Institutions liturgiques (page 28)
Pour célébrer un si grand mystère, il était nécessaire qu'un nouvel office fût composé qui répondît a l'enthousiasme de l'Église et à la grandeur du sujet. La Liturgie ne manqua point dans cette circonstance à l'attente du peuple chrétien, et l'office du saint Sacrement est un monument tellement imposant, que les novateurs du dernier siècle, qui ont renversé la Liturgie antique pour en créer une autre de fond en comble à l'usage des Églises de France, ont jugé à propos d'en conserver plusieurs parties, alors même qu'ils déchiraient sans pitié les offices que tout le reste de la chrétienté latine, moins l'Eglise de Milan, emploie dans la célébration des
334
mystères de Noël, de Pâques, de l'Ascension et de la Pentecôte.
Mais il est arrivé au sujet de l'office du saint Sacrement, ce qui arrive à l'égard de tous les grands monuments, objets de l'amour des peuples ; une sorte de mystère en a voilé l'origine. On a disputé pour en connaître le véritable auteur. Personne, il est vrai, n'a jamais douté que le docteur angélique, saint Thomas d'Aquin, n'y eût eu la part principale; mais, en rédigeant cet office, n'avait-il point sous les yeux celui qui était déjà en usage dans l'Eglise de Liège, où la fête du saint Sacrement avait commencé ? C'est ce que les monuments du XIII° siècle ne nous ont point éclairci suffisamment : bien qu'il soit rendu indubitable, par tous les témoignages de l'histoire, que saint Thomas fut chargé, par Urbain IV, de rédiger pour l'Église universelle l'office de cette nouvelle fête (1).
Ce qui frappe principalement dans cet office, tel qu'il est sorti des mains de saint Thomas, c'est la forme majestueusement scolastique qu'il présente. Chacun des répons de matines est composé de deux sentences, tirées l'une de l'Ancien, et l'autre du Nouveau Testament, qui rendent ainsi témoignage conforme sur le grand mystère qui fait l'objet de la solennité. Cette idée, qui a quelque chose de grandiose, a été inconnue à saint Grégoire et aux autres auteurs de l'ancienne Liturgie; et on doit convenir qu'autant elle est puérile et forcée dans les nouveaux bréviaires qui en font une règle générale, autant elle est belle et solide, si on ne l'applique qu'avec mesure et dans de grandes occasions.
Le même génie méthodique du XIII° siècle paraît dans la prose Lauda, Sion, œuvre étonnante qui est incontestablement de saint Thomas. C'est là que la haute puissance
(1) Benedict. XIV, De festis D. N. J. C, lib. I, cap. XIII.
335
d'une scolastique, non décharnée et tronquée, comme aujourd'hui, mais complète comme au moyen-âge, a su plier sans effort au rythme et aux allures de la langue latine, l'exposé fidèle, précis, d'un dogme aussi abstrait pour le théologien, que doux et nourrissant au cœur du fidèle. Quelle majesté dans l'ouverture de ce poème sublime! quelle précision délicate dans l'exposé de la foi de l'Église ! et avec quelle grâce, quel naturel sont rappelées, dans la conclusion, les figures de l'ancienne loi qui annonçaient le Pain des anges, l'Agneau pascal et la Manne ! Enfin, quelle ineffable conclusion dans cette prière majestueuse et tendre au divin Pasteur qui nourrit ses brebis de sa propre chair, et dont nous sommes ici-bas les commensaux, en attendant le jour éternel où nous deviendrons ses cohéritiers ! Ainsi se vérifie ce que nous avons dit plus haut, que tout sentiment d'ordre se résout nécessairement en harmonie. Saint Thomas, le plus parfait des scolastiques du XIII° siècle, s'en est trouvé par-là même le poète le plus sublime.
Nous avons encore une production du même temps, et dont l'appréciation doit être la même; c'est la séquence Dies irœ. On n'est pas d'accord sur le nom du poète inspiré qui dota la chrétienté de ce cantique si tendre et si sombre qui, sans doute, accompagnera l'Église, en ce dernier jour dont les terreurs y sont si lamentablement exprimées; mais quelle majesté, quelle onction, quel rythme digne d'un si redoutable sujet! On se sent porté à croire qu'une assistance spéciale de l'Esprit-Saint a dû conduire les auteurs du Dies irœ et du Lauda, Sion, et leur découvrir les accents célestes qui seuls étaient en harmonie avec de pareils objets.
