Institutions liturgiques (page 72)
Nous ne tarderons pas à voir comment l'Assemblée se tira de ce pas difficile : mais, en attendant la décision, un incident remarquable la força de prendre position sur le fait même de la légende. L'évêque d'Auxerre avait imaginé d'adresser une lettre à l'Assemblée, pour lui remontrer l'obligation où elle était de sévir contre la scandaleuse entreprise de Rome, et ramenait dans l'affaire la condamnation de la proposition XCI de Quesnel. L'Assemblée, ayant refusé d'entendre la lecture de la lettre, prit les résolutions suivantes que nous empruntons à son procès-verbal :
« La Compagnie a unaninement témoigné qu'elle avait un juste sujet de se plaindre de la conduite de monseigneur l'évêque d'Auxerre, qui croyait devoir exciter le zèle de l'Assemblée pour le maintien des droits sacrés attachés à l'autorité royale, comme si elle méritait d'être soupçonnée d'en manquer.
« Que cette conduite de monseigneur l'évêque d'Auxerre était d'autant moins convenable, que ce prélat s'ingérait
(1) Procès-verbaux du clergé. Tome VII, page 894.
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à faire des exhortations à une assemblée qui n'en avait pas besoin, et dont il ne pouvait ignorer les sentiments ; tandis qu'il était lui-même dans une désobéissance ouverte à l'autorité de l'Église, dont il rejetait les décisions;qu'il se trouvait par là réfractaire aux ordres du roi, qui, comme protecteur de l'Église, employait son autorité à en faire exécuter les lois.
« Que l'Assemblée comprenait, sans peine, que le motif qui avait porté monseigneur l'évêque d'Auxerre à lui écrire, n'était que pour se donner la liberté de
, s'élever contre la constitution Unigenitus; mais que ce n'était pas sans indignation que l'Assemblée voyait à quels excès il s'était ci-devant porté contre un jugement dogmatique de l'Église universelle, auquel tout évêque, comme tout fidèle, doit adhérer de cœur et d'esprit.
« Que l'Assemblée, au surplus, était justement scandalisée de ce que ce prélat prétend qu'il y a une liaison entre la constitution Unigenitus et l'opinion qui combat l'indépendance de nos rois et de leur couronne, en ce qui concerne le temporel : enfin que, par toutes ces raisons, l'Assemblée ne devait point permettre qu'on lût la lettre que monseigneur l'évêque d'Auxerre lui avait adressée (1). »
Peu de jours après, l'Assemblée eut à s'occuper de la lettre que l'évêque de Montpellier avait écrite au roi, le 3i décembre 1729,au sujet de la légende, et dans laquelle il cherchait à jeter des nuages sur les intentions des prélats qui n'avaient pas jugé à propos de prohiber, par mandements, le culte de saint Grégoire VII. Jalouse de se justifier du soupçon d'indifférence pour les droits de Sa Majesté, l'Assemblée arrêta le plan d'une adresse à Louis XV, qui fut rédigée et signée sous la date du
(1) Procès-verbaux du clergé. Tome VII, page 1062.
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11 septembre. Les prélats s'y plaignaient amèrement des insinuations de l'évêque de Montpellier contre leur fidélité, et disaient entre autres ces paroles remarquables :
« C'est par de vaines déclamations et par des imputations calomnieuses, que M. l'évêque de Montpellier croit pouvoir faire oublier ses excès, et couvrir, à l'ombre d'un zèle amer et déplacé, les erreurs qu'il débite, et le scandale qu'il cause dans l'Église. Cet artifice n'est pas nouveau; tous les sectaires l'ont mis en usage; les ennemis de l'unité s'en servent aujourd'hui, et leur dessein est aisé à pénétrer. Occupés depuis seize ans à soulever les magistrats et les peuples contre l'autorité de la constitution, et à rendre méprisables ceux qui l'ont reçue, ils ont saisi l'occasion de la légende de Grégoire VII ; légende qui n'a été adoptée dans votre royaume par aucun évêque, et dont l'usage n'a été et ne sera permis dans aucun de nos diocèses : ils ont cru pouvoir, par des réflexions malignes et captieuses, rompre l'union et le concert qui règnent entre les deux puissances, et, à la faveur des divisions qu'ils tentent d'exciter, se mettre à couvert de l'une et de l'autre; ils ont » voulu, par une diversion sur les contestations qu'ils s'efforcent de réveiller, faire perdre de vue l'intérêt commun de l'Église et de l'État, qui consiste à conserver l'unité de la foi, et à ramener ou à soumettre ceux qui la violent.
