L'Année liturgique — Le Temps Pascal (t. 7-9) (page 9)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 7-9, éd. 1911 (OCR) · 18 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

I munere hic vitîe ejus ténor perpetuus fuit. Quotidie Missam summo mane cum cantu celebravit, quotidie ad populum concionem habuit, inviolabile semper jejunium, nisi urgens adesset nécessitas, servavit ; sancta et recta consilia nullisdenegavit, carnes numquam comedit. nec vestem lineam induit, populorum jurgia sedavit, dissidentia régna pace composuit ; et cum vestis inconsutilis EcclesiîE diro schismate scinderetur, ut uniretur, et unita servaretur, plurimum laboravit, Virtutibus omnibus claruit. suosque detractores et persecutores, in simplicitate ; et humilitate ambulans, cum mansuetudine recepit et amplexus est.

3."^ s

PER ipsum divina virîus. in confirmationcm vitae et praedicationis ejus. multa signa et miracula fecit. Nam frequcntissime super œgros manus imposui*, et sanitatem adepti sunt : spiritus •mmundos e corporibus expulit ; surdis auditum, muiis loquelam , caecis visum restituit ; Icprosos mundavit, mortuos suscitavit. Senio tandem et morbo confectus infatigabilis Evangelii prœco, plurimis Europae provinciis cum ingenti animarum fractu peragratis, Venetia: in Britannia minori, prsedicationis et vitae cursum féliciter consummavit, anno salutis millesimo quadringentesimo decimo nono, quem Calixtus Tertius Sanctorum numéro adscripsit.

Le Bréviaire de l'Ordre des Frères-Prêcheurs célèbre saint Vincent Ferrier par de magnifiques éloges. Nous lui emprunterons quatre Répons" et une Antienne, afin de louer plus dignement Tillustre prédicateur.

LA puissance divine opéra par lui beaucoup de signes et de prodiges en confirmation de la sainteté de sa vie et de sa prédication. Souvent, par l'imposition de ses mains sur les malades, il leur rendit la santé ; il chassa les esprits immondes du corps des possédés, rendit l'ouïe aux sourds, la parole aux muets , la vue aux aveugles ; il guérit les lépreux, et ressuscita des morts. Enfin, accablé de vieillesse et de maladie, après avoir parcouru plusieurs pays de l'Europe avec un grand profit pour les âmes, cet infatigable héraut de lEvangile acheva le cours de sa prédication et de sa vie à Vannes en Bretagne , l'an du salut mil quatre cent dix-neuf. Il fut mis au nombre des Saints par Calixte III.

'■ O ac rector gentium, in vespere labentis s^eculi. novum vatem misit Vinccniium, christiani

TE Père souverain,

/■ L celui qui gouverne

les peuples, sur le soir du

monde qui s'afTaisse, a envoyé

\'incent, comme un nouveau

Saint Vincent Février, Confesseur. 33g

prophète chargé d'instruire le peuple chrétien ; Vincent annonce que le jugement de Dieu est proche, ' Ce jugement que tous les hommes doivent voir de leurs yeux.

'p. II s'écrie souvent : Craignez Dieu ; l'heure de son jugement est arrivée ; * Ce jugement que tous les hommes doivent voir de leurs yeux.

^. Marchant à la suite du Christ par la voie difficile, il s'éloigna des plaisirs terrestres : il fit briller l'éclat de la vérité ; il dissipa les ténèbres de l'erreur ; * Il resplendit dans les régions de l'Occident, et tout l'univers retentit de sa renommée.

f. Sa doctrine éclatait comme un soleil ; sa parole était ardente comme la flamme. * Il resplendit dans les régions de l'Occident, et tout l'univers retentit de sa renommée.

'Bf. La nuit il s'appliquait aux lettres sacrées, veillant dans la contemplation ; au matin, comme un bel astre, il lançait les rayons de la doctrine ; * Le soir, il appliquait à tous les maux un remède salutaire.

f. Pas une heure de sa vie ne s'écoulait, sans qu'il l'eût remplie par quelque action sainte. * Le soir, il appliquait

magistrum populi : refert instare Dei judicîum, * Quod spectabunt cunctorum oculi.

f. Timete Deum, clamât saîpius : venit hora judicii ejus. * Quod spectabunt cunctorum oculi.

^ Christi viam secutus arduam , a terrenis procul illecebris, veritatem reddit conspicuam, profligatis errorum tenebris : * Oram illuminât occiduam , toto factus in orbe celebris.

f. Cujus doctrina sole gratior, sermo erat flammis ardentior. ' Oram illuminât occiduam, toto factus in orbe celebris.

^. Nocte sacris incumbens litteris, contemplatur vigil in studio: mane pulchri ad instar sideris. miro lucet doctrinae radio : * Morbos omnis vespere generis salutari peliens remedio.

f . Nulla prjeterit hora temporis, qua non recti quid asat operis. * Morbos omnis vespere gèneLe Temps Pascal.

ris salutari pellens remedio.

^. Verba perennis vitae proferens, animos inflamimt adstantium : pectoribus humanis inserens amorem donorum cœlestium, de virtutibus alta disserens ; ' Fr^-çnare docet omne vitium.

^. lllum avida turba sequitur . dum hoc ore divino loquitur. * Fr.T- nare docet omne vitium.

Ant. Qui prophetico fretus lumlne . mira de mundi fine docuit ; in occiduo terrîe cardine, ut sol Vincentius occubuit: et septus Angelorum agmine, lucidas cœli sedes tenait.

à tous les maux un remède salutaire.

J^. Proférant les paroles de réternelie vie, il enflammait l'àme de ses auditeurs ; il faisait pénétrer dans le cœur des hommes l'amour des dons célestes ; traitant des vertus avec une science profonde. ' Il enseignait à dompter tous les vices.

f. Une foule avide de l'entendre le suivait, lorsqu'il s'énonçait de sa bouche divine. * Il enseignait à dompter tous les vices.

Ant. Rempli d'un esprit prophétique, Vincent parla merveilleusement sur la fin du monde ; comme un soleil, il se coucha a l'Occident de la terre . et escorté d'une troupe d'Anges, il monta aux lumineuses demeures du ciel.

QUE votre voix fut éloquente, ô Vincent, lorsqu'elle vint troubler rassoupissement des hommes, et leur fit éprouver les terreurs du grand jugement ! Nos pères entendirent cette'voix; ils revinrent à Dieu, et Dieu leur pardonna. Nous aussi, nous nous étions endormis, lorsque l'Eglise, à l'ouverture du Carême, troubla notre sommeil en marquant de la cendre nos fronts coupables, et en nous rappelant l'irrévocable sentence de mort que Dieu a prononcée sur nous.

Dans le cours de la sainte Quarantaine, nous avons réHcchi sur nos tins dernières, et

Saint Vincent Février, Confesseur. 341

la méditation des jugements de Dieu nous a éclairés. Nous avons vu ensuite passer sous nos yeux le divin Rédempteur chargé de sa croix, et nos cœurs ébranlés d'abord ont été touchés et convertis. Sa mort a été notre vie, st nous sommes entrés en partage de sa Résurrection. Priez, ô Vincent, atin'que nous ne mourions plus, atin que la trompette de l'Ange du jugement,lorsqu'elle retentira, nous trouve dans une heureuse attente du second avènement de notre Emmanuel, Nous avons commencé par la crainte; obtenez que l'espérance qui la remplace en ce moment se maintienne en nous, et qu'elle soit toujours justiliée par nos œuvres.

Ami des âmes, nous remettons entre vos mains l'œuvre de notre persévérance. Priez aussi, 6 Vincent, pour l'Espagne qui vous donna le jour, et au sein de laquelle vous avez puisé la foi, la profession religieuse et le sacerdoce ; mais souvenez-vous de la France, votre seconde patrie, que vous avez évangélisée avec tant de fatigues et de succès ; souvenez-vous de la catho^lique Bretagne, qui garde si religieusement \otre dépouille sacrée. Vous fûtes notre apôtre dans des temps malheureux ; les josjia on nous vivcn^ le sont plus encore : daignez, du haut du ciel, vous montrer toujours notre tidc protecteur.

"un des plus grands noms des fastes de l'Eglise apparaît aujourd'hui sur le Cycle. Léon, Pontife et Docteur, se lève à l'horizon pascal, et vient attirer notre admiration et notre amour. Son nom seul appelle déjà l'enthousiasme. Il est le Lion, selon la signitication de son nom, le Lion de la sainte Eglise, reproduisant ainsi en sa personne l'un des plus nobles titres de notre divin Ressuscité. Déjà, dans la suite des siècles, treize pontifes ont porté ce même nom, et cinq d'entre eux sont inscrits au catalogue des Saints ; mais nul ne l'a rendu plus glorieux que l'illustre personnage que nous fêtons aujourd'hui : aussi est-il "appelé Léon le Grand.

Il a mérité ce titre par ses nobles travaux pour éclairer la foi des peuples sur le sublime mystère de l'Incarnation du Fils de Dieu. La sainte Eglise avait triomphé des hérésies qui s'étaient'attaquées au dogme de la Trinité; les efforts de l'enfer se portèrent alors contre le dogme du Dieu fait homme. Un évcque de Constantinople, Nestorius, osa nier l'unité de personne en Jésus-Christ, et séparer en lui le Dieu de l'homme. Le conciled'Ephèse foudroya cette erreur qui anéantissait la Rés. Léon, Pape et Docteur de l'Église. 343

demption. Une nouvelle hérésie, opposée à la première, mais non moins destructive du christianisme, ne tarda pas à s'élever. Le moine Eutychès soutint que dans l'Incarnation la nature humaine avait été absorbée par la nature divine, et cette erreur s'étendait avec une effrayante rapidité. L'Eglise sentit le besoin d'un docteur qui résumât avec précision et autorité le dogme qui fait le fondement de nos espérances. Léon se leva alors, et du haut de la chaire apostolique où l'Esprit-Saint l'avait fait asseoir, il proclama avec une éloquence et une clarté sans égales la formule de la foi antique, toujours la même, mais resplendissante d'un éclat nouveau. Un cri d'admiration partit du sein même du Concile œcuménique de Chalcédoine, rassemblé pour condamner le système impie d'Eutychès. a Pierre a parlé par la « bouche de Léon ! » s'écrièrent les Pères ; et quatorze siècles n'ont pas effacé dans l'Eglise d'Orient, comme nous le verrons tout à l'heure, l'enthousiasme qu'excitèrent les enseignements préparés par Léon pour l'Eglise entière.

L'Occident, en proie à toutes les calamités de l'invasion des barbares, voyait s'écrouler les derniers débris de l'empire, et Attila, le Fléau de Dieu, était déjà aux portes de Rome. La barbarie recula devant la majesté de Léon, comme l'hérésie se dissipait devant l'autorité de sa parole Le chef des Huns, qui avait fait céder les plus formidables remparts, conféra avec le Pontife sur les bords du Mincio, et il prit l'engagement de ne pas entrer dans Rome. Le calme et la dignité de

."^d-t- Le Temps Pascal.

Léon, qui affrontait sans défense le plus redoutable des vainqueurs de TEmpire, et exposait sa vie pour son troupeau, avaient ébranlé le barbare. En mcmc temps son œil apercevait dans les airs l'apotre Pierre, sous les traits d'un auguste personnage qui protégeait l'intercesseur de Rome. Dans le cœur d'Attila la terreur vint en aide à l'admiration. Moment sublime, où tout un monde nouveau se révèle ! le Pontife désarmé affrontant les violences du barbare, le barbare ému à la vue d'un dévouement qu'il ne comprend pas encore, le ciel intervenant pour aider cette nature féroce à s'incliner devant la force morale. L'acte de dévouement accompli par Léon exprime dans un seul trait ce que plusieurs siècles virent s'opérer dans l'Europe entière ; mais Lauréole du Pontife n'en est que plus éclatante.

Afin qu'aucun genre de gloire ne manquât à Léon, l'Esprit-Saint l'avait doué d'une éloquence que l'on pourrait appeler papale, tant elle est empreinte de majesté et de plénitude. La langue latine expirante y retrouve des accents et "un tour qui rappellent parfois l'âge de sa vigueur ; et le dogme chrétien, formulé dans un style pompeux et nourri de la plus pure sève apostolique, y resplendit d'un merveilleux éclat. Léon a célébré, dans ses mémorables discours, le Christ sortant du tombeau, et conviant ses fidèles à ressusciter avec lui. Il a caractérisé entre autres la période de l'Année liturgique que nous parcourons en ce moment, quand il a dit ; a Les a jours qui s'écoulèrent entre la résurrection <i du Seigneur et son Ascension, ne furent

s. Léon, Pape et Docteur de VÉfrlise. .^4:

a pas des )ours oisifs ; car c'est alors que « furent confirmés les Sacrements et révélés o: les grands mystères '. »

Lisons maintenant le récit que la sainte Eglise a consacré à l'honneur de saint Léon dans l'Office d'aujourd'hui.

I ÉON I'% Toscan, gouverna

*- l'Eglise au temps où Attila, roi des Huns, surnommé le Fléau de Dieu, ayant envahi l'Italie, pilla et brûla la ville d'Aquilée, qu'il prit après un siège de trois ans. Entraîné ensuite sur Rome par une ardente fureur, il se préparait déjà à faire

traverser à ses troupes l'en droit où le Mincio décharge ses eaux dans le Pô, lorsque Léon, touché des maux dont l'Italie était menacée, alla au-devant de lui, et par une éloquence toute divine persuada au barbare de revenir sur ses pas. Attila interrogé par les siens pourquoi, contre sa coutume, i! obéissait avec tant de soumission aux ordres du Pontife romain, répondit que pendant que Léon lui parlait, il avait vu près de lui un homme revêtu d'habits sacerdotaux, se tenant debout avec une épée nue et le menaçant de mort, s'il n'obéissait à Léon. C'est pourquoi il s'en retourna en Pannonie.

LEO Primus, Etruscus, eo tempore praefuit Ecclesiae, cum rex Hunnorum Attila, cognomento Flagellum Dei, in Italiam invndens, Aquileiara triennii obsidione captam diripuit et incendit : unde cum Romamardenti furore raperetur, jamque copias ubi Mincius in Padum influit, trajicere pararet, occurrit ci Léo malorum Italiœ impendentium misericordia permotus : cujus divina eloquentia persuasum est Attila?, ut regrederetur. Qui interrogatus a suis, quid esset quod praeter consuetudinem tam humiliter romani Pontificis imperata faceret, respondit se adstantem quemdam alium, illo loquenic, sacerdotali habitu veritum esse, sibi stricto gladio minitantem mortem, nisi Leoni oblemperaret. Quare in Pannoniam reversus est.

Sermo Lxxni.

LEO autem Romas singulari omnium laetitia exceptus, paulo post invadenti Urbem Genserico, eadem eloquentia» vi et sanctitatis opinione persuasit. ut ab incendie, ignominiis, ac ca?dibus abstineret. Sed cum Ecciesiam a multis hercsibus oppugnari, maximeque a Nestorianis, et Eutychianis exagitari videret ; ad eam purgandam. et in fide Catholica confirmandam . Concilium Chalcedonense indixit. TJbi sexcentis triginta coactis Episcopis, Eutyches, et Dioscorus, et iterum Nestorius condamnât! sunt : ejusdemque Concilii décréta sua auctoritate confirmavit.

His actis, sanctus Pontifex se ad reficiendas et œdificandas Ecclesias convertit. Cujus suasu Demetria, pia femina, sancti Stephani Ecclesiam construxit in suo fundo via Latina, tertio ab Urbe railliario : ipse via Appia sub nomine sancti Cornelii alteram condidit. Multas prseterea et sacras œdes et sacra earum vasa restituit. In tribus basilicis, Pétri, Pauli, et ConstanLÉON fut reçu à Rome avec une joie singulière par toute la population. Peu après. Genséric ayant envahi la ville, il lui persuada par son éloquence et obtint par l'estime que le barbare taisait de sa sainteté, que l'on épargnerait l'incendie, les violences et les meurtres. Voyant l'Eglise attaquée par plusieurs hérésies, et troublée principalement par les Nestoriens et par les Eutychiens, et voulant la purger de ces erreurs et l'affermir dans la foi catholique, il convoqua le Concile de Chalcédoine, où se trouvèrent réunis six cent trente évéques. Eutyches, Dioscore, et pour la seconde fois Nestorius y furent condamnes, et Léon confirma par son autorité les décrets de ce Concile.

LE saint Pontife s'appliqua ensuite à la réparation et à la construction des églises. Ce fut par son conseil qu'une pieuse femme nommée Démétria bâtit sur ses possessions l'Eglise de Saint-Etienne, sur la voie Latine, à trois milles de Rome ; lui-même en éleva une sur la voie Appienne, sous le nom de saint Corneille. Il en répara en outre plusieurs autres, et tit refair» les vases sacrés pour leur usage. Il fit construire des voûtes dans les trois basiliques de Saint-Pierre, de Saint-Paul et dans la Constantinienne. Il bâtit un monastère près de la basilique de Saint-Pierre, et il établit aux tombeaux des Apôtres des gardiens, auxquels il donna le nom de Cubiculaires II ordonna d'ajouter au Canon de la Messe, ces mots : Sacrifice saint, Hostie sans tache. Il décréta aussi que l'on ne donnerait aux religieuses le voile sacré qu'après qu'elles auraient gardé la virginité jusqu'à quarante ans. Ayant fait encore beaucoup de choses avec piété et éloquence, il s'endormit dans le Seigneur, le trois des ides d'avril. Il fut assis sur la chaire pontificale vingt ans, dix mois et vingt-huit jours.

L'Eglise grecque, dans ses Menées, consacre à saint Léon un solennel Office, auquel nous empruntons les strophes suivantes. Composées avant le schisme, elles expriment l'antique foi de l'Eglise de Constantinople dans la primauté du Pontife romain, et montrent d'une manière irréfutable que ce ne sont pas les Latins qui ont changé la foi. Les Grecs célèbrent la mémoire de saint Léon le dixhuit février.

tiniana. caméras exstruxit • aedificavit monasterium vicinum basilicse sancti Pétri ; sepulcris Apostolorum custodes adhibuit, quos Cubicularios appellavit. Statuit, ut in actione mysterii diceretur, Sanctum sacrificium, immaculatam hostiam. Sancivit, ne Monacha benedictum capitis velamen reciperet, nisi quadraginta annorum virginitatem probasset. His et aliis préeclare gestis, cum multa sancte et îuculenter scripsisset , tertio idus aprilis obdormivit in Domino. Sedit in Pontificatu annos viginti, m.enses decem, dies viginti octo.

EURELX Pontife Léon, tu as ett pagnon des Pontifes tideles

11 Léon, tu as ete le comFELIX Pontifex, Léo inclyte, fidelibus Sacerdotibus et MartyriLe Temps Pascal.

bus consors eflectus es ; invictus cnim in pracliis apparuisti, et immobilis ul turris et arx pietatis ; orlhodoxissime et sapientissime Domini ineffabilem generaiionem pra?dicasti.

Orthodoxi.T rector, pietatis magisier et sanclitatis, universae terra? lumen , orthodoxorum Deo inspirata gloria, sapiens Léo, tuis doctrinis omnes illuminasti, lyra Spiritus Sancti.

Pnncipis Apostolorum Pétri calhedrae hîeres factus, Ecclesiae prîefuisti ; iilius mente prsditus,.et zelo pro fide intîammatus.

Splendidissimo iumine refulgens, sancte Léo. ineffabilis et divinœ incarnationis sermonem clarescere fecisti, duplicem prasdicans naturam, etduplicem incarnati Dei voluntaiem.

Divinis resplendens dogmalibus, fulgorem orthodoxiaî undique sparsisti, et haereseos lenebras dispulisti ; et vita discedens, o béate, lumen quod vesperam nescit inhabitas.

Filium unicum Christum et Dominum, ante sœcula ex Pâtre geniium, et propter nos ex Virgine

et des Martyrs ; invincible dans les combats, tu tes montré inébranlable comme la tour et la citadelle de la religion ; dans ton orthodoxie et ta science, tu as proclamé l'ineffable génération du Seigneur.

Recteur de l'orthodoxie, docteur de la piété et de la sainteté, flambeau de la terre tout entière, inspiré de Dieu, gloire des vrais fidèles, sage Léon, lyre du Saint-Esprit, tu as éclairé tous les hommes par ta doctrine.

Héritier de la Chaire dt Pierre, comme lui tu as présidé à l'Eglise entière ; son esprit a été en toi, et son zèle t'enflammait pour la foi.

Eclatant d'une splendide himièr'' es saint Léon, tu as éciairci le mystère de l'ineffable et divine incarnation, proclamant la double nature et la double volonté du Dieu fait chair.

Tout resplendissant de la science divine, tu as lancé partout les rayons de l'orthodoxie ; api es avoir dissipé les ténèbres de l'hérésie, tu as quitté cette vie, 6 bienheureux, et tu habites la lumière qui ne connaît pas de couchant.

Par ta prédication merveilleuse, tu nous as montré le Christ Fils unique et Seigneur, engendré du Père

s. Léoii, Pave et Docteur de VÉf^Use- 34q

avant les siècles, né pour nous de la V'ierge, et apparaissant sur la terre semblable à nous, ô ministre inspiré des divins mystères !

Assis glorieux sur le trône du pontificat, tu as fermé la .gueule des lions ; en proclamant le dogme sacré de l'adorable Trinité, tu as fait briller aux yeux de ton troupeau la lumière de la connaissance de Dieu ; c'est pour cela que tu as été glorifié comme un divin Pontife initié à la grâce de Dieu.

Tu t'es levé de l'Occident, comme un soleil rayonnant • ta science a dissipe le sophisme d'Eutychès qui confondait les deux natures, et celui de Nestorius qui les divisait ; tu nous as appris à adorer un seul Christ en deux natures indivisibles, immuables et sans confusion.

Inspiré de Dieu, tu as ]'résenté comme de nouvelles tables écrites du doigt i!e Dieu ; semblable à Moise apparaissant aux yeux du peuple divin, tu t'es écrié dans l'assemblée des Maîtres vénérables : « Pontifes, célébrez le Christ ; bénissez-le et exaltez-le à jamais. »

Maintenant, à Pontife du Christ, tu portes une couronne éclatante de beauté ; prêtre fidèle, la justice est

natum et nobis similem in terris apparentem, mirabiiitcr praedicasti. o minister mysteriorum Deo inspirate.

Super thronum pontificatus sedens gloriose, et ora leonum obturans, divinis venerandœ Trinitatis dogmatibus, ovili tuo lumen Dei cognitionis splendescere fecisti. Ideo glorificatus fuisti. ut divinus Dei gratis initiatus Sacerdos.

Velut sol omnisplendens ex occidente ortus es, mixtioncm et confusionem Eutychetis sapienler dissipans, et Nestorii divisionem rejiciens ; unum Christum in duabus substantiis indivisibiliter, immutabiliter, inconfuse venerari aocens.

A Deo inspiratus, pietatis praecepta velut in tabulis descriptis figurasti, ut alter Moyses apparens divino populo ; et in venerabilium conventu magistrorum exclamasti : Laudate, Sacerdotes, benedicite ; superexaltate Christum in sïecula.

Nunc coruscas, Sacerdos Christi. pulchritudinis corona decoratus, et ut fidelis sacerdos.

3\^o

justiliam induisti, et in paradiso voliiptalis mirabiliter exsultans, pro ovili tiio Dominum incessantcr doprecare.

Nunc ubi sunt cathedra, throni et cidines Patriarcharum , beatissime Léo, tu etiam Pater dignanter intrasti, ut verus Patriarcha, et fide et gratia circumsplendens : ideo omnes te semper beatificamus.

ton vêtement, et tu tressailles d'une joie ineffable dans le paradis des délices ; daiijne supplier sans cesse le Seigneur pour ton troupeau.

