L'Année liturgique — Le Temps Pascal (t. 7-9) (page 10)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 7-9, éd. 1911 (OCR) · 18 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

I. Constitution Magnis et crebris du Q des calendes d'avril 12 53.

Saint Pierre, Martyr. 45 1

défense de la foi, et les peuples n'avaient alors rien de plus cher que la foi. Pierre avait reçu la charge de rechercher les hérétiques manichéens, qui depuis longtemps infectaient le Milanais de leurs doctrines perverses et de leurs mœurs aussi odieuses que leurs doctrines. Sa fermeté, son intégrité dans l'accomplissement d'une telle mission , le désignaient à la haine des Patarins ; et lorsqu'il tomba victime de son noble courage, un cri d'admiration et de reconnaissance s'éleva dans la chrétienté. Rien donc de plus dépourvu de vérité que les déclamations des ennemis de l'Eglise et de leurs imprudents fauteurs, contre les poursijiies que le droit public des nations catholiques avait décrétées pour déjouer et atteindre les ennemis de la foi. Dans ces siècles, aucun tribunal ne fut jamais plus populaire que celui qui était chargé de protéger la sainte croyance, et de réprimer ceux qui avaient entrepris de l'attaquer. Que l'Ordre des Frères-Prêcheurs , chargé principalement de cette haute magistrature, jouisse donc, sans orgueil comme sans faiblesse , de l'honneur qu'il eut de l'exercer si longtemps pour le salut du peuple chrétien. C^ue de fois ses membres ont rencontré une mort glorieuse dans l'accomplissement de leur austère devoir ! Saint Pierre Martyr est le premier des martyrs que ce saint Ordre a fournis pour cettegrande cause ; mais les fastes dominicains en produisent un grand nombre d'autres , héritiers de son dévouement et émules de sa couronne. La poursuite des hérétiques n'est plus qu'un fait de l'histoire ; mais, à nous catholiques, il

n'est pas permis de la considérer autrement que ne la considère rPZglise. Aujourd'hui elle nous prescrit d'honorer comme martyr un de ses saints qui a rencontré le trépas en marchant à rencontre de loups qui menaçaient les brebis du Seigneur; ne serions-nous pas coupables envers^'notre mère, si nous osions apprécier autrement qu'elle le mérite des combats qui ont valu à Pierre la couronne immortelle ? Loin donc de nos cœurs catholiques cette lâcheté qui n'ose accepter les courageux efforts que tirent nos pères pour nous conserver le plus précieux des héritages ! Loin de nous cette facilité puérile à croire aux calomnies des hérétiques et des prétendus philosophes contre une institution qu'ils ne peuvent naturellement que détester ! Loin de nous cette déplorable confusion d'idées qui met sur !e même pied la vérité et l'erreur, et qui, de ce que l'erreur ne saurait avoir de droits, a osé conclure que la vérité n'en a pas à réclamer !

Voici maintenant le récit que la sainte Eglise nous donne à lire en ce jour sur les vertus et les combats de saint Pierre Martyr.

PETRUS Veronœ parentibus Manichxorum ha?resi infcctis natiis, ab ipsa pêne infantia contra hœreses pugnavit. Puer annorum septem , cum scholas frequentaret, aliquando a patruo hœret ico interrogatus, quid tandem in iis didicisset, Chrislianx Fidei SymPIERRE , né à Vérone de parents infectés des erreurs des Manichéens, combattit presque dès son enfance contre les hérésies. A l'âge de sept ans, comme il allait aux écoles, son oncle paternel qui était hérétique, lui ayant demandé ce qu'il y avait appris, il répondit qu'il y avait appris le Symbole de

Saint Pierre, Martyr.

la foi chrétienne ; et ni les caresses ni les menaces de son père et de son oncle ne purent ébranler sa constance dans la vraie doctrine. Parvenu à l'adolescence, il vint à Bologne pour faire ses études. Ce fut là qu'étant appelé par le Saint-Esprit à un genre de vie plus élevé, il entra dans lT)rdre des FrèresPrêcheurs.

SES vertus brillèrent avec un grand éclat dans la religion, et il conserva son cœur et ses sens dans une telle pureté, que jamais il ne se sentit souillé d'aucun péché mortel. Il mortifiait sa chair par les jeûnes et les veilles, et il élevait son esprit à la contemplation des choses divines. Occupé sans cesse à l'œuvre du salut des âmes, il avait un don particulier pour réfuter les hérétiques. Il mettait tant de force dans sa prédication, qu'une multitude innombrable de personnes affluait autour de lui pour l'entendre, et beaucoup se convertissaient et faisaient pénitence.

L'ardeur de sa foi 1 raait tellement

mflamqu'il

souhaitait de mourir pour elle, et demandait instamment à Dieu cette grâce. Ce furent les hérétiques qui la

bolura se didicisse respondit : neque ullis unquam patris patruive blanditiis, aut minis a fidei constantia dimoveri potuit. Adolescens Bononiam sîudiorum causa venit : ubi a Spiritu Sancto ad sublimioris vitœ formam vocatus , Ordinis Prœdicatorum instilutum suscepit.

MAGNO virtutum splendore in religione eluxit : corpus et animam ab omni impuritate ita custodivit, ut nullius mortiferi peccati labe se inquinatum unquam senserit. Carnem jejuniis et vigiliis macerabat, mentem divinis contemplationibus exercebat : in salute animarum procuranda assidue versabatur, peculiaris gratiae dono hœreticos acriter confutabat. Tantam in concionando vim habuit, ut innumerabilis hominum multitude ad eum audiendum conflueret, multique ad pœnitentiam converterentur.

"t^ ANTO fidei ardore in1 census erat, ut pro ea mortem subire optaret, eamque a Deo gratiam enixe precaretur. Itaque haeretici necem,

quam is paulo ante concionando prœdixerat, illi intulerunt. Nam cum sanctae Inquisitionis munus gereret, illum Como Mediolanum redeuntem, impius sicarius semel atque iterum in capite gladio vulneravit; jamque pêne mortuus, Svmbolum fidei, quam infans virili fortitudine confessas fuerat, in ipso supremo spiritu pronuntiavit : iterumque latera mucrone transverberatus, ad martyrii palmam migravit in cœlum anno salutis millesimo ducentesimo quinquagesimo secundo : quem multis illustrem miraculis, Innocentius Quartus anno sequenti, sanctorura Martyrum numéro adscripsit.

lui procurèrent, selon qu'il l'avait annoncé lui-même peu auparavant dans une prédication. Comme il exerçait la charge d'Inquisiteur, un jour qu'il revenait de Como à Slilan, un impie meurtrier lui déchargea sur la tète deux coups d'épée. Le saint, presque mort, prenonça avant de rendre le dernier soupir le Symbole de la foi que dans son enfance il avait confessée avec le courage d'un homme. L'assassin revint à la charge, et lui ayant plongé son épée dans le flanc, le saint alla au ciel recevoir la palme du martyre, l'an du salut 1252. Il éclata bientôt par un grand nombre de miracles, et l'année suivante Innocent W l'inscrivit au nombre des Martvrs.

Nous empruntons les Antiennes et le Répons suivants au Bréviaire dominicain, à la louange du glorieux champion de la foi.

I E fume lumen oritur et rosae fîos de sentibus doctor et martyr nascitur Petrus de infidelibus

^^^- \J mée la flamme lumineuse s'élance ; la rose fleurit sur les épines du buis

Ant. Praedicatorum ordinis railitans in acie,

son ; ainsi Pierre, docteur et martyr, naît d'une famille infidèle.

Ant. D'abord soldat dans l'armée des Prêcheurs, il

Saint Pierre, Martyr.

brille aujourd'hui dans les nunc conjunctus est ac ranqs de la milice céleste. mini cœlestis militias.

Ant Son âme fut tout angélique, sa langue féconde, sa vie apostolique, sa mort précieuse.

IÇ!. Tandis qu'il est à la recherche des renards de Samson, il est immolé par un bras impie ; un meurtrier frappe sa tête sacrée : le sang du juste est répandu : * Ainsi le martyr cueille la palme du triomphe , en succombant pour la foi.

f. Athlète invincible, il confesse encore en mourant la foi pour laquelle il verse son sang. * Ainsi le martyr cueille la palme triomphale, en succombant pour la foi.

Ant. Mens fuit angelica , lingua fructuosa, vita apostolica , mors quam pretiosa.

ly. Dum Samsonis vulpes quœrit , ab iniquis cœditur; caput sacrum lictor ferit, justi sanguis funditiir : * Sic triumphi palmam gerit, dura pro fide moritur.

f. Stat invictus pugil fortis : constans profert hora mortis fidem, pro qua patitur. * Sic triumphi palmam gerit, dum pro fide moritur.

7 ous avez vaincu, 6 Pierre ! et votre zèle pour ladéfensedela foi a obtenu sa récompense. Vous désiriez ardemment répandre votre sang pour la plus sainte des causes, et confirmer par votre sacritice les fidèles du Christ dans la fermeté de leur croyance. Le Seigneur a comblé vos vœux, et il a voulu que votre immolation coïncidât avec les fêtes de notre divin Agneau pascal, que vous suivez dans son triomphe comme vous l'avez suivi dans son immolation. Le fer parricide s'abattit sur votre tète vénérable, votre sang généreux coulait en ruisseaux sur la terre, et de votre doigt vous traciez encore sur le sable, en mourant, les premières paroles du

4^6" Le Temps Pascal.

Symbole pour lequel vous donniez votre vie. Protecteur du peuple chrétien, quel autre mobile que celui de la charité vous dirigea dans vos travaux ? Soit que votre parole vive; et lumineuse reconquît sur l'erreur les âmes abusées, soit que marchant droit à l'ennemi, votre vigueur le forçât à fuir loin des pâturages qu'il venait empoisonner, vous n'eûtes qu'un but, celui de préserver les faibles de la séduction. Combien d'âmes simples auraient joui avec délices de la vérité divine que la sainte Eglise faisait arriver jusqu'à elles, et qui, misérablement trompées par les prédicants de l'erreur, sans défense contre le sophisme et le mensonge, perdent le don de la foi et s'éteignent dans l'angoisse ou dans la dépravation ! La société catholique avait prévenu de tels dangers. Elle ne soutfrait pas que l'héritage conquis au prix du sang des martyrs fût en proie aux ennemis jaloux qui avaient résolu de s'en emparer. Elle savait que l'attrait de l'erreur se rencontre souvent au fond du coeur de l'homme déchu, et que la vérité, immuable en elle-même, n'est assurée de demeurer en possession de notre intelligence qu'autant qu'elle y est défendue par la science ou par la foi : la science qui est le partage du petit nombre, la foi contre laquelle l'erreur conspire sans cesse, sous les apparences de la vérité. Dans les âges chrétiens, on eût regardé comme coupable autant qu'absurde de' garantir à l'erreur la liberté qui n'est due qu'à la vérité, et les pouvoirs publics se considéraient comme investis du devoir de veiller au salut des faibles, en écartant d'eux les occasions de chute, comme

Saint Pierre, Martyr. 4J>7

le père de famille prend soin d'éloigner de ses enfants les périls qui leur seraient d'autant plus funestes que leur inexpérience ne les soupçonne pas.

Obtenez-nous, o saint martyr, une estime toujours plus grande de ce don précieux de la foi qui nous maintient dans le chemin du ciel. Veillez avec sollicitude à sa conservation en nous et en tous ceux qui sont confiés à notre garde. L'amour de cette sainte foi s'est refroidi chez plusieurs; le contact de ceux qui ne croient pas les a accoutumés à des complaisances de pensée et de parole qui les ont énervés. Rappelez-les, ô Pierre, à ce zèle pour la vérité divine qui doit être le trait principal du chrétien. Si, dans la société où ils vivent, tout conspire pour égaliser les droits de l'erreur et ceux de la vérité, qu'ils se sentent d'autant plus obligés à professer la vérité et à détester l'erreur. Réchauftéz donc en nous tous, o saint martyr, l'ardeur de la foi, « sans laquelle il est impossible à M l'homme d'être agréable à Dieu ' )>. Rendeznous délicats sur ce point de première importance pour le salut, afin que, notre foi prenant toujours de nouveaux accroissements, nous méritions de voir éternellement au ciel ce que nous aurons cru fermement sur la terre.

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E saint Ordre des Frères-Prècheurs, qui présentait hier une rose vermeille à Jésus ressuscité, lui offre .aujourd'hui un lis éclatant de blancheur. Catherine de Sienne succède sur le Cycle à Pierre Martyr : touchante association qui forme l'un des plus riches épisodes du Temps pascal. Notre divin Roi a droit à tous les genres de tributs, en ces derniers moments de son séjour avec nous; et puisque la nature terrestre n'offre en cette saison que fleurs et çarfums, il est juste que le monde spirituel épanouisse à la gloire de l'auteur de la grâce ses plus nobles et ses plus odorantes productions.

Qui oserait entreprendre de raconter les mérites de Catherine, d'énumérer seulement les titres de gloire dont son nom est entouré ? Entre les épouses de Jésus elle occupe un des premiers rangs. Vierge fidèle, elle s'unit à l'Epoux divin dès ses premières années. Sa vie, consacrée par un si noble vœu, s'écoula au sein de la famille, afin qu'elle fût à même de remplir les hautes missions que la divine Providence lui destinait. Mais le Seigneur, qui voulait néanmoins glorifier par elle le saint état de la Religion, lui inspira de s'unir par la profession du Tiers-Ordre à

Sainte Catherine de Sienne, Vierge. 45g

l'illustre famille du grand Patriarche des Frères-Prècheurs. Elle en revêtit l'habit, et en pratiqua toute sa vie les saints exercices.

Dès le début de cette sublime carrière, on devine sous les allures de la servante de Dieu quelque chose de céleste, comme si un ange se fût imposé de venir habiter ici-bas, pour y mener dans un corps une vie humaine. Son essor vers Dieu est comme irrésistible, et donne l'idée de cet élan qui entraîne vers le souverain bien les âmes gloritiées aux yeux desquelles il se montre pour jamais. En vain le poids de la chair mortelle menace d'appesantir le vol du Séraphin terrestre: l'énergie de la pénitence la mate, l'assouplit et l'allège. L'âme semble vivre seule dans ce corps transformé. L'aliment divin de l'Eucharistie suffit à le soutenir ; et l'union avec le Christ devient si complète, que ses plaies sacrées s'impriment sur les membres de la vierge, et lui donnent à goûter les cuisantes et ineffables douleurs de la Passion.

Du sein de cette vie si élevée au-dessus de l'humanité, Catherine n'est étrangère à aucun des besoins de ses frères. Son zèle est tout de feu pour leurs âmes, sa compassion tendre comme celle d'une mère pour les infirmités de leurs corps. Dieu a ouvert pour elle la source des prodiges, et Catherine les dispense à pleines maink sur les hommes. La mort et les maladies cèdent à son empire, et les miracles des anciens jours se multiplient autour d'elle.

Les communications divines ont commencé pour elle dès ses premières années, et l'extase est devenue son état presque habituel.

4^)0 Le Temps Pascal.

Ses yeux ont souvent vu notre divin Ressuscité qui lui prodigue les caresses et les épreuves. Les plus hauts mystères sont descendus à sa portée, et une science qui n'a rien de la terre illumine son intelligence. Cette tille sans lettres dictera des écrits sublimes, où les vues les plus profondes sur la doctrine céleste sont exposées avec une précision et une éloquence surhumaines, avec un accent qui pénètre encore les âmes aujourd'hui.

Mais le Ciel ne veut pas que tant de merveilles demeurent ensevelies dans un coin de l'Italie. Les saints sont les soutiens de l'E- glise ; et si leur action est souvent mystérieuse et cachée, quelquefois aussi elle se révèle aux regards des hommes. On voit alors au grand jour les ressorts à l'aide desquels Dieu gouverne le monde. Il s'agissait, à la fin du xiv" siècle, de restituer à la ville sainte la présence du vicaire du Christ, tristement absent de son siège depuis plus de soixante ans. Une âme sainte pouvait, dans le secret de la face de Dieu, par ses mérites et ses prières, déterminer cette heureuse crise vers laquelle l'Eglise aspirait tout entière; le Seigneur voulut cette fois que tout se passât au grand jour. Au nom de Rome délaissée, au nom de son Epoux divin qui est aussi celui de l'Eglise, Catherine franchit les Alpes, et se présente au Pontife qui n'a jamais vu Rome et dont Rome ignore les traits. La Prophétesse lui intime avec respect le devoir qu'il doit remplir; pour garantir la mission qu'elle exerce, elle lui révèle un secret dont lui seul a conscience. Grégoire XI est vaincu, et la Ville éternelle revoit enfin son pasteur

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et son père. Mais, à la mort du Pontife, un schisme effrayant, présage sinistre de plus grands malheurs, vient déchirer le sein de i'Eglise. Catherine lutte contre la tempête jusqu'à sa dernière heure ; mais la trentetroisième année de sa vie s'accomplit ; l'Epoux divin ne veut pas qu'elle dépasse l*àge qu'il a consacré en sa personne ; il est temps que la vierge aille continuer dans les cieux son ministèVe d'intercession pour l'Eglise qu'elle a tant aimée, pour les âmes rachetées dans le sang de son Epoux.

Notre divin Ressuscité qui l'appela aux embrassements éternels dans ces jours du Temps pascal, lui avait accordé ici-bas une faveur qui la désigne à notre vénération spéciale en ce moment. Un jour, il lui apparut avec sa très sainte Mère; et Marie-Madeleine qui annonça la Pâque aux Apôtres accompagnait respectueusement le tils et la mère. Le cœur de Catherine se fondit d'amour dans cette visite ; à la fin ses yeux s'arrêtèrent sur Madeleine, dont elle goûtait et enviait à la fois le bonheur. Jésus lui dit : « Bien-aimée, je te la « donne pour mère ; adresse-toi désormais à « elle en toute assurance; je la charge spé« cialement de toi. » A partir de ce jour, une tendresse filiale pour Tamante du Sauveur s'empara du cœur de Catherine, et dès lors elle ne la nomma plus que sa mère.

Il est temps de lire le récit touchant, mais trop abrégé, de la vie et des actions de Catherine dans le livre de la sainte Eglise.

CATHERINE, Vierge de I /^ atharina, Virgo SeSienne, née de parents | V^ nensis, piisortapaLe Temps Pascal.

rentibus, beati Dominici habitum, queni Sorores de Pœnitentia gestant, impetravit. Summa ejus fuit abstinentia, et admirabilis vitre austeritas. Inventa est aliquando a die Cinerum usque ad Ascensionem Domini jejunium perduxisse , sola Eucharistiœ communione contenta. Luctabatur quam frequentissime cum da?monibus, multisque illorum molestiis vexabatur : asstuabat febribus, nec aliorum morborum cruciatu carebat. Magnum et sanctum erat Catharinîe nomen. et undique ad eam aîgroti et malignis vexati spiritibus deducebantur. Languoribus et febribus in Christi nomine imperabat et dœmones cogebat ab obsessis abire corporibus.

CUM Pisis immoraretur, die Dominico, refecta cibo cœlesti, et in exstasirapta, vidit Dominumcrucifixum magno cum lumine advenientem, et ex ejus vulnerum cicatricibus quinque radios ad quinque loca sui corporis descendentes ; ideoque mysterium advertens, Dominum prcpieux, demanda et obtint l'habit de saint Dominique, tel que le portent les Sct-urs de la Pénitence. Son abstinence était grande, et admirable l'austérité de sa vie. Il lui arriva une fois de passer à jeun tout le temps depuis le Mercredi des Cendres jusqu'à l'Ascension du Seigneur, sans avoir pris autre chose que la communion eucharistique. Elle étaitsouvent aux prises avec les démons, qui la poursuivaient par de fréquentes attaques. Des fièvres ardentes, et diverses autres maladies lui servaient aussi d'épreuves. Le nom de Catherine devint si célèbre et sa sainteté si répandue, que de toutes parts on lui amenait des malades et des gens lourmenités du malin esprit. Elle commandait au nom du Christ aux maladies et aux fièvres, et contraignait les démons à sortir des corps qu'ils obsédaient.

SE trouvant à Pise, un dimanche, après avoir reçu la nourriture céleste, elle fut ravie en extase, et vit le Seigneur crucifié qui venait à elle environné d'une grande lumière. Cinq rayons partaient des cicatrices de ses plaies ; ils se dirigèrent sur cinq endroits du corps de Catherine. Elle comprit le mystère ; mais elle pria le

Sainte Catherine de Sienne, Vierge. 403

Seigneur que les stigmates ne parussent pas. Aussitôt les rayons changèrent leur couleur de sang en une autre très éclatante, et sous la forme d'une lumière très pure ils atteignirent ses mains, ses pieds et son cœur. La douleur qu'elle éprouva des plaies qu'ils lui laissèrent était si poignante, qu'elle pensa que si Dieu ne l'eût modérée, elle devait prompteraent succomber. Le Seigneur plein d'amour pour son épouse lui accorda cette nouvelle grâce, que tout en ressentant la douleur des plaies, les marques sanglantes ne fussent pas visibles. La servante de Dieu rendit compte de ce phénomène à Raymond son confesseur : ce qui a été cause que la piété des fidèles voulant représenter ce miracle, a eu soin de peindre sur les images de sainte Catherine des rayons lumineux partant des cinq parties stigmatisées de son corps.

SA science était infuse et non acquise. Des professeurs en théologie lui proposèrent les plus difficiles questions sur la théologie ; elle sut y satisfaire. Personne n'approcha d'elle qu'il n'en devînt meilleur ; elle étouffa beaucoup de haines, et fit cesser plusieurs inimitiés mortelles. Elle se rendit à Avicata, ne cicatrices apparerent, continuo radii colorem sanguineum mulaverunt in splendidum, et in formam purae lucis pervenerunt ad manus, pedes et cor ejus : ac tantus erat dolor quem sensibiliter patiebatur, ut nisi Deus minuisset, brevi se crederet morituram. Hanc itaque gratiam amantissimus Dominus nova gratia cumulavit , ut sentiret dolorem illapsa vi vulnerum, et cruenta signa non apparerent. Quod ita contigisse cum Deifamula confessario suo Raymundo retulisset, ut oculis etiam repraesentaretur, radios in imaginibus beatœ Catharinas ad dicta quinque loca pertingentes, pia fidelium cura pictis coloribus e.xpressit.

