Institutions liturgiques (page 149)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

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Vintimille revenant sur cette rubrique qui est celle de l'Église romaine, et voulant conserver ( il aurait dû dire tout au plus restituer) au dimanche sa prérogative d'exclure toutes sortes de fêtes hors celles qui ont dans l'Église le premier degré de solennité enlevait par là même à toutes les fêtes d'un rite inférieur le droit d'être célébrées par le peuple, qui aimait à les voir tour à tour embellir le dimanche de leur agréable et pieuse variété.

(1)  Oui, Monseigneur, on le pouvait. Il n'y avait qu'à laisser les choses comme elles étaient, et continuer d'admettre tous les doubles aux dimanches non privilégiés, comme on fait dans toute l'Église latine. Par ce moyen, les saints honorés de ce degré auraient réjoui de temps en temps le peuple du souvenir de leurs vertus, de leurs miracles, et de l'espérance de leur protection.

(2)  Non, Monseigneur : ni Cavalieri, ni la sacrée Congrégation des Rites ne pensent autrement que moi sur le privilège des dimanches. Veuillez les consulter plus sérieusement, et relire les passages de mon livre auxquels vous faites allusion ; vous verrez qu'il n'y a pas l'ombre de contradiction.

(3) Je blâme moi-même, Monseigneur, comme tous les liturgistes, ce zèle mal entendu qui fait demander sans motif, à Rome, des fêtes nouvelles, différentes de celles qui sont de précepte au calendrier romain. Mais il ne s'agit ici que de ces dernières qui, lorsqu'elles sont du rite double, l'emportent sur les dimanches non privilégiés. Le Bréviaire parisien de 1736 leur déniait cette prérogative, et en cela il allait contre Cavalieri et contre la sacrée Congrégation des Rites, qui veulent avant tout qu'on suive les rubriques romaines. Déjà, en ce siècle, l'Église de Paris a commencé à revenir sur ses pas, et j'ai rendu justice au Bréviaire de 1822 qui décrète que désormais, le dimanche cédera comme autrefois, UT OLIM, aux fêtes des Apôtres et aux autres doubles-majeurs. Il n'y a plus qu'un pas à faire, et, du moins sous ce rapport, l'Église de Paris rentre dans la pratique romaine. Honneur donc à la mémoire du pieux Hyacinthe de Quélen !

(4)  Tous les liturgistes, encore une fois, pensent de même sur cette question ; le malheur est qu'il s'agit ici de tout autre chose. Je n'ai jamais reproché au Bréviaire de Vintimille d'avoir sacrifié des fêtes surajoutées au calendrier romain. Le calendrier de

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saint Pie V, les fériés se trouvaient diminuées dans une proportion énorme par l'accession de plus de cent offices nouveaux. Le rang de doubles assigné à la plupart de ces offices entraînait de fait la suppression d'une grande partie des dimanches. Il était bien clair que l'antiquité n'avait pas procédé ainsi. » Ch. de Vintimille procédait donc comme l'antiquité. Benoît XIV, en voulant conserver l'office des dimanches, avait-il l'intention de diminuer le culte des Saints (1)?

« Le calendrier avait subi les plus graves réductions. » [ p. 104]

J'avoue qu'elles sont nombreuses. Étaient-elles motivées? C'est là la question ; plusieurs raisons ont pu y décider. Le désir de conserver, autant que possible, l'office des dimanches et celui des fériés pendant le Carême, a dû en faire retrancher ou renvoyer plusieurs (2).

Du reste, parmi ces Saints, il y en avait un grand nombre dont on ne faisait, dans le bréviaire antérieur, qu'une simple mémoire ; plusieurs n'avaient pas même  de légende (3). Ces mémoires multipliées pouvaient apporter quelque embarras dans les offices (4). Sans prétendre justifier les systèmes suivis par les rédacteurs, qui auraient dû, à mon avis, conserver surtout les mémoires des saints Papes, dont le sang répandu pour la foi est une des gloires  de l'Église catholique ; je ne crois pas qu'ils  aient voulu diminuer le culte des Saints (5). Quelques auteurs ont pu pousser trop loin la sévérité de la critique sur l'authenticité des vies de ces héros du  christianisme et de leurs miracles ; mais en général les jansénistes n'étaient pas ennemis de leur culte; même ils aimaient assez à parler de faits miraculeux, surtout quand ces faits pouvaient

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François de Harlay, sur lequel portèrent les réductions des auteurs du nouveau bréviaire, était même bien loin de contenir toutes les fêtes doubles ou autres qui sont de précepte sur le calendrier romain ; c'était donc sur un calendrier déjà considérablement réduit que s'exercèrent les réductions de 1736. Cavalieri et la sacrée Congrégation des Rites sont donc venus là en pure perte.

