Institutions liturgiques (page 137)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

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chef, ce ne seraient pas ceux de la soumission, mais bien plutôt ceux de l'indépendance, et l'autorité épiscopale sera toujours d'autant plus haut placée dans les respects, l'amour et l'obéissance du clergé et des fidèles, qu'on verra ceux qui l'exercent se montrer plus zélés observateurs des volontés apostoliques.

Après cela me fera-t-on un crime de discuter certains points de droit de la solution desquels il résulte que, dans le gouvernement de son diocèse, un évêque est borné par des lois générales contre lesquelles il ne peut agir, sans que ses actes ne soient frappés d'irrégularité, ou même de nullité ? Mais où voudrait-on en venir par cette voie ? Il ne s'agirait donc plus seulement d'interdire l'étude de la science liturgique ; il faudrait encore empêcher tout enseignement du droit canonique, et placer, par conséquent, l'Église de France dans une situation où jamais aucune Église ne s'est trouvée, puisque, dès les premiers siècles, la connaissance des canons a fait essentiellement partie de la science du clergé. Personne assurément, et nos vénérables évêques moins que qui que ce soit, n'accepterait une telle conséquence. Or, cependant, qu'est-ce autre chose que le droit canonique, dans sa plus grande partie, sinon l'ensemble des règlements par lesquels le pouvoir des divers degrés de la puissance hiérarchique se trouve circonscrit dans certaines limites, afin que l'harmonie se conserve et se développe dans l'ensemble ? La puissance épiscopale si auguste, si sacrée, n'est-elle pas déjà restreinte en cent manières par les réserves apostoliques, et avant même que le Saint-Siège eût statué la plupart de ces réserves salutaires, l'histoire du droit ne nous montre-t-elle pas les conciles généraux et particuliers occupés sans cesse, pour le bien du corps ecclésiastique tout entier, à régler par des canons, pour te rendre plus efficace, cette autorité épiscopale par laquelle l’Esprit-Saint régit l'Église de Dieu ? Il est évident que

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ceux qui m'ont fait le reproche d'attaquer l'épiscopat, par le seul fait que je réclamais en faveur d'une réserve papale, sont bien peu familiers avec la science du droit canonique,C'ou sont du moins sous l'empire d'une bien singulière distraction.

Ce n'est pas tout. On est allé jusqu'à dire que j'attaquais encore l'épiscopat, en ce que, dans les récits que j'ai été obligé de faire, je produisais des faits propres à donner à entendre que, à certaine époque de notre histoire, la faiblesse ou la connivence d'une partie des évêques dé France avait compromis les intérêts de la religion. D'abord, je pourrais demander si l'on trouve quelque chose de faux, de hasardé dans les faits que je raconte; si les sources (et je les cite  toujours) sont suspectes ou peu sûres. Dans ce cas, que l'on me réfute, je le désire, je l'implore : car je n'ai garde d'être du nombre de ces historiens qui aiment à charger de noires couleurs les tableaux qu'ils offrent à leurs lecteurs.   Que  si les faits  que je rapporte   sont véritables, il  n'y a que deux  partis à prendre sur leur sujet :  les taire, par égard pour la renommée des coupables; les publier, par respect pour la vérité historique.

Le premier de ces deux partis n'est pas praticable à une époque où chacun sait lire, dans un temps ou des intérêts de tout genre poussent tant de gens à fouiller les recoins de l'histoire, à entreprendre de ces monographies quelquefois désespérantes dans leur minutieuse fidélité. Pour moi, je partage pleinement à ce sujet les idées de l'historiographe de l'Eglise catholique, le grand cardinal Baronius, qui déclare qu'après avoir pesé les inconvénients de produire au grand jour ou de dissimuler les mauvaises actions de certains papes, il a jugé prudent de s'exécuter avec franchise plutôt que de laisser dire aux Centuriateurs que les historiens catholiques dont le devoir est de démasquer les œuvres mauvaises des sectaires,

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sont indulgents pour les faiblesses de leurs propres Pontifes.

