Institutions liturgiques (page 146)
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(1) Il est bien évident que ce n'est pas ici le lieu de discuter cette question en elle-même. J'y reviendrai ailleurs longuement; pour le présent, je me bornerai à dire avec le grand archevêque Languet qui avait reproché à l'évêque de Troyes cette même innovation : « Nous n'avons d'autre désir que celui que nous inspire l'Église universelle : nous ne réclamons que ce que cette même Église a établi, institué, observé depuis tant de siècles. Elle n'oublie point, dans la messe grégorienne de l'Annonciation, ni Jésus-Christ, ni son Incarnation ; mais elle veut que nous honorions la Mère avec le Fils, que nous allions au Fils par la Mère, de même que par la Mère le Fils est venu à nous. En cela rien n'est enlevé au Fils, puisque ce sont seulement ses dons divins que nous honorons dans sa Mère. Est-ce donc à l'Église de Troyes de réformer l'Église universelle? » (Œuvres de Languet, tome II, in-fol., p. 1388)
(2) Je vous remercie, Monseigneur, de cette première concession. Du moment qu'il vous plaira d'ouvrir un bréviaire parisien antérieur à 1680, vous y verrez au calendrier la vérité de ce que j'avance; en attendant, trouvez bon que moi et tous ceux qui ont ce bréviaire entre les mains prenions acte de ce bienveillant aveu.
(3) Ce n'est pas élevée, mais restituée qu'il faut dire, Monseigneur. Vous savez que j'ai rapporté avec tous les éloges qu'elle mérite cette mesure de réparation qui honore la mémoire de Monseigneur de Quélen.
(4) C'est la légende du Bréviaire de Jean-François de Gondy, qui était celle du romain. Si vous vouliez bien, Monseigneur, rapporter mes textes dans leur entier, au lieu de les tronquer, comme vous l'avez fait jusqu'ici dans presque toutes les citations que vous avez données, tantôt en remplaçant par des points les mots supprimés, tantôt en réunissant plusieurs phrases en une seule, sans en avertir, ma pensée eût été facilement saisie. Or, j'ai dit que, au lieu de se contenter du récit de la vie des saints, tel que l'Église universelle l'emploie dans les légendes du Bréviaire romain qui étaient avant François de Harlay celles du parisien, on modifia ces légendes d'une manière captieuse, sous couleur de conserver les
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Elle ne fait aucune mention du recours des évêques d'Orient au Saint-Siège. Sont-ce les monuments anciens d'où le fait est tiré, qui ont été modifiés, altérés par les correcteurs du Bréviaire de Paris ? Du tout ; le monument où l'on a pris ce fait, c'est la lettre même où saint Basile dit à saint Anathase qu'il faudrait recourir aux évêques d'Occident. Or, la légende du Bréviaire de Paris rend très fidèlement le texte de la lettre de saint Basile. L'Église d'Orient étant persécutée par Valens, empereur arien, ce grand évêque écrit à saint Athanase qu'il ne sait qu'un moyen de soutenir la foi attaquée, qui est d'exposer les maux dont ils sont accablés, aux évêques d'Occident, afin que ceux-ci viennent à leur secours. Voici les propres paroles de saint Basile : Dudum novi... unam Ecclesiis nostris viam, si nobiscum conspirent Occidentales episcopi.. Mitte aliquos ex sancta tua Ecclesia viros in sana doctrina potentes ad Occidentales episcopos : expone illis calamitates quibus premimur. [ p. 65]
Où est donc l'altération de la lettre de saint Basile (1) ? L'Abbé de Solesmes voudrait-il blâmer les correcteurs de l'avoir rendue fidèlement? C'est en vain qu'il nous parle d’appel, lequel ne pouvait avoir lieu qu'autant que c'était au Saint-Siège qu'on avait recours. Il ne s'agit pas ici d'appel : l'affaire avait été jugée par le concile de Nicée ; c'est l'unité de doctrine entre les évêques de l'Occident et de l'Orient que l'on veut opposer aux ariens et à Valens qui les soutenait ; saint Basile le dit expressément (2).
Il y a d'ailleurs une réflexion bien simple à faire, pour justifier les auteurs de la légende. Qui les obligeait de rapporter un fait, dont il n'est pas question dans le Bréviaire romain, et qui est favorable à l'autorité du Saint-Siège ? Ils n'avaient qu'à le passer sous silence (3).