« On affecte, Sire, de mettre une indifférence entre la puissance de Louis XIV et la vôtre : c'est un trait également injurieux à Votre Majesté et à votre auguste bisaïeul : héritier de son trône et de ses vertus, devenu l'amour de vos peuples en naissant, sans avoir jamais éprouvé aucune contradiction, ni domestique, ni étrangère, que pourrait-il manquer à Votre Majesté, pour soutenir ses droits, comme il soutenait les siens? Mais,
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en les soutenant, ce grand roi n'oublia jamais les sages ménagements que la religion inspire (1). »
Voilà sans doute quelque chose de positif. Point de mandements contre la légende de saint Grégoire VII, que l'Église gallicane appelle ici simplement Grégoire VII, dans une occasion où il s'agit précisément du culte décerné à ce saint pontife, protestant ainsi contre le martyrologe et contre l'autorité qui promulgue le calendrier catholique; point de mandements individuels et passionnés; mais la résolution prise, en corps, froidement et d'autorité, par l'assemblée, d'étouffer ce culte, d'arrêter l'effet des volontés apostoliques; de se mettre, par une désobéissance flagrante au Saint-Siège, dans une situation analogue à celle de l'évêque d'Auxerre,dont on signalait l'esprit de révolte. Sans doute cette désobéissance de l'Assemblée aux ordres du pape, n'avait lieu que sur un point de simple discipline ; mais croyait-on pouvoir conserver longtemps dans le clergé les liens de la subordination, quand on les brisait si aisément à l'égard du pontife qui, d'après la doctrine même de 1682, rend les décrets qui obligent toutes les Eglises? Rome dissimula l'outrage; mais elle maintint courageusement la légende. Un siècle s'est écoulé depuis, et voilà qu'une auréole de gloire environne le nom de ce Grégoire VII que l'assemblée refusa d'appeler saint, et la voix publique salue avec acclamation celui dont les prélats de 1730 se faisaient honneur d'avoir banni la mémoire de leurs diocèses (2). Certes, si la patience de Dieu
(1) Procès-verbaux du clergé. Tome VII, page 1074.
(2) Et remarquez qu'en condamnant simplement à l'oubli la mémoire de saint Grégoire VII, l'Assemblée prêtait le flanc à ses adversaires les jansénistes, qui étaient en droit de lui reprocher de ne prendre que des mesures négatives à l'égard d'une entreprise romaine contre laquelle elle croyait pourtant devoir réclamer. Le parlement de Paris prépara donc un arrêt contre l'adresse et l'on vit paraître peu après une brochure sanglante intitulée : La cause de l'Etat abandonnée par le clergé de France, ou Réflexions sur la Lettre de l'Assemblée du clergé au Roi, du 11 septembre 173o. In-4°, de 68 pages.
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est d'autant plus imposante qu'il en puise le motif dans son éternité, combien est sublime celle de sa noble épouse, notre mère, la sainte Église romaine, dont le temps vengea toujours l'injure !
Cette adresse déplorable était signée de quatorze archevêques et évêques de l'Assemblée, et de dix-neuf députés du second ordre. Un seul nom y manquait. C'était celui de Jean-César de La Parisière, évêque de Nîmes. Ce prélat, zélé contre le jansénisme et honoré de la haine de la secte, fut un de ceux qui osèrent maintenir le Bréviaire romain dans leurs églises, au milieu de l'innovation liturgique. Dans l'Assemblée de 1730, il vit de bonne heure tout ce que la conduite de ses collègues contre la légende de saint Grégoire VII renfermait de contraire à l'honneur du Siège apostolique, et malgré tout l'éloignement qu'il professait pour la personne et les doctrines de l’évêque de Montpellier, il osa refuser de prendre part à la délibération qu'on tint au sujet de la lettre de ce prélat au roi, et dans laquelle on concerta l'adresse dont nous venons de parler. Son isolement à l'égard de tout ce qui se passa dans cette affaire est expressément attesté dans le procès-verbal de l'Assemblée (1).
