Institutions liturgiques (page 122)
(1) Frisi, Memorie di Monza, tom. III.
(2) Au IX° siècle et dans les suivants, on trouve fréquemment cette représentation de saint Grégoire, en tête des Sacramentaires et des Antiphonaires, comme une expression de la reconnaissance de l'Eglise pour les travaux liturgiques de ce grand Pontife.
(3) Bibliothèque nationale, ancien fonds, n° 163.
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Évangéliaires, ils sont demeurés inconnus, hors ceux qui exécutèrent les deux beaux manuscrits de saint Emmeran et de Hautvillers, et dont nous avons donné plus haut les noms.
Outre les évangéliaires, le IX° siècle présente ses beaux sacramentaires, entre lesquels nous signalerons deux des plus remarquables pour les peintures : le Sacramentaire de Drogon et celui d'Autun, dont nous avons déjà eu occasion d'entretenir le lecteur. On ne doit pas oublier non plus le Canon de la messe en lettres d'or, venu originairement de Metz, et conservé à la Bibliothèque nationale, qui offre plusieurs grandes miniatures, l'une entre autres représentant saint Grégoire, assis sur un trône, son antiphonaire en main (1). Le caractère des peintures liturgiques du IX° siècle, sur les manuscrits latins, étonne souvent par la hardiesse du dessin, dans lequel on sent déjà une vigueur propre qui, malheureusement, s'arrêta pour des siècles, mais qui n'en fait pas moins déjà présager les destinées futures de l'art, en dehors des influences byzantines. Il y a même de la grâce et une étude remarquable dans une des peintures du Canon que nous venons de signaler. C'est celle qui représente un saint revêtu d'habits laïques entre deux saints évêques.
On trouve aussi dans plusieurs évangéliaires du neuvième siècle des peintures consacrées aux Evangélistes, et sur lesquelles l'artiste s'est évidemment inspiré de modèles classiques. M. de Bastard en a reproduit plusieurs, et on doit citer en ce genre les précieuses peintures de l'Évangéliaire de saint Angilbert, à Abbeville. Toutes ces merveilles si longtemps oubliées nous donnent un riche spécimen de ce que l'art osa tenter à l'époque carlovingienne.
Dans le X° siècle, la peinture des manuscrits liturgiques de l'Occident ne peut déjà plus se soutenir à cette hauteur, tandis que ceux de l'Église grecque semblent au
(1) De Bastard, Peinture des manuscrits, Ire livraison.
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contraire présenter un mouvement d'ascension sous ce rapport. Nous citerons pour l’Église latine, le Pontifical de saint Dunstan (1), qui porte en tête plusieurs miniatures représentant le Christ ici sur la croix, là s'appuyant sur cet instrument de salut. Ces dessins étonnent encore par leur correction ; on ne pourrait avec certitude les attribuer à saint Dunstan lui-même, à qui, comme l'on sait, l'art de la peinture n'était pas étranger. Il nous est même resté un dessin authentique de sa main (2). C'est aussi à un pinceau anglais que la Liturgie est redevable du Bénédictionnal d'Ethelwold, déjà signalé, et que la main du chapelain Godeman a orné d'une trentaine de miniatures des plus remarquables. Ces peintures ont été données au public par M. Rokeivode Gage, savant archéologue anglais et catholique.
En Italie, nous trouvons au X° siècle, à moins qu'on ne dût le faire remonter aux dernières années du IX°, le Pontifical de Landolphe, évêque de Capoue, l'un des plus précieux manuscrits de la Minerve, à Rome, sur lequel les divers rites de l'ordination sont représentés par des scènes à personnages, d'une manière un peu barbare, mais pleine cependant du plus haut intérêt liturgique (3).
Les Grecs nous fournissent au X° siècle, entre autres évangéliaires, celui qui est gardé dans la Bibliothèque de la Badia, à Florence, et dont huit miniatures intéressantes sont reproduites par Gori (4) ; celui de la Bibliothèque nationale, signalé par Dom Montfaucon, et qui présente sur fond d'or les quatre Évangélistes d'un dessin
(1) Bibliothèque nationale, ancien fonds, n° 943.
