Institutions liturgiques (page 151)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

« Parlerons-nous des absolutions et bénédictions qu'on avait empruntées à l'Écriture sainte? » Singulier reproche (2) !

« Et dont la longueur, la phrase obscure contrastaient si fortement avec les anciennes. »

Pour répondre au double reproche de longueur et d'obscurité, je me contenterai de rapporter l'Absolution et les bénédictions du Ier nocturne (3) : ABSOL. Adaperiat Deus cor vestrum in lege sua, et in prœceptis suis, et det vobis cor omnibus ut colatis eum. 1 BENED. Deus Domini Jesu Christi pater gloriœ det nobis spiritum sapientiœ. 1 BEN. Filius Dei det nobis sensum ut cognoscamus verum Deum. 3 BENED. Spiritus veritatis doceat nos omnem veritatem. Remarquez que l'Abbé de Solesmes reproche tantôt la brièveté et tantôt la longueur (4).

Voici un reproche bien mal fondé, et bien inconvenant pour ne pas dire quelque chose de plus. [ p. 122]

« Le défaut de clarté... se faisait remarquer principalement dans la bénédiction de compiles. «

Or, voici cette bénédiction : Gratia Domini Jesu Christi et caritas Dei, et communicatio sancti Spiritus, sit cum omnibus vobis : c'est-à-dire, Que la grâce de Notre-Seigneur Jésus-Christ, la communication du Saint-Esprit,

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Charles  de Vintimille lit droit aux réclamations des catholiques. Mais pourquoi, Monseigneur, n'avez-vous pas tenu à votre résolution de ne point parler des endroits corrigés!Franchement, vous disposez par trop facilement de ma réputation d'honnête homme.

(1) Cela prouve, Monseigneur, que les cartons ont été bons à quelque chose : le malheur est qu'ils soient devenus nécessaires, et aussi qu'on n'en ait pas mis un plus grand nombre.

(2) Eh ! oui, Monseigneur, il y a matière à un reproche. Puisque l'Eglise universelle imposait d'autres absolutions et d'autres bénédictions, on n'était pas libre d'aller puiser arbitrairement dans la Bible des formules plus ou moins équivalentes.

(3) Je ne sais pourquoi, Monseigneur, vous ne rapportez pas aussi celles du IIe et celles du IIIe nocturne ; après quoi il serait juste de produire aussi celles du Bréviaire romain, pour mettre vos lecteurs en mesure de juger de la longueur et de la phrase obscure des unes et des autres. Dans ce moment où l'on parle tant de la Liturgie romaine, je soupçonne fort plusieurs de ceux qui la poursuivent à tort et à travers, d'être assez étrangers à la connaissance de cette Liturgie.

(4) Si je reprochais la brièveté et la longueur sur un même objet, il faut avouer, en effet, que je me contredirais à plaisir : mais si ces reproches ont rapport à des objets différents, la contradiction n'est plus, ce me semble, que dans le reproche qu'on m'adresse à moi-même.

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et la charité de Dieu soient avec vous tous. Où est l'obscurité (1) ? Écoutons les autres reproches.

« D'abord la grâce, et toujours la grâce. » A-t-on jamais vu un Chrétien trouver mauvais que l'on parle souvent de la grâce de Jésus-Christ ? Nous sommes bien certain que Dom Guéranger n'a pas voulu blasphémer; il n'en est pas moins vrai que sa plainte sent le blasphème. Quoi ! lui dirai-je, vous êtes las d'entendre parler de la grâce ! mais elle est l'objet continuel des prières de l'Eglise; mais la grâce est notre  vie; sans la grâce, nous ne pouvons rien faire absolument de bon, d'agréable à Dieu, d'utile pour le salut ! C'est la grâce que l'Eglise demande au commencement de toutes les heures de l'office, en priant Dieu de  venir à son secours : Deus in adjutorium meum intende. Elle nous invite tous à demander la grâce trois fois par jour, en récitant l'oraison de l’Angelus : Gratiam tuam, quaesumus, Domine, mentibus nostris infunde, etc. Devons-nous, de peur d'être janséniste, cesser d'être chrétien ? Ce qui suit ne  sent pas  moins le  blasphème (2). [ p. 123]