Nous ignorons comment il se put faire que ce prélat, qui avait refusé de partager avec ses collègues la responsabilité de l'adresse qu'ils présentèrent à Louis XV pour l'assurer de la fidélité qu'ils lui garderaient aux dépens même de l'obéissance jurée au Saint-Siège, fut néanmoins choisi pour rédiger et prononcer la harangue au roi, par laquelle se terminaient d'ordinaire les Assemblées du clergé. Quoi qu'il en soit, cette harangue courageuse et indépendante roulait uniquement sur les maux de l'Église. L'évêque de Nîmes y signalait avec une éloquence apostolique les entreprises des magistrats contre la liberté
(1) Page 1073.
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ecclésiastique et l'insolence de la secte janséniste, enhardie par une telle protection; et, rappelant l'obligation pour un roi chrétien de défendre le clergé, il disait ces belles paroles :
« C'est pour cela, Sire, que votre trône, qui, depuis qu'un saint Pontife le consacra, en arrachant le grand Clovis au paganisme, n'a jamais été profané par l'erreur, est une ressource si sûre et si nécessaire pour nous, et que le droit qu'il vous a donné de nous protéger est le plus auguste de tous vos titres. Nous venons à vous pour maintenir l'ouvrage de Jésus-Christ même, et pour nous conserver la liberté d'un ministère dont l'usurpation et la violence peuvent bien arrêter l'exercice, mais qu'on ne saurait essentiellement nous ravir.
« Tout ce qui n'est qu'humain peut être à la merci des hommes ; mais pour le dépôt de la foi, et notre juridiction qui en est une suite nécessaire, c'est notre trésor, notre gloire, notre engagement : nous ne pouvons jamais consentir qu'on nous l'enlève; nous en sommes redevables à Dieu, à l'Église, aux peuples, à Votre Majesté, DONT LE RÉGNE EST FONDE SUR LA CATHOLICITÉ, et doit toujours se soutenir sur les mêmes principes (1). »
C'était le dernier soupir de l'antique liberté qui s'exhalait dans ces fortes paroles : Votre Majesté, dont le règne est fondé sur la catholicité. Jamais plus un seul mot dans les actes du clergé français ne rappela cet axiome de l'ancien droit de la chrétienté, qu'une nation catholique ne pouvait être gouvernée que par un prince catholique.
Ce mot si court, si simple, mais si profond que l'évêque de Nîmes avait jeté dans sa harangue, était d'ailleurs la seule allusion qu'elle renfermât à l'affaire de la légende de
(1) Procès-verbaux, page 1220.
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saint Grégoire VII; mais on ne pouvait désavouer avec plus de délicatesse tout ce qui s'était fait contre l'héroïque pontife qu'en rappelant, en présence du roi même, qu'il y avait encore quelque chose au-dessus de sa couronne : l'intérêt de la catholicité. Certes, la harangue ferait oublier l'adresse, si on n'était contraint de voir dans la harangue le fait d'un seul évêque, et dans l'adresse la résolution prise et observée, jusqu'à la fin, par les représentants du clergé d'alors, d'anéantir le culte de saint Grégoire VII. Or ceci se passait en 1730 ; et avant la fin du même siècle, cette royauté qui avait voulu être inamissible, était déclarée abolie à jamais. Le successeur de Louis XV, atteint du vertige dont Dieu semblait avoir frappé ceux de sa race, après s'être vu entraîné à sanctionner des actes qui anéantissaient l'Église, montait sur un échafaud, sans que sa loyauté, sa vertu, ni son repentir, fussent capables de sauver les principes monarchiques éclipsés pour de longues années encore, tandis que, ramené en triomphe, saint Grégoire VII reparaît avec une majesté inouïe et partagera désormais avec Charlemagne le titre sublime de fondateur de la société européenne.
