Institutions liturgiques (page 54)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

(1)   Vid. la Note A.

(2)  Superflua, aut non satis pro Ecclesiœ dignitate convenientia. Ce sont les paroles du concile. Le lecteur se rappellera qu'elles avaient aussi servi de prétexte aux innovations de François de Harlay.

(3)  Nihil ea lege sapientius, et prudentia resecare debet quae licentia invexit, vel ignorantia. Num vero Concilium suspicari potuit eventurtim esse quondam, ut quae usu antiquissimo et universalissimo stabiliuntur, ea  Trecis   recenserentur   inter  superflua, aut non satis pro Ecclesiœ dignitate convenientia, quas Synodus aboleri praecipit : Num Synodi mens fuit ut unusquisque Episcopus, sub specie sapientius agendi quam universa Ecclesia, omnes missa; partes perturbaret, sus-pectisque novitatibus violaret uniformitatem Liturgia; prisca constan-tique tôt seculorum consuetudine consecratam '. Num legem hanc sanci-visset, si fore praevidisset, quod aliquando sub obtentu prœscriptas reformationis, veteribus canticis remotisshna antiquitate venerandis substituerentur sacrae Scriptura; textus mutilati, depravati, ad sensus alienos detorti, unde sana doctrina plurimum detrimenti caperet . (Pag. 1329.)

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Forcé dans ses retranchements, et convaincu d'attentat contre  l'unité liturgique,  l'évêque de Troyes  avait osé soutenir, dans  sa  réplique,  que l'unité dans les offices divins n'avait jamais été dans l'intention de l'Eglise. Écoutons l'archevêque de Sens réfuter avec sa science et son éloquence ordinaires, cette scandaleuse assertion que, plus d'une fois, nous avons nous-même entendue de nos oreilles : « Rien ne rendait le Nouveau Missel plus suspect que  le changement affecté de presque tous les introït, les graduels et autres pièces qui depuis tant de siècles se chantent dans toute l'Église, aux messes solennelles. Connaissait-il bien l'antiquité,  l'auteur du nouveau mandement ? Connaissait-il bien le véritable esprit de la sainte Église, quand, voulant défendre ce changement universel des cantiques de la messe, il ne craignait pas d'affirmer que l'uniformité des offices divins n'a jamais a. été dans l'intention de l'Église ? Le père Mabillon connaissait bien autrement l'antiquité, quand il établissait un axiome diamétralement opposé à ce nouveau principe,  que l'embarras d'une cause perdue a arraché à l'auteur du mandement.  En effet, ce savant homme, parlant du changement arrivé sous Charlemagne dans la Liturgie  gallicane, quand la France presque tout entière la quitta pour embrasser la romaine, expose a ainsi les causes de ce changement : Hœc semper fuerunt summorum Pontificum ardentissima studia, ut

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Romanœ ecclesice ritus aliis ecclesiis approbarent, ac persuaderent ; rati, id quod res erat, eas facilius in una fidei morumque concordia, atque in ecclesiae Romanœ obsequio perstituras, si eisdem cœremoniis eademque sacrorum forma continerentur (1). Le docte religieux n'avance point gratuitement son sentiment ; il l'appuie sur les plus graves autorités. »

Languet cite un nouveau passage de D. Mabillon, dans lequel le bénédictin rappelle la lettre de saint Innocent Ier à Decentius, évêque d'Eugubium, et les divers conciles des V°, VI°, VII° siècles, qui ont porté des canons pour préparer l'unité liturgique : après quoi il ajoute :

« L'auteur du mandement ignore ces choses, ou il les méprise. Cet homme fait peu de cas de cette concorde, de cette conformité avec le Saint-Siège dont nos pères se sont montrés si jaloux, et qui vient de recevoir tant d'atteintes dans le diocèse de Troyes. Pour donner quelque autorité au changement qu'on y a fait de presque toutes les pièces de chant que l'Église mère emploie dans la célébration des saints mystères, il ose attribuer à l'Eglise universelle un sentiment dont la fausseté est montrée par tant de monuments, affirmant avec audace que ce n'a jamais été l'intention de l'Eglise de prescrire l'uniformité dans les offices divins. Cette uniformité, l'Église l'a gardée tant qu'elle l'a pu ; de là est venu cet admirable accord que l'on remarque sur les prières du canon qui sont presque les mêmes dans toutes les églises, malgré leur nombre et leur diversité. Cette uniformité, l'Église s'en est approchée le plus qu'elle l'a pu ; quand elle n'a pu y parvenir, elle l'a désirée ardemment ; elle témoigne de ce désir dans les monuments les plus sacrés ; certes, elle s'est bien donné

(1) De Liturgia Gallicana. Prœfat. n° 2.

