Institutions liturgiques (page 15)
(570). Ananus Adiabène, maître de l'école d'Edesse, écrivit de Causa solemnitatis Hozannarum, et de Causa feriae sextœ Auri, c'est-à-dire du vendredi dans l'octave de la Pentecôte, jour auquel on lit le passage des Actes des Apôtres, dans lequel saint Pierre dit: Argentum et aurum non habeo. De plus, un traité des Supplications publiques, et un autre de l’Invention de la sainte Croix.
(572). Chilpéric, roi de Soissons, fils de Clotaire Ier, est, de tous les princes français, le premier qui se soit occupé de Liturgie. Il composa, dit saint Grégoire de Tours, des Hymnes et des Messes; mais elles ne sont d'aucun usage et ne pourraient l'être. Charlemagne et Robert furent plus heureux. Du reste, nous n'avons plus ces opuscules de Chilpéric.
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(573). Saint Grégoire, évêque de Tours, historien des Francs, et l'un des premiers hagiographes de son siècle, a composé une antienne en l'honneur des saints Médard et Gildard, évêques et frères. On lui a attribué aussi une prose de saint Martin, qui est plutôt une préface, ou contestation, suivant le terme de la Liturgie gallicane. Elle commence par ces paroles : Sacerdotem Christi Martinum.
(58o). Jésuiab, patriarche des nestoriens, est auteur de vingt-deux questions De Sacramentis Ecclesiœ.
(58o). Joseph, hérétique de la même secte, a écrit un grand nombre de traités, entre lesquels Zaccaria cite celui intitulé : De Causis celebriornm festivitatum.
(582). Jean le Jeûneur, patriarche de Constantinople, est auteur d'un Livre Pénitentiel et d'un traité de la Concession et de la Pénitence, publiés l'un et l'autre par le P. Morin, dans son grand ouvrage De Pœnitentia. Saint Isidore nous apprend qu'il écrivit aussi un livre du Sacrement de Baptême, adressé à saint Léandre, évêque de Séville.
(584). Licinien ou Lucinien, évêque de Carthagène, en Espagne, écrivit une Épître, citée par saint Isidore, sur le Sacrement de Baptême.
(585). Saint Léandre, évêque de Séville, écrivit aussi une Épître du Baptême; mais, en outre, il eut une très-grande part à la correction et au perfectionnement de l'Office gothique ou mozarabe. Il composa, en effet, au rapport de saint Isidore, son frère, des Oraisons nombreuses, tant pour être récitées avec les psaumes, que pour être lues dans la célébration des saints mystères. Nous parlerons ailleurs et longuement de la Liturgie mozarabe.
(589). Babaeus le Grand, d'abord moine du mont Izla, près de Nisibe, plus tard élevé sur le siège patriarcal de sa nation, écrivit, suivant Zaccaria, de Causa Hozannarum, de Causa festi Crucis, et un autre livre dans lequel il dispose, suivant le cercle de l'année, les Triomphes de la
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sainte Vierge Marie et de saint Jean, ainsi que ceux des autres solennités et commémorations. Dans la Liturgie chaldéenne, on donne le nom de Triomphes à ce que nous appelons Hymnes dans celles d'Occident.
(590). Saint Colomban , Irlandais, célèbre abbé de Luxeuil et de Bobbio, est auteur d'une Règle fameuse que nous avons encore, et dans laquelle il institue, pour les moines, une forme d'office divin différente de celle établie par saint Benoît. On sait, d'ailleurs, que cette Règle ne tarda pas à disparaître, vaincue par la supériorité de celle du patriarche des moines d'Occident. Comme saint Colomban avait été moine dans le célèbre monastère de Benchor, en Irlande, nous parlerons ici d'un précieux monument de la Liturgie de ce monastère, publié par Muratori, dans le quatrième tome de ses Anecdota Bibliothecœ Ambrosianœ. C'est un Antiphonaire que le docte éditeur conjecture avoir été transcrit vers l'an 636. On y trouve, entre autres choses curieuses, une hymne en l'honneur de saint Patrice, apôtre d'Irlande, dans laquelle sont rapportés la plupart des faits que racontent les légendaires sur cet illustre personnage : par quoi sont réfutés invinciblement certains critiques qui ont avancé que l'existence de saint Patrice n'était rien moins que prouvée, et que ses actes étaient, pour le fond comme pour la forme, un roman forgé par quelque moine du douzième ou du treizième siècle.
