Institutions liturgiques (page 127)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

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« Quiconque lira dans ce livre, qu'il prie pour les religieux et amis de Dieu et de bonne mémoire, Jean, prêtre du même monastère de Larbik, et Jean, diacre de Haïnata, qui sont allés de ce monde à Notre-Seigneur. C'est par leurs soins et leur travail que ces livres ont eu leur commencement. Qu'il prie aussi pour l'illustre Christophe Pleurant, pour Martyrius prêtre, et pour mon seigneur Damien jurisconsulte, qui ont perfectionné ces livres, les ont collationnés, mis en ordre, et les ont placés dans ce même monastère de Saint-Jean de Zagba. Que Notre-Seigneur, notre Dieu, notre Sauveur Jésus-Christ répande sa bénédiction sur tout ce qui le regarde de près ou de loin, qu'il fasse qu'après leur mort, ils soient en bonne mémoire, et qu'il les appelle à l'héritage des saints auxquels il est dit : « Venez, les bénis de mon Père; possédez le royaume qui vous est préparé depuis la création du monde » ; par les prières de notre sainte Dame Marie, Mère de Dieu et toujours vierge ; dans tous les siècles des siècles. Amen.

« Ce livre appartient au saint Monastère de la Maison de Saint-Jean de Zagba. Quiconque le dérobera, ou en enlèvera une page soit écrite, soit non écrite ; ou qui en le lisant le gâtera, qu'il soit mis au rang des violateurs du sanctuaire. »

Cette longue recommandation du moine Rabula est suivie d'une note d'écriture très ancienne, mais cependant postérieure à ce qui précède. Nous en donnons ici la traduction, toujours sur la version latine de Lami.

« Après la mort de Romain, prêtre et Visiteur d'Antioche, ce livre des Evangiles a été donné à l'église de Saint-George, afin qu'on y conserve bonne mémoire aux prêtres Romain, Constantin et leurs compagnons, auxquels Dieu daigne accorder place entre les justes et les saints. Amen. Si on bâtit une autre église dans la ville, que ce livre soit pour cette église qui sera bâtie. »

Outre cette précieuse note finale, dans laquelle le lecteur reconnaîtra ce ton de piété naïve que nous avons remarqué sur des annotations du même genre, placées à la fin des manuscrits liturgiques du moyen âge, l'Evangéliaire de Rabula présente encore un certain nombre de notes marginales, éparses çà et là dans le volume, mais qui sont d'une date très postérieure à sa transcription. Elles constatent qu'il fut, vers le XI° siècle, par ordre du Patriarche d'Antioche, transporté de Saint-Jean-de-Zagba au Monastère de Sainte-Marie de Maïphuk, dans la province de Botra ; et que de là il passa au célèbre Monastère de Kannobid, siège du Patriarche des Maronites du Mont-Liban.

Ces annotations marginales ont divers objets. Dans quelques-unes, ce sont des Patriarches ou des Évêques Maronites qui rendent compte de leur propre consécration, ou de celles qu'ils ont célébrées; d'autres servent à enregistrer des donations de meubles ou d'immeubles faites à l'Église, et qui sont placées ainsi sous la protection de Dieu, au culte duquel est employé le livre sacré qui les garantit. Nous regrettons que l'espace nous

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manque pour donner ici ces touchantes formules ; mais nous observerons que cet usage d'enregistrer ainsi des faits importants pour une église sur les marges d'un livre liturgique, n'est pas propre seulement au manuscrit dont nous faisons la description. Nous l'avons retrouvé souvent sur des Missels latins du XIII° au XV° siècle. Plus d'une fois même nous avons vu des détails de fondations, des faits d'histoire locale ou personnelle consignés à la plume sur les marges d'anciens Missels imprimés. Les inventaires de reliques y trouvaient aussi leur place, et, à ce propos, nous citerons comme une consécration de cet usage par la typographie, la table des reliques de la célèbre église abbatiale d'Aisnay, à Lyon, imprimée à la fin du Missel de ce Monastère, en 1531. On est en droit de conclure de cette particularité que ce Missel, étant encore manuscrit, avait déjà ces sortes de détails. C'est ainsi que nos aïeux aimaient à protéger, par la majesté de la Liturgie, les possessions du sanctuaire, lorsqu'ils en mettaient, pour ainsi dire, les titres sous la garde des livres du service divin.

