L'Année liturgique — Le Temps Pascal (t. 7-9) (page 14)
I. 1 Thess. IV, i5.
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âmes bienheureuses reprendront leur vêtement terrestre, désormais voue à l'immortalité. C'est alors que les saints Anges reconnaîtront avec un enthousiasme fraternel dans les traits d'Adam, notre ancêtre, ceux de Jésus son fils, ainsi que nous l'enseignent les plus anciens Pères, et dans les traits d'Eve, notre première mère, ceux desa fille Marie ; mais la ressemblance sera plus parfaite au ciel qu'elle ne l'était sous les ombrages du jardin des Délices. Vienne donc ce joïir glorieux, où le.splendide mystère de l'Ascension sera réalisé dans ses dernières conséquences ; où les deux créations, angélique et humaine, s'embrasseront pour l'éternité dans l'unité d'un même Chef!
C AiNT Ambroise nous prêtera aujourd'hui
■^ sa voix pour célébrer le mystère du triomphe de la nature humaine en 'Jésus, par cette belle Hymne du Bréviaire de Milan.
niut
PTATUS votis omim
Sacratus illuxit dies Quo Cliristus, mundi
spes. Deus, Conscendit cœlos arduos.
Ascendens in altum
Dominus, Propriam ad scdem remeans, Gavisa sunt cœli régna. Reditu Unigeniti.
LE jour tant désiré a lui enfin à nos yeux; jour auquel le Christ, espoir du monde, Dieu par essence, s'éleva jusqu'au sommet des cieux.
A l'arrivée du Seigneur dans ces hautes régions, à son retour sur le siège de sa gloire, les royaumes célestes ont été dans la jubilation, c'était le Fils unique qui arrivait.
Le Lundi dans VOct. de V Ascension. 21 y
Digne triomphe à la suite d'une si noble lutte! Après avoir abattu le prince du monde, il étale aux regards du Père les membres glorieux d'une chair qui a vaincu.
S'élevant sur les nuages, il sollicite à l'espérance le cœur des croyants ; car il leur ouvre le paradis que le premier père avait fermé.
O joie immense pour nous tous ! Voir le fils d'une Vierge de notre sang, après les crachats, les fouets et la croix, entrer en possession du trône de son Père.
Offrons nos actions de grâces à l'auteur de notre salut, pour avoir élevé en sa personne notre propre chair jusqu'aux honneurs des célestes palais.
Que la joie soit commune entre nous et les Anges ; car s'il vient s'offrir à leurs regards , nous pouvons dire qu'il n'a pas rompu avec nous.
Ce qui nous reste à faire, c'est d'attendre le Christ dans la pratique des bonnes œuvres, et de mener une vie
Magni triumphum praslii ! Mundi perempto principe, Patris praîsentatvultibus Victricis carnis gloriam.
Est elevatus nubibus Et spem fecit credentibus, Aperiens paradisum, Quem protoplastus clauserat.
O grande cunctis gaudium ! Quod partus nostrae Virginis, Post sputa, flagra, post
crucem, Paternœ sedi jungitur.
Agamusergo gratias Nostrœ salutis vindici, Nostrum quod corpus
vexerit Sublimem ad cœli regiam.
Sit nobis cum cœlestibus Commune manens gaudium, mis quod se praesentavit, Nobis quod se non abstulit.
Nunc provocatis actibus Christum exspectare nos
decet, Vitaque tali vivere,
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Qu3e possit cœlos scan- qui dere.
Gloria tibi, Domine, Qui scandis super sidéra, Cum Pâtre et Sancto
Spiritu In sempiterna saecula. x\men.
soit digne d£s cicux.
A vous, Seigneur , qui vous élevez au-dessus des astres, gloire et honneur, avec le Père et le Saint-Esprit, dans les siècles éternels. Amen.
Nous achèverons la journée par cette prière du Bréviaire mozarabe.
CHRISTE Dei virtus, et Dei sapientia, qui propter nos et nostram salutcm descendens e cœlis, humani generis carne vestiri dignatiises, ut dignissima societate nos tua Deitate vestires, et quod morîale descendendo susceperas, imraortalitati ascendendo donares; tribue nobis interventu solemnitatis hodiernsE, qua te cœlos ascendente et sequi cupimus et gaudemus. ut benignissimœ dispensationis hujus munera cognoscentes, rcddamus pietati tuae quod solum possumus, vota laudum ; exspectantcs secundi adventus tui aeternorum solatia gaudiorum.
O Christ, vertu et sagesse de Dieu, vous qui, descendu des cieux à cause de nous et pour notre salut, avez daigné revêtir la chair de l'homme, afin de nous revêtir nous-mêmes de Dieu par la plus noble alliance, et de gratifier de l'immortalité dans votre Ascension cette même chair que, descendu du ciel, vous aviez revêtue sujette à la mort, accordez-nous dans la solennité d'aujourd'hui, où nous nous livrons à la joie de vous voir monter aux cieux et au désir de vous suivre, la faveur de comprendre toute l'étendue de vos bienfaits et de rendre à votre bonté le seul hommage que nous puissions lui offrir, celui de la louange, dans l'attente où nous sommes des joies éternelles dont votre second avènement doit ouvrir le cours.
(~\ Roi de gloire, Seigneur ^"^ des armées, qui aujourd'hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l'Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
(^ Rex gloriœ. Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes cœlos ascendisti, ne derelinquas nos orphanos; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alléluia.
lE Seigneur de gloire est monté aux cieux, et selon Te langage de l'Apôtre, il y est entré comme « notre avantcoureur 1 » ; mais comment l'homme pourra-t-il le suivre jusqu'au séjour de toute sainteté, lui dont la voie est sans cesse entravée par le péché, lui qui a plus besoin de pardon que de gloire? Or, c'est ici encore une des merveilleuses suites de cet auguste mystère de l'Ascension, dont nous ne saurions épuiser toute la richesse. Jésus ne monte pas au ciel seulement pour y régner ; il doit y résider aussi pour y être notre intercesseur, notre Pontife, chargé d'o-btenir en cette qualité le pardon de nos péchés, avec les grâces qui nous ouvriront le chemin pour arriver jusqu'à lui. Sur la croix il s'offrit en victime pour nos péchés; son sang divin, épanché de
tous ses membres, forma dès lors notre rançon surabondante ; mais le ciel demeurait terme aux rachetés jusau'à ce qu'il en eût franchi les portes, jusqu'à ce qu'il eût pénétré l'intime sanctuaire où il doit exercer à jamais la charge de Pontife selon l'Ordre de Melchisédech 1^. Aujourd'hui le sacerdoce du Calvaire se transforme en un sacerdoce de gloire. Jésus est entré « au delà du voile, de ce voile qui était sa chair encore passible et mortelle » 2 ; il a pénétré dans le plus intime de la présence de son Père, et là il est notre Pontife à jamais.
Il estle Christ, sacré d'une doubleonction, au moment où sa personne divine s'unissait à la nature humaine : il est Roi, il est Pontife. Sa Royauté, nous l'avons acclamée les jours précédents; aujourd'hui c'est son Sacerdoce que nous avons à reconnaître. Durant son passage en ce monde, quelques traits de l'un et de l'autre nous ont apparu ; mais cette Royauté et ce Pontificat ne devaient briller de tout leur éclat qu'au jour de l'Ascension. Suivons donc encore notre Emmanuel d'un œil respectueux, et considérons ce qu'il vient opérer dans le ciel.
L'Apôtre va d'abord nous donner la notion du Pontife dans sa sublime Epître aux Hébreux. Le Pontife, nous dit-il, est choisi par Dieu même, afin d'offrir des dons et des sacrifices pour les péchés; il est établi près de Dieu en faveur des hommes, dont il est l'ambassadeur et l'intercesseur ^. Or, telle est la qualité, tel est le ministère de Jésus dans les cieux, à partir de l'heure où nous
I. Psalm. cix. — 2. Heb. vi, 19; x, 20. — S.lbid. v, i.
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sommes. Mais si nous voulons pénétrer plus avant un si vaste et si profond mystère, il nous faut nous aider des symboles que nous offrent les livres saints ; ces symboles dont saint Paul lui-même a emprunté le secours, vont nous faire comprendre le rôle de notre Pontife.
Transportons-nous par la pensée dans le temple de Jérusalem. Nous traversons d'abord cette vaste enceinte à ciel ouvert, entourée de portiques, et au centre de laquelle s'élève l'autel sur lequel les victimes égorgées dont le sang s'écoule par de nombreux canaux, sont consumées selon le rite des divers sacrifices. Nous nous dirigeons ensuite vers un lieu plus auguste, cet édifice couvert qui s'élève au delà de l'autel des holocaustes et qui resplendit de toutes les richesses de l'Orient. Entrons avec respect ; car ce lieu est saint, et Dieu même a donné à iMoïse le plan des ouvrages merveilleux qui le décorent et qui sont tous à sa gloire: l'autel des parfums, d'où s'exhale soir et matin la fumée de l'encens ; le Chandelier à sept branches qui étale avec complaisance ses lis et ses grenades ; la table sur laquelle reposent les pains de proposition, hommage de notre race à celui qui fait mûrir les moissons sur la terre. Mais ce n'est pas encore sous ces lambris étincelants de l'or d'Ophir que s'est établie l'ineffable majesté de Jéhovah. Contemplez au fond de l'édifice ce voile d'un tissu précieux, richement brodé d'images de Chérubins, et descendant jusqu'à terre. C'est là, derrière ce voile, que le Dieu d'Abraham, d'Isaac et de Jacob fait sentir sa présence ; c'est là que
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repose l'Arche d'alliance, sur laquelle les deux Chérubins d'or étendent ' mystérieusement leurs ailes. Ce réduit sacré et inaccessible se nomme le Saint des Saints; aucun homme ne pourrait, sans mourir, soulever ce voile, porter un regard téméraire dans cet asile terrible et entrer là où le Dieu des armées daigne habiter.
L'homme est donc banni du séjour où Dieu habite. La sainteté divine l'exclut de sa présence comme indigne. Créé pour voir Dieu, pour être heureux éternellement par la vue de Dieu, l'homme, à cause de son péché, est condamné à ne le pas voir. Un voile lui dérobe la vue de celui qui est sa fin, et l'obstacle de ce voile est pour lui infranchissable. Telle est la sévère leçon que nous donne le symbole formidable de l'ancien temple.
Une promesse miséricordieuse est néanmoins intervenue. Ce voile sera soulevé un jour, et laissera passage à l'homme ; mais à une condition, et cettecondition, nous allons la connaître en continuant de suivre les symboles de l'ancien temple . Entre tous les mortels exclus du Saint des Saints, il en est un cependant à qui il est donné une fois l'année de pénétrer derrière le voile. C'est le Pontife, Que s'il entre ce jour-là dans l'enceinte terrible, sans tenir entre ses mains le vase rempli du sang des deux victimes qu'il a immolées auparavant pour ses propres péchés et pour ceux de son peuple, il sera exterminé; si au contraire il remplit fidèlement l'ordre du Seigneur, il sera protégé par le sang qu'il porte, et il sera admis en ce
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jour unique à intercéder pour lui-même et pour Israël tout entier.
Qu'elles sont belles, qu'elles sont fortes, CCS figures de l'ancienne Alliance ! mais combien plus belle et plus forte est leur réalisation dans l'inépuisable mystère de l'Ascension de notre divin libérateur ! Il était encore dans la période de ses humiliations volontaires, que déjà sa puissance s'était fait sentir jusque dans ce réduit sacré sur lequel planait la terreur de Jéhovah. Son dernier soupir sur la croix avait déchiré du haut en bas le voile du Saint des Saints, pour annoncer que bientôt l'accès auprès de Dieu allait être ouvert aux hommes comme avant le péché. Mais restait la victoire à remporter sur la mort par la résurrection ; restait encore la période de quarante jours que notre Pontife devait employer à organiser le sacerdoce véritable qui s'exercera sur la terre jusqu'à la consommation des siècles, en union avec celui qu'il va remplir lui-même au ciel.
Aujourd'hui, tous les délais sont accomplis; les témoins de la résurrection l'ont constatée, les dogmes de la foi sont révélés dons leur ensemble, l'Eglise est constituée, les sacrements sont déclarés; il est temps que notre Pontife pénètre dans le Saint des Saints et qu'il y entraîne ses élus à sa suite. Suivons son vol des yeux de notre foi. A son approche, le voile abaissé depuis quatre mille ans se lève et lui livre passage. Jésus n'a-t-il pas, comme le Pontife de l'ancienne loi, offert le sacrifice préalable, le sacrifice non plus figuratif, mais réel, par l'effusion de son propre sang ? Arrivé en présence de
la Majesté divine pour y exercer sa puissante intercession, qu'a-t-il à faire autre chose que de présenter à son Père, en notre faveur, ces blessures qu'il a reçues il y a peu de jours, et par lesquelles s'est épanché le sang qui satisfaisait d'une manière complète à toutes les exigences de la suprême justice ? Et pourquoi a-t-il tenu à conserver ccà augustes stigmates de son sacrifice, sinon pour s'en servir, comme notre Pontife, à désarmer le courroux céleste provoqué sans cesse par les péchés de la terre? Ecoutons l'apôtre saint Jean: « Mes « petits enfants, dit-il, je vous écris ceci, « afin que vous ne péchiez pas; mais si quel« qu'un pèche, nous avons pour avocat Jé« sus-Christ qui est juste i. » Ainsi donc, au delà du voile où il pénètre aujourd'hui, Jésus traite avec son Père de nos intérêts, il met la dernière main aux mérites de son sacrifice, il est un Pontife éternel, un Pontife à l'intercession duquel rien ne résiste.
Saint Jean, qui a vu le ciel ouvert, nous décrit d'une façon expressive cette double qualité de notre divin Chef, victime et roi en même temps, sacrifié et néanmoins immortel. Il nous montre le trône de l'éternelle Majesté entouré des vingt-quatre vieillards sur leurs sièges et des quatre animaux symboliques, ayant en face les sept Esprits rayonnants de force et de beauté; mais le sublime prophète n'arrête pas là son ineûable description. Il entraîne nos regards jusque sur le trône même de Jéhova\i; et nous apercevons debout au milieu de ce trône un
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Agneau, mais un agneau « comme immolé » et toutefois revêtu des attributs de la force et de la puissance i. Qui oserait tenter d'expliquer de telles images, si notre grand mystère d'aujourd'hui^ ne nous en donnait la clef? Mais avec quelle facilité tout s'éclaircit à sa lumière! Aux traits que nous révèle l'A- pôtre nous reconnaissons notre Jésus, Verbe éternel, et en sa qualité de Verbe éternel siégeant sur un même trône avec son Père auquel il est consubstantiel. Mais en même temps il est Agneau : car il a pris notre chair, afin d'être égorgé pour nous comme une victime ; et ce caractère de victime demeure en lui pour l'éternité. Le voici donc dans toute sa majesté de Fils de Dieu, debout, et posant avec une dignité souveraine; mais en même temps il apparaît comme immolé. Les cicatrices des blessures que lui a faites le couteau du sacrifice demeurent à jamais visibles; c'est identiquem.ent l'Agneau du Calvaire qui" consomme éternellement dans la gloire l'immolation qu'il accomplit douloureusement sur la croix.
Telles sont les merveilles que l'œil des Anges contemple « à l'intérieur du voile ~ », et que notre œil verra aussi, lorsque nous aurons franchi le voile à notre tour. Nous ne sommes pas destinés à rester au dehors, comme le peuple juif qui voyait une fois l'an son Pontife disparaître quelques instants derrière la courtine qui fermait l'accès du Saint des Saints. Voici que l'Apôtre nous enseigne que « Jésus notre avant-coureur,
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« Jésus Pontife à jamais, est entré pour nous u dans le sanctuaire* » ; entré pour nous! qu'est-ce à dire, sinon gu'il nous y précède, et que nous l'y suivrons ? Il est juste qu'il entre le premier; mais c'est comme avantcoureur (^u'il entre. Dès aujourd'hui même il n'est déjà plus seul à l'intérieur du voile; la foule des élus qui montait après lui a pénétré à sa suite, et à partir de ce moment, le nombre de ceux qui seront admis va s'accroître d'heure en heure. Nous ne sommes aue de pauvres pécheurs, et l'Apôtre nous it que « nous sommes déjà sauvés en es« pérance »-; et notre espérance, c'estde pénétrer un jour dans le Saint des Saints. Alors nous répéterons avec les Anges, avec les vingt-quatre vieillards, avec les millions d'êtres glorifiés, cette acclamation éternelle : « A l'Agneau qui fut immolé, puissance et c divinité! sagesse et force! honneur, gloire « et bénédiction, dans les siècles des siècles!
p ouR terminer la journée, nous emprunte* rons aujourd'hui cette antique Séquence que le pieux Notker composa au ix« siècle, pour l'abbaye de Saint-Gall.
CHRISTUS hune diem jucundum Gunctis concédât esse christianis. Amatoribus suis.
DAIGNE le Christ rendre favorable cette journée aux chrétiens qu\ lui olTrenl
leur amour.
I. Heb. VI, 20. — 2. Rom. viii, 24. — 3. Apoc. v, 13.
Le Mardi dans VOci. de V Ascension. 22 j
Ghriste Jesu, FiliDei, Mediator nostras natura; Ac Divinœ.
O Christ ! ô Jésus, Fils de Dieu ! tu réunis en ta personne la nature divine et la nôtre.
Dieu éternel, tu as visité la terre ; homme nouveau, tu as traversé les airs dans ton vol.
Les Anges et les nuées t'environnent dans ton retour vers ton Père.
Comment s'en étonner , lorsque, dans ton berceau, l'étoile s'unissait aux Anges pour accomplir tes ordres ?
En ce jour, Seigneur, tu as inspiré aux hommes un nouveau et cher désir, l'espérance des biens célestes.
C'est la nature humaine véritable que tu as emportée r.u delà des limites où s'arrêtent les astres, ô Roi des rois.
Quelle joie remplit le cœur de tes Apôtres, auxquels tu accordes la faveur de te contempler dans ton retour vers les cieux !
Avec quels transports joyeux les neuf chœurs des Anges se portent à ta rencontre !
Terras Deus visitasti aeternus, jEthera novus homo Transvolans.
Officiis te Angeli atque nubes Stipant, ad Patrem Reversurum.
Sed quid miruin, Cum lactanti adhuc Stella tibi serviret Et Angeli ?
