Institutions liturgiques (page 153)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

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(1) J'ignore quel est l'avantage de cette strophe sur celle de l'hymne romaine pour célébrer la puissance des Clefs donnée à saint Pierre. Il semble que les deux strophes disent la même chose; seulement, l'une se chante dans toute l'Eglise depuis bien des siècles ; l'autre, fabriquée par un hérétique, n'est en usage que dans quelques localités. Voici la strophe romaine :

Quodcumque in orbe nexibus revinxeris

Erit revinctum, Petre, in arce siderum ;

Et quod resolvit hic potestas tradita,

Erit solutum cœli in alto vertice :

In fine mundi judicabis saeculum.

(2)  Mais, Monseigneur, il ne s'agit que de l'édition de 1736, avant les cartons, et non pas de l'édition de 1745. Ces sortes d'additions, comme celles de l'édition de 1822, prouvent contre le bréviaire, puisqu'elles dérogent à sa composition première. Toutefois, il sera permis d'observer qu'il eût mieux valu pour l'honneur de saint Pierre, lui rendre sa seconde fête de la Chaire, ou l'octave de sa grande solennité, que d'ajouter à prime un canon de six lignes, dont l'insertion ne réparait pas le scandale qui avait été donné.

(3)  Il y a bien une certaine différence entre les détails de la controverse, et l'objet de la controverse elle-même. L'exposition des dogmes n'a jamais rien que de très calme et de très imposant : quoi de plus majestueux et déplus liturgique qu'un symbole? Au reste, l'Eglise, pour assurer la foi, n'a pas hésité à faire chanter aux fidèles jusqu'au mot Consubstantiel. La raison de poésie me semble peu concluante, quand il s'agit de l'œuvre de Vigier et Mésenguy ; et d'ailleurs, Monseigneur, vous disiez tout-à-l’heure avec triomphe que le Bréviaire de Paris était un arsenal pour la controverse.

(4)  Mais, Monseigneur, qui a parlé d'argumentations? Ce n'est pas moi; je sais trop bien que l'Église, dans ses manifestes liturgiques, n'argumente pas: elle n'a qu'à affirmer; mais je sais aussi que ce n'est pas l'Eglise qui parle dans un bréviaire particulier, introduit au mépris de l'antiquité et de l'universalité, et qui ne peut avoir d'autre autorité que celle d'un prélat particulier, homme sujet à erreur, et d'autant plus sujet à erreur qu'il est seul, qu'il introduit des choses nouvelles, qu'il méprise l'antiquité et l'universalité. Ce sont les paroles de l'archevêque Languet, dans son mandement contre l'évêque de Troyes.

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Jésus-Christ pour notre salut est souvent traité dans nos hymnes; on y dit même qu'il est mort pour le salut de tous (1).

Lignum crucis mirabile

Totum per orbem prominet,

In qua pependit innocens,

Christus, redemptor omnium.

Orbis redempti qualia pignora !

C'est encore une hérésie des jansénistes de dire que la grâce fait tout en nous dans le bien que nous opérons ; que notre libre arbitre n'y est pour rien. Pour soutenir leur erreur, là où saint Paul dit : J’ai travaillé plus que tous les autres, non pas moi toutefois, mais  la grâce de Dieu arec moi : gratia Dei mecum ; ils traduisent par la grâce de Dieu qui est avec moi. Eh bien ! cette erreur est attaquée dans l'hymne que l'on dit à laudes, depuis le dimanche de la Septuagésime jusqu'au Carême dans l'office du temps.

Qui nos creas solus Pater,

De pristino lapsos statu

Non solus instauras : simul

Nostros labores exigis (2).

Les jansénistes ont dit qu'on ne pouvait pas résister à la grâce : dans la sixième strophe de cette hymne, on suppose cette résistance :

At obstinatis vindicem

Iram reservas (3).

Le Bréviaire de Paris ne combat pas les erreurs des jansénistes seulement dans ses hymnes, mais encore dans

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(1) C'est bien la moindre chose que l'on dise cela quelquefois; mais il n'en est pas moins vrai que Coffin avait d'abord retranché de l'hvmne de Noël le premier vers, Christe redemptor omnium. Quant à l'hymne Lignum crucis mirabile, elle est ancienne, et n'appartient pas par conséquent à la rédaction de 1736. Le vers de Santeul, Orbis redempti, etc., n'a rien de contraire aux dogmes de la secte. Cette expression orbis, étant générale et par conséquent élastique, elle peut se prêter, soit au symbole catholique, soit au système janséniste, qui appelle volontiers Jésus-Christ le Sauveur du monde, quoiqu'il ne veuille pas le reconnaître pour le Sauveur de tout le monde.