Le principal intérêt de l'Evangéliaire de Rabula est dans les peintures qui le décorent, et dont il s'agit maintenant de donner ici le détail. Elles sont, comme nous l'avons dit ci-dessus, au nombre de vingt-six, et malgré l'imperfection du dessin, elles ont assez d'importance, au point de vue de l'histoire de l'art, pour que d'Agincourt ait cru devoir en reproduire quelques-unes dans son grand ouvrage. Nous allons les énumérer toutes, en ajoutant à propos de chacune un mot  de description.

I.  Les Apôtres réunis pour l'élection de celui des disciples qui doit occuper la place de Judas dans l'apostolat. Ils sont représentés assis, et devant eux sont debout les deux candidats, Mathias et Joseph Barsabas.

II.  Au verso de la même feuille, la sainte Vierge tenant dans ses bras l'enfant Jésus, sous un portique à quatre colonnes.

III.   Pour prélude aux Canons évangéliques d'Eusèbe, un portique à trois colonnes sous lequel Eusèbe lui-même et Ammonius d'Alexandrie, auteur de la Concorde des Évangiles, sont représentés.

IV.  Premier Canon évangélique réunissant la Concorde de saint Matthieu, saint Marc, saint Luc et saint Jean. Le portique est à cinq pilastres, entre lesquels sont établies les colonnes de chiffres, entièrement dans le genre des beaux Canons de nos Évangéliaires latins, sauf le caractère architectonique qui diffère profondément, mais n'est pas non plus sans agrément. Dans le haut, de chaque côté, deux personnages : Moïse recevant les tables de la loi, et Aaron tenant sa verge fleurie. Plus bas, à droite, l'apparition de l'Ange à Zacharie.

V.  Suite des Canons ; toujours quatre Évangélistes. Au haut Samuel, tenant la corne de l'onction royale, et Josué armé, entre le soleil et la lune. Plus bas, d'un côté Gabriel, et de l'autre Marie debout, répondant à l'Ange.

VI.  Suite des Canons; quatre Évangélistes. Dans le haut, David tenant un instrument à cordes, et Salomon assis sur un trône. Plus bas, d'un

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côté, la naissance de Jésus-Christ ; de l'autre son baptême par saint Jean, l'Esprit-Saint descendant sur la,tête du Messie, et au-dessus la main du Père qui l'envoie. Plus bas encore, d'un côté, Hérode donnant l'ordre d'immoler les enfants de Bethléem; de l'autre, le massacre accompli par l'effet de cet ordre barbare.

VII.  Suite des Canons; trois Evangélistes seulement: saint Matthieu, saint Marc et saint Luc. Dans le haut, d'un côté Joël; de l'autre Osée, Plus bas, d'un côté, des esclaves qui remplissent d'eau les cruches des Noces de Cana ; de l'autre, Marie demandant à Jésus son premier miracle.

VIII.  Suite des Canons ; trois Evangélistes : les mêmes. Dans le haut, d'un côté Abdias ; de l'autre Amos. Au-dessous, d'un côté, l'hémoroïsse touchant le bas de la robe du Sauveur; de l'autre, un sujet incomplet que nous ne percevons pas assez clairement pour l'interpréter.

IX.  Suite des Canons ; trois Evangélistes : les mêmes. Dans le haut, d'un côté Michée; de l'autre Jonas sous son lierre, ayant Ninive au-dessous de lui ; plus bas, d'un côté, la Samaritaine ; de l'autre, une femme infirme guérie par le Sauveur.

