Institutions liturgiques (page 29)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Un grave péril, outre celui dont nous parlons, était né de l'anarchie en matière liturgique. L'œuvre d'unité accomplie par Charlemagne et les Pontifes romains, en même temps qu'elle garantissait la pureté de la foi, consolidait une nationalité unique en Occident. C'était ce grand bien que les rois guerriers et législateurs de l'Espagne, d'accord avec saint Grégoire VII, avaient voulu assurer à leurs peuples, en embrassant la Liturgie romaine. Mais si   cette Liturgie, livrée aux caprices des hommes,

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venait à se morceler non-seulement par nations, mais par diocèses et par églises, où était le fruit de tant d'efforts entrepris pour détacher de leurs anciens usages les peuples retombant dans un état au-dessous du premier ? Dans un temps plus ou moins long, la prière cessait d'être commune entre les diverses races européennes, l'expression de la foi s'altérait, la foi même était menacée. Nous verrons plus loin les mesures que prit Rome pour ramener l'unité, et le succès dont elles furent couronnées.

Au reste, en subissant une dégradation, dans le XIV° et le XV° siècle, la Liturgie suivit, comme toujours, le sort de l'Église elle-même. L'abaissement de la Papauté après Boniface VIII, le séjour des Papes à Avignon, le grand Schisme, les saturnales de Constance et de Baie, expliquent plus que suffisamment les désordres qui servirent de prétexte aux entreprises de la prétendue Réforme. Nous plaçons l'altération de la Liturgie au rang des malheurs que l'on eut alors à déplorer. Aussi verrons-nous le saint concile de Trente préoccupé du besoin d'une réforme sur cet article, comme sur les autres. Mais nous ne devons point anticiper sur ce qui nous reste à dire : nous n'avons pas encore signalé tous les abus qui s'introduisirent dans les formes du culte, au XIV° et au XV° siècle.

L'architecture religieuse, surtout durant le XV° siècle et une partie du XVI°, présenterait à elle seule de graves sujets de plainte. Cet art si pur, si inspiré, si divin au XIII° siècle, se prostitua bientôt jusqu'à donner l'ignoble caricature des choses saintes, non-seulement sur les galeries extérieures, mais jusque sur les chapiteaux et les boiseries du sanctuaire. Des images indécentes de clercs et de moines souillèrent les abords de ces niches où l'âge de saint Louis avait placé l'effigie placide et pure des Bienheureux et de la Reine des Anges. Rabelais n'est pas plus cynique, pas plus indignement contempteur du sacerdoce

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chrétien, que certains architectes et sculpteurs de l'époque que nous racontons. Ajoutons à cela la confusion, la bizarrerie, le caprice de l'ornementation, ouvrant la porte aux formes   païennes, aux mélanges si déplacés des symboles mythologiques les plus charnels avec les emblèmes mystiques de notre culte. Nous ne faisons qu'indiquer ici les traits généraux ; mais il faut bien  comprendre que si le paganisme   recommença   dans les   arts, au XVI°  siècle, la place lui avait été préparée de longue main par la frivolité et l'extrême liberté dans lesquelles s'était jeté déjà l'art du moyen âge. Sachons-le bien, il y avait deux peuples, dans nos siècles  catholiques, comme aujourd'hui : seulement les enfants de Dieu étaient plus forts que les enfants des hommes.

Le chant ecclésiastique, non-seulement se transforma à cette époque, mais faillit périr à jamais. Ce n'était plus le temps où le Répertoire grégorien demeurant intact, on ajoutait pour célébrer plus complètement certaines solennités locales, ou pour accroître la majesté des fêtes universelles, des morceaux plus ou moins nombreux, d'un caractère toujours religieux, empruntés aux modes antiques, ou du moins rachetant, par des beautés originales et quelquefois sublimes, les dérogations qu'ils faisaient aux règles consacrées. Le XIV° et le XV° siècle virent le Déchant, c'est ainsi que l'on appelait le chant exécuté en parties sur le motif grégorien, absorber et faire disparaître entièrement, sous de bizarres et capricieuses inflexions, toute la majesté, toute l'onction des morceaux antiques. La phrase vénérable du chant, trop souvent, d'ailleurs, altérée par le mauvais goût, par l'infidélité des copistes, succombait sous les efforts de cent musiciens profanes qui ne cherchaient qu'à donner du nouveau, à mettre en évidence leur talent pour les accords et les variations. Ce n'est pas que nous blâmions l'emploi bien entendu des accords sur le plain-chant, ni que nous réprouvions