(2)  Cette strophe a sans doute un sens tout catholique; c'est même celui qui se présente le premier à l'esprit ; mais il n'en est pas moins vrai que les jansénistes trouvaient moyen d'éluder par des distinctions les textes de l'Écriture qui disent la même chose. Le système de la liberté de coaction suffisait, dans leur sens, pour expliquer l'adhésion de l'homme à l'action divine, adhésion dans laquelle ils faisaient consister toute vertu et tout mérite.

(3)  Mais, Monseigneur, les jansénistes parlent sans cesse de l'obstination, comme digne de toute la colère de Dieu. Le chef-d'œuvre de leur système est d'avoir trouvé le moyen de parler comme l'Eglise, tout en conservant leur manière de penser diamétralement opposée. C'est ce qui a fait dire à un célèbre magistrat qui les connaissait bien, que le jansénisme est l'hérésie la plus subtile que le diable ait jamais tissue. Les Nouvelles ecclésiastiques, qui s'accommodaient si bien du Bréviaire de Paris dont elles font l'apologie à tout propos, ne font pas la même grâce au Bréviaire de Robinet, parce que ce docteur l'avait rédigé dans le sens de la bulle. Aussi déclament-elles avec violence contre certaines hymnes de ce dernier bréviaire, entre autres contre les vers suivants :

Vires ministras arduis

Non impares laboribus.

Et contre ceux-ci :

Donis secundans gratiae

Quem lege justus obligas.

La doctrine catholique contenue dans ces vers n'était donc pas identique,  aux yeux des jansénistes, à celle des hymnes du Bréviaire de Paris.

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ses répons (1). On a mis dans l'office propre du même temps de la Septuagésime, pour l'antienne de none du dimanche, ce beau passage de la Sagesse : Nihil odisti eorum quœ fecisti, parcis antem omnibus; quia tua sunt, Domine, qui amas animas; et dans le capitule : Deus mortem non fecit, nec lœtatur in perditione vivorum, où sont condamnés ceux qui veulent que Dieu ait prédestiné les méchants au mal et à la mort éternelle (2).

Cette hérésie est encore plus directement combattue par le répons de la première leçon des fériés du Carême, répons qu'on lit tous les jours jusqu'à Pâques : R/ Projicite à vobis omnes prœvaricationes vestras, et facite vobis cor novum et spiritum novum ; quia nolo mortem morientis, dicit Dominus; revertimini et vivite; JE NE VEUX PAS LA MORT DE CELUI QUI MEURT. Peut-on s'exprimer plus fortement contre l'hérésie détestable qui attribue à Dieu de vouloir la réprobation de ceux qui se damnent (3) ?

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(1) Dans l'instant vous disiez, Monseigneur, que le Bréviaire de Paris ne pouvait pas combattre les jansénistes, parce qu'une telle argumentation ne se prêterait pas à la poésie, et voici que vous dites maintenant que ce bréviaire combat les erreurs de cette secte non seulement dans ses hymnes, mais encore dans ses antiennes et dans ses répons.

(2) Ces deux textes n'ont jamais fait peur aux jansénistes. Le parcis omnibus qui, même dans le sens catholique, ne peut pas s'entendre de tous les hommes, puisqu'il est de foi qu'il y a un enfer, n'entre pas même dans la question. Les jansénistes n'ont jamais dit que Dieu ait fait la mort, et enseignent bien expressément que la perdition des vivants provient du péché qui déplaît à Dieu, avec toutes ses suites.

(3) Mais, Monseigneur, ce texte ne va pas davantage à la question. Les jansénistes vous diront que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'elle est la conséquence d'un premier péché quia déplu à Dieu. Ces textes sont donc insuffisants pour atteindre l'hérésie que l'on avait à combattre. Malheureusement, il en est d'autres, et bien nombreux, dans lesquels la secte aimait à voir se réfléchir ses plus damnables conceptions. Permettez-moi d'en citer deux, au milieu de tant d'autres. Dans le bréviaire, au jour de l'Octave de la Dédicace, au second nocturne, on lit ces phrases d'un sermon de saint Césaire d'Arles, qui au reste n'est point admis par l'Église au nombre des auteurs à qui l'on puisse emprunter des leçons pour l'office: Nihil in illo boni remanere poterit, quem ignis cupiditatis accenderit; sicut nihil in eo mali remanebit, in quo ignis arserit caritatis. Cette doctrine est absolument identique aux propositions XXXV et XXXVIII de Baïus,et aux propositions XXXVIII, XXXIX, XL, XLIV, XLV, XLVI, XLVII, XLVIII, XLIX, L, LVII, LVIII, de Quesnel.