Dom Guéranger a donc calomnié ici les rédacteurs du bréviaire. Il les calomnie encore, quand il cite les légendes de saint Athanase et de saint Etienne comme ayant été [ p. 66]
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paroles mêmes des Pères. Dans les légendes romaines, l'Église tient surtout à faire un récit clair et facile à saisir; elle évite avec soin les expressions ambiguës qui pourraient devenir pour les faibles une pierre d'achoppement. Que diriez-vous, Monseigneur, d'un bréviaire qui, dans l'octave du Saint Sacrement, viendrait nous donner en leçons les passages de saint Augustin, dans lesquels ce Père nous dit que l'Eucharistie est la figure du corps de Jésus-Christ ; ou si vous voulez encore, dans la fête de saint Pierre, les textes du même saint Docteur qui disent que ce Prince des Apôtres recevant les Clefs était la figure de l'Eglise? Vous trouveriez cette façon d'agir fort suspecte. Eh bien! Monseigneur, je trouve, dans ma simplicité, que cette expression : Occidentales episcopi, pour signifier le Souverain Pontife, est plus qu'imprudente aussi. Elle rappelle le trop malheureux système d'après lequel le Pontife romain ne pourrait exercer sa prérogative que dans la dépendance de l'Épiscopat. A cette époque, on était bien près de 1682, et vous savez mieux que moi, Monseigneur, que ce texte de saint Basile est exploité par les Ellies Dupin, les Pereira, les Febronius, etc., pour prouver que, dans le sentiment de l'antiquité, le gouvernement de l'Eglise n'est pas un gouvernement monarchique.
(1) Personne, que je sache, n'a parlé d'altération de la lettre de saint Basile. Il n'est question que de légendes modifiées.
(2) Si vous pensez, Monseigneur, que l'idée du Siège Apostolique n'est pas même incluse dans cette expression : Occidentales episcopi, vous vous déclarez pour un sentiment, qui assurément n'est pas celui de nous autres, ignorants ultramontains ; mais vous nous contraignez à nous défier davantage des motifs de l'insertion de cette phrase dans le Bréviaire de Harlay.
(3) Comment ce fait pourrait-il être favorable à l'autorité du Saint-Siège, s'il n'est question que des évêques d'Occident pris en général. Il y a ici contradiction, et c'est une raison de plus de tenir pour suspectes les intentions des rédacteurs du bréviaire. Oui, ils pouvaient parfaitement passer sous silence ces expressions, dont l'école française de ce temps-là était si capable d'abuser.
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altérées, toujours dans l'intention d'affaiblir l'autorité du Saint-Siège.
La légende de saint Athanase, du Bréviaire parisien, en dit plus en faveur de cette autorité, que celle du Bréviaire romain. Le Bréviaire romain dit seulement que ce saint fut souvent rétabli dans son siège par l'autorité de Jules, Pontife de Rome, par la protection de l'empereur Constant, et par les décrets des conciles de Sardique et de Jérusalem : Sœpè è sua Ecclesia ejectus, sœpè etiam in eamdem, et Julii Romani Pontifias auctoritate, et Constantis Imperatoris patrociniis, decretis quoque concilii Sardicensis, ac Jerosolymitani restitutus est.
Le Bréviaire de Paris dit, de plus, que les ennemis de saint Athanase l'accusèrent auprès du Pape Jules ; ce qui montre que les Orientaux reconnaissaient l'autorité du Pontife de Rome: Ab inimicis, tam apud Julium Papam, quam apud Constantium Imperatorem, est impetitus. On ajoute que le Pape Jules le déclara innocent dans un concile de cinquante évêques : A Julio Papa in Synodo quinquaginta episcoporum innocens declaratus, etc. Où est donc cette altération qui tend à diminuer l'autorité du Pape dans la légende de saint Athanase (1) ?
Quant à la légende de saint Etienne, le Bréviaire parisien y dit les mêmes choses que le romain sur la controverse relative au baptême des hérétiques. Il rapporte ce mot si concis par lequel le Pape décida la question : Nihil innovetur nisi quod traditum est.
