L'Année liturgique — Le Temps Pascal (t. 7-9) (page 15)
I sa propre langue. Ils en étaient tous hors d'eux-mêmes, et dans leur étonneI ment, ils se disaient les uns ! aux autres : Tous ces gens
I qui nous parlent ne sont-ils pas Galiléens ? Comment donc les entendons-nous parler chacun la langue de notre pays ? Parthes, Mèdes, Elamites, ceux d'entre nous qui habitent la Mésopotamie, la Judée, la Cappadoce, le Pont et l'Asie, la Phrygie et la Pamphylie, l'Egypte et la contrée de la Libye qui est proche de Cyrène ; et ceux d'entre nous qui sont venus de Rome, Juifs et Prosélytes, Cretois et Arabes, nous les entendons parler chacun en notre langue les merveilles de Dieu.
QUATRE grands événements signalent l'existence de la race humaine sur la terre, et tous les quatre témoignent de la bonté infinie de Dieu envers nous. Le premier est la création de l'homme et sa vocation à l'état surnaturel, qui lui donne pour fin dernière la vision et la possession éternelle de Dieu. Le second est l'incarnation du Verbe divin qui, unissant la nature humaine à la nature
A la Messe. 3ii
divine dans le Ciirist, élève l'être créé à la participation de la divinité, et fournit en même temps la victime nécessaire pour racheter Adam et sa race de leur prévarication. Le troisième événement est la descente du Saint-Esprit, dont nous célébrons l'anniversaire en ce jour. Enfin le quatrième est le second avènement du Fils de Dieu qui viendra délivrer l'Eglise son épouse, et l'emmènera au ciel pour célébrer avec elle les noces éternelles. Ces quatre opérations divines, dont la dernière n'est pas accomplie encore, sont la clef de l'histoire humaine ; rien n'est en dehors d'elles; mais l'homme animal ne les voit même pas, il n'y songe pas. « la lumière « a lui dans les ténèbres,"^ et les ténèbres ne « l'ont pas comprise i. »
Béni soit donc le Dieu de miséricorde qui a nous a appelés des ténèbres à l'admirable u lumière de la foi 2. « H nous a faits enfants de cette génération a qui n'est ni de la chair « et du sang, ni de la volonté de l'homme, ce mais de Dieu 3. » Par cette grâce, nous voici aujourd'hui attentifs à la troisième des opérations divines sur ce monde, à la descente de l'Esprit-Saint, et nous avons entendu le récit émouvant de sa venue. Cette tempête mystérieuse, ce feu, ces langues, cette ivresse sacrée, tout nous transporte au centre même des divins conseils, et nous nous écrions: « Dieu a-t-il donc tant aimé ce « monde ? » Jésus, quand il était avec nous sur la terre, nous le disait: « Oui, Dieu a tant
V aimé le monde qu'il lui a donné son Fils
« unique K » Aujourd'hui il nous faut compléter cette sublime parole et dire : « Le Père « et le Fils ont tant aimé le monde, qu'ils « lui ont donné leur Esprit-Saint. » Acceptons un tel don, et comprenons enfin ce qu'est l'homme. Le rationalisme, le naturalisme, prétendent le grandir en s'etforçant de le captiver sous le )ougde l'orgueil et de la sensualité; la foi chrétienne nous impose l'humilité et le renoncement; mais pour prix elle nous montre Dieu lui-même se donnant à nous.
Le premier Verset alléluiatique est formé des paroles de David où l'Esorit-Saint est montré comme l'auteur d'une création nouvelle, comme le rénovateur de la terre. Le second est la touchante prière par laquelle la sainte Eglise appelle sur ses enfants l'Esprit d'amour. On la chante toujours à genoux.
ALLELUIA, alléluia.
î^. Einitte Spiritum tuum, et creabuntur : et renovabis faciem terr.t.
Alléluia.
f. Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium : et tui amoris in eis ignetn accende.
A LLELUiA, alléluia.
f. Envoyez votre Esprit, et une création nouvelle s'opérera, et vous renouvellerez It face de la terre.
Alléluia.
f. Venez, ô Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles , et allumez en eux le feu de votre amour.
Vient ensuite la Séquence, œuvre d'enthousiasme et en même temps d'une inelîaA la Messe.
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ble tendresse pour celui qui vit et règne éternellement dans la société du Père et du Fils, et qui va désormais établir son empire, dans nos cœurs. Cette pièce est de la fin du xii" siècle, et on l'attribue, avec vraisemblance, au grand Pape Innocent III.
VENEZ, ô Esprit-Saint, et lancez sur nous du haut du ciel un rayon de votre lumière.
Venez, père des pauvres ; venez, distributeur des dons; venez, lumière des âmes.
Vous êtes le consolateur rempli de bonté, l'hôte bienveillant de nos âmes, leur aimable rafraîchissement.
Dans le labeur, vous êtes notre repos ; notre abri dans les ardeurs brûlantes, notre consolation dans les pleurs.
O lumière heureuse et chérie, remplissez de vos clartés les cœurs de vos fidèles jusqu'au plus intime.
Si votre divin secours n'arrive pas à l'homme, il n'est rien en lui qui ne puisse lui devenir nuisible.
Lavez nos souillures, arrosez nos sécheresses, guérissez nos blessures.
■y/ ENi, Sancte Sçiritus, ' Et emitte cœlitus Lucis tuae radium.
Veni pater pauperum, Veni dator munerum, Veni lumen cordium.
Consolator optime, Dulcishospes animae, Dulce refrigerium.
In labore requies, In sestu temperies. In fletu solatium.
O lux beatissima, Rcple cordis intima Tuorum fidelium.
Sine tuo numine, Nihil est in homine, Nihil est innoxium.
Lava quod est sordidum, Riga quod est aridum. Sana quod est saucium.
Flcctc quod est rigidutn, Fove quod est frigidum, Rege quod est devium.
Da tuis fidelibus, In te confidentibus, Sacrum Septenarium.
Da virtutis meritum, Da salutis exitum, Da perenne gaudium.
Amen. Alléluia.
Pliez ce qui se roidit en nous, échaufrez notre froideur, redressez nos pas qui s'égarent.
Répandez vos sept Dons sur vos fidèles, qui mettent en vous toute leur confiance.
Accordez-leur le mérite de la vertu, l'heureuse issue du salut, et enfin les joies éternelles.
Amen. Alléluia.
Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. xiv.
IN illo tempore : Dixit Jésus discipulis suis : Si quis diligit me, sermonemmeumservabit, et Pater meus diliget eum, et ad eum veniemus, et mansionem apud eum faciemus : qui non diligit me, sermones meos non serva.. Et sermonem quem audistis, non est meus : sed ejus qui rnisit me, Patris. Haec locutus sum vobis, apud vos manens ; Paraclitus autem Spiritus Sanctus, quem mittet Pater in nomine meo, ille vos docebit omnia, et suggeret vobis omnia quaecumque dixero vobis. Pacera relinquo
La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap.
EN ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole ; et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons en lui notre demeure. Celui qui ne m'aime pas, ne garde pas mes paroles; et la parole que vous avez entendue n'est pas ma parole, mais celle de mon Père qui m'a envoyé. Je vous ai dit ceci, demeurant encore avec vous ; mais le Paraclet, l'Esprit-Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses, et vous rappellera tout ce que je vous ai dit. Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Je vous la
A la Messe.
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donne, non comme le monde la donne. Que votre cœur ne se trouble point et ne s'effraie point. Vous avez entendu que je vous ai dit : Je m'en vais, et je reviens à vous. Si vous m'aimez, vous vous réjouirez de ce que je vais au Père; parce que le Père est plus grand que moi. Je vous le dis maintenant, avant que cela arrive, afin que quand ce sera arrivé, vous croyiez. Je ne vous parlerai plus beaucoup ; car le Prince de ce monde vient, et il n'a rien en moi qui soit à lui ; mais c'est afin que le monde connaisse que j'aime le Père, et que, selon le commandement que le Père m'a donné, ainsi je fais.
vobis, pacem meam do vobis : non quomodo mimdus dat ego do vobis. Non turbetur cor vestrum, neque formidet. Audistis quia ego dixi vobis : V'ado et venio ad vos. Si diligeretis me, gauderetis utique, quia vado ad Patrem : quia Pater major me est. Et nunc dixi vobis priusquam fiât : ut quum factum fuerit , credatis. Jam non multa loquar vobiscum. Venit enim Princeps mundi hujus. et in me non habet quidquam. Sed ut cognoscat mundus quia diligo Patrem, et sicut mandatum dédit mihi Pater, sic faT Avenue de l'Esprit-Saint n'est pas seule*- ment un événement qui intéresse la race humaine considérée en général ; chaque homme est appelé à recevoir cette même visite qui aujourd'hui « renouvelle la face de la « terre entière '. «Le dessein miséricordieux dusouverain Seigneur de toutes choses s'étend jusqu'à vouloir contracter une alliance individuelle avec chacun de nous. Jésus ne demande de nous qu'une seule chose : il veut que nous l'aimions et que nous gardions sa parole. A cette condition, il nous promet que son Père nous aimera, et viendra avec lui
I. Psalm. cm, 3o.
3i6 Le Saint Jour de la Pentecôte.
habiter notre âme. Mais ce n'est pas tout encore. Il nous annonce la venue de l'EspritSaint, qui par sa présence complétera l'habitation de Dieu en nous. L'auguste Trinité tout entière se fera comme un nouveau ciel de cette humble demeure, en attendant que nous soyons transportés après cette vie au séjour même où nous contemplerons l'hôte divin, Père, Fils et Saint-Esprit, qui a tant aimé sa créature humaine.
Jésus nous enseigne encore dans ce passage, tiré du discours qu'il adressa à ses disciples après la Cène, que le divin Esprit qui descend sur nous aujourd'hui est envoyé par le Père, mais par le Père ce au nom du Fils » ; de même que dans un autre endroit Jésus dit que « c'est lui-même qui enverra l'EspritSaint t ». Ces diverses manières de s'exprimer ont pour but de nous révéler les relations qui existent dans la Trinité divine entre les deux premières personnes et le Saint-Esprit. Ce divinEspritestdu Père, mais il est aussi du Fils ; c'est le Père qui l'envoie ; mais le Fils l'envoie aussi; car il procède de l'un et de l'autre comme d'un même principe. En ce grand jour de la Pentecôte, notre reconnaissance doit donc être la même envers le Père qui est la Puissance, et envers le Fils qui est la Sagesse ; car le don qui nous arrive du ciel vie'nt de tous les deux. Eternellement le Père a engendré son Fils, et quand la plénitude des temps fut venue, il l'a donné aux hommes pour être dans la nature humaine leur médiateur et leur sauveur ; éternelleA la Messe. 3iy
ment le Père et le Fils ont produit l'EspritSaint, et, à l'heure marquée, ils l'ont envoyé ici-bas pour être dans les hommes le principe d'amour, comme il l'est entre le Père et le Fils. Jésus nous enseigne que la mission de l'Esprit est postérieure à la sienne, parce qu'il a fallu que les hommes fussent d'abord initiés à la vérité par celui qui est la Sagesse. En effet, ils n'auraient pu aimer ce qu'ils ne connaissaient pas. Mais lorsque Jésus a consommé son œuvre tout entière, qu'il a fait asseoir son humanité sur le trône de Dieu son Père, de concert avec le Père, il envoie l'Esprit divin pour conserver en nous cette parole qui est «esprit et vie i », et qui est en nous la préparation de l'amour.
L'Offertoire est formé des paroles du Psaume lxvii, où David prophétise l'arrivée de l'Esprit dont la mission est de confirmer ce que Jésus a opéré. Le Cénacle efface toutes les splendeurs du temple de Jérusalem: désormais il n'y aplus que l'Eglise catholique qui recevra bientôt dans son "sein les rois et les peuples.
C)NF1RMEZ, o Dieu, ce que vous avez opéré en nous ; dans votre temple qui est à Jérusalem, les rois vous présenteront leurs offrandes, alléluia.
CONFIRMA hoc DeUS, quod operatus es in nobis : a tempio tuo, quod est in Jérusalem, tibi offerent reges munera, alléluia.
En présence des dons sacrés qui vont être
3 iS Le Saint Jour de la Pentecôte.
offerts et qui reposent sur l'autel, l'Eglise, dans la Secrète, demande que la venue du divin Esprit soit pour les fidèles un feu qui consume leurs souillures, et une lumière qui éclaire leur esprit par une plus complète intelligence des enseignements du Fils de Dieu.
MUNERA, quaesumus Domine, oblata sanctifica : et corda nostra Sancti Spiritus illustrationeemunda. Per Dominum.
DAIGNEZ. Seigneur, sanctifier les dons qui vous sont offerts, et purifiez nos cœurs en leur envoyant la lumière du Saint-Esprit. Par Jésus-Christ.
