Institutions liturgiques (page 145)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

(2)  Ce n'est pas la parole de Dieu qui est mauvaise; mais on peut faire de la parole de Dieu un usage mauvais: les saints Pères nous disent qu'elle est un glaive à deux tranchants.

(3)  L'expression est de saint Jérôme, qui appelle ces mosaïques bibliques composées par des particuliers d'après un plan préconçu, des centons, pareils à ceux qu'on a tirés d'Homère et de Virgile, Homerocentonas, Virgiliocentonas.

(4)  Il ne s'agit pas ici de la tradition en général, mais des prières traditionnelles de la liturgie.

100

anciens ; ou enfin, et surtout,  des oracles sacrés de la sainte Écriture (1).

La maxime protestante, que Ton ne veut se servir que de l'Écriture et qu'on rejette la tradition, est-elle ici le moins du monde avouée? N'est-elle pas au contraire manifestement combattue (2) ? Et qui pourrait croire qu'elle eût été énoncée dans la préface du missel, comme ose le dire Dom Guéranger ? Les paroles qu'il en cite, fussent-elles fidèlement rapportées (3), sont bien loin de contenir une semblable hérésie.

Mais allons au fait : Y a-t-il au monde un bréviaire où l'autorité de la tradition soit plus expressément reconnue et les monuments traditionnels plus multipliés que dans le Bréviaire de Paris, même dans celui donné par Charles de Vintimille ?

(Suit une discussion à l’ effet de montrer par des passages du Bréviaire de Vintimille, que dans ce livre on admet les monuments de la tradition comme dépositaires de la foi catholique. Qui jamais a nié cela ? Les jansénistes en appelaient à saint Augustin et aux autres Pères qu'ils prétendaient leur être favorables ? Ils compilaient même les passages des saints Pères en faveur de la présence réelle, témoin la Perpétuité de la foi. Cela les empêchait-il de remplacer par des textes nouveaux les formules traditionnelles de la liturgie qui contenaient la foi de l'Église, et qui avaient pins d'autorité pour appuyer les dogmes que telles phrases de l'Écriture et des Pères, nouvellement et arbitrairement alléguées par une autorité individuelle et locale ? On peut voir sur cette question l'archevêque Languet.)

Revenons à l'examen des reproches de détail. [ p. 55]

« Les correcteurs du bréviaire déshéritèrent l'Église de Paris de sa  vieille gloire, d'être fille de saint Denys

101

(1)  Encore une fois entendons-nous bien, et ne changeons pas l'état de la question. François de Harlay fait des retranchements à la Liturgie romaine dans un but systématique. Il remplace des formules traditionnelles par des passages de l'Écriture. C'est là ce que j'appelle faire la guerre à la tradition. En disant cela, je parle comme deux grands évêques du siècle dernier, Languet de Sens et Froullay du Mans, dont on peut voir les passages cités dans mon second volume.

(2) Oui, s'il était vrai que les écrits des Pères sont les seuls dépositaires de la tradition catholique; mais si l'on considère, avec tous les théologiens, les paroles de l'Eglise dans la Liturgie comme une plus haute expression de la foi que celle-là même qui est contenue dans les livres des saints Docteurs, il est bien clair que rejeter d'un côté les prières liturgiques universelles, et de l'autre insérer dans les leçons du bréviaire de nouveaux extraits des saints Pères, ce n'est pas du tout prendre un parti favorable à la tradition telle que l'entend l'Eglise.

(3)  Vous n'avez donc pas en main le Missel de Harlay, Monseigneur, puisque vous vous bornez à insinuer que je n'ai pas rapporté fidèlement les paroles de ce prélat? Il vous serait pourtant bien facile de me confondre, si j'ai altéré le passage que je cite. Ce missel se trouve dans les bibliothèques de la capitale; faites-le consulter. Autrement s'il est permis d'insinuer sans preuves qu'un auteur s'est laissé aller à des falsifications, que deviennent la justice et la charité? Mais nous en verrons bien d'autres.

102

l’Aréopagite ; ils portèrent leur main audacieuse sur le fameux prodige qui suivit la décollation du saint fondateur de leur propre Église. »

Je sais que des auteurs graves soutiennent que le premier évêque de Paris a été saint Denys l'Aréopagite;mais l'opinion contraire a prévalu. Dom Guéranger convient que les légendes des saints propres aie Bréviaire de Paris pouvaient avoir besoin d'être épurées. On a cru devoir épurer celle-là; Dom Guéranger pense autrement : la question est de savoir qui a raison (1).

