Institutions liturgiques (page 152)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Parmi les psaumes, il y en a de très longs, qui équivalent à trois et à six d'une longueur ordinaire. Saint Benoît prescrit dans sa règle que ces psaumes soient divisés en plusieurs parties, et que chaque division soit terminée par la doxologie, Gloire au Père, etc. (3); un ancien concile l'ordonne de même (4) : par ce moyen les offices sont tous d'une longueur convenable et à peu

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(1) Est-ce que, par hasard, l'Eglise romaine manque de choisir des psaumes analogues au mystère du jour, pour relever la solennité des fêtes ? Est-ce encore que le choix qu'elle fait de ces psaumes aurait moins d'autorité que celui qui est déterminé par Vigier et Mésenguy? Car on est allé souvent jusqu'à repousser les psaumes pleins de mystères choisis par l'Église, pour en aller chercher d'autres qui semblaient plus convenables à ces hommes sans autorité.

(2)  Les faits sont là, heureusement. Oserait-on dire que les prêtres qui recitent le Bréviaire de Paris entendent mieux les psaumes que ceux qui récitent le Bréviaire romain? J'en appelle à tous ceux qui suivent les instructions que l'on donne du haut de la' chaire dans notre siècle. Entendent-ils bien souvent expliquer, je dirai même citer d'une manière intelligente ces sacrés cantiques ? Tout ne se borne-t-il pas, pour l'ordinaire, à certains versets qui courent tous les sermons, sous forme de lieux communs? heureux encore quand ces versets ne sont pas allégués dans un sens faux, ou exagéré. Quand on ne récite, et quand on ne lit les psaumes que dans son bréviaire, on court risque de ne jamais les entendre. Les prêtres qui récitent le Bréviaire romain ont donc toujours la ressource, je dirai même ont, comme tous les autres, le devoir de méditer les psaumes; et je voudrais savoir si, parmi les divers commentateurs du Psautier, il y en a beaucoup qui aient récité le Bréviaire parisien.

(3)  Oui, Monseigneur; saint Benoît a prescrit cela, et le Bréviaire bénédictin a gardé cette forme jusqu'aujourd'hui; mais ce qu'il faudrait dire aussi, c'est que ce saint patriarche n'applique cette règle qu'à douze psaumes dans tout le psautier; que ces douze psaumes, même le LXXVII°, ne sont jamais divisés qu'en deux parts ; et enfin qu'avec cette division, le Bréviaire bénédictin est et demeure toujours le plus long de tous, ses matines étant à peu près le double de celles du romain.

(4)  Mais cet ancien concile qui, au reste, n'est pas un concile de la province de Paris, ne saurait, mille ans après, autoriser une rupture avec les usages de toute l'Église d'Occident, sanctionnés à toutes les époques, depuis saint Grégoire le Grand jusqu'à saint Pie V.

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près égale (1). Or, c'est ce qu'on a pratiqué dans le Bréviaire de Paris... Le Bréviaire romain en avait donné l'exemple pour le psaume CXVIII (2).

On a fait encore une chose utile, en proposant un sujet particulier de méditation pour l'office de chaque jour de la semaine, et y réunissant les psaumes qui sont plus relatifs à ce sujet. L'attention se fixe beaucoup mieux sur un point de méditation déterminé. Un autre avantage, c'est qu'en cherchant à appliqueras psaumes au sujet proposé, l'esprit s'accoutume à découvrir dans la sainte Écriture les divers sens qu'elle renferme (3). [ p. 146]

Les hymnes sont encore une des beautés du Bréviaire parisien; tous les hommes de goût, qui veulent être impartiaux, les admirent (4).

La sainte Ecriture y est parfaitement appliquée aux divers mystères, et aux Saints dont on célèbre les fêtes (5).