DOCTRINA ejus infusa, non acquisita fuit : sacrarum litterarum professoribus difficillimas de divinitate quaestiones proponentibus respondit. Nemo ad eam accessit, qui non melior abierit : multa exstin.xit odia, et mortales sedavit inimicitias. Pro pace Flo4h4

rentinorura. qui cum Ecclesia dissidebant, et interdicto ecclesiastico suppositi erant. Avenionem ad Greworiiim Undecimum Pontificem Maximum profecta est, cui etiam votum ejus de petenda Urbe, soli Deo notum, sese divinitus ccgnovisse monstravit : deiiberavitque Pontifex, ea etiam suadente, ad scdem suam Romanam personaliter accedere ; quod et fecit. Eidem Grcgorio et Urbano Sexto ejus successori, acceptissima fuit, adeo ut legationibus eorum fiingeretur. Denique post innumera virtutum insignia, dono prophetias, et pluribus clara miraculis, anno astatis suœ tertio circiter et trigesimo , mi gravit ad Sponsum. Quam Pius Secundus Pontifex Maximus sanctarum virginum numéro adscripsit.

L.e pape Pie II, l'une des gloires de la ville de Sienne, a composé les Hymnes suivantes en l'honneur de sa sainte et illustre concitoyenne. Elles font partie de l'Office de sainte Catherine de Sienneau Bréviaire dominicain.

gnon auprès du pape Grégoire XI, pour obtenir la paix des Florentins qui étaient en différend avec l'Eglise, et qui pour ce sujet avaient été frappés d'interdit. Elle fit connaître à ce pape qu'elle savait par révélation le vœu qu'il avait fait de se rendre à Rome, et qui n'était connu que de Dieu seul. Ce fut à sa persuasion que le Pontife se résolut à revenir en personne s'asseoir sur son siège : ce qu'il accomplit enfin. Elle fut tellement considérée de Grégoire et d'Urbain VI, son successeur, qu'ils l'employèrent en diverses ambassades. Enfin, après avoir brillé de l'éclat de toutes les vertus, du don de prophétie et d'un grand nombre de miracles, étant âgée d'environ trente-trois ans, elle sortit de ce monde pour s'unir à l'Epoux. Le pape Pie II la mit au nombre des saintes vierges.

HyEC tuc-e, vjrgo, numenta laudis.

LES cantiques d'honneur que nous chantons en

Sainte Catherine de Sienne, Vierge. 465

chœur à ta louange, dans la

Quae tuis laeti,Catharina,

joie que nous inspire ta fête,

sacris.

ô vierge Catherine, présenteHoc quidem pacto modules au ciel.

lamur omnes, Perfer Olympo.

S'ils ne sont pas dignes

Si satis digne nequed'y être accueillis, daigne

ant refcrri.

pardonner à notre faiblesse :

Annuas vobis veniam,

c'est que notre génie ne sauprecamur :

rait s'élever à la hauteur de

Non sumus tanti ingenii,

tes mérites, ô vierge remplie

fatemur,

de bonté 1

Optima virgo.

Mais qui a pu jamais porter

Quis fuit dignas moton éloge aussi haut que tes

dulatus umquam

mérites? Quel mortel en ce

Virginis laudes ?Quis in

monde pourrait, dans des

orbe toto

vers impérissables, chanter

Fœminae invictae peritura

dignement tes grandeurs, ô

numquam

femme dont rien n'a pu vainCarmina pandet ?

cre le courage ?

Tes exemples, ô Catherine,

Prsedita exemplis Carayonnent par toute la terre ;

tharina claris.

ta vertu supérieure est à l'égal

Moribus prœstans, sade ta sagesse ; en toi brillent

piens abunde ;

la tempérance, la force, la

Temperans, fortis, pia.

piété , la justice , la prujusta, prudens,

dence ; et tu montes dans les

^thera scandis.

cieux.

Nul ici-bas n'ignore ta

Quem latet virtus, favertu, tes nobles actions ; nul

cinusque clarum,

en ce monde n'a surpassé ta

Quo nequit dici sanctius

sainteté ; ta compassion enper orbem ?

vers le Christ souffrant a imVulrerum formam miseprimé sur tes membres jusrata Christi,

qu'à ses blessures.

Exprimis ipsa.

Pauvre, affligée, menant

Nam brevis. mœsta;,

une vie remplie de toutes les

miserîEque vitœ,

Kt malis cunctis pcnitus

rcfertae, F"ortitcr sperncns prctiosa qureque. Sidéra adisti.

Gratias summas habeamus omnes Filio magni Genitoris

aimo, Spiritum Sanctuni vencremur, et sit Laus tamcn una. Amen.

douleurs, ton cœur généreux a méprisé tout ce que les hommes estiment précieux ; le ciel pouvait seul être un séjour digne de toi.

Rendons avec transport nos actions de grâces à l'auguste Fils de l'éternel Père ; oflProns à TEsprit-Saint l'hommage de notre adoration; aux trois louange égale ! Amen.

i- efferenda

Jure censeris, quoniam

triumphos Ipsa cœlorum, probitate

mira.

Nacta refulges.

Prnemium sanctœ tamen ipsa vitre Et simul munus probitatis almffi Accipis cœlo, cumulata cunctis

Denique rébus.

Tu gravem sacris meritis refertum, Orbis exemplar, pietate

plénum Prxdicatorum vencrata Patrem,

Ordine fulges.

Nulla Jam rerum placuit voluptas,

nimis

TU as droit, vierge illustre, à tous les triomphes ; car tes vertus ont été du ciel plutôt que de la terre.

C'est au ciel aussi que tu reçois le prix de ta sainte vie, la récompense de ta vertu, que tu es comblée de tous les biens.

Tu vénères le Père de l'Ordre des Prêcheurs, cet homme comblé de mérites, donné en exemple à l'univers entier, d'une piété sanségale : et tu deviens toi-même la gloire de son Ordre.

Les plaisirs d'ici-bas, les parures mondaines, l'éclat de

Sainte Catherine de Sienne, Vierge. 467

la beauté n'eurent aucun prix à tes yeux ; fa seule étude fut de fuir avec soin le péché qui rend la vie coupable.

Assidue à châtie- ton corps avec rigueur, des ri isseaux de sang coulent sur tes membres déchirés par les fouets ; les crimes des hommes t'arrachent des larmes continuelles.

Tu intercèdes pour tous ceux qui , dans le monde entier, sont en proie à l'infortune, pour tous ceux dont l'âme est agitée par de cruels soucis.

Pour célébrer dignement tes louanges, il nous faudrait rappeler tous les bienfaits dont tu es la source, toi dont la sainteté dépasse de si loin celle des autres.

On vit le soldat farouche céder à ta parole, les chefs ennemis qui menaçaient la vie des habitants de Sienne, déposer à tes pieds leur fureur.

Ton puissant génie se livra à la science des choses sacrées ; les villes les plus célèbres conservent encore

Nullus ornatus, nitor

ecce nullus Corporis.semper fugiens

iniqua

Crimina vitje.

Saepius corpus domitans acerbe, Quam pie fîagris cruor

hinc et inde Fluxerat rivis ! hominumque demum Crimina flebas.

Qui per ingentes, variosque casus. Orbe terrarum cruciantur omnes : Quotque vel curis agitantur ipsi

Undique diris.

Siippetent nobis totidem canenda. Si tuas laudes repetantur

omnes : Tu quidem longe pietate cunctis

Inclyta prsestas.

Jam ferox miles tibi Scçpc cessit, Et duces iras posuere

sasvas : Hi necem diram populo minoti

Sccpe Senensi.

Quid quod et sacris studiis fréquenter Viribus summis operam dedisti :

Litteraedoctae, lepidxquc Claris

Urbibus exstant.

Niteris verbis revocarc lapsos, Niteris rectum suadere

cunctis : Sic ais : Tantum probitas bcatos Efficit omnes.

Jura tu saew-p tremebunda mortis Fortiter temnens, nihil

extimescens, Prîemium nostrse vocitare vitae

Saspe solebas.

Unde cum tempus properaret ipsum, Quo sacros artus cineresque busto Linqueres, ccelos aditura, flentes Ipsa docebas.

Sic sacrum Chrisli venerata corpus, Hostiam libans, lacrymis obortis, Dixeras cunctis documenta vitae, Voce suprema.

Gratias summas habeamus omnes Filio magni Genitoris aimo,

avec respect les lettres gracieuses et pleines de doctrine que tu daignas leur écrire.

Tes exhortations relèvent ceux qui sont tombés ; tu donnes à tous les conseils de la vertu ; tu leur apprends que l'honnêteté est la seule source du bonheur.

La mort et ses terreurs n'excitent que ton mépris ; la menace du trépas ne t'elTraie jamais; à tes yeux il n'est que la récompense d'une vie sainte.

C'est dans cette pensée qu'à l'heure où tu allais quitter ton corps sacré et livrer tes cendres à la tombe, prête à monter au ciel, tu exhortais encore ceux qui. baignés de larmes, entouraient ta couche.

Adorant profondement le divin corps du Christ, tu reçois en versant des pleurs l'hostie du salut, et tes dernières paroles enseignent encore la véritable vie à tes disciples.

Rendons avec transport n<>s actions de grâces à raugu>te Fils de l'éternel Père ; offrons à l'Esprit-Saint l'homSainte Catherine de Sienne, Vierge. 46g

mage de notre adoration ; aux trois , louange égale ! Amen.

Spiritum Sanctum vens remur, et sit

Laos tamen una. Amen.

•y ouT entière aux joies de la résurrection de * son Epoux, la sainte Eglise s'adresse à vous, 6 Catherine, à vous qui suivez ce divin Agneau partout où il va '. Dans ce lieu d'exil où il ne doit plus s'arrêter longtemps, elle ne jouit que par intervalles de sa présence ; elle vous demande donc: « L'avez-vous ren<( contré, celui que chérit mon âme - ? » Vous êtes son Epouse, elle l'est aussi ; mais pour vous il n'y a plus de voiles, plus de séparation, tandis qtie pour elle la jouissance est rare et rapide, et la lumière tempérée encore par les ombres. Mais quelle vie a été la vôtre, 6 Catherine! Elle a uni la plus poignante compassion pour les douleurs de Jésus, aux délices les plus enivrantes de sa vie gloritîée. Vous pouvez nous initier aux mystères sanglants du Calvaire et aux magnificences de la Résurrection. Ces dernières sont en ce moment l'objet de notre méditation respectueuse ; parlez-nous donc de notre divin Resssuscité. N'est-ce pas lui qui a passé à votre doigt virginal l'anneau nuptial , cet anneau orné d'un diamant nonpareil qu'entourent quatre pierres précieuses ? Les rayons lumineux qui jaillissent de vos membres stigmatisés ne nous disent-ils pas que vous l'avez vu tout resplendissant de l'éclat de ses plaies glorieuses, lorsque l'amour vous transforma en lui ? Fille d. Madeleine, vous annoncez

[. Apoc. XIV, 4. — 2. Cant. m, 3.

470 Le J'emps Pascal.

comme elle à l'Eglise qu'il est ressuscité, et vous allez achever au ciel cette dernière Pâque, cette Pâque de votre trente-troisième année. O Catherine, mère desâmes ici-bas, aimez-les jusquedans le séjourde la i^loireoù vousbrillez entrelesépouses dugrand Roi, Nousaussi, nous sommes dans la Pâque, dans la vie nouvelle ; veillez sur nous, atin que la vie de Jésus nes'éteigne jamaisdansnosàmes, mais qu'elle croisse toujours par l'amour dont votre vie toute céleste nous oflre l'admirable modèle.

Faites-nous part, 6 Vierge, de cet attachement filial que vous eûtes pour la sainte Eglise, et qui vous fit entreprendre de si grandes choses. \'ous vous afHigiez de ses afflictions, et vous vous réjouissiez de ses joies comme une fille dévouée, parce que vous saviez qu'il n'est point d'amour de l'Epoux sans l'amour de l'Epouse, et que l'Epoux donne à ses enfants par l'Epouse tout ce qu'il a résolu de leur donner. Nous aussi, nous voulons aimer notre Mère, confesser toujours le lien qui nous unit à elle, la défendre contre ses ennemis, lui gagner de nouveaux fils généreux et fidèles.

Le Seigneur se servit de votre faible bras,

6 femmeinspirée, pour replacer sur son siège le Pontife dont Rome regrettait l'absence. Vous fûtes plus forte que les éléments humains qui s'agitaient pour prolonger une situation désastreuse pour l'Eglise. La cendre de Pierre au Vatican, celle de Paul sur la voie d'Ostie, celle de Laurentet de Sébastien, celle de Cécile et d'Agnès, et de tant de milliers de martyrs, tressaillirent dans leurs glorieux tombeaux, lorsque le char triomphal

Sainte Catherine de Sienne, Vierge. 471

qui portait Grégoire entradans la ville sainte. Par vous, ô Catherine, soixante-dix années d'une désolante captivité avaient en ce jour leur terme, et Rome expirante revenait à la vie. Aujourd'hui les temps sont changés, et l'enfer a dressé de nouvelles embûches,' Rome a vu détrôner le Pontife dont le choix imprescriptible de Pierre a fixé pour jamais la chaire dans la ville éternelle, le Pontife qui ne peut être à Rome que roi. Soutïrirez-vous, ô Catherine, que l'œuvre du Seigneur, qui est aussi la vôtre, éprouve un démenti en nos jours, au scandale des faibles, au triomphe insultant des impies ? Hâtez-vous donc d'accourir au secours ; et si votre Epoux, dans sa trop juste colère, nous a destinés à subir d'humiliantes épreuves, suppliez du moins,

6 notre mère, ahn qu'elles soient abrégées.

Priez aussi, 6 Catherine, pour la malheureuse Italie qui vous a tant aimée, qui fut si fière de vos grandeurs. L'impiété et l'hérésie circulent aujourd'hui librement dans son sein ; on blasphème le nom de votre Epoux, on enseigne à un peuple égaré les doctrines les plus perverses, on lui apprend à maudire tout ce qu'il avait vénéré, l'Eglise est outragée et dépouillée, la foi dès longtemps affaiblie menace de s'éteindre ; souvenezvous de votre infortunée patrie, 6 Catherine! Il est temps de venir à son aide et de l'arracher des mains de ses mortels ennemis. L'Eglise entière espère en vous pour le salut de cette illustre province de son empire : fille immortelle de Sienne, calmez les tempêtes, et sauvez la foi dans ce naufrage qui

EUX des heureux témoins de la résurrection de notre bien-aimé Sauveur se présentent à nous aujourd'hui. Philippe et Jacques viennent nous attester que leur Maître est véritablement ressuscité d'entre les morts, qu'ils l'ont vu, qu'ils l'ont touché, qu'ils se sont entretenus avec lui durant ces quarante jours ; et atin que nous ne doutions pas de la sincérité de leur témoignage, ils tiennent en main les instruments du martyre qu'ils ont subi pour attester que Jésus, après avoir souffert la mort, est sorti vivant du tombeau. Philippe s'appuie sur la croix où il a été attacné comme son Maître ; Jacques nous montre la massue sous les coups de laquelle il expira. La prédication de Philippe s"exerça dans les deux Phrygies , et son martyre eut lieu à Hiérapolis, iTétait dans les liens du mariage lorsqu'il fut appelé par le Christ, et nous apprenons des auteurs du second siècle qu'il avait eu trois filles qui s'élevèrent à une haute sainteté, et dont l'une jeta un grand éclat sur l'Eglise d'Ephèse à cette époque primitive.

Plus connu que Philippe, Jacques a été appelé le Frère du Seigneur , parce qu'un

SS. Philippe et Jacques le Mineur, A pôtr 4,j3

lien étroit de parenté unissait sa mère à celle de Jésus ; mais dans ces jours de la Pâque il se recommande d'une manière spéciale à notre admiration. Nous savons, par l'apôtre saint Paul, que le Sauveur ressuscité daigna favoriser saint Jacques d'une apparition particulière. Une telle distinction répondait, sans aucun doute, à un dévouement particulier de ce disciple envers son Maître. Nous apprenons de saint Jérôme et de saint Epiphane que le Sauveur, en montant aux cieux, recommanda à Jacques l'Eglise de Jérusalem, et que ce fut pour répondre à la pensée du Maître que cet apôtre fut établi premier Evêque de cette ville. Au iv^ siècle, les chrétiens de Jérusalem, conservaient encore avec respect la chaire sur laquelle Jacques siégeait, quand il présidait l'assemblée des tidèles. Nous savons également par saint Epiphane qu'il portait au front une lame d'or, symbole de sa dignité ; son vêtement était une tunique de lin.

La renommée de sa vertu fut si grande que, dans Jérusalem, tout le monde l'appelait le Juste; et les Juifs assez aveugles pour ne pas comprendre que l'affreux désastre de leur ville était le châtiment du déicide, en cherchèrent la cause dans le meurtre de Jacques qui avait succombé sous leurs coups en priant pour eux. Nous sommes à même de pénétrer l'âme si sereine et si pure du saint Apôtre, en lisant l'admirable Epître où il nous parle encore. C'est là que, dans un langage tout céleste, il nous enseigne que les œuvres doivent accompagner la foi, si nous voulons être justes de cette justice qui nous

rendra semblables à notre Chef ressuscité. Le corps de saint Jacques et celui de saint Philippe reposent à Rome dans la Basilique appelée des Saints-Apôtres. Ils forment un des trésors les plus sacrés de la ville sainte, et l'on a lieu de croire que ce jour est l'anniversaire même de leur Translation. Sauf lesfètesde saint Jean l'Evangélisteet de saint André, frère de saint Pierre, ï'Eglisc de Rome fut longtemps sans célébrer les fêtes particulières des autres Apôtres ; elle les réunissait dans la solennité de saint Pierre et dj saint Paul, et nous retrouverons encore un reste de cet antique usage dans l'Office du 29 juin. La réception des corps de saint Philippe et de saint Jacques, apportés d'Orient vers le vi^ siècle, donna lieu à l'institution de la fête d'aujourd'hui en leur honneur; et cette dérogation amena insensiblement sur leCyclel'insertion des autres Apôtres et des Evangélistes.

Voici maintenant le court récit que la Liturgie consacre aujourd'hui à saint Philippe.

r

ILIPPUS Bethsaidae natus, unus ex duodecim Apostolis , qui priinum a Christo Domino vocati sunt : a que cum accepisset Nathanael, venisse Messiam in Lege promissum, ad Dominum deductus est. Quam vero Christus eum familiariter adhiberet, illud facile déclarât, quod Gentiies Salvatorem videre cupientes, ad Philippum accesPHILIPPE, né à Bethsaïde, fut l'un des douze Apôtres qui furent appelés les premiers par le Christ notre Seigneur. Ce fut par lui que Nathanaël apprit que ie Messie promis dans la Loi était venu, et qu'il fut présenté aju Seigneur. La familiarité que le Christ eut avec lui paraît en ce que plusieurs' Gentils avant désiré voir le Sauveur, vinrent s'adresSer à Philippe, et que le Seigneur, voulant lui-même donner à manger

SS. Philippe et Jacques le Mineur, Apôtr. 4^5

dans le désert à une multitude de personnes, dit à cet Apôtre : « Où nchèteronsnous des pains pour donner à tout ce monde ? » Philippe, après avoir reçu le SaintEsprit, se rendit dans la Scythie qui lui était échue en partage pour y prêcher l'Evangile, et il convertit cette nation presque tout entière à la foi chrétienne. Enfin, étant venu à Hiérapolis en Phrygie, il fut attaché à la croix pour le nom du Christ, et accablé à coups de pierre, le jour des calendes de mai. Les Chrétiens ensevelirent son corps dans le lieu même où il avait souffert; d'où il a été ensuite transporté à Rome, et déposé avec celui de l'Apôtre saint Jacques dans la basilique des Douze-Apôtres.

La notice suivante est consacrée à saint Jacques.

serunt; ct-Dominus cum in soiitudine hominum multitudinem pascere vellet, sic Philippum affatus est : Unde emcmus panes ut manducent hi ? Is accepto Spiritu Sancto, cum ei Scythia ad pra?dicandum Evangelium obtigisset, omnem fere illam gentem ad Christianam tîdem convertit. Postremo cum Hierapolim Phrygiœ venisset, pro Christi nomine cruci affîxus, lapidibusque obrutus est calendis mail. Ejus corpus ibidem a Christianis sepultum, postea Romam delatum, in Basilicaduodecim Apostoloriim una cum corpore beati Jacobi Apostoli conditum est.

1 ACQUES, frère du Seigneur,

*^ surnommé le Juste, s'abstint dès son jeune âge de vin et de tout ce qui peut enivrer, ne mangea point de chair, ne coupa jamais ses cheveux et n'usa ni de bains ni de parfums. Il avait seul la permission d'entrer dans le sanctuaire; ses vêtements étaient de lin; il était si assidu à la prière, que ses genoux s'étaient durcis com1 ACOBUS frater Do'■^ mini. cognomento Justus, ab ineunte œtate vinum et siceram non bibit, carne abstinuit, numquam tonsus est, nec unguento , nec balneo usus. Huic uni licebat ingredi in Sancta Sanctorum. Idem lineis vestibus utebatur, cui etiam assiduitas orandi ita callum genibus obduxerat,

Le Tempa Pascal.

ut duritie cameli pellem imitaretur. Eum post Christi Ascensionem A- postoli Hierosolymorum episcopum crcaverunt : ad quem etiam Princeps Apostolorum misit qui nuntiaret se e carcere ab Angelo eductum fuisse. Cum autem in Concilio Jerosolvmis controversia esset orta de lege et circumcisione. Jacobus Pétri sententiamsecutus. ad Fratres habuit concionem. in qua vocationem Gentium probavit : Fratribusque absentibus scribendum essedixit, ne Gentibus jugum Mosaicœ legis imponerent. De quo et loquitur Apostolus ad Galatas . Alium autem Apostolorum vidi neminem. nisi Jacobum fratrem Domini.

TANTA autem erat Jacobi vita; sanctitas, ut fimbriam vcstimenti ejus certatim homines cuperent attingere. Nam is nonaginta sex annos natus. cum triginta annis illi Ecclesiae sanctissime prxfuisset, Christum Dei Filium constantiss-ime prccdicans. lapidibus primum appetitur ; mox in altissimum Templi locum adductus, inde praecipitatus est.

me la peau d'un chameau. Après l'Ascension du Christ, les Apôtres le créèrent évéque de Jérusalem : et ce fut à lui que Pierre , délivré de prison par un ange, en envoya porter la nouvelle. Une controverse s'étant élevée dans le Concile de Jérusalem, au sujet de la loi et de la Circoncision, Jacques suivit le sentiment de Pierre, et fit un i discours aux Frères , dans

I imposer le joug de la loi mosaïque. C'est de lui aussi que parle l'Apôtre, lorsqu'il dit aux Galates: a Je ne vis aucun autre d'entre les Apôtres, sinon Jacques frère du Seigneur. »

LA sainteté de Jacques était SI grande et si reconnue,- que beaucoup de personnes s'empressaient pour toucher le bord de son habiu Etant arrivé à l'âge de quatrevingt-seize ans, ayant gouverné très saintement l'Eglise de Jérusalem durant trente années, comme il prêchait avec une constance merveilleuse que Jésus-Christ est le Fils de Dieu, il fut d'abord assailli de pierres, et ensuite mené à l'endroit le plus

SS. Philippe et Jacques le Mineur, Apôtr. 4'j'j

élevé du Temple, d'où on le précipita. Il gisait étendu par terre, les jambes brisées et demi-mort, et il levait les mains au ciel et priait Dieu pour le salut de ses bourreaux, disant ; « Pardonnezleur , Seigneur; car ils ne savent ce qu'ils font. » Il faisait cette prière, lorsqu'un foulon lui déchargea sur la tète un coup de son pilon, dont le saint mourut, en la septième année de Néron. Il fut enseveli près du Temple, au lieu même ou il était tombé. Il a écrit une lettre qui est une des sept Epitres Catholiques.