VERE dignum et justum est, a?quum et salutare, nos tibi semper, et ubique gratias agere : Domine sancte, Pater omnipotens. a t e r n e Deus : per Christum Dominum nostrum ; qui ascendens super omnes cœlos, sedensque ad dexteram tuam, promissum Spiritum Sanctum hodierna die in filios adoptionis effudit. Quapropter profusis gaudiis, totus in orbe terrarum mundus exsultat. Sed et supernffi Virtutes, aique angelicœ Potes ta tes, hymnura gloriae tua; concinunt, sine fine dicentes : Sanctus, Sanctus, Sanctus.
OUI, c'est une chose digne et juste, équitable et salutaire, que nous vous rendions grâces, toujours et en tous lieux, Seigneur snint. Père tout-puissant, Dieu éternel ; par Jésus-Christ notre Seigneur : qui étant monté au delà de tous les cieux et s'étant assis. à votre droite, répand aujourd'hui sur les enfants de l'adoption l'Esprit-Saint qu'il avait promis. Sa venue excite un transport universel de joie, et la race humaine se livre à l'allégresse sur toute la surface de la terre, en même temps que les Vertus célestes et les Puissances angéliques chantent l'hymne à votre gloire, répétant sans fin : Saint 1 Saint ! Saint !
A la Messe.
3ig
L'Antienne de la Communion célèbre par les paroles du texte sacré le moment de l'avènement de l'Esprit divin. Le Seigneur Jésus s'est donné à ses fidèles dans l'aliment eucharistique ; mais c'est l'Esprit qui les a préparés à une telle faveur, lui qui a changé sur l'autel le pain et le vin en le corps et le sang de la victime sainte, lui qui les aidera à conserver en eux l'aliment sacré qui garde les âmes pour la vie éternelle.
IL se fit tout à coup un grand bruit, comme d'un vent impétueux qui venait du ciel, dans le lieu où ils étaient assis, alléluia. Ils furent tous remplis du SaintEsprit, et publièrent les merveilles de Dieu, alléluia, alléluia.
FACTUS est repente de coelo sonus, tamquam advenientis spiritus vehementis, ubi erant sedentes, alléluia : et repleti sunt omnes Spiritu Sancto, loquentes magnalia Dei, alléluia, alléluia.
Mise en possession de son Epoux par le sacré Mystère, l'Eglise, dans la Postcommunion, implore po'ur ses fidèles la permanence de l'Esprit-Saint dans leurs âmes, en même temps qu'elle nous révèle une des prérogatives de ce divin Esprit, qui, trouvant nos âmes arides et incapables de fructifier par elles-mêmes, se transforme en rosée pour les féconder.
FAITES. Seigneur, que l'Esprit-Saint se répande dans nos cœurs, qu'il les purifie, et que les pénétrant de sa rosée
ANCTi Spiritus, Domundet infusio : et sui roris intima aspersione
I fécondité. Par Jésus-Christ.
T 'Hymne et les trois Psaumes dont se com^ pose l'Office de Sexte, se trouvent cidessus, page 56.
Lsfurent tous remomnes Spiritu Sancto, et cœperunt loqui, alléluia.
» 1 LSiurent tous rem^^^- 1 plis du Saint-Esprit, et ils commencèrent parier, alléluia.
FACTA autem hac voce, convenit multitudo, et mente confusa est, quoniam audicbat unusquisque lingua sua illos loquentes.
^ ^''- O raclitus. * Alléluia, alléluia. Spiritus.
f. Docebit vos omnia. * Alléluia, alléluia.
Gloria Patri. Spiritus.
f. Repleti sunt omnes Spiritu Sancto, alléluia.
^. Et cœperunt loqui, alléluia.
L'Oraison est la C< dessus, page 3 09.
LE bruit de ce qui vemait de se passer s'étant répandu, il se rassembla un grand nombre de gens, et ils furent très étonnés de ce que chacun d'eux les entendait parler en sa propre langue.
A , 1 'Esprit Paraclet, RI- t>r. L • Alléluia, alléluia. L'Esprit.
f. Vous enseignera toutes choses. * Alléluia, alléluia. Gloire au Père. L'Esprit.
j^. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit, alléluia.
^. Et ils commencèrent à parler, alléluia.
)llecte de la Messe, ci
A None.
L'Hymne et les Psaumes, ci-dessus, pageôi.
Ant 1 ES Apôtres racon• *- taient en diverses langues les merveilles de Dieu, alléluia, alléluia, alléluia.
Amt Î oquebantur ^^^' ^ variis linguis Apostoli magnalia Dei, alléluia, alléluia, alléluia.
luiFS aussi et prosélytes, *' Cretois et Arabes, nous les avons entendus raconter chacun en notre langue les merveilles de Dieu.
_ , T LS furent tous rem^- ^'^^ '■ plis du Saint-Esprit, * Alléluia, alléluia. Ils furent tous remplis.
j^. Et ils commencèrent à parler. * Alléluia, alléluia.
Gloire au Père. Ils furent tous remplis.
f. Les Apôtres racontaient en diverses langues, alléluia,
ft. Les merveilles de Diea, alléluia.
JUD.EI quoque et proselyti, Crêtes et Arabes, audivimus eos loquentes nostris linguis magnalia Dei.
EPLETI sunt omnes Spiritu Sancto, * Alléluia, alléluia, Repleti sunt.
j^. Et cœperunt loqui. * Alléluia, alléluia.
Gloria Patri. Repleti sunt.
f. Loquebantur variis linguis Apostoli, alléluia,
]S|. Magnalia Dei, alléluia.
L'Oraison ci-dessus, page 309.
L et remplis du Saint-Esprit comme nous l'avons été à l'heure de Tierce, nous ne pouvons nous détacher du sublime spectacle dont Jérusalem est témoin. Du cœur des saints Apôtres le feu divin a passé dans la foule qui les entoure. Le regret d'avoir crucifié « le Seigneur de gloire i » a dompté l'orgueil juif dans ces ^hommes qui avaient accompagné la victime de leurs clameurs et de leurs malédictions sur la Voie douloureuse. Que leur manque-t-il maintenant pour être chrétiens ? Connaître et croire, puis être baptisés. Du milieu du tourbillon de l'EspritSaint qui les enveloppe, !a voix de Pierre et de ses frères retentit: a Celui qui a souffert « sur la croix et qui est ressuscité d'entre les
0 morts est le propre Fils de Dieu engendré
« éternellement du Père; l'Esprit quisema« nifeste en ce moment est la troisième per« sonne dans l'unique et divine essence. > La Trinité, Tlncarnation, la Rédemption, resplendissent aux yeux de ces disciples de Moïse, les ombres s'effacent et font place au jour radieux de la nouvelle alliance. Il est temps que s'accomplisse la parole de JeanBaptiste au bord du Jourdain, cette parole dont plusieurs des assistants ont gardé mémoire. « Au milieu de vous est quelqu'un que « vous ne connaissez pas, dont je ne suis pas « même digne de délier la chaussure. Moi,
A Vêpres. 323
« je vous baptise dans l'eau ; mais lui vous « baptisera dans le Saint-Esprit et dans le
Toutefois ce baptême de feu, c'est par l'eau qu'il doit s'administrer. L'Esprit qui est feu opère par l'eau, et il est appelé lui-même « la fontaine d'eau vive d. L'antique prophète Ezéchiel avait salué de loin cette heure solennelle, lorsqu'il rendait en ces termes l'oracle divin : « Voici que je répandrai sur vous « une eau pure, et vous serez lavés de toutes « vos souillures, et je vous purifierai de tou« tes vos idoles. Et je vous donnerai un « cœur nouveau, et je placerai au milieu de « vous un esprit nouveau. Et j'ôterai de votre « poitrine votre cœur de pierre, et je vous « donnerai un cœur de chair. Et je placerai « mon Esprit au milieu de vous, et je vous « ferai marcher dans la voie de mes com« mandements. Et vous garderez ma loi « sainte; et vous serez mion peuple, et je serai « votre Dieu -. »
La prophétie était claire, et l'heure à laquelle l'Esprit arrivait était la même où l'eau allait couler. Cet élément sur lequel planait l'Esprit divin à la première origine de ce monde, nous l'avons vu, dans l'Epiphanie, recevoir au Jourdain le contact de la chair sacrée du Verbe incarné, et la céleste colombe unir son action sanctifiante à celle du Fils de Dieu. Récemment nous vîmes la main du Pontife, au Samedi saint, dans la consécration de la fontaine baptismale, plonger le cierge, type du Christ, dans les eaux, et
324 L^ Saint Jour de la Pentecôte.
nous l'entendîmes faire cette prière : « Qu'elle (( descende dans cette fontaine, la grâce et la « vertu de l'Esprit-Saint! » Aujourd'hui la source purifiante répand ses eaux dans Jérusalem; la main de Pierre et celles de ses frères plongent dans l'élément sacré ces fils d'Israël, et trois mille hommes ont relevé un front chrétien et régénéré. Qu'ils sont beaux, ces ancêtres de notre foi, en qui nous vénérons les prémices de l'accomplissement des prophéties! Plus beaux encore que les trois Maçes que nous vîmes autrefois avec tant de )oie descendre de leurs chameaux et pénétrer dans retable, pour déposer aux pieds du divin Roi des Juifs les offrandes mystiques de l'Orient. Maintenant toute la série des mystères est accomplie ; nous sommes rachetés, Jésus est assis à la droite de son Père, et l'Esprit divin, envoyé par lui, vient de nous arriver, et il doit demeurer avec nous jusqu'à la fin des siècles. Voilà pourquoi les sources des Sacrements sont ouvertes. A cette heure, l'Esprit du Père et du Fils a levé le premier des sceaux, et l'eau baptismale coule pour ne plus s'arrêter dans son cours, jusqu'à ce qu'elle ait régénéré le dernier des chrétiens qui doit passer sur cette terre. Mais le divin Esprit est le « Don du Dieu Très-Haut f) ; les saints Apôtres sont en possession de ce don fait aux hommes : ils ne doivent pas le retenir pour eux. Un second sceau est donc levé, et le sacrement de Confirmation fait descendre sur les néophytes l'Esprit qui a éclaté dans le Cénacle. Par la vertu qui est en eux, Pierre et ses frères, pontifes de la loi nouvelle, communiquent
A Vêpres.
à ces hommes, dans le Saint-Esprit, la force divine qui leur sera désormais nécessaire pour confesser ce Jésus de Nazareth dont ils sont pour jamais les heureux membres.
Mais ils ne sont pas assez divinisés encore, ces nouveau-nés à la grâce céleste, marqués déjà d'un double caractère; il leur reste à communier au Christ, au divin instituteur des Sacrements, au médiateur et rédempteur qui a réuni Dieu et l'homme. Il faut qu'un troisième sceau soit levé, que le sacerdoce nouveau agissant pour la première fois par les Apôtres, produise Jésus, le Pain de vie, et que cette multitude saintement affamée goûte cette manne qui ne nourrit pas seulement le corps comme celle du désert, « mais qui donne la vie au monde k » L'auguste Cénacle, tout embaumé encore du souvenir de la merveille que le Christ y opéra la veille de sa Passion, revoit le sublime prodige dont il fut témoin. Entouré de ses frères, Pierre consacre le pain et le vin par les paroles divines que sa bouche n'avait pas prononcées encore, et l'opération de l'Esprit d'amour produit entre ses mains le corps et le san^de Jésus. Le Sacritice nouveau est inauguré, et désormais il sera offert chaque jour jusqu'à la consommation des siècles. Les néophytes s'approchent, et par les mains des saints Apôtres ils entrent en possession de l'aliment céleste qui consomme leur union avec Dieu, par Jésus Pontife éternel selon l'ordre de Melchisédech. . Mais n'oublions pas en ce grand jour, à ce
320 Le Saint Jour de la Pentecôte.
premier Sacrifice offert par Pierre, assisté de ses collègues dans l'apostolat, la participation de Marie à cette chair divine dont son sein virginal a été la source. Embrasée des feux de l'Esprit-Saint qui est venu confirmer en elle cette maternité à l'égard des hommes que Jésus lui confia sur la croix, elle s'unit dans le mystère d'amour à ce fils bicn-aimé qui s'en est allé aux cieux, et qui l'a chargée de veiller sur son Eglise naissante. Désormais le Pain de vie lui rendra son fils chaque jour, jusqu'à ce qu'elle-même soit enlevée à son tour dans les cieux pour jouir éternellement de sa vue, recevoir ses caresses et lui prodiguer les siennes.
