Institutions liturgiques (page 111)
Ainsi la secte se proclame satisfaite de l'effet produit par les versions qu'elle a fournies; elle ne Test pas moins sur le sujet des traductions qui ne sont pas émanées d'elle, mais dont la publication n'est en réalité que l'adoption sans retour des principes que Voisin soutint en 1661 contre l'Assemblée du clergé, et Arnauld, en 1688, contre François de Harlay et son officiai. Elle s'approprie le mérite de tout, depuis les exemplaires de l'ordinaire de la Messe lancés dans le public par ordre du Roi, à l'appui de la révocation de l'Édit de Nantes, jusqu'à l'approbation du Bréviaire de Paris, donnée par le grand vicaire de Charles de Vintimille.
« Louis XIV fit distribuer aux nouveaux convertis cent mille exemplaires d'Heures qui contenaient l'ordinaire
(1) Nouvelles ecclésiastiques. 1er janvier 1747.
(2) Ibid.
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de la Messe en français, cent mille exemplaires séparés du même ordinaire, et cinquante mille Nouveaux Testaments. Aujourd'hui l'ordinaire de la Messe se trouve dans un grand nombre de livres de piété (1). Mais ce qui est encore plus remarquable, c'est l'Approbation du feu syndic de Sorbonne, Romigny, qu'on voit à la tête du Bréviaire de Paris mis en français. M. de Romigny, en qualité de grand vicaire de M. de Vintimille, chargé de sa part de revoir et examiner les livres d'Église et de prières destinés à l'usage des laïques de son diocèse, déclare que ces traductions ne peuvent qu'être très utiles, tant aux religieuses qu'aux personnes de piété qui veulent suivre les saints offices qui se récitent et qui se chantent, etc. »
« Comparez ce langage avec celui que tenait l'Official de Paris contre le Bréviaire français de M. Le Tourneux ; quelle différence ! Cependant, entre le gouvernement de M. de Harlay, où l'on condamnait les traductions de l'office de l'Église, et celui de M. de Vintimille où on les a approuvées, il n'y a que l'épiscopat de M. le cardinal de Noailles. Disons plutôt : M. le cardinal de Noailles a lui-même approuvé les traductions de l'office de l'Église, et s'est fait un devoir de les mettre entre les mains de son peuple. Appuyons nous donc sur Dieu ; fions-nous à lui, et laissons-le » faire. Sous le ciseau et sous le marteau des persécutions» son œuvre avance, et les hommes sont trop faibles pour l'arrêter (2). »
C'est ainsi que la grande révolution due à la persévérance
(1) Dans leur zèle pour multiplier les traductions de l'ordinaire de la Messe, et pour en répandre l'usage, les jansénistes ne se contentèrent pas de le placer en tête de plusieurs éditions du Nouveau Testament et de divers livres de prières particulières ; ils allèrent jusqu'à publier une édition de l'Imitation de Jésus-Christ, traduite par le jésuite Gonnelieu, en ayant soin de la faire précéder de l'ordinaire de la Messe.
(2) Nouvelles ecclésiastiques. 1er janvier 1747.
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de la secte, était célébrée par elle près d'un siècle après l'Assemblée de 1660. Les temps étaient changés, en effet; car loin de contester avec le parti sur ses doctrines relatives aux versions de la Liturgie, Charles de Vintimille avait publié, sans préjudice des paroissiens pour l'usage commun, une traduction complète des nouveaux Missel et Bréviaire parisiens, dès l'année 1738. Il y eut encore une traduction du bréviaire en 1742, huit volumes in-4°; puis un autre en 1767, à laquelle les Nouvelles ecclésiastiques reprochent des tendances opposées à celles de la version publiée par Charles de Vintimille (1).
