Institutions liturgiques (page 7)
Le Canon s'ouvre ensuite, et qui osera ne pas reconnaître son origine apostolique ? Les fondateurs des Églises pouvaient-ils laisser flottante et arbitraire cette partie principale de la Liturgie sacrée ? S'ils ont réglé tant de choses secondaires, avec quel soin n'auront-ils pas déterminé les paroles et les rites du plus redoutable et du plus fondamental de tous les mystères chrétiens ? « C'est de la « tradition apostolique, dit le Pape Vigile, dans sa lettre « à Profuturus de Brague, que nous avons reçu le texte de la prière canonique (3). »
C'est cette même prière canonique que saint Paul a en
(1) Ideo sacerdos, ante orationem, praefatione prasmissa, parât fratrum mentes dicendo : Sursum corda, ut dum respondet plebs : Habemus ad Dominum, admoneatur nihil aliud se quam Dominum cogitare debere. (De Orat. Domin., pag. 107.)
(2) Deinde dicit sacerdos: Gratias agamus Domino; certe gratias agere debemus.... ad hase vos subjicitis : Dignum et justum est ! etc. (Cateches. Mystagog. V.)
(3) Quapropter et ipsiusCanonicae précis textum direximussubter adjec-tum, quam Deo propitio ex apostolica traditione accepimus. (Vigil. ad Profuturum Braccarensem. Labbe, tom. V, pag. 313.)
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vue, quand, dans sa première Épître à Timothée, parlant des prières solennelles à adresser à Dieu, il distingue les Obsécrations, les Oraisons, les Postulations, les Actions de grâces (1). Voici le commentaire de saint Augustin sur ce passage : « Mon avis est qu'il faut entendre ces paroles « de l'usage suivi dans toute ou presque toute l'Église, savoir: les supplications (precationes),c'est-à-dire celles que dans la célébration des mystères nous adressons avant même de commencer à bénir ce qui est sur la Table du Seigneur ; les prières (orationes), c'est-à-dire tout ce qui se dit lorsqu'on bénit et sanctifie, lorsque l'on rompt pour distribuer, et cette partie se conclut par « l'Oraison dominicale, dans presque toute l'Église ; les interpellations (interpellationes), ou comme portent nos exemplaires, les postulations (postulationes), qui ont lieu quand on bénit le peuple : car alors les Pontifes, en leur qualité d'avocats, présentent leurs clients à la très-miséricordieuse bonté ; enfin, lorsque tout est terminé et qu'on a participé à un si grand Sacrement, l'Action de grâces (Gratiarum actio) conclut toutes choses (2). »
Après la divine consécration, les dons sanctifiés reposant sur l'autel, cette prière prolixe dont parle saint Justin (3), et par laquelle il désigne le Canon, touchant à sa fin, l'Oraison dominicale est prononcée avec une confiance solennelle ; car dit saint Jérôme : « C'est d'après l'enseignement du Christ lui-même, que les Apôtres ont osé dire chaque jour avec foi, en offrant le sacrifice de son corps: Notre Père qui êtes aux cieux (4). »
(1) Obsecro igitur primum omnium fieri obsecrationes, orationes, postulationes, gratiarum actiones pro omnibus hominibus,etc. (I Tim., II, 1.)
(2) Vid. la Note G.
(3) Apolog. I, n°65, pag. 82.
(4) Sic docuit Christus apostolos suos, ut quotidiemeorporis illius sacrificio credentes audeant dicere: Pater noster, qui es in cœlis. (Adv.Pelag. lib I, cap. XVIII.)
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Le Sacrificateur procède ensuite à la Fraction de l’ Hostie, en quoi il se montre l'imitateur, non-seulement des Apôtres (1), mais du Christ lui-même, qui prit le pain, le bénit et le rompit avant de le distribuer (2).
Mais, avant de communier à la victime de charité, tous doivent se saluer dans le saint baiser (3). « L'invitation de l'Apôtre, dit Origène, a produit, dans les Églises, l'usage qu'ont les frères de se donner le baiser, lorsque la prière est arrivée à sa fin (4). »
Voilà donc certifiée l'origine apostolique des rites principaux du sacrifice, tels qu'ils se pratiquent dans toutes les Églises. Notre plan ne nous permet pas ici de traiter plus en détail cette matière : nous ajouterons seulement quelques mots, pour achever de donner une idée de la Liturgie, au siècle des Apôtres.