Dans le Missel, en la secrète de la Messe de saint Rémi, au 1er  octobre, on lit ces paroles : Qua virtute immutaturus es dona oblata, Domine, eadem immuta et ad te reflecte corda nostra, sancti Remigii precibus, etc. Ce qui est donner à la grâce divine sur nos âmes le même pouvoir de changement absolu d'une substance en une autre que nous reconnaissons dans le Mystère eucharistique. D'après ce système, il restera de l'homme, après la visite de la grâce, ce qui reste du pain et du vin après la Transsubstantiation. Cela peut être très honorable et même très commode pour l'homme ainsi divinisé; mais il n'y a plus de place pour cette liberté

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Mais, dit l'Abbé de Solesmes, « rien n'est moins étonnant que ce soin qu'avaient eu les rédacteurs du bréviaire, d'insérer dans leur œuvre un certain nombre de textes (favorables à la saine doctrine) qu'on aurait à faire valoir en cas d'attaque. » Je fais observer là-dessus que ces rédacteurs pouvaient bien placer les textes en question de manière qu'on n'eût à les dire qu'une fois. Comment se fait-il qu'ils les aient mis au Propre du temps, à une époque où l'on fait presque toujours l'office de la férié, ce qui met les prêtres dans la nécessité de les réciter à peu près tous les jours, et de s'inculquer mieux les vérités qui y sont contenues (1) ?

Je crois avoir justifié suffisamment le Bréviaire de Paris, et avoir donné quelque idée de sa beauté, que l'on ne peut du reste bien apprécier qu'autant qu'on le connaît

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d'indifférence qu'il faut sauver avant toutes choses, si l'on tient à conserver la notion de vertu et celle de mérite. Au reste, cette oraison, qui fit un si grand scandale à Lyon, sous l'archevêque Montazet, appartient au Missel du cardinal de Noailles, d'où elle passa de plain-pied dans celui que Mésenguy rédigeait pour Charles de Vintimille.

(1) On vient de voir combien ces textes sont insuffisants et souvent ambigus, comment ils justifient ces mots de saint Ire:née qui se connaissait en hérétiques : Similia quidem nobis loqnentes, dissimillima vero sentientes. Ajoutons encore ce passage d'un autre Père de l'Église gallicane, qui n'était pas moins familier avec les tours de force des sectaires. « Les hérétiques, disait-il, éludent très souvent la vérité en confondant et mêlant les paroles, et par le son des mots communément reçus, ils séduisent les oreilles inattentives. Confusis permixtisque verbis, veritatem frequentissime eludunt, et incautorum aures communiant vocabulorum sono capiunt. » Vient ensuite S. Augustin, si habile à poursuivre l'erreur dans tous ses replis: « Perverse contradiction, s'écrie-t-il, que celle qui prend pour armes dans son impudence l'obscurité du mystère et la profondeur énigmatique du texte. Improba contradictio, de obscuritate sacramenti, et œnigmate lectionis armans impudentiam suam. »

Enfin, consultons le grand Pape S. Grégoire, dont certains docteurs se sont plu si souvent à relever la modération, comme pour condamner plusieurs de ses successeurs, organes, comme lui, de l'Esprit-Saint.

Dans ses Morales sur Job, il revient souvent sur les caractères des œuvres de l'hérésie, et nous instruit à en démêler les artifices. « Presque toujours, dit-il, les paroles des hérétiques sont caressantes ; mais ce qu'ils glissent en dessous, dans la suite du discours, devient funeste. Pene semper blanda sunt quœ proponunt, sed aspera quœ prosequendo subinferunt. Plus loin, il s'exprime avec cet à propos pour la circonstance : « Les hérétiques ont coutume de mêler quelques paroles de vérité, à leurs paroles d'erreur; c'est ainsi que les amis du bienheureux Job, quoique mal fondés dans les reproches qu'ils lui font, peuvent cependant mettre dans leurs discours quelques-unes des vérités qu'ils ont apprises par leurs rapports avec lui. Solent hœretici errorum suorum dictis vera aliqua permiscere, et amici Beati Job, quamvis in reprehensione ejus omnino fallantur, possunt tamen et quœdam vera dicere quœ ex illius assiduitate didicerunt.

