Institutions liturgiques (page 14)
« Si les prêtres du Seigneur, dit-il à Décentius, évêque d'Eugubium, dans une décrétale de l'an 416, voulaient garder les institutions ecclésiastiques, telles qu'elles sont réglées par la tradition des saints Apôtres, il n'y aurait aucune discordance dans les offices et les consécrations. Mais quand chacune estime pouvoir observer, non ce qui vient de la tradition, mais ce qui lui semble bon, il arrive de là qu'on voit célébrer diversement, suivant la diversité des lieux et des Églises. Cet inconvénient engendre un scandale pour les peuples qui, ne sachant pas que les traditions antiques ont été altérées par une humaine présomption, pensent ou que les Églises ne sont pas d'accord entre elles, ou que des choses contradictoires ont été établies par les Apôtres, ou par les hommes apostoliques.
« Car qui ne sait, qui ne comprend que ce qui a été donné par tradition à l'Église romaine, par Pierre, le prince des Apôtres, se garde maintenant encore et doit être par tous observé ; qu'on ne doit rien ajouter ou introduire qui soit sans autorité, ou qui semble imité d'ailleurs? Et d'autant plus qu'il est manifeste que dans toute l'Italie, les Gaules, les Espagnes, l'Afrique, la Sicile et les îles adjacentes, nul n'a institué les églises, si ce n'est ceux qui ont été constitués prêtres par le vénérable apôtre Pierre et ses successeurs. Que ceux qui voudront lisent, qu'ils recherchent si, dans ces provinces, un. autre
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apôtre a enseigné. Que s'ils n'en trouvent pas d'autre, ils sont donc obligés de se conformer aux usages de l'Église romaine, de laquelle ils ont tiré leur origine, de peur qu'en se livrant à des doctrines étrangères, ils ne semblent se séparer de la source de toutes les institutions (1). »
Après ce préambule, le Pape corrige les abus qui s'étaient introduits dans l’Église d'Eugubium, en matière de Liturgie, statuant plusieurs règlements, sur la Paix que les communiants devaient se donner les uns aux autres, sur le moment du Sacrifice auquel il fallait réciter les noms de ceux pour qui on l'offrait, sur le sacrement de confirmation, sur le jeûne du samedi, sur la défense de célébrer les Mystères dans les deux jours qui précèdent la Pâque, sur les relations de l'Eglise matrice avec les autres titres, sur les exorcismes, sur les pénitents, sur l'extrême-onction, etc. Après quoi il conclut en ces termes : « C'est ainsi, très-cher frère, que nous nous sommes mis en devoir de répondre, suivant notre pouvoir, à ce que votre charité demandait de nous, et votre Église pourra maintenant garder et observer les coutumes de l'Église romaine, de laquelle elle tire son origine. Quant au reste, qu'il n'est pas permis d'écrire, quand vous serez ici, nous pourrons satisfaire à vos demandes (2). » Il s'agissait de questions sur les paroles mêmes du canon, ou sur la forme des sacrements, détails qui étaient encore alors couverts du plus grand mystère.
Il faut remarquer ici, à propos de cet important document, d'abord le zèle avec lequel le Siège apostolique veillait au maintien des saines traditions liturgiques, le désir qu'il avait de ramener tout à l'unité, et en particulier les droits spéciaux qu'il prétendait sur les Églises d'Italie, des Gaules, des Espagnes, de l'Afrique, de la Sicile et
(1) Vid. la Note C.
(2) Vid. la Note C.
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autres îles adjacentes, comme filles de la prédication de saint Pierre et de ses successeurs, et formant le Patriarcat d'Occident. On voit que ces droits, développés plus tard dans des institutions plus parfaites, amèneront dans les moindres détails cette unité minutieuse que saint Innocent n'exige pas encore. Les Iles Britanniques, l'immense Germanie, à peine illuminées du flambeau de la foi, en quelques points imperceptibles, ne figurent point dans cette énumération ; mais bientôt le zèle apostolique de Rome, les ayant entièrement arrachées aux ombres de la mort, et incorporées, par cette pacifique conquête, à l'heureux patriarcat d'Occident, elles subiront, dès leur première enfance, le joug sacré de la Liturgie romaine, arrivant ainsi tout d'abord à la plénitude de l'âge parfait des Églises.