Reste donc le second parti qui consiste à donner dans toute sa rigueur la vérité historique, et certes, n'y a-t-il pas une leçon bien précieuse à recueillir de la chute ou de l'affaiblissement de ces colonnes que Dieu a établies, mais qui tiennent de lui leur solidité? Les Évangélistes nous ont-ils caché la chute de saint Pierre et la trahison de Judas ? L'Ancien et le Nouveau Testament écrits l'un et l'autre pour notre instruction, comme parle l'Apôtre (1), ne nous racontent-ils pas en détail les prévarications commises sur le trône et dans le sanctuaire; afin que nous sachions bien que c'est la main de Dieu qui conduit son peuple, et que le Seigneur se glorifie tour à tour dans sa justice et dans sa miséricorde ?

Je sais bien que nous avons, en France, la prétention d'être le premier clergé de l'Église catholique; mais il ne s'agit rien moins que de cette question odieuse et délicate. Les monuments du passé sont devant nous ; c'est à eux seuls qu'il faut faire appel. L'historien, mais surtout l'historien ecclésiastique, n'est d'aucun pays ; c'est assez pour lui d'être catholique. Je le répète, la question est toute dans les faits. J'accepte donc volontiers telle controverse qu'on voudra sur la valeur des sources, ou sur celles des faits en eux-mêmes ; mais je persiste à dire que l'Église de ces derniers temps étant tout aussi bien l'Église de Jésus-Christ que celle du quatrième siècle, il nous faut juger les personnes et les choses de ces années récentes avec la même inflexibilité que s'il s'agissait d'une époque dans le lointain des âges.

Au reste, j'ai eu d'assez belles réserves à faire dans le récit des malheurs de l'Église en France au dix-huitième siècle, d'assez beaux noms à signaler entre ceux que cette

(1) Rom. XV, 4.

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Église honore, à la même époque, comme des pasteurs sans tache. Sans compter Fénelon, qui dévoila avec tant de franchise, dans son Mémoire confidentiel à Clément XI, la grande et lamentable plaie de l'épiscopat de son temps, ai-je manqué d'éloges pour le cardinal de Bissy, les archevêques Languet et Saint-Albin; les évêques La Parisière, de Belzunce, de Fumel, etc.? N'ai-je pas excusé sur les préjugés de leur pays et sur le malheur des temps plusieurs prélats orthodoxes qui crurent accomplir une œuvre agréable à Dieu en substituant des prières nouvelles à l'antique prière romaine ? A moins d'avoir deux poids et deux mesures, à moins de juger indifférente l'hérésie formelle et la plus dangereuse de toutes, connue sous le nom de janséniste, ai-je pu donner comme de fidèles pasteurs ces évêques qui, après avoir accepté et publié les jugements du Saint-Siège contre de criminelles erreurs, s'en allaient ensuite demander aux fauteurs connus de ces mêmes erreurs, appelants et réappelants des jugements de l'Église, de vouloir bien s'employer à la rédaction nouvelle de la Liturgie, et sacrifiaient, sur un mot de ces sectaires, les formules les plus saintes, et l'union de prières scellée avec l'Eglise romaine depuis neuf siècles, au risque de s'entendre reprocher par des prêtres catholiques l'altération même de la doctrine, dans les livres qui doivent en être l'arsenal et le miroir toujours pur?

Des arrêts de parlement condamnant au feu les réclamations inspirées par le zèle de la foi, ne prouveront jamais que le Bréviaire parisien de 1736 fut exempt de reproches sous le point de vue de l'orthodoxie, tant qu'on se rappellera les nombreux cartons qu'il lui fallut subir dès la première année de sa publication. L'histoire ecclésiastique enregistrera et livrera au jugement sévère de la postérité, tant de lettres pastorales placées en tête des nouveaux Bréviaires et dans lesquelles les prélats

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s'applaudissaient d'avoir fait disparaître de la Liturgie des choses vaines, inutiles, superstitieuses, tandis qu'en réalité les réductions qu'ils croyaient devoir faire aboutissaient à restreindre les  témoignages  universels de la dévotion catholique envers l'auguste Mère de Dieu, la religion à  l'égard des saints, la vénération pour le Siège Apostolique, à remplacer la parole des saints par celle de quelque personnage hérétique, ou tout au moins fort léger d'autorité; sans autre compensation pour la perte de cette belle et touchante communion de prières avec le monde entier, sans autre indemnité pour la rupture d'un lien si précieux avec Rome, que l'attrait naïvement offert d'un office plus abrégé. Encore une fois, s'il n'est pas permis de raconter ces faits, et de les déplorer comme de grands maux pour l'Église, comme les indices et aussi les causes de la triste confusion d'idées qui s'en est suivie, tout est fini entre les hommes.  Non seulement  l'histoire aura cessé d'être une leçon pour la postérité ; mais on peut dire qu'il n'y a plus d'histoire possible.