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de garde de la détruire dans les points sur lesquels elle la voyait établie.

« C'est en vain  que l'auteur du mandement observe que cette uniformité est empêchée par les différentes Liturgies,  et que chaque église a certains usages qui lui sont propres et particuliers. Nous verrons bientôt dans le cardinal Bona, que cet auteur cite très-infidèlement, que cette variété est venue, en grande partie, de la téméraire licence de certains évêques qui, abondant dans leur sens, ont préféré leur sentiment individuel et les productions de leur génie particulier, aux coutumes gardées avec  utilité  dans les autres églises, et qui se sont mis peu en peine de suivre les coutumes de cette église principale qui, pour son excellente dignité, est pour toutes les églises une maîtresse qui les enseigne, une mère qui les a engendrées (1). »

Nous avons suffisamment fait connaître l'importante discussion de l'archevêque de Sens et de l'évêque de Troyes ; le lecteur a pu voir quelle supériorité de raison, quelle orthodoxie de principes caractérise la doctrine de Languet. Mais nous manquerions à l'impartialité nécessaire à tout historien, et nous n'aurions pas mis dans tout son jour la fausse position où se trouvait, au XVIII° siècle, l'Église gallicane, par rapport à la Liturgie, si nous ne faisions pas connaître le seul instant de cette grande controverse dans lequel Languet se trouve, à notre avis, battu par son adversaire.

En effet, l'évêque de Troyes, pressant son métropolitain par un argument ad hominem, avait dit : On ne doit pas moins conserver la tradition dans les bréviaires que dans les missels. Cependant, que de choses ont été changées dans le Bréviaire de Sens (2) ! » A cela, l'archevêque répond : « Ce n'est pas seulement le

(1)   Vid. la Note H.

(2)  Deuxième Instruction Pastorale de l'Evêque de Troyes. Pag. 6.

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Bréviaire de Sens qu'il fallait nous objecter,mais encore ceux de plusieurs autres églises du royaume. Sans prendre la peine de peser les avantages et les inconvénients de ces nouveaux bréviaires, sans prétendre attaquer la conduite de nos frères dans l'épiscopat, il nous suffira, pour résoudre l'objection, d'observer qu'il en est autrement des bréviaires que des missels. Le bréviaire est destiné principalement aux prêtres et aux pasteurs; ce livre ne doit pas seulement les édifier, mais les instruire. C'est peut-être la raison pour laquelle plusieurs évêques ont cru qu'en composant un bréviaire formé des seules paroles de l'Écriture, les prêtres, au moyen de l'office qu'ils récitent chaque jour, deviendraient plus habiles dans la science des livres saints. En effet, le prêtre doit apprendre la doctrine de l'Église et la tradition autrement que par son bréviaire ; il n'éprouve pas le besoin, comme le peuple, d'avoir entre les mains tous les monuments que renferment les prières de l'Église. En outre, le peuple ne récite pas d'ordinaire l'office divin, et sans qu'il en puisse souffrir, on peut changer les prières des matines et des heures du jour. Le peuple, au contraire, assiste à la messe avec assiduité-, les uns la chantent, les autres la lisent tous les dimanches : c'est ainsi qu'ils gardent dans leur mémoire des vérités qu'ils ont apprises dès l'enfance, et qu'ils trouvent exposées et expliquées dans la messe du jour, Ces vérités, le peuple les croit avec une ferme confiance, parce qu'il sait qu'en tous lieux on les chante dans les mêmes cantiques, qu'on les a chantées dans tous les temps. Le peuple du diocèse de Troyes lira-t-il maintenant avec la même confiance et la même sécurité des messes qu'il saura n'être pas récitées dans d'autres  lieux (1) ? »

