Institutions liturgiques (page 73)

Dom Prosper Guéranger · Vie de l'Église

Texte français, domaine public · Source : bibliotheque-monastique.ch — Institutions liturgiques, 4 volumes · 178 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

A peine échappé aux violences de l’aigle redoutable qui étreignait l'Europe, mais toujours debout à la même place, l'héroïque Hildebrand tomba en proie à ces anarchistes dont les désirs sont aussi des désirs de tyrannie. En France, on vit le régicide Grégoire, dans son Essai historique sur les libertés de l'Église gallicane, publié en 1818, accumuler contre le saint pape et sa légende tous les blasphèmes des protestants et des jansénistes. En Espagne, au mois de mars 1822, on faisait aux Cortès la proposition de supprimer une partie de l'office de Grégoire VII, COMME ATTENTATOIRE AUX DROITS DES NATIONS (2) ! Certes, c'était là une bien amère dérision de ces rois et de ces évêques courtisans, occupés depuis si longtemps à poursuivre le culte du saint Pontife, et qui l'avaient noté comme coupable de lèse-majesté royale ! Elle fut donc bien droite, bien pure, la politique de ce grand homme; Dieu avait donc placé en lui une notion  bien haute du

(1)  Psalm. CIX.

(2)  L'Ami de la Religion, 13 avril 1822. Tome XXXI.

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droit public, si tous les hommes à excès se sont donné le mot pour faire de son nom et de sa mémoire l'objet de leurs attaques. Jouissez de cette gloire, saint Pontife ; jusqu'ici nul mortel ne l'a partagée avec vous.

Encore un outrage : ce sera le dernier. Au commencement de l'année 1828, une nouvelle édition du Bréviaire romain paraissait à Paris chez le libraire Rusand. L'éditeur avait cru pouvoir y insérer l'office de saint Grégoire VII : encore ne l'avait-il placé qu'à la fin du volume, ne se sentant pas pleinement rassuré par la promesse de cette liberté religieuse garantie à tous par la Charte de 1814. Peu de jours après la publication du bréviaire, certaines feuilles se disant libérales, et fraternisant en toutes choses avec les Cortès espagnoles de 1822, se prirent à crier à l'ultramontanisme qui débordait chez nous, jusque-là, disaient-ils, qu'on osait, en 1828, imprimer et mettre en vente la légende de Grégoire VII. Leurs clameurs furent entendues, et on vit, à Paris, en 1828, la légende de saint Grégoire VII, soumise, par ordre de l'archevêché, aux mutilations que lui inflige l'Autriche dans ses États, sans oublier la suppression charitable de l'épithète iniqui, si justement assignée à Henri IV par l'Église (1) ! Depuis dix ans, plusieurs éditions du Bréviaire romain ont été données, tant à Lyon qu'à Paris; l'office de saint Grégoire VII s'y lit à sa place et dans son entier, et l'édition parisienne de 1828 va s'épuisant de   jour en   jour,    gardant  jusqu'ici   la  trace de  cette

(1) « Certains journaux reprochent à un prélat illustre une édition du bréviaire romain, où se trouve une légende de Grégoire VII; mais l'accusateur n'ajoute pas que ce n'est point M. l'Archevêque qui a fait faire cette édition du Bréviaire romain, qu'il a seulement autorisé la réimpression avant qu'elle se fit, qu'il n'a ni dirigé, ni surveillé l'exécution de cette entreprise, et qu'étant averti qu'il s'était glissé dans la légende de Grégoire VII une phrase en opposition avec nos maximes, il a exigé qu'on fît en cet endroit un carton ; ce qui a eu lieu. » L'Ami de la Religion, Tome LVI, page 87, 31 mai 1828.

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dernière faiblesse que nous n'aurions pu taire sans partialité.