Tu hodie tcrrestribus Rem novam et dulcem Dedisti, Domine,
Sperandi cœlcstia.
Tu hominem non fictum Levando super sidercas metas,
Regum Domine.
Quanta gaudia Tuos replent Apostolos, Quis dedisti cernere
Te cœlospergere.
Quam hilares In coelis tibi occurrunt Novem ordines.
In hiimeris portanti Diu dispersum a lupis, Gregem unum,
Quem. Christe, Bonc Pastor, Tu dignare custodire. Amen.
Tu portes sur tes épaules la brebis du troupeau, de ce troupeau dispersé longtemps par les loups, mais que tu as réuni dans l'unique bercail.
O Christ, bon Pasteur, daigne être son gardien toujours.
Amen.
Complétons les hommages de ce jour par ces deux éloquentes oraisons du Bréviaire mozarabe.
DOMINE Jesu Christe, Creator astrorum , qui inclinasti capita nubium, dura te humiliasti in conversatione mortalium ; ut in eo corpore, quo pro nobis probra sustinuisti impiorum, in ipso ascenderes super omnes cœlos cœlorum, et laudes sumeres Angelorum : exaudi nos propitius, et hoc nobis concède placatus, ut. absoluti criminibus, illuc te nunc prœvium sequamur corde, quo tu ascendisti glorificatus in homine ; ut te etiam tune contemplari possimus conditorem et Dominum œternum in .Majestate, quem nunc verum Deum rra?- stolamur et j u d i c^ m. Amen.
SEIGNEUR Jésus-Christ, _ créateur des astres, qui avez incliné les cieux en vous humiliant jusqu'à vivre avec les mortels, et qui. dans ce même corps qui a supporté pour nous les opprobres des impies, deviez monter audessus des cieux et recevoir
1 e s applaudissements des
Anges ; soyez-nous propice, laissez -vous apaiser, et accordez-nous qu'étant absous de nos péchés, nous vous suivions de cœur, comme notre avant-coureur , là où vous êtes monté en glorifiant votre humanité ; afin que nous puissions un jour vous contempler dans votre Majesté comme le créateur et le Seigneur éternel, vous en qui maintenant nous confessons le vrai Dieu et attendons notre juge. Amen.
Le Mardi dans VOct. de V Ascension.
2g
SEIGNEUR Jésus-Christ qui êtes monté sur les cieux des cieux à l'Orient après avoir triomphé de l'Occident, daignez perfectionner en vous ceux dont vous avez pris sur vous le rachat, et que vous devez enlever jusqu'aux cieux. Complétez la gloire de votre corps en attirant vos membres en ce séjour où vous, qui êtes le Chef, nous avez précédés avec tant de splendeur, et n'abandonnez pas à l'Occident de ce monde ceux que, dans votre triomphe , vous devez emporter vers l'éternel Orient.
C-, OMINE Jesu Christe, qui ascendisti super cœlos cœlorum ad Orientera, Occasum devincens ; quos in te suscepisti redimendos, in te perfice ad excelsa toUendos : ut ubi caput prœcessisti glorificatum , illuc totum corpus adtrahas honorandum : nec in Occiduum mundi relinquas, quos ad Orientem perpetuum versus triumphator exaltas.
OREXgloriaî, Domine virtutum, qui triumphatorhodie superomnes cœlos ascendisti, nederelinquas nos orphanos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritura veritatis, alléluia.
ORoi de gloire, Seigneur des armées, qui aujourd'hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l'Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
.BAISSONS sur la terre nos regards, que nous avons tenus jusqu'ici tixés au ciel pour y suivre Celui qui nous a quittés. Recherchons maintenant les effets du divin mystère de l'Ascension jusque dans notre humble et passagère demeure, où le Fils de Dieu a cessé de résider visiblement. Quel étonnant spectacle attire notre attention ici-bas ! Ce Jésus, qui monta aux cieux en ce jour, sans que la ville de Jérusalem s'en émût, sans qu'elle s'en fût même aperçue, sans que le genre humain s'ébranlât à la nouvelle du départ de son hôte divin ; ce même Jésus, en ce simple anniversaire d'aujourd'hui, dix-neuf siècles après l'événement, émeut encore la terre tout entière de l'éclat de son Ascension. En nos tristes jours la foi est languissante; quelle est cependant la région du globe où n'habitent pas les chrétiens, soit à l'état de peuple, soit
île Mercredi dans l'Oct. de V Ascension. 23 1
à l'état d'individus? c'en est assez pour que l'univers entier entende dire que Jésus est monté aux cieux, et que ce jour est consacré à fêter sa glorieuse Ascension.
Durant trente-trois années il vécut de notre vie sur la terre. Fils éternel de Dieu, son séjour parmi nous fut ignoré de toutes les nations sauf une seule. Cette nation le crucifia; les Gentils ne l'eussent pas même regardé ; car « la lumière a beau luire dans 0 les ténèbres, les ténèbres ne la compren« nent pas ' »; et Dieu a pu « venir dans « son œuvre même, et ne pas être accueilli « par les siens '■^. » Au sein du peuple préparé pour sa visite, sa parole a été cette semence qui tombe sur un terrain pierreux et ne germe pas, dans les épines et est bientôt étouffée par elles, et qui rencontre à peine un coin de cette bonne terre où elle peut fructifier s. Si, à force de patience et de bonté, il maintient autour de lui quelques disciples, leur confiance en lui est demeurée faible, hésitante, toujours prête à s'éteindre.
Et néanmoins, depuis la prédication de ces mêmes Apôtres, le nom et la gloire de Jésus sont partout ; en toutes les langues, dans toutes les races, il est proclamé"" le Fils de Dieu incarné ; les peuples les plus civilisés comme les plus barbares sont venus à lui ; on fête sa naissance dans Tétable de Bethléhem, sa mort douloureuse sur la croix où il paya la rançon du monde coupable, sa résurrection par laquelle il confirma la rnission divine qu'il était venu accomplir, enfin son
I. JoHAN. I, 5—2. Ibid. 1 1. — 3. Mattm. xni.
2? 2 Le Temps Pascal.
Ascension qui le fait asseoir en ce jour Homme-Dieu, à la droite de son Père. Dans Punivers entier la grande voix de l'Eglise fait retentir le mystère de la glorieuse Trinité, qu'il est venu révéler au monde. Cette sainte Eglise qu'il a fondée enseigne à toutes les nations la vérité révélée, et dans toutes les nations elle rencontre des âmes dociles qui répètent son symbole.
Comment s'est accomplie cette merveille ? comment a-t-elle persévéré et persévèrel-elle depuisdix-neufsiècles ? Jésus, qui s'élève au ciel en ce jour, nous l'explique d'un seul mot : ce Je m'en vais, dit-il, et il vous est avan« tageux que je m'en aille. » Qu'est-ce à dire, sinon que, dans notre état actuel, il y a pour nous c^uelque chose de plus avantageux que sa présence sensible ? Cette vie n'est donc pas le moment de le voir et de le contempler, même dans sa nature humaine. Pour le connaître, pour le goûter, même dans cette humaine nature, un autre élément nous est nécessaire : c'est la foi. Or, la foi aux mystères du Verbe incarné ne commence à régner sur la terre qu'à partir du moment où il cesse d'être visible ici-bas.
Qui pourrait dire la force triomphante de la foi? Saint Jean l'appelle d'un nom glorieux. <L La foi, dit-il, c'est la victoire qui « abat le monde sous nos pieds *. » C'est elle qui a abattu aux pieds de notre divin Chef absent de ce monde, la puissance, l'orgueil et les superstitions de la société antique ; et l'hommage en est monté jusqu'au
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trône où prend place aujourd'hui Jésus, Fils de Dieu et fils de Marie.
Saint Léon le Grand, le sublime interprète du mystère de l'Incarnation, a pénétré cette doctrine de son couf? d'œil toujours si sûr, et il l'a rendue avec l'éloquence qui lui est familière. « Après avoir accompli la prédication de l'Evangile et les mystères de la nouvelle Alliance, nous dit-il, Jésus-Christ notre Seigneur s'élevant au ciel sous les yeux de ses disciples, a mis un terme à sa présence corporelle ici-bas, et il doit demeurer à la droite de son Père jusqu'à ce que soient accomplis les temps divinement destinés à la multiplication des enfants de l'Eglise; après quoi il reviendra pour être le Juge des vivants et des morts, dans la même "chair avec laquelle il est monté. Ainsi donc, tout ce qui avait été visible ici-bas en notre Rédempteur a passé dans Tordre des Mystères; et afin de rendre la foi plus excellente et plus ferme, la vue a été remplacée par un enseignement dont l'autorité, entourée d'un rayonnement céleste, entraîne les cœurs des croyants.
«C'est par la vertu de cette foi dont l'Ascension du Seigneur a accru l'énergie, et que le don de l'Esprit-Saint est venu fortifier, que ni les chaînes, ni les cachots, ni l'exil, ni la faim, ni les bûchers, ni la dent des bêtes féroces, ni les supplices inventés par la cruauté des persécuteurs, n'ont pu effrayer les chrétiens. C'est pour leur fidélité à cette foi que, dans le monde entier, non seulement des hommes, mais même des femmes, non seulement des enfants et des adolescents.
234 Le Temps Pascal.
mais des jeunes filles délicates, ont combattu jusqu'à l'ellusion de leur sang. C'est cette foi qui a chassé les démons, fait disparaître les maladies, ressuscité les morts. De là, nous avons vu les bienheureux Apôtres eux-mêmes qui, après avoir été confirmés par tant de miracles, instruits par tant de discours du Seigneur, s'étaient laissé eifrayer par, les indignités de sa Passion, et n'acceptèrent la vérité de sa résurrection qu'après avoir hésité ; nous les avons vus changés aussitôt après son Ascension, à tel point que les choses qui jusqu'alors ne leur inspiraient que de la terreur, devinrent tout à coup pour eux une source d'allégresse. Toute la force du regard de leur âme s'était dirigée sur la divinité de celui qui est assis à la droite du Père ; la vue de son corps ne retardait plus la vigueur de leur œil, dès lors qu'ils pénétraient le Mystère, et arrivaient à comprendre qu'en descendant des cieux il ne s'était pas séparé de son Père, pas plus qu'en y remontant il ne s'était isolé de ceux qui avaient été ses disciples.
« Le moment donc où le Fils de l'homme, qui est aussi le Fils de Dieu, s'est manifesté d'une façon plus excellente et plus auguste, est celui où il s'est retiré dans la gloire et la majesté de son Père; car c'est alors que, par un procédé ineffable, il s'est rendu plus présent par sa divinité, à mesure que son humanité s'éloignait de nous davantage. C'est alors que la foi plus éclairée que l'œil terrestre s'est approcnée d'un pas plus ferme de celui qui est le Fils égal au Père, qu'elle n'a plus eu besoin de palper dans le Christ cette
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nature humaine par laquelle il lui est inférieur. La substance de ce corps glorifié est demeurée la même; mais la foi des croyants avait désormais son rendez-vous là où non plus une main de chair, mais une intelligence spirituelle est admise à toucher le Fils égal au Père. De là vient que le Seigneur ressuscité, lorsque Marie-Madeleine, qui représentait l'Eglise, s'élançait pour saisir ses pieds, l'arrêta par ces paroles : a Ne me touche pas; car je ne suis pas monté encore vers mon Père » ; comme s'il eût dit : « Je ne veux plus que tu arrives à moi par une \o\ç. sensible, ni que tu me reconnaisses au contact humain; je t'ai réservée à une plus sublime expérience; j'ai préparé pour toi un sort plus digne d'envie. Lorsque )e serai monté vers m.on Père, c'est alors que tu me saisiras, mais d'une manière plus parfaite et plus vraie, parce que les sens étant dépassés, la foi te révélera ce que tes yeux ne verront pas encore i. »
Il est donc inauguré par le départ de notre Emmanuel, ce règne de la foi qui doit nous préparer à l'éternelle vue du souverain bien; et cette heureuse foi, qui est notre élément, nous donne en même temps toute la lumière compatible avec notre faible condition présente pour saisir et adorer le \'erbe consubstantiel au Père, et pour avoir l'intelligence des Mystères que ce Verbe incarné a opérés ici-bas dans son humanité. Un grand nombre de siècles nous sépare du moment où il se rendit visible sur la terre, et nous le connaissons mieux que ne le connurent et ne le
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goûtèrent ses propres disciples avant son Ascension sur le mont des Oliviers. Il nous était donc véritablement avantageux qu'il s'éloignât ; sa présence eût gêné l'essor de notre foi, et notre foi seule pouvait remplir rintervalie qui le sépare de nous, jusqu'à ce que nous ayons pénétré « à l'intérieur du voile ».
Combien est profond l'aveuglement de ces hommes qui ne sentent pas la puissance surhumaine de cet élément de la foi, par lequel le monde a été non seulement vaincu, mais transformé ! Ils prétendent avoir découvert la fabrication des Evangiles, et ils ne voient pas cet Evangile vivant qui résulte de dixneuf siècles de foi unanime, qui ressort de la confession généreuse de tant de millions de martyrs, de la sainteté de tant de justes, de la conversion successive de tant de nations, à commencer par les plus civilisées et à linir par les plus barbares. Certes, celui-là qui, après avoir visité un coin de cette terre durant quelques années, n'a eu besoin que de disparaître pour attirer à lui la foi des plus grands génies comme des coeurs les plus simples et les plus droits, est bien ce qu'il nous a dit être : le Fils éternel de Dieu. Gloire et action de grâces soient donc à vous, Seigneur, qui, pour nous consoler de votre départ, nous avez "donné la foi par laquelle l'œil de notre âme s'épure, l'espérance de notre cœur s'enflamme, et les divines réalités que nous possédons se font sentir à nous dans toute leur puissance ! Conservez en nous ce don précieux de votre bonté toute gratuite, accroissez-le sans cesse, faites qu'il s^épanouissedans toute
Le Mercredi dans VOct. de V Ascension. 23 j
sa maturité, au moment solennel qui doit précéder celui où vous vous révélerez à nous face à face.
ous célébrerons aujourd'hui le mystère de l'Ascension en empruntant la voix d'une de nos Eglises les plus septentrionales, tombée, hélas! comme toutes ses sœurs de la Suède, sous le joug du luthéranisme. C'est une Séquence tirée du dernier missel d'Abô, dans la Finlande. La composition de cette pièce se rapporte au xiv^ ou au xv" siècle.
NATIONS, applaudissez, menez des chœurs de fête : le Christ triomphe, il remonte victorieux, traînant après lui les dépouilles qu'il a conquises ; il monte au son joyeux de la trompette.
Oh ! quelle gloire entoure aujourd'hui le Fils du souverain Seigneur ! Comme il s'élève, le fruit de la terre, au-dessus de tous les trônes du ciel.
De même que Moïse étant entré dans le Tabernacle, le peuple est entraîné à contempler un spectacle si étonnant ; ainsi les hommes de Galilée ne peuvent détacher leurs reOMNES gentes plaudite, Festos choros ducite, Christo triumphante; Redit cum Victoria, Capta dacens spolia, Tuba jubilante.
Papas! quam magnificum Hodie dominicum
Germen gloriatur ! Terr« fructus hodie Super thronos curias
Cœli sublimatur.
Intrat tabernaculum Moyses, et populum Trahit ad spectaculum Tantœ virtus rei : Stant suspensis vultibus, Intendentes nubibus
Jesum subducentibus, Viri Galilaîi.
Dum Elias sublcvatur, Elis.To duplex datur
Spiritus et pallium : Alta Christus dum conscendit, Servis suis mnas appendit
Gratiarum omnium.
Transit Jacob hune
Jordanem, Luctum gerens non inanem,
Crucis usus baculo ; Redit turmis cum duabus, Angelis et animabus,
Et thesauri sacculo.
Hic est fortis,
Qui de mortis
Victor porîis Introit cum gloria ;
Rex virtutum,
Cujus nutum
Et obtutum Trina tremit régla.
Vocac Pater Filium Ad consessus solium, Donec suppedaneos, \^ictos vel spontaneos,
Ponat inimicos. Sedet in altissimis, Fruitur potissimis ; Redit ex novissimis Judicans ex intirais
gards de la nuée qui leur a soustrait Jésus.
Elic s'élève au ciel, laissant à Elisée son double esprit et son manteau; le Christ, montant à son tour, fait part à ses serviteurs du trésor de ses grâces.
Le véritable Jacob a passé le Jourdain, et à travers la souffrance, se servant de la croix pour bâton, aujourd'hui il revient escorté de deux bataillons, les Anges et les âmes rachetées, et il porte avec lui le trésor qu'il a conquis.
C'est le vaillant qui. vainqueur des portes de la mort, entre avec gloire; c'est le Seigneur des armées, dont un signe, un regard, fait trembler le triple univers.
Le Père invite son Fils à s'asseoir sur le trône jusqu'à ce qu'il ait réduit, de gré ou de force, ses ennemis à lui servir de marchepied. Le voilà siégeant au plus haut des cieux, en possession d'honneurs infinis ; mais à la fin il doit revenir, pour juger les
Le Mercredi dansVOct. dj l'Ascension.
3 g bons et les méchants sur leurs actions même les plus secrètes.
Dieu vengeur, venez avec clémence, en ce jour où nous serons présentés en face de votre trône ; en cette vie, faites-nous goûter dès le matin votre miséricorde ; et transportez nous bientôt dans la vie éternelle, pour y prendre part à la gloire future.
Amen.
Nous terminerons, comme les jours précédents, par une des belles prières du Bréviaire mozarabe dans le cours de l'Octave.
Justos et iniquos.
Vcni, Deus ultionum, Veni cum clemcntia : Dum sistemur ante thro• num Tua in prassentia : Mane nobis tune auditam Fac misericordiam ; In perennem transfer vitam Ad futuram gloriam. Amen.
SEIGNEUR Jésus-Christ, qui avez élevé avec tant de gloire votre trône dans votre cité de Jérusalem qui est l'Eglise ; vous qui en avez fait si glorieusement la conquête, et qui de son sein vous élevez dans un si beau triomphe jusqu'au Père, et nous manifestez les grandeurs de votre Ascension dans la nature humaine que vous avez revêtue, daignez agréer nos vœux et accepter nos œuvres, afin que nous puissions posséder le royaume avec vous dans la gloire éternelle. Amen.
