Institutions liturgiques (page 141)
2° Un syllogisme, en effet, n'est pas en forme, quand la conséquence n'est pas contenue dans les prémisses; or, la conséquence du syllogisme qui m'est attribué dans la brochure qui porte le nom de Monseigneur l'archevêque
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de Toulouse, n'est pas contenue dans les prémisses, et de plus, le conséquent lui-même n'y est pas inclus davantage. En effet, voici une troisième fois ce syllogisme sous les yeux du lecteur.
MAJEURE. Le jansénisme est pour jamais inauguré au dictionnaire des hérésies.
MINEURE. Or, le jansénisme a été le protestantisme de notre pays, le seul qui ait su se faire accepter.
Donc..... devra conclure tout logicien, habile ou non, donc, il y a eu des jansénistes plus ou moins nombreux dans notre pays.
Pas du tout, on voudrait conclure de cette façon : Donc, l'Église de France est hérétique.
Mais cette conclusion ne serait légitime que dans le cas où le mot notre pays, qui signifie une circonscription territoriale au sein de laquelle peuvent vivre les individus les plus opposés en fait de croyances religieuses, serait identique à cet autre mot l'Église de France, qui représente, au contraire, une société spirituelle unie dans la croyance des mêmes dogmes et dans l'obéissance à la même hiérarchie. Or, qui ne voit que ces deux dénominations sont totalement distinctes, et que l'Église d'un pays, pour exister et pour n'être pas hérétique, n'a aucunement besoin d'occuper matériellement toute la superficie de ce pays? Autrement, quand on dit : L'anglicanisme est le protestantisme de l’Angleterre, et s'est fait accepter dans ce pays, on serait aussi en droit de conclure : Donc l'Église catholique qui est en Angleterre est hérétique. Qui voudrait jamais tirer une aussi étrange conclusion ?
En second lieu, pour que la conséquence que l'on m'impute dans la brochure fût légitime, il faudrait encore que la mineure renfermât ce qu'elle ne renferme pas plus que le livre lui-même. Il faudrait qu'en disant : le jansénisme a été le protestantisme de notre pays, j'eusse voulu
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dire et exprimer en effet que ce protestantisme de notre pays avait tellement envahi la France, qu'il ne restât pas un lieu libre de son influence. Ai-je dit cela, explicitement ou implicitement ? Il faudrait qu'en disant que le jansénisme a été le seul protestantisme qui ait su se faire accepter dans notre pays, j'eusse voulu dire et exprimer en effet que son envahissement a été tel que, moralement parlant, nul homme, clerc ni laïque, n'a su s'y soustraire. Ai-je dit cela, explicitement ou implicitement? Non, mille fois non. Le syllogisme par lequel on s'est chargé de rendre ma pensée au public, n'est donc pas en forme, et je n'en suis pas responsable.
C'est pourquoi, Monseigneur, je crois que vous n'êtes nullement fondé à ajouter les phrases qui suivent. Je les transcris ici pour nos lecteurs.
« Pour expliquer mieux sa pensée, Dom Guéranger nous dit que le jansénisme est le protestantisme de notre pays, c'est-à-dire que nous l'avons accepté en France, comme on a accepté le protestantisme en Angleterre, en Prusse, en Danemark. L'Église gallicane est janséniste comme les églises de ces royaumes sont protestantes. Rien de plus positif que cette accusation. »
Non, Monseigneur, rien de moins positif que cette accusation. Je viens de montrer qu'en bonne logique on ne pouvait me l'attribuer; quant au fait en lui-même, l'énumération des personnages catholiques appartenant à la France, que j'ai donnée tout à l'heure, comme extraite de mon livre, suffit à prouver combien je suis loin d'avoir prétendu que l'Église de France fût tombée en masse dans l'hérésie.