X. Suite des Canons; trois Evangélistes : les mêmes. Dans le haut, d'un côté, Sophonie ; de l'autre, Nahum. Plus bas, d'un côté, la résurrection du fils de la veuve de Naïm ; de l'autre, en regard, une notice de Jérémie, Patriarche d'Antioche, concernant son histoire et sa consécration.

XI.  Suite des Canons; trois Evangélistes: 6aint Matthieu, saint Luc et saint Jean. Dans le haut, d'un côté Isaïe ; de l'autre Job. Plus bas, Jésus-Christ entre deux Apôtres ; il n'y a pas de sujet parallèle.

XII.  Suite des Canons; trois Evangélistes: saint Matthieu, saint Marc et saint Jean. Dans le haut, d'un côté Aggée ; de l'autre Habacuc. Plus bas, d'un côté, le Christ guérissant l'aveugle-né; de l'autre une seconde inscription syriaque.

XIII.   Suite des Canons ; quatre colonnes de chiffres mettant en rapport synoptique saint Matthieu et saint Luc. Dans le haut, d'un côté Jérémie ; de l'autre Zacharie. Plus bas, d'un côté, la mère des fils de Zébédée s'approchant du Sauveur ; de l'autre, une troisième inscription syriaque qui déborde jusque sur l'un des pilastres du portique des Canons.

XIV.  Suite des Canons ; deux Evangélistes seulement : saint Matthieu et saint Luc. Dans le haut, d'un côté Daniel; de l'autre Ézéchiel. Plus bas, d'un côté, le Christ chassant le démon du corps de deux possédés ; de l'autre, les deux énergumènes délivrés.

XV.   Suite des Canons; les quatre Evangélistes. Dans le haut, d'un côté, Elisée; de l'autre Malachie. Plus bas, d'un côté, le Christ envoyant saint Pierre à la pêche ; de l'autre, saint Pierre rapportant et montrant le poisson qu'il vient de prendre.

XVI.  Suite des Canons ; deux Evangélistes seulement : saint Matthieu et saint Jean. Leurs figures assises et tenant l'une un livre, et l'autre un rouleau écrit et déplié, entrent dans la décoration du portique.

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XVII.  Suite des Canons; deux Evangélistes seulement: saint Marc et saint Luc. Ces deux personnages sont également représentés dans la décoration du portique; mais ils sont debout, sans doute parce qu'il ne sont pas Apôtres, Ils tiennent chacun un volume carré et richement relié.

XVIII.  Suite des Canons; deux Evangélistes seulement: saint Luc et saint Jean. Les deux petits sujets, placés à droite et à gauche du portique, représentent le Christ multipliant les pains et les poissons.

XIX.  Suite des Canons. Les trois colonnes de chiffres sont consacrées à saint Matthieu seul. A droite et à gauche du portique est distribuée une même scène ; le Christ prononçant le sermon sur la montagne, et guérissant divers infirmes, l'aveugle, le boiteux et le paralytique.

XX.   Suite des Canons. L'intérieur du portique est consacré à saint Marc seul. A gauche, l'entrée de Jésus-Christ à Jérusalem; à droite, le Sauveur communie ses Apôtres.

XXI.  Suite des Canons. Trois colonnes de chiffres consacrées à saint Luc seul. A gauche du portique, le Christ arrêté par ses ennemis dans le jardin des Oliviers; à droite, Judas pendu aune branche d'arbre.

XXII.   Fin des Canons. Trois colonnes de chiffres consacrées à saint Jean seul. Adroite et à gauche du portique, une même scène à personnages se correspondant; c'est Jésus-Christ appelant à l'apostolat saint Matthieu, assis à son bureau de publicain.

