Institutions liturgiques (page 147)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

(4)  Mais, Monseigneur, si j'ai fait parler François de Harlay, au moyen d'une imposture, pourquoi ne me confondez-vous pas? Cela vous serait bien facile pourtant. Est-ce que par hasard vous n'auriez pas plus entre les mains le Missel dont vous parlez maintenant, que le Bréviaire dont vous avez parlé si longuement tout à l'heure? En vérité, c'est pourtant trop fort de jeter si gratuitement des insinuations sur la probité d'un écrivain catholique, prêtre et religieux, quand on n'a pas même vu les pièces du procès qu'on juge à propos de lui faire. Veuillez donc, Monseigneur, je vous le demande pour

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pour y voir une peine que la REVOLTE subira jusqu'à la fin (1).

Il appelle ici révolte dans François de Harlay ce qu'il a reconnu ailleurs être parfaitement conforme au droit (2).

Après cela, nous laisserons cet auteur attaquer à tort ou à bon droit, tout ce qui s'est fait ou écrit en France en matière de Liturgie, comme le Bréviaire de Cluny, les Missels de Meaux et de Troyes, Claude de Vert, Grancolas, Foinard, etc. (3), pour ne nous occuper que des livres liturgiques de Paris, qui ont été pris pour modèles dans le plus grand nombre des diocèses de France, et que Dom Guéranger attaque, on peut le dire, avec une sorte de fureur, comme on vient de le voir par celui de François de Harlay ; voyons ce qu'il dit du Bréviaire parisien publié sous le cardinal de Noailles.

§ II. Bréviaire du cardinal de Noailles.

« Il y a très peu de différence, dit l'Abbé de Solesmes, entre les Bréviaires et Missels de François de Harlay et du cardinal de Noailles ; cependant nous signalerons quelques traits fortement caractéristiques. « Entre autres, la postcommunion de saint Damase au 11 décembre : Nullum primum nisi Christian sequenles et Cathedrae Petri communione sociatos, da nos, Deus, Affnum semper in ea domo comedere in qua beatus Damasus successor piscatoris et discipulus crucis meruit appellari. »

Cette postcommunion, tirée d'une lettre de saint Jérôme au pape Damase, exprime clairement ce que ce saint docteur dit, dans cette lettre au pape sur l'autorité du Souverain Pontife, sur la nécessité d'être uni à la Chaire de Pierre, Cathedrœ Petri communione sociatos, et de

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votre honneur comme pour le mien, puisque le public nous considère, veuillez donc profiter de la première occasion pour consulter ou faire consulter à Paris, dans les bibliothèques, le Missel de Harlay : c'est alors que vous serez en droit de prononcer avec prudence dans la. question de savoir si j'ai reproduit fidèlement la lettre pastorale que tout le monde peut lire en tête de ce Missel.

(1) Ces invectives ne sont que des invectives et tombent devant les faits. François de Harlay parle comme tout le monde, en distinguant les parties de la Messe chantées par le chœur de celles que le chœur ne chante pas. Au reste, la contradiction que j'ai relevée se retrouve dans la Préface de la plupart des nouveaux missels, et elle n'a plus rien de nouveau. Toute l'innovation liturgique est bâtie sur une contradiction, puisque ses auteurs, tout en parlant sans cesse de la vénérable antiquité qu'ils veulent venger des superfétations gothiques, nous ont débarrassé en masse de l'Antiphonaire et du Responsorial de saint Grégoire, ont bouleversé et altéré profondément son Sacramentaire, ont remplacé saint Ambroise et Prudence par Santeul et Coffin, etc.

(2) Où ai-je reconnu cela, s'il vous plaît, Monseigneur? Dans quelle partie de mon livre ai-je dit ou insinué qu'un évêque particulier avait droit de remplacer les pièces traditionnelles et universelles de la prière publique, par des formules de son choix? Il me semble à moi que si mon livre dit quelque chose, il dit d'un bout à l'autre tout le contraire de cette doctrine.

(3) Il y aurait eu pourtant bien de l'utilité, Monseigneur, a discuter ces différents faits liturgiques. Les extraits de Languet surtout, dans l'affaire du Missel de Troyes, auraient, ce semble, figuré avec avantage dans notre controverse. Pourquoi même ne pas remonter jusqu'au premier volume, qui contient, entre autres, certaines censures de la Sorbonne bien instructives sur la matière des innovations liturgiques ? A une discussion large et complète, on a préféré une guerre de détails : eh ! bien, poursuivons la guerre de détails.