L'Orient, au contraire, ne sentit point les bienfaits de cette unité complète. Trop d'obstacles arrêtaient le zèle des Papes pour qu'ils pussent songer, même un instant, à établir le règne absolu de la Liturgie romaine dans les patriarcats d'Alexandrie, d'Antioche, de Constantinople et de Jérusalem. Ils se contentèrent de veiller au maintien de cette unité plus générale qui consiste dans la célébration , aux mêmes jours, de la fête de Pâques et des autres solennités principales, dans l'intégrité des rites du sacrifice, dans l'administration valide et convenable des sacrements, dans le maintien des heures de l'office divin et de la psalmodie, et, plus tard, dans le culte des images sacrées. C'est ainsi que, suivant les temps et les lieux, le Siège apostolique a su appliquer, en diverses mesures, la plénitude de puissance qui réside en lui, en sorte que les Pontifes romains n'ont jamais oublié cette doctrine du premier d'entre eux, de paître le troupeau avec prévoyance et douceur, et non dans un esprit de domination (1). Mais c'était
(1) I Pet. V, 2-3.
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le repos de la force, et malheur à ceux qui résistent aux volontés de cette puissance paternelle, qui attend avec longanimité, qui prépare, de concert avec les siècles, les grands résultats que l'Esprit-Saint lui ménage! Malheur à ceux qui ne font pas, quand elle a dit de faire, qui n'exécutent pas, quand elle a commandé! car toutes ses volontés sont équitables, et le Seigneur s'en est déclaré le vengeur.
En parcourant les épîtres des Pontifes romains qui ont siégé aux cinquième et sixième siècles, on trouvera un grand nombre d'actes de leur autorité en matière liturgique, toujours dans le sens des mesures prises par saint Innocent. L'énumération de ces faits nous prendrait trop de place, et ajouterait peu de chose à la valeur des arguments contenus dans ce chapitre. Nous nous attacherons de préférence à montrer les travaux des Papes pour le perfectionnement de la Liturgie de l'Église locale de Rome, et, dans cette partie de notre travail, nous ne nous écarterons pas de notre but général, puisque la Liturgie romaine est destinée à devenir, sauf d'imperceptibles exceptions, la Liturgie de l'Occident tout entier, et qu'en la perfectionnant ainsi au-dessus de toutes les autres, les Pontifes romains assuraient indirectement son triomphe, au jour marqué par la Providence.
Ce serait ici le lieu d'examiner l'intéressante question de savoir à quelle époque on a confié à l'écriture les formules mystérieuses du sacrifice chrétien, et celles qui accompagnent les rites de l'initiation. Le savant P. Lebrun, dans son excellente Explication de la Messe, au tome III, a prétendu qu'avant le cinquième siècle, aucune des anciennes Liturgies, soit grecques, soit latines, n'avait encore été mise par écrit, mais qu'elles étaient simplement transmises par une tradition orale. Nous pensons, avec Muratori (1), que cette assertion est exagérée, et qu'on peut
(1) Liturgia Romana vetus, Dissertatio de reb. Iiturg., pag. 3 et seq.