Hâtons-nous de franchir quelques années difficiles ; l'heure de la réhabilitation a sonné. Le Dieu qui est admirable dans ses saints, a résolu enfin de venger son serviteur Grégoire. Ce n'est plus la voix des Leibnitz, des Jean de Muller, des Voigt, etc., qui va retentir; ce n'est plus même celle de Joseph de Maistre, prophète du passé, annonçant à l'Europe que le moment est venu d'adorer ce qu'elle a brûlé, de brûler ce qu'elle avait adoré. Toutes les barrières sont tombées ; c'est maintenant l'Église de France qui proclamera saint Grégoire VII sauveur de la société, restaurateur de la science, de la vertu et de la justice; et l'organe de l'Église de France, dans l'accomplissement de ce devoir sacré, sera ce pieux et savant évêque, fils, par l'intelligence autant que par le sang, du grand philosophe catholique à qui Dieu donna d'approfondir la législation primitive des sociétés, et de comprendre dans toute son étendue le rôle sublime du législateur pontife. Or ce fut le 4 mars 1838, que fut donnée au Puy, par monseigneur Louis-Jacques-Maurice de Bonald, aujourd'hui cardinal de la sainte Église romaine, archevêque de Lyon, Primat des Gaules, cette magnifique et courageuse lettre pastorale sur le chef visible de l'Église, qui restera dans les annales de l'Église de France, comme un des événements les plus graves qu'ait vus notre siècle, qui en a vu un si grand nombre. C'est en ce jour mémorable qu'on entendit professer, avec non moins d'éloquence que de doctrine, du haut de la chaire épiscopale, la foi dans l'infaillibilité du pontife romain parlant aux églises, et proclamer la haute mission imposée par la Providence à saint Grégoire VII, et si dignement accomplie par sa grande âme.

« L'irruption des barbares, disait le prélat, n'était que l'image d'une invasion plus dangereuse pour l'Église et

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pour le monde civilisé; ce n'était que la figure de cette triple coalition de l'ignorance, du vice et de la cupidité, ligués pour éteindre toute lumière, flétrir toute vertu et étouffer toute justice. Le moyen âge vit cet abîme dilater ses entrailles pour engloutir la société tout entière. Et la société, où ira-t-elle se réfugier dans sa détresse ? Encore aux pieds de la chaire de saint Pierre. Là elle trouvera son appui et son salut, dans un pauvre moine élevé au souverain pontificat, mais qui cachait, sous le vêtement grossier du cloître, une âme dont l'élévation n'a pas été comprise, et qui le serait difficilement dans nos jours de spéculation et d'indifférence. Hildebrand mesure la profondeur de la plaie du corps social. A tout autre, les obstacles pour la guérir paraîtraient insurmontables; pour Grégoire VII, c'est dans ces obstacles mêmes qu'il puise un nouveau courage, et va ranimer l'énergie de son caractère. Armé d'une force inébranlable et d'une rectitude inflexible de volonté ; cédant aussi aux maximes de ses contemporains et à l'esprit de son temps, il entreprend une lutte terrible contre son siècle et toutes les puissances de son siècle. La science a déserté le sanctuaire ; il l'y ramènera. La vertu semble être bannie de tous les coeurs ; il la rétablira dans ses droits. La justice est foulée aux pieds; il la fera triompher. Il se croit envoyé pour opposer un front d'airain au vice, qu'il le trouve à l'autel ou sur le trône. Toujours inaccessible à la crainte, toujours au-dessus des considérations mondaines, Grégoire ne donnera point de repos à son zèle, jusqu'à ce qu'il ait réformé le palais des grands, le sanctuaire de la justice, le cloître des cénobites, et la maison de Dieu; jusqu'à ce qu'il ait rallumé le flambeau du savoir, les flammes célestes de la piété ; fait passer dans les cœurs des souverains et des prêtres, cet amour de la justice, cette haine de l'iniquité qui, de son âme, où ces vertus