(1) Hic vero non solum breviarium Senonense objicere debebat, sed etiam aliarum  hujus Regni   Ecclesiarum   nova   breviarta, Verum ut recentium illorum breviariorum utilitates et incommoda ponderare omittamus, nec attentemus fratrum nostrorum Episcoporum agendi rationem in ea re condemnare, ad solvendam objectionem quae ex novis breviariis eruitur, sufficit observare, longe aliter judicari posse de breviariis quam de missalibus. Breviarium presbyteris prœsertim ac pastoribus destinatur, et eos non tantum eedificare debet, sed etiam edocere, hac fortasse de causa multi episcopi fore crediderunt ut, si ipsis elaborarent breviarium quod ex solis Scripturae textibus comporrerentur, in scientia SS. Librorum peritiores evaderent ope Officii quod singulis diebus recitant. Aliter enim ac per breviarium suum, doctrinam Ecclesiae scire debet presbyter, traditionemque cognoscere quam per breviarii sui usum : nec indiget, seque ac populus, ut habeat prae manibus cuncta illa monumenta quae nobis in Eeclesiae precibus exbibentur. Praîterea populus divinum Officium vulgo non récitât, et sine ullo populi incommodo verba et preces horarum nocturnarum et diurnarum mutari possunt. Missae autem populus assistit assidue ; alii eam cantant, alii singulis diebus dominicis illam legunt ; sicque in memoriam suam revocant veritates quas a pueritia didicerunt, et in missa diei expositas et explicatas vident. Veritates illas firma fiducia credit populus, quas scit ipsas in omnibus locis omnibusque temporibus in iisdem canticis fuisse decantatas ; eademne fiducia, eademne securitate in diœcesi Trecensi a populo legentur missae quas sciet nullo alio in toco recitari ? (Pag. 1334.)

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Nous oserons pourtant observer à l'illustre archevêque que si la tradition est l'élément principal de la Liturgie, elle doit être autant ménagée dans le bréviaire que dans le missel; que les confessions de foi consignées par saintra Grégoire, ou même ses prédécesseurs, dans les répons et les antiennes, sont d'une égale autorité, d'une utilité pareille contre les sectaires, que celles que nous avons dans les introït, les graduels et les offertoires , que si les passages de l'Écriture choisis par des particuliers sont dangereux, sans autorité, dans les missels, ils ne le sont pas moins dans les bréviaires , que le désir de transformer le bréviaire d'un diocèse particulier en un livre d'études sacerdotales ne justifie pas l'inconvénient d'altérer par là l'uniformité liturgique que l'on vient de démontrer conforme au vœu de l'Église, que toute opération tendant à isoler les prières privées du prêtre d'avec celles du reste

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de l'Église, est contraire au but des heures canoniales et a ' été réprouvée dans le Bréviaire de Quignonez; qu'il n'est pas exact de dire que l'on peut impunément changer les prières des heures, pourvu qu'on laisse au peuple celles de la messe, puisque le peuple assiste et chante aux vêpres, tous les dimanches, aux Petites Heures fréquemment, et quelquefois même à matines; qu'enfin, les changements introduits dans ces offices vraiment populaires, en révélant aux fidèles des variations dans le culte divin, leur feront la même impression fâcheuse que les altérations ou substitutions de prières dans le missel.

Tout ceci est d'une évidence si matérielle, que l'on ne s'expliquerait pas l'inconséquence dans laquelle l'évêque de Troyes a entraîné son adversaire, si l'on ne réfléchissait à la fausse position dans laquelle se trouvait Languet. Le Missel de Sens était encore le Missel romain à très-peu de choses près ; le bréviaire avait été réformé à la moderne, depuis quelques années. Languet était innocent de ces changements, mais il hésitait à les blâmer et se jetait à les justifier à tout hasard. Toutefois, il souffrait de cette fausse position, témoin ces paroles que nous trouvons plus loin: « Si cependant, dans un nouveau bréviaire, quelqu'un affectait de composer des antiennes avec les textes obscurs de l'Ecriture dans lesquels les hérétiques vont puiser les objections que les théologiens réfutent. l'artisan d'un tel bréviaire ne mériterait-il pas d'être repris ? Et, dans ce royaume, combien de bréviaires, SANS EN EXCEPTER LE NÔTRE, dans lesquels cette misérable affectation s'est glissée (1)! » Languet pouvait-il réprouver plus fortement les nouveaux bréviaires ?

(1) Si tamen in novo breviario affectaret aliquis antiphonas componere obscuris Scripturae textibus, unde hœretici depromunt objectiones quas theologi diluunt (quam multa autem in hoc regno breviaria, ne excepto quidem nostro, in quae misera hase irrepsit affectatio !), nonne breviarii illius artifex jure posset reprehendi ? (Pag. 1376.)