Il nous tarde de finir le honteux récit des outrages qu'eut à subir en France, au XVIII° siècle, la mémoire de l'incomparable pontife. Hâtons-nous donc de dire que l'évêque de Montpellier, dans son courroux contre l'Assemblée qui avait refusé de s'associer à ses fureurs, attaqua violemment son collègue l'évêque de Nîmes, dans une lettre pastorale, en date du 3o novembre 1730, où il s'efforce de montrer la contradiction, évidente en effet, entre la harangue du prélat et l'adresse de l'Assemblée au roi. « Dans la harangue, dit-il, on donne pour maxime que le règne de Sa Majesté est fondé sur la catholicité, et qu'il doit toujours se soutenir sur les mêmes principes ; d'où il est aisé de conclure que si un
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prince avait le malheur de tomber dans l'hérésie, le pape serait en droit de le déposer, et les peuples seraient dispensés de lui obéir! » D'un autre côté, le parlement de Paris, soulevé d'indignation, préparait une procédure contre la harangue, et faisait faire, par son président, des remontrances au roi sur les principes attentoires à la majesté royale que l'orateur y avait professés : tout faisait présager un orage. L'esprit pacifique du cardinal de Fleury parvint, cette fois encore, à l'apaiser, et le roi s'en tint à déclarer au parlement qu'il évoquait l'affaire à son conseil. Tout se termina là (1); les vagues tombèrent peu à peu ; mais la France demeura en dehors de la catholicité, quant au culte d'un saint pape. On put voir alors tout le chemin qu'on avait fait depuis 1682.
Si nous recherchons maintenant ce qui se passait dans plusieurs autres contrées de l'Europe, au sujet de la Légende, nous rencontrons des faits singulièrement humiliants pour nous autres Français; il est triste, en effet, de voir les adversaires de l'Église et les hérétiques eux-mêmes s'unir à nous pour anéantir le culte d'un saint.
Naples avait eu la gloire de porter le premier coup au
(1) Nous ne pensons pas devoir ennuyer le lecteur du récit des clameurs que poussèrent les jansénistes au sujet d'un tableau que le cardinal de Bissy avait placé dans sa cathédrale de Meaux, représentant un pape assis sur son trône, revêtu pontificalement et remettant un globe à un empereur découvert et incliné. Ce pape était Benoît VIII, et cet empereur saint Henri II, patron du cardinal de Bissy. L'évêque de Montpellier, qui revient sans cesse sur ce sujet dans sa volumineuse correspondance, voulait voir dans ce pape saint Grégoire VII, et dans cet empereur Henri IV. On ne saurait s'imaginer toutes les extravagances que cette idée lui fait dire, et que le parti répéta sur tous les tons. Quand enfin ils eurent reconnu que ces clameurs étaient ridicules, attendu qu'il n'est dans toute la vie de saint Grégoire VII aucune circonstance à laquelle le tableau pût faire allusion, on se retrancha dans l'accusation de mauvais citoyen, contre le prélat qui osait mettre sous les yeux du peuple un tableau où la majesté royale était ainsi abaissée devant un pape.
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Siège apostolique dans cette déplorable circonstance. Cette ville et son État appartenaient alors à l'empereur, qui y entretenait un vice-roi. Ce personnage, nommé le comte de Harrach, ayant eu connaissance de l'entrée de la légende dans ce royaume, s'empressa d'en dénoncer la publication au tribunal napolitain dit du Collatéral, où on ne manqua pas de la traiter comme un délit, et le vice-roi, le 3 mars 1729, adressait à son souverain un long rapport, dans lequel, après avoir discuté longuement les graves dangers qui s'ensuivaient tout naturellement pour la couronne impériale du seul fait de la légende, il s'exprimait en ces termes :
« De tous ces grands et insupportables préjudices, qui naissent en général de la publication des susdites leçons contre l'indépendance de la souveraineté, et en particulier contre les droits royaux de Votre Majesté, comme empereur, il nous paraissait s'ensuivre naturellement qu'il était du devoir de notre charge qu'imitant la coutume et l'adresse de la cour romaine, nous eussions défendu ces leçons, ordonnant aux évêques de ne les point insérer dans les bréviaires. Mais ayant fait réflexion que nonobstant cette défense, les ecclésiastiques auraient continué de les réciter, et que la prohibition d'un office aurait causé du scandale à ce peuple trop superstitieux, et que la cour de Rome, profitant de ce mécontentement, aurait suscité d'autres inconvénients qui nous auraient après obligés à prendre de plus grands engagements, le tribunal du Collatéral fut d'avis de ne point défendre de réciter les leçons, et qu'il était même plus à propos de ne faire paraître aucun ressentiment, pour ne pas faire connaître aux simples et aux ignorants le venin caché qu'elles renferment, et qu'il suffirait a ordonner que les imprimeurs fussent emprisonnés et tous les exemplaires fussent supprimés ; et cela, sur le seul motif qu'on avait introduit, réimprimé, vendu
