Institutions liturgiques (page 124)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

(1) Nous aurions dû citer Venise pour l'importance de ses gravures liturgiques sur bois ; quant aux gravures sur cuivre produites par les presses de cette ville, pour les Missels qu'on y imprima au XVI° siècle, nous n'en avons pas vu un assez grand nombre pour être en mesure d'asseoir un jugement. Au reste, l'importance de Venise, comme l'un des centres de l'art typographique, diminua progressivement avec le cours du XVI° siècle.

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l'exécution des rites qu'il contient, inspira de bonne heure la pensée d'accompagner de dessins les formules et les rubriques dont il est dépositaire. Antérieurement à l'édition de Clément VIII, les Pontificaux imprimés avaient paru déjà accompagnés d'intéressantes gravures sur bois, à Rome et à Venise. Les nouvelles éditions romaines suivirent cette voie ; elles parurent ornées de très beaux cuivres, et furent imitées dans la plupart de celles qui les suivirent, tant à Paris qu'à Anvers, chez les Plantin. L'usage d'historier ainsi le Pontifical s'est conservé jusqu'aujourd'hui, dans presque toutes les éditions qui ont retenu l'in-folio. Il existe même plusieurs éditions in-8° dans lesquelles il a été suivi. Quant au Cérémonial des Evêques, toutes ses éditions du format in-folio sont pareillement accompagnées de gravures, quoique beaucoup plus rares dans ce livre que dans le Pontifical. Les unes et les autres forment des tiers ou des quarts de pages, à la manière des miniatures que l'on admire sur les Pontificaux manuscrits.

Le XVII° siècle ne laissa pas dépérir l'usage de compléter par la gravure les livres liturgiques ; mais le caractère de la composition et du dessin y est généralement moins traditionnel. Ce sont toujours les mêmes sujets ; mais les artistes paraissent avoir voulu donner de leur fonds, et leurs œuvres y ont beaucoup perdu en grandeur et en expression. Les Plantin d'Anvers continuent de produire des missels décorés de belles gravures ; mais le genre flamand s'y manifeste trop, avec ses conditions ordinaires de vulgarité dans les types et dans les poses. Les éditions romaines et parisiennes, moins somptueuses pour la plupart, l'emportent beaucoup sur celles d'Anvers, sous le rapport de la dignité. Les nombreuses Églises de France qui avaient conservé leurs livres particuliers, maintiennent les gravures dans les missels et dans les bréviaires jusqu'à l'innovation liturgique ; mais le caractère

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traditionnel, l'expression, le mérite du dessin, s'y affaiblissent de plus en plus, à mesure qu'on avance dans le XVII° siècle. Au reste, cette décadence est générale ; mais du moins, on tient encore de toutes parts au principe de la conservation des gravures, comme accessoire obligé des livres liturgiques.

La révolution qui a failli ruiner la Liturgie en France, et qui a pour point de départ le Bréviaire de Vienne de 1678, fut fatale dans ses résultats à l'antique usage d'orner de pieux dessins les livres du service divin. On ne pouvait guère s'attendre que ce principe d'esthétique pût surnager dans le naufrage de tant de traditions. Il y eut néanmoins des faits qui semblèrent longtemps encore protester contre une telle barbarie ; mais ces faits eux-mêmes, comme nous le dirons bientôt, attestaient plus hautement encore la triste déviation où l'on s'était engagé. Il nous faut entrer dans les détails.

Le Bréviaire de Vienne de 1678 parut avec les Rubriques en noir, comme nous l'avons remarqué ; des gravures plus ou moins médiocres s'y voyaient encore. Le Parisien de François de Harlay retint le rouge, mais parut sans gravures. Sa réédition par le cardinal de Noailles, en 1700, n'avait déjà plus ni rouge ni gravures. La Liturgie de Cluny tout entière, sauf l'estampe du Canon et le frontispice du missel, étala la même disette. Elle n'est pas moindre sur le Bréviaire d'Orléans de Pierre de Coislin, en 1693, bien que ce livre soit d'ailleurs imprimé avec un grand luxe.

