Institutions liturgiques (page 37)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

Nous allons maintenant donner la liste des auteurs du XVI° siècle qui se sont occupés de la Liturgie.

(1501). Jacques Wimpheling, prêtre du diocèse de Spire, composa, à la demande de son évêque, un office de la Compassion de la sainte Vierge, et dédia à ce prélat un poème de Laudibus et Caeremoniis Ecclesiœ. Il a laissé aussi un traité sur les auteurs des hymnes et des séquences.

(1516). Josse Clichtoüe, docteur de Paris, est auteur de l'excellent commentaire liturgique si connu sous le titre de Elucidatorium ecclesiasticum, dans lequel il explique les hymmes, les cantiques, le canon de la messe et autres prières ecclésiastiques, et enfin les proses. On rencontre encore assez facilement aujourd'hui ce précieux ouvrage, qui n'a pas été réimprimé depuis plus de deux siècles. Beaucoup de points de la Liturgie sont traités, dans un autre ouvrage de Clichtoiie, intitulé : Anti-Lutherus, et dans ses autres écrits contre la réforme, qui sont tous fort remarquables pour le temps.

(152o). Albert Castellani, Vénitien, de l'ordre des frères

(1) Thesaurus Sacrorum Rituum, tom. III, 40; pag. 22.

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prêcheurs, prépara et dédia à Léon X le livre intitulé Sacerdotale; il dirigea, en outre, l'édition du Pontifical romain qui parut à Venise en 152o.

(1520). Erasme, de Rotterdam, si connu pour la triste influence qu'ont eue ses idées demi-protestantes sur une portion de l'Europe catholique, doit cependant entrer dans la liste des liturgistes du XVI° siècle. Il a laissé des hymnes en l'honneur de la sainte Vierge, dont quelques-unes furent insérées, de son vivant, au Bréviaire de Besançon.

(1528). Pierre Ciruelo, chanoine de la cathédrale de Salamanque, a laissé un ouvrage intitulé : Expositio libri Missalis peregregia.

(1529). Gabriel d'Ancône, augustin, sacristain de la chapelle du pape, composa trois traités qui sont restés manuscrits, savoir: 1° De Ritu et Cœremoniis in Capella Pontificia; 2° Acta in adventu et coronatione Caroli V in civitate Bononiœ; 3° Acta quœdam cœremonialia ab anno 1508, cum supplemento usque ad annum 1550.

(1532). George Wicelius, d'abord luthérien, puis réuni à l'Église catholique, laissa deux écrits sur l'objet que nous traitons : 1° Defensio Liturgiœ ecclesiasticœ; 2° Liturgica Exercitamenta christianœ pietatis. Dans ce dernier ouvrage, il donne la traduction de plusieurs des Liturgies de l'Orient.

(1540). François Titelman, de l'ordre des frères mineurs, composa, entre autres ouvrages, les suivants : 1° Expositio mysteriorum Missœ et sacri Canonis; 1° Expositio officii de sacrosancta Trinitate.

(1540). Jean Cochlée, illustre docteur catholique, chanoine de Breslau, et infatigable défenseur de la foi catholique contre les réformateurs du XVI° siècle, opposa au traité de Luther contre la messe, une édition des livres d'Innocent III, de Mysteriis Missœ, et de ceux de saint Isidore, de Officiis ecclesiasticis. Il est aussi le compilateur

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de la première collection des auteurs liturgistes que l'on connaisse. Elle parut à Mayence, en 1549, sous ce titre : Speculum antiquœ devotionis circa Missam et omnem alium cultum Dei, ex antiquis, et antea nunquam evulgatis per typographos auctoribus, a Joanne Cochlœo laboriose collectum. Cette collection comprend neuf auteurs, savoir :

1° Amalaire de Trêves, de Officio missœ ;

20 Walafrid Strabon, de Exordiis et Incrementis rerum ecclesiasticarum ;

3° Saint Basile, de Missa Grœcorum ;

4° Expositio missœ brevis, d'après d'anciens manuscrits ;

5° Saint Pierre Damien, Liber qui dicitur Dominus vobiscum ;

6° Honorius d'Autun, Gemma animœ;

7° Le Micrologue ;

8° Pierre le Vénérable, Nucleus de sacrificio missœ;

9° Liber de vita S. Bonifacii, Martyris.

(1547). Laurent Massorilli, de l'ordre des frères mineurs, publia un recueil d'hymnes sacrées, divisé en quatre livres, qu'Arevalo juge n'être pas indignes du siècle qui les a produites.