Si on nous demande maintenant quelles furent les réclamations du sentiment catholique contre une innovation que l'Église de France elle-même repoussait avec tant de vigueur un siècle auparavant, et qui semble établie en loi aujourd'hui, nous avons quelques faits à produire comme indices d'une réaction qui devait être vaincue et qui le fut en effet. Nous avons parlé suffisamment de la sentence de l'official de Paris et de l'ordonnance de François de Harlay, qui furent obligés, l'un et l'autre, pour justifier leur censure, de réveiller le souvenir des faits qui avaient eu lieu trente ans auparavant, quoique ces faits eussent été démentis par des mesures subséquentes, que l'archevêque aussi bien que l'official étaient obligés d'avouer. Deux ans plus tôt, en 1686, le docteur Jollain avait demandé à la Faculté de Paris la permission de mettre l'approbation à un ordinaire de la Messe en français, qui 1 devait être publié avec quelques explications; le Syndic de 4a Faculté eut encore assez de fermeté pour obliger le docteur Jollain et l'auteur lui-même à retirer le titre qui annonçait l'ordinaire de la Messe, et d'en substituer un autre qui n'annonçât que des explications sur cette partie la plus sacrée de la Liturgie. Le livre fut imprimé à
(1) 21 février 1770.
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Rouen, et ne contenait en effet que les explications promises par le titre. La Faculté fit preuve de courage dans cette occurrence; elle ne s'était pas compromise par la publication des cent mille exemplaires.
Dans tout le cours du XVIII° siècle, on vit les prêtres et les religieux qui avaient loyalement embrassé la cause de la foi dans la question de la Bulle, réagir en grand nombre contre l'envahissement des traductions de la Liturgie, mais principalement de l'ordinaire de la Messe. Le journal de la secte ne laisse pas une année sans émettre des réclamations contre les entreprises des missionnaires en cette matière. Ainsi en 1728, il dénonce la mission donnée à Chartres par les jésuites, dans laquelle le savant Père de Tournemine avait prêché contre la traduction de l'ordinaire de la Messe. La même année, à Castellane et à Senez, ce sont les capucins qu'on accuse du même crime. En 1732, les Nouvelles adressent le même reproche à des prêtres séculiers de Rouen. En 1733, elles dénoncent les jésuites de Langres comme coupables d'avoir ôté l'ordinaire de la Messe aux Ursulines de cette ville. L'évêque de Laon comparaît l'année suivante, comme l'ayant fait déchirer en tête des Heures,du Nouveau Testament et de l'Imitation de Jésus-Christ, qui se trouvaient entre les mains des religieuses de la Congrégation. Dans le même moment, ainsi que nous l'apprend la feuille janséniste, les jésuites, après une mission qu'ils avaient donnée à Ribémont, allèrent par les maisons de la ville déchirer dans les livres qui la contenaient la traduction de cette même prière liturgique. En 1735, c'est le prédicateur d'une station à Saint-Malo qui tonne du haut de la chaire contre les traductions. L'année suivante, le journal nous transporte à Amiens, où, dans le cours d'une mission que le pieux évêque de la Mothe d'Orléans faisait donner à son peuple par les jésuites, le P. Duplessis prêche ouvertement dans le sens de l'Assemblée de 1660. En 1740, les
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jésuites reparaissent encore sur la même thèse, à Loudun ; les dominicains, à Vienne, en 1752; les capucins, à Stenay, en 1760, etc.
Nous ne pousserons pas plus loin cette investigation chronologique(1), elle suffira pour montrer à quel point les deux partis, celui de la foi et celui de l'hérésie, se trouvaient en présence sur cette question, et combien il a fallu de temps et d'efforts pour en venir à l'indifférence qui semble régner aujourd'hui sur les versions de la Liturgie. Nous ne doutons pas que les pages que nous venons d'écrire ne surprennent plusieurs de nos lecteurs, à une époque où, dans l'ordre de la religion, tant de gens sont disposés à accepter le fait comme un droit. Il nous eût été cependant facile de fortifier d'un grand nombre de détails la revue historique que nous nous sommes imposé de faire ici ; mais nous ne devions pas dépasser les bornes qui nous sont prescrites par notre plan général, et il est temps de terminer sur cette matière, en abordant le côté pratique de la question.
