Institutions liturgiques (page 113)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

La correction du Cérémonial des évêques qui contient l'ordre et le détail des cérémonies pour les églises cathédrales et collégiales, eut lieu d'abord par les soins de Clément VIII, qui donna à cet effet une Constitution, sous la date du 14 juillet 1600. Des altérations nombreuses de ce livre nécessitèrent une seconde correction qui fut opérée par l'autorité d'Innocent X, et publiée au moyen

(1)  Voir le bref de Clément VIII placé en tête du Pontifical.

(2)  Voir le bref d'Urbain VIII placé en tête du Pontifical.

231

d'un bref du 3o juillet 165o. Une troisième révision étant devenue nécessaire, elle se fit par les soins et l'autorité de Benoît XIII, et fut promulguée par une constitution de ce Pontife, en date du 7 mars 1727. Enfin la dernière main fut mise à cette œuvre par Benoît XIV, qui publia le Cérémonial définitivement amendé, par son bref du 25 mars 1752.

Le Rituel dut sa correction à Paul V, qui procéda I comme ses prédécesseurs dans la révision de ce livre, et l'annonça à l'Église par une constitution du 17 juin 1614. Jusqu'au pontificat de Benoît XIV, le nom seul de Paul V parut en tête du Rituel ; mais l'infatigable pontife, à qui l'Église doit la dernière révision du Pontifical et du Cérémonial, s'imposa le soin de préparer une édition du Rituel. Le même bref du 25 mars 1752, dans lequel Benoît XIV promulguait le Pontifical et le Cérémonial, servit aussi pour la publication du Rituel.

Tels furent les travaux des souverains Pontifes pour la publication et la correction des livres liturgiques de l'Église romaine, et les moyens par lesquels ils ont pourvu à l'intégrité des textes qui renferment les mystères du salut et la louange divine. Mais les nécessités de la Liturgie exigeaient la fondation d'un tribunal chargé d'une manière permanente de veiller,et de pourvoir à la pureté des rites, et de connaître de toutes les questions qui intéressent le culte divin. Dès l'année 1588, Sixte-Quint avait satisfait à ce besoin, en établissant à Rome la Congrégation des Rites. Une des principales attributions de cette commission permanente de la Liturgie est, selon les termes de la bulle d'institution, de corriger et de restituer,selon le besoin, les livres qui traitent des rites sacrés,d'examiner les offices divins des saints Patrons, et d'en concéder l'usage après avoir consulté le   Pontife romain   (1)

(1) Institutions Liturgiques, tom. I, pag. 464.

232

Les attributions de la Congrégation des Rites quant à la révision des offices divins pour les diverses Églises furent confirmées plus expressément encore par ' Urbain VIII, en 1628. Dans le célèbre décret du 8 avril, le pontife enleva aux Ordinaires, et réserva expressément au jugement de ce conseil suprême l'approbation de tous les offices des saints particuliers aux diocèses, et le droit d'ajouter, de retrancher ou de modifier quoi que ce soit au calendrier des fêtes. Mais pour maintenir l'intégrité du Bréviaire et du Missel dont la correction avait coûté tant de labeurs, il a été réglé que ces offices, non plus que les modifications au calendrier, ne seraient jamais admis dans le corps des livres liturgiques, mais placés à la fin de ces livres, en manière de supplément. Cette règle est suivie avec une si grande exactitude, que l'Église de Rome elle-même, pour les offices, particuliers qu'elle célèbre et qui sont en très grand nombre, ne se sert pas d'un bréviaire et d'un missel différents de ceux qui portent en tête les noms de saint Pie V, de Clément VIII et d'Urbain VIII, mais emploie, comme la dernière des Églises de la catholicité, un supplément pour les offices et les messes qui lui sont propres ; tant il a semblé nécessaire de placer avant tout l'intégrité parfaite du dépôt de la Liturgie universelle.