On a eu soin de rapprocher si heureusement les textes de l'Ancien Testament et du nouveau, que l'on saisit parfaitement l'accord admirable de l'un avec l'autre. C'est ce qu'on peut vérifier dans toutes les parties du bréviaire. Nous citerons en particulier l'office de la très sainte Trinité, qui est le mystère le plus fondamental de la religion. On y voit énoncer ou indiquer dans presque tous les capitules, les répons et les antiennes, ou l'unité de Dieu, ou la trinité des personnes, souvent l'une et l'autre ensemble (6). [ p. 141]

On a eu soin d'éviter les répétitions des mêmes versets, des mêmes répons, des mêmes antiennes, etc., comme, dans le missel, les répétitions des introïts et des évangiles; ce qui a donné la possibilité de rapporter un beaucoup plus grand nombre de textes de la sainte Ecriture : Les prêtres ne peuvent jamais la connaître assez (7).

Un des précieux avantages du Bréviaire de Paris, est qu'un ecclésiastique qui le récite avec piété et avec attention, ne peut manquer d'acquérir une grande connaissance

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(1)  Puisque toutes les Églises ont maintenu et même recherché l'inégalité des offices, pour marquer les fêtes et les temps de l'année, comment des particuliers peuvent-ils légitimement statuer l’égalité de ces mêmes offices, et atteindre à cette longueur convenable que l'Église romaine et toutes les autres n'ont pas eu le bonheur de rencontrer?

(2)  Si on met tant de prix aux exemples que donne l'Église romaine, il faut les suivre et s'y tenir. Rien de plus clair.

(3)  Je répète ce que je viens de dire plus haut, et je m'en rapporte aux aveux des ecclésiastiques qui récitent les nouveaux bréviaires ; c'est que rien n'est moins commun en France qu'un prêtre qui connaisse le psautier à fond, malgré tous ces moyens si beaux en théorie. Quant à la méthode du placement des psaumes dans le parisien, ce n'est pas ici le lieu de la discuter : l'occasion s'en présentera ailleurs.

(4)  Sur cette question littéraire, je me permets de conserver ma façon de penser.

(5)  Il n'y manque que l'autorité, d'une part ; et de l'autre, la pureté d'intention dans les rédacteurs jansénistes.

(6)  Une discussion de tous les détails du Bréviaire parisien pourrait seule satisfaire à cette grave question. Ce n'est pas ici le lieu d'entreprendre cette discussion immense : elle entre dans le plan de mes Institutions liturgiques. En attendant, qu'il me soit permis de faire remarquer, Monseigneur, que vous ne prenez jamais acte du défaut d'autorité doctrinale qui place toutes ces belles choses dans une déplorable infériorité en présence de la Liturgie romaine qui est l'enseignement de l'Église universelle, soit qu'elle s'exprime par des formules de style ecclésiastique, soit qu'elle s'énonce par des passages de l'Écriture choisis avec ce haut et traditionnel discernement avec lequel l'Église, qui est l'Épouse, procède à l'égard de l'Écriture qui est la servante, ainsi que le dit expressément saint Bernard, dont les paroles sont citées dans ma Lettre à Monseigneur l'archevêque de Rheims.

(7)  Reste à savoir si cette variété incessante est plus favorable à la prière que la répétition des mêmes formules. On aurait dû prendre des mesures aussi pour éviter la répétition journalière du Venite exultemus, du Benedictus, du Magnificat, etc. Notre-Seigneur, dans le jardin des Olives, priant son Père, répétait les

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de la religion, et par là même une grande facilité pour en instruire solidement les fidèles. Nous avons vu ce qu'a dit l'Abbé de Solesmes, que c'était un arsenal pour la controverse (1).

Peut-être que le mérite le plus grand de tous, sous le rapport de l'instruction, est d'avoir mis à la fin de prime, pour chaque jour de l'année, un canon tiré des conciles ou des SS. PP. ; de manière que tous ceux qui sont tenus à la récitation de l'office divin, lisent nécessairement chaque année trois cent soixante-cinq canons, contenant la tradition de l'Église sur le dogme, la discipline et la règle des mœurs. L'Abbé de Solesmes n'a pu s'empêcher de louer cette addition faite au Bréviaire parisien (2).