En terminant cette discussion sur le fameux syllogisme, j'ajouterai encore un mot pour repousser une imputation non moins injuste lancée contre moi dans ces paroles de la brochure : « Peut-on excuser de témérité, y est-il dit, un prêtre, un religieux qui accuse la plupart des
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catholiques français d'être dans une déviation universelle relativement à la doctrine (1) ? » D'abord, Monseigneur, je ne parle pas m présent, mais bien au passé dans la phrase à laquelle la brochure fait allusion. Voici cette phrase : « La déviation était universelle dans les doctrines admises par la plupart des catholiques français (2). S'il y avait là une injure, elle ne serait pas du moins pour les contemporains.
En second lieu, je ne dis pas la doctrine, mais bien les doctrines; ce qui est fort différent : le mot doctrine au singulier ne pouvant s'entendre en matière religieuse que de la foi elle-même; tandis que, par les doctrines au pluriel, on peut entendre, dans le langage ordinaire, mais surtout avec le contexte, des principes et des maximes d'une importance moins capitale. On dit les doctrines romaines, pour exprimer les principes du Saint-Siège opposés à la Déclaration de 1682 qui renferme les doctrines gallicanes.
En troisième lieu, le mot catholiques, appliqué aux Français dont je parle, montre bien assez clairement par lui-même qu'il n'est point ici question d'hérésie; puisque le premier effet de l’hérésie est de faire perdre à celui qui la professe le nom et la qualité de catholique.
En quatrième lieu, que cette déviation à l'égard des maximes romaines ait été presque universelle en France au XVIII° siècle, c'est ce qu'attestent les actes des Assemblées du Clergé, les ouvrages de théologie et de droit canonique, les arrêts des Cours de justice, lesquels forment tout ensemble, pour cette époque, la plus solennelle et la plus constante profession delà doctrine de 1682. On ne citerait peut-être pas dix volumes écrits en France, au XVIII° siècle, dans lesquels on ait osé enseigner ce qu'on
(1) Page 13.
(2) Institutions liturgiques, tome II, page 342.
appelait les doctrines ultramontaines. Or, c'est là tout simplement le sens de mon texte, comme il appert, non seulement de la grammaire, mais de ce qui précède et de ce qui suit. Une lecture plus attentive et plus bienveillante m'eût donc épargné cette nouvelle imputation.
II. Je passe maintenant à mon second grief contre l'orthodoxie de l'Église de France.
Vous dites, Monseigneur, que j'ai imaginé une hérésie de ma façon, qu'il m'a plu d'appeler l’hérésie antiliturgique, tout exprès pour pouvoir l'appliquer à l'Église de France, et vous demandez en quel lieu de la France on enseigne une hérésie de cette nature (1) ?
A cela je réponds que je n'ai point imaginé d'hérésie dans un but odieux à l'Église de France, pas plus que je n'ai signalé tel ou tel lieu de la France où s'enseigne cette hérésie. Après tout, quand l'erreur que j'ai dénoncée aurait ses apôtres directs en France, y aurait-il beaucoup lieu de s'en étonner, inondés que nous sommes de toutes sortes de prédicateurs d'impiétés et d'hérésies, dans notre malheureux pays? Je dirai même plus; il s'enseigne pis que l'hérésie antiliturgique : vous savez mieux que moi, Monseigneur, que M. Catien Arnoult (2), n'en est plus là.
Mais venons au fait. Comme il est reconnu de tout le monde, et vous le savez mieux que moi, Monseigneur, que le cercle des erreurs possibles contre la révélation chrétienne est borné, en sorte que l'on peut ramener à un petit nombre de systèmes hétérodoxes, à quelques erreurs-mères, toutes les hérésies, sans exception, qui ont cherché à souiller et à anéantir la doctrine catholique, les théologiens ont cherché à assigner ces points principaux de la doctrine hérétique, afin de rendre plus lumineuse la
(1) Pages 36 et 37.
(2) Professeur de Faculté à Toulouse.
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marche de l'enseignement et plus victorieuse la polémique qu'ils dirigent contre les hétérodoxes.