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donner un sens plus raisonnable aux passages de l'antiquité qu'allègue le docte oratorien. Comment, en effet/s'imaginer qu'on eût pu conserver cette uniformité dans les formules et les rites généraux, que nous avons prouvé ci-dessus s'être maintenue dans son entier, durant les premiers siècles de l'Église, si un texte écrit ne se fût pas trouvé dans chaque Église, pour corriger les innovations, arrêter les effets de l'incurie ou de la négligence ? Admettez, si vous voulez, que ce formulaire ne paraissait point à l'autel, qu'il était gardé dans quelque lieu secret, loin des regards profanes; mais, du moins, on pouvait, au besoin, en appeler à son autorité, pour rassurer la mémoire affaiblie, pour rectifier ce qui eût pu s'introduire de moins conforme à l'antiquité. Avec ces précautions, le secret des mystères n'en était pas moins assuré. Que si l'on vient à songer aux formules spéciales que rendaient nécessaires les différents rites du catéchuménat, par exemple, de l'ordination des diacres, des prêtres, des évêques ; de la solennisation de la fête de Pâques et des autres grands jours; toutes choses dont nous trouvons la preuve positive dans toute l'antiquité, on conviendra qu'il eût été, d'un côté, déraisonnable, de l'autre, matériellement impossible de surcharger la mémoire des évêques et des prêtres d'un aussi grand nombre de prières, ou allocutions. Les saints Docteurs dont s'appuie le P. Lebrun ont parlé de la Tradition par opposition à l'Écriture sainte, et non pour dire que les Liturgies n'étaient pas écrites. Voici, entre autres, ce que disait saint Basile : Nous ne nous contentons pas des choses qui sont rapportées par l'Apôtre, ou dans l'Évangile (au sujet de l'Eucharistie); il est d'autres choses que nous récitons avant et après (la consécration), comme ayant une grande importance dans le mystère, et que nous avons reçues d'une tradition non écrite (1).»
(1) Non enim his contenti sumus, quae commemorat Apostolus, aut Evangelium; verum alia quoque et ante et post (consecrationem) dicimus, tanquam multum habentia momenti ad mysterium, quae ex traditione non scripta accepimus. (S. Basil., de Spiritu Sancto, cap. XXVII.)
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Il est évident que le saint évêque entend ici parler d'une source distincte des Écritures saintes, et qu'il dit que de cette source ont émané, par tradition, les formules du canon de la messe. Nous l'accordons volontiers ; nous ne disons pas autre chose; mais il ne suit pas de là que ces traditions ne reposassent pas sur une écriture faite de main d'homme et gardée dans l'archive de l'Église. Ne savons-nous pas par le témoignage des Grecs, et notamment par celui de saint Grégoire de Nazianze (1), que saint Basile lui-même avait composé une Liturgie ? Ne l'avait-il donc pas écrite, et même longtemps avant la fin du quatrième siècle? Ne trouve-t-on pas, dans les Catéchèses de saint Cyrille de Jérusalem, composées vers l'an 347, une très-grande partie de la Liturgie observée dans le baptême et dans la sacrée Synaxe? Pourtant, ces Catéchèses étaient destinées à servir à l'initiation des élus du christianisme. Saint Hilaire, en même temps, dans les Gaulés, ne composa-t-il pas, au rapport de saint Jérôme, son contemporain, un Livre des Mystères ? C'est ainsi que, dans les matières de l'érudition, aussi bien que dans celles qui sont purement abstraites, on doit se garder avec vigilance des envahissements de l'esprit de système dans lequel il est toujours si facile de tomber. Sans doute, c'est un point fort important à établir dans l'étude de l'antiquité, que ce secret universel qui, durant tant de siècles, a couvert la majesté de nos mystères, mais il importe aussi de faire voir que les formes principales du culte chrétien datent d'une origine antérieure à la paix extérieure de l'Église.
Lors donc que les Papes du cinquième siècle portèrent leur attention sur les améliorations à introduire dans la Liturgie de l'Église de Rome, nul doute que cette Église ne possédât déjà un corps de formules liturgiques
(1) Orat. XX. In Basilii laudem.
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approprié aux nécesssités présentes du culte divin. Le premier de cette époque, que nous trouvons indiqué au Liber pontificalis comme ayant fait des règlements sur l'office divin, est saint Célestin, qui siégea en 422. « Il établit, dit cette chronique , que les cent cinquante psaumes de David seraient chantés avant le sacrifice, avec antienne, et par tout le monde : ce qui n'avait pas lieu auparavant; car on récitait seulement l'Épître du bienheureux apôtre Paul et le saint Évangile, après quoi la messe avait lieu. Il établit pareillement qu'on chanterait à la messe, après l'office, le Graduel, c'est-à-dire le Répons qui se dit sur les degrés (1). » Ce psaume avec antienne, que l'on chantait avant la messe, est ce que nous nommons Introït; le Graduel a conservé le nom sous lequel la chronique le désigne ; c'est un répons, parce qu'il se chantait, comme autrefois tous les répons, avec les répétitions encore en usage aujourd'hui pour les répons brefs de l'office et l'alléluia de la messe. Ainsi la messe s'enrichissait d'une introduction solennelle; elle ne débutait plus déjà par les lectures des Épîtres et de l'Évangile, comme au temps de saint Justin.
