Institutions liturgiques (page 148)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

« Dans la deuxième leçon de l'office de saint Léon, des : paroles de ce saint docteur qui semblaient mises là tout exprès pour commander l'acceptation du formulaire et la soumission à la bulle, avaient  été effacées. Mais aussi combien elles étaient expressives ! Damnent (hœretici) apertis prqfessionibus sui superbi erroris auctores, et quidquid in doctrina eorum universalis Ecclesia exhorruit detestentur; omniaque decreta synodalia quœ ad excisionem  hujus haereseos Apostolicœ Sedis confirmavit auctoritas, amplecti se et in omnibus approbare, plenis et apertis ac propria manu subscriptis protestationibus eloquantur. » [ p. 87]

Et de quel Bréviaire ces paroles avaient-elles été effacées (3) ? Ce ne peut pas être du Bréviaire romain,  puisqu'elles ne s'y trouvent pas. Ce qu'il y a de remarquable, et que Dom Guéranger ferait bien de nous expliquer, c'est qu'elles ont été insérées dans le Bréviaire même de Paris,

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(1) Même réponse que plus haut. Les rédacteurs faisaient la loi, ils sont responsables de toutes les conséquences de la loi.

(2) Même réponse encore. C'est une chose curieuse, Monseigneur, que tout-à-l'heure, à propos du Bréviaire de Harlay, vous avez pris acte, avec triomphe, de ce que j'ai dit que dans ce bréviaire on avait inséré des textes des Pères contre les erreurs jansénistes, attendu que François de Harlay n'aimait pas la secte et savait la contenir; et maintenant, que nous voyons nos jansénistes de 1736 occupés à démolir pièce à pièce l'œuvre de François de Harlay, à laquelle appartenaient les divers textes dont nous parlons, vous n'avez plus que des paroles d'excuse et d'approbation pour le nouveau système. Si pourtant François de Harlay est loué par vous, Monseigneur, aussi bien que par moi, d'avoir fortifié le Bréviaire parisien par ces divers textes, Charles de Vintimille ne peut pas être également sage de les avoir expulsés cinquante ans après, quand le parti contre lequel ils étaient dirigés était devenu plus audacieux et plus fort.

(3) Du Bréviaire de François de Harlay, le seul en question.

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dans lequel Dom Guéranger prétend que les jansénistes les ont supprimées (1).

«  Un passage  de  la troisième leçon de saint Martin, Pape et Martyr, avait également disparu.  On en devinait sans peine la raison, quand on se rappelait qu'il y était parlé de l'édit de l'empereur Constant, qui prescrivait le silence sur les questions de la foi, et de la résistance du saint Pape à une mesure qui compromettait si gravement les intérêts de l'orthodoxie. Les partisans du silence respectueux avaient donc retranché les paroles suivantes : Interim Constans, ut suo Typo ab omnibus  subscriberetur, silentiumque in eo  de quœstione catholicos inter  et monothelitas agitata indictum observaretur... ; Romam misit Calliopam a quo Martinus, cum edicto  impio juxta  Lateranense concilium resisteret, Roma vi abductus est. »  [ p. 88]

Le 10 novembre, on fait l'office de saint Léon le Grand, et seulement mémoire de saint Martin (2).  A la fin de la troisième leçon, on lit une légende abrégée de saint Martin, où l'on parle, et du  Type de Constant que ce saint Pape  condamna dans un concile de cent cinq évêques, et de sa courageuse résistance, qui lui  valut  l'exil et  le martyre ; voici le texte : Qui, condemnata, in concilio Lateranensi centum et quinqua  episcoporum, cum suis principibus hœresi, jussu Constantis imperatoris,  cujus Typum quemadmodum et antea Ecthesim  Heraclii, reprobaverat, per Calliopam Ravennensem Exarchum de Ecclesia raptus, etc. Si c'est avec  intention  que l'on a supprimé la mention du silence prescrit  par le Type, on ne peut que blâmer une pareille suppression (3), quoique l'on parle de la condamnation du Type qui prescrivait le silence ; mais la nécessité de réduire  les deux leçons de saint Martin en une seule, a pu donner lieu au retranchement (4). Du  reste, il ne faut pas croire que le  silence ordonné par l'empereur Constant fût la même chose que [ p. 89]

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(1) Je vais vous l'expliquer, Monseigneur. Rien de plus simple. Ces paroles furent restituées par le moyen d'un des fameux cartons. Vous aviez pourtant dit, Monseigneur, que nous n'avions pas à nous occuper des endroits corrigés. Il eût été bon de s'en souvenir, dans l'intérêt même du bréviaire et de sa réputation.

