Institutions liturgiques (page 112)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Sanctitatis Tuas, Beatissime Pater,

devotissimi ac obsequentissimi filii et servi, Cardinales, Archiepiscopi.Episcopi, aliique Ecclesiastici viri in Generalibus Gallicani cleri Comitiis congregati,

Franciscus, Archiep. Rothomagensis, Proeses.

De mandato Eminentissimorum ac Illustrissimorum Dominorum qui supra, totiusque caetus cleri Gallicani.

Abbas. Thoreau, a secretis,

NOTE  B

Arrêt du Conseil d'État par lequel le Roy ordonne que les traductions qui ont été faites du Missel romain en françois, seront supprimées ; avec défense d'en vendre ny acheter, à peine de quinze cens livres d'amende, et confiscation des exemplaires.

Sur ce qui a été remontré au Roy étant en son Conseil, par les Députez de l'Assemblée générale du Clergé, que par la délibération du 7 Décembre dernier, elle aurait prohibé la lecture et l'usage des traductions en françois du Missel romain, faites depuis peu, par le Sieur Voisin et autres, comme une nouveauté contraire à la pratique de l'Eglise, et ensuite aurait supplié Sa Majesté d'interposer son autorité pour l'exécution d'une si sainte résolution ; et d'autant que les Libraires ne cessent point défaire le débit de ces Livres, ny le peuple de s'en servir, lesdits Députez supplioient Sa Majesté d'empêcher la continuation de ces désordres, par les moyens qu'elle jugera plus à propos. La matière mise en Délibération : Le Roy étant en son Conseil, a ordonné et ordonne que lesdits Livres, contenant les traductions en françois du Missel romain, seront supprimés, suivant ladite Délibération de l'Assemblée ; et que tous les exemplaires seront saisis, en quelque part du royaume qu'ils se trouvent, soit dans les boutiques des Libraires, ou dans les maisons particulières.

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Enjoint au Lieutenant civil de procéder incontinent à ladite saisie dans l'étendue de cette ville de Paris, et aux autres Lieutenans des Bailliages et Seneschaussées, chacun en son ressort ; par devant lesquels les particuliers qui auront lesdits Livres, seront tenus de les représenter, pour être supprimés ; à peine de quinze cens Livres d'amende : et sous pareille peine et confiscation des exemplaires, Sa Majesté fait inhibitions et défenses à tous Libraires de vendre aucun desdits livres,et à ses Sujets de les acheter. Fait au Conseil d'Etat du Roy, Sa Majesté y étant, tenu à Paris le 16e jour de Janvier 1661.

Louis par la Grâce de Dieu Roy de France et de Navarre : A nôtre amé et féal Conseiller en nôtre Conseil d'Etat et Lieutenant civil de nôtre bonne ville de Paris le Sieur d'Aubray : Salut. Ayant ordonné par l'Arrêt de nôtre Conseil d'Etat, dont l'extrait est cy-attaché, la suppression des livres contenant les traductions en françois du Missel romain, suivant la Délibération de l'Assemblée générale du Clergé de France, et que tous les exemplaires seront saisis en quelque part du Royaume qu'ils se trouvent, soit dans les boutiques des Libraires, ou dans les maisons particulières. Nous voulons et vous mandons très expressément, que conformément audit arrêt, vous ayez à procéder incontinent à la saisie desdits livres dans l'étendue de nôtre dite ville de Paris. Mandons aussi aux autres Lieutenans des Bailliages et Seneschaussées de ce Royaume, de faire le semblable, chacun dans leur ressort. Enjoignons aux particuliers qui auront desdits livres, de les représenter par devant eus, pour être supprimez. Faisons très expresses inhibitions et défenses à tous Libraires de vendre aucuns desdits livres, et à nos Sujets d'en acheter sur les peines contenues audit Arrêt, à l'exécution duquel Nous entendons que vous teniez soigneusement la main, et que vous Nous informiez de la diligence que vous y aurez apportée chacun à votre égard. Mandons à tous Huissiers ou Sergents sur ce requis, qu'à vous en ce faisant ils obeyssent, sans autre permission que la présente et celles que vous leur en donnerez. Et parce qu'on aura besoin dudit Arrêt, et des présentes en divers lieux, Nous voulons qu'aux copies deviennent collationnées par nos améz et féaux Conseillers et Secrétaires, foy soit adjoutée comme à l'Original : Car tel est nôtre plaisir. Donné à Paris le 16 Janvier, l'an de Grâce 1661. Et de nôtre règne le dix-huitième. Signé, Louis ; et plus bas, Par le Roy. De Guenegaud. Et scellé du grand Sceau de cire jaune.