XXIII.  Le Christ attaché à la croix. Il est vêtu d'une robe sans manches. Les deux larrons sont cloués sur leurs croix, à droite et à gauche. En même temps qu'un personnage présente au Sauveur l'éponge imbibée de vinaigre, un soldat, qu'une inscription grecque placée au-dessus de sa tête désigne sous le nom de Longin, perce le côté du Sauveur. Marie, saint Jean, les saintes femmes sont au pied de la croix, dans l'attitude de la douleur. Au-dessous est une autre scène en trois parties. Le sépulcre vient d'être ouvert par l'Ange; les soldats sont renversés ; l'Ange parle aux saintes femmes ; Jésus-Christ ressuscité les bénit.

XXIV.  Cette peinture est placée au verso de la précédente. Elle représente l'Ascension du Sauveur. Le Christ s'élève au ciel sur un chariot de feu, ayant sous ses pieds les quatre roues du Prophète et les quatre animaux symboliques; des Anges sont autour de lui. Au bas Marie en prière, les^bras étendus, à la manière des Orantes ; les douze Apôtres partagés par six, à droite et à gauche, reçoivent des deux Anges l'annonce du dernier avènement.

XXV.   Sous un portique surbaissé, le Christ assis sur un trône ; sa main droite bénit à la manière latine, comme sur la scène de la Résurrection. Quatre personnages debout, dont l'un est saint Éphrem, l'entourent ; deux de chaque côté. Les deux plus rapprochés du Christ sont, en habits pontificaux, et tiennent chacun un livre dans les plis de leur vêtement sacré.

XXVI.  La descente du Saint-Esprit sur Marie et sur les Apôtres. Tous les personnages   sont debout, et les langues de feu se  partagent sur

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chacun d'eux. La colombe mystérieuse est au-dessus de la tête de Marie.

Sur toutes ces peintures, le dessin est sans doute très incorrect ; mais on ne peut disconvenir qu'elles n'offrent encore du mouvement et de la vie. Plusieurs scènes rappellent, non seulement par le choix des sujets, mais par quelques traits dans l'exécution, les peintures murales des cryptes romaines. Si le temps ne nous eût pas enlevé la plupart des moyens de confrontation, il serait peut-être possible de démontrer qu'il y eut unité, dans toute l'Eglise, au moins jusqu'au V° siècle, pour la représentation de certains sujets bibliques qui servaient à exprimer aux yeux des fidèles les mystères du Christianisme. Rome apparaîtrait comme le centre de toute cette iconographie dogmatique qui s'est maintenue dans l'Occident, quant au fond, jusqu'au XIII°  siècle inclusivement, et qui pour l'Orient s'est dissoute vers le vie, pour renaître sous cet ensemble de formes, pareillement hiératiques, que l'on est convenu d'appeler Byzantines.

Le détail que nous avons donné des peintures de l'Évangéliaire de Rabula est trop succinct et trop incomplet sans doute ; il ne sera pas néanmoins sans intérêt pour ceux de nos lecteurs qui sont familiarisés avec l'iconographie des livres liturgiques. Ils y auront trouvé de précieuses origines, pour le choix et la disposition des sujets. Nous avons dit, tout à l'heure, un mot des portiques qui encadrent les Canons d'Eusèbe, dans ce beau manuscrit ; resterait à les caractériser au point de vue architectonique. Nous dirons simplement que l'ordonnance de ces portiques, sauf quelques chapiteaux d'un corinthien bâtard, est dans un goût complètement oriental, et le plus souvent encore, fantastique. Certains toits rappellent le genre des pagodes; mais on voit que l'artiste a fait appel à tout ce qui lui a semblé de plus élégant, et qu'il a joint ses inventions à ses réminiscences. Des oiseaux dont plusieurs sont d'un dessin assez heureux, des fleurs et des feuillages, complètent le système d'ornementation, en sorte qu'il est impossible de ne pas reconnaître ici un air de famille, une tradition commune, avec les gracieuses compositions dont les artistes carlovingiens encadrèrent plus tard ces mêmes Canons d'Eusèbe, sur leurs riches Évangéliaires.

