Institutions liturgiques (page 157)
Mais, Monseigneur, en poursuivant ainsi comme des révolutionnaires les prêtres qui travaillent, sauf l'obéissance aux premiers pasteurs, à préparer le retour de l'Église de France à la prière de l'Église romaine, comment n'avez-vous pas vu que vos paroles attaquaient ceux de vos collègues dans l'épiscopat qui se sont déjà trouvés en mesure de suivre le glorieux exemple de Monseigneur l'évêque de Langres, proposé à l'imitation de tous par le Souverain Pontife lui-même ? Relisons ces paroles de Monseigneur l'évêque de Périgueux :
« Saintement jaloux de la gloire de notre épouse, nous
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désirions depuis longtemps lui rendre son antique splen-deur, en lui rendant une unité qui fera sa force et sa vie. L'unité romaine a souri à notre cœur d'évêque, en nous rappelant les vœux, les craintes et les espérances exprimées par le Prince des Pasteurs, dans sa lettre à notre illustre prédécesseur immédiat. Les vœux du successeur de Pierre seront accomplis, ses craintes dissipées et ses espérances réalisées dans ce beau diocèse qu'il a confié à notre sollicitude pastorale.
« Rallions-nous toujours à ce trône de Pierre qui ne croulera pas, d'après la parole de Jésus-Christ lui-même. Dans un siècle surtout où tous les efforts tendent avec une habileté si acharnée à diviser pour détruire, enlaçons-nous plus fortement que jamais à cet arbre mystérieux de l'Église, que les tempêtes pourront agiter, mais qu'elles ne. renverseront pas. Plus une branche est près du tronc, plus elle a de force et de vie (1). »
Monseigneur l’évêque de Gap s'exprime d'une manière non moins éloquente : « C'est pour nous fortifier davantage au milieu des tempêtes que soulève plus violentes que jamais le vent des variations humaines; c'est pour nous conformer aux bulles si pressantes de plusieurs saints Pontifes, et donner un éclatant témoignage de notre attachement au Saint-Siège; c'est pour obéir à la voix de notre conscience d'évêque, que nous avons cru devoir resserrer encore les liens déjà si étroits qui attachent l'antique Église de Gap à l'Église mère et maîtresse, en lui rendant cette forme liturgique dont elle fut dépouillée en 1764, malgré les hautes et unanimes réclamations du chapitre de sa cathédrale et de tout son clergé.
(1) Mandement de Mgr l’évêque de Périgueux au sujet du rétablissement de la Liturgie romaine dans son diocèse. Pages 4 et 6.
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« Dans un siècle, Messieurs, où l'impiété cherche à diviser pour détruire ensuite, attachons-nous plus étroitement à cette pierre, à ce roc contre lequel les vents se déchaîneront, il est vrai; que les torrents viendront battre avec fureur, que les vagues amoncelées voudront couvrir, mais qui, inébranlable sur sa base immortelle, bravera leurs vains efforts. Unis par la foi, rallions-nous encore par l'unité des formes à cette Église, seule indéfectible. Les moments sont graves, les temps mauvais; déjà nous sommes remués, et peut-être le serons-nous plus profondément encore. L'unité seule, acceptée dans toutes ses applications, fera notre force, assurera notre triomphe et nous préservera de ces fluctuations, de ces divergences trop communes à l'esprit humain, qui souvent viennent déparer l'ordre parfait et la merveilleuse beauté de l'Église de Dieu (1). »
Et il ne nous serait pas permis, Monseigneur, de nous associer, nous, prêtres de Jésus-Christ et de son Église, à des sentiments si purs et si catholiques! et nous ne pourrions parler et écrire dans le même sens, qu'au risque d'encourir le reproche incroyable de vouloir planter un drapeau contre l'unité de l'Église! Non, Monseigneur, personne ne le croira. Il viendra un temps où l'évidence frappera les yeux de tout le monde, où l'injustice et la violence même des attaques témoigneront en faveur de ceux qu'on poursuit avec si peu de raison. Alors, on lira avec plus d'étonnement encore qu'aujourd'hui cette prédiction dont vous faites suivre vos invectives contre les prières, les neuvaines et les invocations adressées à Marie immaculée pour obtenir le retour à la Liturgie romaine. On se demandera comment il vous fut possible d'ajouter ces lignes : « A tous ces caractères de mépris pour l'autorité
(1) Mandement de Mgr l’évêque de Gap, au sujet du rétablissement de la Liturgie romaine dans son diocèse. Pages 3 et 10.
