L'Année liturgique — Le Temps Pascal (t. 7-9) (page 13)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 7-9, éd. 1911 (OCR) · 18 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

7 52 L'Ascension de Notre-Seigneur.

vous l'avez vu monter, ainsi un )our il descendra. » Puissions-nous l'avoir aimé et servi durant son absence avec assez d'empressement, pour oser soutenir ses regards lorsqu'il

apparaîtra tout a coup

Nous ne donnons point ici l'Office des premières \'êpres de l'Ascension, parce que cette fcte étant fixe au jeudi, sa Vigile ne peut jamais se rencontrer le dimanche, tandis qu'il en est autrement pour les solennités auxquelles nous avons accordé ce développement. Au reste, sauf le Verset et l'Antienne de Magnificat, les premières et les secondes Vêpres de l'Ascension sont entièrement semblables.

I 'Hymne et les trois Psaumes dont se comL pose l'Office de Tierce, se trouvent cidessus, page 3o.

K^ tuerentur in cœlum euntem illum. dixerunt alléluia.

Ant l ^ voyant donc qui ■ L montait au ciel, ils prononcèrent l'alleluia.

^ RIMUM quidem sermo

1 nem feci de omnibus, o Théophile, quœ cœpit Jésus fncere et docere, usque in diem qua prrecipiens Apostolis per

J'ai parlé dans mon premier livre, ô Théophile, de tout ce que Jésus a fait et enseigné, jusquau jour où il fut élevé au ciel, après avoir instruit par le Saint-Esprit

A la Messe.

i53

les Apôtres qu'il avait choibr.

A Deus in jubilatione, * Alléluia, alléluia. Ascendit.

jtf. Et Dominus in voce tubae. * Alléluia, alléluia.

Gloria Patr dit.

AsccnA L . ï~\ lEU est tçonte

^' ''LJ ^^^ acclamations de la joie, * Alléluia, al leluia. Dieu est monté.

f. Et le Seigneur s'est élevé au son des trompettes. *Alle luia, alléluia.

Gloire au Père. Dieu es monté.

f . Le Christ montant dans les cieux, alléluia,

Hl. A emmené avec lui ceux qui furent captifs, alléluia.

L'Oraison est la Collecte de la Messe, page i55,

Spiritum Sanctum, quos elegit, assumptus est.

f. Ascendens Chrislus in altum, alléluia,

Rj. Captivam duxit captivitatem, alléluia.

T 'Eglise romaine indique aujourd'hui pour ^ la Station la basiliquede Saint-Pierre. C'est une belle pensée de réunir en un tel jour l'assemblée des fidèles autour du glorieux tombeau d'un des principaux témoins de la triomphante Ascension de son Maître. Cette Station est toujours maintenue ; mais, depuis plusieurs siècles, le Pape se rend avec le sacré Collège des Cardinaux à la basilique du Latran, afin de terminer dans cet antique sanctuaire, dédié par Constantin au Sauveur des hommes, la série annuelle des mystères par lesquels le Fils de Dieu a opéré et consomme aujourd'hui notre salut.

Dans ces deux augustes basiliques, comme

i54 LiA scansion de Notre-Seigneur.

dans les plus humbles églises de la chrétienté, le symbole liturgique de la fcte est le Cierge pascal, que nous vîmes allumer dans la nuit de la résurrection, et qui était destiné à figurer, par sa lumière de quarante jours, la durée du séjour de notre divin ressuscité au milieu de ceux qu'il a daigné appeler ses frères. Les regards des fidèles rassemblés s'arrêtent avec complaisance sur sa flamme scintillante, qui semble briller d'un éclat plus vif, à mesure qu'approche l'instant où elle va succomber. Bénissons notre mère la sainte Eglise à qui l'Esprit-Saint a inspiré l'art de nous instruire et de nous émouvoir à l'aide de tant d'ineffables symboles , et rendons gloire au F"ils de Dieu qui a daigné nous dire : « Je suis la lumière du monde '. »

L'Introït annonce avec éclat la grande solennité qui nous rassemble. II est formé des paroles des Anges aux Apôtres sur le mont desOliviers. Jésus est monté aux cieux ; Jésus en doit redescendre un jour.

IRI Galilasi, quid adY miramini,adspicientes in cœlum ? alléluia : quemadmodum vidistis eum ascendentcm in cœ- lum, ita veniet, alléluia, alléluia, alléluia.

Ps. Omnes gentes plaudite manibus: jubilate Deo in voce exsultaOMMES de Galilée, pourJh quoi regardez-vous au ciel avec tant d'étonnement? alléluia ! en la manière dont vous l'avez vu monter au ciel, ainsi il reviendra, alléluia 1 alléluia ! alléluia !

Ps. Peuples, battez des mains ; célébrer Dieu avec transport par des chants

A la Messe.

i55

d'allégresse. Gloire au Père. Hommes de Galilée.

tionis. Gloria Patri. Viri Galilaîi.

La sainte Eglise recueillant les vœux de ses enfants dans la Collecte, demande pour eux à Dieu la grâce de tenir leurs cœurs attachés au divin Rédempteur, que leurs désirs doivent désormais chercher jusqu'au ciel où il est monté le premier.

FAITES-NOUS cette grâce, o Dieu tout-puissant, que nous qui croyons que votre Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd'hui monté au ciel, nous y habitions déjà aussi nous-mêmes par l'ardeur de nos désirs. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur.

CONCEDE, quaesumus omnipotens Deus : ut qui hodierna die Unigenitum tuum Redemptorem nostrum ad cœlos ascendisse credimus, ipsi quoque mente in cœlestibus habitemus. Pcr eumdem Dominum nostrum Jesum Chri&tum.

Lecture des Actes des Apôtres. Chap. I.

J'ai parlé dans mon premier livre, ô Théophile, de tout ce que Jésus a fait et enseigné, jusqu'au jour où il fut élevé dans le ciel, après avoir instruit par le SaintEsprit les Apôtres qu'il avait choisis ; auxquels aussi il s'était montré depuis sa Passion, et leur avait fait voir par beaucoup de preuves qu'il était vivant, leur apparaissant durant quarante iours, et leur parlant du Royaume de Dieu. Et preLectio Actuum Apostolorum. Cap. i.

PRLMUM quidem sermonem feci de omnibus, o Théophile, quae cœpit Jésus facere et docere, usque in diem qua prœ- cipiens Apostolis per Spiritum Sanctum, quos elegit, issumptus est : quibus et praïbuit seipsum vivum post Passionem suam in multis argumentis, per dies quadraginta apparens eis, et loquens de regno Dei. Et conveïcens, praecepit

i56 V Ascension de Notre-Seîgneur.

eis ab Jerosolymis ne discederent, sed exspectarenl promissionem Patris. quam audistis (in5uit) per os meum : quia ohannes quidem baptizavit aqua, vos autem bapiizabimini Spiritu Sancto non post multos hos dies. Igitur qui convenernnt, interrogabant tum dicentcs : Domine, si in tempore hoc restitues regnum Israël ? Dixit autem eis : Non est vestrum nosse tempora vel momcnta, qurc Pater posuit in sua potestate : sed accipietis virtutem supervenientis Spiritus Sancti in vos, et eritis mihi testes in Jérusalem et in omni Juda?a, et Samaria, et usque ad ultimum terrœ. Et cum hase dixisset, videntibus illis, elevatus est: et nubes suscepit eum ab oculis eorum. Cumque intuerentur in cœhim euntem illum, ecce duo viri adstiterunt juxta illos in vcstibus albis, qui et dixerunt: Viri GaliLti, quid statis adspicientes in cœlum ? Hic Jésus, qui assumptus est a vobis in cœlum, sic veniet, qucmadmodum vidistis eum euntem in cœlum.

nant un repas avec eux, il leur commanda de ne pas sortir de Jérusalem, mais d'attendre la promesse du Père, que vous avez, leur dit-i-1, entendue de ma propre bouche ; car Jean a baptisé dans l'eau ; mais vous, sous peu de jours, vous serez baptisés dans le Saint-Esprit. Alors ceux qui se trouvaient résents lui demandèrent ■

ë"

gneur, sera-ce en ce moment que vous rétablirez le royaume d'Israël ? mais il leur dit : Il ne vous appartient pas de savoir les temps et les moments que le Père a réservés à son pouvoir; mais vous recevrez la vertu du Saint-Esprit qui descendra sur vous, et vous serez mes témoins dans Jérusalem, et dans toute la Judée et la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. Et après qu'il eut dit ces choses, ils le virent s'élever vers le ciel, et il entra dans une nuée qui le déroba à leurs yeux. Et comme ils le suivaient du regard montant au ciel, deux hommes vêtus de blanc se présentèrent tout à coup à eux, et leur dirent : Hommes de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus qui en vous quittant s'est élevé au ciel, viendra de la même manière que vous l'y avez vu monter. »

A la Messe.

M eus venons d'assister, en suivant cet admirable récit, au départ de notre Emmanuel pour les cieux. Est-il rien de plus attendrissant que ce regard des disciples fixé sur leur Maître divin qui s'élève tout à coup en les bénissant ? Mais un nuage vient s'interposer entre Jésus et eux, et leurs yeux mouillés de larmes ont perdu la trace de son passage. Ils sont seuls désormais sur la montagne ; Jésus leur a enlevé sa présence visible. Dans ce monde désert, quel ne serait pas leur ennui, si sa grâce ne les soutenait, si l'Esprit divin n'était au moment de descendre sur eux et de créer en eux un nouvel être? Ce n'est donc plus qu'au ciel qu'ils le reverront, celui qui, étant Dieu, daigna durant trois années être leur Maître, et qui, à la dernière Cène, voulut bien les appeler ses amis !

Mais le deuil n'est pas pour eux seulement. Cette terre qui recevait en frémissant de bonheur la trace des pas du Fils de Dieu, ne sera plus foulée par ses pieds sacrés. Elle a perdu cette gloire qu'elle attendit quatre mille ans, la gloire de servir d'habitation à son divin auteur. Les nations sont dans l'attente d'un Libérateur ; mais, hors de la Judée et de la Galilée, les hommes ignorent que ce Libérateur est venu et qu'il est remonté aux cieux. L'œuvre de Jésus cependant n'en demeurera pas là. Le genre humain connaîtra sa venue ; et, quant à son Ascension au ciel en ce jour, écoutez la voix de la sainte Eglise qui dans les cinq parties du monde retentit et proclame le triomphe de l'Emmai58 L'Ascension de Notre-Seigneur.

nuel. Dix-huit siècles se sont écoulés depuis son départ, et nos adieux pleins de respect et d'amour s'unissent encore à ceux que lui adressèrent ses disciples, pendant qu'il s'élevait au ciel. Nous aussi nous pleurons son absence ; mais nous sommes heureux aussi de le voir glorifié, couronné, assis à la droite de son Père. \'ous êtes entré dans votre repos, Seigneur; nous vous adorons sur votre trône, nous qui sommes vos rachetés, votre conquête. Bénissez-nous, attirez-nous à vous, et daignez faire que votre dernier avènement soit notre espoir et non notre crainte.

Les deux Versets de l'Alleluia répètent les accents de David célébrant d'avance le Christ qui monte dans sa s;loire, les acclamations des Anges, les sons éclatants des trompettes célestes, le superbe trophée aue le vainqueur entraîne après lui dans ces neureux captifs qu'il a délivrés de la prison des limbes.

A LLELUIA, alléluia,

f. Ascendit Deus in jubilatione, et Dominus in voce tubae.

Alléluia.

f. Dominus in Sina in sancto, ascendens in altum, captivam duxit captivitatem, alléluia.

LLELUIA, alléluia.

f. Dieu est monté au ciel au milieu des cris de joie ; le Seigneur est monté au son des trompettes.

Alléluia.

^. Le Seigneur du Sina est entre dans son sanctuaire; il est monté en haut, et il a emmené avec lui ceux qui furent captifs, alléluia.

A la Messe.

i5g

La suite du saint Evangile selon saint Marc. Chap.

^N ce temps-là, les onze disciples étant à table. Jésus leur apparut, et il leur reprocha leur incrédulité et la dureté de leurs cœurs, de n'avoir pas cru à ceux qui avaient vu qu'il était ressuscité. Et il leur dit : Allez par le monde entier, prêchez l'Evangile à toute créature. Celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé ; niais celui qui ne croira pas sera condamné. \'oici les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : ils chasseront les démons en mon nom ; ils parleront des langues nouvelles; ils prendront les serpents avec la main ; et s'ils boivent quelque breuvage mortel, il ne leur nuira pas ; ils imposeront les mains sur les malades, et les malades seront guéris. Et après leur avoir parlé, le Seigneur Jésus fut é^evé au ciel, où il est assis à la droite de Dieu. Et eux étant partis prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux, et confirmant leur parole par les miracles qui l'accompagnaient.