(1550). Gentien Hervet, savant littérateur français qui assista au concile de Trente et mourut chanoine de Reims, traduisit en latin, outre beaucoup d'ouvrages des saints Pères, les Liturgies de saint Jean Chrysostome et de saint Basile, la Mystagogie de saint Maxime, et l'Exposition de la Liturgie, par Nicolas Cabasilas.

(1557). Matthias Francowitz, plus connu sous son nom littéraire de Flaccus Ulyricus, l'un des centuriateurs de Magdebourg, fit imprimer, à Strasbourg, la fameuse Messe latine qui a retenu le nom de ce savant, et qui a tant occupé les critiques catholiques et protestants. Nous en traiterons ailleurs.

(1558). Georges Cassandre, docteur flamand, combattit

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avec zèle les nouveautés de la Réforme, quoiqu'on soit en droit de lui reprocher quelques propositions trop hardies. Il publia un ouvrage savant ayant pour titre : Liturgica de Ritu et Ordine Dominicœ Cœnœ celebrandœ e variis scriptoribus. C'est un recueil de passages des auteurs ecclésiastiques sur toutes les parties de la messe. Il est suivi de l’Ordre romain, le seul que l'on connût alors. Cassandre publia, en outre, un recueil d'hymnes dans le genre de celui de Clichtoue, et un autre recueil des oraisons que l'on appelle collectes.

(1560). Marc-Antoine Muret, célèbre humaniste, appartient à la classe des liturgistes par ses hymnes, dont plusieurs ont été admises dans les bréviaires modernes des diocèses de France.

(1560). Jean-Etienne Duranti, président du parlement de Toulouse, et dont tout le monde connait la fin tragique, a publié sous son propre nom un ouvrage célèbre intitulé : De Ritibus Ecclesiœ catholicœ, dont la dernière édition est de 1675, à Lyon. Plusieurs auteurs contestent cet ouvrage à Duranti, et l'attribuent à Pierre d'Anes, évêque de Lavaur.

(1560). Claude de Sainctes, évêque d'Évreux, a traduit en latin les Liturgies de saint Jacques et de saint Basile.

(1560). Wolfgang Lasius, savant philologue allemand, publia une collection liturgique qui doit être comptée pour la seconde et qui parut à Anvers en 1560, sous ce titre : De Veteris Ecclesiœ ritibus ac cœremoniis. Elle est moins ample que celle de Cochlée, et se compose des pièces qui suivent :

1° Une lettre de Charlemagne à Alcuin, de Cœremoniis ecclesiasticis ;

2° La réponse d'Alcuin à cette lettre ;

3° Le poème d'Hildebert, de Mysterio missœ.

4° Un fragment anonyme, de Ritibus et Cœremoniis Ecclesiœ Romanœ a Nativitate Domini per hyemem ;

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5° Rhaban Maur, de Virtutibus et vitiis.

(1562). Antoine de Mouchy, recteur de l'Université de -Paris, connu sous le nom de Democharès, publia un gros traité sur le sacrifice de la messe, ouvrage assez indigeste, dirigé contre les sacramentaires.

(1568). Melchior Hittorp, doyen de la collégiale de Saint-Cunibert de Cologne, a publié la troisième collection liturgique et la plus célèbre de toutes. Elle se compose de douze auteurs et porte ce titre: De Catholicœ Ecclesiœ divinis officiis ac ministeriis, varii vetustiorum aliquot Ecclesiœ Patrum ac scriptorum libri. Coloniœ, 1568.

Les livres qu'elle contient sont les suivants :

1° L'Ordre romain ;

2° Saint Isidore de Séville, de Ecclesiasticis Officiis;

3° Le faux Alcuin, de Officiis divinis;

4° Amalaire Fortunat, de Divinis Officiis, et de Ordine Antiphonarii ;

5° Rhaban Maur, de Institutione clericorum;

6° Walafrid Strabon, de Exordiiset Incrementis rerum ecclesiasticarum ;

7° Bernon de Richenau, de Quibusdam Rebus ad missœ officium pertinentibus;

8° Le Micrologue, de Ecclesiasticis Observationibus;

9° Saint Yves de Chartres, vingt et un sermons de Ecclesiasticis Sacramentis, ac Officiis, et Prœcipuis per annum Festis;

10° Hildebert, de Mysterio missœ;

11° Raoul de Tongres, de Observantia canonum ;

12° Un anonyme, Missœ Expositio brevis.