Je fais la même réponse aux questions semblables, par exemple à celle de savoir si Marie, sœur de Lazare, était la femme pécheresse dont parle saint Luc ; il me semble difficile de le croire d'après le texte de l'Évangile (2). [ p. 56]

Quant au fameux prodige qui suivit la décollation de saint Denys,  qui, d'après l'ancienne légende, porta sa tête, en faisant quelques pas, après qu'on la lui eut coupée, j'en demande pardon à Dom Guéranger; mais il ne fait pas ici preuve d'une saine critique : on peut  dire que personne n'admet ce fait comme probable. Les partisans mêmes  de l’aréopagitisme, c'est  l'expression  de Dom Guéranger (3), ne se sont pas mis en peine de le défendre. Hilduin est  le premier,  et peut-être le seul,  qui Tait sérieusement rapporté. L'auteur de l’ Histoire de l'Église gallicane, que l'Abbé de Solesmes  ne doit pas suspecter, traite ce miracle de tradition populaire, qui a pu venir de ce que les peintres représentent quelquefois les martyrs qui ont été décapités, portant leur tête entre leurs mains (4).

Notre auteur passe ensuite au culte de la sainte Vierge. « Nous voyons, dit-il, qu'il avait été grandement diminué. On avait supprimé les bénédictions de  l'office de Beata qui étaient propres à l'Église de Paris.  » Pour connaître la vérité de ceci, de même  que de tous les changements que l'on dit avoir été faits dans le bréviaire nouveau, il faudrait avoir sous les  yeux un exemplaire

103

(1) Je vous prie d'observer d'abord, Monseigneur, que la légende de saint Denis dont il est ici question n'était point une légende propre au Bréviaire de Paris, mais purement et simplement la légende proposée par l'Eglise romaine à toutes les églises pour la fête de saint Denis. Il n'y avait donc pas lieu d'appliquer ici le droit de correction dont j'ai parlé. Quant au fait, j'ai dit et je soutiens qu'une église particulière manque à sa propre dignité, lorsqu'elle abdique ses traditions particulières pour abonder dans le sens de quelques critiques sans autorité. Dans une église, comme dans une famille, toutes les gloires sont bonnes à recueillir; c'est un héritage qu'on doit défendre à outrance contre les étrangers, sous peine d'être accusé de trahison par les générations futures.

(2) Quand le sentiment qui identifie Marie, sœur de Lazare, avec la femme pécheresse de saint Luc, n'aurait pour lui qu'une probabilité respectable, et c'est bien le moins que les adversaires puissent lui reconnaître, toujours est-il que la profession expresse que font de ce sentiment l'Église latine et l'Église grecque suffisait pour interdire à François de Harlay toute tentative de l'expulser de la Liturgie. Il s'agissait là de ce qu'il y a de plus populaire et de plus universel dans le Bréviaire et le Missel, et nullement de légendes propres au Bréviaire de Paris.

(3) Et des savants français et étrangers qui ont traité cette controverse.

(4) Ce n'est point ici le lieu de discuter ce prodige qui n'a sans doute rien de supérieur à la puissance de Dieu. Il suffira de répéter pour la centième fois que si le fait iconographique de saint Denis portant sa tête dans sa main n'atteste pas autre chose, sinon que ce saint a été décollé, on devrait donc représenter de même tous les saints qui ont subi ce genre de martyre ; tandis que chacun sait qu'il n'y a que quatre saints martyrs, honorés de cette distinction parce que les traditions portent que ces saints ont marché, leur tête dans la main. De plus, quand on ne ferait remonter qu'à Hilduin la mémoire de ce fait glorifié dans la Liturgie des deux Eglises d'Orient et  d'Occident, c'en serait toujours assez pour

104

des  bréviaires antérieurs,  et je n'ai pu  m'en procurer aucun (1).

Du reste, cette allégation n'a, à mes yeux, aucune vraisemblance. Dans le Bréviaire de Harlay, je trouve pour deuxième bénédiction de l'office de Beata in sabbato, celle-ci qui est toute en l'honneur de la sainte Vierge : Alma virgo virginum intercedat pro nobis ad Dominum. Les trois bénédictions du petit office sont toutes à la louange de la Mère de Dieu : quel motif aurait pu engager a faire le changement dont on parle (2) ?