D'abord, pour ce qui regarde l'administration des Sacrements, nous y découvrons de suite la matière non-seulement présumée, mais entièrement certaine, d'un grand nombre de prescriptions apostoliques. Les cérémonies principales qui précèdent, accompagnent et suivent l'application de la matière et de la forme essentielles ; comme, dans le Baptême, les insufflations, les exorcismes, l'imposition des mains, la tradition du sel, les onctions, avec les formules qui y sont jointes, tous ces rites dont l'origine se perd dans les ombres de la première antiquité, ne peuvent avoir d'autres auteurs que les Apôtres eux-mêmes. L'Église l'enseigne, les anciens Pères l'attestent, la raison même le démontre ; car, autrement, comment expliquer l'universalité de ces rites ? Il faut donc admettre nécessairement
(1) I Cor., X, 16.
(2) Matth., XXVI, 26; Marc, XIV, 22; Luc, XXII, 19.
(3) Rom., XVI, 16; I Cor., XVI, 20; II Cor., XIII, 12; I Thess., V, 26; I Petr., V, 14.
(4) Ex hoc sermone mos ecclesiis traditus est ut post orationes, osculo invicem se recipiant fratres. (Origen. in Epist. ad Rom., cap. XVI.)
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un Rituel apostolique, écrit ou traditionnel, peu importe, renfermant le détail de ces augustes pratiques, avec les formules de prière ou de confession qui les accompagnent : ainsi, pour le Baptême, les insufflations, les exorcismes et impositions de mains, les onctions, les habits blancs ; pour la Confirmation, le Chrême, avec la manière de le Consacrer, l'imposition des mains qui diffère dans l'intention et dans les formules de celle qui se fait sur les catéchumènes, de celle qui réconcilie les pénitents, et de celle qui, dans le sacrement de l'Ordre, enfante à l'Église des évêques, des prêtres et des diacres, etc. Il suffit d'indiquer ici ces points de vue généraux, le lecteur peut suppléer aisément.
Nous ferons seulement remarquer ici que, comme l'Église n'exerce pas seulement le pouvoir des Sacrements, mais aussi celui des Sacramentaux, par la vertu de bénédiction qui est en elle, les Apôtres, de qui elle a tout reçu, n'ont pu manquer d'exercer ce droit de sanctifier toute créature pour la faire servir au bien spirituel et temporel des enfants de Dieu, et ont dû, par conséquent, laisser sur cette matière des enseignements et une pratique qui complètent cet ensemble rituel dont nous venons de parler. Il n'y aurait ni orthodoxie, ni logique, à contester cette évidente conséquence qui ne peut déplaire qu'à ces novateurs qui parlent sans cesse de l'antiquité, et la déclinent ensuite lorsqu'on vient à les confronter avec elle.
Parlerons-nous maintenant des habits sacrés ? Comment les Apôtres de la Loi nouvelle, de cette loi qui ne détruisait le symbolisme vide de l'ancienne que pour y substituer un symbolisme plein de réalité, eussent-ils emprunté aux rites mosaïques les onctions, le mélange de parfums qui forme le Chrême, les encensements et tant d'autres choses, et négligé la sainteté et la majesté des vêtements sacerdotaux ; détail si important, que Dieu lui-même, sur le Sinaï, l'avait minutieusement fixé pour les ministres du premier Tabernacle ? La tunique de lin que portait saint Jacques à
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Jérusalem (1), et la lame d'or dont saint Jean ceignait son front, à Éphèse (2), attestent que ces pêcheurs savaient s'environner de quelque pompe dans la célébration de leurs mystères. Nous ne citerons ici que ce seul trait ; le témoignage de saint Denys l’Aréopagite, dans sa Hiérarchie ecclésiastique, éclaircirait grandement cette matière ; mais nous nous interdirons les inductions tirées de cet auteur, jusqu'à ce que nous ayons ailleurs justifié l'autorité des écrits qu'on lui attribue.