(1)  Permettez-moi de vous arrêter ici un moment, Monseigneur. Si vous eussiez daigné citer tout mon texte, vos lecteurs eussent pu voir que Benoît XIV, dans l'application de ses idées à cette question, se borna à ne pas ajouter de nouveaux offices au Bréviaire, et qu'il se garda bien de changer la rubrique universelle, en vertu de laquelle toutes les fêtes doubles l'emportent sur les dimanches non privilégiés. Quoique l'antiquité n'eût pas procédé ainsi, Benoît XIV, tout Pape qu'il était, crut devoir respecter la discipline de son temps ; ses successeurs, jusques et y compris Grégoire XVI, reprirent l'usage d'ajouter, de temps en temps, de nouveaux doubles au calendrier. Maintenant, qu'on nous dise qui est dans la véritable voie, ou de ces Pontifes romains, ou de Charles de Vintimille, qui préféra procéder comme l'antiquité.

(2) Je viens de montrer combien l'affectation de conserver l'office des dimanches était contraire au vœu de l'Église romaine : nous parlerons bientôt des fériés de Carême.

(3) Par conséquent, toute suppression qui tombait sur eux anéantissait, au Bréviaire, leur mémoire que les siècles y avaient consacrée. L'Eglise romaine garde ses simples, et même ses commémorations, depuis plus de mille ans ; ils survivent à tous les changements et à toutes les réformes du calendrier.

(4)  Étrange raison de se débarrasser des saints pour ne pas avoir l'ennui de dire une antienne, un verset et une oraison. Il suffira donc d'un embarras qui dure moins d'une minute, pour briser la tradition du culte d'un saint, dans une Église;aussi importante que celle de Paris.

(5)  Je ne conçois pas qu'on puisse blâmer et justifier tour à tour le même système. Quant à la volonté de diminuer le culte des saints, il suffit de parcourir les ouvrages du parti pour s'assurer que telle était bien l'intention des jansénistes. Ils ont poussé

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servir à accréditer leurs erreurs (1). Nous devons ajouter ici quelques observations sur les retranchements reproches par Dom Guéranger.

« En janvier, dit-il, on avait supprimé les octaves de saint Jean, des saints Innocents, et même de sainte Geneviève. »

Les trois mémoires qu'il fallait faire tous les jours, pour les trois premières octaves, à l'office de la Nativité de Notre-Seigneur, compliquaient beaucoup cet office; il faut l'avouer (2). D'ailleurs, d'après les rubriques, on n'attribuait une octave qu'aux fêtes du rit solennel majeur. L'office de saint Etienne, dans le bréviaire antérieur, n'était que solennel mineur ; les autres seulement doubles majeurs ou mineurs. La fête de sainte Geneviève était seulement du rit double majeur (3).

« La Chaire de saint Pierre à Antioche avait disparu. » Il est vrai qu'on a réuni la Chaire de saint Pierre à Antioche avec celle de Rome; mais on fait mention des deux dans le même office, et on célèbre sous cette double dénomination, le Pontificat du chef des Apôtres; voici le titre de l'office : In festo Pontificatûs seu Cathedrœ S.  PETRI, qui primum Antiochiœ sedit, tum Romœ; et en effet, cet office renferme tous les titres de la puissance du chef des Apôtres. Je suis persuadé que, même à Rome, on ne blâmerait pas cette fête et cet office du Pontificat de saint Pierre (4). [ p. 106]

« En mars, saint Aubin n'avait plus qu'une simple mémoire. » L'Abbé de  Solesmes se trompe : s'il arrive hors du Carême, on en fait tout l'office. En juin, on ne retrouvait plus les octaves de saint Jean-Baptiste et de saint Pierre et saint Paul. »

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partout à l'abolition des pèlerinages et des autres manifestations de la piété populaire envers les saints. Les Mémoires de Tillemont, l'Année Chrétienne de Le Tourneux, les Vies des Saints de Baillet et Mésenguy, les légendes du Bréviaire de Paris, leur appartiennent : c'est montrer assez qu'ils ne gâtaient pas les saints. Au reste, je ne connais personne qui ait jamais contesté ce fait.