(2) D'Agincourt, Peinture, planche CLXIV.
(3) Ciampini, De perpetuo Azimorum usu. Catalano, Comment. In Pontificale Romanum, tom. Ier, où il donne la description raisonnée de ces dessins si importants pour la tradition liturgique. D'Agincourt, qui en reproduit une grande partie, Peinture, planches XXXVII et XXXVIII.
(4) Thesaurus veterum Diptychorum, tom. III.
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remarquable (1), etc. Mais nous devons citer par-dessus tout le fameux Ménologe de la Vaticane, exécuté par ordre de l'empereur Basile le Macédonien, et qui ne contient pas moins de quatre cent trente scènes, correspondantes aux fêtes de l'Église grecque, pendant les six premiers mois de son année liturgique, en commençant à septembre (2). La variété des éléments qui entrent dans la composition de chaque scène, fait de ce recueil une mine inépuisable pour mille détails qui intéressent les arts; les édifices, les ameublements dignes d'être observés s'y rencontrent en foule. Quant aux personnages, ils se ressentent, il est vrai, de la décadence générale qui régnait alors ; ainsi, il ne faut pas aller demander aux peintres du Ménologe de Basile une étude quelconque de l'anatomie; toutefois, certaines traditions de l'antique école grecque ont surnagé dans le naufrage. Un grand nombre de types, surtout parmi les têtes de vieillards, ont conservé de la dignité. Plusieurs saints évêques sont remarquables par la majesté du maintien ; beaucoup de saintes femmes par une modestie imposante. Les noms des artistes auxquels est dû ce précieux monument se sont conservés; chaque miniature porte dans la partie supérieure le nom de son auteur. Ce sont : Pantaléon, Siméon, Michel Blachernita, Georges, Mena, Siméon Blachernita, Michel Mikros et Nestor. Un psautier grec qui se rattache aussi à l'empereur Basile II, dont il offre le portrait, et qui est venu de Venise à la Bibliothèque nationale, est également remarquable par ses miniatures.
Les manuscrits liturgiques du XI° siècle ne sont pas tout à fait sans intérêt sous le rapport des peintures,
(1) D'Agincourt, Peinture, planche XLVII.
(2) Toutes ces miniatures ont été reproduites par la gravure, mais malheureusement avec trop de négligence, dans la belle édition de ce Ménologe intitulée : Menologium Grœcorum Basilii imperatoris. — Urbin, 1727. 3 vol. in-fol.
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bien qu'elles y soient assez rares. Nous citerons, entre autres, l'Homéliaire du Mont-Cassin, exécuté sous l'abbé Didier et dont nous avons déjà parlé ; le Bréviaire d'Oderise, successeur de Didier, conservé à la bibliothèque Mazarine, dans lequel on trouve dix miniatures à pleine page, à la suite les unes des autres, représentant divers faits du Nouveau Testament, depuis la Présentation au Temple, jusqu'à la descente du Saint-Esprit. Ces dessins d'un coloris extrêmement faible, sont beaucoup moins barbares qu'on aurait lieu de l'attendre de leur époque. L'Evangéliaire donné par la comtesse Mathilde à l'abbaye de Saint-Benoît-de-Mantoue, d'où il a passé depuis à la Vaticane, n'est pas moins digne de remarque par les scènes de la vie de la sainte Vierge dont il est orné, et que Lanzi considère comme d'une haute importance pour l'histoire de l'art en Italie, au XI° siècle.
Nous ne saurions oublier non plus les Exultet du samedi saint, que ce siècle aimait à décorer de peintures destinées à exprimer les différents rites de la Bénédiction du Cierge pascal, et les sublimes mystères que l'église célèbre dans la prière qui les accompagne. Le Paschale Prœconium était écrit sur un vaste rouleau de parchemin, et des scènes à personnages venaient de temps en temps interrompre le texte, offrant aux yeux du peuple sous une forme sensible la signification des paroles que le diacre prononçait. Ces miniatures étaient tracées dans un sens inverse à celui de l'écriture, en sorte que le rouleau se dépliant sur l'ambon à mesure que le diacre avançait, les fidèles étaient mis à même de suivre les mystères que proclamait le ministre sacré. D'Agincourt a donné en entier les miniatures d'un de ces Exultet, et quelques détails de celles de plusieurs autres que l'on garde à Rome, dans les Bibliothèques du Vatican, de la Minerve et Barberini (1).