Il n'est personne, après les raisons et les faits que nous avons exposés, qui puisse désormais soutenir que les traductions de la Liturgie pour l'usage des fidèles sont en elles-mêmes conformes à l'esprit de l'Église; faut-il en conclure que tous les paroissiens et tous les eucologes doivent être immédiatement jetés au feu, et interdire maintenant aux fidèles de France un usage invétéré que la plupart d'entre eux pratiquent d'autant plus innocemment qu'ils ne l'ont jamais entendu blâmer? Nous pensons qu'il est trop tard pour entreprendre avec fruit une pareille réforme; mais il n'est pas moins évident que les
(1) Il est à propos de noter ici que, jusque dans le XVIII° siècle, les savants rédacteurs du Journal de Trévoux eurent le courage de braver le préjugé qui s'établissait déplus en plus en faveur des versions. Les Nouvelles ecclésiastiques dénoncent la franchise de ce recueil sur la question, spécialement dans les années 1744 et 1749.
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lois et l'esprit de l'Église en cette matière réclament au moins quelques restrictions dans l'usage illimité que les fidèles font de ces traductions.
Une des raisons qui nous portent à avancer qu'une suppression absolue des versions en usage ne serait pas opportune, est d'abord la longueur du temps qui s'est écoulé depuis l'époque où les fidèles de France ont commencé à jouir de cette tolérance. Des mesures sévères auraient pour résultat d'exciter une perturbation fâcheuse, sans aucune préparation qui mît les fidèles à même de comprendre les motifs de cette conduite. D'un autre côté, on ne peut disconvenir que les dangers qu'on avait à craindre du côté des théories jansénistes sur le saint Sacrifice ne se soient éloignés de nous ; l'esprit de la secte et ses habitudes ont laissé pour longtemps encore des traces profondes, mais ses dogmes et ses intentions sont aujourd'hui ignorés du grand nombre. Reste donc à donner satisfaction à l'esprit de l'Église, qui, jusqu'à la fin des siècles, sera de traiter avec mystère les choses saintes, et à concilier les nécessités de la situation avec les règlements des conciles et du Siège apostolique.
Il nous semble que le moyen d'obtenir ce résultat serait d'abord d'insister auprès des fidèles sur le mérite qu'ils auraient à suivre l'Église dans ses chants et ses cérémonies, ces chants étant destinés à réunir en commun les vœux du peuple et ceux des prêtres, et ces cérémonies ayant pour but d'instruire et d'édifier l'assistance. Cette réserve faite, il est, ce nous semble, permis de penser qu'on pourrait appliquer dans une certaine mesure aux prières de la Liturgie la règle par laquelle le Saint-Siège a cru devoir adoucir, dès le siècle dernier, la discipline générale qui prohibait l'usage de l'Écriture sainte en langue vulgaire? Le 13 juin 1757, la sacrée Congrégation de l'Index rendit, par ordre de Benoît XIV, un décret portant que désormais les versions de la Bible en langue
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vulgaire pourraient être permises indistinctement aux fidèles, si ces mêmes versions avaient été approuvées par le Saint-Siège, ou encore si elles étaient publiées avec des annotations extraites des saints Pères ou des auteurs doctes et catholiques (1). » Ainsi fut modifiée la régie de l'Index qui jusqu'alors interdisait aux fidèles, sous peine d'excommunication, de lire ou de retenir les versions de l'Écriture en langue vulgaire, hors le cas où ils en auraient obtenu la permission de l'évêque ou de l'Inquisiteur.