Il est vrai que l'on y fait mention de la fraude par laquelle Basilide, évêque d'Espagne, qui avait été déposé dans un concile pour cause d'idolâtrie, parvint à être rétabli par le Pape Etienne ; mais ceci ne nuit en rien à l'autorité du Saint-Siège : le recours de Basilide au Pape prouve au contraire cette autorité (2). Il faut en dire autant de ce qui est rapporté dans la même légende, que Marcien, évêque d'Arles, s'étant joint au parti des Novatiens,
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(1) Voici la modification captieuse de la légende de saint Athanase. Le Bréviaire romain, résumant les témoignages de l'histoire dans une expression claire et précise, dit que saint Athanase fut rétabli sur son siège par l'autorité de Jules, Pontife romani. Le Bréviaire de Harlay dit qu'il fut déclaré innocent par le Pape Jules, dans un concile de cinquante évêques. L'Eglise romaine nous enseigne que l'acte de saint Jules ne fut pas seulement une déclaration de l'innocence de saint Athanase, mais un acte d'autorité pour rétablir ce grand évêque sur son siège. Le Bréviaire de Harlay, sous couleur, je le répète, de conserver les paroles mêmes des Pères, affaiblit la valeur de l'acte pontifical de saint Jules, et ne manque pas de parler du concile dont était assisté le Pape dans ce jugement. C'est le système de Tillemont et de Fleury avec lequel on est parvenu à amoindrir dans l'idée d'un si grand nombre de Français, la notion du pouvoir papal qui, suivant les conciles œcuméniques de Lyon et de Florence, est un pouvoir plein et parfait au-dessus de tous les sièges même patriarcaux, et qui n'emprunte rien du concile, fût-il même œcuménique. Au reste, tous les passages que j'ai relevés des légendes de saint Basile, de saint Athanase, de saint Etienne, furent signalés dès l'apparition du Bréviaire de Harlay dans les célèbres Remarques sur le nouveau Bréviaire de Paris. Chacun sait combien on était loin alors d'avoir la liberté d'écrire dont nous jouissons aujourd'hui.
(2) C'est-à-dire que ce fait prouve qu'on avait surpris la bonne foi du saint Pape. Or, chacun sait que le principe de l'Église catholique dans la rédaction des légendes de l'office, est de n'y admettre que les faits qui peuvent servir à l'édification du peuple chrétien. Quelle édification peut résulter de ce fait qui occupe à lui seul la cinquième partie de la légende, et qui n'est ni expliqué ni adouci par ce qui l'entoure?
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Faustin de Lyon, et ensuite saint Cyprien, en donnèrent avis à saint Etienne, et lui conseillèrent (1) d'adresser des lettres aux évêques de la province et au peuple d'Arles, pour que l'on rejetât Marcien, et qu'un autre fût mis à sa place : his (Novatianis) cum se Marcianus Arelatensis adjunxisset, Stephanns primum à Faustino Lugdunensi, subindè à sancto Cypriano monitus est in hune modum : Dirigantur in provinciam et ad plebem Arelate consistentem à te litterœ, quibus, abstento Marciano, alius in loco ejus substituatur.
Ce récit confirme parfaitement, au lieu de l'attaquer, l'autorité de l'Église romaine (2).
Dans tous les cas, il faudrait vérifier si cette légende n'était pas dans les anciens bréviaires de Paris (3). [p. 68]
« L'esprit qui animait l'archevêque de Harlay parut surtout dans la suppression de deux pièces. La première est le fameux répons de saint Pierre, où on lisait ces paroles : Tibi tradidit Deus omnia regna mundi. »
Ce répons était-il dans les bréviaires antérieurs ? J'en doute fort (4). Une raison assez simple de ne pas l'y introduire, était la règle qu'on s'était faite, de n'employer que des paroles de l'Écriture dans ces parties de l'office (5).
Si l'on veut prendre littéralement les paroles citées, il faut dire que,même sous le rapport temporelle Souverain Pontife est le roi universel du monde : était-il sage de susciter en France des disputes à cet égard (6) ?
« La seconde (pièce) est une antienne... où on loue (les saints Papes) de n'avoir pas craint les puissances de la terre ? Dùm esset summiis Pontifex, terrena non metuit, sed ad cœlestia régna gloriosus migraine. » Il faut vouloir tout blâmer pour faire un pareil reproche.