DOMINE Jesu Christe, qui sublimius exaltasti thronum tuum in Jérusalem civitatem tuam. quîe est utique Ecclesia, dum eara gloriose conquiris et ab ea triumphaliter ad Patrem ascendis : dum in assumpto homine Assumptionis tuae gloriam manifestas : sint ergo in nobis, et vota tibi placita, et opéra ipsa accepta ; ut ex hoc tecum possideamus regnum in gloria sempiterna. Amen.
-?i^
OREXgloriae, Domine virtutum.qui triumphator hodie super omnes cœlos ascendisti, ne derelinquas nos orphanos ; sed mitte promissura Patris in nos Spiritum veritatis, alléluia.
^~\ Roi de gloire. Seigneur ^^ des armées, qui aujourd'hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais envoyez-nous l'Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
[oùs avons vu comment l'Ascension de notre Emmanuel lui a assuré ici-bas un premier triomphe par la foi, qui lui' donne l'empire sur les intelligences. Une seconde victoire ressort du même mystère : c'est la victoire de l'amour qui fait régner Jésus sur les cœurs. Depuis dix-neuf siècles, en qui les hommes ont-ils cru fermement, universellement, si ce n'est en lui ? Quel autre point de ralliement ont eu les intelligences, si ce n'est dans les dogmes de la foi ? Quelles ténèbres ce divin flambeau n'a-t-il pas éclairées ? Quelles clartés n'a-t-il pas projetées sur les peuples qui ont accueilli sa lumière? En quelles ombres n'a-t-il pas laissé ceux qui, après l'avoir accueilli, ont fermé plus tard leurs yeux à ses rayons ?
De même on peut bien le dire, depuis l'Ascension de notre Rédempteur nul n'a été aimé des hommes de tous les lieux et de
L'Octave de l'Ascension. 241
toutes les races comme il l'a été, comme il l'est encore, comme il lésera jusqu'à la fin. Or, il fallait qu'il se retirât pour être ainsi aimé, comme il le fallait pour que nous crussions en lui. « Il vous est avantageux que je « m'en aille » ; ces mômes paroles nous serviront encore aujourd'hui à mieux pénétrer le mystère. Avant l'Ascension, les disciples étaient aussi chancelants dans leur amour que dans leur foi ; Jésus ne pouvait compter sur eux; mais à peine a-t-il disparu à leurs regards, qu'un élan inconnu s'empare de leurs cœurs. Au lieu de plaindre leur abandon, ils rentrent pleins de joie dans Jérusalem. Heureux du triomphe de leur Maître, oublieux d'eux-mêmes, ils s'empressent de lui obéir en se rendant au Cénacle, où la Vertu d'en haut doit venir les visiter. Étudiez ces hommes dans les années qui vont suivre, parcourez leur carrière jusqu'à la mort ; comptez, si vous pouvez, les actes de leur dévouement dans l'immense labeur de la prédication de l'Evangile, et dites si un autre mobile que l'amour de leur Maître les a soutenus et rendus capables de tout ce qu'ils ont fait. Avec quel empressement ils ont bu son calice ^ ! Avec quel transport ils ont salué sa croix, lorsqu'ils l'ont vue dressée pour eux-mêmes !
Mais ne nous arrêtons pas à ces premiers témoins ; ils avaient vu le Christ , ils l'avaient entendu , ils l'avaient touché de leurs mains -. Tournons nos regards sur les générations qui ne l'ont connu que
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par la foi, et voyons si cet amour qui triomphe dans les Apôtres, a fait défaut chez les chrétiens un seul jour dans le cours de dixhuit siècles. C'est d'abord la lutte du martyre qui n'a jamais totalement cessé depuis la promulgation de l'Evangile, et qui occupe trois cents ans pour le début. Par quel motif tanide millions de héros et d'héroïnes ont-ils couru au-devant des tortures les plus affreuses, bravé en souriant la flam.me des bûchers, la dent des bctcs féroces, si ce n'est pour prouver au Christ leur amour ? Rappelons-nous ces terribles épreuves qu'ont acceptées avec tant d'empressement non seulement des hommes aguerris à la souffrance, mais des femmes délicates, de jeunes vierges et jusqu'à des enfants. Remettons-nous "en mémoire tant de sublimes paroles, noble élan du cœur qui aspire à rendre au Christ mort pour mort, et n'oublions pas que les martyrs de nos jours, en Chine, au Tongking, dans la Cochinchine, dans la Corée, ont ref^roduit textuellement, sans s'en douter, en présence de leurs ju^es et de leurs bourreaux, le langage que tenaient leurs prédécesseurs devant lès proconsuls du m" et du iv^ siècle.
Oui, certes, il est aimé comme nul ne le sera jamais, ni ne le pourrait être, notre divin Roi qui s'est enfui aux cieux; car depuis son départ, on ne saurait compter les millions d'âmes qui, pour s'unir à lui uniquement, ont foulé aux pieds les séductions de l'amour terrestre, et n'ont voulu connaître d'autre amour que le sien. Tous les siècles, même le nôtre dans sa triste défaillance, les ont vus, et Dieu seul en connaît le nombre
L'Octave de V Ascension. 243
Il a été aimé sur cette terre, notre Emmanuel, et il le sera jusqu'au dernier jour du monde, ainsi qu'en fait foi, dans toute la suite des temps, le généreux abandon des biens terrestres, dans'^le but de conquérir la ressemblance avec l'enfant de Bethléhem; abandon pratiqué si souvent par les personnes les plus opulentes du siècle ! Que serait-ce s'il nous fallait signaler tant de sacrifices de la volonté propre obtenus de l'orgueil humain, afin de réaliser dans l'humanité le mystère de l'obéissance de l'HommeDieu sur la terre, et les innombrables traits d'héroïsme offerts par la pénitence chrétienne, qui continue et complète ici-bas avec tant de générosité les satisfactions que l'amour du kédempteur pour les hommes lui fit accepter dans sa douloureuse Passion ?
Mais cette inextinguible ardeur pour Jésus envolé au ciel, ne s'est pas trouvée satisfaite encore de tant de dévouements. Jésus avait dit : « Tout ce que vous ferez en faveur du « moindre de vos frères, c'est à moi que « vous l'aurez fait » ; l'amour pour le Christ s'est emparé de cette parole, et depuis le commencement jusqu'aujourd'hui , il s'est livré à un autre genre de recherche pour atteindre, à travers le pauvre, jusqu'à Jésus qui réside en lui. Et comme la première de toutes les misères de l'homme est l'ignorance des vérités divines, sans lesquelles il ne peut être sauvé, chaque époque a fourni une succession d'apôtres qui, renonçant aux liens les plus doux de la patrie et de la famille, s'élancent au secours des peuples assis dans l'ombre de la mort. Qui pourrait dire les
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fatigues qu'ils assument dans un tel labeur, les "tourments qu'ils bravent, afin que le nom de Jésus soit annoncé, qu'il soit aimé d'un sauvage, glorifié par un Chinois ou par un Indou?
S'agit-il de consoler les douleurs du Christ ou de panser ses plaies dans ses frèreslcs plus disgraciés ? n'allez pas croireque l'amour qui réside dans lesfiidèles de son Eglise fasse jamais défaut. Comptez plutôt les membres de ces associations charitables qui se sont vouées au soulagement des pauA'res et des malades, depuis qu'il a été possible aux chrétiens de développer au grand jour leurs plans pour l'exercice de la charité. Voyez le sexe le plus faible, décimé chaque année par les plus nobles vocations, payer avec un empressement héroïque son tribut au chevet des infirmes et des mourants. Le monde lui-même s'en émeut, les économistes s'étonnent d'être obligés de compter avec un élément indispensable aux sociétés, et qui échappe à toutes leurs spéculations. Heureux s'ils en venaient jusqu'à reconnaître celui dont l'amour seul opère toutes ces merveilles !
Mais ce que l'œil de l'homme peut atteindre n'est rien : il ne saisit que ce qui paraît à l'extérieur. Nul ne saurait donc appréciera quel point Jésus a été aimé et l'est encore sur la terre. Qu'on se retrace les millions de chrétiens qui ont passé ici-bas depuis l'origine de l'Eglise. Parmi eux, sans doute, il en est beaucoup qui ont eu le malheur de manquer leur hn ; mais quelle multitude innombrable a aimé le seigneur Christ de tout son cœur, de toute son ame et de toutes
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ses forces ! Les uns l'ont aimé constamment, d'autres ont eu besoin d'être rappelés par sa miséricorde, mais ils se sont endormis dans son baiser. Comptez, si vous pouvez, les actes vertueux, les sacrifices sublimes, en dixhuit siècles, au sein de cet immense peuple chrétien que nous verrons se dérouler tout entier au dernier jour du monde, dans la vallée de Josaphat ! La mémoire de Dieu.peut seule en embrasser le souvenir. Or, tout cet ensemble d'œ(Uvres, de sentiments, depuis l'élan séraphique de l'àme déjà divinisée, jusqu'au verre d'eau donné au nom du Rédempteur, qu'est-ce autre chose qu'un incessant concert d'amour qui monte nuit et jour vers le Christ, vers ce divin absent que la terre ne peut oublier ? Où est-il l'homme d'entre nous, si chère que soit sa mémoire, pour lequel on se dévouera encore, pour lequel on mourra encore, pour l'amour duquel on se renoncera soi-même, un siècle, dix siècles, vingt siècles après sa mort ? où trouvera-t-on cet homme mort dont le nom fera battre le cœur à tant de millions d'hommes de toute génération, de toute race, de tout siècle, si ce "n'est Jésus, qui est mort, qui est ressuscité, qui est monté aux cieux ?
Mais, nous le reconnaissons humblement, ô notre Emmanuel, il était nécessaire que vous disparussiez du milieu de nous, afin que la foi, prenant son essor, allât vous chercher jusqu'aux cieux, désormais votre séjour, et que nos coeurs, ainsi éclairés, fussent rendus capables de vous aimer. Jouissez de votre Ascension, ô divin Chef des Anges et des hommes! dans notre exil, nous goûte246 Le Temps Pascal.
rons les fruits de ce sublime mystère, jusqu'à ce qu'il s'opère en nous. Eclairez les pauvres aveugles que l'orgueil empêche de vous reconnaître à des traits si frappants. Ils vous discutent, ils vous jugent, sans s'être rendu compte de ce témoignage de la foi et de l'amour de tant de générations. L'honimage que vous offre l'humanité représentée par les premières nations de la terre, par les coeurs les plus vertueux, par tant d'hommes de génie, est pour eux comme non avenu. Que sont-ils pour s'opposer à un tel concert? Sauvez-les, Seigneur, de leur vain et périlleux orgueil, et ils reviendront, et avec nous ils diront : « Il était véritablement avanta« geux pour ce monde qu'il perdît votre préce sence sensible, ô Emmanuel! car si votre « grandeur, votre puissance et votre divinité « ont paru et ont été reconnues, c'est depuis « que vous avez cessé d'être visible parmi « nous. Gloire soit donc au mystère de votre « Ascension, par lequel en montant aux « cieux, comme dit le Psalmiste, vous rece« vez les plus hauts dons pour les répandre « en largesses sur les hommes i. »
T 'Eglise grecque nous fournira aujourd'hui ^ la mati'ère de notre hommage liturgique au Rédempteur triomphant; c'est une Hymne du jour de la fête, à l'Office du soir. .
I. Psalm. Lxvn, 9.
L'Octave de V Ascension.
LE Seigneur a été enlevé dans les cieux , d'où il doit envoyer au monde le Paraclet. Les cieux lui ont préparé un trône, et les nuées ont secondé son Ascension. Les Anges sont dans l'étonnement, voyant un homme établi au-dessus d'eux. Le Père reçoit à son arrivée celui qui lui est coéternel dans son sein. L'Esprit-Saint donne un commandement à tous ses Anges : « Princes, élevez vos portes. Nations , battez des mains ; car le Christ est monté où il était auparavant. »
A ton Ascension, ô Christ, les Chérubins furent dans l'étonnement, te voyant monter sur les nuées et aller t'asseoir au-dessus d'eux. Pour nous, nous te glorifions ; car ta miséricorde est remplie de douceur : Gloire à toi !
O Christ, splendeur de la gloire du Père, nous contemplons ton Ascension jusqu'aux sommets des montagnes saintes, nous célébrons l'éclatante beauté de ton visage, nous adorons tes souffrances, nous honorons ta résurrection, nous glorifions ton Ascension sublime : Aie pitié de nous !
AssuMPTUS est m cœ- los Dominus , ut mundo mitteret Paraclitum. Cœli praeparaverunt thronum ejus, et nubes ascensum ejus. Mirantur Angeli , supra seipsos hominem videntes. Pater suscipit quem habet in sinu coasternum. Spiritus Sanctus omnibus Angelis suis imperat : AttoUite portas , principes, vestras; omnes gentes plaudite manibus , quia ascendit Christus ubi erat prius.
Domine, Assumptione tua obslupuerunt Cherubim, conspicientia te Deum in nubibus ascendentem, super ipsa sedentem ; et glorificamus te, quoniam benigna est misericordia tua : Gloria tibi.
In montibus sanctis tuas videntes exaltationes, Christe, splendor gloriae Patris, fulgentem vultus tui speciem iterum atque iterum celebramus ; tuas adoramus passiones , resurrectionem honoramus , inclytSm glorificantes Assumptionem : miserere nobis.
Domine, quando te in nubibus elevatum viderunt Apostoli, cum gemitibus lacrymarum tristitia repleti, Christevitœ dator, lamentantes dicebant : Domine, utpote misericors, ne derelinquas nos orphanos, quos propter clementiam diiexisti servos tues ; sed mitte, sicut promisisti nobis, sanctissimum Spiritum tuum, illuminantem animas nostras.
Domine, dispensationis impleto mysterio , tuos assumen? discipulos, in montera Olivarum teciim ducebas; et ecce firmamentuum cœli intrasti. Qui propter me egenus sicut ego factus es, et illuc ascendisti unde non es separatus, sanctissimum tuum mitte Spiritum, illuminantem animas nostras.
A sinu paterno non separatus , dulcissime Jesu, et cum iis qui sunt in terra sicut homo conversatus, hodie a monte Olivarum assumptus es in gloria, et lapsam naturam nostram pro misericordia elevans, cum Pâtre sedere fecisti. Unde cœlestia incorporeorum agmina , prodigium stupentia, admiratione stabant attonita ;
Quand les Apôtres te virent, Seigneur, t'éiever sur les nuées, saisis de tristesse, ils s'adressèrent à toi, dans les gémissements et les larmes, ô Christ, auteur de la vie 1 ils se lamentaient en disant : « Seigneur miséricordieux, ne laisse pas orphelins les serviteurs que tu as aimés dans ta bonté ; mais envoie-nous, ainsi que tu l'as promis, ton Très Saint Esprit pour illuminer nos âmes.
Après avoir accompli le mystère de la dispensation, Seigneur, tu pris avec toi tes disciples, et tu les conduisis sur la montagne des Oliviers, et bientôt tu pénétras le firmament du ciel. O toi qui t'es fait pauvre pour moi et avec moi, et qui es monté dans ce séjour que tu n'avais pas quitté, envoie ton Très Saint Esprit pour illuminer nos âmes.
Conversant avec les hommes qui sont sur la terre, ô très doux Jésus, tu ne t'étais pas séparé du sein paternel ; aujourd'hui tu t'élèves glorieux du sommet de la montagne des Oliviers, et dans ta miséricorde , relevant notre nature tombée, tu l'as fait asseoir sur le trône même du Père. Les bataillons célestes des Esprits incorporels ont contemplé avec stupeur le prodige. Saisis d'une crainte
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respectueuse, ils ont célébré ton amour pour les hommes. Nous nous joignons à eux, nous habitants de la terre ; nous glorifions ta descente vers nous et ton départ d'avec nous, et nous t'adressons cette supplication : « O toi qui, au monaent de ton Ascension, as rempli d'une allégresse infinie le coeur de tes disciples et celui de ta mère qui a enfanté un Dieu, daigne, par leurs prières et par ta grande miséricorde, nous donner part à la joie de tes élus.
et tremore comprehensa tuum erga homines amorem magnificabant. Cum quibus et nos in terra existentes, tuam ad nos descensionem et a nobis Assumptionem glorificantes, rogamus dicentes : Qui discipulos et genitricem tuam Deiparam infinito gaudio in tua Assumptione replevisti, nos quoque electorum tuorum lœtitia dignare , precibus eorum, propter magnam misericordiam tuam.
Enfin nous recueillerons, pour terminer cette glorieuse Octave, la huitième de ces belles prières que le Bréviaire mozarabe nous a fournies pour chaque jour.
O Christ, ô Jésus, notre Dieu terrible et notre roi, vous qui à votre naissance reçûtes les hommages des Anges et des bergers ; vous qui, après avoir vaincu l'auteur de la mort, avez vu toutes les nations applaudir de la main et du cœur ; vous qui, emportant au ciel les trophées de votre victoire, y avez été suivi par la foi de vos Apôtres : accordez-nous de célébrer les mystères de notre rédemption et de votre Ascension dans les transports d'une foi semblable, et d'ofCHRISTE Jesu, terribilis Deus noster, et rex noster, cujus in nativitate cum pastoribus Angeli gloriam detulerunt ; cui, devicto mortis auctore, omnes gentes manibus cordibusque plauserunt ; quem trophasa victricia reportantem ad œthera, Apostolorum est fides prosecuta : fac nos redemptionis nostrae, et Ascensionis tuas mysteria fidei jubilatione cantare ; et cum principibus populi,
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Deo Abraham fideli fatnulatu placera. Amen.
frir au Dieu d'Abraham nos hommages fidèles dans la compagnie de ceux qui ont été établis les Princes de votre peuple. Amen.
(^ Roi de gloire, Seigneur des armées, qui aujourd'hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins • ; mais envoyez-nous l'Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
(^} Rex gloriae. Domine virtutum, qui triumphator hodie super omnes cœlos ascendisti, ne derelinquas nos orphanos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alléluia.
Octave est achevée; le mystère de la glorieuse Ascension est accompli; c'en est fait, Jésus ne se montrera plus à nos regards, jusqu'à ce qu'il vienne juger les vivants et les morts. La foi seule nous le révèle désormais, et nous ne pouvons plus le saisir que par l'amour : telle est la condition de notre épreuve, jusqu'à ce que, pour récompense de cette foi et de cet amour, nous soyons admis à l'intérieur du voile.