La collection d'Hittorp a eu plusieurs éditions, et chaque fois elle a été reproduite avec des augmentations, ainsi qu'on le verra bientôt.

(1568). Jean Molanus, docteur de Louvain, publia une édition du Martyrologe d'Usuard, avec des additions tirées du Martyrologe romain et de ceux des églises de la basse

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Allemagne. Il y joignit aussi le Martyrologe de Wandelberg, et compléta le tout par une excellente préface en vingt-trois chapitres. Il est pareillement auteur d'un livre de Picturis et Imaginibus sacris, et d'un opuscule sur les Agnus Dei.

(1569). Jean Maldonat, illustre professeur delà compagnie de Jésus, joint à ses autres titres de gloire celui de liturgiste distingué. On en peut juger par son excellent traité de Cœremoniis, tant estimé de Richard Simon, et qui a été enfin publié par Zaccaria en 1781, dans le troisième volume de la Bibliotheca ritualis.

(1570). Jean du Tillet, évêque de Saint-Brieuc, puis de Meaux, a laissé un traité en français, de l'Antiquité et de la Solennité de la messe.

(1671). Jacques Pamélius, évêque de Saint-Omer, est un des hommes qui ont le mieux mérité de la science liturgique, en donnant au public son importante collection intitulée : Liturgica latinorum. Il y comprit les anciens livres des églises romaine, ambrosienne, gothique,   etc.

(1571). Jérôme Maggi, Milanais, d'abord magistrat, puis ingénieur militaire, ayant été pris par les Turcs au siège de Famagouste, composa, pendant sa captivité, un curieux traité sur les cloches.

(1572). Onuphre Panvini, augustin, l'un des hommes du XVI° siècle les plus versés dans la connaissance des antiquités ecclésiastiques, a laissé plusieurs travaux liturgiques. Nous citerons: i° L'intéressant opuscule de Urbis Romœ stationibus, imprimé ordinairement à la suite des vies des papes de Platine ; 2° de Ritu sepeliendi mortuos apud veteres christianos, et de eorum cœmeteriis; 3° de Baptismate Paschali, origine et ritu consecrandi Agnus Dei ; 4° de prœcipuis urbis Romœ sanctioribusque Basilicis, quas Septem Ecclesias vulgo vocant; 5° de Episcopalibus Titulis et Diaconiis Cardinalium. Panvini avait, en outre, préparé une collection d'anciens rituels, qui n'a

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pas paru, et dont la préface a été publiée par D. Mabillon, dans le deuxième tome du Musœum Italicum.

(1572). Nicolas Aurificus, carme, donna en cette année, à Venise, une nouvelle édition du Speculum de Cochlée, dont il retrancha la Messe de saint Basile et le Livre de la vie de saint Boniface; il les remplaça par les opuscules de Bernon et de Hildebert, qu'il emprunta à la collection d'Hittorp. Il ajouta ensuite l’Ordo missœ de Burchard, et un opuscule qu'il avait lui-même composé sous ce titre: De Antiquitate, Veritate et Cœremoniis missœ.

(1577). Pierre Galesini, protonotaire apostolique, qui fleurit à Rome sous les pontificats de Grégoire XIII et de Sixte-Quint, travailla à illustrer et à corriger le Martyrologe romain, en le mettant dans un style plus châtié, et ajoutant une notice historique à chaque nom de saint.

(1578). Gabriel Sévère, archevêque de Philadelphie, prélat auquel le Sénat de Venise avait donné le soin des Grecs établis sur le territoire de cette république, à composé un livre de Septem Ecclesiœ Sacramentis, dont le père Morin a tiré l'opuscule intitulé: de Sancto sacerdotii Sacramento.

(158o). Joseph-Valentin Stevano, évêque italien, a laissé deux opuscules liturgiques: 1° De Adoratione et Osculatione pedum Romani pontificis, et Levatione seu Portatione ejusdem ;

2° De Ritu tenendi frœnum et staphades summis pontificibus ab imperatoribus.

(1584). Maxime Margunius, évêque de Cythère, est connu pour avoir traduit et publié, en grec vulgaire, les Synaxaires et le Ménologe.

(1586). Marc-Antoine-Marsile Colonne, archevêque de Salerne, est auteur de l'excellent traité intitulé : Hydragiologia, sive de Aqua benedicta.

(1586) Vincent Bonardi. dominicain, évêque de Sainte-Cyriaque,

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a écrit un volume sur les Agnus Dei, intitulé : Discorso intorno l'antichità, e origine, modo di fare, benedire, batezzare, e distribuere i sacri Agnus Dei.

