Institutions liturgiques (page 16)
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toujours dans les mesures générales d'administration d'exciter les réclamations de plusieurs. Le saint Pape, en effet, en statuant plusieurs règlements sur la forme du service divin dans l'Église de Rome, avait astreint par là même à l'observation de ces ordonnances, les Églises de l'Italie et des îles adjacentes qui sont, comme on doit savoir, du domaine primatial de l'Église romaine, de même que l'Occident, en son entier, forme sa circonscription patriarcale. Jean Diacre nous a conservé un important fragment d'une lettre de saint Grégoire adressée à Jean, évêque de Syracuse, et dans laquelle le saint Pape répond aux clameurs qui s'étaient élevées en Sicile. Nous reproduirons ici cette pièce, en y joignant nos observations.
« Un homme venant de Sicile m'a dit que quelques-uns de ses amis, grecs ou latins, sous prétexte de zèle envers . l'Eglise romaine, murmuraient contre mes règlements, disant : Comment prétend-il abaisser l'Église de Constantinople, lui qui en suit les coutumes en toutes choses? Comme je lui disais : Quelles coutumes suivons-nous ? il m'a répondu : Vous avez fait dire Alléluia, aux messes, hors le temps pascal; vous faites marcher les sous-diacres sans tuniques; vous faites dire Kyrie, eleison ; vous avez ordonné de dire l'Oraison dominicale aussitôt après le canon. A cela j'ai répondu que dans aucune de ces choses nous n'avons suivi les usages d'une autre Église. Car pour ce qui est de l’Alleluia,la tradition nous apprend qu'il a été introduit ici par le bienheureux Jérôme, au temps du pape Damase, de sainte mémoire, à l'imitation de l'Église de Jérusalem; et encore faut-il remarquer que, dans ce Siège, nous avons retranché plutôt quelque chose à ce que l'on avait ainsi reçu des Grecs (1). Si je fais marcher les sous-diacres sans tuniques, c'est l'ancienne
(1) On sait que les Grecs chantent Alleluia pendant le Carême, et même aux sépultures.
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coutume de l'Eglise; seulement, dans la suite des temps, il avait plu à quelqu'un de nos pontifes, je ne sais lequel, de les revêtir ainsi. Mais vos propres Églises (de Sicile), ont-elles donc reçu la tradition des Grecs ? Aujourd'hui encore, chez vous, d'où vient que les sous-diacres paraissent couverts d'une simple tunique de lin, si ce n'est parce qu'ils ont reçu cet usage de l'Église romaine leur mère ?
« D'ailleurs, nous ne disons pas Kyrie, eleison à la manière des Grecs. Chez eux, tous le disent ensemble ; chez nous, il n'y a que les clercs, et le peuple répond; et de plus, nous disons autant de fois Christe, eleison, que les Grecs ne disent jamais. Dans les messes quotidiennes, nous passons sous silence certaines choses que l'on a coutume de dire aux autres jours, et nous disons seulement Kyrie, eleison et Christe, eleison, en les chantant avec un peu plus de lenteur. Nous disons l'Oraison dominicale aussitôt après le canon, parce que telle a été la coutume des Apôtres qui, en consacrant l'hostie de l’oblation, se contentaient de cette prière (1). Il nous eût paru inconvenant de réciter sur l'oblation une prière rédigée par un savant, et d'omettre de réciter sur le corps et le sang du Rédempteur celle qu'il a lui-même composée. De plus, l'Oraison dominicale chez les Grecs est dite par tout le peuple, tandis que, chez nous, c'est le prêtre seul qui la récite.
« En quoi donc avons-nous suivi les coutumes des Grecs, nous qui n'avons fait que rétablir nos anciens usages, ou en introduire d'utiles, quand bien même on
(1) On doit savoir que le mot consacrer, appliqué à l'Eucharistie, dans la langue des Pères, a un tout autre sens que dans le langage de la théologie actuelle. Il signifie certain usage qu'on fait de l'hostie sainte in ordine ad communionem. C'est ainsi que saint Ambroise, en son livre De Officiis ministrorum, fait dire au diacre saint Laurent, que le pape saint Sixte lui a confié la «Consécration du Sang du Seigneur, » Dominici Sanguinis consecrationem.