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manger l'Agneau dans cette maison, c'est-à-dire dans cette Église, où saint Damase dont on célèbre la fête, a mérité d'être appelé le successeur du pêcheur, et le disciple de la croix ; in ea domo, etc.

Dans la Messe du même jour, telle qu'elle est dans le Missel romain, il n'y a pas un seul mot relatif à l'autorité du Saint-Siège. Qui obligeait le cardinal de Noailles, s'il était ennemi de l'Église romaine, de mettre cette postcommunion dans son Missel (1) ? Qui le croirait? c'est cette postcommunion même que Dom Guéranger incrimine comme étant dirigée contre les Papes.

S'il y a quelque obscurité dans les premiers mots : nullum primnm; l'obscurité est la même dans saint Jérôme ; mais ce qui suit en explique assez le sens (2).

Il faudrait que les prêtres qui liront cette Messe de saint Damase, eussent l'esprit bien mal fait pour prendre dans un sens hostile au Saint-Siège, une prière où l'on demande à Dieu pour toute grâce, d'être toujours  uni de

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(1)  C'est peut-être la première fois qu'un écrivain catholique met en doute l'état d'hostilité du cardinal de Noailles à l'égard de l'Église romaine. Pourtant, cette scandaleuse rébellion a duré quatorze ans, à la face de toute l'Église : elle a résisté à toutes les condescendances, à tous les ménagements, à toutes les interventions tant de la Cour de France que de l'Épiscopat français lui-même. Benoît XIII s'est vu réduit à examiner s'il n'était pas nécessaire de dégrader l'opiniâtre prélat en le privant de la pourpre, et il ne s'en est abstenu que dans la crainte d'aggraver une situation déjà extrême. Maintenant, voici que ce cardinal, au fort de sa rébellion contre Rome, imagine, à propos de saint Damase, d'insérer en son Missel une oraison propre dans laquelle il s'est avisé de parler de Rome. Mais y a-t-il un moyen de parler de Rome sans l'injurier directement» et néanmoins de manière à lui faire sentir l'antipathie qu'on a pour elle? Les jansénistes, qui voulaient rester dans l'Église et par conséquent retenir une notion quelconque du Pape, avaient trouvé ce moyen. Il consistait à réduire à un simple lien de communion avec le Saint-Siège le devoir absolu de soumission et de dépendance qui résulte, pour tout catholique, de la nature même des pouvoirs donnés par Jésus-Christ à saint Pierre et à ses successeurs. Les écrits de la secte regorgent de propositions en ce sens. Si les jansénistes rencontrent dans la tradition des Pères ou des conciles une expression qui semble réduire à ce lien de communion les relations des fidèles avec Rome, ils s'en emparent, ils le font retentir bien haut, et taisent profondément mille autres passages qui prescrivent cette véritable obéissance au Pontife romain, qui est exigée dans la Profession de foi de Pie IV. L'Église d'Utrecht ne craint pas de se dire unie de communion à la Chaire de saint Pierre : la Constitution civile du clergé exigeait aussi la même chose de ses évêques. Cela veut dire, ce me semble, que dans un temps où de pareilles doctrines sont à l'ordre du jour, le devoir des catholiques est de tenir pour suspecte toute démonstration dans le sens de ces mêmes doctrines, surtout quand l'auteur est connu d'ailleurs pour le co17phée du parti qui les professe. Voilà toute la question.

(2)  Ainsi, vous convenez vous-même, Monseigneur, qu'il y a obscurité dans ces mots: Nullum primum nisi Christum sequentes ; reste à savoir maintenant si l'on a eu raison d'aller prendre précisément des mots obscurs pour les mettre dans une postcommunion, en ajoutant pour correctif quelques termes empruntés à saint Jérôme, mais qui ne forment encore qu'un sens ambigu, et

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communion avec la Chaire de Pierre, et de manger toujours l'agneau dans cette maison, etc.  (1).

Dom Guéranger n'est pas heureux dans les raisons sur lesquelles il appuie son odieuse interprétation. « Si saint Jérôme, dit-il, eût vécu au temps de Luther ou de Jansénius, il eût marqué avec son énergie ordinaire que, s'il n'entendait suivre d'autre chef que Jésus-Christ, il ne voulait parler que du chef invisible. » Est-ce que du temps de saint Jérôme, il n'y avait pas d'hérétiques ennemis du Saint-Siège (2)? Ce saint Docteur n'avait-il pas, dans le moment même, un motif puissant de relever l'autorité suprême du successeur de Pierre, et ne le fait-il pas réellement, et dans ce qui précède, et dans ce qui suit ? Si donc il n'a pas marqué avec son énergie ordinaire, qu'il ne voulait parler que du chef invisible, c'est qu'il n'a pas eu la pensée que ce fût nécessaire (3).