Dans le séjour où sont les sièges, les trônes et les rangs pour les Patriarches, tu as mérité d'entrer comme* un Père, comme un vrai Patriarche, entouré des rayons de la foi et de la grâce, heureux Léon ! et nous proclamons tous l'éternelle félicité qui est ton partage.

GLOIRE soit à VOUS, 6 Christ, Lion de la tribu de Juda, qui avez suscité dans votre Eglise un Lion pour la défendre aux jours où la sainte foi courait de si grands dangers. Vous aviez chargé Pierre de confirmer ses frères ; et nous avons vu Léon en qui Pierre était vivant, remplir cet office avec une autorité souveraine. Nous avons entendu retentir l'acclamation du saint Concile, qui, en s'inclinant devant la doctrine toute céleste de Léon, proclamait le bienfait signalé que vous avez, en ces jours, conféré à votre troupeau, lorsque vous donnâtes à Pierre le soin de paître les brebis comme les agneaux.

O Léon ! vous avez dignement représenté Pierre dans sa chaire. Votre parole apostolique n'a cessé d'en descendre, toujours vraie, toujours éloquente et majestueuse. L'Eglise de votre temps vous honora comme le maître de la doctrine, et l'Eglise de tous les siècles vous reconnaît pour l'un des plus savants docteurs qui aient enseigné la divine Parole.

s. Léon. Pape et Docteur de l'Église. 35 i

Du haut du ciel où vous siégez maintenant, répandez sur nous l'intelligence du divin mystère que vous avez été chaVgé d'exposer. Sous votre plume inspirée, ce mystère s'éclaircit, son harmonie sublime se révèle; et la foi se réjouit de percevoir si distinctement le divin objet auquel elle adhère. Fortifiez en nous cette foi, ô Léon ! Le Verbe incarné est encore blasphémé de nos jours; vengez sa gloire, en nous envoyant de nouveaux docteurs.

Vous avez triomphé de la barbarie, ô noble Pontife ! Attila vous rendit les armes. De nos jours, il s'est levé de nouveaux barbares, les barbares civilisés qui nous vantent comme l'idéal des sociétés celle qui n'est plus chrétienne, celle qui dans ses lois et ses institutions ne confesse plus Jésus-Christ roi de l'humanité, auquel toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre. Oh ! venez à notre secours ; car le mal est monté à son comble. Beaucoup sont séduits, et s'en vont à l'apostasie sans s'en douter. Obtenez que la lumière ne s'éteigne pas totalement chez nous, que le scandale s'arrête enfm. Attila n'était qu'un païen ; les modernes utopistes sont chrétiens, ou du moins quelques-uns voudraient l'être ; prenez pitié d'eux, et ne permettez pas qu'ils soient plus longtemps victimes de leurs illusions.

En ces jours de la Pàque qui vous rappellent, 6 Léon, les labeurs de votre ministère pastoral, alors qu'entouré de vos néophytes vous les nourrissiez de vos immortels discours, priez pour les fidèles qui, dans cette même solennité, sont ressuscites avec JésusJ?5 2 Le Temps Pascal.

Christ. Ils ont besoin de connaître de plus en plus ce divin Sauveur de leurs âmes, afin de s'attacher à lui et de ne plus jamais s'en séparer. Révélez-leur tout ce qu'il est, et dans sa nature divine et dans sa nature humaine : comme Dieu, leur fin dernière, et leur juge après cette vie ; comme homme, leur frère, leur Rédempteur et leur modèle. O Léon ! bénissez, soutenez votre successeur sur la Chaire de Pierre, et montrez-vous en ces jours l'appui de cette Rome dont vous avez célébré avec tant d'éloquence les saintes et éternelles destinées.

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SAINT IllZKÎVIliNliGlLDl^, MARTYR.

'e mystère de la Paque nous apparaît aujourd'hui à travers les palmes d'un Martyr. Herménégilde, jeune prince visigoth, est immolé par Tordre d'un père que Thérésie aveugle ; et la cause de son trépas est la constance avec laquelle il a repoussé la communion pascale qu'un évèque arien voulait le contraindre à recevoir de ses mains. Le martyr savait que la divine Eucharistie est le signe auguste de l'unité catholique, et qu'il n'est pas permis de participer à la chair de notre Agneau pascal avec ceux qui ne sont pas dans la véritable Eglise. Une consécration sacrilège peut mettre les hérétiques en possession du divin Mystère, si le caractère sacerdotal existe en celui qui a osé franchir la barrière de l'autel du Dieu qu'il blasphème ; mais le catholique qui sait qu'il ne lui est pas même permis de prier avec les hérétiques, tremble à la vue du Mystère profané, et s'éloigne pour ne pas faire outrage au Rédempteur jusque dans le Mystère qu'il n'a établi que pour s'unir à ses fidèles.

Le sang du martyr fut fécond. L'Espagne asservie à l'erreur secoua ses chaînes; un concile tenu à Tolède consomma la réconciliation que la sainte victime avait commencée.

Le Temps Pasc>^l.

Ce fut un spectacle sublime et rare dans les siècles de voir une nation entière se lever pour abjurer Thérésie ; mais cette nation a été bénie du ciel. Soumise bientôt à la terrible épreuve de l'invasion sarrasine, elle sut en triompher par ses armes, et sa foi toujours pure depuis lui a mérité le plus beau des titres pour un peuple, celui de Catholique.

La sainte Eglise lit aujourd'hui, à l'Office de la nuit, le récit contemporain que saint Grésoire nous a laissé du martvre de saint

Ex libro Dialogorum sancti Gregorii Papa-.

Leovigildi régis Visigothorum filius, ab ariana haeresi ad fidem catholicam, viro reverendissimoLeandro Hispalensi episcopo , dudum mihi in amicitiis familiariter juncto. pra?- dicante, conversus est. Quem pater arirnus, ut ad eamdem hœresim rediret. et praemiis suadero. et minis terrere conatus est. Cumque ille constantissime responderet, numquam se veram fidem posse relinqucre, quam semel agnovisset : iratus pater eum privavit regno, rebusque exspoliavit omnibus. Cumque nec sic viriuteia mentis illius

Du livre des Dialogues de saint Grégoire, Pape.

LE roi Herménégilde, fils de Leovigilde, roi des Visigoths. fut converti de l'hércsie arienne à la foi catholique par les instructions du vénérable Léandre, évéque de Séville, avec lequel je suis lié depuis longtemps d'une étroite amitié. Son père demeuré arien fit tout >OQ possible, par caresses et par menaces, pour le faire retomber dans l'hérésie. Mais Herménégilde ayant répondu avec constance que jamais il n abandonnerait la vraie foi qu'il avait enfin connue, son père irrité le priva de j-es droits au trône, et le dépouilla de tous ses biens. Le jeune roi conçut alors un grand dégoût duroyaume terrestre, et se mit a désirer ardemment

Saint Herménégilde, Martyr. 355

celui du ciel. Déjà chargé de chaînes, il se couvrit d'un cilice; il demanda au Dieu tout-puissant la force qui lui était nécessaire, et il regarda désormais les pompes de ce monde qui passe avec d'autant plus de mépris, qu'il reconnaissait par sa captivité même le néant d'une gloire qui avait pu lui être ravie dum se, preces effundere ;

emollire valuisset ; in arcta illum custodia concludens, collum manusque illius ferre ligavit. Cœpit itaque Hermenegildus rex juvenis terrenum regnum despicere, et forti desiderio cœleste quaerens, in ciliciis vinculatus jacens, omnipotenti Deo, ad confortanntoque sublimius gloriam

transeuntis mundi despicere, quanto et religatus agno verat nihil fuisse, quod potuerit auferri.

LA fête de Pâques étant survenue, son perfide père lui envoya, durant le silence de la nuit, un évêque arien, afin qu'il reçût des mains de cet évêque la communion eucharistique, que celui-ci ne pouvait lui conférer que par un sacrilège, et qu'il rentrât ainsi dans les bonnes grâces du roi.^ Mais Herménégilde tout dévoué à Dieu, voyant venir l'évèque arien, lui parla comme il devait, et repoussa par de justes reproches la perfidie. qu'il venait lui proposer ; car quoique étendu par terre sous le poids de ses chaînes, il n'en conservait pas moins tout le calme et toute l'élévation de son âme. L'évèque étant retourné auprès du père, ce prince arien frémit de rage, et envoya sur-le-champ quelquesuns de ses officiers chargés de faire périr ce très fidèle

SUPERVENIENTE autem Paschalis festivitatis die , intempestcc noctis silentio, ad eum perfidus pater arianum episcopum niisit, ut ex ejus manu sacrilegœ consecrationis communionemperciperet, atque per hoc ad patris gratiam redire mereretur. Sed vir Deo deditus, ariano episcopo venienti exprobravit ut debuit, ejusque a se perfidiam dignis increpationibus repulit : quia etsi exterius jacebat ligatus, apud se tamen in magno mentis culmine stabat securus. Ad se itaque reverso episcopo, arianus pater infremuit. statimque suos apparitores misit. qui constantissimum confessorem Dei , illic ubi jacebat, occiderent ; quod et factum est. Nam

mox ut ingressi sunt securim cercbro ejus infijfentes, vitam corporis abstulerunt, hocque in eo valuerunl perimere. quod ipsum quoque qui pcremptus est. in se constilerat despe\isse. Sed pro ostendenda vera ejus gloria, supcrna quoque non defuere miracula. Nam cœpit in nocturno silentio psalmodiœ cantus ad corpus cjusdem legis et martyris audiri, atque ideo veraciter régis, <^uia et martyris.

OriD.AM etiam ferunt. quod illic nocturno tempore accensas lampades apparebant. Undï et factum est, quatenus corpus illius, ut videlicet niartvris, jure a cunctis fidelibus venerari debuisset. Pater vero perfidus et parricida commotus pœnitentia. hoc fecisse se doluit, nec tamen usque ad obtinendam salutem pœnituit. Nam quia vera esset Catholica fides agnovit. sed gentis suœ timoré perterritus, ad hanc pervenire non meruit. Qui oborta a?gritudine, ad cxtrema perductus .st. et Leandro episcopo, quem prius vehemcnicr a Hl i x c r a t.

confesseur de Dieu dans sa prison : ce qui fut exécuté. Etant entrés, ils lui fendirent la tête d'un coup de hache ; mais en lui ôtant ainsi la vie du corps, ils ne purent atteindre en lui que ce qu'il avait lui-même méprisé. Bientôt des miracles célestes éclatèrent pour manifester la véritable gloire dont il jouissait ; car le silence de la nuit fut tout à coup interrompu par des chants harmonieux qui retentissaient prés du corps de ce roi martyr, d'autant plus véritablement roi qu'il était martyr.

QUELQfEs-L'NS rapportenr que des lampes allumées parurent aussi durant la nuit autour du corps ; ce qui porta tous les fidèles à le révérer comme celui d'un martyr. Le père infidèle et parricide se sentit enfin touché de repentir, et regretta sa faute ; mais ce regret n'alla pas jusqu'à lui faire obtenir le salut. Ii reconnut que la foi catholique était la véritable ; mais la crainte que lui inspirait sa nation l'empêcha de la professer. Une maladie lui étant survenue, et se trouvant réduit à l'extrémité, il recommanda à l'évéque Léandre. qu'il avait vivement persécuté autrefois, le roi Roccarède son fils qu'il laissait dans son hérésie, afin que par

Saint Herménégllde, Martyr. 35y

ses instructions il rendit à ce prince le même service qu"à son frère. Après avoir fait cette recommandation, Lcovigilde mourut ; et après sa mort, le roi Reccarède voulant imiter, non son père infidèle, mais son frère le martyr, se convertit de rhérésie arienne, et ramena si complètement à la vraie foi toute la nation des Visigoths, qu'il refusa d'admettre ''ans ses armées quiconque oserait se déclarer ennemi de Dieu en professant l'hérésie. 11 ne faut pas s'étonner qu'il soit devenu ainsi le prédicateur de la foi catholique, ce prince qui était le frère d'un martyr, par les mérites duquel il est aidé en ce moment même pour ramener tant d'âmes au sein du Dieu tout-puissant.

Reccaredum regem filium suum, quem in sua haeresi relinquebat, commendare curavit, ut in ipso quoque talia faceret, qualia et in fratre suis exhortationibus fecisset. Qua commendatione expleta defunctus est. Post cujus mortem, Reccaredus rex non patrem perlidum, sed fratrem martvrem sequens, ab arianas hœreseos pravitate conversus est, totamque V'isigothorumgentem ita ad veram perduxit fidem, ut nuUum in suo regno militare permitteret, qui regni Dei hostis existere per hœreticam pravitatem non timeret. Nec mirum quod verae fidei prœdicator factusest, qui frater est martyris : cujus hune quoque mérita adjuvant, ut ad omnipo - tentis Dei gremium tam multos reducat.

Le Pape Urbain VIII a composé les deux Hymnes suivantes pour l'Office du saini Martyr; nous les reunissons en une seule sous la même doxologie.

du

de

HERITIER du trône vaillante Ibérie, Hermé«cgilde, tu es en même temps la gloire des martyrs, dont

REGALI solio fortis Iberise Hermenegilde jubar, gloria Martyrum,

Christi quos amor almis Cœli cœtibus inscrit.

Ut perstas patiens, poUicitum Deo Servans obsequium ! quo

potius tibi Nihil proponis, et arecs Cautus noxia, quœ placent.

Ut motus cohibes, pabula qui parant Surgentis vitii, non dubios agens Par vestigia gressus Quoveri via dirigit !

Nullis te geoitor blanditiis trahit, Non vitas caperis divitis

otio, Gemmarumve nitore. Regnandive cupidine.

Diris non acics te gladii minis. Nec terret perimens carnificis furor : Nam mansura caducis Prxfers gaudia cœlitum.

Nunc nos c siiperum protège scdibus, Clemens, atque preces,

dum canimus tua Quaîsitam nece palmam, Pronis auribus excipe.

Sit rerum Domino jugis honor, Patri,

l'amour pour le Christ a recruté les bataillons célestes.

Quelle patience est la tienne ! quelle fidélité dans le service promis à Dieu ! Rien ne l'emporte sur lui à tes yeux, et ta sagesse sait écarter les périlleux attraits qui pourraient entraîner ta faiblesse.

Ta vertu surmonte les passions qui préparent le règne du mal dans les âmes •, dans le sentier de la vérité, tu marches d'un pas assuré.

• Les caresses d'un père ne t'ont pas fléchi ; rien n'a pu amollir ton courage, ni les douceurs d'une vie opulente, ni l'éclat des pierreries, ni l'ambition du trône.

Le tranchant du glaive, la fureur du bourreau, n'ont rien qui t'effraie ; à tes yeux les joies célestes sont préférables au bonheur périssable d'ici-bas.

Maintenant, du haut du ciel, sois-nous propice ; et tandis que nous célébrons la palme, prix glorieux de ton trépas, écoute avec bonté nos prières.

Louange soit à jamais au Père souverain I fidèles, ofSaint Herménégilde, Martyr. 3b q

frez vos humbles vœux à son Fils éternel, et célébrez le divin Esprit dans des cantiques sans fin. Amen.

Kt Natum célèbrent ora

precantium, Divinuinqae supremis Flamen laudibus efferant. Amen.

COURAGEUX témoin de la vérité du Symbole de la foi, Herménégilde, nous vous offrons aujourd'hui nos hommages et nos actions de grâces. Votre mort courageuse a montré l'amour que vous aviez pour le Christ, et votre mépris des honneurs de la terre nous apprend à les mépriser. Né pour le trône, un cachot est devenu votre séjour icibas; et c'est de là que vous êtes parti pour le ciel, le front ceint des palmes du martyre, couronne mille fois plus éclatante que celle qui vous était offerte pour prix d'une honteuse apostasie. Priez maintenant pour nous ; l'Eglise, en inscrivant votre nom sur le Cycle sacré, vous y convie en ces jours. La Pâque fut le jour de votre triomphe ; obtenez qu'elle soit pour nous une véritable Pâque, une complète résurrection qui nous conduise sur vos traces jusqu'à l'heureux séjour où vos yeux contemplent Jésus ressuscité. Rendez-nous fermes dans la foi, dociles à l'enseignement de la sainte Eglise, opposés à toute erreur et à toute nouveauté. Veillez sur l'Espagne votre patrie, qui doit à votre sang versé en témoignage de la vraie foi tant de siècles de pure orthodoxie ; préservez-la de toute défection, afin qu'elle ne cesse jamais de mériter le beau titre qui fait sa gloire.

mmmmmmmmmmn

"iBÉRiEdéputait hier un de sesprinces à la cour du vainqueur de la mort. Avec non moins d'honneur, le Christ admet aujourd'hui dans le cortège de son triomphe un représentant de la science mise au service des intérêts surnaturels. Le manteau des philosophes égale en éclat, sur les épaules de Justin, la pourpre d'Herménégilde ; car tous deux, philosophe et prince, ont teint de leur sang, mêlé à celui de l'Agneau, les vêtements devenus l'insigne de la "gloire dont ils jouissent près de 'lui pour jamais.

Mais ce n'est pas seulement au ciel qu'il nous faut contempler le résultat du combat de ces témoins du Christ ; la propriété du sang des martyrs est de féconder la terre même. Contre' le gré de l'hérésie, du sang royal dHcrménégi'lde est née la catholique Espagne ; le paganisme, en immolant Justin à sa haine, raviva dans le sol romain la vigueur de la féconde semence que Pierre et Paul y avaient déposée. Nous en avons la preuve en ce jour même, où le Cycle sacré ramène également la mémoire des saints Valérien, TÎburce et Maxime : triumvirat glorieux, conquis au Christ par l'immortelle Cécile qui fut, en ces temps, la plus noble expression de la foi romaine défendue par

Saint Justin, Martyr. 3b r

Justin avec tant de science et d'amour ! Quand Cécile naquit, les conférences publiques de Justin avec les adversaires du christianisme remplissaient Rome du bruit de leurs réfutations victorieuses ; ses écrits, qu'il faisait parvenir intrépidement jusqu'au trône impérial, portaient la lumière là même où sa parole n'atteignait pas. Bientôt la hache du licteur, en s'abattant sur la tête de l'apologiste, donna plus de force encore à ses démonstrations que n'avait fait sa logique puissante, lorsqu'une première fois, il avait arrêté la persécution furieuse et dompté l'enfer.

Le monde, en effet, sollicité en sens contraire dans mille écoles célèbres qui semblent prendre à tâche, par leurs contradictions, de rendre la découverte du vrai impossible, le monde, du moins, est en mesure maintenant de savoir où se trouve la sincérité. MarcAurèle, qui vient de succéder à Antonin le Pieux, prétend établir la philosophie avec lui sur le trône ; plaçant l'idéal de toute perfection dans la satisfaction de soi et le dédain pour autrui, il part du scepticisme dogmatique pour établir la loi morale, et livre ses Pensées à l'admiration de quelques courtisans, sans se soucier de réformer les mœurs mêmes de son entourage. Justin, dès son adolescence, a cherché le vrai pour trouver la justice ; sans se laisser décourager par l'inutilité de ses premiers efforts, il n'a point pris prétexte, pour nier la lumière, de ce qu'elle tardait à se montrer ; lorsqu'à l'heure marquée par Dieu la nuit tombe, il dévoue sa vie à la sagesse enfin rencontrée, brûlant de la communiquer à tous, petits et grands, ne

362 Le Temps Pascal.

comptant pour rien les travaux, les supplices mêmes, qui lui permettront de l'aftir - mer solennellement à la face de l'univers. Entre le héros chrétien et le sophiste couronné qui l'envoie à la mort, quel homrrte de bonne foi pourrait hésiter ? Qui, comme Cécile dans son admirable confession, ne déverserait le mépris sur les prétentions de ces faux philosop! es devenus les maîtres du monde, et ne donnant d'autre preuve de leur amour pour la sagesse que le parti-pris d'étouffer la voix de ceux qui la prêchent ?

La philosophie, baptisée dans le sang du converti de Naplouse, est chrétienne pour jamais. Sa désolante stérilité cesse en ce grand jour. Le témoignage du martyre que, servante fidèle entin, elle rend à la vérité, redresse d'un seul coup les écarts monstrueux de ses premiers âges. Sans se confondre avec la foi, elle sera désorniais la noble auxiliaire de cette tille des cieux. La raison humaine verra ses forces décuplées par cette alliance illustre, et produira maintenant des fruits assurés. Malheur à elle toutefois, si, oubliant la consécration sublime qui la voue au Christ, elle en vient un jour à ne plus tenir compte de la divine Incarnation, et prétend se suthre avec les enseignements de la seule nature sur l'origine cie l'homme, la fin de toutes choses et la règle des mœurs ! Cette lumière naturelle qui éclaire tout homme venant en ce monde est, elle aussi, sans doute, un rayonnemçnt du Verbe > ; et c'est là sa grandeur. Mais

Saint Justin, Martyr.

depuis que ce Verbe divin, dépassant l'iionneur fait à la seule raison, a gratifié l'humanité d'une manifestation de lui-même plus directe et plus haute, il n'entend pas que l'homme fasse deux parts en ses dons, qu'il laisse de côté la foi préparant la vision même, et se contente de la lointaine lueur qui eût suffi à la pure nature. Le \'erbe est un, comme l'homme même, à qui il se manifeste en même temps, quoique si diversement, par la raison et la toi; quand l'humanité voudra se soustraire à l'illumination surnaturelle, sa punition trop méritée sera de voir le Verbe divin retirer à lui par degrés cette lumière même de nature qu'elle s'assurait posséder en propre, et laisser le monde s'abîmer dans la déraison.

Lisons le récit destiné par l'Eglise à retracer la vie du philosophe martyr, et rendons hommage au divin Ressuscité dont toutes les gloires fiumaines viennent ainsi, en se consacrant à son service, rehausser le triomphe.

JUSTIN, de race grecque et fils de Priscus, naquit à Naplouse en Palestine. Il passa son adolescence à l'étude de toutes les branches de la littérature. Devenu homme, il fut saisi d'un tel amour de la philosophie que. pour trouver la vérité . il donna son nom à toutes les sectes philosophiques d'alors et scruta toutes leurs reçles. Il n'y avait trouvé qu une sagesse trompeuse et des erreurs , lorsqu'éclairé de la

JUSTINUS Prisci filius ex grjeco génère Flavise Neapolis in Syria Palestina natus. adolescentiam in litterarum omnium studiis transegit. Vir factus adeo philosophicE amore correpîus est. ut ad veritatem assequendam, quotquot aderant, philosophorum sectisnomendederit. eorumque prsEcepta scrutatus sit. Cum in his fallacem tantum sapientiam erroLe Temps Pascal.

remque repensset , superna !llustratione per senem qucmdam ignotuni aspectuque venerabiletn edoctus, vera; christianae fidei philos'jphiam amplexus est. Hinc sacrae ScripturîE libros diu noctuque prœ manibus habens , ita ex conim meditationc divinus ignis in anima ejus exarsit, ut ea qua pollebat erudilionis vi. eminentem Jesu Christi scientiam adeptus, plurima conscripserit volumina ad christianam fidem exponendam. magisque propagandam.

1NTER praeclarissima Justini opéra binoe eminent fidei christiana? Apologiae , quas cum coram Senatu. Imperatoribus Antonino Pio ejusque filiis, nec non Marco Antonino Vero. et Liicio Aurelio Commodo. Christi asseclas saevissime divexantibus.porrexisset. edmdemque fidem disputando strenue propugnasset. obtinuit ut a christianorum cœde publico Principum edicto temperatum fuerit. Veruni Justino haud parcitum est. Nam Crescentis Cynici, cujus vitam et mores nefarios redarguerat. insidiis accusatus, a salclliscicnce d'en haut par un vénérable vieillard resté inconnu, il embrassa la philosophie de la vraie foi chrétienne. Depuis lors, ayant en main nuit et jour les livres de la sainte Ecriture , leur méditation embrasa tellement son âme du feu divin, que sa puissante intelligence acquit dans un degré éminent la science de Jcsus-Christ. et qu'il écrivit de nombreux ouvrages pour l'exposition et la propagation toujours plus grande de la foi chrétienne.