Après tout, sur quoi serait fondée la solidarité de l'épiscopat d'un siècle avec l'épiscopat d'un autre siècle, s'il est vrai de dire que pour tous les hommes, quelque rang qu'ils occupent, les fautes sont personnelles comme les vertus? Le Fils de l'homme révélant, à saint Jean, dans l'île de Pathmos, les mérites et les démérites des sept principaux évêques de l'Asie Mineure, et enjoignant à cet apôtre de consigner ces jugements par écrit pour l'instruction de l'Église, jusqu'à la fin des temps, n'a-t-il pas voulu par là nous faire comprendre que la grâce d'un même caractère sacré, pour être égale en tous, ne fructifie pas également en tous ? Pourquoi le dix-huitième siècle, le siècle du philosophisme, de la décadence et de l'anarchie, aurait-il, en celui-ci, le privilège d'une histoire flattée, lorsqu'il nous est si facile à nous, venus après l'orage, où nés pendant qu'il grondait  encore, d'avouer que dans

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tous les rangs on avait péché? Le souverain Pasteur ne nous apprend-il pas que si le troupeau est ravagé c'est par la faute du berger? Et l'apparition de l'ivraie dans le champ du père de famille n’atteste-t-elle pas la négligence et le sommeil des serviteurs ? Que si ces fortes vérités nous faisaient peur, hâtons-nous de jeter au feu, non seulement les annales de l'Église, mais les écrits des Pères et les enseignements des conciles. Au reste, nul n'a jamais prétendu, et moi encore moins que personne, que tout ait été mauvais au dix-huitième siècle. La foi, qui, chez nous, a survécu aux scandales de cette époque, atteste par sa persistance même que le nombre des pasteurs fidèles devait, encore être considérable au moment où éclata la persécution. Le sang des martyrs et la magnanimité des confesseurs prouva que si l'Église avait pu faiblir, en France, le principe de la vie n'était pas éteint en elle.

Je reviens sur cette accusation d'attaque contre l'épiscopat, et je demande encore à ceux qui ont tenté de m'en flétrir, si les conciles de France qui, au seizième siècle, proclamèrent si haut l'obligation pour leurs Églises d'embrasser la Liturgie réformée par saint Pie V, n'étaient pas composés d'évêques? Si l'assemblée du clergé de 1606, qui prenait des mesures pour faire imprimer les livres de la Liturgie romaine pour tout le royaume, n'était pas l'organe de l'épiscopat ? Si les quarante évêques qui, en 1789, tenaient encore dans leurs diocèses pour la Liturgie romaine, cessaient d'appartenir à l'épiscopat? Dans tout ceci, qu'y a-t-il donc? Je vois des évêques pour l'innovation liturgique, des évêques contre l'innovation liturgique : il est bien malheureux que l'on soit réputé ennemi de l'épiscopat par le seul fait que l'on croit devoir opter pour le sentiment sur lequel une partie de l'épiscopat français s'est constamment montrée unanime avec le Pape, chef de l'épiscopat, et l'universalité des évêques de l'Occident.

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Je devais cependant relever ce reproche, tout odieux et déraisonnable qu'il soit. J'ajouterai, s’il le faut, en appelant l'histoire en preuve de ce que j'avance, que jusqu'ici les champions de la prérogative pontificale n'ont pas accoutumé l'Église à les compter dans les rangs du Presbytérianisme ; tandis que s'il est un fait patent dans l'histoire des deux derniers siècles, c'est que, en France, en Italie, en Allemagne, en Portugal, tous les écrivains hostiles à la hiérarchie n'ont cessé de réclamer ce qu'ils appelaient les droits de l'épiscopat, usurpés, disaient-ils, par la Papauté, en même temps qu'ils s'attachaient à élever sur un prétendu droit divin les prérogatives du second Ordre, s'apprêtant à réclamer ensuite contre les clercs en général les droits du laïcisme. L'expérience doit enfin nous avoir instruits; c'est pourquoi je ne m'inquiéterai pas davantage de ceux qui persisteraient à ne voir dans le rétablissement des ordonnances du Saint-Siège que la promulgation d'un principe d'anarchie, et dans les récits du passé qu'une injure pour le présent.