Tel est le bréviaire que l'Abbé de Solesmes veut enlever à la France. En plus d'un endroit, il exprime cette espérance, qu'il fonde sans doute sur le grand effet que doivent produire les déclamations continuelles et injustes de ses Institutions liturgiques. Heureusement le Saint-Siège est plus sage que cet auteur (3).

Mais n'est-il pas vrai que ce bréviaire tend à diminuer le culte de la sainte Vierge, des Saints, à affaiblir l'autorité des souverains Pontifes, et à favoriser les erreurs des jansénistes ? Je le nie.

D'abord, je n'y vois rien, non plus que dans le missel, qui tende à diminuer le culte de la sainte Vierge ; j'y trouve même le contraire. Dans l'office de Beata du samedi, je vois, à compiles, une hymne propre en l'honneur de la sainte Vierge, ce qui n'est pas dans le romain. Les trois premiers mots, Virgo Dei genitrix, nous disent toutes les grandeurs de Marie, sa virginité et sa maternité divine. On déclare ensuite que tous les peuples l'honorent comme leur mère et leur maîtresse ; Hinc populi matrem te dominamque colunt. On la prie de recevoir avec bonté les honneurs qui lui sont rendus par le peuple fidèle: Suscipe quos pia plebs tibi pendere certat

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mêmes paroles : Oravit tertio eumdem sermonem dicens. Quant au résultat scientifique, le clergé français devrait, d'après cela, connaître mieux l'Ecriture sainte que les autres clergés : est-ce un fait bien constant? On peut consulter sur cette question la bibliographie contemporaine, dans les divers recueils périodiques français et étrangers : je crois que la meilleure réponse est là.

(1) Permettez-moi de vous faire observer, Monseigneur, que je n'ai point dit cela. En parlant, non du Bréviaire parisien actuel, mais de celui de Harlay, j'ai dit, et vous avez même relevé cette parole, que c'était une étrange idée de vouloir faire d'un Bréviaire un arsenal de controverse (ci-dessus, pages 96 et 97 ); il est curieux que cette phrase lancée par moi contre le Bréviaire de Harlay se transforme, à mon insu, en apologie pour le Bréviaire de Vintimille. Quant à la bonté et au succès des armes puisées dans ce soi-disant arsenal, il en faut juger par les faits. Dans ma petite façon de penser, il m'est avis que nous n'avons pas tant à nous vanter des résultats. Je crois que nous éprouvons le besoin urgent d'étudier quelque peu, en dehors du Bréviaire parisien.

(2) Pour le coup, ceci est par trop fort. Vous me reprochiez tout-à-l'heure, Monseigneur, de ne pas goûter le choix des canons insérés au Bréviaire de Paris (ci-dessus, page 15o), et voici maintenant que vous me transformez en admirateur de cette œuvre. Je me vois donc obligé de faire appel à. ce que j'ai dit plus haut, et, en outre, je me permettrai d'ajouter que l'état déplorable dans lequel est tombée chez nous la science du droit canonique, ne montre que trop combien il eût été meilleur d'emprunter aux Décrétales les trois cent soixante-cinq canons que les clercs parisiens ont à lire, par chaque année, à prime, plutôt que de les aller glaner à droite et à gauche, la plupart hors du Corps du Droit, sans qu'il en puisse résulter aucune instruction véritable et positive.

(3) Voir pour juger de la sagesse du Saint-Siège, le bref de Sa Sainteté à Monseigneur l'archevêque de Rheims, à la fin de cet opuscule.

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honores, et de lui accorder la protection qu'il sollicite de sa bonté : Annue sollicita quam prece poscit opem. Cette hymne, si dévote envers Marie, ne se dit pas seulement à l'office du samedi, mais aux autres fêtes de la sainte Vierge (1).

Tout le temps, depuis la Circoncision jusqu'au dimanche de la Septuagésime, est consacré à célébrer la naissance du Sauveur et la maternité divine de la très sainte Vierge, dont on fait mémoire tous les jours à vêpres et à laudes : il n'en est pas ainsi dans le romain (2). [ p. 142]

A toutes les fêtes de la Mère de Dieu, il y a trois ou même quatre hymnes en son honneur; et quelles hymnes ! (3) Celle des IIes vêpres du jour de la Présentation de Notre-Seigneur et de la Purification de Marie, Stupete, gentes, est célèbre. Je ne rapporterai que celle des matines de l'Assomption ; on ne peut exalter par une poésie plus sublime le triomphe de Marie.

