Institutions liturgiques (page 161)
Quod igitur hoc christianoe reipublica; difficillimo tempore, ad pravarum opinionum fraudes removendas, et veram sanamque doctrinam propagandam, stabiliendamque opportunissimum subsidium cura Nostra praebet et diligentia, vestrum est, Venerabiles fratres, operam dare, ut a fidelibus recipiatur. Ac propterea hune librum, quem veluti catholica; fidei, et christiana; disciplina; normam, ut etiam in tradendoe doctrine ratione constaret omnium consensio, Romani Pontifices Pastoribus propositum voluerunt, vobis, Venerabiles fratres, nunc maxime commendamus, vosque etiam enixe in Domino cohortamur, ut jubeatis ab omnibus, qui animarum curam gerunt, in informandis catholica veritate populis adhiberi, quo tum eruditionis unitas, tum charitas, animorumque servetur concordia. Vestrum enim est tranquillitati omnium studere ; quae denique sunt partes Episcopi : qui propterea illuc intentos oculos habere debet, ne quisquam propter suos honores superbe agendo schismata faciat, unitatis compage disrupta.
(1) Gen. XI. 1.
(2) I. Tim. III. 15.
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Nullum tamen aut certe exiguum hi libri fructum praebebunt utilitatis, si qui eos proponere, et explanare audientibus debent, minus docendo sint ipsi idonei. Itaque permagni interest, ut ad hoc munus christianae doctrinae populo tradenda;, homines eligatis, non modo sacrarum rerum scientia praeditos, sed multo magis et humilitate, et sanctificandarum animarum studio, et charitate flagrantes. Tota enim christiana disciplina non in abundantia verbi, non in astutia disputandi, neque in appetitu laudis et gloriae, sed in vera et voluntaria humilitate consistit. Sunt enim, quos major quidem scientia erigit, sed a caeterorum societate disjungit; et quo plus sapiunt, eo a concordiae virtute desipiunt : qui Sapientia ipsa, Dei verbo admonentur : Habete sal in vobis, et pacem habete inter vos (1); ita enim sapientia; sal habendum, ut eo proximi amor custodiatur, et infirmitates condiantur. Quod si a sapientia; studio, a cura etiam proximi ad discordias vertantur, sal sine pace habent ; non virtutis donum, sed damnationis argumentum ; et quo melius sapiunt, eo deterius delinquunt ; quos quidem damnat Jacobi Apostoli sententia illis verbis : Quod si zelum amarum habetis, et contentiones sint in cordibus vestris, nolite gloriari, et mendaces esse adversus veritatem : non est enim ista sapientia desursum descendens, sed terrena, animalis, diabolica : ubi enim zelus est, et contentio, ibi inconstantia, et omne opus pravum. Qua: autem desursum est sapientia, primum quidem pudica est, deinde pacifica, modesta, suadibilis, bonis consentiens, plena misericordia, et fructibus bonis, non judicans, sine simulatione (2).
Dum ergo Deum in humilitate cordis et afflictione anima; deprecamur, ut diligentiae atque industriae Nostrae conatibus, suam impertiat indulgentiae et misericordia; largitatem, ne dissensio populum fidelem disturbet, utque in vinculo pacis, et in charitate Spiritus, unum sapiamus omnes, unum laudemus, et glorificemus Deum, et Dominum nostrum Jesum Christum, Vos Venerabiles Fratres salutamus in osculo sancto; vobisque omnibus, itidemque cunctis Ecclesiarum vestrarum fidelibus, Apostolicam Benedictionem amantissime impertimur.
Datum in Arce Castri Gandulphi, die XIV. Junii MDCCLXI. Pontificatus Nostri Anno III.
(1) Marc. IX. 49.
(3) Jacob. III. 14. 15. 16. 17.
FIN DE L'APPENDICE.
IV - 2° LETTRE à Mgr d'ORLÉANS
DEUXIÈME LETTRE
A MONSEIGNEUR L'ÉVÊQUE D'ORLÉANS
MDCCCXLVI
PRÉFACE
DEUXIÈME LETTRE A MONSEIGNEUR L'ÉVÊQUE D'ORLÉANS
§ I. Notions générales sur la Tradition, dans la théologie catholique.