Au reste, notre situation, sous le rapport de la Liturgie, comme sous beaucoup d'autres, est fort différente de ce qu'elle était au siècle dernier; la religion envers le Siège Apostolique n'est p'ius réduite à des phrases pompeuses ; elle a passé aux effets. On peut affirmer que si, à l'heure où j'écris ces lignes, l'Église de France se trouvait tout entière réunie sous les lois de la Liturgie romaine, nul de nos prélats ne songerait à briser ce lien glorieux de l'unité, nul de nos prêtres n'applaudirait à une mesure tendant à isoler les Églises de la prière de celle qui est leur mère et maîtresse. De toutes parts, je l'entends dire, et cette déclaration partant des bouches  plus augustes est descendue bien des fois jusqu'à mes veilles. Non, certes, il ne se fait pas solidaire de certains prélats du dixième-huitième siècle, cet épiscopat  de nos jours qui n’a pas craint de se poser en instances devant le Pontife

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romain pour obtenir des autels à ces deux vénérables prêtres, Louis de Montfort et Jean-Baptiste de la Salle, l'un et l'autre poursuivis durant leur vie par les censures ecclésiastiques, l'un même, mort dans la Suspense, en ce siècle de vertige où il n'était pas étonnant qu'on eût perdu le sens de la sainteté, puisque celui de la prière allait s'affaiblissant.

Je ne révélerai point d'honorables confidences, je ne dirai point les témoignages de sympathie et les encouragements que j'ai recueillis de la part de plusieurs des archevêques et des évêques qui gouvernent présentement nos Églises ; je ne désire qu'une chose; c'est d'être moins indigne de pareils encouragements. Mais je rappellerai ce qui s'est passé il y a quelques années, ce qui se passe encore sous nos yeux. N'avons-nous pas vu Monseigneur Parisis, évêque de Langres, donner en 1839, le grand exemple du retour d'un diocèse entier à la Liturgie romaine (1) ? Monseigneur Donnet, archevêque de Bordeaux,

(1) Dans les premiers jours qui suivirent cet événement, quelques personnes distraites s'avisèrent de répandre, suivant leur ordinaire, que cette mesure ne serait pas approuvée à Rome. On vient de voir quels éloges elle a mérités au pieux et prudent évêque, de la part du Souverain Pontife lui-même. Voici maintenant le témoignage de la sacrée Congrégation du concile de Trente, par l'organe de Son Eminence le Cardinal Polidori, dans sa Réponse à la relation de l'état du Diocèse de Langres faite à Sa Sainteté Grégoire XVI, le g mai 1842. Faisant l'énumération des mesures dignes d'éloges employées par Monseigneur Parisis; pour le rétablissement de la discipline ecclésiastique dans son diocèse, Son Eminence s'explique ainsi : « Huc inter alla spectat restituta Diaecesanœ Synodi celebratio quant tamdiu intermissam perdolueras, in qua porro Amplitudini tuœ prœcipuam Diœcesani Cleri partent una simul alloquenti datum fuit inducere, optimo plane consilio, in Diœcesim usum Missalis, Breviarii, Ritualis et Cœremonialis Ecclesice Romanœ, sublata féliciter ea , quœ diversis locis invaluerat varietate. Cœterum ut tuus Clerus ad Liturgici juris scientiam proficiat, perutiles erunt cœtus illi, qui frequentes jam per Diœcesim habentur, si statis de morum disciplina quaestionibus nonnullas etiam adjicias de re Liturgica. »

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n'a-t-il pas tout récemment rassuré les fidèles sur la conservation de la Liturgie romaine, ébranlée depuis dix ans dans son Église? Monseigneur Saint-Marc, évêque de Rennes, n'a-t-il pas arrêté par un acte formel de son autorité, la destruction des restes de cette sainte Liturgie prête à s'éteindre dans son diocèse? S'il m'était permis, je pourrais nommer une Église métropolitaine et plusieurs cathédrales menacées naguère de voir l'innovation s'accomplir dans leur sein, et tout récemment préservées de ce malheur par la sagesse de leurs prélats, qui ont su préférer les ennuis d'un état provisoire au grave inconvénient de retarder par de nouveaux obstacles matériels le retour universel à l'unité liturgique.