ENTRE lesplus remarquables œuvres de Justin tiennent le premier rang les deux Apologies de la foi chrétienne qu'il présenta, en même temps qu'au Sénat, aux empereurs Antonin le Pieux et ses fils, ainsi qu'à Marc Antonin \ erus et Lucius Aurelius Commodus qui persécutaient cruellement les disciples du Christ. Par là et par les conférences qu'il soutenait vaillamment pour cette même foi, il obtint qu'un édit public des Princes arrêtât le massacre des chrétiens. Cependant Justin ne fut pas épargné. Accusé par la perfidie de Crescent le Cynique, dont il avait dénoncé la vie et les mœurs criminelles, il

Saint Justin, Martvr.

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fut pris par les soldats. On l'amena au préfet de Rome Rusticus . qui lui demanda quelles étaient les règles des chrétiens, et il fit cette belle confession en présence de nombreux témoins • L'exacte croyance que nous chrétiens gardons avec amour . est celle-ci : nous reconnaissons un Dieu unique, auteur et créateur de toutes choses, tant les visibles, que celles qui ne se voient pas des yeux du corps; et nous confessons le Seigneur Jésus-Christ Fils de Dieu, annoncé autrefois par les Prophètes, et qui doit venir comme juge du genre humain.

COMME Justin, pour repousser les calomnies des païens, avait exposé clairement, dans sa première Apologie, la manière dont les chrétiens se rassemblaient pour célébrer leur culte, et quels étaient les mystères de ces saintes assemblées, le Préfet s'enquit près de lui du lieu où les autres fidèles de la ville et lui-même se réunissaient. Mais Justin, gardant le silence sur les lieux d'assemblées pour ne pas livrer aux chiens les choses saintes et les frères, indiqua seulement le domicile où il avait

tibus comprehensus est. Adductus autem ad Romas Prœsidem nomine Rusticum, cum hic ab eo quaîsivisset quœnam essent christianorum prœ- cepta, hanc bonam confessiojiem coram multis lestibus confessus est : Rectum dogma quod nos christiani homines cum pietate servamus , hoc est : ut Deum unum existimemus factoremet creatorem omnium, qua? videntur, quaeque corporels oculis non cernuntur ; et Dominum Jesum Christum Dei Filium confiteamur, olim a Prophetis prœnuntiatum , qui et humani generis judex venturus est.

QUONiAM Justinus in prima sua Apoiogia palam exposuerat quomodo christiani convenirent ad Sacra celebranda, et quasnam fuerint sacri hujus conventus mysteria ad repellendas ethnicoriim calumnias, exquisivit ab eo Prises in quonam loco conveniret ipse et casteri hujus Urbis Christifideles. Justinus autem reticens conventuum loca, ne sancta et fratres proderet canibus, domicilium tantum suum indicavit, ubi manere et dis3bh

cipulos excolere solebat. pencs cclebrem titulum Pastoris in cedibus Pudentis. Demum Praeses optionem ei dédit vel ut diis sacrificaret. vel per totum corpus flagellis z-xà\ pert'erret. Cum invictus fidei vindex assereret se in votis semper habuisse cruciatus perpcti propter Dominum Jesum Christum, a quo magnam in cœlis mercedem consequi exspectabat . Praeses in eum capitalem sententiam pronuntiavit. Itaque mirabilis Philosophus.Deum collaudans, post verbera , fuso pro Christo sanguine . glorioso martyrio coronatus est. Quidam vero fidèles clam illius sustulerunt corpus, et in loco idoneo condiderunt. Léo Decimustertius. Pontifex Maximus, ejusdem Officium ab universa Ecclesia celebrari prascepit.

coutume de demeurer el de former ses disciples, à savoir au célèbre titre du Pasteur établi dans la maison de Pudens. Le Préfet enfin lui donna le choix ou de sacrifier aux dieux, ou d'être déchiré à coups de fouet par tout le corps. Mais l'invincible vengeur de la foi assurait qu'il avait toujours eu pour objet de ses vœux de souffrir les tourments pour le Seigneur Jésus-Christ, dont il espérait recevoir dans le ciel une grande récompense, et le Préfet prononça contre lui une sentence capitale. Ainsi donc , après avoir subi les fouets , l'admirable Philosophe, louant Dieu, répandit son sang pour le Christ et fut couronne d'un glorieux martyre. Quelques fidèles enlevèrent son corps secrètement et l'ensevelirent dans un lieu convenable. Le Souverain Pontife Léon XIII a ordonné que son Office fût célébré par toute l'Eglise.

ous saluons en vous, 6 Justin, l'une des plus nobles conquêtes de notre divin Ressuscité sur l'empire de la mort. Ne dans la région des ténèbres, vous avez cherché de bonne heure à briser les liens du mensonge qui vous enserraient comme tant d'autres. La Sagesse, que vous aimiez sans la connaître encore, vous avait, elle aussi, choisi entre tous '.

Hcdi. IV, i8.

Saint Jiist'm, Martyr.

Or elle n'entre point dans une âme fausse, elle n'habite point dans un corps soumis au péché 1. Bien différent des hommes chez qui le beau nom de la philosophie ne recouvrait que l'amour d'eux-mêmes et la prétention de justifier tous les vices, la recherche de la science partait chez vous d'un cœur désireux de savoir, uniquement pour aimer la vérité connue et observer ses lois. Cette pureté de l'intelligence et du cœur vous rapprochait de Dieu ; elle vous rendait digne de rencontrer sur le chemin la Sagesse vivante, qui se donne maintenant à vous pour jamais dans la pleine lumière -'. L'Eglise tout à l'heure, 6 Justin, vous décorait à bon droit du nom de philosophe admirable ; car, le premier, vous avez compris que la philosophie vraiment digne de ce nom, le véritable amour de la sagesse, ne pouvait arrêter ses poursuites au domaine abstrait de la simple raison, depuis que la raison n'est plus qu'une introductrice aux régions supérieures où la Sagesse se révèle en personne à l'amour qui la cherche sans feinte.

Il est écrit de ceux qui vous ressemblent: La multitude des sages est le salut du monde 2. Mais qu'ils' sont rares aujourd'hui les vrais philosophes, ceux qui, comme vous, comprennent que le but du sage est d'arriver jusqu'à la vue de Dieu ^ par la voie de l'obéissance à ce Dieu très saint-' ! L'indépendance de la raison est le seul dogme sur lequel s'acI. Sap.. I, 4. — 2. IbiJ. VI, 17-21. — 3. Ibid. 26. • — 4. Eccli. VI, 23 ; Dialog. cum Tryph. 3. — 5. Eccli. IV, i5.

36 s Le Temps Pascal.

cordent les sophistes du jour; le procédé dont ils font le cachet de leur secte est un faux éclectisme, qu'ils entendent comme la faculté laissée à tous de se faire un système : à chacun de choisir ce qui, dans les affirmations des diverses écoles, des religions elles-mêmes, peut sourire davantage. Ainsi proclament-ils que cette raison qu'ils prétendent souveraine n'a pu jusqu'à eux rien produire d'assuré; et, pour eux-mêmes, le doute sur tout, le scepticisme, comme l'avouent leurs chefs, est le dernier mot de la science. \'raiment, après cela, sont-ils mal venus pour reprocher à l'Eglise d'abaisser la raison, elle qui naguère encore, au concile du Vatican, exaltait le secours mutuel que se rendent la raison et la foi pour conduire l'homme à Dieu leur commun auteur ! elle qui rejette de son sein ceux qui dénient à la raison humaine le pouvoir de donner par elle-même la certitude sur l'existence de ce Dieu Créateur et Seigneur ' ! Et pour détinir ainsi dans nos temps la valeur respective de la raison et de la foi, sans les séparer et encore moins les confondre, l'Eglise n'a eu qu'à écouter le témoignage de tous les siècles chrétiens, en remontant jusqu'à vous dont les ouvrages, complétés l'un par l'autre, n'expriment pas une autre doctrine.

\'ous avez été un témoin fidèle autant que courageux, vaillant martyr. En des jours où les besoins de la lutte contre l'hérésie n'avaient point encore suggéré à l'Eglise les termes nouveauxdont la précision allait bientôt devenir indispensable, vos écrits nous

36 g montrent combien alors pourtant la doctrine était la même sous l'intirmité du langage. Béni soyez-vous par tous les enfants de la sainte Ëglise, 6 Justin, pour cette démonstration précieuse de l'identité de notre croyance avec la foi du second siècle ! Béni soyez-vous d'avoir, à cette tin, distingué scrupuleusement entre ce qui pour tous alors était le dogme même, et les opinions privées auxquelles l'Eglise, comme elle l'a toujours fait, laissait la liberté sur des points de moindre importance !

Ne faites pas défaut à la confiance que met en vous la Mère commune. Si loin déjà du temps où vous vécûtes, elle veut que ses tils vous honorent plus qu'ils n'avaient fait dans les siècles antérieurs. C'est qu'en effet, après avoir été reconnue comme la reine des nations, la situation pour elle est redevenue la même qu'à l'époque où vous la défendiez contre les assauts d'un pouvoir hostile. Suscitez-lui des apologistes nouveaux. Apprenez-leur comment parfois, à force de zèle, de fermeté, d'éloquence, on arrive à faire reculer l'enfer. Mais que surtout ils aient garde de se méprendre sur la nature de la lutte confiée par l'Eglise à leur honneur! C'est une reine qu'ils ont à défendre ; l'Epouse du Fils de Dieu ne saurait consentir à laisser quémander pour elle la protection qu'on donne à une esclave. La vérité a des droits par elle seule; ou, plutôt, seule elle mérite la liberté. Comme vous donc, 6 Justin, ils s'appliqueront sans doute à faire rougir le pouvoir civil de ne pas même reconnaître à l'Eglise les facultés qu'il accorde à toute secte ; mais l'argumenLe Temps Pascal.

tation d'un chrétien ne saurait s'arrêter à réclamer une tolérance commune à Satan et au Christ ; comme vous encore, et jusque sous la menace d'un redoublement de violences, ils devront ajouter : Notre cause est juste, parce que nous, et nous seuls, disons la vérité ' .

I. Apolog. I*, 23.

Li:s SS. TI BU RCE, VA LÉRl [£ N et M AXl M K

ALUONS avec amour le noble triumvirat des mart}rs que l'Eglise Romaine du II'' siècle députe aujourd'hui vers Jésus ressuscité. C'est \aiérien, le noble et chaste époux de Cécile, qui s'élè\e au ciel, le front ceint de sa couronne de roses et de lis ; c'est Tiburce son frère, l'autre conquête de Cécile, portant la palme triomphale qu'il a sitôt cueillie ; c'est Maxime, qui , voyant monter vers les cieux les âmes des deux frères, semblables à de jeunes épouses parées pour la fête nuptiale, s'est épris du désir de les sui\"re. L'immortelle Cécile plane sur ce groupe sacré ; car ces trois triomphes sont son ouvrage : il est donc juste de lui en offrir sa part de gloire. Son sang virginal se mêla aussi à celui du divin Agneau pascal, quoique à cinq mois de distance; sa fête est même renvoyée jusqu'en novembre, où elle brille comme l'un des plus doux rayons de l'Année liturgique à son déclin. Longtemps d'ailleurs l'Eglise n'admit que des fêtes d'un rang secondaire dans la partie de l'année où nous sommes, afin de ne pas trop distraire la pensée des fidèles de la contemplation de Jésus ressuscité; la fête de Cécile qui, dans l'antiquité, était précédée d'une Vigile, devait mieux développer ses splendeurs dans une autre saison.

La sainte Eglise n'a conservé, pour ainsi dire, qu'un souvenir de nos trois grands martyrs dans son Office. Les deux Leçons que nous donnons ici sont très abrégées ; on ne doit pas s'en étonner : cette fcte est de la plus naute antiquité, et dans les premiers siècles de l'Eglise, cette forme d'Office simple était très usitée. Les trois Nocturnes, aux trois Leçons chacun, étaient réservés pour les fêtes majeures.

\J ALERIANL'S Romanus, ^ nobili génère ortus, Alexandre Severo Imperatore , hortatu beatœ Ca^ciliœ, Virginis, quam sibi pari nobilitate uxorem desponderat , una cum Tiburtio fratre a sancto Urbano papa baptizatur. Quos ubi prîefectus Urbis Almachius christianos esse cognovit. et patrimonio pauperibus distributo . Christianorum corpora sepelire, accersitos graviter reprehendit : atque ubi Christum Deum constanter confitentes, deos autem dcemoniorum inania simulacra prasdicantes vidât, virgis cœdi jubet.

SED cum verberibus cogi non possent, ut Jovissimulacrura veneraALÉRIEN . Romain de noble naissance, fut l'époux de la bienheureuse Cécile qui était d'une noblesse égale à la sienne. Sur les exhortations de cette vierge, il fut baptisé, ainsi que sonfrère Tiburce, parle pape saint Urbain, sous l'empire d'Alexandre Sévère. Almachius , préfet de Rome, ayant appris que les deux frères étaient chrétiens . et qu'après avoir distribué leur patrimoine aux pauvres, ils s'occupaient à ensevelir les corps des fidèles, les fit comparaître devant lui et les reprit sévèrement. Voyant qu'avec une constance invincible ils confessaient la divinité du Christ, disant que les dieux n'étaient que de vains simulacres des démons, il les fit battre de verges.

MAIS ce tourment n'ayant pu les contraindre à révérer la statue de Juoiter,

SS. Tibiirce, Valérien et Maxime, Mart. 3 y 3

rentur, imo fortes in fidei veritate permanerent, ad quartum ab Urbe lapidem securi feriunlur. Quorum virtutem admiratus Maximus praefecti cubicularius, qui eos ad supplicium perduxerat, christianum se esse professus est, cum multis praefecti ministris ; qui paulo post plumbatis contusi, omnesex diaboli ministris Christi Domini martyres evaserunt.

et les deux frères persévérant avec plus de force encore dans la vérité de la foi, ils eurent la tête tranchée au quatrième mille de Rome. Maxime, l'un des officiers du préfet, qui avait été chargé de les conduire au supplice, saisi d'admiration pour leur vertu, se déclara chrétien avec plusieurs autres serviteurs d'Almachius. Ils furent tous mis à mort à coups de fouets garnis de plomb, et de serviteurs du diable qu'ils étaient, devinrent ainsi les martyrs du Seigneur Christ.

FRUITS bénis de l'Apostolat de la grande Cécile, nous nous joignons en ce jour aux Esprits bienheureux pour saluer votre entrée dans la cour du souverain Roi. Initié par votre noble épouse, 6 Valérien, à la foi du Christ et à la plus sublime vertu, vous la précédez dans les joies célestes; mais dans quelques mois elle montera près de vous, et l'amour qui vous unissait ici-bas va recevoir de Dieu sa sanction pour l'éternité. L'Ange vous avait dit sur la terre que vos lis et vos roses ne se flétriraient jamais; leur parfum d'amour et de pureté est plus suave encore dans les cieuxqu'il ne le fut dans notre humble séjour Associé par le sanget par l'all'^nce à ces deux anges terrestres, à Tiburce, vous leur avez dû la palme que vous remportez en ce jour; votre heureuse société est maintenant indissoluble, et vos trois noms sont aussi inséparables au ciel qu'ils le furent sur la terre. Vous n'avez pas tardé à rejoindre, 6

7^ Le Temps Pascal.

Maxime, les deux héros que le glaive immola sous vos yeux. Leur sort excita votre envie, et le Dieu de Cécile ne tarda pas à devenir le votre. Vous lui avez donné votre san^ ; et en retour, il vous a placé pour jamais près de Cécile, votre mère dans la foi, près de Tiburce et de Valéricn, dont la différence des conditions vous eût isolé pour toujours sur la terre. Maintenant donc, o saints Martyrs, soyez nos protecteurs, et répondez à nos" vœux par des taveurs nouvelles. Attirez nos cœurs en haut, et parlez de nos besoins à votre Roi immortel. Vous qui fûtes ses vaillants chevaliers, rendez-nous généreux à votre exemple. \'ous avez méprise la vie présente ; nous devons la mépriser aussi, pour mériter de voir éternellement notre divin Ressuscité dont la vue fait vos délices. Le combat diffère peutêtre, mais la récompense qui nous attend doit être immortelle comme la vôtre. Plutôt que de trahir le Christ, vous avez donné votre vie ; notre devoir n'est pas différent du vôtre ; car nous devons comme vous préférer la mort au péché. Soutenez-nous, ô saints Martyrs, atin que nous honorions par notre vie cette Pàque qui nQus a régénérés. Priez aussi pour la sainte Eglise Romaine dont vous êtes tous trois les fils ; les jours de l'épreuve sont revenus pour elle ; elle a droit de compter sur votre intervention pour obtenir le secours qu'elle implore.

N Pape martyr du deuxième siècle se montre aujourd'hui sur le Cycle. |.|5. Les martyrs se sont donné rendezous auprès de Jésus ressuscité. Ils sont ces aigles dont il nous parle dans son Evangile, et qui volent de concert vers l'ob jet de leurs désirs i. Anicet n'est pas le seul pape honoré de la palme que nous aurons à fêter en ces jours; d'autres réclameront bientôt nos hommages. Quant à lui, ses actions nous sont peu connues, tant il plonge avant dans les fondements même de l'EgHse. Sur la chaîne des Pontifes, il est le onzième anneau après saint Pierre; mais sa sainteté et son courage ont rendu sa mémoire immortelle. On sait que le grand Polycarpe, dont nous avons honoré la mémoire au vingt-six janvier, vint de Smyrne à Rome pour visiter Anicet et conférer avec lui. Il est resté aussi quelques traces du zèle que le saint pape fit paraître pour défendre son troupeau contre les atteintes des deux hérésiarques \'alentin et Marcion; enfin nous savons qu'il fut martyr, et c'est assez pour sa gloire.

Voici maintenant les quelques lignes que l'Eglise consacre à sa mémoire dans l'Office d'aujourd'hui.

s. Matth. XXIV. 28.

NiCETis Svrus, imperatore Marco Aurelio Antonino praefuit Ecclesix. Decrevit, ne clerici comam nutrirent. Quinquies mense decembri ordinavit presbytères decem et septem. diaconos quatuor, episcopos per diversa loca novem. Vixit in Pontificaiu annos octo . menses octo, dies viginti quatuor. Propter Christi fidem martyrio coronatus, sepultus est via Appia in cœmeterio, quod postea Callisti appellatum est, decimo quinlo calendas maias.

ANICET, Syrien de naissance, gouverna l'Eglise sous Marc-Aurèle-Antonin. Il fit un décret pour défendre aux clercs de laisser croître leurs cheveux. En cinq ordinations qu'il fit au mois de décembre, il consacra dixsept prêtres, quatre diacres et neuf évéqucs pour divers lieux. Il vécut dans le pontificat huit ans, huit mois et vingt-quatre jours. Il reçut la couronne du martyre pour la foi du Christ, et fut enseveli le quinze des calendes de mai sur la voie Appienne. dans le cimetière qui fut plus tard appelé de Calliste.

SAINT Pontife, admis depuis tant de siècles dans la gloire du Christ dont vous fûtes le vicaire etle martyr, nous célébrons aujourd'hui d'un cœur filial votre mémoire bénie. Nous vénérons en vous l'une des glorieuses assises de la maison de Dieu ; et si votre nom est venu jusqu'à nous sans être accompagné du récit des œuvres par lesquelles vous avez mérité la palme, nous savons du moins qu'il fut cher aux fidèles de votre temps. Au ciel, vous conservez le zèle pastoral qui vous anima sur la tçrre pour la gloire de votre Maître : soyez-y propice, 6 Anicet, à l'P^glisc de nos temps. Plus de deux cents Pontifes se sont succédé après vous sur la Chaire de Pierre, et le juge du dernier jour n'est pas descendu encore. Assistez votre successeur qui est notre Père, et secourez son troupeau,

Saint Anicet, Pape et Martyr. 377

au milieu des dangers inouïs qui l'assiègent. Vous avez gouverné l'Eglise durant la tempête ; priez'Jésus ressuscité, afin qu'il se lève et commande à l'orage ; mais demandez-lui pour nous la constance. Elevez nos pensées vers la patrie céleste, afin qu'a votre exemple nous soyons toujours prêts à obéir au signal divin. Nous sommes les fils des martyrs; leur foi est la nôtre, notre espérance doit être commune.

1^ oiNE, Evèque et Docteur, Anselme '/pi réunit en sa personne ces trois j^ 'P grands apanages du chrétien priviX'k^ îégié ; et si l'auréole du martyre n'est pas venue apporter le dernier lustre à ce noble faisceau de tant de gloires, on peut dire que la palme a manqué à\\nselme, mais qu'il n'a pas manqué à la palme. Son nom rappelle la mansuétude de l'homme du cloître unie à la fermeté épiscopale, la science jointe à la piété; nulle mémoire n'a été à la fois plus douce et plus éclatante.

Le Piémont le donna à la France et à l'Ordre de saint Benoît. Anselme, dans l'abbaye du Bec, réalisa pleinement le type de l'Abbé tel que l'a tracé le Patriarche des moines d'Occident: « Plus servir que commander. » Il fut de la part de ses frères l'objet d'une affection sans égale, et dont l'expression est arrivée jusqu'à nous. Sa vie leur appartenait tout entière, soit qu'il s'appliquât à les conduire à Dieu, soit qu'il prît plaisir à les initier aux sublimes spéculations de son intelligence. Un jour il leur fut enlevé malgré tous ses efforts, et contraint de s'asseoir' sur la chaire archiépiscopale de Cantorbéry. Successeur en ce siège des Augustin, des Dunstan, des Elphège", des Lanïranc, il fut digne

s. Anfielme, Fv. et Doct. de l'Eglise. S-jq

de porter le ;?cj//zam après eux, et par ses no.- bles exemples, il ouvrit la voie à l'illustre martyr Thomas qui lui succéda de si près.

Sa vie pastorale fut tout entière aux luttes pour la liberté de TEglise. En lui l'agneau revêtit la vigueur du lion. « Le Christ, disait« il, ne veut pas d'une esclave pour épouse; « il n'aime rien tant en ce monde que la li« berté de son Eglise. » Le temps n'est plus où ce Fils de Dieu consentait à être enchaîné par d'indignes liens, atin de nous affranchir de nos péchés; il est ressuscité glorieux, et il veut que son épouse soit libre comme lui. Dans tous les siècles, elle a à combattre pour cette liberté sacrée, sans laquelle elle ne pourrait remplir ici-bas le ministère de salut que son Epoux divin lui a contîé. Jaloux de son influence, les princes de la terre, qui n'ignorent pas qu'elle est reine, se sont ingéniés à lui créer mille entraves. De nos jours, un grand nombre de ses enfants ont perdu jusqu'à la notion des franchises auxquelles elle adroit: sans aucun souci de sa royauté, ils ne lui désirent d'autre liberté que celle qu'elle partagera avec les sectes qu'elle condamne ; ils ne peuvent comprendre que, dans de telles conditions, l'Eglise que le Christ a faite pour régner, est en esclavage. Ce n'est pas ainsi qu'Anselme l'entendait; et tout enfant de l'Eglise doit avoir de telles utopies en horreur" Les grands mots de progrès et de société moderne ne sauraient le séduire ; il sait que l'Eglise n'a pas d'égale ici-bas; et s'il voit le monde en proie aux plus terribles convulsions, incapable de s'asseoir désormais sur un fondement stable, tout s'explique pour

38o Le Temps Pascal.

lui par cette raison que l'Eglise n'est pli/s reine. Le droit de notre Mère n'est pas seulement d'être reconnue pour ce qu'elle est dans le secret de la pensée de chacun dé ses fidèles ; il lui faut l'appui extérieur. Jésus lui a promis les nations en héritage ; elle les a possédées selon cette divine promesse; mais aujourd'hui, s'il advient qu'un peuple la mette hors la loi, en lui offrant une égale protection avec toutes les sectes qu'elle a expulsées de son sein, mille acclamations se font entendre à la louange de ce prétendu progrès, et des voix connues et aimées se mêlent à ces clameurs.