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ne donnait-il pas gain de cause à son adversaire? Nous le plaindrons donc; mais sa faiblesse contre un abus dont il gémissait et qu'il condamnait si sévèrement, ne donnera que plus de poids à sa doctrine liturgique, en la montrant plus désintéressée. Reprenons l'histoire du Missel de Troyes.

A la fin de son troisième mandement, l'archevêque de Sens renouvelait les prohibitions qu'on avait lues à la fin du premier. L'évêque de Troyes, de son côté, avait défendu la lecture des mandements de son métropolitain. Au milieu de cette anarchie, la cause avait été saisie, non par le primat, non par le Siège apostolique, mais par le roi, dont nous avons vu ailleurs les officiers proclamer les droits sur la Liturgie. Telles étaient les libertés de l'Église gallicane.

Cependant, le Chapitre de la cathédrale de Troyes, dont dix-sept membres, sur vingt-deux présents (1), avaient déféré le Nouveau Missel au métropolitain, n'était point demeuré inébranlable dans sa courageuse résolution. A la suite d'un de ses mandements, l'évêque avait pu produire devant le public l'adhésion de vingt-deux membres de ce corps à son missel, et leur désaveu de la démarche qui avait amené l'intervention de l'archevêque de Sens dans cette affaire. Languet donne l'explication de cette variation dans une lettre à son frère, le fameux curé de Saint-Sulpice. On avait employé les menaces et les caresses pour porter plusieurs des membres à se désister de leur appel ; d'autres, d'ailleurs, moitié par conscience, moitié par intérêt, s'étaient retranchés dans le silence. De plus, les chanoines commensaux de l'évêque s'étaient adjoints aux signataires de l'acte de rétractation de l'appel ; en sorte que le nombre des dix-sept réclamants était tombé à douze qui supportaient toutes les conséquences

(1)   Le Chapitre de Troyes était composé de trente-sept chanoines.

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de leur généreuse résistance, au moment où Languet écrivait à son frère la lettre dont nous parlons (1). Nous devons faire connaître dans cette histoire liturgique les noms de ces vénérables champions de la tradition de l'Église sur le culte divin. Nous les trouvons à la fin d'une adresse à leur métropolitain, dans laquelle ils protestent contre l'irrégularité des choses qui s'étaient passées dans la rétractation de l'appel. Cette pièce, qui est du 29 juin 1738, porte les signatures suivantes: J. Coullemier, Berthelin, Labrun, Jaillant, Angenoust, de la Rivey, Collis, Breyer, Faudrillon, H. Langlois, de la Chasse, et Doé.

Dieu ne permit pas que la courageuse résistance de ces dignes prêtres demeurât absolument sans effet. Quelques mois après, il intervint un ordre de la cour à l'évêque de Troyes, lui enjoignant de rétracter par acte public plusieurs des dispositions de son missel, et bientôt, sous la date du 15 octobre 1738, on vit paraître un mandement du Prélat, dont le dispositif était conçu en ces termes :

« A ces causes, et après avoir fait toutes les considérait tions qu'exigeait la matière; à l'effet de montrer l'équité

(1) Variis artibus usum est ut partim terrerentur, partim allicerentur plurimi ex canonicis, ut a prima sententia desciscerent. Quidam ut conscientiae simul et utilitati suae consulerent, timidi silentii partes amplexi sunt. Praevaluere tandem novitatis amatores, quorum vires ac numerum auxerant Praesulis ministri ac convictores, ceu, ut aiunt, commensales ; qui ubi agitur de rebus ad Episcopum pertinentibus, juxta usum Capituli, jus dicendae sententiae nullum habent. Remanent nihilominus duodecim qui generose defendunt tum privilegia Capituli, tum ritus Ecclesiae suae antiquitate conscecratos et quas inducere tentat Episcopus scandalosas novitates aversantur. Digna aureis Ecclesia; temporibus magnitudine animi obtulerunt se omnibus molestiis ac vexationibus quas canonicis potest afterre Praesulis, collegarumque suorum infensus animus, cujus habetur specimen in stylo quo erga Metropolitanum utuntur. (Languet. Epist. ad D. Parochum S. Sulpitii Parisiorum. Opp., tom. II, pag. 1412.)