L'Eglise grccgue célèbre les deux Apôtres à des jours'ditférents, qui sont les anniversaires de leur martyre. Nous extrairons d'abord les strophes suivantes consacrées à la louange de saint Philippe,

Qui confractis cruribus, jacens semivivus, manus tendebat ad otlum , Deumque pro illorum salute deprecabatur his verbis : Ignosce eis. Domine, quia nesciunt quid faciunt. Qua in oratione, graviter ejus capite fullonis fuste percusso, animam Deo reddidit, septimo Neronis anno, et juxta Templum, ubi praecipilatus fuerat, sepultus est. Unam scripsit Epistolam, quœ de septem Catholicis est.

RÉFLÉCHISSANT les feux de celui qui est la grande lumière, tu as resplendi, ô Philippe, comme un astre de la plus grande beauté. Tu cherchais le Père des lumières dans son propre Fils, et tu l'y as rencontré. C'est en effet dans la lumière que l'on trouve la lumière, et le Fils est la forme de la substance du Père ; il nous révèle que le Père est son archétype. Demande-lui, ô Apôtre,

AGN.E lucis fulgoribus illuminatus, Philippe, utsidusmagnificum resplenduisti, Patrem lurainum in Filio quœrens invenisti : in lumine enim lumen invenitur ; nam ipso est signaculum ejusdem formée, ostendens archetypum. Illum exora, Apostole, ut salventur qui divino sanguine signati fuerunt.

c|u ils soient sauves, ceux sang divin.

O admirabile prodigium ! Philippus apostohis in niedio luporum agnus impavide nunc ambulat ; feras fideagnos reddidit ; mundum divinitus commutavit. O fidei opéra ! o admiranàx virtutes ! Ejus precibus, salva animas nostras, ut solus misericors.

O admirabile prodigium ! puteus aquae vivre ex quohauritursapientia, omnibus in mundo app;iruit apostolus Philippus ; ex quo dogmatum rivuli profluunt, ex quo prodigiorum bibimus flumina. O qualia'et quam admiranda operatus es miracula, divinorum factor, cujus memoriam cum fide veneramur !

Omnia quae in terra sunt relinquens, Christum sequutus es. et Spiritus Sancti inspiratione repletus. ab eo ad perditas gentes missus fuisti, ut homines ad lucem cognitionis divina? converteres, Philippe : et divini desidcrii tui agonem per diversa supplicia perficiens, animam tuam Dec reddidisti. lUum exora, beatissime.

qui ont été marqués de son

O prodige admirable ! l'apôtre Philippe, envoyé de Dieu comme un agneau au milieu des loups, se promène sans crainte parmi ces animaux meurtriers ; par la foi il en a fait des agneaux, il a transformé divinement le monde. O œuvre de la foi ! ô puissance admirable ! Toi qui seul es miséricordieux, laisseloi fléchir par ses prières, et daigne sauver nos âmes.

O prodige admirable 1 lapôlre Philippe a paru dans le monde comme un puits d eaux vives où Ion puise la sagesse ; de ce puits dérivaient les enseignements sacrés ; dans ses ruisseaux nous avons bu une eau miraculeuse. Ouvrier divin, que de merveilles tu as opérées 1 Aussi vénérons-nous ta mémoire avec foi.

Tu as abandonné tout ce qui est de la terre, afin de suivre le Christ ; l'EspritSaint t'a rempli de ses inspirations, ô Philippe 1 II t'a envoyé vers les nations perdues, pour amener les hommes à la lumière do la connaissance divine. Le combat que tu désirais avec ardeur, tu l'as rencontré dans les supplices divers auxquels tu as été soumis, et tu as rendu ton âme à Dieu ; demande-lui, 6

SS. Philippe et Jacques le Mineur, Apôtr. 4yg

bienheureux, qu'il daigne nous accorder sa grande miséricorde.

Mettant en fuite les démons, apparaissant comme un astre aux yeux de ceux qui étaient plongés dans les ténèbres, tu leur as montré le Soleil éblouissant qui est sorti de la Vierge, tu as renversé les temples des idoles, et rassemblé les Eglises pour la gloire de notre Dieu; c'est pourquoi nous te vénérons, et célébrant avec transport ta divine mémoire, nous crions vers toi d'une voix unanime : Apôtre Philippe, prie le Christ Dieu de nous accorder la rémission de nos pèches, à nous qui célébrons avec ardeur ta sainte mémoire.

Tu as paru aux hommes sur la terre comme une nuée spirituelle, contenant une pluie abondante destinée à arroser mystiquement les sillons de nos âmes. Ta parole a fait le tour du monde, et ta rosée est tombée sur lui comme un parfum qui l'embaume. Tu as soufflé dans les cœurs des infidèles la divine senteur du Saint-Esprit, et tu as répandu en eux les trésors célestes. Apôtre Philippe, prie le Christ Dieu de nous accorder la rémission de nos péchés, à nous qui célébrons avec transport ta sainte mémoire

ut nobis concédât magnam misericordiam.

Fugator d.Tmonum factus, et velut aster in tenebris degentium apparens, Solem ex Virgine lucidum procedentem ostendisti ; et idolorum templa subvertens. Ecclesias ad gloriam Dei nostri coUegisti. Ideo te vencramur, et divinam tuam memoriam magnifiée celebramus, et unanimi voce tibi clamamus : Apostole Philippe, exora Christum Deum, ut peccatorum remissionem concédât ardenter nobis tuam sanctam memoriam celebrantibus.

Spiritualis nubes abundanti repleta imbre realiter hominibus in terra apparuisti, mystice irrigans velut arva animas nostras ; percurrens enim sermone tuo illuminas termines terra?, et imbres velut pretiosa aromata profundis. Ideo cordibus infidelium Spiritus Sancti odorem inspirans, in eis cœlesles sparsisti thesauros. Apostole Philippe, exora Christum Deum, ut peccatorum remissionem concédât nobis tuam sanctam memoriam ardenti anima celebrantibus.

48o

Cueillons maintenant dans les Menées quelques traits à la louange de saint Jacques, dont la mémoire est demeurée si chère aux Orientaux.

VENITE, memonam Fratris Domini veneremur, sancte Deo inspirati ; jugum enim accipiens ardenter Christi, Evangelii, bonitatis ejus, et regni prœco effectus est, et inetfabilis œconomia ejus illi commissa fuit. Omnipotens Deus, per ejus orationem concède nobis misericordiam.

Per universos orbis terminos intonuit verborum ejus sonitus, quibus illuminamur ad omnem virtutis divinae contemplationem, et confidcnter ad divinam Trinitatis cognitionem perducimur. Ideo te deprecamur, relut pontifex ad Jesum hominis amatorem intercède, ut salventur animx nostrœ.

Martyrii sanguine tuam sacerdotalem dignitatem decorasti, sancte martyr Apostole ; stans enim super pinnacula templi, Deum Verbum prœdicasti velut omnium creatorem ; unde a Juda^is prœcioitatus cœlorum

ENEZ honorer avec nous la mémoire du Frère du Seigneur, d'un homme saint et inspiré de Dieu. Il porta avec ardeur le joug du Christ, il prêcha son Evangile, sa bonté ; et son mystère ineffable lui fut confié. Dieu toutpuissant, à sa prière, faitesnous miséricorde.

Le bruit de sa parole retentit jusqu'au.^ extrémités du monde ; par la lumière qu'elle répandait, elle nous disposa à contempler la Vertu divine. Tu es notre pontife, ô Jacques 1 intercède auprès de Jésus ami de l'homme, afin que nos âmes soient sauvées.

Tu as relevé la dignité de

I ton sacerdoce par le sang de

! ton martyre, ô saint Apôtre I Du haut du pinacle du temple, tu as prêché le Dieu Verbe créateur de toutes choses ; précipité de là par les Juifs, tu as mérité d'entrer dans le palais des cieux ;

SS. Philippe et Jacques le Mineur, A pôir. 4

Jacques, frère du Seigneur, prie le Christ Dieu, afin que nos âmes soient sauvées.

Votre Apôtre, Seigneur, a eu la tête brisée par le bois ; mais maintenant il est élevé sur votre arbre de vie dans le paradis ; affranchi du joug des choses terrestres, il goiite avec transport les joies éternelles ; par ses prières, accordez votre paix aux églises.

Dans ta sagesse, ô Jacques, tu nous enseignes que tout bienfait excellent et tout don parfait descendent du Père des lumières sur les mortels ; prie Dieu, ô Apôtre, en faveur de ceux qui te célèbrent dans leurs cantiques, afin qu'ils entrent en partage de ces célestes faveurs.

Frère de Jésus-Christ selon la chair, tu as trouvé grâce auprès de lui, ô Apôtre ! Tu as communiqué à tous les grâces de la lumière et de la connaissance divine, et tu as extirpé jusqu'à la racine l'erreur de l'idolâtrie, ô Jacques ! C'est pour cela que les princes des ténèbres et du mensonge te font injustement périr, au moment où tu prêches la divinité du Sauveur.

Le Fils unique du Père. Dieu et Verbe, qui dans ces derniers temps a daigné vivre au milieu de nous, t'a désipalati? intrare meruisti ; frater Domini Jacobe, Deum Christum exora ut animée nostraï salventur.

Domine, quamvis Apor stoli caput olim in ligno contritum fuerit, nunc in paradiso super lignum vitas tuœ elevatur ; rébus enim terrenis liberatus, in seternum gaudens exsultat ; ejus orationibus ecclesiis tuam pacem concède.

Omnedatum optimum, et omne donum perfectum a Pâtre luminum mortalibus descendere, sapienter doces, Jacobe ; ut illorum pariicipationem donorum accipiant qui te hymnis célébrant, deprecare Deum, Apostole.

Frater Jesu Chrisii secundum carnera factus, Apostole, sanctam apud ipsum gratiam accepisti ; et omnibus divini luminis gratias et cognitionis communicasti. Jacobe, et idolorum errorem radicitus extirpasti : unde mendaces tenebrarum principes te injuste interficiunt, prcedicantem Salvatoris divinitatem.

Unigenitus Patris Filius, Deus, Verbum, qui apud nos in extremis diebus peregrinatus est,

sancte .lacobe, te primum ostendit Hicrosolymae pastorem, et magislrum, et fidelem spiritualiiim mysteriorum dispensatorem. Ideo te omnes veneramur, Apostole.

Apostolorum ctiorus elegit te, ut primus in Sion sancta, velut Pontifex Christo benefactori servires ; quia ejus generationis frater secundum carnem, vestigia ejus fidelis viator comitatus fueras, Jacobe.

Ignita divini Spiritus illuminatione resplenden?. frater Dei Jacobe. divinœ bonitatis zelalor visas e?;. Ideo stolam venerabiliorem vestimento legalis sacerdotii, ut olim Aaron, accepisti a Domino, qui par misericordiam suam te in fraternitatem adoptaverat. lUum deprecare, ut animas nostras salvare dignetur, gloriose Apostole.

gné, ô Jacques, pour le premier pasteur de Jérusalem, pour le dispensateur fidèle des mystères spirituels ; c'est pourquoi nous te vénérons tous, 6 Apôtre !

Le chœur des Apôtres t'a élu pour être, comme Pontife, le premier serviteur du Christ dans la sainte Sion, parce que étant, ô Jacques, son frère selon la chair, tu avais suivi ses pas sur la terre comme un voyageur fidèle.

Tout resplendissant de l'éclat des feux du divin Esprit, ô Jacques, Frère de Dieu, tu as paru comme le zélateur de la divine bonté ; c'est pourquoi, comme autrefois Aaron, tu as reçu du Seigneur, qui par sa miséricorde t'avait admis parmi ses frères les Apôtres, une robe plus sacrée que celle du sacerdoce de la loi ; supplie-le de sauver nos âmes, 6 glorieux Apôtre.

Caints Apôtres, vous avez vu notre divin "^ Ressuscité dans toute sa gloire ; il vous a dit au soir de la Pâque : « La paix soit avec « vous! » et durant ces quarante jours il vous a apparu, afin de vous rendre certains de sa résurrection. \'otre joie fut grande de revoir ce Maître chéri qui avait daigné vous choisir pour ses confidents les plus' intimes,

SS. Philippe et Jacques le Mineur, Apôtr. 488

et votre amour pour lui devint plus ardent que jamais. Nous nous adressons à vous comme aux initiateurs des fidèles au divin mystère de la Pàc^ue ; vous êtes aussi nos intercesseurs spéciaux en ce saint temps. Faites-nous connaître et aimer Jésus ressuscité. Dilatez nos cœurs dans l'allégresse pascale, et ne permettez pas que nous perdions jamais la vie que nous avons recouvrée avec Jésus,

Votre dévouement pour lui, ô Philippe, se montra dès les premiers jours de votre vocation. A peine aviez-vous connu ce divin Messie, que vous couriez tout aussitôt l'annoncer à Nathanaël votre ami. Jésus vous laissait approcher de sa personne avec une douce familiarité. Au moment d'opérer le grand miracle de la multiplication des pains, c'est à vous qu'il s'adressait, et qu'il disait avec une adorable bonté : « Où achèterons-nous des « pains pour nourrir tout ce monde? » Peu de jours avant la Passion de votre Maître, des hommes de la gentilité ayant désiré voir de leurs yeux ce grand prophète dont on racontait tant de merveilles, ce fut à vous qu'ils s'adressèrent pour les conduire vers lui. Avec quelle ardeur, à la dernière Cène, vous demandiez à Jésus qu'il vous fît connaître le Père céleste ! Votre âme aspirait à la lumière divine; et quand les feux de l'Esprit-Saint l'eurent embrasée, rien ne fut au-dessus de votre courage. Pour récompense de vos labeurs, Jésus vous fit partager les honneurs de sa croix. Demandez, 6 saint Apôtre, que nous imitions votre recherche empressée auprès de notre commun Maître, et que sa

croix nous soit douce quand il lui plaît de la partager avec nous.

Et vous qui êtes appelé Frcre du Seigneur, vous dont le noble visage retraçait ses'traits, Pasteur de l'Eglise de Jérusalem, nous honorons aussi votre amour pour le divin Rédempteur. Si vous avez faibli un moment avec les autres, au moment de la Passion, votre repentir Tattir après de vous : après Pierre, vous tûtes le premier des Apôtres auquel il daigna se manifester en particulier. Recevez aujourd'hui nos félicitations, 6 Jacques, pour cette faveur si digne d'envie, et en retour faites-nous goûter combien le Seigneur ressuscité est doux. Votre cœur, 6 saint Apôtre, n'aspira plus qu'à montrer à Jésus la reconnaissance dont il était rempli; et le dernier témoignage que vous rendîtes à sa divinité dans la cité intidèle, lorsque les Juifs vous eurent élevé sur le sommet du temple, vous ouvrit par le martyre la voie qui devait vous réunir à lui pour toujours. Obtenez, généreux Apôtre, que nous le confessions aussi avec la fermeté qui convient à ses disciples ; que nous n'hésitions jamais lorsqu'il s'agit de proclamer ses droits sur toute créature.

Nous vous réunissons dans une prière commune, ô saints Apôtres, et nous vous demandons d'avoir pitié des Eglises de l'Orient que vous avez évangélisées. Priez pour Jérusalem que profanentieschismeet l'hérésie, que l'infidèle retient encore sous son joug. Obtenez que nos veux la voient bientôt purifiée et affranchie', que ses Lieux saints cessent d'être souillés chaque jour par le sacrilège. Suscitez chez les chrétiens de l'Asie-Mineure le

SS. Philippe et Jacques le Mineur. A pôtr. 485

désir de rentrer dans l'unité du bercail que gouverne le souverain Pasteur. Enfin, 6 saints Apôtres, priez pour Rome, votre seconde patrie. C'est dans son sein que vous attendez la résurrection glorieuse ; pour prix de la religieuse hospitalité qu'elle vous donne depuis tant de siècles, couvrez-la de votre protection, et ne permettez pas que la cité de Pierre, votre auguste Chef, voie plus longtemps dans ses murs l'abaissement de la Chaire apostolique.

E cortège de notre divin Roi, qui s'accroît chaque jour d'une manière si brillante, se renforce aujourd'hui par l'arrivée de l'un des plus valeureux champions qui aient jamais combattu pour sa gloire. Est-il un nom plus illustre que celui d'Athanase parmi les gardiens de la Parole de vérité que Jésus a confiée à la terre ? ce nom n'exprime-t-il pas à lui seul le courage indomptable dans la garde du dépôt sacré, la fermeté du héros en face des plus terribles épreuves, la science, le génie, l'éloquence, tout ce qui peut retracer ici-bas l'idéal de la sainteté du Pasteur unie à la doctrine de l'interprète des choses divines? Athanase a vécu pour le Fils de Dieu ; la cause du Fils de Dieu fut la même que celle d'Athanase; qui bénissait Athanase bénissait le "Verbe éternel, et celui-là maudissait le "Verbe éternel qui maudissait Athanase.

Jamais notre sainte foi ne courut sur la terre un plus grand péril que dans ces tristes jours qui suivirent la paix de l'Eglise, et furent témoins de la plus affreuse tempête que la barque de Pierre ait jamais essuyée. Satan avait en vain espéré éteindre dans des

s. Athanase, Év. et Doct de l'Eglise. 48-j

torrents de sang la race des adorateurs de Jésus ; le glaive cie Dioclélien et de Galérius s'était émoussé dans leurs mains, et la croix paraissant au ciel avait proclamé le triomphe du christianisme. Tout à coup l'Eglise victorieuse se sent ébranlée jusque dans ses fondements; dans son audace l'enfer a vomi sur la terre une hérésie qui menace de dévorer en peu de jours le fruit de trois siècles de martyre. L'impie et obscur Arius ose dire que celui qui fut adoré comme le Fils de Dieu par tant de générations depuis les Apôtres, n'est qu'une"^ créature plus parfaite que les autres. Une immense défection se déclare jusque dans les rangs de la hiérarchie sacrée ; la puissance des Césars se met au service de cette épouvantable apostasie ; et si le Seigneur lui-même n'intervient, les hommes diront bientôt sur la terre que la victoire du christianisme n'a eu d'autre résultat que de changer l'objet de l'idolâtrie, en substituant sur les autels une créature à d'autres qui avaient reçu l'encens avant elle.

Mais celui qui avait promis que les portes de l'enfer ne prévaudraient jamais contre son Eglise, veillait à sa promesse. La foi primitive triompha ; le concile de Nicée reconnut et proclama le Fils consubstantiel au Père ; mais il fallait à l'Eglise un homme en qui la cause du Verbe consubstantiel fût, pour ainsi dire, incarnée, un homme assez docte pour déjouer tous les artifices de l'hérésie, assez fort pour attirer sur lui tous ses coups, sans succomber jamais. Ce fut Athanase; quiconque adore et aime le Fils de Dieu doit aimer et gloritier Athanase. Exilé jus4S8 Le Temps Pascal.

qu'à cinq fois de son Eglise d'Alexandrie, poursuivi à mort par les ariens, il vint chercher tantôt un refuge, et tantôt un lieu d'exil dans l'Occident, qui apprécia l'illustre confesseur de la divinité du Verbe. Pour prix de l'hospitalité que Rome s'honora de lui accorder, Athanase lui fit part de ses trésors. Admirateur et ami du grand Antoine, il cultivait avec une tendre affection l'élément monastique, que la grâce de l'Esprit-Saint avait fait éclore dans les déserts deson vaste patriarcat ; il porta à Rome cette précieuse semence, et les moines qu'il y amena furent les premiers que vit l'Occident. La plante céleste s'y naturalisa; et si sa croissance fut lente d'abord, elle y fructifia dans la suite au delà de ce qu'elle avait fait en Orient.

Athanase, qui a su exposer avec tant de clarté et de magnificence dans ses sublimes écrits le dogme fondamental du christianisme, la divinité de Jésus-Christ, a célébré le mystère de la Pàque avec une éloquente majesté dans les 'Lenvcs festales qu'il adressait chaque année aux Eglises de son patriarcat d'Alexandrie. La collection de ces lettres, que l'on regardait comme perdues sans retour, et qui n'étaient connues que par quelques courts fragments, a été retrouvée presque tout entière, dans le monastère de Sainte-Marie de Scété, en Egypte. La première, qui se rapporte à l'année 32q, débute par ces paroles qui expriment admirablement les sentiments que doit réveiller chez tous les chrétiens l'arrivée de la Pâquc. a \'enez, mes bien-aimés, dit « Athanase aux fidèles soumis à son autorité a pastorale, venez célébrer la fête ; l'heure

s. Athanase, r.y. et Doct. de VEglise. 4SQ

« présente vous y invite. En dirigeant sur

M nous ses divins rayons, le Soleil de justice

« nous annonce que l'époque de la solennité « est arrivée. A cette nouvelle, faisons fête, « et ne laissons pas l'allégresse s'enfuir avec « le temps qui nous l'apporte, sans l'avoir « goûtée. 7) Durant ses exils, Athanase continua d'adresser à ses peuples la Lettre pascale ; quelques années seulement en furent privées. Voici le commencement de celle par laauelle il annonçait la Pâque de l'année 338; elle fut envoyée de Trêves à Alexandrie. « Bien qu'éloigné de vous, mes Frères, « je n'ai garde de manquer à la coutume « que j'ai toujours observée à votre égard, « coutume que j'ai reçue de la tradition des « Pères. Je ne resterai pas dans le silence, « et je ne manquerai pas de vous annoncer « l'époque de la sainte Fête annuelle, et le « jour auquel vous en devez célébrer la solen« nité. En proie aux tribulations dont vous « avez sans doute entendu parler, accablé « des plus graves épreuves, placé sous la « surveillance des ennemis de la vérité qui « épient tout ce que j'écris, afin d'en faire a une matière d'accusation et d'accroître par « là mes maux, je sens néanmoins que le « Seigneur me donne de la force et me con« sole dans mes angoisses. J'ose donc vous « adresser la proclamation annuelle, et c'est « au milieu de mes chagrins, à travers les « embûches qui m'environnent, que je vous « envoie des extrémités de la terre l'annonce « de la Pâque qui est notre salut. Remettant « mon sort entre les mains du Seigneur, j'ai « voulu célébrer avec vous cette fè'te : la disLe Temps Pascal.