(1) D'Agincourt, Peinture, planches LIII à LIV.
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Pour l'Église grecque, nous indiquerons comme monument du XI° siècle, le riche Évangéliaire de la Bibliothèque de Sienne, qui provient originairement de la Chapelle impériale de Constantinople ; mais ses peintures sont loin de valoir celles du Ménologe de Basile.
Parmi les manuscrits liturgiques du XII° siècle, nous avons à signaler deux Evangéliaires grecs du Vatican ; le premier qui offre maintenant sur sa couverture les armes de Paul V, et l'autre qui porte une date correspondante à l'année 1228, et paraît avoir été à l'usage de l'empereur Jean II Comnène et Alexis son fils; nous en avons déjà parlé. Les miniatures de ces deux manuscrits, malgré leur caractère byzantin, sont assez remarquables par l'invention et le mouvement (1). Elles sont toutefois loin de valoir, pour la variété et l'étendue des sujets, celles d'un Homéliaire grec pour les fêtes de la sainte Vierge, que l'on garde pareillement à la Vaticane (2).
En fait de manuscrits latins, nous ne pourrions omettre sans injustice le bel Évangéliaire du moine Lieutold, que nous avons déjà mentionné plusieurs fois, et qui, outre les quatre grandes miniatures des Évangélistes, à la façon carlovingienne, en présente encore un grand nombre relatives à la vie du Sauveur, dans le cours du volume (3). Le XII° siècle nous offre aussi l'Homéliaire de la Religieuse Guda, le Psautier Barberini (4), l'Antiphonaire de Saint-Martin des Champs (5), etc.
L'art de la peinture commença à briser ses entraves dans la seconde moitié du XII° siècle ; le XIII° lui vit faire de nouveaux progrès, et les livres liturgiques continuaient d'être le champ sur lequel il essayait ses forces. Nous
(1) D'Agincourt, Peinture, planches LVII et LIX.
(2) Ibid., planches L et LI.
(3) Silvestre, Paléographie universelle.
(4) Rumhor, cité par le P. Cahier.
(5) De Bastard, Peintures des manuscrits.
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citerons du XIII° siècle, le précieux Évangéliaire de Saint-Martial de Limoges, conservé dans la collection particulière de M. de Bastard, qui en a donné plusieurs miniatures dans ses Peintures des manuscrits. On doit y remarquer surtout les deux sujets représentant les Mages devant Hérode et la fuite en Egypte, qui rivalisent avec les meilleurs vitraux du temps.
C'est aussi au XIII° siècle que s'ouvre la série de ces beaux livres liturgiques illustrés qui sont une des gloires de l'Italie. Elle commence à l’Ordo officiorum Senensis Ecclesiœ, dont nous avons déjà fait mention. Ce manuscrit, qui fut exécuté en 1213 par le chanoine Oderico, n'est toutefois remarquable, sous le point de vue qui nous occupe, que par ses encadrements formés d'animaux et de petites figures (1). Il ne nous reste que des regrets pour les précieux livres de chœur que le Bénédictin Serrati peignit en 1240 pour la cathédrale de Ferrare, et qui, au rapport de Cittadella, étaient remplis de sujets à personnages, rendus avec noblesse et élégance (2). Ces livres, dont on n'a pu conserver que le souvenir, servent du moins à continuer la chaîne de ces Bénédictins italiens auxquels on doit, au XI° siècle, l'Homéliaire du Mont-Cassin et le Bréviaire de l'abbé Oderise, et qui eurent de si admirables successeurs dans les XIV° et XV° siècles. Lorsque le XIII° achevait son cours, Giotto était dans toute sa fleur, et l'on sait que plus d'une fois ce grand artiste employa ses loisirs à peindre des miniatures sur les manuscrits.