« Et ces paroles, Cathedrœ Petri communione consociatos, signifiaient-elles uniquement dans la bouche de saint Jérôme un simple lien extérieur sans dépendance sous le double rapport de la foi et de la discipline ? » Et moi je demande : où Dom Guéranger a-t-il vu que le cardinal de Noailles parle ici d'un simple lien extérieur sans dépendance (4) ?

Quelle justice y a-t-il à donner aux mêmes paroles, insérées dans un missel catholique, un autre sens que celui qu'elles ont dans le lieu d'où on les a tirées (5) ? Fallait-il, dans une oraison, dire bien explicitement que l'on reconnaît dans le Pape, non seulement une primauté d'honneur, mais encore de juridiction (6) ? Une postcommunion doit-elle renfermer un traité de théologie (7)? Mais voici une accusation encore plus singulière.

« La dernière partie de la postcommunion offre encore matière à observation ; l'on voit que l'auteur profite des paroles de saint Jérôme, pour flétrir, à propos de l'humilité de saint Damase, ce que la secte appelle le faste

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dont les jansénistes, à la secte desquels le cardinal de Noailles appartenait, pouvaient user, sans abjurer en rien leurs erreurs. La lettre de saint Jérôme renferme d'ailleurs beaucoup d'autres choses sur l'autorité proprement dite du Pontife romain : pourquoi ne les employait-on pas? Que si on me répond qu'on ne peut pas tout mettre dans une postcommunion : je demanderai alors pourquoi on ne se contentait pas de la postcommunion du Missel romain et des Missels parisiens antérieurs? C'est ici le cas de dire, comme le spirituel chanoine de la Tour, cité plus haut : Timeo Danaos et dona ferentes.

(1)  En effet, ils avaient l'esprit bien mal fait et plus que mal fait, les jansénistes notoires qui formaient la cour épiscopale du cardinal de Noailles : et c'est une raison de plus pour nous, qui n'avons rien de commun avec eux, de nous débarrasser de leurs œuvres.

(2)  Non, Monseigneur : au temps de saint Jérôme, le système janséniste de l'Eglise avec un Chef ministériel à qui on est uni par un lien de communion, sans perdre le droit de lui résister, ce système n'existait pas encore. C'est un produit moderne de l'esprit d'erreur.

(3)  Je suis parfaitement d'accord avec vous, Monseigneur ; mais il ne s'agit pas de justifier saint Jérôme : la suite de sa lettre en dit plus que la postcommunion, je le sais fort bien; mais c'est la postcommunion toute seule qui est ici en question.

(4)  Dans tous les écrits du parti auquel appartenait le cardinal de Noailles.

(5)  Tout dépend des intentions de ceux qui ont fait l'extrait. Tous les jours les hérétiques citent les paroles de l'Ecriture et des Pères, pour les détourner à leur profit. Voilà dix-huit siècles que ce manège dure.

(6)  Cela n'était pas nécessaire : mais il n'était pas nécessaire non plus d'insérer des expressions louches dans une oraison.

(7)  Cela serait impraticable, et personne ne l'a jamais demandé; mais il n'y aurait pas de mal à ce que les paroles de la Liturgie renfermassent de temps en temps une expression formelle de la foi : quand ce ne serait que pour justifier l'axiome : Legem credendi statuat lex supplicandi.

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et l'orgueil de la cour romaine. On y demande à Dieu la grâce de manger  l’Agneau dans cette maison où Damase a mérité d'être appelé le successeur du pécheur et le disciple de la Croix. »

A-t-on jamais imaginé, avant Dom Guéranger, que Ton ne pût louer les vertus des saints Papes, sans être accusé de vouloir rappeler les vices contraires de ceux de leurs successeurs qui ont pu en être entachés (1) ?