« Puis un texte de l'Écriture (et quel texte?), un texte qui renferme les trois personnes de la sainte Trinité. » En vérité, je ne sais à quoi pensait l'Abbé de Solesmes, quand il faisait de tels reproches aux rédacteurs du bréviaire, et qu'il ajoutait : « Voilà leur pensée, l'objet de leur triomphe. » On peut voir, si l'on veut, les raisons sur lesquelles il s'appuie, je ne crois pas qu'elles vaillent la peine d'une réponse (3).

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(1) C'est vous-même, Monseigneur, qui jetez de l'obscurité en ce moment. Il est par trop évident que le. sens de mes assertions n'est compréhensible, qu'autant qu'il vous plairait de citer la bénédiction romaine, qui fait l'objet du parallèle. Autrement, personne ne doute que la phrase inspirée de saint Paul ne soit en elle-même d'une dignité et d'une autorité supérieures à une formule de style ecclésiastique. La seule difficulté est de savoir s'il convenait de la substituer à l'antique et populaire bénédiction.

(2) En vérité, Monseigneur, je ne puis croire que ce soit sérieusement que vous m'adressiez, dans cette conjoncture, l'épithète de blasphémateur. Est-il possible que vous ayez pensé que c'était la Grâce elle-même que j'attaquais, en relevant l'affectation avec laquelle les jansénistes rappelaient sans cesse ce dogme fondamental de notre foi? Mon livre tout entier, et le contexte lui-même, déposent pourtant bien hautement du contraire. Si même vous eussiez pris la peine de me lire plus sérieusement, vous eussiez vu, comment, au chapitre XX, je vais jusqu'à signaler certains bréviaires du XVIII° siècle, rédigés par des catholiques zélés contre le jansénisme, et qui dans leur ardeur pour les dogmes attaqués par la secte avaient cru devoir faire disparaître une grande partie des collectes des dimanches après la Pentecôte, parce qu'ils trouvaient qu'il y était parlé trop énergiquement de la puissance de la Grâce. Mais, Monseigneur, s'il n'est pas permis d'altérer les livres liturgiques dans le but de soustraire aux hérétiques des arguments, qu'ils n'y puiseront ni plus ni moins que dans les Ecritures ; il faut convenir aussi que le jour où, par la plus insolente des intrigues, des hérétiques deviennent arbitres de la rédaction des prières à l'usage des catholiques, on a bien le droit de surveiller leur travail et de repousser toute mention affectée des dogmes sur lesquels ils bâtissent leur système hétérodoxe. Tout mon blasphème, Monseigneur, consiste donc à avoir usé de cette règle de prudence que les saints Pères nous suggèrent, lorsqu'il s'agit de juger les productions des hérétiques.

(3) Mon second blasphème est pour le moins aussi innocent que le premier. Est-il possible d'imaginer que j'aie intention de poursuivre la très-sainte Trinité, lorsque je me plains précisément que la mention de ce  grand  mystère devient moins claire et moins

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Après cela, on ne trouve que des reproches vagues, dont la réfutation  demanderait que l'on comparât tous les offices des deux bréviaires (1). Voici cependant quelques incriminations spéciales.

« Une grave et déplorable mesure était la suppression du titre de Confesseur. »

Expliquons cette déplorable mesure. Dans le commun des Saints du Bréviaire romain, on met sous le seul titre de Confesseurs, pontifes ou non pontifes, tous les saints Évêques, Abbés, Moines, Laïques. Dans le parisien, il y a un commun particulier pour chacun de ces ordres de Saints : que l'on juge lequel des deux est préférable (2). [ p. 124]

« Les prières de la recommandation de l'âme avaient été tronquées. » Je ne sais où Dom Guéranger a pris cela ; je ne vois, dans ces prières, d'autre changement que celui des répons et des versets qui doivent être dits après que le malade a rendu le dernier soupir, et ces versets, s'il y a quelque différence pour la longueur, sont plus longs dans le Bréviaire parisien: ces prières ne sont donc pas tronquées (3).