« Les capitules du même office, dans lesquels 1 Eglise romaine applique à Marie plusieurs passages des livres sapientiaux qui ont rapport à la divine Sagesse, avaient été sacrifiés. »

Ces capitules étaient donc propres au Bréviaire romain. Pourquoi voudrait-on que le Bréviaire de Pans eut abandonné ses propres capitules tirés des prophètes, et qui annoncent les grandeurs de la sainte Vierge, pour prendre ceux du romain, fort beaux, je l'avoue, mais qui ne s’appliquent à Marie que dans un sens accommodatif (3) ? Ce qui est remarquable, c'est que nous verrons Dom Guéranger blâmer les rédacteurs du Bréviaire parisien de l'emploi de l'Écriture dans ce même sens (4). [ p. 57]

« Le Bréviaire de Paris ne contenait plus cette antienne formidable à tous les sectaires : Gaude, Maria Virgo, cunctas hœreses sola interemisti ; ni cette autre . Dignare, etc., etc. »

Il faut toujours en venir à savoir si ces antiennes étaient dans l'ancien Bréviaire parisien (5); et quand cela serait, il y aurait encore à examiner si elles n'ont pas été remplacées par des textes de l'Écriture au  moins  aussi expressifs (6).

« Mais on ne s'était pas arrêté là : le Bréviaire de Paris... fournira désormais des armes contre la vente de la glorieuse Assomption de Marie; car, pourquoi avoir

105

établir que cette  tradition  n'a pas passé  Je l'iconographie dans l'histoire, mais bien de l'histoire dans l'iconographie ; à moins qu'on n'ait à nous produire des statues ou des peintures antérieures à Hilduin : ce que je désirerais beaucoup savoir pour le progrès de la science liturgique et archéologique. En attendant, je persiste à croire que ce n'était pas à l'Église de Paris de renier la première un fait illustre que tant d'églises d'aujourd'hui encore confessent comme un des titres de gloire de son saint fondateur.

(1)  C'est un malheur; car la simple inspection d'un de ces bréviaires eût fait éviter la nouvelle erreur que je suis obligé de relever.

(2)  Voilà l'inconvénient de raisonner par conjectures quand il s'agit de faits positifs. Des bénédictions propres aux fêtes de la sainte Vierge n'ont heureusement pas cessé pour cela d'être lisibles dans les bréviaires parisiens antérieurs à celui de Harlay. Il y en a trois propres pour le premier nocturne, trois pour le second, une pour le troisième, sans parler de celles qui sont marquées pour les jours dans les octaves.

(3)  Mais, Monseigneur, il y a ici évidemment un malentendu. Les capitules de l'Eglise romaine pour les fêtes de la sainte Vierge, se lisent dans toute l'Église latine : ils étaient dans tous les bréviaires de Paris antérieurs à celui de Harlay. Ceux dont vous parlez, et qui sont tirés des Prophètes, sont précisément ceux que le nouveau bréviaire substitua aux anciens. Antérieurement, l'Église de Paris n'en avait pas d'autres que ceux de l'Église romaine.

(4)  Rien de plus naturel cependant. Il est évident que de simples individus, et même une église particulière, ne sauraient revendiquer sur l'Écriture sainte le même droit que peut avoir l'Église romaine. J'ai traité cette question dans ma Lettre à Monseigneur l'archevêque de Reims. Elle tient profondément à la matière des Lieux théologiques.

(5)  Oui, Monseigneur, elles y étaient, et même dans le Responsorial de saint Grégoire, et par suite dans tous les bréviaires de l'Eglise latine. Je regrette de plus en plus que vous n'ayez pas eu entre les mains les  pièces d'un procès que vous avez jugé si vite.

(6) Mais encore une fois, si, sous le prétexte de placer dans les livres liturgiques des textes plus expressifs, une église particulière

106

retranché ces belles paroles de saint Jean Damascène dans la sixième leçon : Hanc autem verè beatam, etc.  [ p. 59]

Que dom Guéranger se rassure : le Bréviaire de Harlay a des leçons du même Saint qui disent l'équivalent en ces termes : Si tamen sanctissimum ac vitalem ipsius somnum mortem appellare fas est : nam quœ veram vitam cunctis protulit, qui tandem mortem degustare aut ei obnoxia esse queat (1).