III - CHAPITRE V

CHAPITRE V : DE  LA  PUBLICATION  ET  DE  LA  CORRECTION   DES  LIVRES   LITURGIQUES

NOTES DU CHAPITRE V

NOTE A

NOTE  B

Les livres de la Liturgie étant d'une si grande importance dans l'Église, et se recommandant à la vénération générale, non seulement comme le principal instrument de la Tradition, mais encore par leur haute antiquité et par le caractère mystérieux des langues dans lesquelles ils sont écrits, il s'ensuit que la publication et la correction de ces livres intéressent au plus haut point la société chrétienne tout entière.

Nous ne parlons point ici de la composition proprement dite de ces livres ; elle se perd dans la nuit des temps. Les siècles ont pu amener des additions et des modifications aux Liturgies ; leur fond est contemporain de l'origine des Eglises, et c'est pour cela même que les récents bréviaires de France, composés sur un plan nouveau, tant de siècles après la fondation des Églises auxquelles ils sont destinés, manquent d'un des caractères essentiels de toute vraie Liturgie. On ne peut donc pas considérer saint Grégoire comme l'auteur du Sacramentaire, de l'Antiphonaire et du Responsorial qui portent son nom ; ses travaux sur ces livres n'ont été qu'une simple correction. Il a réduit le Sacramentaire de saint Gélase, et fait un choix plus intelligent dans l'ensemble des pièces chantées à la messe et à l'office divin; mais il n'a pas été le rédacteur du corps de la Liturgie qu'on appelle grégorienne. A plus forte raison doit-on porter le même jugement au sujet de saint Grégoire VII, de Grégoire IX et de saint Pie V, dans les opérations qu'ils ont dirigées ou accomplies sur  les  livres  liturgiques, et ce que  nous

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disons ici doit s'entendre également de ces grands personnages qui, depuis les douze derniers siècles, sont regardés ordinairement comme les pères des diverses Liturgies, soit de l'Orient, soit de l'Occident. Ils ont revu, amendé, enrichi les livres du service divin ; ils n'en sont pas à proprement parler les auteurs. En France, il en fut autrement au siècle dernier; Mésenguy définissait alors le Bréviaire un ouvrage d'esprit (1); aussi le P. Vigier est-il l'auteur du Bréviaire de Paris, bien plus que saint Grégoire ne l'est du Bréviaire romain.

Avant la découverte de l'imprimerie, la publication et la correction des livres liturgiques durent avoir lieu sous un autre mode que depuis ce grand événement; mais l'autorité des prélats de l'Église y parut toujours avec le même éclat. De telles opérations furent considérées dans tous les siècles comme étant du nombre des actes spéciaux du pouvoir enseignant dans l'Église. Les évêques des principales Églises présidaient aux modifications qui devaient être introduites dans les livres du service divin ; ces modifications étant admises dans les exemplaires à l'usage des diverses Églises d'un même ressort, les nouvelles copies écrites postérieurement à ces remaniements étaient l'expression exacte des exemplaires destinés à l'usage de l'Église principale. Cette manière de procéder n'avait pas la même précision [que celle dont nous jouissons pour la reproduction des exemplaires conformes d'un même ouvrage, au moyen de l'art typographique; les variantes étaient nécessairement plus communes, soit par l'incurie des copistes, soit par l'effet de circonstances empruntées à la fragilité humaine. Il en était des manuscrits liturgiques comme de tous les autres,à cette différence, toutefois, que le contenu de ces livres devant être chanté, lu ou récité dans des actes publics,   la surveillance des

(1) Voyez ci-dessus, page 12.