§ II. La Liturgie est le principal instrument de la Tradition de l'Église.
§ III. Les instruments de la Tradition de l'Église, appelés Lieux théologiques dans l'École, sont principalement l'autorité de l'Église universelle, l'autorité de l'Église romaine,
§ IV. L'Église, dans sa pratique, a reconnu et sanctionné ce principe, que la Tradition est contenue dans la Liturgie.
§ V. Continuation du même sujet.
§ VI. La valeur dogmatique de la Liturgie est attestée par les altérations que lui ont fait subir les hérétiques, pour l'accommoder à leurs erreurs.
§ VII. Première objection de Monseigneur l’évêque d'Orléans.
§ VIII. Deuxième objection de Monseigneur l’évêque d'Orléans.
§ IX. Troisième objection de Monseigneur l'évêque d'Orléans
§ X. Quatrième objection de Monseigneur l’évêque d'Orléans.
PRÉFACE
L'accueil favorable que le public a bien voulu faire à ma première Lettre me donne lieu d'espérer la même bienveillance pour la seconde.
J'ai été attaqué dans ma foi ; je n'ai d'autre but que de la justifier en écrivant cette Nouvelle Défense ; on ne doit donc pas être surpris de la constance que je mets à produire mon apologie.
Je n'ai point cherché cette polémique; je ne puis la suivre qu'au moyen d'une interruption à des travaux qui me sont chers ; ma seule consolation est donc de penser que je satisfais à une obligation en dissipant les nuages dont on a cherché à obscurcir mon orthodoxie. Peut-être aussi ressortira-t-il de cette controverse quelques lumières de plus sur la question liturgique, dont on commence enfin à sentir l'étendue et l'importance.
Un nouvel incident est venu me créer de nouveaux devoirs. Monseigneur l'archevêque de Toulouse a récemment publié un Examen de ma Défense; dans cette brochure, le Prélat adopte une partie des principes de Monseigneur l'évêque d'Orléans, et prétend maintenir et aggraver les accusations qu'il portait, en 1843, contre les Institutions liturgiques.
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Je dois à l'Église que j'aurais scandalisée les explications rendues nécessaires par le fait de cette dernière attaque. Je présenterai à Monseigneur l'archevêque de Toulouse ma réponse à ses objections, dans la dernière partie de cette Nouvelle Défense.
DEUXIÈME LETTRE A MONSEIGNEUR L'ÉVÊQUE D'ORLÉANS
MONSEIGNEUR,
Après avoir justifié mon livre des reproches que vous avez cru devoir lui adresser, comme renfermant de fausses maximes sur la vertu de Religion ; j'ai à le défendre aujourd'hui de l'imputation que vous lui faites d'avoir enseigné des principes dangereux sur la Tradition. La matière est grave, et d'autant plus que je souscris complètement à votre avis, lorsque vous dites, Monseigneur, que « la théologie est un pays où il y a bien peu de découvertes à faire, et que si tout système, au dire d'un bel esprit, est un voyage vers une région non encore explorée, ce n'est point vers la théologie que les esprits voyageurs doivent prendre leur vol (1).
Dans cette conviction, je crois avoir constamment évité les systèmes, en écrivant les Institutions liturgiques, et c'est ce qui fait ma force, aujourd'hui qu'il s'agit de
(1) Introduction, page VIII.
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défendre cet ouvrage. De votre côté,vous vous êtes proposé, Monseigneur, de montrer, à propos de mon livre, combien la science et l’érudition ont peu de profondeur parmi nous, et à quelles étranges nouveautés elles peuvent conduire (1). J'ai écouté la démonstration avec le public ; il en sera ce que l'on voudra de ma science et de mon érudition; mais j'en appelle à tous les théologiens dignes de ce nom pour prononcer de quel côté se trouvent les nouveautés étranges.