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surabondent, se répandent avec une sainte profusion dans ses écrits, dans ses actions, dans ses paroles, dans tout son pontificat. Peu lui importent les calomnies, les persécutions et la mort, pourvu qu'il abaisse toute hauteur et fasse fléchir le genou devant les lois éternelles de la justice et de la vérité. Dans ses démêlés avec les princes de la terre, on n'a voulu voir que des empiétements injustes ; on a appelé comme d'abus des saintes entreprises de ce grand pape. Que pouvait-il faire, quand les peuples, broyés sous le pressoir du despotisme insensé de leurs maîtres, venaient réclamer à genoux, comme un dernier secours et un extrême remède à leurs maux, l'exercice sévère de sa juridiction, et les foudres de ses sentences spirituelles ? Ce qui nous étonne et presque nous scandalise, n'était aux yeux du moyen âge que l'exercice d'un juste droit et l'accomplissement nécessaire d'une mission divine. Or, combattre pour établir partout le règne de la justice, delà science et de la vertu, qu'est-ce autre chose que de combattre pour civiliser le monde ? Ce furent là les combats de Grégoire VII, et le sujet pour lui d'une gloire immortelle. »

En lisant ces lignes si calmes, si épiscopales, dans lesquelles est béni avec tant d'amour le nom de ce Grégoire que nous avons vu poursuivi avec tant d'acharnement dans les pages qui précèdent, ne semble-t-il pas au lecteur catholique qu'il se repose avec suavité dans une paix qui ne sera plus troublée? Après ce mandement, on peut le dire, la bataille est gagnée; il n'y a plus d'Alpes; Rome et la France sont unanimes à célébrer la gloire et les vertus de Grégoire, père de la chrétienté. Tout est oublié, renouvelé; le Christ est glorifié dans son serviteur. Mais espérons que bientôt la louange de Grégoire ne retentira plus seulement dans des discours et des instructions pastorales ; que bientôt des autels s'élèveront à sa gloire dans

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cette France qu'il aima et qui le méconnut trop longtemps; qu'enfin, le jour viendra où nous chanterons tous à l'honneur de Grégoire ce bel éloge que Rome et toutes les autres églises latines entonnent dans la solennité de ces saints pontifes qui, pour leur fidélité, ont mérité d'échanger la tiare contre la couronne de l'immortalité ; Dum esset summus Pontifex terrena non metuit ; sed ad cœlestia regna gloriosus migravit.

Si maintenant, selon notre usage, nous en venons à tirer les conséquences des faits consignés au présent chapitre, elles se présentent en telle abondance, qu'il nous faudrait consacrer un chapitre entier à les recueillir; mais nous nous bornerons à celles qui rentrent directement dans notre sujet.

La première,que nous offrons à ceux de nos lecteurs qui ne comprendraient pas encore toute l'importance de la science liturgique, est que néanmoins, ainsi qu'ils ont pu le voir, un seul fait liturgique a suffi pour mettre en mouvement la plus grande partie de l'Europe et pour occuper la plupart des gouvernements, au dix-huitième siècle; en sorte que, pour raconter de la manière la plus succincte, l'histoire d'une page du Bréviaire romain, il nous a fallu ajouter soixante pages à cette histoire, déjà si abrégée, de la Liturgie.

En second lieu, on a pu remarquer avec quel soin la divine Providence s'est servie de la liturgie comme du seul moyen qui restât au Saint-Siège de sauver l'honneur d'un de ses plus grands pontifes, à une époque où tout autre moyen que la rédaction officielle de sa légende eût été impuissant à prévenir la prescription contre sa gloire.

En troisième lieu, on a été à même de voir comment un clergé, isolé de Rome, même dans des choses d'une importance secondaire, porte toujours la peine de cet isolement par les contradictions en lesquelles il se précipite, victime de la position fausse où il s'est placé.

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En quatrième lieu, c'est un spectacle instructif de voir les magistrats séculiers s'arroger tout naturellement, sur les choses de la Liturgie, le pouvoir qu'ils refusent à Rome sur ce point, et raisonner d'ailleurs avec justesse sur l’autorité que donne immanquablement à un fait et à une maxime, son insertion dans les livres liturgiques de l'Eglise romaine.

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NOTES DU CHAPITRE XXI

NOTE A

Quanta gloria publicam

Rem tuentibus indita

Saepe jam fuerit, tuam

Hildebrande scientiam

Nec latere putavimus,

Et putamus. Idem sacra

Et Latina refert via,

Illud et Capitolii

Culmen eximium, thronus

Pollens Imperii docet.

Sed quid istius ardui

Te laboris, et invidiae

Fraudis aut piget, aut pudet ?