NOTE B

SUR   LE   SACRAMENTAIRE   GREGORIEN   CONSERVÉ   A    LA BIBLIOTHÈQUE  DU   SEMINAIRE   D'AUTUN

Nous avons choisi de préférence ce Sacramentaire, parce qu'il est peu connu, quoique plusieurs auteurs l'aient signalé. C'est uniquement au point de vue de ses peintures que nous le considérons ici; mais il est juste de dire qu'il n'en existe peut-être pas un qui, sous ce rapport, offre plus d'intérêt. Nous allons donc entreprendre la description succincte des

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précieuses miniatures dont il abonde, et qui en font un des principaux monuments liturgiques du IX° siècle.

Déjà, Dom Martène, dans le Voyage littéraire (Tom. Ier), avait trouvé ce manuscrit si digne de remarque, qu'il avait cru devoir reproduire par la gravure, quoique d'une manière assez imparfaite, quelques-unes des miniatures qu'il contient. Le catalogue général des Manuscrits des Bibliothèques publiques des départements, publié sous les auspices du Ministre de l'Instruction publique (Tom. Ier, pag. 14), en a fait ressortir l'importance et la richesse sous les rapports artistique et archéologique. Enfin M. l'abbé Devoucoux, vicaire général d'Autun, dans un mémoire sur l'ancienne liturgie du diocèse d'Autun, lu à Sens dans une des séances du Congrès archéologique de France en 1847, et imprimé depuis, a traité du même manuscrit avec la science et le patriotisme qui caractérisent cet archéologue si distingué.

Ce n'est pas ici le lieu de nous occuper du texte même de ce beau Sacramentaire ; nous pourrons y revenir dans une autre partie de cet ouvrage. Entrons immédiatement dans la description des peintures.

On trouve d'abord une première page consacrée à l'iconographie des saints ordres. Elle est entourée d'un riche encadrement dont les quatre coins sont occupés par des médaillons. Ces médaillons sont remplis chacun par une tête ailée qui souffle vers le centre de la page ; ce sont les quatre vents du ciel. Au sommet, sur la bordure, est une cinquième tête ayant quatre ailes. L'intérieur est disposé de la manière suivante, en commençant par la partie supérieure :

D'abord ces deux vers, en capitales rustiques d'or, sur le vélin blanc :

Pontificum est proprium conferre per ordinem honores.

Quos qui suscipiunt studeant servare pudice.

Au-dessous, sur fond vert, sont placés trois personnages: l'Evêque, le Prêtre et le Diacre. Le premier occupe le centre, et est assis sur un siège plus élevé que celui du Prêtre qui est assis à sa droite. A la gauche du Pontife, le Diacre se tient debout. Le nimbe qui ceint la tête de l'Evêque est d'or, entouré d'une légère bordure rouge ; ceux du Prêtre et du Diacre sont rouges. Le siège de l'Evêque est d'or : celui du Prêtre est de couleur violette avec un coussin d'or. La chasuble de l'Evêque est rouge, et, relevée sur les bras, elle laisse voir un vêtement d'or qui est la dalmatique, fort longue; l'étole descend plus bas encore: il tient de la main gauche un livre ouvert, et de la droite il bénit à la manière grecque. Le Prêtre est revêtu d'une chasuble d'or qui l'enveloppe entièrement, et il tend les deux mains vers l'Evêque. La dalmatique du Diacre est aussi d'or avec deux bandes verticales et filigrane ; elle a de larges manches et descend presque jusqu'à terre. Le Diacre tient dans la main gauche un livre fermé. Sa chaussure est noire ainsi que celle de l'Evêque ; le Prêtre a les pieds nus.

Cette scène est séparée d'une autre, placée plus bas, par une bande violette

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assez   large, sur laquelle sont écrits  ces deux   vers en capitales rustiques d'or :

Pontifices caveant Domini ne mystka vendant.