(2) Pourquoi supprimer ainsi la fête de ce grand et saint Pape, et la réduire à une simple mémoire ? Au reste, les rédacteurs trouvaient double avantage à cette suppression : débarrasser le calendrier de la fête d'un saint Pape (ils en avaient déjà biffé cinq autres), et faire disparaître un texte qui les offusquait.

(3) J'ai donc raison aussi de la blâmer, comme la blâmèrent les catholiques qui écrivirent contre le bréviaire. Quant aux intentions, on est bien en droit de les conclure de tout l'ensemble de la conduite et des écrits des rédacteurs. Tout se tient dans une œuvre pareille.

(4) Mais qui donc avait statué cette nécessité ?

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le silence demandé par les jansénistes : Constant prescrivait le silence aux défenseurs de la vérité; les jansénistes voulaient que l'on n'exigeât d'eux qu'une soumission extérieure et un silence respectueux (1).

« C'était dans le même esprit que l'on avait supprimé, au 26 novembre, l'office de sainte Geneviève du miracle des Ardens. »

Il y a ici une fausseté et un contre-sens : une fausseté, parce que cet office n'a pas été supprimé (2) ; seulement il est semi-double, et comme les semi-doubles n'ont que trois leçons, tandis qu'auparavant ils en avaient neuf, on a dû retrancher ici l'homélie de saint Irénée (3).

Il y a ensuite, un contre-sens. « Si l'on a fait cette suppression, c'est, dit Dom Guéranger, a cause de certaines leçons tirées de saint Irénée, et dans lesquelles étaient données les règles pour discerner les miracles des hérétiques d'avec ceux de l'Eglise catholique ; ce qui devenait par trop embarrassant, si on en voulait faire l'application aux prodiges du Bienheureux Diacre. » Il n'est nullement question, dans les leçons de saint Irénée, de règles pour distinguer les miracles des hérétiques d'avec ceux de l'Eglise catholique. Ce saint Docteur dit que les hérétiques ne peuvent en faire aucun ; tandis qu'il s'en opère beaucoup dans toute l'Église catholique : Non possunt hœretici cœcis donare visum, etc. Pourquoi les jansénistes auraient-ils supprimé un texte qui leur était si favorable, au moment où ils se vantaient des prodiges du Bienheureux Diacre (4) ? [ p. 90]

« Les jansénistes, déconcertés de leur petit nombre..... imaginèrent... que la vérité ne triompherait qu'à l'arrivée d'Élie qui était prochaine. (Dans cette idée), le nouveau Bréviaire avait consacré tout le corps des répons du VII° Dimanche après la Pentecôte, à célébrer de si belles espérances.  »

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(1) Et le saint Pape Martin condamnait tout silence à la faveur duquel l'erreur aurait tenté d'envahir le troupeau. Quand l'Église ordonne de confesser une vérité, le silence est un crime, soit que les hérétiques condamnés affectent de le garder, soit que les tyrans l'enjoignent à leurs sujets. L'application pratique au prétendu silence respectueux est évidente, et on le sentit,

(2)  Je vous demande pardon, Monseigneur; ce n'est pas moi qui me trompe ici. L'office de sainte Geneviève du miracle des Ardens fut supprimé dans le Bréviaire de 1736. Il est vrai qu'on mit un carton pour le rétablir, par suite des réclamations qui furent faites. Il serait à désirer que vous eussiez eu aussi entre les mains un Bréviaire de Vintimille avant les cartons : cela m'eût épargné bien des accusations tout à fait dénuées de fondement, et à vous-même le désagrément de contredire publiquement l'engagement que vous aviez pris de ne pas vous occuper des endroits corrigés. J'aurais eu un de ces bréviaires à votre disposition, Monseigneur, vous eussiez pu, en le consultant un peu, diminuer votre brochure de quelque vingt pages, et je n'aurais point été accusé d'avoir dit des faussetés. Ce serait un bien pour tout le monde.

(3)  Pourquoi réduire cet office, quand on daigna le rétablir après trois mois de suppression? Loin d'être une excuse, cette mesure a plutôt besoin d'être excusée.