Quel ne fut pas le bonheur de ceux des néophytes auxquels il fut donné, en cette heureuse journée, d'approcher d'une si au£;uste reine, de la Vierge-Mère, à qui il avait été donné de porter dans ses chastes flancs celui qui était l'espérance d'Israël ! Ils contemplèrent les traits de la nouvelle Eve, ils entendirent sa voix, ils éprouvèrent le sentiment filial qu'elle inspire à tous les disciples de Jésus. Dans une autre saison, la sainte Liturgie nous parlera de ces hommes fortunés; nous ne rappelons en ce moment leur bonheur que pour montrer combien fut grande et complète cette journée qui vit le commencement de la sainte Eglise. La hiérarchie sacrée apparut dans Pierre, Vicaire du Christ, dans les Apôtres ses frères, dans les disciples choisis par Jésus lui-même. La semence de la
Parole divine fut jetée dans la bonne terre, eau baptismale régénéra l'élite des enfants d'Israël, l'Esprit-Saint leur fut communiqué
A Vêpres.
dans sa force, le Verbe divin les nourrit de sa chair qui est vraiment une nourriture et de son sangqui est vraiment un breuvage i, et Marie les' reçut à leur nouvelle naissance dans ses bras maternels.
Unissons-nous maintenant à la sainte E- glise, et chantons avec elle les louanges du divin Esprit qui , descendu à l'heure de Tierce, a rempli de tant de merveilles ce premier jour où il débute dans sa divine mission.
L'Office des Vêpres s'ouvre par la proclamation du nombre quinquagénaire qui réunit les deux Pentecôtes. L'Antienne nous montre en même temps les disciples au Cénacle dans l'attente de l'arrivée du Don promis.
Ant.
I ES jours de la
^ Pentecôte étaient accomplis, et tous les disciples se trouvaient réunis en un même lieu, alléluia.
Aj,t. pUM comple\^ rentur dies
Pentecostes, erant omnes
pariter in eodem loco,
alléluia.
Le Psaume que l'Eglise chante sous cette Antienne représente le triomphe du Christ dans son Ascension. Il s'assied à la droite du Père, et c'est de là que. Dieu et homme, il consolide son règne sur la terre, en envoyant aujourd'hui son Esprit pour habiter avec nous jusqu'à ce que lui-même redescende, vengeur de son Eglise, qu'il affranchira du joug de ses ennemis, et emmènera avec lui dans la gloire éternelle.
328 Le Saint Jour de la Pentecôte.
DlxiT Dominus Doraino mec : * Sede a dextris meis.
Donec ponam inimicos tuos : ' scabellum pedum tuorum.
Virgam virtutis tuje emittet Dominus ex Sioa : * dominare in medio inimicorum tuorum.
Tecura principium in die virtutis tuas in splendoribus Sanctorum : * ex utero ante luciferum genui te.
Juravit Dominus, et non pœnitebit eum : * Tu es Sacerdos in aeternum secundum ordinem Melchisedech.
Dominus a dextris tuis: • confregit in die irae suae reges.
Judicabit in nationibus: implebit ruinas: * conquassabit capita in terra multorum.
De torrente in via bibet: * propterea exaltabit caput.
CELUI ^iii est le Seigneu. a dit à son Fils, mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite et rci^ne'^ jvec moi:
Jusqu'à ce que, ait jour Je votre dernier avènement, je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos pieds.
O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sien le sceptre de votre force ; c'est de là que vous partirez pour dominer au milieu de vos ennemis.
La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit: Je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore.
Le Seigneur l'a juré, et sa parole est sans repentir ; il a dit en vous parlant: DieuHomme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l'ordre de Melchisédech.
OPèrel le Seigneur ro/rc Fils est donc à votre droite : c'est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.
Il jugera aussi les nations : dans cet avènement terrible, il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tète de plusieurs.
Il s'est abaissé pour boire l'eau du torrent des afflictions ; mais c'est pour cela même qu'au jour de son triomphe il élèvera la tête.
A Vêpres.
32g
Ant. Les jours de la Pentecôte étaient accomplis, et tous les disciples se trouvaient réunis en un même lieu, alléluia.
L'attente des disciples prit divin est descendu s'est pas borné à visiter jourd'hui, c'est le mon vient conquérir.
Ant. Cum coraplerentur dies Pentecostes, erant omnes pariter in eodem loco, alléluia.
a été comblée, l'Essur eux, mais il ne leurs âmes; dès aude tout entier qu'il
'Esprit du Seineur a rempli la terre entière, alléluia.
Ant.
Ant.''».
r^ mini replevit orbem terraruin, alleLe second Psaume célèbre les bienfaits de Dieu envers son peuple : l'alliance promise,
3ui se consomme aujourd'hui, la rédemption e l'homme et la fidélité du Seigneur à ses promesses. La mission du Saint-Esprit avait été annoncée par les Prophètes et par Jésus lui-même : le Seigneur a daigné dégager sa parole en ce jour.
JE VOUS louerai, Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur, dans l'assemblée des justes.
Grandes sont les œuvres du Seigneur; elles ont lété concertées dans les desseins de sa sagesse.
Elles sont dignes de louanges et magnifiques ; et la juslice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.
Le Seigneur clément et miséricordieux nous a laissé
CONFITEBOR tibi. Domine, in toto corde meo : * in concilio justorum et congregatione.
Magna opéra Domini : * exquisita in omnes voluntates ejus.
Confessio et magnificentia opus ejus : ' et justitia ejus manet in saeculum sasculi.
Memoriam fecit mirabilium suorum, miseri33 0 Le Saint Jour de la Pentecôte.
cors et miserator Dominus: * escam dédit timentibus se.
Memor erit in saeculum testamenti sui : * virtutem operum suorum annuntiabit populo suo.
Ut det illis haereditatem gentium :, * opéra manuum ejus veritas et judicium.
Fidelia omnia mandata ejus, confirmata in saeculum sœculi : * facta in veritateet aequitate.
Redemptionem misit populo suo : * mandavit m asternum testamentum suum.
Sanctum et terribile Nomen ejus : * initium sapientiae tiraor Domini.
Intellectus bonus omnibus facientibus eum : * laudatio ejus manet in sasculum sœculi.
Ant. Spiritus Domini replevit orbem terrarum, alléluia.
un mémorial de ses merveilles; il est le Pain de vie, et il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.
Il se souviendra à jamais de son alliance avec les hommes; il enverra son Esprit, et fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.
Il donnera à son Eglise l'héritage des nations : tout ce qu'il fait est justice et vérité.
Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondés sur la vérité et la justice.
Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; et par la mission de l'Esprit divin il rend son alliance éternelle.
Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la sagesse est de craindre le Seigneur.
La lumière et l'intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte: gloire et louange à Dieu dans les siècles des siècles !
Ant. L'Esprit du Seigneur a rempli la terre entière, alléluia.
L'Esprit divin s'empare des disciples, il les rend aptes à parler ; car c'est par la parole qu'ils feront la conquête du monde.
Ant.
EPLETI sunt omnes SpiAnt.
LS furent tous remplis du Saint-EsA Vêpres.
prit, et ils commencèrent à 1 ritu Sancto, et cœperunt parler, alléluia, alléluia. I loqui, alléluia, alléluia.
Le troisième Psaume chante la félicité de l'homme juste et ses espérances. La lurnière qui s'élance du sein des ténèbres, c'est Jésus, le Fils éternel de Dieu; c'est ensuite l'EspritSaint qui éclate tout à coup aujourd'hui. Le pécheur qui s'irrite à la vue des dons de Dieu, c'est le Juif incrédule qui ferme les yeux à la lumière et repousse le divin Esprit, comme il avait repoussé le Fils du Père céleste.
HEUREUX l'homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir.
Sa postérité sera puissante sur la terre: la race du juste sera en bénédiction.
La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.
Une lumière s'est levée sur les justes du milieu des ténèbres : c'est le Seigneur, le Dieumiséricordieux, clément et juste ; l'Esprit qui vient renouveler la terre.
Heureux alors l'homme qui a fait miséricorde, qui a prêté au pauvre, qui a réglé jusqu'à ses paroles avec justice 1 car il ne sera point ébranlé.
La mémoire du juste sera éternelle : s'il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.
BEATUS vir, qui timet Dominum : * in mandatis ejus volet nimis.
Potens in terra erit semen ejus : * generatio rectorum benedicetur.
Gloria et divitiae in domo ejus : * et justifia ejus manet in saeculum sa£culi.
Exortum est in tenebris lumen rectis : * misericors, et miserator, et justus.
Jucundus homo, 'qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : * quia in aïternum non commovebitur.
In memoria aeterna erit justus : * ab audirione mala non timebit.
332 Le Saint Jour de la Pentecôte.
Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : • non commovebitur donec despiciat inimicos suos.
Dispersit, dédit pauperibus, justitia ejus manet in saeculum saîculi : * cornu ejus exaltabitur in gloria.
Peccator videbit , et irascetur, dentibus suis fremet et tabescet : * desidcrium peccatorum peribit.
Ant. Replcti sunt omnes Spiritu Sancto , et cœperunt loqui, alléluia, alléluia.
Dans son allégresse à la pensée des trois mille néophytes de ce jour, la sainte Eglise chante la fontaine d'eau vive que l'Esprit divin a fait jaillir pour leur régénération; elle nous les montre comme d'heureux poissons qui s'agitent dans les ondes du salut.
Son cœur est toujours prêt à espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne sera point ému, et méprisera la rage de ses ennemis.
Il a répandu l'aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais, sa force sera élevée en gloire.
Le pécheur le verra, et il entrera en fureur ; il grincera des dents et séchera de colère : mais les désirs du pécheur périront.
Ant. Ils furent tous remplis du Saint-Esprit, et ils commencèrent à parler, alléluia, alléluia.
Ant contes et
■ i omnia quas
moventur in aquis. hymnum dicite Deo, alléluia.
ONTAINES et vous tous qui vous
Ant. P
ébattez dans les eaux, chan tez un cantique à Dieu, alléluia.
Le quatrième Psaume est un chant de louange au Seigneur qui, du haut du ciel, a pris pitié de la nature humaine, et qui, pour la relever de l'abaissement où elle languissait, lui a d'abord envoyé son propre Fils, et aujourd'hui fait descendre vers elle son divin Esprit.
A Vêpres.
SERVITEURS du Seigneur , faites entendre ses louanges, célébrez le Nom du Seigneur.
Que le Nom du Seigneur soit béni, aujourd'hui et jusque dans l'éternité.
De l'aurore au couchant, le Nom du Seigneur doit être à jamais célébré.
Le Seigneur est élevé audessus de toutes les nations ; sa gloire est par delà les cieux.
Qui est semblable au Seigneur notre Dieu, dont la demeure est dans les hauteurs ? C'est de là qu'il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles dans le ciel et sur la terre.
C'est de là qu'il soulève de terre l'indigent ; qu'il élève le pauvre de dessus son fumier où il languissait,
Pour le placer avec les princes , avec les princes mêmes de son peuple.
C'est lui qui a fait habiter pleine de joie dans sa maison celle qui longtemps fut stérile, et qui maintenant est mère de nombreux enfants.
Ant. Fontaines et vous tous qui vous ébattez dans les eaux, chantez un cantique à Dieu, alléluia.
T AUDATE, pueri, Domii- num : * laudate Nomen Domini.
SitNomen Domini benedictum : * ex hoc nunc et usque in sasculum.
A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini.
Excelsus super omnes gentes Dominus : * et super cœlos gloria ejus.
Quis sicut Dominus Deus noster, qui in altis habitat : * et humilia respicit in cœlo et in terra ?
Suscitans a terra inopem : * et de stercore erigens pauperem.
Ut collocet eum cum principibus : * cum principibus populi sui.
Qui habitare facit sterilem in domo : * matrem filiorum laetantem.
Ant. Fontes et omnia quae moventur in aquis, nymnum dicite Deo, alléluia.
En ce grand jour, l'Esprit-Saint a conquis
334 Le Saint Jour de la Pentecôte.
le monde ; mais c'est par la parole des Apôtres qu'il s'en est rendu le maître, cette parole d'une éloquence miraculeuse qu'il a formée en eux, et à laquelle il a joint sa toutepuissance.
^^^- ^ variis linguis Apostoli magnalia Dei , alléluia, alléluia, alléluia.
AvT L ^^ Apôtres par-^^^^ *" laient en diverses langues des merveilles de Dieu, alléluia, alléluia, cileluia.
Le cinquième Psaume rappelle d'abord la première Pâque, la sortie de l'Egypte et les prodiges qui l'accompagnèrent et la suivirent. "On y voit ensuite les nations devenues esclaves de leurs idoles ; mais aujourd'hui le divin Esprit suscite des conquérants qui abattront ces vains simulacres. La maison d'Israël et la maison d'Aaron ne se vanteront plus d'être les seules à servir le vrai Dieu. Instruits par les hommes à la langue de feu, tous les peuples acquerront la crainte du Seigneur et espéreront en lui. Nous ne som^mes plus au nombre de ces morts qui ne louent pas Dieu ; mais nous vivons de la vie surnaturelle que le Fils de Dieu a conquise pour nous par sa Passion et par sa Résurrection, et que l'Esprit-Saint fait pénétrer en nous par le divin mystère de ce )Our.