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et la sincérité qui président à nos délibérations; désirant conserver la paix et abolir les dissensions qui sont une source de contention et non d'édification ; expliquant par les présentes les rubriques de notre missel et voulant suppléer à ce qui leur manque, nous statuons et ordon nons ce qui suit :

« 1° Les mots submissiori voce employés dans lesdites rubriques, devront être entendus dans le sens des mots submissa voce et secreto employés dans les autres missels.Nous défendons à tout prêtre de notre diocèse de prononcer à voix haute et intelligible les paroles du Canon de la Messe et les oraisons appelées secrètes.

« 2° Nous enjoignons à tous les prêtres qui célèbrent des messes chantées, de lire et réciter en particulier l’introït, le Kyrie eleison, le Gloria in excelsis, l'épître, le graduel, l'évangile, le Credo, et les autres parties de la Messe qui se chantent au choeur.

« 3° Nous ajoutons à la rubrique qui prescrit le mode de distribuer la communion aux fidèles, l'injonction expresse de réciter le Confiteor et les autres prières d'usage avant la communion ; ce qui devra être inviolablement observé dans tout le diocèse, même pour la communion qui se donne intra Missam.

« Quœ pacis sunt sectemur, ea quœ œdijîcaiionis sunt in invicem custodiamus (Rom. XIV). Sera notre présent mandement lu et publié à la grand'messe, dans toutes les paroisses de notre diocèse; et afin que notre volonté soit connue de tous ceux qui célébreront la messe dans notre diocèse, nous ordonnons que ce dispositif de notre mandement soit imprimé à part et placé en tête de chaque exemplaire de notre missel (1). »

L'évêque de Troyes publia ce mandement de Paris, où

(1) J.-J. Languet Oper., tom. II, pag. 1415.

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il s'était rendu pour accommoder l'affaire. On doit remarquer dans cette honnête rétractation, outre l'injonction royale qui en fut la cause, que l'évêque de Troyes ne révoque pas la scandaleuse rubrique de son missel qui tend à transformer l'autel du sacrifice catholique en une simple table, par la suppression des chandeliers et de la croix; il est vrai que cette rubrique semble être'plutôt directive que préceptive. Ce fut sans doute l'excuse que fit valoir son auteur pour échapper sur ce point à la rétractation.

Mais ce qui est plus grave, à raison des conséquences, c'est qu'il ne fut demandé à l'évêque aucun désaveu sur le changement des messes signalé par Languet, œuvre de séparation, insulte à la tradition dont on avait repoussé les saintes et graves formules, pour les remplacer par des phrases de l'Écriture sainte produites arbitrairement, ou dans un but hérétique. Deux raisons empêchèrent d'apercevoir toute la gravité de cette manœuvre. La première est qu'on se préoccupa trop des modifications que le Missel de Troyes établissait dans les cérémonies, parce qu'elles étaient de nature à choquer plus gravement les yeux et les oreilles du peuple, tandis qu'on ne voyait pas la même importance à la substitution d'un introït,ou d'un graduel. La seconde raison, c'est qu'on n'eût pu sévir sous ce prétexte contre le Missel de Troyes, sans condamner un grand nombre de prélats français qui, depuis François de Harlay jusqu'en 1738, avaient déjà remanié toute la Liturgie, suivant le même système. Cependant tout le danger était là; Languet et l'archevêque de Cambrai l'avaient signalé; nous entendrons bientôt d'autres voix rares, mais courageuses, s'unir à celles de ces deux grands prélats; mais ces voix se perdirent au milieu du fracas d'applaudissements qui accueillit, dans la plus grande partie de la France, les nouvelles théories liturgiques. Qu'importait de veiller avec tant de soin à la conservation

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de certaines cérémonies extérieures, quand l'âme de toute la Liturgie, la tradition, l'unité, l'antiquité, l'autorité des formules saintes s'éteignaient; car si le fond de la Liturgie est le sentiment religieux, sa forme première est et doit être la parole, et si le geste accompagne la parole, il ne la supplée qu'imparfaitement.

La longue et instructive histoire du Missel de Troyes a causé dans notre récit une inversion chronologique que nous allons réparer maintenant. L'ordre des temps eût exigé que nous racontassions d'abord l'apparition de l'ouvrage de dom Claude de Vert, intitulé : Explication simple, littérale et historique des cérémonies de la Messe, et du système trop fameux sur lequel repose ce livre tout entier. Le désir de réunir les divers faits qui ont rapport au complot janséniste pour la récitation du Canon à haute voix, nous a engagé à réunir dans notre récit l'histoire du Missel de Troyes à celle du Missel de Meaux ; maintenant que nous en avons fini sur cette matière, nous allons faire connaître la nouvelle atteinte portée à la Liturgie par le célèbre promoteur et rédacteur du Bréviaire de Cluny.