Mais la peinture des livres liturgiques s'élève plus haut encore au siècle suivant, pour grandir toujours davantage. Parmi les monuments du XIV° siècle, nous rappellerons, en France, le superbe Missel de Clément VII, à Avignon,
(1) Valéry, Voyages en Italie, liv. XVI, chap. XIII. Le savant abbé Trombelli a publié à Venise, in-4°, le texte de l’Ordo Senensis, mais sans les dessins.
(2) Rio, De l’Art chrétien.
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que nos lecteurs connaissent déjà, et le Bréviaire dit de Belleville, à la Bibliothèque nationale. Ce bréviaire, qui est selon le rite des Frères Prêcheurs, fut donné par le roi Charles VI à Richard II, roi d'Angleterre. Il est en deux volumes in-8°, dont le premier est rempli de miniatures du genre le plus gracieux, et d'une fraîcheur de coloris à laquelle le temps n'a rien enlevé. Le second volume, beaucoup moins riche, n'offre de miniatures qu'aux bordures. En Allemagne, l'Évangéliaire de Jean d'Oppaw, dont il a déjà été question, est remarquable aussi par des scènes intéressantes, qui sont relatives à la vie de chacun des Évangélistes.
En Italie, l'école bénédictine se signala à Florence dans le monastère camaldule des Anges. Les deux plus illustres peintres de cette abbaye furent Dom Silvestre et Dom Jacques le Florentin. Leur pinceau enlumina vingt volumes in-folio, tant pour le chœur que pour l'autel; dix-neuf ont malheureusement péri depuis longtemps (1). Léon X, malgré son goût pour un genre de peinture moins mystique, convoita cette précieuse collection, et il l'eût fait transporter à Saint-Pierre, si les différences qui existent entre la Liturgie bénédictine et la romaine n'eussent pas rendu ces livres impropres au service de la Basilique vaticane. Au reste, cet auguste temple a possédé jadis deux livres de chœur copiés et peints par les deux Camaldules; il y en avait aussi à Venise, dans le monastère du même ordre, situé dans l'île de Saint-Michel, près Murano (2). Des vingt volumes de Florence, un seul
(1) On peut se faire une idée de la beauté des miniatures qui ornaient ces livres à jamais respectables, par un seul fait. Plusieurs des capitales ornées dont ils étaient remplis sont aujourd'hui éparses dans des portefeuilles anglais. Une seule, de 14 pouces, représentant la mort de la sainte Vierge, a été payée 100 livres sterling par M. Ottley. (Le R. P. Cahier, ibid.)
(2) Rio, ibid. Le P. Cahier, ibid.
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Missel reste aujourd'hui, conservé précieusement dans la bibliothèque Laurentienne (1).
Nous ne devons pas omettre non plus parmi les miniaturistes bénédictins de cette époque, le célèbre Génois Cybo, dit le Moine des Iles d'or, parce qu'il habitait l'abbaye de Lérins. Il florissait vers 1370, et mourut en 1408. Nous ne devons parler ici que de ses travaux sur les livres liturgiques; mais il est impossible de ne pas signaler le magnifique office de la Sainte Vierge qu'il décora de peintures admirables, et qu'il offrit à Yolande d'Aragon, mère du roi René (2). D'Agincourt pense qu'on peut attribuer aussi avec vraisemblance à Cybo les miniatures du Pontifical de la Vaticane, dont il a donné un specimen, planche LXXV.