IN exitu Israël de jEgypto : * domus Jacob de populo barbaro.
Facta est Judaea sanctificatio ejus : * Israël potestas ejus.
tRSQUE Israël sortit d'E- gypte, et la maison de Jacob du milieu d'un peuple barbare,
La nation juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.
A Vêpres.
La mer le vit et s'enfuit ; le Jourdain remonta vers sa source.
Les montagnes bondirent comme des béliers , et les collines comme des agneaux.
O mer, pourquoi fuyaistu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?
Montagnes, pourquoi bondissiez-vous comme des béliers ? Et vous, collines, comme des agneaux ?
A la face du Seigneur, la terre a tremblé : à la face du Dieu de Jacob,
Qui changea la pierre en torrents, et la roche en fontaines.
Non pas à nous. Seigneur, non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire,
A cause de votre miséricorde et de votre vérité, de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?
Notre Dieu est au ciel : il. a fait tout ce qu'il a voulu.
Les idoles des nations ne sontque de l'oretde l'argent, et l'ouvrage des mains des hommes.
Elles ont une bouche, et ne parlent point; des yeux, et ne voient point. ,
Elles ont des oreilles, et n'entendent point; des narines, et ne sentent point.
Elles ont des mains, et ne
Mare vidit, et fugit : * Jordanis conversus est retrorsum.
Montes exsultaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium.
Quid est tibi , mare ,
3uod fugisti : * et tu, ordanis; quia conversus es retrorsum ?
Montes exsultastis sicut arietes : * et colles sicut agni ovium ?
A facie Domini mota est terra : * a facie Dei Jacob.
Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum.
Non nobis, Domine, non nobis : * sed Nomini tuo da gloriam.
Super misericordia tua, et veritate tua : * nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?
Deus autem noster in cœlo : * omnia quascumque voluit, fecit.
Simulacra gentium argentum et aurum : * opéra manuum hominum.
Os habent, et non loquentur : * oculos habent, et non videbunt.
Aures habent, et non audien* : * nares habent, et nonodorabunt.
Manus habent, et non
336 Le Saint Jour de la Pentecôte.
palpabunt ; pedes habent, etnon ambulabunt : ' non clamabunt in gutture suo.
Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis.
Domus Israël speravit in Domino : * adjutor eorum et protector eorum est.
Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.
Qui timent Dominum speraverunt in Domino :
* adjutor eorum, et protector eorum est.
Dominus memor fuit nostri : * et benedixit nobis.
Benedixit doraui Israël : * benedixit domui Aaron.
Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus.
Adjiciat Dominus super vos : * super vos, et super filios vestros
Benedicti vos a Domino : * qui fecit cœlum et terram.
Cœlum cœli Domino:
* terram autem dédit fîliis hominum.
Non mortui laudabunt te. Domine : * neq^e omnes qui descendunt in infernum.
peuvent rien toucher ; des pieds, et ne marchent point ; un gosier, et ne peuvent se faire entendre.
Que ceux qui les font leur deviennent semblables, avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.
La maison d'Israël a espéré dans le Seigneur: il est leur appui et leur protecteur.
La maison d'Aaron a espéré dans le Seigneur : Il est leur appui et leur protecteur.
Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.
Le Seigneur s'est souvenu de nous, et il nous a bénis.
Il a béni la maison d'Israël •. il a béni la maison d'Aaron.
Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur, grands .et petits.
Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.
Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait U ciel et la terre !
Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.
Ce ne sont pas les morts qui vous loueront, 6 Seigneur 1 ni tous ceux qui descendent dans le sépulcre ;
A Vêpres.
Mais nous qui vivons, nous bénissons le Seigneur , aujourd'hui et à jamais. ^
Ant. Les Apôtres parlaient en diverses langues des merveilles de Dieu, alléluia, alléluia, alléluia.
Sed nos qui vivimus. benedicimus Domino : * ex hoc nunc et usque in sœculum.
Ant. Loquebantur variis linguis Apostoli magnalia Dei, alléluia, alléluia, alléluia.
^V M complerentur ^-^ dies Pentecostes , erant omnes discipulipariter in eodem loco : et factus est repente de cœ- lo sonus, tamquam advenientis spiritus vehementis, et replevit totam domum ubi erant sedentes.
L'Hymne est celle que nous avons déjà chantée à Tierce, à l'heure même où le divin Esprit descendit dans le Cénacle. La grandeur des pensées et l'onction du sentiment forment le caractère de ce sublime cantique, toujours nouveau et toujours inépuisable.
Tes jours de la Pentecôte ^ étant accomplis, et tous les disciples se trouvant réunis dans un même lieu, il se fit tout à coup un grand bruit, comme d'un vent impétueux qui venait du ciel, et qui remplit toute la maison où ik étaient assis.
"\/enez , Esprit créateur , ' visiter les âmes de vos fidèles, et remplir de la grâce céleste les cœurs que vous avez créés.
Vous êtes appelé le Consolateur , le Don du Dieu très-haut , la source d'eau vive, le feu, l'amour, l'onction spirituelle.
Veni, Creator Spiritus, Mentes tuorum visita, Impie superna gratia Quae tu creasti pectora.
Qui diceris Paraclitus, Altissimi donuin Dei. Fons vivus, ignis, charitas, Et spiritalis unclio.
338 Le Saint Jour de la Pentecôte.
Tu septiformis munere, Digitus Paternre dexterae. Tu rite promissum Patris, Sermone ditans guttura.
Accende lumen sensibus, Infunde amorem cordibiis. Infirma nostri corporis Virtute firmans perpeti.
Hostem repellas longius, Paceraque dones protinus : Ductore sic te prœvio Vitemus omne noxium.
Per te sciamus da Patrem, Noscamus atque Filium, Teque utriusque Spiritum • Credamus omni tempore.
Deo Patri sit gloria, Et Filio, qui a mortuis Surrexit, ac Paraclito In sxcuiorum snecula.
Âmen.
' Lriislinguis Apostoli, alléluia,
Vf. Magnalia Dei, alléluia.
Versant sur nous vos sept dons, vous êtes le doigt de la main du Père ; promis solennellement par lui aux hommes, vous venez leur apporter la puissance du langage.
Eclairez nos esprits de votre lumière, versez l'amour dans nos cœurs ; soutenez la faiblesse de notre corps par votre incessante énergie.
Repoussez l'ennemi loin de nous, hâtez-vous de nous donner la paix ; marchez devant nous comme notre chef, et nous éviterons tout mal.
Faites-nous connaître le Père et le Fils ; donnez-nous la foi en vous qui procédez de l'un et de l'autre.
Gloire soit à Dieu le Père ! ' Gloire soit au Fils ressuscité des morts 1 Gloire au Paraclet, dans les siècles des siècles !
Amen.
^ j ES Apôtres parlaient ' ■ i- en diverses langues,
alléluia, Vf. Des merveilles de Dieu,
alléluia.
A Vêpres.
33g
Vient ensuite le Cantique de Marie, partie essentielle de l'Office du soir, accompagné du solennel encensement de l'autel. L'accent de cet hymne divin s'est enrichi encore. Ce n'est plus seulement la Vierge portant en elle le Fils éternel du Père que l'on entend épancher les émotions de son âme ; c'est la Mère de Dieu inondée des feux de l'Esprit-Saint, et préparée pour le nouveau ministère qui l'attend. Le cantique est harmonisé pour la fête au moyen de la magnifique Antienne qui le précède.
Ant. a
ujouRD HUi sont accomplis les jours de la Pentecôte, alléluia. Aujourd'hui l'EspritSaint a apparu aux disciples sous la forme du feu. et il a répandu en eux les dons de ses grâces. Il les a envoyés dans le monde entier prêcher et rendre témoignage. Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, alléluia.
Ant. W
pleti sunt dies Pentecostes, alléluia : hodie Spiritus Sanctus in i'gne discipulis apparaît, et tribuit eis charismatum dona : misit eos in universum mundum praedicare et testificari : qui crediderit et baptizatus fuerit, salvus erit, alléluia.
MON âme glorifie le Seigneur ;
Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur, et en son Esprit qui est descendu sur moi.
Car il a regardé la bassesse de sa servante ; et pour cela, toutes les nations m'appelleront bienheureuse.
Il a fait en moi de grandes
MAGNIFICAT : anima mea Dominum. Et exsultavit spiritus meus : * in Dec salutari meo.
Quia respexithumilitatem ancillae suae : * ecce enira ex hoc beatam me dicent omnes generationes.
Quia fecitmihi magna
qui potens est : * et Sanctum nomen ejus.
Et miserieordia ejus a progenie in progenies : timentibus eum.
Fccit potentiam in brachio suo : * dispersit s.:- perbos mente cordis sui.
Deposiiit potentes de sede : * et exaltavit humiles.
Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes.
Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordiae suae.
Sicut locutus est ad patres nostros : * Abraham et semini ejus in sœcula.
Ant. Hodie completi sunt dies Pentecostes, alléluia : hodie Spiritus Sanctus in ignediscipulis apparuit, et tribuit eis charismatum dona : misit eos in universum mundum prœdicare et testificari : qui crediderit et baptizatus fuerit, salvus erit, alléluia.
choses, il m'a associée à toutes ses œuvres, celui qui est puissant et de qui le nom est Saint ;
Et sa miséricorde s'étend de génération en génération sur ceux qui le craignent.
Il a opéré puissamment par .son bras, et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.
Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.
Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.
Il a reçu sous sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse
Qu'il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.
Ant. Aujourd'hui sont accomplis les jours de la Pentecôte, alléluia. Aujourd'hui, l'Esprit-Saint a apparu aux disciples sous la forme du feu, et il a répandu en eux les dons de ses grâces. Il les a envoyés dans le monde entier prêcher et rendre témoignage.Celui qui croira et sera baptisé sera sauvé, alléluia.
P^us, qui hodierna die ^^corda fideliura Sancti Spiritus illustratione docuisti : da nobis in coODlEU, qui avez éclairé en ce jour les cœurs des fidàles par la lumière du Saint-Esprit, accordez-nous
Le Saint Jour de la Pentecôte. 341
par le même Esprit de goûter 1 dem Sçiritu recta sapere, ce qui est bien, et de jouir et de ejus semper consosans cesse de la consolation latione gaudere. Per Dodont il est la source. Par minum. Jésus-Christ.
SELON notre usage, nous achèverons une si sainte journée en réunissant, comme dans un concert, les voix de toutes les Eglises célébrant le glorieux mystère de la Pentecôte chrétienne. Nous nous sommes unis à la sainte Eglise Romaine dans tous les cantiques de ce jour ; il nous faut enteridj-e maintenant la voix de l'Eglise grecque. Saint Jean Damascène est auteur de l'Hymne qui suit, et que nous em-pruntons au Pentecostanon.
AU sortir du nuage divin. le prophète dont la langue était tardive promulgua la loi écrite par le doigt de Dieu ; guéri de son infirmité, il avait contemplé de l'ceil de l'âme celui qui est, et il célébra dans de sacrés cantiques la science de l'Esprit qu'il avait reçn.
Le grave et auguste Maître avait dit à ses disciples : « Ne vous séparez point, ô mes amis ! lorsque je serai assis sur le trône sublime de mon Père, je répandrai la grâce infinie de l'Esprit dans tout son éclat sur vous qui désirez la connaître. »
DiviNA tectus tardilinguis nebula, Eloquutus a Deo scriptam legem : Materia enim abjecta,
oculis mentis Videre eum qui est discit,
Spiritus Cognitionem laudans divinis cantibus.
Dixit severum et venerandum os :
Divisio vobis non fiet, o amici :
Ego enim ad paternum excelsum thronum
ConsidenSjCfFundam Spiritus -
Splendere desiderantibus gratiam infinitam.
u^
Terminus perfectus verissimum Verbum Tranquillae formœ implet
cor : Opère enim expleto, laetificavit amicos Flalu violento, et ignis
glossematis Dato Spiritu, Christus ut
pollicitus est.
Incomprehensibilis est divinissimus principatus.
Rhetores enim demonsIravit illitteratos,
Satis sophistas mutire faciendo sermone.
Et a profunda n^cte e\- trahendo
Populos infinitos fulgiir Spiritus.
Erat procedens ex ingenita luce Omnipotenter lucificus
incorruptusque
splendor. Cujusper Filii paternam
substantiam. Nunc manifestât cognatam facem Ignita vox in Sion gentibus.
Balneum divinum regenerationis,
Verbo miscens composite natur^e.