Dans l'office des Morts,  « l'office de laudes avait été abrégé d'un tiers. »

Il est vrai que, dans le Bréviaire romain, les laudes ont sept psaumes et un cantique ; et que, dans le parisien, elles n'ont que quatre psaumes et un cantique ; il en est de même pour l'office de tous les jours. Cela vient de ce que, dans les laudes du Bréviaire romain, de plusieurs psaumes on n'en a fait qu'un. Mais dans l'un et dans l'autre bréviaire, il y a le même nombre de psaumes pour tous les offices, tant des vivants que des morts (4).

Après avoir ainsi discuté le bréviaire, on en vient au missel.

« L'évangile de la fête de saint Pierre et de saint Paul.., avait disparu avec son fameux texte, Tu es Petrus, etc. pour faire place au passage du XXI° chapitre de saint Jean, où Jésus-Christ dit à saint Pierre, Pasce oves meas,

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utile au peuple, par le fait de la nouvelle bénédiction ? Voici mes propres paroles : « Un théologien trouvera sans doute le mystère de la Trinité dans cette phrase de l'Apôtre ; mais les simples fidèles, accoutumés à faire le signe de la Croix, pendant que le Prêtre prononçait ces mots : Pater, et Filius, et Spiritus Sanctus, comment feront-ils désormais, etc. ? »

(1) Ce travail en effet a besoin d'être exécuté pour l'avancement de la science liturgique, et il paraîtra en son temps.

(2) Je persiste à penser, avec toute l'Église, que la dénomination de Confesseur est la seule qui convienne, dans le genre, pour tous les saints qui ne sont ni Apôtres, ni Martyrs. Les règles statuées pour la béatification et la canonisation des Serviteurs de Dieu sont invariables sur ce point. Je montrerai ailleurs l'inconvénient très grave qui résulte des nouveaux Communs qu'on a inaugurés au bréviaire.

( 3) J'appelle tronquer une pièce liturgique le fait d'en ôter la formule finale qui en est comme le couronnement. Or, les prières de la recommandation del'âme viennent aboutir au beau et populaire répons Subvenite, et ce répons a été enlevé pour faire place à un autre répons moderne qui n'est nullement en rapport avec le style de ce magnifique ensemble.

(4) Il me semble, Monseigneur, que, pour savoir si j'ai raison de dire que l'office des Morts à laudes avait été abrégé d'un tiers il ne suffit pas de compter les psaumes, puisque tout le monde sait qu'il y a des psaumes de différentes longueurs. Il faut donc examiner tout simplement la dimension respective des psaumes de ces laudes dans l'un et l'autre bréviaire, et alors je me flatte que l'homme le plus étranger à la science liturgique sera à même de juger, comme le plus habile, la vérité de ce que j'ai avancé, que la prière pour les Morts, à laudes, avait été réduite d'un tiers.

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texte important sans doute pour l'autorité du Saint-Siège, mais moins clair, moins populaire, moins étendu que, Tu es Petrus. »

C'est là, sans doute, dans l'esprit de Dom Guéranger, un attentat nouveau contre l'autorité du Saint-Siège (1).

Les auteurs du missel avaient eu si peu la volonté de faire disparaître ce texte, qu'ils l'ont mis à l'introït, c'est-à-dire à l'endroit le plus apparent de la Messe ; de manière que, dans cette solennité du Prince des Apôtres, au moment du sacrifice, la première parole qui retentit dans l'assemblée des fidèles est celle-ci : Tu es Petrus; et tout le reste qui parle si éloquemment de l'autorité suprême du Vicaire de Jésus-Christ (2).