Mais j'ai ici un reproche plus grave à faire à cet auteur: il change le texte de la postcommunion (2). La voici telle qu'elle est dans le Missel de Paris, au moins dans celui de Ch. de Vintimille (3). Après ce que nous en avons vu plus haut, on y dit : Da nos, Deus, Agnum semperinea domo comedere quant beatus Damasus Petri successor, doctrinœ et virtutum splendore illustravit ; c'est-à-dire, donnez-nous de manger l'Agneau dans cette maison que le bienheureux Damase, successeur de Pierre, a illustrée par sa doctrine et par ses vertus ; ce qui ne fait aucun contraste avec le faste et l'orgueil dont on a prétendu accuser la cour romaine. Mais Dom Guéranger, pour pouvoir incriminer les rédacteurs du Bréviaire, a changé le texte et a mis (4) : In ea domo comedere in qua beatus Damasus successor piscatoris et discipulus crucis meruit appellari ; c'est-à-dire, donnez-nous de manger l'Agneau dans cette maison où Damase a mérité d'être appelé le successeur du pêcheur et le disciple de la Croix. [ p. 81]

Ce qui achève de montrer l'injustice de l'accusation de Dom Guéranger, c'est que, dans la secrète de saint Damase, dans la même Messe, on relève la pureté de la foi de l'Église romaine, en lui donnant le titre le plus glorieux, [ p. 82]

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(1) Je me suis bien gardé de dire une si énorme absurdité. Il nous est bien permis, à nous catholiques, de louer les vertus des saints Papes, sans paraître avoir intention de rappeler les fautes de quelques-uns de leurs successeurs; mais le ton des écrits jansénistes est assez connu. On sait du reste les satires incessantes que ces amis et fauteurs du cardinal de Noailles lancent contre ce qu'ils appellent la Cour de Rome, toutes les fois qu'ils trouvent l'occasion d'un rapprochement entre les Evêques de Rome, au beau temps de l'Eglise primitive, et les Papes de nos siècles d'obscurcissement. La haute vertu de Clément XI n'a pas désarmé les historiens fauteurs du livre des Réflexions morales.

(2) Pour le coup, Monseigneur, je suis un misérable, et vous avez bien eu raison de me dénoncer aux fidèles. Comment! j'ai osé changer le texte d'une postcommunion, afin de l'attaquer ensuite. Un homme capable d'un tel faux est capable de tout. Toutefois, avant d'accepter ma sentence, me sera-t-il permis d'examiner comment vous vous y prenez pour constater le délit ?

(3) La voici telle qu'elle est dans le Missel de Paris! — Je tremble, Monseigneur; mais, de grâce, achevez. —AU MOINS DANS CELUI DE CH. DE VINTIMILLE. —Mais quoi, Monseigneur? Nous ne sommes pas au Missel de Vintimille, nous sommes, s'il vous plaît, au Missel de Noailles. Ainsi, vous n'avez pas entre les mains le Missel de Noailles, pas plus que vous n'aviez précédemment le Missel de Harlay, ni le Bréviaire de Gondy : et vous traitez par conjectures des questions toutes positives ! Laissons de côté la charité et la justice : ne parlons que de votre honneur; à quoi vous exposez-vous, Monseigneur?

(4) DOM GUERANGER A CHANGE LE TEXTE ET A MIS : IN EA DOMO, etc.!!! Non, Monseigneur, je n'ai pas commis cette indignité. Procurez-vous le Missel de Noailles, ou permettez-moi de vous l'envoyer : vous y trouverez la postcommunion telle que je la donne, à la page 495, colonne à droite, lignes 12-18.

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celui de l’Église vierge (1) ; Domine, da illam animi corporisque munditiem ob quam romanae Ecclesiœ judicio tuo electus Sacerdos Damasus, virginis Ecclesiœ doctor virgo mentit appellari : Donnez-nous, Seigneur, cette pureté d'esprit et de corps qui a mérité à Damase, élu par votre jugement Prêtre de l'Eglise romaine, d'être appelé le docteur vierge de l'Église vierge.

§ III. Bréviaire et Missel de Ch. de Vintimille.

Si Dom Guéranger a traité si mal, comme on l'a vu, les Bréviaires et les Missels de François de Harlay et du cardinal de Noailles, c'est bien pire quand il en vient au Bréviaire et au Missel de Ch. de Vintimille. Écoutons-le.