Ne murmurons pas cependant. Espérons plutôt de cette espérance qui ne trompe pas, comme dit l'Apôtre LEt comment ne serionsnous pas tout entiers à cette espérance fortunée, lorsque nous nous souvenons que Jésus nous a promis d'être avec nous jusqu'à la consommation des siècles 2 ? Il ne se rendra
V, 5. — 2. Matth. xxviii, 20.
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pas visible, mais il sera là toujours. Pourrait-il abandonner l'Eglise son épouse? et ne sommes-nous pas les membres de cette épouse bien-aimée ?
Mais Jésus a fait plus encore pour nous. S'il se retire, c'est en nous disant avec une tendresse infinie : « Je ne vous laisserai pas « orphelins i. « Quand il nous disait : « 11 « vous est avantageux que je m'en aille, » il ajoutait : « Si je ne m'en allais pas, le Conso« lateur ne viendrait pas vers vous 2. » Ce consolateur ineffable est l'Esprit-Saint, l'Esprit du Père et du Fils qui va desceiîdre incessamment sur nous, et qui doit demeurer avec nous, visible dans ses œuvres, jusc^u'à ce que Jésus reparaisse pour enlever ses élus d'un monde qui aura mérité d'être abandonné aux flammes. xMais l'Esprit ne doit pas descendre qu'il ne soit envoyé, et, comme nous l'apprend TEvangéiiste, « il ne doit pas être « envoyé que Jésus n'ait été glorifié 3. » Il vient continuer l'œuvre; mais cette œuvre devait d'abord être conduite par le Fils de Dieu jusqu'au terme assigné dans les décrets éternels.
Après ses labeurs, Jésus est entré dans son repos, emportant avec lui notre humanité élevée en lui aux honneurs divins. L'EspntSaint ne revêtira pas cette nature ; mais il vient nous consoler de l'absence de Jésus, il vient opérer ce qui reste à accomplir dans l'œuvre de notre sanctification ; et c'est lui déjà que nous avons vu à l'œuvre dans les
Le Vendredi après VGct. de l'Ascension. 253
deux jours précédents, lorsque nous avons contemplé les prodiges de la foi et de l'amour, depuis le départ de celui qui est l'objet de l'une et de l'autre. C'est l'Èsprit-Saint qui produit la foi dans les âmes, de même que c'est lui « qui répand la charité dans les cœurs 1. »
Nous voici donc au moment de voir s'ouvrir une nouvelle série des merveilles de l'amour de Dieu envers sa créature. Encore quelques heures, et le règne de l'EspritSaint aura commmencé ; mais en ce jour, le dernier qui nous reste, puisque dès demain, à l'heure du soir, s'ouvrira déjà la solennité de la Pentecôte, laissons-nous aller au légitime besoin de vénérer encore les traces augustes de notre divin Rédempteur sur cette terre. La sainte Liturgie nous l'avait rendu présent jour par jour, depuis ces touchantes seniaines de l'Avent où nous entourions la divine Mère, attendant avec respect l'heureux moment où elle nous donnerait son fruit à jamais béni; et maintenant, pour le retrouver, il nous faut lever les regards vers le ciel, sortir de ce monde où il ne se laisse plus voir. Heureux souvenirs de l'intime commerce que nous eûmes si longtemps avec l'Emmanuel, alors qu'il nous admettait à le suivre dans toutes ses voies, nous ne pouvons vous mettre en oubli. Bien plus, nous comptons sur l'Esprit divin pour vous graver plus profondément encore dans nos âmes. Jésus n'a-t-il pas annoncé que cet ineffable Consolateur étant venu en nous, il nous
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ferait ressouvenir de tout ce que nous avons entendu, goûte et expérimente dans la société de celui qui, étant Dieu, a daigné vivre avec nous de notre vie, pour nous préparer à vivre nous-mêmes éternellement de la sienne ^ ?
Au reste, s'il nous est cher de suivre ainsi les vestiges de notre Sauveur sur la terre, il nous est bien permis de nous rappeler aussi qu'il ne l'a pas voulu quitter sans y laisser une marque sensible de son amour pour cet humble séjour où il fut conçu au sein de la Vierge, où il naquit, où il daigna passer par toutes les phases de la vie de l'homme, où il mourut sur la croix, où il ressuscita glorieux, et d'où il s'élança enfin pour monter à la droite de son Père. N'a-t-il pas laissé sur la roche du mont des Oliviers le double vestige de ses derniers pas ? tant il se détachait avec peine de cette humble demeure où son amour pour nous l'avait retenu durant trentetrois années! Ce fait est fondé sur le témoignage de saint Augustin, de saint Paulin, de saint Optât, de Sulpice Sévère, qui nous attestent le prodige que les siècles suivants ont constaté aprè's eux.
En vain, comme le remarquent ces anciens, l'armée de Titus vint s'établir en ce lieu, d'où elle déminait la ville déicide sur laquelle elle allait fondre ; ni les pas du soldat romain, ni les roues des chariots de guerre, ni les pieds des chevaux, ne purent altérer ces traces du dernier adieu que .lésus laissa à sa sainte Mère, à ses disciples, à nous tous, du
Le Vendredi après l'Oct. de l'Ascension. 2 55
lieu même où il doit reparaître au dernier jour. C'était donc sur ce même sol que, quarante ans après, les enseignes romaines apparaissaient tout d'abord, à cette heure si terrible pour l'ingrate Jérusalem. Rappelonsnous ici les deux Anges qui vinrent annoncer le dernier avènement du Fils de Dieu, au moment même où la nuée le dérobait à tous les regards terrestres, et le rapprochement
aue le Seigneur avait fait lui-même de la ruine e Jérusalem et de la dernière catastrophe du monde. Ces derniers vestiges des pas de Jésus sont donc à la fois un adieu plein de tendresse et la menace d'un retour plein d'effroi. Au bas de la montagne s'étend la Vallée de Josaphat, la \'allée du Jugement , et ce n'est pas en vain que le Prophète a dit : » Ses pieds poseront en ce jour sur la mon« tagne des Oliviers qui est en face de Jéru« salem, à l'Orient i. »
Acceptons humblement cette impression de crainte, par laquelle le Seigneur visite notre âme en ce moment, afin de l'établir plus solidement dans l'amour, et baisons avec émotion ces derniers vestiges des pieds sacrés de notre Emmanuel. La pieuse impératrice sainte Hélène, dont la noble mission ici-bas fut de rechercher et d'honorer les traces du passage du Fils de Dieu sur la terre, n'eut garde d'oublier celles que gardait encore le mont des Oliviers. Par ses ordres un somptueux édifice, construit en rotonde, s'éleva pour couvrir ce lieu auguste ; mais lorsque les ouvriers voulurent revêtir
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le sol de marbres précieux, et qu'ils arrivèrent à l'endroit où étaient imprimés les pas du Christ, une force invincible les arrêta. La pierre éclatait et jaillissait à leur visage, en sorte qu'ils durent laisser apparentes les traces surnaturellement empremtes sur la roche.
Tels sont les faits merveilleux constatés par une longue série d'auteurs pieux et graves qui remonte jusqu'au siècle même où ils s'opérèrent ; mais le Sauveur ne voulut pas se borner à maintenir accessibles aux regards des homm^es ces derniers vestiges qui "semblent nous dire qu'il n'est pas parti depuis longtemps et qu'il ne doit pas tarder à revenir; il daigna confirmer l'espérance que nous avons de le suivre un jour, en opérant un nouveau prodige. Quand il fallut fermer la voûte de l'élégant sanctuaire qui devait abriter le monurnent suprême du passage du Fils de Dieu sur la terre, un nouvel obstacle se déclara. Les pierres ne pouvaient tenir et tombaient à mesure qu'on les plaçait. On dut renoncer à terminer l'édifice dans sa partie supérieure, qui resta ouverte, comme pour apprendre aux hommes que la voie inaugurée par l'Emmanuel sur le sommet du mont des Oliviers leur est toujours accessible, et qu'ils doivent sans cesse aspirer à rejoindre leur divin chef qui les attend dans les cieux.
Saint Bernardin de Sienne rapporte, dans son premier Sermon pour la fcte de l'Ascension, une émouvante histoire qui nous servira d'utile entretien dans cette journée où nous faisons nos derniers adieux à la préLe Vendredi après VOct. de VA scetuion. 25 y
sence visible de notre Rédempteur. Il raconte
3u'un pieux chevalier entreprit le voyage 'outre-mer, désirant visiter les lieux témoins des mystères du salut. Dans son dévot pèlerinage, il voulut débuter par Nazareth, et sur le lieu même où le Verbe se fit chair, il rendit ses hommages à l'amour infini qui l'avait attiré du ciel en terre, afin de nous retirer de la perdition. Bethléhem vit ensuite notre pèlerin arriver dans ses murs, cherchant le lieu de la bienheureuse naissance qui nous donna un Sauveur. Ses larmes coulèrent abondantes à l'endroit où Marie avait adoré son nouveau-né, et comme parle saint François de Sales qui a voulu aussi raconter cette délicieuse histoire, « il lécha la pous« sière sur laquelle la première enfance du « divin poupon avait été reçue i. »
De Bethléhem, le noble voyageur, qui ne craignait pas de parcourir en tous sens la Palestine, se rendit sur les bords du Jourdain, et s'arrêta à Bethabara, au lieu appelé Béthanie, où le Précurseur avait baptisé le Rédempteur. Afin d'honorer plus complètement le mystère, il voulut à son tour entrer dans le lit du fleuve, et se plongea avec délices dans ces eaux qui lui rappelaient celles que Jésus avait daigné sanctifier par le contact de ses membres sacrés. De là, suivant toujours la trace du Fils de Dieu, il s'enfonça dans le désert, voulant avoir sous les yeux le théâtre de la pénitence, des combats et de la victoire de notre Maître. Sa marche se dirigea ensuite vers le Thabor, sur les
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sommets duquel il honora le mystère de la Transfiguration de Jésus, lorsqu'il laissa briller aux regards de trois de ses disciples quelq^ues rayons de sa gloire.
Enhn notre pieux chevalier entra dans Jérusalem. Le saint Cénacle le vit recueillant avec le plus tendre amour, dans un si auguste asile, les souvenirs du lavement des pieds aux disciples, et de l'institution du grand et sublime mystère de l'Eucharistie. Soutenu par le désir de ne pas laisser une station sans y avoir versé ses larmes avec ses prières, il passa le torrent de Cédron, et se rendit au jardin de Gethsémani, où la peasée de son Sauveur couvert d'une sueur de sang fondit son cœur dans une ineffable s)^mpathie pour la victime de nos péchés. Bientôt il se représenta ce même Sauveur chargé de chaînes et entraîné dans Jérusalem. « Il s'achemine alors, nous dit le saint évé« que de Genève, à qui il convient de ren« dre la parole sur un tel sujet; il s'ache« mine, suivant partout les traces de son « bien-aimé, et le voit en imagination traîné çà « et là chez Anne, chez Caïphe, chez Pilate, « chez Hérodes, fouetté, baffbué, craché, cou«« ronné d'épines, présenté au peuple, con« damné à mort, chargé de sa croix, laquelle « il porte, et la portant fait la pitoy;able ren« contre de sa mère toute détrempée de douM leur, et des dames de Hiérusalem pleuran« tes sur lui.
« Si monte enfin ce dévost pèlerin sur le « mont Calvaire, où il voit en esprit la croix « estcndue sur la terre, et Nostre Seigneur « que l'on renverse et que l'on cloue pieds et
Le Vendredi après VOct. de V Ascension. 2 5g
« mains sur icelle cruellement. Il contemple « de suite comme on lève la croix et le cruci« fié en l'air, et le sang qui ruisselle de tous « les endroits de son divin corps. Il regarde « la pauvre sacrée Vierge toute transpercée « du glaive de douleur; puis il tourne les « yeux sur le Sauveur crucifié, duquel il es« coûte les sept paroles avec un amour non « pareil ; et enfin le voit mourant, puiô mort, « puis recevant le coup de lance, et mons« trant par l'ouverture de la playe son Cœur « divin; puis osté de la croix et porté au sert pulcre où il va le suivant, jettant une mer « de larmes sur les lieux détrempez du sang « de son Rédempteur; si qu'il entre dans le « sépulcre, et ensevelit son cœur auprès du « corps de son Maistre.
(C Puis, ressuscitant avec luy, il va en Em« maùs, et voit tout ce qui se' passe entre le « Seigneur et les deux disciples; et enfin re« venant sur le mont Olivet où se fit le mysa tère de l'Ascension, et là voyant les der« nières marques et vestiges des pieds du di<r vin Sauveur, prosterné sur iceiles, et les « baisant mille et mille fois avec des soupirs « d'un amour infiny, il commença à retirera « soy toutes - les 'forces de ses affections, « comme un archer retire, la corde de son « arc quand il veut descocher sa flèche ; puis « se relevant, les yeux et les mains tendus « au ciel : O Jésus, dit-il, mon doux Jésus, je « ne sçay plus où vous chercher et suivre « en terre. Hé! Jésus, Jésus mon amour, « accordez donc à ce cœur qu'il vous suive « et s'en aille après vous là-haut; et avec ces « ardentes paroles il lança quant et quant son
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« âme au ciel, comme une sacrée sagette, que « comme divin archer il tira au blanc de son « très-heureux object '. »
Saint Bernardin de Sienne raconte que les compagnons et les serviteurs du pieux chevalier, le voyant ainsi succomber sous l'etfort de son amour, coururent chercher un médecin, dans la pensée qu'il serait possible encore de le rappeler à la vie. Mais cette bienheureuse âme s'était envolée à la suite du Rédempteur, nous laissant un monument immortel de l'amour qu'a pu faire naître au cœur d'un homme la seule contemplation des divins mystères que nous avons suivis à loisir, sous la conduite de l'Eglise, dans la succession des scènes de la sainte Liturgie. Puissions-nous posséder maintenant en nous le Christ que nous avons été si à même de connaître ! et daigne l'Esprit-Saint, dans sa visite si prochaine, conserver dans nos âmes les traits de ce divin chef, avec lequel il vient nous relier plus étroitement encore !
FIN de célébrer plus dignement le grand mystère qui s'est clos hier et celui non moins sublime qui s'ouvre demain, nous placerons aux contins des deux l'un des plus magnifiques cantiques de l'ancienne Alliance, celui où David a prophétisé à la fois de l'Ascension et de la Pentecôte. Interprété par saint Paul, le Psaume lxvii, destiné à accomLe Vendredi après VOct. de V Ascension. 26 1
pagner l'entrée de l'Arche d'alliance dans Sion, annonce en même temps le triomphe du Christ remontant dans les cieux. La victoire qu'il a remportée auparavant sur ses ennemis dans sa résurrection est d'abord célébrée avec magnificence; les merveilles qu'il a opérées en faveur de ses fidèles ont ensuiteleur tour; l'Eglise qu'il a fondée apparaît enfin tout ento'urée de combats et de triomphes; en un mot, nous avons ici l'œuvre commune de l'Emmanuel qui a commencé et de l'Esprit divin qui a consommé. Afin de rendre plus accessible au commun des lecteurs ce chant si mystérieux, nous en donnons plutôt une glose qu'une traduction, en nous aidant des interprétations de l'antiquité chrétienne.
QUE Dieu se lève, le DieuHomme ! que ses ennemis soient dispersés ! que ceux qui le haïssent fuient devant sa face !
Comme la fumée s'évanouit, qu'ils se dissipent de même ; comme se fond la cire en présence du feu, ainsi périssent les impies devant la face de Dieu.
Quant aux justes , qu'ils fassent des festins, qu'ils tressaillent d'allégresse, qu'ils se laissent aller aux transports de la joie en présence de Dieu.
O hommes, ô rachetés , chantez à Dieu, faites retentir vos cantiques à la gloire
ExsuRGAT Deus, et dissipentur inimici ejus : * et fugiant, qui oderunt eum, a facie ejus.
Sicut déficit fumus, deficiant : * sicut fluit cera a facie ignis, sic perçant peccatores a facie Dei.
Et justi epulentur, et exsultent in conspectu Dei : * et delectentui in Istitia.
Cantate Dec , psalmum dicite Nomini ejus : * iter facile ei qui ascenLe Temps Pascal.
dit super occasum : Dominus nomen illi.
Exsultate in conspcctu ejus : * fjrbabuntur a facie ejus, patris orphanorum et judicis viduarum.
Deus in loco sancto suo : * Deus qui inhabitare facit domo.
unius mons in
Qui educit vinctos in fortitudine : * similiter eos, qui exaspérant, qui habitant in sepulcris.
Deus, quum egredereris in conspectu populi lui : * quum pertransires in deserto :
Terra mota est ; etenim cœli distillaverunt a facie Dei Sinai : * a facie Dei Israël.
Pluviam voUtntariam segregabis, Deus, haereditati tuse : * et infirmata
de son Nom ; ouvrez le chemin à celui qui est monté sur l'Occident, comme sur un trône. Il est fils de l'homme, mais néanmoins son nom est Jchovah ;
Livrez-vous à l'enthousiasme en sa présence. A son aspect, ses ennemis infernaux se sont troublés ; car il est venu pour être le père de l'orphelin, le défenseur de la veuve, le rédempteur du genre humain que le péché avait livré à Satan.
Dans les profondeurs de son sanctuaire, il est Dieu même, e^ il veut faire habiter dans sa propre maison ceux qui auront vécu dans l'unité d'une même foi et d'une même charité.
Ceux qui étaient captifs, il les délivre par la puissance de son bras ; quant à ceux qui l'irritent par leur résistance, il les précipite dans l'abîme.
O Dieu 1 ô Christ 1 quand vous apparûtes sur la terre, marchant à la tête de votre peuple que vous aviez rallié de toutes parts, quand vous traversâtes le désert de ce monde aride et désole,
La terre s'émut, les cieur envoyèrent leur rosée fécondante, de la part du Dieu du Sinai, du Dieu d'Israël qui vous avait envoyé.
Vous aviez réservé pour votre héritage , pour votre Eglise, une pluie de bienfaits.
Le Vendredi après VOct. de V Ascension. 263
Votre héritage avait dépéri, la race humaine était défait lante lors de votre venue ; mais vous l'avez raffermie.
C'est en elle qu'habite désormais le troupeau dont vous êtes le Pasteur ; et vous avez, ô Dieu, préparé dans votre douceur un aliment destiné à soutenir sa faiblesse.
Pour convier ses élus à tant de faveurs , l'EspritSaint, qui est aussi le Seigneur, va donner une langue, une voix à ceux qui auront à évangéliser la terre, et ils parleront avec une force irrésistible.