Sequentia sancti Evangelii secundum Marcum. Cap. xvi.

I N illo tempore : Recumbentibus undecim discipulis, apparuit illis Jésus, et exprobravit incredulitatem eorum et duritiam cordis : quia iis, qui viderant eum resurrexisse. non crediderunt. Et dixit eis : Euntes in mu n d u m universum, praedicate Evangelium orani creaturse. Qui crediderit. et baptizatus fuerit, salvus erit : qui vero non crediderit, condemnabitur. Signa autem eos, qui crediderint, haec sequentur : In nomine meo dasmonia ejicienf, linguis loquentur novis : serpentes toUent : et si mortiferum quid biberint, non eis nocebit : super œgros manus imponent. et bene habebunt. Et Dominus quidam Jésus, postquam loculus est eis, assumptus est in cœlum, et sedet a dextris Dei. Illi autem profecti prasdicaverunt ubique, Domino coopérante, et sermonem confirmante sequentibus signis.

i6o L'Ascension de Notre-Seif^neuv

I E diacre ayant achevé ces paroles, un

*- acolyte monte à l'ambon, et éteint silencieusement le Cierge mystérieux qui nous rappelait la présence de Jésus ressuscité. Ce rite expressif annonce le commencement du veuvage de la sainte Eglise, et avertit nos âmes que pour contempler désormais notre Sauveur, il nous faut aspirer au ciel où il réside. Que rapide a été son passage ici-bas ! que de générations se sont succédé, que de générations se succéderont encore jusqu'à ce qu'il se montre de nouveau !

Loin de lui, la sainte Eglise ressent les langueurs de l'exil ; elle persévère néanmoins à habiter cette vallée de larmes ; car c'est là qu'elle doit élever les enfants dont le divin Époux l'a rendue mère par son Esprit ; mais la vue de son Jésus lui manque, et si nous sommes chrétiens, elle doit nous manquer aussi à nous-mêmes. Oh! quand viendra le jour où de nouveau revêtus de notre chair, « nous nous élancerons dans les airs à la rencontre du Seigneur, pour demeurer avec lui à jamais ^ ! » C'est alors, et seiilement alors, que nous aurons atteint la fin pour laquelle nous fûmes créés.

Tous les mystères du Verbe incarné que nous avons vu se dérouler jusqu'ici devaient aboutir à son Ascension ; toutes les grâces que nous recevons jour par jour doivent se terminer à la nôtre. « Ce monde n'est qu'une figure qui passe - » ; et nous sommes en marche

l. I Thcss. IV, i6. — 2. I Cor. va, 3i,

A la Messe. 16 1

pour aller rejoindre notre divin Chef. En lui est notre vie, notre félicité ; c'est en vain que nous voudrions les chercher ailleurs. Tout ce qui nous rapproche de Jésus nous est bon ; tout ce qui nous en éloigne est mauvais et funeste. Le mystère de l'Ascension est le dernier éclair que Dieu fait luire à nos regards pour nous montrer la voie. Si notre cœur aspire à retrouver Jésus, c'est qu'il vit de la vraie vie; s'il est concentré dans les choses créées, en sorte qu'il ne ressente plus l'attraction du céleste aimant qui est Jésus, c'est qu'il serait mort.

Levons donc les yeux comme les disciples, et suivons en désir celui qui monte aujourd'hui et qui va nous préparer une place. En haut les cœurs! Sursum corda ! c'est le cri d'adieu que nous envoient nos frères qui montent à la suite du divin Triomphateur; c'est le cri des saints Anges accourus audevant de l'Emmanuel, et qui nous invitent à venir renforcer leurs rangs.

Sois donc béni, 6 Cierge de la Pâque, colonne lumineuse, qui nous as réjouis quarante jours par ta flamme joyeuse et brillante ! Tu nous parlais de Jésus, notre flambeau dans la nuit de ce monde; maintenant ta lumière éteinte nous avertit qu'ici-bas on ne voit plus Jésus, et que pour le voir désormais, il faut s'élever au ciel. Symbole chéri que la main maternelle de la sainte Eglise avait créé pour parler à nos cœurs en attirant nos regards, nous te faisons nos adieux; mais nous conservons le souvenir des saintes émotions que ta vue nous fit ressentir dans tout le cours de cet heureux Temps pascal que tu

102 L'Ascension de Notre-Seigneur.

fus chargé de nous annoncer, et qui à peine te survivra de quelques jours.

Pour Antienne de l'Offertoire, l'Eglise emploie les mêmes paroles de David qu'elle a fait retentir avant la lecture de l'Evangile. Elle n'a qu'une pensée : le triomphe de Epoux, la joie du ciel qu'elle veut voir tagée par les habitants de la terre.

son par^ SCENDIT Deus in juA bilatione : et Dominus in voce tubœ, alléluia.

DIEU est n. jntc aux acclamations de la joie : le Seigneur s'est élevé au son des trompettes, alléluia.

Entrer à la suite de Jésus dans la vie éternelle, éviter les obstacles qui peuvent se rencontrer dans la voie, tels doivent être nos désirs en ce jour, telle est aussi la demande que la sainte Eglise adresse pour nous à Dieu dans l'oraison Secrète.

SUSCIPE. Domine, mu nera, qua» pro Filii tui gloriosa Ascensione deferimiis : et concède propitius; ut a prœsenlibus periculis liberemur et ad vitam perveniamus asternam. Per eumdem Dominum nostrum Jesum Christum.

n<

ECEVEZ, Seigneur , les dons que nous vous offrons en mémoire de l'Ascension glorieuse de votre Fils; et daignez faire que nous soyons délivrés des périls de la vie présente, e' que nous parvenions à la vi< éternelle. Par le même Jé?us Christ notre Seigneur.

ERE dignum et jus- U-^ Ul, c'est une chose dign Y tum est, aequum et k^ et juste, équitable e salutare, nos tibi semper | salutaire, de vous rendr

A la Messe.

i63

et ubique gratias agere : Domine sancte , Pater omnipotens , œ t e r n e Deus, per Christum Dominum nostrum ; qui post resurrectionem suam omnibus discipulis suis manifestus apparuit, et ipsis cernentibus est elevatus in cœlum, ut nos divinitatis suoe tribueret esse participes. Et ideo cum Angelis et Archangelis. cum Thronis et Dominationibus, cumque omni militia cœlestis exercitus, hymnum glorise tuae canimus, sine fine dicentes : Sanctus, Sanctus, Sanctus.

Un nouveau verset de David fournit l'Antienne de la Communion. Le roi-prophète y annonce, mille ans à l'avance, que c'est à l'Orient que l'Emmanuel s'élèvera aux cieux. C'est en effet de la montagne des Oliviers située au Levant de Jérusalem que nous avons vu aujourd'hui Jésus partir pour le royaume de son Père.

grâces en tout temps et en tous lieux, Seigneur saint, Père tout-puissant , Dieu éternel , par Jésus-Christ notre Seigneur, qui après sa résurrection apparut à ses disciples rassemblés, et à leurs yeux s'éleva au ciel, afin de nous rendre participants de sa divinité. C'est pourquoi, unis aux Anges et aux Archanges, aux Trônes et aux Dominations, à la milice entière de l'armée céleste, nous chantons l'hymne de votre gloire ; et nous répétons sans fin : Saint ! Saint ! Saint!

CHANTEZ des hymnes au Seigneur, qui est monté vers l'Orient jusqu'au plus haut des cieux, alléluia.

p. SALLITE Domino, qui f ascendit super cœlos

cœlorum ad Orientera,

alléluia.

Le peuple fidèle vient de sceller son alliance avec son divin Chef en participant à l'auguste Sacrement ; l'Eglise demande à Dieu que ce mystère, qui contient Jésus désormais

104 L'Ascension de Notre-Seigneur.

invisible, opère en nous ce qu'il exprime à l'extérieur.

PR.tSTA nobis, qujesumus omnipotens et misericors Deus , ut quae visibilibus mysteriis sumenda percepimus, invisibili consequamur effectu. Per Dominum.

AIGNEZ, ô Dieu tout

puisnous faire ressentir les effets invisibles des Mystères auxquels nous participons visiblement. Par Jésus-Christ.

L 'Hymne et les trois Psaumes dont se compose l'Office de Sexte, se trouvent cidessus, page 56.

Av-rU LEVATis ma_P nibus benedixit eis, et ferebatur in cœlum, alléluia.

LEVANT les mains, il les bénit, et il s'enlevait au ciel, alléluia.

Ant£

convescens, praecepit eis ab Jerosolymis ne discederent, sed exspectarent promissionem Patris, quam audistis (inquit) per os meum : quia Johannes quidem baptizarit aqua. vos autem baptizabiraini Spiritu Sancto non post multos hos dies.

i i Lhristus in altum, * Alléluia, alléluia. Ascendens.

ET prenant un repas avec eux, il leur commanda de ne pas sortir de Jérusalem, mais d'attendre la promesse du Père, que vous avez, leur dit-il, entendue de ma propre bouche; car Jean a baptisé dans l'eau; mais vous, sous peu de jours, vous serez baptisés dans le Saint-Esprit.

a i J E Christ montant

''- dans les cieux, *

Alléluia, alléluia. Le Christ.

Midi.

i65

f. A emmené avec lui ceux qui furent captifs. *Alleluia, alléluia.

Gloire au Père. Le Christ.

^. Je monte vers mon Père et votre Père, alléluia,

fi|. Vers mon Dieu et votre Dieu, alléluia.

j^. Captivam duxit captivitatem. * Alléluia, alléluia.

Gloria Patri. Ascendens.

f. Ascendo ad Patrem meum, et Patrem vestrum. alléluia,

fil. Deum meum , et Deum vestrum. alléluia.

L'Oraison est la Collecte de la Messe, cidessus, page i55.

r Jne tradition descendue des premiers sièclés et confirmée par les révélations des saints, nous apprend que l'heure de l'Ascension du Sauveur fut l'heure de midi. Les Carmélites de la réforme de sainte Thérèse honorent d'un culte particulier ce pieux souvenir. A l'heure où nous sommes, elles sont réunies au chœur, vaquant debout à la contem.plation du dernier des mystères de Jésus, et suivant l'Emmanuel de la pensée et du cœur aussi haut que son vol divin l'emporte.

Suivons-le aussi nous-mêmes; mais avant de fixer nos regards sur le radieux midi qui éclaire son triomphe, revenons un moment par la pensée à son point de départ. C'est à minuit, au sein des ténèbres, qu'il éclata tout à coup dans l'étable de Bethléhem. Cette heure nocturne et silencieuse convenait au début de sa mission. Son œuvre tout entière

i66 L'Ascension de Notre-Seif^neur.

était devant lui, et trente-trois années devaient être employées à l'accomplir. Cette mission se déroula année par année, jour par jour, et elle allait touchant à sa fin, lorsque les hommes, dans leur malice, se saisirent de lui et l'attachèrent à une croix. On était au milieu du jour, lorsqu'il parut élevé dans les airs; mais son Père ne voulut pas que le soleil éclairât ce qui était une humiliation et non un triomphe. D'épaisses ténèbres couvrirent la terre entière; cette journée fut sans midi. Quand le soleil reparut, il était déjà l'heure de None. Trois jours après, il sortait du tombeau aux premiers rayons de l'aurore.

Aujourd'hui, à ce moment même, son œuvre est consommée. Jésus a payé de son sang la rançon de nos péchés, il a vaincu la mort en ressuscitant glorieux; n'a-t-il pas le droit de choisir pour son départ l'heure où le soleil, son image, verse tous ses feux et inonde de lumière cette terre que son Rédempteur va échanger pour le ciel? Salut donc, heure de midi deux fois sacrée, puisque tu nous redis chaque jour et la miséricorde et la victoire de notre Emmanuel ! Gloire à toi pour la double auréole que tu portes : le salut de l'homme par la croix, et l'entrée de l'homme au royaume des cieux !•

Mais n'êtes-vous pas aussi vous-même le Midi de nos âmes, ô Jésus, Soleil de justice ! Cette plénitude de lumière à laquelle nous aspirons, cette ardeur de l'amour éternel qui seul peut nous rendre heureux, où les trouverons-nous, sinon en vous qui êtes venu icibas éclairer nos ténèbres et fondre nos glaces.''