(595). Saint Isidore, successeur de son frère saint Léandre sur le siège de Séville, et le plus docte des Pères de l'Église gothique espagnole, ce qui a porté l'Église romaine à lui conférer la qualité de Docteur de l'Église, a traité des matières liturgiques dans plusieurs de ses écrits, notamment dans son livre des Origines. Mais, par ses deux excellents livres, de Divinis seu Ecclesiasticis Officiis, il s'est placé avec honneur à la tête des écrivains liturgiques dont la lecture est indispensable à ceux qui
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veulent faire une étude approfondie de cette science. Nous placerons ici les titres des chapitres de cet important traité, pour donner au lecteur une idée des richesses qu'il contient.
Au livre premier : 1. De Ecclesia et vocabulo Christianorum. 2. De Templis. 3. De Choris. 4. De Canticis. 5. De Psalmis. 6. De Hymnis. 7. De Antiphonis. 8. De Responsoriis. 9. De Precibus. 10. De Lectionibus. 11. De Libris Testamentorum. 12. De Scriptoribus sacrorum Librorum. 13. De Laudibus. 14. De Offertoriis. 15. De Missa et orationibus. 16. De Symbolo Nicœno. 17. De Benedictionibus in populo. 18. De Sacrificio. 19. De Tertiœ, Sextœ, et Nonoe horœ officiis. 20. De Vespertinis. 21. De Completis. 22. De Vigiliis. 23. De Matutinis. 24. De Dominica die. 25. De Natali Domini. 26. De Epiphania. 27. De Palmarum die. 28. De Cœna Domini. 29. De Parasceve. 3o. De SabbatoPaschœ. 31. DePascha. 32. De Ascensione Domini. 33. De Pentecoste. 34. De Festivitatibus Martyrum. 35. De Encœniis. 36. De Jejunio Quadragesimae. 37. De Jejunio Pentecostes. 38. De Jejunio septimi mensis. 39. De Jejunio Kalendarum Novembrium. 40. De Jejunio Kalendarum Januariarum. 41. De Triduani jejunii consuetudine. 42. De diversorum dierum ac temporum Jejuniis. 43. De vario usu Ecclesiarum. 44. De Carnium esu vel piscium.
Au livre second : 1. De Clericis. 2. De regulis Clericorum. 3. De generibus Clericorum. 4. De Tonsura. 5. De Sacerdotibus. 6. De Chorepiscopis. 7. De Presbyteris. 8. De Diaconibus. 9. De Custodibus sacrorum. 10. De Subdiaconibus. 11. De Lectoribus. 12. De Psalmistis. 13. De Exorcistis. 14. De Ostiariis. 15. De Monachis. 16. De Pœnitentibus. 17. De Virginibus. 18. De Viduis. 19. De Conjugatis. 20. De Catechumenis, Exorcismo et Sale. 21. De Competentibus. 22. De Symbolo.
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23. De regula Fidei. 24. De Baptismo. 25. De Chrismate. 26. De Manus impositione, vel Confirmatione.
Cet ouvrage si précieux a été placé, par Hittorp, à la tête de sa collection liturgique, dans laquelle on peut aller le consulter ; à moins qu'on ne préfère, ce qui vaut beaucoup mieux, le lire dans les œuvres du saint Docteur, surtout dans l'excellente édition d'Arevalo (1).
Saint Isidore est auteur des deux hymnes de sainte Agathe, que l'on trouve dans l'office de cette Sainte, au Bréviaire mozarabe : Adesto, plebs fidissima, et Festum insigne prodiit coruscum.
(599). Eutrope, évêque de Valence, adressa à Licinien, évêque de Carthagène, une lettre au sujet de l'onction du chrême faite aux enfants après le baptême; mais cette pièce ne se trouve plus.