Si, maintenant, nous en venons à considérer le chant lui-même dont ces incomparables poèmes sont revêtus et encore embellis, nous sommes forcés de reconnaître qu'aucun siècle n'a surpassé le XIII° dans l'art de rendre
336
les passions de la Liturgie, avec les ressources en apparence si bornées du chant ecclésiastique. Nous ferons une seule remarque : c'est que le XIII° siècle a réussi principalement dans les séquences, plutôt que dans les répons et autres pièces en prose. Ceci tient aux observations que nous avons faites au chapitre XI. Les compositeurs du moyen âge étaient plus à l'aise, dans ces morceaux qu'ils pouvaient traiter en suivant le génie national, que dans les pièces sans rythme, que les réminiscences de la musique grecque, appliquées par saint Grégoire, ont revêtues d'ailleurs de tant de majesté. Déjà, un fait antérieur à l'office, du saint Sacrement avait attesté cette faculté musicale au XII° siècle; le beau chant de la prose d'Abailard, Mittit ad Virginem, n'était déjà plus de la famille des anciennes séquences. Il ne se peut rien voir de plus tendre et de plus mystiquement joyeux. Nous avons dit que ce chant appartient à la France, comme les paroles sur lesquelles il a été mis. L'Italie nous a, en revanche, donné le Lauda, Sion, et le Dies irœ; quant aux répons, antiennes, et autres pièces de l'office du saint Sacrement, la France et la Belgique les ont fournis.
On ne peut rien voir, sans doute, de plus remarquablement mélodieux que ces répons et ces antiennes; mais, pour être juste, il faut ajouter qu'elles ne sont rien moins qu'originales. Nous surprendrons même plus d'un lecteur en disant que toutes, ou presque toutes les pièces en prose de l'office du saint Sacrement ne sont que les pastiches de morceaux plus anciens, et presque tous du XI° et du XII° siècle. Ainsi, le répons Homo quidam est pris sur Virgo flagellatur de sainte Catherine; Immolabit, sur Te Sanctum Deum des saints Anges; Comedetis, de Stirps Jesse de la Nativité de la sainte Vierge; Unus Panis, de Ex ejus tumba de saint Nicolas; Misit me, de Verbum caro du jour de Noël ; l'antienne O quam suavis, est calquée sur O Christi pietas de saint Nicolas, etc.
337
La messe, si belle et si mélodieuse, n'est pas plus originale. L'introït Cibavit appartient, en propre, au Lundi de la Pentecôte; le graduel Oculi omnium, au vingtième dimanche après cette fête; l'offertoire Sacerdotes est pris sur Confirma hoc, et la communion Quotiescumque sur Factus est repente, pièces qui appartiennent toutes deux à la messe du jour de la Pentecôte. Ce n'est pas tout; plusieurs de ces pièces présentent, dans la composition, d'énormes contre-sens avec les paroles ; par exemple, les antiennes O quam suavis est ; Sapientia; O Sacrum convivium, etc. ; ce qui donne lieu de penser qu'elles ont été traitées par des compositeurs habiles dans la mélodie des sons, mais ignorants de la langue latine. De cette double observation, il est permis de conclure que le XIII° siècle, si divinement inspiré dans les compositions rythmiques,dédaigna de s'exercer sur les morceaux en prose, et ne fit guère d'autres frais que de transporter sur des paroles nouvelles des motifs déjà connus; travail presque matériel, et que des musiciens illettrés pouvaient remplir.