Les gravures tentèrent de reparaître sur le Missel parisien de Charles de Vintimille, en 1738. Nous avons parlé ailleurs du frontispice de ce livre (1). On a vu plus haut qu'il parut avec les rubriques en rouge, et que même plusieurs exemplaires in-folio  du nouveau plain-chant

(1) Institutions liturgiques, tom. II, pag. 385.

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furent tirés sur vélin. On cherchait à racheter par quelques sacrifices aux usages antiques tout ce que les livres de Vigier et de Mésenguy présentaient d'audacieux et d'inouï.

Quant au Bréviaire lui-même, qui avait paru en 1736, il a déjà été question des gravures qui furent placées en tête de ses quatre volumes (1). A cette époque, nous n'avions pu découvrir encore les précieux opuscules du chanoine de la Tour, auquel nous avons cependant consacré une mention spéciale (2). Ayant eu enfin le bonheur de les rencontrer, nous avons vu avec une vive satisfaction que la répulsion pour ces fantaisies du crayon de Boucher ne nous était pas purement personnelle, et qu'elle avait été ressentie, dès le siècle dernier, par des personnes auxquelles on ne peut refuser le sens des convenances, ni la qualité suffisante pour apprécier ce qu'exige la gravité d'un livre de prières ecclésiastiques. C'était, au reste, une étrange idée que d'aller demander à Boucher des dessins pour un bréviaire ; mais il fallait que l'œuvre portât en toutes choses le cachet du XVIII° siècle.

Le chanoine de la Tour parle en deux endroits de ces trop fameuses gravures. Il écrivait en 1772, à une époque où déjà plusieurs éditions avaient succédé à celles de 1736. Voici ses paroles : « (Ce Bréviaire) a été depuis modifié ; on en a ôté les estampes scandaleuses qu'on avait mises à la tête (3). » Plus loin, le savant et pieux auteur s'exprime ainsi : « On ne brise pas les images, mais on n'en met aucune dans les livres de piété ; mais on les remplit d'armoiries et de portraits d'Évêques, d'estampes du Pont-Neuf, des Invalides, des Tuileries (4) ! »

(1)  Institutions liturgiques, tom. II, pag. 385.

(2)  Ibid., pag. 39o.

(3)  Entreprises des hérétiques sur la Liturgie, pag. 3o.

(4) Ibid., pag. 32.

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Pour bien comprendre ce dernier passage, il est nécessaire de savoir que Boucher s'était avisé d'accompagner chacune de ses quatre célèbres Vertus, d'une vue de Paris, et parmi les sujets qu'il avait choisis, il n'y en avait qu'un seul qui rappelât un souvenir d'église ; les trois autres étaient en effet le Pont-Neuf, les Tuileries et les Invalides. Les réclamations qu'excitèrent ces gravures firent qu'on ne les reproduisit plus, à partir de l'édition de 1765. Nous en avons parlé suffisamment ailleurs (1); notre jugement a même excité quelques plaintes, et, chose étrange, plusieurs de ceux qui nous incriminaient n'avaient même jamais vu les gravures en question. On vient de voir qu'elles furent qualifiées de scandaleuses par un homme vénérable, à la piété et à la doctrine duquel M. Picot, dont personne assurément ne suspectera l'impartialité dans cette affaire, rend le plus éclatant témoignage. On a dû remarquer aussi que le chanoine de la Tour insistait sur la rareté de plus en plus prononcée des gravures dans les livres liturgiques. Toutes choses allaient se faussant et se décolorant dans ce malheureux siècle, et les catholiques de France voyaient approcher de jour en jour cette dissolution qui devait éclater d'une si affreuse manière, avant qu'il eût achevé son cours.

La disparition successive des traditions, l'extinction tantôt lente, tantôt précipitée, de tous ces usages qui avaient été la chère expression de la foi de nos pères, sans que rien ne parût plus pour raviver le feu sacré ; tout annonçait une décadence prochaine dans le fond lui-même dès lors qu'il n'avait plus assez de vigueur pour protéger la forme. La source de cette vie énergique qu'avaient aspirée les âges précédents semblait tarie, et si Dieu a daigné conserver encore, nous oserons même dire accroître

(1) Institutions liturgiques, tom. II, pag. 385. Défense des Institutions liturgiques, pages 62 et 92.