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épiscopale, de blâme pour ses œuvres, et d'une pitié insultante pour son ignorance et sa mauvaise volonté, ne devine-t-on pas la prochaine apparition de quelque nouvel Arius brisant tous les liens de la hiérarchie sacrée, violant Tordre et l'unité du sacerdoce, au nom de l'inviolabilité de la liturgie (1) ? »
Je ne forme peut-être pas un jugement téméraire, Monseigneur, en pensant que c'est moi-même à qui vous attribuez le rôle futur de ce nouvel Arius; je puis toujours bien supposer que, dans votre pensée, j'en suis tout au moins le précurseur. L'injure est, assurément, trop forte pour ne pas dépasser son but; je n'ai donc garde de récriminer. J'aime mieux relever ici une autre insinuation, un peu moins odieuse, peut-être, mais tout aussi inattendue que celle que je viens de rappeler. Selon vous, Monseigneur, en publiant mon livre, j'aurais eu une pensée secrète (2), et mon intention serait, selon vous encore, d’ ébranler l'Église, afin de me donner ensuite la gloire de la relever de mes propres mains (3). Le plan serait, en effet, non moins étrange que criminel; mais, de bonne foi, Monseigneur, qui pourrait jamais être assez fou pour se persuader qu'il ne dépend que de lui d'ébranler l’Église, pour la rebâtir ensuite à volonté ? Je ne parle pas de la perversité d'un tel dessein; il serait digne de Satan ; mais quelles traces de si grande perversité, ou tout au moins de si complète aliénation mentale avez-vous découvertes en moi, Monseigneur, pour m'attribuer d'aussi étranges idées? Il n'y a qu'une vérité dans tout cela, c'est que l’Église n'est point ébranlée, c'est qu'elle n'est point agitée comme la mer, c'est qu'elle est au-dessus de l'influence que peut exercer un livre, quel qu'il soit.
Parce que j'aurai raconté et prouvé par les faits l'origine
(1) Examen, page 392.
(2) Examen, page 397.
(3) Ibid. 489.
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malheureuse de notre situation liturgique, ses inconvénients pour la doctrine et pour l'unité, j'aurai ébranlé l'Église de Dieu? Non! Monseigneur, elle est trop ferme, cette Église bâtie sur la pierre, pour avoir rien à craindre des écrits d'un homme, quel qu'il soit. Grâce à Dieu, la religion en France ne tient pas aux nouveaux bréviaires et missels, et la conduite d'un grand nombre d'évêques français du XVIII° siècle peut être blâmée sur un point, sans que l'autorité de ceux qui régissent aujourd'hui nos églises, fussent-ils contraints, par des circonstances indépendantes de leur volonté, à maintenir provisoirement un ordre de choses jugé très périlleux par le Siège apostolique; sans que leur conduite, dis-je, doive cesser d'être appréciée par le clergé et les fidèles, comme le résultat d'une prudence vraiment pastorale. Aussi, est-ce en vain que l'on regarde autour de soi pour découvrir les schismes, les actes d'insubordination, le drapeau de révolte dont vous parlez d'un bout à l'autre de votre livre, Monseigneur. Tout est tranquille, tout est dans l'ordre; les évêques qui jugent que le moment est venu d'accomplir le désir du Souverain Pontife mettent la main à ce grand œuvre; ceux de leurs collègues qui pensent que le moment n'est pas arrivé pour eux leur applaudissent; les prêtres se livrent avec plus de zèle à l'étude des rites sacrés; des prières sont offertes à Dieu et à la très-sainte Vierge, pour l'heureuse consommation de cette pieuse et pacifique réforme. L'Église n'a donc point besoin d'être relevée; car elle n'a pas souffert même un ébranlement.