De toutes parts, la préparation se fait; la Liturgie, ce premier bien de la société chrétienne, puisqu'elle est la prière même, puisqu'elle est la sauvegarde de la foi, le lien le plus magnifique de tous les peuples en un seul, le moyen sublime de communication de toutes les races et de tous les siècles, la Liturgie a cessé d'être envisagée comme une propriété locale, susceptible d'être modifiée, administrée d'après un système privé. Encore un peu de temps, et le fléau de la confusion des langues qui s'abattit sur nous aura son terme, et l'Église, suivant le vœu qu'elle a émis plusieurs fois, verra la terre que son divin Époux lui a donnée s'exprimant par une seule bouche et dans un seul langage, comme aux anciens jours : Erat terra labii unius et sermonum eorumdem (Genes. XI).

Puisse, Monseigneur, cette heureuse révolution ne pas trop se faire attendre ! Alors, la joie du Siège Apostolique sera pleine et parfaite; votre cœur épiscopal aura vu s'accomplir un de ses plus chers désirs ; la dernière trace d'un passé funeste aura disparu, et l'Église de France, rendue aux traditions des âges de foi, rattachée par le plus

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fort des liens, celui de la prière, à l'Église romaine, attendra avec confiance les épreuves et les triomphes qui  lui sont réservés dans l'avenir.

Daignez me permettre de déposer ici, en finissant, l'hommage du profond respect et de la parfaite déférence dans lesquels je me ferai toujours honneur d'être,

MONSEIGNEUR,

De Votre Excellence,

Le très humble et très obéissant serviteur,

Fr. PROSPER GUÉRANGER,

Abbé de Solesmes.

FIN  DU TROISIÈME VOLUME.

IV - LETTRE à Mgr de TOULOUSE

INSTITUTIONS LITURGIQUES

PAR

LE R. P. DOM PROSPER GUÉRANGER

ABBÉ DE SOLESMES

Sanas  Pontifici  Juris  et  sacrae Liturgiœ

traditiones labescentes confovere

DEUXIÈME ÉDITION

TOME QUATRIÈME

POLÉMIQUE  LITURGIQUE

PARIS SOCIÉTÉ GÉNÉRALE DE LIBRAIRIE CATHOLIQUE

Victor PALMÉ, éditeur des Bollandistes, directeur général

76, rue des Saints-Pères, 76

BRUXELLES

SUCCURSALE

12,  rue des Paroissiens,   12

GENÈVE

SUCCURSALE

4, rue Corraterie, 4

1885

POLÉMIQUE  LITURGIQUE

NOTE DE L'ÉDITEUR

PREMIÈRE  DÉFENSE DES INSTITUTIONS    LITURGIQUES  LETTRE  A MONSEIGNEUR   L'ARCHEVÊQUE   DE   TOULOUSE

PRÉFACE

LETTRE  A MONSEIGNEUR  L'ARCHEVÊQUE DE TOULOUSE

§ I

§ II

§ III

APPENDICE

TEXTE DE MONSEIGNEUR L'ARCHEVÊQUE DE  TOULOUSE

§ IV

§ Ier . Reproches faits au Bréviaire de François de Harlay.

§ II. Bréviaire du cardinal de Noailles.

§ III. Bréviaire et Missel de Ch. de Vintimille.

§ V. BEAUTÉ DU BRÉVIAIRE DE PARIS.