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chefs des Églises était à même de s'exercer plus facilement sur leur correction que sur celte des livres destinés à reposer dans les bibliothèques. Les altérations importantes auraient promptement été connues et corrigées ; car l’Église principale de laquelle émanait la forme liturgique, devait se montrer jalouse de la voir conservée, et avait les moyens de réprimer les abus en cette matière.

Ainsi la publication et la correction des livres liturgiques s'opérèrent, durant les siècles qui précédèrent l'invention de l'imprimerie, d'une manière analogue à celle qui a été employée depuis ; l'une et l'autre furent toujours considérées comme faisant partie des attributions réservées aux chefs de la hiérarchie. On est étonné, en compulsant les manuscrits liturgiques, de voir la fidélité avec laquelle les textes se trouvent reproduits sur des exemplaires rédigés à des distances considérables du centre d'où était émané le manuscrit principal. Sans doute le Sacramentaire ou l'Antiphonaire de saint Grégoire, copié pour l'usage des Églises éloignées de Rome, présente quelques additions de messes particulières au pays, quelques variantes dans l'ordre des pièces liturgiques ; mais le fond n'en demeure pas moins intact et conforme en tout au type original venu de Rome. Souvent même les copistes attestent, par une protestation sur le manuscrit, leur exactitude à suivre le texte primitif. Nous citerons en particulier le prologue qui se trouve dans un grand nombre de sacramentaires, en tête du supplément qu'ils renferment presque tous, à la suite du texte venu de Rome. On le lit dans l'exemplaire de l'abbé Grimold, publié par Pamélius (1); dans celui de Rodrade, qui a servi à Dom Hugues Ménard pour son édition du Codex de saint Éloi (2); dans celui de la bibliothèque Ottoboni,

(1)  Liturgia Ecclesiœ Latinœ, tom. II, pag. 388.

(2) Prœfatio ad librum Sacramentorum, pag. XI.

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auquel Muratori a emprunté les variantes pour son édition du Codex Vaticanus (1), et nous l'avons retrouvé plusieurs fois nous-même sur divers sacramentaires des IX° et X° siècles, soit dans les bibliothèques de Paris, soit dans celles de province (2).

Le fond de cette espèce de protestation doit appartenir à Alcuin, d'après le témoignage du Micrologue qui écrivait dans le XI° siècle, et qui s'exprime ainsi : « Le même Albin composa dans la sainte Église un ouvrage qui ne doit pas être tenu de peu de valeur. On assure qu'il recueillit dans les Livres des sacrements les oraisons grégoriennes, auxquelles il en ajouta quelques autres qu'il eut soin de distinguer par des obèles, » afin qu'on ne confondît pas ces oraisons (que l'on sait d'ailleurs avoir été empruntées la plupart au Sacramentaire de saint Gélase), avec celles du recueil grégorien. « Ensuite, continue le Micrologue, il recueillit d'autres oraisons et préfaces, quoique non grégoriennes, mais propres cependant à la célébration des offices de l'Église, comme l'atteste le prologue qu'il a placé après les oraisons grégoriennes, au milieu du volume (3). » Ce prologue, qui témoigne de l'extrême précaution avec laquelle les transcripteurs de la Liturgie procédaient en compilant les sacramentaires, est en effet conforme, pour le style, à la manière d'Alcuin, et se présente exactement le même, sauf de légères variantes,

(1) Liturgia Romana vetus, tom. II, pag. 271.

(2)  On peut la lire, entre autres, sur le précieux Sacramentaire grégorien conservé parmi les manuscrits de la bibliothèque du Mans.

(3)  Fecit idem Albinus in sancta Ecclesia non contemnendum opus ; nam Gregorianas orationes in Libris Sacramentorum collegisse assentur, paucis aliis adjectis, quas tamen sub obelo notandas esse indicavit. Deinde alias Orationes, sive Praefationes, et si non Gregorianas, ecclesiasticas tamen celebritati idoneas, collegit, sicut Prologus testatur, quem post Gregorianas orationes in medio ejusdem libri collocavit. (Bibliotheca vet. Patrum, tom. XVIII. Micrologus. De Ecclesiasticis observationibus, cap. LX.)

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tes, sur les manuscrits de Grimold, de Rodrade, Ottoboni, comme sur ceux qui n'ont point été publiés. Nous le donnons à la suite de ce chapitre, d'après Pamélius, avec les variantes de Muratori (1).