Le décret de 1757 ne parle pas, il est vrai, des traductions de la Liturgie, et il est peu probable que l'on pût jamais obtenir du Saint-Siège, pour un missel ou un bréviaire mis en langue vulgaire à l'usage des fidèles, l'approbation apostolique ; mais dans l'état où les choses se trouvent en France, on pourrait introduire l'esprit du décret dans la pratique, à raison des circonstances. Ainsi, la traduction des Introït, Oraisons, Épîtres, Évangiles, etc., pour le Missel; des Psaumes, Hymnes, Leçons, Oraisons, etc., pour le Bréviaire, si elle était accompagnée de notes ou de gloses, au moyen desquelles on éclaircirait les passages difficiles, on préviendrait les difficultés, on exposerait le sens que l'Église attache à telles paroles, à tels rites, le tout emprunté à la doctrine des saints Pères et des Docteurs orthodoxes ; une telle traduction, disons-nous, semblerait légitimée jusqu'à un certain point par l'esprit du décret de 1757, et perdrait une partie des inconvénients qui ont déterminé l'Église à déclarer les versions de la Liturgie contraires à son esprit.
Mais afin de donner satisfaction au principe de la langue sacrée, et pour maintenir le secret auguste qui doit
(1) Quod si hujusmodi Bibliorum versiones vulgari lingua fuerint ab apostolica Sede approbatae, aut editae cum annotationibus desumptis ex sanctis Ecclesise Patribus, vel ex doctis catholicisque viris, conceduntur. (Décret, S. Congregationis Indicis. 13 Junii 1757.)
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environner le plus profond de nos Mystères, il nous semble évident que cette liberté ne devrait jamais s'étendre à l'ordinaire de la Messe, quand bien même la traduction en serait accompagnée de notes et d'explications. C'est principalement cette prière sacrée que le concile de Trente, Alexandre VII, et l'Assemblée de 1660 signalent comme ne pouvant être exposée, sans profanation et sans péril, aux yeux du vulgaire ; c'est au moyen des versions des prières de l'oblation et du canon, que les jansénistes ont voulu altérer la notion du Sacrifice chrétien, quand à la part que les fidèles y prennent; enfin, l'ordinaire de la Messe, composé presque tout entier des paroles de l'Église, diffère essentiellement des autres prières ou lectures du missel et du bréviaire, dont la majeure partie est empruntée à l'Écriture sainte. Nous venons de voir que l'Église a cru devoir adoucir ses prohibitions sur l'usage de la Bible, pour le cas où les versions paraîtraient accompagnées d'annotations destinées à éclaircir le texte, et à prévenir les fausses interprétations. L'Écriture sainte ne change pas de nature pour être employée dans la Liturgie; mais le décret de 1757 n'a pas non plus la vertu de transformer en Écriture sainte les formules liturgiques rédigées par l'Église.
Un coup d'œil sur les diverses Années chrétiennes expliquera pleinement notre pensée. En 1685, Nicolas Le Tourneux inséra le Missel français de Voisin en entier dans son Année chrétienne. Au commencement du siècle suivant, le P. Croiset lui opposa un ouvrage du même genre, mais dans lequel il se bornait à donner la traduction des Épîtres et Évangiles et de la Collecte de chaque Messe. Quelques années après, vers 1745, les traductions de la Liturgie étant de plus en plus l'objet d'une mode irrésistible, et le décret de 1757 devant bientôt adoucir la discipline sur les versions de l'Écriture sainte, à la condition qu'elles seraient approuvées du Saint-Siège, ou accompagnées d'annotations puisées à des sources
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orthodoxes, le P. Griffet crut pouvoir donner, dans son Année du chrétien, la traduction du missel entier, en y joignant une glose destinée à prévenir, les écarts dans lesquels l'ignorance de la théologie aurait pu jeter les simples fidèles; mais il ne voulut pas que l'on trouvât dans son livre les formules qui accompagnent le divin Sacrifice, exposées à la familiarité du vulgaire par une traduction imprudente. Cette réserve toute catholique lui valut la réprobation et les anathèmes de la feuille janséniste. Dernièrement, nous avons vu Monseigneur l'évêque de Langres, dans son Mandement sur le chant de l'Église, que nous avons déjà cité, énoncer comme évêque le principe qu'avaient appliqué comme écrivains les PP. Croiset et Griffet. Le prélat, après avoir remarqué que le Saint-Siège défend de répandre parmi les « peuples la traduction de l'ordinaire de la Messe dans la langue du pays, » ajoute : « Quoique nous l'ayons fait nous-même jusqu'ici, pour aplanir un peu les difficultés de certaines circonstances, nous n'approuverons dorénavant aucun livre qui renfermerait cette traduction littérale (1). »
Il nous semble que, par cette manière de procéder, on arriverait à une conciliation des principes anciens et des nécessités du présent, et on ôterait une contradiction qui ne doit pas exister plus longtemps entre la loi inviolable qui prescrit l'usage de la langue sacrée à l'autel, et une pratique introduite irrégulièrement, et qui rend cette prescription presque illusoire; car enfin, il ne faut pas être plus sage que l'Église. La piété des fidèles aurait-elle à souffrir d'une mesure qui laisserait tomber en désuétude l'usage où ils sont de lire l'ordinaire de la Messe en français ? Nous ne le pensons pas. Cette formule solennelle et mystérieuse du saint Sacrifice, rédigée dans la plus haute antiquité, n'est point en rapport avec les expressions
(1) Page 12.