Les rois des armées tomberont sous celui qui est chéri et le bien-airaé du Père ; et celle qui est la beauté de la maison partagera leurs dépouilles.
Durant la lutte, ô enfants de l'Eglise, vous dormirez en sûreté dans l'enceinte qui vous protège, semblables à la colombe au plumage d'argent, dont le dos a des reflets d'or. ■ Lorsque celui dont le trône est aux cieux exercera son jugement sur ces rois, ses protégés seront égaux en blancheur à la neige qui couvre les sommets de Selmon.
Il est une montagne , la montagne de Dieu, montagne fertile, grasse et féconde : c'est son Eglise. Où cherchezvous ailleurs des montagnes qui lui seraient comparables en fertilité ?
est, tu vero perfecisti eam.
Animalia tua habitabunt in ea : * parasti in dulcedine tua pauperi, Deus.
Dominus dabit verbum evangelizantibus : * virtute multa.
Rex virtutum dilecti dilecti : * et speciei domus dividere spolia.
Si dormiatis inter medios cleros.pennae columbae deargentatœ : * et posteriora dorsi ejus in pallore auri.
Dum discernit coelestis reges super eam , nive dealbabuntur in Selmon : * mons Dei, mons pinguis.
Mons coagulatus,mons pinguis : * ut quid suspicamini montes coagulatos ?
Mons, in quo beneplacitum est Deo habiiare in eo : * etenim Dominas habitabit in fincm.
Currus Dei decemmillibiis multiplex, millia laetantium : * Dominus in eis in Sina in Sancto.
Ascendisti in altum, cepisti captivitatem : * accepisti dona in hominibus.
Etenim non credentes : * inhabitare Dominum Deum.
Benedictus Dominus die quotidie : * prosperum iter faciet nobis Deus salutarium nostforum.
Deus noster, Deus salves faciendi : * et Domini Domini exitus mortis.
Verjmtamen Deus confringet capita inimicorum suorum : * verticera capilli perambulantium in delictis suis.
Dixit Dominus : Ex Basan convertam : * convertam in profundum maris.
C'est elle qui est cette montagne où il a plu à Dieu d'habiter, et le Seigneur l'habitera jusqu'à la fin.
Le char du Fils de Dieu remontant au ciel est plus que dix mille chariots de guerre ; des milliers d'Anges l'entourent dans l'allégresse. Le Seigneur est au milieu d'eux ; il s'est arrêté dans son sanctuaire, comme autrefois sur le Sina.
O Christ, vous êtes monté dans les hauteurs ; vous avez emmené avec vous ceux qui étaient captifs ; vous avez reçu dans votre humanité des dons ineffables, et vous les répandez sur les hommes.
Et ceux mêmes qui jusquelà ne croyaient pas, reconnaissent aujourd'hui que Dieu habite parmi nous.
Béni soit le Seigneur dans toute la suite des jours 1 Le Dieu auteur de notre salut rendra notre voie heureuse.
Oui, notre Dieu est un Dieu de salut ; au Seigneur, au Seigneur appartient de nous délivrer de la mort.
Mais ce Dieu brisera les tètes de ses ennemis, les têtes altières de ceux qui marchent avec complaisance dans la voie de leurs crimes.
Le Seigneur a dit : « Je les R arracherai de Basan, je les * précipiterai dans les pro1 fondeurs de la mer ;
Le Vendredi après l'Oct. de V Ascension. 265
t Et tu rougiras ton pied « dans leur sang, ô mon peu« pie choisi ! et la langue de « tes chiens en sera teinte. »
O Dieu, on vit votre entrée dans les cieux, votre entrée triomphante, à vous qui êtes mon roi établi pour jamais dans son sanctuaire.
Les princes de la milice des Anges étaient venus audevant, et avec eux ceux qui exécutaient des cantiques, entourés du chœur des jeunes filles battant du tympanon ; car tel est 'e cortège du Christ : la force, la mélodie et la pureté.
Sur la terre, bénissez donc le Seigneur dans vos assemblées, vous qui êtes de la source du véritabfe Israël, vous qui êtes membres de l'Eglise.
Que l'on voie réunis dans un même concert l'adolescent Benjamin , saisi d'enthousiasme,
Les princes de Juda avec leurs chefs, les princes de Zabulon, les princes de Nephtali.
Commandez , ô Dieu , ô Christ, dans votre puissance ; envoyez l'Esprit de force ; affermissez, confirmez par lui ce que vous avez opéré en nous.
De votre temple saint qui est en Jérusalem, figure de votre Eglise, les rois domptés vous offriront leurs dons.
Ut intingatur pes tuus in sanguine : * lingua canum tuorum ex inimicis, ab ipso.
Viderunt ingressus tuos, Deus : * ingressus 1 Dei mei : Régis mei qui est in Sancto.
Prasvenerunt principes conjuncti psallentibus : * in medio juvencularum tympanistriarum.
In ecclesiis benedicite Deo Domino ; * de fonti bus Israël,
Ibi Benjamin adolestul'js : * in mentis excessu.
Principes Juda, duces eorum : * principes Zabulon, principes Nephtali.
Manda Deus virtuti tuœ , * confirma hoc Deus, quod operatus es in nobis.
A templo tuo in Jérusalem : * tibi offerent reges munera.
Increpa feras arundinis, congregatio taurorum in vaccis populorum : * ut excludant eos, qui probati sunt argento.
Dissipa gentes , qune bella VQlunt ; venient legati ex iEgypto : * jEthioËtapraeveniet manusejus leo.
Régna terrœ cantate Deo : ' psaliite Domino.
Psallite Deo qui ascendit super cœlura cœli : " ad Orientera.
Ecce dabit voci suae vocem virtutis ; date gloriam Deo super Israël : * magnificentia ejus, et virtus ejus in nubibus.
Mirabilis Deus in sanctis suis ; Dcus Israël ipse dabit virtutem et fortitudinem plebi suae : * benediclus Deus.
Daignez réprimer les bctcs sauvages qui se cachent dans les roseaux, les taureaux qui fondent sur les génisses, les hérésies qui troublent la paix de votre peuple. Ils ont conspiré de chasser de votre héritage ceux dont la foi a été éprouvée comme l'argent.
Dispersez ces nations qui ne veulent que la guerre. Voici que l'Egypte enverra ses ambassadeurs pour obtenir d'être initiée à la connaissance du vrai Dieu ; l'Ethiopie elle-même tendra les mains vers lui, et préviendra d'autres peuples.
Royaumes de la terre, chantez à Dieu ; célébrez le Seigneur dans vos cantiques.
Chantez à Dieu q.ii est monté au delà des cieux. partant de l'Orient, du mont des Oliviers.
Voici le moment oii il va donner à sa voix une nouvelle force par l'organe de ses Apôtres. Rendez gloire à Dieu de tout ce qu'il fait en faveur du nouvel Israël; sa magnificence et sa force resplendissent en ses envoyés qui volent comme les nuées du ciel.
Admirable est Dieu dans les profondeurs de son sanctuaire : c'est lui , le Dieu d'Israël, qui donnera à son nouveau peuple l'énergie et la force pour durer jusqu'à la fin des siècles. Béni soit Dieul
yyyyyyyyyyyyyy
^~^ Roi de gloire, Seigneur ^~^ des armées, qui aujourd'hui êtes monté triomphant au-dessus de tous les cieux, ne nous laissez pas orphelins ; mais e-nvoyez-nous l'Esprit de vérité, selon la promesse du Père, alléluia.
Ç\ Rex gloriae. Domine virtutum , qui triumphator hodie super omnes cœlos ascendisti, ne derelinquas nos orphanos ; sed mitte promissum Patris in nos Spiritum veritatis, alléluia.
V lumière éblouissante de la solennité de demain illumine déjà cette journée qui en est la veille. Les fidèles se disposent par le jeûne à
célébrer dignement le mystère; mais, comme
à la Vigile de Pâques, la messe des néophytes,_ qui autrefois avait lieu dans la nuit, est maintenant anticipée, et dès avant le milieu du jour la louange de l'Esprit-Saint, dont l'effusion est si proche, a retenti avec éclat dans toute église pourvue d'une fontaine baptismale. Sur le soir, l'Office des premières Vêpres ouvre à son heure l'auguste solennité. Le règne du divin Esprit est donc proclamé dès aujourd'hui par la sainte Liturgie. Unissons-nous aux pensées et aux sentiments des habitants du Cénacle, dont l'attente est au moment d'être remplie.
Dans toute la série des mystères que nous avons vus se dérouler jusqu'ici durant le
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cours de l'Année liturgique, nous avons souvent pressenti l'action de la troisième personne de l'auguste Trinité. Les lectures des livres saints, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament, ont éveillé plus d'une fois notre attention respectueuse sur ce divin Esprit qui semblait s'environner de mystère, comme si le temps de sa manifestation n'était pas venu encore. Les opérations de Dieu dans les créatures sont successives; mais elles arrivent infailliblement en leur temps. L'historien sacré nous raconte comment le Père céleste, agissant par son Verbe, disposa en six journées ce monde qu'il avait créé; mais il nous montre en même temps dans un lointain mystérieux l'Esprit-Saint planant sur les eaux' et les fécondant silencieusement, en attendant que le Fils de Dieu les séparât de la terre qu'elles inondaient.
Si donc le rè^ne patent du Saint-Esprit sur le monde a été différé jusqu'à l'établissement de l'Homme-Dieu sur son trône éternel, n'allons pas croire que ce divin Esprit soit demeuré jusqu'alors inactif. Toutes ces Ecritures sacrées dont nous avons rencontre tant de sublimes fragments dans la sainte Liturgie, que sont-elles sinon l'œuvre cachée de celui qui, comme nous dit l'antique Symbole, <« a parlé par les Prophètes * » ? C'est lui qui nous donnait le Verbe. Sagesse de Dieu, au moyen de l'Ecriture, comme il devait nous le' donner plus tard dans la chair de l'humanité.
I. Qui locutiis est per Prophetas. Symbole de Nicée et de Constantinople.
La Vigile de la Pentecôte. 26g
Il n'a pas été oisif un moment dans la durée des siècles. Il préparait le monde au règne du Verbe incarné, rapprochant et mêlant les races, produisant cette attente universelle qui s'étendit des peuples les plus barbares aux nations les plus avancées dans la civilisation. Il ne s'était pas encore nommé à la terre; mais il planait sur l'humanité avec amour, comme il avait plané avec mystère, au commencement, sur les eaux muettes et insensibles.
^.n attendant sa venue, les prophètes l'annonçaient dans les mômes oracles où ils prédisaient l'arrivée du Fils de Dieu. Le Seigneur disait par la bouche de Joël : « Je ré« pandrai mon Esprit sur toute chair >. » Ailleurs il s'énonçait ainsi par l'organe d'Ezéchiel : « Je répandrai sur vous une eau pure, « et vous serez purifiés de toutes vos souil« lures, et je vous purifierai de toutes vos « idoles. Et je vous donnerai un cœur nou« veau, et je placerai au milieu de vous un « esprit nouveau ; et j'enlèverai le cœur de « pierre qui est dans votre chair, et je vous « donnerai un cœur de chair, et je placerai au « milieu de vous l'Esprit qui est le mien 2. »
Mais avantsa propre manifestation, l'EspritSaint avait à opérer directement pour celle du Verbe divin. Lorsque la puissance créatrice fit sortir du néant le corps et l'âme de la future mère d'un Dieu, ce fut lui qui prépara l'habitation de la souveraine Majesté, en sanctifiant Marie dès le premier instant de sa conception, prenant possession d'elle comme
I. Joël, ii, 29. — 2. Ezech. xxxvi, a5-27.
ajo Le Temps Pascal.
du temple divin où le Fils de Dieu S'apprêtait à descendre. Au moment fortune de 1 Annonciation, l'Archange déclare à la Vierge que l'Esprit-Saint va survenir en elle et que la Vertu du Très-Haut va la couvrir de son ombre. A peine la Vierge a-t-elle prononcé son acquiescement au décret éternel, que soudain l'opération du divin Esprit a produit en elle le plus ineflable des mystères : oc le \erbe est fait chair, et il habite parmi nous. »
Sur cette fleur sortie de la branche émanée du tronc de Jessé, sur cette humanité produite divinement en Marie, l'Esprit du Père et du Fils se repose avec délices; il la comble de ses dons, il l'adapte à sa fin glorieuse et éternelle i. Lui qui avait doué la mère de tant de trésors de lagrâce, dépasse encore pour lefils d'une manière incommensurable la mesure qui semblait la plus voisine de l'infini. Et toutes ces merveilles, le divin et puissant Esprit les accomplit silencieusement comme toujours; car Iheure où doit éclater sa venue n'est pas arrivée encore. La terre ne fera que l'entrevoir au jour où sur le lit du Jourdain, dans les eaux duquel Jésus est descendu, il étendra ses ailes et viendra se reposer sur la tête de ce Fils bien-aimé du Père. Jean pénètre le mystère dans son ravissement, comme, avant de naître, il avait senti au sein de Ma-- rie le fruit divin qui habitait en elle; mais les hommes n'ont vu qu'une colombe, et la colombe n'a pas révélé les secrets de l'éternité.
Le règne du Fils de Dieu, de notre EmmaLa Vigile de la Pentecôte. 2j i
nuel, s'assied sur ses fondements prédestinés. Nous avons en lui notre frère, car il a pris notre chair avec ses infirmités; nous avons en lui notre docteur, car il est la Sagesse du Père, ei il nous initie par ses leçons à toute vérité; nous avons en lui notre médecin, car il guérit toutes nos langueurs et toutes nos infirmités ; nous avons en lui notre médiateur, car il ramène en son humanité sainte toute l'œuvre créée à son divin auteur; nous avons en lui notre réparateur, et dans son sang notre rançon: car le péché de l'homme avait brisé le lien entre Dieu et nous, et il nous fallait un rédempteur divin; nous avons en lui un chef qui ne rougit pas de ses membres, si humbles qu'ils soient, un roi que nous venons de voir couronner à jamais, un Seigneur que le Seigneur a fait asseoir à sa droite i.
Mais s'il nous gouverne pour toujours, c'est maintenant du haut des cieux, jusqu'au moment où il apparaîtra de nouveau pour briser contre terre la tête des pécheurs, lorsque la voix tonnante de l'Ange criera : « Le temps « n'est plus -. » En attendant, des siècles nombreux doivent se dérouler, et ces siècles ont été destinés à l'empire de l'Esprit divin. « Mais l'Esprit ne pouvait encore être donné, « nous dit saint Jean, tant que Jésus n'avait <^ pas été glorifié s. » Notre beau mystère de l'Ascension forme donc la limite entre les deux règnes divins ici-bas : le règne visible du Fils de Dieu et le règne visible de l'Es-,
i. Psalm. cix. — 2. Apoc. x. 6, — 5. Johan, vil,
2 y 2 f)rit-Saint. Afin de les unir et d'en préparer a succession, ce ne sont plus seulement des propthètes mortels qui parlent ; c'est notre Emmanuel lui-même, durant sa vie mortelle,
3ui se fait le héraut du règne prochain du ivin Esprit.
Ne l'avons-nous pas entendu nous dire : « Il vous est avantageux que je m'en aille; « car si je ne me retirais pas, le Paraclet ne u viendrait pas à vous ^ ? » Le monde a donc un grand besoin de ce divin hôte, dont le propre Fils de Dieu se fait ainsi le précurseur ! Et afin que nous connaissions quelle est la majesté de ce maître nouveau qui va régner sur nous, Jésus nous déclare la gravité des châtiments qu'attireront sur eux ceux qui l'offenseront. « Quiconque, dit-il, aura « proféré une parole contre le Fils, elle lui « sera pardonnée ; mais celui qui aura dit « cette parole contre le Saint-Esprit, il n'en « obtiendra le pardon ni en ce monde, ni en « l'autre -. » Cependant cet Esprit divin ne prendra pas la nature humaine comme le Fils; il n'aura point à racheter le monde comme l'a racheté le Fils; mais il A'iendra avec une immensité d'amour qui ne saurait être méprisée impunément. C'est à lui que Jésus confiera l'Eglise son Epouse pendant les longs siècles que doit durer son veuvage, à lui qu'il remettra son œuvre, afin qu'il la maintienne et la dirige en toutes choses.
Nous donc, appelés à recevoir sous peu d'heures l'effusion de cet Esprit d'amour qui
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vient « renouveler la face de la terre ', » soyons attentifs comme nous le fûmes à Bethléhem, dans les moments qui précédèrent la naissance de notre Emmanuel. Le Verbe et l'Eprit-Saint sont égaux en gloire et en puissance, et leur venue sur la terre procède du même décret éternel et pacifique de la glorieuse Trinité, qui a résolu, par cette double visite, de nous « rendre parti« cipants de la nature divine 2. » Nous les fils du néant, nous sommes appelés à devenir, par l'opération du Verbe et de l'Esprit, les fils du Père céleste. Maintenant, si nous désirons connaître en quelle manière doit être préparée l'âme fidèle à l'arrivée du divin Paraclet, retournons par la pensée au Cénacle où nous avons laissé les disciples rassemblés, persévérant dans la prière, selon l'ordre de leur Maître, et attendant que la Vertu d'en haut descende sur eux et vienne les couvrir comme une armure pour les combats qu'ils auront à livrer.
Dans cet asile sacré du recueillement et de la paix, notre œil respectueux cherche d'abord Marie, mère de Jésus, chef-d'œuvre de l'Esprit-Saint, Eglise du Dieu vivant, de laquelle sortira demain, comme du sein d'une mère, par l'action du même Esprit, l'Eglise militante que cette nouvelle Eve représente et contient encore en elle. N'a-t-elle pas droit à tous nos hommages en ce moment, cette créature incomparable que nous avons vue associée à tous les mystères du Fils de Dieu, et qui tout à l'heure va devenir le plus digne
I. Psalm. cm. — 2. II Petr. i, 4.
2J4 ^e Temps Pascal.
objet de la visite de l'Esprit-Saint ? Nous vous saluons, ô Marie pleine de grâce, nous tous qui sommes encore renfermés en vous et goûtons l'allégresse dans votre sein maternel. N'est-ce pas pour nous qu'a parlé l'Eglise dans la sainte Liturgie, lorsqu'elle commente à votre gloire le divm cantique de votre aïeul David * ?^En vain votre humilité veut se soustraire aux honneurs qui demain vous attendent. Créature immaculée, temple du SaintEsprit, il faut que ce divin Esprit vous soit communiqué d'une nouvelle manière ; car une nouvelle œuvre vous attend, et la terre doit vous posséder encore.