S'il est permis de rechercher les analogies que présentent les vicissitudes du chant ecclésiastique, au moyen âge, avec la marche de l'architecture religieuse, qui a toujours suivi les destinées de la Liturgie dont elle fait une si grande partie et comme l'encadrement, nous soumettrons à nos lecteurs les considérations suivantes. Le X° et le XI° siècle enfantèrent des pièces de chant graves, sévères et mélancoliques, comme ces voûtes sombres et mystérieuses que jeta sur nos cathédrales le style roman, surtout à l'époque de cette réédification générale qui marqua les premières années du XI° siècle. Ainsi, on retrouve encore la forme grégorienne dans les répons du roi Robert, comme la basilique est encore visible sous les arcs byzantins du même temps. Le XII° siècle, époque de transition, que nous appellerions, dans l'architecture,
338
le roman fleuri et tendant à l'ogive, a ses délicieux - offices de saint Nicolas et de sainte Catherine, la séquence d'Abailard, etc., où la phrase grégorienne s'efface par degrés pour laisser place à une mélodie rêveuse. Vient ensuite le XIII° siècle avec ses lignes pures, élancées avec tant de précision et d'harmonie; sous des voûtes aux ogives si correctes, il fallait surtout des chants mesurés, un rythme suave et fort. Les essais simplement mélodieux, mais incomplets, des siècles passés, ne suffisent plus : le Lauda, Sion, le Dies irœ sont créés. Cependant cette période est de courte durée. Une si exquise pureté dans les formes architectoniques s'altère, la recherche la flétrit; l'ornementation encombre,embarrasse et bientôt brise ces lignes si harmonieuses; alors aussi commence pour le chant ecclésiastique la période de dégradation dont nous allons parler tout à l'heure. Malheureusement, tous nos lecteurs ne seront pas à même de suivre ces rapports et d'étudier les progrès et la décadence du chant; les livres où se trouvent les monuments que nous rappelons disparaissent chaque jour ; mais il faut pourtant que l'on fâche quels trésors de mélodie furent sacrifiés au jour où l'on inaugura dans nos églises des chants que n'avaient jamais entendus nos pères, et qui éclatent à grand bruit sous des voûtes longtemps accoutumées à en répéter d'autres.
Nous donnerons maintenant la bibliothèque des Liturgistes qui ont fleuri à la grande époque du XIII° siècle.
Nous trouvons d'abord Alain de Lille, moine de Cîteaux, qui florissait en l'Université de Paris, au commencement du XIII° siècle, et qui fut appelé le Docteur universel. On trouve parmi ses œuvres deux séquences, l'une sur l'Incarnation du Verbe, l'autre sur la fragilité de la nature humaine.
(1206). Hugues des Noyers, évêque d'Auxerre, composa plusieurs hymnes, parmi lesquelles Plaude, Cantuaria,
339
en l'honneur de saint Thomas de Cantorbéry, qui fut longtemps en usage dans le bréviaire d'Auxerre, dit Hurler. (Tableau des institutions au moyen âge, t. I, p. 384.)
(1208). Jean, appelé le Scribe ou l'Acémète, patriarche des jacobites, paraît être l'auteur d'une anaphore insérée par Renaudot au deuxième tome de son recueil des Liturgies orientales.
(1215). Saint François d'Assise, patriarche de l'Ordre séraphique, a eu une influence marquée sur la Liturgie, en obligeant ses enfants à embrasser le rite de l'Église romaine. On trouve dans ses oeuvres un opuscule intitulé : Ordo recitandi officium dominicœ Passionis.
(1220). Guillaume de Seignelay, évêque d'Auxerre, puis transféré sur le siège de Paris, avait composé un livre, De Divinis Officiis, qui n'a point été imprimé.
(1222). Germain II, patriarche de Constantinople, est auteur d'un opuscule intéressant sur la Liturgie, intitulé : Théorie des choses ecclésiastiques. Malheureusement, nous ne l'avons point tel qu'il est sorti des mains- de son auteur ; il a subi de graves interpolations.
(1230). Godefroy, évêque de Cambrai, écrivit un livre De Divinis Officiis, que nous n'avons plus.
(1230). Jacques, évêque de Tagrite, de la secte des Nestoriens, est auteur d'une Exposition des Offices et des Oraisons.
(1238). Guyard de Laon, chancelier de l'Université de Paris, et élevé plus tard à l'évêché de Cambrai, paraît être auteur d'un opuscule De Officiis divinis, sive ecclesiasticis,et d'un autre De Officiis sacerdotum.
(1239). Haymon de Feversham, ministre général des frères mineurs, corrigea le bréviaire romain, ainsi que nous l'avons dit, et, en outre, écrivit un livre De Missœ cœremoniis.
(1240). Simon Taylor, dominicain, fut habile dans la
340
théorie du chant ecclésiastique, et composa deux livres De Pentachordis, deux De Tenore Musicali, et un De Cantu Ecclesiastico corrigendo.
(1251). Vincent de Coventer, franciscain, professeur à Cambridge, est auteur d'une Exposition de la messe.
(1253). Jean Bar-Maadani, patriarche des Jacobites, composa une anaphore qui se trouve au recueil de Renaudot.