Dix ans après saint Célestin, saint Léon le Grand monta sur la Chaire de saint Pierre. Il perfectionna aussi la Liturgie ; la chronique nous apprend qu'il ajouta à la sixième oraison du canon, ces mots : Sanctum sacrifîcium, immaculatam hostiam (2). Le souvenir conservé de cette légère addition montre quelle vénération religieuse environnait cette auguste prière, jusque-là que l'histoire ait enregistré comme un événement l'acte d'un Pontife romain
(1) Constituit, ut psalmi David CL ante sacrificium psallerentur anti-phonatim ex omnibus : quod ante non fiebat, nisi tantum epistola beati Pauli Apostoli recitabatur, et sanctum Evangelium, et sic missae fiebant. Et constituit Gradale post officium ad missas cantari, id est, responsorium in gradibus. (Liber pontif., in Cœlestinum).
(2) Liber pontif., in S. Leonem.
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qui ajoute quatre paroles à cette même formule qu'ailleurs nous avons vu saint Justin désigner sous le nom de Prière prolixe.
Au siècle dernier, en 1755, Joseph Bianchini, prêtre de l'Oratoire, neveu de l'illustre prélat François Bianchini, tira de la bibliothèque du chapitre de Vérone, un manuscrit mutilé portant ce titre : Codex Sacramentorum vetus Romance Ecclesiœ a S. Leone Papa confectus. Le savant éditeur donnait ce fragment comme ayant fait partie d'un Sacramentaire Léonien, et, comme il arrive d'ordinaire, les érudits se divisèrent sur la question de l'authenticité de l'ouvrage. Certains Français tirèrent une conclusion pratique de leur sentiment pour l'affirmative, ainsi que nous le dirons dans la suite de cette histoire. Nous déduirons ailleurs nos raisons de ne pas admettre saint Léon comme l'auteur de ce prétendu Sacramentaire. Nous citerons toutefois ici Honorius d'Autun, qui atteste que ce grand Pontife avait composé des Préfaces (1), et nous accorderons volontiers, avec le B. Tommasi (2) et le P. Quesnel (3), que le style de saint Léon se rencontre souvent dans les Oraisons et Préfaces du Sacramentaire Gélasien. Nos difficultés ne portent que sur le manuscrit même publié par J. Bianchini.
A la fin du cinquième siècle, siégea saint Gélase, sur lequel le Liber pontificalis rapporte qu'il composa des Préfaces des Mystères et des Oraisons d'un style châtié (4). Cette précieuse indication fait allusion à la publication du Sacramentaire appelé Gélasien, que ce Pontife composa, partie des formules dressées par ses prédécesseurs,, partie de celles qu'il y ajouta dans un style véritablement liturgique.
(1) Hic (Leo) et praefationes composuit. (Gemma anima, cap. XLIX.)
(2) Praefatio ad Sacramentar. Gelasian. Opp., tom. IV.
(3) S. Leonis Opp., tom. I, ad sermonem XCVI.
(4) Fecit etiam sacramentorum praefationes et orationes cauto sermone. (Liberpontif., in. Gelasium)
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Ce Sacramentaire demeura en usage dans l'Église de Rome jusqu'au temps de saint Grégoire, qui, d'après le témoignage de Jean Diacre, en fit l'objet de nombreuses améliorations. Nous donnerons une idée du Sacramentaire Gélasien, dans la partie de cet ouvrage qui sera consacrée à l'énumération et à la critique des livres liturgiques.
Le nom de saint Gélase est encore attaché à ce fameux décret du concile romain tenu en 494, par lequel est fixé le canon des Écritures saintes, en même temps qu'on y donne le catalogue des livres apocryphes. Le concile statue qu'on ne lira point dans l'Église de Rome les Actes des martyrs, au moins ceux dont les auteurs seraient inconnus ou suspects, dans la crainte que certaines personnes n'en prennent occasion de scandale ou de mépris (1). Nous reviendrons sur ce règlement et sur ses applications, à diverses époques, dans la Liturgie des offices divins ; et nous montrerons que son esprit a toujours été fidèlement gardé dans l'Église romaine.