»

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parfaitement (1). Mais il me semble entendre Dom Guéranger qui me dit ce qu'il a répété mille fois, et en quoi il met toute sa force : Après tout, quelle confiance peut-on avoir en un bréviaire rédigé par des hérétiques? Car aujourd'hui le jansénisme est rangé sans contestation aie nombre des hérésies (2).

Je réponds d'abord : Nous avons justifié le bréviaire de toute hérésie; puisque l'Abbé de Solesmes n'a pu y en trouver aucune; et que la seule proposition qu'il traitait d'hérétique, est, comme nous l'avons prouvé, parfaitement orthodoxe (3). De plus, nous avons montré que ce bréviaire, au lieu de favoriser l'hérésie, offrait des armes contre elle (4). Ce double fait posé, j'en conclus que si le bréviaire est sorti  si pur d'une source impure, il faut bénir Dieu qui, dans cette occurence, comme dans une infinité d'autres, a protégé l'Église de France contre les machinations de l'erreur (5).

Je réponds ensuite à Dom Guéranger, en lui proposant moi-même une difficulté : Les évêques qui ont publié les nouveaux bréviaires, n'étaient nullement favorables aux jansénistes; comment ont-ils pu les charger de la rédaction ? Écoutons la réponse, elle est en propres termes dans les Institutions liturgiques. « Cet archevêque (François de Harlay), comme plusieurs prélats ses collègues..., professaient un éloignement énergique pour la doctrine de Jansénius sur la grâce. Ils pouvaient se servir des gens du parti quand ils en avaient besoin, [ p. 152]

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De tous ces passages qu'il serait facile de fortifier de beaucoup d'autres textes des SS. Pères, il résulte évidemment que la présence de certaines vérités dans une œuvre composée par des hérétiques n'ôte de cette œuvre ni le venin, ni l'inconvenance. Sous cette lettre orthodoxe en apparence, les sectaires ont glissé leurs maximes; c'est un mot d'ordre qu'ils se donnent et à l'aide duquel ils pénètrent partout. Il est bien évident que si la secte regarde le Bréviaire de Paris comme son triomphe (ainsi que je l'ai fait voir plus haut), il faut bien qu'elle ait un moyen d'éluder les passages de ce bréviaire dans lesquels la prudence l'a contrainte d'imiter le langage catholique sur les dogmes agités au temps où le bréviaire fut rédigé.

(1)  Je ne puis répondre que de moi, Monseigneur, mais je me flatte de faire voir dans la suite de mes travaux que je connais suffisamment le Bréviaire de Paris pour en parler avec exactitude. J'ai toujours pensé que lorsqu'on a à traiter d'une matière, il est essentiel, avant tout, d'avoir en main les livres qui en traitent, et de les consulter sérieusement.

(2)  Vous avez vu plus haut, Monseigneur, que ce n'est pas Dom Guéranger tout seul qui a signalé cet inconvénient du Bréviaire de Paris.

(3)  Vous convenez maintenant, je l'espère, Monseigneur, après les preuves matérielles que j'en ai fournies, qu'on ne peut m'accuser d'avoir appliqué la note d'hérésie au Bréviaire de Paris, pas même sur la proposition dont vous parlez.

(4)  Ces armes n'ont rien de bien redoutable à l'hérésie ; autrement, comment expliquer l'ardente sympathie de la secte pour le bréviaire ?

(5)  Resterait toujours à déplorer qu'on se fût gratuitement exposé à ces machinations de l'erreur, tandis qu'il était si naturel de s'en tenir à la Liturgie romaine qui assurait l'orthodoxie dans l'Eglise de Paris, comme dans toutes les autres de l'Occident. Quant à la pureté du bréviaire en lui-même, jusqu'ici, Monseigneur, vous ne l'auriez tout au plus prouvée que d'une manière négative, en faisant voir que ce bréviaire n'est pas hérétique (ce que je n'ai jamais dit), ni anti-liturgique, ce qui n'est peut-être pas démontré. Au reste, nos lecteurs jugeront et prononceront.