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en usage aujourd'hui dans la piété privée. Pleine de gravité et revêtue d'un caractère officiel, elle n'a point ce genre d'onction à la portée de tous, que l'on recherche dans, les prières dont on veut aider sa dévotion, et plus d'une fois nous avons entendu des fidèles convenir qu'ils avaient peu de goût à la lire pendant la messe. Cependant, la manie est telle en cette matière, que, dans un grand nombre de maisons d'éducation, on force jusqu'aux enfants à lire durant le saint Sacrifice cette formule qu'ils ne peuvent comprendre, et à l'égard de laquelle ils contractent pour le reste de leur vie une routine invincible. Il faudrait un volume entier pour mettre dans tout son jour, à l'usage des fidèles même intelligents, tout ce que l'ordinaire de la messe renferme de profondeur dans la diction, d'allusions dans les images et le choix des termes, de dogmes en action souvent dans une seule phrase, de formes empruntées partie à la langue latine des deux premiers siècles de l'ère chrétienne, partie au génie des saintes Ecritures. Nous convenons volontiers que cette formule, éclaircie sous ces divers points à la fois, serait d'un grand secours pour aider les fidèles à s'unir au prêtre et à toute l'Église dans l'action du saint Sacrifice ; mais peut-on se promettre de voir arriver le commun des fidèles à cette intelligence d'un texte si profond, lorsqu'il n'est pas rare d'entendre des prêtres mêmes convenir que les prières de l'Oblation et du Canon ne sont pas pour eux sans obscurités ?
Nous ajouterons de plus que, dans le temps même où les langues sacrées existaient encore dans l'usage vulgaire, les formules du Sacrifice se récitaient secrètement à l'autel, comme on le fait aujourd'hui, et que les fidèles ne les avaient pas en leur possession. Aujourd'hui que l'Église en interdit seulement la traduction, qu'on étende, selon la pensée de Fénelon, la connaissance de la langue latine; que Ton publie, pour l'usage des fidèles qui ne la
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possèdent pas, des exercices pour l'assistance à la Messe qui les mettent plus en rapport avec l'esprit des formules que récite le prêtre et des cérémonies qu'il accomplit; que, selon la prescription du concile de Trente, on explique du haut de la chaire, dans le plus grand détail, tout ce que dit, tout ce que fait le sacrificateur à l'autel, et bientôt les fidèles n'auront plus à regretter d'être privés d'une formule en langue française qu'il leur est plus facile d'apprendre par cœur, que de goûter et de comprendre avec fruit.
Les principes et les faits exposés dans le cours de ce chapitre nous ramènent à la conclusion que nous avons déjà signalée en terminant celui qui précède. Telle est la majesté des livres liturgiques, qu'ils doivent être garantis contre la familiarité du vulgaire, et par la langue sacrée dans laquelle ils sont écrits, et par le silence mystérieux de l'autel dans les moments les plus sublimes, et par l'extrême réserve à laquelle doit être soumise la traduction des formules dont ces livres se composent (1).