Voici quelques traits de ce Prologue : « Ce qui précède est le Livre des sacrements publié par le bienheureux pape Grégoire, sauf les additions pour la Na tivité et l'Assomption de la bienheureuse Marie, et aussi plusieurs choses dans le Carême. Le lecteur intelligent reconnaîtra facilement ces additions aux obèles qui les distinguent. On comprendra pareillement que la messe qui a pour titre In Natali Beati Gregorii, et qui est d'ailleurs distinguée par des obèles, a été insérée dans le livre du saint Pape, par l'amour et la vénération de ses successeurs. Nous avons mis nos soins à purger ce livre des fautes qui s'y étaient glissées par l'erreur des copistes.

« Mais comme il est d'autres prières dont se sert la sainte Église et que le même Père a omises dans son recueil, parce qu'il savait qu'elles avaient été publiées par d'autres, nous avons pensé qu'il était convenable de les cueillir comme les fleurs verdoyantes des champs, et après les avoir corrigées et distinguées par des titres, de leur donner une place à part dans le corps de ce volume. C'est afin qu'on puisse en faire le discernement que nous plaçons ce Prologue au milieu du recueil, en sorte qu'il termine la première partie et ouvre la seconde. Ainsi chacun pourra discerner l'œuvre du bienheureux Grégoire et celle des autres Pères. Si donc cet ensemble que nous ayons recueilli avec zèle et amour, et non par vanité, est agréable à quelqu'un nous le prions de l'agréer, et d'en rendre avec nous ses actions de grâces à l'auteur de tout bien.  Si un autre

(1) Vid. la Note A.

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juge ces additions superflues, qu'il se serve seulement de l'ouvrage du susdit Père, qu'il ne pourrait rejeter sans péril. »

« Le lecteur saura que nous n'avons inséré dans ce travail que des pièces composées avec le plus grand soin par des personnages très éprouvés et très savants. Quant aux préfaces que nous avons placées à la fin, nous demandons à ceux qui les auront pour agréables, de les recevoir et de les chanter en charité ; pour ceux auxquels elles ne plairaient pas, ou qui n'en auraient pas l'intelligence, ils sont libres de les laisser et de ne pas les chanter. Nous avons ajouté aussi les bénédictions que l'évêque doit dire sur le peuple, ainsi que les prières de l'ordination pour les degrés inférieurs, qui ne se trouvent point dans le volume du bienheureux Grégoire. »

« Nous vous supplions, vous qui vous servirez de ce livre, soit pour le lire, soit pour le transcrire, d'offrir au Seigneur vos prières pour nous qui avons pris soin de recueillir et de corriger toutes ces prières, afin de servir à l'utilité du grand nombre. Nous vous prions aussi de le transcrire avec un tel soin, que le texte puisse réjouir les oreilles de ceux qui sont intelligents, et qu'il ne prête pas l'occasion d'errer à ceux qui sont plus simples; car, comme dit le bienheureux Jérôme, il ne sert de rien d'avoir corrigé un livre, si la diligence des copistes ne maintient pas les corrections. »

C'est avec cette gravité que s'opéraient les transcriptions des exemplaires de la Liturgie. On en trouve encore une preuve dans le titre même du Sacramentaire grégorien, tel qu'il se lit sur le Codex Vaticanus, sur celui de saint Éloi, et sur la plupart des manuscrits que nous avons consultés. On y déclare l'original sur lequel la première copie a été transcrite, et cet original est celui qui se conservait dans la bibliothèque du Secretarium de la Basilique

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vaticane (1); voici cette tête de manuscrit : « In nomine Domini, incipit Liber Sacramentorum de circulo anni, expositum (sic) a Sancto Gregorio Papa Romano, editum ex authentico Libro Bibliothecœ Cubiculi,Scriptum: QUALITER MISSA ROMANA  CELEBRATUR (2).   »