Le XV° siècle dépasse tous les autres par la richesse des peintures de ses livres liturgiques. Les grandes bibliothèques et les collections particulières contiennent d'innombrables exemplaires des missels, des bréviaires et autres livres, que décora le pinceau des artistes de cette époque. Nous ne citerons qu'un petit nombre des plus célèbres. La Bibliothèque nationale contient, entre autres merveilles du xv° siècle, le fameux Bréviaire de Jean, duc de Bedford. Divers artistes d'inégale force se réunirent pour l'enluminer : les miniatures qu'il contient sont nombreuses et d'une grande perfection. Souvent la même page en offre plusieurs, bien qu'il reste certains cadres qui n'ont pas été remplis. L'Angleterre, qui envie à la France ce trésor, possède le pendant du Bréviaire, c'est-à-dire le Missel du duc de Bedford, qui fait partie d'une collection particulière (3). Dibdin a fait graver plusieurs des miniatures de ce beau manuscrit. Dans les départements,
(1) Valéry, ibid., liv. IX, chap. V.
(2) Dibdin, Bibliographical Decameron, tom. I.
(3) Celle du marquis de Blandford. Dibdin, Bibliographical Decameron, tom.
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nous signalerons seulement deux échantillons de peinture liturgique: le beau Missel gardé au séminaire de Poitiers, avec ses deux magnifiques tableaux sur vélin, placés en regard l'un de l'autre, avant l'ouverture du Canon, selon l'usage de beaucoup de Missels enluminés de cette époque (1); le Missel d'Autun, peint par l'ordre de l'évêque Jean Rollin, qui mourut en 1483 ; ce manuscrit est rempli de miniatures du plus haut intérêt; celle, entre autres, du premier Dimanche de l'Avent, offre le portrait du Prélat, avec ses armes et sa devise, Deum time (2).
Mais l'Italie continue de l'emporter sur tout autre pays en ce qui concerne la peinture des livres liturgiques, au XV° siècle. Nous devons d'abord parler des célèbres livres de chœur de la cathédrale de Sienne; redevables de leur ornementation à Benoît de Matera, moine du Mont-Cassin, qui fut aidé dans cette œuvre par Gabriel Mattei, de l'ordre des Servîtes. Cette riche collection n'est plus complète aujourd'hui; une partie des livres fut enlevée par le cardinal de Burgos et transportée en Espagne; quelques autres sont à la Bibliothèque publique (3), où l'on voit aussi le riche Graduel de Lecceto par Antoine Cerretani (4). Au milieu du XV° siècle, l'abbaye camaldule des Anges, à Florence, continuait de cultiver l'art des miniatures sur les livres liturgiques. Elle avait eu
(1) Nous avons dû la connaissance de ce beau missel abrégé à l'obligeance de Monseigneur l'évêque actuel d'Angoulême, lorsqu'il exerçait encore les importantes fonctions de supérieur du grand séminaire de Poitiers. Dans le mémoire que le savant prélat consacra, il y a quelques années, à l'ancienne Liturgie du diocèse de Poitiers, il n'oublie pas de faire connaître les livres de son Eglise natale sous le rapport des peintures qui les décorent, en commençant par un bel Evangéliaire du IX° siècle et conduisant son travail jusqu'à l'ouverture du XVI°.
(2) Ce beau Missel appartient à une collection particulière. Voyez Milin, Voyage dans les départements du midi de la France, tom. I.
(3) Rio, De l'Art chrétien.
(4) Valéry, ibid., liv. XVI, chap. XII.
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dans les premières années de ce siècle, l'illustre Dom Lorenzo, qu'on a appelé le Raphaël du genre, et dont malheureusement les œuvres n'ont plus laissé, pour ainsi dire, qu'un souvenir. Plus tard, florissait dans le même monastère Dom Barthélémy della Gatta, qui fut ensuite abbé de Saint-Clément d'Arezzo. Il peignit des livres liturgiques pour son abbaye, pour la cathédrale de Lucques et pour le pape Sixte IV. M. Rio pense qu'on peut lui attribuer avec probabilité le beau Pontifical Vatican, avec ses vingt-cinq miniatures que d'Agincourt semble vouloir donner au Pérugin (1). Nous devons rapporter aussi à l'école bénédictine le délicieux Office de la Vierge, conservé dans la Bibliothèque du Mont-Cassin (2).