Mais on a dit : « Pourquoi s'occuper de la Liturgie, quand nous avons tant d'ennemis à combattre? Les dangers de l'Église ne sont pas de ce côté, et c'est un mauvais soldat que celui qui s'obstine à combattre là où sont les moindres périls, abandonnant ainsi le champ de bataille, pour tenter des exploits isolés et sans portée. »
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A cela j'ai répondu déjà dans mon livre et dans sa Défense, en démontrant l'importance de la Liturgie, et de l'unité dans la Liturgie; j'y reviendrai encore. Mais assurément, je ne dirai jamais rien de plus fort, surtout rien d'aussi imposant que ces belles paroles par lesquelles Monseigneur l'évêque de Périgueux termine son Mandement sur le rétablissement de la Liturgie romaine.
« Un clergé tendrement uni à son évêque, étroitement uni lui-même à la chaire pontificale, c'est la forteresse inexpugnable, c'est l'armée rangée en bataille dont parlent nos livres saints. Elle se lève et marche comme un seul homme, toujours invincible, puisqu'elle n'a qu'un cœur et qu'une âme. Les amis de l'Église édifiés, fortifiés, s'en glorifieront, et ses ennemis humiliés nous respecteront (1). »
Non, rien n'émeut davantage le cœur du fidèle que le spectacle de l'unité dans l'Église, de cette unité qui n'offre pas d'exceptions, et qui rend visible le don sublime de la Catholicité. Or, une des manifestations de cette catholicité qui frappe le plus les fidèles, c'est l'unité dans les formes du culte divin; comme aussi rien ne leur paraît plus inexplicable que cette variété qui les contraint à changer de livres d'offices d'un diocèse à l'autre. Quand la France sera rentrée sous les lois de la Liturgie romaine, ils ne se demanderont plus pourquoi, non seulement dans un même royaume, mais dans une même province ecclésiastique où l'on professe la même foi, on n'a pu s'accorder encore sur les mêmes manifestations de cette même foi, pourquoi l'Église de France cherche encore un Bréviaire et un Missel, quand, depuis si longtemps, toutes les autres églises l'ont trouvé.
Si cette unité est destinée à faire l’ édification, la force et la gloire des enfants de l'Église, elle fera aussi, comme
(1) Page 7.
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le dit le pieux Prélat que je viens de citer, l’humiliation des ennemis de cette même Église, et les contraindra de la respecter. N'est-il pas évident que nos variations dans le culte divin sont un triomphe pour ceux qui sont jaloux de notre foi ? Ne fournissent-elles pas des motifs à leur espérance de posséder comme un héritage le sanctuaire de Dieu (1) ? N'ont-ils pas conçu le projet d'emprisonner dans une prière nationale cette Église qui, n'ayant point d'autre foi, d'autre espérance, d'autre hiérarchie, d'autre centre divin que toutes les autres, a le droit et le besoin d'appeler le jour où tous les ministres du Seigneur pourront répéter entre eux ces belles paroles de Monseigneur l'évêque de Gap :
« Ainsi, frères chéris, nous entrerons véritablement en communion de prières avec l'Église catholique. Chaque jour elles monteront vers le ciel, ces prières, unies et mêlées avec celles du chef des pasteurs, avec celles de tant de saints prêtres, de tant de fervents religieux, de tant de courageux missionnaires qui, de tous les points de l'univers, ne forment qu'un seul chœur d'invocations, de louanges, de cantiques et d'actions de grâces. Quelle consolante pensée pour votre religion et votre foi (2) ! »
De pareils avantages valent assurément la peine d'être achetés au prix de quelques labeurs, et même de quelques persécutions : mais on ne parviendra pas à faire croire au clergé que tout est perdu par cela seul qu'un plus vif intérêt s'attache aux questions liturgiques, et que la polémique religieuse, toujours si utile, s'est chargée d'en faire jaillir la lumière. Rien n'est, rien ne sera compromis dans ces luttes théologiques, canoniques et historiques ; elles seront tout simplement un indice du mouvement des études
(1) Psalm. LXXXII. 13.