(1) Au moment même, où Dom Guéranger écrivait ces lignes, Mgr Parisis, évêque de Langres, proposait à la sacrée Congrégation des Rites cette question :
Episcopus Lingonensis, ad pedes S. V. humiliter quaerit an liceat ordinarium Missœ in linguam vernaculam traducere, et sic traductum, approbante Episcopo, ad usum fidelium typis mandare ?
La réponse fut rendue en ces termes :
Ex audientia Sanctissimi, die 6 junii 1851.
Sanctissimus mandavit ut Episcopus orator moneat traductores ut a cœpto abstineant, ejusdemque operis impressionem et publicationem inhibeat.
Cette réponse officielle ne laissait aucun doute sur les intentions du Saint-Siège, le vénérable auteur s'y est conformé dans son Année liturgique, dans laquelle, fidèle à ses principes autant qu'à l'obéissance due aux décisions de l'Église, il n'a jamais traduit l'ordinaire de la messe. Pour les autres parties du Missel et du Bréviaire, qui sont d'un usage ordinaire parmi les fidèles, il a suivi la méthode indiquée ci-dessus. Il a traduit toutes ces formules, mais en les accompagnant d'explications aussi pieuses que savantes ; ce travail a été béni de Dieu et a produit des fruits merveilleux dans les âmes. (N. de l'Éditeur.)
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NOTES DU CHAPITRE IV
NOTE A
BEATISSIMO PATRI ALEXANDRO VII, PONTIFICI MAXIMO
BEATISSIME PATER
Priscus, laudabilis, atque perpetuus ecclesia; Gallicanas mos est, ut sive congregati quolibet quinquenniis Praesules, sive qui in Curia Regia pro variis Ecclesiarum suarum negotiis degunt, juxta nominis ac dignitatis suae rationem super gregem dominicum vigilantes, utpote in partem sollicitudinis tuae vocati, illud imprimis tanquam optimi Pastores curent, ne in ovilia sua aut lupus irrumpat, aut vulpes illae parvulae, quoe demoliuntur vineam Domini Sabaoth, caute in eam, sed perniciose irrepant, sparsis novitatum zizaniis, tanto nocentioribus, quanto illœ, ut habet Divus Augustinus, sub ementito nomine servitutis Dei decipiunt.
Cum itaque prodiisset nuperis hisce diebus Missale Romanum, e latino in vulgarem linguam conversum, ac per columnas divisum, habens ex una parte textum latinum, ex altera vero gallicum, ad rei novitatem continuo animum ereximus, reque primum apud nos qui publica Cleri gallicani Comitia, Pontissarae coacta, ac deinde Lutetiam translata celebramus, accurate perpensa, illam omnino improbavimus tanquam ab Ecclesiœ consuetudine alienam, nec nisi cum ingenti animarum pernicie conjunctam.
Ne quid tamen in re tanti momenti festinato aut praecipitanter agere videremur, caeterorum etiam hujus regni Antistitum, qui forte in hac ipsa Curia pro emergentibus quotidie piis causis ad tempus morantur, numero sex supra triginta reperti, Coetum collegimus, qui omnes diligentissime discussis utriusque partis rationum momentis, nihil ut ad perfectam veritatis notitiam assequendam desiderari posset, censuerunt communibus Votis, non modo qui Episcopali caractere insigniti sunt, verum etiam qui secundi Ordinis in ecclesia Gallicana partes tenent, qua natalibus, qua Doctoratus laurea, qua morum integritate spectatissimi, prohibendam esse et abrogandam novam hanc Missalis Romani editionem, ac in nostratem linguam translationem, et alias hujusmodi : hortandosque universos Galliarum Praesules, Fratres et Collegas nostros, per Epistolam encyclicam, ut eorum quilibet in suis dioecesibus, earum distributionem, lectionem et usum, etiam sub anâthematis interminatione, fidelibus Interdicant. Orandum praeterea christianissimum nostrum Regem, qua» tenus solita qua praestat pietate, a gloriosissimis Regibus antecessoribus suis quasi haereditario jure ad se transfusa et accepta, brachii regalis
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opem ad saluberrimum hocce Decretum potentius executioni mandandum _ non deneget.