Les correcteurs et les éditeurs des livres de la Liturgie romaine doivent donc veiller avec un soin extrême à ce que l'on n'introduise jamais dans le corps de ces livres, sous quelque prétexte que ce soit, des additions quelconques. Us doivent savoir que l'approbation accordée par le Saint-Siège à telle formule d'usage local n'emporte jamais la liberté de l'insérer autrement qu'à la fin des livres liturgiques, encore est-on obligé d'avertir par un titre spécial que ces formules n'appartiennent pas au livre que son titre garantit comme émané de l'autorité des Pontifes romains dont le nom se lit sur le frontispice

233

Malheureusement,  un grand  nombre  d'éditions des livres liturgiques, publiées en France et ailleurs depuis soixante ans, montrent que leurs éditeurs ont trop sou- J vent perdu de vue les sévères et sages prescriptions du , Saint-Siège en cette matière. On y voit figurer des détails qui attestent qu'on n'a pas pris la peine de se souvenir ' que les livres de la Liturgie romaine ne sont pas la propriété d'un diocèse, encore moins d'un éditeur particulier. Plusieurs bréviaires non seulement ne contiennent pas les offices publiés par le  Saint-Siège  comme obligatoires, mais leur Propre des saints en offre plusieurs qui ne sont point approuvés pour l'usage général. Nous avons parlé ailleurs des mutilations qu'a subies la légende de saint Grégoire VII, en Autriche, et qui ont été imitées en France dans l'édition du Bréviaire romain,Paris, 1828 (1). Nous devons ajouter que cette suppression téméraire a été faite tout dernièrement encore dans diverses éditions publiées en Belgique, et cependant l'une d'elles, celle de Malines, 1845, est munie de l'approbation de l'Ordinaire, auquel cette mutilation aura échappé.

Plusieurs éditions récentes du Missel présentent, comme celles du Bréviaire, des incorrections de même nature que celles que nous avons signalées plus haut. Il n'est pas rare non plus de trouver des rituels dans lesquels on a placé au rang des bénédictions plusieurs formules qui n'appartiennent point à ce livre ; nous citerons entre autres l'édition in-18, de Rusand, à Lyon, 1828. Le Pontifical et le Cérémonial des évêques sont généralement assez fidèlement reproduits, sauf les fautes d'impression : quant au Martyrologe, les diverses éditions que nous avons examinées parmi les plus récentes sont pareillement irréprochables, quant au fond ; la seule critique qu'on pourrait leur adresser est de n'être pas toutes au courant pour les

(1) Institutions Liturgiques, tom. II, pag. 455.

234

noms des saints insérés dans ce livre par décret apostolique. Au reste, nous aurons l'occasion de parler en détail des éditions de chacun des livres liturgiques, et de signaler les plus recommandables.

On trouve peu d'éditions des livres de la Liturgie romaine imprimées en France, dans le cours des XVII° et XVIII° siècles, qui portent l'approbation des Ordinaires, conformément aux Constitutions de Clément VIII et d'Urbain VIII. Nous pouvons citer cependant le Missel publiée Lyon, in-folio, en 1734, qui porte en tête la signature de Charles de Rochebonne, archevêque de Lyon. Ce fait n'est pas sans doute unique; on peut dire cependant que sur ce point de discipline, comme sur tant d'autres du même genre, on s'était mis à l'aise avec les décrets du Saint-Siège. Depuis environ vingt ans on en tient plus de compte. La première approbation des éditions de la Liturgie romaine que nous ayons été à même de reconnaître en France dans le XIX° siècle, est celle donnée à l'édition du Bréviaire romain de 1828 (Paris, 4 vol. in-12, chez Rusand), par l'archevêque de Paris, Hyacinthe-Louis de Quélen ; cependant, la plupart des exemplaires de cette édition ne la portent pas. On lit celle de l'administrateur apostolique du diocèse de Lyon sur un bréviaire en un seul volume, imprimé à Lyon, en 1835, chez Périsse, in-12, et celle du cardinal de Bonald sur les éditions postérieures publiées dans la même ville. Ces faits sont l'indice d'un retour aux règles statuées par les pontifes romains dans l'intérêt général de l'Église, et tout porte à espérer que sur ce point, comme sur beaucoup d'autres, nous reviendrons à l'observation des constitutions apostoliques.