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absolument tout chant orné, par cela seul qu'il n'est pas à l’unisson; nous croyons même, avec l'abbé Lebœuf, que l'origine première du Déchant, qu'on appelle aujourd'hui contrepoint, ou chant sur le livre, doit être rapportée aux chantres romains  qui vinrent en France, au temps de Charlemagne (1). Mais l'Esprit-Saint n'avait point en vain choisi saint Grégoire pour l'organe des mélodies catholiques ; son œuvre, réminiscence sublime et inspirée de la musique antique, devait accompagner l'Église jusqu'à la fin des temps. Il devint donc nécessaire que la grande voix du Siège apostolique se fît entendre, et qu'une réprobation solennelle fût portée contre les novateurs qui voulaient donner une expression humaine et terrestre aux soupirs célestes de l'Eglise du Christ. Et afin que rien ne manquât à la promulgation de l'arrêt, il dut être inséré au corps du Droit  canonique, où   il condamne à   jamais non-seulement les scandales du  XIV° siècle, mais  aussi et à plus forte raison ceux qui, de nos jours encore, profanent un si grand nombre d'Églises, en France et ailleurs. Or, voici les paroles de Jean XXII, dans sa fameuse Bulle Docta sanctorum, donnée en  1322, et placée en tête du troisième livre des Extravagantes Communes, sous le titre de Vita et Honestate clericorum.

« La docte autorité des saints Pères a décrété que, durant les offices par lesquels on rend à Dieu le tribut de la louange et du service qui lui sont dus, l'âme des fidèles serait vigilante, que les paroles n'auraient rien d'offensif, que la gravité modeste de la psalmodie ferait entendre une paisible modulation ; car il est écrit : « Dans leur bouche résonnait un son plein de douceur. Ce son plein de douceur résonne dans la bouche de ceux qui psalmodient, lorsqu'en même temps qu'ils parlent de Dieu, ils reçoivent dans leur cœur et

(1) Traité historique du Chant ecclésiastique, pag. 73

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allument, par le chant même, leur dévotion envers lui. Si donc, dans les Églises de Dieu, le chant des psaumes est ordonné, c'est afin que la piété des fidèles soit excitée. C'est dans ce but que l'office de nuit et celui du jour, que la solennité des messes, sont assidûment célébrés par le clergé et le peuple, sur un ton plein et avec gradation distincte dans les modes, afin que cette variété attache et que cette plénitude d'harmonie soit agréable. Mais certains disciples d'une nouvelle école mettant toute leur attention à mesurer le temps, s'appliquent, par des notes nouvelles, à exprimer des airs qui ne sont qu'à eux, au préjudice des anciens chants qu'ils remplacent par d'autres composés de notes demi-brèves et comme imperceptibles. Ils coupent les mélodies par des hoquets, les efféminent par le Déchant, les fourrent quelquefois de triples et de motets vulgaires ; en sorte qu'ils vont souvent jusqu'à dédaigner les principes fondamentaux de l’Antiphonaire et du Graduel,ignorant le fonds même sur lequel ils bâtissent, ne discernant pas les tons, les confondant même, faute de les connaître. La multitude de leurs notes obscurcit les déductions et les réductions modestes et tempérées, au moyen desquelles ces tons se distinguent les uns des autres dans le plain-chant. Ils courent et ne font jamais de repos ; enivrent les oreilles et ne guérissent point ; imitent par des gestes ce qu'ils font entendre : d'où il «arrive que la dévotion que l'on cherchait est oubliée, et que la mollesse qu'on devait éviter est montrée au grand jour. Ce n'est pas en vain que Boëce a dit : Un esprit lascif se délecte dans les modes lascifs, ou au moins, s'amollit et s'énerve à les entendre souvent, C'est pourquoi, Nous et nos Frères, ayant remarqué depuis longtemps que ces choses avaient besoin de correction, nous nous mettons en devoir de les rejeter et reléguer efficacement  de l'Église de Dieu. En