Ainsi a-t-on reconnu les caractères de l'hérésie panthéiste, bien qu'ils l'aient professée à divers degrés, chez les valentiniens et autres sectaires des deux premiers siècles, dont le système tendait plus ou moins à l'identification des substances; chez les eutychiens, qui enseignaient que, dans le Verbe incarné, la nature humaine a été absorbée dans la nature divine; chez les jansénistes, qui prétendaient que l'opération divine sur les actions bonnes de l'homme était absolue et sans aucun concours de la liberté d'indifférence ; chez les quiétistes, qui soutenaient que l'homme parfait arrivait à une telle union avec la substance divine, qu'il devait suspendre, comme imparfait, tout acte propre, même vertueux, et réputer comme indifférent tout acte mauvais.
Ainsi a-t-on reconnu les caractères de l'hérésie dualiste, non seulement dans le manichéisme, qui reconnaît deux principes indépendants, l'un bon, l'autre mauvais; mais aussi dans le nestorianisme, qui divise en deux personnes la personne du Verbe incarné; dans le système qui, non content de la distinction essentielle des deux puissances, les déclare absolument indépendantes l'une de l'autre dans tous les cas (1); dans le jansénisme avec son système de la double délectation, au moyen de laquelle l'homme devient tour à tour, et sans le concours de sa volonté proprement dite, le jouet de Satan, ou l'organe de Dieu.
Ainsi a-t-on reconnu l'hérésie rationaliste ou le système de l'indépendance de la raison, dans le mouvement théologique imprimé par Luther, mais surtout par Calvin, au seizième siècle, et poussé aujourd'hui jusqu'à ses dernières conséquences chez les protestants d'Allemagne; dans le socinianisme qui, s'attaquant de front à la divinité de
(1) Voir la Bulle Unam Sanctam, au Corps du Droit.
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Jésus-Christ, montra dès l'abord que tous les autres dogmes chrétiens ne lui tenaient pas davantage à cœur; dans l'hermésianisme qui, de nos jours, tout en laissant subsister en apparence la confession de foi catholique, la mine sourdement par une doctrine diamétralement opposée à l'essence de la foi.
Je pourrais pousser beaucoup plus loin cette énumération des erreurs-mères, et d'autant plus qu'elles ont elles-mêmes produit des subdivisions plus ou moins fécondes; mais ce que je viens de rappeler suffira, je pense, à expliquer comment j'ai pu songer à ramener à un même principe les diverses manifestations, qu'on rencontre à travers les siècles, d'un esprit frondeur et diamétralement opposé aux formes du culte divin. J'ai donné à cette tendance le nom d’antiliturgisme, et je la définirais volontiers : « Un désir de s'affranchir de la servitude extérieure qu'imposent les pratiques du culte liturgique, en tant que traditionnelles, mystérieuses et imposées
par une autorité supérieure. »
Or, il est certain que, de même qu'on trouve dans certaines hérésies des éléments provenant soit du panthéisme, soit du dualisme, soit du rationalisme, etc., on trouve aussi dans divers systèmes d'erreurs, à différents degrés, la tendance que je viens de signaler.
Il est certain que l'Orient, moins sec, moins froid que l'Occident, n'a pas connu autant que les peuples occidentaux cette action du rationalisme pratique. Chez les races sémitiques, les hérétiques comme les catholiques gardent les formes du culte traditionnel avec une fidélité sans bornes, tandis que les peuples occidentaux, de même que dans leurs systèmes d'erreurs ils se montrent généralement incroyants, portent avec plus de peine le joug du service extérieur de la liturgie. J'ai cité Vigilance comme le point de départ de cette tendance parmi nous, et c'est à tort qu'on prétendrait qu'il
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n'attaque que l’objet de la liturgie et non la liturgie même (1). Quand, par exemple, il poursuit de ses sarcasmes la coutume liturgique d'allumer dans l'église des cierges en plein jour ; c'est bien assurément à la forme qu'il s'en prend. Je dirai de plus, mais sans y attacher d'importance, que cet hérésiarque était né dans les Gaules, et peut être réputé Gaulois, quoique ses ancêtres aient été originairement des barbares transplantés d'Espagne en deçà des Pyrénées par Pompée, quelque trois cents ans avant la naissance de Vigilance (2) ; lequel étant déjà prêtre en 394, devait, quoiqu'on en dise, appartenir par sa naissance au quatrième siècle et non au cinquième. Mais laissons ces légères chicanes, et continuons.