PIÈCE JUSTIFICATIVE

NOTE DE L'ÉDITEUR

Nous donnons dans ce IV° volume des Institutions liturgiques les deux Défenses que Dom Guéranger dut faire paraître de 1843 à 1847;  la première est composée d'une Lettre à Mgr d'Astros, archevêque de Toulouse, écrite pour répondre à un livre publié sous le nom du vénérable Prélat; la seconde se compose de trois Lettres destinées à réfuter l’Examen des Institutions liturgiques par Mgr Fayet, évêque d'Orléans. La préface de cette nouvelle édition, en tête du premier volume, trace le cadre dans lequel se placèrent ces œuvres de polémique, dont quelques pages de la préface du troisième volume forment le complément. Nous avons réuni ces quatre opuscules sous le titre général de Polémique liturgique, titre imposé par leur forme même. Toutefois nous tenons à faire observer au lecteur des Institutions que ce dernier volume n'offre pas seulement un intérêt historique, comme retraçant les épisodes de la lutte qui amena la chute des liturgies nouvelles et la résurrection de la Liturgie romaine en France. Les deux Défenses constituent surtout un ensemble de principes fondamentaux qu'il faut nécessairement posséder, si l'on veut comprendre la Liturgie, son essence, son importance, sa valeur au double point de vue de la foi et de la discipline. Dom Guéranger n'avait pas cru que la révolution anti-liturgique

II

du XVIII° siècle eut été jusqu'à effacer des esprits tous les principes théologiques sur ces matières; il n'avait pas soupçonné, en écrivant ses deux premiers volumes, qu'on pût l'attaquer sur des affirmations absolument conformes à l'enseignement de l'Eglise, et qui, à cause de cela, ne lui semblaient pas « avoir si grand besoin de preuves (1). » Les écrits dirigés contre lui vinrent bientôt révéler, par les erreurs qu'ils posaient en principes, combien le mal était profond, et par là même combien les Institutions liturgiques étaient un ouvrage opportun et nécessaire. Dom Guéranger posa donc à nouveau et développa dans cette polémique les principes qu'il avait seulement affirmés, en les entourant cette fois de preuves dont l'évidence gagna la cause de la Liturgie contre les plus dangereuses erreurs.

C'est pourquoi, en rééditant ces deux Défenses, nous appelons sur elles toute l'attention du lecteur soucieux de trouver dans les Institutions liturgiques un enseignement sérieux et complet. La table analytique placée à la fin du volume l'aidera puissamment à dégager de tout l'ouvrage la quantité considérable de principes solides qui s'y trouvent réunis.

(1) Première Lettre à Mgr l'évêque d'Orléans, § IV.

PREMIÈRE  DÉFENSE DES INSTITUTIONS    LITURGIQUES

LETTRE

A MONSEIGNEUR   L'ARCHEVÊQUE   DE   TOULOUSE

MDCCCXLIV

PRÉFACE

Plusieurs personnes, dont les désirs sont pour moi des ordres, m'ont témoigné leur étonnement de ne pas voir paraître encore la Défense de mes Institutions liturgiques, si solennellement promise l’année dernière. Je remplis aujourd'hui mon engagement, en produisant cette Défense imprimée déjà depuis plus de huit mois.

J'avais cru pouvoir suspendre quelque temps toute réplique, dans la pensée que le public catholique, occupé tout entier des incidents de la grande controverse qui s'est élevée sur la liberté de l'enseignement, trouverait difficilement assez de loisir pour feuilleter les pages assez nombreuses de mon plaidoyer. Mais, tout bien considéré, ce serait se flatter vainement que de s'imaginer qu'une telle controverse, dans laquelle est mise en question la liberté même de l'Eglise, doive s'assoupir de sitôt. Je suis même de ceux qui pensent qu'elle ne s'éteindra qu'au jour de la victoire, et Dieu seul connaît de combien d'années ce jour est encore éloigné de nous.

Il m'était donc impossible  de demeurer  indéfiniment sous le poids des accusations si graves qui ont été portées , contre ma personne, plus encore que contre mon livre, dans la brochure de Monseigneur l'archevêque de Toulouse (1).

Si l'on ne m'eût reproché que d'avoir enseigné  sur la matière   du droit   liturgique  des opinions nouvelles,

(1)  Mgr d'Astros.  —  V. la préface de  la  nouvelle édition, tom.  I, page XLVII.

IV

j'aurais eu à répondre simplement que cette matière non seulement n'est pas même touchée dans les deux premiers volumes de mes Institutions liturgiques, mais qu'elle y est même, en plus d'un endroit, formellement exceptée. J'aurais pu ajouter que, ayant depuis consacré une dissertation spéciale à cette importante matière, sous le titre de Lettre à Monseigneur l'archevêque de Reims, personne, jusqu'ici, n'a contesté mes conclusions qui s'appuient d'ailleurs sur l'enseignement des meilleurs canonistes, en même temps qu'elles semblent empreintes de la plus évidente modération. Enfin, la question d'application au temps présent ayant été surabondamment résolue par le bref de Sa Sainteté à Monseigneur l'archevêque de Reims, il m'eût suffi de protester de ma parfaite soumission à ce document apostolique que j'ai publié moi-même, tout le premier, dans mon opuscule sur le droit liturgique.