(1254). Humbert de Romanis, cinquième général des dominicains, compilateur du bréviaire de son ordre, rédigea sur les offices qu'il contient, des Commentaires qui étaient gardés, au rapport de Schulting, dans la bibliothèque des frères prêcheurs de Cologne.
(1255). Théodore Lascaris II, empereur grec, a composé, en l'honneur de la sainte Vierge, un canon ou hymne qui se trouve dans le livre que les Grecs nomment Paraclétique.
(1260). Grégoire Bar-Hebraeus, primat d'Orient, pour la secte des jacobites, est auteur d'une anaphore qui se trouve au recueil de Renaudot, et d'un abrégé de la Liturgie de saint Jacques.
(1260). Hugues de Saint-Cher, dominicain, cardinal, auteur de la Concordance de la Bible, a aussi travaillé sur la Liturgie. Il composa un livre sous ce titre : Speculum sacerdotum et Ecclesiœ, de Symbolo et Officio missœ.
(1270). Latinus Frangipani, dominicain, cardinal, neveu du pape Nicolas III, passe pour être l'auteur de la séquence des morts, Dies irœ, et de plusieurs autres en l'honneur de la sainte Vierge.
(1270). Saint Thomas d'Aquin, docteur angélique, outre l'office du saint Sacrement, écrivit un livre intitulé : Expositio missœ.
(1270). Guibert de Tournay, franciscain, a laissé un ouvrage très-curieux sous ce titre : De officio Episcopi et Ecclesiœ cœremoniis. Il est dédié à Guillaume, évêque d'Orléans.
341
(1270). Érard de Lésignes, cardinal, évêque d'Auxerre, étant allé à Rome, y entendit de si beaux répons de l'histoire de Noé et d'Abraham, pour les semaines de Sexagésime et de Quinquagésime, qu'il les introduisit dans son Église.
(1270). Sanche, infant d'Aragon, archevêque de Tolède, composa des litanies et des hymnes en l'honneur de la sainte Vierge.
(1272). Saint Bonaventure, docteur séraphique, est auteur d'une Exposition de la Messe et d'un office de la Passion de Jésus-Christ. On lui a attribué aussi l'office de saint François.
(1280). Peckam, franciscain, archevêque de Cantorbéry, laissa deux traités liturgiques intitulés, l'un De Ratione diei Dominicœ, l'autre Speculum Ecclesiœ de Missa.
(1290). Guillaume Durand, dominicain, évêque de Mende, composa le fameux Rationale divinorum Officiorum, ouvrage dans lequel il explique tout l'ensemble de la liturgie, à l'aide des auteurs qui l'ont précédé, en ajoutant ses propres observations. On peut considérer ce livre comme le dernier mot du moyen âge sur la Mystique du culte divin, et s'il est si oublié aujourd'hui, il ne le faut attribuer qu'à cette triste indifférence pour les formes religieuses qui avait glacé nos pères, jusque-là qu'au XVIII° siècle, on a pu renverser, en France, toute l'ancienne liturgie et en substituer une nouvelle, sans que les populations s'en soient émues. Les offices qu'expose Durand ne sont plus ceux qu'on célèbre dans nos églises, et c'est ce qui embarrassera tant soit peu nos modernes archéologues qui, ayant par hasard rencontré Durand, dans la poudre des bibliothèques, essayeront de s'en servir pour expliquer le culte exercé aujourd'hui dans nos cathédrales. Au reste, si quelqu'un d'entre eux devait un jour parcourir ces lignes, nous prendrons la liberté de lui dire que Durand, qui peut être d'un si grand secours pour
342
l’interprétation des mythes (comme l'on dit) du Catholicisme au moyen âge, n'est que le compilateur des avis émis par les Liturgistes qui l'ont précédé, depuis l'âge des Pères de l'Église ; et que, dans la partie de son travail qui lui appartient en propre, il n'est pas toujours sûr de prendre, pour le génie de l'Église, les explications qu'il donne. Son livre est une Somme, il est vrai ; mais tout ce qu'il renferme doit être jugé dans ses rapports avec les traditions de l'antiquité. En un mot, le Rational de Durand est un monument dont, après tout, la science liturgique pourrait se passer; car l'origine de cette science remonte aux premières traditions du Christianisme, d'où elle est venue jusqu'ici de bouche en bouche, toute vivante, et sans avoir besoin que la science profane la restaure. L'état de la France, quant à la Liturgie, n'est qu'un fait isolé et passager, nous l'espérons du moins ; car s'il est vrai de dire que Durand, s'il revivait aujourd'hui, ne comprendrait plus rien à la Liturgie de Mende, sa propre Église, de Lyon, de Paris, etc., il pourrait, du moins, en franchissant les frontières de notre pays, retrouver en tous lieux de l'Occident ces formules saintes qu'il a commentées avec tant d'amour.