C'est un principe dans toute religion que les cérémonies renferment un supplément aux formules du culte ; la religion chrétienne elle-même, qui fonde ses moyens de salut pour le peuple fidèle sur les sacrements, proclame la nécessité, l'importance des rites sacrés, comme divinement institués, renfermant la grâce qu'ils signifient. Elle voit dans la matière et la forme de ces sacrements des circonstances extérieures, non choisies arbitrairement et dans un but de commodité, mais imposées immédiatement dans le but de signifier et d'opérer tout à la fois. Dire que l'origine du baptême n'est autre que le besoin de se laver le corps par motif de propreté, ce serait tout à la fois dire une impiété et mentir à l'histoire de l'institution de ce premier des sacrements.

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Néanmoins, ainsi que nous l'avons raconté ailleurs (1), rien n'a été plus violemment poursuivi par la secte anti-liturgiste que ce symbolisme chrétien qui donne une valeur mystique à un geste, à un objet matériel, qui spiritualise la création visible et accomplit si magnifiquement le but de l'Incarnation, exprimé d'une manière sublime dans cette admirable phrase liturgique : Ut dum visibiliter Deum cognoscimus per hunc in invisibilium amorem rapiamur (2). Quand l'hérésie a pu agir directement, elle a écrasé le symbolisme : témoin les iconoclastes, témoin Luther et plus encore Calvin, qui, détruisant tous les sacramentaux et même les sacrements, à l'exception d'un seul, ont placé le protestantisme, nous ne dirons pas au-dessous du judaïsme qui avait ses symboles divins quoique muets, mais au-dessous du gentilisme, qui renfermait et renferme encore tant de traits empruntés à la divine religion des patriarches.

Nous avons déjà remarqué cent fois que toutes les manœuvres que l'hérésie opère hors de l'Eglise, se répètent sur une échelle moins vaste, mais avec une diabolique intelligence, au sein du peuple fidèle, au moyen des influences de la secte antiliturgiste qui s'est montrée de nos jours sous la forme du jansénisme. Rappelons-nous encore une fois que la secte ne nie jamais formellement le dogme qu'elle déteste ; son succès, son existence même dépendent de sa discrétion. Elle doit garder un point de contact avec l'orthodoxie, en même temps qu'elle s'entend, par-dessous terre, avec l'hérésie.

Or il était facile de prévoir que le même mouvement qui avait produit le renversement de la tradition dans les Missels et Bréviaires de Paris, de Cluny, de Troyes, qui avait failli corrompre le Canon de la messe dans le Missel de Meaux, qui poussait à la traduction de la Bible et des

(1)  Chap. XIV, pag. 400.

(2)   Préface de Noël, au Missel romain.

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livres liturgiques en langue vulgaire, qui portait un grand nombre de prêtres à violer le secret des mystères dans la célébration de la messe, tendrait, dans cette universelle sécularisation de la Liturgie, à matérialiser les cérémonies dont l'antique mysticisme se trouvait en contradiction trop flagrante avec tout cet ensemble de naturalisme. Déjà, chez les Français, peuple frivole, le protestantisme, préludant aux sarcasmes de la philosophie du XVIII° siècle, avait déversé le ridicule sur un grand nombre de cérémonies, et, certes, on peut dire que ce n'avait pas été sans succès. La seule comparaison des rituels du XVI° siècle avec ceux de nos diocèses d'aujourd'hui, nous montre assez combien de pieux et vénérables rites pratiquaient nos pères qui sont aujourd'hui tellement oubliés, que c'est presque de la science que de savoir les rappeler.

Généralement, nos docteurs se placèrent trop exclusivement sur la défensive vis-à-vis de la prétendue Réforme ; ils amoindrissaient le dogme, ils élaguaient du culte tout ce qui leur semblait difficile à défendre au point de vue de leurs adversaires. Ils voulaient ne pas choquer, contenter même, s'il eût été possible, la raison des protestants ; ils leur accordaient la victoire en petit, convenant ainsi tacitement que la Réforme avait eu certains griefs contre l'Église qui avait péché par exagération. Tactique imprudente que les succès n'ont jamais justifiée. Quels sont, par exemple, les protestants que la déclaration de 1682 ait réconciliés avec le Siège apostolique, réduit désormais aux proportions d'autorité qu'il plaisait aux Français de lui laisser? Ne sait-on pas que les protestants de Hollande adressèrent des félicitations aux évêques de l'assemblée, de ce qu'enfin ils se rapprochaient d'eux ? Ne sait-on pas que la généralité des protestants convertis en notre siècle (et notre siècle est celui qui a vu le plus grand nombre d'abjurations), ne veut point connaître d'autre interprète

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des prérogatives du Siège-apostolique que le Siège apostolique lui-même ?