(2) Page 9.
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cléricales. On les joindra, dans l'histoire, à tant d'autres qui ont eu lieu, aux siècles précédents, et qui ont servi à former un si grand nombre d'hommes doctes et graves, sans aucun préjudice pour la doctrine, ni pour l'unité. Que si quelques personnes, faute de connaître assez l'histoire de la science ecclésiastique, prenaient l'alarme sur ces débats, et s'en exagéraient la portée, ils trouveront la solution de leurs inquiétudes dans ces remarquables paroles de Monseigneur l'évêque de Langres :
« Ce serait se méprendre étrangement que de vouloir, aujourd'hui, appeler et concentrer toutes les forces de l'Église dans les débats, et surtout dans les questions personnelles, qui ont récemment éclaté à l'occasion d'un ouvrage sur la Liturgie. Oh ! non, ni les évêques, ni les prêtres, ni même les pieux fidèles, ne sont assez aveugles pour croire que ce que l'Église a le plus à craindre en France, en ce moment, se trouve renfermé dans quelques volumes où l'on disserte sur la valeur relative des bréviaires et des missels en usage parmi nous.
« Qu'on signale les torts de l'auteur, s'il en a eu ; qu'on déplore les abus partiels qui ont pu être faits de ses paroles, nous le comprenons ; mais ne plus jeter le cri d'alarme que de ce côté, c'est tromper l'armée sainte ; car l'ennemi n'est pas là. Nous avons dit ailleurs où il se trouve, nous avons signalé sa marche et ses tendances, nous l'avons montré corrompant tout par l'enseignement, envahissant tout par l'administration. Nous conjurons les défenseurs de la vérité de ne pas prendre le change et de tourner toujours tous leurs efforts sur ce double point.
« Que résulte-t-il donc aujourd'hui de tout ce qui s'est dit et de tout ce qui s'est passé au sujet de la Liturgie en France depuis quelque temps ? Il n'en résulte que deux faits certains, mais déjà très précieux : le premier, c'est que l'attention publique est complètement éveillée, et
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les études sérieusement dirigées vers la science liturgique, abandonnée en France depuis longtemps. Le second, c'est que la propagation de la Liturgie parisienne est arrêtée, et que le mouvement de retour à la Liturgie romaine la remplace. A nos yeux, ce double fait est d'une grande importance, parce que surtout il est d'un grand avenir. »
« Le plus difficile était de remettre en faveur des études discréditées, et défaire réfléchir sur des habitudes dominantes ; or, voilà ce qui est obtenu. D'une part, un point d'arrêt est mis à certaine propagande, et cela nous paraît définitif ; de l'autre, le travail de régénération est commencé, et certainement il se poursuivra (1). »
§ III. Inconvénients de la méthode suivie par Monseigneur l'évêque d'Orléans, dans l'Examen des INSTITUTIONS LITURGIQUES.
Les détails que j'ai été contraint de relater dans les deux paragraphes précédents, sont de nature à convaincre le lecteur que l'impartialité n'a pas présidé à l'Examen que vous avez cru devoir faire, Monseigneur, du livre des Institutions liturgiques, et c'est un grave inconvénient dans une discussion de cette nature. En faisant cette remarque, je n'entends pas le moins du monde me plaindre de la vigueur, de la véhémence avec laquelle vous m'avez attaqué. Si j'ai accepté de bonne grâce les plaisanteries dont le livre est semé, les invectives et les sarcasmes qui s'y succèdent sans interruption, pourvu, cependant, que les uns et les autres n'aient pas pour but de mettre en
(1) De la question liturgique, par Mgr Parfois, év. de Langres. (Janvier 1846) —pp. 44 et suiv.