(4)  Parce que, d'après les principes de saint Irénée, tels qu'ils sont énoncés dans le passage en question, les fidèles, avant de croire à la divinité d'un prodige, doivent regarder à la foi de celui qui l'opère. Si celui-ci est en révolte contre l'Eglise, s'il est hérétique, les catholiques doivent penser que les prestiges plus ou moins réels qu'il opère ne viennent pas de Dieu, mais du diable : d'après saint Irénée, qui pose ce principe dans la leçon supprimée : Non possunt hœretici cœcis donare visum, etc. Tel est mon contre-sens, digne de servir de pendant à ma FAUSSETE. Au reste, les catholiques, dans la polémique contre les miracles du diacre Paris, ont fait un usage fréquent de ce texte, et sont par conséquent complices aussi bien que moi du contre-sens. On peut voir, entre autres, les célèbres écrits de l'Évêque de Bethléhem, Dom La Taste.

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Je n'irai pas transcrire ici les trois pages de répons, expliqués par Dom Guéranger comme il l'entend (1). Je me contenterai de dire que si les rédacteurs du bréviaire ont eu l'intention qu'on leur prête, il faut des yeux bien perçants pour l'apercevoir, surtout pour reconnaître avec Dom Guéranger dans ces répons, les Molinistes, les docteurs de la morale relâchée, M. Vincent ; c'était là le secret de la secte, suivant Dom Guéranger : secret difficile à pénétrer. Je suis bien persuadé que très peu de prêtres qui récitent le Bréviaire de Paris, se doutent de l'intention des auteurs (2). [ p. 91]

Dom Guéranger dit qu'il nous fait grâce de la complète énumération des passages scabreux du Bréviaire de Vintimille. « Cependant, ajoute-t-il, nous en signalerons encore quelques-uns. » Il faut croire que l'auteur a choisi les plus décisifs.

« Dans la Liturgie romaine, le capitule de vêpres (du Dimanche) est celui-ci : « Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi, Pater misericordiarum et Deus totius consolationis, qui consolatur nos in omni tribulatione nostra. Béni soit le Dieu et le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console de tous nos maux. » Voici comment (la secte janséniste) a frauduleusement remplacé le sublime capitule que nous venons de lire : « Benedictus Deus et Pater Domini nostri Jesu Christi, qui benedixit nos in omni benedictione spirituali in cœlestibus in Christo, sicut elegit nos in ipso ante mundi constitutionem, ut essemus sancti et immaculati in conspectu ejus in charitate. Béni soit le Dieu et le Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui nous a comblés en Jésus-Christ de toutes sortes de bénédictions spirituelles pour le ciel ; comme il nous a élus en lui avant la création du monde, pour que nous soyons saints et sans tache dans son amour.  » [ p. 92]

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(1) Vous venez devoir, Monseigneur,  qu'il y a bien d'autres

pages que vous eussiez pu vous épargner la peine de transcrire.

(2) La question n'est pas là, Monseigneur. Si quelques prêtres ignorent ou oublient l'histoire de l'Église, ce n'est pas une raison pour que tous les catholiques fassent de même. Tous les jours un ecclésiastique passera pour ignorant, s'il n'est pas au fait des systèmes hétérodoxes de Nestorius et de Macédonius; sera-t-il permis d'être moins familier avec le système janséniste, quand nous sommes encombrés de livres favorables à ce système, quand les façons de parler imposées par la secte sont encore en usage, quand ses maximes, oubliées comme théories, ont passé à l'état pratique dans les mœurs? Il se peut que plusieurs personnes n'aient plus la clef du Bréviaire de Paris; mais cela ne détruit pas le fait de son origine, ni les réclamations des catholiques lors de son apparition. La question maintenant est de savoir s'il convient de préférer ce livre au Bréviaire  très pur de l'Église romaine.

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Si l'on me donnait à choisir entre ces deux textes, quoi qu'en dise Dom Guéranger, je préférerais le second (1). Premièrement, parce qu'il est bien plus énergique dans ce qu'il dit des bienfaits que nous avons reçus de Dieu.  Le premier texte dit seulement que Dieu nous console dans nos maux ; le second dit que Dieu nous a comblés de toutes sortes de bénédictions spirituelles. Deuxièmement, parce qu'il nous remplit d'espérance et d'amour, en nous apprenant que le Seigneur nous a aimés le premier, qu'il a jeté ses regards de miséricorde sur nous dès avant la création du monde, et nous a choisis dès lors pour nous combler de ses bénédictions. Troisièmement, parce qu'il nous rappelle que  si  nous  voulons  correspondre aux volontés miséricordieuses du Seigneur, nous devons nous conserver saints et sans tache en sa présence dans son amour (2).