« Pourquoi faire rédiger des préfaces si longues et si lourdes ? » Si Dom Guéranger les trouve trop longues, il ne doit pas faire un crime aux rédacteurs du bréviaire d'avoir visé à la brièveté (3).

Comment accuser d'être lourdes des préfaces qui au jugement de tous les hommes de goût, sont de vrais chefs-d'œuvre de poésie (4) ? [ p. 126]

Un des caractères que Dom Guéranger attribue au nouveau bréviaire, est de favoriser et de développer le presbytérianisme. Il en donne deux raisons, qui, à coup sûr, persuaderont peu de monde.

La première est que la nouvelle liturgie fut l'œuvre de simples prêtres, à laquelle ont pris part des laïques même. Quel rapport y a-t-il entre le presbytérianisme et la correction ou rédaction d'un bréviaire par des prêtres, ou même des laïques (5) ?

L'Abbé de Solesmes prétendrait-il que les archevêques de Paris auraient dû rédiger ou corriger eux-mêmes leur bréviaire et leur missel ; qu'ils se fussent mis à composer des proses, des hymnes et des préfaces ? Il leur eût fallu évidemment, dans ce cas, renoncer à l'administration de leur diocèse (6).

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(1)  Je demande pardon de cette susceptibilité. J'ai quelque raison de la croire permise quand il s'agit de juger l'œuvre des sectateurs de l'hérésie la plus haineuse à l'égard du Saint-Siège.

(2)  J'ignore ce que c'est que tout ce reste qui parle si éloquemment de l'autorité du Vicaire de Jésus-Christ, dans la Messe parisienne, et je persiste à demander pourquoi on a changé l'évangile qui, dans la Messe des catéchumènes, est la pièce principale, et le texte obligé de l'homélie du Pasteur. Cet évangile était en usage depuis mille ans, et, je le répète, il est plus clair et plus populaire que le pasce oves meas. L'introït n'est pas ordinairement le texte des homélies, et d'ailleurs celui qu'on a fabriqué au Missel de 1786, bien que tiré de l'ancien évangile, n'en représente qu'une bien faible portion, et les paroles de Jésus-Christ s'y trouvant dégagées de ce qui les motive, perdent la plus grande partie de leur force.

(3)  Mais, Monseigneur, il m'est difficile de comprendre ce que la longueur des préfaces du missel peut faire à la brièveté de cet autre livre qu'on nomme bréviaire. Je ne me suis plaint nulle part, que je sache, de la brièveté du missel.

(4)  Vous me permettrez, Monseigneur, de différer de sentiment avec vous sur cette matière totalement libre. Je ne fais de réserve que pour la belle préface des défunts ; encore est-elle d'origine grégorienne, et nullement de la façon de Boursier et consorts.

(5)  Il y a d'abord un rapport de temps entre l'apparition du système presbytérien dans l'Église de France et la publication des nouvelles liturgies. En second lieu, il y a un rapport de principes et de doctrines entre les sectateurs de Quesnel et les apôtres du presbytérianisme. Vous savez mieux que moi, Monseigneur, que Mésenguy et Travers étaient de la même école.

(6)  Oh! non, Monseigneur, je ne prétends pas cela du tout. Le bréviaire et le missel existent depuis mille ans et plus : il eût donc été tout à fait inutile que les archevêques de  Paris

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A-t-il oublié ce qu'il nous a dit, que les archevêques de Péréfixe, de Harlay, de Vintimille, chargèrent des commissions spéciales de la révision et de la correction du bréviaire comme du missel (1) ; et qu'après les avoir examinés ou fait examiner, ils donnèrent des lettres pastorales pour autoriser et ordonner l'usage de ces livres liturgiques ? Comment voit-il dans tout cela le développement du presbytérianisme (2) ? [ p. 127]

Sa seconde preuve ne vaut pas mieux. C'est que l'on a mis dans les nouveaux bréviaires un Commun des prêtres, lequel devait bientôt être accueilli en tous lieux par acclamation, à cette époque où les pouvoirs du second ordre étaient proclamés si haut.