Dans ce bréviaire, « tout ou presque tout était nouveau ; mais la nouveauté seule ne faisait pas le caractère de cette liturgie. Elle donnait prise aux plus justes réclamations..... Si les auteurs de la correction du Bréviaire de Harlay s'étaient proposé de diminuer le culte et la vénération des Saints, de restreindre principalement la dévotion envers la sainte Vierge, d'affaiblir l'autorité du Pontife romain, ce plan avait été fidèlement continué dans le Bréviaire de 1736 ; mais de plus, on avait cherché à infiltrer les erreurs du temps sur les matières de la grâce et autres questions attenantes à celles-ci. » [ p. 83]

Voilà l'accusation : écoutons les preuves (*). « Pour infirmer le dogme de la mort de Jésus-Christ pour tous les hommes, on avait retranché de  l'office du vendredi

(*) Dom Guéranger assure, p. 298, que, sur les vives réclamations qui s'élevèrent contre le nouveau Bréviaire, on plaça des cartons dans les endroits qui avaient le plus révolté les amis de la saine doctrine. Nous n'aurons pas à nous occuper des endroits corrigés (2). Il avoue d'ailleurs que ces corrections furent peu nombreuses.

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(1) Cet éloge de saint Damase et de l'Église romaine est de saint Jérôme; mais son insertion dans la secrète ne prouve nullement l'orthodoxie du cardinal de Noailles à l'époque où ce Missel parut. C'était même une affectation des jansénistes de rappeler sans cesse la pureté de la foi romaine dans l'antiquité, pour l'opposer à la corruption qui avait produit la bulle Unigenitus. Les produits de l'innovation liturgique font corps avec toute la littérature du parti : c'est pour cela que, quand on veut bien saisir l'esprit de cette œuvre, il faut de toute nécessité la comparer avec tout ce qui l'entoure.

(2) Je prends acte de cet engagement, Monseigneur.

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saint l'antienne tirée de saint Paul : Proprio filio suo non pepercit Deus ; sed pro nobis omnibus tradidit illum. »

C'était la première antienne de laudes. Il est difficile de prouver que telle a été l'intention des rédacteurs dans le changement des antiennes des laudes. Il paraît, au contraire, qu'ils ont voulu raconter toutes les circonstances de la passion de Notre-Seigneur, dans les répons de matines, les antiennes de laudes et celles de vêpres (1).

Le neuvième répons de matines dit que Jésus-Christ est mort sur la croix pour nous : Peccata nostra ipse pertulit in corpore suo, super lignum; ut peccatis mortui, justitiœ vivamus. Dom Guéranger objectera que l'antienne supprimée dit de plus qu'il est mort pour nous tous (2). Eh bien ! qu'il lise la troisième antienne de laudes du jeudi saint; il y verra que les rédacteurs n'ont pas craint de rapporter les textes sacrés qui prouvent que Notre-Seigneur est mort pour nous tous : Omnes nos quasi oves erravimus... posuit Dominas in eo iniquitatem omnium nostrum (3). [p. 84]

« On avait fait disparaître d'une leçon du lundi de la Passion, ces paroles : Magnum enim facinus erat cujus consideratio illos faceret desperare ; sed non debebant desperare pro quibus in Cruce pendens Dominus est dignatus orare. »

Dans le Bréviaire de François de Harlay, chaque férié du Carême a un évangile, suivi d'une homélie en trois leçons. Dans celui de Ch. de Vintimille, chaque férié a d'abord deux leçons de l'Écriture, ensuite l'évangile suivi de l'homélie en une seule leçon. Or, le lundi dans la semaine de la Passion, on n'a pas retranché d'une leçon le passage ci-dessus ; mais on a retranché deux leçons ; et c'est dans la dernière que le passage en question se trouvait (4).

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(1) Mais qui obligeait donc les rédacteurs du bréviaire de s’imposer cette règle, quand ils voyaient bien que son premier effet était de faire disparaître des antiennes populaires et chantées de temps immémorial dans  l’Église ? Des gens qui font la règle sont responsables des inconvénients de cette règle. Quant à l’intention perverse des rédacteurs, il me semble que rien n’est plus certain, quand on les connaît d’ailleurs.

(2) En effet, il est bien évident que ce dernier texte n'est pas identique au premier.

(3) Dans le système de Quesnel, ces paroles ne sont pas identiques pour le sens aux paroles supprimées. Celles-ci disent que Jésus-Christ a été livré pour chacun de nous, qu'il est notre rançon à tous ; pro nobis omnibus tradidit illum : celles-là disent simplement que toute notre iniquité a été placée sur lui. Les jansénistes n'ont jamais nié que les péchés même des réprouvés n'aient été aussi la cause de la mort du Christ : seulement, ils disent que cette mort n'était pas offerte pour eux.