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mais ils savaient les contenir. L’histoire de l’Église au XVII° siècle dépose de cette vérité (1). »

J'ajouterai à cela quelques observations. Dans le commencement des hérésies, tant que leurs partisans ne sont pas ouvertement en révolte contre l'Église, et qu'ils ne se séparent pas des vrais fidèles, on est beaucoup moins sévère à leur égard (2). C'est ce qui est arrivé pour les jansénistes, qui ont eu pour système constant de ne jamais se séparer ouvertement, et ont employé toutes les subtilités possibles, les distinctions du fait et du droit, le silence respectueux, l'appel au souverain Pontife mieux informé, etc., pour conserver l'apparence de l'orthodoxie (3).

Il y avait d’ailleurs parmi eux des hommes fort instruits, très versés dans les saintes Écritures, et par là même très en état de travailler à la correction des livres liturgiques (4).

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(1) Mais, Monseigneur, comment pouvez-vous citer, à propos du Bréviaire de Vintimille, ces paroles que j'ai dites au sujet du Bréviaire de Harlay ? Il y avait cinquante-six ans que la commission nommée par ce dernier archevêque était dissoute, tous ses membres même étaient morts depuis longues années, lorsque Charles de Vintimille, sans nommer de commission de rédaction pour une réforme du Bréviaire de Paris, accepta, de la main de trois individus mal notés, un Bréviaire de Paris tout nouveau, rédigé à l'avance et qui avait déjà été offert en vain à plusieurs évêques. Il ne faut donc pas, pour expliquer l'origine du Bréviaire de 1736, faire appel à l'Histoire de l'Eglise au XVII° siècle.

(2)  Cela est vrai, Monseigneur; car l'Eglise est remplie de charité et ne flétrit pas même les sectaires avant le temps : mais, est-il possible de croire que vous ne regardez pas les jansénistes comme suffisamment condamnés en 1736? Non, je ne puis penser que cette assertion soit sortie de la plume d'un prélat si docte et si digne de vénération.

(3)  Ce n'est pas à vous, Monseigneur, que j'apprendrai que la distinction du fait et du droit avait été condamnée par Alexandre VII dès 1656; le silence respectueux, par Clément XI, dès 1705; et l'appel, par le même Pontife,dès 1718; que les bulles portant les-dites condamnations ont été successivement publiées et acceptées dans les Assemblées du Clergé de France. Les partisans de la distinction du fait et du droit, du silence respectueux, de l'appel au concile ( car il n'y a pas eu d'appel au Pape mieux informé ), étaient donc ouvertement en révolte contre l'Eglise, en 1736.

(4)  Non, Monseigneur; il est impossible de vous accorder cela. Quelque versés dans les saintes Ecritures que puissent être des hérétiques, ils ne peuvent jamais être en état de travailler à la correction des livres liturgiques, et moins encore à leur fabrication; car, encore une fois, le Bréviaire de 1736 n'est pas une correction de celui de François de Harlay, mais un livre absolument nouveau. L'hérétique est hors de l'Église, et on irait le charger de rédiger la prière des ministres de l'Église ! On mettrait la loi de la prière sous la dépendance de celui qui a violé la loi de la foi! L'Écriture sainte et la tradition n'ont qu'un cri contre une telle faiblesse. Saint Paul n'écrivit-il pas à Tite, son disciple, et par lui à tous les évêques : « Évite l'hérétique, après une ou deux monitions : Hœreticum hominem post unam et secundam correptionem devita? » Saint Jean, l'Apôtre de la charité, ne dit-il pas à

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Et qu'on ne croie pas, ce que Dom Guéranger ne cesse de nous faire entendre, que les partisans du jansénisme dominaient parmi les rédacteurs des bréviaires. D'abord il nous a appris lui-même, que les évêques qui les employaient savaient bien les contenir (1). [ p. 153]

Ajoutons que dans la Commission nommée par François de Harlay, sur onze membres, Dom Guéranger n'en réprouve que trois, encore y en a-t-il un qu'il accuse seulement d'être imbu des principes de l'école française de son temps ; c'est Claude Chastelain, homme, dit-il, véritablement savant dans les antiquités liturgiques. Si Dom Guéranger l'avait pu, il n'aurait pas manqué de jeter sur lui une couleur janséniste (2).