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conséquence du conseil de ces mêmes Frères, nous défendons expressément à quiconque d'oser renouveler ces inconvenances, ou semblables dans lesdits offices, principalement dans les Heures canoniales, ou encore dans la célébration des messes solennelles. Que si quel-ce qu'un y contrevient, qu'il soit, par l'autorité du présent Canon, puni de suspension de son office pour huit jours, par les ordinaires des lieux où la faute aura été commise, ou par leurs délégués, s'il s'agit de personnes non exemptes; et, s'il s'agit d'exempts, par leurs prévôts ou prélats, auxquels appartiennent d'ailleurs la correction et punition des coulpes et excès de ce genre ou semblables, ou encore par les délégués d'iceux. Cependant nous n'entendons pas empêcher par le présent canon que, de temps en temps, dans les jours de fête principalement et autres solennités, aux messes et dans les divins offices susdits, on puisse exécuter, sur le chant ecclésiastique simple quelques accords, par exemple à l'octave, à la quinte, à la quarte et semblables (mais toujours de façon que l'intégrité du chant demeure sans atteinte, et qu'il ne soit rien innové contre les règles d'une musique conforme aux bonnes mœurs); attendu que les accords de ce genre flattent l'oreille, excitent la dévotion, et défendent de l'ennui l'esprit de ceux qui psalmodient la louange divine (1). » C'est ainsi que dans tous les temps, à Avignon comme à Rome, la Papauté enseignait le monde, avec cette admirable précision qui concilie l'inviolabilité des principes catholiques et le véritable progrès de l'art. Elle maintient fortement la dignité, la gravité du chant ; mais elle ne proscrit pas, elle encourage même une musique sainte et mélodieuse qui élève l'âme à Dieu, sans la dissiper, qui fait valoir et n'étouffe pas l'antique et sacré rythme que

(1) Vid. la Note A.

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toutes les générations ont répété. Nous verrons plus loin la suite des efforts que firent les Pontifes romains pour l'amélioration de la musique à l'époque de la grande réforme catholique.

Cette réforme catholique fut précédée, comme l'on sait, de plusieurs tentatives infructueuses, mais qui attestaient le malaise qu'on éprouvait de toutes parts. Les audacieuses ordonnances de Constance et de Bâle,pour la réformation de l'Église dans son Chef et dans ses membres, comme on parlait alors, rencontrèrent dans les Pontifes romains la résistance qu'elles devaient rencontrer, et Eugène IV, Nicolas V et Pie II, seront à jamais bénis pour n'avoir pas tenu compte des insolentes fulminations qui furent lancées de leur temps contre la Chaire de Saint-Pierre. Toutefois, les successeurs de ces immortels Pontifes ayant dégénéré de leur vertu, après Sixte IV, Innocent VIII, Alexandre VI, on vit Jules II et Léon X, qui pourtant n'étaient pas de la race des hommes par lesquels devait être sauvé Israël, entreprendre l'œuvre de la réformation. Le cinquième concile de Latran, et les bulles qui l'accompagnent, sont un monument de ce zèle auquel il ne manqua que la persévérance pour opérer des fruits durables.