Toutes les raisons que Dom Guéranger emploie pour blâmer le choix qu'on a fait de ce dernier texte, se réduisent à dire  qu'il  y est parlé de prédestination,  et que l’Église n'approuve pas qu'on effraye les fidèles, en mettant trop souvent sous leurs yeux les terribles mystères de la prédestination et de la réprobation (3). De la réprobation, j'y consens; mais de la prédestination, c'est-à-dire de cet amour par lequel Dieu, suivant l'expression du Psalmiste, nous a prévenus par les bénédictions de sa douceur (4) ; je le nie... C'est cet amour prévenant de Dieu que saint Paul emploie pour nous inspirer une grande confiance dans le Seigneur : Je  suis plein de confiance, dit-il aux Philippiens, que celui qui a commencé en vous la bonne œuvre (de votre salut), la perfectionnera jusqu'au jour de l'avènement de Jésus-Christ ; et dans sa lettre aux Romains : Si nous avons été réconciliés à Dieu par la mort de son Fils pendant que nous étions ses ennemis ; à plus forte raison, étant maintenant réconciliés avec lui, serons-nous sauvés par la vie de ce même Fils.

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(1) Heureusement, l'Église ayant fait son choix, nous n'avons plus à choisir.

(2) Il m'est impossible d'entrer dans ce parallèle, attendu que la partie n'est pas égale. Le texte choisi par l'Eglise romaine a par devers lui l'autorité de l'Église Mère et Maîtresse, et l'autorité de toutes les Églises de la langue latine; je ne nie permettrai donc pas d'entreprendre la comparaison des deux capitules. Seulement j'oserai, Monseigneur, vous faire observer que vous ne rendez pas exactement le texte de saint Paul. Toute la seconde partie de ce texte a pour but de relever le privilège de l'élection éternelle des prédestinés, élection qui n'exclut, sans doute, ni le mérite, ni la liberté, mais qui est en nous le principe de la sainteté et de la justice. Or, cette élection n'est pas accordée à tous les enfants de l'Église : c'est là un point de foi. J'ai dit que le capitule du Bréviaire romain n'entrait pas dans cette question terrible, tandis que celui du Bréviaire parisien la mettait expressément sous les yeux des fidèles : c'est là toute ma proposition. Je suis fâché, Monseigneur, que dans cette occasion comme dans la plupart des autres, vous ne citiez jamais mon texte que par fragments décousus, et le plus souvent entrecoupés de points et de parenthèses.

(3)  Je prie le lecteur de revoir le passage de mon livre auquel Monseigneur fait allusion. Il jugera s'il est cité d'une manière loyale et complète.

(4)  Je pense que c'est la première fois que la prédestination est définie de cette manière : mais ce n'est pas à moi de réformer cette définition. Les textes qui suivent n'entrent pas davantage dans la question de ce profond mystère. D'ailleurs, la définition fût-elle exacte, il faudrait toujours en venir à dire que tous les fidèles prévenus des bénédictions de la douceur divine, en qui Dieu a commencé la bonne œuvre de leur salut, et qui ont été réconciliés à Dieu par la mort de son Fils, ne sont pas pour cela prédestinés à la gloire éternelle. Il reste toujours là un abîme de justice et de miséricorde que la raison humaine ne peut sonder.

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Mais voici un reproche plus étrange : Dom Guéranger se scandalise de ce que, dans l'hymne de vêpres, qu'il appelle d'ailleurs une pièce d'un langage élevé et correct, on adresse à Dieu cette prière tirée de saint Paul : Ad omne nos apta bomun; Rendez-nous disposés à toute bonne œuvre (1). Sa raison est que les jansénistes ont voulu prouver par ces paroles et par d'antres semblables, l’irrésistibilité de la grâce. Nous ne poumons donc plus nous servir des termes de l'Écriture, une fois que les hérétiques en auraient abusé pour soutenir leurs erreurs (2). [ p. 94]

Les autres reproches contenus pages 273, 274, 275, sont si dépourvus de raison, que ce serait perdre le temps que de les répéter en détail. Voici le plus sérieux : on peut juger des autres.