Nous ne parlerons point ici des travaux de saint Grégoire le Grand sur la Liturgie romaine, bien que ce grand Pontife appartienne plutôt au sixième siècle qu'au septième, étant monté sur le Saint-Siège en 590, et décédé en 604. A raison de leur importance dans l'histoire générale et particulière de la Liturgie, nous leur consacrerons le chapitre suivant.
Donnons maintenant une idée des travaux entrepris, durant les cinquième et sixième siècles, par les saints docteurs et autres écrivains ecclésiastiques, sous le point de vue qui nous occupe.
Vers 401, Sévérien, évêque de Gabales, en Syrie, et ami de saint Jean Chrysostome, écrivit Du Baptême et de la solennité de l'Epiphanie un traité qui a péri.
(1) Vid. la Note D.
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(407). Théodore, évêque de Mopsueste, en Cilicie, homme d'une orthodoxie plus que suspecte, donna une nouvelle liturgie que Léonce de Byzance dit avoir été remplie, non de prières, mais de blasphèmes. Celle que nous trouvons sous le nom de Théodore, dans la collection des Liturgies orientales publiées par Renaudot,ne présente rien qui justifie les reproches de Léonce de Byzance.
(408). Saint Maruthas, évêque de Tagrite, en Mésopotamie, a laissé en langue syriaque une Anaphore qui se trouve dans le Missel des Maronites.
( 410). Synésius, évêque de Ptolémaïde et d'abord philosophe, après son retour à des croyances plus positives, composa des hymnes d'une grande beauté, qui nous restent encore au nombre de dix. Nous doutons qu'elles aient jamais été en usage dans la Liturgie.
(410). Saint Paulin, sénateur et consul romain, ensuite évêque de Noie, composa, au rapport de Gennadius, un Sacramentaire et un Hymnaire, que nous n'avons plus. Dans ses intéressantes lettres, et dans ses poëmes si élégants, il donne beaucoup de détails précieux pour le tableau de la Liturgie du quatrième et du cinquième siècle. Nous recommandons particulièrement aux amateurs de l'architecture chrétienne primitive la XXXIIe épître, ad Severum, et les poèmes XXVI et XXVII, dans lesquels il fait la description de l'église qu'il faisait bâtir à Noie, en l'honneur de saint Félix: mais qui, aujourd'hui, s'intéressera à l'architecture chrétienne des quatrième et cinquième siècles ?
(412). Saint Cyrille, d'Alexandrie, est auteur d'une Anaphore en l'honneur de saint Marc, évangéliste, rapportée par Assemani dans sa grande compilation liturgique.
(412). Sédulius, prêtre et poète chrétien, a composé des hymnes dont l'Église se sert encore aujourd'hui dans les fêtes de Noël (A solis ortus cardine) et de l'Epiphanie (Hostis Herodes impie), lesquelles sont toutes deux extraites d'un grand acrostiche composé de vingt-trois strophes, dont
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chacune commence par une des lettres de l'alphabet. L'introït : Salve, Sancta Parens, et l'antienne : Genuit puerpera regem, sont l'un et l'autre tirés des poésies de Sédulius.
(420). Jean Cassien, dans ses Institutions monastiques, donne des détails intéressants sur la forme des offices divins telle qu'elle était suivie dans les monastères d'Orient ; ces usages sont un mélange des rites pratiqués dans la psalmodie des Églises de ces contrées, avec des observances particulières fixées par les Pères des déserts d'Orient.
(426). Saint Loup, évêque de Troyes, et saint Euphrone, évêque d'Autun, ont laissé une lettre précieuse à Talatius, évêque d'Angers, dans laquelle ils répondent d'une manière : très-intéressante aux questions qu'il leur avait adressées touchant la célébration de l'office divin, dans les vigiles de Pâques, de Noël et de l'Epiphanie.