(4) Pourquoi ce changement arbitraire par lequel on rompait avec le Bréviaire romain et tous les autres admis jusqu'alors? Quiconque pose une règle arbitraire doit répondre des conséquences, surtout s'il est suspect d'ailleurs de vouloir ces conséquences. On pourrait, avec un pareil système, légitimer tous les abus : il ne s'agirait que de faire des lois qui décréteraient ces abus en principes

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Je ne sache pas qu'une des erreurs des jansénistes  ait été d'admettre des péchés irrémissibles (1).

La trahison de Judas fut certainement un péché plus grand que celui des Juifs qui crucifièrent Notre-Seigneur. Eh bien ! on trouvera dans la IV° leçon du jeudi saint, du Bréviaire de Ch. de Vintimille, un passage de saint Chrysostôme qui enseigne la même vérité que le passage supprimé dans les leçons du lundi de la Passion. Saint Chrysostôme y dit, en parlant de Judas : O Christi benignitatem ! O Judœ dementiam et insaniam ! Ille namque vendidit illum triginta argeneis ; Christus autem postea non recusavit hunc ipsum sanguinem venditum vendenti dare in remissionem peccatorum, si ipse voluisset... ita et sacrœ mensœ particeps ille fuit, ut nullum excusationis locum haberet. C'est-à-dire : O bonté de Jésus-Christ ! ô folie et fureur de Judas ! Il a vendu son Maître pour trotte deniers; et après cela Jésus-Christ n'a pas refusé de donner ce même sang à celui qui l'avait vendu pour lui mériter la rémission de ses péchés, s'il avait voulu l'obtenir... Ainsi il participa (avec les autres disciples) au banquet sacré, pour qu'il ne lui restât aucune excuse, s'il persévérait dans son péché (2). [ p. 85]

Continuons.

« A la fête de sainte Agathe, une autre homélie du même saint docteur avait pareillement disparu, parce qu'on y lisait ces mots : Quod ideo dixit, ut ostenderet superiore nobis auxilio opus esse (quodquidem omnibus illud petentibus paratum est) si volumus in hac luctatione superiores evadere. »

Dans le Bréviaire de François de Harlay, les fêtes semi-doubles, comme celle de sainte Agathe, avaient trois nocturnes et neuf leçons ; dans le Bréviaire de Ch. de Vintimille, ces fêtes n'ont qu'un nocturne et trois leçons, la première de l'Écriture occurrente, et les deux autres composées  de  la légende du  Saint ;  c'est [ p. 86]

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(1) Il ne s'agit pas ici de péchés irrémissibles. Saint Augustin, parlant des juifs réprouvés, les reprend d'avoir désespéré de leur pardon, parce que, dit-il, le Seigneur avait daigné prier pour eux sur la croix. Cette proposition tendant à prouver que Notre-Seigneur a prié même pour les réprouvés, était pour ce motif odieuse aux jansénistes, et voilà pourquoi ils s'en débarrassèrent.

(2) Je n'ai pas nié, j'ai même dit expressément que les rédacteurs du bréviaire y avaient inséré certains textes qui pouvaient être favorables au sentiment catholique sur les questions agitées alors dans l'Eglise. Ce fut la matière de la Défense du bréviaire qui parut dès 1736 ; mais l'auteur de cette brochure perdait son temps à vouloir persuader le public de l'innocence complète de ce nouveau livre liturgique. Le parti janséniste désavouait une telle Défense, et n'en prônait que plus haut son cher bréviaire. « Cette apologie, disait le Journal de la secte, fait peu d'honneur au bréviaire, qui n'en avait pas besoin et qui se défend assez par lui-même. »

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ainsi que l'homélie de la fête de sainte Agathe a été supprimée (1).

« On avait retranché pareillement la deuxième leçon du lundi de la Pentecôte, qui renfermait ces paroles : Ergo quantum in medico est sanare venit œgrotum (Christus). Ipse se interimit quiprœcepta medici servare non vult. Salvari non vis ab ipso : ex te judicaberis. » Dans le Bréviaire de François de Harlay, il n'y a pas de leçon de l'Écriture pendant l'octave de la Pentecôte ; mais seulement une homélie en trois leçons sur l'évangile. Dans celui de Ch. de Vintimille, il y a toujours une leçon de l'Écriture, une deuxième tirée d'un saint Père, et une troisième qui consiste dans une homélie sur l'évangile en une seule leçon, au lieu d'une homélie en trois leçons. On a donc retranché dans le Bréviaire de Ch. de Vintimille, les deux dernières leçons et le passage cité par Dom Guéranger qui se trouvait dans la deuxième (2).

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