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ces leçons sans ma permission, et celle du Collatéral, contre la Pragmatique de ce royaume, d'autant plus qu'elles étaient imprimées avec la permission des a supérieurs ecclésiastiques, quoiqu'on n'eût pas permis de la donner. »
Après la prohibition de la légende de saint Grégoire VII, par le vice-roi de Naples, vient celle que fit, peu de jours après, l'hérétique archevêque d'Utrecht, Corneille-Jean Barchman, par un mandement en date du 12 mai 1730. Il tient dans cette pièce scandaleuse le même langage que nous avons remarqué dans les mandements des évêques d'Auxerre, de Montpellier, de Troyes. Ce sont les mêmes injures grossières contre le chef de l'Église, le même mépris de ses ordonnances. « Si la loi de la prière, dit Barchman, doit établir celle de la foi, les évêques sont obligés de veiller pour empêcher que rien ne se glisse dans les prières publiques qui puisse corrompre insensiblement la loi de la foi. Si on lit dans l'Église l'histoire des saints, afin qu'en considérant la fin de la vie de ceux qui nous ont annoncé la parole de Dieu, nous imitions leur foi et nous suivions leurs exemples, d'autant plus dignes d'être imités, que la piété y paraît d'une manière plus excellente; il faut prendre garde de ne rien louer dans les divins offices, que nous ne devions approuver et imiter même, lorsque l'occasion s'en présentera. »
Le mandement se termine par ces paroles : « A ces causes, pour défendre la doctrine de l'Église catholique par rapport à la distinction des deux puissances; pour conserver autant qu'il est en nous, à la puissance civile, son indépendance de la puissance spirituelle : pour donner à nos seigneurs les États généraux, suprêmes modérateurs de notre république, des preuves de la fidélité que nous leur devons, sans affaiblir en rien le respect que nous devons au Saint-Siège apostolique,
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nous défendons de réciter l'office de saint Grégoire VII, tant publiquement dans les églises qu'en particulier, à tous ceux qui sont obligés aux heures canoniales. La grâce de Dieu soit avec vous tous. Ainsi soit-il. ».
Lorsqu'un prélat qui se prétendait catholique, malgré l'Église, se livrait à de pareils excès, il n'y a plus lieu de s'étonner qu'un gouvernement protestant ne voulût pas demeurer en retard et se ruât avec violence contre la mémoire du saint pape. Ce n'est donc pas là ce qui doit nous surprendre; mais ce qui est humiliant, c'est d'être forcé de reconnaître que ce gouvernement protestant, dans ses mesures hostiles à notre foi et aux objets de notre vénération, ne se montre pas plus hostile que diverses puissances de la communion romaine. Voici l'arrêt que les États généraux des Provinces-Unies firent publier et afficher, dans toutes les villes de la confédération. Il est daté du 20 septembre 173o.
« Les États de Hollande et de West-Frise, à tous ceux qui ces présentes verront, salut.
« Comme nous avons appris qu'on abuse de notre indulgence à conniver l'exercice du service divin des catholiques romains, sans faire exécuter à divers égards les placards émanés ci-devant contre cet exercice, juste qu'au point qu'on imprime publiquement, dans notre pays de Hollande et de West-Frise, pour l'usage des églises romaines, soit séparément, soit avec ou à la fin de ce qu'on appelle Directorium ou bréviaire, l'office ainsi nommé du pape Grégoire VII, arrêté à Rome par l'autorité papale, le 25 septembre 1728; quoique ledit office exalte comme une action louable l'entreprise de ce pape, pour avoir excommunié un empereur des Romains, a privé ce prince de son royaume et absous ses sujets de la fidélité qu'ils lui avaient promise, et qu'on ne puisse ignorer que diverses puissances de la communion romaine regardent cette entreprise de Grégoire VII
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comme si séditieuse, si contraire à la tranquillité publique, et d'une suite si dangereuse, qu'elles ne perce mettent pas qu'on en fasse aucun usage dans leurs royaumes et Etats.
