Institutions liturgiques (page 154)
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(1) Cela n'empêche pas que Le Tourneux ne fût publiquement connu pour adhérer opiniâtrement à la doctrine des cinq propositions condamnées trente ans avant sa mort.
(2) Dans ce cas, il est d'autant plus fâcheux que le Bréviaire de 1736 ait aboli entièrement l'œuvre de cette illustre commission. Au reste, pour en revenir au Bréviaire de Harlay, je n'ai jamais nié que sa rédaction ne renfermât des particularités plus ou moins estimables. Ce n'était, comme je l'ai dit, qu'une correction du Bréviaire romain-parisien; seulement des hardiesses malheureusement trop caractéristiques annonçaient dans ce livre que la manie des nouveautés allait bientôt choisir, en France, la Liturgie pour le théâtre des plus funestes opérations.
(3) Je vous sais gré, Monseigneur, d'arriver enfin à l'objet du présent chapitre; j'étais bien sûr que vous ne pourriez vous dispenser de traiter avec sévérité ces trois hommes, quelque ménagement que vous pensiez devoir garder pour leur œuvre.
(4) J'oserai, Monseigneur, à propos de cette phrase, réclamer une dernière fois contre le singulier style que l'on me donne dans la plupart de vos extraits. Je suis sans prétention; mais ordinairement j'écris en langue française.
(5) Ce serait fort injuste, en effet ; aussi ne m'en suis-je pas rendu coupable, puisque je cite immédiatement les faits qui valurent à Vigier cette réputation.
(6) Il me semble, Monseigneur, que c'est là traiter avec trop d'indulgence une conduite bien coupable. Le Concile de Rome de 1725, l'Assemblée du Clergé de 1714, avaient solennellement déclaré la bulle REGLE DE FOI, pour tous les enfants de l'Eglise; et vous paraissez excuser Vigier qui, dans un mémoire public et célèbre, écartait ce caractère si hautement imprimé à cette constitution, comme s'il ne s'agissait que de matières libres et indifférentes, dans lesquelles, pour finir les divisions, on cède souvent plus qu'on ne doit, sans perdre les droits et la réputation de catholique.
(7) Les faits parlent assez d'eux-mêmes, Monseigneur. Tout homme qui, après jugement de l'Église portant condamnation dune erreur quelconque, déclare recevoir ce jugement, mais non comme règle de foi, cet homme est un hérétique. Tel était Vigier
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Le P. Vigier avait une grande réputation de science ; en effet, un homme qui, à lui seul, avait enfanté le Bréviaire de Paris, ne pouvait être un esprit médiocre (1); et il était bien naturel que l'on parlât de lui à Ch. de Vintimille, quand il voulut donner à son Église un nouveau corps d'offices (2).
Il n'est pas aussi facile de justifier le choix de Mézen-guy, s'il est vrai que, dès 1728, il avait été obligé de quitter le collège de Beauvais, à cause de son opposition à la bulle. Ce qu'il y a cependant à remarquer, c'est que c'est à lui principalement que Ton doit le Missel de Paris. Or, de l'aveu de tout le monde, le missel est encore préférable au bréviaire. « Dans le fait, dit Dom Guéranger lui-même, l'on doit convenir que le missel était généralement plus pur que le bréviaire (3).
Il donne aussi de grands éloges au talent de Coffin, en ces termes : « Nous mettons, dit-il, son mérite comme hymnographe, beaucoup au-dessus de celui de Santeul, pour le véritable genre de la poésie sacrée (4). »
« Ses hymnes, dit Feller, qui n'est pas ici suspect, furent adoptées dans tous les bréviaires nouveaux. Une heureuse application des grandes images et des endroits les plus sublimes de l'Écriture, une simplicité et une onction admirables, une latinité pure et délicate, leur donneront toujours un des premiers rangs parmi les ouvrages de ce genre. Si Santeuil s'est distingué par la verve et la poésie, Coffin a eu cette simplicité majestueuse qui doit être le caractère de ces sortes de productions (5). » [ p. 156]
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et beaucoup d'autres jansénistes de son temps. Sans doute, ils n'avaient pas le fanatisme des appelants, mais ils n'avaient pas non plus la foi des catholiques. Or, sans la foi, on n'est pas dans l'Église, et hors l'Église point de salut.