Dans le but de déprimer la Liturgie, vous avez enseigné, Monseigneur, que la Liturgie n'a aucun rapport nécessaire avec la vertu de Religion (2) ; que la vertu de Religion ne produisant que des actes intérieurs n'a rien à denteler avec la Liturgie (3); je crois avoir discuté suffisamment ces assertions dans ma première Lettre, et avoir démontré jusqu'à l'évidence la doctrine qui leur est opposée. Nous ne parlerons donc plus du catéchisme, auquel vous aviez la passion de me renvoyer sans cesse. Nous avons à traiter aujourd'hui d'une autre erreur capitale des Institutions liturgiques, erreur qui consiste à attribuer un caractère dogmatique à la Liturgie (4).
En effet, Monseigneur, telle est ma prétention, et c'est principalement parce que je reconnais, avec les Pères et les théologiens, ce caractère dogmatique à la Liturgie, que, dans l'introduction historique de mes Institutions, et dans ma Lettre à Monseigneur l'archevêque de Rheims, j'ai cru devoir relever un principe dont l'oubli a été la cause des tristes variations que la Liturgie a subies en France, depuis plus d'un siècle, au grand péril de la foi.
En ce moment où la question liturgique préoccupe de plus en plus, mais toujours pacifiquement, le clergé et
(1) Introduction page XLVIII.
(2) Examen des Institutions liturgiques, page 36.
(3) Ibid. page 40.
(4) Ibid., page 36.
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les fidèles, on n'en est pas encore arrivé à sentir toute l'importance de la matière. On comprend, il est vrai, que, dans cette question, l'unité catholique est en jeu, puisqu'il s'agit d'un des liens principaux des églises avec le Siège apostolique, que la force des églises particulières étant en raison de leur union formelle avec Rome, la scission liturgique n'a pu qu'affaiblir le principe de vie et de conservation dans notre Église de France ; qu'une grave loi de discipline a été violée, et que l'intérêt de cette même église, autant que le vœu exprimé du Pontife romain, exigent que la réparation vienne en son temps ; mais le défaut d'études complètes sur les Lieux de la théologie, et sur l'histoire dogmatique de l'Église, a fait que jusqu'ici on s'est trop dissimulé le danger d'avoir éteint chez nous cette voix de la Tradition qui parle dans la Liturgie, et forme une des principales garanties de la foi.
Nos nouveaux théologiens ne songeaient plus guère à aller chercher leurs arguments dans leur bréviaire ou leur missel, selon le conseil de Bossuet (1), parce qu'ils sentaient que leur bréviaire et leur missel, devenus chose variable et diocésaine, ne renfermaient plus la parole de l'Église. Les fidèles, déshabitués de prendre une part directe au service divin, depuis les révolutions qu'il avait subies, cherchaient simplement à s'édifier isolément, en assistant à la messe et aux offices, et peu leur importait que le livre qu'ils tenaient en main se trouvât être un de ces manuels de méditations, fort utiles sans doute en toute autre circonstance, ou ce Paroissien du Diocèse qu'il leur fallait renouveler chaque fois qu'une circonstance les appelait à vingt ou trente lieues de leur résidence ordinaire.
On semblait assez généralement avoir oublié que le
(1) V. ci-dessus, page 323.
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principal instrument de la Tradition de l'Église est renfermé dans ses prières (1), et que quiconque porte atteinte à la Liturgie met la main sur la Tradition de l'Église. Je suis donc obligé, Monseigneur, de me défendre sur ce terrain, puisque vous m'y poursuivez. Je me réjouis de cette occasion qui se présente de relever la Liturgie dans sa valeur dogmatique, après avoir fait voir, dans ma première Lettre, qu'elle est le complément nécessaire, le moyen et la forme delà vertu de Religion, dans le Christianisme.
Une grande partie de votre Examen, Monseigneur, est employée à soutenir que la Liturgie n'est qu'une affaire de discipline, qu'elle ne peut jamais devenir la matière d'un jugement dogmatique, et qu'enfin l'erreur liturgique ne peut jamais violer que les lois de discipline (2). Assurément, la discipline est une chose très importante dans l'Église, et nous aurons occasion de nous en convaincre en discutant, dans une troisième Lettre, les principes canoniques émis dans l'Examen; mais, pour le moment, l'intérêt de la doctrine catholique exige impérieusement que nous mettions hors d'atteinte la Tradition divine et ecclésiastique qui se conserve par la Liturgie. La question est d'un intérêt fort élevé au-dessus de la chétive importance de mon livre et de ma personne; je regrette que les bornes de cet opuscule ne me permettent pas de la traiter avec l'extension qu'elle doit recevoir dans les Institutions liturgiques ; toutefois, la pureté de ma doctrine ayant été mise en suspicion dans votre Examen, Monseigneur, en ce que j'ai attribué une valeur dogmatique à la Liturgie, qui, selon vous, Monseigneur, ne possède qu'une valeur disciplinaire, j'aborde, sans plus tarder, la discussion, et j'énonce formellement cette proposition:
(1) Bossuet. Etats d'Oraison. Livre VI. Edit. de Lebel. Tome XXVII, page 208.