Que ceux qui, les premiers, ont proposé d'introduire un Commun particulier des prêtres, aient voulu relever par là le second ordre du clergé, c'est possible ; mais ils ont en même temps honoré la dignité du sacerdoce et rappelé aux prêtres leurs devoirs: chose fort bonne. Au fond, ce nouveau commun est plutôt contraire que favorable au presbytérianisme, qui veut égaler les simples prêtres aux Évêques. Et en effet, est-ce en distinguant les Évêques des prêtres ou en les égalisant, qu'on peut arriver plus tôt au presbytérianisme ? C'est sans doute en les confondant. Eh bien ! les bréviaires qui assignent un Commun aux prêtres, au lieu de les confondre avec les Évêques,

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perdissent leur temps à en fabriquer de nouveaux. Mais cela n'empêche pas que, à l'époque où les liturgies ont été composées et mises en ordre, des Évêques, et toujours des Évêques, se sont réservé ce soin, comme leur principal ministère. A Rome, les livres liturgiques s'élaborent successivement par saint Léon, saint Gélase, saint Grégoire-le-Grand, saint Léon II, saint Grégoire VII, Paul IV. A Milan, nous trouvons les travaux de saint Ambroise et de saint Charles. Dans les Gaules, les auteurs des formules sacrées sont saint Hilaire, saint Césaire d'Arles, saint Sidoine Apollinaire, saint Venance Fortunat, saint Grégoire de Tours, saint Protadius de Besançon, saint Adelhelme de Séez. La Liturgie gothique ou mozarabe a pour pères saint Léandre, saint Isidore, saint Ildefonse, saint Julien de Tolède. L'Orient use encore des formes liturgiques qu'il doit à saint Basile, à saint Cyrille d'Alexandrie, à saint Maron, à saint André de Crète, etc. La Liturgie est l'œuvre personnelle des Évêques : car, elle est le plus sacré et le plus haut enseignement.

(1) Non, Monseigneur, je n'ai point oublié ce que j'ai dit des commissions établies par les archevêques de Péréfixe et de Harlay pour la revision et la correction du Bréviaire et du Missel.

Malheureusement, il n'y eut point de commission semblable pour la fabrication du Bréviaire de Vintimille ; aussi n'en ai-je pas dit un seul mot. Ce bréviaire fut élaboré dans l'ombre, et tout-à-fait a priori; il avait été déjà offert à plusieurs prélats quand Charles de Vintimille l'accepta. J'ai dit (ce qui est vrai) que le Bréviaire de Harlay avait retenu l'ensemble du Bréviaire romain; parce que la commission établie par ce prélat et son prédécesseur n'avait voulu faire qu'une correction et revision, et n'avait fait que cela, en résultat : je n'ai pas besoin de revenir sur les intentions qui paraissaient dans le travail de cette commission. Quant au Bréviaire de Vintimille, c'était un livre nouveau, une œuvre originale, à laquelle la dénomination de revision ou de correction ne peut s'appliquer en aucune manière. Le résultat des travaux de Vigier, Mésenguy et Coffm est aussi loin du Bréviaire de Harlay, quel qu'il soit, que du Bréviaire romain lui-même. Ce sont là des faits : or, je dis que ces faits sont inouïs dans l'Église, jusqu'au siècle du presbytérianisme, où l'on vit des prélats assez dociles pour adopter, par lettre pastorale, cette œuvre d'autrui, cette œuvre d'un prêtre, d'un acolythe et d'un laïque, sauf à la reviser ensuite au moyen de cartons, pour rassurer les catholiques.

(2) En la manière que je viens d'exposer, Monseigneur.