Nous ne pouvons, en attendant, passer sous silence le décret général rendu par la sacrée Congrégation des rites, en date du 26 avril 1834, lequel a pour objet d'expliquer à toute l'Église les intentions   du Siège apostolique à

235

l'égard des constitutions pontificales qui enjoignent aux ordinaires de surveiller l'impression des livres de la Liturgie romaine. Le relâchement de la discipline à cet endroit avait gagné jusqu'à l'Italie. Une supplique fut présentée, en 1832, à la sacrée Congrégation par le cérémoniaire de la cathédrale de Novare, au nom du cardinal évêque de cette ville, pour exposer que, depuis l'année 1788, les bréviaires, diurnaux, missels, petit office de la sainte Vierge, et offices de la Semaine sainte, ne portaient plus les attestations des Ordinaires prescrites par les bulles pontificales. On demandait en conséquence si ces constitutions obligeaient encore, et s'il fallait regarder comme toujours en vigueur les graves peines ecclésiastiques qu'elles ont statuées contre ceux qui y contreviendraient. Le motif de penser le contraire, disait la supplique, était l'embarras de conscience où se trouveraient les personnes dont l'inaction dans cette matière avait amené la situation présente, et les inquiétudes que concevraient les ecclésiastiques mêmes qui font usage de ces livres non approuvés. On alléguait encore à décharge que les nouvelles éditions avaient été faites sur des exemplaires corrects et munis de l'attestation des Ordinaires.

La Congrégation des Rites, par l'organe du cardinal préfet, fit réponse à cette supplique dans une lettre adressée au cardinal évêque de Novare, en date du 7 avril 1832. On transmettait à cette Éminence la décision formelle qui venait d'être rendue, et était conçue en ces termes : « Les constitutions apostoliques sont en vigueur, et l'abus en questionne doit pas être toléré. » Pontificias constitutiones in suo robore permanere, et abusum non esse tolerandum.

De nouvelles réclamations s'étant élevées sur l'usage des livres liturgiques imprimés irrégulièrement, et qui semblaient devoir être désormais interdits, sous les peines de droit, au grand détriment des églises et des particuliers

236

qui s'en trouvaient munis, la cause fut de nouveau portée devant la sacrée Congrégation, le 16 mars 1833 ; mais on ne jugea pas qu'il fût opportun de rendre pour le moment une décision. L'année suivante, le 26 avril 1834, cette décision qui devait concilier tous les principes, et arrêter l'envahissement des abus, fut enfin prononcée et formulée en décret général, signé J.-G. Fatati, secrétaire de la sacrée Congrégation (1).

Ce décret porte que les Ordinaires seront tenus à l'avenir de veiller à ce que les livres de la Liturgie romaine ne soient plus imprimés sans qu'on y joigne l'attestation prescrite par les constitutions pontificales. Quant aux livres qui ont été publiés sans cette attestation, spécialement depuis l'année 1788, les ordinaires en feront examiner un exemplaire par un ecclésiastique capable qui le conférera avec ceux qui ont été imprimés à Rome, et sur le rapport favorable du réviseur, ils déclareront à leur clergé que tel bréviaire, missel, etc., est d'une impression exacte, et qu'on peut en user licitement et sans inquiétude. Enfin, pour offrir une règle certaine aux Ordinaires, les imprimeurs de Rome seront tenus désormais d'obtenir de la sacrée Congrégation la permission spéciale de publier ces livres ; ils les soumettront à sa révision, et obtiendront l'attestation de son secrétaire.

On ne peut donc plus douter maintenant de l'intention du Saint-Siège quant aux formalités de la correction des livres liturgiques, et l'on ne saurait qu'applaudir à des règles qui sont portées dans l'intérêt de la chrétienté tout entière. Les livres de la Liturgie romaine sont les seuls en usage dans toute l'Église latine, si on excepte les diocèses qui suivent le rite ambrosien, ceux de France qui conservent encore les livres composés au XVIII° siècle, enfin quelques ordres religieux qui ont seulement un

(1) Vid. La Note B.