Parlerons-nous des fêtes établies par les Apôtres ? Saint Augustin énumère celles de la Passion, de la Résurrection, de l'Ascension de Jésus-Christ et celle de la Pentecôte (3). Nous démontrerons ailleurs l'origine apostolique de plusieurs autres. Nous voulons seulement, dans ce chapitre, tracer les premières lignes et fixer le point de départ de la Liturgie chrétienne ; nous ne pousserons donc pas plus loin dans cet endroit ces observations de détail, dont l'occasion se présentera de nouveau. Nous placerons seulement ici, en finissant, quelques remarques fondamentales.
1° La Liturgie établie par les Apôtres a dû contenir nécessairement tout ce qui était essentiel à la célébration du Sacrifice chrétien, à l'administration des Sacrements, tant sous le rapport des formes essentielles que sous celui des rites exigés par la décence des mystères, à l'exercice du pouvoir de Sanctification et de Bénédiction que l'Église tient du Christ par les mêmes Apôtres, à l'établissement
(1) Euseb., Hist. Eccles., lib. IV, cap. VIII.
(2) Ibid., lib. V, cap. XXIV.
(3) Illa autem quae non scripta sed tradita custodimus, quae quidem toto terrarum orbe servantur, datur intelligi vel ab ipsis apostolis, vel plenariis conciliis,quorum est in Ecclesia saluberrima auctoritas,commendata atque statuta retineri, sicuti quod Domini Passio et Resurrectio et Adscensio in cœlum, et Adventus de cœlo Spiritus Sancti, anniversaria solemnitate celebrentur, et si quid aliud tale occurrit quod servatur ab universa quacumque se diffundit Ecclesia. (Epist. ad Januar. Opp., tom. II, pag. 124.)
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d'une forme de Psalmodie et de Prière publique; enfin,ce recueil liturgique a dû comprendre tout ce que l'on rencontre d'universel dans les formes du culte, durant les premiers siècles, et dont on ne peut assigner ou l'auteur ou l'origine. L'étude de l'antiquité chrétienne ne saurait manquer de révéler à ceux qui s'y livrent la grandeur de cet ensemble primitif des rites chrétiens, en même temps que la réflexion et la considération sérieuse des besoins de l'Église, dès cette époque, leur montrera toute la nécessité qu'elle avait, dès lors, de compléter et ses moyens de salut et ses moyens de culte, qui forment, avec le dépôt des vérités spéculatives, la principale partie de l'héritage divin confié à sa garde.
2° Sauf un petit nombre d'allusions dans les Actes des Apôtres et dans leurs Épîtres, la Liturgie apostolique se trouve tout à fait en dehors de l'Ecriture, et est du pur domaine de la Tradition. Ces allusions, même les plus claires, par exemple celle de saint Jacques, sur l'Extrême-Onction, tout en nous apprenant qu'il existait des rites et des formules, ne nous apprennent rien, ni sur le genre des premiers, ni sur la teneur des secondes. On doit donc considérer, dès le principe, la Liturgie comme existant plus particulièrement dans la Tradition que dans l'Écriture, et devant par conséquent être interprétée, jugée, appliquée, d'après cette source de toutes les notions ecclésiastiques. Il ne faut ni étudier, ni réfléchir longtemps, pour savoir que la Liturgie s'exerçait par les Apôtres et par ceux qu'ils avaient consacrés évêques, prêtres ou diacres, longtemps avant la rédaction complète du Nouveau Testament. Plus tard, nous verrons d'importantes conséquences sortir de ce principe.