Il est certain encore que les divers principes d'erreurs qui se combinent dans chaque système général d'hérésie, n'y entrent pas tous au même degré. Ainsi l'hérésie antiliturgique, pleinement appliquée dans le calvinisme, ne reçoit pas tous ses développements dans le jansénisme; puisque cette dernière hérésie ayant pour principe constitutif de feindre l'union avec l'Église, ne peut pas rompre ouvertement avec elle sur tous les points du culte extérieur. Son système est d'affaiblir, de miner, de pousser à une transformation insensible vers le calvinisme dont elle est sortie et qui doit l'absorber tôt ou tard. Je crois avoir suffisamment fait sentir ces diverses nuances dans mon second volume, lorsque j'ai eu à appliquer les caractères de l'hérésie antiliturgique déterminés dans le XIV° chapitre du premier volume.
Cela posé, et laissant bien volontiers à votre jugement, Monseigneur, la question de savoir si, métaphysiquement, j'ai eu raison, ou non, d'abstraire en cette manière les caractères d'une tendance perverse qui s'est fait remarquer
(1) Page 37.
(2) Page 39.
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dans la plupart des phénomènes hérétiques de l'Occident, durant une longue suite de siècles, j'en viens à la plus grave partie de votre accusation. C'est que, non content d'avoir forgé une nouvelle hérésie, je me suis avisé de l'appliquer à l'Église de France, afin de ranger tout doucement les évêques de ce pays au nombre des hérétiques (1).
J'avoue que je ne m'étais pas encore aperçu de ce résultat. En effet, pour qu'il fût de nature à m'être imputé, il faudrait que j'eusse dit quelque part dans mon livre que les évêques de France ont professé ou professent l'hérésie antiliturgique. Où trouvez-vous cela dans mon livre, Monseigneur, dites-le moi, de grâce !
Oui, il est bien vrai que j'ai écrit que les livres de la liturgie parisienne de 1736, qui se sont étendus depuis à un grand nombre de diocèses, ont eu pour rédacteurs des hommes appartenant à ce calvinisme mitigé qu'on appelle l'hérésie janséniste. Il est bien vrai que j'ai signalé dans leur œuvre les caractères de l'anti-liturgisme qu'ils ont imprimés à tout ce qu'ils ont produit; mais il est complètement faux que j'aie imputé indistinctement aux évêques qui ont eu le malheur de propager ces livres, la note quelconque d'hérésie, antiliturgique ou autre. Ceux qui ont lu attentivement mon livre, savent que, de ces trois assertions, la dernière n'est pas moins fondée que les deux premières : mais reprenons-les toutes les trois, le livre en main.
1° Il est bien vrai que j'ai écrit que les livres de la liturgie parisienne de ijS6, ont eu pour rédacteurs des hommes appartenant au jansénisme. Or, cette assertion, je l'ai démontrée par les faits; j'attends encore la réfutation de ces faits. En attendant, je vais placer ici un choix d'autorités propres à éclairer la matière.
(1) Page 36.