A Nonc. TÔy

Dans cette espérance, nous écoutons les mélodieuses paroles de Gertrude votre fidèle épouse, et nous sollicitons la grâce de pouvoir un jour les répéter après elle : « O amour, « ô Midi dont l'ardeur est si douce, vous êtes a l'heure du repos sacré, et la paix entière « que l'on goûte en vous fait nos délices. O « mon Bien-Aimé, élu et choisi au-dessus de « toute créature, faites-moi savoir, montrez« moi le lieu où vous paissez votre troupeau, « où vous prenez votre repos à l'heure de « midi. Mon cœur s'enflamme à la pensée de « vos doux loisirs à ce moment. Oh ! s'il m'é« tait donné d'approcher de vous assez près « pour n'être plus seulement près de vous, « mais en vous! Par votre influence, 6 Soleil « de justice, toutes les fleurs des vertus sor« tiraient de moi qui ne suis que cendre et « poussière. Fécondée par vos rayons, 6 mon « Maître et mon Epoux, mon âme produi« rait les nobles fruits de toute perfection. « Enlevée de cette vallée de misère, admise à « contempler vos traits si désirés, mon bonce heur éternel serait de penser que vous « n'avez pas dédaigné, 6 miroir sans tache, « de vous unir à une pécheresse telle « que moi i. »

T'HvMNE et les Psaumes, ci-dessus, page Gi.

Axr-r /^ OMME ils le COn- I . \/IDENTIBUS

^^^- \^ sidéraient, il I ^^^- ^ illis elevaI. Exercitia S. Gertrudis. Diev.

tus est, et nubes suscepit cum in cœlo, alléluia.

s'éleva, et une nuée le reçut pour le porter jusqu'au ciel, alléluia.

\lRI Galilaei, quid statis adspicientes in cœlum ? Hic Jésus, qui assumptus est a vobis in cœlum, sic veniet, qiiemadmodum vidistis eum euntem in cœlum.

}-^MMES de Galilée, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel ? Ce Jésus qui en vous quittant s'est élevé au ciel, viendra de la même manière que vous l'y avez vu monter.

hr.A

^. t>r.^ P a t r e m

meum, et Patrem vestrum,* Alléluia, alléluia. Ascendo.

f. Deum meum , et Deiim vestrum. * Alléluia, alléluia.

Gloria Patri. Ascendo.

f. Dominus in cœlo, alléluia,

^. P a r a v i t sedem suam, alléluia.

„ , I E monte vers mon

Père, * Alléluia, alléluia. Je monte.

f. Vers mon Dieu et votre Dieu. * Alléluia, alléluia.

Gloire au Père. Je monte.

f. Au ciel, le Seigneur, alléluia, 'Bf. A préparé son trône,

alléluia.

L'Oraison, page i55.

Le Seigneur Jésus a disparu de la terre; mais son souvenir et ses promesses sont demeurés au fond du cœur de la sainte Eglise. Elle suit par la pensée le triomphe si splendide de son Epoux, triomphe si mérité après l'œuvre accomplie du salut des hommes. Elle ressent son veuvage ; mais elle

A Vêpres.

JÔg

attend d'une foi ferme le Consolateur promis. Cependant les heures s'écoulent, le soir approche; elle rassemble alors ses enfants, et dans l'Office des Vêpres, elle repasse avec eux le profond mystère de ce grand jour.

Les Antiennes des Psaumes reproduisent le récit de l'événement qui s'est accompli à l'heure de midi; elles sont mélodieuses, mais non sans une expression triste comme il convient au jour des adieux.

lilee, pourquoi regardez-vous au ciel? Ce Jésus qui en vous quittant s'est élevé au ciel, viendra de la même manière, alléluia.

I. Ant.

\J ïRi GaliLxi, quid adspicitis in cœlum ? Hic Jésus qui assumptus est a vobis in cœlum, sic veniet, alléluia.

Psaume cix. Dixit Dominus, page 67.

2. Ant. Le voyant donc qui montait au ciel, ils prononcèrent l'alleluia.

2. Ant. Cumque iniLierentur in cœlum euntem illum, dixerunt alléluia.

Psaume ex. Confitebor, page 68.

4. Ant. Célébrez avec transport le Roi des rois, et chantez une hymne à Dieu, alléluia.

Psaume cxii. Laudate, pueri, page 71.

5. Ant. Comme ils le con- I 5. Ant. Videntibus sidéraient, il s'éleva, et une | illis elevatus est, et nui~o L'Ascension de Notre-Seigncur.

bes suscepit eum in 1 nuée le reçut pour le porter ccelo, alléluia. | jusqu'au ciel, alléluia.

LAUDATE Dominum , ' omnes gentes : * laudate eum, omnes populi. Quoniam confirmata est super nos misericordia ejus : * et veritas Domini manec in aeternum.

Tot'TES les nations, louez le Seigneur; tous les peuples, proclamez sa gloire.

Car sa miséricorde s'est affermie sur nous, et la vérité du Seigneur demeure éternellement.

PIMUM quidem sermonem feci de omnibus, G Théophile, quae cœpit Jésus facere et docere, usque in diem quvT praecipiens Apostolis per Spiritum Sanctum, quos elegit, assumptus est.

Tai parlé dans mon premier -^ livre, ô Théophile, de tout ce que Jésus a fait et enseigné, jusqu'au jour où il fut élevé au ciel, après avoir instruit par le Saint-Esprit les Apôtres qu'il avait choisis.

L'Hymne, pleine de suavité, a pour auteur saint Ambroise; mais elle a été retouchée plus ou moins heureusement au xvii' siècle.

Calutis humanne sator, ^ Jesu, voluptas cordium, Orbis redempti conditor, Et casta lux amantium.

Qua victus es clementia, Ut nostra ferres crimina, Mortem subires innocens, A morte nos ut tôlières !

A UTEUR du salut de l'homme, ô Jésus, amour des cœurs, créateur de ce monde que vous avez racheté, chaste lumière de ceux qui vous aiment.

Vaincu par votre clémence, vous vous étiez chargé de nos crimes ; innocent, vous snuff"rîtes la mort, afin dj nous arracher nous-mêmes au trépas.

Votre bras a brisé les portes des enfers, vous avez fait tomber les chaînes des captifs ; après votre victoire vous avez obtenu le plus noble triomphe, et vous êtes venu vous asseoir à la droite du Père.

Laissez-vous fléchir par votre bouté, daignez réparer nos malheurs nouveaux ; montrez-nous votre visage divin, donnez-nous le bonheur au sein de la lumière qui rend heureuses les âmes.

Vous êtes notre guide et notre sentier jusqu'aux cieux; soyez aussi le but que désirent nos cœurs ; soyez la joie de nos larmes et la douce récompense d'une vie consacrée à vous. Amen.

a, A U ciel, le Seigneur, "■ -** alléluia, B?. A préparc son trône, alléluia.

Perrumpis infernum

chaos,

Vinctis catenas detrahis :

Victor triumpho nobili.

Ad dexteram Patris sedes.

Te cogat indulgentia, Ut damna nostra sarclas, Tuique vultus compotes Dites beato lumine.

Tu dux ad astra et semita, Sis meta nostris cordibus. Sis lacrymarum gaudium, Sis dulce vitas praemium.

Amen.

^ PVîMINUS in cœ-

^- ^ lo, alléluia, fil. P a r a V i t sedem suam, alléluia.

L'Antienne qui accompagne le Cantique de Marie est une invitation à Jésus de se souvenir de sa promesse, et de ne pas tarder à consoler son Epouse par l'envoi du divin Esprit. La sainte Eglise la répétera chaque jour, jusqu'à l'arrivée du don céleste.

ANTIENNE DE Magnificat.

(~\ Roi de gloire, Seigneur 1 (^ Rex glorias, Domides armées, qui aujour- | ne virtutum, qui

triumphator hodie super omnes cœlos ascendisti, ne derelinquas nos orphanps ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alléluia.

d'hui Êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyeznous l'Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.

^jONCEDE , quaîsumus omnipotens Deus :ut qui hodierna die Unigenitum tuum Redemptorem nostrum ad cœlos ascendisse credimus, ipsi quoque mente in cœlestibus habitemus. P e r eumdem Dominum nostrum Jesum Christum.

KftiTES, nous vous en prions, Dieu tout-puissant, que, croyant fermement que votre Fils unique, notre Rédempteur, est aujourd'hui monté au ciel, nous y habitiocs aussi nous-mêmes en esprit par l'ardeur de nos désirs. Nous vous en prions par Jésus-Christ notre Seigneur.

|\Tous entendrons, dans tout le cours de l'Octave, le concert des antiques Eglises de la chrétienté, célébrant sur des modes divers, mais dans un même sentiment, le médiateur de Dieu et des hommes qui s'élève aux cieux par sa propre vertu. Donnons aujourd'hui la parole à l'Eglise grecque qui, dans son génie pompeux, cherche à rendre les magnihcences du mystère. C'est l'Hymne de l'Ôlfice du soir.

T ORSQUE tu fus arrivé, ô *- Christ, sur le mont des Oliviers, afin d'accomplir la

OUANDO pervenisti , Christe, in montera Olîvarum, Patris adimpleturus beneplacitum ,

)lonté du Père, les Anges

L'Ascension de Notre- Seicçneur. i-j3

célestes furent dans l'étonnement, et les esprits infernaux frémirent. Les disciples éprouvaient un sentiment de bonheur mêlé de crainte, tandis que tu leur parlais. En face, à l'Orient, un nuage apparaissait semblable à un trône préparé ; le ciel dont les portes étaient ouvertes se montrait dans toute sa beauté ; et la terre allait apprendre comment Adam, après sa chute, pourra remonter encore. Mais tout à coup tes pieds s'élèvent dans les airs, comme si une main les soutenait, ô Christ! ta bouche répète des bénédictions aussi longtemps que ses accents se font entendre ; le nuage te reçoit, et bientôt le ciel luimême. Telle est l'œuvre sublime que tu as opérée, Seigneur, pour accomplir le salut de nos âmes.

La nature d'Adam (fui était tombée jusque dans les profondeurs de la terre, cette nature que tu as renouvelée, ô Dieu, tu l'élevés aujourd'hui avec toi au-dessus des Principautés et des Puissances. Dans ton amour pour elle, tu l'établis là même où tu résides ; dans ta compassion, tu te l'étais unie, tu avais souffert en elle, toi qui es impassible : et à cause de ses souffrances que tu as partagées, tu l'associes aujourd'hui à ta gloire. Les esprits

obstupuerunt cœlestes Angeli. et horruerunt inferorum habitatores. Adstabant autem dirscipuli cum gaudio trementes, dum ipsis loquereris ; tamquam thronus vero, ex adverso praeparata erat nubcs exspectans ; portis autem apertis in décore suo cœlum apparebat ; et terra abscondita révélât, ut notus fiât Adag descensus et reascensus. Sed vestigia quidem exaltabantur tamquam a manu ; os vero m u 1 t u m benedicebat, quamdiu audiebatur; nubes excipiebat, et cœlum te intus suscepit. Opus istud magnum prœter rerum ordinem operatus es. Domine, ad salutem animarum nostrarum.

Delapsam in inferiores partes terrae naturam Adae a te, Deus, renovatam, super omnem principatum et potestatem tecum hodie sustulisti ; quia enim diligeba*, tecum coUocasti ; quia commiserebaris, tibi univisti ; quia unieras, simul passus es; quia passus es impassibilis, con~ glorificasti. At incorporel : Quis est, aiebant, iste vir speciosus ? sed non tantum homo, Dcus

autem et homo, utramque proferens naturam. Unde alii An^îeli in stolis circum discipulos volantes, clamabant : Viri Galilai, qui a vobis abiit hic Jésus homo Deus , rursum veniet Deus homo, judex vivorum et mortuorum, fidelibus autem dans peccatorum veniam et magnam misericordiam.

Quando assumptus es in gloria. Christe Deus, videntibus discipulis , nubes te cum carne suscipiebant, porta; cœli sublatîB sunt ; Angelorura chorus in exsultatione lœtabatur, supernœ Virlutes clamabant dicentes : AttoUite portas, principes, vestras, et introibit rex gloriae. Discipuli autemobstupefactidicebant: Ne separeris a nobis.pastor bone. sed mitte nobis sanctissimum Spiritum tiium, dirigentera et firmantem animas nostras.