Suppeditas mihi aquam ex incorrupto
Sa carrière étant terminée, le V^erbe, fidèle à sa promesse, remplit leurs cœurs d'un doux recueillement. Ayant achevé son œuvre, il répand sur ses amis d'abord un souffle violent, bientôt des langues enflammées ; lui le Christ, il leur donne l'Esprit et dégage ainsi sa parole.
Le pouvoir divin dépasse toute borne ; de gens illettrés il fait des orateurs, leur parole réduira les sophistes au silence, et semblable à un éclair éblouissant, l'Esprit enlèvera à leur nuit profonde des peuples innombrables.
Cet Esprit tout-puissant, splendide, incorruptible, procédait de la lumière incréée, de la substance que le Père transmet au Fils ; aujourd'hui, langue de feu dans Sion, il manifeste aux nations cette lumière qu'il puise dans la divinité.
Et toi, ô Fils de Dieu qui as réuni deux natures, tu prépares le bain divin de la régénération; l'eau d'un tel bain s'est épanchée de ton côté, ô Verbe, et l'ardeur
Le Saint Jour de la Pentecôte. 343
puissante de l'Esprit en est le sceau.
Vous êtes les vrais serviteurs du Dieu souverain, vous qui adorez l'essence trois fois lumineuse. Le Christ met aujourd'hui la dernière main à son bienfait surnaturel, envoyant pour notre salut celui qu'exprime le feu, versant sur nous la grâce universelle de l'Esprit.
Enfants de l'Eglise, fils de la lumière, recevez la rosée enflammée de l'Esprit, et par elle îa rémission et l'affranchissement de vos péchés ; car aujourd'hui la loi est sortie de Sion, la grâce du Saint-Esprit, sous la forme d'une langue de feu.
Autrefois on entendit un concert d'instruments qui conviait les hommes à adorer la statue d'or inanimée ; maintenant, c'est la grâce lumineuse du Paraclet qui les rend dignes de s'écrier : O Trinité unique, égale en pouvoir, sans commencement, nous te bénissons.
Oubliant l'oracle du ProVulnerato tuo latere, o
Dei Verbum, Sigillans fervore Spiritus.
Servitis omnes divînissimo principatui, Quot servi estis triluminis substantiae : Supernaturaliter enim
perficit ut benefactor. Et igneam for m a m
Christus dat in salutem, Totam porrigens gratiam
Spiritus.
Solubilem purgationem criminum,
Ignitum accipite Spiritus rorem,
O fîlii luciformes Ecclesias :
Nunc enim ex Sion exivit lex,
Igneas linguae forma , Spiritus gratia.
Concors clamavit instrumentorum cantus. Adorare auream inanimam imaginera : Paracliti autem lucifera
gratia Dignes facit ut clament :
O Trinitas sola, .(Equipotens, sine principio, bencdicta es.
V 0 c e m a Propheta dictam qui ignorarunt, Diccbant stulti, factam
a vino ebrietatem, Loquclac pcregrinse auditse sunt ut Apostolorum. Pii autem tibi clamamus
divinitus : Novifice universi, benedictus es,
Tertia quidem nacta
est horarum gratiam, Ut demonstraret , très
substantias Adorare in simplicitatc
potestatis : Sed in prima nunc dierum Dominica Filius, Pater et Spiritus, benedictus es.
phète, des insensés disaient que l'ivresse des Apôtres était produite par le vin ; on entendait retentir tous les langages étrangers ; pour nous, nous n'avons qu'un cri : Toi qui renouvelles divinement l'univers, sois béni.
L'heure de Tierce fut choisie pour l'effusion d'une telle grâce ; elle signifiait que l'on devait adorer trois personnes dans l'unité de puissance; en ce jour du Dimanche, le premier des jours, ô Père, ô Fils, ô Esprit, soyez béni.
à son tour. Les strophes suivantes si majestueuses et si remplies de mystère remontent au cinquième siècle. La tradition les attribue à Moïse de Khorène, ou à Jean Matagouni.
MissAcolumba descendens magna? vocis sonitu de excelsis ad similitudinem lucis, fulgoris igné armavit sine combustura discipulos, dum adhuc sederent in sacro ccenaculo.
LA colombe envoyée aux hommes est descendue des cieux, annoncée par un grand bruit ; voilée sous l'emblème d'une lumière éclatante, elle a couvert d'une armure de feu, sans qu'ils en fussent brtjlés, les disciples qui étaient encore assis dans le sacré cénacle.
Le Saint Jour de la Pentecôte. 345
C'est la colombe immatérielle, insondable, qui pénètre les profondeurs de Dieu, qui annonce le second et terrible avènement, qui procède du Père, et que Ton nous enseigne lui être consubstantielle.
Gloire au plus haut des cieux, à l'Esprit-Saint qui procède du Père ! Les Apôtres ont été enivrés à son calice immortel, et ils ont invité la terre à s'unir au ciel.
Esprit divin et vivifiant, rempli de bonté pour les hommes, tu as éclairé par les langues de feu ceux qui étaient rassemblés par le lien d'un mutuel amour ; c'est pourquoi nous célébrons aujourd'hui ton avènement sacré.
Les saints Apôtres ont été comblés de délices à ton arrivée ; en parlant diverses larigues ils ont attiré des disciples qu'aucun lien n'aurait réunis ; c'est pourquoi nous célébrons aujourd'hui ton avènement sacré.
Tu t'es servi d'eux pour embellir, par le saint et spirituel baptême, la terre entière : tu l'as couverte de vêtements nouveaux d'une blancheur éclatante ; c'est pourquoi nous célébrons aujourd'hui ton avènement sacré.
Toi qui reposes sur le char des chérubins, Esprit-Saint, tu es descendu aujourd'hui
Immaterialis columba, inscrutabilis, quas scrutatur profunda Dei, quae accipiens a Pâtre, renuntiat terribilem alterum adventum, quamque prœ- dicarunt consubstantialem.
Laus in altissimis procedenti a Pâtre Spiritui Sancto. per quem Apostoli inebriati sunt immortali calice, et invitarunt terram ad cœlum.
Vivificator Deus, humane Spiritus, congregatos unanimi amore illuminnsti igneis linguis; quapropter nos quoque hodie celebramus adventum tuum sanctum.
Delectati sunt tuo adventu sancti Apostoli, accersitis insimul dispersis ab invicem multisonis linguis ; quapropter nos quoque hodie celebramus adventum tuum sanctum.
Spiritali sancto baptismate, exornasti per eos terrarum orbem in vestibus pellucidis ac in novis amictibus ; quapropter nos quoque hodie celebramus adventum tuum sanctum.
Qui incherubico curru quiescis, hodie descendisti de cœlis in chorum
Apostolorum , Sancte Spiritus: benedictus es, rex immortalis.
Qui graderis super pennas ventorura, hodie m igneis linguis divisus quicvisti in Apostolis, Sancte Spiritus : benedictus es, rex immortalis.
Qui curam habes in providentia tuarum creaturarum, hodie venisti ad firmandam Ecclesiam tuam. Sancte Spiritus : benedictus es, rex immortalis.
La Liturgie ambrosienne nous donne cette belle Préface qui, dans sa concision, réunit tous les mystères de la Pentecôte.
des cieux sur le chœur apostolique: sois béni, roi immortel !
Toi qui t'avances sur l'aile des vents, Esprit-Saint, tu t'es partagé en langues de feu, et tu t'es reposé sur les Apôtres : sois béni, roi immortel !
Toi qui prends soin de toutes les créatures dans ta providence, Esprit-Saint, tu es venu aujourd'hui pour affermir ton Eglise: sois béni, roi immortel !
2nQUUM et salutare , /t nos in hac praecipua festivitate gaudere, qua sacratissimura Pascha quinquaginta d i e r u m mysteriis tegitur, etmysticus numeru? adimplctur, et dispersio linguarum, quns dudum per superbiam in confusione facta fucrat, nunc per Spiritum Sanctum adunatiir. Hodie enim de cœlis repente sonum audientes Apostoli unius fidei symbolum excepcrunt, et linguis variis Evangelii tui gloriam cunctis gentibus tradideIL est Juste et salutaire que nous nous laissions aller à la joie, en cette illustre solennité qui vient ajoutera la Pâque sacrée le mystère des cinquante jours et compléter ainsi le nombre mystique. C'est pareillement en ce jour que la division des langues, qui avait été opérée autrefois pour humilier l'orgueil, fait place maintenant à leur réunion par le Saint-Esprit. C'est aujourd'hui que les Apôtres, après avoir entendu soudain un bruit qui venait du ciel, ont reçu le symbole de la foi unique, et parlant diverses langues, ont
Le Saint Jour de la Pentecôte. 84-;
révélé à toutes les nations la runt. Per Christum Dogloire de votre Evangile. Par minum nostrum. le Christ notre Seigneur.
L'Eglise gothique d'Espagne procède avec son abondance et son enthousiasme accoutumés, dans cette magnifique Illation que nous fournit son Missel mozarabe.
IL est juste et raisonnable, ô Dieu tout-puissant, que nous célébrions, dans la faiblesse de notre nature, vos dons et vos bienfaits, et que chaque année nous honorions particulièrement la mémoire de celui que vous avez daigné nous faire aujourd'hui pour notre éternel salut. Qui oserait garder le silence sur l'arrivée de votre EspritSaint, en ce jour où pas une seule langue des nations barbares n'est oubliée pnr vos Apôtres? Mais qui pourrait raconter dignement le mystère de ce feu qui descend aujourd'hui, et les idiomes de tous les peuples inspirés aux disciples, en sorte que le Latin et l'Hébreu, le Grec et l'Egyptien, le Scythe et l'Indien, s'exprimant dans une langue qui leur était inconnue, n'altèrent en rien l'idiome qui leur est étranger, et entendent parler sans altération celui qui leur est propre? Qui pourrait décrire le divin pouvoir qui
DIGNUM et justum est, omnipotens Deus. pro possibilitate carnali munerum tuorum bénéficia contiteri, et indultum hodierno die donum salutis asternœ anniversaria semper commemoratione celebrare. Etenim pro adventu Spiritus tui Sancti tacere quis audeat ? cum omnis per Apostolos tuos etiam gentium barbararum lingua non taceat. Quis enim enarrare valet hujus hodierno die ignis illapsum, sic distributa discipulis geneca universa linguarum ; ut nec Latinus Hebraeo, nec GrEecus '^Egyptio, nec Scytha Indo , propria dum quisque et peregrina audiens loquitur iingua, detrimentum vel alienigeni fecerit, vel sui senserit intellectus? Quaque virtute sit actum, quod dicentis veritatis prœconibus per spaLe Temps Pascal.
tia immensa terrarum unius atquc indivisibilis dortum doctrina; coelestis pro potestate voluntnria partiretur? Nihil agens unitati fidci dissonum, quamvis multiplicis scientia distributione pulcherrimurn, et multimoda mirificumexstiterit varietate sermonum. Ostendens qaod confessioni dominicre non impedit diversitas linguas, nec interestquod vario quis sermone fateatur, dummodo unus sit ille qui creditur.
Obsecramus igitur, Domine, ut hase nostra confessio de cordibus filiorumpromissionis emissa, tibi Pater gloriae, semper accepta sit, et ad speranda ac promerenda ea quœ tuis lîdelibus promisisti, sensus nostros divini Spiritus int'usione benedicas atque sanctifiées. Effusa etenim ad nostram indulgenliam tuae gloriœ largitate inter innumera dona atque opéra Sancti Spiritus, nihil sublimius Ecclesiîe exordiis collatam fuisse cognoscimus. quam ut prœconium Evangelii tui ora linguis universarum gentium loquerentur. Et hoc non nisi Sancti Spiritus
vient à son gré répandre sur ceux qui devront prêcher la vérité parlante par toute la terre, le don d'une doctrine céleste, une et indivisible ? Ni la science ainsi distribuée dans la plus riche variété, ni la diversité merveilleuse des langages, n'enlèvent rien à l'unité de la foi. Nous apprenons ici que la dissemblance des idiomes n'arrête en rien la louange du Seigneur, et que peu importe la langue dont on se sert, si le même Dieu est l'objet d'une même foi.