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suspicion ma foi et mon attachement à l'unité ; si, dis-je, je me suis montré d'aussi bonne composition, je n'ai garde de trouver mauvais que votre conscience, Monseigneur, alarmée des résultats d'un livre qu'elle estime dangereux, se soit exprimée avec énergie, et que l'invective se soit rencontrée de temps en temps sous votre plume. Puisque vous m'avez pris pour un hérétique et pour un schisma-tique, je trouve tout simple que vous m'ayez poursuivi sur le ton que les saints Docteurs ont presque constamment gardé dans la lutte contre les ennemis de la foi et de l'unité.
Mais, Monseigneur, pour être véhément, on n'est pas dispensé d'être juste, même à l'égard des hérétiques et des schismatiques, et vous n'avez pas été juste dans l'Examen démon livre. Cet Examen donne une tout autre idée des Institutions liturgiques que celle qu'on est à même de puiser dans la lecture du livre lui-même, et il y a tout lieu de craindre que le zèle ne vous ait entraîné au delà des bornes.
D'abord, en thèse générale, Monseigneur, ayant à faire la critique d'un livre écrit par un catholique, religieux et prêtre, l'équité, la charité demandaient que vous voulussiez bien prendre acte des intentions catholiques de l'auteur, et ne pas forcer ses expressions jusqu'à en tirer des conséquences qui iraient tout simplement à faire de lui un homme pervers et sans foi. Vous aviez pourtant reconnu expressément le danger et l'injustice de cette manière de torturer les paroles d'autrui, quand vous disiez, dans votre Examen même, « qu'il n'y a pas de texte si clair qui ne puisse être obscurci par le raisonnement, et que celui-là connaissait bien la faiblesse de l'esprit humain qui ne demandait à un homme que quatre lignes insignifiantes écrites de sa main, pour y trouver un sens capable de le faire pendre (1). »
(1) Examen, page 481.
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C'est là une si grande vérité, Monseigneur, que la sainte Église romaine, la colonne immuable de la vérité, dans l'exercice du ministère si important pour toute l'Église, de juger et de censurer les livres déférés à son suprême tribunal, craignant par dessus tout de blesser la justice ou la charité, s'est fait une loi d'observer les plus minutieuses précautions. Elle dit aux censeurs qui préparent le jugement pontifical :
« Nous vous avertissons de bien comprendre qu'il est impossible de porter sur le sens d'un auteur un jugement qui soit juste, si on n'a pas lu son livre en entier ; si l'on n'a pas comparé ensemble les divers passages qui se trouvent en différents endroits du livre. Il faut reconnaître aussi le but général que s'est proposé l'auteur; et ne pas prononcer sur une ou deux propositions isolées du texte, ou considérées et appréciées à part des autres qui sont contenues dans le même livre. En effet, il arrive souvent que des choses qui sont données par l'auteur, en passant et d'une manière obscure, dans certain endroit de son livre, se trouvent expliquées ailleurs distinctement, abondamment et clairement, en sorte que les ombres qui couvraient la première proposition, et sous lesquelles elle offrait l'apparence d'un sens mauvais, se dissipent entièrement, et cette même proposition est reconnue exempte de reproche.
« Que s'il arrive que des propositions ambiguës aient échappé à un auteur catholique, et d'une réputation entière sous le rapport de la religion et de la doctrine, l'équité semble exiger que ses paroles soient expliquées et prises en bonne part, autant qu'il est possible (1). »
(1) Hoc quoque diligenter animadvertendum monemus, haud rectum judicium de vero auctoris sensu fieri posse, nisi omni ex parte illius liber legatur; quaeque diversis in locis posita, et collocata sunt, inter se comparentur; universum prœterea auctoris consilium, et institutum attente dispiciatur ; neque vero ex una, vel altera propositione a suo contextu divulsa, vel seorsim ab aliis, qua: in eodem libro continentur, considerata, et expensa, de eo pronunciandum esse : sœpe enim accidit, ut quod ab auctore in aliquo operis loco perfunctorie, aut subobscure traditum est, ita alio in loco distincte, copiose, ac dilucide explicetur, ut offusae priori sententiae tenebrae, quibus involuta pravi sensus speciem exhibebat, penitus dispellantur, omnisque labis expers propositio dignoscatur.