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de nos jours, la vitalité catholique, après de si cruelles épreuves, nous devons reconnaître aussi que le retour vers les croyances, les usages, les sympathies, qui régnèrent dans les siècles de foi, sont en même temps pour nous la preuve et la garantie d'une reprise de possession de l'héritage de nos pères. Aujourd'hui, il est vrai, nous sommes tristement décimés ; malgré ses heureuses recrues, le troupeau des croyants n'est pas imposant par le nombre ; mais dans son sein, l'Église est plus aimée, la foi plus ardente, en un mot, le sentiment catholique plus vivace qu'il ne le parut, en ces temps malheureux où un esprit de vertige poussait à démolir tout ce qui pouvait attester que les catholiques français, au XVIII° siècle, sentaient les choses de la religion comme les avaient senties un saint Grégoire le Grand, un Charlemagne, un saint Grégoire VII, un saint Louis, un saint Thomas d'Aquin, un saint Pie V.

Les faits relatifs au sort qu'éprouvèrent les gravures liturgiques à l'époque de l'innovation, nous ont conduit au XVIII° siècle, et déjà nous avons dû signaler dans le Parisien de Charles de Vintimille, l'altération déplorable que subit le caractère de ces estampes, avant même que le principe d'esthétique qu'elles représentaient eût été totalement sacrifié. Les livres liturgiques qui parurent ensuite furent publiés presque tous sans aucune estampe, sauf toujours le Christ du Canon ; Lyon même n'en avait plus aucune, dès 1737, dans le Bréviaire de Charles de Rochebonne, si remarquable d'ailleurs sous le rapport typographique. Le peu que l'on en trouve encore dans les Bréviaires de Bourges, de Poitiers, etc., est au-dessous du médiocre pour l'idée et l'exécution, et généralement répréhensible pour la convenance.

La raison d'économie qui fit abandonner l'encre rouge pour les rubriques des nouveaux missels et bréviaires, contribua aussi à la suppression des gravures, dans ces

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livres si multipliés alors, et dont, la plupart du temps, chaque diocèse devait supporter seul les frais. La simple vue de celles qui se montrèrent encore de temps en temps, par exemple le frontispice du Missel de Chartres, empêche, il est vrai, de regretter que le burin des artistes du XVIII° siècle ne se soit pas exercé plus amplement sur les missels et les bréviaires de cette époque; mais cette conclusion n'en reste pas moins acquise à l'observateur catholique, que l'innovation liturgique fut fatale aux livres du service divin, en France, sous le rapport de la forme comme sous celui du fond,et qu'elle foula aux pieds toutes les traditions à la fois.

Dans les pays étrangers, ces traditions, quant à l'emploi des gravures d'ornement, se maintenaient fidèlement partout, avec la pureté des textes antiques. Non seulement la Liturgie romaine, de quelque presse catholique qu'elle sortît, ne présentait jamais un missel ou un bréviaire, sans les estampes traditionnelles (1) ; mais la Liturgie ambrosienne publiée par l'autorité des archevêques de Milan, continuait de paraître avec cet accessoire rendu indispensable par tant de siècles de possession ; mais la Liturgie mozarabe réimprimée avec tant de luxe par le Cardinal Lorenzana, demandait son complément nécessaire aux meilleurs graveurs de l'Espagne. Toutefois, il faut en convenir, les gravures liturgiques du XVIII° siècle sont généralement inférieures, pour le mérite, à celles du XVII°, qui lui-même avait déjà, comme nous l'avons remarqué, laissé apercevoir une décadence qui ne s'arrêta plus. Mais n'avons-nous pas vu, à l'âge des manuscrits, le X° siècle reculer dans la voie qu'avait tracée le IX°, sans

(1) Nous devons cependant faire ici une exception pour la France. Dans la dernière moitié du XVIII° siècle, il a été donné à Paris et ailleurs quelques éditions du Bréviaire romain, sans gravures. Il est aisé de voir que les imprimeurs de ces éditions profitaient de l'impulsion que les nouvelles Liturgies avaient donnée pour l'économie en cette matière.