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les distinguent, au lieu de les égaliser, les graduent (1). Il est vrai que, par ce nouveau Commun, les prêtres sont distingués des simples justes, moines ou laïcs; mais cette distinction, nous venons de le dire, est très-convenable, très-utile en ce qu'elle rappelle aux prêtres l'excellence et la sainteté de leur ministère (2).

Avons-nous fini d'exposer et de réfuter les accusations de Dom Guéranger contre les livres liturgiques de Paris ? Non : en voici une nouvelle, non moins singulière que plusieurs de celles auxquelles nous avons déjà répondu. Dans le Bréviaire de Paris, on s'est attaché à insérer des hymnes d'une latinité pure. C'est au fond le nouveau reproche de notre auteur ; quoique, pour y mettre quelque apparence de raison, il embrouille, autant qu'il peut, son discours (3). « On nous vante, dit-il, le beau latin, le génie antique de Santeul... Quand à nous, nous pensons que le latin de saint Ambroise, de saint Augustin, etc., n'est pas la même langue que le latin d'Horace, de Cicéron, etc. (4) » [ p. 128]

(Dans les pages suivantes, Monseigneur l’archevêque de Toulouse après avoir exprimé sa prédilection, assurément très permise, pour la latinité de Santeul, en vient à la critique que j'ai faite des gravures du Bréviaire de Paris de 1736. J'ai répondu à ces reproches dans la Lettre ci-dessus. )

§ V. BEAUTÉ DU BRÉVIAIRE DE PARIS.

On peut juger maintenant quelle confiance il faut avoir aux incessantes déclamations de Dom Guéranger contre le Bréviaire de Paris, et contre ceux du même rit qui ont été publiés  dans un grand nombre de diocèses (5). J'ai [ p. 138]

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(1)  Est-ce que, par hasard, la Liturgie romaine et  les  bulles des Souverains Pontifes qui divisent les Confesseurs en Pontifes et non Pontifes ne distinguent pas suffisamment les saints prêtres des saints Évêques? Où est donc cette  confusion qu'on aurait voulu éviter en créant un nouveau commun ?

(2)  Nous examinerons ailleurs cette création de nouveaux communs, et j'espère prouver par le fait et le droit que, loin d'être favorable aux convenances liturgiques, elle a introduit dans les offices divins des embarras d'autant plus inextricables que peu de gens se mettent en peine de les apercevoir.

(3)  Permettez-moi de vous faire observer, Monseigneur, que c'est vous-même qui embrouillez mon discours autant que vous pouvez, par vos citations continuellement tronquées. De tels procédés ne sont pas de bonne guerre, et je me suis fait un devoir d'en agir autrement dans cette Défense. Le public, au reste, en jugera,

(4)  Comme, encore une fois, il est superflu de disputer des goûts, je ne vous suivrai pas, Monseigneur, dans cette discussion. Laissons donc de côté pour le moment toute controverse littéraire sur l'hymnographie catholique. Ce qu'il y a de certain, c'est que les protestants nous font la leçon aujourd'hui sur ce point comme sur d'autres. On connaît déjà en France les travaux des docteurs Rambach et Daniel sur nos saintes et vénérables hymnes, le soin avec lequel ils les ont recueillies, les notes respectueuses dont ils les ont enrichies, le jugement sévère qu'ils portent sur la réprobation qu'on en a faite, en France, pour courir après des pastiches d'Horace. Ainsi, par un juste jugement de Dieu, après nous avoir rendu nos Papes, naguères insultés par nous, les protestants nous rendent nos hymnes. Nous avions mérité cette humiliation. Et nunc intelligite !

(5) Le public, aussi, sera désormais en mesure de juger quelle confiance il faut avoir aux incessantes déclamations dirigées contre mon livre.

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suivi ce rit, pendant près de cinquante ans, à Paris, à Bayonne, à Toulouse; or, je déclare que je l'ai trouve très beau (1).