237

bréviaire particulier ; car, pour la messe, la plupart de ceux-ci se servent du Missel de Rome. La catholicité est grandement intéressée à la correction de ces livres augustes, qui contiennent la foi et les rites du Siège apostolique et de l’immense majorité des Eglises qui lui sont unies. Nous ne devons donc pas douter que les évêques ne se fassent un devoir de veiller à l'observation des constitutions que le décret de 1834 a déclarées être toujours en vigueur. Il n'est plus nécessaire maintenant aux éditeurs des bréviaires et des missels de se procurer pour spécimen un exemplaire des éditions romaines d'Urbain VIII; ce qui serait assez difficile aujourd'hui. Conformément au décret dont nous venons de parler, tous les exemplaires de la Liturgie romaine imprimés dans la capitale du monde chrétien, depuis 1834, portent à la fin du volume cette attestation : Concordat originali existenti penes Congregationem sacrorum Rituum, avec la signature du prélat secrétaire de la sacréeCongrégation. Dès lors chacun de ces exemplaires peut servir de règle, et l'attestation favorable peut être donnée à toute édition reconnue conformée ce spécimen. Désormais les presses françaises ne produiront plus de ces bréviaires et missels incomplets et mélangés qui circulent encore aujourd'hui, et ne sont propres qu'à accroître la confusion. On ne donnera plus le Bréviaire romain avec des rubriques françaises, ni avec ces superfétations qui ont souvent déparé des éditions pour lesquelles on n'avait d'ailleurs ménagé aucune des ressources de l'art typographique. L'attention des réviseurs, quand il s'agira du Missel, se portera jusque sur les parties notées en plain-chant, et ils auront un soin scrupuleux à maintenir pur le chant des préfaces, du Pater, de l’Exultet, etc., qui n'ont pas toujours été surveillés, il faut en convenir, dans les éditions de Rome (1). Ces détails, cependant, sont

(1) Nous signalerons ici les belles et correctes éditions du Missel publiées à Malines, chez Hanicq, dans lesquelles on s'est permis constamment d'altérer le chant de l'Amen, avant la Préface, et en plusieurs autres endroits.

238

nécessaires à l'intégrité de la Liturgie, et intéressent d'ailleurs au plus haut degré les traditions de l'art catholique. Dans une autre partie de ces Institutions, nous traiterons d'une manière spéciale des monuments du chant grégorien, de ses sources, des diverses éditions qu'on en a données, des altérations qu'il a subies en beaucoup de lieux, mais surtout en Italie, et des moyens de le rendre à sa pureté (1).

Après avoir parlé des travaux des Pontifes romains pour la publication et la correction des livres de l'Église mère et maîtresse, il nous reste à dire quelque chose des faits relatifs aux opérations du même genre qui ont eu lieu depuis le concile de Trente dans les Églises qui ne suivent pas la Liturgie romaine. Nous parlerons d'abord de la Liturgie de Milan. On sait qu'elle n'était pas comprise dans les prescriptions de la bulle de saint Pie V, qui ne s'adressait qu'aux Églises que le droit ou la coutume avaient astreintes aux usages de Rome.

(1) Les chants pour les processions de la Purification, des Rameaux et de la Fête-Dieu ont été l'objet des plus déplorables variations dans les éditions italiennes du Rituel, depuis plus d'un siècle. On voit que les correcteurs se sont la plupart du temps contentés de revoir le texte, et n'ont pas pris la peine de surveiller la note. Toutefois, ceci a eu moins d'inconvénient en France que dans d'autres pays, l'usage étant chez nous, de se servir du Processionnal qui n'est pas à proprement parler un des livres de la Liturgie romaine, mais dont toutes les éditions, cependant, ont retenu les chants marqués, pour ces trois processions, dans une forme beaucoup moins altérée que celle qui semble avoir prévalu dans les éditions italiennes du Rituel. Nous ferons la même observation sur les chants contenus au Pontifical, pour diverses fonctions. Il n'y a pas d'accord entre les éditions sur ce point si important; mais la dernière et somptueuse édition d'Urbin (1818) l'emporte sur toutes les précédentes, pour la manière déplorable dont les antiennes, répons et autres pièces de chant ont été traités. Ce n'est pas ici le lieu de parler du Graduel et de l'Antiphonaire dont il n'a jamais été publié d'édition romaine qui fût véritablement obligatoire.