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La première autorité que j'alléguerai sera celle de Charles de Vintimille lui-même. Que signifient les cartons qu'il fit mettre au nombre d'environ cinquante dans la seconde édition de son bréviaire, dès 1736, si ce n'est qu'il reconnaissait fondées les réclamations des catholiques parmi lesquels on comptait jusqu'à deux de ses grands vicaires, des curés respectables, les directeurs des séminaires de Saint-Sulpice et de Saint-Nicolas du Chardonnet (1) ? Que signifie l'étrange précaution que prend le prélat dans la lettre pastorale pour la publication du nouveau missel, deux ans après le bréviaire, lorsqu'il dit à son clergé : « Nous pouvons affirmer que les vérités du dogme catholique exprimées dans les anciennes oraisons, ont été religieusement conservées par nous dans toute leur intégrité et inviolabilité (2) ? » Quel motif de se justifier ainsi du soupçon d'avoir altéré le dogme catholique, si ce n'est la rumeur qui s'était élevée au sein de l'Église de Paris, lorsqu'elle avait vu ses livres de prières livrés aux mains des hérétiques, et soumis ensuite à une humiliante expurgation ?
Je citerai encore un nouveau témoignage de la gravité des circonstances qui accompagnèrent la publication du Bréviaire de Paris de 1736. C'est une lettre du cardinal de Fleury, au cardinal Quirini, évêque de Brescia, en date du 22 juillet iy'36. « A l'égard d'un exemplaire du Bréviaire de Paris, dit ce premier ministre du Roi de France, j'en enverrai volontiers à Votre Éminence un exemplaire, quand l'édition en sera achevée avec les cartons qu'on y a mis; car on n'en vend plus des anciens, tels qu'ils avaient paru il y a trois ou quatre
(1) L'Ami de la Religion, tome XXVI.
(2) Veritates catholici dogmatis quas precationes illœ ferebant affirmare possumus illœsas a nobis inviolatasque magna esse religione servatas.
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mois. Mais vous trouverez bon que je ne vous l'envoie pas sous mon nom, ne voulant pas que M. l'archevêque de Paris croie que j'en adresse un au bibliothécaire du Vatican. Je n'en ai rien lu, mais je sais qu'on en a fait de fort mauvaises relations à Rome, et je ne puis que suspendre mon jugement jusqu'à ce que je l'aie examiné par moi-même, ou que quelque personne assurée m'en ait dit son sentiment. M. l'archevêque de Paris est fort jaloux de son ouvrage, et je me suis contenté jusqu'ici de toutes les observations qu'on m'avait envoyées (1). »
En attendant, voici le jugement non suspect que portait sur le bréviaire le trop fameux Colbert, évêque de Montpellier, écrivant, sous la date du 9 mars 1736, à son célèbre ami Caylus, évêque d'Auxerre : « On me dit beaucoup de bien du Bréviaire de Paris. Si mon Chapitre me le demande, je l'adopterai pour mon diocèse. La vérité ne peut être sans témoignage dans l'Église. Un homme d'esprit de cette ville compare M. l'archevêque de Paris au prophète Balaam, qui était appelé pour maudire et que Dieu força de bénir le peuple d'Israël (2). »
J'ai raconté ailleurs comment, au milieu de la jubilation que causait aux jansénistes la faveur inespérée qu'on leur accordait, le saint et orthodoxe évêque de Marseille, Belzunce, s'affligeait et recommandait l'Église de Paris aux prières de ses diocésains. Voici, dans une autre lettre de Colbert, en date du 21 août 1706, une allusion à cette courageuse et apostolique protestation : « M. de Marseille a fait un mandement où il attaque le Bréviaire de Paris sans le nommer. Pour couvrir son jeu, il a demandé au
(1) Commentarii de rebus pertinentibus ad Ang. Mar. S. R. E. cardinalem Quirinum. Pars secunda, lib. II., pag. 293.
(2) Lettres de messire Charles-Joachim Colbert, évêque de Montpellier. Édition in-12, tom. IV, page 342.