Ici se termine la bibliothèque des principaux auteurs liturgistes des cinquième et sixième siècles. On a dû voir qu'elle se divise d'elle-même en deux classes : l'une de ceux qui ont dressé ou corrigé les formules de la Liturgie, l'autre de ceux qui ont traité, sous le point de vue didactique, des particularités et des raisons des mystères et de l'office divin.
Si nous passons maintenant aux conclusions qui ressortent des faits énoncés dans le présent chapitre, nous trouvons :
Que l'unité, qui est l'élément essentiel du christianisme, a tendu de bonne heure à se réfléchir, non-seulement dans les formes essentielles de la Liturgie, desquelles elles n'a jamais été absente, mais même dans celles de ces formes qui n'ont trait qu'à la convenance et à la simple solennité du culte divin ;
Que les pasteurs des Églises, dans leurs conciles, dès les cinquième et sixième siècles, ne se sont pas contentés
(1) Rome, 18o5, 7 vol. in-4°.
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de reconnaître cette tendance, mais qu'ils ont fait des lois pour l'ériger en droit précis ;
Que les pasteurs des Églises, dans leurs conciles, ont motivé leurs décrets en faveur de l'unité liturgique, sur la nécessité de faire ressortir aux yeux des peuples l'unité de foi, et de prévenir le scandale que causait déjà la diversité des usages admis dans la célébration des offices divins ;
Que les Pontifes romains, en rappelant les évêques de l'Occident à l'observance des usages et traditions du Siège apostolique, et réclamant, dans la matière des rites sacrés un droit spécial sur les églises de l'Italie, des Gaules, de l'Espagne, de l'Afrique, de la Sicile et des îles adjacentes à l'Italie, posèrent dès lors la base du droit que nous leur verrons développer plus tard;
Qu'en outre, les mêmes Pontifes ne négligèrent aucune occasion de montrer l'union intime de la Foi et de la Liturgie, en sorte qu'ils proclamèrent dès lors leur grande maxime : Legem credendi statuat lex supplicandi; maxime dont nous ne cesserons de voir l'application dans toute la suite de cette histoire ;
Qu'en même temps que l'Église, à cette époque de paix, travaillait à établir l'unité liturgique, elle était occupée £n tous lieux à perfectionner les formes du culte divin ; en sorte que la rédaction définitive des diverses Liturgies, principalement en Occident, date des cinquième et sixième siècles, savoir : la romaine, par saint Gélase et saint Grégoire le Grand ; la gallicane, par Salvien, Musseus, Sidoine Apollinaire, etc. ; l'africaine, par Voconius ; la gothique, par saint Léandre et saint Isidore; la monastique par saint Benoît, saint Césaire, saint Aurélien, saint Colomban;
Que, dans ce siècle aussi, les hérétiques, principalement ceux d'Orient, se montrèrent empressés de souiller de leurs erreurs et de leurs innovations la Liturgie, et cela, par le même principe qui portait les conciles et les Pontifes
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romains à proclamer la Liturgie, la forme la plus sacrée et la plus populaire de la doctrine. A voir le grand nombre d'hérétiques, dans l'époque que nous traitons, qui ont dressé de ces formules sacrées qui ont traversé les siècles et sont demeurées un si solide rempart de leurs erreurs, on comprend plus que jamais quelle arme redoutable contre l'orthodoxie tombe aux mains des novateurs, toutes les fois que, dans une nation chrétienne, le pouvoir liturgique n'est pas lui-même le pouvoir souverain et infaillible dans l'Église;
Que la Liturgie est donc, comme toutes les grandes choses de ce monde, l'arbre de la science du bien et du mal, puisque, dans ce chapitre qui nous a donné lieu d'énumérer les noms de plusieurs des plus vénérables docteurs de l'Église, nous n'avons pu nous empêcher d'y joindre une ignoble liste sur laquelle figurent Théodore de Mopsueste, Nestorius, Philoxène, Sévère d'Antioche, Jacques d'Édesse, etc.