(1587). François Panigarola, évêque de Chrysopolis, a laissé un volume intéressant sous ce titre : De Stationum veteri instituto a Xisto V. P. M. revocato.

(1587). Rodolphe Hospinien, savant protestant, a composé, sur les matières liturgiques, deux grands ouvrages remplis d'une érudition qui fait regretter que l'auteur ne l'ait pas consacrée à une meilleure cause. Le premier est intitulé : De Templis, hoc est de Origine, Progressu, Usu et Abusu templorum, ac omnino rerum omnium ad templa pertinentium, libri quinque. Le second a pour titre ; Festa christianorum, hoc est de Origine, Progressu, Cœremoniis et Ritibus festorum dierum christianorum libri tres.

(1588). Marc-Antoine Mazzaroni est auteur d'un livre, de Tribus Coronis pontifias Romani, nec non de Osculo sanctissimornm pedum ejus.

(1590). Gilbert Génébrard, moine de Cluny, archevêque d'Aix, un des plus savants personnages de son temps, a donné, entre autres traductions de livres et auteurs grecs, celles de la Liturgie des présanctifiés, du Ménologe et du traité de Siméon de Thessalonique sur les Sept Mystères de l'Église. Il a composé en outre un opuscule, en français, intitulé : Liturgie apostolique.

(1592). Augustin Fivizzani, sacristain du palais apostolique, a laissé un ouvrage spécial de Ritu sanctissimœ Crucis Romano pontifici prœferendœ.

(1592). George Ferrari, donna en cette année, à Rome, une édition de la collection de Hittorp. Il y ajouta les livres de saint Pierre Damien, de Pierre le Vénérable et d'Honorius d'Autun, que déjà Cochlée avait insérés dans son Speculum et de plus, ceux de Rupert de Tuyt, de Divinis Officiis,   ainsi  que  le Speculum  de Mysteriis

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Ecclesiœ, et les autres opuscules attribués à Hugues de Saint-Victor.

(1593). Ange Rocca, évêque de Tagaste, sacristain de la chapelle papale, a traité un grand nombre de questions liturgiques par des ouvrages spéciaux qui ont été réunis dans les deux précieux tomes intitulés: Thesaurus pontificiarum sacrarumque antiquitatum,   nec non rituum, praxium et cœremoniarum. On y remarque, entre autres, les suivants :  De Sacrosancto Christi Corpore Romanis pontificibus iter conficientibus prœferendo; — De sacra summi pontifias Communione, missam solemniter celebrantis ;— Commentarius de campanis ;— de Tiarœ pontificiœ quam regnum mundi vulgo appellant, Origine, Significatu et Usu; — de Salutatione sacerdotis in missa et in divinis officiis, nec non de ministri vel chori Responsione; — de Precatione qua lectiones in matutino prœvenimus, nec non de fine quo eas claudimus; — Feria quidnam sit, et cur dies ab ecclesiasticis viris feriarum nomi-nibus in Ecclesia nuncupentur ; — de Origine et Institutione benedictionis candelarum, vel cereorum in festivitate Purificationis B. M. V.; — Unde cineres super caput spargendi usus originem habeat et quœ sibi velint ? — Aurea rosa, ensis et pileus, quœ regibus ac magnatibus a summo Pontifice benedicta in donum mittuntur, quid sibi velint ?

etc. Rocca avait en outre donné ses soins à la correction du sacramentaire grégorien, qui fait partie de l'édition   des Œuvres de  saint  Grégoire,   imprimée  à Rome en 1593, et qui a été aussi publiée à part, avec des notes, dans la même ville, en 1596. On lui doit aussi une édition du Sacerdotal de Samarini, qui est une sorte de rituel dont nous parlerons ailleurs.

(1594). François Ferrario est donné par Zaccaria, comme auteur d'un livre imprimé à Crémone, sur la Consécration des églises.

(1599). Corneille Schulting, doyen de la Faculté de Cologne,

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et chanoine de Saint-André de cette ville, a laissé plusieurs ouvrages d'une érudition remarquable pour le temps. L'un d'eux est intitulé : Bibliotheca ecclesiastica, seu commentaria sacra de expositione et illustratione Missalis et Breviarii. Coloniœ, 1599, 4 vol. in-folio. Ce travail, malgré ses nombreuses imperfections, doit être considéré comme la première bibliothèque liturgique qui ait été tentée. Zaccaria y a puisé pour la sienne beaucoup de renseignements qu'il n'aurait pas trouvés ailleurs.

