Institutions liturgiques (page 13)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Ipse prius sibimet finem cito dixerat futurum,

Ad Christum eundum est, jam resolvor, inquit.

Nec mora; protrahitur, poenae datur, immolatur ense,

Non hora vatem, non dies fefellit.

Dividit ossa dum Tibris, sacer ex utraque ripa,

Inter sacrata dum fluit sepulchra,

Dextra Petrum regio tectis tenet aureis receptum,

Canens oliva, murmurans fluento.

Namque supercilio saxi liquor ortus excitavit

Frondem perennem chrismatis feracem,

Nunc pretiosa ruit per marmora, lubricatque clivum,

Donec virenti fluctuet colymbo.

Interior tumuli pars est, ubi lapsibus sonoris

Stagnum nivali volvitur profundo.

Omnicolor vitreas pictura superne tingit undas,

Musci relucent, et virescit aurum.

Cyaneusque latex umbram trahit imminentis ostri:

Credas, moveri fluctibus lacunan

Pastor oves alit ipse illic gelidi rigore fontis,

Videt sitire quas fluenta Christi.

Parte alia titulum Pauli via servat Ostiensis,

Qua stringit amnis cespitem sinistrum.

Regia pompa loci est: princeps bonus has sacravit arces,

Lusitque magnis ambitum talentis.

Bracteolas trabibus sublevit, ut omnis aurulenta

Lux esset intus, ceu jubar sub ortu.

Subdidit et parias fulvis laquearibus columnas,

Distinguit illic quas quaternus ordo.

Tum camuros hyalo insigni varie cucurrit arcus :

Sic prata vernis floribus renident.

Ecce duas fidei summo Patre conferente dotes,

Urbi colendas quas dedit togatae.

Aspice, per bifidas plebs Romula funditur plateas,

Lux in duobus fervet una festis.

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Nos ad utrumque tamen gressu properemus incitato,

Et his, et illis perfruamur hymnis.

Ibimus ulterius, qua fert via pontis Hadriani,

Laevam deinde fluminis petemus.

Transtiberina prius solvit sacra pervigil sacerdos,

Mox huc recurrit, duplicatque vota.

Haec didicisse sat est Romae tibi; tu domum reversus,

Diem bifestum sic colas, memento.

(Prudentius, Peristephanon. Hymn. XII, de SS. Apostolis.)

I - CHAPITRE VI

CHAPITRE VI : DE  LA  LITURGIE   DURANT  LES   CINQUIEME   ET   SIXIEME   SIECLES PREMIÈRES  TENTATIVES  POUR  ETABLIR  L'UNITÉ

NOTES DU CHAPITRE VI

NOTE A

NOTE B

NOTE C

NOTE D

Le régime de paix sous lequel vivait désormais l'Église, son affranchissement de toutes attaques extérieures, lui donnaient le loisir de régler les formes accidentelles de son gouvernement et de ses institutions; mais rien n'était pour elle plus urgent que de multiplier les applications de ce c grand principe d'unité qu'elle avait reçu du Christ comme sa loi fondamentale, et par le bienfait duquel elle avait traversé trois siècles de carnages, et les tempêtes non moins affreuses de l'arianisme. Les dissensions qui s'étaient élevées entre ses enfants, guerres de famille si redoutables qu'on y avait mis en question le principe même du christianisme, la consubstantialité du Verbe, inspiraient aux pasteurs des églises le dessein de serrer de plus en plus le lien qui unissait les fidèles dans la confession des mêmes dogmes et dans l'obéissance au même pouvoir. Le perfectionnement des formes liturgiques par l'unité, devenait donc dès,lors indispensable.

D'abord, sous le rapport du gouvernement ecclésiastique, il était temps de pourvoir à l'unité liturgique. La liturgie est le langage de l'Église, non-seulement quand elle parle à Dieu, mais quand elle fait retentir sa voix solennelle dans le sanctuaire, quand ses enfants chantent avec elle leur foi, leurs joies, leurs craintes et leurs espérances. Or, dans un état, dans une société, le langage doit être un comme le pouvoir qui les régit : une des principales causes

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de dissolution d'un empire formé par la conquête sera toujours la divergence de l'idiome des provinces avec la langue parlée dans la métropole. La politique terrestre s'efforce en mille manières d'effacer ces dissonances : elle sent qu'il y va de la durée, de la stabilité des royaumes. L'Eglise, par le côté où elle est une société humaine, a les mêmes besoins, les mêmes nécessités, accrues encore de toute l'importance de sa mission céleste. Nous n'aurons que trop d'occasions de montrer dans la suite de ce récit que les défections de provinces dans l'histoire de l'Église ont été, en raison du plus ou moins d'unité conservée dans la Liturgie par ces mêmes provinces, ou encore n'ont été consommées sans retour qu'au moyen des changements introduits dans cette forme si importante du christianisme.