Le XVII° siècle avait fini dans cet esprit de tolérance que le XVIII° ne devait pas démentir. La réforme profitait, ainsi que de raison, de ces avances maladroites, et vers 1690, un célèbre ministre calviniste, Jurieu, écrivait qu'un savant homme de l'Église romaine, chanoine (1) de Cluny, préparait un ouvrage qui ferait tomber les Durands, les Biels, les Innocents et leurs disciples, qui ont écrit touchant les mystères de la messe; et qu'il prouverait que toutes ces cérémonies sont sans mystères, et qu'elles ont été instituées uniquement par des raisons de commodité, ou par occasion (2). Ce savant homme était dom Claude de Vert ; c'est notre trésorier de Cluny qui s'était ainsi chargé de naturaliser les cérémonies de la messe, et cette nouvelle avait fait tressaillir dans sa grotesque Pathmos le fanatique prophète du calvinisme.

Dom de Vert, dans un voyage qu'il avait fait à Rome, vers 1662, et dans lequel il fut témoin de la pompe des cérémonies qui se pratiquent dans cette capitale du monde chrétien, loin d'en goûter les mystères, conçut dès lors l'idée d'un ouvrage dans lequel, dédaignant d'expliquer les symboles de la Liturgie par des raisons mystiques, comme l'avait fait jusqu'alors toute la tradition des liturgistes de l'Église d'Orient et de celle d'Occident, il en rechercherait seulement les raisons physiques, à l'aide desquelles il se promettait de rendre raison de tout. Le projet de cet ouvrage, déjà fort avancé en 1690, avait percé dans le public, et la nouvelle en était parvenue jusqu'à Jurieu. D. de Vert ayant eu connaissance de l'assertion du ministre, en fut embarrassé et résolut de lui répondre sur-le-champ, sans attendre la publication de

(1)  C'est moine qu'il voulait dire.

(2)  Jurieu cité par D. de Vert, dans sa Lettre à ce Ministre, page 1.

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son grand ouvrage. Il adressa à Jurieu une Lettre sur les cérémonies de la messe, qui parut à Paris, en 1690, et dans laquelle il avait pour but de détruire la mauvaise impression que les paroles du ministre auraient pu laisser contre lui dans le public, et de réfuter plusieurs sarcasmes de ce calviniste contre les rites du plus sacré et du plus profond de nos mystères.

Dom de Vert commence donc par protester de son respect pour les interprètes mystiques des cérémonies de l'Église, dont il révère, dit-il, jusqu'aux moindres explications ; mais il soutient que chaque cérémonie de l'Église a son histoire et ses raisons d'institution. « Je ne vois pas même, continue-t-il, pourquoi on ne pourrait pas dire que, comme le Saint-Esprit a dans l'intention tous les différents sens catholiques dont l'Écriture est capable, de même l'Église peut, dans l'usage de ses cérémonies, outre les raisons d'institution, avoir encore en vue les différents sens spirituels que les Pères et les auteurs mystiques donnent communément à ces cérémonies, et se proposer en cela d'aider par des choses sensibles la piété des fidèles, et relever même la majesté de ses divins offices. On ne détruit pas pour cela les raisons d'institution, qui sont comme le sens de la lettre au contraire, on le suppose, puisque c'est dans la lettre même que se rencontre l'analogie et le fondement de ces rapports et de ces allégories. Ce n'est point une soustraction de ce sens, mais une addition à ce sens. Pourquoi donc rejeter ces sens spirituels et mystiques, quand ils ne ruinent point celui de la lettre, quand on les contient dans de justes bornes, qu'on ne les donne que pour ce qu'ils sont, c'est-à-dire pour des pensées pieuses et édifiantes, et des idées arbitraires, si vous voulez, mais où on ne laisse pas de trouver de quoi s'instruire et se nourrir; qu'enfin, on établit et on suppose la lettre comme le fondement de tout? On voit,par exemple, un

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