Nous devons dire, à la gloire de la science liturgique et à celle de Guillaume Durand, en particulier, que le Rationale divinorum Officiorum fut le premier livre imprimé avec des caractères métalliques, préférence qui montre grandement le respect qu'on lui portait. Il parut en 1459 à Mayence, et on lit, sur la dernière page de cette édition, les paroles suivantes : Prœsens Rationalis divinorum Codex Officiorum, venustate capitalium decoratus, rubricationibusque distinctus, adinventione artificiosa imprimendi ac caracteri candi, absque calami exaratione sic effigiatus, et ad Eusebiam Dei industrie est consummatus per Johannem Fust, civem Maguntinum, et Petrum Gernzheim Clericum Diœcesis ejusdem, anno Domini
343
millesimo quadringentesimo quinquagesimo nono. Sexto die octobris. On voit, par cette inscription que nous avons conservée avec toutes ses incorrections, comment les souvenirs de la science liturgique s'unissent à l'une des plus grandes et des plus glorieuses entreprises de l'humanité.
(1293). Ignace V, patriarche des jacobites, a composé une anaphore qui est comprise dans la collection de Renaudot.
(1296). Ébédiesu, métropolitain de Soba, pour la secte des nestoriens, a laissé un livre intitulé : Margaritœ de veritate fidei, dans lequel il traite un grand nombre de questions de liturgie.
(1297). Engelbert, abbé bénédictin en Styrie, écrivit une explication des sept grandes antiennes.
(1297). Jean Diacre, chanoine de la Basilique de Latran, dédia au Pape Alexandre IV un livre curieux intitulé : De Sanctis Sanctorum, dans lequel il parle des antiquités liturgiques de cette mère et maîtresse des Eglises.
(130o). Pierre, chantre et chancelier de l'Église de Chartres, a laissé un traité sous ce titre : Speculum Ecclesiae, sive Manuale mysteriorum Ecclesiœ.
Nous conclurons ce chapitre par les remarques suivantes :
La Liturgie, au XIII° siècle, comme dans tous les autres, fut l'expression de l'Église. Les nouveaux Ordres religieux qu'elle enfanta montrèrent leur action sur la Liturgie, comme sur le principal théâtre des institutions ecclésiastiques : le bréviaire universel fut franciscain; la solennité nouvelle du saint Sacrement reçut de la main d'un dominicain une partie de sa grandeur.
Cette époque de synthèse théologique produisit aussi la synthèse liturgique de Durand.
L'antique dépôt de la Liturgie demeura intact dans toutes ses parties, et après la correction franciscaine, on put dire encore que l'Église d'Occident ne connaissait
344
point, quant à la substance, d'autres formes liturgiques que celles qu'avait résumées saint Grégoire le Grand, et que Charlemagne et saint Grégoire VII avaient achevé d'établir dans l'Église latine.
Le chant ecclésiastique fit des progrès en rapport avec la beauté, la noblesse, l'harmonie des lignes de l'architecture de ce plus brillant des siècles de la Chrétienté occidentale.
I - CHAPITRE XIII
CHAPITRE XIII : ALTÉRATION DE LA LITURGIE ET DU CHANT, DURANT LE XIV° ET LE XV° SIÈCLE. NECESSITE D'UNE REFORME. — LEON X. CLÉMENT VII. PAUL III. — FERRERI ET QUIGNONEZ. — BURCHARD ET PARIS DE GRASSI. — LITURGISTES DU XIV° ET DU XV° SIÈCLE.
NOTES DU CHAPITRE XIII
NOTE A
NOTE B
NOTE C
Il était difficile que la Liturgie, après la correction franciscaine, se maintînt dans une entière pureté. Le Siège apostolique n'avait point obligé les Églises à recevoir les livres ainsi réformés, et l'adoption qu'on en avait faite en plusieurs lieux avait été purement facultative. D'un autre côté, dans les endroits où cette adoption avait lieu, on retenait beaucoup d'anciens usages qui accroissaient encore la confusion ; en même temps qu'une dévotion ardente chargeait de jour en jour le calendrier de nouveaux saints, avec des offices plus ou moins corrects.