Sans doute, dans la plupart des manuscrits liturgiques, on rencontre des interpolations, des parties surajoutées ; mais il n'en pouvait être autrement : la Liturgie romaine s'est accrue par le laps des siècles, et d'ailleurs les Églises particulières ont eu besoin d'ajouter sur les manuscrits les fêtes à leur usage ; mais ces additions ne se faisaient pas d'autorité privée, et le copiste devait tenir compte des devoirs qu'avaient à remplir, à l'égard de la hiérarchie, ceux auxquels il destinait son livre. Il devait le rendre conforme, non pas à sa propre fantaisie, mais aux usages approuvés dans la contrée : dans tous les cas, s'il voulait innover, il ne pouvait le faire que sur un exemplaire à la fois, et il aurait eu contre lui non seulement les manuscrits antérieurs, mais encore ceux que d'autres copistes exécutaient en même temps que lui d'après le type approuvé. C'est ce qui fait qu'on trouve encore une si étonnante similitude entre les manuscrits d'une même circonscription, à l'époque même où la liturgie grégorienne s'était accrue d'un grand nombre de fêtes et d'usages locaux, c'est-à-dire à partir du douzième siècle.

(1)  C'était un local attenant à l'église de Saint-Pierre et dans lequel logeaient les cubicularii, officiers préposés à la garde de la Confession du Prince des apôtres. On y conservait dans une bibliothèque spéciale les livres qui servaient à la célébration des saints mystères et de l'office divin. D. Hugues Ménard. Nota; et observationes in librum Sacramentorum S. Gregorii Papce. Nota 3.

(2)  Muratori. Sacramentarium Gregorianum ex codice Vaticance Bibliothecœ, ante nongentos annos exarato. Page 1. Le manuscrit de saint Eloi, donné par D. Hugues Ménard, porte ce titre : In nomine, etc. Hic Liber Sacramentorum de circulo anni expositus, a S. Gregorio Papa Romano editus, ex authentico libro Bibliothecœ Cubiculi scriptus : Qualiter etc.

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Au treizième, eut lieu le remaniement du Bréviaire romain par les Franciscains, et Ton sait que cette leçon dura jusqu'à la correction de saint Pie V; or on peut tous les jours vérifier, sur les nombreux manuscrits de cette avant-dernière forme de la Liturgie, l'exactitude de notre assertion, et l'on verra que ses copies, répandues dans toute l'Église latine, attestent dans leurs auteurs le soin vraiment scrupuleux de se conformer à un original inviolable.

Mais vers le même temps, un grand nombre d'Églises particulières compilèrent pour leur usage  des bréviaires et des missels, sous leur  propre   nom.   La   substance de ces  livres était  toujours   romaine ;  mais  la partie locale qu'ils contenaient  devint  la   source d'une grave détérioration de la Liturgie dans ces Églises. On ne saurait se faire une idée   des choses   étranges   contenues dans les légendes, antiennes, répons ou hymnes qui servaient de fond à ces divers offices. Pour  les missels, les superfétations répréhensibles ne consistaient guère que dans certaines séquences d'une composition bizarre,  et dans quelques messes et oraisons votives contre lesquelles il fut plus d'une fois réclamé. Le Calendrier qui, jusqu'au XII° siècle, n'avait guère été que celui de Rome, s'était successivement chargé d'un grand nombre de fêtes dont l'office ne se trouvait point dans les anciens livres grégoriens : il avait donc fallu s'en rapporter à la science et au savoir-faire des habiles de chaque pays. De là, toutes ces fables inconvenantes, ces formes grossières qui déparent les livres liturgiques des diocèses qui ne se servaient pas du bréviaire des Franciscains, et qui excitent les réclamations continuelles des conciles dans tout le cours des  XV° et XVI° siècles. De toutes parts, on appelait une correction, et nous avons raconté ailleurs (1) comment Charles-Quint

(1) Institutions Liturgiques, tom. I, pag. 412.

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lui-même, dans le projet de réforme qu'il fit dresser, pendant la suspension du concile de Trente, insistait sur la révision des bréviaires et des missels. A la reprise du concile, il y eut aussi une clause sur ce sujet, dans le Mémoire de la nation française qui fut présenté par le cardinal de Lorraine, au nom du Roi et des États généraux.