Et remarquons bien qu'il ne s'agit pas ici de l'unité considérée dans les choses essentielles du culte divin, comme la matière et la forme du sacrifice et des sacrements, les rites généraux qui les accompagnent, et tant d'autres détails. Nous avons prouvé que, sur ces articles, l'unité avait toujours été parfaite dès l'origine de l'Église. Il s'agit d'un nouveau degré d'unité dans les formules non essentielles à la validité des sacrements, à l'intégrité du sacrifice, dans la confession, la prière, la louange, dans les cérémonies dont le culte développé s'enrichit, en un mot, dans l'ensemble des rites qui expriment en leur entier, soit les mystères de l'initiation chrétienne, soit le service offert par la cité rachetée (1), comme dit saint Augustin, à l’auteur et au consommateur de la foi (2).

Les premiers apôtres des diverses églises dont l'ensemble formait au Christ, dès l'époque de Constantin, un si magnifique empire, avaient porté avec eux les usages des Églises mères qui les envoyaient; ils avaient complété,

(1)  De Civitate Dei, lib. X, cap. vi.

(2)  Hœbr. XII, 2.

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interprété ce qui avait besoin de l'être. Après eux, leurs successeurs avaient, toujours en gardant l'unité sur le fond inaltérable en tous lieux, ajouté avec plus ou moins de bonheur, de nouvelles parties à l'œuvre primitif, pour satisfaire à de nouveaux besoins; mais cette divergence, moins sentie, dans le cours des persécutions et durant les violentes secousses de l'arianisme, était un grave, inconvénient, du moment que l'Église avait à s'occuper des institutions propres à l'âge de paix qui s'ouvrait devant elle. Tout en s'accommodant aux lieux et aux moeurs, il restait comme il restera toujours, beaucoup à régler, à corriger, à perfectionner; c'est ce travail, ce sont ces efforts constants et éclairés que nous allons successivement mettre sous les yeux du lecteur : mais auparavant, il nous reste à développer une autre considération, non moins importante, qui engagea l'Église des cinquième et sixième siècles à poursuivre par des mesures efficaces le projet d'unité liturgique.

Il y a d'admirables paroles du pape saint Sirice, prononcées à la fin du quatrième siècle, qui révèlent toute la gravité des conséquences de l'unité observée ou violée dans la Liturgie. « La règle apostolique nous apprend que la confession des évêques catholiques doit être une. Si donc il n'y a qu'une seule foi, il ne doit y avoir non plus qu'une seule tradition. S'il n'y a qu'une seule tradition, une seule discipline doit être gardée dans toutes les églises (1). » Tel est l'axiome fondamental de la catholicité.. Une seule foi, une seule forme d'une seule foi. Cela étant, la Liturgie, si elle est une dans l'Église de Dieu, doit être une expression authentique de la foi de cette église, une  définition permanente  des controverses qui

(1) Catholicorum episcoporum unam confessionem esse debere apostolica disciplina composuit. Si ergo una fides est, manere debet et una traditio. Si una traditio est, una débet disciplina per omnes ecclesias custodiri. (Coustant, pag. 692.)

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s'élèveraient sur les points du dogme confessés dans les formules sacrées.

Cette conclusion, si naturelle d'ailleurs, c'est un pape du cinquième siècle qui nous la fournira. Voici ce que saint Célestin écrit aux évêques des Gaules dans sa lettre célèbre contre l'erreur des pélagiens : « Outre les décrets inviolables du Siège apostolique qui nous ont enseigné la vraie  doctrine, considérons encore les mystères renfermés dans  ces formules de prières sacerdotales qui, établies par les  Apôtres, sont répétées dans le monde entier d'une manière uniforme par toute l'Église catholique; en sorte  que la règle de croire découle de la règle de prier; UT LEGEM   CREDENDI LEX STATUAT  SUPPLICANDI. » Il fait ensuite l'énumération des grâces demandées par le prêtre dans l'action du sacrifice (1), et cette même énumération se trouve presque avec les mêmes termes, employée dans un argument du même genre par saint Augustin, dans son épître CCXVII (2). Elle a pour but de montrer que tout secours surnaturel vient de Dieu, puisque tout secours surnaturel est demandé à Dieu dans la Liturgie.