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NOTES DU CHAPITRE VI
NOTE A
Præter has autem beatissimas et apostolicas Sedis inviolabiles sanctiones, quibus nos piissimi patres, pestiferae novitatis elatione dejecta, et bonae voluntatis exordia, et incrementa probabilium studiorum, et in eis usque in finem perseverantiam ad Christi gratiam referre docuerunt; obsecrationum quoque sacerdotalium sacramenta respiciamus, quas ab Apostolis tradita in toto mundo atque in omni Ecclesia catholica uniformiter celebrantur; ut legem credendi, lex statuât supplicandi. Cum enim sanctarum plebium praesules mandata sibimet legatione fungantur, apud divinam clementiam humani generis agunt causam, et tota secum Ecclesia congemiscente, postulant et precantur, ut infidelibus donetur fides, ut idololatrœ ab impietatis sua; liberentur erroribus, ut Judaeis ablato cordis velamine lux veritatis appareat, ut haeretici catholica; fidei perceptione resipiscant, ut schismatici spiritum redivivas caritatis accipiant, ut lapsis pœnitentias remedia conferantur, ut denique catechumenis ad regenerationis sacramenta perductis coelestis misericordiae aula reseretur. (S. Cœlestini Epist. XXI, apud D. Coustant.)
Exsere contra orationes Ecclesia; disputationes tuas, et quando audis sacerdotem Dei ad altare exhortantem populum Dei orare pro incredulis, ut eos convertat ad fidem, et pro catechumenis, ut eis desiderium regenerationis inspiret, et pro fidelibus, ut in eo quod esse coeperunt, ejus munere perseverent, subsanna pias voces. (S. Augustin: Epist. CCXV1I, ad Vitalem.)
NOTE B
Post rectas fidei confessionem, quas in sancta Dei Ecclesia praedicatur, placuit ut omnes sacerdotes, qui catholicae fidei unitate complectimur nihil ultra diversum, aut dissonum in ecclesiasticis sacramentis agamus, ne quaelibet nostra diversitas apud ignotos seu carnales schismaticis errorem videatur ostendere, et multis existat in scandalum varietas ecclesiarum. Unus igitur ordo orandi atque psallendi nobis per omnem Hispaniam atque Galliam conservetur, unus modus in Missarum solemnitatibus, unus in vespertinis matutinisque officiis, nec diversa sit ultra in nobis ecclesiastica consuetudo; quia in una fide continemur et regno; hoc enim et antiqui canones decreverunt, ut unaquasque provincia et psallendi et ministrandi parem consuetudinem teneat. (Conc. Toletan. IV, can. II, Labb., tom. V.)
NOTE C
Si instituta ecclesiastica, ut sunt a beatis Apostolis tradita, integra vellent servare Domini sacerdotes, nulla diversitas, nulla varietas in ipsis
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ordinibus et consecrationibus haberetur. Sed dum unusquisque non quod traditum est, sed quod sibi visum fuerit, hoc aestimat esse tenendum, inde diversa in diversis locis vel ecclesiis aut teneri, aut celebrari videntur; ac fit scandalum populis, qui dum nesciunt traditiones antiquas humana praesumptione corruptas, putent sibi aut ecclesias non convenire, aut ab Apostolis vel apostolicis viris contrarietatem inductam. Quis enim nesciat aut non advertat, id quod a principe Apostolorum Petro Romae ecclesia; traditum est,-ac nunc usque custoditur, ab omnibus debere servari; nec superduci aut introduci aliquid, quod auctoritatem non habeat, aut aliunde accipere videatur exemplum ? Praesertim cum sit manifestum, in omnem Italiam, Gallias, Hispanias, Africain atque Siciliam, et insulas interjacentes, nullum instituisse ecclesias, nisi eos quos venerabilis apostolus Petrus aut ejus successores constituerint sacerdotes. Aut legant, si in his provinciis alius Apostolorum invenitur, aut legitur docuisse. Qui si non legunt, quia nusquam inveniunt, oportet eos hoc sequi, quod ecclesia Romana custodit, a qua eos principium accepisse non dubium est; ne dum peregrinis assertionibus student, caput institutionum videantur omittere. Sape dilectionem tuam ad Urbem venisse, ac nobiscum in ecclesia convenisse non dubium est, et quem morem vel in consecrandis mysteriis, vel in ceteris agendis arcanis teneat, cognovisse. Quod sufficere ad informationem ecclesias tuas, vel reformationem, si praecessores tui minus aliquid aut aliter tenuerunt, satis certum haberemus, nisi de aliquibus consulendos nos esse duxisses. Quibus idcirco respondemus, non quod te aliqua ignorare credamus, sed ut majori auctoritate vel tuos instituas, vel si qui a Romana; ecclesias institutionibus errant, aut commoneas, aut indicare non differas, ut scire valeamus qui sint, qui aut novitates inducunt, aut alterius ecclesia;, quam Romanae, existimant consuetudinem esse servandam. (S. Innocentii I ad Decentium Eugub., apud D. Coustant.)