Nous vous supplions donc, Seigneur, Père de la gloire, d'agréer notre confession qui s'élève vers vous du cœur des enfants de la promesse. Daignez par l'infusion du divin Esprit, bénir et sanctifier nos âmes, les renJant capables d'espérer et de mériter la récompense que vous avez promise à vos fidèles. Dans l'effusion que votre munificence pleine de gloire a faite pour notre salut, entre les oeuvres et les dons de votre EspritSaint, nous ne voyons rien de plus sublime, à l'origine de l'Eglise, que la prédication de votre Evangile accomplie par des bouches qui parlaient les langues de toutes les nations. Un tel prodige ne pouvait être produit que par la grâce de l'EsLe Saint Jour de la Pentecôte. 34g
prit-Saint, qui est venu à nous sept semaines après la glorieuse Résurrection de votre Fils, montrant ainsi que s'il est septiforme, toutes ses puissances se concentrent dans une harmonieuse unité, et de même que sept est à part dans les nombres, ainsi sept se retrouve en chacun d'eux. De là les sept degrés de votre temple par lesquels nous entrons au royaume des cieux. De là la cinquantième année, celle de la rémission si célèbre dans les mystères de la loi. C'est le fruit de la moisson nouvelle qu'il nous est commandé d'offrir aujourd'hui.
II est avant tous les siècles, il est éternel; mais pour nous il est devenu nouveau, quand il nous a apparu.
Ce n'est pas non plus sans mystère qu'un tel don est répandu sur nous le dixième jour après l'Ascension de votre Fils ; nous y reconnaissons ce denier promis par le père de famille aux ouvriers de la vigne. Il nous fallait ce signe imposant de votre divine bonté qui s'est montrée lorsque la forme des langues apparaissant en feu sur les têtes des disciples, elle fit produire aux cœurs des croyants ces nouveaux actui gratia révélante, qui nobis post Resurrectionis Filii tui gloriam. transactis septem hebdomadibus venit : ostendens quod etsi septiformis est, tamen in uno gradu omnium concordantium sibi virtutum summa consistit. Ac sicut septem unum in numeris est, sic septem inveniuntur in singulis. Hi sunt sine dubio septem gradus templi tui, per quos ad cœlorum régna conscenditur. Hic est quinquagesimus remissionis annus olim in legis tropologiis prœdicatus. Hic est fructus messis novae, qui hodie mandatur offerri. Qui licet ante omnia sœcula semper ^ternus sit : tamen nobis quum ionotuit, tune novus effectus est.
Nec illud sine mysterio esse significans, quod post Ascensionem Filii tui décima nobis die hoc munus infunditur, ostendens quod cultoribus vineœ hic esset a patrefamilias denarius repromissus. Magnum autem et pras omnibus necessarium fuit hoc tibi divini muneris signum, quod quum super capita discipulorum ignea conscendisset forma lingua35 o
Le Temps Pjscal.
rum, de cordibus credentium nec dissonum aliquid faceret prodire nec tepidum ; sed prjedicatorcs Verbi tui et intellif,fentia essent unanimes, et charitate ferventes. O ignis exurendo fœcundans. Hune igitur omnipotentem esse Dominum omnis intellectualis creatura vivificatione fatetur, cujus etiam Chérubin et Séraphin, ferventes copiosius igné, speciali ejus vocabulo sanctitatis divins magnificantes aequalitatem atque omnipotentiam Trinitatis, requiem non habentes, nec tali unquam officio lassescentes, cœ- lestium exercituum prœ- cinentibus choris, perenni jubilatione décantant, adorant atque magnificant, ita dicentes : S.mctus ! S.victus ! Sanctiis !
cents dans lesquels ne paraissait rien de dis«onant ni de tiède. Prédicateurs de votre Verbe, on les vit unanimes dans l'intelligence et embrasés de charité. O feu qui brûles et fécondes en même temps ! toute créature éclairée par le principe de vie confesse que ce feu est le Sciorneur tout-puissant. C'est lui dont l'ardeur embrase les Chérubins et les ardents Séraphins désignés par son nom, et qui glorifiant avec transport l'égalité de la sainteté divine et la loute-puissancc de la Trinité, n'ont pas de repos, et sans jamais se lasser chantent, adorent et glorifient dans une jubilation éternelle, disant en commun ûvcc les chœurs des armées célestes : Saint ! Saint ! Saint !
Le moyen âgé des Eglises latines a célébré le mystère de la Pentecôte dansde magnifiques Séquences. Nous en insérons quelques-unes dans le cours de l'Octave. Aujourd'hui nous reproduisons celle qui fut longtemps attribuée au pieux roi Robert. Cette pièce intéressante, dont Notkcr est le véritable auteur, a disparu des Missels romains-français au xvii* siècle, et on l'y a remplacée par la Séquence romaine, Veni, Sancte Spiritus. Nous avons pensé que
Le Saint Jour de la Pentecôte. 35 1
l'on ne devait pas laisser périr ce noble cantique dont parlent nos anciens chroniqueurs, et que tous les historiens modernes confondent à l'envi avec la Séquence du Missel romain, qui n'a dans sa composition et dans son rythme aucun rapport avec les Séquences du xr siècle.
QUE la grâce de l'EspritSaint daigne nous assister !
Qu'elle fasse de nos cœurs son habitation,
Qu'elle en expulse les vices de notre esprit.
O vous qui éclairez les hommes, Esprit plein de bonté,
Chassez les sombres ténèbres qui attristent notre âme.
Vous qui êtes l'ami des sages pensées, bon et saint,
Répandez votre onction dans nos âmes.
O Esprit, c'est vous qui nous purîliez de tous nos péchés.
SANCTi Spiritus Adsit nobis gratia.
Quae corda nostra Sibi faciat Habitaculum.
Expulsis inde Cunctis vitiis Spiritalibus.
Spiritus aime, Illustrator hominum.
Horridas
Nostrae mentis Purga tencbras.
Amator sancte
Sensatorum
Semper cogitatuum.
Infunde unctionem tuam Clemens nostris sensibus.
Tu purificator Omnium flagitiorum, Spiritus.
Purifica nostri oculum Interioris hominis.
Ut vidcri Supremus Genitor Possit a nobis.
Mundi cordis, Quetn soli cernere
Possunt oculi.
Prophetas tu inspirasti. Ut praeconia Christi Praecinuissent inclyta.
Apostolos confortasti, Uti tropaeum Christi Per totum orbem veherent.
Quando machinam Per Verbum suum Fecit Deus Cœli, terrae, marium.
Tu super aquas, Foturus eas, Numea tuum expandisti, '^ Spiritus.
Tu animabus Vivificandis Aquas fœcundas.
Tu aspirando, Das spiritales Esse homines.
Tu divisum
Purifiez en nous l'œil de l'homme intérieur,
Afin que nous puissions un jour contempler le Père suprême,
Qu'il n'^est donné de voir qu'à ceux qui ont le cœur pur.
C'est vous qui avez inspiré les Prophètes, et leur avez fait célébrer d'avance les louanges du Christ.
Vous avez fortifié les Apôtres pour élever le trophée du Christ par le monde entier.
Lorsque Dieu, pat son Verbe, créa le ciel, la terre et la mer.
Vous fîtes planer votre divinité sur les eaux pour les féconder, ô Esprit 1
Maintenant vous donnez à ces eaux la vertu de vivifier les âmes.
Votre souffle rend les hommes spirituels.
Le monde divisé en diverLe Saint Jour de la Pentecôte. 353
ses langues et en divers cultes, vous l'avez réuni en un seul, ô Seigneur !
O Docteur rempli de bonté, c'est vous qui avez rappelé les idolâtres au culte du vrai Dieu.
Daignez donc , EspritSaint, exaucer nos supplications.
Sans vous toutes nos prières seraient vaines et indignes de monter jusqu'à l'oreille de Dieu.
C'est vous qui, par vos divines caresses, avez instruit et dirigé les saints dans tous les siècles, ô Esprit !
Décorant aujourd'hui les Apôtres de dons nouveaux et inconnus aux âges précédents,
Vous avez rendu ce jour glorieux à jamais. Amen.
Per linguas mundum et ritus Adunasti, Domine.
Idololatras Ad cultum Dei revocas, Magistrorum optime.
Ergo nos
Supplicantes tibi Exaudi propitius, Sancte Spiritus.
Sine quo preces omnes
Cassae creduntur, Et indignae Dei auribus.
Tu qui Omnium saeculorum sanctos Tui numinis docuisti instinctu
Amplectendo, Spiritus.
Ipse hodie
Apostolos Christi Donans munere insolito, Et cunctis inaudito Saeculis,
Hune diem
Gloriosura fecisti. Amen.
iXlA. ttlA CX^ ctlA ftlA CtlA ftlA ctiA CTi^k ctlA ftlA ftlA
LES DONS DU SAlNl-ESPRll
ous devons exposer durant toute cette semaine les divines opérations du Saint-Esprit dans l'Eglise et dans l'âme du fidèle ; mais il est nécessaire d'anticiper dès aujourd'hui sur l'enseignement que nous aurons à présenter. Sept journées nous sont données pour étudier et connaître le Don suprême que le Père et le Fils ont daigné nous envoyer, et l'Esprit qui procède des deux se manifeste en sept manières dans les âmes. Il est donc juste que chacun des jours de cette heureuse semaine soit consacré à honorer et à recueillir ce septénaire de bienfaits par lequel doivent s'opérer notre salut et notre sanctification.
Les sept Dons du Saint-Esprit sont sept énergies qu'il daigne déposer dans nos âmes, lorsqu'il y pénètre par la grâce sanctifiante. Les grâces actuelles mettent en mouvement simultanément ou séparément ces puissances divinement infuses en nous, et le bien surnaturel et méritoire de la vie éternelle est produit avec l'acquiescement de notre volonté.
Le prophète Isaïe, conduit par l'inspiration divine, nous a fait connaître ces sept Dons dans le passage où décrivant l'opération de l'Esprit-Saint'sur l'âme du Fils de Dieu fait
Les Dons du Saint- Elprit. 355
homme, qu'il nous représente comme la fleur sortie de la branche virginale issue du tronc de Jessé, il nous dit: «-Sur lui reposera l'Es« prit du Seigneur, l'Esprit de Sagesse et « d'Intelligence, l'Esprit de Conseil et de « Force, l'Esprit de Science et de Piété; et « l'Esprit de Crainte du Seigneur le rem« plira 1. » Rien de plus mystérieux que ces paroles; mais on sent que ce qu'elles expriment n'est pas une simple énumération des caractères du divin Esprit, mais bien la description des effets qu'il opère dans l'âme humaine. Ainsi l'a compris la tradition chrétienne énoncée dans les écrits des anciens Pères, et formulée par la théologie.
L'humanité sainte du Fils de Dieu incarné est le type surnaturel de la nôtre, et ce que l'Esprit-Saint a opéré en elle pour la sanctifier doit en proportion avoir lieu en nous. Il a déposé dans le fils de Marie les sept énergies que décrit le Prophète; les mêmes Dons en même nombre sont préparés à l'homme régénéré. On doit remarquer la progression qui se manifeste dans leur série. Isaïe énonce d'abord l'Esprit de Sagesse, et s'arrête en descendant à l'Esprit de Crainte de Dieu. La Sagesse est en etfet, ainsi que nous le verrons, la plus haute des prérogatives à laquelle puisse être élevée l'âme humaine, tandis que la Crainte de Dieu, selon la profonde expression du Psalmiste, n'est que le commencement et l'ébauche de cette divine qualité. On comprend aisément que l'âme de Jésus appelée à contracter l'u356 Le Saint Jour de la Pentecôte.
nion personnelle avec le Verbe divin ait été traitée avec une dignité particulière, en sorte que le Don de la Sagesse ait dû être infus en elle d'une manière primordiale, et que le Don de la Crainte de Dieu, qualité nécessaire à une nature créée, n'ait été mis en elle que comme un complément. Pour nous au contraire, fragiles et inconstants que nous sommes, la Crainte de Dieu est la base de tout l'édifice, et c'est par elle que nous nous élevons de degré en degré jusqu'à cette Sagesse qui unit" à Dieu. C'est donc dans l'ordre inverse à celui qu'a posé Isaie pour le Fils de Dieu incarné, que l'homme monte à la perfection au moyen des Dons de l'EspritSaint qui lui ont été conférés dans le Baptême, et qui lui sont rendus dans le sacrement de la réconciliation, s'il a eu le malheur de perdre la grâce sanctifiante par le péché mortel.
Admirons avec un profond respect l'auguste septénaire qui se trouve empreint dans toute l'œuvre de notre salut et de notre sanctification. Sept vertus rendent l'âme agréable à Dieu; par ses sept Dons, l'Esprit- Saint la conduit à sa fin ; sept Sacrements lui communiquent les fruits de l'incarnation et de la rédemption de Jésus-Christ; enfin, c'est après sept semaines écoulées depuis la Pàque, que le divin Esprit est envoyé sur la terre
Êour y établir et y consolider le règne de lieu. Nous ne nous étonnerons pas après cela que Satan ait cherché à parodier sacrilègemcnt l'œuvre divine, en lui opposant l'affreux septénaire des péchés capitaux, par lesquels il s'efforce de perdre l'homme que Dieu veut sauver.