L'intérêt de la foi, non-moins que l'ordre de la discipline, demandait donc que des mesures fussent prises de bonne heure pour arrêter les innovations qui tendraient à séparer les Églises plutôt qu'à les unir. Un des premiers monuments de ce fait que l'on rencontre, est un canon qui se trouve parmi ceux du second concile de Milève, auquel assistèrent, en 416, soixante-un évêques de la province de Numidie, durant les troubles du pélagianisme. Voici ce qu'il contient :

« Il a semblé aussi aux évêques, que les prières, les  oraisons ou messes, qui ont été approuvées dans un  concile, les préfaces, les recommandations, les impositions

(1) Vid. la Note A.

(2) Vid. ibidem.

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de mains, devaient être observées par tous. On  ne récitera dans l'Église que celles qui auront été composées par des personnes habiles, ou approuvées par un  concile, dans la crainte qu'il ne s'y rencontre quelque  chose qui soit contre la foi, ou qui ait été rédigé avec  ignorance ou sans goût (1). »

Ainsi des bornes sont mises aux effets d'un zèle peu éclairé, aussi bien qu'à cet amour des nouveautés qui travaille si souvent les hommes, même à leur insu. Il faudra désormais le contrôle d'un concile pour donner valeur -et légitimité aux formules nouvelles qu'on voudrait inaugurer dans l'Église d'Afrique, et celles dont l'emploi est licite ont déjà, dans le passé, reçu cette haute sanction. Transportons-nous maintenant dans les Gaules, nous allons voir, avec plus d'énergie encore, l'unité liturgique proclamée par les évêques d'un concile de Bretagne.

En 461, le concile de Vannes, présidé par saint Perpétuus, évêque de Tours , rend ce décret, au canon quinzième :

« Il nous a semblé bon que dans notre province il n'y  eût qu'une seule coutume pour les cérémonies saintes et a la psalmodie; en sorte que, de même que nous n'avons  qu'une seule foi, par la confession de la Trinité, nous  n'ayons aussi qu'une même règle pour les offices : dans  la crainte que la variété d'observances en quelque chose  ne donne lieu de croire que notre dévotion présente  aussi des différences (2).  »

(1)  Placuit etiam et illud, ut preces vel orationes, seu missae quae probata; fuerint in concilio, sive praefationes, sive commendationes, seu manus impositiones ab omnibus celebrentur. Nec aliae omnino dicantur in Ecclesia, nisi qua; a prudentioribus tractatae vel comprobatae in synodo fuerint, ne forte aliquid contra fidem, vel per ignorantiam, vel per minus studium sit compositum. (Concil. Milev. Labb., tom. II, pag. 1540.)

(2) Rectum quoque duximus, ut vel intra provinciam nostram sacrorum ordo et psallendi una sit consuetudo : et sicut unam cum Trinitatis confessione fidem tenemus, unam et officiorum regulam teneamus : ne variata observatione in aliquo devotio nostra discrepare credatur. (Concil. Venet. Labb., tom. IV, pag. 1057.)

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Assurément, il ne se peut dire rien de plus précis, et les siècles qui suivirent n'ont point professé la doctrine de l'unité liturgique avec plus de franchise que ne le firent dans ce concile les évêques bretons. Avec une voix plus solennelle, avec leur autorité universelle et souveraine, jamais les pontifes romains ne parlèrent un langage plus précis et plus énergique. Il nous est doux, à nous que tant de liens attachent à cette noble métropole de Tours, d'enregistrer ce beau témoignage qui, du reste, ne sera pas le dernier. Si aujourd'hui cette illustre province est tristement morcelée, en sorte que sa voix ne monte plus la même dans les huit cathédrales qu'elle garde encore debout, du moins pour elle les jours d'unité liturgique furent longs et glorieux.

Nous trouvons, quarante ans après, un autre concile dans les Gaules, celui d'Agde, en 5o6, qui, dans son trentième canon, proclame la même doctrine :

« Comme il convient que l'ordre de l'Église soit gardé  également par tous, il faut, ainsi qu'on le fait en tous  lieux, qu'après les antiennes, les collectes soient récitées  en leur rang par les évêques, ou par les prêtres (1). »

Mais en toute société, pour que l'unité devienne possible, il faut un centre avec lequel il soit nécessaire de s'accorder. Dans les Gaules encore, au concile d'Épaone, en 517, nous trouvons une règle fixée qui, tout imparfaite qu'elle est, peut encore produire de grands avantages, à cet âge intermédiaire qui précède la grande unité liturgique.