Un prélat italien, très peu favorable aux Français, faisait au Bréviaire de Paris un reproche tout opposé ; et il remarquait que l'on était allé plus loin que Rome, en faveur de l'Assomption delà sainte Vierge,en ce que l'oraison de cette fête dans le Bréviaire romain ne dit pas un mot de l'Assomption de la sainte Vierge; tandis que l'oraison du Bréviaire de Paris dit expressément que la Mère de Dieu, tout en subissant la mort, n'a pu être retenue dans ses liens : In qua sancta Dei genitrix mortem subiit temporalem, nec tamen mortis nexibus deprimi potuit, quœ Filium tuum, etc. (2). Il est assez clair que l'Église enseigne moins expressément le fait de la résurrection de Marie en rapportant le texte d'un saint Père qui le suppose ou le raconte, qu'en l'affirmant elle-même (3).

« Pourquoi, le quatrième jour dans l'octave, avoir retranché les trois leçons dans lesquelles le même saint Jean Damascène raconte la grande scène de la mort et de l'Assomption corporelle de la mère du Sauveur ? » Il y a une réponse fort simple à faire ; c'est que ce jour-là l'Église de Paris a pour leçons du deuxième nocturne le récit de la victoire de Philippe le Bel, qu'elle attribue, avec ce Roi vainqueur, à la protection de la sainte Vierge et dont elle lui rend grâces (4). [ p. 60]

On peut penser encore que les rédacteurs du bréviaire n'ont pas jugé les faits racontés par saint Jean Damascène assez authentiques pour les consigner dans la liturgie. Benoît XIV, qui les  a discutés avec soin, n'a voulu rien

107

peut se débarrasser des formules anciennes et universelles, c'en est fait de l'autorité hiérarchique et de la tradition.

(1) Non, Monseigneur, ces termes ne sont point équivalents à ceux qui ont été retranchés. Ils sont beaucoup moins clairs et beaucoup moins énergiques en faveur de l'Assomption corporelle de Marie, que cette phrase, par exemple : Quomodo corruptio invaderet corpus illud in quo vita suscepta est ? Et quand il y aurait identité absolue, quel motif de s'en venir changer des leçons que l'Eglise universelle récite ce jour-là, pour les remplacer par un équivalent?

(2)  Cette célèbre collecte qui se lit au Sacramentaire de saint Grégoire, s'est conservée à Paris et dans plusieurs autres églises. On doit en féliciter ces églises, tout en respectant les motifs pour lesquels l'Église romaine et la plupart des autres ne l'ont pas gardée. Quoi qu'il en soit, de ce que l'Église de Paris confesse l'Assomption corporelle de la sainte Vierge, dans la collecte, il ne s'ensuit pas le moins du monde qu'elle ait eu raison de remplacer par d'autres textes moins expressifs sur ce prodige, ceux qu'on lisait précédemment à matines. C'est là toute la question.

(3)  Je suis charmé, Monseigneur, de vous voir d'accord avec moi sur ce grand principe que, dans la Liturgie, l'Église enseigne moins expressément en rapportant un texte, qu'en affirmant elle-même les choses contenues en ce texte. Voilà précisément ce que je ne cesse de crier. La parole directe de l'Église, c'est celle par laquelle elle affirme directement; donc, les répons, les antiennes, les leçons, rédigés par l'Église, renferment directement sa doctrine; donc, une réforme de la Liturgie qui fait table rase de ces répons, de ces antiennes, de ces leçons, fait un tort immense à l'Église, à qui elle enlève sa voix en lui enlevant ses affirmations. On peut revoir là-dessus les magnifiques paroles de Languet.

(4)  Reste à savoir si cette commémoration d'une victoire politique insérée dans l'office divin donnait le droit de s'isoler de la forme liturgique suivie ce jour-là dans toute l'Église.

108

affirmer à cet égard : Nos in utraque controversia, tum de anno, tum de loco quo obiit B. Virgo, nullius partes sequimur (1).

Voici une accusation plus sérieuse, mais qui repose sur un fait absolument faux.

« On avait supprimé le bel office de la Visitation en masse. »

On n'a qu'à ouvrir le Bréviaire de Fr. de Harlay, et même celui de Charles de Vintimille, et on y trouvera, au 2 juillet, l'office de la Visitation de la très sainte Vierge en masse, du rit double-majeur, avec ses belles hymnes, ses neuf leçons, ses antiennes propres (2). Dans le Bréviaire de Vintimille, il y a une hymne de plus, ce qui prouve que l'on n'était pas devenu plus hostile au culte de la sainte Vierge (3).