(1602). En cette année, qui est celle de l'édition du Bréviaire romain par Clément VIII, nous plaçons au rang des liturgistes les deux cardinaux Robert Bellarmin et Silvio Antoniani, tous deux, ainsi que nous avons rapporté, membres de la commission nommée par le pape pour la révision du bréviaire. Ils suppléèrent de leurs fonds l'un et l'autre, à une omission qui déparait le bréviaire de saint Pie V. Ce pontife n'avait point assigné d'hymne spéciale pour le Commun des saintes Femmes. Antoniani composa celle que nous chantons aujourd'hui : Fortem virili pectore; et comme il en manquait pareillement une pour l'office de sainte Marie-Magdeleine, Bellarmin donna celle qui commence par ce vers : Pater superni luminis.

Ici s'arrête l'histoire de la Liturgie durant ce XVI° siècle qui, malgré ses tempêtes et ses scandales, doit être considéré comme un de ceux que l'Église de Jésus-Christ a traversés avec le plus de gloire. On peut dire, au reste, que l'histoire de ce siècle est encore à faire ; car pour ceux qui seraient tant soit peu versés dans la science religieuse, l'ouvrage si vanté de Ranke, avec ses omissions, ses préjugés et ses erreurs positives, ne peut être qu'un livre de renseignements sur quelques points, utile seulement à ceux qui dominent déjà l'ensemble des faits ecclésiastiques de cette époque, très-dangereux pour les autres. Ce qu'il importe  surtout de voir, c'est  la réforme  de

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l'Église, renouvelant elle-même sa jeunesse comme celle de l'aigle (1). Que d'œuvres merveilleuses et fortes accomplissent les pontifes romains, de Pie V à Clément VIII ! Quel gouvernement énergique et intelligent que celui qui créa ces institutions sur lesquelles repose aujourd'hui toute la forme extérieure du catholicisme! Pie IV publie les règles de l'Index des livres prohibés, et la célèbre profession de foi qui maintient l'orthodoxie au sein de l'Église. Saint Pie V promulgue le bréviaire, le missel, et cette admirable synthèse du dogme catholique, sous le nom de catéchisme romain. Grégoire XIII réforme le calendrier, publie le martyrologe, revoit le décret de Gratien. Sixte-Quint donne l'édition corrigée de la Vulgate, et érige les congrégations romaines. Clément VIII publie le pontifical et le cérémonial, et assure pour les siècles suivants la pureté du bréviaire et du missel.

Voilà quelques-uns des efforts tentés par, les papes du XVI° siècle pour opérer la réforme de l'Église. On voit que toutes ces grandes mesures reviennent à l'unité comme au seul but désiré : en effet, l'unité sauva la catholicité, au XVI° siècle, comme toujours ; mais cette unité avait besoin, à cette époque, d'être développée dans ses dernières conséquences. Une forme aussi importante que la Liturgie ne pouvait donc rester plus longtemps sans être ramenée au grand principe de Grégoire VII, de Charlemagne, de saint Innocent Ier. Toute l'Église le sentit, et la France, en tête des autres provinces de la catholicité, s'empressa de seconder les vues du siège apostolique. Comme aux premiers jours du monde, la terre se trouva n'avoir plus qu'un seul et même langage (2). Aujourd'hui, cette unité est rompue; cette harmonie est brisée; si le reste du monde prie encore avec Rome, la France a déchiré cette

(1)  Psalm. CII, 5.

(2)  Erat terra labii unius et sermonum eorumdem. (Gen. XI, 1)

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communion si touchante, si sacrée (1). Quand renaîtra-t-elle, cette unité liturgique préparée avec tant de soins par les souverains pontifes, pour être la sauvegarde du dogme et de la liberté ecclésiastique ? Quand dirons-nous, comme les pères du concile de Vannes, de 461 : Puisque nous n'avons qu'une même foi, n'ayons aussi qu'une même règle pour les divins offices (2) ? Il ne s'agit plus, comme au temps de Pépin et de Charlemagne, d'abjurer des rites établis chez nous par les fondateurs de nos Églises. Il n'y a guère plus d'un siècle que nous n'avions qu'une prière avec l'Église romaine : pourquoi n'y reviendrions-nous pas ? Nous en appelons à ceux qui nous ont suivi à travers ces faibles pages : le vœu de l'Église n'est-il pas l’unité dans la Liturgie comme dans tout le reste ? Nous est-il possible d'avoir sur ce point une autre doctrine que celle du Siège apostolique, exprimée par Clément VIII dans ces belles paroles : « Puisque dans l'Église catholique, laquelle a été établie par Notre Seigneur Jésus-Christ sous un seul chef, son Vicaire sur la terre, on doit toujours garder l'union et la conformité dans tout ce qui a rapport à la gloire de Dieu et à l'accomplissement des fonctions ecclésiastiques ; c'est surtout dans l'unique forme des prières contenues au bréviaire romain, que cette communion avec Dieu qui est un, doit être perpétuellement conservée, afin que, dans l'Église répandue par tout l'univers, les fidèles de Jésus-Christ invoquent et louent Dieu par les seuls et mêmes rites de chants et de prières (3). »