(1) Singulière manière de prouver qu'un homme est partisan d'une chose, dans le cas où elle lui est avantageuse. Au reste, je ne connais point de saints dont les miracles aient été favorables aux jansénistes : car sans doute, il n'est pas question ici du diacre Paris, à propos des saints du Bréviaire. Quant à dire que les jansénistes n'étaient pas ennemis du culte des saints, il ne s'agit que de s'entendre. Ils admettaient aussi le culte de la sainte Eucharistie ; ils avaient même écrit la Perpétuité de la foi ; mais dans la pratique ils abolissaient la fréquente communion. C'est partout le même système.

(2)  C'est-à-dire que ces mémoires, que l'on fait dans toute l'Eglise, allongeaient l'office de quelques minutes; mais elles le compliquaient peu, attendu que rien n'est plus facile à trouver au Bréviaire, que la mémoire d'une octave. C'est là, malheureusement, un des innombrables faits qui prouvent qu'on avait songé avant tout à diminuer le service divin.

(3)  Cette suppression arbitraire n'était qu'une témérité de plus ; puisqu'elle était contraire aux usages de l'Eglise romaine, aussi bien qu'à ceux de l'Eglise de Paris qui, même dans le bréviaire antérieur, faisait ces octaves. Ce bréviaire ne peut donc être invoqué comme un moyen de justification.

(4)  On blâmerait si peu à Rome la fête et l'office du Pontificat de saint Pierre, que si vous voulez, Monseigneur, vous donner la peine de consulter le Saint-Siège sur cette question, il vous sera répondu, sans aucun doute, que, après que vous aurez célébré le Pontificat de saint Pierre, le 18 janvier, comme à Rome, il ne vous manque plus, pour être en complète obéissance au décret de Paul IV, que de célébrer chaque année une seconde fois le Pontificat de saint Pierre, le 22 février, comme à Rome. A Rome, on pense qu'un aussi grave sujet mérite bien d'occuper chaque année deux jours au calendrier.

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C'est que leur fête était du rit solennel mineur (1).

« En juillet était effacé saint Thibault. »

Il n'est que renvoyé au 3o.

« En novembre on avait ôté saint Véran.»

C'est une erreur : dans le bréviaire précédent on n'en faisan que mémoire le 10 ; dans le Bréviaire de 1736 on en fait l'office le 13 (2).

« Sainte Félicité. »

Dom Guéranger se trompe encore ; on en fait l'office le 10 juillet (3).

« Sainte Geneviève du miracle des Ardents . »

Nous avons déjà signalé cette erreur : la fête en est marquée au 26 du même mois de novembre (4).

« Décembre enfin avait vu disparaître l'octave de la Conception. »

La fête n'est que du rit solennel mineur (5).

« Saint Thomas de Cantorbéri était transféré au  mois de juillet. »

Quel mal y a-t-il ? c'est le jour de la translation de ses reliques (6). [107]

« Saint Sylvestre réduit à une simple mémoire. »

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(1)  Qui donc avait fait cette loi, si ce n'est les auteurs du nouveau bréviaire, responsables, par conséquent, de ses suites outrageantes à l'égard de deux des plus illustres fêtes du calendrier de l'Église latine ? Ces deux octaves sont célèbres dans toute l'Église, et on a vu, en 1822, l'archevêque Hyacinthe de Quélen rétablir déjà celle de saint Pierre. De pareils actes sont plus éloquents encore que mes invectives.

(2)  Ces diverses modifications du calendrier sont dues en partie aux cartons, dont plusieurs portèrent sur ces endroits du Bréviaire.