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(1) Lui conseillèrent ; l'expression est plus gracieuse, j'en conviens; mais la légende que vous citez, Monseigneur, porte : Monitus est, qui est un peu moins respectueux. Quelle nécessité, pour raconter ce fait, de mettre dans la légende ces paroles de saint Cyprien, d'après lesquelles on serait en droit de conclure (si le reste de la tradition ne les expliquait heureusement) que tous les jours un évêque peut dicter au Pape sa règle de conduite ? Encore une fois, tel n'est point le ton des légendes de l'office divin : l'Eglise catholique savait les rédiger avant François de Harlay.
(2) Oui ; cette autorité de l'Église romaine, telle qu'elle est conçue par les Ellies Dupin, les Tillemont et les Fleury: un Chef ministériel, caput ministeriale, un pouvoir exécutif, un premier entre les pairs. Heureusement, rien ne nous empêche plus de dire anathème à cette doctrine.
(3) Ainsi, Monseigneur, de votre propre aveu, vous tranchez une question sans avoir vérifié les faits.
(4) Toujours le même aveu, pour la neuvième fois. Que ne me faisiez-vous l'honneur, Monseigneur, de me demander les livres dont vous aviez besoin pour me réfuter ? Je vous assure que je me serais fait un plaisir de vous les faire passer. Il est vrai que votre attaque contre mon livre eût été peut-être moins violente, si nous eussions pu nous entendre préalablement.
(5) Qui avait fait cette règle? est-ce le Bréviaire de Gondy ? Mais nous voyons le contraire, puisqu'on en expulse des répons de style ecclésiastique. Est-ce le Bréviaire de Harlay? Mais il contient encore la plupart des antiennes et répons de style ecclésiastique que le Bréviaire de Gondy avait empruntés au romain. Au reste, vous savez mieux que moi, Monseigneur, que le répons dont il est ici question est dans les œuvres de saint Grégoire le Grand, aussi bien que dans la Liturgie de l'Église universelle, qui l'a toujours répété depuis ce saint Pontife.
(6) On ne saurait admettre que la Liturgie puisse être modifiée, surtout dans les prières qui sont à l'usage de l'Église universelle, pour le seul fait de ne pas déplaire à Louis XIV, ou à tout autre prince temporel.
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D'ailleurs Dom Guéranger altère (1) le texte ; terrena ne signifie pas les puissances, mais tous les maux que l’on peut craindre sur la terre (2).
« Nous ne pouvons nous dispenser de mentionner deux changements, dont les motifs nous paraissent du moins inexplicables... Le public se demanda donc par quel motif François de Harlay avait retranché dans l'hymne du dimanche à matines... les strophes suivantes Jam nunc, etc. »
Ce reproche est si mal fondé, que je me dispenserai d'y répondre : à coup sûr le public ne s'occupa guère du retranchement (3).
Après la critique du bréviaire, l'Abbé de Solesmes attaque le missel.
« François de Harlay (en ne voulant composer les introït que des paroles de l'Écriture) expulsa de l'Antiphonaire grégorien toutes ces formules solennelles, touchantes, poétiques, mystérieuses, dogmatiques. » Nous avons déjà répondu au reproche de n'employer que les textes de l'Écriture (4).
« Ainsi tombèrent ces introït qui avaient, il est vrai, déjà été interdits par Martin Luther, tels que celui de la sainte Vierge : Salve, sancta parens, etc. » Je ne veux pas me donner le tort que Dom Guéranger s'est donné, en critiquant des formules de prières consacrées par l'Église (5) ; mais on peut dire que cet introït n'est pas de ceux que l'on peut appeler touchants et poétiques (6). Il n'est pas tiré des anciens Pères de l'Église : on l'a pris dans Sédulius, né en 1537, mort en
1631 (7).
« Et cet autre, de l'Assomption, Gaudeamus omnes in Domino, etc. »
Cet introït ne dit rien de spécial pour la fête de l'Assomption ; il peut aller à toutes les solennités de la sainte Vierge, en changeant seulement le nom de la fête. On en
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(1) Je vous demande pardon, Monseigneur. Dites que je traduis mal, je le veux bien ; mais ne dites pas que j'altère le texte, quand je le reproduis purement et simplement. J'ai bien écrit terrena.