Les deux autres sont Jacques de Sainte-Beuve et le Tourneux. Il ne reproche autre chose à Sainte-Beuve que d'avoir refusé de signer la condamnation de la doctrine de son ami Antoine Arnaud, en 1638; fait postérieur à l'émission du bréviaire, et il lui rend la justice de dire que depuis il signa le Formulaire. Ce devait être un homme fort recommandable, puisqu'il fut choisi pour théologien du clergé. La collection de ses Cas de conscience, dit Feller, décèle beaucoup de savoir, de jugement et de droiture (3).

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tous les fidèles : « Si quelqu'un vient à vous et n'apporte pas cette doctrine, ne le saluez même pas ; car celui qui le salue communique déjà à ses œuvres de malice ?  Si quis venit ad vos, et hanc doctrinam non affert, nolite   recipere   cum in domum,   nec  AVE ex dixeritis. Qui enim dicit illi AVE  communient  operibus  ejus malignis. » Instruite par ces grands maîtres, l'Eglise n'a jamais rien voulu devoir aux hérétiques : elle eût craint par là d'annoncer qu'elle était peu assurée de l'Esprit que son Epoux a déposé en elle jusqu'à la consommation des  siècles.   Leur science, leur éloquence, leur sagesse prétendue, elle a tout repoussé, et cela dans tous les siècles. Elle sait trop qu'ils ne produisent que des fruits de mort. Elle tient trop à montrer à ses enfants, par sa conduite, qu'un des premiers moyens de conserver la foi, une des premières marques de l'unité, c'est la fuite des hérétiques. Elle n'a donc jamais emprunté leur secours   pour aucune de ses formules de foi ou de prière ; « car, dit saint Grégoire le Grand que j'aime toujours à citer, ce qui fait la richesse   des hérétiques, c'est la sagesse charnelle. Appuyés sur elle, dans leur perversité,   ils   se montrent riches   en  paroles ; mais   l'Eglise recherche d'autant moins cette richesse,   qu'elle la dépasse davantage par l'intelligence spirituelle qui est en elle. Hœreticorum quippe substantia carnalis sapientia non inconvenienter accipitur : qua dum perverse fulciuntur, quasi in verbis se divites ostendunt :   quam eo sancta Ecclesia non quœrit, quo hanc spiritali intellectu transcendit. »

(1)  Mais encore une fois, Monseigneur, j'ai dit cela au sujet de François de Harlay, et de son Bréviaire de 1680. Les temps étaient bien changés, sous Charles de Vintimille, en 1736.

(2)  On dirait que je ne cherche autre chose qu'à flétrir, comme hérétiques, tous les gens dont le nom se trouve sous ma plume. J'aimerais que Monseigneur me citât un seul nom injustement signalé par moi comme entaché de cette erreur. D'ailleurs, nous continuons toujours d'être hors la question. Il s'agit uniquement du Bréviaire de 1706, et nullement de la commission du Bréviaire de 1680.

(3)  Cela prouve du moins, Monseigneur, que je sais rendre justice même aux hérétiques qui rétractent leurs erreurs. Dans tous les cas, il serait bon de quitter  1680, et d’arriver à 1736.

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Les ouvrages de le Tourneux furent condamnés par le Saint-Siège, cela est vrai; mais Dom Guéranger lui-même observe qu'ils ne furent condamnes qu'après sa mort (1).

Je demande  si cette commisse, composée de onze membres qui, à l'exception de deux, méritent les éloges de l'Abbé de Solesmes, ne devait pas inspirer de la confiance (2).

On ne peut pas en dire autant, je l'avoue, des trois docteurs employés par Ch. de Vintimille ; savoir : Vigier, Mézenguy et Coffin (3). N'allons pas cependant nous effrayer de ce qu'en dit Dom Guéranger.

« Le P. Vigier, dit-il, bien qu'il n'eût pas appelé de la bulle, sa réputation n'en était pas moins celle d'un homme rebelle dans le fond de son cœur (4). » Singulière façon de juger les gens, non par leurs actions, mais par ce qui se passe au fond de leur cœur! (5). Mais, dit-il, « il composa, pour aider à la pacification des esprits, un mémoire dans lequel il écartait de la bulle le caractère et la dénomination de règle de foi, la qualifiant simplement de règlement provisoire de police. » Qui ne sait que, pour finir les divisions, on cède souvent plus qu'on ne doit (6), mais le choix que le général de l'Oratoire, le P. Lavalette, avait fait de lui pour pacifier les esprits et faire recevoir la constitution, prouve qu'il n'était pas, dans le fond du cœur, aussi rebelle qu'on veut le dire (7).

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