Mais les merveilles des livres de Sienne sont encore surpassées par les splendeurs des manuscrits liturgiques conservés à Ferrare. Ces livres de chœur sont dus au pinceau de Corne Tura, dit le Cosmè, disciple de Fiorini. Ils sont au nombre de vingt-trois à la cathédrale, et les dix-huit qui étaient chez les Chartreux ont passé à la Bibliothèque publique.
L'école dominicaine du XV° siècle, si féconde pour la peinture mystique, s'exerça avec zèle à l'embellissement des livres du service divin. Son ineffable Jean Angélique de Fiesole débuta dans la carrière par des miniatures d'une si grande beauté, qu'elles ont ravi d'admiration Vasari lui-même. Il avait eu pour maître dans cet art un frère du même couvent de Saint-Marc, à Florence, qui était à la fois miniaturiste et peintre (3). Au reste, ainsi que nous l'avons remarqué déjà, la plupart de ces artistes sur vélin, à partir de Giotto, s'élevèrent à la grande peinture, après avoir nourri et développé leur talent, à l'aide de ces heureux essais. Souvent même, ils suspendaient
(1) Rio, ibid. D'Agincourt, Peinture, planche LXXVI.
(2) Rio, ibid.
(3) Lanzi, Storia pittorica della Italia, tom. I.
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leurs grandes œuvres, destinées aux regards du public, pour revenir à cette chère occupation de leurs premières années d'artiste. La miniature à laquelle ils devaient tant sembla même longtemps avoir conservé leur prédilection, et on n'a pas droit de s'étonner de voir Angélique de Fiesole accompagner son beau tableau du Couronnement de la Vierge, d'une bordure de petits sujets empruntés à la vie de saint Dominique, et sur lesquels il a déployé toute la suavité de son génie. Vasari nous apprend que les charmantes miniatures qui ornent un cierge pascal et deux reliquaires conservés à Santa Maria Novella de Florence, sont dus au pinceau du sublime Dominicain. Quant aux livres qu'enlumina son pinceau inspiré ils n'existent plus aujourd'hui : ils se conservaient encore à la fin du XVI° siècle dans les couvents de Saint-Marc à Florence et de Saint-Dominique à Fiesole (1).
On a perdu également la plupart des livres de chœur enluminés par le célèbre François dai Libri, peintre véronais ; cependant il s'en conserve encore quelques-uns dans sa ville natale. Son fils Jérôme hérita du nom significatif et du talent de son père, et son génie s'exerça aussi sur les livres liturgiques ; nous n'avons pu découvrir le lieu où l'on conserve ce qui nous en est resté; nous savons seulement qu'une miniature détachée et qui représente Adam et Eve chassés du Paradis terrestre, est gardée à Rome. Ce second miniaturiste dai Libri appartient en grande partie au XVI° siècle, étant mort en 1555. Un de ses deux fils, nommé François, s'exerçait encore dans la miniature des livres d'Église, à l'époque où cet art allait s'éteindre.
En terminant cette incomplète revue de la peinture des livres liturgiques par les artistes italiens au XV° siècle, nous n'avons garde d'oublier le fameux Bréviaire du roi
(1) Vasari. Vite de Pittori. Tom. I.
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de Hongrie, Matthias Corvin, à la Bibliothèque du Vatican. On connaît le goût de ce prince pour les livres, et comment il entretenait jusqu'à trente miniaturistes, dont la fonction était d'enluminer des manuscrits pour son service. Les deux principaux de ces artistes étaient Gherardo et Atavante, auxquels on attribue avec assez de probabilité le Bréviaire. Une grande partie des décorations de ce livre attestent le renouvellement de l'art d'après les principes classiques ; c'est la fin du XV° siècle ; le moyen âge s'efface rapidement. Malgré leur défaut de naïveté, les peintures du Bréviaire]de Matthias Corvin, qui sont très nombreuses, ne font pas moins de ce livre un des monuments les plus précieux de l'emploi de la peinture sur les manuscrits de la Liturgie. D'Agincourt en a fait graver quelques détails (1).