Si l'on ne m'eût reproché que des erreurs historiques, le défaut de discernement dans l'emploi des autorités, l'ignorance des faits et de la doctrine, j'aurais pu garderie silence, et prendre mon parti sur ces accusations, soit parce que le livre étant sous les yeux du public, chacun est maître de juger par les citations continuelles que j'apporte à l'appui de mes assertions, si ces assertions sont réellement fondées ou non ; soit enfin parce que ma profession monastique qui m'impose l'obligation d'être probe, ne me confère en aucune façon le privilège de ne jamais prendre des apparences pour des faits, pas plus que celui de n'être jamais attaqué mal à propos.

Dans l'un et l'autre cas, j'aurais donc pu me taire, et laisser au public la décision ultérieure dans cette controverse, sans me mettre en devoir de présenter une Défense.

Malheureusement, l'illustre adversaire n'a point borné son attaque à des reproches sur mon indiscrétion en matière de droit liturgique, et sur  mon  ignorance  en fait

V

d'histoire ecclésiastique. C'est ma réputation de catholique, c'est ma probité qu'il a mise en question : que dis-je ? qu'il a anéantie autant qu'il lui était possible. Je suis accusé dans la brochure d'avoir voulu flétrir l'Église de France, et, d'avoir, à cet effet, entassé les calomnies, les falsifications les plus odieuses et les plus grossières; et de plus, on a cru devoir pronostiquer sur moi la fin malheureuse de l'abbé de La Mennais.

Si pourtant j'ai quelque justification à produire, puis-je, en gardant le silence, prolonger indéfiniment le scandale donné à l'Église par la publication de mon livre ? N'est-ce pas une obligation de chercher à dissiper des accusations qui, mettant en suspicion mon orthodoxie et ma probité, compromettent, d'un seul coup, ma réputation d'honnête homme, mon caractère sacerdotal, et aussi l'honneur de mon ordre et de ma congrégation ? Personne, je l'imagine, ne contestera mon droit et mon devoir, en de telles circonstances ; et tout homme désintéressé comprendra aisément que plus est élevé le caractère, plus haute est la dignité de mon accusateur, plus aussi devient grave pour moi l'obligation de me laver des impressions fâcheuses qu'ont dû faire naître contre ma moralité les insinuations expresses dont il a cru devoir me poursuivre.

Sans doute, si je pouvais espérer que toutes les personnes dont se compose le public intéressé dans cette polémique prissent la peine de lire l'ouvrage, dans le but de vérifier la portée des accusations dont il a été l'objet, une Défense publiée en dehors du livre pourrait sembler moins nécessaire. Cette lecture ferait voir, je m'en flatte, aux plus prévenus, que mon ouvrage, qui sera considérable, d'après le plan exposé dans la préface du premier volume, n'a nullement été composé dans le but de susciter des troubles ; que les assertions qu'il renferme sont le résumé de travaux sérieux, et de plus, n'appartiennent

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pas plus à moi qu'aux auteurs approuvés dont je me suis servi et dont j'allègue sans cesse l'autorité ; que mes attaques ne tombent jamais que sur des personnes notoirement hétérodoxes ; que je rends justice à tout ce qui s'est fait de bon dans l'Église de France comme ailleurs, et plus qu'ailleurs ; que je n'ai écrit, ni insinué nulle part que le Bréviaire romain, proprement dit, soit le seul qu'on puisse licitement réciter dans toute l'Église ; que j'ai, au contraire, exalté en cent endroits le mérite et la beauté des liturgies particulières anciennes et autorisées ; que, tout en rapportant l'origine fâcheuse du Bréviaire de Paris, je n'ai jamais dit qu'il contînt des hérésies; enfin, que j'ai protesté formellement contre tout changement violent de l'ordre de choses actuellement établi en beaucoup de diocèses de France, sous le rapport de la liturgie.

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