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prouverait qu'en cela nous avons imité les autres ? Quand donc Votre Charité aura occasion d'aller à Catane, ou à Syracuse, qu'elle ait soin d'instruire sur ces différents points tous ceux qu'elle sait avoir murmuré à ce sujet; qu'elle s'y prenne à propos pour leur faire entendre ces raisons. Quant à ce qu'ils disent de l'Église de Constantinople, qui doute qu'elle ne soit sujette du Siège apostolique, ainsi que le très-pieux Empereur et notre frère l'évêque de cette ville, le professent assidûment? Néanmoins, si cette Église, ou toute autre, a quelque chose de bon, de même que je réprime mes inférieurs, lorsqu'ils font des choses illicites, de même je suis prêt à les imiter dans ce qu'ils ont de bon. Ce serait folie de mettre la primauté à dédaigner d'apprendre ce qui est le meilleur (1). »
On voit, dans cette curieuse lettre, l'exercice de la suprématie romaine dans les choses de la Liturgie. Le Pontife rétablit des usages tombés en désuétude ; il en institue d'autres qui lui paraissent utiles; il choisit dans les rites des Églises soumises à celle de Rome, ceux qu'il lui semble à propos d'adopter; il professe le droit souverain qu'il a reçu de réprimer les abus, jusque sur le Siège de Constantinople ; enfin, il proclame en même temps la disposition si sage et si souvent mise en pratique par le Saint-Siège, d'imiter ce qui se rencontre de meilleur dans les usages des diverses Eglises. Nous verrons constamment les Papes, dans tous les siècles, suivre cette ligne si sagement et si fortement tracée.
Le zèle infatigable de saint Grégoire ne se borna pas à lui faire entreprendre la réforme des prières et des cérémonies de la Liturgie; il entreprit aussi la correction du chant ecclésiastique, dont la mélodie majestueuse devait ajouter une nouvelle splendeur au service divin. Nous
(1) Vid. la Note A.
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avons vu, au chapitre précédent, le pape saint Célestin instituant le chant des antiennes et des répons, connus sous le nom d'Introït et de Graduel, et l'on ne saurait douter que ces morceaux ne fussent composés à l'instar des autres pièces du même genre que nous voyons dès lors en usage, soit dans la psalmodie des heures, soit dans la célébration de la messe. Il y avait aussi, comme nous l'avons vu, des préfaces et autres récits qui ne pouvaient être chantés sans un système de musique quelconque. Nous n'avons point à nous occuper, en cet endroit, du caractère du chant ecclésiastique; nous devons seulement rappeler en passant au lecteur que tous les hommes doctes qui ont traité des origines de la musique ont reconnu dans le chant ecclésiastique ou grégorien, les rares et précieux débris de cette antique musique des Grecs dont on raconte tant de merveilles. En effet, cette musique d'un caractère grandiose et en même temps simple et populaire, s'était naturalisée à Rome de bonne heure. L'Église chrétienne s'appropria sans trop d'efforts cette source intarissable de mélodies graves et religieuses; seulement, le respect dû aux formules saintes, souvent tirées des Ecritures, qu'il fallait réduire en chant, ne permettant pas de les soumettre à une mesure qui en eût souvent altéré la simplicité et quelquefois même le sens, le chant de l'Eglise, quoique puisé dans les modes antiques, n'avait pour thème que des morceaux en prose et d'un rythme vague et souvent irrégulier. On voyait que les Pontifes avaient cherché plutôt à instruire les fidèles par la doctrine contenue dans les paroles sacrées, qu'à ravir leurs oreilles par la richesse d'une harmonie trop complète. Toutefois, les besoins du culte avaient donné naissance, dans l'Église de Rome, à un grand nombre de pièces de chant, toutes en prose pour les paroles; car, à la différence de celle de Milan et de presque toutes les autres, elle n'admettait pas d'hymnes. Les motifs de la plupart de ces
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chants étaient inspirés par la réminiscence de certains airs familiers et d'une exécution aisée, qu'une oreille exercée reconnaît encore dans le répertoire grégorien, et qu'il serait facile de rétablir dans leur couleur première.