« tance des lieux nous sépare, mais )e ne « suis pas absent de vous. Le Seigneur, qui « accorde les fêtes, qui est lui-même notre

0 tète, qui nous fait don de son Esprit, nous

« réunit spirituellement par le lien de la « concorde et de la paix.

Qu'elle est magnifique, cette Pâque célébrée par Athanase exilé sur les bords du Rhin en union avec son peuple qui la fêtait sur les rives du Nil! Comme elle révèle le lien puissant de la sainte Liturgie pour unir les hommes et leur faire goûter au même moment, et en dépit des distances, les mêmes émotions saintes, pour réveiller en eux les mêmes aspirations de vertu ! Grecs ou barbares, l'Eglise est notre patrie commune ; mais la Liturgie est, avec la Foi, le milieu dans lequel nous ne formons tous qu'une même famille, et la Liturgie n'a rien de plus expressif dans le sens de l'unité que la célébration de la Pâque. Les malheureuses Eglises de l'Orient et de l'empire russe, en s'isolant du reste du monde chrétien pour fêter à un jour qui n'est qu'à elles la Résurrection du Sauveur, montrent déjà par ce seul fait qu'elles ne font pas partie de l'unique bergerie dont il est l'unique pasteur.

Nous lirons maintenant le court récit des actions de saint Athanase dans le livre des divins Offices.

ATHANASIU'=; Alexandriniis , catholicœ religionis propugnator ucerritnus. ab Alexandre episcopo Alexandiîno

ATHANASE, le vigoureux défenseur de la religion catholique, était né à Alexandrie. Il fut fait diacre par l'évéque de cette ville, nom5. A thanase, Ev. et Doct. de l'Eglise. 4g i

mé Alexandre, auquel il devait succéder. Il avait accompagné ce prélat au concile de Nicée, où, ayant confondu l'impiété d'Arius, il s'attira tellement la haine des ariens, que depuis lors ils ne cessèrent pas de lui dresser des embûches. Dans un concile réuni à Tvr, et composé d'évéques ariens pour la plupart, ils subornèrent une femme pour lui faire dire qu'Athanase, étant logé chez elle, lui avait fait violence. Il fut donc introduit, et avec lui l'un de ses prêtres nommé Timothée, qui, feignant d'être Athanase. s'adressa ainsi à cette femme : « C'est donc moi qui ai logé chez vous, moi qui vous ai violée ? — Oui ! répondit-elle effrontément : c'est vous qui m'avez fait violence » ; et elle affirmait le fait avec serment, implorant la justice des évêques pour être vengée d'une telle injure. La fourberie fut ainsi découverte, et l'impudence de cette femme fut confondue.

LES ariens firent aussi courir le bruit qu'un évêque nommé Arsène avait été assassiné par Athanase. Ils tinrent cet évéque caché, et produisirent la main d'un mort, accusant Athanase d'avoir

diaconus factus est, in cujus locum successit, quem etiam antea secutus fuerat ad Nicœnum concilium : ubi cum Arii impietatem repressisset, tantum odium ananorum suscepit, ut ex eo tempore ei insidias moliri numquara destiterint. Nam coacto ad Tyrum concilio magna ex parte arianorum episcoporum, subornarunt mulierculam, quas accusaret Athanasium, quod hospitio acceptas sibi stuprum pervim intulisset.Introductus igitur est Athanasius, et una cum eo Timotheus presbyter, qui simulans se esse Athanasium : Egone, inquit, mulier, apud tesum diversatus ? Ego te violavi ? Gui illa petulanter: Tu mihi vim attulisti ; idque jurejurando affirmans, judicum fidem obtestabatur, ut tantum flagitium vindicarent. Qua cognita fraude, rejecta est mulieris impudentia.

ARSENIUM quoque episcopum ab Athanasio interfectum ariani pervulgarunt : quem dum occulte detinent, manum mortui deferunt in jadicium, ab Athana4q.

sio ad usiim magicrc artis Arsenio amputatam criminantes. AtArsenius nocte aufugiens, cum se in conspectu totius concilii statuisset, Athanasii inimicoriim itnpudenlissimum scelus aperuit. Quod illi nihilominusmagicisartibus Athanasii tribuentes, vitae ejus insidiari nondesistebant. Quamobrem in exsilium actus. in Gallia apud Treviros exsulavit. Gravibus deinceps ac diuturnis sub Constantio imperatore , arianorum fautore, tempestatibus jactatus, et incredibiies calamitates perpessus . magnam orbis terraepartem peragravit : ac saspe e sua Ecclesia ejectus, sœpe etiam in eamdem et Julii Romani Pontificis autoritate, et Constantis imperatoris, Constantii fratris, patrocinio, decretis quoque concilii Saidicensis, ac Jerosolymitani. restitutus est ; arianis interea illi semper infestis, quorum pertinacemiram, et summum vits discrimen fugiens, in sicca cisterna quinque annis se abdidit, ejus rei tantum conscio quodam Athanasii amico. qui eum clam sustentabat.

coupé cette main à Arsène pour s'en servir dans des opérations magiques. Mais Arsène, s'étant échappé de nuit, vint se présenter devant le concile, et par sa présence dévoila la scélératesse impudente des ennemis d'Atha nase. Ils ne laissèrent pas de dire que la justification d'Athanase était le résultat d'opérations magique*, et ne cessèrent de conspirer contre sa vie. Ils le firent exiler, et il fut relégué à Trêves dans la Gaule. Sous le règne de l'empereur Constance, qui était fauteur des ariens, Athanase fut agité par de longues et rudes tempêtes ; il eut à souffrir d incroyables persécutions, et parcourut une grande partie du monde romain. Chassé diverses fois de son Eglise, il y fut rétabli à plusieurs reprises par l'autorité du pape Jules, par la protection de l'empereur Constant, frère de Constance, par les décrets du Concile de Sardique et de celui de Jérusalem. Mais les ariens ne cessèrent pas un seul jour d'être ses ennemis acharnés. Leur fureur opiniâtre le réduisit jusqu'à chercher une retraite dans une citerne pour éviter la mort, et il demeura là cinq ans, sans avoir d'autre confident qu'un de ses amis qui lui portait en secret sa nourriture.

s. Athanase, Év. et Doct. de l'Église. 4q3

APRÈS la mort de Constance. Julien l'Apostat, qui lui succéda à l'empire, ayant permis aux évèques exilés de retourner à leurs Eglises. Athanase rentra dans Alexandrie, et y fut reçu avec de grands honneurs. Mais peu après, par l'intrigue des mêmes ariens, il se vit persécuté par Julien, et obligé à s'éloigner encore. Les satellites de ce prince le poursuivant pour le mettre à mort, il fit retourner exprès vers eux le vaisseau sur lequel il s'enfuyait, et dans la rencontre ceux-ci ayant demandé combien Athanase était loin encore, il leur répondit lui-même qu'il l'était peu. Ils continuèrent ainsi à le poursuivre en lui tournant le dos : et, s'étant ainsi sauvé de leurs mains, il rentra à Alexandrie, et s'y tint caché jusqu'à la mort de Julien. Une autre tempête s'étant élevée contre lui, il demeura caché durant quatre mois dans le sépulcre de son père. Enfin, délivré par le secours divin de tant de périls de tous genres, il mourut dans son lità Alexandrie, sous Valens. Sa vie et sa mort furent illustrées par de grands miracles. Il a composé beaucoup d'ouvrages célèbres, dans lesquels il a pour but de nourrir la piété et d'éclaircir la foi catholique. Il gouCONSTANTio mortuo, cum Julianus Apostata, qui ei in imperio successit, exsuies Episcopos ad suas Ecclesias redire permisisset, Athanasius Alexandriam reversus, summo honore exceptus est. Sed non multo post iisdem arianis impellentibus, a Juliano exagitatus, rursus discedere cogitur. Cumque ab ejus satellitibus ad necem conquireretur, qua fugiebat navicula conversa in contrariam fluminis partem, iis qui se insequebantur, ex industria occurril : et qujerentibus quantum inde abesset Athanasius, respondit eum non longe abesse : itaque illos contrarium tenentes cursum effugit, atque Alexandriam rediens, ibidem usque ad Juliani obitum occultus permansit. Qui paulo post Alexandriœ alia exorta tempestate. quatuor mense5 in paterno sepulcro delituit. Ac denique ex tôt tantisquepericulis divinitus ereptus. Alexandrins mortuus est in suo lectulo, sub Valente : cujus vita et mors magnis nobilitata est miraculis. Multa pie et ad illustrandam caiholicam

verna très saintement l'Eglise d'Alexandrie, durant quarante-six ans, au milieu des plus étonnantes vicissitudes.

lidem pracclare scripsit. scxque et quadraginta annos in summa temporum varietate Alexandrinam Ecclesiam sanctissime gubernavit.

L'Eglise grecque, qui célèbre dans une autre "saison la tcte du saint Docteur, exprime son admiration pour lui dans des chants remplis d'enthousiasme dont nous extrairons, selon notre usage, quelques strophes.

SALVE virtutum régula, forlissimus fidei propugnator, qui impietatcm Arii vinculis venerabilium verborum tuorum fortiter dissolvisti, Athanasi manifeste prœdicans unius divinitatis potentiam, in tribus personis distributam. quae omnia spiritualia et sensibilia ex nihilo ad creationem adduxit , propter suam tantummoao bonitatem ; et nobis divinae operationis difïicilia explicans mysteria, Christum exora, ut animabus nostris concédât suam magnam misericordiam.

Salve patriarcnarum fundamentum. tuba canora, mens admirabilis, lingua efficacissima, lucidissimus oculus, rectorum dogmatum illustratio; pastorverus, lucerna

SALUT, ô Athanase, la règle des vertus, le vaillant défenseur de la foi ! C'est toi qui, par tes paroles dignes de tout respect . as dissous sans retour l'impiété d'Arius ; tu nous as enseigné quelle est la puissance de la divinité unique en trois personnes, qui dans sa bonté a tiré du néant les êtres spirituels et les êtres sensibles, et tu nous ns expliqué les profonds mystères de l'opération divine ; daigne prier le Christ d'accorder à nos âmes sa grande miséricorde.

Salut , toi qui as servi d'appui aux patriarches mêmes, trompette résonnante, génie admirable, langue éloquente, œil lumineux, illustrateur de la saine doctrine, pasteur véritable , flambeau

s. Atlianasc, Év. et Doct. de l'Église. 4g 5

éclatant, cognée par laquelle a été abattue la forêt entière des hérésies, toi qui l'as incendiée par le feu de l'EspritSaint : très ferme colonne, tour inébranlable , toi qui enseignes la puissance supersubstantielle de la Trinité, daigne la supplier d'accorder à nos âmes sa grande miséricorde.

Tu as armé l'Ej^lise , 6 Père, des dogmes divins de l'orthodoxie ; par ta science l'hérésie a été tranchée ; tu as achevé ta sainte carrière, et comme Paul tu as conservé la foi ; de même, ô glorieux Athanase, une juste couronne t'est préparée pour prix de tes travaux.

Semblable à un astre qui n'a pas de coucher, ta éclaires encore après ta mort la multitude des fidèles par les rayons de ta doctrine, ô Athanase, pontife rempli de sagesse.

Guidé par le Saint-Esprit, tu as conduit ta pensée dans les hauteurs de la contemplation, ô saint Pontife ! tu as cherché les trésors de vérité cachés sous les divins oracles, et tu as fait part au monde des richesses que tu as découvertes.

Tu as été le phare élevé et lumineux de la divine doctrine, et tu as dirigé ceux qui étaient battus sur l'océan de l'erreur, les conduisant, par

splendidissima ; securis omnem haereseon sylvam prœcidens , et Spiritus Sancti igné comburens, columna firmissima, turris inconcussa , supersubstantialem prasdicans potentiam Triniiatis : illam exora ut animabus nostris concédât magnam misericordiam.

Divinis orthodoxiae dogmatibus, Pater, armasti Ecclesiam. doctrinis tuis prœcidisti haereses ; pietatis cursum consummasti, et sicut Paulus fidem servasti : de reliquo reposita est tibi, gloriose Athanasi, justa laborum tuorum corona.

Sicut astrum quod occasum nescit, etiam post mortem tuam. doctrinae tu» splendoribus undique fidelium multitudinem illuminas, sapiens pontifex Athanasi.

In contemplationis sublimitatibus animum tuum inducens, in Spirivd Sancto, sancte Pontifex, divinorum oraculorum thesauros investigasti latentes, et mundo divilias eorum distribuisti.

Sicut sublimis et coruscans turris divinarum doctrinarum , per mare erroris jactatos undequaoue dirifris,Yerborum tuo4r)6

rum serenitate, ad tranquilluin tjratiœ portum.

Sicut imperaior exercitus a Deo collecti, copias adversariorura Domini profligasti, gladio Spiritus Sancti fortiter concidens.

Univeisam irrigasti terram,sancte Pater, fontem vitae in corde tuo possidens.

In carne lua, sancte Pater, adimplevisti Domini passiones. pro ejus Ecclesia multa perpessus.

Justitiam discite, omnes inhabitantes terram, sanctis Athanasii sermonibus eruditi ; per fidem enim visus est lamquam os Verbi quod est ante ssecula.

Vere paradisum effecisti Ecclesiam Christi, béate, in illa pium seminasti sermonem. et hœreseon spinas evellisti.

Gratiae fluvius, Deifer, et spiritualis Nilus nobis apparuisti ; bonos piœ doctrinas fructus fidelibus afferens , universos irrigans, et late nutriens terram.

Dograatum tuonim baculo, lupos haereticos ab Ecclesia Christi procul removisti ; et iliam turla sérénité de tes paroles, au tranquille port de la grâce.

Général de l'armée de Dieu, tu as défait les bataillons des adversaires du Seigneur ; avec le glaive du Saint-Esprit tu les as vaillamment taillés en pièces.

Père saint, tu as arrosé la terre entière des eaux vives dont la source était dans ton cœur.

Père saint, par les persécutions que tu as souffertes pour son Eglise, tu as complété en ta chair les souffrances du Seigneur.

Habitants de la terre, \enez apprendre la doctrine de justice dans les enseignements sacrés d'Athanase ; la pureté de sa foi a fait de lui comme la bouche du Verbe qui est avant tous les siècles.

Par toi , ô bienheureux, l'Eglise du Christ est devenue un paradis véritable ; tu y as semé la parole sainte, et tu en as arraché lès épines de l'hérésie.

Tu nous as apparu comme un fleuve de grâce, comme un Nil spirituel, ô toi qui portes Dieu ! tu as apporté aux fidèles les fruits de la doctrine de piété, tu as arrosé toutes les campagnes et nourri au loin la terre.

Par le bâton de tes enseignements tu as chassé les loups de l'hérésie loin de l'Eglise du Christ ; lu l'as

s. Athanase, Èv. et Doct. de V Église. 4g j

entourée et protégée du rempart de tes paroles, et tu l'as présentée saine et sauve au Christ ; prie- le donc , le Christ Dieu , qu'il daigne nous délivrer de la séduction et de tout péril, nous qui célébrons avec foi ta mémoire digne de vénération.

ribus verborum tuorum circumdans et defendens, sanam et incolumem Christo servans prcesentasti. Ideo Christum Deum exora, ut nos tuam semper venerabilem memoriam in fide célébrantes a corruptione et periculis omnibus liberet.

ous VOUS êtes assis, ô Athanase, sur la chaire de Marc dans Alexandrie, et vous brillez non loin de lui sur le Cycle sacré. Il partit de Rome, envoyé par Pierre lui-même, pour aller fonder le second siège patriarcal ; et trois siècles après vous arriviez vous-même à Rome, successeur de Marc, pour obtenir du successeur de Pierre que l'injustice et l'hérésie ne prévalussent pas contre ce siège auguste. Notre Occident vous a contempfé, sublime héros de la foi ; il vous a possédé dans son sein ; il a vénéré en vous le noble exilé, le courageux confesseur ; et votre séjour dans nos régions est demeuré l'un de leurs plus chers et de "leurs plus glorieux souvenirs. Soyez l'intercesseur des contrées sur lesquelles s'étendit autrefois votre juridiction de Patriarche, ô Athanase 1 mais ayez souvenir aussi du secours et de l'hospitalité que vous offrit l'Occident. Rome vous protégea, elle prit en main votre cause, elle rendit la sentence qui vous justifiait et vous rétablissait dans vos droits ; du haut du ciel, rendez-lui ce qu'elle fit pour vous ; soutenez et consolez son Pontife, successeur de Jules qui vous secourut il y a quinze siècles. Une tempête affreuse s'est déchaînée contre le

4q^ Le Temps Pascal.

roc qui porte toutes les Eglises, et l'arc-enciel ne paraît pas encore sur les nuées. Priez,

6 Athanase, afin que ces tristes jours soient abrégés, et que le siège de Pierre cesse bientôt d'être en butte à ces attaques de mensonge et de violence qui sont en même temps un sujet de scandale pour les peuples.

Vos efforts, ô grand Docteur , étouffèrent l'odieux arianisme ; mais en nos temps et dans nos régions occidentales,cette audacieuse hérésie a levé de nouveau la tête. Elle étend ses ravages à la faveur de cette demi-science qui s'umt à l'orgueil, et qui est devenue le péril principal de nos jours. Le Fils éternel de Dieu, consubstantiel au Père, est blasphémé par les adeptes d'une pernicieuse philosophie, qui consent à voir en lui le plus grand des hommes, à la condition qu'on leur accorderaqu'il fut seulement un homme. En vain la raison et l'expérience démontrent que tout est surnaturel en Jésus; ils s'obstinent à fermer les yeux, et contre toutebonne foi ils osent mêler au langage d'une admiration hypocrite le dédain poiir la foi chrétienne, qui reconnaît dans le tilsde Marie le Verbe éternel incarné pour le salut des hommes. Confondez les nouveaux ariens, 6 Athanase ! mettez à nu leur faiblesse superbe et leur artitice ; dissipez l'illusion de leurs malheureux adeptes ; qu'il soit enfin reconnu que ces prétendus sages qui osent blasphémer la divinité du Christ, vont se perdre les uns après les autres dans les abîmes honteux du panthéisme, ou dans le chaos d'un désolant scepticisme, au sein duquel expire toute morale et s'éteint toute intelligence.

s. Atlianase, Év. et Doct. de V Eglise. 4gg

Conservez en nous, ô Athanase, par l'influence de vos mérites et de ^■os prières, le précieux don de la foi que le Seigneur a daigné nous confier; obtenez-nous de confesser et d'adorer toujours Jésus-Christ comme notre Dieu éternel et infini, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vra^i Dieu, engendré et non fait, qui pour notre salut, à nous hommes, a daigné prendre chair en Marie. Révélez-nous ses grandeurs jusqu'au jour où nous les contemplerons avec vous dans le séjour de gloire. En attendant, nous converserons a\ec lui par la foi sur cette terre témoin des splendeurs de sa résurrection. Vous l'avez aimé, 6 Athanase ! ce Fils de Dieu, notre créateur et notre Sauveur. Son amour a été l'àme de votre vie, le mobile de votre dévouement héroïque à son service. Cet amour vous a soutenu dans les luttes colossales où le monde entier semblait se soulever contre vous ; il vous a rend» plus fort que toutes les tribulations ; obtenez-le pour nous, cet amour qui ne craint rien parce qu'il est fidèle, cet amour que nous devons à Jésus, qui, étant la splendeur éternelle du Père, sa Sagesse infinie, a daigné a s'humilier « jusqu'à prendre la forme d'esclave, et se « rendre pour nous obéissant jusqu'à la mort, « et la mort de la Croix ^ ^\ Comment paierons-nous son dévouement, si ce n'est en lui donnant tout notre amour, à votre exemple, c Athanase ! et en exaltant d'autant plus ses grandeurs qu'il s'est lui-même plus abaissé pour nous sauver ?

IL convenait que notre divin Roi se montrât à nos regards appuyé sur le sceptre de sa puissance, atin que rien ne manquât à la majesté de son empire. Ce sceptre est la Croix, et il appartenait au Temps pascal de lui en présenter l'hommage. Naguère la Croix s'oftVait à nous comme "un objet d'humiliation pour notre Emmanuel, comme le lit de douleur sur lequel il expirait; mais depuis, n'a-t-il pas vaincu la mort ? et cette Croix, qu'est-elle devenue sinon le trophée de sa victoire ? Qu'elle paraisse donc, et que tout genou fléchisse devant ce bois auguste par lequel notre Emmanuel a conquis les honneurs que nous lui rendons aujourd'hui.

Le jour où nous célébrâmes sa naissance, nous chantions avec Isaic : « Un petit enfant « nous est né, un flls nous a été donné ; il « porte sur son épaule le signe de sa princi« pauté 1. » Nous l'avons vu, en effet, portant sur son épaule cette Croix, comme Isaacporta le bois de son sacrifice ; mais aujourd'hui elle n'est plus pour lui un fardeau. Elle brille d'un éclat qui ravit les regards des Anges, et après avoir été adorée par les hommes aussi longtemps que doit durer ce

V Invention de la Sainte Croix. 5oi monde, elle paraîtra tout à coup sur les nuées du ciel, pour assister près du juge des vivants et des morts à la sentence favorable de ceux qui l'auront aimée, à la réprobation de ceux qui l'auront rendue inutile pour eux par leur mépris ou par leur oubli.

Durant les quarante jours que Jésus passe encore sur la terre, il ne juge pas à propos de gloritier l'instrument de sa victoire. La Croix ne doit reparaître qu'au jour où, tout invisible qu'elle sera demeurée , elle aura conquis le monde à celui dont elle redit les grandeurs. Il a reposé trois jours dans le tombeau ; elle restera trois siècles ensevelie sous les ombres ; mais elle aussi ressuscitera ; et c'est cette admirable résurrection que la sainte Eglise célèbre aujourd'hui. Jésus a voulu, quand les temps ont été accomplis, accroître les joies pascales, en révélant à force de prodiges ce monument auguste de son amour pour nous. Il nous le laisse entre les mains, pour notre consolation, jusqu'au dernier jour ; n'est-il pas juste que nous lui en fassions hommage ?