De telles épreuves furent épargnées à Anselme. La brutalité des rois normands était moins à redouter que ces systèmes perfides qui sapent par la base jusqu'à l'idée même de l'Eglise, et font regretter la persécution ouverte. Le torrent renverse tout sur son passage ; mais tout renaît aussi lorsque sa source est tarie. 11 en est autrement quand les eaux débordées envahissent la terre en l'entraînant après elles. Tenons-le pour sûr : le jour où l'Eglise, la céleste colombe, n'aura plus ici-bas où poser son pied avec honneur, le ciel s'ouvrira, et elle prendra son vol pour sa patrie céleste, laissant le monde à la veille de voir descendre le juge du dernier jour.

Anselme docteur n'est "pas moins admirable qu'Anselme pontife. Sa haute et tranquille intelligence se plut dans la contemplation des vérités dixincs; elle en chercha les rapports et l'harmonie , et le produit de ces nobles labeurs occupe un rang supérieur dans le dépôt où se conservent les richesses de la

s. Anselme, Ev. et Doct. de l'Église. 38 1

théologie catholique. Dieu avait départi à Anselme le génie. Ses combats, sa vie agitée, ne purent le distraire de ses saintes et chères études, et, sur le chemin de ses exils, il allait méditant sur Dieu et ses mystères, étendant pour lui-même et pour la postérité le champ déjà si vaste des investigations respectueuses de la raison dans les domaines de la foi.

La sainte Eglise résume ainsi dans son récit liturgique'ia vie et les actions du grand Docteur.

ANSELME, né dans la ville d'Aoste, aux confins de l'Italie, eut pour père Gondulphe et pour mère Hermenberge, nobles et catholiques parents. Dès ses tendres années son assiduité à l'étude et son élan vers la vie parfaite firent pressentir qu'un jour il brillerait à la fois par la sainteté et la doctrine. La fougue de la jeunesse l'entraîna cependant quelque temps dans les plaisirs du siècle; mais bientôt il se sentit attiré de nouveau aux habitudes de sa vie antérieure. Renonçant alors à son pays et à sa fortune, il se rendit à l'abbaye du Bec, de l'Ordre de saint Benoît. Ce fut là qu'il émit sa profession religieuse sous l'Abbé Herluin, prélat très zélé pour l'observance , au temps du très docte Lantranc. La ferANSELMUS , Augustas Prcetoriœ in finibus Italiœ , Gundulpho et Ermemberga, nobilibus et catholicis parentibus natus, a teneris annis assidue litterarum studio, atque perfectioris vitœ desiderioj non obscurum futura; sanctitatis et doctrine spécimen dédit. Et licet juvenili ardore aliquando ad sœculi illecebras traheretur , brevi tamen in pristinam viam revocatus, patria, et bonis omnibus derelictis, ad monastcrium Beccense Ordinis sancti Benedicti se contulit : ubi emissa regulari professione sub Herluino abbate observantissimo, et Lanfranco viro doctissimo, tanto animi fervore, et jugi studio in

litteris, et virtutibus assequendis profecit , ut mirum in modum tamquam sanctitatis et doctrin;t exemplar ab omnibus liaberetur.

ABSTINENTl.t et oontinentia^ tantae fuit, ut assiduitate jejunii omnis pane ciborum sensus in eo videretur exstinctus. Diurno enim tempore in exercitiis monasticis, docendo et respondendo variis de religione quœsitis, emenso. quod reliquum erat noctis, somno subtrahebat, ut divinis meditationibus, quas perenni lacrymarum imbre fovebat, mentem recrearei. Electus in Priorem monasterii . invidos fratres ita charitate, humilitate, et prudentia lenivit. ut quos amiilos acceperat , sibi, et Deo amicos, maximo cum regularis observantias emolumento redderet. Mortuo abbate. et in ejus locum licet invitus suffectus, tanto doctrine et sanctitatis fama ubique refulsit. ut non modo regibus et Episcopis venerationi esset . sed sancto Gregorio Septimo etiani acceptus, qui tune

vcur de sa vie et son application continuelle à s'avancer dans la science et les vertus développèrent tellement ses dispositions, qu'on le regarda bientôt comme vn modèle admirable de sainteté et de doctrine.

SON abstinence et sa sobriété étaient si grandes, que l'assiduité au jeune avait détruit en lui le sentiment des besoins du corps. 11 employait le jour aux exercices monastiques, à l'enseignement et à écrire des réponses aux diverses questions qu'on lui adressait sur la religion, et dérobait la plus grande partie de la nuit au sommeil pour rafraîchir son âme dans les méditations divines , auxquelles il se livrait avec une grande abondance de larmes. Elu prieur du monastère, il sut se concilier, par sa charité, son humilité et sa prudence, les frères qui lui étaient contraires, à tel point que ces hommes qu'il avait eus pour rivaux s'attachèrent étroitement à lui, en même temps qu'ils se rapprochaient de Dieu • ce qui ne contribua pas peu à l'avancement de l'observance religieuse dans le monastère. A la mort de l'Abbé, Anselme fut établi malgré lui à sa place. Ce fut alors que sa réputation de science et de

s. Anselme, Ev. et Doct. de l'Eglise. 383

sainteté se répandit au loin, et le rendit l'objet de la vénération des princes et des évéques. Saint Grégoire VII l'honora de son amitié, et au railieu des grandes épreuves qu'il avait à subir, ce Pontife lui adressa des lettres remplies d'affection , dans lesquelles il recommandait à ses prières sa personne et l'E- glise catholique.

A LA mort de Lanfranc . archevêque de Cantorbéry, son ancien maître, Anselme se vit contraint par les instances de Guillaume, roi d'Angleterre , ainsi que du clergé et du peuple, à accepter le gouvernement de cette Eglise. Tout aussitôt il s'appliqua à la réforme des mœurs très relâchées de son peuple, et employant d'abord à cet effet ses discours et ses propres e.xemples , ensuite ses écrits, auxquels il joignit la célébration des conciles, il vint à bout de rétablir la piété antique et. la discipline de l'Eglise. Mais bientôt le même roi Guillaume ayant voulu usurper les droits de l'Eglise , et joignant à cet effet la violence aux menaces, Anselme lui résista avec une constance sacerdotale. Dépouillé des possessions de son siège et condamné à l'exil, il se rendit à Rome auprès d'Urbain II qui le

magnis persecutionibus agitatus, litteras amoris plenas ad eum dédit, quibus se et Ecclesiam catholicam ejus orationibus commendabat.

DEFUNCTO Lanfranco Archiepiscopo Cantuariensi, ejus olim prasceptore, Anselmus , urgente Guillelmo Anglias rege. et instantibus Clcro ac populo, ipso tamen répugnante, ad ejusdem Ecclesiaï regimen vocatus, statim (ut corruptos populi mores reformaret, verbo et exemplo prius, dein scriptis, et conciliis celebratis, pristinam pietatem et Ecclesiasticam disciplinam reduxit. Sed cum mox idem Guillelmus rex vi et minis Ecclesiae jura usurpare tentasset , ipse sacerdotali constantia restitit; bonorumque direptionem et exsilium passus, Romam ad Urbanum Secundum se contulit, a quo honorifice exceptus et summis laudibus ornatus est , cum in Barensi Concilio Spiritum Sanctum etiam

reçut avec honneur , et le combla de louanges dans le concile de Bari, où Anselme démontra contre Terreur des Grecs , par d'innombrables témoignages des Ecritures et des saints Pères, que le SaintEsprit procède aussi du Fils. Rappelé en Angleterre, après la jnort de Guillaume, par le roi Henri son frère, Anselme s'endormit bientôt dans le Seigneur. Non seulement la renommée de ses miracles et de sa sainteté, ainsi que son insigne dévotion envers la Passion de notre Seigneur et la bienheureuse Vierge sa Mère, l'ont rendu célèbre ; mais il s'est encore illustré par sa doctrine, qui a servi puissamment à la défense de la religion chrétienne, à l'avancement des âmes , en même temps qu'elle a frayé la voie à tous les théologiens qui ont traité la science sacrée selon la méthode scolastique, au point que l'on sent, à la lecture de ses livres, que c'est au ciel même que le saint docteur l'a puisée.

Nous insérons ici plusieurs Répons et Antiennes approuvés par le Siège apostolique en l'honneur de saint Anselme.

a Filio procedentem, contra Graecorum errorem, innumeris Scripturarum et sanctorum Pa-« trum testimoniis propugnasset. E vivis Guillelmo sublato, ab Henrico rege ejus fratre in Angliam revocatus, obdormivit in Domino : famam non solum miraculorum , et sanctitatis (praecipue ob insignem devotionem erga Domini nostri Passionem , et beatam Virginem ejus Matrem^ assecutus . sed etiam doctrinœ. quam ad defensionem christianas religionis, animarum profectum , et omnium Theologorum. qui sacras litteras scholastica methodo tradiderunt, normam cœlitus hausisse ex ejus libris omnibus apparet.

LJ 'C est Ansel^' il mus, Doctor

prsclarus, sub disciplina

Docteur

Ani t re que Lanfranc a

selmc , i 1 1 us

s. Anselme, Év. et Doct. de l'Église. 38 b

élevé ; c'est lui qui, étant pour les moines un père plein de tendresse, a été appelé à la mitre des pontifes ; * Et il a combattu vaillamment pour la liberté de la sainte Eglise, alléluia.

f. Il disait de sa voix indomptée que l'Epouse du Christ était libre, et non de condition servile; * Et il a combattu vaillamment pour la liberté de la sainte Eglise, alléluia.

r|. Le bienheureux Anselme dit avec tristesse aux évêques : Vous voulez atteler à la charrue un taureau indompté et une faible brebis ; le taureau traînera la brebis dans les épines et les halliers, et la déchirera cruellement; * Et votre joie d'aujourd'hui se changera promptement en tristesse, alléluia.

f. Les tribulations m'attendent ; cependant je n'en crains aucune, pourvu que je consomme ma course. * Et votre joie d'aujourd'hui se changera promptement en tristesse, alléluia.

^. Les Pères étant réunis dans le concile , le pontife Urbain s'écria : Anselme, archevêque des Anglais, notre Père et notre Maître, où es-tu ? * Monte jusqu'à nous, viens nous aider , et combats pour ta mère et la nôtre, alléluia.

Lanfranci institutus : qui cum esset monachorum pater amabilis, ad pontificales infulas vocatus est; * Et pro libertate sanctœ EcclesiîE strenue decertavit, alléluia.

f. Non ancillam, sed liberam esse Christ sponsam , invicta voce asserebat. * Et pro liber tate sanctae Ecclesiœ stre^ nue decertavit, alléluia

^. Beatus Anselmus dixit mœrens ad episcopos : Indomitum tauruni et ovem debilem ad aratrum conjungere disponitis ; ovem per spinas et tribulos raptatam taurus misère dilacerabit ; * Et gaudiumvestrum mox in mœstitiam convertetur. alléluia.

^. Tribulationes me manent ; sed nihil horum vereor , dummodo consummem cursum meum. * Et gaudium vestrum mox in mœstitiam convertetur, alléluia.

Rj. Cum essent Patres in synodo congregati, Urbanus pontifex exclamavit : Pater et Magister Anselme, Anglorum archiepiscope, ubi es ? * Ascende usque ad nos ; et pugnans pro ma tre tua et nostra, adjuva nos, alléluia.

3Hb

f. Benedictus sit sensus tuus. et sermo oris lui sit benedictus. * Ascende usque ad nos ; et pugnans pro matre tua et nostra, adjuva noï. alléluia.

Ant. Anselmus mansuetudine agnus . fortitudioe leo. cœlesti doctrina supereffluens, mentes hominum illustravit, alléluia.

Ant. Beatus Anselmus sœculi principes docebat, dicens : Nihil amplius diligit Deus in hoc mundo , quam Ecclesise SU2E libertatem, alléluia.

f. Bénie soit ta sagesse, et bénies les paroles de ta bouche 1 * Monte jusqu'à nous, viens nous aider, et combats pour ta mère et la nôtre, alléluia.

Ant. Anselme, agneau par la douceur, lion par le courage, comblé de la doctrine céleste, a éclairé les âmes, alléluia.

Ant. Le bienheureux Anselme instruisait les princes du siècle : Dieu , disait-il, n'aime rien plus en ce monde que la liberté de son Eglise, alléluia.

L'Hymne suivante a été approuvée aussi par le Saint-Siège.

FOBTis en pr?epul, monachus fidelis, Laureadoctor redimitus

adstat : Festus Anselmo chorus îemuletur

Dicere carmen.

Ante maturos sapiens hic annos. Sasculi florem percuntis

horret : Atque Lanfranci documenta qujerens, Intrat eremum.

LE prélat plein de courage, le moine fidèle, le docteur ceint de la couronne, nous apparaît aujourd'hui ; chantons à l'envi pour la fête d'Anselme.

Il n'avaii pas encore atteint les années de l'homme fait, qu'on le vit dédaigner avec sagesse la fleur de ce monde périssable ; il entra au désert, aspirant à recevoir les enseignements de Lanfranc.

•S. Anselme, Év. et Doct. de V Église. 38 j

Porté sur les ailes d'une ferme foi, il a pénétré les mystères intimes du Verbe divin ; quel autre a plongé plus avant jusqu'aux sources pures et mystérieuses de nos dogmes ?

Auguste père, on t'impose la chTarge d'Abbé ; tu te dévoues avec amour à la famille qui t'est confiée ; les faibles, tu les portes sur tes épaules; les fervents, tu les précèdes et les réchauffes par tes exhortations.

Le roi te défère la chaire des pontifes ; ne redoute pas les luttes qui t'attendent ; les triomphes viendront après ; généreux exilé, tu éclaireras de ta lumière les nations lointaines.

La liberté sacrée que le Christ a acquise à ses brebis en les rachetant, qu'il préfère à tout, est la sainte passion d'Anselme ; quel pontife surpassa jamais son courage à la défendre ?

Ta renommée, noble prélat, s'étend bientôt jusqu'à Rome ; le Pontife suprême te défère les honneurs ; l'intérêt de la foi te réclame ; les Pères du concile sont dans le silence de l'attente ; parle et défends la vorité attaquée.

Conserve le souvenir du saint troupeau *, daigne être

Intimum pulsans penetrale Verbi, Fertur immotae fidei volatu : Dogmatum puros latices an ullus

Altius hausit ?

Munus Abbatis, pater aime, sumens, Te voves charje soboli :

benignis Débiles portas humeris, alacres

Praevius hortans.

Praîsulum defert tibi rex cathedram ; Quid times luctara ? properant triumphi ; Exteras gentes, generosus exul,

Lumine repies.

Sacra libertas, ovibus redemptis Parta, cui Christus nihil

anteponit, Urget Anselmum : studio quis a?quo

Vindicat ipsam ?

Clara fit Romas tua fama, Pra?sul : Pontifexsummus tibi fert

honores ; Te fides poscit : siluere Patres :

Dogma tuere.

Sis memor sancti gregis, et patronus

,^f<S

Sis ad aeternam Triadem,

precamur, Cuncta cui dignas resonent per orbem Sœcula laudes. Amen.

son protecteur auprès de l'éternelle Trinité, à qui tous les siècles rendent honneur et gloire dans l'univers entier. Amen.

Anselme, Pontife aime de Dieu et des hommes, la sainte Eglise, que vous avez servie ici-bas avec tant de zèle, vous rend aujourd'hui ses hommages comme à l'un de ses prélats les plus révères. Imitateur de la bonté du divin Pasteur, nul ne vous surpassa en douceur, en condescendance, en charité. \'ous connaissiez vos brebis, et vos brebis vous connaissaient; veillant jour et nuit à leur garde, vous ne fûtes jamais surpris par l'arrivée du loup. Loin de fuir à son approche, vous allâtes au-devant, et aucune violence n'eut le pouvoir de vous faire reculer. Héroïque champion de la liberté de l'Eglise, protégez-la en nos temps, où elle est presque partout foulée et comme anéantie. Suscitez en tous lieux des Pasteurs émules de votre sainte indépendance, atin que le courage se ranime dans le cœur des brebis, et que tout chrétien se fasse honneur de confesser qu'il est avant tout membre de l'Eglise, qu'à ses yeux les intérêts de cette Mère des âmes sont supérieurs à ceux de toute société terrestre. Le \'erbe divin vous avait doué, 6 Anselme, de cette philosophie toute chrétienne qui s'abaisse devant les vérités de la foi, et, purifiée par l'humilité, s'élève aux vues les plus sublimes. Eclairée de vos lumières si pures, la sainte Eglise, dans sa reconnaissance, vous a décerné le titre de Docteur, réservé si

s. Anselme, Év. et Doct. de V Église. 38g

longtemps à ces savants hommes qui vécurent aux premiers âges du christianisme, et conservent dans leurs écrits comme un reflet de la prédication des Apôtres. Votre doctrine a été jugée digne d'être réunie à celle des anciens Pères ; car elle procède du même Esprit; elle est hlle de la prière, plus encore que de la pensée. Obtenez, ô saint Docteur, que sur vos traces, notre foi cherche aussi l'intelligence. Beaucoup aujourd'hui blasphèment ce qu'ils ignorent, et beaucoup aussi ignorent ce qu'ils croient. De là une confuston désolante, des compromis périlleux entre la vérité et l'erreur, la seule vraie doctrine méconnue, abandonnée et demeurant sans défense. Demandez pour nous, ô Anselme, des docteurs qui sachent éclairer les sentiers de la vérité et dissiper les nuages de Terreur, atin que les enfants de l'Eglise ne restent plus exposés à la séduction.

Jetez un regard , 6 saint Pontife, sur la famille religieuse qui vous accueillit dans ses rangs, au sortir des vanités du siècle, et daignez étendre sur elle votre protection. C'est dans son sein que vous avez puisé la vie de l'âme et la lumière de l'intelligence. Fils du grand Benoît, ayez souvenir de vos frères, feénissez-les en France, où vous avez embrassé la règle monastique ; bénissez-les en Angleterre, où vous avez été Primat entre les pontifes sans cesser d'être moine. Priez, ô Anselme, pour les deux nations qui vous ont adopté tour à tour. Chez l'une, la foi s'est tristement affaiblie ; chez l'autre, l'hérésie règne en souveraine. Sollicitez pour toutes les deux les miséricordes du Seigneur. 11 est

.?90 ^^ Temps Pascal.

puissant, et ne ferme pas son oreille aux supplications de ses saints. S'il a résolu dans sa justice de ne pas rendre à ces deux nations leur antique constitution chrétienne, obtenez du moins que beaucoup d'âmes se sauvent, que de nombreux retours consolent la Mère commune, que les derniers ouvriers de la vigne rivalisent de zùle avec les premiers, en attendant le jour où le Maître descendra pour rendre à chacun selon ses œuvres.

*Eux Papes martyrs croisent aujourd'hui leurs palmes sur le Cycle. Soter soutfrit pour le Christ au deuxième siècle, et Caïus au troisième; cent années les séparent , et l'énergie de la foi, la tîdélité au divin dépôt, se retrouvent les mêmes. Quelle société humaine a jamais produit des siècles entiers de héros ? La nôtre est fondée sur ce dévouement traditionnel qui se prouve par le sang. Nos chefs n'ont pas voulu laisser aux soldats le monopole du sacrifice; les trente premiers successeurs de Pierre ont payé de leur vie l'honneur du pontificat. Quel trône que celui de notre divin Ressuscité entouré de tous ces rois revêtus (-"e la pourpre triomphale !

Soter fut le successeur immédiat d'Anicet, dont nous avons honoré la mémoire il y a peu de jours. Le temps nous a dérobé la connaissance de ses actions. Un trait seulement est arrivé jusqu'à nous. Eusèbe nous a conservé un fragment d'une lettre de saint Denys, évèque de Corinthe, dans laquelle il remercie notre saint pontife des largesses qu'il a envoyées aux fidèles de cette "Eglise qui souffra'ient d'une famine. Une lettre apostolique accompagnait ces aumônes, et saint Denys atteste qu'on la lisait dans l'assemblée des fidèles, avec celle que saint Clément avait

adressée à la même Eglise au siècle précédent. La charité des pontifes romains s'est toujours unie à leur tidélité à conserver le dépôt de la foi. Quant à Caïus, il fut enlevé dans la terrible tempête suscitée par Dioclétien contre l'Eglise, et ses gestes occupent à peine quelques lignes dans les annales de Rome chrétienne. Nous ne serons donc pas étonnés de trouver tant de concision dans le récit liturgique que l'Eglise consacre à ces deux Papes martyrs, et dont voici la teneur.

C OTER, Fundis in Cam■^ pania naïus, sancivit.

ne sacras vlrgines vasa sacra et pallas attingerent, neve thuris ministeriû in Ecclesia uterentur. Idem statuit ut Christi corpus in Cœna Domini sumeretur ab omnibus, lis exceptis, qui propter grave peccatum id facere prohiberentur. Sedit in Pontificatu annos très, menses undecim. dies decem et octo : martyriocoronatur sub Marco Aurelio imperatore. et in coemeterio, quod postea Callisti dictum est, sepelitur more majorum, mense decembri, crealis presbyteris decem et octo, diaconis novem, episcopis perdiversa loca undecim.

CAlus Dalmata, ex. génère Diocletiani imSOTER, né à Fondi en Campanie, décréta que les vierges sacrées ne toucheraient pas les vases de l'autel, ni les pâlies, et qu'elles ne tiendraient pas l'encensoir dans l'Eglise. Il ordonna aussi que le Jeudi saint, tous les fidèles recevraient le corps du Christ, hors ceu.x qui en sci-aient empêchés pour quelques péchés graves. II siégea sur la Chaire pontificale trois ans, onze mois et dix-huit jours, et fut couronné du martyre sous l'empereur MarcAurèle. Il fut enseveli dans le cimetière appelé plus tard de Calliste, après avoir, selon la coutume de ses prédécesseurs, ordonné au mois de décembre dix-huit prêtres, neuf diacres et onze évèques pour divers lieux.

C^ AIL'S était de Dalmatie et de la famille de l'empereur Dioclétien. Il ordonna que dans l'Eglise, avant de monter à l'épiscopat, on passerait par les degrés des ordres et rangs de portier, de lecteur, d'exorciste, d'acolythe, de sous-diacre, de diacre et de prêtre. Afin d'éviter les cruautés que Dioclétien exerçait contre les chrétiens, il se tint caché quelque temps dans une caverne ; mais huit ans plus tard, il remporta la couronne du martyre avec son frère Gabinus, après avoir siégé douze ans, quatre mois et cinq jours. Il créa au mois de décembre vingt-cinq prêtres, huit diacres et cinq êvêques. 11 fut enseveli dans le cimetière de Calliste, le dix des calendes de mai. Urbain

VIII a renouvelé sa mémoire à Rome et rétabli son église qui était ruinée, y créant un 'l'itre avec une Station, et l'ayant enrichie des reliques du saint pape.

peratons, constitua ut his Ordinum et honorum gradibus in Ecclesia ad episcopatum ascenderetur : ostiarii, lectoris, exorcista?. acolythi, subdiaconi, diaconi, presbyteri. Hic Diocletiani crudelitatem in Christianos fugiens, aliquandiu in spelunca delituit : verumocto post annis una cum Gabino fratre martyrii coronam consecutus est, cum sedisset annos duodecim, menses quatuor, dies quinque, creatis mense decembri presbyteris viginti quinque, diaconis octo, episcopis quinque. Sepultus est in cœmeterio Callisti, decimo calendas maii. Ejus memoriam Urbanus Octavus in Urbe renovavit, dirutam ecclesiam restituit, Titulo, Stationeet ipsius reliquiis decoravit.