Inducti autem fuimus, Beatissime Pater, hoc est universus iste Patrum et Comitiorum generalium Cœtus, multis, iisque gravissimis rationibus, quae Beatitudinem tuam rerum omnium encyclopaedia et cogitatione pollentem non latent : ac potissimum quod praeter antiquitatis reverentiam, postulet ipsa Christianorum rituum ac mysteriorum dignitas atque majestas, ut ea vulgo et quibusvis obviis non exponantur, ne ipsa sua frequentia et assiduitate vilescant, sintque eo magis vera et veneranda, quo rariora : neve apicum, syllabarum, aut verborum immutatio, quas ex singulorum idiomatum dialecto et proprietate oritur, scandalum aliquod vel offendiculum in rebus fidei ac doctrinae ponat, fiatque hinc quod est in libris Regum ut unaquœque gens atque provincia fabricata sit sibi Deum suum, dum peculiarem religionem a proprio cerebro sibi fingit ex depravatis, aut maie intellectis sacris codicibus, uti fecere olim Waldenses, alias pauperes de Lugduno, aliœque ejusmodi hominum fœces ac pestes ; et patrum nostrorum memoria, in Septentrionalibus maxime plagis, atque in ipsa nostra Gallia, ubi orthodoxa fides ac religio (proh dolor!) plures in sectas misère scissa est, atque lacerata, Lutherus, Calvinus, Beza, eorumque sequaces, qui virus suum ex adulterata prassertim sacrae Scripturae ac divinorum Officiorum in familiarem linguam versione per infimae sortis homines et imperitam plebem disseminarunt. Unde celeberrima toto orbe Parisiensis academia, et quas mirum ei decus peperit florentissima Sorbonae schola, cujus definitiones inoffenso quilibet fidelis decurrere potest pede, dum novam istam doctrinam ante plures annos adversus Erasmum virgula notavit censoria, eam, inter alia, Bohemorum errori viam sternere pronuntiavit.
Enim vero, Beatissime Pater, verbo Dei scripto nihil melius, aut utilius ; nihil alio sensu pejus, aut periculosius,cum sit optimi succi corruptio pessima, et a Vincentio Lirinensi adversus prophanas hœresum novitates calamo pugnante, Scriptura divina liber hœreticorum dicatur; nec ullus unquam contra fidem error exortus est, qui non se aliquo sacrarum Litterarum corrupto textu tanquam clypeo objecto tutatus sit. Et ideo quemadmodum illius explanatio a sacro Tridentino concilio mire commendatur parochis, et animarum rectoribus, ut inter ipsa Missarum solemnia, aut divinorum celebrationem, sacra eloquia singulis diebus vernacula lingua exponant, cum ipsa Missa magnam contineat populi fidelis eruditionem ; ita et ipsius de verbo ad verbum redditio damnatur atque prohibetur, eo quod haec plurium errorum causa fuerit ac seminarium. Testatur id B. Petrus Apostolus, qui de B. Pauli Epistolis ait : Sicut et carissimus frater noster Paulus secundum datam sibi sapientiam scripsit vobis per Epistolas, in quibus sunt quaedam difficilia intellectu, quae indocti et instabiles depravant ad suam et aliorum perditionem : indoctam plebeçulam, ac prœsertim fœminas haud dubie significans, quarum nonnullœ tanquam infelicis Evae filiae, serpenti antiquo credulam
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nimis aurem praebentes,et insita levitate, caecaque cupiditate ductae sciendi bonum et malum, altius quam par est volantes, in praeceps facile ruunt, et scrutatrices factae Majestatis opprimuntura gloria,ut non immeritocon queratur D. Hieronymus : Cum tractent fabrilia fabri, solam Scripturarum artem esse quam sibi passim omnes vindicant, quam garrula anus, quam delirus senex, quam sophista verbosus pro libito interpretantur, lacerant, docent antequam discant : alios adducto supercilio grandia verba tonantes, inter mulierculas de sacris litteris philosophari.