L'Abbé de Solesmes a prétendu, et il le répète souvent, que les rédacteurs ont visé surtout à le rendre court (2). Il est, quoi qu'il en dise, d'une juste longueur (3). Il y aurait peut-être plus d'inconvénient dans une longueur excessive que dans une brièveté un peu trop grande. Trop de longueur fatiguerait les bons ecclésiastiques qui s'appliquent à dire leur office avec dévotion, et porterait les autres à en précipiter la récitation d'une manière indécente. Les offices semi-doubles, dans le courant de l'année, si on veut s'acquitter convenablement de ce devoir, exigent bien une heure de temps ; il faut plus d'une heure pour un office double (4).

Un avantage inappréciable, c'est que chaque jour, même aux offices des Saints, on dit des psaumes différents, tellement distribués, que dans la semaine on récite tout le psautier. Il n'y a d'exception que pour les fêtes les plus solennelles, pour lesquelles on choisit les psaumes [ p. 139]

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(1)  Saint Grégoire le Grand a rédigé le corps des antiennes et des répons du Bréviaire romain, et déterminé la forme des offices d'après les traditions antérieures ; saint Grégoire VII a statué sur l'ordre dans lequel on lirait les livres de l'Écriture sainte, et sur le nombre des leçons de matines, suivant le degré des fêtes ; Grégoire IX a approuvé le choix et la détermination de ces leçons, telles quelles avaient été fixées, suivant son ordre, par Haymon, Général des Frères Mineurs; le concile de Trente a renvoyé au Pontife romain le soin d'appliquer à cette œuvre les corrections que le laps du temps, et les altérations diocésaines, avaient rendues nécessaires; saint Pie V a publié enfin ce Bréviaire, œuvre successive de tous les siècles chrétiens : la Chrétienté a dû nécessairement le trouver très beau de fait autant que de droit. Un autre bréviaire totalement fabriqué a priori était donc inutile au moins, et si par hasard il lui arrive d'être trouvé TRES BEAU, je crains bien que ce ne soit par un simple jugement individuel qui n'a pas de valeur en présence de celui de la Chrétienté, après tant de siècles.

(2)  Je parle d'après les intentions avouées des auteurs de la révolution liturgique du XVIII° siècle, d'après les lettres pastorales publiées en tête du plus grand nombre des nouveaux bréviaires, et enfin d'après l'évidence du fait.

(3) Donc, les Églises innombrables assujetties au Bréviaire romain (qui du reste est moins long que l'ambrosien, le mozarabe et ceux de l'Orient) ne connaissent pas la juste longueur qu'il faut donner à la prière publique. Cette découverte est toute française, et on la doit au XVIII° siècle, si avancé, comme chacun sait, dans les choses de la prière.

(4) Ainsi, une heure par jour environ, telle est la somme de prière que la sagesse de l'Église peut imposer aux bons ecclésiastiques et aux autres. Le dépérissement de la foi qui date précisément, en France, de l'époque des nouveaux bréviaires, fait voir si cet amoindrissement de la prière a attiré une grande fécondité sur les travaux du ministère pastoral. A l'origine du Christianisme, les Apôtres, qui sont notre règle et notre modèle, établissaient les sept Diacres, afin de pouvoir se livrer aux deux principaux devoirs du sacerdoce, la prière et l'enseignement : Nos vero orationi et ministerio verbi instantes erimus.

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les plus analogues  au  mystère du jour, ce qui relève encore la solennité de ces fêtes (1).

Les prêtres chargés de la prière publique, se rendent familiers par là tous ces cantiques sacrés, inspirés de Dieu pour suggérer à son Église, non seulement les sentiments d'adoration, de reconnaissance, de componction, d'humilité, d'amour, par lesquels il veut être honoré; mais les termes mêmes dans lesquels il aime à recevoir ces hommages. S'ils devaient réciter chaque jour les mêmes psaumes, l'habitude de les répéter en affaiblirait le goût, et ceux qu'ils ne réciteraient presque jamais toucheraient moins leur piété (2).

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