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NOTES DU CHAPITRE III
NOTE A
Hanc (observationem) si nulla Scriptura determinavit, certe consuetudo corroboravit, quas sine dubio de traditione manavit; quomodo enim usurpari quid potest, si traditum prius non est? Etiam in traditionis obtentu exigenda est, inquis, auctoritas scripta? Ergo quaeramus, an et traditio nisi scripta non debeat recipi? Plane negabimus recipiendam, si nulla exempla praeudicent aliarum observationum, quas sine ullius Scriptura; instrumento, solius traditionis titulo, et exinde consuetudinis patrocinio vindicamus. Denique ut a baptismate ingrediar, aquam adituri, ibidem, sed et aliquanto prius in Ecclesia sub antistitis manu contestamur, nos renunciare diabolo, et pompas, et angelis ejus. Dehinc ter mergitamur, amplius aliquid respondentes,quam Dominus in Evangelio determinavit; inde suscepti, lactis et mellis concordiam praegustamus; exque ea die lavacro quotidiano per totam hebdomadam abstinemus. Eucharistie; sacramentum,et in tempore victus, et omnibus mandatum a Domino, etiam antelucanis cœtibus, nec de aliorum manu quam praesidentium sumimus. Oblationes pro defunctis, pro natalitiis annua die facimus. Die Dominico, jejunium nefas ducimus, vel de geniculis adorare. Eadem immunitate a die Paschos in Pentecosten usque gaudemus. Calicis aut panis etiam nostri aliquid decuti in terram anxie patimur. Ad omnem progressum atque promo-tum, ad omnem aditum et exitum, ad vestitum, ad calciatum, ad lavacrum, ad mensas, ad lumina, ad cubilia, ad sedilia, quascumque nos conversatio exercet, frontem crucis signaculo terimus. Harum et aliarum ejusmodi disciplinarum, si legem expostules Scripturarum, nullam invenies: traditio tibi prætendetur auctrix, consuetudo confirmatrix, et fides observatrix. (Tertullianus, De CoronaMilitis, cap. III.)
NOTE B
Nam, si consuetudines, quas scripto prodita non sunt, tanquam haud multum habentes momenti conemur rejicere, imprudentes gravissimum Evangelio detrimentum inferemus, imo potius ipsam fidei praedicationem ad nudum nomen contrahemus. Quodgenus est (ut ejus quod primum est et vulgatissimum primo loco commemorem) ut signo crucis eos, qui spem collocarunt in Christum, signemus, quis scripto docuit? Ut ad orientem versi precemur, quas nos docuit Scriptura? Invocationis verba, quum conficitur panis Eucharistias, et poculum benedictionis, quis sanctorum in scripto nobis reliquit? Nec enim his contenti sumus, quae commemorat Apostolus aut
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Evangelium, verum alia quoque et ante et post dicimus, tanquam multum habentia momenti ad mysterium,quae ex traditione citra scriptum accepimus. Consecramus autem aquam baptismatis,et oleum unctionis, praeterea ipsum, qui baptismum accipit, ex quibus scriptis ? Nonne a tacita secretaque traditione? Ipsam porro olei inunctionem, quis sermo scripto proditus docuit ? Jam ter immergi hominem, unde ex Scriptura haustum ? Reliqua item quae fiunt in baptismo, veluti renunciare satanae et angelis ejus, ex qua Scriptura habemus ? Nonne ex minime publicata, et arcana hac traditione? (S. Basilius, De Spiritu Sancto, cap. XXVII.)
NOTE C
Sunt quasdam in omnibus Liturgiis, in quibus omnes Ecclesiae conveniunt, utpote sine quibus sacrificii ratio nullo modo subsisteret, cujusmodi sunt panis et vini praeparatio, oblatio, consecratio, consummatio, et ipsius sacramenti communicare volentibus distributio. Aliae item praecipuas partes sunt, qua; licet ad sacrificii integritatem non spectent, in omnibus tamen omnium gentium Liturgiis reperiuntur, Psalmorum scilicet modulatio, lectio Sacras Scripturae, ministrorum adparatus, thurificatio, catechumenorum et aliorum profanorum exclusio, fractio hostiae, precatio pacis, preces diverse, gratiarum actio, et si qua; alia; sunt ejusdem generis. (Bona, Rerum Liturgic, lib. I, cap. VI, § 1.)