239

Saint Charles Borromée, qui avait été l'âme du concile de Trente dans ses dernières sessions,  et  spécialement dans la XXV°, où l'on renvoya au Pontife romain la publication et la correction du Missel et du Bréviaire, ne pouvait manquer de s'intéresser vivement à une œuvre si importante pour toute l'Église. Giussano, dans son excellente vie du saint cardinal, rapporte que, après l'élection de saint Pie V au souverain pontificat, « saint Charles lui recommanda avec les plus vives instances de faire exécuter les décrets du concile de Trente, de donner la dernière perfection au Bréviaire et au Missel romains, et de faire imprimer au plus tôt le Catéchisme du Concile (1). » On voit quelle importance ce grand homme mettait à l'œuvre de la correction et de la publication des livres de la Liturgie. De retour dans son diocèse, après ce conclave que ses lumières avaient dirigé, et qui se terminait si heureusement par l'élection d'un pape auquel on devait plus tard élever des autels, ce saint homme s'occupa à son tour de la correction des livres liturgiques de son illustre Église. Ils avaient souffert aussi de l'injure du temps, et appelaient une épuration. Saint Charles procéda, comme saint Pie V,au moyen d'une commission composée d'hommes doctes et habiles dans la matière des rites sacrés. A l'exemple des correcteurs romains, ils prirent pour base de leur travail les manuscrits les plus anciens et les plus authentiques, et leur travail, auquel le saint cardinal s'associa lui-même,  le mit à portée de  publier enfin le Bréviaire, le Missel et le Rituel ambrosiens dont use encore aujourd'hui  l'Église de Milan (2). La lettre

(1) Vie de Saint Charles Borromée. Livre Ier, chap. XIII.

(2) Voici quelques traits de la lettre placée en tête du Bréviaire dont la publication est de l'année 1582 :

« Quamobrem multis abhinc annis (praeter caetera, quae ad hujus Ecclesiae rationes, usumque opus esse vidimus) illud maximopere curavimus, ut Breviarium in primis, adhibito peritorum piorumque hominum consilio, recognosceremus,  riteque et  congruenter veteribus Ambrosianis institutis conformaremus. Quo in genere cum exemplaria antiqua, aliaque comprobata hujus Ecclesia; monimenta, adhiberi mandavimus : tum vero totius Officii normam, in multiplici Breviarii Ambrosiani varietate, diversis temporibus non recte a nonnuliis Sacerdotibus privatim introducta, ad Ritum accommodari voluimus, quem clarissimi divinorum Officiorum scriptores docent, et Theodorus in primis Archiepiscopus, praedecessor noster, qui ejusdem Ambrosiani divinarum precum Officii Nocturni, Matutinique partes pie, et erudite explicavit, luculenta mysteriorum interpretatione. »

240

pastorale qui annonçait un si grand bienfait pour cette Église fut placée en tête de chacun de ces livres comme l'instrument de leur publication, et, jusqu'à ces derniers temps, elle a été maintenue dans les diverses éditions données par les successeurs de saint Charles, et dont nous produirons ailleurs le tableau.

Nous devons dire un mot des livres de la Liturgie gothique ou mozarabe. On sait que l'usage de ces livres fut autorisé par Jules II pour une chapelle de la cathédrale de Tolède et quelques églises de la même ville, à la prière du cardinal Ximenès. Cet illustre archevêque donna une édition célèbre du Bréviaire et du Missel; mais la seule correction à laquelle il soumit ces livres fut de les faire imprimer purement et simplement sur les manuscrits qui lui semblèrent les meilleurs. On respecta les incorrections nombreuses qu'ils présentaient. Cette conduite servit de règle, vers la fin du siècle dernier, au cardinal Lorenzana dans la publication des magnifiques éditions qu'il donna de la Liturgie gothique. Nous parlerons ailleurs de la contestation qui s'éleva sur le mérite des manuscrits qui furent préférés alors ; mais il faut convenir qu'on ne peut pas plus la considérer comme une correction de la Liturgie mozarabe, que l'édition donnée par son illustre prédécesseur. Non seulement on a respecté jusqu'au scrupule toutes les fautes de copiste, tous les barbarismes, même les plus étranges; mais quand il s'est agi d'adapter à cette Liturgie les fêtes plus récemment