Le Don de Crainte. 35 j
L'obstacle au bien en nous est l'orgueil. C'est l'orgueil qui nous porte à résister à Dieu, à mettre notre fin en nous-mêmes, en un mot à nous perdre. L'humilité seule peut nous sauver d'un si grand péril. Qui nous donnera l'humilité? l'Esprit-Saint, en répandant en nous le Don de la Crainte de Dieu.
Ce sentiment repose sur l'idée que la foi nous donne de la majesté de Dieu, en présence duquel nous ne sommes que néant, de sa sainteté infinie, devant laquelle nous ne sommes qu'indignité et souillure, du jugement souverainement équitable qu'il doit exercer sur nous au sortir de cette vie, et du danger d'une chute toujours possible, si nous manquons à la grâce qui ne nous manque jamais, mais à laquelle nous pouvons résister.
Le salut de l'homme s'opère donc « dans la « crainte et le tremblement », comme l'enseigne l'Apotre 1 ; mais cette crainte, qui est un don de l'Esprit-Saint, n'est pas un sentiment grossier qui se bornerait à nous jeter dans répouvante à la pensée des châtiments éternels. Elle nous maintient dans la componction du cœur, quand bien même nos péchés seraient depuis longtemps pardonnés; elle nous empêche d'oublier que nous sommes pécheurs, que nous devons tout à la miséricorde divine, et que nous ne sommes encore sauvés qu'en espérance 2.
358 Le Saint Jour de la Pentecôte.
Cette crainte de Dieu n'est donc pas une crainte servilc; elle devient au contraire la source des sentiments les plus délicats. Elle peut s'allier avec l'amour, n'étant plus qu'un sentiment filial qui redoute le péché à cause de l'outrage qu'il fait à Dieu. Inspirée par le respect "de la majesté divine, par le sentirnent de la sainteté infinie, elle met la créature à sa vraie place, et saint Paul nous enseigne qu'ainsi épurée, elle contribue à « l'achèvement de la sanctification i. » Aussi entendons-nous ce grand apôtre, qui avait été ravi jusqu'au troisième ciel, confesser qu'il est rigoureux envers lui-même t afin de n'être pas réprouvé -. »
L'esprit d'indépendance et de fausse liberté qui règne aujourd'hui contribue à rendre plus raVe la crainte de Dieu, et c'est là une des plaies de notre temps. La familiarité avec Dieu tient trop souvent la place de cette disposition fondamentale de la vie chrétienne, et dès lors tout progrès s'arrête, l'illusion s'introduit dans l'âme, et les divins Sacrements, qui au moment d'un retour à Dieu avaient opéré avec tant de puissance, deviennent à peu près stériles. C'est que le Don de Crainte a été étouffé sous la vaine complaisance de l'âme en elle-même. L'humilité s'est éteinte; un orgueil secret et universel est venu paralyser" les mouvements de cette âme. Elle arrive, sans s'en douter, à ne plus connaître Dieu, par cela même qu'elle ne tremble plus devant lui.
Conservez donc en nous, ô divin Esprit,
I. II Cor. VII, I. — 2. I Cor. ix, 27.
Le Don de Crainte. 35g
le Don de la Crainte de Dieu que vous avez répandu en nous dans notre baptême. Cette crainte salutaire assurera notre persévérance dans le bien, en arrêtant les progrès de l'esprit d'orgueil. Qu'elle soit donc comme un trait qui traverse notre âme de part en part, et qu'elle y reste toujours fixée comme notre sauvegarde. Qu'elle abaisse nos hauteurs, qu'elle nous arrache à la mollesse, en nous révélant sans cesse la grandeur et la sainteté de celui qui nous a créés et qui doit nous juger. Nous savons, ô divin Esprit, que cette heureuse crainte n'étouffe pas l'amour; loin de là, elle enlève les obstacles qui l'arrêteraient dans son développement. Les Puissances célestes voient et aiment avec ardeur le souverain Bien, elles en sont enivrées pour l'éternité; cependant elles tremblent devant sa majesté redoutable, tremunt Potestates. Et nous, couverts des cicatrices du péché, remplis d'imperfections, exposés à mille pièges, obligés de lutter contre tant d'ennemis, nous ne sentirions pas qu'il nous faut stimuler par une crainte forte, et en même temps filiale, notre volonté qui s'endort si aisément, notre esprit que tant de ténèbres assiègent ! Veillez sur votre oeuvre, ô divin Esprit ! préservez en nous le précieux don que vous avez daigné nous faire ; apprenez-nous à concilier la paix et la joie du cœur avec la crainte de Dieu, selon cet avertissement du Psalmiste : « Servez le Seigneur avec crainte, et « tressaillez de bonheur en tremblant devant
I. Psalm. II, II.
VENI Sancte, Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
VENEZ, Esprit-Saint ; remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
|iER l'Esprit-Saint a pris possession du monde, et ses débuts dans la mission qu'il a reçue du Père et du Fils ont annoncé sa puissance sur les cœurs, et ont préludé avec éclat à ses conqu^îtes futures. Nous allons suivre respectueusement sa marche et ses opérations sur cette terre qui lui a été confiée; la succession des jours d'une si solennelle Octave nous permettra de signaler tour à tour ses œuvres dans l'Eglise et dans les âmes.
Jésus,' notre Emmanuel, est le Roi du monde; il a reçu de son Père les nations en héritage L II nous a déclaré lui-mcme que « toute puissance lui a été donnée au ciel et sur la terre -. » Mais il est monté au ciel avant que son empire fût établi ici-bas. Le
I. Psalm. II, 8. — 2. Matth. xxviii, i8.
Le Lundi de la Pentecôte. 36 1
peuple d'Israël lui-même auquel il a fait.entendre sa parole, sous les yeux duquel il a opéré les prodiges qui attestaient sa mission, ce peuple l'a renié et a cessé d'être son peuple 1. Quelques-uns de ses membres seulement l'ont accepté et l'accepteront encore ; mais la masse d'Israël confirme le cri sacrilège de ses pontifes : « Nous ne voulons pas ce que celui-là règne sur nous ^. »
La gentilité est tout aussi éloignée d'accepter le fils de Marie pour son maître. Elle ignore profondément sa personne, sa doctrine, sa mission. Les traditions antiques de la religion primitive se sont graduellement effacées. Le culte de la matière a envahi le monde civilisé comme le monde barbare, et l'adoration est prodiguée à toute créature. La morale est altérée jusque dans ses sources les plus sacrées et les plus inviolables, La raison s'est obscurcie chez cette minorité imperceptible qui se fait gloire du nom de philosophes; « ils se sont évanouis « dans leurs pensées, et leur cœur insensé « s'est aveuglé 3. » Les races humaines déracinées ont été mêlées successivement par la conquête. Tant de bouleversements n'ont laissé chez les peuples que l'idée de la force, et le colossal empire romain dominé par César pèse de tout son poids sur la terre. C'est le moment que le Père céleste a choisi pour envoyer son Fils en ce monde. Il n'y a pas place pour un roi des intelligences et des cœurs; et cependant il faut que Jésus règne sur les hommes et que son règne soit accepté.
302 Le Temps Pascal.
Eh attendant, un autre maître s'est présenté, et les peuples l'ont accueilli avec acclamation. C'est Satan, et son empire est si fortement établi que Jésus lui-même l'appelle le Prince de ce monde. Il faut qu'il soit « jeté dehors • »; il s'agit de le chasser de ses temples, de l'expulser des mœurs, de la pensée, de la littérature, des arts, de la politique; car il possède tout. Ce n'est pas seulement l'humanité dépravée qui résiste ; c'est le fort armé qui la regarde comme son domaine, et qui ne cédera pas devant une force créée.
Tout est donc contre le règne du Christ, et rien pour lui. Que sert à l'impiété moderne de dire, contre l'évidence des faits, que le monde était prêt pour une si complète révolution ? Comme si tous les vices et toutes les erreurs étaient une préparation à toutes les vertus et à toutes les vérités! comme s'il suffisait à l'homme vicieux de sentir le malheur, pour comprendre que son malheur vient de ce qu'il est dans le mal, pour se résoudre à devenir tout d'un coup, et au prix de tous les sacrifices, un héros de vertu 1
Non, pour que Jésus régnât sur ce monde pervers, il fallait un miracle et le plus grand de tous les miracles, un prodige qui, comme le dit Bossuet, n'a de terme de comparaison qu'avec l'acte créateur qui a fait sortir les êtres du néant. Or, ce prodige, qui l'a fait, sinon le divin Esprit? C'est lui-même qui a voulu que nous qui n'avons pas vu le Seigneur Jésus, nous fussions rendus aussi certains de sa nature divine et de sa mission
Le Lundi de la Pentecôte. 363
de Sauveur, que si nous eussions été témoins de ses miracles et auditeurs de ses enseignements. C'est dans ce but qu'a été opéré ce prodige des prodiges, cette conversion du monde, dans laquelle « Dieu a choisi ce « qu'il y avait de plus faible dans le monde « pour renverser ce qui était fort, ce qui « n'était pas pour détruire ce qui était i. » C'est dans ce fait immense et plus lumineux que le soleil, que l'Esprit-Saint a rendu sa présence visible, qu'il s'est affirmé lui même.
Voyons par quels moyens il s'y est pris pour assurer le règne de"^ Jésus sur le monde. Retournons d'abord au Cénacle. Considérez ces hommes revêtus maintenant de la Vertu d'en haut. Qu'étaient-ils tout à l'heure? Des gens sans influence, de condition vile, sans lettres, d'une faiblesse connue. N'est-il pas vrai que l'Esfirit-Saint en a fait tout à coup des hommes éloquents et du plus haut courage, des hommes que le monde connaîtra bientôt, et qui remporteront sur lui une victoire devant laquelle pâliront les triomphes des plus glorieux conquérants? Il faut bien que l'incrédulité l'avoue, le fait est par trop évident: le monde a été transformé, et cette transformation est l'œuvre de ces pauvres juifs du Cénacle. Ils ont reçu le Saint-Esprit en ce jour de la Pentecôte, et cet Esprit a accompli par eux tout ce qu'il avait à accomplir.
Il leur a donné trois choses en ce jour: la parole figurée par les langues, l'ardeur de l'amour r'eprésentée par le feu, et le don des miracles -qu'ils exercent tout aussitôt. La
364 Le Temps Pascal.
parole est le glaive dont ils sont armés, l'amour est l'aliment du courage qui leur fera tout braver, et par le miracle ils forceront l'attention des hommes. Tels sont les moyens devant lesquels le Prince du monde sera réduit à capituler, par lesquels le règne de l'Emmanuel s'établira dans son domaine, et ces moyens procèdent tous de l'Esprit-Saint. Mais il ne borne pas là son action. Il ne suffit pas que les hommes entendent retentir la parole, qu'ils admirent le courage, qu'ils voient des prodiges. Il ne suffit pas qan'ils entrevoient la splendeur de la vérité, qu'ils sentent la beauté de la vertu, qu'ils recon^ naissent la honte et le crime de leur situation. Pour arriver à la conversion du cœur, pour reconnaître unDieudansce Jésusqu'onvaleur prêcher, pour l'aimer et se vouer à lui dans le baptême et jusqu'au martyre, s'il le faut, il est nécessaire que le Saint-Esprit intervienne. Lui seul, comme parle le Prophète, peut enlever de leur poitrine le cœur de pierre et y substituer un cœur de chair capable d'éprouver le sentiment surnaturel de la foi et de l'amour. L'Esprit divin accompagnera donc partout ses envoyés ; à eux l'action visible, à lui l'action invisible; et le salut pour l'homme résultera de ce concours. Il faudra que l'une et l'autre action s'exercent sur chaque individu, que la liberté de chaque individu acquiesce et se rende à la prédication extérieure de l'apôtre et à la touche intérieure de l'Esprit. Certes, c'est un grand œuvre d'entraîner la race humaine à confesser Jésus son seigneur et roi ; la volonté perverse résistera longtemps; mais qu'il s'écoule seulement trois siècles, et le
Le Lundi de la Pentecôte. 365
monde civilisé se rangera autour de la croix du Rédempteur.
Il était juste que l'Esprit-Saint et ses envoyés s'adressassent d'abord au peuple de Dieu. Ce peuple « avait reçu en dépôt les « divins oracles 1 » ; il avait fourni le sang de la rédemption. Jésus avait déclaré qu'il était envoyé « pour les brebis perdues de la mai« son d'Israël -. » Pierre, son vicaire, devait hériter de cette gloire d'être l'Apôtre du peuple circoncis 3 ; bien que la gentilité, en la personne de Corneille le Centurion, dût être par lui introduite dans l'Eglise, et l'émancipation des gentils baptisés proclamée par lui dans l'assemblée de Jérusalem. Mais l'honneur était dû d'abord à la famille d'A- braham, d'Isaac et de Jacob; voilà pourquoi notre première Pentecôte est juive, pourquoi nos premiers ancêtres en ce jour sont juifs. C'est sur la race d'Israël que l'Esprit-Saint répand d'abord ses dons inetfables.