Jamais l'orgueil de Satan n'avait éprouve de défaite aussi poignante que celle qui fondit sur lui, lorsqu'il vit que le bois, instrument de notre perte, était devenu l'instrument de notre salut. Sa rage impuissante se tourna contre cet arbre sauveur qui lui rappelait si cruel'lement et la puissance irrésistible de son vainqueur , et la dignité de l'homme racheté à un tel prix. Il eût voulu anéantir cette Croix redoutable ; mais, sentant son impuissance à réaliser un si coupable dessein, il tenta du moins de profaner et

de cacher à tous les regards un objet si odieux pour lu?. 11 poussa donc les Juifs à enfouir nonteusement le bois sacré que le monde entier révère. Au pied du Calvaire, non loin du sépulcre, s'ouvrait une excavation profonde. C'est là que les hommes de la synagogue précipitent la Croix du Sauveur avec celles des deux larrons. Les clous, la couronne d'épines, l'inscription détachée de la Croix, vont la rejoindre dans ce gouffre, que les ennemis de Jésus font remplir de terre et de décombres. Le sanhédrin pense en avoir tîni avec la mémoire de ce Nazaréen, que l'on a pu crucitier sans qu'il soit descendu de la Croix.

Quarante ans plus tard, Jérusalem succombait sous le poids de la vengeance divine. Bientôt les lieux de notre rédemption étaient souillés par la superstition païenne ; un petit temple à Vénus sur le Calvaire, un autre à Jupiter sur le saint sépulcre : telles furent les indications par lesquelles la dérision païenne conserva, sans le vouloir, le souvenir des merveilles qui s'étaient accomplies sur ce terrain sacré. A la paix de Constantin, les chrétiens n'eurent qu'à renverser ces honteux monuments, et le sol arrosé du sang rédempteur reparaissait à leurs yeux, et le glorieux tombeau se rouvrait à leur piété. Mais la Croix ne se révélait pas encore, et continuait de reposer dans les entrailles de la terre. Pour relever le sceptre du grand Roi, il fallait une main royale. La pieuse impératrice Hélène, mère dii libérateur de l'Eglise, fut désignée par le ciel pour rendre au Christ, sur le théâtre même de ses humiliations, les

L'Invention de la Sainte Croix. 5o3

honneurs qui lui sont dus comme Roi du monde. Avant de )eter les fondements de la basilique de la Résurrection, cette digne émule de Madeleine et des autres saintes femmes du sépulcre désira avec ardeur retrouver l'instrument du salut. Une tradition conservée chez les Juifs fut interrogée ; et l'impératrice connut vers quel endroit il était à propos de diriger les fouilles. Avec quelle sainte anxiété elle suivit les travaux ! avec quel transport de joie elle aperçut le bois de la rédemption, que Ton ne discernait pas encore, il est vrai, nais qui devait être présent dans Tune des trois croix mises à découvert ! Son ardente prière s'élevait vers le Sauveur, qui seul pouvait révéler le divin trophée de sa victoire; l'évcque Macaire unissait ses vœux à ceux de la pieuse princesse; et les prodiges à Taide desquels le discernement se fit avec certitude récompensèrent la foi qui n'aspirait au miracle que pour la plus grande gloire du Rédempteur.

C'en était fait, et l'Eglise entrait en possession de l'instrument du salut des hommes. L'Orient et l'Occident tressaillirent à la nouvelle de cette sublime découverte que le ciel avait conduite, et qui venait mettre le dernier sceau au triomphe du christianisme. Le Christ scellait sa victoire sur le monde païen, en élevant ainsi son étendard, non plus hguré, mais réel, ce bois miraculeux, scandale autrefois pour les Juifs, folie aux yeux des gentils, et devant lequel tout chrétien fléchira désormais le genou.

Hélène ne tarde pas à inaugurer l'arbre sacré dans la basilique qu'elle a construite,

5 04 Le Temps Pascal.

et qui réunit dans sa vaste enceinte le sépulcre glorieux et la colline du crucitiement. Un autre sanctuaire s'élève sur le lieu où reposa la Croix durant trois siècles ; de nombreux degrés conduisent le pèlerin jusqu'au fond de ce mystérieux asile. Alors commence une succession innombrable de pieux voyageurs venus des quatre vents du ciel pour hono'rer les lieux sur lesquels s'est opéré le salut de l'homme, et rendre leurs hommages au bois libérateur. Mais les desseins miséricordieux du ciel ne permettent pas que le précieux gage de l'amour du Fils de Dieu envers notre humble race soit le partage d'un seul sanctuaire, quelque sacré qu'il soit. Déjà Hélène a détaché de l'arbre du salut une portion considérable qu'elle destine à Rome, la nouvelle Jérusalem. Ce don précieux reposera dans la basilique élevée par son fils sur les jardins de Sessorius, et le peuple romain appellera désormais ce sanctuaire la basilique de Sainte-Croix-en-Jérusalem.

Mais par le cours des âges la sainte Croix honorera de sa présence bien d'autres lieux de la terre. Déjà dès le iv= siècle saint Cyrille de Jérusalem attestait que les pèlerins qui obtenaient qu'on en détachât pour eux quelques légers éclats, avaient étendu au monde entier le bienfait divin \ et saint Paulin de Noie nous apprend qu'aucune diminution ne se faisait sentir sur le bois immortel -'. Au vie siècle , sainte Radegonde sollicite et obtient de l'empereur Justin II un fragment de la portion considérable que possède le

I. Calèches. ly. x, xill. — 2. Epist. XII.

L'Invention de la Sainte Croix. 5o5

trésor impérial de Constantinople. La Gaule ne pouvait entrer plus noblement en participation du précieux instrument de notre salut que par les mains de sa pieuse reine ; et Venance Fortunat composait, pour l'arrivée de l'auguste relique, l'hymne admirable que l'Eglise chantera jusqu'à la tin des siècles lorsqu'elle veut célébrer les grandeurs de la sainte Croix. Jérusalem, après des alternatives de perte et de recouvrement, finit par perdre sans retour l'objet divin qui faisait sa principale gloire. Constantinople en hérite encore; et cette ville devient la source de nombreuses largesses qui, principalement à l'époque des croisades, viennent enrichir les Eglises de l'Occident. Il s'établit comme de nouveaux centres de religion envers la sainte Croix, aux lieux où reposent les fragments insignes ; de toutes parts la piété convoite une parcelle du bois salutaire. Le fer divise respectueusement les parties plus considérables, et peu à peu nos régions s'en trouvent remplies. La vraie Croix est partout, et il n'est pas de chrétien qui, dans le cours de sa vie, n'ait été à même d'en vénérer quelque fragment. Mais qui pourrait compter les actes d'amour et de reconnaissance que la vue d'un si touchant objet enfante dans les cœurs ? et qui ne reconnaîtrait dans cette

Erofusion successive un stratagème de la onté divine pour raviver en notis le sentiment de la rédemption sur laquelle reposent nos espérances éternelles?

Qu'il soit donc aimé, ce jour où la sainte Eglise unit le souvenir triom.phal de la sainte Croix aux joies de la résurrection de celui

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qui a conquis par elle le trône où nous le verrons bientôt monter. Rendons grâces pour le bienfait signalé qui a restitué aux hommes, à l'aide des prodiges, un trésor dont la possession eût manqué à la dot de la sainte Eglise. En attendant le jour où le Fils de l'homme doit l'arborer sur les nuées du ciel, il l'a confiée à son Epouse comme le gage de son second avènement. En ce jour, il rassemblera par sa puissance tous ces fragments épars ; l'arbre de vie étalera toute sa oeauté aux regards des élus, et les conviera au repos éternel sous son ombre délectable.

La sainte Liturgie offre en ces termes le récit du grand événement qui fait l'objet de la fête.

POST insignem victoriatn quam Constantinus imperator, divinitus accepte signo Dominicae Crucis, ex Maxentio reportavit , Helena Constantini mater in somnis admoniîa, conÏuirendje Crucis studio erosolymam venit, ubi marmoream Veneris statuam in Crucis loco a Gentibus collocatam, ad tollendam Christi Domini Passionis memoriam, post centum circiter octoginta annos. evertendam curavit. Quod item fecit ad Pra?sepe Salvatoris , et in loco Resurrectionis : inde

APRÈS l'insigne victoire que l'empereur Constantin remporta sur Maxence sous l'étendard de la Croix du Seigneur qui lui avait été divinement manifesté , sa mère Hélène, en ayant reçu l'avertissement en songe, se rendit à Jérusalem dans le but d'y faire des recherches pour retrouver la vraie Croix. Arrivée dans cette ville, elle fit abattre une statue de marbre qui représentait Venus , et que les Gentils , afin d'abolir tout souvenir de la Passion de Jésus-Christ, avaient placée depuis environ cent quatrevingts ans au lieu même où la Croix avait été plantée.

L'Invention de la Sainte Croix. 5oj

Elle fit la même chose au lieu où était la crèche du Sauveur et en celui de la Résurrection, ayant fait ôter du premier l'idole d'Adonis, et du second celle de Jupiter.

APRÈS qu'on eut nettoyé le lieu où devait se trouver la Croix, et que l'on eut creuse profondément, on tira déterre trois croix; mais le titre qui eût fait reconnaître celle du Seigneur se trouvait à part. Comme on était incertain sur celle des trois à laquelle ce litre avait appartenu, un miracle vint faire cesser les doutes. Macaire, évêque de Jérusalem, ayant adressé d'abord à Dieu ses prières, ordonna de faire toucher les trois croix, l'une ilprès l'autre, à une femme

?ui était gravement malade. ,es deux premières ne produisirent aucun effet ; mais le contact de la troisième rendit subitement la santé à l'infirme.

HÉLÈNE, ayant ainsi découvert la Croix instrument du salut, éleva au même lieu une église magnifique, où elle laissa une partie de ce bois précieux enchâssée dans un étui d'argent. Elle porta l'autre à son fils Constantin, et on la déposa à Rome, dans l'Eglise appelée de SainteCroix-en-Jérusalem, qui fut

Adonidis, hinc Jovis sublato simulacro.

ITAQUElocoCrucispurgato, alte defossœ très cruces erutœ sunt, repertusque seorsum ab illis Crucis Dominiccc titulus : qui cum ex tribus cui aiïixus fuisset, non appareret, eam dubitationem sustulit miraculum. Nam Macarius Hierosolymorum episcopus, factis Deo precibus, singulas cruces cuidam fœ- minœ gravi morbo laboranti admovit •, cui cum reliquce nihil profuissent, adhibita tcrtia Crus statim eam sanavit.

ELENA. salutari Cruce inventa, magnificentissimam ibi exstruxit Ecclesiam, in qua partem Crucis reliquit thecis argenteis inclusam, partem Constantino filio detulit • qua? Roma; reposita fuit in Ecclesia sancta; Crucis in Jérusalem, asdificata in œdi5o8

Le Temps Pascal:

bus Sessorianis. Clavos ctiam atlulit filio, quibus sanctissimiim Jesu Chriti corpus fixum fucrat. Qiio ex temporc Constantinus legem sancivit, ne crux ad supplicium cuiquam adhiberetur : ita res qua? aniea hominibus probro ac ludibrio fuerat , venerationi et glorias esse cœpit.

construite sur remplacement du palais de Sessorius. Hélène apporta encore à son fils les clous avec lesquels 1: très saint corps de JésusChrist avait été attaché à la croix. CoP'^tantin porta une loi qui défendait que désormais on fît subir à quelqu'un le supplice de la croix. Ainsi un objet qui jusqu'alors avait donné aux hommes l'idée d'opprobre et de mépris, devint ce qu'il y a de plus glorieux et de plus digne do respect.

Les Eglises de l'Orient et de l'Occident ont produit "un grand nombre de compositions liturgiques e"n l'honneur de la sainte Croix; nousen choisirons quelques-unes qui pourront servir d'expression à la pictc du lecteur, en commençant par l'immortel cantique de Venance Fortunat.

VEXILLA Régis prodeunt : Fulget Crucis mysterium. Qua Vita mortem pertulit. Et morte vitain protuiit.

Quae vulnerata lance.-E Mucrone dire, criminum Ut nos lavaret sordibus, Manavit unda et sanguine.

L 'ÉTENDARD du Roi s'avance ; voici briller le mystère de la Croix, sur laquelle celui qui est la Vie a souffert la mort, et par cette mort nous a donné la vie.

C'est là que transpercé du fer cruel d'une lance, son côté épancha l'eau et le sang pour laver la souillure de nos crimes.

L'Invention de la Sainte Croi

Il s'est accompli, l'oracle de David qui, dans ses vers inspirés, avait dit aux nations: « Dieu régnera par le bois. «

Tu es beau, tu es éclatant, arbre paré de la pourpre du Roi ; noble tronc appelé a l'honneur de toucher des membres si sacrés.

Heureux es-tu d'avoir porté suspendu à tes bras celui qui fut le prix du monde ! Tu es la balance où fut pesé ce corps, notre rançon ; tu as enlevé à l'enfer sa proie.

Salut , ô Croix . notre unique espérance ! toi qui nous as conduits aux joies pascales, accrois la, grâce dans le juste, efface le "crime du pécheur.

Que toute âme vous glorifie, ô Trinité, principe de notre salut ; vous nous donnez la victoire par la Croix, daignez y ajouter la récompense.

Amen.

Paschale quae fers gaudium : Piis adauge gratiam, Reisque dele crimina.

Te fons salutis, Trinitas, CoUaudet omnis spiritus : Quibus Crucis victoriam Largiris, adde prœmium. Amen.

L'Eglise Romaine emploie dans l'Office d'aujourd'hui les Répons et les Antiennes qui suivent. Ils respirent un parfum d'antiquité qui rend plus pénétrante encore l'onction dont ils sont remplis.

Impleta sunt quœ concinit David fideli carminé, Dicendo nationibus : Regnavit a ligno Deus.

Arbor décora et fulgida, Ornata Régis purpura, Elecia digno stipite Tam sancta membra tangere.

Beata cujus brachiis Pretium pependit saeculi, Statera facta corporis, Tulitque praedam tarlari.

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rux, ave,

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LORIOSUM diem sacra veneratur Ecclesia, dum triumale reseratur lignum. * n quo Redempior noster, mortis vinclila rumpens, callidum aspidem superavit, alléluia.

■^. In ligno pendens nobtrae salutis semîtam Verbura Patris invenit. * In qi;o Redemptor noster, mortis vincula rumpens. callidum aspidem superavit, alléluia.

^. Hase est arbor dignissima, in paradisi medio situata, ' In qua salutis auctor propria morte mortem omnium superavit, alléluia.

■J^. Grux prœcellenti décore fulgida, quum Helena Constantin! mater concupiscenti animo requisivit. ' In quo salutis auctor propria morte mortem omnium superavit, alléluia.

f^. Dum sacrum pignus ccclitus revelatur. Christi fides roboratur ; * Adsunt prodigia divina in virga Moysi primitus figurata, alléluia.

y. Ad Crucis contacA T A sainte Eglise cé^' L lébre le glorieux jour où fut manifesté le bois triomphal, * Sur lequel notre Rédempteur a rompu les liens de la mort, et surmonté la perfidie du serpent, alléluia.

f. Le Verbe du Père a découvert le chemin de notre salut, étant suspendu au bois, ' Sur lequel il a rompu les liens de la mort, et surmonté la perfidie du serpeni, alléluia.

içr. Voici l'arbre très digne qui s'élève au milieu du paradis, • Sur lequel l'auteur du salut a vaincu par sa mort la mort de tous les hommes, alléluia.

f. Hélène, mère de Constantin, a recherché avec ardeur la Croi.x si belle et si radieuse, * Sur laquelle l'auteur du salut a vaincu par sa mort la mort de tous les hommes, alléluia.

I^. Au moment où le ciel révèle à la terre le gage sacré, la foi dans le Christ est confirmée ; * Les prodiges divins que la verge de Moïse opéra autrefois en figure se renouvellent, alléluia.

f . Au contact de la Croix

L'Invention de la Sainte Croix. 5 1 1

les morts ressuscitent, et les grandeur^: de Dieu se révèlent. * Les prodiges divins que la verge de Moïse opéra autrefois en figure se renouvellent, alléluia.

A N T, Sauvez-nous , ô Christ Sauveur, par la vertu de la Croix ; vous qui avez sauvé Pierre sur la. mer, ayez pitié de nous, alléluia.

Ant. "\"oici la Croi.'c da Seigneur : ennemis, prenez la fuite; il a vaincu, le Lion de la tribu de Juda, le rejeton de David, alléluia.

Ant. Ta cime s'élève audessus de tous les cèdres, 6 Croix à laquelle fut attachée la Vie du monde, sur laquelle le Christ a triomphé, et la mort a vaincu la mort pour toujours, alléluia.

Ant. O Croix plus brillante que tous les astres, illustre dans le monde entier, aimée des hommes, toi dont la sainteté s'élève au-dessus de tout ; seule tu as été digne de porter le trésor du monde. Bois, objet de notre amour, tu portes suspendu à tes clous sacrés un fardeau plus cher encore ; bénis et sauve ce peuple rassemblé aujourd'hui pour chanter tes louanges, alléluia, alléluia.

tum resurgunt mortui, et Dei magnalia res'erantur. * Adsunt prodigia divina in virga iSloysi primitus figurata, alléluia.

A N' T. Salva nos , Christe Salvator, per virtutem Crucis ; qui salvasti Petrum in mari, miserere nobis , alléluia.

Ant. Llcce Crucem Domini, fugite partes adversas ; vicit leo de tribu Juda, radix David, alléluia.

Ant. Super omnia ligna cedrorum tu sola excelsior, in qua Vita mundi pependit, in qua Christus triumphavit, et mors mortem superavit in œternum, alléluia.

Ant. O Crux splendidior cunctis astris, mundo celebris, hominibus multum amabilis, sanctior universis : quae sola fuisti digna portare talentum mundi : dulce lignum, dulces clavos. dulcia ferens pondéra ;■ salva prcesentem catervam, in tuis hodie laudibus congregalam, alléluia, alléluia.

5i

Le moyen âge de nos Eglises latines ne pouvait demeurer muet sur les louanges de la sainte Croix. Nous lui emprunterons d'abord cette Séquence fameuse attribuée à Adam de Saint-Victor :

LAUDES Crucis attollamus, Nos qui Crucis exsultami;s

Speciali gloria : Nam in Cruce triumphamus Hostem ferum superamus

Vitali Victoria.

Dulce melos

ïangat cœlos ;

Dulce lignum

Dulci dignum

Credimus melodia : Voce vita non discorde! ; Cum vox vitam non remordet,

Dulcis est symphonia.

Servi Crucis Crucem

laudent, Qui par Crucem sibi

gaudent

Vitœ dari munera Dicant omnes, et dicant

singuli : Ave salus totius saeculi,

Arbor salutifera 1

CtLKBRONS avec transport les louanges de la Croix, nous pour qui la Croix a été le principe de l'allégresse et de la gloire ; dans la Croix nous triomphons, par la Croix nous remportons sur notre farouche ennemi la victoire qui nous assure la vie.

Que nos doux concerts pénètrent jusqu'aux cieux ; il mérite, ce bois cher aux hommes, que l'on consacre à sa gloire les plus doux accents. Mettons d'accord et nos voix et nos vies ; quand la vie ne contredit pas les chants que la voix fait entendre, c'est alors que la mélodie est agréable au ciel.

Célébrez la Croix, serviteurs de la Croix ; c'est par la Croix que les dons de la vie céleste sont venus rejouir vos cœurs ; dites donc tous ensemble, et que chacun répète : « Hommage à toi, arbre salutaire, principe de sakit pour le monde entier 1 »

L^ Invention de la Sainte Croix. 5i3

Autel du salut, autel illustre et fortuné, qui fus rougi du sang de l'Agneau, de l'Agneau sans tache, qui purifia le monde de son antique péché.

La Croix est l'échelle des pécheurs, par laquelle le Roi des cieux, le Christ, attira toutes choses à lai ; par sa forme quadrangulaire, elle montre que sa vertu s'étend aux quatre confins du monde.

La Croix n'est pas un mystère nouveau, son culte ne date pas d'hier ; par elle Moïse rendit douces les eaux amères, par elle il fit jaillir les sources du rocher.

Point de salut dans la maison, si l'homme n'imprime sur la porte ce signe protecteur ; qu'il le fasse seulement, et il sera sauf du glaive, et son premier-né lui sera conservé.

La pauvre femme de Sarepta, cherchant le bois, trouva le salut ; sans ce bois cher à la foi, ni l'huile ni la farine n'auraient abondé dans sa maison.

O quam feli.x, quam prœclara Hœc salutis fuit ara Rubens Agni sanguine, Agni sine macula, Qui mundavit sœcula Ab antiquo crimine I

Hœc est scala peccatorum, Per quam Christus, rex

cœlorum.

Ad se traxit omnia ; Forma cujus hoc ostendit Quœ terrarum comprehendit

Quatuor confinia.

Non sunt nova sacramenta, Nec recenter est inventa

Crucis hncc religio : Ista dulces aquas fecit; Per hanc silex aquas jecit

Moysis officio.

Nulla salus est in domo, Nisi Cruce munit homo Superliminaria • Neque sensit gla»

dium, Nec amisit filium Quisquis egit talia.

Ligna legens in Sarepta, Spem salutis est adepta Pauper muliercula ; Sine lignis fidei Nec lecythus olei Valet, nec farinula.

In Scripturis

Sub figuris

Ista latent,

Sed jnm patent Criicis bénéficia ;

Reges credunt.

Hostes ccdunt ;

Sola Cruce,

Christo duce, Unus fugat millia.

Roma naves univcrsas In profundum vidit mersas

Una cum Maxentio . Fusi Thraces, cœsi PerSed et partis duxadversœ Victus ab Heraclio.

Ista suos fortiores Semper facit et victores : Morbos sanat et languores,

Reprimit daemonia ; Dat captivis libertatem. Vitre confert novitatem : Adantiquam dignitatem

Crux reduxit omnia.

O Crux. lignumtriumphale, Mundi vcra salus. va!e ! Inter ligna nullum taie Fronde, flore, germine ; Medicina christiana, Salva sa nos, ajgrcs sana : Quod non valet vis huma n a Fit in luo nomine.

Ces mystères furent longtemps caches sous les symboles de l'Kcriture ; mais aujourd'hui les bienfaits de la Croix éclatent au grand jour; les rois ont embrassé la foi, les ennemis sont en déroute ; par la Croix seule, sous le Christ notre chef, un seul de nous met en fuite mille adversaires.

Rome vit Maxence submergé dans le Tibre avec ses vaisseaux; ailleurs, les Thraces et les Perses furent tailles en pièces, et le chef ennemi tomba sous les coups d'Héraclius.

La Croix rend forts et victorieux ceux qu'elle protège, elle guérit maladies et langueurs ; par elle les démons sont repousses ; aux captifs elle rend la liberté, aux mort? une vie nouvelle; elle rétablit toute créature dans sa dignité première.