(1) Et quia convenit ordinem ecclesiae ab omnibus aequaliter custodiri, studendum est, ut sicut ubique fit, et post antiphonas collectiones per ordinem ab episcopis vel presbyteris dicantur, et hymni matutini vel vespertini diebus omnibus decantentur, et in conclusione matutinarum ve vespertinarum missarum , post hymnos capitella de psalmis dicantur et plebs, collecta oratione ad vesperam, ab episcopo cum benedictione dimittatur. (Concil. Agath. Labb., tom. IV, pag. 1388.)

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Au canon vingt-septième, ce qui suit est réglé solennellement :

« Dans la célébration des divins offices, les évêques de  la province devront observer l'ordre gardé par le métropolitain (1). »

L'Église gothique d'Espagne, dans la même année, éprouvait le même besoin d'unité et sanctionnait la même règle, en attendant l'unité romaine dont elle ne devait jouir que longtemps après la France. Voici le premier canon du concile de Gironne :

« Pour ce qui touche l'institution des messes, dans  toute la province Tarragonaise, on observera, au nom  de Dieu, l'usage de l'église métropolitaine, tant pour  l'ordre de la Messe, que pour ce qui est de la psalmodie  et de la fonction des ministres (2).  »

Dans une autre région de la même péninsule, nous trouvons, environ quarante ans après, des règlements de concile dictés dans le même esprit. Le concile de Brague, en 563, décrète les canons suivants :

« Canon 1. Il a plu à tous, d'un commun consentement, que l'on gardât un seul et même ordre de psalmodie, tant aux offices du matin qu'en ceux du soir, et  qu'on ne mélangeât point la règle ecclésiastique de  coutumes diverses, privées, ou même tirées des  monastères (3). »

« Canon 2. Il a plu également d'ordonner que dans les

(1)  Ad celebranda divina officia, ordinem quem metropolitani tenent provinciales eorum observare debebunt. (Concil. Epaun. Labb., tom. IV, pag. 1579.)

(2)  De institutione missarum, ut quomodo in metropohtana ecclesia fuerit, ita, Dei nomine, in omni Tarraconensi proviricia tam ipsius missœ ordo quam psallendi, vel ministrandi consuetudo servetur. (Concil. Gerund. Labb., tom. IV, pag. 1568.)

(3)  Placuit omnibus communi consensu, ut unus atque idem psallendi ordo in matutinis vel vespertinis officiis teneatur; et non diversae, ac privatae, neque monasteriorum consuetudines cum ecclesiastica regula sint permixtae.

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vigiles et messes des jours solennels, les mêmes leçons « fussent lues par tous dans les églises (1). »

« Canon 3. Il a plu également d'ordonner que les « évêques et les prêtres ne salueraient pas le peuple « diversement, mais d'une seule manière, disant : Dominus  vobiscum, ainsi qu'on lit au livre de Ruth; et que le peuple répondrait : Et cum Spiritu tuo, en la manière que l'Orient tout entier l'observe par tradition apostolique, et non en la façon que la perfidie priscillienne l'a innové (2). »

« Canon 4. Il a plu aussi d'ordonner qu'on célébrerait universellement les messes suivant l'ordre que Profuturus, jadis évêque de cette église métropolitaine, l'a reçu par écrit de l'autorité du Siège apostolique (3). »

« Canon 5. Il a plu également d'ordonner que personne ne s'écartât dans l'administration du baptême de l'ordre établi déjà dans l'église métropolitaine de Brague, lequel pour couper court à quelques doutes, a été adressé par écrit au susdit évêque Profuturus, par le Siège du très-heureux apôtre Pierre (4). »

Dès le siècle suivant, entraînée par la force des principes, l'Église gothique espagnole publiait un  règlement pour

(1)  Item placuit, ut per solemnium dierum vigilias vel missas, omnes easdem et non diversas lectiones in ecclesia legant.

(2)  Item placuit, ut non aliter episcopi, et aliter presbyteri populum, sed uno modo salutent, dicentes : Dominus sit vobiscum, sicut in libro Ruth legitur; et ut respondeatur a populo : Et cum spiritu tuo, sicut et ab ipsis apostolis traditum omnis retinet Oriens, et non sicut priscilliana pravitas permutavit.

(3)  Item placuit, ut eodem ordine missas celebrentur ab omnibus, quem Profuturus quondam hujus metropolitanae ecclesiae episcopus ab ipsa apostolicae Sedis auctoritate suscepit scriptum.

(4)  Item placuit, ut nullus eum baptizandi ordinem prastermittat, quem et antea tenuit metropolitana Bracarensis ecclesia, et pro amputanda aliquorum dubietate, praedictus Profuturus episcopus scriptum sibi et directum a Sede beatissimi apostoli Petri suscepit. (Labb, tom. V, pag 840.)