Dom Guéranger n'accuse pas la commission du bréviaire d'avoir supprimé en masse l'office de l'Annonciation de la sainte Vierge ; mais il lui fait un crime presque aussi grand d'avoir changé seulement le titre de cette fête. « Dans la plupart des églises de l'Occident comme de l'Orient, la solennité du 25 mars était appelée l’ Annonciation de la sainte Vierge; par quoi l'Église voulait témoigner de sa foi et de sa reconnaissance envers celle qui prêta son consentement pour le grand mystère de l'incarnation du Verbe. La commission osa s'opposera cette manifestation de la foi et de la reconnaissance... et décréta que cette fête serait désormais et exclusivement une fête de Notre-Seigneur, sous ce titre : Annuntiatio Dominica. » [ p. 61]

Nous verrons plus tard, que, d'après Dom Guéranger lui-même, la commission qu'il accuse de cette intention impie, était composée presque en entier d'hommes savants et respectables, qui ne pouvaient vouloir s'opposer à la manifestation de la foi et de la reconnaissance envers la Mère de Dieu (4).

109

(1)  Benoît XIV ne dit pas un mot des leçons en question, et s'il en eût parlé, il n'eût pas manqué assurément, comme toujours, de recommander les usages de l'Église romaine. Quoi qu'il en soit de l'opinion privée de tel ou tel savant sur les circonstances de la mort de la sainte Vierge, l'Église, sur ces faits non dogmatiques, adopte une fois un parti dans la Liturgie, et s'y tient ensuite, donnant à l'opinion qu'elle a embrassée un genre d'autorité qui manquera toujours au sentiment opposé.

(2)  Est-ce que j'ai nié par hasard qu'il y eut une fête de la Visitation dans le Parisien moderne? C'est assurément la première fois que le mot office et le mot fête ont été pris l'un pour l'autre. Les nouveaux bréviaires ont supprimé en masse les offices de Pâques, de Noël, etc. : ils leur ont substitué d'autres offices inconnus jusqu'alors : mais personne ne les a accusés d'avoir supprimé les fêtes en supprimant les offices.

(3) Il vaudrait mieux restituer aux vêpres de la Visitation l'Ave maris Stella, ou rétablir l'octave de la Conception que François de Harlay avait du moins respectée, plutôt que de produire ainsi de nouvelles hymnes, inconnues à toute la chrétienté. Le profit n'est pas clair du tout, ni pour la piété des fidèles, ni pour la gloire de la sainte Vierge.

(4) A fructibus eorum cognoscetis eos. C'est Notre-Seigneur lui-même qui nous a appris à connaître les hommes par leurs œuvres, et non par leurs intentions.

110

Le seul mot Annonciation rappelle nécessairement la Vierge pleine de grâces à qui le grand mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu fut annoncé. [p. 62]

Comment Dom Guéranger peut-il imputer à la commission d'avoir par ce seul titre décrété que cette fête serait désormais EXCLUSIVEMENT une fête de Notre-Seigneur ? Tandis, surtout, que l'office tout entier, les hymnes, les versets, l'invitatoire, les leçons, les répons, tout enfin est en l'honneur de la sainte Vierge ; partout il y est parlé de sa virginité et de sa maternité divine : et on vient nous dire qu'on a voulu l'exclure de cette fête (1) !

Tels sont les reproches faits au Bréviaire de Fr. de Harlay pour prouver qu'on a voulu diminuer la dévotion à la sainte Vierge. Dom Guéranger passe ensuite à ce qui regarde l'autorité du Pontife romain. [p. 63]

« D'abord, dit-il, François de Harlay décréta que la fête de saint Pierre serait descendue au rang des fêtes solennelles mineures. »

Si, dans le bréviaire antérieur, cette fête était en effet du rit solennel majeur, je ne chercherai pas à excuser le changement (2).

Dans le Bréviaire de 1828, elle a été élevée (3} au rit solennel majeur ; il en a été de même dans le Bréviaire de Toulouse.

« Les légendes qui racontaient les actes d'autorité des Pontifes romains dans l'antiquité, furent modifiés d'une manière captieuse... Nous n'en citerons qu'un exemple entre vingt; c'est dans l'office de saint Basile. Il y est dit de ce Saint : Egit apud sanctum Athanasium et alios Orientis episcopos ut auxilium ipsi ab Occidentalibus episcopis postularent. » [ p. 64]

Voilà qui est bien positif. On a modifié captieusement, dans Tintention d'affaiblir l'autorité du Saint-Siège, la légende de saint Basile. Mais quelle est cette légende qu'on a modifiée? Est-ce celle du  Bréviaire romain (4)?

Tous les livres