Domine, postquam utpote bonus, mysterium a sa:culis et generationibus absconditum implevisti, in montem Olivarum cum discipulis tuis vecélestes se sont écriés : « Quel est cet homme éclatant de beauté, et qui n'est pas seulement un homme , mais un Dieu-homme, ayant les deux natures ? » Cependant, d'autres Anges au vol rapide et vêtus de longues tuniques, descendaient vers les disciples et leur disaient : « Hommes de Galilée, Jésus, homme-Dieu, qui vient de vous quitter, reviendra Dieuhomme, pour juger les vivants et les morts, et pour faire part à ceux qui croient en lui du pardon et de sa grande miséricorde. »

Lorsque tu fus enlevé dans la gloire aux regards de tes disciples, 6 Christ Dieu, un nuage reçut ton humanité, les portes du ciel s'élevèrent, le chœur des Anges tressaillit d'allégresse et les Vertus célestes criaient avec transport : « Princes, élevez vos portes, et le Roi de gloire entrera. » Cependant, les disciples dans la stupeur disaient : « Ne vous séparez pas de nous, o bon Pasteur, mais envoyez-nous votre Esprit très saint, pour diriger et affermir nos âmes. »

Après avoir accompli dans ta bonté, Seigneur, le mystère qui avait été caché aux siècles et aux générations, tu es venu sur le mont des Oliviers avec tes disciples,

L'Ascension de Notre-Seigneur. ij5

ayant avec toi celle qui t'a enfanté, ô créateur et auteur de toutes choses ! Il était juste que celle qui, dans ta Passion, avait souffert plus que tout autre dans son cœur maternel, fût appelée à jouir aussi plus que tout autre du triomphe de ton humanité. Nous donc qui entrons en participation de sa joie dans ton Ascension , Seigneur, nous glorifions ta grande miséricorde envers nous.

nisti. habens eam qua; te creatorem et omnium opificem genuit. Eam enim qua^ in passione tua materno more praî omnibus doluit, oportebat et ob gloriam carnis .tuœ majori perfrui gaudio; cujus et nos participes cffecti. in tua ad cœlos ascensione, Domine, magnam tuam in nos misericordiam glorificamus.

Terminons la journée par cette belle prière du Bréviaire mozarabe.

T^ ILS unique de Dieu, ô r vous qui, vainqueur de la mort, avez passé de la terre au ciel ; Fils de l'Homme dans votre nature extérieure, éblouissant d'éclat sur votre trône, objet continuel des louanges de toutes les milices célestes, ne permettez pas que nous nous laissions enchaîner par les liens coupables de ce monde, nous qui, dans les transports de notre foi, célébrons votre Ascension vers le Père. Faites que l'œil de notre cœur soit à jamais fixé là où vous êtes monté plein de gloire, après avoir été blessé ici-bas. Amen.

NOTRE Emmanuel ! parvenu au terme de

j^ 1 NiGENiTE Dei Filius, l^^ qui devicta morte de terrenis ad cœlestia transitum faciens, quasi filius hominis apparens, in throno magnam claritatcm habens, quem omnis militia cœlestis exei - citus Angelorum laudut: prasbe nobis, ut nullis flagitiorum vinculis in corde hujus sœculi illigemur, qui te ad Patrcm ascendisse gloriosa fidei devotione conciniraus ; ut illic indesinenter cordis nostri dirigatur obtutus, quo tu ascendisti post vulnera gloriosus. Amen.

VOUS êtes donc enfin votre œuvre, et c'est

i-jô Le Temps Pascal.

aujourd'hui mcme que nous vous voyons entrer dans votre repos. Au commencement du monde, vous aviez employé six jours pour disposer toutes les parties de cet univers créé par votre puissance; après quoi vous rentrâtes dans votre repos. Plus tard, lorsque vous eûtes résolu de relever votre œuvre tombée par la malice de l'ange rphelle, votre amour vous fit passer, durant le cours de trentetrois années, par une succession sublime d'actes à l'aide desquels s'opéraient notre rédemption et notre rétablissement au degré de sainteté et de gloire dont nous étions déchus. Vous n'avez" rien oublié, 6 Jésus, de ce qui avait été arrêté éternellement dans les conseils de la glorieuse Trinité, de ce que les Prophètes avaient annoncé de vous. \'otre triomphante x\scension met le sceau à la mission que vous avez daigné accomplir dans votre miséricorde. Pour la seconde fois vous entrez dans votre repos ; mais vous y entrez avec la nature humaine appelée désormais aux honneurs divins. Déjà les justes de notre race que vous avez retirés des limbes prennent rang dans les chœurs angéliques, et en partant vous nous avez dit à'^nous-mêmes : « Je vais vous préparer ime place >. »

Confiants dans votre parole, 6 Emmanuel, résolus à vous suivre dans tous vos mystères qui n'ont été accomplis que pour nous, à voi>6 accompagner dans l'humilité de votre Bethléhem, dans la participation aux douleurs de votre Calvaire, dans la résurrection de votre Pàque, nous aspirons à imiter aussi, quand

L* Ascension de Notre-Seigneiir. jjj

l'heure sera venue, votre triomphante Ascension. En attendant, nous nous unissons aux chœurs des saints Apôtres qui saluent votre arrivée, à nos Pères dont l'heureuse multitude vous accompagne et vous suit. Tenez vos regards divins fixés sur nous, 6 divin Pasteur! le moment de la réunion n'est pas arrivé encore. Gardez vos brebis, et veillez à ce que pas une ne s'égare et ne manque au rendez-vous. Instruits désormais de la fin qui nous attend, fermes dans l'amour et la méditation des mystères qui nous ont conduits à celui d'aujourd'hui, nous l'adoptons en ce jour comme l'objet de notre attente, comme le terme de nos désirs. C'est le but que vous vous êtes proposé en venant en ce monde, descendant jusqu'à notre bassesse, pour nous enlever ensuite jusqu'à vos grandeurs, vous faisant homme afin de faire de nous des dieux. Mais jusqu'au moment qui nous réunira à vous, que ferions-nous icibas, si la Vertu du Très-Haut que vous nous avez promise ne descendait bientôt sur nous, si elle ne nous apportait la patience dans l'exil, la fidélité dans l'absence, l'amour seul capable de soutenir un cœur qui soupire après la possession ? Venez donc, ô^ divin Esprit! Ne nous laissez pas languir, afin que notre œil demeure fixé au ciel où Jésus règne et nous attend, et ne permettez pas que cet œil mortel soit tenté, dans sa lassitude, de s'abaisser sur un monde terrestre où Jésus ne se laissera plus voir.

Çy Rex gloriae, Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes cœlos asceridisti, ne derelinquas nos orphanos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alléluia.

r~) Roi de gloire, Seigneur des armées, qui aujourd'hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne aous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l'Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.

entier,

cous voici arrivés, pour ainsi dire, au point culminant de l'œuvre divine, et ce n'est véritablement qu'aujourd'hui qu'elle nous apparaît dans son Chaque jour la sainte Eglise, dans l'auguste Sacrifice, à la suite des paroles sacrées qui ont amené sur l'autel celui qui est à la fois le Dieu et la victime, s'adressant à la majesté du Père, exprime ainsi les motifs de sa confiance : « Ayant donc présents à la « pensée, nous vos se'rviteurs et votre peuple « saint, la bienheureuse Passion de ce même « Christ, votre Fils et notre Seigneur, sa « Résurrection du tombeau, et aussi sa glo(( rieuse Ascension dans les cieux, nous vous a offrons cette hostie pure, sainte et imma« culée. )• 11 ne suffit donc pas à l'homme de s'appuyer sur les mérites de la Passion du Rédempteur qui a lavé nos iniquités dans son sang; il ne lui suffit pas de joindre à ce

Le Vendr. dans l'Oct. de l'Ascension, ijg

souvenir celui de la Résurrection qui a donné à ce divin Libérateur la victoire sur la mort; | l'homme n'est sauvé, n'est rétabli, que par | l'union de ces deux mystères avec un troi- ^ sième, avec le mystère de la triomphante f Ascension de Celui qui est mort et ressus- \ cité. Jésus, durant les quarante jours de sa vie glorieuse sur la terre, n'est encore qu'un exile; et nous demeurons exilés comme lui, jusqu'à ce que la porte du ciel, close depuis quatre mille ans, se rouvre pour lui et pour nous.

Dans son ineffable bonté. Dieu n'avait pas seulement appelé l'homme à la royauté sur tous les êtres dont cette terre est couverte; il ne l'avait pas destiné seulement à connaître la vérité dans la proportion des besoins de sa nature, à réaliser le bien selon les forces de sa vie morale, à rendre un lointain hommage à son créateur. Par un dessein de sa toute-puissance unie à son amour, Dieu avait assigné à cet être si chétif et si faible une fin au-clessus de sa nature. Inférieure l'Ange, et réalisant dans son être l'union de l'esprit et de lamatière, l'homme était appelé à la même fin que l'Ange. Le ciel devait les recevoir l'un et l'autre ; l'un et l'autre étaient appelés à trouver éternellement leur bonheur dans la vue de Dieu face à face, dans la possession intime du souverain bien. La grâce, secours divin et mystérieux, devait les adapter à cette fin sublime que leur avait gratuitement pré•parée la bonté de leur créateur. Telle était la pensée dans laquelle Dieu s'était complu éter- '. nellement : élever jusqu'à lui ces fils du néant : et verser sur eux, selon la mesure de leur !

i

i8o Le Temps Pascal.

être agrandi, les torrents de son amour et de sa lumière.

Nous savons quelle catastrophe arrêta tout à coup une partie des Anges sur le chemin de la béatitude suprême. Au moment de l'épreuve qui devait décider de l'admission de chacun d'eux au bonheur sans fin, un cri de révolte se fit entendre. Dans tous les chœurs angéliques il y eut des rebelles, des esprits qui refusèrent de s'abaisser devant le commandement de l'ordre divin; mais leur chute ne nuisit qu'à eux-mêmes, et les Esprits fidèles admis en récompense à la vue et à la possession béatihante du souverain bien, commencèrent leur éternité de bonheur. Dieu daignait admettre des êtres créés à la jouissance de sa propre félicité, et les neuf chœurs glorifiés s'épanouirent sous son regard éternel.

Créé plus tard, l'homme aussi tomba, et son péché brisa le lien qui l'unissait à Dieu. La race humaine n'était alors représentée que par un seul homme et une seule femme : tout avait donc sombré à la fois. Après la faute, le ciel demeurait fermé désormais à notre race ; car dans leur chute Adam et Eve avaient entraîné leur postérité future, à laquelle ils ne pouvaient transmettre un droit qu'ils avaient perdu. Au lieu de ce passage agréable et rapide sur la terre, auquel devait mettre fin une heureuse ascension vers le séjour éternel de la gloire, il ne nous restait plus qu'une courte "vie remplie de douleurs, et, pour perspective, le tombeau où notre chair sortie de la poussière serait elle-même réduite en poussière. Quant à notre âme, créée pour le bonheur surnaturel, lors même qu'elle y

eût aspiré, ce n'eût été que pour s'en voir à jamais frustrée. L'homme avait préféré la terre ; elle lui demeurait pour quelques jours, après lesquels il la laisserait à d'autres qui disparaîtraient également jusqu'à ce qu'il plût à Dieu d'en finir avec cette œuvre manquée.

Ainsi avions-nous mérité d'être traités ; mais telle ne fut pas cependant l'issue de notre création. Quelle que soit la haine que Dieu porte au péché, il avait appelé l'homme à jouir des trésors de sa gloire, et il ne consentit pas à déroger aux desseins sublimes de sa sagesse et de'^sa bonté. Non, la terre ne sera pas un séjour où l'homme ne fera que naître et s'éteindre bientôt. Lorsque la plénitude des temps sera arrivée, un homme paraîtra ici-bas, non point le premier d'une création nouvelle, mais un homme comme nous, de notre race, « fait de la femme », comme parle l'Apôtre L Or, cet homme à la fois céleste et terrestre s'associera à notre disgrâce ; comme nous il passera par la mort, et la terre le possédera trois jours dans son sein. iMais elle sera forcée de le rendre, et vivant, il apparaîtra aux regards éblouis des autres hommes. Nous l'avons vu, et nous qui sentons en nous-mêmes une « réponse de mort 2 », nous nous sommes réjouis de voir la c'nair de notre chair, le sang de notre sang remporter une si belle victoire.

Ainsi donc les intentions divines n'auront pas été frustrées en tout. Voici que la terre présente au Créateur un second Adam qui, ayant vaincu la mort, ne peut plus s'arrêter

I. Gai. IV, 4. — 2. II Cor. i, 9.

i82 Le Temps Pascal.

ici-bas. Il faut qu'il monte ; et si la porte eu ciel est fermée, il faut qu'elle s'ouvre pour lui. « Princes, élevez vos portes ; portes éter« nelles, élevez-vous, et le Roi de gloire en« trera dans le séjour qui l'attend ^ ». Ori ! s'il daignait nous attirer après lui ! car il est notre frère, et nous savons que « ses délices ici-bas « étaient d'être avec les enfants des hom« mes -. » Mais qu'il monte, que son Ascension soit dès aujourd'hui. Il est le plus pur sang de notre race, le tils d'une mère sans tache ; qu'il aille nous représenter tous dans cet heureux séjour que nous devions habiter. C'est la terre qui l'envoie ; elle n'est plus stérile du moment qu'elle l'a produit ; car elle a enfin fructifié pour le ciel. Ne semble-t-il pas qu'un rayon de lumière est descendu jusqu'au fond de cette vallée de larmes, lorsque les portes du ciel se sont levées pour lui ouvrir passage ? « Elevez-vous donc, 6 Seigneur des « hommes ! élevez-vous dans votre puissance, « et nous, sur cette terre, nous chanterons « les grandeurs de votre triomphe 3. » Père des siècles, recevez cet heureux frère que vos fils disgraciés vous envoient. Toute maudite qu'elle'semblait être, « la terre a donné son « fruit •i ». Oh! s'il nous était permis devoir en lui les prémices d'une plus abondante moisson que votre majesté daignerait agréer, nous oserions penser alors que ce jour est celui où vous rentrez en possession de votre œuvre primitive.