(2) Et quels sont les maux terrestres qui menacent un Pontife fidèle, si ce n'est la colère des princes, avec toutes ses suites? S'il ne s'agissait que des tribulations communes au reste des hommes, telles que celles dont Job fut assailli, l'Eglise ne relèverait pas la constance pontificale du saint qu'elle veut honorer, quand elle dit: Dum esset summus Pontifex.
(3) Je vous demande pardon, Monseigneur; le public s'en occupa : vous pouvez en voir la preuve dans les Remarques sur le nouveau Bréviaire de Paris, qui parurent à l'époque même du bréviaire. On trouva étrange la suppression de ces trois strophes, ainsi que celle, des paroles si belles et si chrétiennes de la reine Blanche à saint Louis, sur la gravité du péché mortel, paroles qui disparurent de la légende de ce saint, par le fait de François de Harlay. La cour et la ville savaient assez que le malheureux prélat, sans parler de ses propres débordements, vivait depuis plusieurs années, à Paris et à Versailles, en face des plus scandaleux adultères, sans avoir jamais dit au roi non licet.
(4) Je ne sais, Monseigneur, si vous avez répondu. Que le lecteur remonte quelques pages, et qu'il juge.
(5) Mais par quelle Église ? Je l'ignore. L'Église latine tout entière, y compris celle de Paris, use de certaines formules liturgiques durant des siècles : critiquer ces formules, c'est donc évidemment une témérité contre l'Eglise; les chasser honteusement des livres liturgiques, doit être bien pis encore. Or, maintenant, voici de nouvelles formules introduites dans un diocèse particulier, contradictoirement à toutes les règles, malgré l'Eglise, qui s'est expliquée sur l'unité liturgique et sur telle forme en particulier ; et voilà qu'on sera obligé de regarder comme consacrées par l'Eglise ces innovations! J'avoue, encore une fois, que je n'y comprends plus rien.
(6) Il est permis, sans doute, d'avoir un autre sentiment sur cette pièce si mélodieuse dans sa diction et dans le beau chant
dont elle est ornée.
(7) Pour le coup, Monseigneur, ce n'est point à vous que j'ai affaire ici, et j'en suis vraiment heureux. Je ne doute pas un instant que vous ne connussiez Sédulius avant même que je fusse au
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a fait l'introït de la fête du saint Cœur de Marie (1), de Notre-Dame de la Merci au 24 septembre (2), et même de la Toussaint. Nous avons en effet à nous réjouir aussi du triomphe des saints, et les saints Anges ne cessent d'en louer le Seigneur.
(Monseigneur l’Archevêque de Toulouse emploie les six pages suivantes à faire la comparaison des introït, offertoires, etc., substitués par François de Harlay aux pièces romaines qui se lisaient dans le parisien antérieur. Il trouve les morceaux nouveaux supérieurs aux anciens. On sent qu'il est impossible de suivre le prélat dans cette discussion. Tout serait renversé dans l'Église, comme dans toute société, s'il était permis aux pouvoirs inférieurs de refaire sous prétexte de perfectionnement les formules sociales imposées par l’autorité supérieure. Ce serait proclamer l'insurrection. Nous pouvons raconter ces faits, chercher peut-être à les excuser ; mais les justifier, c'est vouloir ébranler cent autres principes bien autrement importants qu'un introït, ou un offertoire. Quant à la question littéraire, sa solution dépend du point de vue que l'on prend. Y a-t-il dans Homère un seul vers qu'on ne pût refaire avec plus ou moins de succès ? et cela empêche-t-il l'Iliade d'être une œuvre sublime ? Ainsi en est-il de la Liturgie romaine : il faut la voir d'ensemble, dans tous ses rapports avec l'antiquité, l'histoire, le droit canonique, la mystique, la poésie : faute de cela, on ne la comprendra jamais.
Après l’énumération dont je viens de parler, Monseigneur l'archevêque de Toulouse reprend en ces termes la série des reproches qu'il a cru devoir m'adresser) :
Enfin, parlant toujours de François de Harlay avec cette indécence qu'il emploie envers d'autres prélats, l'Abbé de Solesmes déclare être bien loin d'avoir signalé [ p. 75]
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monde. Je veux croire ici à une faute d'impression, à une méchanceté d'éditeur, à tout ce qu'on voudra, plutôt que de m'imaginer un seul instant que vous eussiez pu faire naître en 1537 et mourir en 1637, le célèbre poète chrétien qui dédia à Théodose le beau poème intitulé : Opus paschale.