Le désordre augmenta considérablement, après la dé-. couverte de l'imprimerie. Jusqu'alors la nécessité de transcrire les livres liturgiques les avait rendus moins nombreux; les anciens exemplaires étaient conservés avec soin, et l'amour des nouveautés se trouvait par là même contenu dans certaines limites. On doit même remarquer que les premières éditions des bréviaires et missels imprimés ne font guère que reproduire la leçon des derniers manuscrits. Ces Liturgies manuscrites, nous le répétons, contenaient malheureusement déjà beaucoup d'alliage; mais la confusion s'éleva au comble, dès l'ouverture du XVI° siècle. La Liturgie, qui jusqu'alors avait eu au moins pour base des manuscrits vénérables, passa aux mains des particuliers qui se chargèrent de la rédiger. Tout le monde sentait qu'il était besoin d'une réforme ; dans les Églises qui ne se servaient point du Bréviaire des Franciscains, on vit de simples docteurs et des licenciés en théologie ou en décret, se poser en arbitres pour cette grave opération. Un grand nombre de nos bréviaires français de cette époque ont en tête les uns une préface, les autres une exhortation au clergé, rédigées par le compilateur qui explique et recommande son travail. Le nom de l’évêque ne paraît même pas toujours sur le titre du bréviaire. De graves abus s'ensuivirent; l'esprit de nouveauté qui fermentait sourdement au sein de l'école se fit jour plus d'une fois dans ces réformes exécutées sans compétence, et la Sorbonne se vit obligée, en 1529, de dénoncer au chapitre de la cathédrale de Soissons le Bréviaire de cette Église, et de censurer

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dans les formes, en 1548, le Bréviaire d'Orléans. Nous avons parlé ailleurs de ces faits, dont on ne peut méconnaître la gravité (1).

Il n'y avait donc pas lieu d'espérer une correction sérieuse de la Liturgie par cette voie individuelle, et en même temps, une scission déplorable s'introduisait dans la Liturgie occidentale. La facilité de se procurer pour chaque diocèse des livres liturgiques, à peu de frais et en nombre suffisant, au moyen de l'art typographique, avait excité dans beaucoup d'Églises qui jusqu'alors y avaient résisté, la manie de se donner un bréviaire et un missel particuliers. La communion des prières catholiques se déchirait avec éclat et péril pour les Églises, comme le remarqua plus tard avec énergie saint Pie V. C'est pourquoi le concile de Trente ne vit point d'autre moyen de sauver la Liturgie latine, que d'en remettre la correction au Pontife romain. C'était déclarer que l'unité seule pouvait remédier à un si grand abus, et en même temps choisir le meilleur moyen d'obtenir des textes purs et irréprochables. En effet, Rome était en même temps la source première de la Liturgie d'Occident, et la chaire de la vérité, pour tous les siècles. Nous avons raconté en détail comment s'opérèrent la correction et la publication des livres liturgiques destinés à l'usage de toutes les Églises qui, par le droit et par la coutume, sont obligées à suivre la prière romaine. En exemptant de l'obligation d'accepter le nouveau bréviaire et le nouveau missel les Églises qui avaient un bréviaire et un missel certains, saint Pie V traçait une ligne de démarcation destinée à sauver de la destruction les usages particuliers, qui pouvaient réclamer quelque respect. C'était en effet depuis la moitié du XIV° siècle que la manie de se créer des livres diocésains avait accru ses ravages, et que les produits du génie local avaient commencé de se montrer

(1) Institutions Liturgiques, tom. I, pag. 438, 439, 490, 491.

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plus tristement empreints de grossièreté et d'ignorance.

Il était juste que la Liturgie romaine regagnât le terrain qu'elle avait perdu depuis cette époque, et assurément le Siège apostolique faisait preuve de modération en n'élevant pas plus haut ses prétentions. Cette condescendance fut appréciée, et l'on vit les Églises mêmes qui se trouvaient dans le cas de l'exception, recevoir pour la plupart les nouveaux livres. Sans doute la facilité de se procurer des exemplaires fut pour plusieurs un motif d'entrer dans cette voie; mais l'estime qu'inspirait la correction du bréviaire et du missel, revus avec tant de soin sur les meilleurs manuscrits par les plus habiles liturgistes de Rome, ne contribua pas peu à accélérer cette heureuse et pacifique révolution. On a vu ailleurs que l'avocat général Servin, plaidant, en 1611, au parlement de Paris, dans une cause où il s'agissait de l'extension du Bréviaire de saint Pie V, ne se faisait pas faute de confesser que ce bréviaire était le plus repurgé de tous (1)