NOTE D
Apostolus Petrus in Palestina, Antiochiae, et in Syria, in Ponto, in Galatia, Romae, in ltalia, et in aliis Orientis et Occidentis provinciis, Eucharistiam non semel celebravit. Num eodem ubique ritu? Si annuis, quaero num Romano, num Hierosolymitano,? Si Romano, cur in Oriente Liturgia Romana nullibi obtinuit? Si Hierosolymitano, cur hic ritus Romae, et in Occidente admissus non fuit ? Est igitur credibile S. Petrum, et alios apostolos uni eidemque Liturgia; constanter non adhassisse. (Lesleus, in Missale Mozarab., Praefat. n° 161, not.)
NOTE E
7. Una autem sabbati, cum convenissemus ad frangendum panem, Paulus disputabat cum eis profecturus in crastinum, protraxitque sermonem usque in mediam noctem.
8. Erant autem lampades copiosas in cœnaculo, ubi eramus congregati.
9. Sedens autem quidam adolescens, nomine Eutichus, super fenestram, cum mergeretur somno gravi, disputante diu Paulo, ductus somno cecidit de tertio cœnaculo deorsum, et sublatus est mortuus.
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10. Ad quem cum descendisset Paulus, incubuit super eum; et complexus dixit: Nolite turbari, anima enim ipsius in ipso est.
11. Ascendens autem, frangensque panem, et gustans, satisque allocutus usque in lucem, sic profectus est. (Act., XX, 7-11.)
NOTE F
Salvatore nostro in cœlis assumpto, Apostoli antequam per omnem terrarum orbem dispergerentur, conspirantibus animis convenientes ad integram orandum diem convertebantur; et cum multam consolationem in mystico illo Dominici corporis sacrificio positam reperissent, fusissime, longoque verborum ambitu missam decantabant; id enim pariter, ac docendi institutum caeteris reus omnibus tanquam prœstantius anteponendum existimabant. Maxima sane cum alacritate, plurimoque gaudio haec divino sacrificio tempus insumentes instabant impense, jugiter memores illorum verborum Domini dicentis: Hoc est Corpus meum; et, Hoc facite in meam commemorationem ; et, Qui manducat meam carnem, et bibit meum sanguinem, in me manet, et ego in eo. Quocirca et contrito spiritu multas preces decantabant impense divinum implorantes numen (S. Procli, CP. Episcopi, De traditione divinae Liturgiae.)
NOTE G
Eligo, in his verbis hoc intelligere, quod omnis, vel pene omnis frequentat Ecclesia, ut precationes accipiamus dictas, quas facimus in celebratione Sacramentorum, antequam illud, quod est in Domini mensa, incipiat benedici : orationes quum benedicitur, et sanctificatur, et ad distribuendum comminuitur, quam totam petitionem fere omnis Ecclesia Dominica oratione concludit. Interpellationes autem, sive ut nostri codices habent, postulationes fiunt, quum populus benedicitur. Tunc enim antistites veluti advocati susceptos suos per manus impositionem misericordissima; offerunt pietati. Quibus peractis, et participato tanto Sacramento, gratiarum actio cuncta concludit. (S. Augustin. Epist. CXLIX, ad Paulinum. Opp., tom. II, pag. 5o9.)
I - CHAPITRE IV
CHAPITRE IV : de la liturgie durant les trois premiers siècles de l'église
NOTES DU CHAPITRE IV
NOTE A
NOTE B
NOTE C
NOTE D
NOTE E
NOTE F
NOTE G
NOTE H
Ce chapitre n'est, pour ainsi parler, que la continuation du précédent ; car si, plus haut, nous avons cherché à prouver l'origine apostolique d'un certain nombre de rites et de cérémonies, nous retrouvons encore dans les institutions liturgiques des trois siècles primitifs, non-seulement l'influence des Apôtres, mais l'expression directe de leurs volontés, dans l'établissement de cette partie si essentielle de l'ensemble du Christianisme. Néanmoins nous avons cru, comme tout le monde, apercevoir un fondement suffisant à cette distinction de l'époque primitive en deux âges, dont l'un se prend depuis l'origine de la prédication des Apôtres jusqu'au moment où le dernier d'entre eux disparaît, c'est-à-dire vers l'an 100, époque de la mort de saint Jean ; et dont l'autre embrasse toute la période qui s'est écoulée depuis la publication de l'Évangile jusqu'à la conversion des empereurs et la délivrance extérieure du Christianisme.