C AiNTS Pontifes, vous êtes du nombre de

■^ ceux qui ont traversé la grande tribulation, et qui ont passé par l'eau et par le feu pour aborder au rivage de l'éternité. La pensée de Jésus vainqueur de la mort soutenait votre courage; vous saviez que les gloires de la Résurrection ont succédé aux angoisses de la Passion. Immolés comme Jésus pour votre troupeau, vous nous avez appris par votre exemple que la vie et les intérêts de ce monde ne doivent compter pour rien, quand il s'agit

3q4 ^<? Temps Pascal.

de confesser la foi. Armez-nous de ce courage. Le Bupième nous a enrôlés dans la milice du Christ ; la Confirmation nous a donné l'Esprit de force : nous devons donc être prêts pour les combats. Saints Pontifes, nous ignorons si nos temps sont appelés à voir l'Eglise exposée à la persécution sanglante ; quoi qu'il advienne, nous avons à lutter avec nous-mêmes, avec l'esprit du monde, avec les démons; soutenez-nous par vos prières. Vous avez été les pères de la chrétienté: la charité pastorale qui vous anima ici-bas vit toujours dans vos cœurs. Protégez-nous, et rendez-nous tidèles à tous les devoirs qui nous lient au souverain Maître dont vous avez soutenu la cause.

Giu '.jRj (3îbuiwt3iw t^b dib t3Ki Gïo t3it> (3iu d^

OUVERT de sa brillante armure, monté sur son coursier rapide, et perçant de sa lance le dragon, George se montre aujourd'hui sur le Cycle, comme le valeureux champion du Christ ressuscité. L'Eglise d'Orient, qui ne l'appelle que le grand Martyr, a transmis de bonne heure son culte à l'Eglise d'Occident, et la chevalerie chrétienne l'a aimé et honoré comme l'un de ses plus chers patrons. Son martyre eut lieu en ces jours de la Pâque, afin qu'il apparût aux fidèles comme le gardien du glorieux sépulcre, de même qu'E- tienne, le Protomartyr, veille auprès du berceau de l'Enfant-Dieu.

L'Eglise Romaine n'a pas de Légende sur saint George dans son Office; on lit en place un passage de saint Cyprien sur les combats des Martyrs. La raison de cette dérogation à l'usage ordinaire est fondée sur une particularité qui rernonte jusqu'au V siècle. En 496, dans un célèbre concile tenu à Rome, le pape saint Gélase donnant le catalogue des livres que les fidèles pouvaient lire sans danger et avec profit, et de ceux qu'ils devaient éviter, signale parmi ces derniers certains Actes de saint George, comme rédigés par un écrivain hérétique et inepte, et défend d'en faire usage. Il existait cependant d'autres

3q6 Le Temps Pascal.

Actes du saint Martyr en Orient, totalement différents de ceux qui avaient eu cours à Rome, mais on ne les connaissait pas dans cette ville. Le culte de saint George ne souffrit en rien dans la ville sainte de ce manque d'une Légende véridique. Une Eglise station-^ nale. Titre cardinalice, s'y éleva dès les premiers siècles, et subsiste encore sous le vocable de Saint-Georgc-au- Voile-d'or ; mais la Liturgie a continué de porter la trace de la sainte sévérité du Canon de Gélase, par l'omission du récit de la vie du martyr dans son Office.

Les Bollandistes ont eu entre les mains plusieurs copies des Actes proscrits, qu'ils ont trouvés en effet remplis de détails absurdes ; mais ils se sont gardés de les reproduire. Le P. Papebrock a donné en place les véritables Actes, écrits en grec, cités par saint André de Crète, et dans lesquels se développe l'admirable caractère de saint George, qui exerça un haut emploi militaire dans les armées romaines, sous l'empire de Dioclétien. Il fut une des premières victimes de la

trande persécution, et souffrit à Nicomédie. on courage ht une telle impression sur Alexandra, lemme de Dioclétien, que cette princesse se déclara chrétienne, et mérita de partager la couronne du saint guerrier.

Le culte de saint George s'introduisit de bonne heure dans les Gaiilcs. On en trouve les traces dans Grégoire de Tours, en divers endroits de ses écrits. Sainte Clotilde avait une dévotion spéciale au saint martyr, et lui dédia l'église de sa chère abbaye de Chelles. Mais ce culte prit son plus grand essor à l'éSaint George, Martyr. Sgj

poque des croisades, lorsc^ue nos chevaliers furent témoins de la vénération des peuples de l'Orient envers saint George, et qu'ils entendirent raconter les merveilles de sa protection dans les combats. Les historiens byzantins en rapportent plus d'un trait remarquable, et les croisés à leur tour ne tardèrent pas à éprouver les etfets de la confiance qu'ils avaient placée dans le secours de ce puissant conducteur des armées chrétiennes. La République de Gênes se mit sous son patronage, et celle de Venise l'honora, après saint >Iarc, comme son protecteur spécial. Mais aucune province du monde catholique ne surpassa l'Angleterre dans les hommages rendus à saint George. Non seulement un concile national, tenu à Oxford, en 1222, ordonna que la fête du grand Martyr serait célébrée comme de précepte dans toute l'Angleterre ; non seulement le culte du vaillant soldat du Christ fut professé dans la grande île britannique par les premiers rois normands ; mais on est en mesure de soutenir , d'après les monuments antérieurs à l'invasion de Guillaume le Conquérant, que la vénération particulière de la nation anglaise envers saint George lui était déférée dès les ix° et x^ siècles, comme à un protecteur particulier. Edouard III ne fit qu'exprimer le sentiment pieux de sa nation envers le céleste guerrier, lorsqu'il plaça sous son patronage révéré l'Ordre insigne de la Jarretière qu'il institua en i33o. Nous devons aussi mentionner l'Ordre militaire de SaintGeorge que Frédéric III établit pour l'Allemagne en 1468.

3q8 Le Temps Pascal

Saint George est représenté terrassant un dragon, et délivrant par cet acte de bravoure une princesse que le monstre allait dévorer. Cette scène, dont 1 art catholique a su tirer un grand parti, est purement symbolique, et clérive des monuments de l'iconographie byzantine. Elle signifie la victoire que saint George a remportée sur le démon par sa généreuse confession ; la princesse figure Afexandra, que la constance du martyr conquit à la foi. Ni les Actes de saint George, ni les Hymnes de la liturgie grecque, ne disent un mot du dragon qu'aurait eu à combattre le saint martvr, ni de la princesse qu'il aurait eu à délivrer d'un péril temporel. Cette fable n'a eu cours que dans l'Occident, à partir du xiv« siècle, et sa source est dans l'interprétation trop matérielle des types consacrés à saint George par les Grecs, et qui s'introduisirent dans nos églises à l'issue des Croisades.

Honorons le sublime athlète du Christ, en répétant à sa gloire quelques-unes des strophes que l'EgUse grecque lui consacre dans ses Menées.

FIDELIS amice Christi, princeps athlctarum ejus, splendidissimum luminare terras, astrum lucidissimum, vigilans honorantium te custos, custodi nos, martyr Georgi.

Béate Georgi. tua celebramus certamina, quibus

FIDÈLE ami du Christ» prince de ses athlètes, splcndide flambeau de la terre, astre brillant entre tous, protecteur vigilant de ceux qui t'honorent, ô. George, ô martyr, aie-nous sous ta garde.

Nous célébrons aujourd'hui les combats dans lesquels tu

Saint George, Martyr.

3qq

r.s détruit les vaines idoles, et réduit à néant l'erreur propagée par les démons, ô George, glorieux martyr du Christ 1 ^

Tu es entré dans les rangs de l'armée céleste, bienheureux George ! tu contemples maintenant la divine essence, autant qu'il est possible à la créature : daigne nous protéger, nous tous qui te vénérons avec foi.

George, le grand guerrier, a aimé avec ardeur le Christroi qui a donné sa vie pour le salut du monde ; il s'est empressé de mourir pour lui ; enflammé d'un zèle divin, il s'est livré lui-même. Célébrons-le donc avec foi dans nos cantiques comme notre ardent défenseur, comme le glorieux serviteur du Christ, le fidèle imitateur de son Maître, le constant intercesseur auprès de Dieu, afin qu'il obtienne à tous la rémission et le pardon des péchés.

L'armée des anges ellemême admire tes exploits, ô prince de la milice ! le Roi des anges, satisfait de ton courage, a désiré embellir son palais de ta présence, ô Martyr ! et il est allé jusqu'à t'associer pour jamais à son royaume.

idolorum simulacra destruxisti, et omnem dsemoniorum errorem ad nihilum redegisti, gloriosissime martyr Christi.

Cœlestisexercitus particeps effectus, béate Georgi. etdivinam substantiam in quantum possibile est, contemplans, omnes nos te cum fide vénérantes protegere digneris.

Magnus miles Georgius, desideranter diligens Christum regem, qui animam suam pro mundi salute posuit, mortem propter ipsum subirc festinat. Divinoenim zelo inflammatus in corde, seipsum tradidit. Hune ergo nos etiam cum fide hymnis celebremus, ut ardentem defensorem nostrum, ut gloriosum Christi ministrum. ut fidelem Domini sui imitatorem, et apud Deum semper intercedentem, ut omnibus largiatur remissionem et veniam peccatorum.

Certamina tua angelorum exercitus admiratur, princeps militiae ; et rex affgelorum admiratione percuisus, tuam concupivit pulchritudinem, martyr ; ideo dignatus est te regno suo in aeternum consociare.

Le Temvs Pascit.

Dominum tuum imitatus, martyr, libcns et sponte tua ad ccrtaminn lemetipsum tradidisti ; et victoriam reportons, Ecclesiœ Christi custos effici meruisti ; illam semper defensione tua et protectione custodiens.

Ut martyr invictus, ut prasmia ferens, utinsuperabilisfidei propugnator, nunc esto turris inconcussa pro cclebrantibus te, sapiens Georgi, illos undique tuis supplicationibus protegens.

Corona radiante redimitus, et regio diademate et sceptro decoratus, et veste purpurea tuo sanguine rubicunda indutus. béate martyr, nunc in cœlis régnas cum rege angelicarum virtutum.

Venite omnes, festive splendidam, gloriosam resurrectionem Domini hymnfs célébrantes ; iterum etiam splendidam testive celebremus memoriam Georgii martyris ; et illum vernis coronemus floribus, ut invictum athletam ; ut ejus precibus tribulationum simul et peccatorum liberationem accipere mereamur.

Ver advenit nobis, gaudio exsultemus ; resurImitaleur de ton Seigneur, tu t'es élancé spontanément dans les combats, ô Martyr ! A ton retour victorieux, tu as mérité d'être proclamé le champion de l'Eglise du Christ ; garde-la et défendsla toujours par ta protection.

Comme un invincible martyr, comme un soldat couronné, comme un vaillant défenseur de la foi. sois maintenant comme une citadelle inébranlable pour tous ceux qui célèbrent tes louanges, ô George plein de sagesse ; protège-les en tous lieux de ton intercession.

Le front ceint d'une brillante couronne, honoré du diadème royal et du sceptre, couvert de la pourpre éclatante de ton sang, heureux Martyr, tu règnes maintenant dans les cieux avec le Roi des armées angéliques.

Accourez tous, ô fidèles, pour célébrer par vos cantiques la splendide et glorieuse résurrection du Seigneur ; fêtons en même temps la mémoire solennelle de George le Martyr ; couronnons-le des fleurs du printemps comme un athlète insurmontable, et méritons d'être, par ses prières, afiranchis de nos tribulations et de nos péchés.

Le printemps est venu, livrons-nous aux transports de

Saint George. Martyr.

40 r rectio Christi illuxit nobis, lœtabundi gaudeamus ; memoria martyris Georsîii prjemia ferentis, fidèles suo splendore lœ- tificans apparuit ; ideo omnes festivitatis amantes, venite, illam mysticis celebremus canticis. Ipse enim Geoigius, valut fortis miles, contra tyrannos virilem ostendit fortitudinem ; et illos confusione perfudit, imitator factus passionis Salvatoris noslri Jesu Christi. Pro vase corporis lutoso non est misericordia commotus ; sed illud in tormentis velut seneum fundens, penitus transformavit. Illi ergo clamemus : Martvr prœmia ferens, Deum deprecare ut salvet animas nostras.

George ! vous êtes l'honneur de la milice chrétienne. Le service du prince temporel ne vous a pas fait oublier ce que vous deviez au Roi du ciel. \'otre sang généreux a coulé pour la foi du Christ, et en retour le Christ vous a établi chef et conducteur des armées chrétiennes. Soyez leur appui devant les bataillons ennemis, et assurez la victoire aux défenseurs de la cause juste. Protégezles sous les plis de votre étendard, couvrezles de votre bouclier, et répandez la terreur devant eux. Le Seigneur est le Dieu des armées, et la guerre entre souvent dans les plans de sa Providence, tantôt dans un but

la joie ; la résurrection du Christ a lui sur nous, tressaillons d'allégresse ; la fête du martyr George couronné pour sa bravoure apparaît aujourd'hui pour réjouir les fidèles ; nous tous qui aimons cette solennité, célébrons-la par des chants mystiques. Comme un vaillant soldat, George a déployé contre les tyrans un mâle courage, et ils ont été couverts de confusion. Imitateur des souffrances de JésusChrist notre Sauveur, il n'a pas eu pitié du vase d'argile de son corps, et le livrant aux tortures, comme s'il était d'airain, il l'a transformé. Chantons donc à sa gloire : O Martyr entré en possession de la récompense, supplie le Seigneur de sauver nos âmes.

40 2 Le Temps Pascal.

de justice, tantôt dans des vues de miséricorde. Chefs et soldats ont besoin de l'appui céleste. En faisant la guerre, ils semblent souvent faire l'œuvre de l'homme, tandis qu'ils font en réalité l'œuvre de Dieu. C'est pour cette raison qu'ils sont plus accessibles que les autres hommes aux sentiments généreux, que leur cœur est plus religieux. Le sacrifice, le péril, les élèvent au-dessus d'euxmêmes : aussi les soldats occupent-ils une large place dans les fastes des Martyrs. Veillez en particulier sur la milice française, 6 George ! rendez-la aussi chrétienne qu'elleest valeureuse ; nous savons que ce n'est pas en vain que les hommes de guerre ont espéré en vous.

Mais, ô puissant guerrier, la milice temporelle n'est pas la seule qui s'exerce ici-bas; il en est une autre dans laquelle sont enrôlés tous les fidèles du Christ. Le grand Paul, parlant de nous tous, a dit « qu'il n'y aura « de couronnés que ceux qui auront légitime« ment combattu ' ». Nous avons donc à compter sur la lutte en ce monde, si nous écoutons les exhortations que nous adresse le même Apôtre: « Couvrez-vous », nous dit-il, « de « l'armure de Dieu, afin de pouvoir tenir « contre les embûches du diable. Ayez pour « ceinture la vérité, pour cuirasse la justice, « pour chaussure la résolution de marcher « dans la voie de l'Evangile, pour bouclier la « foi, pour casque l'espérance du salut, pour « glaive enfin la parole de Dieu -. » Nous sommes donc des guerriers comme vous,

Saint George, Martyr. 40 3

à George ! Notre divin Chef ressuscité veut, avant de monter au ciel, passer en revue son armée ; présentez-nous à lui. Il nous a admis dans les rangs desagarde malgré nos infidélités passées ; c'est à nous maintenant de nous rendre dignes d'un tel honneur. Nous possédons le gage de la victoire dans le divin aliment pascal : comment pourrions-nous nous laisser vaincre ? Veillez sur nous, vaillant guerrier ! Que vos prières nous aident, penciant que vos exemples nous encourageront à marcher comme vous contre le dragon infernal. Chaque pièce de notre armure lui est redoutable ; c'est Jésus lui-même qui l'a préparée pour nous, et qui l'a trempée dans son sang : fortifiez notre courage, afin que nous puissions, comme vous, la lui présenter entière, au jour où il nous invitera à son repos éternel.

La chrétienté tout entière a besoin, ô George, que vous vous souveniez des hommages qu'elle vous prodiguait autrefois. L'antique piété envers vous s'est, hélas! refroidie, et pour beaucoup de chrétiens votre fête passe inaperçue. Ne vous irritez pas, 6 saintMartyr ; imitez votre Maître qui fait lever son soleil sur les bons et sur les méchants; ayez pitié de ce monde au sein duquel l'erreur a été semée, et qui s'agite en ce moment dans des convulsions si terribles. Considérez avec compassion votre Angleterre que le dragon infernal a séduite, et qu'il fait servir à ses noirs desseins contre le Seigneur et contre son Christ. Armé de la lance avec laquelle vous l'avez autrefois terrassé, courez sur le monstre, et affranchissez enfin l'Ile des Saints

de son joug ignominieux. Au ciel, les ancêtres vous le demandent, o puissant guerrier ! Sur la terre, leurs derniers et rares neveux vous en supplient. C'est au nom de Jésus ressuscité c^ue nous vous conjurons tous d'aider à la résurrection d'un peuple qui fut le vôtre.

ioTRE (divin Ressuscité tient à avoir autour de sa personne une garde d'honneur de Martyrs. Pour la former, il met à contribution tous les siècles. Ce jour a vu s'ouvrir les rangs de la céleste phalange à un généreux combattant qui avait cueilti.sa palm^'e, non en luttant contre le paganisme, comme ceux que nous avons salués déjà à leur passage, mais en défendant sa mère la sainte Eglise contre des tils révoltés, La main des hérétiques a immolé cette victime triomphale, et le xvii<^ siècle a été le théâtre du combat.

Fidèle a rempli toute l'étendue de son nom prédestiné. Jamais un péril ne le vit reculer ; durant toute sa carrière, il n'eut en vue que la gloire et le service de son divin Chef, et quand le moment fut arrivé de marcher audevant du danger suprême, il avança sans tierté comme sans faiblesse, ainsi qu'il convenait à l'imitateur de Jésus allant à la rencontre de ses ennemis. Honneur au courageux enfant de saint François, digne en tout de son séraphique Patriarche, qui affronta le Sarrasin et fut martyr de désir !

Le protestantisme s'établit et se maintint par le sang, et il a osé se plaindre d'avoir été en butte aux résistances armées des enfants de l'Eglise. Durant des siècles, il s'est baigné

4'^'^ Le Temps Pascal.

dans le sang de nos frères dont le seul crime était de vouloir rester fidèles à l'antique foi, à cette foi qui avait civilisé les ancêtres de ses persécuteurs. Il proclamait la liberté en ma-, tière de religion, et il immolait des chrétiens qui pensaient dans leur simplicité qu'il devait leur être permis d'user de cette liberté tant vantée, pour croire et pour prier comme on croyait et on priait avant Luther et Calvin. iMais le catholique a tort de compter sur la tolérance des hérétiques Un instinct fatal entraînera toujours ceux-ci à It. violence contre une Eglise dont la permanence est pour eux un reproche continuel de l'avoir

auittée. Ils chercheront d'abord à l'anéantir ans ses membres, et si la lassitude des combats à outrance amène à la fin un certain calme, la même haine s'exercera en essayant d'asservir ceux qu'elle n'ose plus immoler, en insultant et calomniant ceux qu'elle n'a pu exterminer. L'histoire de l'Europe protestante, depuis quatre siècles, justifie ce que nous avançons ici ; mais nous devons appeler heureux ceux de nos frères qui, en si grand nombre, ont rendu à la foi romaine le témoignage de leur sang.

Lisons maintenant avec tout le respect qu'il mérite le récit de la vie et du martyre de saint Fidèle dégénère pas dans ses Saints.

PDELts in oppido Sueviae Sigmaring;a ex honesta Reyorum familia natus. ab ineunie .'çtate ingularibus naturae

FIDÈLE, né à Sigmaringen, ville de Souabe, de l'honnête famille des Rey, fui remarquable Jcs l'enfance par la réunion des dons de la nagratiaï donis ornatus prae- lure et de la grâce. Doué d'un

Saint Fidèle de Sigmaringen, Martyr. 407

caractère excellent, et formé au bien par une éducation solide, on le vitobtenir à Fribourg le degré en philosophie et dans l'un et l'autre Droit, en même temps qu'il s'exerçait à la vie parfaite dans l'école du Christ, par la pratique constante des vertus. Ayant été donné pour compagnon à plusieurs gentilshommes qui devaient exécuter un long voyage dans les différentes contrées de l'Europe, il ne cessa de les animer à la piété chrétienne par ses paroles et ses actions. On le vit, durant ce long voyage, mortifier sans relâche les désirs de la chair par de fréquentes austérités, et se rendre tellement maître de luimême, qu'il ne donna jamais lieu, au milieu des incidents variés de la route, de remarquer en lui la plus légère impatience. Rempli de zèle pour le droit et la justice, il exerça, après son retour en Allemagne, les fonctions d'avocat, et il s'y fit une grande réputation. Mais ayant éprouvé combien cette profession est périlleuse, il résolut d'embrasser la voie qui conduit le plus sûrement au salut éternel, et, appelé par une vocation d'en haut, il sollicita bientôt son entrée dans l'Ordre séraphique et demanda l'habit chez les Frères mineurs Capucins.

fulsit. Egregiam quippe sortitus indolem, morumque optima imbutus disciplina, dum Friburgi Philosophie, et juris utriusque lauream emeruit, in schola etiam Christi ad perfectionis apicem sedulo virtutum exercitio contendere cœpit. Nobilium exinde virorum, varias Europae provincias lustrantium cornes adscitus, eos ad christianam pietatem sectandam tam verbis quam operibus excitare non destitit. Quinimo in eodem itinerecrebrisausteritatibus desideria Garnis mortificare, ac ita seipsum regere studuit, ut in tanta rerum vicissitudine nullo unquam visus fuerit irae motu perturbari. Juris prœterea, et justitias strenuus propugnator, post reditum in Germaniam célèbre sibi nomen acquisivit in advocati munere : in quo tamen, cum fo:i pericula esset expertus, tutiorem 3eterna2 salutis viam ingredi deliberavit, et superna vocatione illustratus, paulopost Ordini Seraphico inter fratres minores Capuccinos adscribi petiit.

4o8

Pl.t petitionis compos redditus, mundi, suique contemptor insifinis, in ipso statim tyrocinio, magisque cum solemnis prolessionis vota in gaiidio spiritus Domino nuncupasset, in regulari observantia omnibus admirationi fuit, ac exemplo. Orationi maxime, et sacrii litteris vacans, in verbi quoque ministerio singulari gratia excellens ; nedum Catholicos ad meliorem frugem, verum etiam heterodoxos ad veritatis cognitionem attraxit. Pluribus in locis cœnobii praefectus constitutus, prudentia, justitia, mansuetudine, discretione et humilitatis laude. munus sibi demandatum exerçait. Arctissimas paupertatis zelator egregius, quidquid vel minus necessarium videretur, e cœnobio penitus eliminavit. Inter austera jejunia, vigilias et flagella, salutari seipsum prosequens odio, in alios amorern, quasi mater in fiiios, ostendit. Cum pestifera febris Austriacas militares copias dire atlligeret, ipse in extremis infirmorum indigentiis ad assiduacharitalis officia tûto spiritu incubuit. In componendis etiam

AYANT obtenu l'objet de son pieux désir, il fit paraître, dès le noviciat, le plus sincère mépris pour le monde et pour lui-même ; et lorsqu'il eut offert au Seigneur les vœux de la profession solennelle dans l'allégresse de son cœur, sa fidélité à l'observance régulière fut pour tous ses frères un objet d'admiration autant qu'un exemple. Livré tout entier à l'oraison et à l'étude de la science sacrée, favorisé d'une grâce particulière dans le ministère de la parole, non seulement il ramenait les catholiques à une vie meilleure, mais encore il attirait les hérétiques à la connaissance de la vérité. Appelé à exercer la supériorité dans plusieurs couvents de son Ordre, il remplit sa charge avec une prudence, une justice, une douceur, une discrétion et une humilité merveilleuses. Zélateur fervent de la plus stricte pauvreté, il éliminait sans ménagement de chaque couvent tout ce qui lui semblait être moins nécessaire. Rempli envers luimême d'une haine salutaire qu'il manifestait par un jeiine austère, par les veilles et les disciplines, son aflection envers les autres ne pouvait ^e comparer qu'à celle d'une mère pour ses enfants. Une lièvre contagieuse étant venue

Saint Fidèle de Sigmaringen, Martyr. 40g

animorum dissidiis, aliisque proximi necessitatibussublevandis, consilio, et opère adeo prœclare se gessit, ut Pater patri£e meruerit appellari.