Hommage à toi, bois triomphal, ô Croix, salut du monde ! Nul arbre ne t'est comparable pour le feuillage, pour la fleur ni pour le fruit ; remède des chrétiens, sois la force de ceux qui sont sains, guéris ceux qui sont malades ; en ton nom l'homme obtient ce qui dépasserait ses forces.

L'Invention de la Sainte Croix. 5i5

O toi qui as consacré cet arbre, daigne nous écouter célébrant les louanges de la Croix ; après cette vie, transporte les serviteurs de ta Croix au séjour de la lumière véritable. Ils honorent l'instrument de ton supplice ; délivre-les des tourments de l'enfer ; et quand viendra le jour de la colère, mets-nous en possession des joies éternelles. Amen.

Assistente s Crucis

laudi, Consecrator Crucis, audi, Atque servos tuae Crucis Post hanc vitam, verae

lucis

Transfer ad palatia ; Quos tormento vis servire, Fac tormenta non senîire ; Scd quum dies erit iras, Confer nobis et largire

Sempiterna gaudia. Amen.

L'Hymne suivante, pleine de grandeur et de majesté, se trouve dans nos anciens Bréviaires romains-français, à la fête de l'Invention de la sainte Croix.

lALUT,

Croix sainte !

O salut, 6 gloire du monde, notre espoir véritable, source de nos joies, signe de salut, protection dans les périls, arbre de vie qui portes celui qui est la Vie universelle !

Rachetés sur toi, nous aimons à chanter tes louanges, Croix adorable, principe de vie, l'amour et l'honneur des hommes. Nous aimons à redire : Le bois nous fit esclaves, et tu nous affranchis, o bois !

SALVE Crux sancta, salve mundi gloria, Vera spes nostra, vera

ferens gaudia, Signum salutis, salus in

periculis. Vitale lignum Vitam portans omnium.

Te adorandam, te Crucem vivificam. In te redempti, dulce

decus saeculi, Semper laudamus, tibi

semper canimus, Per lignum servi, per te

lignum liberi.

5i6

O Christ, toi qui anéantis sur la Croix la faute originelle, daigne nous purifier de nos taches personnelles ; aie pitié de l'homme fragile ; par ta Croix sainte pardonne à ceux qui sont tombés.

Par le signe de la Croix protège, sauve, bénis, sanctifie ton peuple tout entier ; écarte les maux de l'àme et du corps ; que tout fléau se dissipe en présence de ce signe tout-puissant.

Originale crimcn nccans in Cruce Nos a privatis, Christe.

munda maculis, Humilitatem miseratus

fragilem, Per Crucem sanctam lapsis dona veniam.

Protège, salva, benedic, salvifica Populumcunctum Crucis

per signaculum, Morbos averte corporis

et animae ; Hoc contra signum nullum stet periculum.

Sit Deo Patri laus in Cruce Filii,

Sit coatqualis laus Sancto Spiritui,

Civibus summis gaudium sit Angelis,

Honor in mundo sit Crucis Inventio. Amen.

Nous choisirons entre les compositions liturgiques que l'Eglise grecque a produites en l'honneur de la sainte Croix, le Canon ou Hymne qui suit. II a pour auteur saint Théodore Studitc.

lES laetitiœ est, Christi resuscitatione mors evanuit, vitae splenLpuangc à Dieu le Père dans la Croix de son Fils ! Hommage pareil à l'Es-pritSaint ! Joie aux Anges, les citoyens du ciel ! Honneur sur la terre à l'Invention de la Croix ! Amen.

dor exstitit : Adam re; gens cum gaudio choreas ducit ; propterea jubilcmus victricia carmina concinentes.

CE jour est un jour de joie. En ressuscitant, le Christ a fait disparaître la mort ; U vie apparaît dans tout son éclat ; Adam sorti du tombeau conduit les chœurs dans l'allégresse ; faisons entendre aussi nos chants de victoire.

L'Invention de la Sawte Croix. 5ij

Le jour est venu d'adorer la Croix précieuse ; en ce moment elle étincelle des rayons du Christ ressuscité ; venez tous, embrassons-la, couvrons-la de nos baisers avec une joie spirituelle.

Apparais à mes regards, ô Croix du Seigneur, toi dont la gloire est sans limites ; montre-moi ta beauté, ton éclat divin : sois propice à ton adorateur, afin qu'il chante dignement tes louanges ; je m'entretiens avec toi, je te serre dans mes bras comme un être plein de vie.

Le ciel et la terre s'unissent dans un même concert ; car la Croix bienheureuse a été offerte aux regards de l'univers entier ; c'est sur elle que le Christ attaché fut immolé ; dans la joie de nos cœurs honorons-la par nos baisers.

Le divin Moïse figura jadis ta Croix, ô Christ Dieu, lorsqu'il divisa les eaux avec sa verge, conduisant le peuple d'Israël à travers la mer Rouge, et chantant à ta gloire le cantique du passage.

La Croix que nous baisons aujourd'hui, c'est celle que figurait Moïse par ses bras étendus ; par elle nous mettons en fuite l'Amalec spirituel ; par elle aussi. Seigneur, nous obtenons le salut.

Advenit dies adorandi pretiosam Crucem ; adeste omnes : jaciens enim Resurrecti on i s Christi lucidos radios, nunc prostat ; eam proinde spirituali gaudio pleni amplectamur et exosculemur.

Appareto, u immensa Domini Crux, ostende mihi nunc divinam faciem venustatis tuœ. Dignare adoratorem, ut pragconia tua decantet. Nam ut cum re animata tecum loquor, teque amplector.

Laudes consona voce décantent cœlum et terra, quia omnibus Crux beatissima proposita est ; in qua Christus suo corpore fixus immolatus est ; ipsam lœtis mentibus osculemur.

Olim divinus Moyses prasfiguravit Crucem

tuam, traducens populum Israeliticum per mare Rubrum, virga aquis divisis ; canticum exitus celebrandi gratia tibi, Christe Deus, decantans.

Quam olim Moyses manibus prœfigurabat Crucem tuam nunc osculantes, Amalec spiritalem in fugam vertimus, Domine, per quam etiam salvati suraus.

5iS

Hodie gaudium existil in cœlo et terra, quia Crucis signum niundo illucescit, Crux ter beata ; qua; proposita gratiam perennem stillat.

Quid tibi Christe retribuemus. quod copiain nobis fecisti venerandam (^rucem tuam adorandi, in qua sanctissimus tiius sanguis effusus est, cui etiam caro tua clavis est affixa ? Quam osculantes gratias tibi persolvimus.

Hodie choreas cum lastitia ducunt Angelorum ordines ob Crucis tuae adorationem ; in illa enim daemonum catervas vulnerasti, Christe, humano génère servato.

Alter paradisus effecta est Ecclesia, quaï ut prius, vivificum lignum possidet, nimirum Crucem tuam, Domine ; ex cujus contactu immortalitatis participes efficimur.

Impletur Psalmistae oraculum. Ei^ce enim adoramus immaculalorum peduni tuorum scabellum , Cruccm tuam venerandam, desideratissimum illud lignum.

Ligniim, quod in panem luum missum vidit

L'allégresse est aujourd'hui au ciel et sur la terre ; car il a été révélé au monde, le signe de la Croix trois fois heureuse ; sa vue seule fait couler sur nous une grâce éternelle.

Comment reconnaîtronsnous. 6 (Christ, le bienfait que tu nous accordes d'adorer la Croix si digne d'hommages, sur laquelle ton sang divin a été répandu, ta chair a été attachée par les clous ?

C est en la couvrant de nos baisers que nous te rendons grâces.

En ce jour consacré à l'adoration de ta Croix, les Anges forment des chœurs et tressaillent de joie : car c'est sur la Croix, 6 Christ, que tu as écrasé l'armée des démons et sauvé la race humaine.

L'Eglise est devenue un second paradis ; elle possède

1 arbre de vie qui était la gloire du premier ; c'est ta Croix, ô Seigneur ! par son contact, elle nous rend participants de l'immortalité.

L'oracle du Psalmiste est accompli : car voici que nous adorons l'escabeau de tes pieds immaculés, en vénérant ta Croix, ce bois très aimé.

Le bois que Jérémie a vu mettre dans ton pain par tes

L'Invention de la Sainte Croix. 5 1 q

ennemis, c'est ta Croix, ô miséricordieux! Nous la couvrons de baisers, nous célébrons tes liens et ton sépulcre, la lance et les clous.

En ce jour les plus suaves parfums s'exhalent des cassolettes divines ; la Croix est inondée d'un baume de vie ; aspirons l'odeur céleste qu'elle répand, adorons-la avec foi à jamais.

Viens, Elisée ! dis-nous quel est ce bois que tu plongeas dans l'eau. C est la Croix du Christ qui nous a tirés de l'abîme de la mort ; adorons-la avec foi à jamais.

Jacob vit la figure de ta Croix , ô Christ ! lorsqu'il adora le sommet de la verge divine que tenait Joseph ; il y entrevoyait le sceptre de ta royauté, que maintenant nous adorons à jamais.

Jeté dans la fosse aux lions, le grand prophète Daniel étendit ses mains en forme de croix ; il échappa sain et sauf à la gueule des bêtes féroces , bénissant le Christ à jamais.

Tous les arbres des forêts tressaillent et font entendre leurs cantiques, en ce jour où nous embrassons avec effusion le bois de la Croix, dont le Christ a glorifié le sommet,

Jeremias, Crucem scilicet tuam, o misericors, osculantes, celebramus vincula tua, et sepulturam, lanceam et clavos.

Hac die odorem halant unguenta ex divinis myrotheciis, Crux nimirum vitali unguento delibuta. Odoremur cœlestem , quam halat, auram ; eamque cum fide adoremus in saecula.

Adesto Helisaïc, die palam, quidnam lignum illud . quod in aquam demisisti. Crux Christi, qua ex profundo interius extracti sumusî eam adoremus fideliter in saecula.

Jacob olim prasfigurans Crucem tuam, Christe. adorabat fastigium divince virgae Joseph, prœvidens eam esse regni sceptrum trem&ndum , quam nunc fideliter in saecula adoramus.

Magnus propheta Daniel missus quondam in lacum leonum, manibus crucis in speciem expansis. incolumis ex faucibus bestiarum evasit, benedicens Christum Deum in sœcula.

In hymnis exsultent omnia ligna sylvae intuentia hodiernodie ejusdem nominis lignum Crucis oscuHs et amplexibus honorari, cujus

Christus caput exaltavit, ut vaticinatur divinus David.

Qui in lif;no mortuus fueram. iignum vit» te, Crux Christum ferens , reperi. Custodia mea insuperabilis , valida adversus dœmones virtus, te hodie adorans, clarao : Sanctifica me i^loria tua.

Laîtare, exsulta, Ecclesia Dei. qua» ter beatum sanctissima Crucis lignum hodie adoras, cui tamquam ministri Angelorum ordines , etiam cum timoré assistunt.

comme l'avait prédit le divin prophète David.

Un arbre m'avait donné la mort ; je t'ai retrouvé, arbre de vie, ô Croix qui portes le Christ ! tu es ma garde invincible, ma défense contre les démons; en ce jour je t'adore et je te crie : Sanctifie-moi par ta gloire.

Réjouis-toi et triomphe. Eglise de Dieu ; car trois fois heureuse tu adores aujourd'hui le bois de la très sainte Croix, autour de laquelle les chœurs des Anges assistent dans une crainte respectueuse, comme pour la servir.

«TE Christ crucifié est la force et la sa■L gesse même de Dieu i. » C'est la célèbre paVole de votre Apôtre, ô Jésus ! et nous en voyons aujourd'hui la vérité. La Synagogue voulut anéantir votre gloire en vous clouant à un gibet; elle se délectait en pensant qu'il est écrit dans la loi de Moïse : « Maudit celui qui est suspendu au bois'- ! » Et voici que ce gibet, ce bois infâme, est devenu votre trophée le plus insigne. Dans les splendeurs de votre résurrection, la Croix, loin de jeter une ombre sur les rayons de votre gloire, relève d'un éclat nouveau l'ineffable magnificence de votre triomphe. Vous avez été attaché au bois, vous avez pris siir vous la malédiction ; crucifié entre deux scélérats, vous avez passé pour un vil imposI Cor. i^ 23. — 2. Deut. XXI. 23.

L^Invention de la Sainte Croix. 52i

teur, et ^os ennemis ont insulté à votre agonie sur ce lit de douleur. Si vous n'eussiez été qu'un homme, il ne restait de vous qu'une mémoire déshonorée ; la croix eût dévoré sans retour votre gloire passée, ô fils de David ! Mais vous êtes le Fils de Dieu, et c'est la croix qui nous le prouve. Le monde entier se prosterne devant elle et l'adore; c'est elle qui vous l'a conquis, et les hommages qu'elle reçoit vengent surabondamment votre gloire de l'éclipsé passagère que votre amour pour nous lui imposa un jour. On n'adore pas un gibet, ou, si on l'adore, c'est le gibet d'un Dieu. Oh! béni soit celui qui a été suspendu au bois ! En retour de nos hommages, divin Crucifié, accomplissez en notre faveur la promesse que vous avez faite : u Lorsque je serai élevé de terre, j'atti<r rerai tout à moi ^. »

Pour nous attirer plus efficacement, vous déposez aujourd'hui entre nos mains le bois même du haut duquel vous nous avez tendu •vos bras. Ce monument de votre victoire, sur lequel vous vous appuierez au dernier jour, vous daignez nous le contier jusqu'à la fin des siècles, afin que nous puisions en lui une crainte salutaire de la divine justice qui vous a attaché à ce bois vengeur de nos crimes, un amour toujours plus tendre envers vous, ô notre victime qui n'avez point reculé devant la malédiction, afin que nous fussions bénis ! La terre entière vous rend grâces aujourd'hui pour le don inestimable que vous lui avez octrové. Votre Croix divisée en fragLe Temps Pascal.

mcnts sans nombre est présente en tous lieux ; il n'est pas de région dans le inonde chrétien qu'elle ne consacre et ne protège.

Que n'avons-nous la piété d'Hélène, o Sauveur, pour savoir connaître comme elle « la (( hauteur et la profondeur, la longueur et f( la largeur du mystère caché dans votre a (>roi>c ' » ! C'est parce qu'elle a aimé ce divin mystère, qu'elle a recherché la Croix avec tant d'ardeur; mais quel sublime spectacle cette pieuse princesse nous otfre en ces jours de votre triomphe ! D'une main elle orne votre glorieux sépulcre ; de l'autre elle arrache votre Croix aux ombres qui la couvraient; qui jamais proclama, avec cette majesté, le înystère pascal ? Le sépulcre nous crie : « Il ce est ressuscité, il n'est plus ici » ; la Croix nous dit : « Je ne l'ai retenu qu'un moment, c( et il sest élancé dans sa gloire. » O Croix ! ô sépulcre ! que son humiliation a été rapide, et que le règne qu'il a conquis par vous est assuré ! Nous adorons en vous les vestiges de son passage, et vous demeurez sacrés à jamais, parce qu'il s'est servi de vous pour notre salut. Gloire soit donc à vous, 6 Croix, objet de notre amour et de notre admiration en ce jour ! Continuez de protéger ce monde qui vous possède; soyez-lui le bouclier qui le défende contre l'ennemi, le secours présent partout qui conserve le souvenir du sacritîce mêlé à celui du triomphe ; car c'est par vous. 6 Croix, que le Christ a vaincu, qu'il règne et qu'il command"„ Christus viNciT, Christus régnât, Christ^js imperat.

;N sainl pape martyr vient en ce jour déposer sa couronne aux pieds de la Croix triomphante, par laquelle il a vaincu. C'est Alexandre, le cinquième successeur de Pierre. Honorons ce témoin vénérable de notre foi, appelé à recevoir aujourd'hui les hommages de l'Eglise militante, au sein de la gloire dont il jouit depuis tant de siècles dans la compagnie de notre divin Ressuscité. La Passion de ce Maître souverain fut toujours présente icibas à sa pensée, et l'Eglise a conservé le souvenir de l'addition qu'il lit de quatre mots au Canon sacré, pour exprimer que Jésus avait institué l'auguste mystère de l'Eucharistie la veille même du jour où il devai-:. souffrir.

Une autre institution chère à la piété catholique est due au même Pontife. C'est par lui que l'Eglise a été mise en possession de cette eau sainte que les démons redoutent, et qui sanctifie tous les objets qu'elle touche. Le fidèle renouvellera donc aujourd'hui sa foi envers ce puissant élément de bénédiction que l'hérésie et l'impiété ont si souvent blasphémé, et dont l'usage pieux sert à discerner les enfants de l'Église de ceux qui ne le sont pas. L'eau, instrument de notre régénération, le sel, symbole d'immortalité,

s'unissent sous la bénédiction de l'Eglise pour former ce Sacramcntal envers lequel notre conliance ne saurait être trop grande. La vertu des Sacramentaux, comme celle des Sacrements, procède du sang de la Rédemption, dont les mérites sont appliqués à certains objets physiques par l'action du sacerdoce de la loi nouvelle. L'indifférence à l'endroit de ces moyens secondaires du salut serait aussi coupable qu'imprudente ; et cependant, à cette époque d'affaiblissement de la foi, rien n'est plus commun que cette indifférence. 11 est des catholiques pour qui l'eau bénite est comme si elle n'existait pas ; ils ne réfléchissent jamais sur l'usage continuel qu'en fait l'Eglise, et se privent, de gaieté de cœur, du secours que Dieu a daigné mettre à leur portée pour fortifier leur t^aiblesse et purifier leurs âmes. Daigne le saint pontife Alexandre ranimer leur'foi, et rendre à ces chrétiens dégénérés l'estime des choses surnaturelles que la bonté de Dieu avait prodiguées à leur intention !

L'Eglise a consacré ce court récit à la mémoire du saint Pape.

ALEXAXDER romanus, Adriano imperatore regens Ecclesiam , magnam partem romanre nobililatis ad Christum convertit. Is constituit, ut tantummodo panis et vinum in mysterio ofFerretur : vinum autein aqua misceri jussit, propter sanguinem et aquam quae

ALEX.ANDRE, natif de Rome, gouverna l'Eglise sous l'empire d'Adrien, et convertit au Christ une grande partie de la noblesse romaine. Il ordonna que l'on offrirait seulement le pain et le vin dans le Sacrifice, et que l'on mêlerait de l'eau avec le vin, en mémoire du sang et de l'eau qui coulèrent du coté

Saint Alexandre, Pape et Martyr. 525

de Jcsus-Christ. II ajouta au Canon de la messe ces paroles : Qui yridie quam paterettir. Il ordonna encore que l'on aurait toujours à l'E- glise de l'eau bénite, dans laquelle on aurait jeté du sel, et que l'on s'en servirait pour chasser les démons qui infesteraient les maisons. Il siégea dix ans, cinq mois et vingt jours, et fut illustre par sa vie sainte et ses ordonnances salutaires. Il fut couronné du martyre avec les prêtres Eventius et Théodule, et on l'ensevelit sur la voie Nomentane, à trois milles de Rome, au lieu même où il avait eu la tête tranchée. Il créa en divers temps, au mois de décembre, six prêtres, deux diacres et cinq évêques pour divers lieux. Les corps de ces saints furent depuis transportés à Rome dans l'Eglise de Sainte-Sabine. En ce même jour arriva la mort du bienheureux Juvénal, évéque de Narni, qui après avoir, par sa sainteté et 5a doctrine, enfanté beaucoup de fidèles à Jésus-Christ dans cette ville, illustré par l'éclat des miracles, mourut paisiblement, et fut enseveli avec honneur au même lieu.

ex Jesu Christi latere profluxerunt ; et in Canone missa; addidit : Qui pridie quam pateretur. Idem decrevit, ut aqua benedicta sale admixto perpétue in Ecclesia asservaretur, et cubiculis adhiberetur ad fugandos daemones. Sedit annos decem, menses quinque, et diesviginti, vita? sanctitate, et salutaribus institutis illustris. Martyrio coronatus est una cum Eventioet Theodulo presbyteris, sepultusque est via Nomentana, tertio ab Urbe lapide, eodem in loco ubi securi percussus fuerat ; creatis diverso tempore mense decembri presbyteris sex, diaconis duobus, et episcopis per diversa loca quinque. Eorum corpora postea in Urbem translata in Ecclesia sancta; Sabince condita sunt. In eumdem diem incidit beata mors sancti Juvenalis Narniensis episcopi : qui cum plurimos in ea urbe sanctitate et doctrina Christo peperisset, clarus miraculis in pace vit, ibique honorifice

sepultus est

RECEVEZ, ô saint Pontife, en ce jour consacré au culte de la Croix de votre divin chef, les hommages du peuple chrétien. C'est

3 2 0 Le Temps Pascal.

par la voie de la Croix que vous êtes monté au ciel en ce jour; il est juste que vf)tre louange se mêle à celles que nous otTrons à l'instrument sacre de notre délivrance. Rendez-nous propice celui qui a donné son sang sur cet arore de vie; qu'il daigne accepter nos chants de triomphe pour sa résurrection, nos hymnes en l'honneur du bois libérateur. Faites croître en nous la foi, 6 saint Pontife, atin que nous arrivions à comprendre l'économie de la Rédemption, dans laquelle le Fils de Dieu a voulu se servir pour notre salut des éléments mêmes que l'ennemi avait souillés et dirigés à notre perte. Chassez loin de nous ce mesquin rationalisme qui ose choisir dans l'Eglise ce qui convient à sa médiocre compréhension, et croit pouvoir dédaigner le reste. Intercédez pour la sainte Eglise Romaine, ô saint Pontife! Elle vous invoque aujourd'hui ; montrez-lui qu'elle est restée chère à votre cœur.

î

ANS la compagnie de Jésus ressuscité, deux femmes, deux mères, attireront aujourd'hui notre attention : Marie, mère de Jacques le Mineur et de Thaddée, et Salomé, mère de Jacques le Majeur et de Jean le Bien-Aimé. Elles sont allées au tombeau avec Madeleine, au matin de la résurrection, portant des parfums ; elles ont entendu les Anges, et comme elles s'en retournaient, Jésus s'est tout à coup présenté à elles, il les a saluées, et il a daigné leur donner à baiser ses pieds sacrés. Maintenant il récompense leur amour en se manifestant fréquemment à elles, jusqu'à ce que le jour soit venu où bientôt il leur fera les adieux sur le mont des Oliviers, où elles se trouveront avec Marie et les Apôtres. Honorons ces deux fidèles compagnes de Madeleine, nos modèles dans l'amour envers le divin Ressuscité, et glorifions en elles deux mères fécondes pou'r la saint» Eglise, à qui elles ont donné quatre de ses Apôtres.