241

instituées, telles que celle du Saint-Sacrement, on les a reléguées en supplément à la fin du bréviaire, pour n'altérer en rien la physionomie du manuscrit primitif. Ainsi les livres actuels de la Liturgie gothique ont été deux fois l'objet d'une publication, mais ils n'ont,pas même été soumis à une correction.

Après cette excursion sur les livres de l'Église latine, qui diffèrent de la forme romaine, nous venons maintenant aux livres de la Liturgie de Rome employés dans les Églises que saint Pie V exempta du devoir d'adopter sa correction, parce qu'elles avaient en faveur de leurs usages particuliers une prescription de deux cents ans. Ainsi que nous l'avons vu plus haut, les livres liturgiques des diverses Églises, avant le concile de Trente, prenaient de plus en plus un caractère de localité, et souvent même le cachet individuel de leurs rédacteurs; ce n'était bientôt plus de correction que l'on s'occupait, mais de fabrication. Saint Pie V jeta le cri d'alarme sur les périls du culte divin. Les Églises l'entendirent; aussi ne vit-on pas seulement celles d'entre elles que ne protégeait pas la prescription des deux cents ans s'empresser d'accepter les livres romains corrigés, mais encore un nombre considérable de celles mêmes qui se trouvaient dans le cas de l'exception, adopter librement et sans retour une Liturgie que l'on recevait à la fois du concile de Trente et du Siège apostolique.

Les Églises qui voulurent garder un bréviaire et un missel qui leur étaient propres se trouvèrent bientôt entraînées par le mouvement réformateur de la Liturgie. Leurs livres étaient romains quant au fond; d'autre part, le Bréviaire et le Missel de saint Pie V étaient proclamés comme les plus repurgés de tous; on devait donc s'attendre que les réformes diocésaines auraient pour principal résultat d'introduire dans les livres des Églises toutes les améliorations que la Liturgie romaine avait retirées des

242

travaux de ses correcteurs. C'est ce qui eut lieu en France et en Allemagne, les deux seuls pays où l'on vit un certain nombre d'Églises conserver l'usage d'un bréviaire et d'un missel particuliers.

Nous ne pouvons donner ici en détail le tableau des opérations accomplies dans chacune de ces Eglises, pour appliquer à leurs livres diocésains la correction de saint Pie V, et arriver par ce moyen à l'unité liturgique, dans le degré où elle était réalisable. Une autre partie de notre travail contiendra sur cette question les renseignements que nous avons déjà recueillis et ceux que nous ne cessons d'enregistrer. Nous nous contenterons pour le moment d'insister sur les faits qui concernent les Églises de France, et pour ne pas nous étendre sur des détails qui  trouveront leur place ailleurs, nous donnerons seulement quelques traits relatifs à l'Église de Paris.

Ce fut en 1684 que l'évêque Pierre de Gondy donna la première édition du Bréviaire de son Église qui eût été imprimée depuis le publication du Bréviaire de saint Pie V. Ce prélat avait voulu d'abord faire accepter à son chapitre la Liturgie du saint pape; nous avons raconté ailleurs comment l'opposition de ce corps le força de renoncer à son projet (1). Pierre de Gondy fut donc contraint de sanctionner une nouvelle édition du Bréviaire parisien ; mais il prit pour base de la réforme de ce livre le Bréviaire de saint Pie V, dont il fit entrer la presque totalité dans la rédaction de son œuvre. C'est ce que reconnaît volontiers Grancolas lui-même (2).

Les éditions suivantes du Bréviaire parisien furent dirigées dans le même sens ; à cette différence cependant , que plus on avançait dans le XVII° siècle, plus on se rapprochait de la lettre du Bréviaire romain. C'est ce qu'atteste l'archevêque   Jean-François de Gondy,  dans

(1)  Institutions Liturgiques, tom. I, pag. 452.