Cumque gradus dederint videant de munera sumant.

Au-dessous de cette inscription sont placés cinq personnages ayant chacun au-dessus de sa tête, en onciales d'or, la désignation de son ordre. Le Sous-Diacre est au milieu, élevé sur une espèce d'estrade. Il a un nimbe violet autour de la tête, il tient de la main droite le calice, et de la gauche la burette. Sa tunique est d'or, plus courte et plus simple que la dalmatique du Diacre. A sa droite est le Lecteur, nimbé de rouge, revêtu d'une tunique violette ; sur son épaule gauche est jetée une draperie d'or qui passe sous le bras droit et dont il s'enveloppe les mains pour tenir un livre fermé qu'il présente au Sous-Diacre. Derrière le Lecteur est le Portier couvert d'une tunique jaune avec une draperie violette. Il est nimbé d'or et tient à la main droite deux grandes clés réunies par un lien. A la gauche du Sous-Diacre est l'Exorciste; il est nimbé d'or; sa tunique est violette, mais la draperie qui complète son costume est rouge. Sa main gauche enveloppée dans les plis de cette draperie tient un livre ouvert. A la gauche de l'Exorciste est l'Acolythe qui présente un chandelier. Il est nimbé d'or : sa tunique est jaune et la draperie violette. Tous ces personnages, sauf le Sous-Diacre et le Lecteur, sont nu-pieds et ils ont tous la tonsure en forme de couronne, ainsi que l'Evêque, le Prêtre et le Diacre.

La page suivante où commencent les rites de l'ordination, en débutant par celle du Portier, mérite aussi de fixer l'attention. Elle est ornée d'un encadrement rouge et or, non moins riche de détails que le précédent. Le milieu de la partie supérieure de cet encadrement est occupé par un globe que traverse et surmonte une croix, et au milieu duquel apparaît une main étendue. Sur le sommet de la croix est une colombe ; l’Alpha et l’Omega sont placés chacun sous les bras de cette même croix. A droite du globe est le buste de saint Pierre, et à gauche celui de saint Paul, les noms des deux Apôtres se lisent à côté de chacun d'eux, les lettres placées verticalement les unes au-dessous des autres. Saint Pierre est représenté sans barbe, et avec une chevelure très fournie; saint Paul est un peu chauve et le visage a un peu de barbe. Dans l'intérieur de la page, au sommet, sont peints le soleil et la lune; le premier, figuré par une tète d'homme radiée; la seconde, par une tête de femme avec une sorte de voile, dans un disque violet.

Le centre des deux lignes verticales d'encadrement est occupé, à droite par le lion, à gauche par le bœuf, tous deux ailés. La ligne horizontale du bas présente l'aigle; ce qui oblige à reconnaître l'homme, symbole de saint Matthieu, dans la main dont nous avons parlé.

La page inscrite dans l'intérieur de cet encadrement ouvre, comme nous l'avons dit, les formules de l'ordination. Le Portier est représenté

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dans l'O du mot Ostiarius. Après le détail des divers ordres, commence le Sacramentaire proprement dit. Une page de peinture est consacrée à son vénérable compilateur saint Grégoire le Grand. Voici les détails de cette miniature.

Le vélin de la page est teint de violet. Au centre, sur un fond vert, encadré dans un rectangle pourpre avec bordure en or, se détache un évêque assis majestueusement sur un siège à gradin, de forme carrée oblongue. Un coussin qui surmonte un peu de chaque côté est placé sous ce personnage dont la main bénit. La chasuble est rouge, et relevée sur les côtés, elle laisse voir une dalmatique d'or à liseré rouge. Le pallium et les deux bouts de l'étole qui apparaissent sous la dalmatique sont d'or. La robe de dessous est violette, et les sandales noires, avec une légère bande de blanc, dans la longueur.