Quœ cœlo nova mine additur hospes! etc.

La veille de cette fête si solennelle de Marie, il n'y a dans le Bréviaire romain que l'homélie et la mémoire de la sainte Vierge; dans le parisien, tout l'office est de la [ p. 144]

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(1) Eh! quoi, Monseigneur, en compensation de l'octave de la Conception de la sainte Vierge,  supprimée sans ménagement, du titre des deux fêtes de la Purification et de l'Annonciation aboli, de l'octave de Noël enlevée à Marie, de l'hymne Ave maris Stella, retranchée des vêpres, des antiques bénédictions de l'Église de Paris pour les fêtes de la Mère de Dieu, abrogées, de tant de répons, d'antiennes, de versets, d'introïts,  d'offertoires, de communions, que l'Eglise latine tout entière chante depuis plus de mille ans, supprimés, anéantis, oubliés même, hélas ! vous avez à offrir à la Mère de Dieu une hymne de Complies! Croyez-moi, Monseigneur, gardez-la à Complies,  cette hymne, mais restituez aux fidèles toutes ces saintes formules que  Vigier et Mésenguy ont enlevées de l'office canonial et de la Messe. Que les catholiques de France  recouvrent  la prière antique et universelle avec les chants mélodieux  qui  l'accompagnent,  rien n'empêchera après Cela d'ajouter des hymnes propres, dans les endroits où la Liturgie romaine n'en a pas, si ces hymnes sont si belles, si surtout elles ont pour auteurs des poètes graves et catholiques.

(2) Peut-être, Monseigneur, que vous allez me trouver étrange; mais je ne puis m'empêcher de vous témoigner une idée singulière qui me travaille depuis longtemps, et à laquelle vos dernières paroles donnent une quasi évidence que je ne puis taire. Vous n'avez pu vous procurer ni le Bréviaire de Gondy, ni le Missel de Harlay, ni le Missel de Noailles : oserai-je vous demander si vous avez entre les mains le Bréviaire et le Missel romains? Il est du moins certain que vous ne les avez pas consultés sur la question présente : autrement, comment pourriez-vous dire que la Liturgie romaine ne fait pas mémoire spéciale de la sainte Vierge comme Mère de Dieu, depuis Noël jusqu'à la Purification, fête qui arrive souvent après la Septuagésime? Le contraire est pourtant évident, dans le Bréviaire aussi bien que dans le Missel : je dirai même plus ; c'est que cet usage n'existe dans les nouveaux bréviaires que comme un emprunt fait au romain.

(3) Et quelles hymnes! Mais, Monseigneur, en fait d'hymnes, C'est l'autorité qui fait tout. Les hymnes de Santeul et Coffin sont toujours beaucoup au-dessous non seulement des hymnes de la Liturgie romaine, mais même des hymnes composées en si grand nombre par les saints Pères et les écrivains ecclésiastiques approuvés. C'était là, si l'on voulait enrichir le Bréviaire, qu'on devait aller puiser des cantiques purs et vraiment liturgiques, et

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vigile, avec deux belles hymnes. Il est du rit double aux petites heures (1).

Que dirons-nous de la prose, Inviolata, qui est propre au Bréviaire parisien, et que l'on trouve à la suite du petit office de la sainte Vierge, dans l'édition même de 1736? Peut-on invoquer cette bienheureuse Mère du Sauveur, avec une confiance plus filiale, un amour plus tendre, une admiration plus féconde en louanges ? On la chante ordinairement après le Pange lingua ou le Tantum ergo, au moment où l'on va donner la bénédiction du Saint-Sacrement, c'est-à-dire qu'on célèbre la gloire de la Mère, pour obtenir de plus abondantes bénédictions de la part du Fils (2).