(2)  Commentaire historique du Bréviaire romain, tom. I, pag. 63.

243

la lettre pastorale qu'il a placée en tête de son édition de 1634, où il rend compte des travaux de Henri de Gondy, son frère et son prédécesseur qui, dit-il, du consente ment du chapitre de l'insigne Église de Paris, a fait corriger le bréviaire, et l'a fait rendre conforme au Bréviaire romain, autant qu'il a été possible (1). » Aussi l'édition de Jean-François de Gondy, dans laquelle on a suivi les mêmes errements, porte-t-elle en tête comme la précédente ces mots : Breviarium Parisiense ad formant sacrosancti Concilii Tridentini restitutum. On les lit pareillement sur le titre de l'édition que donna en 1658 le cardinal. de Retz.

Le Missel de l'Église de Paris fut soumis à son tour au même système de correction. Le Missel de saint Pie V servit de type aux commissions chargées de travailler à l'épuration du parisien. Nous laisserons parler ici Jean-François de Gondy, dans sa lettre pastorale pour l'édition de 1654. Après avoir exposé la variété des usages liturgiques, selon les lieux et les temps, il continue ainsi : « Mais au premier rang se distingue l'ordre et l'usage que l'Église romaine, mère et maîtresse des autres Églises, a gardés par une tradition fidèle, jusqu'à nos temps, et qu'elle a reçus du Prince même des apôtres. Or, de même que l'Église de Paris, depuis le premier établissement de la foi et de la religion chrétienne dans son sein, a toujours vénéré le Siège apostolique par un dévouement spécial, de même s'est-elle proposé de suivre, avec un zèle particulier, les rites de l'Église romaine dans la divine action du sacrifice. C'est ce que professent les lettres de notre prédécesseur et frère, l'Éminentissirne Henri de Gondy,  qui  se lisent en tête du Missel de

(1) Cum igitut ante aliquot annos Eminentissimus Cardinalis Rettius frater noster tum Parisiensis Praesul, una cum consensu Capituli insignis Ecclesiae Parisiensis, Breviarium emendatum et Romano, quantum commode fieri potuit, eo tempore conformatum, ordinari curaverit.

244

Paris publié par son autorité, et dans lesquelles il enseigne que le rite et la forme du sacrifice ont abondamment coulé des sources les plus pures de notre religion, c'est-à-dire de l'Église romaine, sur toutes les parties de notre Gaule, et que nos ancêtres ont voulu recevoir du Siège apostolique l'ordre et la loi, non-seulement du sacrifice, mais encore de la psalmodie; ce qu'il a voulu, pour sa piété singulière envers ce même siège, observer dans la correction et la publication du Missel de Paris (1). »            L'archevêque observe ensuite que les exemplaires de

(1) Quamvis autem pro varietate temporum, et locorum, ritus illi sacri subinde alii, atque alii extiterunt, unde magis ac magis splendescit gloria filias regis, in fimbriis aureis, circumamictae varietatibus : primas tamen semper ac praecipuas partes sibi vindicavit ordo ille et usus, quem Ecclesia Romana ceterarum Ecclesiarum mater, ac magistra, ab ipso Apostolorum principe acceptum, fideli traditione, ad hœc usque tempora servavit : et sicut Ecclesia Parisiensis a prima fidei ac Religionis Christianae susceptione, Apostolicam Sedem peculiari devotione semper venerata est, sic ejus in divina illa actione ritus praecipuo sibi studio imitandos proposuit. Quod vel maxime testantur felicis recordationis, Eminentissimi Henrici de Gondy, Cardinalis de Retz nuncupati, praedecessoris et fratris nostri litterae, Missali Parisiensi, ejus auspiciis edito, praefixae; in quibus profitetur, sacrificandi ritum et formam ex ipsis Religionis nostrœ purissimis fontibus (hoc est Romana Ecclesia) in omnes Galliae nostrae partes latissime dimanasse, majoresque nostros non modo sacrificandi, sed et precandi et psallendi ordinem et legem, ab ipsa Sede Apostolica semper accipere voluisse. Et hoc quidem ille tune pro singulari sua erga praefatam Sedem pietate, Missalis Parisiensis correctione ac editione praestitit. Verum cum jam ab aliquibus annis omnia illius exemplaria distracta fuissent, et ejusmodi librorum penuria plurimœ nostra Dioecesis Ecclesias laborarent : non sine aliquo divini obsequii dispendio : existimavimus nostri muneris esse, sacrum illum codicem, prœcipuis Christianae Religionis officiis adeo necessarium, in integrum restituere; et si quid illi deesset, aut ad ejus complementum desiderari posset, nostra Pastorali vigilantia supplere. Quare praefatum Missale Parisiense, adhibita doctissimorum et peritissimorum virorum opera, denuo emendatum, ordinatum, auctum et ex omni parte, quantum fieri potuit, absolutum, et perfectum, praelo committi, et in lucem edi mandavimus et (quod maxime in votis erat) totum fere, ad Romanum usum compositum et conformatum.