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que pour cela les artistes d'alors se crussent affranchis du pieux usage de décorer des œuvres de leur pinceau tant soit peu barbare les livres liturgiques ? L'Église accepte la bonne volonté de ses enfants ; une seule chose est capable d'offenser sa sainte majesté, c'est lorsque des mains sacrilèges osent reproduire sur les objets qui servent au culte divin les types abjects ou indignes que l'homme dépravé aime à voir étalés sous ses yeux. Des courtisanes au frontispice d'un bréviaire lui sont aussi odieuses que la voix des chanteurs de théâtre dans ses sanctuaires.

Le XIX° siècle n'a fait que confirmer jusqu'ici les conclusions que nous avons déduites de l'état des livres liturgiques, au XVIII°, quant aux gravures. Les Liturgies françaises ont continué de marcher dans la même voie de stérilité, sous ce rapport, et la Liturgie romaine, pour la plupart des éditions publiées hors de France, est demeurée fidèle aux estampes traditionnelles comme à un principe.

On ne doit pas s'étonner que nos nouvelles éditions des livres français aient paru sans cette décoration séculaire. Publiées le plus souvent aux frais d'un seul diocèse, elles ont dû être exécutées dans les conditions de la plus sévère économie, et on n'a guère songé à compléter par des gravures quelconques des livres imprimés le plus souvent sur papier de coton. Néanmoins, de même que plusieurs de ces éditions ont trouvé moyen de paraître sur papier fort, de même il s'en est rencontré quelques-unes pour lesquelles on a fait la dépense d'une estampe de frontispice, représentant plus ou moins l'église cathédrale du diocèse. Postérieurement à la publication du Bréviaire de Paris de 1822, on a même publié une collection de gravures très médiocres, que l'éditeur a offertes à tous ceux qui désireraient s'en munir pour les faire relier avec ce bréviaire, ou avec tout autre.

Quant aux pays où l'usage antique s'est maintenu, l'imagerie des livres liturgiques est loin d'être en progrès

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pour l'idée ou pour l'exécution. Nous ne citerons assurément pas comme modèles les  estampes jointes aux éditions de Rome ; et quant à celles de Malines, rien n'est plus déplorable que les ignobles lithographies dont on s'est plu à gâter plusieurs missels qui, sous le rapport typographique, sont de la plus magnifique exécution. Les presses de Malines méritent encore un autre reproche : celui de n'avoir pas su compléter par l'accession des gravures les bonnes éditions rouge et noir du Bréviaire romain qu'elles ont popularisées, et qui sont si supérieures à toutes celles que la France avait produites, en notre siècle, jusqu'à ces dernières années.

Nous ne doutons pas néanmoins que le retour de plus en plus déclaré vers les saines traditions liturgiques n'opère chez nous une révolution complètement favorable aux livres du service divin. Déjà, par le beau Missel imprimé à Rennes, en 1847, et que nous avons signalé plus haut, la France s'est remise en possession de l'antique usage d'imprimer rouge et noir; on peut affirmer que les gravures ne tarderont pas à reprendre faveur. Mais il importe qu'en rentrant ainsi dans leurs droits d'orner les livres du service divin, les artistes s'attachent aux types consacrés par la tradition, et que, laissant de côté toute prétention à donner du nouveau, ils travaillent sérieusement à renouer la chaîne inspirée des anciens miniaturistes. Ainsi, il serait à regretter qu'on les vît suivre la voie dans laquelle a paru vouloir se lancer le dessinateur auquel sont dues plusieurs gravures qui nous ont été communiquées, et qui, nous disait-on, étaient destinées à entrer dans un Missel romain.

La manière de cet artiste ne manque pas de sentiment religieux ; mais nous avons été grandement surpris de voir sur une représentation du mystère de la sainte Trinité, le Saint-Esprit figuré en forme humaine, sous les traits d'un adolescent qui porte entre le bras et la poitrine

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la Colombe, symbole de la troisième Personne. La forme humaine donnée au Saint-Esprit a été réprouvée par Benoît XIV, dans son Bref Sollicitudini nostrœ, adressé à l’évêque d'Augsbourg, aux calendes d'octobre de l'an 1754. Cette composition a, de plus, l'inconvénient de paraître représenter quatre Personnes dans l'essence divine, attendu que la distinction est complète entre la colombe et le personnage sur les vêtements duquel elle paraît appliquée.