Ce recueil de chants appelait aussi une correction, et Dieu, qui avait donné à saint Grégoire cette diction noble et cadencée qui lui permit de retoucher le Sacramentaire de saint Gélase, lui avait donné pareillement le sens de la musique ecclésiastique, à laquelle il devait même attacher son nom. « Grégoire, dit son historien, semblable dans la maison du Seigneur à un nouveau Salomon, pour la componction et la douceur de sa musique, compila un Antiphonaire, en manière de centon, avec une grande utilité pour les chantres(1). » Ces expressions compilavit, centonem, font voir que saint Grégoire ne peut être considéré comme l'auteur proprement dit des morceaux qui composent son Antiphonaire; en sorte qu'il en est du criant ecclésiastique comme de toutes les grandes institutions du catholicisme : la première fois qu'on les rencontre dans les monuments de la tradition, elles apparaissent comme un fait déjà existant, et leur origine se perd dans une antiquité impénétrable. Mais il est permis de croire que saint Grégoire ne se borna pas à recueillir des mélodies : il dut non-seulement corriger, mais composer lui-même plusieurs chants dans son Antiphonaire, par un travail analogue à celui qu'il avait accompli sur le Sacramentaire. Ce ne peut être qu'en qualité de correcteur éclairé et même de compositeur, que Jean Diacre le loue sur l'onction et la douceur de sa musique. Il nous serait impossible de préciser aujourd'hui avec certitude dans le détail, les morceaux de l'Antiphonaire grégorien qui appartiennent proprement au grand Pontife dont nous
(1) Deinde in domum Domini, more sapientissimi Salomonis propter musicae compunctionem dulcedinis, Antiphonarium centonem cantorum studiosissimus nimis utiliter compilavit. (Joan. Diac, ibid., cap. VI.)
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parlons ; mais telle était encore, au moyen âge, la reconnaissance des Églises d'Occident envers le Symphoniaste inspiré auquel elles devaient leurs chants, que le premier dimanche de l'A vent, on chantait solennellement les vers qui suivent, avant d'entonner l'Introït de la messe Ad te levavi, comme une sorte de tribut obligé à la mémoire d'un service si important :
Gregorius Praesul meritis et nomine dignus,
Unde genus ducit, summum conscendit honorem :
Quem vitae splendore, suae mentisque sagaci
Ingenio potius compsit, quam comptus ab illo est.
Ipse Patrum monimenta sequens, renovavit et auxit
Carmina, in Officiis retinet quae circulus anni :
Quae clerus dulci Domino modulamine solvat,
Mystica dum vitae supplex libamina tractat.
Suaviter haec proprias servat dulcedo nitelas;
Si quod voce sonat, fido mens pectore gestet.
Nec clamor tantum Domini sublimis ad aures,
Quantum voce humilis placido de corde propinquat.
Haec juvenum sectetur amor, maturior aevo,
Laudibus his instans, aeternas tendat ad Horas.
Ces vers si expressifs se trouvent, avec quelques variantes, en tête des divers exemplaires de l'Antiphonaire de saint Grégoire, qui ont été publiés sur des manuscrits des neuvième, dixième et onzième siècles, par Pamelius, Dom Denys de Sainte-Marthe et le B. Tommasi.
L'Antiphonaire de saint Grégoire se divisait en deux parties, l'une qui contenait les chants usités dans la messe et qui est connue depuis longtemps sous le nom de Graduel; l'autre appelée, dans l'antiquité, Responsorial, et contenant les répons et les antiennes de l'office, laquelle a retenu le nom d'Antiphonaire. Le manuscrit de Saint-Gall, l'un des deux sur lesquels le B. Tommasi a publié le Responsorial, porte, en tête, les vers suivants à la louange de saint Grégoire :
Hoc quoque Gregorius, Patres de more secutus,
Instauravit opus; auxit et in melius.
His vigili Clerus mentem conamine subdat
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Ordinibus, pascens hoc sua corda favo.
Quem pia sollicitis solertia nisibus, omni
Scripturae campo legit et explicuit.
Carmina diversas sunt haec celebranda per horas,
Sollicitam rectis mentem adhibete sonis.
Discite verborum legales pergere calles,
Dulciaque egregiis jungite dicta Modis.
Verborum ne cura sonos, ne cura sonorum
Verborum normas nullificare queat.
Quicquid honore Dei studiis celebratur honestis,
Hoc summis jungit mitia corda Choris.