(3)  Le Bréviaire de Harlay, comme le Bréviaire romain, plaçait sainte Félicité au 23 novembre,parce, que c'est le jour de son martyre, cinq mois environ après celui de ses sept fils. Le nouveau bréviaire, en les réunissant tous au même jour, 10 juillet, allait donc contre l'histoire et les traditions liturgiques.

(4)  Parce que, ainsi que je l'ai dit plus haut, on daigna mettre un carton pour la rétablir.

(5)  Mais, encore une fois, qui a donc fait cette loi terrible et inviolable à laquelle il faut que tout soit sacrifié ? Louis XIV avait sollicité et obtenu de Clément IX le privilège de cette octave pour la France : Innocent XII l'avait ensuite étendue à toute la chrétienté; et voilà Vigier et Mésenguy qui entreprennent de la biffer, et ils en viennent à bout ! Ce sont là de ces faits inexplicables qui étonnent la postérité; j'avoue que j'ai peine à croire qu'elle consente à y voir autre chose que le triomphe du parti qui avait résolu d'humilier le culte de la sainte Vierge.

(6)  On peut donc indifféremment bouleverser le calendrier, en transportant à volonté les saints, du jour de leur martyre à celui de leur translation ! La tradition des siècles, la dévotion des peuples, l'unité des formes, tout cela n'existe donc plus en face des idées et des rancunes de Vigier et Mésenguy! Bossuet admirait, dans ce beau panégyrique de saint Thomas, que l'Église eût placé le premier Martyr de la liberté ecclésiastique à côté du premier Martyr de la foi, l'un et l'autre près du berceau de l'Enfant-Dieu : qu'il aille maintenant chercher au mois de juillet.

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C'est que l'octave de Noël n'admet pas les semi-doubles (1).

Dom Guéranger revient souvent sur les mêmes reproches, et répète les mêmes erreurs (2).

« Il ne peut, dit-il, s'empêcher de signaler comme déplorable, le système d'après lequel on privait l'Église de Paris, de deux des fêtes de sa glorieuse patronne. » C'est, je crois, la troisième fois que Dom Guéranger fait cette accusation dénuée de toute vérité. Les deux fêtes dont il veut parler sont celle du Miracle des Ardents, qui se trouve, comme nous venons de le dire, au 26 novembre, et celle de la Translation de la Sainte, dont on fait mémoire, tout comme dans l'ancien Bréviaire, le 28 octobre (3).

Saint Aubin, saint Eutrope, saint Thibaut, saint Véran, dont il venait de déplorer mal à propos la disparition, dans la page précédente, sont de nouveau l'objet de ses regrets (4).

Voici un autre sujet de blâme : « Le désir de donner plus de tristesse au temps du Carême avait porté nos réformateurs à rejeter plusieurs saints à d'autres jours. » [ p. 108]

Dom Guéranger avait déjà attaqué cette disposition contre laquelle il fait ce raisonnement : « Ou le Bréviaire de Paris a atteint, par cette mesure, le véritable esprit de l'Église dans la célébration du Carême, ou ses rédacteurs se sont trompés sur cette grave matière. Dans le premier cas, l'Église romaine... reçoit ici la leçon... de sa fille l'Église de Paris ; dans le second cas, y a-t-il donc si grand mal de supposer que Vigier et Mézenguy... aient failli quelque peu dans une occasion où ils avaient contre eux l'autorité de l'Église romaine. »

Rien de plus mal fondé que ce reproche, et le raisonnement sur lequel Dom Guéranger veut l'appuyer, ne vaut pas mieux. Vigier et Mézenguy n'ont pas failli, en renvoyant à un autre temps les fêtes de plusieurs saints qui

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(1) Et depuis quand? Toujours Vigier et Mésenguy faisant la loi et l'appliquant.

(2) Le public jugera de la légitimité de mes reproches, et de la gravité de mes erreurs.

(3)  Non, Monseigneur, l'accusation n'est pas dépourvue de vérité. Par ces deux fêtes de sainte Geneviève, j'entends la fête du miracle des Ardens, qui fut supprimée et ensuite rétablie par un carton, et l'Octave de cette même Sainte qu'on ne jugea pas à propos de restituer.

(4)  Quand vous jugerez à froid cette dernière phrase, Monseigneur, je doute que vous la trouviez parfaitement à sa place.