Id bonis etenim viris

Plus peste subita nocet.

Virus invidiae latens

Rebus in miseris suam

Ponit invaletudinem,

Hisque non aliis necem

Et pericula confert.

Sed ut invidearis, et

Non ut invideas, decet.

Te peritia quem probi

Et boni fecit unice

Compotem meriti sui.

Omne judicio tuo

Jus favet, sine quo mihi

Nemo propositi mei

Vel favoris inediam

Praemiumve potest dare.

Cordis eximius vigor

Vitae nobilis optimas

Res secuta probant quidem

Juris ingenium modo

Cujus artibus uteris.

Ex quibus Caput urbium

Roma justior, et prope

Totus Orbis eas timet

Saeva barbaries adhuc

Clara stemmate regio.

His et Archiapostoli

Fervido gladio Petri

Frange robur, et impetus

Illius, vetus ut jugum

Usque sentiat ultimum.

Quanta vis anathematis ?

Quicquid et Marius prius

Quodque Julius egerant

Maxima nece militum

Voce tu modica facis.

Roma quid Scipionibus

Ceterisque Quiritibus

Debuit magis, quam tibi

Cujus est studiis suae

Nacta via potentiae.

Qui probe quoniam satis

Multa contulerant bona

Patrias, prohibentur et

Pace perpetua fruî

Lucis et regionibus.

Te quidem potioribus

Praeditum meritis manet

Gloriosa perenniter

Vita, civibus ut tuis

Compareris Apostolis.

S. Alphani Carmina (Italia Sacra. Anecdota Ughelliana. Tom. X. Edit. 1722. pag. 77.)

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NOTE B

BENEDICTUS PAPA XIII

AD  PERPETUAM REI MEMORIAM

Cum ad Apostolatus nostri notitiam pervenerint quaedam folia Gallico idiomate typis impressa sub titulo ; Mandement de Monseigneur l’Evêque d'Auxerre, qui défend de réciter l’Office imprimé sur une feuille volante, qui commence par ces mots : Die 25 maii, in Festo sancti Gregorii VII Papae et  Confess.... Donné a Auxerre, le vingt-quatrième de juillet mil sept cent vingt-neuf. — Nos quamplures ex Venerabilibus Fratribus nostris sanctas Romanae Ecclesiae Cardinalibus, aliosque in sacra Theologia Magistros ad illorum examen delegimus, qui post maturam eorum-dem foliorum discussionem, quid sibi ea super re videretur, Nobis retulerunt. Auditis itaque memoratorum Cardinalium, et in sacra Theologia Magistrorum sententiis, de Apostolicae potestatis plenitudine, Ordinationes in praefatis foliis contentas, nullas, inanes, invalidas, irritas, attentatas, nulliusque omnino roboris et momenti esse, et perpetuo fore, tenore prassentium declaramus.

Et nihilominus ad majorem cautelam, et quatenus  opus  sit harum Serie revocamus, cassamus, irritamus, annulamus, viribusque, et effectu penitus, et omnino vacuamus, ac pro revocatis, cassatis, irritis, nullis, invalidis, et abolitis, viribusque,  et effectu penitus omnino vacuis semper haberi volumus, et mandamus ; folia vero praedicta tam impressa, quam etiam manu scripta legi,  seu retineri tenore pariter praesentium prohibemus, illorumque impressionem, descriptionem, lectionem, retentionem, et usum omnibus, et singulis Christifidelibus, etiam   specifica et individua mentione, et expressione dignis, sub poena excommunicationis per contrafacientes ipso facto absque alia declaratione incurrenda, a quo nemo a quoquam,  praeterquam a Nobis, seu Romano   Pontifice pro tempore existente, nisi in mortis articulo constitutus, absolutionis beneficium valeat obtinere, omnino quoque interdicimus.  Volentes, et auctoritate Apostolica mandantes, ut quicumque folia hujusmodi penes se habuerint, illo statim,atque praesentes litterae eis innotuerint, locorum Ordinariis, vel haereticae pravitatis Inquisitoribus tradere, atque consignare teneantur ; hi vero ea sibi sic tradita illico flammis aboleri curent: in contrarium facientibus non obstantibus quibuscumque.