Quoique l'ancien fonds de la Liturgie romaine restât toujours, ainsi qu'on peut s'en convaincre en feuilletant les livres qui nous restent encore, il est facile de penser quelle anarchie de détail devait exister dans les usages des différents diocèses. L'imprimerie manquant pour multiplier des exemplaires uniformes, on était réduit au dangereux procédé des copies manuscrites dont il fallait subir toutes les incorrections. Ces copies n'étaient pas seulement corrompues par l'ignorance, ou l'incurie de leurs auteurs ; mais elles se chargeaient d'une foule d'additions grossières et même superstitieuses, ainsi qu'on le peut voir
346
par les ordonnances des conciles qui se plaignent souvent, durant le XIV° et le XV° siècle, des abus en ce genre.
Ces additions consistaient principalement en des histoires apocryphes, inconnues aux siècles précédents, quelquefois même rejetées par eux, et qu'on avait introduites dans les leçons, les hymnes ou les antiennes ; en des formules barbares insérées pour complaire à un peuple grossier ; en des messes votives qui prenaient la place des messes ordinaires et qui présentaient des circonstances superstitieuses dans leur nombre ou dans le rite qu'on devait y garder; en des bénédictions inconnues à toute l'antiquité, et placées furtivement dans les livres ecclésiastiques par de simples particuliers. En un mot, au lieu d'être la règle vivante, l'enseignement, la loi suprême du peuple chrétien, la Liturgie était tombée au service des passions populaires, et certaines fictions qui étaient parfaitement à leur place dans les Mystères que représentaient les clercs de la Basoche, avaient trop souvent envahi les livres de l'autel et ceux du choeur. Pour comprendre toute l'étendue des abus dont nous parlons, il ne faut que se rappeler le sang-froid avec lequel le clergé livrait les cathédrales aux farces étranges de la fête de l'Ane et de la fête des Fous ; on pourra s'imaginer alors jusqu'à quel point cette familiarité dans les choses les plus sacrées du culte divin compromettait la pureté de la Liturgie.
Au siècle dernier, c'était la mode de vilipender le moyen âge, comme une époque de barbarie ; aujourd'hui, et très-heureusement, la mode semble être d'exalter les siècles qu'on appelle siècles catholiques. Assurément il y a un grand progrès dans ce mouvement ; mais quand on aura étudié davantage, on trouvera que le XII° et le XIII°siècle, bien supérieurs sans doute à ceux qui les ont suivis jusqu'ici, nous en convenons de grand cœur, eurent aussi leurs misères. Si donc nous relevons en eux les inconvénients graves et nombreux de l'ignorance et de
347
la superstition, nous parlons comme les Conciles et les Docteurs de ces temps héroïques ; mais par la nature même des reproches que nous leur adressons, nous les mettons déjà infiniment au-dessus des siècles que dégradent le rationalisme et les doctrines matérialistes.
L'antique dépôt de la Liturgie courait donc de grands risques, au milieu de cette effervescence d'un zèle peu éclairé qui produisait de jour en jour, en tous lieux, des dévotions chevaleresques. La Liturgie, comme la foi chrétienne, appartient à tous les siècles. Tous l'ont professée, tous l'ont ornée de quelques fleurs ; mais il n'eût pas été juste que l'antique fonds élaboré par les Léon, les Gélase, les Grégoire le Grand, fût totalement recouvert par les superfétations de deux ou trois siècles privilégiés qui, ravisseurs injustes de la gloire des âges précédents, enlevassent aux suivants l'honneur et la consolation d'écrire aussi leur page au livre des prières de l'Église, et, par elle, du genre humain. La fête et l'office du saint Sacrement sont la seule œuvre liturgique que l'Église ait voulu garder de ce XIII° siècle si fécond d'ailleurs en toute sorte d'inspirations pieuses; et, certes, la gloire de ce siècle est grande d'avoir doté le peuple chrétien d'une si sublime institution, que l'on serait tenté de la regarder comme le complément de l'année liturgique, si l'on ne savait d'ailleurs que l'époux ne cesse jamais de révéler à l'épouse de nouveaux secrets.