à sévir sur les troupes autrichiennes, on le vit se livrer avec la plus vive ardeur aux œuvres de la charité à l'égard des malades dont les besoins étaient extrêmes. 11 excellait

à réconciUier ceux que des querelles avaient divisés, à soulager les nécessités du prochain par son action et ses conseils, et mérita ainsi le nom de Père de la patrie.

VOUÉ au culte fervent de la Vierge .Mère de Dieu et propagateur de son saint Rosaire, il demanda à Dieu par son intercession et celle des autres saints la grâce de donner sa vie et de verser son sang pour le service de la foi catholique. Cet ardent désir prenait de nouvelles forces chaque jour dans la célébration du saint Sacrilice, lorsque, par une admirable providence de Dieu, ce vaillant athlète du Christ fut établi chef des missions que la Congrégation de la Propagande venait d'établir chez les Grisons. Fidèle reçut cette charge laborieuse d'un cœur zélé et plein d'allégresse, et la remplit avec tant d'ardeur, qu'ayant réussi en peu de temps à convertir un grand nombre d'hérétiques à la foi orthodoxe, il fit concevoir l'espérance de voir cette province se réconcilier avec l'E- glise et avec le Christ. Doué du don de prophétie, il prédit plus d'une fois son martyre et les malheurs qui meDEiPAR.E Virginis, et Kosarii cultor eximius, illius prrccipue, aliorumque sanctorum patrocinio a Deo postulavit, ut in catholicœ fidei obsequium, vitam sibi et sanguinem fundere liceret. Cumque ardens hoc desiderium in quotidiana Sacri devota celebratione magisaccenderetur. mira Dei providentia factum est ut fortis Christi athleta prîeses eiigeretur illarum missionuni quas Congregatio de Propaganda fîde pro Rhstia tune temporis instituerai. Qaod arduura munus prompto hilarique animo suscipiens, tanto fervore exsecutus est, ut pluribus hrereticis ad orthodoxam fidem conversis, spesnonmodicaefifulserit totius illius gentis Ecclesiœ et Christo reconciliandœ. Prophétise dono pn-editus futuras Rhaetiœ calamitates suique necem ab hssreticis

naçaient le pays. Ayant eu connaissance des embûches qu'on lui tendait, et s'étanî préparé au combat qui l'attendait, il se rendit à l'église du lieu nommé Sévis, le vingtquatre avril de l'an mil six cent vingt-deux. C'était là que des hérétiques, sous couleur d'une teinte conversion, l'avaient invité la veille à venir faire une prédication. Tout à coup, pendant qu'il parlait, son discours est interrompu par un tumulte ; on le charge de coups et de blessures avec la plus atroce cruauté ; enfin il succombe par une mort glorieuse qu'il accepte avec transport, consacrant ainsi par son sang les prémices des martyrs de la Congrégation de la Propagande. De nombreux mira'cles l'ont illustré après sa mort, principalement à Coire et à Veldlvirck, où l'on conserve ses reliques, qui y sont l'objet d'une grande vénération de la part du peuple fidèle.

Wous avez accompli votre course avec gloire, ^ ô Fidèle ! et la fin de votre carrière a été plus belle encore que n'avait été son cours. Avec quelle sérénité vous êtes allé au trépas! Avec quelle joie vous avez succombé sous les coups de vos ennemis qui étaient ceux de la sainte Eglise ! Semblable à tltienne, vous vous êtes affaissé en priant pour eux ; car le catholique qui doit détester Ihérésie, doit

inferendam sœpius prœdixit. Pûstquam vero, insidiarum probe conscius. impendcnti agoni se prœ- parasset, die vigesima quartà aprilis anno millesimo scxcentesimo vigesimo secundo, ad ecclesiam loci Sevisium nuncupati se contulit : ubi ab hœreiicis, qui, pridieconversionem simulantes, eum dolose ad praedicandum inviîaverant, concione tumultuarie interrupta, per verbera ac vulnera eidem crudeliter inflicta. gloriosam mortem magnoetalacri corde perpessus, primitias martyrum memoratœ Congregationis proprio sanguine consecravit ; pluribus signis et miraculis exinde clarus, prœsertim Curiae et Veldkirchii, ubi summa populi veneratione illius reliquiae asservantur.

Saint Fidèle de Sigmaringen, Martyr. 411

aussi pardonner à l'hérétique qui l'immole. Priez, ô saint Martyr, pour les enfants de l'Eglise ; obtenez qu'ils connaissent mieux encore le prix de la foi, et la grâce insigne que Dieu leur a faite de naîtreau sein de la seule vraie Eglise ; qu'ils soient en garde contre les doctrines perverses qui retentissent de toutes parts à leurs oreilles ; qu'ils ne se scandalisent pas des tristes défections qui se produisent si souvent dans ce siècle de mollesse et d'orgueil. C'est la foi qui doit nous conduire à Jésus ressuscité; il nous la recommande, quand il dit à Thomas : « Heureux « ceux qui n'ont pas vu, et qui cependant ont « cru ! » Nous voulons croire ainsi, et c'est pour cela que nous nous attachons à la sainte Eglise qui est la souveraine maîtresse de la foi. C'est à elle que nous voulons croire, et non à la raison humaine qui ne saurait atteindre jusqu'à la parole de Dieu, et moins encore la juger. Cette sainte foi, Jésus a voulu qu'elle nous arrivât appuyée sur le témoignage des martyrs, et chaque siècle a produit"ses"martyrs. Gloire â vous, ô Fidèle, qui avez conquis la palme en combattant les erreurs de la prétendue réforme ! Vengez-vous en martyr, et demandez sans cesse â Jésus que les sectateurs de l'erreur reviennent à la foi et à l'unité de l'Eglise. Ils sont nos frères dans le baptême ; prtez afin qu'ils rentrent au bercail, et que nous puissions célébrer un jour tous ensemble la véritable Cène de la Pâque, dans laquelle l'Agneau divin se donne en nourriture, non d'une manière figurée, comme dans la loi ancienne, mais en réalité, comme il convient à la loi nouvelle.

CtiA CtlX ctiA CtlX C\Ui ttlA <tlA ftlA ftiA «Ai* CViA CtiA

I^E Lion évangélique qui assiste devant le trône de'Dieu, avec l'Homme, le Taureau et l'Aigle, se montre aujourd'hui sur le Cycle. Ce jour a vu Marc s'élancer de la terre au ciel, le front ceint de la triple auréole de l'Evangéliste, de l'Apôtre et du Martyr.

De même que les quatre grands Prophètes, Isaie, Jérémie, Ezéchiel et "Daniel, résument en eux la prédiction en Israël ; ainsi Dieu voulait que la nouvelle Alliance reposât sur quatre textes augustes, destinés à révéler au monde la vie et la doctrine de son Fils incarné. Les quatre Evangiles, nous disent les anciens Pères, sont les quatre fleuves qui arrosaient le jardin des délices, et ce jardin était la ligure de l'Eglise à venir. Le premier des quatre oracles de la nouvelle Alliance est Matthieu, qui avant tout autre initia les hommes à la vie et à la doctrine de Jésus ; nous verrons poindre son astre en septembre; le second est Marc qui nous illumine aujourd'hui ; le troisième est Luc, dont nous attendrons le lever jusqu'en octobre ; le quatrième est Jean, que nous avons connu près de la crèche de l'Emmanuel en Bcthléhem. Arrêtons-nous à contempler les grandeurs du second.

Saint Marc, Kvans^éîiste. 41 3

Marc est le disciple chéri de Pierre, le brillant satellite du Soleil de l'Eglise. Son Evangile a été écrit à Rome, sous les yeux du Prince des Apôtres. Le récit de Matthieu avait déjà cours dans l'Eglise ; mais les tidèles de Rome désiraient y joindre la narration personnelle de leur Apôtre. Pierre ne consent pas à écrire lui-même; il engage son disciple à prendre la plume, et l'Esprit-Saint conduit la main du nouvel Evangéliste. Marc s'attache à la narration de Matthieu ; il l'abrège, mais en même temps il la complète. Un mot, un trait de développement, viennent attester à chaque page que Pierre, témoin et auditeur de tout, a suivi de près le travail de son disciple. Mais le nouvel Evangéliste passera-t-il sous silence ou cherchera-t-il à atténuer la faute de son maître ? Loin de là ; l'Evangile de Marc sera plus dur que celui de Matthieu dans le récit du reniement de Pierre. On sent que les larmes améres provoquées par le regard de Jésus dans la maison de Caïphe, n'ont pas encore cessé de couler. Le travail de Marc étant terminé, Pierre le reconnut et l'approuva , les Eglises accueillirent avec transport ce second récit des mystères du salut du monde, et le nom de Marc" devint célèbre par toute la terre.

Matthieu, qui ouvre son Evangile par la généalogie humaine du Fils de Dieu, avait réalisé le type céleste de l'Homme ; Marc remplit celu'i du Lion; car il débute par le récit de la prédication de Jean-Baptiste, rappelant gue le rôle de ce Précurseur du Messie avait été annoncé par Isaïe, quand il avait parlé de la Voix de celui qui crie dans le désert; voix

4i4 ^^ Temps Pascal.

du lion qui ébranle les solitudes par ses rugissements,

La carrière d'Apôtre s'ouvrit devant Marc lorsqu'il eut écrit son Evangile. Pierre le dirigea d'abord sur Aquilée, ou il fonda une insigne Eglise ; mais c'était trop peu pour un Evangéliste. Le moment était venu où l'E- gypte, la mère de toutes les erreurs, devait recevoir la vérité, où la superbe et tumultueuse Alexandrie allait voir s'élever dans ses murs la seconde Eglise de la chrétienté, le second siège de Pierre. Marc fut destiné par son maître à ce grand œuvre. Par sa prédication, la doctrine du salut germa, fleurit et produisit le bon grain sur cette terre la plus infidèle de loute's ; et l'autorité de Pierre se dessina dès lors, quoique à des degrés différents, dans les trois grandes cités de l'Empire : Rome, Alexandrie etAntioche.

Sous l'inspiration de Marc, la vie monastique préluda à ses saintes destinées, dans Alexandrie même, par l'institution chrétienne des Thérapeutes. L'intelligence de la vérité révélée prépara de bonne heure, dans ce grand centre des études humaines, les éléments de la brillante école chrétienne qui commença d'y fleurir dès le second siècle. Tels furent les eff'ets de l'influence du disciple de Pierre dans la seconde Eglise du monde.

Mais la gloire de Marc fût restée incomplète, si l'auréole du martyre ne fût pas venue la couronner. Les succès de la prédication du saint Evangéliste ameutèrent contre lui les fureurs de l'antique superstition égyptienne. Dans une fèie de Scrapis, Marc fut

Saint Marc, Evangéliste. 41 5

maltraité par les idolâtres, et on le jeta dans un cachot. Ce fut là que le Seigneur ressuscité, dont il avait raconté la vie et les œuvres divines, lui apparut la nuit, et lui dit ces paroles célèbres qui sont la devise de l'antique république de Venise : « Paix soit « avec toi, Marc, mon Evangéliste ! » A quoi le disciple ému répondit: «"Seigneur! » Sa joie et son amour ne trouvèrent pas d'autres paroles. Ainsi Madeleine, au matin de Pâques, avait gardé le silence après ce cri du cœur : « Cher Maître ! » Le lendemain, Marc fut immolé par les païens; mais il avait rempli sa mission sur la terre, et le ciel s'ouvrait au Lion, qui allait occuper au pied du trône de l'Ancien des jours la place d'honneur où le Prophète dePathmosle contempla dans sa sublime vision.

Au IX* siècle, l'Eglise d'Occident s'enrichit de la dépouille mortelle de Marc. Ses restes sacrés furent transportés à Venise, ^ et sous les auspices du Lion évangélique commencèrent pour cette ville les glorieuses destinées qui ont duré mille ans. La foi en un si grand patron opéra des merveilles dans ces îlots et' ces lagunes d'où s'éleva bientôt une cité aussi puissante que magnifique. L'art byzantin construisit l'imposante et somptueuse Eglise qui fut le palladium de la reine des mers, et la nouvelle république frappa ses monnaies à l'effigie du Lion de saint Marc: heureuse si, plus filiale envers Rome et plus sévère dans ses mœurs, elle n'eût jamais dégénéré de sa gravité antique, ni de la foi de ses plus beaux siècles !

41 6 Le Temps Pascal.

r^ E jour est remarquable dans les fastes de ^ la Liturgie par la célèbre Procession dite de Saint-Marc. Cette appellation cependant n'est pas exacte, puisque la procession était déjà tixée au 23 avril, avant l'institution de la fètc du saint Evangéliste, qui n'avait pas encore son jour spécial dans l'Eglise romaine au vie siècle. Le véritable nom de cette Procession est Litanie majeure. Le mot Litanie signirie Supplication, et s'entend d'une marclie religieuse durant laquelle on exécute des chants qui ont pour but de fléchir le ciel. Ce mot désigne également le cri que l'on y fait entendre : « Seigneur, ayez pitié ! » c'est le sens des deux mots grecs : Kyrie eleison. Plus tard on a appliqué" le nom de Litanies à tout l'ensemble d'invocations qui ont été ajoutées à la suite des deux mots grecs, de manièrQ à former un corps de prière liturgique que l'Eglise emploie dans certaines circonstances importantes,

La Litanie majeure, ou grande Procession, est ainsi nommée pour la distinguer des Litanies mineures^ ou processions moindres sous le rapport de la solennité ou du concours. On voit par un passage de saint Grégoire le Grand que l'usage de l'Eglise Romaine était de célébrer chaqiie année une Litanie majeure, à laquelle tout le clergé et tout le peuple prenaient part, et que cet usage était déjà ancien. Le saint Pontife ne ht autre chose que de hxer au 25 avril cette Procession, et d'indiquer la Basilique de Saint-Pierre pour lieu de la station.

La Procession de Saint-Marc. 41 j

Plusieurs auteurs liturgistes ont confondu avec cette institution les Processions que saint Grégoire ordonna plusieurs fois dans les calamités publiques, et qui sont totalement distinctes de celle d'aujourd'hui. Celleci avait lieu antérieurement, mais sans époque absolument déterminée, et elle n'est redevable à saint Grégoire que de son attribution au 25 avril. C'est donc à ce jour qu'elle est affectée, et non à la solennité de saint Marc établie postérieurement. S'il arrive que le ib avril tombe dans la semaine de Pâques, la procession a lieu le jour même, à moins que ce jour ne soit celui de Pâques; quant à la fête du saint Evangéliste, elle est alors renvoyée après l'Octave.

On demandera peut-être pourquoi' saint Grégoire a choisi de préférence le 25 avril, pour y établir une Procession et une Station où tout respire la componction et la pénitence, dans une saison de l'année où TEglise est tout entière aux joies de la résurrection du Sauveur. Un savant liturgiste du siècle dernier, le chanoine Moretti, a le premier résolu ce problème. Dans une dissertation érudite il a constaté que l'Eglise Romaine, au ye siècle et probablement dès le iv^, célébrait solennellement la journée du 25 avril. La population se rendait en ce jour à la Basilique de Saint-Pierre, afin d'y célébrer l'anniversaire du jour où le Prince des Apôtres, entrant dans Rome, était venu apporter à la ville éternelle la dignité inamissible de capitale suprême de toute la chrétienté. De ce jour commencent en effet les vingt-cinq années, deux mois et quelques jours que Pierre

41 '^ Le Temps Pascal.

siégea dans Rome •. Le Sacramentairc léonien contient encore la Messe de cette solennité tombée plus tard en désuétude. Saint Grégoire, le grand organisateur de la Liturgie,"ne voulut pas qu'un jour si auguste passât chaque année sans reveiller chez les Romains le souvenir de l'événement qui fait la principale gloire de leur cité, et il ordonna que l'Eglise de Saint-Pierre fût le rendezvous de^la grande Litanie fixée pour jamais à ce jour. La coïncidence assez fréquente du 25 avril avec l'Octave de la Pàque ne permettait pas d'établir une fcte proprement dite pour commémorer l'arrivée de saint Pierre a Rome; saint Grégoire prit donc le seul parti qui restait à "prendre pour conserver un si grand souvenir.

Mais le saint Pontife ne put empêcher le contraste très prononcé qui exista dès lors entre les allégresses du moment présent et les sentiments de pénitence qui doivent accompagner la Procession et la Station de, la Litanie majeure, instituées l'une et l'autre! dans le but d'implorer la miséricorde divine. I Comblés de faveurs de toute espèce en cej saint Temps, inondés des joies pascales, nei nous plaignons pas cependant de la nécessité que la sainte Eglise nous impose de rentrer pour quelques heures dans les sentiments de componction qui conviennent à des pécheurs comme nous. Il s'agit de détourner les Héaux que les iniquités de la terre ont mérités,

I. MoRETTl. De festo in honorem principis Apostoloriini Ronicc ad diem xxv Aprilis instituto. Rome,

La Procession de Saint-Marc. 41g

d'obtenir, en s'humiliant et en invoquant le crédit de la Mère de Dieu et des Saints, la cessation des maladies, la conservation des moissons; de présenter enfin à la divine justice une compensation à l'orgueil, à la mollesse et aux révoltes de l'homme. Entrons dans ces sentiments, et reconnaissons humblement la part qu'ont nos propres péchés dans les motifs qui ont excité le courroux céleste ; et nos faibles supplications, unies à celles de la sainte Eglise, obtiendront grâce pour les coupables et pour nous qui sommes du nombre.

Ce jour consacré à la réparation de la gloire divine ne pouvait se passer sans les expiations salutaires dont le chrétien doit accompagner l'offrande de son cœur repentant. L'abstinence de la viande a été exigée de tout temps à Rome en ce jour ; et lorsque la Liturgie Romaine eut été établie en France par Pépm et Charlemagne, la grande Litanie du 20 avril se trouvant dès lors en usage chez nous, le même précepte d'abstinence y fut promulgué. Le concile d'Aix-la-Chapelle de 836 ajouta l'obligation de suspendre en ce jour les œuvres serviles, et cette même disposition se retrouve dans les Capitulaires de Charles le Chauve. Quant au jeûne proprement dit, le Temps pascal ne l'admettant pas, il ne semble pas avoir été obervé en ce jour, au moins d'une manière générale. Amalaire, au ix^ siècle, atteste qu'on ne le pratiquait pas même à Rome de son temps.

Dans le cours de la Procession, on chante les Litanies des Saints, suivies des nombreux Versets et Oraisons qui les complètent. La

42 0 Le Temps Pascal.

Messe de la Station est célébrée selon le rite du Carcme, sans Gloria in excelsis et avec la couleur violette. Les fidèles trouveront dans leurs livres d'Eglise cette Messe ainsi que les Litanies; nous manquons de place pour les insérer ici.

Mais qu'il nous soit permis de protester contre la négligence d'un grand nombre de chrétiens, de personnes même plus ou moins adonnées à la piété, et que l'on ne voit jamais assister à la Procession de Saint-Marc ni à celles des Rogations. Le relâchement sur ce point est à son comble, surtout dans les villes. Ces mêmes chrétiens ont accueilli cependant avec satisfaction la remise de l'abstinence qui a été obtenue pour certains diocèses ; il semble que cette indulgence de.rait les rendre d'autant plus empressés à prendre part à l'œuvre de la prière, celle de la pénitence ayant été allégée par la dispense. La présence du peuple tidèle aux Litanies fait partie essentielle de ce rite réconciliateur, et Dieu n'est pas obligé de prendre en considération des prières "auxquelles ne s'unissent pas ceux qui sont appelés à les lui ortrir. C'est là un des mille points sur lesquels une prétendue dévotion privée a jeté dans l'illusion beaucoup de personnes. A son arrivée dans la ville de Milan, saint Charles Borromée trouva aussi que son peuple laissait le clergé accomplir seul la procession du 25 avril. Il se fit une loi d'y assister en personne, et il y marchait nu-pieds. Le peuple ne tarda pas à se presser sur les pas de son pasteur.

Saint Marc, Èvangéliste.

EVENONS au saint Evangéliste, et réunissons à sa gloire les éloges de l'Orient et de l'Occident. Nous commencerons par cette Hymne que lui consacra au ix'^ siècle saint Paulin, l'un de ses successeurs sur le siège d'Aquilée.

DEJA par le monde entier elle répand son éclat, cette Lumière céleste qui est la splendeur du Père, et de laquelle procède la lumière créée qui nous réjouit de son éclat ; ce flambeau qui dans sa splendeur n'éprouve jamais de défaillance et éclaire notre ciel, en dissipant les ombres qui couvraient le monde.

Le bienheureux Marc, docteur Evangélique. avait reçu dans son cœur un rayon de cette lumière sacrée ; reflet ardent et lumineux, il chassa devant lui les ténèbres dont le monde était enveloppé.

Il fut une des sept blanches colonnes qui soutiennent l'édifice, l'un des sept chandeliers d'or, un astre dont Féclat parcourt l'univers entier ; placé à la base, il soutient,

: AM nunc per omne lux J refulget sseculum. Lux illa Patris quœ lucet

de solio, Quae fons, origo, splendor lucis aureae, Habensque semper lumen indeficiens, Cœlum serenat arcens

mundi tenebras.

Hujus sacrato lucis de vibramine, Suscepit almum radium

sub pectore Marcus beatus, doctor

Evangelicus ; Factus lucerna more

tanti luminis, Ardens fufravit sœculi

caliginem.

Septem columnis una

de candidulis, Aureis septem unum de

candelabris, Cingitque totum mundum claro sidère :

Ecclesiarum nititur sub

culmine. Sustentât altne fundamenta tabricae.

Quantum qaod olim viderat Ezechiel

Propheta sanctus, animal laelissimum

Vidit Johannes , ceu Christi recubitor,

Leonis hoc et typice sub specie

Clamore multo par déserta frendere.

Sic a beato Petro missus adiit

Aquileiensem dudum famosissimam

Urbem, sacrati Verhi puUulantia

Disseminavit , satosque centuplices

Fructiis ad alta vexit felix horrea.

Christi dicavit mox ibi Ecclesiara :

Nam fundamentum fidei fortissimum

Fixerat unum petram super limpidam,

Quam flumen undans,nec ventorum fulmina

Quassare possunt, torrentes nec pluvia;.

Deinde rursus cum corona remeans, Athleta Christi compta pulchris liliis,

comme un de leurs quatre fondements, les Eglises qui sont sous le ciel.

Ezechiel, l'antique et saint prophète. Jean qui reposa sur le sein du Christ, l'ont vu l'un et l'autre sous la forme d'un animal mystique, sous le symbole du Lion qui fait retentir le désert de ses rugissements.

Le bienheureux Pierre l'envoya vers la ville d'Aquilée, cité fameuse en ces temps ; Marc y sema la parole sainte, et sa moisson s'élevait au centuple, lorsqu'il la transporta dans les greniers célestes.

Ce fat lui qui établit dans cette ville l'Eglise du Christ, la posant sur le solide fondement de la foi. sur cette pierre sans tache, que ni les débordements du fleuve, ni la fureurdes vents, ni les torrents, ni les pluies, ne sauraient ébranler.