(2) Examen, page 229.
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La Liturgie possède une valeur dogmatique.
En d'autres termes, avec Bossuet, théologien si sûr -toutes les fois qu'il n'est pas en contradiction avec les doctrines du Siège apostolique :
Le principal instrument de la Tradition de l'Église est renfermé dans ses prières.
§ I. Notions générales sur la Tradition, dans la théologie catholique.
1° La Tradition, dans le langage de la théologie catholique, est une doctrine sacrée qui ne se trouve pas contenue, au moins expressément, dans l'Écriture sainte, mais qui fut donnée de vive voix par son divin auteur, et qui s'est transmise d'âge en âge, à l'aide de documents qui forment autorité dans l'Eglise, et auxquels l'Église emprunte la matière de ses décisions souveraines.
II° Dieu lui-même a inspiré, et son Esprit a dicté les livres de l'Ancien et du Nouveau Testament, ces livres sont donc la parole de Dieu, et la Tradition ne saurait leur donner cette qualité qu'ils ont par le fait même de leur existence et de leur origine ; mais la Tradition seule nous apprend qu'il existe des livres qui sont la parole de Dieu; seule elle nous apprend à les discerner de tous autres livres; seule elle les conserve ; seule elle en détermine le sens et les règles d'interprétation.
III° La Tradition, outre les vérités divines non écrites, renferme encore la doctrine et les institutions des Apôtres qui ne se trouvent pas contenues dans le Nouveau Testament ; elle comprend enfin les doctrines et les institutions dont l'Église s'est servie et se sert pour corroborer la foi et les mœurs, et qui dérivent plus ou moins immédiatement
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de l'enseignement des Apôtres et de Jésus-Christ lui-même.
IV° Cet ensemble des trois Traditions : Divine, Apostolique et Ecclésiastique, est conservé avec une fidélité inviolable, et dispensé aux fidèles, avec une complète infaillibilité, par l'Église catholique. Être catholique ou recevoir la Tradition de la main de l'Église, c'est une seule et même chose.
V° L'Église juge, discerne, promulgue la Tradition, selon le besoin des temps. Ses décisions ne sont et ne peuvent jamais être que la promulgation, le développement, ou l'application de la Tradition.
VI° Or, la Tradition, non écrite au commencement, peut être écrite, dans la suite des temps, sans perdre la qualité de Tradition; puisqu'on ne lui donne ce nom de Tradition que pour la distinguer de la parole de Dieu qui fut écrite sous l'inspiration même de Dieu, dans les Livres saints.
VII° La Tradition existe en trois états. Le premier état de la Tradition écrite est celui où nous la voyons spécialement définie dans des formules précises et promulguées par l'Église : par exemple, dans les symboles de Nicée et de Constantinople, dans la profession de foi de Pie IV, etc. La Tradition, dans ce premier état, est garantie par l'autorité de Dieu qui ne saurait permettre que l'Église enseigne directement l'erreur.
VIII° Le second état de la Tradition est celui où elle est professée par l'Église dans les formules dont elle se sert, comme Église; dans les coutumes et usages qu'elle suit et impose avec autorité, soit comme expression de sa croyance, soit comme règle des mœurs. La Tradition, dans ce second état, est garantie par l'autorité de Dieu qui ne saurait permettre que l'Église enseigne indirectement l'erreur. Or, la profession de l'erreur par l'Église serait un enseignement indirect de l'erreur, et dire que l'Église
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n'est infaillible que quand elle définit formellement, ce serait lui retirer la note de sainteté qui lui est essentielle d'une manière permanente. Il faut donc renoncer à la foi catholique, ou admettre cet axiôme célèbre de saint Augustin : Ecclesia, quœ sunt contra fidem vel bonam vitam, non approbat, nec facit, nec tacet (1).