L'art typographique qui avait amené d'abord l'altération des livres liturgiques, quand il n'était employé qu'au profit des Églises particulières, devint, depuis saint Pie V, le moyen d'assurer dans toute l'Église latine la correction du bréviaire et du missel, dont on n'avait plus qu'à reproduire le type unique et approuvé. Toutefois, il était nécessaire que Rome prît des mesures pour combattre les altérations qui pouvaient résulter de la négligence des imprimeurs, ou de l'indiscrétion des particuliers. Le 10 mai 1602, Clément VIII, dans une Constitution spéciale, statua des peines pécuniaires très sévères contre les imprimeurs de l'État ecclésiastique, et l'excommunication contre ceux des autres pays, s'ils osaient imprimer le bréviaire romain sans une licence expresse des ordinaires. Ceux-ci devront collationner avec le plus grand soin le texte sur lequel doit

(1) Institutions Liturgiques, tom. I, pag. 5o5.

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se faire l'impression, et celui qui sortira de la presse, avec un exemplaire du bréviaire revu par Clément VIII. Ils ne permettront aucune addition ni retranchement; mention sera faite de cette collation et de la parfaite concordance, sur la licence même donnée à l'imprimeur, et copie de cette licence sera imprimée au commencement ou à la fin de chaque exemplaire. Les peines encourues ipso facto, en cas d'infraction de quelques-unes de ces injonctions,sont, pour les ordinaires, la suspense a divinis et l'interdiction de l'entrée de l'église; pour leurs vicaires, outre l'excommunication, la privation perpétuelle de leurs offices et bénéfices (1).

Clément VIII, avant de publier cette Constitution, avait fait faire une révision du bréviaire, et c'était à l'exemplaire ainsi corrigé que devaient désormais être conformes les éditions nouvelles. Le missel, déjà altéré en plusieurs détails par la négligence des imprimeurs et l'indiscrétion des particuliers, exigeait aussi les soins du pontife. Une nouvelle commission fut formée pour exécuter cette révision, et le 7 juillet 1604, Clément VIII publiait une constitution pour promulguer dans toute l'Église le texte corrigé du missel. Les mêmes précautions sont enjointes pour les éditions de ce livre, qui ont été prescrites dans la Constitution qui concerne le bréviaire; la sanction des mêmes peines est apposée pour assurer la correction des exemplaires dans toute la chrétienté (2).

L'œuvre de la correction du bréviaire et du missel fut enfin achevée par Urbain VIII, et pour maintenir la pureté des textes, ce pontife, en renouvelant les dispositions qu'avait établies Clément VIII, en ajouta plusieurs autres. Il voulut qu'à l'avenir aucun imprimeur ne reproduisît le bréviaire, sans la permission par écrit de l'ordinaire, et

(1) Institutions Liturgiques, tom. I, pag. 469.

(2) Bullarium romanum. Edit. Luxemburg., tom. III, pag, 174.

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décréta l'interdiction des bréviaires imprimés sans cette formalité. L'édition d'Urbain VIII devra servir de règle, et la permission de publier le bréviaire ne pourra être délivrée par l'ordinaire qu'après qu'il se sera assuré de la parfaite conformité de la copie avec l'original. La permission devra se trouver imprimée au commencement ou à la fin de chaque exemplaire du bréviaire, et mention y sera faite de la confrontation, et aussi de la conformité reconnue entre le texte de l'exemplaire authentique et la nouvelle édition : le tout sous les peines portées par Clément VIII. Le pontife déclare encore que ces règles sont applicables aux divers extraits du bréviaire romain, tels que diurnaux, offices de la sainte Vierge, offices de la Semaine sainte, qui devront être soumis à la même révision et aux mêmes formalités. Cette Constitution d'UrbainVIII est du 5 janvier 1631 (1). Le pontife en publia une seconde pour la correction définitive du missel, sous la date du 2 septembre 1634. Elle établit les mêmes obligations pour les ordinaires, comme pour les imprimeurs, et sanctionne de nouveau les peines déjà portées par Clément VIII, et aggravées par Urbain VIII, contre les violateurs de ces règles (2). Il ne fallait pas moins pour assurer l'intégrité absolue des deux principaux livres de la Liturgie, et désormais le Bréviaire et le Missel romains portèrent au frontispice les noms  de Clément VIII et d'Urbain VIII,  unis à celui de saint Pie V.