Quod si ambigua quaedam exciderint auctori, qui alioquin catholicus sit, et intégra religionis doctrinœque fama, aequitas ipsa postulare videtur ut ejus dicta bénigne, quantum licuerit, explicata, in bonam partem accipiantur. Benedicti XIV Constitutio Sollicita. VII. Idus Julii 1753.
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Telle est, Monseigneur, la justice du Saint-Siège, dans ces grandes circonstances où il s'agit de prononcer sur un livre et sur un auteur un jugement qui doit retentir dans toute l’Église ; cette bienveillance pour les écrivains catholiques ne devrait-elle pas servir d'exemple à tout le monde ? Si vous l'eussiez eue, cette bienveillance à mon égard, Monseigneur, vous eussiez probablement pris acte de la déclaration que j'avais cru devoir insérer dans la préface du deuxième volume des Institutions liturgiques.
« Il ne sera peut-être pas inutile, disais-je, de répéter ici ce que nous avons déjà dit ailleurs, savoir que, dans cette introduction historique, nous touchons un grand nombre de questions, sur lesquelles nous sommes amené à prendre un parti, sans que la marche du récit nous permette de nous arrêter assez pour motiver notre avis. Si quelquefois le lecteur avait peine à se rendre compte des raisons qui nous déterminent pour telle ou telle conclusion, nous le prierions d'attendre le développement même de l'ouvrage ; il n'est pas une seule des questions soulevées dans l'Introduction, qui ne doive être discutée dans la partie didactique de notre travail. On peut revoir le plan de l'ouvrage entier dans la préface du premier volume (1). »
(1) Institutions liturgiques, Tome II. Préface, page XIV.
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Au reste, en faisant cette déclaration, j'étais bien loin de convenir que les deux premiers volumes des Institutions Liturgiques renfermassent des propositions repréhensibles, même par simple défaut de clarté ; je voulais uniquement prévenir les lecteurs que la marche de l'ouvrage fournirait à mes assertions les développements nécessaires pour les mettre complètement hors d'atteinte. Je ne me suis jamais cru autorisé à négliger le devoir de tout écrivain catholique, qui est de parler en tout et toujours d'une manière orthodoxe, et d'expliquer les termes dont il se sert, sinon chaque fois qu'il les emploie, du moins assez souvent pour que sa pensée puisse être facilement saisie.
Vous avez vous-même reconnu, Monseigneur, ce fait si important pour moi, et les paroles que je vais citer, peu bienveillantes sans doute, ne laissent pas d'avoir une grande portée pour tout lecteur qui se rappellera qu'elles viennent d'un adversaire, et d'un adversaire passionné :
« Si nous accusons ce livre, même en le copiant mot à mot, de contenir de graves erreurs, à l'enseignement que nous aurons puisé dans une page, on opposera l'enseignement qui se trouve avant ou après. Si nous citons des propositions et des maximes dangereuses, on nous répondra par d'autres citations qui le sont moins, car le pour et le contre se touchent souvent dans cet ouvrage (1). »
Il y avait donc lieu d'y regarder à deux fois, diront les personnes non prévenues, et, je le répète, j'en appelle avec confiance à ceux qui ont lu le livre lui-même. Mais, Monseigneur, je n'ai pas seulement à me plaindre que vous ayez procédé contre moi par un système d'attaque qui sent si évidemment le parti pris; j'oserai réclamer contre la manière dont vous avez dirigé cette attaque dans les détails.
(1) Examen, page 6.