IX° Le troisième état de la Tradition est celui où elle est conservée par l'Église dans les écrits des docteurs qu'elle a approuvés, qu'elle recommande comme de fidèles témoins et dépositaires de la vérité qui lui a été confiée, qu'elle interroge en cette qualité lorsqu'il s'agit de prononcer un jugement sur la foi ou les mœurs, et qui sont d'une si souveraine autorité qu'on ne saurait aller contre leur consentement unanime, sans encourir la note d'hérésie. La Tradition, dans ce troisième état, est garantie par l'autorité de l'Église, garantie elle-même par l'autorité de Dieu ; car l'Église ne pourrait honorer du titre de docteur orthodoxe un auteur dont la doctrine ne représenterait pas la vérité révélée, sans errer sur la Tradition, et par conséquent, sans professer ou enseigner l'erreur.
Après avoir considéré les trois états de la Tradition ; définie, professée et conservée par l'Église, nous concluerons, avec une évidence que nul catholique ne saurait contester, que :
I° Celui qui altérerait les écrits des saints docteurs, en . publiant des éditions infidèles, et substituerait à leur texte d'autres textes de sa façon, ou pris d'ailleurs, fussent-ils supérieurs en éloquence à ceux qu'il aurait retranchés; s'il parvenait à faire accepter ses éditions, au détriment des véritables, se rendrait gravement coupable contre l'Église, en tant qu'elle conserve la vérité révélée dans les écrits des docteurs orthodoxes, et porterait atteinte à la vérité révélée elle-même, en tant qu'elle est contenue
(1) Epist. LV. ad inquisitiones Januarii, n° 19.
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dans de tels écrits, comme dans un dépôt approuvé, et que l'Eglise interroge lorsqu'il s'agit de rendre ses décisions dans les controverses de la foi et des mœurs.
Nous concilierons en second lieu, et a fortiori que :
II° Celui qui altérerait les formules, les rites, les usages dans lesquels l'Eglise, comme Eglise, professe publiquement sa doctrine, ou qui substituerait à ces formules, à ces rites, à ces usages, des formules, des rites, des usages différents, fussent-ils supérieurs en beauté, en correction, en convenance, se rendrait coupable contre l'Église, en tant qu'elle professe la vérité révélée, dans ses formules, ses rites et ses usages, et éteindrait, autant qu'il serait en lui, l'éclatant témoignage qu'elle rend publiquement, et, sans interruption, à l'Esprit divin qui l'anime.
Enfin, nous concluerons, en troisième lieu, que :
III° Celui qui altérerait le texte des décisions formelles de la foi, contenues dans les conciles œcuméniques, ou dans les jugements du Siège apostolique, se rendrait gravement coupable contre l'Église et contre la vérité révélée. Il est inutile, sans doute, de développer cette assertion, trop évidente par elle-même; mais on doit sentir que les atteintes portées à la Tradition purement conservée, ou simplement professée par l'Église, sont de même nature que celles qui seraient dirigées contre la Tradition formellement définie, bien que les premières n'atteignent pas la Tradition sous une forme aussi directe que les secondes.
Tels sont, Monseigneur, les principes de la Théologie catholique ;sur la Tradition : ce sont les vôtres comme les miens, et c'est parce que nous les admettons que nous sommes catholiques l'un et l'autre. Il s'agit maintenant d'en faire l'application à la Liturgie; permettez-moi de consacrer le paragraphe suivant à la démonstration de la proposition de Bossuet, qui formule d'une manière si précise la doctrine que j'ai soutenue dans les Institutions, sur la valeur dogmatique de la Liturgie.
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§ II. La Liturgie est le principal instrument de la Tradition de l'Église.