(1) Il y a ici erreur de fait. Le Missel romain n'a point de Messe du saint Cœur de Marie, et dans les suppléments approuvés de ce Missel, la messe de cette fête n'a pas d'introït Gaudeamus.
(2) L'introït de Notre-Dame de la Merci n'est pas non plus Gaudeamus, mais bien le Salve sancta Parens de Sédulius. Au reste, je ne sais pourquoi je relève ces méprises, le Missel romain étant, grâces à Dieu, plus commun que le Bréviaire parisien de Gondy.
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toutes les témérités qui paraissaient dans cette œuvre.
« Elle renfermait en outre, ajoute-t-il, les plus étonnantes contradictions. Suivant le plan de réforme tracé dans la lettre pastorale, toutes les parties chantées du Missel devaient être tirées de l'Écriture sainte ; cependant les proses ou séquences, qui sont bien des parties destinées à être chantées, avaient été conservées.....Étrange
nécessité que subira la révolte jusqu'à la fin, de se contredire d'autant plus grossièrement qu'elle se donne pour être plus conséquente à elle-même. »
Tel est le langage respectueux de l'Abbé de Solesmes quand il parle des Évêques (1). Mais qui peut croire (2) que François de Harlay ait annoncé par sa lettre pastorale que, dans le Missel, tout ce qui devait être chanté, serait tiré de l'Écriture ; tandis qu'il faisait composer des proses qui doivent plus que tout le reste être chantées ?
Qu'y a-t-il dans les missels qui ne doive être chanté ? Outre les proses, ne doit-on pas chanter encore les collectes, les préfaces, les postcommunions (3) ? En supposant que François de Harlay ait dit ce qu'on lui fait dire (4), la raison ne demandait-elle pas qu'on l'entendît dans un sens moral, et que l'on supposât quelque faute de rédaction ou d'impression, plutôt que d'attribuer à des hommes qui ont le sens commun, une absurdité aussi palpable, et pour eux sans aucun intérêt. Mais non : Dom Guéranger aime mieux admettre un tel prodige de contradiction [ p. 77]
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(1) Permettez-moi, Monseigneur, de vous faire observer que je parle de François de Harlay, et non pas des évêques. L'épiscopat est divin; mais ceux qui en sont revêtus sont des hommes. S'il n'était pas permis de qualifier la conduite et les actes répréhensibles de certains prélats, qui, comme François de Harlay, ont été la honte du clergé, il faudrait renoncer à la vérité et à la moralité de l'histoire. Notre-Seigneur nous a prévenu qu'il y aurait des pasteurs mercenaires aussi bien que des pasteurs fidèles, et il nous a donné des règles pour discerner les uns d'avec les autres. Quand donc un écrivain catholique croit devoir signaler dans quelque prélat les caractères du mauvais pasteur, il peut se tromper sur le fait, comme dans toute question de personnes; mais nul n'a le droit de l'accuser d'avoir voulu flétrir les pasteurs fidèles.
(2) Celui-là peut et doit le croire, qui s'est donné la peine de lire le texte de la lettre pastorale elle-même. Il y verra ces propres paroles : Quin et ea quae cantum attinent, ex solo Scripturarum sacrarum canone desumpsimus ; rati nihil quidquam aut convenientius, aut ad commendandam augustissimi sacramenti majestatem appositum magis, quam si divina res, in qua Dei Verbum secundum formant servi quam accepit, sacerdos simul est et oblatio, ipso verbo quo sese in sacris Scripturis expressit, tractaretur.
(3) Mais, Monseigneur, léchant de l'Eglise proprement dit, celui qu'entendent tous les liturgistes, tous les musiciens, c'est le chant collectif, soit psalmodié alternativement, soit exécuté à l'unisson par le chœur. Les collectes, les préfaces, les postcommunions sont un récit à une seule voix, une sorte de déclamation faite par le prêtre, au nom de toute l'assemblée qu'il préside. L'Eglise grecque est d'accord avec nous dans cette estimation, ainsi que l'antiquité profane à qui nos usages de chœur ont été empruntés.