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Pourquoi tant de citations isolées du contexte, tant de passages dénaturés par les expressions que vous y ajoutez, tant d'inductions démenties par mes propres paroles, souvent dans les mêmes pages ? Nous en ferons plus tard le relevé ; mais je dois à mon honneur de mettre tout de suite sous les yeux du lecteur quelques exemples de cette manière de procéder : que le public donc juge entre vous et moi.
Au premier volume des Institutions, page j6, on lit cette phrase :
« Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique (1) pour l'instruire dans l'accomplissement de l'œuvre liturgique. »
(1) Joan , III, 16.
Cette proposition, qui exprime le don que Dieu nous a fait de son Fils pour être notre Victime et notre Prêtre, et pour nous initier au véritable Sacrifice qui est l'Œuvre liturgique et l’Action par excellence, comme parle l'Église, cette proposition n'est pas incriminéee par vous, Monseigneur, je le reconnais, mais avec quelle surprise n'ai-je pas relu mon texte dans votre Examen, à la page 47, où il se présente exposé de cette manière :
« Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son Fils unique pour l'instruire dans l'accomplissement de l'œuvre liturgique (1) ? »
(1) Evangile saint Jean, ch. troisième, verset seizième.
J'avais emprunté à saint Jean cette sentence Dieu a tant aimé le monde qu'il lui a donné son fils unique, parce qu'elle explique admirablement tous les bienfaits qui ont été la suite de l'Incarnation du Fils de Dieu ; je l'avais séparée de mon texte par un chiffre indiquant la source
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sacrée où je la puisais, et j'achevais ensuite ma phrase. Il vous a plu, Monseigneur, de déplacer le chiffre indication du texte sacré, et de le renvoyer à la fin de ma phrase, afin de faire croire que je donnais ma proposition entière comme de saint Jean.
Dom Guéranger, dites-vous, Monseigneur, a copié la moitié de ce texte, et il a refait l'autre moitié (1). Vous appelez mon procédé une ingénieuse adresse, une malheureuse témérité (2) ; vous argumentez longuement sur cette falsification que j'aurais commise, vous y revenez encore ailleurs (3) ; en un mot, vous y trouvez l'occasion de je ne sais quel triomphe. Vous ne jouirez pourtant de ce triomphe, Monseigneur, qu'aux yeux de ceux qui n'ont pas mon livre sous les yeux. Ceux qui prendront la peine de l’ouvrir, à la page indiquée, jugeront s'il y a adresse ou témérité à employer de pareils moyens ; pour moi, je me bornerai à vous dénoncer tous les Pères de l'Église, et Bossuet lui-même, comme coupables du même attentat que vous poursuivez en moi. Sans cesse il leur arrive de commencer une phrase par un texte de l'Écriture et de la finir de leur propre fonds : il est vrai que leurs éditeurs ont soin d'indiquer par une note l'endroit où finit le texte sacré ; je l'ai fait aussi ; mais ils ne sont pas plus que moi à l'abri des manœuvres à l'aide desquelles on pourrait, par un déplacement de notes, les rendre passibles de l'accusation d'avoir voulu confondre leur parole humaine avec celle de Dieu.
Il est, Monseigneur, une autre accusation répétée plusieurs fois (4) dans le cours de votre volume, et destinée, au moins autant que la précédente, à faire naître des préventions fâcheuses dans l'esprit de ceux qui n'ont pas
(1) Examen, page 49.
(2) Ibid.
(3) Ibid., page 252.
(4) Introduction, pages VI. XI. XLIV. Examen, page 469.
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lu les Institutions liturgiques. J'aurais, selon vous, dans mon livre, défini quelque part, les Évêques, des chefs éphémères et sans autorité. Il eût été à propos de citer la page où je me serais permis une aussi scandaleuse définition ; vous ne l'avez pas fait, Monseigneur; cela devait cependant vous être facile, si la proposition existe quelque part. Vous avez bien cité la page de mon livre où vous m'accusez d'avoir refait le texte de saint Jean.