Nous devons maintenant parler du magnifique Bréviaire du cardinal Grimani, à la Bibliothèque de Saint-Marc à Venise; mais il n'est pas juste de faire honneur aux artistes italiens d'une œuvre à laquelle ils sont étrangers. Trois Flamands, Hemmelinck de Bruges, Gérard de Gand et Livien d'Anvers, ont la gloire d'avoir exécuté ce merveilleux recueil de miniatures, dans lesquelles le sentiment religieux est rendu avec une grâce, une suavité, une perfection incomparables (2). Ce bréviaire fut peint vers 1479, et les artistes y consacrèrent plusieurs années. Selon M. Rio, on reconnaît facilement la main de Hemmelinck dans tous les morceaux qu'on peut à juste titre, appeler des chefs-d'œuvre, et où la beauté des types, le fini de l'exécution, l'harmonie, le charme du coloris, la fraîcheur des paysages, le choix des costumes et des formes, rappellent tant de magnifiques compositions
(1) Peinture, planche LXXIX.
(2) On peut voir dans les Monuments de sainte Elisabeth une délicieuse miniature empruntée à ce bréviaire.
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du même auteur dispersées dans les galeries d'Allemagne et dans les principales villes de Belgique (1). »
Il paraît que la Chapelle papale, au Vatican, possédait aussi de précieux livres choraux ornés de miniatures, et qui remontaient, selon toute probabilité, au XV° siècle ; des amateurs indiscrets se permirent, sous Innocent XI, de détacher plusieurs feuillets de ces livres sur lesquels étaient peintes des scènes rendues avec le plus rare talent. Nous trouvons, au Bullaire, une constitution de ce pontife, publiée sur les instances du chef des chantres de la chapelle Sixtine, dans laquelle il est défendu, sous peine d'excommunication, d'enlever désormais ou de détériorer aucun des livres, cahiers ou feuilles, qui sont gardés dans l'archive particulière de cette corporation (2).
La peinture des manuscrits liturgiques qui s'était montrée si florissante au XV° siècle, perdit beaucoup de son importance au XVI°, en même temps que l'on vit alors ses types inspirés disparaître peu à peu, et elle-même subir l'influence de la révolution qui s'était accomplie dans l'art. D'ailleurs, ainsi que nous l'avons remarqué, l'art typographique devait avoir désormais le monopole presque exclusif des livres du service divin. Bientôt nous aurons à raconter ce que le génie catholique de l'ornementation devait encore faire pour eux, et comment le pinceau trouva le moyen de s'exercer encore quelque temps sur les imprimés eux-mêmes. Mais nous ne pouvons oublier au XVI° siècle, parmi les peintres de manuscrits liturgiques, le célèbre Jules Clovio, élève de Jérôme dai Libri. Il excella par le fini de ses peintures, auquel il sut joindre souvent une énergie qui l'a fait nommer le Michel-Ange de la miniature. Vasari cite de lui un Office de la Vierge pour le duc de Florence, et un Bréviaire destiné au
(1) Rio, De l'Art chrétien, page 183.
(2) Bref Cum sicut, du 15 octobre 1687.
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cardinal Farnèse, et conservé aujourd'hui dans la Bibliothèque particulière du roi de Naples. On lui a attribué un Psautier de la Bibliothèque nationale (1), qui a appartenu au pape Paul III, et plus tard à Pie VI, et dont les miniatures sont d'une rare élégance et annoncent un artiste de premier ordre. Le manuscrit porte cependant à la fin deux distiques qui semblent attribuer cette oeuvre à un Frédéric de Perugia, avec la date 1542.
On nous permettra de ne pas omettre ici le bénédictin Denys Faucher, qui habita l'abbaye de Lérins, comme le célèbre Cybo, appelé le Moine des Iles d'or, et qui se distingua comme lui dans la miniature. Il reste de Faucher un manuscrit liturgique dont les peintures sont de la plus grande beauté, tant pour les scènes à personnages que pour les ornements de fantaisie. Les renseignements publiés sur ce manuscrit ne nous permettent pas de préciser le genre de livres liturgiques auquel il appartient. Denys Faucher mourut en 1562 (2).