I. Psalm. XXIII. — 2. Prov. vill, 3l. — 3. Psalm.

t. — 4. Psalm. Lxvi.

Le Vendr. dans l'Oct. de V Ascension. i83

EMPRUNTONS aujourd'hui la voix de l'Eglise arménienne, toujours si mélodieuse, et unissons-nous comme elle aux transports qu'éprouvèrent les saints Anges, au moment où ils virent s'élever d» la terre l'homme nouveau qui venait s'asseoir au plus haut des cieux.

LES Puissances du ciel ont , été émues en vous voyant monter, ô Christ ! Elles se disaient l'une à l'autre dans leur tremblement : « Quel est ce Roi de gloire ? »

— C'est le Dieu Verbe incarné, qui a anéanti le péché sur la croix, et qui, s étant envolé avec gloire, vient au ciel. Seigneur qu'il est, dans sa force et sa vertu.

— C'est celui qui s'est levé du sépulcre et a détruit la mort ; aujourd'hui il monte avec gloire, et vient au Père : il est le Seigneur puissant dans les combats.

— C'est lui qui, par un pouvoir divin, est monté aujourd'hui sur le char de son Père, servi par les chœurs des Anges, qui chantaient et s'écriaient : « Princes, ouvrez vos portes, et le Roi de gloire entrera ».

Les Puissances célestes étaient dans l'étonnement, et se demandaient d'une voix tremblante : « Quel est ce

F TESTATES cœlt territae sunt, videntes ascensum tuum, Christe; alter ad alterum pavescentes dicebant : Quis est iste Rex gloriœ ?

Hic est incarnatus Deus Verbum, qui in cruce peccatum occidit, et supervolans gloriose, venit in cœlum, Dominus fortis virtute sua.

Hic est qui de monumento surrexit, et destruxit infernum, atque superscandens gloriose venit ad Patrem, Dorainus potens in praelio.

Qui ascendit hodie divina potestate in Patrie curru, ministrantibus ei angelicis choris, qui canebant dicentes : Attollite portas, principes vestras, et introibit Rex glorise.

Stupuerunt supernae Potestates, et tremenda voce clamabant ad invîcera: Quis est iste Rex

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gloriae, qui venit in carne et mira virtute ; attoUite, attollite portas, principes vestras, et introibit Rex gloriae.

Modulabantur superni Principatus , mirabili voce cantabant canticum novum, dicentes : Ipse est Rex gloriae, salvator niundi et liberator generis humani ; attollite portas, principes vestras, et introibit Rex gloriae.

Qui complantati facti suinus similitudinis mortis tuae, Fili Dei, dignos fac nos conformes fieri tibi, gloriae Rex : tibi cantent Ecclesiae sanctorum cantica spiritualia.

Veterem hominem concrucifixum tibi fecisti, et stimulum peccati exstinxisti ; liberasti nos vivifico ligno, cui affixus es, et guttœ sanguinis tui inebriarunt orbem , tibi cantent Ecclesiae sanctorum cantica spiritualia.

Propter miserationem divinie humanitionis tuae, participes fecisti no» corporis tui et sanguinis,

Çer sacrificium tuum 'atri in odorem suavitatis oblatum, corporis a

(I Roi de gloire qui vient « dans la chair et revêtu « d'un si merveilleux pou« voir? Princes, ouvrez vos « portes, et le Roi de gloire

M entrera. »

Les Hiérarchies supérieures faisaient entendre un concert harmonieux ; elles chantaient un cantique nouveau, et disaient : « C'est le « Roi de gloire, le sauveur <i du monde et le libérateur « du genre humain. Princes, « ouvrez vos portes, et le

0 Roi de gloire entrera. »

Et nous, qui avons été entés sur toi par la ressemblance de ta mort, 6 Fils de Dieu, rends-nous dignes d'obtenir aussi cette autre ressemblance , ô Roi de gloire ! Toutes les Eglises des saints célèbrent ton triomphe par des cantiques spirituels.

Tu as crucihé avec toi le vieil homme, tu as brisé l'aiguillon du péché, tu nous as délivrés par ce bois vivifiant auquel tu fus attaché, et les gouttes de ton sang ont enivré le monde : toutes les Eglises des saints célèbrent ton triomphe par des cantiques spirituels.

Dans ta compassion pour nous, ta nature divine a daigné s'incarner, et tu nous as fait participer à ton corps et à ton sang dans le Sacrifice d'agréable odeur que tu as offert à ton Père, en lui imLe Vendr. dans l'Oct. de F Ascension. i85

molant ton corps, emprunté à notre nature. Ensuite tu es monté sur un nuage éclatant, à la vue des Puissances et des Principautés qui, dans leur admiration, se demandaient : « Quel est celui qui « arrive d'Edom d'un pas si « rapide ? » Et les membres de ton Eglise ont appris à connaître les ressources de ton infinie sagesse. Que toutes les Eglises des saints célèbrent ton triomphe par des cantiques spirituels.

nobis sumpti, et ascendisti pellucidis nubibus, manifestatus Potestatibus ac Principatibus, qui stupefacti interrogabant : Quis est iste qui properans venit de Edom ; et per Ecclesiam tuam didicerunt multiformem sapientiam tuam ; tibi cantent Ecclesias sanctorum cantica spiritualia.

ORex gloriae, Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes cœlos ascendisti, ne derelinquas nos orphanos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alléluia.

a^o\ de gloire, Seigneur des armées, qui aujourd'hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous lEsprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.

L est donc monté aux cieux, l'homme que possédait la terre et qui résumait en lui toute sainteté. Elle n'est donc plus stérile pour le ciel, cette terre pourtant maudite ; la porte des cieux, fermée à notre race, a donc pu s'ouvrir pour laisser passer un hls d'Adam. Tel est le m^ystère de l'Ascension ; mais ceci n'en est qu'une partie, et il importe de le connaître tout entier. Ecoutons ce que nous dit l'Apôtre des nations : « Dieu qui est riche en miséricorde, « mû par l'excessive charité dont il nous a

M aimés, nous qui étions morts par nos péchés,

« il nous a rendus à la vie avec Jésus-Christ; « il nous a ressuscites avec lui, et il nous a « fait asseoir dans les cieux en sa personne 1. » Ainsi, de même que nous avons célébré la résurrection de notre Sauveur dans la Pâque

Le Samedi dans VOct. de V Ascension. 187

comme notre propre résurrection, l'Apôtre nous convie à célébrer l'Ascension de ce divin Rédempteur comme étant aussi la nôtre. Mesurons la force de l'expression : « Dieu « nous a fait asseoir dans les cieux en Jésus« Christ » ; dans cette Ascension, ce n'est pas lui seulement qui monte aux cieux, nous y montons avec lui ; ce n'est pas lui seulement qui est intronisé dans la gloire, nous le sommes avec lui.

Et, en effet, le Fils de Dieu n'était pas venu se revêtir de notre nature pour que la chair qu'il a prise en Marie fût seule établie dans les conditions de la gloire éternelle ; il est venu afin d'être notre Chef, mais un Chef qui réclame ses membres dans l'adhésion desquels consiste l'intégrité de son corps. « O « Père ! s'écrie-t-il à la dernière Cène, ceux « que vous m'avez donnés, je veux qu'ils « soient là où je suis, afin qu'ils voient la « gloire dont vous m'avez fait part 1. » Et quelle gloire le Père a-t-il donnée à son Fils ? Écoutons David qui a célébré cette auguste journée de l'Ascension : « Celui qui est le « Seigneur a dit à mon Seigneur : Asseye:{- « vous à ma droite '^. » C'est'donc sur le trône même du Père, à la droite même du Père, que nous verrons éternellement celui que l'Apôtre appelle « notre avant-coureur ^ »;et nous lui adhérerons comme étant réellement les membres de son corps, en sorte que sa gloire sera la nôtre, et que nous serons rois avec lui, rois de sa royauté à jamais ; car il

I. JoHAN. XVII, 24. — 2. Psalm. cix. — 3. Heb vi j88 Le Temps PascaK

a dû partager tout avec nous, ayant voulu que nous fussions « ses cohéritiers i. »

Il suit de là que l'auguste mystère de l'Ascension, ouvert aujourd'hui, se con-tinue à chaque instant, jusqu'à ce que le dernier des élus, étant nnonté aux cieux, le corps mystique de notre Emmanuel ait atteint son entier complément. Voyez cette nuée innombrable d'âmes saintes qui se presse sur ses pas en ce jour : nos premiers parents à la tête, les patriarches, les prophètes, les justes de toute race, que quatre mille ans avaient préparés pouT ce triomphe. Captifs naguère dans les demeures souterraines des limbes, maintenant brillants de clarté, ils suivent avec la rapidité de l'aigle celui dont ils ornent le triomphe. Ils sont ses trophées, en même temps qu'ils forment sa cour dans le trajet de la terre au ciel. En les suivant du regard, écrions-nous donc dans les transports de David : « Royaumes de la terre, chantez au « Seigneur, chantez à Dieu qui s'élève sur les « cieux des cieux, vers l'Orient -. »

De leur côté les milices angéliques se pressent au-devant de l'Emmanuel, et alors commence le sublime dialogue que l'oreille prophétique de David entendit, et qu'il nous a rendu à l'avance. La légion innombrable et triomphante qui suit et accompagne l'Emmanuel crie aux gardiens de la Jérusalem céleste : « Princes," élevez vos portes ! portes « éternelles, élevez-vous ; c'est le Roi de « gloire qui va entrer. » Et les An^es tidèles répondent avec ma^sté : « Et quel est-il, ce

I. Rom. VIII, 17. — 2. Psalm. lxvii.

Le Samedi dans VOct. de l'Ascension. i8g

« Roi de gloire ?» — « C'est le Seigneur », répondent "les élus de la terre, u le Seigneur « fort et puissant, le Seigneur puissant dans « les combats » , comme l'attestent les victoires qu'il a remportées sur Satan, sur la mort et l'enfer, les victoires dont nous sommes l'heureux trophée ^. x\près une seconde interpellation qui donne lieu d'exalter une seconde fois les grandeurs de l'Emmanuel, les portes éternelles se lèvent, et le Christ vainqueur pénètre dans les cieux avec son glorieux cortège.

Elles ne retomberont plus désormais pour nous fermer le passage, ces portes éternelles qui ont donné entrée à notre libérateur : et c'est ici qu'il faut admirer l'incommunicable grandeur du mystère de l'Ascension. Ce mystère s'est ouvert aujourd'hui, Jésus l'a inauguré en s'élançant de la terre au ciel, mais il ne l'a pas clos ; il a voulu qu'il fût permanent, qu'il s'accomplît en tous ses élus successivement, soit qu'ils montent du lieu des expiations, soit qu'ils s'élèvent de notre terrestre vallée avec le vol de la colombe. Salut donc, ô glorieux mystère que tant d'autres mystères ont préparé, terme et accomplissement du dessein éternel de Dieu! mystère qui fus suspendu durant des siècles par notre chute, mais qui reprends aujourd'hui ton cours en l'Emmanuel , pour ne plus l'interrompre qu'au moment solennel où la voix éclatante de l'Ange criera : « Le temps n'est plus 2, » Jusque-là tu demeures ouvert pour nous, et

iqo Le Temps Pascal.

l'espérance vit dans notre cœur que tu t'accompliras aussi en nous.