La Liturgie sembla dès lors un objet fait pour attirer l'attention des réformateurs apostoliques; mais comme le malheur de ces temps était qu'on n'apercevait pas toute la grandeur de la plaie à guérir, il arriva aussi que, faute de maturité dans les jugements, on ne se préoccupa guère que de la forme extérieure qui, en effet, était vicieuse. Mais le moment était mal choisi pour décider sur la forme la meilleure, alors que Rome subissait les influences de cette littérature profane que l'étude trop exclusive des classiques grecs et latins avait enfantée. La première pensée de corriger la Liturgie vint à Léon X, au moment où la cour romaine était peuplée de poètes et de prosateurs  dont le  goût  ne  pouvait  supporter la   barbarie

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du latin ecclésiastique. Celui-ci désignait le Dieu des chrétiens sous le nom de Numen, la vierge Marie sous celui d’Alma Parens; celui-là récitait ses Heures en grec ou en hébreu; tel autre avait suspendu la lecture des Épîtres de saint Paul, dans la crainte de compromettre la pureté de son goût. On trouva donc que le principal défaut de la Liturgie était l'incorrection du style, et, sans se préoccuper des droits que l'antiquité donne aux formules sacrées, sans songer que le respect de cette vénérable antiquité exigeait simplement qu'on élaguât les additions et interpolations indiscrètes, on crut, dans ce siècle de poésie, que la principale chose à réformer tout d'abord était l’Hymnaire. Mais veut-on savoir comment on s'y prit ? Le génie du catholicisme, dans tous les temps, a été d'améliorer, de compléter, de réformer; la destruction violente d'usages suivis durant des siècles, et la substitution soudaine de formes toutes nouvelles aux anciennes est sans exemple dans ses annales. C'est pourtant ce qui serait : arrivé si la Providence eût permis que le projet de Léon X , eût réussi. Ce pontife donna ordre à Zacharie Ferreri de Vicence, évêque de la Guarda, de composer un recueil d'hymnes pour toutes les fêtes de l'année, et d'y employer un style qui fût digne de la littérature du XVI° siècle. Le prélat mit tous ses soins à cette œuvre; mais Léon X, enlevé par la mort, ne put jouir par lui-même du fruit des travaux de Ferreri. L'ouvrage ne vit le jour que sous Clément VII, successeur de Léon X, et, comme lui, grand amateur de l'ingénieuse antiquité.

En 1515, on vit paraître à Rome le recueil tant attendu ; il portait ce titre magnifique que nous transcrivons en entier, attendu que l'ouvrage est devenu rare :

Zachariœ Ferrerii Vicentini, Pont. Gardien. Hymni novi ecclesiastici, juxta veram metri et latinitatis normam a beatissimo Patre Clémente VII, Pont. Max. ut in divinis quisque eis uti possit approbati, et novis Ludovici

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Vicentini, ac Lautitii. Perusini characteribus in lucem traditi. Sanctum ac necessarium opus.

Breviarium Ecclesiasticum ab eodem Zacharia longe brevius et facilius redditum et ab omni errore purgatum prope diem exibit.

A la fin du volume, on lit ces paroles : Impressum hoc divinum opus Romœ, in œdibus Ludovici Vicentini et Lautitii Perusini, non sine privilegio. Kal. Febru. MDXXV.

L'ouvrage lui-même répond parfaitement à une si fastueuse annonce. Les hymnes qu'il contient sont telles qu'on , avait droit de les attendre du siècle et de l'auteur. Tout y est nouveau. Les mystères de la naissance, de la passion, . de la résurrection du Sauveur ; ceux de la Pentecôte, du saint Sacrement ; les fêtes de la sainte Vierge et des saints; tout, en un mot, y est splendidement célébré dans des odes qui n'ont rien de commun pour la forme, ni pour l'expression, avec les antiques hymnes de saint Ambroise, de Prudence et des autres poètes de l'Église catholique. En revanche, on y trouve, dans la plus incroyable naïveté, toutes les images et les allusions aux croyances et aux usages païens qu'on pourrait rencontrer dans Horace. Nous ne citerons qu'un seul trait : Ferreri ayant à raconter l'élection de saint Grégoire à la papauté, dit naïvement que les Flamines le choisirent pour Pontife souverain. Toutefois, pour être juste, il faut dire aussi que plusieurs de ces hymnes sont simples et belles, par exemple, celle des Apôtres, Gaudete, mundi principes; celle en l'honneur de la sainte Vierge : O noctis illustratio. Dans un grand nombre d'autres, les figures tirées de l'Écriture sainte, les souvent empruntés aux traditions catholiques sur les saints, leurs actions et leurs attributs, jettent un certain charme sur ces compositions, en dépit de la forme trop servilement imitée des œuvres d'une littérature païenne. En un mot, telles qu'elles sont,