(1) Oui, dans le cas ou l'on admettrait que le Bréviaire de Paris est un chef-d'œuvre; quod manet demonstrandum.
(2) François de Harlay n'avait nullement envie de donner un nouveau corps d'offices à son Église; il ne voulait que réformer le Bréviaire romain-parisien. Or, pour cela, il nomma, ou plutôt il confirma une commission qui tint ses séances pendant plus de dix ans. Dom Claude de Vert parle de la séance mille quatre-vingt-onzième. Au contraire, Charles de Vintimille accepte, un beau jour, des mains de Vigier, un bréviaire tout neuf, un nouveau corps d'offices. Les temps sont différents, comme l'on voit, et pour peu qu'on veuille considérer la manière dont Rome procède, tous les trois ou quatre siècles, dans la réforme de la Liturgie, on trouve quelque différence encore.
(3) Ce jugement prouve encore, Monseigneur, qu'il y a quelque justice dans mon livre. Je crois en effet qu'avec quelques centaines de corrections exécutées largement, le missel pourrait s'améliorer; il faudrait beaucoup plus pour le bréviaire.
(4) C'est encore une preuve démon impartialité, si souvent contestée par ceux qui ne m'ont pas lu.
(5) De tout cela il faut conclure que les amateurs de la poésie latine ne sauraient guère se dispenser d'avoir les poésies de Coffin sur les rayons de leur bibliothèque choisie. Je prends même la liberté de leur recommander l'ode sur le vin de Champagne, qui valut à son grave auteur, de la part de la ville de Rheims, un présent annuel de ses meilleurs vins; mais il ne s'ensuit aucunement que ce soit bien fait d'enlever des livres ecclésiastiques les hymnes séculaires et vénérables usitées et approuvées dans l'Église depuis si longtemps pour y substituer, d'autorité privée, ces nouveaux cantiques, dont la phrase est plus ou moins heureusement imitée des poètes classiques. Au reste, pour la latinité des leçons et des oraisons, le Bréviaire romain est loin de craindre la comparaison avec le Bréviaire de Paris.
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Mais c'était un appelant, un hérétique notoire, si opiniâtre, que l’Église de Paris elle-même, quand son hymnographe fut sur le point de mourir, lui refusa le baiser de paix de sa communion.
Je ne peux répondre ici autre chose, si ce n'est, d'abord, que lorsqu'on lui a demandé des hymnes pour le bréviaire, son opiniâtreté n'avait pas été poussée jusqu'à mériter qu'on lui refusât les sacrements (1). J'ajoute que l'Église adopte volontiers, en quelque endroit qu'elle le trouve, tout ce qui est bon, utile, beau, parfait (2).
Pense-t-on d'ailleurs que ces hymnes de Coffin, comme le Bréviaire de Vigier et le Missel de Mézenguy, aient été reçues sans examen; et peut-on croire que ces hommes, qui devaient attacher tant de prix à faire accepter leurs ouvrages, n'aient pas évité avec soin ce qui les aurait fait repousser ? (3).
Enfin, mettant à part tous ces raisonnements, ce n'est pas de tels ou de tels auteurs que nous recevons nos livres Liturgiques : nous les tenons des premiers Pasteurs, qui les sanctionnent, qui s'en font garants, et qui ont caractère et mission pour conduire leurs ouailles dans des pâturages où elles doivent trouver la vie et non la mort (4). [ p. 157]
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(1) Je vous demande pardon, Monseigneur. Il y avait déjà plus de dix ans que l'opiniâtreté hérétique de Coffin avait été poussée jusqu'à appeler, solennellement et par devant notaire, de la Bulle Unigenitus, règle de foi et jugement de l'Église universelle. Si on ne lui refusa les sacrements qu'à l'article de la mort, vous savez mieux que moi, Monseigneur, que c'est en vertu de la discipline établie sur ce point délicat par le Clergé de France, qui avait statué que, pour éviter de plus grands maux, on donnerait la communion paschale, à l'Église, à ceux qui se présenteraient, sans s'enquérir s'ils avaient accepté la bulle; mais que l'on refuserait absolument le Viatique aux appelants notoires, à moins qu'ils ne consentissent préalablement à rétracter leur appel et à accepter la bulle. Or, c'est précisément ce que Coffin refusa de faire et ce qui contraignit le pieux archevêque de Beaumont à l'exclure de la participation aux derniers sacrements.