NOTE D
Item gesta sanctorum martyrum, qui multiplicibus tormentorum cruciatibus, et mirabilibus confessionum triumphis illustrantur. Quis ista esse catholicorum dubitet, et majora eos in agonibus esse perpessos nec suis viribus, sed gratia Dei et adjutorio universa tolerasse ? Sed ideo secundum antiquam consuetudinem et singularem cautelam in sancta Romana ecclesia non leguntur, quia et eorum qui conscripsere nomina penitus ignorantur; et ab infidelibus aut idiotis superflua, aut minus apta quam rei ordo fuerit, scripta esse putantur; sicut cujusdam Cyrici et Julittae, sicut Georgii, aliorumque hujusmodi passiones, quae ab haereticis perhibentur compositas. Propter quod, ut dictum est, ne vel levis subsannandi oriretur occasio, in sancta Romana ecclesia non leguntur. Nos tamen cum praedicta ecclesia omnes martyres, et gloriosos agones, qui Deo magis quam hominibus noti sunt, omni devotione veneramur. (Gelasii Papa; décret., in conc. Rom., apud Labb., pag. 1263.)
I - CHAPITRE VII
CHAPITRE VII : TRAVAUX DE SAINT GREGOIRE LE GRAND SUR LA LITURGIE ROMAINE. — PROGRÈS DE CETTE LITURGIE DANS L'OCCIDENT. — AUTEURS LITURGISTES DES VII° ET VIII° SIECLES.
NOTES DU CHAPITRE VII
NOTE A
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La fin du sixième siècle vit monter sur le Siège apostolique un homme dont le pontificat de treize ans et six mois expira l'an 604, mais laissa pour tous les siècles suivants la renommée d'une gloire qui a pu être égalée, mais n'a jamais été surpassée. Saint Grégoire le Grand, dont l'immense correspondance nous retrace si vivement la sollicitude qu'il exerçait sur toutes les Églises, dont les écrits si remplis de gravité et d'onction justifient, par la plus pure et la plus excellente doctrine, le titre de quatrième Docteur que l'Église lui a assigné, saint Grégoire le Grand porta ses soins éclairés sur la Liturgie de l'Église de Rome, et par les perfectionnements qu'il y introduisit, prépara d'une manière sûre, pour un temps plus ou moins éloigné, son introduction dans toutes les provinces de l'immense patriarcat d'Occident.
Nous avons rapporté, au chapitre précédent, les travaux de saint Célestin et de saint Gélase durant ce cinquième siècle, qui fut, dans toute l'Église, un moment brillant pour la Liturgie, puisqu'on vit alors les plus grands évêques donner tous leurs soins à la perfectionner. Vers la fin du sixième siècle, il était devenu nécessaire de compléter et d'améliorer l'œuvre des siècles précédents; car la Liturgie, comme le Symbole de l'Église, comme le recueil de sa
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Discipline, doit s'enrichir par le cours des siècles, bien qu'elle ne puisse changer d'une manière fondamentale. Ce progrès dirigé par l'autorité compétente, en même temps qu'il satisfait à de nouveaux besoins, n'expose jamais l'intégrité des rites ecclésiastiques et n'amène point de variations choquantes dans les formules saintes que les siècles ont consacrées.