On peut dire que, durant les trois premiers siècles, l'élément liturgique, s'il est permis de s'exprimer ainsi, était dans toute sa vigueur et extension ; car la Confession, la Louange et la Prière embrassaient l'existence tout entière des Chrétiens de ce temps. Arrachés aux mystères profanes du paganisme, les néophytes sentaient avec bonheur la religion se développer en eux, et pendant que l'Esprit-Saint
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créait en eux des cœurs nouveaux, leur bouche inspirée faisait entendre des chants d'enthousiasme, inconnus jusqu'alors. Aussi, voyons-nous que l'Apôtre, parlant aux fidèles de son temps, les engage, non-seulement à prier, mais à chanter, comme à une fête continuelle : « Ne vous enivrez pas avec le vin, source de luxure, leur dit-il, mais remplissez-vous de l'Esprit-Saint, vous entretenant dans les psaumes, les hymnes, les cantiques spirituels, chantant et psalmodiant au Seigneur, dans vos cœurs (1). »
Et encore : « Que la paix du Christ tressaille dans vos cœurs ; que le Verbe du Christ habite en vous en toute sagesse; et vous-mêmes, instruisez-vous et exhortez-vous mutuellement dans les psaumes, les hymnes et les cantiques spirituels, chantant à Dieu dans vos cœurs, par sa grâce (2). »
Dans les écrits des Pères de cette époque primitive, dans les Actes des Martyrs, nous voyons, en effet, les Chrétiens occupés à la psalmodie, à la célébration des louanges divines, presque sans relâche, et cela, sous des formes non point vagues et arbitraires, mais précises et déterminées ; non à des moments vagues et capricieux, mais à des heures précises et mystérieuses, que l'institution apostolique avait fixées : ce qui est le caractère de la Liturgie proprement dite.
Si nous ouvrons les Constitutions apostoliques, recueil liturgique important, dont les critiques les moins prévenus ne font aucune difficulté de placer la compilation à la fin
(1) Nolite inebriari vino in quo est luxuria : sed implemini Spiritu sancto, loquentes vobis metipsis in psalmis, et hymnis, et canticis spiritualibus, cantantes et psallentes in cordibus vestris Domino. (Eph., v, 18-19.)
(2) Et pax Christi exultet in cordibus vestris in qua et vocati estis in uno corpore : et grati estote. Verbum Christi habitet in vobis abundanter, in omni sapientia, docentes et commonentes vosmetipsos in psalmis, hymnis et canticis spiritualibus, in gratia cantantes in cordibus vestris Deo. (Col., III, 13-16.)
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du deuxième, ou au plus tard durant le cours du troisième siècle, nous y lisons ces paroles :
« Faites les prières, le Matin, à l'heure de Tierce, de Sexte, de None, au Soir et au Chant du Coq. Le Matin, pour rendre grâces de ce que le Seigneur, ayant chassé la nuit et amené le jour, nous a illuminés ; à l'heure de Tierce, parce que c'est celle à laquelle le Seigneur reçut de Pilate sa condamnation ; à l'heure de Sexte, parce que c'est celle à laquelle il fut crucifié ; à l'heure de None, parce que c'est celle à laquelle la nature est émue, dans l'horreur qu'elle éprouve de l'audace des Juifs, et ne peut plus supporter l'outrage fait par eux au Seigneur crucifié ; au Soir, pour rendre grâces à Dieu de ce qu'il nous donne la nuit pour nous reposer des travaux du jour; au Chant du Coq, parce que c'est l'heure qui annonce l'arrivée du jour, durant lequel nous devons faire les œuvres de la lumière. Si, à cause des infidèles, il est impossible de se rendre à l'église, Evoque, vous ferez la congrégation dans quelque maison particulière (1). »
Mais cette discipline n'était pas seulement celle de l'Orient, à laquelle semblent appartenir principalement les Constitutions apostoliques; les Pères latins du même âge nous attestent la même chose pour l'Occident. « Puisque, dit Tertullien, nous lisons dans le Commentaire de Luc (les Actes des Apôtres), que l'heure de Tierce est cette heure de prière à laquelle les Apôtres, initiés par l'Esprit-Saint, furent regardés comme ivres par les Juifs ; que l'heure de Sexte est celle à laquelle Pierre monta à l'étage supérieur; que l'heure de None est celle à laquelle il entra avec Jean au Temple ; ne voyons-nous pas dans ceci, à part ce qui nous est dit ailleurs de prier en tout temps et en tout lieu, que ces trois heures si remarquables dans les choses humaines, et qui, sans cesse rappelées, servent
(1) Vid. la Note A.