Ex quibus colligere licet, Pater Sancte, Evangelii et Missa; lectionem, aliis vitam,aliis mortem afferre, prorsusque non decere aut expedire, ut Missale, seu Sacerdotalis liber, qui sub sera et sacro sigillo in plurimis nostratibus Ecclesiis clausus etiamnum religiose custoditur, manibus omnium teratur indiscriminatim.
Sed quia antiqua Patrum traditio et consuetudo nos admonet, ut in arduis quœstionibus, quas vel fidei controversias, vel ecclesiasticae disciplinas regulas, divinique cultus, aut sacrosancti Missa; sacrifici ritus respiciunt, consulatur prima Sedes, cum ad eam pertineat regimen universalis Ecclesiae, ac juxta Prophetam in omni loco offeratur divino Numini ac nomini oblatio munda, a quo secundum multos Missa nomen suum ex hebraïca radice ac notatione sortita est : nihil nobis, Beatissime Pater, fuit antiquius, quam ut post editum superius hocce decretum, quo, S. R. Ecclesiae sponsas tuae vestigiis inherentes, omnium tum divinae Scripturae, tum augustissimi Sacrificii Ritualium ac Missalium, ut vocant librorum in vulgarem linguam translationes damnavimus, illud in manibus Illustrissimi Domini Piccolominei, Caesariensis Archiepiscopi, Sanctitatis tuas Nuntii, reverenter consignatum, protinus ad te referremus.
Tu enim is es, Beatissime Pater, in quo, et per quem Episcopatus unus est, qui merito inde diceris apex sacerdotii, fons ecclesiasticas unitatis, Ecclesiae vertex, et princeps episcopalis Corona. Fiat ergo per te ut idem dicamus omnes, et non sint in nobis schismata. Fiat, inquam, pax in virtute tua. Floreat Ecclesia tuo saeculo, sicuti revera floret, sopito, diplomatum tuorum vigore, novarum quaestionum et heterodoxorum dogmatum igne, ac incendio. Sit illa non jam turris Babel ob confusionem linguarum, quibus divinas laudes recitari passim volunt perfidi novatores, sed Hierusalem, id est visio pacis, quœ œdificatur ut civitas concors, cujus participatio ejus in idipsum. Et qui in ea Cathedra dignissime sedes ac praesides ejus vice, cui venti et mare obtemperant, seda et compesce suprema auctoritate tua exurgentes in Ecclesias pelago procellas ; comprime tumentes haeresum fluctus feri maris, despumantes, ut ait B. Judas Apostolus, suas confusiones, sydera errantia, etc., facque ut unus Deus una voce ubique laudetur ; et nostris ea de re decretis, quibus Ecclesiae sanctae usum et consuetudinem asseruimus, ea qua in toto illius districtu potestate a Deo solo tibi tradita vales, per Apostolica rescripta
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vim et robur adde, generali Constitutione ad hoc ipsum, si ita Sanetitati . Tuae videbitur, sub pœnis, arbitrio tuo, in transgressores infligendis lata, nec in Gallia tantummodo,sed etiam ubique terrarum valitura; ut quemadmodum a solis ortu usque ad occasum laudabile nomen Domini, et potestas ejus potestas aeterna quae non auferetur ; ita quoque ejus Vicarii, id est, Beatitudinis Tuae mandato, quam late patet universus orbis christianus, in quo illa dominatur a mari usque ad mare, eadem lingua, eodemque Spiritu, divina Cantiea, Mysteria et Officia celebrentur. Sic te nobis, et Ecclesiae incolumem Dei providentia servet ad multos annos eosque felicissimos, prout ex animo vovent, Lutetiae Parisiorum, die septima mensis januarii, anno Domini 1661,