Je ne peux m'empêcher de la consigner ici. Elle est peut-être peu connue dans quelques diocèses de France. [ p. 145]

Inviolata, integra et casta es, Maria : etc.

On la chante à deux chœurs, et le chant en est aussi affectueux que les paroles.

Voit-on dans tout cela l'intention de diminuer le culte de la sainte Vierge (3) ?

Quant aux saints, j'ai dit que l'on avait poussé peut-être trop loin la critique sur l'authenticité de leur vie et de leurs miracles; j'ai exprimé le regret qu'on eût supprimé les offices ou les mémoires de quelques saints Papes martyrs; mais on célèbre encore un grand nombre de fêtes des saints, leurs offices sont très beaux, et Ton y rapporte un assez grand nombre de miracles, pour affermir la foi et exciter la dévotion et la confiance envers ces amis de Dieu (4), déjà en possession de la gloire qui leur a été acquise par les mérites du Sauveur. On n'a qu'à lire leurs offices et leurs légendes. Voyez en particulier ceux de sainte Geneviève, de saint Maur, saint Antoine, saint Vincent, saint Polycarpe, sainte Scholastique, sainte Marie Égyptienne, saint Benoît, saint [ p. 146]

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laisser aux élèves de rhétorique, comme modèles à imiter, ou comme sujets de critique instructive, les odes ronflantes qui encombrent les bréviaires, et, en vérité, font une trop singulière figure en face de nos Veni Creator, de nos Vexilla regis, si barbares, si grossiers, si inélégants !

(1) Voudrait-on, par hasard, donner à entendre que le Bréviaire parisien est plus abondant que le romain sur le culte de la sainte Vierge? Cette conclusion serait curieuse et tout à fait inattendue. En attendant, j'oserai faire observer qu'il serait tout aussi bien pour le moins de laisser à la Vigile de l'Assomption son antique forme purement fériale, et puisqu'on a tant de zèle pour les fêtes de la sainte Vierge, de célébrer avec toute l'Église, du rite double majeur, Notre-Dame du Mont-Carmel, Notre-Dame des Neiges, Notre-Dame de la Merci, Notre-Dame du Rosaire, Notre-Dame des Sept-Douleurs en septembre, etc.

(2) Si cette prose ne se chante qu'au salut, elle ne fait donc pas partie du corps du bréviaire. De plus, elle est dans tous les Processionnaux romains, comme appartenant à l'office votif. Enfin, elle est ancienne et approuvée : elle n'a donc rien de commun avec Santeul et Coffin.

(3) Mais, Monseigneur, personne n'a jamais dit que l’Inviolata, qui se chantait longtemps avant qu'il fût question des nouveaux bréviaires, ait été conservé dans l'intention de diminuer le culte de la sainte Vierge.

(4) Si le Bréviaire de Paris renferme un assez grand nombre de miracles, il est naturel d'en conclure qu'il y aurait de l'excès, s'il en rapportait davantage. En attendant, la chrétienté use toujours du Bréviaire romain dans lequel ces pieux récits sont bien autrement nombreux.

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Germain d'Auxerre, saint Martin de Tours, la fête de sainte Geneviève des Ardents; dans tous ces offices on rapporte assez de miracles pour qu'on ne puisse pas accuser les rédacteurs d'avoir été ennemis de la gloire des Saints (1).

Mais ne se sont-ils pas appliqués à affaiblir l'autorité des souverains Pontifes? Que quelqu'un d'entre ces rédacteurs, sous des prétextes spécieux, eût obtenu des changements qui tendraient à ce but, la chose ne serait pas impossible (2); mais l'ensemble du bréviaire justifie suffisamment de cette accusation les rédacteurs en général, et encore plus les archevêques qui l'ont approuvé (3).

La fête du Pontificat de saint Pierre en dit plus pour l'autorité des souverains Pontifes, que la réunion des deux Chaires du prince des Apôtres en une seule fête ne peut nuire à cette autorité (4).