(2) Je crois, Monseigneur, que vous auriez de la peine à citer une seule ligne écrite par les hérétiques et adoptée par l'Église, quelque bon, utile, beau, parfait, que puisse être ce que des hérétiques auraient écrit sur la prière. Souvent même il est arrivé que, pour inspirer plus d'horreur au peuple chrétien, et pour entrer plus intimement dans l'esprit des saintes Écritures, l'Église a cru devoir condamner, in odium auctoris, jusqu'aux livres que des hérétiques avaient écrit sur des matières étrangères à la religion. C'est dans ces mêmes sentiments que, par un avertissement adressé à tous les Patriarches, Archevêques, Évêques, etc., en date du 4 mars 1828, la sacrée Congrégation de l'Index a cru devoir rappeler expressément cette règle générale établie sur la censure des livres parles Pères de Trente et approuvée par le Pape Pie VII : Hœreticorum libri qui de Religione ex professa tractant omnino damnantur. Je n'invente pas plus ce dernier fait que tous les autres que j'ai cités.
(3) Le fait est que la secte a toujours regardé et regarde encore le Bréviaire Je Paris comme le trophée d'une de ses plus belles victoires. Il faut bien qu'il y ait un motif à cette estime qu'elle en fait.
(4) S’il est vrai de dire, Monseigneur, que le clergé doit tenir au Bréviaire de Paris, parce qu'il l'a reçu des premiers Pasteurs qui ont sanctionné et qui ont caractère et mission pour conduire
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Dom Guéranger nous dit que « trente ans après l'apparition du Bréviaire de 1736..., plus de cinquante cathédrales s'étaient déclarées pour l'œuvre de Vigier et de Mézenguy. » J'en conclus, et tout homme qui connaît l'attachement des Évêques de France à la foi, ne pourra s'empêcher d'en conclure, que ce bréviaire, que tant d'Évêques s'empressaient d'adopter, devait non seulement être exempt d'erreurs, mais encore offrir de grandes beautés (1).
Aujourd'hui, après plus d'un siècle qu'il est en usage dans tant de diocèses, après qu'il a été si scrupuleusement examiné, jusque-là qu'on y a fait d'abord des corrections, sur lesquelles on est ensuite revenu en rétablissant le texte primitif; après qu'il a été approuvé par tant et de si grands évêques, n'est-il pas revêtu d'une assez grande autorité, pour regarder comme singulièrement téméraires les blâmes, les censures, les qualifications injurieuses que lui prodigue l'Abbé de Solesmes (2) ?
Cet auteur réussira probablement à éblouir quelques esprits, etc.
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leurs ouailles, combien ne devait-on pas tenir davantage à la Liturgie romaine, sanctionnée par l'Église universelle et promulguée parles Pontifes romains, qui joignent à la mission universelle de conduire tous les fidèles du Christ, cette infaillibilité dans la doctrine qui fait le repos des Églises et la sécurité des simples fidèles?
(1) J'ai répondu, dans la Lettre ci-dessus, à cette conclusion. Malheureusement il a été commis d'autres fautes encore au dix-huitième siècle que celle de la publication par des prélats catholiques d'un bréviaire rédigé par des hérétiques. Rien n'empêche plus de convenir aujourd'hui que l'Église de France avait péché, et que le Seigneur la traita avec non moins de justice que de miséricorde à la fin du même siècle.