Pour assurer l'exécution parfaite des chants qu'il avait recueillis et renouvelés avec tant de soin, saint Grégoire établit une école de chantres qui, au temps de Jean Diacre, existait encore. Le saint Pape l'avait richement dotée et lui avait assigné deux maisons dans Rome, l'une sous les degrés de la basilique de Saint-Pierre, l'autre dans le voisinage du palais patriarcal de Latran. « On conserve encore, dans cette dernière, ajoute l'historien, le lit sur lequel il se reposait en faisant répéter les modulations du chant, le fouet dont il menaçait les enfants et l'exemplaire authentique de l'Antiphonaire (1). » Le Collège des chantres établi par saint Grégoire a traversé les siècles et après avoir subi diverses modifications et obtenu de grands privilèges du Siège apostolique, il existe encore aujourd'hui à Rome; il fait seul le service du chant à la chapelle papale et dans les basiliques, quand le souverain Pontife y célèbre les saints mystères. Conformément aux usages de l'antiquité, lorsque les chantres de la chapelle papale tiennent le chœur, l'orgue et les instruments de musique sont interdits. Quant au chant grégorien,
(1) Scholam quoque cantorum, quae hactenus eisdem institutionibus in sancta Romana ecclesia modulatur, constituit : eique cum nonnullis praediis duo habitacula, scilicet alterum sub gradibus basilicae beati Petri Apostoli, alterum vero sub Lateranensis patriarchii domibus fabricavit : ubi usque hodie lectus ejus, in quo recubans modulabatur, et flagellum ipsius, quo pueris minabatur, veneratione congrua cum authentico Antiphonario reservatur. (Joan. Diac, ibidem.)
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proprement dit, nous aurons occasion de parler en divers endroits de ses destinées et des changements et altérations dont il a été l'objet.
Nous avons vu, par la lettre de saint Grégoire à Jean de Syracuse, l'importance que mettait ce saint Pape à voir adopter la Liturgie romaine, telle qu'il l'avait réformée, par les Eglises qui étaient du ressort immédiat du Siège apostolique. Mais le temps n'était pas venu encore où les Pontifes romains en décréteraient l'extension aux autres Églises de l'Occident. La volonté positive de saint Grégoire à ce sujet paraît évidemment dans un passage de sa réponse aux difficultés que lui avait proposées le saint moine Augustin, apôtre de l'Angleterre. Ce dernier l'ayant consulté au sujet des usages qu'il était à propos de suivre, dans la célébration de l'office divin, et se plaignant du peu d'accord qu'il y avait entre les rites de l'Église romaine et ceux des Églises des Gaules, saint Grégoire lui répond : « Votre fraternité connaît la coutume de l'Église romaine dans laquelle elle a été élevée; mais je suis d'avis que si vous trompez, soit dans la sainte Église romaine, soit dans celles des Gaules, soit dans toute autre Église, quelque chose qui puisse être plus agréable au Dieu tout-puissant, vous le choisissiez avec soin, établissant ainsi, par une institution spéciale dans l'Église des Anglais qui est encore nouvelle dans la foi, les coutumes que vous aurez recueillies de plusieurs Églises; car nous ne devons pas aimer les choses à cause des lieux, mais les lieux à cause des bonnes choses (1). »
(1) III. Interrogatio Augustini. Cur, cum una fides, sunt ecclesiarum consuetudines tam diversae, et altera consuetudo missarum est in Romana ecclesia, atque altera in Galliarum ecclesiis tenetur ?
Responsio Gregorii Papae. Novit fraternitas tua Romanas ecclesias consuetudinem, in qua se meminit enutritam. Sed mihi placet ut sive in sancta Romana, sive in Galliarum, sive in qualibet ecclesia, aliquid invenisti, quod plus omnipotenti Deo possit placere, sollicite eligas, et in Anglorum ecclesia, quae adhuc in fide nova est, institutione praecipua quae de multis ecclesiis colligere potuisti infundas. Non enim pro locis res, sed pro bonis rébus loca nobis amanda sunt. (Labb. Concil., tom. V, pag. 1568.)
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Nous engageons le lecteur à noter ce passage remarquable, comme nous lui avons recommandé pareillement de garder le souvenir d'un fameux texte de saint Cyprien, au chapitre IV. La marche de cette histoire nous mettra à même de constater les applications pratiques qu'on a prétendu faire de l'un et de l'autre, dans un certain pays. Ici, nous n'avons qu'une chose à faire : c'est d'enregistrer le fait et de dire sa valeur à l'époque à laquelle il s'est passé.