Daignez donc permettre, 6 Jésus, que nous prenions pour nous cette parole que vous avez dite : « Je vais vous préparer une « place 1. » XoMS avez tout disposé dans ce but ; et vous êtes venu en ce monde pour nous ouvrir la voie que vous avez vousmême franchie aujourd'hui. La sainte Eglise, votre Epouse, nous ordonne d'élever nos regards; elle nous montre le ciel ouvert, et lesillon lumineux que tracent jusqu'à nous les âmes qui montent à chaque instant pour s'unir à vous. Nos pieds posent encore sur la terre ; mais Toeil de notre foi vous découvre au terme de cette voie, vous, « le Fils de « l'homme, assis à la droite de l'Ancien des « jours -. » Mais comment franchir l'espace qui nous sépare de vous? Nous ne pouvons, comme vous, nous élever par notre propre vertu; il faut, 6 Emmanuel, que vous nous attiriez à vous. Vous l'avez promis •"*, et nous n'attendons plus que l'heure. Marie, votre mère, qui consent à demeurer encore avec nous, l'attendit aussi, cette heure, dans la soumission et dans l'amour; elle l'attendit dans la fidélité et dans le labeur, vivant avec vous sans vous voir encore. Donnez-nous, Seigneur, une part à cette foi et à cet amour de notre commune mère, afin que nous puissions nous appliquer cette parole de l'Apôtre : « Déjà par l'espérance nous som« mes sauvés *. » Il en sera ainsi, si vous

I. JoHAN. XIV, 2. — 2. Dan. VII, i3. — 3. Johan. xii,

3a. — 4. Rom. viii, 24.

Le Samedi dans VOct. de l'Ascension, i

daignez, selon votre promesse, nous envoyer votre Esprit que nous attendons avec ardeur ; car il doit venir confirmer en nous tout ce que la succession de vos mystères y a déjà préparé, et être le gage assuré de notre ascension glorieuse.

M ous résumerons aujourd'hui tous nos vœux, en nous appropriant les sublimes

enseignements que l'Eglise gothique d'Esl'Eglise pagne adressait a ses fidèles dans la solennité de l'Ascension.

M^ ous vous convions, nos ■^ ' très chers Frères, à déposer-le fardeau des pensées du siècle, et à donner en ces jours l'essor à vos pensées, en les dirigeant vers le ciel. Il s'agit de considérer des yeux du cœur votre propre nature humaine s'élevant dans le Christ au plus haut des cieux. L'objet que nous sommes appelés à contempler au milieu d'une lumière incomparable est Jésus notre Seigneur, qui change la bassesse de notre terrestre existence avec la gloire des cieux. Combien doit être pénétrante notre vue, pour apercevoir ce séjour où nous sommes appelés à le suivre ! C'est aujourd'hui que notre Sauveur, après avoir revêtu la chair ici-bas, est remonté sur le

p LACEAT, dilectissimi ^ fratres, sascularium cogitationum fasce deposito, erectis in sublime mentibus subvolare : et impositam œtheris fastigio assumpti hominis communionem. sequacibus cordis oculis contueri. Ad incomparabilem nobis claritatem attonitus vocandus aspectus, est Jésus Dominus noster : humilitatem nobis terrarum cœlorum dignitate commutât : acutus necesse est visas esse respicere quo sequimur. Hodie salvator noster post assumptionem carnis , sedem repetit deitatis. Hodie hominem suum intulit Patri, quem obtulit passioni. Hune

iy2

exaltans in cœlis, quem humiliaverat in infernis. Hic visurus gloriam, qui viderai sepulturam. Et qui adversus mortem mortis sux dédit bcncficium, ad spem vitac donavit rcsurrectionis cxcmplum. Hodie rcdiit ad Palrem, cum tamen sine Patris, qui sibi œquaJis est, potestate non venerit. Hodie ascendit in cœlum qui obsequia cœ- lestium cum descenderet, non amisit. Ita in Pairis natura unitateconsistens, ut cum homo crelum novus intraret, novum tamen Deus hominem non haberet. Petamus igitur ab omnipotentia Patris, per nomen Filii salvatoris, gratis spiritalis ingressum, œterna; beatitudinis donum, beatre mansionis ascensum, catholicae credulitatis augmentum, haereticae infidelitatis excidium. Audiet profecto in confessione, quos in perditione quœsivit. Adstitit suis, qui non destitit alienis. Aderit agnitus, qui non defuit agnoscendus. Non patictur orphanos esse dcvotos qui filios facerc dignatus est inimicos, Dabit etTectum supplicationis, qui promisit Spiritum sanctitatis. Amen.

trône de sa divinité : aujourd'hui qu'il a présenté à son Père cette même humnnité qu'il avait offerte à la souffrance, glorifiant dans les cicux celle qu'il avait humiliée ici-bas. Il est parti pour être environné de gloire, celui qui était descendu jusqu'au sépulcre. Lui qui nous avait octroyé le bénéfice de sa propre mort pour vaincre la mort, il nous a, en ressuscitant, gratifiés de l'espérance de la vie. Aujourd'hui il est retourné au Père, celui qui avait paru ici-bas avec toute la puissance du Père dont il est l'égal. Il est aujourd'hui monté aux cieux, celui qui, dans sa descente au milieu de nous, ne cessa pas de recevoir les hommages des esprits célestes. Etabli dans le Père par l'éternelle unité de nature, il est entré au ciel dans de nouvelles conditions par son humanité ; mais, lui qui est Dieu, ce n'est point une nouvelle nature qu'il a prise. Implorons donc de la toute-puissance du Père, par le nom de son Fils, notre Sauveur, notre admission à la grâce spirituelle, le don de l'éternelle béatitude, l'ascension vers le séjour du bonheur, le progrès de la foi catholique, la ruine de l'hérétique infidélité. Il écoutera les hommages de ceux qu'il daigna chercher lorsqu'ils

Le Samedi dans l'Oct. de V Ascension. ig3

étaient perdus ; il sera attentif à ceux qui lui appartiennent, lui qui n'a pas abandonné ceux même qui s'étaient donnés à un autre ; il se montrera à nos regards, celui qui a daigné se mettre à notre portée pour se faire connaître de nous. Il ne nous laissera point dans l'état d'orphelins, lui qui a daigné faire de nous ses fils, lorsque nous étions devenus ses ennemis ; et il nous accordera l'objet de nos instances, lui qui nous a promis l'Esprit de sainteté. Ameii.

ORex glorias, Domine virtiitum ,qui triumphator hodie super omncs cœlos ascendisti, ne derelinquas nos orphanos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alléluia.

/^ \ Roi de gloire, Seigneur ^ --■ des armées, qui aujourd'hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l'Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.

Esus est monté aux cieux. Sa divinité n'en avait jannais été absente, mais aujourd'hui son humanité y est intronisée, elle y est couronnée d'un diadème de splendeur ; et c'est là encore une nouvelle face du glorieux mystère de l'Ascension. A cette humanité sainte le triomphe ne suffisait pas; le repos lui était préparé sur le trône même du Verbe éternel auquel elle est unie éternellement dans une même personnalité, et c'est du haut de ce trône qu'elle doit recevoir les adorations de toute créature. Au nom de Jésus Fils de

Le Dimanche dans VOct. de V Ascension, i gb

l'homme et Fils de Dieu, de Jésus assis à la droite du Père tout-puissant, « tout genou « doit fléchir au ciel, sur la terre et dans les « enfers i. »

Habitants de la terre, c'est là cette nature humaine qui apparut autrefois dans l'humilité des langes, qui parcourut la Judée et la Galilée n'ayant pas où reposer sa tète, qui fut enchaînée par des mains sacrilèges, flagellée, couronnée d'épines, clouée à une croix ; mais tandis que les hommes qui l'avaient méconnue la foulaient aux pieds comme un ver de terre, elle acceptait le calice des douleurs avec une entière soumission et s'unissait à la volonté du Père ; elle consentait, devenue victime, à réparer la gloire divine en donnant tout son sang pour la rançon des pécheurs. Cette nature humaine, issue d'x\dam par iVlarie l'immaculée, est le chef-d'œuvre de la puissance de Dieu. Jésus. « le plus beau a des enfants des hommes - », est l'objet de l'admiration extatique des Anges; sur lui se sont reposées les complaisances de la suprême Trinité ; les dons de la grâce déposés en lui surpassent ce qui a été accordé à tous les hommes et à tous les esprits célestes ensemble ; mais Dieu l'avait destiné à la voie de l'épreuve, et Jésus qui aurait pu racheter l'homme à moins de frais, s'est plongé volontairement dans une mer d'humiliations et de douleurs, afin de payer avec surabondance la dette de ses frères/ Quelle sera la récompense ? l'Apôtre nous le dit dans ces fortes paroles : « Il s'est fait obéissant jusqu'à la

1 g6 Le Temps Pascal.

« mort et à la mort de la croix ; à cause de « cela Dieu l'a exalté, et lui a donné un nom « qui est au-dessus de tout nom i. »

O vous donc qui compatissez ici-bas aux douleurs par lesquelles il nous a rachetés, vous qui aimez à le suivre dans les stations de son pèlerinage jusqu'au Calvaire, levez la tète aujourd'hui, et regardez au plus haut des cieux. Le voici, « parce (qu'il a souffert « la mort, le voici couronné de gloire et « d'honneur -. Plus il s'est anéanti sous la « forme d'esclave, lui gui dans son autre « nature pouvait sans injustice se dire égala « Dieu 3 »; plus le Père prend plaisir à rélever en gloire et en puissance. La couronne d'épines qu'il a portée ici-bas est remplacée par le diadème d'honneur *. La croix qu'il laissa imposer sur son épaule est désormais le signe de sa principauté ^. Les plaies que les clous et la lance ont imprimées sur son corps resplendissent comme des soleils. Gloire soit donc rendue à la justice du Père envers Jésus son Fils ! mais réjouissons-nous aussi de voir en ce jour « l'Homme des douleurs "î» devenu le Roi de gloire, et répétons avec transport l'Hosannah que la cour céleste fait retentir à son arrivée.

Toutefois n'allons pas croire que le Fils de l'homme établi désormais sur le trône de la divinité reste inactif dans son glorieux repos C'est une souveraineté, mais une souveraineté active que le Père lui a concédée. Il l'a d'abord établi « juge des vivants et des

4. Psalm. XX. — 5. Isai. xii. — 6. Ibid. lui.

Le Dima^iche dans VOct. de l'Ascension, i gj

a morts •, et nous devons tous comparaî« tre devant son tribunal -. » A peine notre âme aura-t-elle quitté son corps, qu'elle se trouvera transportée au pied de ce tribunal sur lequel le Fils de l'homme s'est assis aujourd'hui, et elle entendra sortir de sa bouche la sentence qu'elle aura méritée. O Sauveur couronné en ce jour, soyez-nous miséricordieux à cette heure décisive pour notre éternité.

Mais la judicature exercée par le Seigneur Jésus ne se bornera pas à l'exercice silencieux de ce souverain pouvoir; les Anges nous l'ont dit aujourd'hui : il doit se montrer de nouveau à la terre, redescendre à travers les airs, ainsi qu'il est monté, et alors se tiendront les solennelles assises où le genre humain comparaîtra tout entier. Assis sur les nuées du ciel, entouré des milices angéliques, le Fils de l'homme apparaîtra à la "terre dans toute sa majesté. Les hommes verront « Celui qu'ils ont percé s », et les traces de ses blessures, qui ajouteront encore à sa beauté, seront pour les uns un objet de terreur et pour les autres la source d'ineffables consolations. Pasteur encore sur son trône aérien, il séparera ses brebis des boucs, et sa voix souveraine que la terre ne connaissait plus depuis tant de siècles, retentira pour commander aux pécheurs impénitents de descendre aux enfers, et pour inviter les justes à venir occuper, en corps et en âme, le séjour des délices éternelles.

ig8 Le Temps Pascal.

En attendant ce dénouement final des destinées de la race humaine, Jésus reçoit aussi du Père, en ce jour, l'investiture visible du pouvoir royal sur toutes les nations de la terre. Nous ayant tous rachetés au prix de son sang, nous sommes à lui; qu'il soit donc désormais notre Seigneur. Il l'est en effet, et il s'intitule le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs i. Les rois de la terre ne régnent légitimement que par lui, et non par la torce, ou en vertu d'un prétendu pacte social dont la sanction ne serait que d'ici-bas. Les peuples ne s'appartiennent pas à eux-mêmes : ils sont à lui. Sa loi ne se discute pas; elle doit planer au-dessus de toutes les lois humaines comme leur règle et leur maîtresse : « Les nations frémiront sous son sceptre, « nous dit le Roi-prophète ; les peuples, pour « lui échapper, méditeront de vains systèmes; « les princes de la terre se ligueront contre « lui; ils diront : Brisons son )oug, et jetonsce le loin de nous-.» Inutiles efforts! car ainsi que nous le dit l'Apôtre, « il faut qu'il règne, « jusqu'à ce qu'il ait mis tous ses ennemis « sous les pieds 3 >), jusqu'à ce qu'il apparaisse une seconde fois pour abattre la puissance de Satan et l'orgueil des hommes.