Autour de Marie est rassemblé le collège apostolique, contemplant avec ravissement celle dont les traits augustes lyi rappellent le Seigneur absent. Dans les jours précédents un grave événement a eu lieu au Cénacle sous les yeux de la Mère de Dieu et des hommes. De même que pour l'établissement du peuple Israélite, Dieu avait fait choix de douze fils de Jacob comme d'autant de fondements de cette race privilégiée, de même Jésus avait choisi douze hommes au sein des ce même peuple pour être les bases de l'édifice de l'Eglise chrétienne dont il est, et Pierre avec lui et en lui, la pierre angulaire. La chute lamentable de Judas avait réduit à onze ces élus du choix divin ; le nombre sacré n'existait plus, et l'Esprit-Saint était au moment de descendre sur le collège des Apôtres.
I. Sicut Ixtantitim omnium nostrum habitatio est in te, sancta Dei Genitrix. (Antienne du 2« nocturne de l'OfTice de la sainte Vierge, sur le Psaume Fiindamenta.)
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Avant de monter au ciel , Jésus n'avait pas jugé à propos de faire lui-même le choix du successeur du disciple déchu; mais il fallait que le nombre sacré fût complété avant l'effusion de la Vertu d'en haut. L'Eglise n,e devait rien avoir à envier à la Synagogue. Qui donc remplirait l'office du Fils de Dieu dans la désignation d'un Apôtre ? Un tel droit ne pouvait appartenir qu'à Pierre, nous dit saint Jean Chrysostome; mais dans sa modestie, il déclina l'honneur, ne voulant se souvenir que de l'humilité i. Une élection fut la suite du discours de Pierre, et Mathias mêlé aux autres Apôtres compléta le nombre mystérieux, et attendit avec eux la descente promise du Consolateur.
Dans le Cénacle et sous les yeux de Marie, sont réunis aussi les disciples qui, sans avoir eu l'honneur d'être admis dans le duodénaire sacré, n'en ont pas moins été les témoins des œuvres et des mystères de l'Homme-Dieu; ils sont mis à part, et réservés pour la prédication de la bonne nouvelle. Madeleine enfin et les autres saintes femmes attendent dans le recueillement que leur a prescrit le Maître, cette visite d'en haut dont elles connaîtront bientôt la puissance. Rendons nos hommages à cette assemblée sainte, à ces cent vingt disciples qui nous sont donnés pour modèles dans cette grande circonstance; car l'Esprit divin doit d'abord venir en eux; ils sont ses prémices. Plus tard il descendra aussi sur nous, et c'est afin de nous préparer
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à sa venue que la sainte Eglise nous impose un jeûne solennel aujourd'hui.
Dans l'antiquité, cette journée ressemblait à. celle de la veille de Pâques. Sur le soir les fidèles se rendaient à l'église pour prendre part aux solennités de l'administration du baptême. Dans la nuit qui suivait, le sacrement de la réçénération était conféré aux catéchumènes que l'absence ou quelque maladie avait empêchés de se joindre aux autres dans la nuit de Pâques. Ceux qu'on n'avait pas ju^és suffisamment éprouvés encore, ou dont rinstruction n'avait pas semblé assez complète, ayant satisfait aux justes exigences de l'Eglise, contribuaient aussi à former le croupe des aspirants à la nouvelle naissance qui se puise dans la fontaine sacrce. Au lieu des douze prophéties qui se lisaient dans la nuit de Pâques pendant que les prêtres accomplissaient sur les catéchumènes les rites préparatoires au baptême, on n en lisait ordinairement que six; ce qui amené a conclure que le nombre des baptises dans la nuit de la Pentecôte était moins considérable.
Le cierge pascal reparaissait durant cette nuit de çrâce, afin d'inculquer à la nouvelle recrue que faisait l'Eglise, le respect et lamour envers le Fils de Dieu, qui s est tait homme pour être « la lumière du monde 1. » Tous les rites que nous avons détailles et expliqués au Samedi saint s'accomplissaient dans cette nouvelle occasion où paraissait la
I. JoHAN vin, 12
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fécondité de l'Eglise, et le divin Sacrifice auquel prenaient 'part les heureux néophytes commençait dès avant le point du jour.
Dans la suite des temps, la coutume charitable de conférer le baptême aux enfants aussitôt après leur naissance, ayant pris force de loi, la Messe baptismale a été anticipée à la matinée du samedi veille de la Pentecôte, comme il est arrivé pour la veille de Pâques. Avant la célébration du Sacrifice, on lit les six prophéties dont nous avons parlé tout à l'heure; après quoi a lieu solennellement la bénédiction de l'eau baptismale. Le cierge pascal se retrouve à cette fonction, à laquelle manque trop souvent l'assistance des fidèles.
Dans l'après-midi a lieu la solennité des premières Vêpres. Nous omettons d'insérer ici les Psaumes, les Antiennes et les autres parties de cet Office, parce que la Vigile de la Pentecôte ne peut jamais se rencontrer un Dimanche, tandis qu'il en est autrement pour les fêtes auxquelles nous avons accordé ce développement. Au reste, si l'on excepte quelques détails, les premières et les secondes Vêpres de la Pentecôte sont entièrement semblables.
fous clorons la journée en insérant ici l'une des plus belles Séquences d'Adam de Saint-Victor sur le mystère de la Pentecôte. Ce prince de la poésie liturgique dans l'Occident s'est surpassé lui-même sur les louanges du divin Esprit; et plus d'une fois dans le cours de l'Octave, nous aurons recours à son magnifique répertoire. Mais ce n'est pas
seulement une œuvre de génie que nous allons reproduire ici ; c'est une prière sublime et ardente adressée au Paraclct que Jésus nous a promis et dont nous attendons la venue. Lfforçons-nous de faire passer dans nos âmes les sentiments du pieux docteur du xii® siècle, et aspirons comme lui à la descente du Consolateur qui vient renouveler la face de la terre et habiter en nous.
OUI procedis ab utroque, Genitore Genitoque
Pariter, Paraclite, Redde linguas éloquentes, Fac ferventes in te mentes Flamma tua divite.
Amor Patris Filiique,
Par amborum, et utrique
Compar et consimilis,
Cuncta repies, cuncta
foves, Astra régis, cœlum moves,
Permanens immobilis.
Lumen carum, lumen
clarum, Intcrnarum tenebrarum
Effugas caliginem; Fer te mundi sunt mundati ; Tu peccatum, tu peccati
Destruis rubiginem.
TOI qui procèdes du Père et du Fils, divin Paraclet, par ta flamme féconde, viens rendre éloquent notre organe, et embraser nos cœurs de tes feux.
Amour du Père et du Fils, l'égal des deux et leur semblable en essence, tu remplis tout, tu donnes la vie à tout ; dans ton repos, tu conduis les astres, tu règles le mouvement des cieux.
Lumière éblouissante et chérie, tu dissipes nos ténèbres intérieures; ceux qui sont purs, tu les rends plus purs encore ; c'est toi qui fais disparaître le péché et la rouille qu'il apporte avec lui.
La Vigile de la Pentecôte.
Tu manifestes la vérité, tu montres la voie de la paix et celle de la justice; tu fuis les cœurs pervers, et tu combles des trésors de ta science ceux qui sont droits.
Si tu enseignes, rien ne demeure obscur; si tu es présent à l'âme, rien ne reste impur en elle; tu lui apportes la joie et l'allégresse, et la conscience que tu as purifiée goiitc enfin le bonheur.
Ton pouvoir transforme les éléments; par toi les sacrements obtiennent leur efficacité ; tu fais obstacle à la puissance mauvaise, tu repousses les embiiches de nos ennemis.
A ta venue, nos cœurs sont dans le calme; à ton entrée, le sombre nuage se dissipe ; feu sacré, tu embrases le cœur sans le consumer, et ta visite l'affranchit de ses angoisses.
Des âmes jusqu'alors ignorantes, engourdies et insensibles, tu les instruis et les ranimes. Inspirée par toi, la langue fait entendre des accents que tu lui donnes: la
Veritatem notam facis, Et ostendis viam pacis
Et iter justitiae.
Perversorum corda vitas,
Et bonorum corda ditas
Munere scientias.
Te docente nil obscurum, Te présente nil impurum ;
Sub tua praesentia Gloriatur mens jocunda; Per te laeta, per te munda
Gaudet conscientia.
Tu commutas elementa, Per te suam sacramenta
Habent ef^caciam : Tu nocivam vim repellis, Tu confutas et refellis
Hostium nequitiam.
Quando venis. Corda lenis ; Quando subis, Atrœ nubis EfFugit obscuritas; Sacer ignis, Pectus uris ; Non comburis, Sed a curis Purgas, quando visitas.
Mentes prius imperitas, Et sopitas et oblitas
Erudis et excitas. Foves linguas, formas
sonum.
28o
Cor ad bonum facit pronum A te data charitas.
O juvamcn oppressorum, O solamen miserorum,
Pauperum refugium, Da conteniptum terrcnoriim : Ad amorem supernorum
Trahe desiderium.
Consolator et fundator, Habitator et amator
Cordium humilium, Pelle»mala, terge sordes, Et discordes fac concordes, Et affer praesidium.
Tu qui quondam visitasti, Docuisti, confortasti
Timentes discipulos, Visitare nosdigneris; Nos, si placet, consoicris
Et credentes populos.
Par majestas pcrsonarum,
Par polcstas est earum.
Et commuais deitas :
Tu procedens a duobus
Coaequalis es ambobus :
In nullo disparitas.
Quia tantus es et talis.
charité que tu apportes avec toi dispose le cœur à tout bien.
Secours des opprimés, consolation des malheureux, refuge des pauvres, donnenous de mépriser les objets terrestres ; entraîne notre désir à l'amour des choses célestes.
Tu consoles et tu affermis les cœurs humbles; tu les habites et tu les aimes; expulse tout mal, efface toute souillure, rétablis la concorde entre ceux qui sont divisés, et apporte-nous ton secours.
Tu visitas un jour les disciples timides; par toi ils furent instruits et fortifiés; daigne nous visiter aussi et répandre ta consolation sur nous et sur le peuple fidèle.
Egale est la majesté des divines personnes, égale leur puissance ; commune aux trois est la divinité; tu procèdes des deux premières, semblable à l'une et à l'autre, et rien d'inférieur n'est en toi.
Aussi grand que l'est le
La Vigile de la Pentecôte. 28 t
Père lui-même, souffre que tes humbles serviteurs rendent à ce Dieu-Père, au Fils rédempteur et à toi-même la louange qui vous est due.
Quantus Pater est et qualis ;
Servorum humilitas Deo Patri, Filioque Rcdemptori, tibi quoquc Landes reddat débitas. Amen.
VENI, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
WENEZ, ô Esprit- Saint,
V remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
\ grande journée qui consomme l'œuvre divine sur la race humaine a lui entin sur le monde. « Les jours de la Pentecôte, comme parle saint Luc, sont accomplis i. » I>epuis la Pâque, nous avons vu se dérouler sept semaines; voici le jour qui fait suite et amène le nombre mystérieux de cinquante. Ce )our est le Dimanche, consacré par les augustes souvenirs de la création de la lumière et de la résurrection du Christ; son dernier caractère lui va être imposé, et par lui nous allons recevoir « la plénitude de Dieu - ». Sous le règne des figures, le Seigneur marI. Act. II, I. — 2. Voir la Mystique du Temps Pascal, tome I, pages 24-28.
Le Saint Jour de la Pentecôte. 2 83
qua déjà la gloire future du cinquantième jour. Israël avait opéré, sous les auspices de l'agneau de la Pâque, son passage à travers les eaux de la mer Rouge. Sept semaines s'écoulèrent dans ce désert qui devait conduire à la terre promise, et le jour qui suivit les sept semaines fut celui où l'alliance fut scellée entre Dieu et son peuplé. La Pentecote (le cinquantième jour) fut marquée par la promulgation des dix préceptes de la loi divine, et ce grand souvenir resta dans Israël avec la commémoration annuelle d'un tel événement. Mais ainsi que la Pâque, la Pentecôte était prophétique : il devait y avoir une seconde Pentecôte pour tous les peuples, de même qu'une seconde Pâque pour le rachat du genre humain. Au Fils de Dieu, vainqueur de la mort.'la Pâque avec tousses triomphes; à l'Esprit-Saint, la Pentecôte, qui le voit entrer comme législateur dans le monde placé désormais sous sa loi.
Mais quelle dissemblance entre les deux Pentecôtes ! La première sur les rochers sau-* vages de l'Arabie, au milieu des éclairs et des tonnerres, intimant une loi gravée sur des tables de pierre; la seconde en Jérusalem, sur laquelle la malédiction n'a pas éclaté encore, parce qu'elle contient dans son sein jusqu'à cette heure les prémices du peuple nouveau sur lequel doit s'exercer l'empire de l'Esprit d'amour. En cette seconde Pentecôte, le ciel ne s'assombrit pas, on n'entend pas le roulement de la foudre ; les cœurs des hommes ne sont pas glacés d'effroi comme autour du Sinaï ; ils battent sous l'impression du repentir et de la reconnaisj3.^4 ^c Temps Pascal.
sance. L'n feu divin sest emparé d'eux, et ce feu embrasera la terre entière. Jésus avait dit : « Je suis venu apporter le feu sur la « terre, et quel est mon vœu, sinon de le voir « s'éprendre ' ? » L'heure est venue, et celui qui en Dieu est l'Amour, la flamme éternelle et incréée, descend du ciel pour remplir l'intention miséricordieuse de l'Emmanuel.
En ce moment où le recueillement plane sur le Cénacle tout entier, Jérusalem est remplie de pèlerins accourus de toutes les régions de la gentilité, et quelque chose d'inconnu se remue au fond du cœur de ces hommes. Ce sont des Juifs venus pour les fêtes de la Pâque et de la Pentecôte de tous les licuK où Israël est allé établir ses synagogues. L'Asie, l'Afrique, Rome elle-même, ont fourni leur contingent. Mêlés à ces Juifs de pure race, on aperçoit des gentils qu'un mouvement de piété a portés à^embrasser la loi de Moïse et ses pratiques; on les appelle Prosélytes. Cette population mobile qui doit • se disperser sous peu de jours, et que le seul désir d'accomplir la loi a rassemblée dans Jérusalem, représente, par la diversité des langages, la confusion de Babel; mais ceux qui^la composent sont moins influencés que les habitants de la Judée par l'orgueil et les préjugés. Arrivés d'hier, ils n'ont pas, comme ces derniers, connu et repoussé le Messie, ni blasphémé ses œuvres qui rendaient témoignage de lui. S'ils ont crié devant Pilate avec les autres Juifs pour degiander que le Juste fût crucifié, c'est qu'ils étaient eiitraînés par
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l'ascendant des prêtres et des magistrats de cette Jérusalem vers laquelle leur piété et leur docilité à la loi les avaient amenés.
Mais l'heure est venue, l'heure de Tierce, l'heure prédestinée de toute éternité, et le dessein des trois divines personnes conçu et arrêté avant tous les temps se déclare et s'accomplit. De même que le Père, sur l'heure de minuit, envoya en ce monde pour y prendre chair au sein de Marie, son propre Fils qu'il engendre éternellement : ainsi, le Père et le Fils envoient à cette heure de Tierce sur la terre l'Esprit-Saint qui procède de tous deux, pour y remplir jusqu'à la fin des temps la mission de former l'Eglise épouse et empire du Christ, de l'assister, de la maintenir, de sauver et de sanctifier les âmes.
Soudain un vent violent qui venait du ciel se fait entendre; il mugit au dehors et remplit le Cénacle de son souffle puissant. Au dehors il convoque autour de l'auguste édifice que porte la montagne de Sion une foule d'habitants de Jérusalem et d'étrangers; au dedans il ébranle tout, il soulève les cent vingt disciples du Sauveur, et montre que rien ne lui résiste. Jésus avait dit de lui . « C'est un vent qui souffle où il veut, et vous « entendez retentir sa voix i « ; puissance invisible qui creuse jusqu'aux abîmes dans les profondeurs de la mer, et lance les vagues jusqu'aux nues. Désormais ce vent parcourra la terre en tous sens, et rien ne pourra l'arrêter dans son domaine.
Cependant l'assemblée sainte qui était
2S6 Le Temps Pascal.
assise tout entière dans l'extase de l'attente, a conserve la même attitude. Passive sous l'effort du divin envoyé, elle s'abandonne à lui. Mais le souffle n'a été qu'une préparation pour le dedans du Cénacle, en même temps qu'il est un appel pour le dehors. Tout à coup une pluie silencieuse se répand dans l'intérieur de l'édifice; pluie de feu, dit la sainte Eglise, « qui éclaire sans brûler, qui luit sans consumer i » ; des flocons enflammés ayant la forme de langues, viennent se poser sur la tête de chacun des cent vingt disciples. C'est l'Esprit divin qui prend possession de l'assemblée dans chacun de ses membres. L'Eglise n'est plus seulement en Marie; elle est aussi dans les cent vingt disciples. Tous sont maintenant à l'Esprit qui est descendu sur eux; son règne est ouvert, il est déclaré, et de nouvelles conquêtes se préparent.
Mais admirons le symbole sous lequel une si divine révolution s'opère. Celui qui naguère se montra au Jourdain sous la forme" gracieuse d'une colombe, apparaît aujourd'hui sous celle du feu. Dans l'essence divine il est amour; or, l'amour n'est pas tout entier dans la douceur et la tendresse ; il est ardent comme le feu. Maintenant donc que le monde est livré à l'Esprit-Saint, il faut q^u'il brûle, et l'incendie ne s'arrêtera plus. Lt pourquoi cette forme de langues ? sinon parce que la parole sera le moyen par lequel se propagera le divin incendie. Ces cent vingt disciplesn'auront qu'à parier du Fils de Dieu
I. Répons du Jeudi de la Pentecôte.
Le Saint Jour de la Pentecôte. 28 j
fait homme et rédempteur de tous, de l'Esprit-Saint qui renouvelle les âmes, du Père céleste qui les aime et les adopte : leur parole sera accueillie d'un grand nombre. Tous ceux qui l'auront reçue seront unis dans une m.ème foi, et l'ensemble qu'ils formeront s'appellera l'Église catholique, universelle, répandue en tous les temps et en tous les lieux. Le Seigneur Jésus avait dit : a Allez, enseignez « toutes les nations »; l'Esprit divin apporte du ciel sur la terre et la langue qui fera retentir cette parole, et l'amour de Dieu et des hommes qui l'inspirera. Cette langue et cet amour se sont arrêtés sur ces hommes, et par le secours de l'Esprit divin, ces hommes les transmettront à d'autres jusqu'à la fin des siècles.