(2) Il me semble, Monseigneur, que vous faites ici bien durement, quoique indirectement, le procès des évêques français qui, au dix-huitième siècle expulsèrent de leurs Églises la Liturgie romaine, pour la remplacer par des Liturgies nouvelles, fraîchement fabriquées par de simples particuliers, souvent même hétérodoxes. La Liturgie romaine était en usage depuis environ mille ans, en France; elle avait été scrupuleusement examinée par une longue succession de Pontifes romains ; elle avait reçu des corrections intelligentes et surtout pleines d'autorité, aux différents âges de la durée de l'Église; la correction, entre autres, de saint Pie V, avait eu pour but, comme il le dit dans sa bulle, de rétablir le texte primitif, qui ne remontait pas à un Vigier et à un Mésenguy, mais bien à saint Grégoire. Cette Liturgie séculaire dont les moindres particularités se reflètent dans les monuments de la tradition et de l'histoire ecclésiastique, avait été approuvée aussi par tant et de si grands Evêques, dans le monde entier, y compris tant et de si grands Evêques de France, que, je le dis à mon tour, elle me semble revêtue d'une assez grande autorité pour qu'on doive regarder comme singulièrement téméraire L'EXPULSION qu'on en fit au XVIII° siècle. Cette expulsion, appliquée à une telle œuvre et par de telles mains, a bien une autre portée que les blâmes, les censures et les qualifications injurieuses prodiguées par un homme obscur comme moi, à une œuvre qu'on est tout aussi bien en droit de juger, au point de vue des convenances liturgiques, canoniques, dogmatiques et littéraires, que la Liturgie romaine elle-même a pu être jugée, CONDAMNEE et EXECUTEE sur une si grande étendue de la France.
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J'ai répondu, ci-dessus, dans ma Lettre elle-même, Monseigneur, aux insinuations que vous avez cru devoir proposer au public sur mon apotasie future qui doit un jour scandaliser l'Église à l'égal de celle du malheureux abbé de Lamennais. Je ne reviendrai pas sur ce sujet. Mais comme les dernières pages de votre brochure m'accusent de mauvais vouloir contre l'épiscopat français, et que je ne dois avoir rien de plus cher que de désavouer une imputation non moins injurieuse à ma qualité de catholique, que peu méritée en elle-même, je transcrirai ici quelques pages de ma Lettre à Monseigneur l'archevêque de Rheims, dans lesquelles j'ai répondu à cet étrange reproche qui m'avait été adressé dans les colonnes d'un Journal ecclésiastique par deux écrivains dont l'autorité, heureusement, est loin de former un préjugé grave aux yeux des gens sérieux. Je disais donc :
« On a prétendu, et je vous demande pardon, Monseigneur, de répéter en votre présence une assertion aussi absurde, on a prétendu, dis-je, que le résultat de mes travaux sur la science liturgique était une injure à l'épiscopat. Une pareille accusation, toute étrange qu'elle est, était plus facile à formuler, il est vrai, qu'une réfutation solide de tous les faits et de tous les points de droit que j'ai eu jusqu'ici à produire.
« Mais allons au fond. Quelle est donc après tout, la conséquence de mes principes, ou plutôt des principes universels sur la Liturgie? C'est que cette forme si importante du catholicisme doit tendre à l'unité, et que le moyen d'y établir et d'y maintenir l'unité, est la soumission aux décrets vénérables et solennels des Pontifes romains sur la matière. Et depuis quand ne pourrait-on plus invoquer les prérogatives du Siège apostolique, sans faire injure à l'épiscopat? Si le chef est glorifié, les membres ne le sont-ils pas avec lui ? Si l'autorité du Pontife romain se développe sans obstacle dans les églises, n'est-elle pas la
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meilleure sauvegarde du pouvoir des évêques, dont la juridiction, menacée entant de manières par des rivaux -puissants, ne sera jamais plus inviolable que lorsque la source divine d'où elle émane se montrera plus à découvert? Qu'elle est éclatante la gloire, qu'elle est invincible la force de l'épiscopat dans Pierre qui vit, parle et régit à jamais dans ses successeurs ! Qu'ils sont puissants et vainqueurs du monde et de la chair, ces frères de Pierre se faisant gloire de leur filiale et continuelle obéissance à celui sur qui seul ils sont édifiés, à celui qui seul a les promesses d'une doctrine infaillible, à celui qui seul les a reçu le pouvoir et la grâce pour les confirmer, quand ils sont ébranlés ! Certes, si des excès étaient à redouter dans les rapports des membres de la hiérarchie avec leur auguste chef, ce ne seraient pas ceux de la soumission, mais bien plutôt ceux de l'indépendance, et l'autorité épis-copale sera toujours d'autant plus haut placée dans les respects, l'amour et l'obéissance du clergé et des fidèles, qu'on verra ceux qui l'exercent se montrer plus zélés observateurs des volontés apostoliques.