« A ces causes, après une mûre délibération, nous avons jugé à propos, pour la conservation de la tranquillité commune, et pour la sûreté de la régence et de la véritable religion réformée, de statuer et d'ordonner «. contre les entreprises et les machinations des adhérents du Siège de Rome, comme nous statuons et ordonnons par la présente :
« Premièrement, qu'on ne pourra faire le moindre usage dans notre pays de Hollande et de West-Frise, soit en public, soit en particulier, dudit office du pape Grégoire VII, sous peine que les prêtres catholiques romains qui y contreviendront, seront punis sans aucune rémission comme perturbateurs du repos public, et que les églises de la religion romaine, chapelles ou autres assemblées dans lesquelles on fera à l'avenir usage dudit office, seront fermées pendant six mois.
« En second lieu, qu'on ne pourra réimprimer dans notredit pays, ou y apporter du dehors ledit office, pour y être débité ou vendu, soit séparément, ou tel qu'il est imprimé à la fin dudit Directorium de la Messe et autres cérémonies de l'Église romaine, et qu'on ne pourra faire aucune mention dudit office dans les éditions suivantes dudit Directorium ; le tout sous peine d'une amende de mille florins contre celui qui y contreviendra, dont la moitié appartiendra à l'officier, et l'autre au dénonciateur, et d'être privé de son trafic.
« Chargeant et ordonnant à tous officiers, juges et justiciers de notredit pays, d'exécuter et de faire exécuter notre présent placard et commandement, et de procéder
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et de faire procéder sans aucune grâce, faveur ou dissimulation, contre ceux qui y contreviendront; nous voulons qu'il soit publié et affiché partout où besoin sera. Fait à La Haye, le 20 septembre 1730 (1). »
Nous trouvons, en 1750, une circulaire partie du cabinet impérial, et adressée aux évê'ques des Pays-Bas, leur enjoignant de supprimer au bréviaire l'office de saint Grégoire VII. Le clergé de Belgique, déjà mécontent du joug autrichien, ne paraît pas avoir mis une grande importance à cette prohibition, puisque, suivant l'abbé Grégoire (2), le gouvernement de Vienne fut obligé de renouveler la proscription de la légende, en 1774. Il est inutile, sans doute, de faire observer que Joseph II se montra impitoyable contre le culte du fougueux Hildebrand; au reste, saint Grégoire VII ne fut pas le seul saint pontife qu'il poursuivit au bréviaire. On cite, sous la date de 1787, une ordonnance de la régence de la basse Autriche, supprimant, au Bréviaire des chanoines réguliers, divers passages de l'office de plusieurs saints papes, entre autres celui-ci dans la cinquième leçon de saint Zacharie, au 15 mars : Consultus a Francis, regnum illud a Chilperico viro stupido et ignavo, ad Pipinum pietate et fortitudine prœstantem auctoritate Apostolica transtulit. Cet office de saint Zacharie n'est pas au Bréviaire romain proprement dit, mais fait simplement partie des offices propres du clergé de la ville de Rome.
Pour en revenir à la légende de saint Grégoire VII, elle a fini néanmoins par triompher, en Autriche, du mauvais vouloir des gouvernants, à la condition toutefois de subir, de par la police, une ridicule formalité. Nous ignorons à , quelle époque précise a été statuée cette condition ; mais tous les bréviaires romains imprimés dans les Etats de
(1) Gazette de Hollande, 3 octobre 1730.
(2) Essai sur les Libertés de l'Église gallicane, page 110.
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l'Autriche depuis le commencement de ce siècle, qui nous sont tombés entre les mains, sont remarquables par une mutilation très-curieuse. Elle consiste d'abord dans la suppression de ces paroles qui terminent la cinquième leçon : Contra Henrici Imperatoris impios conatus, fortis per omnia athleta impavidus permansit, seque pro muro domui Israël ponere non timuit, ac eumdem Henricum in profundum malorum prolapsum, fidelium communione, regnoque privavit, atque subditos populos fide ei data liberavit.