Comme vous m'avez reproché, Monseigneur, d'éprouver une sympathie trop exclusive pour les personnes et les choses d'au delà des monts, et de ne pas faire toujours assez de cas de ce que nous possédons en France , je me ferai un devoir de ne vous citer à l'appui de la proposition capitale qui fait le sujet de ce paragraphe que des auteurs français. Je laisserai donc pour le moment les théologiens et les liturgistes italiens ; j'omettrai même les espagnols, les allemands et les anglais. J'ouvrirai la série des docteurs qui m'ont enseigné la valeur dogmatique de la Liturgie, par le grand nom de Bossuet que certainement, Monseigneur, vous ne récuserez pas; il est le prince des controversistes français. Après Bossuet j'amènerai Fénelon, un peu ultramontain, il est vrai, mais assez entendu sur les matières ecclésiastiques. Viendra ensuite le Cardinal de Noailles, dans un mandement qu'il publia avant de se séparer de l'Église, et qui est cité avec éloge par Bossuet; l'archevêque Languet, plus orthodoxe que Noailles, le suivra pour rendre hommage à la même doctrine.
Descendant ensuite au second ordre, nous écouterons les auteurs de la Perpétuité de la foi, qui ne s'entendaient pas trop mal en théologie, dans ce livre dédié à Clément IX; Renaudot, qui savait la valeur de la Liturgie et même celle des Lieux théologiques; Mabillon, que vous aimez à me citer, Monseigneur, non seulement comme une des gloires de l'habit que j'ai l'honneur de porter, mais comme le modèle que j'aurais dû suivre; enfin, car il faut bien s'arrêter, Bergier, qui fut un de nos meilleurs
théologiens, au XVIII° siècle.
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Commençons donc cette intéressante revue, et voyons si ces docteurs français sont d'avis de ne voir dans la Liturgie qu'une affaire de discipline. L'Évêque de Meaux ouvrira la marche.
Ayant à combattre la doctrine Quiétiste qui excluait toute demande faite à Dieu, comme un acte imparfait qui ne convient point aux âmes parvenues à l'union, Bossuet fait voir combien ce principe est opposé au christianisme, et contraire à l'enseignement de l'Église. Voici un de ses arguments :
« Le principal instrument de la Tradition de l'Église est renfermé dans ses prières, et soit qu'on regarde l'Action de la Liturgie et le Sacrifice, ou qu'on repasse sur les hymnes, sur les collectes, sur les secrètes, sur les post-communions, il est remarquable qu'il ne s'en trouvera pas une seule qui ne soit accompagnée de demandes expresses (1). »
Bossuet pensait donc, en thèse générale, que la Liturgie est le dépôt de la Tradition et même le dépôt principal; dans la pratique, pour connaître la doctrine de l'Église, il croyait donc qu'on pouvait interroger l’Action de la Liturgie, les hymnes, les collectes, les secrètes et les postcommunions.
Ailleurs, dans les Instructions sur la version du Nouveau Testament de Trévoux, l'Évêque de Meaux ayant à soutenir contre Richard Simon, que les Mages adorèrent Jésus-Christ comme Dieu, en appelle directement à la collecte de la messe de l'Epiphanie, comme à un monument irréfragable de la Tradition.
« Dans mes remarques sur la préface de la nouvelle version, dit-il, j'ai fondé l'adoration de Jésus-Christ comme Dieu sur une tradition incontestable : elle est claire dans la collecte du jour de l'Epiphanie,
(1) États d'Oraison. Loc. cit.
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puisqu'on y lit ces paroles : O Dieu ! qui avez révélé aujourd'hui votre Fils unique aux Gentils, sous la conduite d'une étoile ! Qui dit Fils unique, dit un Dieu de même nature que son Père; et si M. Simon ne le veut pas croire, l'Église le confondra par la conclusion ordinaire de la collecte, où il est porté que ce même Fils unique Jésus-Christ est un Dieu, qui vil et règne avec soit père dans l'Unité du Saint-Esprit. Cette collecte est de la première antiquité, et se trouve dans les plus anciens Sacramentaires. Nos critiques ne s'arrêtent pas à ces éruditions ecclésiastiques : elles ne sont pas assez savantes pour eux ; mais enfin l'Église ne change pas pour l'amour de M. Simon la maxime de saint Augustin, qui assure que la foi de l’Église se trouve dans ses prières; ni la règle inviolable du Pape saint Célestin, QUE LA LOI DE PRIER ETABLIT CELLE DE LA FOI (1). »