(428). L'hérésiarque Nestorius composa aussi une Liturgie. On la trouve dans la collection de Renaudot.
(434). Saint Proclus, patriarche de Constantinople, a laissé un opuscule très-court, intitulé : De Traditionibus Missœ divines. Nous l'avons cité plus haut.
(440). Salvien, prêtre de Marseille, d'après le témoignage de Gennadius, composa, en grand nombre, des Homélies des Mystères, Homilias Sacramentorum : ce que D. Mabillon explique dans le sens de Sermons sur la Liturgie, ou encore d'Oraisons même et de Préfaces destinées à être récitées dans le sacrifice.
(445). Philoxène, autrement appelé Xenaias, évêque d'Hiérapolis, disciple de Pierre le Foulon, et l'un des plus fougueux apôtres du monophysisme, est auteur d'une Liturgie syriaque, dont le texte se trouve dans la collection de Renaudot.
(446). Narsès, surnommé Garbana, ou le Lépreux, partisan zélé de l'hérésie nestorienne, composa à Nisibe, dit le savant P. Zaccaria, une Liturgie, une Exposition des Mystères et un livre des Rites du Baptême.
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(45o). Isaac, surnommé le Grand, prêtre d'Antioche, est auteur des deux hymnes qui font partie de l'office de la ' semaine sainte, dans la Liturgie syriaque des Maronites.
(458). Musœus, prêtre de Marseille, est un des principaux rédacteurs de la Liturgie gallicane. Ce fut lui qui, à la prière de saint Venerius son évêque, comme le rapporte Gennade, fit des extraits des saintes Écritures pour fournir aux Leçons de toute l'année ; il en tira pareillement des Répons, et des Antiennes propres au temps, afin que les lecteurs ne fussent pas embarrassés à chercher les passages, et que le peuple prît plus de goût à la célébration des solennités. Plus tard, à la demande de saint Eustase, successeur de Venerius, il composa un Sacramentaire d'une grande beauté et d'un volume considérable.
(460). Voconius, ou Buconius, Africain, évêque de u Castellanum en Mauritanie, rédigea, dit le même Gennade, un excellent livre Sacramentaire.
(462). Claudien Mamert, prêtre de Vienne, et frère de saint Mamert, évêque de la même Église, mit en ordre un recueil de psaumes et de leçons à l'usage de l'Église de Vienne, et composa des hymnes. On lui attribue celle de la Passion : Pange, lingua, gloriosi prœlium certaminis.
(472). Théoctiste, compagnon de saint Euthymius, archimandrite de Palestine, a laissé, dit Zaccaria, une série de cantiques sacrés en l'honneur des saints de tout le mois d'avril.
(472). Saint Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont, au rapport de saint Grégoire de Tours, est auteur de plusieurs messes de la Liturgie gallicane.
(484). Saint Sabbas, cet illustre abbé de la Grande Laure de Palestine, a écrit,pour l'usage de son monastère, un Typique ou Ordre pour la récitation de l'Office ecclésiastique pendant l'année, divisé. en cinquante-neuf chapitres. Ce livre, qui fut bientôt en usage dans tous les monastères soumis à l'évêque de Jérusalem, s'étant trouvé
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corrompu par l'injure du temps, fut restitué par saint Jean Damascène.
(501). Saint Césaire, évêque d'Arles, se montra grandement zélé pour le culte divin. Il compila le premier Homiliaire que l'on connaisse. C'était un recueil de sermons des saints Pères, destinés à être lus à matines. Il donna une Règle aux moines, dans laquelle on trouve des particularités intéressantes sur la forme des Heures canoniales en ce siècle.
(510). Siméon, évêque de Betharsam, hérétique monophysite, est auteur d'une Liturgie, que l'on a confondue quelquefois avec celle de Philoxène, comme celle de Philoxène avec la sienne. On peut voir sur cette question le P. Zaccaria, qui expose les avis des savants, sans tirer aucune conclusion qui lui soit propre.
(511). Saint Ennodius, évêque de Pavie, a laissé deux Bénédictions du Cierge pascal, qui sont différentes de celles en usage dans les Églises romaine, ambroisienne et gallicane ; une prière avant la messe pour l'usage d'un évêque; enfin, onze hymnes qui ne paraissent pas jusqu'ici avoir été en usage dans aucune Église.