Nous dirons donc qu'il est mis hors de doute, par ledit texte, que saint Grégoire ne voulut pas astreindre la nouvelle Église d'Angleterre à suivre les usages de l'Église romaine, de manière à lui interdire l'imitation des pratiques usitées dans les Gaules, ou dans tout autre pays ; nous ajouterons même, si l'on veut, et à plus forte raison, que notre grand Pape n'entendit pas davantage abroger les coutumes saintes et encore existantes de l'antique Église des Bretons qui n'était pas absolument éteinte par toute l'Angleterre, à l'époque de la mission de saint Augustin. Mais nous dirons que cette permission d'adopter ainsi divers usages, donnée postérieurement par saint Grégoire à ses missionnaires, ne prouve pas qu'il ne les eût pas chargés, en partant, des livres liturgiques de l'Église romaine, pour l'usage de leur nouvelle chrétienté. Il ne faut pas réfléchir longtemps pour comprendre que saint Augustin et ses compagnons ne durent pas attendre pour célébrer les saints mystères et les offices divins d'avoir formé un prétendu corps de Liturgie, à l'aide de tant de matériaux hétérogènes. Quand saint Augustin adressait à saint Grégoire la question à laquelle ce saint Pape fit la réponse que nous venons de citer, lui permettant de puiser des usages aux diverses sources approuvées, saint
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Augustin avait déjà organisé sa nouvelle chrétienté, baptisé un grand nombre d'infidèles, ordonné des prêtres et même des évêques; or, suivant quel autre rite que celui de l'Église romaine, le saint Apôtre avait-il accompli toutes ces choses ? La légèreté de certains hommes prévenus a pu seule leur faire ici prendre le change ; ils y ont vu ce qu'ils y voulaient voir, et non ce qui y était véritablement. En outre, une étude plus patiente des monuments de l'histoire liturgique de l'Église leur eût appris que, soit que les usages dont parle saint Grégoire n'eussent rapport qu'à des détails de peu d'importance, soit que les évêques d'Angleterre n'aient pas jugé à propos de profiter de la permission que leur donnait le saint Pape, la Liturgie romaine, épurée à sa source, a seule régné dans la Grande-Bretagne, depuis la prédication de saint Augustin jusqu'à la Réforme du seizième siècle, qui, il faut l'avouer, n'a montré nulle part une forte prédilection pour la Liturgie romaine.
Bède rapporte, en effet, que, vers l'an 676, saint Benoît Biscop, illustre abbé d'Angleterre, étant allé à Rome, . obtint du pape saint Agathon la permission d'emmener avec lui dans la Grande-Bretagne, Jean, archichantre de l'église de Saint-Pierre, pour enseigner en son monastère « le rite annuel (cursum annuum) observé dans l'église de Saint-Pierre de Rome. Jean, qui était aussi abbé du monastère de Saint-Martin, se conforma à l'ordre du pontife; c'est pourquoi il apprit aux chantres de saint Benoît Biscop l'ordre et le rite de chanter et de lire à haute voix, et tout ce que requérait la célébration des jours de fête, durant tout le cours de l'année; il laissa tous ces détails par écrit, et on les garde encore dans le même monastère, d'où ils ont été transcrits pour l'usage d'un grand nombre d'autres (1). »
(1) Intererat huic synodo, pariterque catholicœ fidei decreta firmabat vir venerabilis Joannes, archicantor ecclesiœ sancti Petri, et abbas monas terii beati Martini, qui nuper venerat a Roma per jussionem papae Agathonis, duce reverendissimo abbate Biscopo, cognomine Benedicto, cujus supra meminimus. Cum autem idem Benedictus construxit monasterium Britannias, in honorent beatissimi Apostolorum principis, juxta ostium fluminis Vuyri, venit Romam cum cooperatore ac socio ejusdem operis Ceolfrido, qui post ipsum ejusdem monasterii abbas fuit (quod et ante saepius facere consueverat) atque honorifice a beatae memoriae papa Agathone susceptus est; petiitque et accepit ab eo in munimentum libertatis monasterii quod fecerat, epistolam privilegiis ex auctoritate apostolica firmatam juxta quod Ecgfridum regem voluisse ac licentiam dedisse noverat; quo concedente et possessionem terrae largiente, ipsum monasterium fecerat; accepit et praefatum Joannem abbatem in Britanniam perducendum, quatenus in monasterio suo cursum canendi annuum, sicut ad sanctum Petrum Roma; agebatur, edoceret. Egitque abbas Joannes, ut jussionem acceperat Pontificis, et ordinem videlicet, ritumque canendi ac legendi viva voce prafati monasterii cantores edocendo, et ea quae totius anni circulus in celebratione dierum festorum poscebat, etiam litteris mandando : quae hactenus in eodem monasterio servata, et a multis jam sunt circumquaque transcripta. (Bed., Hist. eccles., lib. IV, cap. XVIII.)