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arrivaient dans le Carême, et bien loin de vouloir faire la leçon à l'Église romaine, ils se conformaient à son esprit et à celui de l'antiquité (1). Ecoutons le savant liturgiste que nous avons déjà cité. « D'après le décret du concile de Laodicée, nous dit cet auteur, on ne devait célébrer pendant le Carême les fêtes d'aucun martyr. » (Il n'y avait guère d'autres fêtes de Saints dans les premiers siècles.) « Les Églises du rit Ambrosien, aujourd'hui encore, conservent très rigoureusement cette règle. L'Église romaine admet, il est vrai, quelques fêtes pendant ce temps, mais en petit nombre, et les octaves furent supprimées, lorsqu'on revit le Bréviaire. » [ p. 109]

Vigier et Mézenguy se sont donc conformés, non seulement à l'esprit de l'antiquité, mais encore à celui de l'Eglise romaine, et ils n'ont pas voulu lui faire la leçon (2).

L'argument de Dom Guéranger est d'ailleurs fort peu théologique. Cet auteur suppose qu'il s'agit ici d'un point de foi sur lequel toutes les Églises doivent essentiellement garder l'unité avec l'Église romaine (3). De plus, il raisonne comme si le Bréviaire et le Missel romains étaient nécessairement parfaits ; mais s'il en était ainsi, l'aurait-on corrigé après le concile de Trente ? Et les Papes auraient-ils voulu, à diverses époques, y apporter encore des améliorations (4) ?

Oublions un moment tous ces raisonnements pour considérer la chose en elle-même. L'esprit de l'Église n'est-il pas d'inspirer aux fidèles, dans le temps du Carême, des sentiments de componction et de pénitence (5) ? N'est-ce pas dans cet esprit qu'elle prend ses habits de deuil, que ses prières sont pleines de douleurs et de gémissements (6) ? N'est-il pas vrai, en même temps, que, dans les fêtes des Saints, elle invite les fidèles à une sainte joie, se souvenant de ceux de leurs frères qui sont déjà dans la gloire, et se consolant par l'espérance d'y arriver un jour eux-mêmes ? Or, comment l'intention de l'Église qui nous invite à la [p. 110]

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(1) Écoutons les preuves.

(2)  Je vous demande pardon, Monseigneur. Vigier et Mésenguy se seraient conformés à l'esprit de l'Eglise romaine, s'ils eussent conservé au calendrier du Carême les saints, quoique en petit nombre, que l'Eglise romaine y célèbre. Voici les noms de ces saints dont l'Église romaine impose la fête à neuf leçons, durant le Carême : Saint Romuald, saint Jean de Matha, sainte Scholastique, saint Pierre Damien, saint Casimir, saint Thomas d'Aquin, saint Jean-de-Dieu, sainte Françoise, les Quarante Martyrs, saint Grégoire-le-Grand, saint Patrice, saint Joseph, saint Benoit, saint François de Paule, saint Isidore, saint Vincent Ferrier, saint Léon le Grand et saint Herménégilde. J'omets à dessein saint Mathias, l'Annonciation et la fête des Sept-Douleurs. L'esprit de l'Église romaine ne peut pas être, à la fois, de célébrer ces saints et de les biffer du calendrier. La citation de Cavalieri est donc totalement perdue, quand on veut l'employer pour justifier ceux qui ont été jusqu'à chasser du Carême la fête de saint Joseph.

(3) Où ai-je supposé qu'il s'agit ici d'un point de foi? Et ne sommes-nous obligés de garder l'unité avec l'Église romaine que dans les choses de la foi?

(4)  Il ne s'agit pas ici de la correction du Bréviaire romain, auquel ceux de France auraient d'ailleurs mauvaise grâce de reprocher ses imperfections. Personne n'a jamais songé que cette correction pourrait consister à chasser saint Joseph du 19 mars, saint Grégoire du 12, saint Thomas du 7, saint Benoît du 21, saint Léon du 11 avril, etc. Il est de ces bornes sacrées que Rome ne remue jamais, bien qu'on se fit un jeu en France de les déplacer, au XVIII° siècle.

(5)  Qui nous a appris ce que c'est que l'esprit de l'Eglise, si ce n'est l'Église romaine elle-même, notre mère, notre nourrice, notre chef et notre maîtresse?