Une autre estampe du même artiste, destinée au même missel, présente une croix nue, au lieu du crucifix obligé. On a groupé autour les principales scènes de la vie du Sauveur, et les deux montagnes du Calvaire et des Oliviers sont figurées à gauche et à droite de la croix. C'est avec surprise que nous avons vu la scène de l'agonie du Rédempteur représentée sur le penchant du Calvaire, et celle de la résurrection placée sur le mont des Oliviers. Il était difficile d'oublier plus complètement l'Évangile et la tradition.   Les  anciens   artistes   évitaient   ces  méprises contre lesquelles réclame tout le passé de l'art chrétien ; mais il suffit de jeter un  coup   d'oeil sur les produits actuels de l'imagerie pieuse en France, pour se convaincre que jamais, à aucune époque, on n'a ignoré plus complètement les conditions inviolables selon lesquelles les sujets qui tiennent à la religion doivent être traités. La piété et la bonne volonté ne sauraient tenir lieu de l'étude, et on a grandement raison de se défier de l'imagination dans un siècle où les traditions de l'art chrétien sont profondément oubliées, et le zèle plus que jamais impuissant à suppléer la science positive.

Il sera peut-être à propos d'ajouter ici quelques mots sur les dessins gravés ou peints dont on a coutume d'accompagner les canons d'autel qui se rapportent aussi aux livres liturgiques, puisqu'ils sont un extrait du missel. On en publie chaque jour de nouveaux ; mais il faut convenir

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qu'un grand nombre sont très répréhensibles, sous le rapport des dessins. Les artistes quelconques dont les imprimeurs se servent pour ces nouvelles éditions, les couvrent de symboles sans tradition et sans convenance, de scènes bibliques mal appliquées, de personnages dont le moindre inconvénient est la pose et les attributs grotesques. Il est fort à désirer que la vigilance du clergé s'exerce sur ce nouveau genre d'abus, et que l'heureuse direction imprimée à cette spécialité du dessin liturgique par le R. P. Arthur Martin soit secondée de plus en plus. La dignité de l'autel et du sacrifice lui-même y est intéressée.

Nous avons achevé ce qui nous restait à dire sur les ornements intérieurs des livres liturgiques ; le lecteur a été à même de voir comment le génie catholique a su embellir ces livres, et exprimer en toutes manières la vénération qu'ils inspiraient. Les faits rassemblés dans ce chapitre et dans les deux précédents suffiraient seuls à montrer combien ils sont saints et sacrés, aux yeux de l'Église et de ses fidèles enfants ; d'où l'on doit conclure quelle est l'inviolabilité à laquelle ils ont droit. Certes, ils ne doivent pas être traités familièrement, ces livres à la décoration desquels tous les arts ont contribué à l’envi, et le respect qu'ils inspirèrent si longtemps ne pouvait s'affaiblir que dans un siècle où de simples particuliers, bravant l'antiquité et l'autorité des traditions, osèrent projeter de refaire selon leurs idées ces textes environnés jusqu'alors des marques les plus significatives de la religion universelle.

Maintenant, il nous reste à raconter les efforts que la piété catholique a faits dans les temps anciens pour décorer extérieurement les livres de la liturgie, que la calligraphie, la peinture, la typographie et la gravure se sont plu à décorer intérieurement avec tant de complaisance.

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La reliure des livres a pour but immédiat de les protéger, contre les accidents qui peuvent les atteindre ; c'est elle principalement qui assure leur conservation. Mais elle peut encore avoir une fin plus relevée ; celle de témoigner la vénération que ces livres inspirent. De tout ce que nous avons exposé jusqu'ici, le lecteur doit conclure que ceux qui servent à la Liturgie ou qui en contiennent les formules, ont été souvent l'objet d'un hommage de cette nature. Nous avons donc encore à signaler ici l'un des triomphes des livres liturgiques ; car on peut dire qu'ils ont obtenu sous le rapport de la reliure, des honneurs auxquels les autres livres n'arrivèrent jamais.