« Après cela, me fera-t-on un crime de discuter certains points de droit de la solution desquels il résulte que, dans le gouvernement de son diocèse, un évêque est borné par des lois générales contre lesquelles il ne peut agir, sans que ses actes soient frappés d'irrégularité, ou même de nullité? Mais où voudrait-on en venir par cette voie? Il ne s'agirait donc plus seulement d'interdire l'étude de la science liturgique; il faudrait encore empêcher tout enseignement du droit canonique, et placer, par conséquent, l'Église de France dans une situation où jamais aucune église ne s'est trouvée; puisque, dès les premiers siècles, la connaissance des canons a fait essentiellement partie de la science du clergé. Personne assurément, et nos vénérables Évêques moins que qui que ce soit, n'accepterait une telle conséquence. Or,
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cependant, qu'est-ce autre chose que le droit canonique, dans sa plus grande partie, sinon l'ensemble des règlements par lesquels le pouvoir des divers degrés de la puissance hiérarchique se trouve circonscrit dans certaines limites, afin que l'harmonie se conserve et se développe dans l'ensemble ? La puissance épiscopale si auguste, si sacrée, n'est-elle pas déjà restreinte en cent manières par les réserves apostoliques, et avant même que le Saint-Siège eût statué la plupart de ces réserves salutaires, l'histoire du droit ne nous montre-t-elle pas les conciles généraux et particuliers occupés sans cesse, pour le bien du corps ecclésiastique tout entier, à régler par des canons pour la rendre plus efficace, cette autorité épiscopale par laquelle l'Esprit-Saint régit l'Église de Dieu ? Il est évident que ceux qui m'ont fait le reproche d'attaquer l'épiscopat, par le seul fait que je réclamais en faveur d'une réserve papale, sont bien peu familiers avec la science du droit canonique, ou sont du moins sous l'empire d'une bien singulière distraction.
« Ce n'est pas tout. On est allé jusqu'à dire que j'attaquais encore l’épiscopat, en ce que, dans les récits que j'ai été obligé défaire, je produisais des faits propres à donner à entendre que, à une certaine époque de notre histoire, la faiblesse ou la connivence d'une partie des Évêques de France avait compromis les intérêts de la religion. D'abord, je pourrais demander si l'on trouve quelque chose de faux, de hasardé dans les faits que je raconte ; si les sources (et je les cite toujours) sont suspectes ou peu sûres. Dans ce cas, que l'on me réfute, je le désire, je l'implore ; car je n'ai garde d'être du nombre de ces historiens qui aiment à charger de noires couleurs les tableaux qu'ils offrent à leurs lecteurs. Que si les faits que je rapporte sont véritables, il n'y a que deux partis à prendre sur leur sujet : les taire, par égard pour la renommée des coupables; les publier, par respect pour la vérité historique.
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« Le premier de ces deux partis n'est pas praticable à une époque où chacun sait lire, dans un temps où des intérêts de tout genre poussent tant de gens à fouiller les recoins de l'histoire, à entreprendre de ces monographies quelquefois désespérantes dans leur minutieuse fidélité. Pour moi, je partage pleinement à ce sujet les idées de l'historiographe de l'Eglise catholique, le grand cardinal Baronius, qui déclare qu'après avoir pesé les inconvénients de produire au grand jour, ou de dissimuler les mauvaises actions de certains Papes, il a jugé prudent de s'exécuter avec franchise, plutôt que de laisser dire aux Centuriateurs que les historiens catholiques, dont le devoir est de démasquer les œuvres mauvaises des sectaires, sont indulgents pour les faiblesses de leurs propres Pontifes.
« Reste donc le second parti qui consiste à donner dans toute sa rigueur la vérité historique, et, certes, n'y a-t-il pas une leçon bien précieuse à recueillir de la chute ou de l'affaiblissement de ces colonnes que Dieu a établies, mais qui tiennent de lui seul leur solidité ? Les Évangélistes nous ont-ils caché la chute de saint Pierre et la trahison de Judas? L'Ancien et le Nouveau Testament écrits l’un et l'autre pour notre instruction, comme parle l'Apôtre (1), ne nous racontent-ils pas en détail les prévarications commises sur le trône et dans le sanctuaire; afin que nous sachions bien que c'est la main de Dieu qui conduit son peuple, et que le Seigneur se glorifie tour à tour dans sa justice et dans sa miséricorde ?