Tel est le vœu de l'Église; ce qui y serait contraire n'est donc pas le vœu de l'Église. Prions, afin que le Dieu de

(1)  Communionem discerperent. Vid. ci-après la Bulle : Quod a nobis.

(2)  Ci-dessus, pag. 125.

(3)  Cum in ecclesia catholica, a Christo D. N., sub uno capite, ejus in terris Vicario, instituta, unio et earum rerum quae ad Dei gloriam et debitum  ecclesiasticarum  personarum   omnium  spectant,  conformatio semper conservanda sit; tum praecipue illa communio uni Deo, una et eadem formula, preces adhibendi, quae Romano breviario continetur, perpetuo retinenda est, ut Deus, in Ecclesia per universum orbem diffusa; uno et eodem orandi et psallendi ordine, a Christi fidelibus semper laudetur et invocetur. (Clemens VIII, Bulla Cum in Ecclesia, § 1.)

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la paix et de l'unité dispose toutes choses dans sa force et sa douceur; afin que l'unité de prière se rétablisse au sein de notre patrie, et que la prière du Pasteur suprême soit la prière des brebis, comme déjà sa foi et sa doctrine sont leur foi et leur doctrine.

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NOTES DU CHAPITRE XV

NOTE A

PIUS EPISCOPUS, SERVUS SERVORUM DEI,

AD  PERPETUAM REI MEMORIAM.

Quod a nobis postulat ratio pastoralis Officii, in eam curam incumbimus, ut omnes, quantum Deo adjutore fieri poterit, sacri Tridentini concilii decreta exequantur, ac multo id etiam impensius faciendum intelligimus, cum ea quae in mores inducenda sunt, maxime Dei gloriam, ac debitum ecclesiasticarum personarum officium complectuntur. Quo in genere existimamus in primis numerandas esse sacras preces, laudes, et gratias Deo persolvendas, quae Romano breviario continentur. Quas divini Officii formula, pie olim, ac sapienter a summis Pontificibus, praesertim Gelasio, ac Gregorio primis constituta, a Gregorio autem septimo reformata, cum diuturnitate temporis ab antiqua institutione deflexisset, necessaria visa res est, quae ad pristinam orandi regulam conformata revocaretur. Alii enim praeclaram veteris Breviarii constitutionem, multis locis mutilatam, alii incertis et advenis quibusdam commutatam deformarunt. Plurimi, specie Officii commodioris allecti, ad brevitatem novi Breviarii a Francisco Quignonio tit. S. Crucis in Hierusalem presbytero card. compositi confugerunt. Quin etiam in provincias paulatim irrepserat prava illa consuetudo, ut Episcopi in Ecclesiis, quas ab initio communiter cum caeteris veteri Romano more Horas canonicas dicere ac psallere consuevissent, privatum sibi quisque breviarium conficerent, et illam communionem uni Deo, una et eadem formula, preces et laudes adhibendi, dissimillimo inter se, ac pene cujusque episcopatus proprio Officio discerperent. Hinc illa tam multis in locis divini cultus perturbatio ; hinc summa in Clero ignoratio caeremoniarum, ac rituum ecclesiasticorum, ut innumerabiles Ecclesiarum ministri in suo munere indecore, non sine magna piorum offensione, versarentur.

Hanc nimirum orandi varietatem gravissime ferens fel. rec. Paulus Papa IV, emendare constituerat ; itaque provisione adhibita, ne ulla in posterum novi Breviarii licentia permitteretur, totam rationem dicendi, ac psallendi Horas canonicas, ad pristinum morem et institutum redigendam suscepit.

Sed eo, postea nondum iis quae egregie inchoaverat perfectis, de vita decedente, cum a piae memoriae Pio Papa IV Tridentinum concilium, antea varie intermissum, revocatum esset. Patres in illa salutarii reformatione

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