Ce fut donc dès les premières années de son pontificat que saint Grégoire entreprit la réforme de la Liturgie romaine. Son historien, Jean Diacre, nous a laissé sur ce sujet les détails les plus intéressants; ils nous sont confirmés non-seulement par le témoignage de tous les auteurs qui l'ont suivi, mais même par l'autorité de plusieurs personnages qui ont vécu avant lui, tels que Walafride Strabon, saint Adrien Ier, et Ecbert, qui occupa le siège d'York en 732. Or, voici les paroles de Jean Diacre, au chapitre XVII du second livre de la vie de notre saint pontife :
« Il réduisit en un seul volume le livre du pape Gélase, qui contenait la solennité des messes, retranchant beaucoup de choses, en retouchant quelques-unes, et en ajoutant plusieurs autres (1). »
Walafrid Strabon, qui mourut en 849, vingt-huit ans avant le Pontificat de Jean VIII, par l'ordre duquel Jean Diacre écrivit la vie de saint Grégoire, s'exprime ainsi dans son traité De Rebus ecclesiasticis : « Gélase, le cinquante-unième Pape, mit en ordre les prières, tant celles qu'il avait composées que celles que d'autres avaient rédigées avant lui; les Églises des Gaules se servirent de ses oraisons, et elles y sont encore employées par plusieurs. Mais comme beaucoup de ces formules semblaient appartenir à des auteurs incertains, ou ne présentaient pas
(1) Sed et Gelasianum codicem de missarum solemniis, multa subtrahens, pauca convertens, nonnulla vero adjiciens, pro exponendis Evangelicis lectionibus, in unius libri volumine coarctavit. (Joann. Diac. Vita S. Gregorii, lib. II, cap. XVII.)
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un sens clair et complet, le bienheureux Grégoire prit soin de réunir tout ce qui était conforme à la pureté originale du texte, et ayant retranché les choses trop longues, et celles qui avaient été rédigées sans goût, il composa le livre qui est appelé des Sacrements. Que si on y trouve encore plusieurs choses qui s'écartent du but que nous venons de marquer, elles n'ont point été insérées par ce Pape, mais on doit croire qu'elles ont plus tard été ajoutées par d'autres personnes moins soigneuses (1). »
Telle est l'origine du Sacramentaire grégorien qui, joint à l'Antiphonaire dont nous parlerons bientôt, forme encore aujourd'hui, à quelques modifications près, le Missel romain dont l'Église d'Occident tout entière se sert, sauf les exceptions de fait ou de droit.
L'historiographe de saint Grégoire nous apprend encore d'accord avec le Liber pontificalis, que ce saint pontife ajouta quelques paroles au canon de la messe. Remarquons ici, pour la seconde fois, que l'addition d'une seule ligne au canon de la messe était un événement qui intéressait tout l'Occident et que les siècles à venir ne pouvaient plus ignorer. Voici les paroles de Jean Diacre : « Il ajouta au canon de la messe : Diesque nostros in tua pace disponas, atque ab œterna damnatione nos eripi, et in electorum tuorum jubeas grege numerari (2). » Cette
(1) Nam et Gelasius Papa, in ordine LI, ita tam a se quam ab aliis compositas preces, dicitur ordinasse. Et Galliarum Ecclesias suis orationibus utebantur, quae adhuc à multis habentur. Et quia tam incertis auctoribus multa videbantur inserta, et sensus integritatem non habentia, curavit beatus Gregorius rationabilia quaeque coadunare, et seclusis his, quae vel nimia vel inconcinna videbantur, composuit librum qui dicitur Sacramentorum, sicut ex titulo ejus manifestissime declaratur : in quo si aliqua inveniuntur ad hune sensum claudicantia, non ab illo inserta, sed ab aliis minus diligentibus postea credenda sunt superaddita. (Walafrid. Strabo. de Rebus Ecclesiast., cap. XXII.)
(2) In canone missae apposuit : Diesque nostros, etc. (Joan. Diac, Vit. S. Gregorii M., lib. II, cap. XVII.)