Quelle profession plus éclatante du pouvoir de Pierre, que l'introït de sa plus grande fête, commençant par ces mots : Tu es Petrus, suivis des célèbres paroles par lesquelles le Fils de Dieu lui a conféré la puissance des Clefs, et a fait ainsi de cet apôtre et de ses successeurs le fondement de son Église (5). [ p. 147]

On a prétendu que c'est surtout dans les hymnes, que l'on a déprimé la puissance du Vicaire de Jésus-Christ (6) : qu'on lise donc cette première strophe de l'hymne des

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(1) Maintenant, si le Bréviaire de Paris rapporte assez de miracles, ce n'est plus comme mérite absolu que cette circonstance est relevée, mais uniquement dans le but de démontrer que les rédacteurs de ce Bréviaire n'étaient pas ennemis de la gloire des Saints. Singulière manière de prouver les sentiments de piété qui ont présidé à la rédaction de ce livre liturgique ! Des gens qui fabriquent des antiennes, des répons, des légendes et des hymnes à la louange des Saints, le tout sur un plan différent de l'Eglise romaine, et qui ont besoin que l'on prouve sérieusement qu'il ne sont pas ennemis de la gloire des Saints!

(2) Encore un aveu qui, tout amoindri qu'il est, ne laisse pas d'avoir son importance pour éclairer de plus en plus la question de l'orthodoxie des nouveaux liturgistes.

(3) Il ne s'agit ici que du bréviaire. Si donc des changements ont été obtenus par quelque rédacteur hérétique, ne serait-il pas bon de se défier de l'œuvre tout entière? Pourquoi chercher toujours à transformer la question en question de personnes?

(4) Je répète que je ne comprends pas comment l'Église de Paris, qui ne fait qu'une fois l'an la fête du Pontificat de saint Pierre, se montre tout aussi zélée pour ce Pontificat que l'Église romaine, qui célèbre cette fête deux fois par an. Si encore cette restriction était un usage immémorial dans l'Église de Paris ! mais non; cette Église a célébré les deux Chaires jusqu'en 1736; puis, un beau jour, un simple particulier lui a dit qu'elle en faisait trop, et elle l'a cru.

(5) Mais, Monseigneur, si ces paroles vous semblent si belles et si à propos dans la fête de saint Pierre, pourquoi pardonnez-vous si facilement à Mésenguy d'avoir expulsé de cette même Messe l'évangile qui les proclamait avec tout l'ensemble des circonstances dans lesquelles Notre-Seigneur les prononça ? Quant à les avoir placées en introït, c'est une faible compensation : Rome, qui nous les fait chanter à l'alleluia et à la communion ( deux fois, par conséquent dans la même Messe), n'a pas jugé pour cela devoir les effacer de l'évangile de cette solennité.

(6) Je ne sais pas quel est cet on  qui a prétendu;  pour moi, je n'en ai pas dit un mot.

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laudes, dans l'office de son Pontificat, c'est-à-dire de ses deux Chaires :

Qualis potestas, Petre, quis terris honos,

Cui jura Christus ipse concessit sua !

Quidquid ligabis, quidquid et solves solo,

Hoc et ligabit, solvet et polo Deus, etc. (1).

Dans l'édition du Bréviaire de Vintimille de 1745, et encore de son vivant, on fit un autre choix des canons de prime, parmi lesquels on mit celui-ci, qui est assurément bien favorable à l'autorité des souverains Pontifes :

Ex libro septimo sancti Oplati Episcopi, de schismate Donatistarum, etc. (2).

Enfin, on accuse les hymnographes du Bréviaire parisien, de ne jamais rien dire contre les hérésies du temps. Une réponse générale qu'on doit faire contre cette accusation, c'est que si les mystères de la Religion et les vertus éclatantes des Saints, sont de beaux sujets pour la poésie, il n'en est pas de même des points de controverse (3). Par exemple, que le Fils de Dieu soit mort pour le salut du monde, cette bonté incompréhensible est bien capable d'enflammer le génie du poète ; mais s'il lui fallait argumenter pour prouver aux jansénistes que le Sauveur n'est pas mort pour les seuls élus, son enthousiasme se soutiendrait difficilement (4). Le mystère de la mort  de [ p. 148]

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