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ces hymnes sont certainement préférables à la plupart de celles qui ornent les modernes bréviaires de France, et parce qu'elles sont au fond l'œuvre d'une inspiration forte et pure qui se reconnaît encore à travers le masque de la diction classique, et, surtout, parce qu'elles ont été approuvées par le Saint-Siège qui, s'il a, plus tard, révoqué cette sanction, ne l'eût du moins jamais donnée, si ces hymnes n'eussent renfermé une doctrine pure.

Par un bref du 11 décembre 1515, Clément VII approuva les hymnes de Ferreri. Voici les paroles remarquables du Pontife : « L'évêque Ferreri, afin d'accroître la splendeur du culte divin, ayant récemment composé pour sa consolation spirituelle, et pour celle des fidèles chrétiens et principalement des prêtres lettres, plusieurs hymnes d'une vraie mesure pour le sens et la latinité, lesquelles sont destinées aux diverses fêtes du Dieu tout-puissant, de Marie toujours vierge, de plusieurs saints, et aussi pour tout le cercle de l'année; et après les avoir réunies dans un seul volume, et soumises à l'approbation de plusieurs hommes doctes et même de quelques-uns de nos cardinaux de la sainte Église romaine, les ayant dédiées et offertes à Nous et au Siège apostolique; Nous, sachant qu'il est écrit parmi les paroles saintes, que le fruit des travaux excellents est plein de gloire, et voulant que tant de soins n'aient pas été dépensés inutilement, mais, au contraire, que leur produit paraisse en lumière et serve pour l'avantage commun et l'utilité spirituelle de tous, spécialement des chrétiens lettrés ; de notre propre mouvement et de notre science certaine, Nous concédons et mandons d'autorité apostolique, par la teneur des présentes, que tout fidèle, même prêtre, puisse user de ces hymnes, même dans les offices divins (1). »

(1) Cum nuper pro divini cultus splendore hymnos ecclesiasticos variis omnipotentis Dei, et Maria; semper virginis, et plurium sanctorum diebus festis, ac totius anni circulo, et tempori congruentes veris metris, sensibus, ac latinitate perspicuos pro suo, et fidelium Christianorum, peritorumque praecipue sacerdotum solatio spirituali texuerit (Ferrerius), et excusserit, eosque uno volumine congestos, et a plerisque viris doctis, etiam nonnullis ex fratribus nostris S. R. E. cardinalibus celebratos Nobis et Apostolicas Sedi dicaverit, et obtulerit; Nos animo tenentes in sacro eloquio scriptum esse bonorum laborum gloriosum esse fructum, cupientesque tot studia frustra non esse impensa, sed pro communi omnium praecipue peritorum Christianorum fruge ac spirituali utilitate in lucem et publicam editionem prodire et in usum esse, motu proprio et ex certa nostra scientia, ut quilibet etiam sacerdos eosdem hymnos etiam in divinis legere, et eis uti possit, tenore praesentium, auctoritate Apostolica concedimus, et mandamus. (Ce Bref se trouve à la tête du recueil des Hymnes de Ferreri.)

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Ainsi, par cette mesure, unique jusqu'alors, il était permis à tout ecclésiastique de se servir en particulier d'une forme liturgique qui n'était point universelle; le choix des prières à réciter, au moins dans une certaine proportion, était livré à la volonté de chacun; à des maux publics il était apporté un remède privé. C'était donc encore là un de ces palliatifs qui ne réformaient rien et qui n'appelaient que plus haut la grande et solide réformation du Concile de Trente, et des Pontifes qui en interprétèrent et en appliquèrent si énergiquement les décrets.