Ainsi donc, le Fils de l'homme couronné dans son Ascension doit régner sur le monde jusqu'à ce qu'il revienne. Mais, direz-vous, règne-t-il donc dans un temps où les princes confessent tenir leur autorité du mandat de leurs peuples, où les peuples séduits par ce prestige qu'ils nomment lioerté ont perdu jusI, Apoc. XIX, i6. — 2. Psalm. ii. — 3. I Cor. xv, 25

Le Dimanche dans VOct. de V Ascension, igg

qu'au sens même de l'autorité ? Oui, il règne, mais dans la justice, puisque les hommes ont dédaigné d'être conduits par sa bonté. Ils ont effacé sa loi de leurs codes, ils ont accordé droit de cité à l'erreur et au blasphème ; alors il les a livrés à leur sens absurde et mensonger. Chez eux le pouvoir éphémère, que l'onction sainte ne rend plus sacré, échappe à tout moment aux mains qui s'efforcent de le retenir, et lorsque les peuples, après avoir roulé dans les abîmes de l'anarchie, essayent de le constituer de nouveau, c'est pourrie voir crouler encore, parce que princes et peuples veulent se tenir en dehors du domaine du Fils de l'homme. Et il en sera ainsi, jusqu'à ce que princes et peuples, lassés de leur impuissance, le rappellent pour régner sur eux, jusqu'à ce qu'ils aient repris la devise de nos pères : « Le Christ est vain« queur! le Christ règne! le Christ com« mande ! Daigne le Clirist préserver son peu« pie de tout malheur! »

En ce jour de votre couronnement, recevez donc les hommages de vos fidèles, ô notre souverain Roi, notre Seigneur et notre juge! nous qui fûmes par nos péchés les auteurs de vos humiliations et de vos souffrances dans le cours de votre vie mortelle, nous nous unissons aux acclamations que firent entendre les Esprits célestes au moment où le diadème royal fut placé sur votre divin Chef. Nous ne faisons encore qu'entrevoir vos grandeurs; mais l'Esprit-Saint que vous nous avez promis achèvera de nous révéler tout ce que nous pouvons connaître ici-bas sur votre souverain pouvoir, dont nous voulons

20 0 Le Dimanche dans VOct. de V Ascension.

être à jamais les humbles et fidèles sujets.

Le Dimanche dans l'Octave de l'Ascension ctait appelé à Rome, au moyen âge, le Dimanche des Roses, parce que l'on avait coutume en ce jour de joncher de roses le pave des basiliques, comme un hommaee au Christ qui s'élevait au ciel dans la saison des fleurs. On sentait alors toutes les harmonies. La fête de l'Ascension si riante et si remplie de jubilation, lorsqu'on la considère sous son pri^ncipal aspect, qui est le triomphe du Rédempteur, venait embellir les radieuses journées du printemps sous un ciel fortune. On cessait un moment de sentir les tristesses de la terre, veuve de son Emmanue , pour ne se souvenir que de la parole quil a dite à ses Apôtres, arîn quelle nous tut répétée : « Si vous m'aimiez, vous vous « réjouiriez de ce que je m'en vais à mon « Père '. » Imitons cet exemple; offrons à notre tour la rose à celui qui l'a faite pour

I embellissement de notre séjour, et sachons nous aider de sa beauté et de son parfum pour nous élever jusqu'à lui, qui nous dit dans le divin Cantique : « Je suis la fleur des <c champs et le lis des vallons -'. » Il voulut être appelé Nazaréen, afin que ce nom mvstcrieux réveillât en nous le souvenir qu'il retrace, le souvenir des fleurs dont il n'a pas dédaigne d emprunter le symbole, pour exprimer le charme et la suavité que ceux qui

I 'Introït, tiré du Psautier, exprime le désir que ressent la sainte Eglise de revoir son Epoux qui s'est enfui loin d'elle. L'âme fidèle partage ce sentiment, et s'unit à la mère commune pour dire comme elle à l'Emmanuel : « Mon cœur vous le dira, je veux « revoir vos traits divins ; offrez-les bientôt à « ma vue. ->

EXAUCEZ ma prière, Seigneur, accueillez le cri que je pousse vers vers vous, alléluia. Mon cœur vous dit : J'ai cherché votre visage, Seigneur ; je ne cesserai de le chercher : daignez ne pas le détourner de moi, alléluia, alléluia.

Ps. Le Seigneur est ma lumière et mon salut : que craindrai-je ? Gloire au Père. Exaucez.

EXAUDI, Domine, vocem meam. qua clamavi ad te, alléluia : tibi dixit cor meum : Quassi vi vultum tuum, vultum tuum, Domine, requiram : ne avortas faciem tuam a me, alléluia, alléluia.

Ps. Dominus illuminatio mea, et salus mea : quem timebo ? Gloria Patri. Exaudi.

Dans la Collecte, l'Eglise nous apprend à demander à Dieu cette; bonne volonté qui nous rendra dignes de revoir Jésus, par notre zèle à servir la divine Majesté.

DIEU tout-puissant et éternel, faites que notre volonté vous soit toujours dévouée, et que nous servions votre Majesté d'un cœur sincère. Par Jésus-Christ.

OMNIPOTENs sempiterne Deus, fac nos

tibi semper et devotam gerere voluntatem, et majestati tuae sincero corde servire. Per Dominum.

2 0 2 Le Dimanche dans VOct. de V Ascension.

On fait mémoire de la fête de l'Ascension, page i55.

Leciio Epistoh Pétri Apostoli

beati , Cap.

Ç^ HARissiMl, Estote pru^^ dentés, et vigilate in orationibus. Ante omnia autem, mutuam in vobismetipsis eharitatem continuam habentes : quia charilas operit multitudinem peccatorum. Hospitales invicem sine murmuratione. Unusquisque, sicut accepit gratiam, in alterutrum illam administrantes, sicut boni dispensatores multiformis gratias Dei. Si quis loquitur, quasi sermones Dei : si quis ministrat, tamquam ex virtute, quam administrât Deus : ut in omnibus honorificetur Deus Êer Jesum Christum lominum nostrura.

Lecture de l'Epître de saint Pierre, Apôtre. I, Chap. iv.

1^ ES bien-aimés , soyez *■ *■ prudents et veillez dans la prière ; mais avant tout, ayez une charité persévérante les uns envers les autres : car la charité couvre la multitude des péchés. Exercez entre vous l'hospitalité sans murmurer. Que chacun se rende utile aux autres, selon la grâce qu'il a reçue, comme étant de fidèles dispensateurs des diverses grâces de Dieu. Si quelqu'un parle, que ce soit commue des paroles de Dieu ; si quelqu'un exerce un ministère, que ce soit comme par la vertu que Dieu lui donne ; afin qu'en toutes choses Dieu soit honoré par Jésus-Christ notre Seigneur.

T" ANDis que les disciples sont réunis dans le ' Cénacle, n'ayant qu'un cœur et qu'une âme, et attendant la venue de l'Esprit-Saint, le prince des Apôtres qui présidaitcetteassemblée sainte se tourne vers nous qui attendons ici-bas la même faveur, et nous recommande la charité fraternelle. 11 nous promet que cette vertu couvrira la multitude de nos péchés ;

A la Messe.

2o3

quelle heureuse préparation pour recevoir le don divin ! L'Esprit-Saint arrive afin d'unir les hommes en une seule famille ; arrêtons donc toutes nos discussions, et préparons-nous à la fraternité universelle qui doit s'établir dans le monde à la prédication de l'Evangile. En attendant la descente du Consolateur promis, TApôtre nous dit que nous devons être prudents et veiller dans la prière. Recevons la leçon : la prudence consistera à écarter de nos cœurs tout obstacle qui repousserait le divin Esprit ; quant à la prière, c'est elle qui les ouvrira, ahn qu'il les reconnaisse et s'y établisse.

Des deux Versets de l'Alleluia, l'un est emprunté à David, et célèbre la majesté de Jésus sur son trône royal ; l'autre est formé des paroles mêmes du Sauveur qui nous promet son retour à la fin des temps, lorsqu'il viendra réclamer ses élus.

A LLELUIA, alléluia.

f. Le Seigneur règne sur toutes les nations : Dieu s'est assis sur son trône de sainteté.

Alléluia.

"f. Je ne vous laisserai pas orphelins : je m'en vais, mais je reviendrai à vous, et votre cœur sera dans la joie, alléluia.

A LLELUIA, alléluia.

^. Regnavit Dominus super omnes gentes : Deus sedet super sedem sanctam suam.

Alléluia.

j^. Non vos relinquam orphanos : vado et venio ad vos, et gaudebit cor vestrum, alléluia.

2 04 J^c Dimanche dnns COct. de V Ascension.

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. xv.

Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap.xv.

IN illo tcmpore : Dixit Jcsus discipulis suis : Cum venerit Paraclitus, quem ego mittam vobis a Pâtre. Spiritum veritatis, qui a Pâtre procedit. ille testimonium perhibebit de me : et vos testimonium perhibebitis. quia ab initio mecum estis. Haec locutus sum vobis, ut non scandalizemini. Absque synagogis facient vos : sed venit hora ut omnis, qui interficit vos, arbitretur obsequium se prsestare Deo. Et hacc facient vobis, quia non noverunt Patrem, neque me. Sed hœc locutus sum vobis : ut, cum venerit hora eorum, reminiscamini quia ego dixi vobis.

A LA veille de nous envoyer son Esprit, Jésus nous annonce les effets que ce divin Consolateur produira dans nos âmes. S'adrcssant aux Apôtres dans la dernière Cène, il leur dit que cet Esprit leur rendra témoignage de lui, c'est-à-dire qu'il les instruira sur la divinité de Jésus et sur la fidélité qu'ils lui doivent, jusou'à mourir pour lui. Voilà donc ce que produira en eux cet hôte

EN ce temp)s-là, Jésus dit à ses disciples : Lorsque viendra le Consolateur que je vous enverrai du Père, l'Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage de moi ; et vous aussi vous rendrez témoignage, parce que vous êtes avec moi depuis le commencement. Je vous ai dit ces choses, afin que vous ne soyez pas scandalisés. Ils vous chasseront des synagogues ; et vient l'heure où quiconque vous tuera croira rendre service à Dieu. Et ils vous traiteront ainsi, parce qu'ils ne connaissent ni le Père, ni moi. Je vous ai dit ces choses, afin que lorsque l'heure sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites.

A la Messe.

divin que Jésus, près de monter aux cieux, leur désignait en l'appelant la Vertu d'en haut. De rudes épreuves les attendent ; il leur faudra résister jusqu'au sang. Qui les soutiendra, ces hommes faibles *? L'Esprit divin qui sera venu se reposer en eux. Par lui ils vaincront, et l'Evangile fera le tour du monde. Or, il v£ venir de nouveau, cet Esprit du Père et du Fils ; et quel sera le but de sa venue, sinon de nous armer aussi pour le combat, de nous rendre forts pour la lutte ? Au sortir de la Saison pascale, où les plus augustes mystères nous illuminent et nous protègent, nous allons retrouver en face le démon irrité, le monde qui nous attendait, nos passions calmées un moment qui voudront se réveiller. Si nous sommes «revêtus de la Vertu d'en haut », nous n'aurons rien à craindre ; aspirons donc à la venue du céleste Consolateur, préparons-lui en nous une réception digne de sa majesté ; quand nous l'aurons reçu, gardons-le chèrement ; il nous assurerala victoire, comme il l'assura aux Apôtres.

L'Otfertoire rappelle avec les paroles du Roi-prophète les grandeurs de Jésus montant au ciel ; la sainte Eglise veut que la pensée d'un tel triomphe nous accompagne sans cesse, et qu'elle fixe à jamais nos cœurs dans le séjour où le Triomphateur nous attend.

T\ lEu est monté aux accla- A scendit Deiis m ju■*-^ mations de la joie : le ^^ bilatione : et Dominus in voce tubas, alléluia.

Seigneur est monté au brui des trompettes, alléluia

En olTrant à Dieu ic pain et le vin qui bientôt vont être transformés au corps et au sang de Jésus, la sainte Eglise demande pour nous, dans l'Oraison Secrète, non seulement que le contact des Mystères divins nous rende purs, mais qu'il nous donne cette énergie sans laquelle la vie chrétienne n'existe pas.

^ACRIFICIA nos. DomiN ne, immaculata purincent : et mentibus nostris supernae gratiœ dent vigorem. Per Dominum.

FAITES, Seigneur, que ce Sacrifice sans tache nous iipporte la purification, et qu'il communique à nos âmes la vigueur que produit la grâce céleste. Par JésusChrist.

On fait mémoire de la fête de l'Ascension, page 162.

Préface de l'Ascension, vieme page.

Les paroles de la prière de Jésus à son Père forment l'Antienne de la Communion. Il les prononça après avoir nourri ses disciples de sa chair sacrée. Elles montrent son désir à notre éaard.