« Je sais bien que nous avons, en France, la prétention d'être le premier cierge de l'Église catholique ; mais il ne s'agit rien moins que de cette question oiseuse et délicate. Les monuments du passé sont devant nous; c'est à eux seuls qu'il faut faire appel. L'historien, mais surtout
(1) Rom. XV, 4.
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l'historien ecclésiastique, n'est d'aucun pays; c'est assez pour lui d'être catholique. Je le répète, la question est toute dans les faits. J'accepte donc volontiers telle controverse qu'on voudra sur la valeur des sources, ou sur celle des faits en eux-mêmes ; mais je persiste à dire que l'Église de ces derniers temps étant tout aussi bien l'Église de Jésus-Christ que celle du quatrième siècle, il nous faut juger les personnes et les choses de ces années récentes avec la même inflexibilité que s'il s'agissait d'une époque perdue dans le lointain des âges.
« Au reste, j'ai eu d'assez belles réserves à faire dans le récit des malheurs de l'Église en France au dix-huitième siècle, d'assez beaux noms à signaler entre ceux que cette Église honore, à la même époque, comme des pasteurs sans tache. Sans compter Fénelon, qui dévoila avec tant de franchise, dans son Mémoire confidentiel à Clément XI, la grande et lamentable plaie de l'épiscopat de son temps; ai-je manqué d'éloges pour le cardinal de Bissy, les archevêques Languet et Saint-Albin, les évêques La Parisière, de Belzunce, de Fumel, etc. ? N'ai-je pas excusé sur les préjugés de leur pays et sur le malheur des temps plusieurs prélats orthodoxes qui crurent accomplir une œuvre agréable à Dieu en substituant des prières nouvelles à l'antique prière romaine ? A moins d'avoir deux poids et deux mesures, à moins de juger indifférente l'hérésie formelle, et la plus dangereuse de toutes, connue sous le nom de Jansénisme, ai-je pu donner comme de fidèles pasteurs ces évêques qui, après avoir accepté et publié les jugements du Saint-Siège contre de criminelles erreurs, s'en allaient ensuite demander aux fauteurs connus de ces mêmes erreurs, appelants et réappelants des jugements de l'Église, de vouloir bien s'employer à la rédaction nouvelle de la Liturgie, et sacrifiaient, sur un mot de ces sectaires, les formules les plus saintes, et l'union de prières scellée avec l'Église romaine depuis
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neuf siècles, au risque de s'entendre reprocher par des prêtres catholiques l'altération même de la doctrine, dans les livres qui doivent en être l'arsenal et le miroir toujours pur ?
« Des arrêts de parlement condamnant au feu les réclamations inspirées par le zèle de la foi, ne prouveront jamais que le Bréviaire parisien de 1736 fût exempt de reproches sous le point de vue de l'orthodoxie, tant qu'on se rappellera les nombreux cartons qu'il lui fallut subir dès la première année de sa publication. L'histoire ecclésiastique enregistrera et livrera au jugement sévère de la postérité, tant de lettres pastorales placées en tête des nouveaux bréviaires et dans lesquelles les prélats s'applaudissaient d'avoir fait disparaître de la Liturgie des choses vaines, inutiles, superstitieuses ; tandis qu'en réalité les réductions qu'ils croyaient devoir faire aboutissaient à restreindre les témoignages universels de la dévotion catholique envers l'auguste Mère de Dieu, la religion à l'égard des Saints, la vénération pour le Siège apostolique, à remplacer la parole des Saints par celle de quelque personnage hérétique, ou tout au moins fort léger d'autorité ; sans autre compensation pour la perte de cette belle et touchante communion de prières avec le monde entier, sans autre indemnité pour la rupture d'un lien si précieux avec Rome, que l'attrait naïvement offert d'un office plus abrégé. Encore une fois, s'il n'est pas permis de raconter ces faits, et de les déplorer comme de grands maux pour l'Église, comme les indices et aussi les causes de la triste confusion d'idées qui s'en est suivie, tout est fini entre les hommes. Non seulement l'histoire aura cessé d'être une leçon pour la postérité ; mais on peut dire qu'il n'y a plus d'histoire possible.