Enfin, la censure impériale, franchissant toutes mesures, non contente d'avoir à jamais assuré la couronne des Césars contre les entreprises de la papauté, et garanti ainsi l'inamissibilité du trône de tout envahissement de la liturgie; la censure, disons-nous, a décrété en même temps l'impeccabilité impériale ; ce qui a bien aussi son mérite pour ce monde et surtout pour l'autre. La sixième leçon est donc maintenue dans son entier, sauf un seul mot : l'épithète iniqui appliquée à Henri de Germanie ! Rome et toutes les églises qui obéissent à ses décrets sur la Liturgie, lisent cum ab INIQUI Henrici exercitu Romœ gravi obsidione premeretur ; dans les États d'Autriche, il faut imprimer et lire simplement : Cum ab Henrici exercitu Romœ, etc. Ceci ne rappelle-t-il pas tout naturellement ce qui se passa à Milan, il y a quelques années, quand on vit un mandement du cardinal-archevêque, à l'occasion de la mort de l'empereur François II, repris par la censure, parce que le prélat y exhortait les fidèles à prier pour un souverain bien-aimé qui, malgré toutes ses vertus, pouvait néanmoins avoir contracté quelques taches de l'humaine faiblesse ?
Nous voyons encore, au XVII° siècle, la mémoire de saint Grégoire VII outragée dans un État catholique, en Portugal. Il ne paraît pas cependant qu'on y ait proscrit la légende ; mais un homme plus téméraire, Antoine
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Pereira de Figueiredo, entre les nombreux écrits qu'il publia contre les droits de l'Église et du Saint-Siège, consacra une dissertation spéciale à combattre la personne et les écrits de notre saint pontife,sous ce titre: De Gestis et scriptis Gregorii VII. C'était, assurément, un outrage parti de bien bas, que celui qui provenait d'un homme auquel son attachement à la cause du Saint-Siège avait d'abord valu la disgrâce de Pombal, et qui devenu, sans transition, l'enthousiaste prôneur de ce ministre, l'un des plus infâmes persécuteurs de l'Église, se montra l'ignoble flatteur d'un aussi pauvre souverain que le fut Joseph Ier. Non ; le caractère apostolique de saint Grégoire VII n'avait rien de commun avec l'ex-oratorien qui applaudit à l'atroce supplice de Malagrida, et dont la plume vénale écrivit les fades pamphlets intitulés : Parallèle d'Auguste César et de Don Joseph, roi magnanime de Portugal, et Vœux de la nation portugaise à l'ange gardien du Marquis de Pombal (1).
Le XIX° siècle a bien fourni aussi quelques insultes à la mémoire du saint pontife. Sans parler des blasphèmes qui plus d'une fois, au parlement anglais, sont partis des bancs des Pairs ecclésiastiques, contre la personne du fougueux Hildebrand, il en est dont les pays catholiques ont été le théâtre. Commençons par l'Italie.
Jusqu'en 1810, l'office de saint Grégoire VII n'avait cessé d'être célébré dans les églises des divers diocèses dont se composait le royaume d'Italie. L'excommunication encourue par Napoléon, en 1809, le rendit inquiet à l'excès, et l'on sait en général combien de mesures persécutrices pesèrent sur le clergé à cette époque. Mais ce que l'on sait moins, c'est que le grand empereur, en même temps qu'il élevait sa main contre Pie VII, osa
(1) Lisbonne, 1775.
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défier aussi la majesté d'un pontife, autrefois, comme Pie VII, assiégé et captif, mais depuis et à jamais couronné par Celui qui le premier a bu l'eau du torrent, avant d'élever la tête (1). Une lettre du ministre des cultes, Bigot de Préameneu, écrite en février 1810, enjoignait aux évêques d'Italie d'imiter le silence de l'Église gallicane sur le nom et les actes d'Hildebrand. Nous ne saurions dire les noms des prélats italiens (il y en eut plusieurs) qui préférèrent obéir à César plutôt qu'à l'Église ; mais nous avons entre les mains, et nous gardons comme un monument, la lettre autographe dans laquelle Hyacinthe de La Tour, archevêque de Turin, envoie au ministre le mandement qu'il s’est fait un devoir de donner pour interdire l'office de saint Grégoire VII, et dont il déclare que copie est affichée dans toutes les sacristies des églises de son diocèse. La lettre est du 1er mars 1810.