Un obstacle cependant semble se dresser à rencontre d'une telle mission. Depuis Babel, le langage humain est divisé, et la pa» rôle ne circule pas d'un peuple à l'autre. Comment donc la parole pourra-t-elle être l'instrument de la conquête de tant de nations, et réunir en une seule famille tant de races qui s'ignorent? Ne craignez pas: le tout-puissant Esprit y a pourvu. Dans l'ivresse sacrée qu'il inspire aux cent vingt disciples, il leur a conféré le don d'entendre toutes langues et de se faire entendre eux-mêmes en toute langue. A l'instant même, dans un transport sublime, ils s'essayent à parler tous les idiomes de la terre, et leur langue, comme leur oreille, se prête non seulement sans effort, mais avec délices, à cette plénitude de la parole qui va rétablir la communion des hommes entre eux. L'Esprit d'amour a fait
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cesser en un moment la séparation de Babel, et la fraternité première reparaît dans l'unité du langage.
Que vous êtes belle, 6 Eglise de Dieu, rendue sensible dans cet auguste prodige de l'Esprit divin qui agit désormais sans'limitcs ! Vous nous retracez le magnifique spectacle qu'offrait la terre, lorsque la race humaine ne parlait qu'un seul langage. Et cette merveille ne sera pas seulenïent pour la journée de la Pentecôte, et elle ne durera pas seulement la vie de ceux en qui elle éclate en ce moment. Après la prédication des Apôtres, la forme première du prodige s'effacera peu à peu, parce qu'elle cessera d'être nécessaire ; mais jusqu'à la fin des siècles, ô Eglise, vous continuerez de parler toutes les langues; car vous ne serez pas confinée dans un "seul pays, mais vous habiterez tous les pays du monde. Partout on entend exprimer une même foi dans la langue de chaque peuple, et ainsi le miracle de la Pentecôte, renouvelé et transformé, vous accompagnera toujours, ô Eglise ! et demeurera l'un de vos principaux caractères. C'est ce qui fait dire au grand docteur saint Augustin parlant aux fidèles, ces paroles admirables: « L'Eglise ré« pandue parmi les nations parle toutes les « langues. Qu'est cette Eglise, sinon le corps « du Christ? Dans ce corps vous êtes un mem« hre. Etant donc membre d'un corps qui « parle toutes les langues, vous avez droit de a vous considérer vous-même comme parti« cipant au même don i. » Durant les siècles
I. In Johan. Tract, xxii.
Le Saint Jour de la Pentecôte. 2 S g
de foi, la sainte Eglise, source unique de tout véritable ^progrès dans l'humanité, avait fait plus encore; elle était parvenue à réunir dans une même forme de langage les peuples qu'elle avait conquis. La langue latine fut longtemps le lien du monde civilisé. En dépit des distances, les relations de peuple à peuple, les communications de la science, les affaires même des particuliers lui étaient confiées; l'homme qui parlait cette langue n'était étranger nulle part dans tout l'Occident et au delà. La grande hérésie du xvi* siècle émancipa les nations de ce bienfait comme de tant d'autres, et l'Europe, scindée pour longtemps, cherche, sans le trouver, ce centre commun que l'Eglise seule et sa langue pouvaient lui offrir. Mais retournons au Cénacle dont les portes ne se sont pas encore ouvertes, et continuons à y contempler les merveilles du divin Esprit.
Nos yeux tout d'abord cherchent respectueusement Marie, Marie plus que jamais « pleine de grâce ». Il eût semblé qu'après les dons immenses qui lui furent prodigués dans sa conception immaculée , après les trésors de sainteté que versa en elle la présence du Verbe incarné durant les neuf mois qu'elle le posséda dans son sein, après les secours spéciaux qu'elle reçut pour agir et souffrir en union avec son fils dans l'œuvre de la Rédemption, après les faveurs dont Jésus la combla au milieu des S{?lendeiirs de la résurrection, le Ciel avait épuisé la mesure des dons qu'il avait à répandre sur une simple créature, si élevée qu'elle pût être dans le plan éternel. 11 n'en est pas
2 go Le Temps Pascal.
ainsi. Une nouvelle mission s'ouvre pour Marie: à eetic heure, la sainte Eglise est enfantée par elle; zMarie vient de mettre au jour l'Epouse de son Fils, et de nouveaux devoirs l'appellent. Jésus est monté seul dans les cieux; il l'a laissée sur la terre, afin qu'elle prodigue à son tendre fruit ses soins maternels. Qu'elle est touchante, mais aussi
âu'elle est glorieuse cette enfance de notre glise bien-aimée, reçue dans les bras de Marie, allaitée par elle, soutenue de son appui dès les premiers pas de sa carrière en ce monde ! Il faut donc à la nouvelle Eve, à la véritable « Mère des vivants », un surcroît de grâces pour répondre à une telle mission : aussi est-elle l'objet premier des faveurs de l'Esprit-Saint. Il la féconda autrefois pour être la mère du Fils de Dieu; en ce moment il forme en elle la mère des chrétiens. « Le « fleuve de la grâce, comme parle le Roice prophète, submerge de ses eaux cette Cité « de Dieu qui les reçoit avec délices * » ; l'Esprit d'amour accomplit à ce moment l'oracle divin du Rédempteur mourant sur la croix. Il avait dit, en désignant l'homme : « Femme, « voilà votre fils» ;r'heure est arrivée, et Marie a reçu avec une plénitude merveilleuse cette grâce maternelle qu'elle commence à appliquer dès aujourd'hui, et qui l'accompagnera jusque sur son trône de reine, lorsqu'enfin la sainte Eglise ayant pris un accroissement suffisant," sa céleste nourrice pourra quitter la terre, monter aux cieux et ceindre le diadème qui l'attend.
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Contemplons cette nouvelle beauté qui éclate dans les traits de celle en qui le Seigneur vient de déclarer une seconde maternité : celte beauté est le chef-d'œuvre de l'Esprit- Saint en cette journée. Un feu divin transporte Marie, un amour nouveau s'est allumé dans son cœur; elle est tout entière à cette autre mission pour laquelle elle avait été laissée ici-bas. La grâce apostolique est descendue en elle. La langue de feu qu'elle a reçue ne parlera pas dans les prédications publiques; mais elle parlera auXiVpôtres, les dirigera, les consolera dans leurs labeurs. Elle s'énoncera, cette langue bénie, avec autant de douceur que de force, à l'oreille des fidèles qui sentiront l'attraction vers celle en qui le Seigneur a fait l'essai de toutes ses merveilles. Comme un lait généreux, la parole irrésistible de cette mère universelle donnera aux premiers enfants de l'Eglise la vigueur qui les fera triompher des assauts de l'enfer; et c'est en partant d'auprès d'elle qu'Etienne ira ouvrir la noble carrière des martyrs.
Regardons maintenant le collège apostolique. Ces hommes que quarante ^ours de relations avec leur Maître ressuscité avaient relevés, et que nous trouvions déjà si différents d'eux-mêmes, que sont-ils devenus depuis l'instant où l'Esprit divin les a saisis? Ne sentez-vous pas qu'ils sont transformés, qu'un feu divin éclate dans leur poitrine, et que dans un moment ils vont s'élancer à la conquête du monde? Tout ce que le Maître leur avait annoncé est accompli en eux; et c'est véritablement la Vertu d'en haut qui est descendue pour les armer au combat. Où
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sont-ils ceux qui tremblaient devant les ennemis de Jésus, ceux qui doutaient de sa résurrection? I.a vérité que le Maître leur a enseignée brille aux regards de leur intelligence'; ils voient tout, ils comprennent tout. L'Esprit-Saint leur a infus le don de la foi dans un degré sublime, et leur cœur brûle du désir de répandre au plus tôt cette foi dans le monde entier. Loin de craindre désormais, ils n'aspirent qu'à affronter tous les périls en prêchant, comme Jésus le leur a commandé, à toutes les nations son nom et sa gloire.
Contemplez Pierre. Vous le reconnaissez aisément à cette majesté douce que tempère une ineffable humilité. Hier son aspect était imposant mais tranquille ; aujourd'hui, sans rien perdre de leur dignité, ses traits ont pris une expression d'enthousiasme que nul n'avait encore vue en lui. L'Esprit divin s'est emparé puissamment du Vicaire de Jésus ; car Pierre est le prince de la parole et le maître de la doctrine. Près de Pierre, c'est André son frère aîné, qui conçoit en ce moment cette passion ardente pour la croix
Î|ui sera son type à jamais glorieux; c'est ean dont les traits semblaient naguère ne respirer que la douceur, et qui subitement ont pris l'expression forte et inspirée du prophète de Pathmos; à ses cotés, c'est Jacques son frère, l'autre « fils du tonnerre », se ciressant avec toute la vigueur du vaillant chevalier qui s'élancera bientôt à la conquête de ribérie. Le second Jacques, celui qui est aimé sous le nom de a frère du Seigneur », puise dans la vertu du divin Esprit qui le transporte, un nouveau degré de charme et
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de béatitude. Matthieu est illuminé d'une splendeur qui fait pressentir en lui le premier des écrivains du nouveau Testament. Thomas sent en son cœur la foi qu'il a reçue au contact des membres de son Maîtrp ressuscité, prendre un accroissement sans mesure ; il est prêt à partir pour ses laborieuses missions dans l'extrême Orient; tous, en un mot, sont un hymne vivant à la gloire de l'Esprit tout-puissant, qui s'annonce avec un tel empire dès les premiers instants de son arrivée.
Dans un rang inférieur apparaissent les disciples, moins favorisés dans cette visite que les douze princes du collège apostolique, mais pénétrés du même feu; car eux aussi marcheront à la conquête du monde et fonderont de nombreuses chrétientés. Le groupe des saintes femmes n'a pas moins ressenti que le reste de l'assemblée la descente du Dieu qui s'annonce sous l'emblème du feu. L'amour qui les retint au pied de la croix de Jésus et qui les conduisit les premières à son sépulcre au matin de la Pâque, s'est enflammé d'une ardeur nouvelle. La langue de feu s'est arrêtée sur chacune d'elles, et elles seront éloquentes à parler de leur Maître aux Juifs et aux gentils. En vain la synagogue expulsera Madeleine et ses compagnes; la Gaule méridionale les écoutera à son tour, et ne sera pas rebelle à leur parole.
Cependant, la foule des Juifs qui avait entendu le bruit de la tempête annonçant la venue de l'Esprit divin, s'est amassée en grand nombre autour du mystérieux Cénacle. Ce même Esprit qui agit au dedans avec
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tant de magnificence, les pousse à faire le siège de cette maison qui contient dans ses murs l'Eglise du Christ dont la naissance vient d'éclater. Leurs clameurs retentissent, et biçntôt le zèle apostolique qui vient de naître pour ne plus s'éteindre, ne peut plus tenir dans de si étroites limites. En un moment l'assemblée inspirée se précipite aux portes du Cénacle, et se met en rapport avec cette multitude avide de connaître le nouveau prodige que vient d'opérer le Dieu d'Israël.
Mais, ô merveille ! la foule composée de toutes les nations, qui s'attendait à entendre le parler grossier des Galiléens, est tout à coup saisie de stupeur. Ces Galiléens n'ont fait encore que s'énoncer en paroles confuses et inarticulées, et chacun les entend parler dans sa propre langue. Le symbole de l'unité apparaît dans toute sa splendeur. L'Eglise clirétienne est montrée à tous les peuples représentés dans cette multitude. Elle sera une, cette Eglise; car les barrières que Dieu plaça autrefois, dans sa justice, pour isoler les nations, viennent de s'écrouler. Voici les messagers de la foi du Christ; ils sont prêts, ils vont partir, leur parole fera le tour de la terre.
Dans la foule cependant, quelques hommes, insensibles au prodige, se scandalisent de rivresse divine dans laquelle ils voient les Apôtres : « Ces hommes , disent-ils, sont « pleins de vin. » C'est le langage du rationalisme qui veut tout expliquer par des raisons humaines. Et pourtant, ces Galiléens prétendus ivres abattront à leurs pieds le
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mande entier, et l'Esprit divin qui est en eux, ils le communiqueront avec son ivresse à toutes les races du genre humain. Les saints Apôtres sentent que le moment est venu ; il faut que la seconde Pentecôte soit proclamée en ce jour anniversaire de la première. Mais dans cette proclamation de la loi de miséricorde et d'amour qui vient remplacer la loi de la justice et de la crainte, quel sera le Moïse ? L'Emmanuel, avant de monter au ciel, l'avait désigné : c'est Pierre, le fondement de l'Eglise. U est temps que tout ce peuple le voie et l'entende ; le troupeau va se former, il est temps que le pasteur se montre. Ecoutons l'Esprit-Saint qui va s'énoncer par son principal organe, en présence de cette multitude ravie et silencieuse ; chaque mot que va dire l'Apôtre qui ne parle qu'une seule langue est compris de chacun des auditeurs, à quelque idiome, à quelque pays de la terre qu'il appartienne. Un tel discours est à lui seul la démonstration de la vérité et de la divinité de la loi nouvelle.
« Hommes juifs, s'écrie dans la plus haute éloquence le pécheur du lac de Génézareth, hommes juifs et vous tous qui habitez en ce moment Jérusalem, apprenez ceci et prêtez l'oreille à mes paroles. Non, ces hommes que vous voyez ne sont pas ivres comme vous l'avez pensé; car il n'est encore que l'heure de tierce; mais en ce moment s'accomplit ce qu'avait prédit le prophète Joël : « Dans les « derniers temps, dit le Seigneur, je répan«« drai mon Esprit sur toute chair, et vos fils a et vos filles prophétiseront, et vos jeunes
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« gens seront favorisés de visions, et vos « vieillards auront des songes prophétiques. « Et dans ces jours, je répandrai mon Esprit « sur mes serviteurs et sur mes servantes, et « ils prophétiseront. » Hommes Israélites, écoutez ceci. Vous vous rappelez Jésus de Nazareth, que Dieu même avait accrédité au milieu de vous par les prodiges au moyen desquels il opérait par lui, ainsi que vous le savez vous-mêmes. Or, ce Jésus, selon le décret divin résolu à l'avance, a été livré à ses ennemis, et vous-mêmes vous l'avez fait mourir par la main des impies. Mais Dieu l'a ressuscité, en l'arrachant à l'humiliation du tombeau qui ne pouvait le retenir. David n'avait-il pas dit de lui : a Ma chair reposera « dans l'espérance ; car vous ne permettrez « pas. Seigneur, que celui qui est votre « Saint éprouve la corruption du tombeau »? Ce n'était pas en son propre nom que David parlait; car il est mort, et son sépulcre est encore sous nos yeux; mais il annonçait la résurrection du Christ qui n'a point été laissé dans le tombeau, et dont la chair n'a pas connu la corruption. Ce Jésus, Dieu luimême l'a ressuscité, et nous en sommes tous témoins. Elevé à la droite de Dieu, il a, selon la promesse qu'en avait faite le Père, répandu sur la terre le Saint-Esprit, ainsi que vous le voyez et l'entendez. Sachez donc, maison d'Israël, et sachez-le avec toute certitude, que ce Jésus crucifié par vous, Dieu en a fait le Seigneur et le Christ i. » Ainsi fut accomplie la promulgation de la
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loi nouvelle par la bouche du nouveau Moïse. Comment les auditeurs n'eussent-ils pas accueilli le don inestimable de cette seconde Pentecôte, qui venait dissiper les ombres de l'ancienne et produire au grand jour les divines réalités? Dieu se révélait, et, comme toujours, il le faisait par les miracles. Pierre rappelle les prodiges de Jésus dont la Synagogue n'a pas voulu tenir compte, et qui rendaient témoignage de lui. Il annonce la descsnte de l'Esprit-Saint, et en preuve il allègue le prodige inouï que les auditeurs ont sous les yeux, dans le don des langues départi aux habitants du Cénacle.
Poursuivant son œuvre sublime, l'EspritSaint qui planaitsur cette foule, féconde par son action divine ces cœurs prédestinés. La foi naît et se développe tout d'un coup dans ces disciples du Sinaï accourus de tous les points du monde pour une Pâque et une Pentecôte désormais stériles. Saisis de crainte et de regret d'avoir demandé la mort du Juste, dont ils confessent la résurrection et l'ascension au ciel, ces Juifs de toute nation poussent un cri pénétrant vers Pierre et ses compagnons : « Qu'avons-nous donc à faire, « ô vo'us qui êtes nos frères ? » Admirable disposition pour recevoir la foi! le désir de croire, et le dessein arrêté de conformer ses actes à sa croyance. Pierre reprend son discours : « Repentez-vous, leur dit-il, et que « chacun de vous soit baptisé au nom de « Jésus-Christ, et vous aurez part, vous aussi, « au don du Saint-Esprit, La promesse a été « faite pour vous et pour vos fils et égale« ment pour ceux qui sont loin, c'est-à-dire
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« les gentils : en un mot, pour tous ceux « qu'appelle le Seigneur notre Dieu. »
A chaque parole du nouveau Moïse, la Pentecôte juaaïque s'efface, et la Pentecôte chrétienne resplendit d'une lumière toujours plus splendide à l'horizon. Le règne de l'Esprit divin est inauguré dans Jérusalem, à la face du temple condamné à s'écrouler sur lui-même. Pierre parla encore ; mais le livre sacré des Actes n'a recueilli que ces paroles qui retentirent comme le dernier appel au salut : « Sauvez-vous, enfants d'Israël, sauce vez-vous de cette génération perverse. »
Il fallait rompre, en effet, avec les siens, mériter par le sacrifice les faveurs de la nouvelle Pentecôte, passer de la Synagogue dans l'Eglise. Plus d'un combat se livfa dans les cœurs de ces hommes; mais le triomphe de l'Esprit-Saint fut complet en ce premier )our. Trois mille personnes se déclarèrent disciples de Jésus, et furent marquées aujourd'hui même du sceau de l'adoption. O Eglise du Dieu vivant, qu'ils sont beaux vos progrès sous le souffle du divin Esprit ! D'abord vous avez résidé en Marie l'immaculée, pleine de grâce et mère de Dieu; votre second pas vous' a donné les cent vingt disciples du Cénacle; et voici que le troisième vous dote de trois mille élus, nos ancêtres, qui vont bientôt quitter Jérusalem la répudiée, et porter dans les pays d'où ils sont partis les prémices du peuple nouveau. Demain c'est au temple même que Pierre parlera, et à sa voix cinq mille personnes se déclareront à leur tour disciples de Jésus de Nazareth. Salut donc, ô Eglise, noble et dernière créaLe Saint Jour de la Pentecôte. 2gg
tion de l'Esprit-Saint, société immortelle qui militez ici-b^s, en môme temps que vous triomphez dans les cieux. O Pentecôte, jour sacré de notre naissance, vous ouvrez avec gloire la série des siècles que doit parcourir en ce monde l'Epouse de TEmmanuel. Vous nous donnez l'Esprit divin qui vient écrire, non plus sur la pierre, mais dans nos cœurs, la loi qui régira les disciples de Jésus. O Pentecôte promulguée dans Jérusalem, mais qui devez étendre vos bienfaits à ceux « qui sont au loin », c'est-à-dire aux peuples de la gentilité, vous venez remplir les espérances que nous fit concevoir le touchant mystère de l'Epiphanie. Les mages venaient de l'O- rient; nous les suivîmes au berceau de l'Enfant divin, et nous savions que notre tour viendrait. Votre grâce, ô Esprit-Saint, les avait secrètement attirés à Bethléhem ; mais dans cette Pentecôte qui déclare votre souverain empire avec tant d'énergie, vous nous appelez tous; l'étoile est transformée en langues de feu, et la face de la terre va être renouvelée. Puissent nos cœurs conserver les dons que vous nous apportez, ces dons que le Père et le Fils qui vous envoient nous ont destinés!