Ut autem eaedem praesentes litterae ad omnium notitiam facilius perveniant, nec quisquam illarum ignorantiam allegare possit, volumus etiam, et auctoritate praefata decernimus, ut illas ad valvas Basilicas Principis Apostolorum, ac Cancellaria? Apostolicae, Curiaeque generalis in Monte Citatorio,et in Acie Campi Florae de Urbe per aliquem ex Cursoribus nostris, ut moris est, publicentur, illarumque exempla ibidem

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affixa relinquantur, et sic publicatae omnes,  et singulos  quos concernunt, perinde afficiant, ac si unicuique illorum personaliter notificatae,  et intimatae fuissent.

Utque ipsarum praesentium litterarum transumptis, seu exemplis etiam impressis, manu alicujus notarii publici subscriptis, et sigillo personae in Ecclesia dignitate constitutae munitis, eadem prorsus fides tam in Judicio, quam extra illud ubique locorum habeatur, quae eisdem praesentibus haberetur, si forent exhibitae, vel ostensae.

Datum  Romae  apud  Sanctum  Petrum,   sub   annulo   Piscatoris,   die XVII Septemb. M DCC XXIX. Pontificatus nostri Anno sexto.

NOTE C

BENEDICTUS PAPA XIII

AD    PERPETUAM   REI    MEMORIAM

Cum ad  aures  nostras  pervenerit,  nonnullos Magistratus, seu  Officiales,   et   Ministros seculares,   quibusdam   Edictis,   Decretis,   Senatus-consultis, Praeceptis, Mandatis, aut id genus, aliisve quocumque nomine nuncupatis ordinationibus, seu Provisionibus adversus decretum extensionis  ad  universos Christi fideles, qui ad Horas Canonicas tenentur, Officii S. Gregorii Papse VII,  quod prius ex Indultis fel. rec. Pauli V, Clementis X, Alexandri VIII, et Clementis XI, Romanorum Pontificum Praedecessorum  nostrorum, in pluribus jam Christiani Orbis  Ecclesiis passim recitabatur,  atque publice, et  solemniter celebrabatur, a Nobis, ad augendum  cultum S. Pontificis et  Confessoris,  qui in  extirpandis erroribus, Ecclesiastica disciplina restituenda  et  instauranda,   corruptisque moribus reformandis strenue, ac indefesse  elaboravit, novissime editum, insurrexisse:

Hinc est, quod nos ex debito Pastoralis officii, quod humilitati nostrae,   meritis  licet et viribus  longe impari, commisit  divina dignatio, nostram,  et Ecclesiasticam   auctoritatem a perniciosis   hujusmodi   laicorum   conatibus  illaesam,   et  illibatam  tueri   et  conservare   volentes necnon omnium, et singulorum, quae in praemissis, seu eorum occasione quovis modo, acta, et  gesta fuerunt, seriem,  aliave quaecumque etiam specificam,   et   individuam   mentionem,   et   expressionem   requirentia, praesentibus   pro  plene et sufficienter  expressis,  et exacte   specificatis habentes, de quamplurium venerabilium fratrum nostrorum, S. R. E. Gardinalium consilio,  Edicta, Decreta, Senatusconsulta, Praecepta, Mandata, et quasvis alias quocumque nomine nuncupatas ordinationes, sive provisiones per Magistratus,  etiam supremos, seu  officiales, et  Ministros seculares aut alias, a quacumque laicali potestate,  ejusque  nomine adversus Decretum extensionis Officii ejusdem  S. Gregorii Papae VII,

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per Nos, sicut praemittitur, editum, quomodocumque, et ubicumque, promulgata, et promulganda, ac quaevis alia in praemissis, seu eorum occasione quomodolibet acta, gesta, et ordinata, cum omnibus, et singulis inde secutis, et quandocumque secuturis, penitus et omnino nulla, inania, invalida, irrita, et de facto praesumpta, nulliusque prorsus roboris, et momenti esse, et perpetuo fore, Apostolica auctoritate tenore praesentium declaramus.