Nous nous bornerons ici encore à quelques détails, la nature et l'étendue de cet ouvrage ne permettant pas de longs développements sur chacune des questions qu'embrasse notre plan. Nous dirons donc que les principaux ornements employés à l'embellissement des livres liturgiques, peuvent se rapporter à trois classes : les ivoires ciselés, les lames d'or ou d'argent, enfin les pierres précieuses.

L'emploi des tablettes d'ivoire nous semble dérivé des anciens diptyques consulaires qui représentaient en relief le personnage revêtu de la dignité de Consul, avec les insignes de sa prérogative, le tout entouré d'ornements ciselés avec plus ou moins de luxe. On sait que les consuls distribuaient ces diptyques à leurs amis, et que l'on avait coutume de placer dans l'intérieur de ces tablettes des cahiers destinés à recevoir certains mémoires et autres écritures, à l'usage du possesseur (1). Il nous est resté

(1) Nous n'entendons pas insinuer ici que les Diptyques consulaires formassent les seules reliures en ivoire qui fussent en usage chez les anciens. On sait assez que le luxe des reliures fut porté au plus haut degré sous les empereurs ; mais il ne faut pas perdre de vue que notre plan se borne aux seuls livres liturgiques, et que nous ne pourrions entrer dans les détails de l'archéologie générale, sans dépasser totalement le but que nous nous proposons dans ces Institutions.

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plusieurs diptyques des consuls du V° siècle, que l'on peut voir dans les savants ouvrages de Donati (1) et de Gori (2). Les particuliers d'un rang plus élevé se donnaient aussi des diptyques, témoin les deux beaux ivoires des familles Symmaque et Nicomaque, lesquels, dans l'origine, ont également servi de couverture à un manuscrit quelconque à l'usage de tel membre ou ami de ces familles (3).

L'Église chrétienne, comme nous le montrerons ailleurs, adopta de bonne heure, pour le service liturgique, non seulement le nom, mais la forme des diptyques consulaires. Les listes des noms propres qui devaient être récités à l'autel, étaient placées entre deux couvertures d'une matière solide, d'où leur vint l'appellation de diptyques. Cette sorte de reliure dut être plus ou moins somptueuse, puisque les tablettes qu'elle protégeait étaient destinées à figurer sur l'autel même. L'ivoire ciselé a dû en former ordinairement la matière, puisqu'il était déjà employé pour les diptyques profanes auxquels ceux de l'autel chrétien avaient emprunté leur forme. Ces conclusions sont évidentes pour quiconque est tant soit peu familier avec l'archéologie ecclésiastique ; mais elles se confirment par un fait sans réplique. C'est le diptyque consulaire de Flavius Taurus Clémentinus, conservé à Nuremberg et dans l'intérieur duquel est gravé sur les tablettes mêmes un diptyque ecclésiastique, en capitales grecques (4). Nous reproduirons ce monument, avec plusieurs autres, dans la partie de cet ouvrage où nous traiterons des diptyques.

Plus tard, à l'époque où les consuls ayant cessé, il n'y

(1)  De'Dittici degli Antichi profani e sacri. Lucques, 1753, in-4°.

(2)   Thesaurus veterum Diptychorum. Florence, 1739, in-fol.

(3)  Gori, Thesaurus vet. Diptych., tom. I.  D. Martène,  Voyage littéraire, tom. I.

(4)  Gori, ibid., pag. 250.

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eut plus de diptyques consulaires, on vit un grand nombre de livres liturgiques, particulièrement les évangéliaires, garnis à l'extérieur de plaques d'ivoire richement ciselées. Il est même prouvé par des faits positifs que des diptyques de consuls furent employés dans ces reliures, quand on n'avait pas le loisir ou l'habileté d'en fabriquer dont les sujets fussent plus en rapport avec l'objet des livres liturgiques. C'est ainsi que le Diptychon Leodiense, consacré à la mémoire du consul Flavius Astyrius, s'est trouvé former un des côtés de la couverture d'un évangéliaire de la collégiale de Saint-Martin-de-Liège (1). Cet ivoire ayant été lavé et éclairci, on trouva sur sa surface intérieure les traces encore lisibles en grande partie d'un diptyque ecclésiastique destiné au saint sacrifice. Ainsi, ce monument dans sa destination successive attestait à lui seul le double usage que nous avons signalé (2).