Il en revint le front ceint d'une couronne qui mêlait à ses palmes et à ses lauriers l'éclat des roses et des lis;

Saint Marc, Évangéliste.

athlète combattant du Christ, il portait ce diadème glorieux, lorsqu'il rentra dans Rome, conduit par ce Maître divin.

Ce fut alors que, rempli de l'Esprit-Saint, il se dirigea vers Alexandrie, et on l'entendit dans toute l'étendue de

1 Egypte annoncer aux hommes que le Fils unique du

Père adorable était venu sur la terre pour le salut du monde.

Mais ce peuple endurci et cruel préparait des tourments au soldat du Christ. Un jour il le chargea de chaînes, le blessa avec la pointe de ses javelots, déchira sa chair à coups de fouets, et l'enferma dans une noire prison.

Marc fut donc le premier qui porta le nom du Dieu suprême dans Alexandrie ; il dédia au Christ une basilique qui fut consacrée par l'effusion de son sang, et à laquelle il donna la sainte foi pour rempart.

Gloire et empire soit au Père 1 à vous aussi. Fils de

Mistumque palmis, lauro

atque rosulis, Portabat gaudens diadema vertice. Ingressus urbem Romam

Christo comité.

His ita gestis pergit

Alexandriam, Sancto repletus Spiritu,

LTlissimos Fines per omnes jugiter

Memphiticos, Patris tremendi prœdicabat unicum Venisse mundi pro salute

Filium.

Turba crudelis Christi

circa militem Tumens parabat tormentorum spicula : Vinxit catenis, transfixit aculeis, Dilaniando flagris sancta

viscera : Carcerisumbras misit ad

phantasticas.

Prinius superni Numinis notitiam Dédit in urbem Marcus

Alexandriam : Christi dicavit mox ibi

basilicam, Quam expiavit pretioso

sanguine : Vallavit aimas fîdei muGloria Patri, decus et imperium,

Sit Nate semper tibi super sidéra

Honor, potestas, Sanctoque Spiritui ;

Sit Trinitati virius individuae,

Per infinita ssculorum sœcula. Amen.

Dieu, au plus haut des cieux ! à l'Esprit-Saint honneur et puissance ! à l'indivisible Trinité, nos hommages dans les siècles éternels! A:nen.

L'Eglise grecque, dans ses Menées, célèbre à son tour le saint Evangéliste par de nombreuses strophes, entre lesquelles nous choisissons les suivantes.

DiviNORU.M sermonum scriptorem, et magnum ^Ègypti protectorem, fidèles, dignis celebremus laudibus, clamantes : Marce sapiens, doctrinis et precibus tuis omnes nos ad tranquillam sine tempestate vitam ut Apostolus dirige. Socius peregrinationis Vasis elcctionis fuisti, et cum illo omnem peragrasti Macedoniam. Postea Romam adveniens, gratus Pétri interpres apparuisti ; et cum digna Deo prœlia sustinuisses, in ^■Egypte requievisti.

Animas silicntcs et aridas candidis Evangelii tui nivibus vivificasti; ideo, dive Marce, splendide nobiscum hodie Alexandria tuam celcÉLÉBRONs, ô fidèles, par de dignes louanges l'écrivain sacré, le grand patron de l'Egypte, et disons : O Marc rempli de sagesse, par ton enseignement et tes prières conduis-nous tous, comme un Apôtre, à cette vie tranquille qui ne connaît plus les tempêtes.

Tu fus d'abord le compagnon des vovages de celui qui est le Vase d'élection, et avec lui tu parcourus toute la Macédoine ; venu ensuite à Rome, tu apparus en cette ville comme l'interprète de Pierre. et après de dignes combat* soutenus pour Dieu, l'Egypte fut le lieu de ton repos.

Tu rendis la vie aux àmcs brûlées de soif, en faisant tomber sur elles la blanche neige de ton Evangile ; c'est pour cela, divin Marc, que Alexandrie célèbre aujourSaint Marc, Évangéliste.

d'hui ta fête avec nous par des chants magnifiques, et s'incline avec respect devant tes reliques.

Heureux Marc, tu t'es désaltéré au torrent des délices célestes, et tu as jailli du Paradis comme un fleuve de paix dont les eaux sont éclatantes de lumière, arrosant la face de la terre par les ruisseaux de ta prédication évangélique, versant les flots de ta doctrine divine sur les plantations de l'Eglise.

Si Moise autrefois engloutit les Egyptiens dans les abimes de la mer, c'est toi, ô Marc digne de toute louange, qui par la sagesse de tes enseignements lésas retirés du gouffre de l'erreur, étant assisté du divin pouvoir de celui qui a daigné être pèlerin dans ce pays, et a détruit dans la force de son bras les idoles que la main de l'homme avait faites.

O divin Marc, tu as été la plume de l'écrivain sage et rapide, en racontant d'une façon merveilleuse l'incarnation du Christ, et annonçant dans un splendide langage les paroles de l'éternelle vie qui sont rapportées dans Ion livre ; adresse au Seigneur tes prières en faveur de ceux qui célèbrent et honorent ta glorieuse mémoire.

O Marc digne de louange, par ton Evangile tu as parbrat et laudibus exaltât festivitatem, tuasque veneratur reliquias.

Beatissime Marce, voluptatis torrentem bibisti ; velut ex Paradiso prosiluisti splendidissimus pacis fluvius, Evangelicaï praedicationis tune rivulis irrigans faciem terrœ, et solidas Ecclesiœarbores divinis aspergens doctrinis.

Marce omnilaudabilis, Moyses olim ^gyptios in maris abyssura praecipitavit ; tu vero sapiens, illos ex mari erroris extraxisti , divina virtute ejus qui illic corporaliter peregrinatus est, et opéra manuum illorum destruxit in brachio excelso.

O dive Marce, sapientis scribae et velociter scribentis calamus apparuisti, Christi incarnationem mirabiliter scribens, et splendide annuntians verba aeternœ vitae ; ut in illa describantur te célébrantes, et tuam gloriosam honorantes memoriam, Dominum deprecare.

0 Marce laudabilis,

Christum evangelizans

omncm pcrcurnsti terram, illam siciit sol illuminans radiis fidei, illam antca coopenam tcnebris i dolo la t r iœ : et nunc Deiim exora, ut animabiis nostris paccm et macnam concédât misericordiam.

O Marce Apostole , ubi primum abundavit impietatis stultilia ipso evangclizasti ; ^Egyptioruni tenebras lumine scrmonum tuorum depellens, Deinuntius ; et nunc deprecare ut nobis Deus concédât pacem et magnam misericordiam.

Pétri sapientis discipulus. et ejus filiali adoptione potitus, Marce omnilaudabilis, mysteriorum Christi interpres effectus es. et cohaeres ejusdem glori.-e apparuisti.

In omnem lerram exivit sonus tuus, et in fines orbis terrce mirabiliter verborum tuorum virtus Davidicoresonans clangore, nobis annuntiavit salutem et regenerationem.

Verbis tuis dulcedinem pietatis distillasti. velut divinus mons undique radiis illuminatus, illustre resplendens gratia Solis spiritualis, Marce beatissime.

De domo Domini fons exsiluisti, ctsitientes anicouru la terre entière ; elle était couverte des ténèbres de l'idolâtrie : tu l'as éclairée comme un soleil des rayons de la foi : prie Dieu maintenant qu'il daigne octroyer à nos âmes la paix et sa grande miséricorde.

Apôtre Marc, tu as accompli ta prédication dans la région où régna tout d'abord la folie de l'impiété ; messager de Dieu, l'éclat de tes paroles dissipa les ombres de

1 Egypte ; demande aujourd'hui à Dieu qu'il nousdonne la paix et sa grande miséricorde.

Disciple de Pierre, qui fut maître de la sagesse, honoré de son adoption, ô Marc, digne de toute louange, tu es devenu l'interprète des mystères du Christ et le cohéritier de sa gloire.

Ta voix a retenti par toute la terre ; la vertu de tes paroles, comme la trompette de David, a résonne jusqu'aux confins du monde, nous annonçant le salut et une nouvelle naissance.

Tes paroles ont été comme de doux ruisseaux de pieté, et toi tu as été comme la montagne divine d'où ils émanent, toute rayonnante des feux du Soleil spirituel de la grâce, o .Marc très heureux !

Tu as jailli de la maison du Seigneur comme une source,

Saint Marc, Evangéliste.

et tu as arrosé les âmes altérées des eaux abondantes de

1 Esprit-Saint, faisant produire à leur stérilité des fruits abondants, ô bienheureux Apôtre !

Pierre , le prince des Apôtres, t'a initié à sa merveilleuse doctrine ; il ta chargé d'écrire l'Evangile sacré, et ta désigne comme le ministre de la grâce ; alors tu as fait briller à nos yeux la lumière qui fait connaître Dieu.

La grâce de l'Esprit-Saint étant descendue sur toi , Apôtre, tu as anéanti les subtilités de l'éloquence humaine, et semblable à un pécheur, tu as entraîné au Seigneur dans ton filet toutes les nations, ô Marc digne de tout éloge, prédicateur du divin Evangile.

Tu as été le digne disciple du Prince des Apôtres ; comme lui tu as proclamé le Christ Fils de Dieu -, tu as établi sur la Pierre de vérité ceux qui flottaient au vent de l'erreur. Etablis-moi aussi sur cette Pierre, ô Marc plein de sagesse ; dirige les pas de mon âme, afin que j'échappe aux pièges de l'ennemi, et que je puisse te glorifier sans obstacles, ô toi qui as répandu la lumière sur tous les hommes en leur adressant l'Evangile divin.

mas abundanter Spiritus Sancti rivulis irrigasti, docens pro sterilitate bonos fructus facere. o béate Apostole.

Princeps Apostolorum Petrus te mirabiliter initiavit doctrinis. ut venerabile scriberes Evangelium, te gratis ministrum ostendens ; tu enim nobis Dei cognitionis lumen splendescere fecisti,

Spiritus Sancti gratiam desuper accipiens, rhetorum subtilitates , Apostole. dextruxisti, et universas nationes velut in sagena piscatorad Dominum traxisti. Marce omnilaudabilis, divinum praedicans Evangelium.

Principis Apostolorum discipulus esse meruisti, et cum illo Christum Filium Dei annuntians , super Petram veritatis confirmasti errore fluctuantes. Super istam Petram me quoque confirmans, sapiens Marce , animae meae gressus dirige, ut ex inimici laqueis ereptus. te absque ullis impedimentis glorificare possim. Tu enim omnes illuminasti. divinum praïdicans Evangelium.

42 8 Le Temps Pascal.

ous êtes, ô Marc, le Lion mystérieux attelé avec l'Homme, le Taureau et l'Aigle, au char sur lequel le Roi des rois s'avance à la conquête du monde. Dès l'ancienne Alliance, Ezéchiel vous vit dans le ciel, et Jean, le Prophète de la Loi nouvelle, vous a reconnu près du trône de Jéhovah. Quelle gloire est la vôtre ! Historien du Verbe fait chair, vous racontez a toutes les générations ses titres à Tamour et à l'adoration des hommes ; l'Eglise s'incline devant vos récits, et les proclam.e inspirés par TEsprit-Saint.

Nous vous avons entendu au jour même de la Pâque nous raconter la résurrection de notre Sauveur; faites, ô saint Evangéliste, que ce divin mystère produise en nous tous ses fruits; que notre cœur, comme le votre, s'attache au divin Ressuscité, afin que nous le suivions partout dans cette vie nouvelle qu'il nous a ouverte en ressuscitant le premier. Demandez-lui qu'il daigne nous donner sa paix, comme il l'a donnée à ses Apôtres en leur apparaissant dans le Cénacle, comnie il vous la donna à vous-même dans la prison.

Glorieux Marc, vous fûtes le disciple chéri de Pierre ; Rome s'honore de vous avoir possédé dans ses murs; priez aujourd'hui pour le successeur de Pierre votre maitre,

Eour l'Eglise Romaine battue par la tempête, ion évangélique, implorez le Lion de la tribu de juda en faveur de son peuple ; réveillez-le de son sommeil; priez-le de se lever dans sa force : par son seul aspect, il dissipera tous les ennemis. Apôtre de l'Egypte, qu'est devenue votre

Saint Marc, Evayigéliste. 42 g

florissante Eglise d'Alexandrie, le second siège de Pierre, empourpré de votre sang? Les ruines mêmes ont péri. Le vent brûlant de l'hérésie avait désolé l'Egypte, et Dieu dans sa colère déchaîna sur elle, il y a douze siècles, le torrent de l'islamisme. Ces contrées doivent-elles renoncer pour jamais à voir briller de nouveau le flambeau de la foi, jusqu'à l'arrivée du Juge des vivants et des morts? Nous l'ignorons; mais au milieu des événements qui'se succèdent, nous osons vous prier, 6 Marc, d'intercéder pour ces régions que vous avez évangélisées, et où les âmes sont aussi dévastées que le sol.

Vous vous souviendrez aussi de Venise, 6 Marc ! Sa couronne est tombée, peut-être sans retour ; mais là vit encore ce peuple dont les ancêtres se donnèrent à vous. Conservez la "foi dans son sein ; faites qu'il prospère, qu'il se relève de ses épreuves, qu'il rende gloire à Dieu qui l'a châtié dans sa justice. Toute nation qui s'unit à l'Eglise sera bénie : que Venise revienne aux traditions de son antique fidélité à Rome; et qui sait si le Seigneur, fléchi par vos instances, ô céleste protecteur, ne rouvrira pas pour elle le cours de ces nobles destinées qui ne s'arrêtèrent qu'au jour où, devenue infidèle à tout son passé, elle s'éleva contre sa mère, et oublia les palmes glorieuses de Lépante ?

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EUX astres jumeaux se lèvent aujourd'hui sur le Cycle, à la gloire de Jésus vainqueur de la mort. Pour la seconde fois, ce sont deux Pontifes, et deux Pontifes martyrs. Clet, disciple de Pierre, et son successeur presque immédiat sur la chaire romaine, nous reporte à l'origine de l'Eglise; Marcellin a vu les jours de la grandepersécution de Dioclétien, à la veille du triomphe de la Croix. Inclinons-nous devant ces deux pères de la chrétienté qui l'ont nourrie de leur sang, et présentons leurs mérites à Jésus qui les a soutenus par sa grâce, et leur a donné la conhance qu'un jour ils auraient part à sa résurrection.

On trouve dans le récit de la vie de saint Marcellin un fait qui a été rejeté comme une fable par de savants critiques, et défendu par d'autres non moins érudits. Il est rapporté que le saint Pape fléchit un moment devant les persécuteurs, et qu'il eut la faiblesse d'oflrir de l'encens aux idoles. Plus tard, il aurait réparé sa faute dans une nouvelle et courageuse confession qui lui assura la couronne" du martyre. Notre plan ne comporte pas les discussions critiques ; nous ne chercherons donc pas à éclaircir ce point d'hisSS. Clet et Marcellin, Papes et Mart 481

îoire ; il nous suffit que tout le monde soit d'accord sur le martyre du saint Pape. A réj3oquc où furent rédigées les Légendes du Bréviaire, on ne doutait pas de la chute de Marcellin, et elle ne fut point omise au récit de la vie du Pontife ; dans la suite, ce fait a été attaqué par des arguments qui ne manquent pas de force; l'Eglise cependant n'a jugé que très tard à propos de modifier la rédaction première, et avec d'autant plus de raison que les faits de cette nature n'intéressent en rien la foi. Il n'est pas besoin, sans doute, d'avertir le lecteur que la chute de Marcellin. si elle a eu lieu, ne compromet en rien Pinfaillibilité du Pontife romain. Le Pape ne peut enseigner l'erreur quand il s'adresse à l'Eglise; mais il n'est pas impeccable dans sa conduite personnelle.

V'oici d'abord le récit que la Liturgie consacre à la mjémoire de saint Clet :

CLET. fils d'Emilien. était l de Rome, de la cinquième Région, et de la rue Patri- I cienne. II gouverna l'Eglise j sous les empereurs Vespasien et Titus. Conformément à j l'ordre qu'il en avait reçu du ; Prince des A.pôtres, il établit I à Rome vingt-cinq prêtres. , Il est le premier qui dans ses i lettres s'est servi de ces \ expressions : Salut et bénédiction apostolique. Ayant mis l'Eglise en bon ordre, et l'ayant administrée doure ans, sept mois et deux jours, ' il fut couronné du martyre ;

CLETUS Romanus, pâtre vEmiliano. de Regione quinta, e vico Patricio, imperatoribus Vespasiano et Tito, Ecclesiam gubernavit. Is ex prœcepto Piincipis Apostolorum, in Urbe viginti quinque presbyteros ordinavit. Primus in litteris verbis illis usus est : Salutem et Apostolicam benedictionem. Qui Ecclesia optime constituta, cum ei praefuisset annos duodecim, menses scptem, dies duos, DomiLe Temps Pascal.

tiano imperatorc, secunda post Neronem persecutione, martyrio coronatus est, et in Vaticano juxta corpus beati Pétri sepultus.

La notice sur saint Marcellin est conçue en ces termes.

sous l'empereur Domitien, dans la seconde persécution après celle de Néron, et il fut enseveli au Vatican, prcs du corps de saint Pierre.

nus ab anno ducentesimo nonagesimo sexto ad annum trecentesimum quartum. in immani imperaloris Diocletiani persecutione. Ecclesiœ pracfuit. Multas pertulit angustias ob improbam eorumseveritatem.qui eum redarguebant de nimia indulgentia erga lapsos in idololatriam. quaeque causa fuit, ut per calumniam infamatus fuerit, quasi thus idolis adhibuisset. Verum hic beatus Pnntifex in confessione fidei, una cum tribus aliis christianis, Claudio, Cyrino et Antonino, capite plexus est. Quorum projecta corpora cum triginta sex dies jussu imperatoris sepullura caruissent, beatus Marcellus a soncto Pctro in somnls admonitus, cum Presbyteris et Diaconis, hymnis a; luminibus adhibitis, honoritice sepelienda curavit in cœineM.4.RCELLIN, natif de Rome, gouverna l'Eglise sous la cruelle persécution de l'empereur Dioclétien, depuis l'an deux cent quatre-vingt-seize jusqu'à l'an trois cent quatre. La coupable sévérité de plusieurs qui lui reprochaient une trop grande indulgence a l'égard des chrétiens tombés dans l'idolâtrie, lui suscita des épreuves nombreuses ; on l'accusa même calomnieusement d'avoir offert de l'encens aux idoles. Mais ce bienheureux Pontife eut la tête tranchée pour la confession de la foi, en compagnie de trois autres chrétiens nommés Claude, Cyrinus et Antonin. Leurs corps demeurèrent exposés sans sépulture par ordre de l'empereur ; mais au bout de trente-six jours, le bienheureux Marcel, averti en songe par saint Pierre, les fit ensevelir avec honneur dans le Cimetière de Priscille. sur la voie Salaria, au milieu d'un cortège de prêtres et de diacres, au chant des hymnes et

55. Clet et Marcellm, Papes et Mart. 433 à la lueur des Hambeaux. Marcellin avait gouverné l'E- glise sept ans, onze mois et vingt-trois jours. Dans le cours de son pontificat, il fit deux Ordinations au mois de décembre, dans lesquelles il créa quatre prêtres et cinq évcques pour divers lieux.

terio Priscillîe via Salaria. Rexit Ecclesiam annos sepiem, menses undecim, dies viginti très : quo tempore fecit Ordinationes duas mcnse decembri, quibus creavit presbyteros quatuor, episcopos per diversa lûca quinque.

PRIEZ pour nous, saints Pontifes, et jetez un regard paternel sur l'Eglise de la terre qui fut si agitée en vos temps, et qui est si loin de jouir du calme en ceux où nous vivons. Le culte des idoles a reparu, et si elles ne sont pas aujourd'hui de pierre ou de métal, la violence de ceux qui les adorent n'est pas moindre que celle dont étaient animés les païens des premiers siècles. Les dieux et les déesses devant lesquels on veut voir le monde entier se prosterner, on les appelle Liberté, Progrès, Civilisation moderne. Pour établir le culte de ces nouvelles divinités, on décrète la persécution contre ceux qui refusent de les adorer, on renverse la constitution chrétienne des Etats, on altère les principes de l'éducation de l'enfance, on rompt l'équilibre des éléments sociaux, et un grand nombre de fidèles sont entraînés par l'attrait de ces nouveautés funestes. Préservez-nous de cette séduction, bienheureux martyrs ! Ce n'est pas en vain que Jésus a souffert ici-bas et qu'il est ressuscité d'entre les morts. Sa royauté était à ce prix ; mais nul n'échappe à son sceptre souverain. C'est afin de lui obéir que nous ne voulons d'autre Liberté que celle qu'il a fondée par son Evan4 '^*-i I^e Tentpa Pascal.

gile, d'autre Progrès que celui qui s'accomplit dans la voie qu'il a tracée, d'autre Civilisation que celle qui résulte de l'accomplissement des devoirs qu'il a établis entre les hommes. C'est lui qui a créé l'humanité, qui en a posé les lois et les conditions ; c'est lui qui l'a rachetée et rétablie sur ses bases. Devant lui seul nous fléchissons le genou; ne permettez pas, bienheureux martyrs, que )amaisnousayons le malheur de nous abaisser devant les rêves de l'orgueil humain, quand bien même ceux qui les exploitent auraient la force matérielle à leur service.

;esplendissant du signe sacré de la Passion, Paul de la Croix fait aujourd'hui cortège au vainqueur de ^^^ la mort, a II fallait que le Christ « souffrît, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire^. »

II faut que le Chrétien, membre du Christ, suive son Chef à la souffrance, pour l'accompagner au triomphe. Paul, dès son enfance, a sondé l'ineffable mystère des souffrances d'un Dieu ; il s'est épris pour la Croix d'un immense amour, il s'est élancé à pas de géant dans cette voie royale, et c'est ainsi qu'à la suite du Chef il a traversé le torrent, et qu'enseveli avec lui dans la mort, il est devenu participant des gloires de sa Résurrections.

l.a diminution des vérités par les enfants des hommes semblait avoir tari la source des Saints "\ quand l'Italie, toujours féconde dans sa foi toujours vive, donna naissance au héros chrétien qui devait projeter sur la froide nuit du xviii" siècle le rayonnement de la sainteté d'un autre âge. Dieu ne manque

I. Luc. XXIV, 26. — 2. Rom. VI, 3-5. — 3. Psalm,

4^^ Le Temps Pascal.

jamais à son Eglise. Au siècle de révolte et de sensualisme qui couvre du nom de philosophie ses tristes aberrations, il opposera la Croix de son I-'ils. Rappelant par son nom et SCS œuvres le grand Apôtre des Gentils, un nouveau Paul surgira de cette génération enivrée de mensonge et d'orgueil, pour qui la Croix est redevenue scandale et folie. Faible, pauvre, méconnu longtemps , seul contre tous, mais le cœur débordant d'abnégation, de dévouement et d'amour, il ira, cet apôtre, avec la prétention de confondre, lui aussi, la sagesse des sages et la prudence des prudents; dans la gross'ièreté d'un habit étrange pour la mollesse du siècle, nu-pieds, la tète couronnée d'épines, les épaules chargées d'une lourde croix, il parcourra les villes, il se présentera devant les puissants et les faibles, estimant ne savoir autre chose que Jésus et Jésus crucitié. Et la Croix dans ses mains , fécondant son zèle, apparaîtra comme la force et la sagesse de Dieu i. Qu'ils triomphent, ceux qui prétendent avoir banni le miracle de l'histoire et le surnaturel de la vie des peuples; ils ne savent pas qu'à cette heure même, d'étonnants prodiges, des miracles sans nombre, soumettent des populations entières à la voix de cet homme, qui, par la destruction complète du péché dans sa personne, a reconquis le primitif empire d'Aaam sur la nature et semble jouir déjà, dans su chair mortelle, des qualités des corps ressuscites. Mais l'apostolat de la Croix ne doit pas finir

Saint Paul de la Croix, Confesseur. 43j

avec Paul. A la vieillesse d'un monde décrépit ne suffisent plus les ressources anciennes. Nous sommes loin des temps où la délicatesse exquise du sentiment chrétien était surabondamment touchée parle spectacle de la Croix sous les fleurs, telle que la peignait aux Catacombes un suave et respectueux amour. L'humanité a besoin qu'à ses sens émoussés par tant d'émotions malsaines, quelqu'un soit maintenant chargé d'otfrir sans cesse, comme réactif suprême, les larmes, le sang, les plaies béantes du divin Rédempteur. Paul de la Croix a reçu d'en haut la mission de répondre à ce besoin des derniers temps ; au prix d'indicibles souffrances, il devient le père d'une nouvelle famille religieuse qui ajoute aux trois vœux ordinaires celui de propager la dévotion à la Passion du Sauveur, et dont chaque membre en porte ostensiblement le signe sacré sur la poitrine.