Au-dessus du Pontife, on lit ces deux vers qui nous apprennent son nom, dans l'intention de l'artiste :

Gregorii hoc opus est mundi per climata noti

Doctoris magni presulis egregii.

Cet autre distique est placé au-dessous de la miniature :

Qui quod composuit Dominum exaudire precetur

Ne labor hic noster tendat ad esse nihil.

Les pages suivantes, les deux premières sur vélin pourpré, donnent le titre ordinaire des Sacramentaires Grégoriens, Incipit liber Sacramentorum, etc. Nous donnons ici la couleur respective des lettres qui sont de belles capitales romaines.

Sur la première page :

Rouge.

Noir.

Rouge.

Or.

INCP (incipit)

LIBER

SACRA

MENTO

Sur la seconde page :

Rouge.

Or.

Rouge.

Or.

RUM D (de)

CIRCV

LO AN

NI A SCO (Sancto)

Sur la troisième page :

Or, sur une bande de violet.

Rouge, sur le vélin simple.

Or, sur violet.

Rouge, sur le vélin.

Or sur violet.

GREGO

RIO PAPA

ROMANO

EDITUS

QUALIT (qualiter)

Sur la quatrième page dont l'ornementation est plus riche que celle des précédentes, on remarque entre les lignes de larges bandes violettes que parcourent d'élégants rinceaux argent et or. Les lignes elles-mêmes sont établies sur le vélin simple, en cette manière :

Rouges.

Rouges.

Rouges et en onciales.

MISS (Missa) RO

MANA CE

LEBRATUR.

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La cinquième page dont l'encadrement est assez simple comparativement, offre les détails relatifs à l'Ordo Missœ, tels qu'on les trouve sur tous les Sacramentaires, à la suite du titre. Cet encadrement est coupé par deux médaillons contenant les animaux symboliques de saint Matthieu et de saint Marc. Ceux des deux autres Évangélistes coupent l'encadrement de la page suivante. Au bas de la page, sont deux chèvres, l'une en marche, l'autre se dressant sur ses pieds de derrière. Le texte de cette page est en capitales rustiques.

La sixième page, encadrée simplement comme la précédente, est remarquable à la partie supérieure, par trois médaillons historiques d'environ deux pouces de diamètre, placés un et deux : le texte ne commence qu'au-dessous.

La première de ces trois scènes est consacrée à la naissance du Christ, L'Enfant, enveloppé de langes, est couché dans un berceau sur lequel le bœuf et l'âne appuient leurs têtes : au-dessus, brille l'étoile des Mages. Le mot Presepe est écrit sur le berceau, au pied duquel Marie est presque couchée sur un siège d'une forme particulière; son long vêtement cache ses pieds. Au-dessus de sa tête est le mot Maria. Le divin Enfant et sa Mère ont le visage tourné l'un vers l'autre; un ange vêtu d'une longue robe semble s'entretenir avec Marie. De l'autre côté du berceau est saint Joseph, un bâton à la main, et faisant un geste d'indication vers l'Enfant; ses pieds sont nus, le mot Joseph est écrit au-dessus de sa tête. Les archéologues chrétiens reconnaîtront ici les détails de la scène de la Nativité du Sauveur, selon le type primitif retracé sur les plus anciennes peintures, avant le IX° siècle.

Mais il y a de plus ici un complément particulier à cette miniature; c'est la présence des bergers. Dans la partie inférieure du médaillon, ils sont au nombre de deux, paissant leur troupeau, appuyés sur leur houlette et s'entretenant ensemble : un ange est au-dessus de leurs têtes, tenant une grande croix dans ses mains. Ils sont vêtus d'une tunique courte qui ne descend qu'aux genoux et couverts d'une sorte de chapeau à larges bords. Le mot Pastores sert à désigner l'intention de ce groupe. Autour du médaillon, le vers suivant est placé en exergue :

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