Nous produirons encore comme exemple de diptyques consulaires employés dans la reliure d'un livre liturgique, les deux plaques d'ivoire qui forment la reliure du célèbre Antiphonaire de Monza dont nous avons déjà parlé plusieurs fois. Mais les personnages ont été modifiés. L'un est devenu saint Grégoire le Grand, au moyen d'une tonsure qu'on a pratiquée dans la chevelure, et d'une croix qu'on a sculptée à l'extrémité d'une verge de commandement que le personnage tient dans la main gauche ; de l'autre, on a fait David, en prolongeant ce même insigne de manière à lui donner dans la partie supérieure, la forme d'une houlette. Enfin, les noms du Roi d'Israël e du Pontife ont été taillés en relief sur l'ivoire pour compléter le travestissement (3). Mais on n'a pu faire disparaître les détails du costume, non plus que le linceul de

(1)  Wiltheim, Diptychon Leodiense.

(2)  Gori, tom. I., pag. 49.

(3)  Ibid., tom. II, pag. 218.

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pourpre que les deux personnages tiennent dans la main gauche, en sorte qu'on peut toujours les reconnaître pour des consuls du V° siècle. Il paraît même, si l'on doit s'en rapporter aux dessins produits par Gori, que ces deux plaques d'ivoire seraient à l'effigie d'un même consul.

Mais l'art chrétien ne se borna pas à adapter aux livres liturgiques des ivoires dont l'usage était déjà déterminé ; il s'attacha de bonne heure à en produire lui-même sur lesquels se manifestait le même goût d'ornements que nous avons reconnu dans la décoration intérieure de ces livres. On ne saurait douter que les dessins de reliure que le grand Cassiodore dessinait lui-même pour modèles de couverture des livres sacrés ne fussent destinés, au moins pour la plupart, à être exécutés en ivoire, et ne présentassent, dans le choix des sujets, une collection de scènes et de symboles chrétiens (1). Malheureusement, sauf les couvertures empruntées aux diptyques consulaires, il n'existe plus guère aujourd'hui de plaques d'ivoire employées à la reliure des livres liturgiques qui soient antérieures à l'époque carlovingienne. On en pourrait cependant signaler quelques-unes, détachées maintenant des livres qu'elles couvraient autrefois, et conservées à part, ou employées à d'autres usages. Beaucoup de ces ivoires sculptés se gardent au Musée chrétien du Vatican, parmi lesquels on en remarque d'une antiquité relativement supérieure. Celui de Saint-Michel de Murano, à Venise,

(1) «His etiam(antiquariis) addidimus in codicibus cooperiendis doctos artifices : ut litterarum sacrarum pulchritudinem facies desuper decora vestiret ; exemplum illud dominicae figurationis ex aliqua parte forsitan imitantes, qui eos quos ad cœnam aestimavit invitandos in gloria cœlestis convivii, stolis nuptialibus operuit. Quibus multiplices species facturarum in uno codice depictas, ni fallor, expressimus, ut qualem maluerit studiosus tegumenti formam, ipse sibi possit eligere. De institutione divin. Scripturarum, » cap. XXX.

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qui a été expliqué par le Camaldule Costadoni (1), est tout couvert des sujets symboliques qui décorent les articula des cryptes romaines et les beaux sarcophages chrétiens des IV° et V° siècles, en même temps qu'il témoigne d'une exécution assez antique pour être renvoyé en deçà du VIII° siècle. Ce précieux ivoire montre encore les trous des clous qui servaient à le fixer sur la couverture du livre dont il a été détaché. On observe les mêmes traces significatives sur un grand nombre d'ivoires conservés dans les collections publiques et particulières. Nous citerons en particulier le beau bas-relief de la collection Riccardi, à Florence, qui représente les Quarante Martyrs de Sébaste. Plusieurs ivoires isolés des livres qu'ils couvraient ont été aussi employés à décorer des reliquaires, comme le reconnaît Gori (2), et il est assez curieux que les deux beaux diptyques des Symmaque et des Nicomaque se soient trouvés sur une châsse de Montier-en-Der, à laquelle ils avaient été attachés par ordre du saint abbé Berchaire, comme en faisait foi une inscription contemporaine gravée sur cette châsse (3).

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