On a dû remarquer sur le titre de l’Hymnaire de Ferreri, l'annonce d'un nouveau bréviaire élaboré par le même, et qui est recommandé comme devant paraître sous une forme abrégée, plus simplifiée que l'ancien, et devant être exempt de toute erreur. C'est qu'en effet, il ne suffisait pas de donner un nouveau recueil d'hymnes, si le fond de l'office lui-même avait besoin de réforme. Toutefois on conviendra que c'est une singulière idée de mettre en évidence, comme la première des recommandations, la brièveté du bréviaire expurgé qu'on veut substituer à l'ancien. La longueur des prières du divin service ne peut pas être mise au rang des abus, au même titre que les interpolations  de faits  apocryphes  qui pouvaient s'y être

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glissées. Mais tel était l'esprit général, durant la première - moitié du XVI° siècle. On sentait qu'il y avait quelque chose à faire, et, pour le découvrir, on tâtonnait, on cherchait bien loin ce qu'on avait sous la main. Saint Pie V fit autrement. Ferreri étant mort, sans avoir pu donner son bréviaire . abrégé, Clément VII chargea de l'exécution de ce projet le cardinal François Quignonez, connu sous le nom de cardinal de Sainte-Croix, parce qu'il était titulaire de Sainte-Croix en Jérusalem. Ce prélat qui était franciscain et avait été général de son ordre, s'occupa activement de remplir cette mission, et enfin, en 1535, il put présenter son travail à Paul III, successeur de Clément VII. Ce pape l'ayant approuvé, le bréviaire de Quignonez parut à Rome, sous ce titre : Breviarium Romanum ex sacra potissimum Scriptura et probatis sanctorum historiis collectum et concinnatum. Pour mettre le lecteur plus à même de juger cet ouvrage, nous traduirons ici une partie de l'épître dédicatoire à Paul III, que le cardinal a placée en tête de son bréviaire.

Quignonez expose d'abord les raisons pour lesquelles l'Église a fait un devoir aux clercs de réciter l'office canonial. Il en reconnaît trois. La première se tire de la consécration spéciale qui les lie au service de Dieu ; la seconde, du besoin qu'ils ont d'un secours contre les tentations du démon. « La troisième, dit-il, est qu'étant appelés à être les précepteurs de la Religion, il est nécessaire qu'ils s'instruisent par la lecture journalière de la sainte Écriture et des histoires ecclésiastiques, et que, comme dit Paul, ils acquièrent une diction fidèle, conforme à la doctrine, devant être puissants pour exhorter dans une saine doctrine et pour reprendre ceux qui contredisent. Que si quelqu'un considère avec soin le mode de prière établi par la tradition des anciens, il verra clairement s'ils ont pris garde à toutes ces choses ; mais il est arrivé, je ne sais comment, par la négligence des hommes,

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que l'on a décliné peu à peu de ces très-saintes institutions des anciens Pères. En effet, les livres de l'Écriture sainte, qui devaient être lus à des temps marqués de l'année, à peine sont-ils commencés dans l'Office, qu'on les interrompt. Nous citerons en exemple le livre de la Genèse qui commence dans la Septuagésime, et le livre d'Isaïe, dans l'Avent; à peine en lisons-nous quelques chapitres, et il en est de même des autres livres de l'Ancien Testament, que nous dégustons plutôt que nous ne les lisons. Quant aux Évangiles et autres Écritures du Nouveau Testament, on les a remplacés par d'autres choses qui n'y sont comparables ni pour l'utilité, ni pour la gravité, et qui, chaque jour, sont plutôt l'objet de l'agitation de la langue que de l'intention de l'âme. Des psaumes étaient destinés pour chaque jour de la semaine, la plupart du temps ils ne sont d'aucun usage; seulement, il en est quelques-uns que l'on répète presque toute l'année. Les histoires des saints, placées dans les Leçons, sont écrites d'une manière si inculte et si négligée, qu'elles semblent n'avoir ni autorité, ni gravité. De plus, l'ordre et la manière de prier sont si compliqués et si difficiles, que, parfois, on mettra presque autant de temps à rechercher ce qui doit être lu qu'à le lire. Clément VII, souverain Pontife d'heureuse mémoire, ayant considéré ces choses et compris que, s'il était de sa charge de pourvoir à l'avantage de tous les chrétiens, il se devait principalement aux clercs, dont il se servait comme de ministres dans le sein du troupeau commis à sa garde, m'exhorta et me chargea, autant que le pouvaient comporter mes soins et ma diligence, de disposer les prières des Heures, en sorte que les difficultés et défauts dont je viens de parler étant retranchés, les clercs fussent engagés à la prière par l'attrait d'une plus grande facilité. J'acceptai volontiers cette commission, tant par obéissance au souverain Pasteur qui  commandait une