Et nihilominus ad majorem cautelam, et quatenus opus sit, illa omnia, et singula harum serie itidem perpetuo revocamus, cassamus, irritamus, annulamus, et abolemus, viribusque, et effectu penitus, et omnino vacuamus, ac pro revocatis, cassatis, irritis, nullis, invalidis, et abolitis, viribusque, et effectu penitus, et omnino vacuis semper haberi volumus : sicque et non aliter in praemissis per quoscumque Judices ordinarios, et delegatos, etiam causarum Palatii Apostolici Audi-tores, ac S. R. E. praefatae Cardinales, etiam de Latere Legatos, aliosve quoslibet quacumque praeeminentia, et potestate fungentes, et functuros, sublata eis, et eorum cuilibet quavis aliter judicandi, et interpretandi facultate et auctoritate, judicari, et definiri debere ; ac irritum, et inane si secus super his a quoquam quavis autoritate scienter, vel ignoranter contigerit attentari, decernimus, in contrarium facientibus non obstantibus quibuscumque.

Ut autem eaedem praesentes litterae ad omnium notitiam facilius deveniant, nec quisquam illarum ignorantiam allegare possit, volumus, ac pariter decernimus, ut illae ad valvas Basilicae Principis Apostolorum, ac Cancellariae Apostolicae, Curiaeque generalis in Monte Citatorio, et in Acie Campi Florae de Urbe per aliquem ex cursoribus nostris, ut moris est publicentur, illarumque exempla ibidem affixa relinquantur, et sic publicatae omnes, et singulos quos concernunt perinde afficiant, ac si unicuique illorum personaliter notificatae, et intimatae fuissent.

Utque ipsarum praesentium litterarum transumptis, seu exemplis, etiam impressis manu alicujus Notarii publici subscriptis, et sigillo personae in Ecclesiastica dignitate constitutae munitis, eadem prorsus fides tam in Judicio, quam extra illud, ubique locorum habeatur, quae eisdem praesentibus haberetur, si forent exhibitae, vel ostensae.

Datum Romae apud S. Petrum, sub Annulo Piscatoris, die XIX Decemb. MDCCXXIX. Pontificatus nostri Anno sexto.

II - CHAPITRE XXII

CHAPITRE XXII : FIN DE L’HISTOIRE DE LA LITURGIE DURANT LA PREMIERE MOITIE DU   XVIII°    SIECLE. — TRAVAUX DES   SOUVERAINS    PONTIFES SUR    LA   LITURGIE   ROMAINE. —    AUTEURS   LITURGISTES    DE CETTE EPOQUE.

NOTE DU CHAPITRE XXII

Dans le cours des quatre chapitres que nous venons de consacrer à l’histoire de la Liturgie, dans la première moitié du XVIII° siècle, nous avons eu à nous occuper que de la France. Ce pays tout seul a été le théâtre de la triste révolution dont nous avons eu a retracer le désolant tableau. Le reste de la catholicité demeurait fidèle aux traditions antiques, a l’unité romaine de la Liturgie. Le siège apostolique y réglait toujours les formes du culte ; ses décrets y étaient reçus avec obéissance, et les livres grégoriens continuaient d'y servir d'expression a la piété du clergé et des fidèles.

Mais, durant les cinquante années de ce demi-siècle, la Liturgie romaine ne fut pas sans recevoir de précieux accroissements. Pendant que l’Eglise gallicane procédait par voie de destruction, les Pontifes romains, si jaloux de conserver l’antique dépôt de saint Grégoire, l’enrichissaient de nouveaux offices et de nouvelles fêtes.

Le grand et pieux Clément XI, dans sa sollicitude pour les besoins temporels du peuple chrétien, remplit une lacune importante dans les livres de la liturgie. Parmi les prières que l’Eglise adresse à Dieu dans les diverses calamités, les siècles précédents n'en avaient point offert pour détourner le redoutable fléau des tremblements de terre.

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En l’année 1703, l'Italie ayant été désolée par de nombreuses catastrophes de ce genre, Clément XI composa et plaça dans le missel les trois magnifiques oraisons qui portent en tête cette rubrique : Tempore terrae motus. Au bréviaire, dans les litanies, il prescrivit désormais cette invocation  :  A flagello terrae  motus,  libera nos,

Domine.

