bien plus, ils soutenaient, disaient-ils, une tradition : car il y a des traditions d'erreur comme de vérité, et on ne saurait les distinguer qu'en les rapprochant de la source à jamais pure du Siège apostolique.

Or, dans le quatrième siècle, un Gaulois, nommé Vigilance, fut suscité par l'enfer pour être le précurseur des hérétiques antiliturgistes, dont nous donnerons bientôt la succession. Lui aussi trouva et soutint que le culte se surchargeait de plus en plus de pratiques nouvelles, propres à en altérer la pureté. La pompe du culte extérieur, l'affluence des peuples aux tombeaux des martyrs, le culte rendu aux fragments de leurs ossements, les flambeaux, les cierges allumés en plein jour, pour marquer la joie de l'Église ; la multitude des fêtes : toutes ces choses excitèrent une fureur sans pareille dans l'âme de Vigilance. Saint Jérôme, avec son éloquence incisive, entreprit de confondre ce nouveau pharisien, et il s'est trouvé que les arguments qu'il employa pour anéantir ses sophismes, paraissent avoir été préparés contre de modernes sectaires, de même que les erreurs de ces derniers ne sont qu'une pâle copie des déclamations de notre hérésiarque gaulois. La place nous manque pour insérer ici les pages pleines de chaleur et de conviction que le docte prêtre de Bethléem consacra à la réfutation de son adversaire ; son traité contra Vigilantium serait à citer tout entier. Nous invitons le lecteur à le relire dans les livres du saint Docteur.

Il nous reste encore à consigner ici un fait liturgique d'une autre nature, et dont nous devons suivre la trace dans le cours de cette histoire. Il s'agit des églises des moines et des formes du culte qu'on y exerçait. Les monastères, en effet, ne pouvaient exister longtemps sous le régime de paix dont jouissait l'Église elle-même, sans réclamer les moyens de mettre à même ceux qui les

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habitaient de remplir les devoirs du christianisme, et dès lors ils devaient renfermer une église, un autel pour le sacrifice, des ministres pour les sacrements. En outre, l'Office divin, faisant la principale occupation des moines, la manière de le célébrer devait être l'objet de règlements liturgiques spéciaux qui, tout en demeurant en rapport avec les usages généraux de l'Église, devaient représenter d'une manière particulière les maximes et les mœurs du cloître. Nous traiterons de la forme des différents Offices monastiques, dans la partie de cet ouvrage qui renfermera l'explication de l'Office divin.

La célébration des saints mystères exigeait, dans chaque monastère, la présence d'un ou plusieurs prêtres ou diacres, soit qu'ils fussent du nombre des moines, soit qu'ils fussent du clergé de quelque Église voisine. Toutefois, les ] premiers Pères de l'ordre monastique, saint Pacôme, par exemple, se souciaient peu de faire ordonner des sujets qui déjà avaient fait profession de la vie monastique : ils préféraient employer au ministère de l'autel des prêtres déjà honorés du sacerdoce, lorsqu'ils avaient embrassé la vie parfaite du désert. L'Église ne tarda pas à manifester ses intentions à ce sujet, et les lettres des souverains Pontifes, comme les décrets des conciles, statuèrent les règles à suivre pour l'ordination des moines, dont ils regardèrent l'état comme une véritable préparation au sacerdoce. Nous nous bornerons à citer ici, comme autorité du quatrième siècle, la fameuse décrétale de saint Sirice à Himerius de Tarragone. Voici les paroles du Pape : « Nous désirons et voulons que les moines qui sont recommandables par la gravité de leurs mœurs, et par une vie et une foi saintes et irréprochables, soient agrégés aux offices des clercs (1). »

(1) Monachos quoque quostamen morum gravitas, et vitae ac fidei institutio sancta commendat, clericorum officiis aggregari et optamus et volumus. (Constant, Epist. Rom. Pont., tom. I, pag. 635.)

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La suite des ordonnances ecclésiastiques n'a cessé de confirmer, dans chaque siècle, cette maxime, et le décret de Clément VIII, Cum ad regularem, qui fait aujourd'hui le droit des réguliers, sur l'article de l'admission des sujets à la profession, défend expressément d'en admettre aucun dans l'ordre des choraux, qui ne présente l'espoir fondé de pouvoir être un jour élevé au Sacerdoce (1). Enfin, parmi les propositions condamnées par Pie VI, dans la Bulle Auctorem fidei, on lit celle-ci : Ne compotes fiant ecclesiasticœ hierarchies qui se huic (monastico) ordini adjunxerint, nec ad sacros ordines promoveantur, prœterquam ad summum unies, vel duo, initiandi tanquam curati, vel capellani monasterii, reliquis in simplici laicorum ordine remanentibus. Il est fâcheux que cette proposition soit identique à plusieurs de celles qu'on rencontre dans les Discours de Fleury, et dans quelques autres ouvrages français qui sont journellement entre les mains du clergé ; mais nous n'avons point à traiter ici ces questions ; nous avons voulu seulement ouvrir, pour ainsi dire, les églises des monastères dans lesquelles, par la suite, nous aurons occasion de pénétrer, pour y étudier, soit les rites généraux de l'Église, soit les rites particuliers des moines.