Or voici qu'aujourd'hui, aux côtés de Marie et de Salomé, se présente une autre femme, une autre mère, éprise aussi de l'amour de Jésus, et offrant à la sainte Eglise le fruit de ses entrailles, le fils de ses larmes, un Docteur, un Pontife, un des plus illustres saints

528 Le Temps Pascal.

que la loi nouvelle ait produits. Cette femme, cette mère, c'est Monique, deux fois mère d'Augustin. La grâce a produit ce chef-d'œuvre sur la terre d'Afrique ; et les hommes l'eussent ignoré jusqu'au dernier jour, si la plume du grand évcque d'Hippone, conduite par son cœur saintement filial, n'eût révélé à tous les siècles cette femme dont la vie ne fut qu'humilité et amour, et qui désormais, immortelle même ici-bas, est proclamée comme le modèle et la protectrice des mères chrétiennes.

L'un des principaux attraits du livre des Confessions est dans les épanchements d'Augustin sur les vertus et le dévouement de Monique, Avec quelle tendre reconnaissance il célèbre, dans tout le cours de son récit, la constance de cette mère qui, témoin des égarements de son fils, « le pleurait avec plus « de larmes que d'autres mères n'en répan« dent sur un cercueil i » ! Le Seigneur, qui laisse de temps en temps luire un rayon d'espérance aux âmes qu'il éprouve, avait dans une vision montré à Monique la réunion future du fils et de la mère ; elle-même avait entendu un saint évèque lui déclarer avec autorité que le fils de tant de larmes ne pouvait périr; mais les tristes réalités du présent oppressaient son cœur, et l'amour maternel s'unissait à sa foi pour la troubler au sujet de ce fils qui la fuyait, et qu'elle voyait s'éloigner infidèle à Dieu autant qu'à sa tendresse. Toutefois les arhertumes de ce cœur si dévoué formaient un fonds d'expiation qui

I. Confessionum Lib. III, cap, xi.

Sainte Monique, Veuve. 52g

devait plus tard être appliqué au coupable; une prière ardente et continue jointe à la souffrance, préparait le second enfantement d'Augustin. Mais « combien plus de souffrance ces, nous dit-il lui-même, coûtait à Moni« que le tils de son esprit que l'enfant de sa « chair i ! »

Après de longues années d'angoisses, la mère a enfin pu'retrouver à iMilan ce fils qui l'avait si durement trompée, le jour où il fuyait loin d'elle pour s'en aller courir les hasards de Rome. Elle le trouve incertain encore sur la foi chrétienne, mais déjà dégoûté des erreurs qui l'avaient séduit. Augustin avait fait un pas vers la vérité, bien qu'il ne la reconnût pas encore. « Dès lors, nous « dit-il, l'àme de ma mère ne portait plus le « deuil d'un fils perdu sans espoir; mais ses ot pleurs coiilaient toujours pour obtenir de « Dieu sa résurrection. Sans être encore ac« quis à la vérité, j'étais du moins soustrait « à l'erreur. Certaine que vous n'en restées riez pas à la moitié du don que vous aviez « promis tout entier, ô mon Dieu ! elle me « dit, d'un grand calme et d'un cœur plein « de confiance, qu'elle était persuadée dans « le Christ, qu'avant de sortir de cette vie, « elle me verrait catholique fidèle -. »

Monique avait rencontré à Milan le grand Ambroise, dont Dieu voulait se servirpour achever le retour de son fils. « Elle chérissait « le saint évêque, nous dit encore Augustin, « comme l'instrument de mon salut ;^et lui,

l. Confessionum Lib. V, cap. ix. — 2. Ihid.. Lib.

-fe»-

53o Le Temps Pascal.

a l'aimait nour sa vie si pieuse, son assiduité « à l'église, sa ferveur dans les bonnes œu« vres^ il ne pouvait se taire de ses louanges « lorsqu'il me voyait, et il me félicitait d'a« voir une telle mère '. d Enfin le moment de la grâce arriva. Augustin, éclairé de la lumière de la foi, songea à s'enrôler dans l'Eglise chrétienne, mais l'attrait des sens auquel il avait cédé si longtemps le retenait encore sur le bord de la fontaine baptismale. Les prières et les larmes de Monique obtinrent de la divine miséricorde ce dernier coup qui abattit les dernières résistances de son fils.

Mais Dieu n'avait pas voulu laisser son ouvrage imparfait. Transpercé par le trait vainqueur, Augustin se relevait, aspirant non plus seulement à la profession de la foi chrétienne, mais à la noole vertu de continence. Le monde avec ses attraits n'était plus rien pour cette àme, objet d'une intervention si puissante. Dans les jours qui avaient précédé, Monique s'occupait encore avec sollicitude à préparer une épouse pour son fils, dont elle espérait fixer ainsi les inconstances; et tout à coup ce fils se présentait à elle, accompagné de son ami Alypius, et venait lui déclarer que, dans son essor vers le souverain bien, il se vouait désormais à la recherche de ce qui est le plus parfait. Mais écoutons encore Augustin lui-même. « A l'instant nous a allons trouver ma mère, nous lui disons ce « qui se passe en nous ; elle est dans la joie ; c: nous lui racontons en quelle manière tout

Sainte Monique, Veuve. 53 t

d s'est passé ; elle tressaille de bonheur, elle (( triomphe. Et elle vous bénissait, 6 vous (( qui êtes puissant à exaucer au delà de nos a demandes, au delà de nos pensées! car « vous lui aviez bien plus accordé en moi « que ne vous avaient demandé ses gémisse« ments et ses larmes. Son deuil était changé « par vous en une allégresse qui dépassait de <i beaucoup son espérance, en une joie plus a chère à son cœur et plus pure que celle ce qu'elle eût goûtée à voir naître de moi des C( enfants selon la chair i. » Peu de jours s'écoulèrent, et bientôt un spectacle sublime s'offrit à l'admiration des Anges et des hommes dans l'Eglise de Milan : Ambroise baptisant Augustin sous les yeux de Monique.

La pieuse femme avait accompli sa mission ; son fils était né à la vérité et à la sainteté, et elle avait doté l'Eglise du plus grand de ses docteurs. Le mioment approchait où, après le labeur d'une longue journée, elle allait être appelée à goûter le repos éternel en celui pour l'amour duquel elle avait tant travaillé et tant souffert. Le fils et la mère, prêts à s'embarquer pour l'Afrique, se trouvaient à Ostie, attendant le navire qui devait les emporter l'un et l'autre. « Nous étions seuls, elle et moi, dit x\ugustin, appuyés contre une fenêtre d'où la vue s'étendait sur le jardin de la maison. Nous conversions avec une ineffable douceur et dans l'oubli du passé, plongeant dans les horizons de l'avenir, et nous cherchions entre nous deux quelle sera pour les saints cette vie éternelle

532 Le Temps Pascal.

que l'œil n'a pas vue, que l'oreille n'a pas entendue, et où n'atteint pas le cœur de l'homme. Et en parlant ainsi, dans nos élans vers cette vie, nous y touchâmes un instant d'un bond de notre cœur; mais bientôt nous soupirâmes en y laissant enchaînées les prémices de l'esprit, et nous redescendîmes dans le bruit de la voix, dans la parole qui commence et tinit Alors elle me dit: « Mon « hls, pour ce qui est de moi, rien ne m'at« tache plus à cette vie Qu'y ferais-je ? Pour« quoi y suis-je encore? mon espérance est « désormais sans objet en ce monde. Une « seule chose me faisait désirer de séjourner « quelque peu dans cette vie : c'était de te « voir chrétien catholique avant de mourir. « Cette faveur, mon Dieu me Ta accordée « avec surabondance, à cette heure où je te « vois dédaigner toute félicité terrestre pour « le servir. Que fais-je encore ici i ? »

L'appel d'une âme si sainte ne devait pas tarder ; elle s'exhala comme un parfum céleste, peu de jours après ce sublime épanchement, laissant un souvenir ineffaçable au cœur de son hls, dans l'Eglise une mémoire toujours plus aimée, aux mères chrétiennes un modèle achevé de l'amour maternel dans ce qu'il a de plus pur.

La Liturgie nous présente aujourd'hui cette notice abrégée de la vie et des vertus de sainte Monique.

MONICA, sancti Aagus- 1 XA onique, deux fois mcre tini dupliciter ma- | l'A de saint Augustin, puisI. Confessionum Lib. IX, cap. x.

Sainte Monique, Veuve.

qu'elle l'enfanta pour le monde et pour le ciel, ayant perdu son mari, qu'elle avait converti à Jésus-Christ dans son extrême vieillesse, embrassa la continence des veuves, et se livra à la pratique des œuvres de miséricorde. Ses prières ainsi que ses larmes étaient continuelles auprès de Dieu en faveur de son tils. qui était tombé dans l'hérésie des Manichéens. Elle le suivit jusqu'à Milan, et là elle ne cessait de l'e.^horter à entretenir des relations avec l'évéque Ambroise. Augustin s'y détermina, et ayant connu la vérité de la foi catholique, tant par les discours publics du saint prélat que par des entretiens particuliers, il reçut de lui le baptême.

ILS partirent peu après pour retourner en Afrique ; mais la sainte ayant été atteinte de la fièvre , ils s'arrêtèrent à Ostie. Durant cette maladie, il lui arriva un jour d-; tomber en défaillance ; étant revenue à elle, elle dit: « Où étais-je ? " puis, regardant ses fils : « Ensevelissez ici votre mère ; je vous prie seulement de vous souvenir de moi à l'autel du Seigneur. » Le neuvième jour, cette bienheureuse femme rendit son âme à Dieu. Son corps fut enseveli dans l'E-

ter, quia eam et mundo, et ccelo peperit, marito mortuo quem senectute confectum Jesu Christo conciliavit , castam , et operibus misericordiaï exercitam viduitatem agebat : in assiduis vero ad Deum orationibus pro tilio, qui in Manich?eorum sectam inciderat lacrymas eft'imdebat : quem etiam Mediolanum secuta est : ubi ipsum fréquenter hortabatur, ut ad episcopum Ambroftium se conferret. Quod cum ille fecisset. ejus et publicis concionibus, et privatis coUoquiis , catholicas fidei veritateni edoctus, ab eodem baptizatus est.

Mox in Africam redeuntes cum ad Ostia Tiberina constitissent, incidit in febreni. Quo in morbo cum eam quodam die anima defecisset , ut se coUegit Ubi, inquit, eram ? Et adstantes intuens : Ponite hic matrem vestram : tantum vos rogo, ut ad altare Domini memineritis niei. Nono autem die beata mulier animam Deo reddidit. Ejus corpus ibi in Ecclesia sanctas Aureœ sepulLe Temps Pascal.

tum est quod postea Martine Quinto summo Pontifice Romam translatum, in Ecclesia sancti Augustin! honorifice conditum est.

plise de Sainte-Aure à Ostie ; transféré depuis à Rome, sous le Pontificat de Alartin V, il a été placé avec honneur dans l'Église de Saint-Augustin.

Le moyeîi âge a consacré à sainte Monique plusieurs compositions liturgiques; mais la plupart sont assez faibles. La Séquence que nous donnons ici est meilleure: on l'a même attribuée à Adam de Saint-Victor.

AUGUSTINI magni tris, Atque suas piae matris

Laudes et praeconia Decantemus, vénérantes Et optata célébrantes Hodie solemnia.

Mater ca>ta. fide gnara. Vita clara. Christo chara,

Hœc beata Monica De profano propagatum, Jam nunc parit suum

natum

In fide catholica.

Félix imber lacrymarum. Quo effulsit tam praeclarum

Lumen in Ecclesia ! Multo fletu seminavit, Germen ubi reportavit

Metens in laetitia.

paCÉLEBRONS les louanges, redisons les mérites d'Augustin le grand docteur et de Monique sa pieuse mère ; fêtons en ce jour une solennité qui nous est chère.

Mère chaste, pleine de foi. comblée de mérites . aimée du Christ , l'heureuse Monique, dont le fils était sorti d'une source païenne , l'a enfanté à la foi catholique.

Heureuses larmes qui, dans leur abondance, ont été cause qu'une si éclatante lumière a brillé dans l'Eglise ! Elle a semé longtemps dans les pleurs, celle qui aujourd'hui moissonne avec tant d'allégresse.

Plus accepit quam pe- Elle a reçu au delà de ce tivit . qu'elle avait demandé ; mais

Sainte Monique, Veuve.

quel bonheur inonda son âme, lorsqu'elle vit son fils établi dans la foi, voué au Christ de toute l'ardeur de

son cœur

Elle fut la servante des indigents, et nourrit en eux le Christ . ayant mérité le nom de Mère des pauvres ; elle se livra au soin des malades, lavant et nettoyant leurs plaies, préparant leurs lits.

O matrone pleine de grâce, dont les blessures du Christ excitèrent l'amour ; en les méditant, elle versa tant de larmes que le pavé en fut arrosé.

Nourrie du pain céleste, ses pieds ne touchent déjà plus la terre ; son âme ravie tressaille et s'écrie: « Pre(I nons notre vol pour les

M hauteurs du ciel. »

O mère, ô matrone, sois l'avocate et la protectrice de tes enfants d'adoption ; et lorsque notre âme se dégagera des liens de la chair, réunis-nous à ton fils dans les joies du paradis. Amen.

O quam miro tune gestivit Spiritus tripudio,

Cernens natum fide ratura,

Sed et Christo jam sacratum Toto mentis studio !

Hxc egenis ministravit

Et in eis Christum pavit.

Mater dicta pauperum ;

Curam gerens infirmorum, Lavit, stravit et eorum Tersit sordes vulnerum.

O matrona gratiosa, Quam transfigunt amorosa

Crucifixi stigmata ! His accensa sic ploravit, Lacrymis quod irrigavit

Pavimenti schemata.

Pane cœli saturata, Stat a terris elevata

Cubiti distantia ; Mente rapta exsultavit : « Volitemus, exclamavit, « Ad cœli fastigia. >

Eia. mater et matrona, Advocata et patrona

Sis pro tuis filiis. Ut dum carne exuemur, Nato tuo sociemur Paridisi gaudiis. Amen.

536 Le Temps Pascal.

o

MÈRE, illustre entre toutes les mères, la chrétienté honore en vous l'un des types les plus parfaits de l'humanité régénérée par le Christ. Avant l'Evangile, durant ces longs siècles où la femme fut tenue dans l'abaissement, la maternité ne put avoir qu'une action timide et le plus souvent vulgaire sur l'homme; son rôle se borna pour l'ordinaire aux soins physiques; et si le nom de quelques mères a triomphé de l'oubli, c'est uniquement parce qu'elles avaient su préparer leurs fils pour la gloire passagère de ce monde. On n'en rencontre pas dans l'antiquité profane qui se soient donné la tache de les enfanter au bien, de s'attacher à leurs ras pour les soutenir dans la lutte contre rerrcur et les passions, pour les relever dans leurs chutes ; on n'en trouve pas qui se soient vouées à la prière et aux larmes continuelles pour obtenir leur retour à la vérité et à la vertu. Le christianisme seul a révélé à la mère et sa mission et sa puissance.

Quel oubli de vous-même, 6 Monique, dans cette poursuite incessante du salut d'un fils! Après Dieu, c'est pour lui que vous vivez ; et vivre de cette manière pour votre fils, n'est-ce pas vivre encore pour Dieu qui daigne s'aider de vous pour le sauver ? Que vous importent la gloire et les succès d'Augustin dans le monde, lorsque vous songez aux périls éternels qu'il encourt, lorsque vous tremblez de le voir éternellement séparé de Dieu et de vous? Alors il n'est pas de sacrifice, il n'est pas de dévouement dont votre cœur de mère ne soit capable envers cette

Sainte Monique, Veuve. 5 3 y

rigoureuse justice dont votre générosité n'entend pas frustrer les droits. Durant de longs jours, durant de longues nuits, vous attendez avec patience les moments du Seigneur ; votre prière redouble d'ardeur ; et espérant contre toute espérance, vous arrivez à ressentir, au fond de votre cœur , l'humble et solide conhance que le fils de tant de larmes ne périra pas. C'est alors que le Seigneur, « touché de compassion » pour vous, comme il le fut pour la mère éplorée de Naïm, fait entendre sa voix à laquelle rien ne résiste. « Jeune homme, s'écrie-t-il, je te le dis, « lève-toi 1 » ; et il rend plein de vie à sa mère celui dont elle pleurait le trépas, mais dont elle n'avait pas voulu se séparer.

Mais quelle récompense pour votre cœur maternel, 6 Monique! Le Seigneur ne s'est pas contenté de vous rendre Augustin plein de vie ; du fond des abîmes de l'erreur et des passions, voici qu'il l'élève sans intermédiaire jusqu'au bien le plus parfait. Vos instances demandaient qu'il fût chrétien catholique, qu'il rompît enfin des liens humiliants et funestes; et voici que d'un seul bond la grâce l'a porté jusque dans la région sereine des conseils évangéliques. Votre tâche est plus que remplie, heureuse Mère ! Montez au ciel : c'est de là qu'en attendant l'éternelle réunion , vous contemplerez désormais la sainteté et les œuvres de ce fils dont le salut est votre ouvrage, et dont la gloire si éclatante et si pure entoure dès" ici-bas votre nom d'une douce et touchante auréole.

.•>j/cV Le Temps Pascal.

Du sein de la félicité que vous goûtez avec ce tils qui vous doit la vie du temps et celle de l'éternité , jetez un regard , ô Monique, sur tant de mères chrétiennes qui accomplissent en ce moment sur la terre la dure et noble mission que vous avez remplie vous-même. Leurs tils aussi sont morts de la mort du péché, et elles voudraient à force d'amour leur rendre la seule vie véritable. Après la Mère de miséricorde, c'est à Vous qu'elles s'adressent, ô Monique, à vous dont les prières et les larmes furent si puissantes et si fécondes. Prenez en main leur cause ; votre cœur si tendre et si dévoué ne peut manquer de compatir à des angoisses dont il éprouva si longtemps lui-même toute la rigueur. Daignez joindre votre intercession à leurs vœux ; adoptez ces nouveaux tils qu'elles vous présentent, et elles seront rassurées. Soutenez leur courage, apprenezleur à espérer, fortifiez-les dans les sacrifices au prix desquels Dieu a mis le retour de ces âmes si chères. Elles comprendront alors que la conversion d'une âme est un miracle d'un ordre plus élevé que la résurrection d'un mort; elles sentiront que la divine justice, pour relâcher ses droits, exige une compensation, et que cette compensation, c'est à elles de la fournir. Leur cœur se dépouillera de l'égoisme secret qui se mêle si souvent dans les sentiments en apparence les plus purs. Qu'elles se demandent â elles-mêmes si elles se réjouiraient comme vous , ô Monique, en voyant leur fils revenu au bien leur échapper pour se donner au Seigneur. S'il en est ainsi, qu'elles soient sans crainte ;

Sainte Monique, Veuve.

53q

elles sont puissantes sur le cœur de Dieu ; tôt ou tard la grâce tant désirée descendra du ciel sur le prodigue, et il reviendra à Dieu et à sa mère.

mnPAnnmmtnmmmn

'K.IA de nombreux Pontifes ont paru sur le Cycle, où ils forment une éclatante constellation près du Christ ressuscité qui, en ces jours, donna à Pierre leur prédécesseur les clefs du ciel. Anicet, Soter, Caius, Clet et Marcellin, tenaient en main la palme du martyre; Léon seul avait combattu sans répandre' son sang; mais son grand cœur n'eût pas reculé devant ce suprême témoignage. Or voici qu'en ce jour un émule de Léon, donné à l'Eglise dans ces derniers siècles, vient s'unir à lui et se mêler au groupe triomphant. Comme Léon , Pie \' a lutté avec ardeur contre l'hérésie ; comme Léon, il a sauvé son peuple du joug des barbares.

La vie entière de Pie V a été un combat. Dans les temps agités où il fut placé au gouvernail de la sainte Eglise, l'erreur venait d'envahir une vaste portion de la chrétienté, et menaçait le reste. Astucieuse et souple dans les lieux où elle ne pouvait développer son audace, elle convoitait l'Italie ; son ambition sacrilège était de renverser la chaire apostolique , et d'entraîner sans retour le monde chrétien tout entier dans les ténèbres de l'hérésie. Pie défendit avec un dévouement inviolable la Péninsule menacée. Avant d'être élevé aux honneurs du pontificat

Saî7it Pie F, Pape. 541

suprême, il exposa souvent sa vie pour arracher les villes à la séduction. Imitateur tidèle de Pierre Martyr, on ne le vit jamais reculer en présence du danger, et partout les émissaires de l'hérésie s'enfuirent à son approche. Placé sur la chaire de saint Pierre, il sut imprimer aux novateurs une terreur salutaire, il releva le courage des souverains de l'Italie, et, par des rigueurs modérées, il vint à bout de refouler au delà des Alpes le fléau qui allait entraîner la destruction du christianisme en Europe, si les Etats du Midi ne lui eussent opposé une barrière invincible. Le torrent de l'hérésie s'arrêta. Depuis lors, le protestantisme, réduit à s'user sur luimême, donne le spectacle de cette anarchie de doctrines qui eût désolé le monde entier, sans la vigilance du Pasteur qui, soutenant avec un zèle indomptable les défenseurs de la vérité dans tous les Etats où elle régnait encore, s'opposa comme un mur d'airain à l'envahissement de l'erreur dans les contrées où il commandait en maître.

Un autre ennemi, profitant des divisions religieuses de l'Occident, s'élançait en ces mêmes jours sur l'Europe, et Tltalie n'allait être que sa première proie. Sortie du Bosphore, la flotte ottomane se dirigeait avec fureur sur la chrétienté ; et c'en^ était fait, si l'énergique Pontife n'eût veillé pour le salut de tous. Il sonne l'alarme, il appelle aux armes les princes chrétiens. L'Empire et la France, déchirés par les factions que l'hérésie a fait naître dans leur sein, entendent l'appel, mais ils restent immobiles ; l'Es^pagne seule, avec Venise et la petite

54^ ^^ Temps Pascal.

flotte papale, repondent aux instances du Pontife, et bientôt la croix et le croissant se trouvent en présence dans le golfe de Lcpante. i.es prières de Pie V décidèrent la victoire en faveur des chrétiens, dont les forces étaient de beaucoup inférieures à celles des Turcs. Nous retrouverons ce grand souvenir sur le Cycle, en octobre, à la fête de Notre-Dame du Rosaire. Mais il faut rappeler aujourd'hui la prédiction que fit le saint Pape, sur le soir de la grande journée du 7 octobre iSyi. Depuis six heures du matin juscqu'aux approches de la nuit, la lutte durait entre la flotte chrétienne et la flotte musulmane. Tout à coup le Pontife, poussé par un mouvement divin, regarda fixement le ciel ; il se tint en silence durant quelques instants, puis se tournant vers les personnes qui étaient présentes; « Rendons »< grâces à Dieu, leur dit-il ; la victoire est « aux chrétiens. » Bientôt la nouvelle arriva à Rome ; et dans toute la chrétienté on ne tarda pas à savoir qu'un Pape avait encore une fois sauvé l'Europe. La défaite de Lépante porta à la puissance ottomane un coup dont elle ne s'est jamais relevée ; l'ère de sa décadence date de cette journée fameuse.