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établir l'unité liturgique, non plus dans les limites étroites d'une province, mais dans toute l'étendue de la Péninsule. Voici le second canon du quatrième concile de Tolède, en 633 :

« Après avoir pourvu à la confession de la vraie foi, qui   doit être prêchée dans la sainte Église de Dieu, nous avons été d'avis que nous tous, Prêtres, qui sommes réunis dans l'unité de la foi catholique, nous ne souffririons plus aucune variété, ni dissonance dans les mystères ecclésiastiques, de peur que la moindre divergence ne semblât, aux yeux des hommes charnels, provenir d'une sorte d'erreur schismatique, et ne causât à un grand nombre une sorte de scandale. On gardera donc, par toute l'Espagne et la Gaule (Narbonnaise), un seul ordre dans la psalmodie, un seul mode dans la solennité des messes, un seul rite dans les offices du soir et du matin et il n'y aura plus diversité de costumes ecclésiastiques entre nous qu'une même foi et un même royaume réunisse sent. Déjà d'anciens canons avaient décrété que chaque province tiendrait une coutume uniforme dans la psalmodie et le ministère sacré (1). »

Encore un pas, et l'Espagne entrait, pour la Liturgie, dans l'unité romaine. Au-delà des limites de ce royaume, s'étendait le patriarcat d'Occident, et les principes exprimés dans les canons cités, devaient, secondés par les circonstances, amener une fusion de tous les usages liturgiques de nos régions, dans la Liturgie mère du sein de laquelle ils étaient pour la plupart émanés en divers temps. En attendant, on a vu dans les canons du concile de Brague, l'attention qu'avaient les conciles à se conformer aux prescriptions liturgiques qui avaient été imposées par le Saint-Siège. D'autres fois, ces mêmes conciles, sans y être contraints  en aucune  manière,   adoptaient certains

(1)   Vid. la Note B.

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usages de l'Eglise romaine, témoin le troisième concile de Vaison, en 529, qui, dans ses canons troisième et cinquième, établit le chant du Kyrie eleison, et l'addition Sicut erat in principio au Gloria Patri, parce que tel était l'usage du Siège apostolique et de toutes les Églises de l'Orient(1). Sur quoi Thomassin fait la réflexion suivante qui nous a semblé revenir à notre point de vue : « Cela fait voir que si l'on ne se conformait pas entièrement aux offices romains, du moins qu'on s'en approchait toujours de plus en plus ; en effet, toutes les raisons qui déterminaient une province à suivre certaines pratiques, excitaient toutes les Églises de l'Occident à les embrasser, afin qu'il n'y eût, autant que cela se pouvait, qu'une manière uniforme dans les mœurs et dans la célébration de l'office par tout l'Occident (2). »

Pendant que de grandes améliorations se préparaient, que l'unité dans le culte tendait à devenir par tout l'Occident, la pure et fidèle image de l'unité de foi, les Pontifes romains, attentifs à tous les besoins de l'héritage du Seigneur commis à leur garde, ne hâtaient point outre mesure la consommation de cette heureuse révolution, mais ils la préparaient de loin, en profitant de toutes les occasions pour décider les controverses liturgiques soumises à leur tribunal,  suivant les formes et  les traditions en

(1)  Et quia tam in Sede Apostolica, quam etiam per totas orientales atque Italiae provincias, dulcis et nimium salutaris consuetudo est intro-missa, ut Kyrie eleison frequentius cum grandi affectu et compunctione dicatur; placuit etiam nobis, ut in omnibus ecclesiis nostris ista tam sancta consuetudo et ad matutinum, et ad missas, et ad vesperam Deo propitio intromittatur........ Et quia non solum in Sede Apostolica, sed etiam per totum Orientem, et totam Africam, vel Italiam, propter haereticorum astutiam, qui Dei Filium non semper cum Patre fuisse, sed a tempore cœpisse blasphemant, in omnibus clausulis, post Gloria, Sicut erat in principio dicitur, etiam et nos in universis ecclesiis nostris hoc ita dicendum esse decernimus. (Labb., tom. IV, pag. 1680.)

(2)  Discipline de l'Église, tom. Ier, pag. 991.

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usage dans l'Église de Rome. Nous avons vu, au chapitre précédent, par-les paroles de saint Sirice, avec quelle' énergie ils exigeaient la soumission aux décisions qu'ils rendaient sur cette matière. A l'époque qui nous occupe présentement, un autre pape, saint Innocent, va nous faire savoir pourquoi le Saint-Siège réclame si sévèrement l'obéissance des Églises occidentales aux décrets qu'il rend en matière de discipline et de liturgie en particulier.

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