"N'oublions pas toutefois qu'elle-même la Passion du Sauveur n'est que la préparation pour l'àme chrétienne au grand mystère de la Pàque, terme radieux des manifestations du Verbe, but suprême des élus, sans l'intelligence et l'amour duquel la piété reste incomplète et découronnée. L'Esprit-Saint qui conduit l'Eglise dans l'admirable progression de son Année liturgique , n'a pas" d'autre direction pour les âmes qui s'abandonnent pleinement à la divine liberté de son action sanctiticatrice. Du sommet sanglant du Calvaire où il voudrait clouer tout son être, Paul de la Croix est emporté maintes fois dans les hauteurs divines où il entend ces paroles mystérieuses qu'une bouche humaine ne

438 Le Temps Pascal.

saurait dire '; il assiste au triomphe de ce tils de l'homme qui, après avoir vécu de la vie mortelle et passé par la mort, vit aujourd'hui dans les siècles des siècles ^ ; il voit sur le trône de Dieu l'Agneau immolé, devenu le foyer des splendeurs des cieux^; et de cette vue sublime des célestes réalités il rapporte sur terre l'enthousiasme divin, l'enivrement d'amour qui, au milieu des plus etVrayantes austérités, donne à toute sa personne un charme incomparable. « Ne craignez pas, ditil à ses enfants terrifiés par les attaques furieuses des démons ; n'ayez pas peur , et dites bien haut : Alléluia! Le diable a peur de V Alléluia ; c'est une parole venue du Paradis. » Au spectacle de la nature renaissant avec son Seigneur en ces jours du printemps, au chant harmonieux des oiseaux célébrant sa victoire, à la vue des fleurs naissant sous les pas du divin Ressuscité, il n'y tient plus; suffoquant de poésie et d'amour, et ne pouvant modérer ses transports, il gourmande les fleurs, il les touche de son bâton, en disant : « Taisez-vous ! Taisez-vous !» — « A qui appartiennent ces campagnes? dit-il un jour à son compagnon de route... A qui appartiennent ces campagnes? vous dis-je. Ah ! vous ne comprenez pas?.,. Elles appartiennent à notre grand Dieu!» Et, transporté d'amour, raconte son biographe, il vole en l'air jusqu'à une certaine distance, ce Mes frères, aimez Dieu! répète-t-il à tous ceux qu'il rencontre, aimez Dieu qui mérite tant d'être aimé ! N'entendez-vous pas les feuilles mêmes des arbres

I. Il Cor. xii, 4. — 2. Apoc. I, 18. — 3. Ibid. xxi, 23.

Saint Paul de la Croix, Confesseur. 43q

qui vous disent d'aimer Dieu ? O amour de Dieu ! ô amour de Dieu ! »

Nous nous laissons aller aux charmes d'une sainteté si suave et si forte à la fois : attrait divin que n'inspirèrent jamais les disciples d'une spiritualité faussée, trop en vogue dans l'avant-dernier siècle auprès des meilleurs. Sous prétexte de dompter la nature mauvaise et d'éviter des écarts possibles, on vie les nouveaux docteurs, aMés inconscients du jansénisme, enserrer l'âme dans les liens d'une régularité contrainte, abattre son essor, la discipliner, la retaire à leur laçon dans un moule uniforme, et, par des règles savamment déduites, déterminer avec précision les contours de la sphère où tous enfin marcheraient d'un pas égal, et, sous une direction logique, atteindraient sûrement la perfection de la sainteté. Mais c'est le divm Esprit, l'Esprit de sainteté qui seul fait les Saints, et cet Esprit d'amour est libre par essence. Il s'accommode peu du moule et des méthodes humaines : il souffle oii il veut et quand il veut ; mais on ne sait d'où il vient, ni où il va. Ainsi en est-il de celui qui est né de VEsprit, nous dit le Seigneur i. L'Esprit a élu Paul dès sapremière enfance ; il le saisit dans toute l'expansion de sa riche nature, ne détruit rien, sanctifie tout, et par la grâce décuplant son essor, il le produit sur les modèles antiques, toujours ardent, toujours aimable, et saint plus que personne, en face des chétifs produits d'une école dont les procédés corrects ont pour résultat le plus ordinaire d'user péniblement lame sur ellemême, dans les stériles efforts d'une ascèse impuissante.

Mais l'espace nous manque pour développer ces considérations, et nous ne devons donner ici que le récit abrégé consacré par l'Eglise à Paul de la Croix dans sa Liturgie,

f5 AU LUS a Cruce Uvadœ

1 in Liguria natus, sed e Caslellatio prope Alexandriam nobili gencre oriundus, qua futurus esset sanctitate clarus. innotuit miro splendore qui noctu implevit parientis matris cubiculum. et insigni august.t cœli Reginaî beneficio. quae pueriim in flumen delapsum a certo naufragio illassum eripuit. A primo rationis usu, Jesu Christi crucifixi amore flagrans, ejus contemplationi prolixius vacare cœpit , et carnem innocentissimam vigiliis, flagellis, jejuniis, potu in sexta feria ex aceto cum felle mixto. ac dura quavis castigatione contercre. Martyrii desiderio incensus, exercitui se adiunxit, qui Venetiis ad bellum Turcis inferendum comparabatur ; cognita vero inter orandum Dei voluntate, arma ultro reddidit, prasstantiori militiasopePAUL de la Croix, originaire d'une noble famille de Castellazzo, près Alexandrie, naquit à Ovada en Ligurie. On put présager quelle serait sa sainteté, à la splendeur merveilleuse qui remplit la chambre de sa mère dans la nuit de sa naissance, et à la protection insigne de l'auguste Reine du ciel qui l'arracha dans son enfance aux eaux d'un fleuve où il allait s'engloutir. Dés les premières lueurs de sa raison, embrasé d'amour pour Jésus-Christ crucifié, il s'adonna à la contemplation de ce mystère, matant sa chair innocente par les veilles, les disciplines, les jeunes, les traitements les plus durs, et. le vendredi, mélangeant sa boisson de fiel et de vinaigre. N'aspirant qu'au martyre, il s'enrôla dans l'armée qui s'assemblait à \'enise contre les Turcs ; mais, ayant connu la volonté de Dieu dans la prière, il laissa les armes pour entref)rendre une milice plus excelente qui eût pour but de

Saint Paul de la Croix, Confesseur. 441

défendre l'Eglise et de procurer par tous les moyens le salut des âmes. De retour dans sa patrie, il refusa une alliance honorable et l'héritage d'un oncle, et s'élançant dans la voie la plus étroite, il voulut être revêtu par son evéque d'une tunique grossière. Quoiqu'il ne fût pas clerc encore, celui-ci. considérant l'éminente sainteté de sa vie et sa science des choses divines, le chargea, au grand profit des âmes, de cultiver le champ du Seigneur par la prédication de la divine parole.

IL se rendit à Rome où.

après s'être pénétré de la science théologique, il reçut par obéissance l'ordination sacerdotale des mains du Souverain Pontife Benoît XIII. Ayant obtenu du même Pontife la permission de réunir des compagnons, il se retira dans la solitude du mont Argentaro où l'avait appelé depuis longtemps la Bienheureuse Vierge, en lui montrant un vêtement de couleur noire, orné des insignes de la Passion de son Fils ; ce fut là qu'il jeta les fondements de la nouvelle Congrégation. Après de nombreuses fatigues, il la vit bientôt se recruter de sujets d'élite et Drendre avec la bénédiction

ram daturus, qua? Ecclesias praesidio esse, aeternamque hominum salutem procurare totis viribus niteretur. Reversus in patriam. honestissimis nuptiis. sibique delata patrui hœreditate. recusatis, arctiorem inire semitam, ac rudi tunica a suo Episcopo indui voluit. Tum ejus jussu, ob eminentem vitae sanctimoniam, et rerum divinarum scientiam. nondum clericus Dominicum agrum, maximo cum animarum fructu, divini verbi praedicatione excoluit.

ROMAM profectus, theologicis disciplinis rite imbutus. a summo Pontilice Bénédicte Decimotertio ex obedientia sacerdotio auctus est. Facta sibi ab eodem potestate aggregandi socios. in solitudinem recessit Argentarii montis, quo eum beata Virgo jampridem invitaverat, veste illi simul ostensa atri coloris. Passionis Filii sui insignibus decorata, ibique fundamenta jecit novae Congregationis. Quse brevi, plurimis ab eo toleratis laboribus, prasclaris aucta viris, cum Dei benedictione valde succrevit ;

a Sede Aposlolica non semel confirmata una cum Regulis. quas orando ipse a Deo acceperat, et quarto addito vote pergratam D o m i n i c ae P a s s i o n i s memonam proinovendi. Sacras Virgines quoque instituit, quae excessum charitatis divini Sponsi sedulo meditarentur. Haec inler, animarum inexhausta aviditate ab Evangelii praedicatione nunquam deficiens, homines pêne innumeros. etiara perditissimos, aut in hatresim lapsos, in salutis tramitem adduxit. Prassertim Chrlsti enarranda Passione. mirifica ejus orationis vis erat. qua una cum adstantibus in fletum effusus quaelibet obdurata corda ad pœnitentiam scindebat.

TANTA in ejus pectore alebatur divina; charitatis flamma. ut indusium quod erat cordi propius sa?pe veluti igné adustum. et binas costulœ elatœ apparuerint. Sacrum pntsertim faciens non poterat a lacryrais temperare . frequenii quoque exstasi. cum mira interdum corpoiis elevalione, frui. vultuque superna luce radiante condivine de grands accroissements ; elle fut confirmée plus dune fois par le Siège Apostolique, avec les Règles qu'il avait reçues de Dieu dans la prière, et le quatrième vœu de propager le souvenir béni de la Passion du Seigneur. Il fonda aussi des Religieuses consacrées à méditer l'excès d'amour de l'Epoux divin. Au milieu de ces soins, un zèle insatiable des âmes l'empêchait d'interrompre jamais le cours de ses prédications ; des multitudes presque innombrables, des âmes perdues ou tombées dans l'hérésie furent amenées par lui dans la voie du salut. C'était surtout dans le récit de la Passion que la force merveilleuse de sa parole, noyée dans ses larmes et arrachant aussi les pleurs des assistants, brisait les cœurs endurcis des pécheurs.

LA flamme d'amour divin qu'il nourrissait dans sa poitrine était telle que la partie de son vêtement la plus voisine du cœur parut souvent comme brûlée par le feu, et que deux de ses côtes se soulevèrent. Il ne pouvait arrêter ses larmes, surtout à l'autel; on le voyait dans de fréquentes extases, le corps parfois merveilleusement élevé de terre , et le visage rayonnant d'une lumière surSaint Paul de la Croix, Confesseur. 4,48

naturelle. Plus d'une fois dans ses prédications, on entendit une voix du ciel lui suggérer les paroles, ou son discours retentir comme un tonnerre à plusieurs milles. Il fut illustré du don des langues , de prophétie , de pénétration des coeurs ; il eut puissance sur les démons, les maladies, les éléments. Chéri et vénéré des Papes euxmêmes, il se regardait comme un serviteur inutile, le dernier des pécheurs , digne d'être foulé aux pieds par les démons. Enfin ayant fidèlement gardé jusqu'à une longue vieillesse l'austérité la plus grande , il fit à ses enfants d'admirables exhortations comme pour leur transmettre son esprit en héritage, reçut les sacrements de l'Eglise, et, réconforté par une vision céleste, il passa de la terre au ciel, à Rome, l'an mil sept cent soixante-quinze, au jour qu'il avait prédit. Le Souverain Pontife Pie IX l'inscrivit au nombre des Bienheureux, et, par suite de nouveaux miracles, au nombre des Saints.

spicicbatur. Quandoque dum concionaretur, cœ- lestis vox verba ei suggerentis audita fuit , aut sermo ejus ad plura millia passuum intonuit. Prophetiœ et linguarura dono , cordium scrutatione, potestate indœmones, in morbos, in elementa enituit. Cumque ipsis summis Pontificibus charus ac venerandus esset, servum inutilem, peccatorem nequissimum, a daemoniisquoque conculcandum se judicabat. Tandem, asperrimi vitEB generis ad longam usque senectutem tenacissimus, anno millésime septingentesimo septuagesimo quinto, cum prasclara monita, veluti sui spiritus transmissa haereditate, alumnis tradidisset, Ecclesise sacramentis , ac cœlesti visione recreatus , Romae qua prœdixerat die migravit in cœlum. Eum Plus Nonus Pontifex Maximus in Beatorum. novisque deinde fulgentem signis in Snnctorum numerum retulit.

ous n avez eu qu une pensée,

Paul

retiré dans les trous de la pierre ', qi

444 l-c Temps Pascal.

sont les plaies sacrées du Sauveur, vous eussiez voulu amener tous les hommes à ces sources divines où s'abreuve le vrai peuple élu dans le désert de la vie i. Heureux ceux qui purent entendre votre parole toujours victorieuse, et la mettant à profit, se sauver par la Croix du milieu d'une génération perverse ! Mais en dépit de votre zèle d'apôtre, elle ne pouvait, cette parole, retentir à la fois sur tous les rivages ; et là où vous n'étiez pas, le mal débordait sur le monde. Préparé de longue main par la fausse science et la fausse piété, la défiance contre Rome et la corruption des grands, le siècle où devait sombrer la vieille société chrétienne s'abandonnait aux docteurs de mensonge, et avançait toujours plus vers son terme fatal. Votre oeil, éclairé d'en haut, pénétrait l'avenir et voyait le gouffre où, pris de vertige, peuples et rois s'abîmaient ensemble. Battu par la tempête, le successeur de Pierre, le pilote du monde, impuissant à prévenir l'orage, cherchait par quels efforts, au prix de quel sacrifice il contiendrait au moins un temps les flots déchaînés. O vous, l'ami des Pontifes et leur soutien dans ces tristes jours, témoin et confident des amertumes du Christ en son vicaire, de quelles angoisses suprêmes votre cœur n'eut-il pas le mortel secret ? Et quelles n'étaient pas vos pensées, en léguant, près de mourir, l'image vénérée de la Vierge des douleurs à celui des Pontifes qui devait boire jusqu'à la lie le calice d'amertume et mourir captif dans une terre étrangère ?

Saint Paul de la Croix, Confesseur. 445

Vous promîtes alors de reporter sur l'Eglise, du haut du ciel, cette compassion tendre et effective qui vous identifiait sur la terre à son Epoux soutfrant. Tenez votre promesse, 6 Paul de la Croix ! En ce siècle de désagrégation sociale, qui n'a pas su réparer les crimes du précédent, ni s'instruire aux leçons du malheur, voyez l'Eglise opprimée de toutes parts, la force aux'mains des persécuteurs, le vicaire du Christ prisonnier dans son palais, vivant d'aumônes. L'Epouse n'a d'autre lit que la croix de l'Epoux ; elle vit du souvenir de ses souffrances. L'Esprit-Saint qui la garde et la prépare à l'appel suprême, vous a suscité, ô Paul, pour raviver sans cesse désormais ce souvenir qui doit la fortifier dans les angoisses des derniers jours.

Vos enfants continuent votre œuvre icibas ; répandus par le monde, ils gardent fidèlement l'esprit de leur père. Ils ont pris pied sur le sol d'Angleterre où les voyait d'avance votre esprit prophétique ; et ce royaume pour lequel vous avez tant prié se dégage peu à peu, sous leur douce influence, des liens du schisme et de l'hérésie. Bénissez leur apostolat ; qu'ils croissent et se multiplient dans la proportion toujours croissante des besoins de ces temps malheureux ; que jamais leur zèle ne fasse défaut à l'Eglise, la sainteté de leur vie à la gloire de leur père.

Pour vous, 6 Paul, fidèle au divin Crucifié dans ses abaissements, vous l'avez trouvé fidèle aussi dans sa Résurrection triomphante ; caché dans les enfoncements du rocher mystérieux au temps de son obscurité volontaire, quelle splendeur est la votre,

44^i le Temps Pascal.

aujourd'hui que du sommet des collines éternelles, cette pierre divine, qui est le Christ, illumine de ses rayons vainqueurs la terre entière et l'étendue des cieux '. Eclaireznous, protégez-nous du sein de cette gloire. Nous rendons grâces à Dieu pour vos triomphes. Faites en retour que nous aussi soyons fidèles à l'étendard de la Croix, afin de resplendir comme vous dans sa lumière, quand paraîtra au ciel ce signe du fils de l'homme, au jour où il viendra juger les nations 2. Apôtre de la Croix, initiez-nous en ces jours au mystère de la Pâque si intimement uni au mystère sanglant du Calvaire : celui-là seul comprend la victoire qui fut au combat; seul il partage le triomphe.

I. Fsalm. Lxxv, 5. — 2. Matth. xxiv, 3o.

NTRE les plus célèbres martyrs de l'Occident, saint Gervais et saint Protais occupent l'une des premières places. La vénération que l'Eglise Romaine professe pour eux l'a portée à honorer la mémoire de leur père, qui remporta aussi la palme sous la persécution de Néron, dans le cours du temps consacré à honorer la résurrection du Sauveur. Le récit liturgique sur saint Vital est court ; mais les traits qu'il contient donnent à connaître quels étaient ces chrétiens primitifs, que le glaive païen moissonna dans cette première persécution qui immola, entre autres victimes de choix, les deux Apôtres saint Pierre et saint Paul,

VITAL, père des saints Gervais et Protais, exerçait la profession militaire. Comme il entrait un jour dans Ravenne avec le juge Paulin, on menait au supplice un médecin nommé Ursicin, pour avoir confessé la foi de Jésus-Christ. Vital le voyant chanceler un peu dans les tourments, lui cria : « Ursicin, toi qui par ta mé« decine as coutume de gue« rir les autres, prends garde « de ne pas te donner à toi« même le coup de la mort

\r iTALis miles, sancto" rum Gervasii et Protasii pater, una cum Paulino judice Ravennam ingressus, cum vidisset Ursicinum medicum ob Christian^ tidei confessionem ductum ad supplicium paululum in tormentis titubare, exclamavit : Ursicine medice, qui alios curare solitus es , cave ne te niortis œternœ jaculo conficias. Qua voce conlirmatus Ursicinus , martyrium

fortiter subivit. Quare Paulinus incensus Vitalem coniprehendi jubet, et equuleo tortuin atque in profundani foveani deniersum , lapidibus obrui. Quo facto quidam Apnllinis sacerdos, qui Paulinum in Vilalem incitarat , oppressus a daemone. clainare cœpit , Tu me nimium, Vitalis Chrisli martyr , incendis : et illo astu jactatus, se praecipitavit influmen.

M éternelle. » Fortifié par ces paroles . Ursicin subit le martyre avec constance. Mais Paulin, irrité contre Vital, ordonna de le saisii, et après l'avoir fait tourmenter sur le chevalet, il le fit jeter dans une fosse profonde et accabler sous des pierres. Un prêtre d'Apollon, qui avait excité la colère de Paulin contre Vital, fut tout aussitôt saisi par le démon, et se mit à crier: » Vital, martyr du « Christ, de quel feu tu me i< brûles !» et ne pouvant supporter de telles ardeurs, il se précipita dans le fleuve.

LE péché est rennemi de l'âme ;■ il la replonge dans la mort d'où Jésus l'a tirée par sa résurrection. C'est pour faire éviter ce malheur à l'un de vos frères, ô saint martyr, que votre voix retentit tout à coup, et vint lui rendre, au milieu des tourments, l'attention sur soi-même et la force d'âme. Veillez aussi sur nous avec cette fraternelle charité, 6 Vital ! Nous sommes vivants de la vie de Jésus ressuscité ; mais l'ennemi voudrait nous ôter cette vie. Il s'efforcera d'abord de nous affaiblir, il nous tendra des pièges de toute sorte, enfin il nous suscitera des combats. Priez, o saint martyr, afin que nous soyons sur nos gardes et que le mystère de la Pâque accompli en nous y demeure à jamais en son entier.

-mE héros que la sainte Eglise députe aujourd'hui vers Jésus ressuscité, a combattu si vaillamment que le martyre a couronné jusqu'à son nom. Le peuple chrétien l'appelle saint Pierre Martyr, en sorte que son nom et sa victoire ne se séparent jamais. Immolé par un bras hérétique, il est le noble tribut que la chrétienté du xiii^ siècle offrit au Rédempteur. Jamais triomphe ne recueillit de plus solennelles acclamations. Au siècle précédent, la palme cueillie par Thomas de Cantorbér}^ fut saluée avec transport par les peuples qui n'aimaient rien tant alors que la liberté de l'Eglise ; celle de Pierre fut l'objet d'une ovation pareille. Rien ne surpasse l'enthousiasme du grand Innocent IV, dans la Bulle pour la canonisation du martyr. « La foi chré« tienne appuyée sur tant de prodiges, s'écrie« t-il, brille aujourd'hui d'un éclat nouveau. « Voici qu'un nouvel athlète vient par son a triomphe raviver nos allégresses. Les tro« phées de la victoire éclatent à nos regards, « le sang répandu élève sa voix, la trompette « du martyre retentit, la terre arrosée d'un « sang généreux fait entendre son langage, la « contrée qui a produit un si noble guerrier « proclame sa gloire, et jusqu'au glaive par« ricide qui l'a immolé acclame sa victoire.

4'^o Le Temps Pascal.

« Dans sa joie, l'Eglise-mère entonne au Sei« gncur un cantique nouveau, et le peuple <( chrétien va trouver matière à des chants « d'allégresse qui n'avaient pas retenti encore, a Un fruit délicieux cueilli dans le jardin de « la foi vient d'être placé sur la table du Roi « éternel. Une grappe choisie dans la vigne « de l'Eglise a rempli de son suc généreux « le calice royal ; la branche dont elle a été « détachée par le fer était des plus adhérentes « au cep divin L'Ordre des Prêcheurs a pro« duit une rose vermeille dont le parfum <( réjouit le Roi céleste. Une pierre choisie « dans l'Eglise militante, taillée et polie par « l'épreuve, a mérité sa place dans l'édifice (( du ciel 1. »

Ainsi s'exprimait le Pontife suprêm_e, et les peuples répondaient en célébrant avec transport le nouveau martyr. Sa fête était gardée comme les solennités antiques par la suspension des travaux, et les fidèles accouraient aux églises des P'rères-Prêcheurs, portant des rameaux qu'ils présentaient pour être bénits en souvenir du triomphe de Pierre Martyr. Cet usage s'est maintenu jusqu'à nos temps dans l'Europe méridionale, et les rameaux bénits en ce jour par les Dominicains sont regardés comme une protection pour les maisons où on les conserve avec respect.

Quel motif avait donc enflammé le zèle du peuple chrétien pour la mémoire de cette victime d'un odieux attentat ? C'est que Pierre avait succombé en travaillant à la

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