Le Martyrologe  qui  fut corrigé par ordre de Grégoire XIII, et que ce Pontife publia par un bref du 14 janvier 1584, fut promulgué dans l'Église comme étant le seul dont il fût désormais permis d'user dans l'office public ou privé, et tous les martyrologes publiés antérieurement

(1)  Institutions Liturgiques, tom. I, pag. 515.

(2)  Voir cette constitution en tête de toutes  les éditions postérieures du Missel romain.

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furent   expressément    interdits,   quant  à  l'usage  liturgique (1).

Le savant cardinal Baronius ayant publié, en 1586, le texte de ce martyrologe avec de savantes notes, dans lesquelles il proposait diverses additions et améliorations, on donna peu après à Rome une édition dans laquelle se trouvaient admises  les  modifications proposées par le célèbre annaliste. Cette édition parut sous le pontificat de Sixte-Quint; mais les  changements  ayant semblé trop légers pour nécessiter une nouvelle constitution pontificale, celle de Grégoire XIII fut maintenue en tête du martyrologe ainsi amendé. Le second pontife qui attacha son nom à la correction de ce livre fut donc Urbain VIII, au siècle suivant ; environ trente  ans après, Clément X y fit introduire aussi quelques améliorations. Enfin le dernier  pape  qui ait travaillé   sur le   martyrologe   est Benoît XIV, qui expose lui-même tout le détail de cette opération dans son bref adressé à Jean V, roi de Portugal, en date du Ier juillet 1748. On ne doit pas compter au nombre des correcteurs du martyrologe les papes qui ont fait inscrire dans ce livre les noms des saints qu'ils avaient canonisés ; autrement, il faudrait placer aussi parmi les pontifes qui ont revu la Liturgie tous ceux qui ont ajouté des offices au bréviaire, ou des messes au missel; ce qui ne pourrait se justifier en aucune façon, puisque ces additions n'entraînent aucun changement dans la substance même de ces livres. Le Martyrologe romain porte donc en tête les seuls noms de Grégoire XIII, Urbain VIII, Clément X et Benoît XIV, qui Font successivement promulgué dans l'Église.

Après la correction du Martyrologe, eut lieu celle du Pontifical par les soins de Clément VIII. Ce pontife procéda en la manière qu'avait suivie saint Pie V pour le

(1) Institutions Liturgiques, tom. I, pag. 463

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bréviaire et le missel. La commission qu'il forma pour ce travail s'attacha principalement à la collation des plus anciens manuscrits du pontifical, afin de rétablir la leçon primitive, et le texte ainsi revu et épuré fut proposé à l'Église par le pontife, dans une Constitution du 10 février 1596. Toutes les éditions antérieures furent interdites, et défense faite à tous les prélats de rien changer, ajouter ou supprimer, dans l'accomplissement des cérémonies pontificales, de ce qui est prescrit et déterminé par le nouveau Pontifical (1).

De nouvelles incorrections s'étant glissées dans diverses, éditions de ce livre si important, Urbain VIII désigna une nouvelle commission pour procéder à l'épuration devenue nécessaire, et quand l'édition fut en état de paraître, le Pontife la publia par un bref du 17 juin 1644, dans lequel il prescrit les mêmes règles pour les éditions qui seront données de ce livre, et statue les mêmes peines qu'il avait sanctionnées à propos du bréviaire et du missel (2).

Au siècle suivant, Benoît XIV attacha aussi son nom au Pontifical romain par quelques légères additions qu'il jugea à propos d'y faire. Il rend compte de ses motifs dans un bref du 26 mars 1752, où il insère tout au long les Constitutions de Clément VIII et d'Urbain VIII, et depuis cette époque, le Pontifical romain a été publié sous les trois noms de Clément VIII, d'Urbain VIII et de Benoît XIV.

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