245

ce missel étant devenus rares, une nouvelle édition était nécessaire; c'est pourquoi il a appelé le secours d'une commission d'hommes doctes et habiles dans ces matières, le résultat de leurs efforts a été de préparer pour l'Église de Paris le missel que publie l'archevêque, et qu'il dit être « presque entier conforme à l'usage romain » ; totum fere ad Romanumusum compositum et conformatum. L'édition de ce missel parut sous le même titre que la précédente : Missale Parisiense, ad formam sacrosancti Concilii Tridentini recognitum et emendatum. Ce titre se lit encore sur le frontispice du Missel parisien donné en 1665, par Hardouin de Péréfixe.

Saint Pie V, en publiant, au nom du concile de Trente, le Bréviaire et le Missel, avait donc avancé la correction de la Liturgie dans les Églises mêmes auxquelles il n'avait pas jugé à propos de prescrire l'adoption pure et simple ! de ces livres. Ce qui eut lieu à Paris se reproduisit pendant plus d'un siècle, dans la plupart des Églises que la prescription exemptait de la loi commune. Dans toute cette période, il n'y eut à proprement parler qu'une seule et même correction liturgique pour toute la France. La grande majorité de nos Églises avait adopté, purement et simplement, les livres de saint Pie V; les autres entendaient la correction de leurs livres particuliers en la manière que nous venons d'exposer; il ne faut donc pas s'étonner de voir l'assemblée du Clergé de 1606 avancer des fonds, sur la demande de l'archevêque d'Embrun, pour aider à la publication d'une édition des livres de la Liturgie romaine,à l'usage général des Églises de France (1). Ces livres pouvaient servir et à celles qui avaient déjà  adopté la correction romaine, et à celles qui opéraient la correction diocésaine en conformité avec celle qu'on appelait, à si juste titre, la forme du saint Concile de Trente.

(1) Institutions Liturgiques, tome I, pag. 498.

246

Nous ne pouvons résister au désir de citer un seul fait de cette époque qui mettra dans tout son jour la situation de la Liturgie dans le royaume, à cette époque. C'est la lettre pastorale de Guillaume Fouquet, évêque d'Angers, en tête du Bréviaire de cette Église, sous la date de 1620. Le prélat s'exprime ainsi (2) : « Ayant donc conféré avec nos vénérables frères les doyen et chanoines du chapitre de notre Église d'Angers, il a semblé que nulle autre a voie n'était à la fois plus abrégée et plus sûre que de réduire au plus tôt toute la forme des livres d'église à la règle de l'Église romaine. D'autant plus que cette résolution avait déjà été statuée dans le concile de Tours, il y a plus de trente ans, approuvée par l'autorité du Siège apostolique, et exécutée il y a peu d'années par l'Église de Tours qui est le chef de la province. Nous avons encore été puissamment inclinés vers ce parti par l'exemple des célèbres Églises de ce royaume, que nous voyons de toutes parts prendre cette voie commune et royale. » On trouve des paroles semblables dans plusieurs des lettres pastorales placées au commencement de la plupart des bréviaires et missels romains-français du XVII° siècle.

Tous les livres