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chose si convenable, que pour contribuer, suivant mes forces, au bien public. Ayant donc employé le concours de plusieurs de mes familiers, hommes prudents, habiles dans les saintes lettres et le droit canonique, autant que savants dans les langues grecque et latine, j'ai mis tous mes soins à remplir ma commission pour l'avantage et l'utilité publique ainsi qu'il suit.

« On a omis les antiennes, capitules, répons, beaucoup d'hymnes et beaucoup d'autres choses du même genre qui empêchaient la lecture de l'Écriture sainte ; en sorte que le bréviaire est composé des Psaumes, de l'Ecriture sainte de l'Ancien et du Nouveau Testament, et des histoires des saints que nous avons tirées d'auteurs grecs et latins, approuvés et graves, ayant eu soin de les orner d'un style un peu plus châtié, mais sans recherche. On a laissé celles des hymnes qui ont semblé avoir plus d'autorité et de gravité. Les Psaumes ont été distribués de façon qu'en retenant, autant qu'il a été possible, l'institution des anciens Pères, on les puisse tous lire, chaque semaine de l'année, savoir, trois à chaque heure, la longueur des uns étant ainsi compensée par la brièveté des autres ; ce qui fait que le travail de la récitation journalière est  complètement le même pour toute la semaine comme pour toute l'année......

..................Par suite des variations du temps pascal et des autres fêtes qu'on appelle mobiles, nous n'avons pu éviter entièrement de statuer quelques-unes de ces règles dont auparavant le bréviaire était tellement rempli, qu'à peine la vie d'un homme suffisait pour les apprendre parfaitement ; mais nous les avons rendues si graves et si claires, qu'il est facile à chacun de les comprendre.......

« Cette manière de prier a trois grands avantages. Le premier, que ceux qui s'en servent y acquièrent la connaissance des deux Testaments. Le second, que l'usage en

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est très-expéditif, tant pour la grande simplicité de l'arrangement que pour une certaine brièveté. Le troisième, que les histoires des saints n'y présentent rien qui, comme te auparavant, offense les oreilles graves et doctes ....

« La différence entre ce bréviaire et celui dont nous avons usé précédemment est donc que, dans l'ancien, contrairement à la volonté des anciens Pères, qui voulaient qu'on lût, chaque année, presque toute l'Ecriture sainte, on lisait à peine une petite partie des livres ; tandis que dans le nôtre, tous les ans, on lit la grande et principale partie de l'Ancien Testament et tout le Nouveau, moins une partie de l'Apocalypse : on répète même les Épîtres et les Actes des Apôtres.....

« Quoique nous ne nous soyons pas proposé la brièveté de l'office, mais la commodité de ceux qui récitent, nous espérons cependant avoir atteint l'une et l'autre. Les leçons sont plus longues dans ce bréviaire, il est vrai, mais il n'y en a jamais plus de trois; tandis que, dans l'ancien, les Leçons sont au nombre de douze, avec autant de versets et de répons, si l'on compte l'office de la sainte Vierge. Que si quelques Psaumes, dans notre bréviaire, sont plus longs, dans l'autre on en lit chaque jour un beaucoup plus grand nombre, en comptant ceux qu'on répète.....