Ce fut le même pape qui étendit à l'Église  universelle la solennité du très-saint Rosaire, du rite double majeur, en commémoration de la victoire  de Lépante.   Il donna un nouvel office de saint Joseph, établit doubles la fête de saint Anselme avec le titre de docteur, et celle de  saint Pierre d'Alcantara ; et semi-doubles celles de saint Pie V, de saint Jean de Dieu et de sainte Hedwige. Il créa semi-doubles d'obligation les fêtes de saint Vincent Ferrier, de saint Antonin et de saint Ubalde, dont l'office était précédemment ad libitum. Enfin, il établit la commémoration de saint Liboire, évêque du Mans, au 23 juillet, en reconnaissance du soulagement qu'il avait éprouvé par l’intercession de ce  saint dans une infirmité pour  laquelle on l'invoque dans toute l'Église.

Innocent XIII institua la fête du très-saint Nom de Jésus, du degré double de seconde classe, et celle de saint Isidore de Séville, double mineur avec le titre de docteur. Il éleva au même rang de double mineur, de semi-doubles qu'ils étaient, les offices de saint Paul, ermite, et de saint Jean de Dieu, et créa semi-double d'obligation celui  de sainte Elisabeth de  Portugal, qui auparavant était ad libitum.

Benoît XIII, outre la fête de saint Grégoire VII dont nous avons parlé, institua celle des Sept Douleurs de la sainte Vierge, et celle de Notre-Dame du Mont-Carmel, du rite double majeur, et éleva celle de Notre-Dame de la Merci au même degré. Il établit du rite double mineur les fêtes de saint Pierre Chrysologue, avec le titre de

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Docteur; de sainte Scholastique, de saint Jean de Sahagun, et de sainte Rose de Lima. Il éleva au même degré les offices de saint Vincent Ferrier, des saints Jean et Paul et de sainte Brigitte, qui n'étaient que semi-doubles auparavant. Saint Eusèbe de Verceil et saint André d'Avellino, furent admis au bréviaire avec le degré semi-double parle même pontife, qui créa semi-double d'obligation la fête de saint Wenceslas, qui jusque-là jouissait de ce degré seulement ad libitum.

Ces travaux sur le Bréviaire romain ne sont pas les seuls mérites de Benoît XIII à l'égard de la Liturgie. Le Cérémonial des Évêques fut, de sa part, l'objet d'une révision minutieuse et obtint d'importants accroissements, par les soins personnels du pontife et de la commission qu'il institua à cet effet. Le cérémonial, ainsi réformé, fut annoncé à l'Église catholique et promulgué par un bref du 7 mars 1727.

Aucun pape n'a surpassé Benoît XIII, et bien peu l'ont égalé dans son zèle pour les fonctions saintes. On compte par centaines les autels qu'il dédia solennellement, soit à Bénévent, pendant qu'il en était archevêque, soit à Rome, dans le cours de son pontificat: la seule basilique de Saint-Pierre en renferme douze consacrés par lui. Le nombre des églises qu'il dédia n'est pas moins étonnant. On le vit, entre autres, durant son pontificat, se transporter au Mont-Cassin, pour y faire la dédicace de la nouvelle et magnifique église de Saint-Benoît, qu'il érigea en basilique. Désirant honorer la mémoire de Gavanti, il créa pour Tordre des barnabites, à perpétuité, une charge de consulteur de la congrégation des Rites.

Clément XII éleva au rite double majeur la fête de sainte Anne, mère de la sainte Vierge, et transféra celle de saint Joachim au dimanche dans l'Octave de l'Assomption. Il éleva au rite double mineur, les offices de saint André Corsini, à   la  famille duquel il appartenait, de saint

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Stanislas de Cracovie et de sainte Monique; et institua avec le même degré ceux de saint Vincent de Paul et de sainte Gertrude. Il établit semi-doubles les fêtes de saint Jean de la Croix et de sainte Julienne de  Falconieri.

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