« Le nouveau Bréviaire avait gardé le R/ In manus tuas, Domine, etc.; mais voyez ici la différence... L'Église romaine, afin que chaque fidèle puisse répéter avec confiance ces douces paroles : In manus tuas, etc., émet tout aussitôt le motif qui produit cette confiance dans le cœur du dernier de ses enfants. Tous ont droit d'espérer; car tous ont été rachetés : Redemisti nos. Écoutez maintenant les rédacteurs du Bréviaire parisien : Redemisti me, etc., la Rédemption, suivant eux, n'est pas une faveur générale, le Christ n'est pas mort pour tous. »

Mais quand on aurait conservé le redemisti nos, il s'ensuivrait seulement que Notre-Seigneur est mort pour tous ceux qui font cette prière, et non pour tous les hommes (3).

Tous ceux qui disent ce répons In manus tuas, disent aussi redemisti me; ils déclarent donc qu'ils ont été rachetés (4).

Puisqu'on dit au singulier : Commendo spiritum meum, il était naturel de dire : Redemisti me (5). [p. 95]

Du reste, le Bréviaire parisien n'a fait que rapporter ce passage du Ps. XXX, tel qu'il est dans la Vulgate (6).

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(1)  La traduction n'est pas littérale, Monseigneur. Je ne me permettrai pourtant pas de crier au contre-sens.

(2)  Je vous demande pardon, Monseigneur; nous pourrons toujours nous servir de l'Écriture; mais vous savez mieux que moi que, à l'époque des diverses hérésies, l'Église a interdit, pour un temps, de certaines façons de parler que les hérétiques empruntaient captieusement à l'Écriture : la pureté de la foi en dépendait, et l'Église est juge de l'emploi de l'Écriture par ses enfants. Parmi les propositions de Quesnel, il en est plusieurs qui semblent mot à mot extraites de saint Paul. Ce fut le triomphe de l'audacieuse astuce des jansénistes, d'avoir osé se prévaloir du patronage de ce grand Apôtre; ce fut le triomphe de la sagesse et de l'autorité de l'Église, d'avoir su les en dépouiller.

(3) Je vous demande encore une fois pardon. Monseigneur. Quand l'Église, dans sa Liturgie, prie au pluriel, et elle le fait constamment, elle prie non seulement au nom de ceux qui remplissent matériellement l'édifice où se trouve le prêtre qui récite les formules saintes, mais au nom de tous ses enfants d'un bout du monde à l'autre. C'est la première fois, je l'avoue, que je vois contestée une vérité pratique qui jusqu'ici m'a semblé la base du culte divin tout entier. A force de faire du Bréviaire un livre de cabinet ou de bibliothèque, on finirait par perdre jusqu'à la notion de la Liturgie même.

(4)  Oui, mais ils ne disent pas que d'autres ont été rachetés, et c'est là la question.

(5)  Il s'agit bien ici de grammaire et d'alignement de style ! Au reste, s'il y a une faute, c'est l'Église qui l'a faite. Il fait bon se tromper avec elle, et s'abstenir des perfectionnements qui sont suggérés par ses ennemis.

(6)  Cela doit vouloir dire que le Bréviaire de Paris s'entend mieux à citer l'Écriture que l'Église romaine. La différence qu'il y a pourtant entre le Bréviaire de Paris et l'Église romaine, c'est que celle-ci a autorité sur l'Écriture, et que l'autre n'avait d'autre droit que celui de suivre le chemin battu, sous peine d'éveiller des susceptibilités trop légitimes, dans de telles circonstances de temps, de lieux, et de personnes.

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( Ici, Monseigneur l’Archevêque de Toulouse m'accuse d'avoir attaqué comme hérétique le Bréviaire de Paris, au sujet d'un canon du troisième concile de Tolède, et d'une strophe de Santeul. J'ai répondu suffisamment à cette imputation dans la Lettre ci-dessus, pages 60-66. Je ne reviendrai donc pas sur ce sujet: je remplirai seulement ma promesse en répondant à un reproche que Monseigneur m'adresse en passant. Voici ses paroles : )

Dom Guéranger commence par avancer un fait entièrement dénué de vérité.