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On doit se rappeler que toutes les cathédrales de l'Angleterre étaient desservies par des moines ; eh sorte que les usages liturgiques de ceux-ci étaient pour ainsi dire ceux de toutes les Églises de ce royaume. Il faut remarquer aussi que le service demandé par saint Benoît Biscop et accordé par l'archichantre Jean, consistait principalement à rétablir les traditions du chant qui se perdent ordinairement les premières, et que nous ne voyons rien dans Bède qui marque que, pour la lettre liturgique des offices divins, on eût jusqu'alors fait aucun changement. Depuis cette époque, on ne voit aucune trace de l'introduction des livres romains en Angleterre, et au contraire tous les monuments postérieurs, sans exception, s'accordent à nous les montrer en usage.
Nous nous contenterons de citer ici en preuve de ce fait, le treizième canon du second concile de Cloveshoe, tenu en 747. Voici ce qu'il porte : « Les saintes et sacrées solennités de notre Rédemption seront célébrées suivant la règle que nous tenons par écrit de l'Église romaine,
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dans tous les rites qui les concernent, soit pour l'office du baptême, soit pour la célébration des messes, soit pour la manière du chant. De même, pendant tout le cours de l'année, les fêtes des saints seront vénérées à jours fixes, suivant le Martyrologe de la même Église romaine, avec la psalmodie et le chant convenable (1). »
Il en devait nécessairement arriver ainsi, dans toutes ces Églises que Rome fondait en Occident, depuis celle . d'Angleterre, par saint Augustin, jusqu'à celles des diverses régions germaniques ou slaves, par saint Boniface, saint Adalbert et tant d'autres, et celles des royaumes du Nord, par saint Anschaire, saint Rembert, etc. Ces Apôtres, moines bénédictins, envoyés par le Siège apostolique, ne pouvaient porter avec eux d'autres livres que ceux de l'Eglise romaine dont ils recevaient leur mission. Nous avons vu quel droit liturgique, dès l'an 400, saint Innocent Ier faisait découler, pour le Siège apostolique, du seul fait de la fondation des Églises d'Italie, des Gaules, d'Espagne et d'Afrique, par saint Pierre et ses successeurs. Ce principe posé dès lors, et d'ailleurs fondé sur la nature des choses (la fille devant parler la langue de sa mère), devait, un jour, développer ses conséquences, et en attendant qu'il amenât la destruction totale des Liturgies gallicane et gothique, déjà il obligeait les Pontifes romains à ne plus souffrir de dissonances dans les nouvelles Églises qui s'élevaient avec une si admirable rapidité, aux septième, huitième, neuvième et dixième siècles. L'unité grandissait toujours, en proportion de la charité. Notre assertion
(1) Tertio decimo definitur decreto, ut uno eodemque modo dominicas dispensationis in carne sacrosanctae festivitates, in omnibus ad eas rite competentibus rébus, id est in baptismi officio, in missarum celebratione, in cantilena modo celebrentur, juxta exemplar videlicet quod scriptum de Romana habemus ecclesia. Itemque ut per gyrum totius anni natalitia sanctorum uno eodemque die, juxta martyrologium ejusdem Romanae ecclesiae, cum sua sibi convenienti psalmodia seu cantilena venerentur. (Concil. Cloveshavice II, can. xm. Labb., tom. VI, pag. 1577.)
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qui, du reste, n'a jamais été contestée par personne, se prouve d'elle-même par la simple inspection des annales ecclésiastiques des royaumes que nous venons d'énumérer; à toutes les époques, nous y trouvons l'usage de la Liturgie romaine, et nul vestige de son introduction postérieure.