(6)  Elle a donc tort cette Église, la Règle universelle, de revêtir les couleurs des martyrs et des confesseurs pendant une partie notable du Carême ?

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componction pendant le Carême, sera-t-elle remplie, si presque tous les jours en sont consacrés à célébrer dans la joie les fêtes des Saints (1) ? Cette observation a plus de force aujourd'hui où la discipline de l'abstinence et du jeûne étant beaucoup trop affaiblie, fait moins sentir aux fidèles que l'on est dans un temps de pénitence (2).

J'arrive à une nouvelle infidélité de Dom Guéranger (3). Pour la rendre palpable, je n'ai besoin que de rapprocher deux endroits du second tome de son ouvrage, en les rapportant sans y rien changer. On trouvera le premier à la page 256, et le second à la page 282.

Dans le premier, l'Abbé de Solesmes cite ce passage de la lettre pastorale que Ch. de Vintimille a mise à la tête de son Bréviaire : « Les saints doivent être honorés, non par une stérile admiration, mais par une imitation fidèle des vertus qui ont brillé en eux. » [ p. 111]

Maxime sage, tout-à-fait dans l'esprit de la religion, mille fois répétée par les saints Pères, les Docteurs de l'Église, les prédicateurs de la sainte parole. Il ne faut pas se contenter d'admirer les Saints d'une admiration stérile, il faut les imiter ; rien de plus vrai, « rien de plus incontestable qu'une telle doctrine, » dit Dom Guéranger lui-même.

Passez maintenant à la page 282. Là, il lui a plu de changer le texte de la lettre pastorale, et de faire dire à Ch. de Vintimille, parlant de son Bréviaire, cette absurdité : « On a évité tout ce qui pourrait nourrir, à l'égard des saints, une stérile admiration (4). »

Mais quoi ! quand notre admiration à l'égard des Saints est stérile, et que nous nous contentons de les admirer sans les imiter, est-ce la faute des choses admirables que nous voyons en eux ? N'est-ce pas notre faute à nous ? Si c'était la faute de ce que nous voyons d'admirable en eux, il ne faudrait plus rien rappeler de ce qui mérite notre admiration, ni leurs miracles, ni leurs martyres, ni leurs

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(1)  Elle va donc contre l'intention de l'Eglise, en imposant au monde catholique le devoir de tempérer les tristesses du Carême par les pieuses joies du triomphe des amis de Dieu.

(2)  Il est bien malheureux que l'Église romaine s'obstine à ne pas sentir des observations qui ont tant de force.

(3) Voyons si cette infidélité (le terme est gracieux, comme toujours) ne serait point de la même force que les autres qui m'ont été imputées.

(4) Ceux de vos lecteurs, Monseigneur, qui n'ont pas mon livre sous les yeux, ne manqueront pas. de croire que les paroles que vous mettez ici entre ces guillemets sont données par moi de la même manière, c'est-à-dire comme extraites textuellement de la lettre pastorale de Charles de Vintimille. Cependant, malgré la complète assurance avec laquelle vous m'accusez d'avoir changé le texte, il faut bien que je dise en toute simplicité que ce nouveau reproche n'a pas de fondement. A la page 256, je cite la lettre pastorale: à la page 282, j'interprète démon propre fonds cette lettre pastorale, sans la citer textuellement. Que l'on m'accuse de l'avoir mal comprise, j'y consens, sauf discussion : mais que l'on m'impute une falsification, je ne le puis souffrir sans en appeler à mon texte qui heureusement fait foi de tout. Naturellement, j'ai dû chercher à m'expliquer par le bréviaire lui-même une pièce qui en est comme l'introduction et la démonstration; or, je vois que le Bréviaire de 1736 a expulsé les trois quarts des faits merveilleux qu'on lisait dans les légendes des saints des bréviaires antérieurs. Comme il faut bien qu'il y ait un motif pour un fait aussi grave, je n'ai rien trouvé dans la lettre pastorale qui l'expliquât mieux que ces paroles qu'on dirait empruntées aux Vies des Saints de Mésenguy : « Les saints doivent être honorés non par une stérile admiration, mais par une imitation fidèle des vertus qui ont brillé en eux. »

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