«Une suite de canons des conciles à l'office de prime... avait été, dit-il, conduite de manière à ce qu'on n'y rencontrât pas une seule citation des décrétales des Pontifes romains. » [ p. 96]

En ouvrant le Ier volume du bréviaire, j'ai trouvé dans les trois premières semaines seulement de Tannée ecclésiastique, cinq canons tirés des décrétales des Papes, de saint Léon IV, de saint Innocent Ier , de saint Léon Ier, de saint Gélase, et encore de saint Léon Ier. On en trouve vingt-quatre dans le reste du bréviaire. On en a mis le tableau à la fin de cet écrit (1).

« Si maintenant nous considérons la manière dont on avait traité le culte des saints, etc. » C'est toujours l'accusation  d'avoir voulu diminuer le culte des saints, qui revient (2). [ p. 101]

Dom Guéranger rappelle ici ce qu'il a dit sur le texte de la lettre pastorale de Ch. de Vintimille : « On a conservé au dimanche sa prérogative d'exclure toutes sortes de fêtes, si ce n'est celles qui ont dans l'Église le premier degré de solennité. » Et il dit là expressément : « Le but avoué est de diminuer le culte des saints. » Je voudrais bien que cet auteur nous montrât quelque part cet aveu, qu'on a voulu diminuer le culte des saints (3).

S'il avait lu les rubriques du bréviaire qu'il censure, il

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(1) C'est bien assurément en pure perte qu'on a fait les frais de ce tableau, pour prouver ce qui n'est pas en question. Quand je me suis permis de reprocher à un bréviaire qui promet dans sa lettre pastorale de fournir à tous les clercs une utile connaissance de la discipline ecclésiastique, au moyen d'un choix de canons places à l'office de prime, quand je lui ai reproche, dis-je, de ne pas emprunter ses citations aux décrétales des Pontifes romains qui ont dans l'Eglise une autorité bien supérieure à celle de tant de conciles particuliers et même de synodes que l'on trouve cités dans ce bréviaire, il était pourtant bien naturel d'entendre, comme tout le monde, par ce mot Décrétales, les cinq livres publiés par Grégoire IX et qui renferment la discipline actuelle de l'Église, et non pas les lettres et constitutions des anciens Papes, qui sont plutôt des monuments de la tradition que des prescriptions positives du droit.

(2) Cette accusation revient souvent, parce qu'il y a lieu, ainsi que nous allons le voir.

(3) Rien n'est plus évident. Dans les bréviaires antérieurs, de Noailles, de Harlay, de Gondy, etc., les dimanches non privilégiés cédaient à toutes les fêtes doubles des saints : le Bréviaire de

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n'aurait pas calomnié, comme il le fait, l'intention des rédacteurs. Car il aurait vu que le dimanche ne cède pas seulement aux fêtes du rit solennel mineur et au-dessus; mais encore aux doubles fêtés par le peuple, aux fêtes de Notre-Seigneur, de la sainte Vierge, de saint Denys et du jour de l'octave, aux fêtes propres des lieux, c'est-à-dire, dans les églises où il y a un certain concours de peuple pour honorer des reliques, ou pour tout autre objet de culte particulier. Je le demande à l'Abbé de Solesmes : pouvait-on apporter plus d'attention à ne pas diminuer le culte des Saints (1) ? [p. 102]

Cavalieri, liturgiste très estimé et commentateur des décrets de la sainte Congrégation des Rites, pense tout autrement que l'Abbé de Solesmes sur le privilège des dimanches (2). Au lieu d'y voir l'intention et l'inconvénient de diminuer le culte des Saints, il blâme au contraire le zèle mal entendu qui fait solliciter sans cesse de nouveaux offices des Saints ; la manière dont il s'exprime est remarquable : « La démangeaison (ce sont ses propres termes que je rapporte ici), la démangeaison d'avoir beaucoup de fêtes, s'est tellement emparée des esprits..., que l'on voudrait qu'il y en eût presque chaque jour..., et je crains que, sous le prétexte spécieux de piété, on ne cache le désir naturel à bien des gens d'avoir des offices plus courts (3). »

Ensuite, parmi les raisons qu'il oppose à ce zèle prétendu, il met la suppression de l'office d'un grand nombre de dimanches : il nous apprend combien la sainte Congrégation des Rites est opposée à cet abus, et cite à l'appui l'autorité de Clément VIII (4). [ p. 103]

Benoît XIV pense de même, et, le croirait-on ? c'est Dom Guéranger qui nous l'apprend; il en fait le sujet du plus grand éloge. Ce grand Pape, dit-il, « versé profondément dans la connaissance des usages de l'antiquité, ne vit pas avec indifférence..., que, depuis l'époque de

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