L'importance du mystère de la Pentecôte étant si principale dans l'économie du christianisme, on ne doit pas s'étonner que l'E- glise lui ait assigné dans la sainte Liturgie un rang aussi distingué que celui qu'elle attribue à la Pàque elle-même. La Pâque est le rachat de l'homme par la victoire du Christ ; dans la Pentecôte l'Esprit-Saint prend
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possession de l'homme racheté ; l'Ascension est le mystère intermédiaire. D'un côté, elle consomme la Pâque en établissant l'HommeDieu, vainqueur de la mort et chef de ses fidèles, à la droite du Père; de l'autre, elle détermine l'envoi de l'Esprit-Saint sur la terre. Cet envoi ne pouvait avoir lieu avant la glorification de Jésus, comme nous dit saint Jean i, et de nombreuses raisons alléguées par les Pères nous aident à le comprendre. Il fallait que le Fils de Dieu, qui avec le Père est le principe de la procession du Saint-Esprit dans l'essence divine, envoyât personnellement aussi cet Esprit sur la terre. La mission extérieure de l'une des divines personnes n'est qu'une suite et une manifestation de la production mystérieuse et éternelle qui a lieu au sein de la divinité. Ainsi le Père n'est envoyé ni par le Fils ni par le Saint-Esprit, parce qu'il n'est pas produit par eux. Le Fils a été envoyé aux hommes par le Père, étant engendre par lui éternellement. Le Saint-Esprit est envoyé par le Père et par le Fils, parce qu'il procède de l'un et de l'autre. Mais pour que la mission du Saint-Esprit s'accomplît de manière à donner plus de gloire au Fils, il était juste qu'elle n'eût lieu qu'après l'intronisation du Verbe incarné à la droite du Père, et il était souverainement glorieux pour la nature humaine qu'au moment de cette mission elle fût indissolublement unie à la nature divine dans la personne du Fils de Dieu, en sorte qu'il fût
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vrai de dire que l'Homme-Dieu a envoyé le Saint-Esprit sur la terre.
Cette auguste mission ne devait être donnée à l'Esprit divin que lorsque les hommes auraient perdu la vue de l'humanité de Jésus. Ainsi que nous l'avons dit, il fallait désormais que les yeux et les cœurs des tidèles poursuivissent le divin absent d'un amour plus pur et tout spirituel. Or, à qui appartenait-il d'apporter aux hommes cet amour nouveau, sinon à l'Esprit tout-puissant qui est le lien du Père et du Fils dans un amour éternel? Cet Esprit qui embrase et qui unit est appelé dans les saintes Ecritures le « don de Dieu » ; et c'est aujourd'hui que le Père et le Fils nous envoient ce don ineffable. Rappelons-nous la parole de notre Emmanuel à la femme de Samarie, au bord du puits de Sichar. « Oh ! si tu connaissais le « don de Dieu M » Il n'était pas descendu encore ; il ne se manifestait jusqu'alors aux hommes que par des bienfaits partiels. A partir d'aujourd'hui, c'est une inondation de feu qui couvre la terre : l'Esprit divin anime tout, agit en tous lieux. Nous connaissons le don de Dieu ; nous n'avons plus qu'à l'accepter, qu'à lui ouvrir l'entrée de nos cœurs, comme les trois mille auditeurs fidèles que vient de rencontrer la parole de Pierre
Mais voyez à quel moment de l'année l'Esprit divin vient prendre possession de son domaine. Nous avons vu notre Emmanuel, Soleil de justice, s'élever timidement du sein des ombres du solstice d'hiver et monter
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d'une course lente à son zénith. Dans un sublime contraste, l'Esprit du Père et du Fils a cherche d'autres harmonies. Il est feu, feu qui consume ^ ;• il éclate sur le monde au moment où le soleil brille de toute sa splendeur, où cet astre contemple couverte de fleurs et de fruits naissants la terre qu'il caresse de ses rayons. Accueillons de même la chaleur vivifiante du divin Esprit, et demandons humblement qu'elle ne se ralentisse plus en nous. A ce moment de l'Année liturgique, nous sommes en pleine possession de la vérité par le \'erbe incarné ; veillons à entretenir fidèlement l'amour que l'EspritSaint vient nous apporter à son tour.
Fondée sur un passé de quatre mille ans quant aux figures, la Pentecôte chrétienne, le vrai quinquagénaire, est du nombre des fêtes instituées par les Apôtres eux-mêmes. Nous avons vu qu'elle partagea avec la Pâque, dans l'antiquité, l'honneur de conduire les catéchumènes à la fontaine sacrée, et de les en ramener néophytes et régénérés. Son Octave, comme celle de Pâques, ne dépasse pas le samedi par une raison identique. Le baptême se conférait dans la nuit du samedi au dimanche, et pour les néophytes la solennité de la Pentecôte s'ouvrait au moment même de leur baptême. Comme ceux de la Pâque, ils revêtaient alors les habits blancs, et ils les déposaient le samedi suivant, qui était compté pour le huitième jour.
Le moyen âge donna à la fête de la Pentecôte le grac4eux nom de Pdque des roses;
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nous avons vu celui de Dimanche des roses imposé dans les mêmes siècles de foi au Dimanche dans l'Octave de l'Ascension. La couleur vermeille de la rose et son parfum rappelaient à nos pères ces langues enflammées qui descendirent dans le Cénacle sur chacun des cent vingt disciples, comme les pétales effeuillées de la rose divine qui~ répandait l'amour et la plénitude de la grâce sur l'Eglise naissante. La sainte Liturgie est entrée dans la même pensée en choisissant la couleur rouge pour le saint Sacrifice durant toute l'Octave. Durand de Mende, dans son Rational si précieux pour la connaissance des usages liturgiques du moyen âge, nous apprend qu'au treizième siècle, dans nos églises, à la Messe de la Pentecôte, on lâchait des colombes qui voltigeaient au-dessus des fidèles en souvenir de la première manifestation de l'Esprit-Saint au Jourdain, et que l'on répandait de la voûte des étoupes enflammées et des fleurs en souvenir de la seconde au Cénacle.
A Rome, la Station est dans la Basilique de Saint-Pierre. Il était juste de rendre hommage au prince des Apôtres en ce jour où son éloquence inspirée par l'Esprit-Saint conquit à l'Eglise les trois mille chrétiens dont nous sommes les descendants. Actuellement, la Station demeure toujours fixée à SaintPierre avec les indulgences qui s'y rapportent ; mais le Souverain Pontife et le sacré Collège se rendent pour la Fonction à la Basilique du Latran, Mère et Chef de toutes les églises de la ville et du monde.
3o4 J-e Saint Jour de la Pentecôte.
LA sainte Eglise célèbre aujourd'hui l'heure de Tierce avec une solennité particulière, afin de se maintenir dans un rapport plus intime avec les heureux habitants du Cénacle. Elle a même choisi cette heure, dans tout le cours de l'année, comme la plus propice pour l'offrande du saint Sacrifice, auquel préside l'Esprit-Saint dans toute la puissance de son opération. Cette heure de Tierce, qui répond à neuf heures du matin selon notre manière de compter, est remarquable chaque jour par une invocation au Saint-Esprit formulée dans une Hymne de saint Ambroise ; mais aujourd'hui ce n'est pas l'Hymne ordinaire de Tierce que l'Eglise adresse au divin Paraclet ; c'est le cantique si mystérieux et si grandiose que le ix^ siècle nous a légué, en nous transmettant la tradition qui donne Charlemagne pour auteur de cette œuvre sublime.
La pensée d'en enrichir l'Office de Tierce au jour de la Pentecôte appartient à saint Hugues, abbé de Cluny au xi^ siècle ; et cette pratique a semblé si belle, que l'Eglise Romaine a fini par l'adopter dans sa Liturgie. De là est venu que dans les Eglises même où l'on ne célèbre pas l'Office canonial, on chante du moins le Veni creator avant la Messe du jour de la Pentecôte.
A cette heure si solennelle, aux accents inspirés de cette Hymne si tendre à la fois et si imposante, l'assemblée des fidèles se recueille; elle adore et appelle l'Esprit divin.
A Tierce.
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A ce moment, il plane sur tous les temples de la chrétienté, et descend invisiblement dans tous les cœurs qui l'attendent avec ferveur. Exprimons-lui le besoin que nous éprouvons de sa présence, le suppliant de demeurer en nous, et de ne jamais s'en éloigner. Montrons-lui notre âme marquée de son sceau ineffaçable dans le Baptême et dans la Confirmation; prions-le de veiller sur son œuvre. Nous sommes sa propriété; qu'il daigne faire en nous ce que nous le prions d'y accomplir; mais que notre bouche parle avec sincérité, et souvenons-nous que pour recevoir et conserver l'Esprit-Saint, il faut renoncer à l'esprit du monde ; car le Seigneur a dit: « Nul ne peut servir deux maî« très '. »
La première strophe de cette Hymne vénérable se chante toujours à genoux; on se lève ensuite, et l'on chante debout les strophes suivantes.
VENEZ , Esprit Gréateur , visiter les âmes de vos fidèles, et remplir de la grâce céleste les cœurs que vous avez créés.
Vous êtes appelé le Consolateur, le Don du Dieu Très-Haut, la source d'eau vive, le feu, l'amour, l'onction spirituelle.
■\7eni, Creator Spiritus, ' Mentes tuorum visita, Impie superna gratia Quae tu creasti pectora.
Qui diceris Paraclitus, Altissimi donum Dei, Fons vivus, ignis, caritas, Et spiritalis unctio.
3o6 Le Saint Jour de la Pentecôte.
Tu septiformis munere, Digitus Patern» dexterae, Tu rite promissum PaDitris, Sermone ditans guttura.
Accende lumen sensibus, Infunde amorem cordibus, Infirma nostri corporis Virtute firmans perpeti.
Hostem repellas longius, Pacemque dones protinus : Ductore sic te praevio Vitemus omne noxium.
Per te sciamus da Patrem, Noscamus atque Filiura, Teque utriusque Spiritum Credamus omni tempoDeo Patri sit gloria, Et Filio, qui a mortui Surrexit, ac Paraclito In saeculorum saecula.
Amen.
Versant sur nous vos sept dons, vous êtes le doigt de la main du Père ; promis solennellement par lui aux hommes, vous venez leur apporter la puissance du langage.
Eclairez nos esprits de votre lumière, versez l'amour dans nos cœurs ; soutenez la faiblesse de notre corps par votre incessante énergie.
Repoussez l'ennemi loin de nous , hâtez-vous de nous donner la paix ; marchez devant nous comme notre chef, et nous éviterons tout mal.
Faites-nous connaitre le Père et le Fils ; donnez-nous la foi en vous qui procédez de l'un et de l'autre.
Gloire soit à Dieu le Père ! Gloire soit au Fils ressuscité des morts ! Gloire au Paraclet , dans les siècles des siècles !
Amen.
On continue ensuite l'Office de Tierce, dont les trois Psaumes se trouvent ci-dessus, page 5i.
»-,_ c PiRiTus Do- I \k,t I 'Esprit du Sei'^"^' O mini reple- | '^^^- L gncur a remA Tierce.
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pli la terre entière, alléluia. 1 vit orbem terrarum, alI leluia.
LES jours de la Pentecôte étant accomplis, et tous les disciples se trouvant réunis dans un même lieu, il se fit tout à coup un grand bruit, comme d'un vent impétueux qui venait du ciel, et qui remplit toute la maison où ils étaient assis.
A , T 'Esprit du Sei^' '^* A- gneur a rempli la terre entière, * Alléluia, alléluia. L'Esprit.
j^. Et lui qui embrasse toutes choses possède la science du langage. * Alléluia, alléluia.
Gloire au Père. L'Esprit du Seigneur.
f. L'Esprit Paraclet, alléluia.
^. Vous enseignera toutes choses, alléluia.
CUM complerenturdies Pentecostes , erant omnes discipuli pariter in eodem loco ; et factus est repente de cœlo sonus tamquam advenientis spiritus vehementis. et replevit totam domum ubi crant sedentes.
Tf. br. CP'RiTUs Do^ O mini replevit orbem terrarum , * Alléluia, alléluia. Spiritus.
f. Et hoc quod continet omnia scientiam habet vocis, * Alléluia, alléluia.
Gloria Patri. Spiritus Domini.
i^. Spiritus Paraclitus, alléluia^
^. Docebit vos omnia, alléluia.
L'Oraison est la Collecte de la Uqssc, page Sog.
.^oS Le Saint Jour de la Pentecôte.
LE moment de célébrer le saint Sacrifice est arrivé. Remplie de l'Esprit divin, l'Eglise va payer le tribut auguste de sa reconnaissance en offrant la victime qui nous a mérité un tel don par son immolation. Déjà l'Introït retentit avec un éclat et une mélodie non pareils. Le chant grégorien s'élève rarement à un tel enthousiasme. Les paroles contiennent un oracle du livre de la Sagesse, qui reçoit son accomplissement aujourd'hui. C'est l'Esprit divin se répandant sur le monde, et comme gage de sa présence donnant aux saints Apôtres la science de la parole dont il est la source.
SPIRITUS Domini replevit orbem terrarum, alléluia : et hoc quod continet omnia , scientiam habet vocis, alléluia, alléluia, alléluia.
Ps. Exsurgat Deus, et dissipentur inimici ejus : et fugiant qui oderunt eum a facie ejus. Gloria Patri. Spiritus Domini.
L'Esprit du Seigneur a rempli la terre entière, alléluia ; et lui qui embrasse toutes choses , possède et communique la science du langage, alléluia , alléluia, alléluia.
Ps. Que Dieu se lève, et que ses ennemis soient dissipés ; que ceux qui le haïssent fuient devant sa face. Gloire au Père. L'Esprit du Seigneur.
La Collecte nous fournit l'expression de nos vœux pour un si grand jour. Elle nous avertit en même temps que l'Esprit divin nous apporte deux dons principaux : le goût des choses divines et la consolation du cœur;
demandons que l'un et l'autre demeurent en nous, afin que nous devenions parfaits chrétiens.
/^ Dieu qui avez éclairé ^^ en ce jour les cœurs des fidèles par la lumière du Saint-Esprit, accordez-nous par le même Esprit de goût3r ce qui est bien et de jouir sans cesse de la consolation dont il est la source. Par Jésus-Christ.
DEUS, qui hodiernadie corda fidelium Sancti Spiritus illustratione docuisti : da nobis in eodem Spiritu recta sapere, et de ejus semper consolatione gaudere. Per Dominum.
Lecture des Actes des Apôtres. Chap, II.
LES jours de la Pentecôte étant accomplis, et tous les disciples se trouvant réunis dans un même lieu, il se fit tout à coup un grand bruit, comme d'un vent impétueux qui venait du ciel, et qui remplit toute la maison où ils étaient assis. Et ils virent apparaître comme des langues de feu qui se partagèrent, et s'arrêtèrent sur chacun d'eux. Et iJs furent tous remplis du Saint-Esprit, et commencèrent à parler diverses langues, selon que le Saint-Esprit leur en mettait l'expression dans la bouche. Or, il y avait à Jérusalem des Juifs remplis de religion, et appartenant à toutes les
Lectio Actuum Apostolorum. Cap. ii.
CUiM complerentur dies Pentecostes , erant omnes discipuli pariter in eodem loco : et factus est repente de cœlo sonus, tamquam advenientis spiritus vehementis, et replevit totam domum ubi erant sedentes. Et apparuerunt illis dispertitse linguae tamquam ignis, seditque supra singulos eorum : et repleti sunt omnes Spiritu Sancto, et cœperunt loqui variis linguis, prout Spiritus Sanctus dabat eloÏui illis. Erant autem in . erusalem habitantes Judaei, viri religiosi ex omni natione, quoe sub
3 10 Le Saint Jour de la Pentecôte.
cœlo est. Facta autem hac voce, convenit multitudo, et mente confusa est, quoniam audiebat unusquisque lingua sua illos loquentes. Stupebant autem omnes, et mirabantur dicentes : Nonne ecce omnes isti, qui loquuntur, Galilaei sunt ? et quomodo nos audivimus, unusquisque linguam nostram, in qua nati sumus ? Parthi et Medi, et iElamitas, et qui habitant Mesopotamiam, Judaeam et Cappadociam . Pontum et Asiam , Phrygiam et Pamphyliam, ^gyptum, et partes Libyœ qua? est circa Cyrenen, et advenœ Romani, Judasi quoque. et Proselyti, Crêtes et Arabes : audivimus eos loquentes linguis nostris magnalia Dei.
nations qui sont sous le ciel. Le bruit de ce qui venait de se passer s'étant répandu, il ' s'en rassemble un grand