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Pape une indulgence en faveur de ses diocésains qui réciteront le Sub tuum prœsidium et l’ Ave maris Stella, tel qu'il est dans le Bréviaire romain approuvé par le Saint-Siège. La publication de l'indulgence fait le sujet du mandement, et donne lieu à l'auteur de déclamer contre les novateurs (1). »
Le pieux, savant et vigoureux Languet, archevêque de Sens, le marteau du jansénisme, dans son troisième mandement contre le Missel de Bossuet, évêque de Troyes, en mai 1708, s'exprime en ces termes sur la coopération récente des hérétiques à la rédaction des livres de la liturgie : « Que si, dans un nouveau bréviaire, quelqu'un affectait de composer des antiennes avec les textes obscurs de l'Écriture, dans lesquels les hérétiques vont puiser les objections que les théologiens réfutent, l'artisan d'un tel bréviaire ne mériterait-il pas d'être repris? Et, dans ce royaume, combien de bréviaires, sans en excepter le nôtre, dans lesquels cette misérable affectation s'est glissée (2) ! »
Le bruit de ces scandales s'étant répandu jusqu'en Italie, le docte Catalano, dans son célèbre Commentaire du Pontifical romain, laissait exhaler sa douleur dans les termes que je vais transcrire : « Sur l'autorité du Bréviaire romain, dit-il, on pourrait ajouter encore plusieurs témoignages, au moyen desquels on serait à même de montrer abondamment quelle a été récemment l'insigne audace et insolence de certains évêques qui, sans consulter le Pontife romain, ont non seulement changé ce bréviaire, mais l'ont souillé, et ont donné aux hérétiques l'occasion d'établir leurs sentiments pervers (3). »
(1) Lettres de messire Charles-Joachim Colbert, évêque de Montpellier. Edit. in-12, tom. IV, page 384,
(2) Langueti opp. Tom. II, page 1376.
(3) Jam prasertim pro auctoritate Breviarii romani plura possent afferri testimonia quibus abunde ostendi posset, quanta fuerit nuper quorumdam episcoporum insignis audacia atque insolentia, dum illud inconsulto Romano Pontifice, non modo immutarunt, sed et fœdarunt, hœreticisque ansam dederunt constabiliendi suas pravas sententias. Commentar. in Pontific. Rom. Tom. I, p. 189.
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Vient ensuite Benoît XIV, qui, dans son traité de la Canonisation des Saints, fait voir qu'il n'ignorait pas non plus l'affaire des cartons, et la nature des inconvénients qui les avaient rendus nécessaires : « Il semble qu'on peut affirmer, dit-il, que le parti le plus sûr serait que ceux même des évêques qui pensent, après la bulle de Pie V, pouvoir ajouter et changer quelque chose au bréviaire, ou publier un nouveau bréviaire, demandassent préalablement le sentiment du Siège Apostolique; attendu qu'il est démontré par l'expérience que des erreurs contraires à la saine doctrine se sont glissées dans plusieurs des bréviaires ainsi publiés, moins peut-être par la faute de ces évêques, que par celle d'autrui; en sorte qu'il est devenu nécessaire de prohiber ces bréviaires après la publication, ou d'en ordonner la correction (1). »
Si nous rentrons en France, nous trouvons le courageux et éloquent Père Hongnant, l'un des rédacteurs du Journal de Trévoux, qui prêta sa voix éloquente aux réclamations des catholiques. J'ai cité sa seconde Lettre en entier. Dans la troisième, qui n'est pas moins intéressante, l'auteur s'exprime ainsi sur le Bréviaire de Paris : « Tous les artifices qu'on devrait mettre en œuvre, si Ton avait résolu de composer un bréviaire en faveur de Quesnel, et contre la bulle, vous les voyez employés
(1) Quod autem videtur asseri posse, est, tutius esse, ut etiam episcopi, qui putant, se post bullam Pii V, posse aliquid addere, vel immutare in breviario, aut novum breviarium edere, praevium Sedis Apostolicœ judicium requirant; cura experientia teste in nonnulla breviaria ab ipsis édita errores aliquando irrepserint sanae doctrinœ adversantes, non ipsorum fortasse, sed aliorum culpa, ita ut opus fuerit vel edita breviaria prohibere, vel eorum correctionem demandare. Lib. IV, vart, II, cap. XIII. 6.