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à diviser le jour, à partager les travaux, ont dû aussi occuper un rang plus solennel dans les prières divines (1) ? »
Plus loin, il se sert du mot Officium, pour désigner les prières ecclésiastiques faites à ces heures : Sexta diei hora finiri Officio huic possit (2).
Saint Cyprien rend aussi un témoignage formel à cet usage des Heures canoniales, lorsqu'il dit dans son beau traité de l'Oraison dominicale : « Nous trouvons, au sujet de la prière solennelle, que Daniel et ses trois enfants, forts dans la foi et vainqueurs dans la captivité, ont observé la Troisième, la Sixième et la Neuvième heure, marquant par là le mystère de la Trinité, qui devait être manifesté dans les derniers temps. En effet, la première heure arrivant à la troisième, consomme le nombre de la Trinité ; la quatrième heure venant à la sixième, manifeste une autre fois la Trinité ; et quand, par l'accession de trois autres heures, on passe delà septième à la neuvième, ces trois ternaires expriment aussi parfaitement la Trinité. Les adorateurs du vrai Dieu se livrant à la prière à des temps fixes et déterminés, dénonçaient déjà spirituellement le mystère figuré par ces intervalles d'heures, mystère qui devait être plus tard manifesté. Ce fut en effet à l'heure de Tierce que descendit sur les disciples l'Esprit-Saint, qui les remplit de la grâce que le Seigneur avait promise. Pierre, à l'heure de Sexte, montant sur le toit, de la maison, apprit par un signe, et en même temps par la voix de Dieu, qu'il devait admettre tous les
(1) Porro, cum in eodem commentario Lucae, et tertia hora orationis demonstretur, sub qua Spiritu sancto initiati, pro ebriis habebantur ; et sexta, qua Petrus ascendit in superiora ; et nona, qua templum sunt introgressi, cur non intelligamus salva plane indifferentia semper et ubique et omni tempore orandi, tamen tres istas horas, ut insigniores in rebus humanis quae diem distribuunt, quae negotia distinguunt, quae publice resonant, ita et solemniores fuisse in orationibus divinis. (Tertullian., de Jejuniis, cap. X.)
(2) Ibidem.
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hommes à la grâce du salut, au moment même où il doutait s'il purifierait les Gentils. Le Seigneur crucifié à cette même heure de Sexte, a lavé nos péchés dans son sang, à l'heure de None, complétant sa victoire par ses souffrances, afin de nous pouvoir à la fois racheter et vivifier. Mais pour nous, mes frères chéris, au-delà des heures observées aux temps anciens pour la prière, de nouvelles nous ont été assignées, en même temps que de nouveaux mystères. Car il nous faut prier le Matin, afin de célébrer la résurrection du Seigneur par une oraison matutinale : c'est ce que l'Esprit-Saint désignait autrefois dans les psaumes, disant : Rex meus et Deus mens, quoniam ad te orabo, Domine: mane exaudies vocem meam: mane assistam tibi et contemplabor te. Et par le Prophète, le Seigneur dit encore : Dilucido vigilabunt ad me dicentes : Eamus et revertamur ad Dominum Deum nostrum. Quand le soleil se retire, et que le jour cesse, il nous faut encore prier ; car le Christ est le vrai soleil, le vrai jour, et lorsqu'au moment où le jour et le soleil de ce « monde disparaissent, nous prions et demandons que la lumière revienne de nouveau sur nous, c'est l'avènement du Christ que nous demandons, du Christ qui nous donnera la grâce de l'éternelle lumière (1). »