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addition qui exprime une demande de paix, paraît se rapporter à l'année 594, durant laquelle Agilulphe, roi des Lombards, vint mettre le siège devant Rome; ce qui plongea dans la plus vive terreur cette ville, qui se trouvait en ce moment privée de garnison. Inquiet du salut de son troupeau, saint Grégoire suspendit les travaux qu'il faisait alors sur le prophète Ezéchiel, et ses instantes prières, jointes à sa vigilance et au courage des Romains, procurèrent la délivrance de la ville, après un an de siège (1).
Saint Grégoire ne se borna pas à rectifier les formules de la Liturgie et à les compléter; il s'attacha aussi à donner aux cérémonies du culte une pompe extérieure qui les rendit plus efficaces encore pour l'instruction et l'édification du peuple. Il régla, dans un ordre qui s'est conservé jusqu'aujourd'hui presque dans son entier, les jours et les lieux des Stations (2). « Il ordonna avec soin, continue Jean Diacre, les Stations dans les basiliques, ou dans les cimetières des saints martyrs, en la manière que garde encore aujourd'hui le peuple romain, comme si Grégoire vivait toujours. Dans ces Stations, auxquelles il prenait part lui-même, il prononça, en diverses époques, devant l'assemblée des fidèles, vingt homélies sur l'Evangile ; il dicta seulement les vingt suivantes, et les fit déclamer par d'autres, à cause des langueurs de sa poitrine fatiguée. L'armée du Seigneur, composée d'une foule innombrable de fidèles de tout sexe, de tout âge et de toute condition, avide de la parole de doctrine, accompagnait, dans ces Stations, les pas du Pontife, qui, comme le chef d'une milice céleste, donnait à chacun des armes spirituelles (3). »
(1) Ciacconi. Vitae Pont. Rom., tom. I, pag. 404.
(2) Nous donnerons ailleurs la désignation de ces Stations, ainsi que le détail de ce qu'on y observait.
(3) Stationes per basilicas, vel sanctorum martyrum Coemeteria secundum quod hactenus plebs Romana quasi eo vivente certatim discurrit, sollicitus ordinavit : per quas et ipse simul discurrens, dum adhuc eloqui praevaleret,viginti homilias Evangelii coram Ecclesia diverso tempore declamavit : reliquas vero ejusdem numeri dictavit quidem, sed lacessente stomacho languore continuo, aliis pronunciandas commisit. Sequebatur exercitus Domini ultra citraque Gregorium praeeuntem, et audituras verbum doctrinae innumerabiles undique diversi sexus, astatis ac professionis voluntarias confluebant cohortes : quibus ille, utpote ductor cœlestis militiae, cunctis duntaxat arma spiritalia suggerebat. (Joan. Diac., ibid., cap. XVII et XIX.)
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« Il régla les Messes solennelles que l'on célébrerait sur les corps des bienheureux Apôtres Pierre et Paul. Il fit l'acquisition d'un grand nombre de plants d'oliviers dont il grava le dénombrement sur des tables de marbre placées aux portes de la basilique (1), et les affecta au luminaire qu'il augmenta, et à l'entretien duquel il pourvut avec soin (2). »
On peut voir dans les divers exemplaires du Sacramentaire grégorien, qui ont été publiés sur des manuscrits plus ou moins purs, et dans les anciens Ordres romains, dont les deux premiers sont très-certainement contemporains de saint Grégoire, la forme de la Messe papale, telle qu'elle était célébrée aux jours des Stations. Fleury lui-même n'a pas cru devoir se dispenser d'en raconter plusieurs détails dans son Histoire ecclésiastique. Nous réservons ce récit, ainsi que la description de la Messe papale telle qu'elle se célèbre aujourd'hui, pour la partie de notre travail qui traitera à fond du sacrifice chrétien et de ses mystères.
Les modifications que saint Grégoire avait introduites dans la Liturgie n'avaient pas manqué, ainsi qu'il arrive
(1) Ces tables existent encore parfaitement conservées, sous le portique de la basilique actuelle de Saint-Pierre.
(2) Super corpora beatorum Petri et Pauli apostolorum, missarum solemnia celebrari decrevit, acquisitis numerosissimis olivetis, quorum summam in tabulis marmoreis, prae foribus ejusdem basilicae annotavit, luminaria superaddidit, officia sedula deputavit. (Joan. Diac, ibid., cap. XX.)