Les travaux de saint Pie \' pour la régénération des mœurs chrétiennes, l'établissement de la discipline du concile de Trente, et la publication du Bréviaire et du Missel réformés, ont fait de son pontificat de six années l'une des époques les plus fécondes dans l'histoire de l'Eglise. Plus d'une fois les protestants se sont inclinés d'admiration

Saint Pie F, Pape. 543

en présence de ce vigoureux adversaire de leur prétendue réforme. « Je m'étonne, disait « Bacon , que l'Eglise Romaine n'ait pas « encore canonisé ce grand homme. » Pic V ne fut, en effet, place "au nombre des Saints qu'environ cent trente ans après sa mort: tant est grande l'impartialité de l'Eglise Romaine, lors même qu'il s'agit de décerner les honneurs de l'apothéose à ses chefs les plus respectés.

La gloire des miracles couronna dès ce monde le vertueux Pontife : nous rappellerons ici deux de ses prodiges les plus populaires. Traversant un jour, avec l'ambassadeur de Pologne, la place du Vatican, qui s'étend sur le" sol où fut autrefois le cirque de Néron, il se sent saisi d'enthousiasme pour la gloire et le courage des martyrs qui souffrirent en ce lieu dans la première persécution. Il se baisse, et prend dans sa main une poignée de poussière dans ce champ du martyre"^ foulé par tant de générations de fidèles depuis la paix de Constantin. Il verse cette poussière dans un linge que lui présente l'ambassadeur ; mais lorsque celui-ci, rentré chez lui, ouvre le linge, il le trouve tout imprégné d'un sang vermeil que l'on eût dit avoir été versé à l'fieure même : la poussière avait disparu. La foi du Pontife avait évoqué le sang des martyrs, et ce sang généreux reparaissait à son appel pour attester, en face de l'hérésie, que l'Eglise Romaine, au xvie siècle, était toujour's celle pour laquelle ces héros avaient donné leur vie sous Néron.

La perfidie des hérétiques tenta plus d'une

544 ^«^ Temps Pascal.

fois de mettre fin à une vie qui laissait sans espoir de succès leurs projets pour l'cnvahissement de l'Italie. Par un stratagème aussi lâche que sacrilège, secondés par une odieuse trahison, ils enduisirent d'un poison subtil les pieds du crucifix que le saint Pontife avait dans son oratoire, et sur lequel il collait souvent ses lèvres. Pie V, dans la ferveur de sa prière, se prépare à donner celte marque d'amour au Sauveur des hommes sur son image sacrée ; mais tout à coup, o prodige! les pieds du crucifix se détachent de la'croix, et semblent fuir les baisers respectueux du vieillard. Pie V comprit alors que la malice de ses ennemis avait voulu transformer pour lui en instrument de mort jusqu'au bois qui nous a rendu la vie.

Un dernier trait encouragera les fidèles, par l'exemple du grand Pontife, à cultiver la sainte Liturgie dans le temps de l'année où nous sommes. Au lit de la mort, jetant un dernier regard sur l'Eglise de la terre qu'il allait quitter pour celle du ciel, et voulant implorer une dernière fois la divine bonté en faveur du troupeau qu'il laissait exposé à tant de périls, il récita d'une voix presque éteinte cette strophe des Hymnes du Temps pascal : « Créateur des hommes, daignez, en a ces jours remplis des allégresses de la « Pàque, préserver votre peuple des assauts « de la mort '. » Ayant achevé ces paroles

I. Voici la strophe telle que la prononça saint Pie V, et telle qu'elle était de son tenrips dans le Bréviaire : QiKTSumus, auctor omnium. In hoc paschali gaudio.

Saint Pie V, Pape.

sacrées, il s'endormit paisiblement dans le Seigneur.

Mais il est temps de lire, dans le livre des divins Offices, l'éloge que l'Eglise consacre au saint Pape des temps modernes.

PIE V, né à Bosco, ville de Lombardie, mais originaire de Bologne et de la noble famille des Ghisleri. entra à l'âge de quatorze ans dans l'Ordre des FrèresPrêcheurs. On admirait en lui la patience , l'humilité profonde, la grande austérité de la vie, l'amour pour l'oraison , l'observance régulière et le zèle le plus ardent pour l'honneur de Dieu. Ses progrès dans la philosophie et la théologie furent si remarquables, qu'il fut chargé durant beaucoup d'années, et avec un grand succès, de l'enseignement de ces sciences. Il exerça la prédication en beaucoup de lieux, avec un gramd profit pour ses auditeurs. Il remplit longtemps avec une force d'âme invincible les fonctions d'inquisiteur , et préserva, au péril même de sa vie , un grand nombre de villes de la

Plus in oppido Insubrire, quod Boscum vocant, natus, sed e Bononia oriundus ex nobili Ghisleriorum familia , cum quatuordecim esset annorum, Ordinem PrcC- dicatorum ingressus est. Erat in eo admirabilis palientia, profunda humilitas, summa vita; austeritas, continuum orationis studium, et regularis observantia? , ac divini honoris ardentissimuszelus. Philosophie vero, ac Theologiœ incumbens , adeo in iis excelluit, ut illas docendi munus magna cum laude per multos annos exercuerit. Sacras conciones pluribus in locis cum ingenti auditorum fructu habuit. Inquisitoris officium inviolabili animi fortitudine diu sustinuit, multasque civitates, non

Ab omni mortis impetu

Tuum défende populum. Dans la correction des Hymnes sous Urbain VIII, cette strophe a été totalement changée : Ut sis perenne mentibtis, etc.

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sine vitae discrimine, ab ha-resi tune grassante immuncs servavit.

APaulo Quarto, cui ob eximias virtutes charissimus erat. ad Nepesinum et Sutrinuin Episcopatiim promoius, et post biennium, inter Romanœ Ecclesiae Presbytères Cardinales adscriptus fuit. Tum ad Ecclesiam Montis Regalis in Subalpinis a Pio Quarto translatus, cum plures in eam abusuN irrepsisse cognovisset, totain diœcesiin lustravit : rebusque compositis, Romam reversus, gravissimis expediendis negotiis applicatus. quod justum erat apostoHca libertate, et constantia decernebat. Mortuo autem Pio, praeter omnium exspectationem , eleclus Pontifex, nihil in vit.-e ratione excepto exteriori habitu immutavit. Fuit in eo religionis propagandac perpetuum studium, in Eccle^iastica disciplina restituenda indefessus labor, in exstirpandiserroribu-s assidua vigilantia. in sublevandis egentium necessitatibus indeficiens beneficentia . in Sedis Apostolicœ juribus vindicandis robur invicrum.

séduction de l'hérésie qui faisait des efforts pour les envahir.

PAin. IV', dont il était très estime à cause de ses rares vertus, l'éleva au siège de Népi et Sutri, et deux ans après il fut admis parmi les cardinaux-prêtres de l'Eglise romaine. Transféré par Pie

IV à l'Eglise de Montréal dans le Piémont , et ayant remarqué plusieurs abus qui s'étaient répandus dans ce diocèse, il en fit la visite complète ; et tout étant réglé, il revint à Rome, où il fut chargé des plus graves affaires , dans l'expédition desquelles il prit toujours le parti de la justice, et déploya une constance et une liberté apostoliques. A la mort de Pie IV , il fut élu Pape contre l'attente de tout le monde ; mais , sauf l'extérieur , il ne changea rien dans sa manière de vivre. On remarqua en lui un zèle incessant pour la propagation de la foi , une application infatigable au rétablissement de la discipline ecclésiastique , une vigilance assidue pour l'extirpation des erreurs, une bienfaisance sans bornes pour soulager les nécessités des indigents, un courage invincible pour soutenir les droits du Siège ADostoligue.

Saint Fie V, Pape.

IL équipa une flotte puissante contre Sélim, sultan des Turcs, dont les succès avaient élevé l'audace , et remporta sur lui, à Lépante, une éclatante victoire, plus encoie par ses prières à Dieu que par la force des armes. Il connut par la révélation divine, et manifesta aux personnes qui se trouvaient avec lui cet heureux événement à l'heure même qu'il s'accomplissait. Il préparait une nouvelle expédition contre les Turcs, lorsqu'il fut atteint d'une grave maladie. Il en supporta avec une souveraine patience les cruelles douleurs, et étant arrivé à l'extrémité, et ayant reçu les divins sacrements, il rendit son âme à Dieu avec tranquillité, Tan mil cinq cent soixante-douze, âgé de soixante-huit ans, et ayant siégé six ans , trois mois et vingt-quatre jours. Son corps est entouré d'une grande vénération de la part des fidèles dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure, a cause des nombreux miracles que Dieu a opérés par son intercession. Ces prodiges ayant été prouvés juridiquement, il a été inscrit au nombre des Saints par le pape Clément XI.

rannun

Turcarum ty1 multis elatum victoriis , ingenti comparata ciasseadEchinades insulas, non tam armis , quam fusis ad Deum precibus, devicit. Quam victoriam ea ipsa hora. qua obtenta fuit, Deo révélante cognovit, suisque familiaribus indicavit. Dumveronovam in ipsos Turcas expeditionem moliretur, in gravem morbum incidit ; et acerbissimis doloribus patientissime toleratis, ad extrema deveniens, cum Sacramenta de more suscepisset, animam Deo placidissime reddidit, anno millésime quingentesimo septuagesimo secundo, œtatis suas sexagesimo octavo ; cum sedisset annos sex, menses très, dies viginti quatuor. Corpus ejus in Basilica sanctae Marias ad Prcpsepe summa fidelium veneratione colitur, multis a Deo ejus intercessione patratis miraculis. Quibus rite probatis, a Clémente Undecimo,

Pontifice Maximo, Sanctorum numéro adscriptus est.

Saint Pie V est une des premières gloires de l'Ordre de Saint-Dominique; nous emprunterons donc au Bréviaire de ce saint

5.iS

Ordre les Répons et les Hymnes qu'il consacre à la louange de l'illustre Pontife.

rN UM novus hic ™" lJ Moyses in colle pansis manibus Deum precabatur, ad Naiipaclum Aiiialec Israeli pertidus mari profligatur : * Partaque Victoria Pio revelatur. Alléluia.

f. Dum extcndit virgam Rosarii, demerguntur hostes nefarii. * Partaque Victoria Pio revelatur. Alléluia,

Vf. Ad ceram Agni candidi, a Pio benedicti, captant salutem languidi : resiliunt piroboli : ' Sclopos evadunt icti. Alléluia.

f. Dat farinis incrementa, sedat ignium tormenta : tranquillantur maria. * Sclopos evadunt icti. Alléluia.

1^. Priscos agones martyrum ostentans Ronianorum, ingens edit miraculum : * In turba populorum. Alléluia.

^. Oratori christiano

AU moment ou ce ^' -tv nouveau Moïse priait Dieu, les mains étendues, sur la colline. Amalec si perfide envers Israël était battu sur la mer près de Lépante ; * Et la victoire remportée était révélée à Pie. Alléluia.

f. Il étendit la verge du Rosaire, et les cruels ennemis furent submergés. ' Et la victoire remportée était révélée a Pie. Alléluia.

Vf. Les Agneaux de cire blanche qui ont reçu la bénédiction de Pie apportent la «anté aux malades ; les armes meurtrières reculent devant eux : * Ceux qui les portent évitent l'atteinte du plomb mortel. Alléluia.

f. Leur présence multiplie la farine, arrête la flamme des incendies, apaise la fureur des flots. * Ceux qui les portent évitent l'atteinte du plomb mortel. Alléluia.

7f. Parcourant le cirque où combattirent les anciens martyrs de Rome, il opère un miracle éclatant ' Sous les yeux d'un peuple nombreux. Alléluia.

>. H prend sur le sol du

Saint Pie l\ Pape.

54g

Vatican une poignée dépoussière, et la présente tout imbibée de sang à un ambassadeur chrétien, * Sous les yeux d'un peuple nombreux. Alléluia.

K. Il veut un jour baiser les pieds du Christ sur son crucifix ; mais l'image retire ses pieds, pour conserver la vie au pieux serviteur du Christ ;* Elle refuse de recevoir ses baisers dans l'endroit qu'une main perfidie a souillé de poison. Alléluia.

f. Je ne cherche ma gloire que dans la croix du" Seigneur ; à elle seule je prodigue les marques de mon amour. * L'image refuse de recevoir ses baisers dans l'endroit qu'une main perfide a souillé de poison. Alléluia.

dans e campo Vatican© criientatos pulveres. * In turba populorum. Alléluia.

Ri- Christi plantas osculari fi.xas cruci gestiit ; sed pro vita sui chari pedes ista retrahit : * l'oxico imbutis dari oscula prohibuit. Alléluia.

_f._ Absit mihi gloriari, absit oscula venari, nisi in cruce Domini. * Toxico imbutis dari oscula prohibuit. Alléluia.

QUE l'orgue fasse entendre ses joyeux concerts à Ihonneur de .Pie ; que tous Jes nuages se dissipent devant l'allégresse de ce jour sacré.

Sous le nom de Michel, on le vit terrasser le dragon dans la lutte ; sous le nom de Pie, il sut réprimer l'adversaire impie.

Il fut le bouclier de l'h,-

Pio beato jubilos Canora pangant organa : Nimbosque pellant nubilos Sacrœ diei gaudia.

Hic Michael certamine Fregit draconis impetum : Piique sumpto nomine, Hosiem repressit impium.

Ecclesis pericula

IJrabone firmo depulit Sectariorum spicula Mucrone forti messuit

Zelosus iste Phinecs Sacris sietit pro mœnibus, Ut barbares acinaces Arceret a fidelibus.

Hic disciplinam moribus Cura revexit sedula : Et impiis erroribus Objecit hic rcpagula.

Pii talenta largitas Non vinxit in sudario : Nécessitâtes publicas Toto juvans îerario.

Pater benignus pauperum, Manus habcns tornatiles, Pavit gregcs famelicos EfFusione munerum.

Quœsumus auctor omnium. In hoc paschali gaudio, Ab omni mortis impetu Tuum défende populum.

Amen.

glise dans les périls qui l'assaillaient ; sa forteépée moissonna les sectateurs de l'hcrésic.

Imitateur du zèle de Phinéès, il veilla pour la défense des murs de la cité sainte ; il repoussa les barbares qui allaient envahir le sol chrétien, et détourna le cimeterre que la rage du Turc avait tiré contre les fidèles.

Il rétablit avec sollicitude la règle des moeurs, et opposa une barrière invincible au progrès de la secte impie.

Il ne tint pas renfermées dans ses coÉfres les richesses de l'Etat ; mais il sut épuiser le trésor dans les nécessités publiques.

Père rempli de bonté envers les pauvres, sa main les secourut avec profusion ; par ses largesses il nourrit un peuple que la disette avait réduit à l'extrémité.

Créateur des hommes, daignez, en ces jours remplis des allégresses de la Pàque, préserver votre peuple des assauts de la mort. Amen.

L'Hymne suivante est exposée, près du tombeau de saint Pie V, à Sainte-MarieSaint Pie V, Pape.

Majeure, pour servir d'expression à la piété des pèlerins envers le saint Pape.

LE mépris des hommes pour le culte de Dieu a déchaîné le fléau de !a guerre; la vengeance a suivi le crime, et le chàtmient s'apprête à fondre sur la terre.

Dans le péril où nous sommes, quel autre habitant des deux pourrions-nous invoque, ô Pie, qui soit pour nous d'un secours plus efficace ?

Nul homme, ô bienheureux Pontife, ne s'est dévoué avec plus d'ardeur que toi à procurer sur la terre la gloire du grand Dieu ;

Nul défenseur n'a plus vaillamment détourné le joug auquel les barbares allaient asservir les nations chrétiennes.

Plus puissant encore au ciel, jette un regard sur ceux qui t'implorent ; apaise les discordes entre les citoyens ; repousse les fureurs de l'ennemi.

Obtiens que la terre recouvre les douceurs de la paix ; rendus à la sécurité.

BELLI tumultus ingruit, Cultus Dei contem^ nitur : Ultrixque culpam persequens, Jampœna terris imminet.

Quem nos, in hoc discrimine. Cœlestium de sedibus Prœsentiorem vindicem, Quam te. Pie, invocabimus ?

Nemo, béate Pontifex,

Intensiore robore

Quam tu, superni numinis

Promovit in terris déçus ;

Ausisve fortioribus Avertit a cervicibus, Quod christianis gentibus Jugum parabant barbari.

Majora qui cœlo potes, Tu supplices nunc aspice ; Tu civium discordias Compesce et iras hostiuni.

Precante te, pax aurea Terras révisât, ut Deo Tuti queamus reddere

«i^;

Mox lastiora cantica.

Tibi, beata Trinitas, Uni Deo sit gloria, Laus et potestas omnia Per saeculorum sœcula.

Amen.

nous chanterons d'un cœur plus joyeux nos cantiques à la louange de Dieu.

A vous la gloire, heureuse Trinité, Dieu unique ! à vous honneur et puissance dans les siècles des siècles 1 Amen.

PONTIFE du Dî.eu vivant, vous avez été sur la terre a le mur d'airain, la colonne de « fer 1 », dont parle le Prophète; et votre constance indomptable a préservé de la violence et des embûches de ses nombreux ennemis le troupeau qui vous avait été contié. Loin de désespérer à la vue des dangers, votre courage s'est élevé comme la digue que Ton bâtit toujours plus haute, à mesure que les eaux de l'inondatian arrivent plus menaçantes. Par vous les flots envahissants de l'hérésie se sont enfin arrêtés ; par vous l'invasion musulmane a été refoulée, et l'orgueil du croissant abaissé. Le Seigneur vous lit l'honneur de vous choisir pour être le vengeur de sa gloire et le libérateur du peuple chrétien ; recevez, avec nos actioïis de grâces, rhommage de nos humbles félicitations. Par vous l'Eglise, au sortir d'une crise terrible, recouvra sa beauté. La vraie reforme, celle qui s'accomplit par l'autorité, fut appliquée sans faiblesse par vos mains aussi fermes qu'elles étaient pures. Le culte divin, renouvelé par la publication des livres de la sainte Liturgie, vous dut son progrès et sa restauSaint Pie V, Pape. 553

ration ; et tant d'œuvres si fécondes s'accomplirent dans les six années de votre court et laborieux pontificat.

Maintenant, ô saint Pontife, écoutez les vœux de l'Eglise militante dont les destinées furent un moment déposées entre vos mains. En mourant vous imploriez pour elle, au nom du Sauveur ressuscité, la protection contre les périls auxquels elle était encore exposée; voyez à quel état le débordement de l'erreur a réduit de nos jours la chrétienté presque tout entière. Pour faire face à tous les ennemis qui l'assiègent, l'Eglise n'a plus que les promesses de son divin fondateur ; tous les appuis visibles lui manquent à la fois; il ne lui reste plus que les mérites de la souffrance et les ressources de la prière. Unissez, 6 saint Pontife, vos supplications aux siennes, et montrez que vous aimez toujours le troupeau de votre Maître. Protégez dans Rome la Chaire de votre successeur, en butte aux plus violentes et aux plus astucieuses attaques. Les princes et les peuples conspirent d'accord contre le Seigneur et contre son Christ ; déjouez les projets d'une usurpation sacrilège, d'une impiété qui prétend faire mentir"^ les oracles divins. Détournez les tîéaux qui menacent l'Europe si ingrate envers sa mère, si indifférente aux attentats commis contre celle à qui elle doit tout. Illuminez les aveugles, confondez les pervers; obtenez que la foi éclaire enfin tant d'intelligences égarées qui

Erennent l'erreur pour la vérité ] les ténères pour la lumière. Au milieu de celte nuit si sombre et si

554 L^ Temps Pascal.

menaçante, vos regards, 6 saint Pontife, discernent les brebis tidclcs; bénissez-les, soutenezTles, accroissez leur nombre. Attachez-les au tronc de l'arbre qui ae peut périr, arin qu'elles ne soient pas dispersées par la tempête. Rendez-les toujours plus tidèles à la toi et aux traditions de la sainte Eglise : c'est leur seule force au milieu de ces courants d'erreur qui menacent de tout entraîner. Maintenez toujours dans l'unité sacrée nos Eglises de France, qui ont donné au monde un si noble exemple de rîdélité à l'esprit catholique, en répudiant les œuvres malheureuses d'une époque de confusion, pour embrasser de nouveau les rites que vous aviez sanctionnés de votre autorité suprême. Conservez à l'Eglise le saint Ordre dans lequel vous fûtes élevé pour de si hautes destinées ; propagez dans son sein la race de ces hommes puissants en œuvres et en paroles, zélés pour la foi et pour la sanctification des âmes, tels que nous les admirons dans ses annales, tels que nous les vénérons sur les aut:;ls. Entin, souvenez-vous, ô Pie, que vous avez été le Père du peuple chrétien, et continuez d'exercer encore cette noble prérogative sur la terre, par votre puissante intercession, jusqu'à ce que le nombre des élus soit arrivé à son complément.

CXlX ftlA CXUL. CtlA CtiA CtlA CtlJ. ftuU ftlA CZU, CXU. CvlA

EAN. le disciple bien-aimé, que nous avons vu près du berceau de l'entant de Bethléhem, reparaît en ce jour sur le Cycle pour faire sa cour au glorieux triomphateur de la mort et de l'enfer. Couvert de la pourpre du mart^-re, il marche d'un pas égal avec Philippe e't Jacques, dont la double palme a réjoui nos regards au début de ce mois si fécond en héros.

Dans son ambition maternelle, Salomé avait un jour présenté ses deux lils à Jésus, demandant pour eux les deux premières places de son royaume. Le Sauveur avait alors parlé du calice qu'il devait boire, et prédit qu'un jour ces deux disciples le boiraient à leur tour. L'aîné, Jacques le Majeur, a le premier donné à son Maître cette marque de son amour ; nous célébrerons sa victoire sous le signe du Lion ; Jean, le plus jeune, a été appelé aujourd'hui à sceller de sa vie le témoignage qu'il a rendu à la divinité de Jésus.

Mais il fallait au martyre d'un tel Apôtre un théâtre digne de lui. L'Asie-Mineure, évangélisée par ses soins, n'était pas une contrée assez illustre pour porter dignement la gloire d'un tel combat. Rome seule, Rome

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