(514). Jean, dit Bar-Aphtonius, abbé du monastère de Séleucie, hérétique monophysite, composa des hymnes syriaques sur la Nativité de Jésus-Christ.
(518). Sévère, d'abord évêque d'Antioche, puis chassé de ce siège pour sa doctrine monophysite, rédigea un livre liturgique qui existe encore entre lés mains des sectaires jacobites, sous ce titre : Rites du Baptême et de la sacrée Synaxe.
(519). Jacques, évêque de Sarug, prélat dont l'orthodoxie a été victorieusement établie par Assemani, composa entre autres prières liturgiques une Anaphore qui se trouve dans les Liturgies syriaque et éthiopienne; il est aussi l'auteur d'un Ordre pour le saint Baptême, inséré dans le Rituel des Maronites.
(520). Elpis, femme de Boëce, illustre aussi par sa foi
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et son goût pour les lettres, est auteur de deux hymnes en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul, desquelles l'Église romaine a extrait plusieurs versets qu'elle chante dans les différentes fêtes de ces deux saints Apôtres ; l'une commence ainsi : Aurea luce et decore roseo, et l'autre par ces paroles : Felix per omnes festum mundi cardines. Cette dernière est aussi attribuée à saint Paulin d'Aquilée, et peut-être avec plus de certitude.
(527). Saint Siméon Stylite, le jeune, composa une de ces hymnes que l'Église grecque appelle Troparium, en l'honneur de saint Démétrius, martyr, et quelques oraisons au Christ et à la Mère de Dieu.
(527). Saint Nicétius, évêque de Trêves, a laissé un traité de Vigiliis servorum Dei, et un autre de Bono psalmodiae.
(528). Saint Benoît, patriarche des moines d'Occident, a donné, dans son admirable Règle, le plan de l'Office monastique, tel qu'il a toujours été gardé par ses nombreux disciples, depuis le sixième siècle jusqu'aujourd'hui.
(53o). Thomas d'Edesse, nestorien, et Marabas (536), son disciple, ont travaillé sur la Liturgie de l'Église syrienne.
(541). Jacques, évêque d'Edesse, qui a laissé son nom à la secte des monophysites, qui sont en effet connus dans l'Orient sous le nom de Jacobites, est l'auteur d'une Anaphore qui se trouve dans la collection de Renaudot.
(546). Maximien, archevêque de Ravenne, mit dans un meilleur ordre les livres de cette Église, et y fit plusieurs corrections.
(547). Saint Aurélien, évêque d'Arles, est auteur d'une Règle pour les moines et d'une autre pour les religieuses ; à l'exemple de son illustre prédécesseur, saint Césaire, il y a inséré beaucoup de particularités intéressantes sur la forme des offices divins.
(555). Saint Germain, évêque de Paris, semble être
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l'auteur d'une exposition de la Messe gallicane, que D. Martène a insérée dans son ouvrage De antiquis Ecclesiœ ritibus.
(56o). Saint Venantius Fortunatus , évêque de Poitiers parmi ses nombreuses poésies, a composé plusieurs hymnes en usage encore aujourd'hui dans l'Église, savoir: l'hymne en l'honneur de la sainte Croix, Vexilla Regis prodeunt; celle à la louange du saint Chrême, O Redemptor, sume carmen temet concinentium ; auxquelles il faut ajouter d'après l’Hymnaire du B. Tommasi, les suivantes : Pange, lingua, gloriosi prœlium certaminis, déjà attribuée à Mamert Claudien ; celles en l'honneur de la sainte Vierge, Quem terra, pontus, œthera, et O gloriosa domina; une pour les fêtes de Noël, Agnoscat omne seculum; enfin le cantique solennel du jour de Pâques, Salve, festa dies, toto venerabilis œvo. On ne doit pas oublier non plus l'hymne du même Fortunat en l'honneur de saint Denis, laquelle commence par ces paroles : Fortem fidelem militem, et dans laquelle il rend témoignage à la mission donnée à ce saint Apôtre par le pape saint Clément.