En outre, nous voyons d'une manière positive les Pontifes romains veiller par eux-mêmes à l'exécution de leurs volontés en cette matière. Vers l'an 720, saint Grégoire II, dans un capitulaire adressé à l'évêque Martinien, qu'il envoyait en qualité de légat visiter les nouvelles chrétientés de la Bavière, lui recommande, entre autres choses, de s'informer de la canonicité de l'ordination des prêtres et des diacres, de voir s'ils sont d'une foi pure, et dans le cas où ils seront trouvés réunir ces conditions, « de leur donner pouvoir de sacrifier, de servir à l'autel et de psalmodier suivant la forme et tradition de la sainte Église romaine et du Siège apostolique (1). » De plus, le Pape ordonne à Martinien de pourvoir aux besoins des Églises et de veiller à ce que chaque prêtre ou ministre « observe les cérémonies solennelles des messes, les heures des offices du jour et de la nuit, les leçons de l'Ancien et du Nouveau Testament; le tout suivant la tradition du Siège apostolique (2). »
(1) Ut datis nostris scriptis, ita ut cum duce provinciae deliberetis, quatenus conventus aggregetur sacerdotum, et judicum, atque universorum gentis ejusdem primariorum, et ex quaesitis sacerdotibus, atque ministris, quorum canonicam approbaveritis extitisse promotionem, ac rectae fidei tenere, aut recipere rationem, his sacrificandi, et ministrandi, sive etiam psallendi ex figura, et traditione sanctae apostolicas, et Romanae sedis ecclesia; ordine tradetis potestatem. (Capitulare Gregorii II, Labb. Concil., tom. VI, pag. 1452.)
(2) Ut loca singularum Ecclesiarum providentes, quomodo unusquisque sacerdos seu minister, erga ecclesiam debeat conservare, vel qualiter sacra missarum solemnia, sive cetera diurnarum, atque nocturnarum horarum officia, sive etiam lectionem sacrorum novi atque Veteris Testamenti ordinabilia praedicamenta studeat observare, secundum traditum apostolicae Sedis antiquitatis ordinem disponatis. (Ibidem.)
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Le grand Apôtre de l'Allemagne, saint Boniface, ayant consulté le pape saint Zacharie au sujet de certaines bénédictions que donnaient les évêques de France et qui ne se trouvaient point dans l'ordre de la Liturgie romaine, le Pontife lui répond en ces termes : « Quant aux bénédictions en usage chez les Français, vous savez qu'elles sont répréhensibles de diverses manières; car ce n'est point d'après la tradition apostolique qu'ils agissent ainsi, mais par vaine gloire, se préparant leur propre condamnation, puisqu'il est écrit : Si quelqu'un vous évangélise autrement qu'il n'a été évangélisé, qu'il soit anathème ! Vous avez reçu la règle de la tradition catholique, frère très-chéri ; prêchez-la à tous ; enseignez à tout le monde ce que vous avez reçu de la sainte Église romaine dont Dieu nous a fait le serviteur (1). »
Cette sévérité du Siège apostolique à l'égard de l'Église de France, à une époque où elle ne se trouvait souillée d'aucune erreur, montre le grand désir des Pontifes romains de voir régner l'unité liturgique et présage la destruction prochaine de la Liturgie gallicane; mais en même temps elle fait voir avec quelle sollicitude Rome veillait à la pureté des usages romains dans les églises d'Allemagne. Toutefois, cette sollicitude n'empêcha pas qu'il ne se glissât, comme il arrive toujours, certaines variantes de peu d'importance dans la Liturgie observée dans ces vastes contrées. Le docte Gerbert, abbé de Saint-Blaise, en la Forêt-Noire, a donné un excellent ouvrage
(1) Pro benedictionibus autem quas faciunt Galli, ut nosti, frater, multis vitiis variantur. Nam non ex apostolica traditione hoc faciunt, sed per vanam gloriam hoc operantur, sibi ipsis damnationem adhibentes, dum scriptum est : Si quis vobis evangelizaverit prœter id quoi evangelizatum est, anathema sit. Regulam catholica; traditionis suscepisti, frater amantissime : sic omnibus praedica, omnesque doce, sicut a sancta Romana, cui Deo auctore deservimus, accepisti ecclesia. (Zachariœ Papae Epist. XII. Apud Labb., tom. VI, pag. 1526.)