« Après tout, sur quoi serait fondée la solidarité de l'épiscopat d'un siècle avec l'épiscopat d'un autre siècle, s'il est vrai de dire que, pour tous les hommes, quelque
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rang qu'ils occupent, les fautes sont personnelles comme les vertus? Le Fils de l'homme révélant à saint Jean, dans l'île de Pathmos, les mérites et les démérites des sept principaux évêques de l'Asie Mineure, et enjoignant à cet Apôtre de consigner ces jugements par écrit pour l'instruction de l'Église, jusqu'à la fin des temps, n'a-t-il pas voulu par là nous faire comprendre que la grâce d'un même caractère sacré, pour être égale en tous, ne fructifie pas également en tous ? Pourquoi le dix-huitième siècle, le siècle du philosophisme, de la décadence et de l'anarchie, aurait-il, en celui-ci, le privilège d'une histoire flattée, lorsqu'il nous est si facile à nous, venus après l'orage, ou nés pendant qu'il grondait encore, d'avouer que dans tous les rangs on avait péché? Le Souverain Pasteur ne nous apprend-il pas que si le troupeau est ravagé, c'est par la faute du berger? Et l'apparition de l'ivraie dans le champ du père de famille n'atteste-t-elle pas la négligence et le sommeil des serviteurs? Que si ces fortes vérités nous faisaient peur, hâtons-nous de jeter au feu, non seulement les annales de l'Église, mais les écrits des Pères et les enseignements des conciles. Au reste, nul n'a jamais prétendu, et moi encore moins que personne, que tout ait été mauvais, au dix-huitième siècle. La foi, qui, chez nous, a survécu aux scandales de cette époque, atteste par sa persistance même que le nombre des pasteurs fidèles devait encore être considérable au moment où éclata la persécution. Le sang des martyrs et la magnanimité des confesseurs prouva que si l'Église de France avait pu faiblir, le principe de la vie n'était pas éteint en elle.
« Je reviens sur cette accusation d'attaque contre l'épiscopat, et je demande encore à ceux qui ont tenté de m'en flétrir, si les conciles de France qui, au seizième siècle, proclamèrent si haut l'obligation pour leurs églises d'embrasser la Liturgie réformée par saint Pie V, n'étaient pas composés d'évêques ? Si l'Assemblée du Clergé de
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1606, qui prenait des mesures pour faire imprimer les livres de la Liturgie romaine pour tout le royaume, n'était pas l'organe de l'épiscopat? Si les quarante évêques qui, en 1789, tenaient encore dans leurs diocèses pour la Liturgie romaine, cessaient d'appartenir à l'épiscopat ? Dans tout ceci, qu'y a-t-il donc ? Je vois des évêques pour l'innovation liturgique, des évêques contre l'innovation liturgique: il est bien malheureux que l'on soit réputé ennemi de l'épiscopat par le seul fait que l'on croit devoir opter pour le sentiment sur lequel une partie de l'épiscopat français s'est constamment montrée unanime avec le Pape, chef de l'épiscopat, et avec l'universalité des évêques d'Occident.
« Je devais cependant relever ce reproche, tout odieux et déraisonnable qu'il soit. J'ajouterai, s'il le faut, en appelant l'histoire en preuve de ce que j'avance, que jusqu'ici les champions de la prérogative pontificale n'ont pas accoutumé l'Église à les compter dans les rangs du Presbytérianisme; tandis que s'il est un fait patent dans l'histoire des deux derniers siècles, c'est que, en France, en Italie, en Allemagne, en Portugal, tous les écrivains hostiles à la hiérarchie n'ont cessé de réclamer ce qu'ils appelaient les droits de l'épiscopat, usurpés, disaient-ils, par la Papauté, en même temps qu'ils s'attachaient à élever sur un prétendu droit divin les prérogatives du second Ordre, s'apprêtant à réclamer ensuite contre les clercs en général les droits du laïcisme. L'expérience doit enfin nous avoir instruits ; c'est pourquoi je ne m'inquiéterai pas davantage de ceux qui persisteraient à ne voir dans le rétablissement des ordonnances du Saint-Siège que la promulgation d'un principe d'anarchie, et dans les récits du passé qu'une injure pour le présent.