Avant de résumer les travaux liturgiques des écrivains de l'époque qui nous occupe, nous dirons un mot des lois ecclésiastiques sur cette matière, durant la même période.

Les souverains Pontifes du quatrième siècle héritèrent du zèle et de la sollicitude de ceux des trois premiers, dans tout ce qui concerne les rites sacrés. Saint Silvestre fit des règlements sur la consécration du saint chrême, et sur les cérémonies du baptême à  suppléer à ceux  qui

(1) Quisque recipiendus in aliquo ordine regulari etiam mendicantium, eam litterarum scientiam calleat,. aut illius addiscendœ spem indubiam prae se ferat, ut minores, et, suis temporibus, majores ordines, juxta decreta sacri Concilii Tridentini, suscipere valeat.

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avaient reçu ce sacrement en maladie. Il établit que les diacres useraient de la dalmatique dans l'église, et porteraient au bras gauche un mouchoir de lin, qui est devenu depuis le manipule; que le sacrifice serait célébré sur l'autel, couvert, non d'un tapis de soie, ou de quelque étoffe teinte, mais d'une toile de lin, à l'imitation du linceul dans lequel fut enseveli le corps de Jésus-Christ (1). Saint Marc ordonna que l'évêque d'Ostie, auquel appartenait déjà le droit de consacrer le Pape, aurait l'usage du Pallium (2). Saint Jules statua que les notaires de l'Église tiendraient un registre exact de toutes les donations faites aux basiliques, et un état de tous leurs titres : mesure à laquelle nous devons certainement les précieux inventaires du trésor des églises de Rome, au temps de saint Silvestre (3). Saint Damase, comme on peut le voir par la lecture de ses œuvres, composa plusieurs hymnes à la louange des saints, et orna d'inscriptions en vers le lieu où avaient reposé les corps des saints Apôtres, aux Catacombes, et les tombeaux d'un grand nombre de martyrs. Il s'occupa aussi de régler l'Office divin ; et saint Grégoire le Grand (4) nous apprend qu'à la persuasion de saint Jérôme, il inséra dans les offices romains plusieurs usages des églises d'Orient. Ce témoignage de saint Grégoire, qui atteste les relations de saint Damase et de saint Jérôme au sujet de la Liturgie, nous semble propre à concilier un plus haut degré d'autorité à une opinion qu'on rencontre dans tous les liturgistes du moyen âge : que saint Jérôme aurait eu une grande part à un remaniement de l'Office divin entrepris par saint Damase (5).

(1)  Lib. pontificalis, in Silvestrum.

(2) Ibid., in Marcum.

(3) Ibid., in Julium.

(4) Lib. XII, Epist. IX.

(5) Grancolas, Commentaire historique sur le Bréviaire romain. Tome I pag. 26.

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Saint Sirice, successeur de saint Damase, dans la décrétale que nous avons citée plus haut, corrige la témérité de ceux qui conféraient le baptême à Noël, à l'Epiphanie, aux fêtes même des Apôtres, et confirme la tradition de toutes les églises de n'administrer ce sacrement qu'aux fêtes de Pâques et de la Pentecôte (1). On trouve plusieurs traits du même genre dans les lettres de ce saint Pape, qui ont été recueillies avec tant de soin par D. Constant; mais il faut remarquer la solennité avec laquelle il intime les volontés du Siège apostolique, en matière de Liturgie. « Jusqu'ici on a assez erré sur ce point : que maintenant donc s'attachent à la règle que nous venons d'établir, tous les Prêtres qui ne veulent pas être séparés de la solidité de cette Pierre apostolique sur laquelle le Christ a bâti son Église (2). » Nul doute que les décrets des Pontifes antérieurs ne fussent rendus avec cette solennité : le pouvoir du Siège apostolique ayant été le même depuis l'origine de l'Église, et la vigueur des Papes toujours inébranlable, quand il s'agissait du maintien et de la conservation des traditions.

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