ATER, cum essem cum

1 eis, ego servabam eos quos dedisti mihi, alléluia : nunc autem ad te venio : non rogo ut tollas eos de mundo, sed ut serves eos a malo, alléluia, alléluia.

OPÈRE, lorsque j'étais avec eux, je gardais ceux que vous m'avez donnés, alléluia ; maintenant je m'en vais à vous ; je ne vous demande pas de les ôter du monde, mais de les délivrer du mal, alléluia, alléluia.

L'action de grâces est le premier devoir du chrétien après la communion au corps et au

Le Dimancïie dans l'Oct. de l'Ascension. 20 j

sang de Jésus-Christ ; l'Eglise, qui connaît mieux que nous la grandeur du oienfait que nous avons reçu, demande dans la Postcommunion que cette action de grâces demeure continuellement en nous.

EMPLIS de VOS dons saY^ crés, faites. Seigneur, que nous vous en rendions désormais de continuelles actions de ffrâces. Par JésusChrist.

Q EPLETi. Domine, mu1 \ neribus sacris : da quaesumus ; ut in gratiarum semper actione maneamus. Per Dominum.

On fait mémoire de la fête de l'Ascension, page 164.

ANTIENNE DE MagnifiCOt

HRQ. locutus sum vobis, ut quum venerit hora eorum, reminiscamini, quia ego dixi vobis, alléluia.

JE vous ai dit ces choses, afin que lorsque l'heure sera venue, vous vous souveniez que je vous les ai dites, alléluia.

I~v lEU tout-puissant et éteryj nel, faites que notre volonté vous soit toujours dévouée, et que nous servions votre Majesté d'un cœur sincère. Par Jésus-Christ.

OMNIPOTENS sempiterne Deus, fac nos tibi semper et devotam gerere voluntatem, et majestati tu?e sincero corde servire. Per DomiO FERONS à Jésus triomphant cette belle Hymne que l'Eglise emploie, à l'Office des Matines, le jour de l'Ascension et durant toute l'Octave. Elle exprime avec énergie le

mystère tout entier, et nous montre comment 'a chrétienté latine, dans l'antiquité, savait •cndre ses sentiments en présence du Rédempteur glorifié.

jj TERNE rex altissime, /t Redemptor et fidelium, Cui mors perempta detulit Summœ triumphum glorias.

Ascendis orbes siderum,

Quo te vocabat coelitus

CoUata, non humanitus,

Rerum potestas omnium.

Ut trina rerum machina Cœlestium, terrestrium Et inferorum condlta. Flectat genu jam subdita.

Tremunt videntes Angeli Versamvicemmortalium: Peccat caro, mundat

caro. Régnât Deus Del caro.

Sis ipse nostrum gaudium. Manens Olympo praeRoi éternel, Roi très-haut. Rédempteur des fidèles,

6 vous, à qui la victoire sur la mort désormais abattue a mérité le plus glorieux triomphe.

En vous élevant aujourd'hui, vous franchissez la région des astres, et vous allez vous asseoir sur le trône pour exercer le souverain pouvoir que le ciel, et non l'homme, vous a conféré.

C'est là que vous recevez l'hommage des trois régions créées, le ciel, la terre et les enfers, qui, dans leur soumission, fléchissent le genou devant votre majesté.

Les Anges contemplent avec stupeur la révolution qui s'est accomplie dans le sort des mortels; la chair avait péché, et la chair a tout purifié ; un Dieu fait chair étend partout son empire.

Soyez gresse, c

au ciel pour être notre récompense! Vous qui tenez les

donc notre allevous qui demeurez

Le Dimanche d.vns l'Oci. de l'Ascension. 2oq

rênes de ce monde, et nous aidez à triompher de ses dangereux attraits l

Daignez pardonner toutes nos offenses, et par l'énergie de votre grâce, attirez eu haut et vers vous nos cœurs ;

Afin qu'au jour où vous paraîtrez soudain assis comme un juge sur la nuée, vous écartiez de nous les châtiments que nous méritons, et nous rendiez la couronne que nous avions perdue.

A vous soit la gloire avec le Père et l'Esprit-Saint, dans les siècles éternels, ô Jésus qui, vainqueur aujourd'hui, remontez dans les cieux 1

Amen.

Mundi régis qui fabricam, Mundana vincens gaudia.

Hinc te precantes quaîsumus. Ignosce culpis omnibus. Et corda sursum subleva Ad te superna gratia.

Ut cum repente cœperis Clarere nube judicis, Pœnas repellas débitas, Reddas coronas perditas.

Jesu, tibi sit gloria, Qui Victor in cœlum

redis, Cum Pâtre et almo Spiritu. In sempiterna sœcula.

Amen.

Terminons par cette prière que nous fournit le Bréviaire mozarabe.

NOTRE Sauveur et notre maître, vous qui, montant aux cieux, avez daigné vous glorifier aux regards de ceux qui vous contemplaient, leur promettant que votre retour comme juge serait semblable à votre départ, faites-nous aujourd'hui accueillir avec une dévotion sincère la fête de votre AsqALVator noster, et O Domine, qui ascendens in cœlos, intuenlium clarificatus apparere dignatus es oculis • dum ita ut nscenderas, venturum ad judicium polliceris; fac nos hodiernœ Ascensionis ture festum pura cordium devotione suscipere : ut ita

in te semper ad melius vita nostra ascendendo proficiat, qualiter ad judicium vcnientem inconfusibili contuitu te semper visionis ad spiciat. Amen.

cension, afin que notre vie s'élève sans cesse en vous à ce qu'il y a de meilleur, en sfirtc que nos yeux puissent se porter avec assurance sur vous, lorsque vous viendrez

I pour le jugement.

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^~) Roi de gloire. Seigneur des armées, qui aujourd'hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins; mais envoyez-nous l'Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.

Rex glorire, Domine virtutum , qui triumphator hodie super omnes cœlos ascendisti, ne derelinquas nos orphanos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alleK royauté sur les hommes n'est pas le seul diadème que reçoit noire divin triomphateur dans son Ascension. L'Apôtre nous enseigne formellement que Jésus est aussi » Chef de toutes les Principautés et de toutes les Puissances 1 ». Au-dessus de la race humaine s'élèvent les degrés éblouissants de la hiérarchie angélique, l'œuvre la plus magnifique de la création. Après l'épreuve suprême, ces nobles et saintes milices décimées par la chute et la réprobation des rebelles, sont entrées dans la jouissance surnaturelle du souverain bien, et elles ont commencé le cantique sans fin

3ui retentit autour du trône de Dieu, et ans lequel elles expriment leurs adorations, leurs transports d'amour et leurs actions de grâces.

Mais une condition jusqu'à présent a manêué à leur entière félicité. Ces innombrables sprits si beaux et si lumineux, tout comblés qu'ils sont des dons de la muniticence divine, attendent un complément de gloire et de bonheur. Lorsqu'ils eurent été appelés du néant à la vie, Dieu leur ré vêla qu'il devait créer encore d'autres êtres, des êtres d'une nature inférieure à la leur, et que parmi ces êtres composés d'une âme et d'un corps, il en devait naître un que le Verbe éternel unirait à sa nature divine en une seule et même personne. Il leur fut manifesté que cette nature humaine dont la gloire, avec celle de Dieu même, a été le but de la création, serait appelée « le premier-né de toute créature i », et que tout Ange, ainsi que tout homme, devrait fléchir le genou devant elle, qui, après avoir été Viumiliée sur la terre, serait gloriflée dans les cieux ; qu'enfin le moment viendrait où toutes leshiérarchiescélestes, jusqu'aux Principautés et aux Puissances, jusqu'aux Chérubins et aux Séraphins, l'auraient pour Chef.

Jésus fut donc attendu par les Anges, comme il le fut par les hommes. Par les Anges, il fut attendu comme le perfectionnement suprême de leurs hiérarchies, dont la multiplicité arriverait par lui à l'unité, et qui seraient reliées plus étroitement à Dieu au moyen de cet ineffable intermédiaire qui réunirait en sa personne une nature divine et une nature créée ; par nous autres hommes, il fut attendu comme le réparateur rendu nécessaire par le péché qui nous avait fermé le ciel, et aussi

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comme le médiateur éternellement prédestiné à venir prendre la race humaine aux confins du néant, pour la réunir à Dieu qui avait résolu de lui communiquer sa gloire. Ainsi, tandis que sur la terre les justes qui vécurent avant le jour où le Verbe éternel fut conçu au sein de la plus pure des vierges, se rendaient agréables à Dieu en s'unissant à ce réparateur, à ce médiateur qui devait venir ; de même, au ciel, les hommages des Anges à la Majesté divine montaient jusqu'à elle par l'otfrande anticipée que lui adressaient ces Esprits bienheureux, s'unissant à ce Chef dont la mission non réalisée encore était présente dans les décrets éternels de l'Ancien des jours.

Enfin la plénitude des temps 1 étant venue, comme parle l'Apôtre, « Dieu introduit sur la « terre son premier-né 2 », l'archétype de la création, et à cette heure sacrée ce ne sont pas les hommes qui adorent les premiers ce Chef de leur race ; le même Apôtre nous rappelle que ce sont les Anges qui lui rendent les premiers leur hommage 3. David l'avait prédit dans son sublime c'antique sur la venue de l'Emmanuel -^ : et il était juste qu'il en fût ainsi ; car l'attente des Anges avait duré plus longtemps, et d'ailleurs ce n'était pas en qualité de réparateur qu'il venait pour eux, mais uniquement comme le médiateur fermement espéré, qui devait les rattacher plus étroitement à l'infinie beauté, objet de leurs délices éternelles, et combler,

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pour ainsi dire, l'intervalle qui n'avait été rempli jusqu'alors que par leurs aspirations à le voirenfinoccuperlaplacequiluiétaitdestinée.

Alors s'accomplit cet acte d'adoration envers le Dieu-Homme, cet acte exigé des Esprits célestes au commencement de toutes choses comme l'épreuve suprême, et qui devait, selon qu'il obtiendrait acquiescement ou refus, décider du sort éternel de ces nobles créatures. Avec quel amour et quelle soumission ne l'avons-nous pas vu rempli, à Bethlehem, parles Anges tidùles, lorsqu'ils virent leur Chef et le notre, le Verbe fait chair, reposant entre les bras de sa chaste mère, et qu'ils allèrent bientôt annoncer avec transport aux hommes représentés par les bergers l'heurease nouvelle de l'arrivée de ce commun médiateur!

Mais aujourd'hui ce nest plus sur la terre que les Esprits célestes contemplent le fils de Marie ; ce n'est plus sur la voie des humiliations et des souffrances par lesquelles il lui a fallu passer pour lever d'abord l'obstacle du péché qui nous privait de l'honneur de devenir ses heureux membres: c'est sur le trône préparé à la droite du Père qu'ils l'ont vu s'élever, qu'ils le contemplent désormais, qu'ils s'unissent à lui étroitement, en le proclamant leur Chef et leur Prince. A cet instant sublime de l'Ascension, un frémissement de bonheur inconnu parcourt toute la succession des célestes hiérarchies, descendant et remontant des brûlants Séraphins aux Ansçesçiui avoisinent la nature humaine. Une félicité nouvelle, celle qui consiste dans la jouissance réelle d'un bien dont l'attente

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est déjà remplie de délices pour le cœur d'une créature, opère un renouvellement de béatitude dans ces êtres privilégiés, que l'on eût pu croire parvenus à l'apogée des joies éternelles. Leurs regards se fixent sur la beauté incomparable de Jésus, et ces Esprits immatériels s'étonnent de voir la chair revêtue d'une splendeur qui dépasse leur éclat par la plénitude de grâce qui réside en cette nature humaine. Leur vue, pour plonger plus avant dans la lumière incréée, traverse cette nature inférieure à la leur, mais divinisée par son union avec le Verbe divin; elle pénètre à des profondeurs qu'elle n'avait pas sondées encore. Leurs désirs sont plus ardents, leur élan plus rapide, leurs concerts plus mélodieux ; car, ainsi que le chante la sainte Eglise, Anges et Archanges, Puissances et Dominati-ons, Chérubins et Séraphins, ils louent désormais la majesté du Père céleste par Jésus-Christ son Fils : per quem majestatem tiiam laudant Angeli.

Mais qui pourrait décrire les transports des Esprits célestes à l'arrivée de cette multitude d'habitants de la terre, membres comme eux du même Chef, se pressant sur ses pas et se partageant selon les diverses hiérarchies, là où la chute des mauvais anges laissait des places désertes ? La résurrection générale n'a pas encore restitué à ces âmes les corps auxquels elles furent unies ; mais, en attendant, leur chair n'est-elle pas déjà glorifiée en celle de Jésus? Plus tard, à l'heure marquée, la trompette de l'Archange ayant retenti 1, ces

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