« L'ordre que nous avons établi est très-propre à menace ger le temps et à soulager la fatigue. La première et la seconde Leçon sont disposées invariablement pour toute l'année, qu'il tombe une fête ou non. La seule différence de l'office d'une fête, d'un dimanche ou d'un jour de férié, est dans la variation de l'invitatoire, des hymnes à Matines et à Vêpres, de la troisième Leçon et de l'Oraison : le reste demeure toujours sous la même forme (1). »

(1) Vid. la Note B.

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Telles étaient les intentions de Quignonez, tel avait été le but de Léon X, de Clément VII, de Paul III, savoir: de réformer l'office en l'abrégeant, et, pour ne point fronder les usages extérieurs de la Liturgie, d'introduire une distinction entre l'office célébré au chœur, et l'office récité en particulier. Au moyen d'une certaine variété dans les prières et les lectures, en évitant, autant que possible, les répétitions, en retranchant tout ce qui se rapporte à l'assemblée des fidèles, comme n'ayant plus de sens dans la récitation privée, on pensait ranimer le goût de la prière chez les clercs, et l'on ne voyait pas que c'était aux dépens de la Tradition ; que l'antique dépôt des prières liturgiques une fois altéré, ne tarderait pas à périr ; que cette forme d'office, inconnue à tous les siècles chrétiens, pénétrerait bientôt dans les Eglises, au grand scandale des peuples ; en un mot, que c'était une Réforme désastreuse que celle à laquelle on sacrifiait tout le passé de la Liturgie.

Si aujourd'hui nous nous permettons de juger aussi sévèrement une œuvre qui appartient à plusieurs Pontifes romains, puisqu'elle fut accomplie sous leur inspiration, ce n'est certes pas que nous ne soyons résolu toujours d'accepter comme le meilleur tout ce qui vient de la Chaire suprême sur laquelle Pierre vit et parle à jamais dans ses successeurs : mais il s'agit d'une œuvre qui ne reçut jamais des trois pontifes que nous venons de nommer, qu'une approbation domestique, qui ne fut jamais promulguée dans l'Église, et qui, plus tard, par l'acte souverain et formel d'un des plus grands et des plus saints papes des derniers temps, fut solennellement improuvée et abolie sans retour.

Le caractère de l'influence que le Siège apostolique exerça sur la publication du bréviaire de Quignonez, contraste avec tout ce qu'on a pu voir dans tous les siècles, avant ou après. Rome semble désirer qu'on embrasse cette forme d'office, et craindre, d'un autre côté, d'en faire une

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loi. On sent comme un état de passage qui doit durer jusqu'à ce que le pontife désigné de Dieu pour successeur des Léon, des Gélase, des Grégoire, dans l'œuvre liturgique, paraisse et réforme saintement le culte divin, comme parle l'Église (1). En attendant, Paul III explique en ces termes ses intentions au sujet du bréviaire de Quignonez : « Nous accordons à tous et à chacun des clercs ou prêtres séculiers seulement (2), qui voudront réciter cet office, de n'être plus tenus à la récitation de l'ancien office qui est maintenant en usage dans la Cour romaine ou dans toute autre Église ; mais ils seront censés avoir satisfait à la récitation de l'office et des heures canoniales, comme s'ils eussent récité l'ancien office, pourvu que chacun d'eux ait soin d'obtenir du Siège apostolique une licence spéciale pour ce pouvoir faire; laquelle licence nous ordonnons devoir être expédiée par simple signature et sans autres frais (3). »

Dans l'année même où il paraissait à Rome, en i535, le bréviaire de Quignonez ayant pénétré en France, y fut l'objet d'une attaque vigoureuse et rudement motivée de la part des docteurs de l'Université de Paris. Il avait été

(1)  Deus qui ad conterendos Ecclesiae hostes et ad divinum cultum reparandum, Beatum Pium, Pontificem maximum, eligere dignatus es, etc. (Brev. Rom. ad diem V. Maii.)

(2)  On voit que Rome craignait d'énerver la milice régulière, en lui . permettant l'usage de cet Office abrégé, et aussi d'ébranler les traditions

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