Voyez-les maintenant partir de Jérusalem ces juifs qui ont reçu la parole, et dont le saint baptême a fait de véritables enfants d'Abraham. La solennité passée, ils retournent dans les provinces de la gentilité qu'ils habitent, portant dans leurs cœurs Jésus qu'ils ont reconnu pour le Messie roi et sauveur. Saluons ces prémices de la sainte Eglise, ces trophées de l'Esprit divin, ces porteurs de la bonne nouvelle. Ils ne tarderont pas à voir arriver les hommes du Cénacle qui se tourneront vers les gentils,après l'inutile sommation faite à l'orgueilleuse et ingrate Jérusalem.
I. Rom. III, 2. — 2. Matth. XV, 24. — 3. Gai. 11, 7.
Une faible minorité dans la nation juive a donc consenti à reconnaître le fils de David pour l'héritier du Père de famille; la masse est demeurée rebelle et court obstinément à sa perte. Comment qualifier son crime? Etienne, le Protomartyr, nous l'apprend. S adressant à ces indignes fils d'Abraham :
0 Hommes à la tête dure, leur dit-il, cœurs et
« oreilles incirconcis, vous résistez continuel« lement au Saint-Esprit K » Un si coupable refus d'obéir chez la nation privilégiée donne le signal de la migration des Apôtres vers la gentilité. L'Esprit-Saint ne les quitte plus, et c'est désormais sur les peuples assis dans les ombres de la mort qu'il va épancher les torrents de la grâce que Jésus a mérités aux hommes par son Sacrifice sur la croix.
Ils s'avancent, ces porteurs de la parole de vie, vers les régions païennes. Tout s'arme contre eux, mais ils triomphent de tout. L'Esprit qui les anime féconde en eux ses dons. Il agit en même temps sur les âmes de leurs auditeurs, la foi en Jésus se répand avec rapidité; et bientôt Antioche, puis Rome, puis Alexandrie, voient s'élever en leur sein une population chrétienne. La langue de feu parcourt le monde; elle ne s'arrête même pas aux limites de l'empire romain, prédestiné, selon les divins Prophètes, à servir de base à l'empire du Christ. Les Indes, la Chine, l'Ethiopie et cent peuples lointains entendent la voix des Evangélistes de la paix.
Mais il ne leur faut pas seulement rendre témoignage par la parole à la royauté de
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leur Maître; ils lui doivent aussi le témoignage du sang. Ils ne seront pas en retard. Le feu qui les embrasa au Cénacle les consume dans l'holocauste du martyre.
Admirons ici la puissance et la fécondité du divin Esprit. A ces premiers envoyés il fait succéder une génération nouvelle. Les noms sont changés, mais l'action continue et continuera jusqu'à la fin des temps, parce qu'il faut que Jésus soit reconnu sauveur et maître de l'humanité, et que l'Esprit-Saint a été envoyé pour opérer cette reconnaissance sur la terre.
Le Prince de ce monde, « l'ancien serpent 1 », s'agite avec violence pour arrêter les conquêtes des envoyés de l'Esprit. Il a crucifié Pierre, tranché la tête à Paul, immolé leurs compagnons; mais lorsque ces nobles chefs ont disparu, son orgueil est soumis à une épreuve plus dure encore. C'est un peuple entier qu'a produit le mystère de la Pentecôte; la semence apostolique a germé dans des proportions immenses. La persécution de Néron a pu abattre les chefs juifs du nouveau peuple; mais voici maintenant la
fentilité elle-même établie dans l'Eglise, jnsi que nous le chantions hier en triomphe, « l'Esprit du Seigneur a rempli la terre « entière 2. » Nous voyons, dès la fin du premier siècle, le glaive de Domitien sévir jusque sur les membres de la famille impériale. Bientôt les Trajan, les Adrien, les Antonin, les Marc-Aurèle, épouvantés du compétiteur Jésus de Nazareth, s'élancent sur son trouI. Apoc. xiî, 9. — 2. Introït de la fête de la Pentecôte tiré du livre de la Sagesse.
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peau ; mais c'est en vain. Le Prince du monde les avait armes de la politique et de la philosophie; TEsprit-Saint dissout tous ces faux prestiges, et la vérité s'étend toujours plus sur la surface du monde. A ces sages succèdent des tyrans forcenés, un Sévère, un Décius, un Gallus, un Valérien, un Aurélien, un Maximien; le carnage s'étend à tout l'empire, parce que les chrétiens y sont partout. Enfin l'etfort suprême du Prince du monde est dans l'effroyable persécution décrétée par Dioclétien et les farouches Césars qui partagent le pouvoir avec lui. Ils avaient résolu l'extermination du christianisme, et ce sont eux-mêmes qui, après avoir répandu des torrents de sang, s'affaissent dans le désespoir et l'ignominie.
Qu'ils sont magnifiques vos triomphes, ô divin Esprit ! qu'il est surhumain l'empire du Fils de Dieu, lorsque vous l'établissez ainsi à rencontre de toutes les résistances de la faiblesse et de la perversité humaines, à la face de Satan dont le règne semblait pour jamais consolidé sur la terre! Mais vous aimez le futur troupeau du Rédempteur, et vous répandez dans des millions d'àmes l'attrait pour une vérité qui exige de si redoutables sacrifices. Vous renversez les prétextes d'une vaine raison par des prodiges innombrables, et échauffant ensuite par l'amour ces cœurs arrachés à la concupiscence et à l'orgueil, vous les envoyez pleins d'un enthousiasme tranquille au-devant de la mort et des tortures.
Alors s'accomplit la promesse que Jésus avait faite pour le moment où ses fidèles
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comparaîtraient devant les ministres du Prince du monde. Il avait dit : « Ne prenez « pas la peine de réfléchir sur la manière « dont vous parlerez et sur ce que vous di« rez. A l'heure même, vous sera donné ce « que vous aurez à dire ; car ce ne sera pas « vous-mêmes qui parlerez, mais ce sera l'Es« PRIT de votre Père qui parlera en vous i. » Nous en pouvons juger encore en lisant les limmortes Actes de nos martyrs, en suivant ces interrogatoires et ces réponses simples et sublimes qui s'échappent du milieu même des tourments. C'est la voix de l'Esprit, la parole de l'Esprit qui lutte et qui triomphe. Les assistants s'écriaient: « Il est grand, le « Dieu des chrétiens! » et plus d'une fois on vit les bourreaux, séduits par une si divine éloquence, se déclarer eux-mêmes les disciples d'un Dieu si puissant, et se ranger soudain parmi les nobles victimes qu'ils déchiraient tout à l'heure. Nous savons par les monuments contemporains que l'arène du martyre fut la tribune de la foi, et que le sang des martyrs, joint à la beauté de leur parole, fut la semence des chrétiens.
Après trois siècles de ces merveilles du divin Esprit, la victore fut complète. Jésus était reconnu Roi et Sauveur du monde, docteur et rédempteur des hommes ; Satan était expulsé du domaine qu'il avait usurpé, le polythéisme dont il fut l'auteur était remplacé par la foi en un seul Dieu, et le culte ignoble de la matière n'était plus qu'un objet de honte et de mépris. Or, une telle victoire qui
I. Matth. X, 20.
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eut d'abord pour théâtre l'empire romain tout entier, et qui n'a cesse de s'étendre, de siècle en siècle, à tant d'autres nations infidèles, est l'œuvre du Saint-Esprit. La manière miraculeuse dont elle s'est accomplie contre toutes les prévisions humaines est l'un des principaux arguments sur lesquels repose notre foi. Nous n'avons pas vu de nos yeux, nous n'avons pas entendu de nos oreilles le Seigneur Jésus; mais nous le confessons pour notre Dieu, à cause du témoignage que lui a rendu si visiblement l'EspritSaint qu'il nous a envoyé. Soient donc a jamais à ce divin Esprit gloire, reconnaissance et amour de la part detoute créature ! car il nous a mis en possession du salut que notre Emmanuel nous avait apporté.
LA Station est aujourd'hui dans la Basilique de Saint-Pierre-aux-Liens. Cette église, appelée aussi la Basilique d'Eudoxie, du nom de l'impératrice qui l'éleva, garde précieusement les chaînes dont saint" Pierre fut lié à Jérusalem par l'ordre d'Hérode, et à Rome par l'ordre de Néron. La réunion du peuple fidèle en son enceinte aujourd'hui rappelle merveilleusement la force dont l'Esprit-Saint revêtit les Apôtres au jour de la Pentecôte. Pierre s'est laissé lier pour le service de son maître Jésus, et il s'est fait honneur de ses liens. Cet apôtre qui avait tremblé à la voix d'une servante, ayant reçu le don de l'EspritSaint, est allé au-devant des chaînes. Le
A la Messe.
Prince du monde a cru qu'il pourrait enchaîner la divine parole; mais cette parole était libre jusque dans les fers.
L'Introït, formé des paroles de David, fait allusion aux néophytes qui viennent d'être baptisés, et sont là présents avec leurs robes blanches. Au sortir de la fontaine, ils ont été nourris de pain de vie qui est la fine fleur du divin froment. On leur a donné à goûter la douceur du miel qui procède de la pierre. Or la Pierre est le Christ, nous dit l'Apôtre i, et le Christ a admis Simon, fils de Jonas, à l'honneur de participer à ce noble symbole. Il lui a dit: « Tu es Pierre », et les chaînes sacrées qui sont là montrent assez avec quelle fidélité Simon a compris qu'il devait s'attacher à la suite de son Maître. Le même Esprit qui l'a fortifié dans la lutte repose maintenant sur les néophytes de la Pentecôte.
DIEU les a nourris de la fleur du froment, alléluia: il les a rassasiés d'un miel sorti de la pierre, alléluia, alléluia, alléluia.'
Ps. Livrez-vous à la joie en Dieu notre protecteur : chantez avec transport les louanges du Dieu de Jacob. Gloire au Père. Dieu les a nourris.
CIBAVIT eos ex adipe frumenti, alléluia; et de petra, melle saturavit eos, alléluia, alléluia, alléluia.
Ps. Exsultate Deo adjutori nostro : jubilate Deo Jacob. Gloria Patri. Cibavit.
Dans la Collecte, la sainte Eglise rappelle la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, et remerciant Dieu qui a daigné répandre le
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don de la foi dans les nouveaux chrétiens, elle implore pour eux celui de la paix que Jésus ressuscité apporta à ses disciples.
DEUS, qui Apostolis tuis Sanctum dedisli Spiritum : concède plebi tuae piœ petitionis efFectum ; ut quibus detiisti fidem largiaris et pacem. Per Dominum.
Dieu, qui avez donné le Saint-Esprit à vos Apôtres, accordez à votre peuple l'objet de son humble prière, et donnez aussi la paix à ceux que vous avez favorisés du don de la toi. Par Jésus-Christ.
Lectio Actuum Apostolorum. Cap. x.
IN diebus illis : Aperiens Petrus os suum dixit : Viri fratres, nobis praecepit Dominus praedicare populo, et testificari quia ipse est, qui constitutus est a Deo Judex vivorum et mortuorum. Huic omnes prophetaî testimonium perhibent, remissionem peccatorumaccipereper Nomen ejus omnes qui credunt in eum. Adhuc loquente Petro verba hxc, cecidit Spiritus Sanctus super omnes qui audiebant verbum. Et obstupuerunt ex circumcisione fidelesqui vénérant cum Pelro : quia et in nationes gratia Spiritus Sancti effusa est. Audiebant
Lecture des Actes des Apôtres. Chap. X.
EN ces jours-là, Pierre, ouvrant la bouche, dit : Mes frères, le Seigneur nous a commandé de prêcher au peuple, et de témoigner que c'est Jésus qui a été établi de Dieu pour être le juge des vivants et des morts. Tous les prophètes lui rendent ce témoignage, que quiconque croira en lui, recevra par son Nom la rémission de ses péchés". Pierre parlait encore, lorsque le Saint-Esprit descendit sur tous ceux qui écoutaient la parole. Et les fidèles circoncis, qui étaient venus avec Pierre, furent frappés d'étonnement, en voyant que la grâce du SaintEsprit se répandait aussi sur les Gentils ; car ils les entendaient parler diverses lanA la Messe.
eues, et glorifier Dieu. Alors Pierre dit : Peut-on refuser l'eau à ceux qui ont déjà reçu comme nous le SaintiLsprit ? Et il commanda qu'on les baptisât au nom du Seigneur Jésus-Christ.
enim illos loquentes linguis, et magnificantes Deum. Tune respondit Petrus : Numquid aquam quis prohibere potest, ut non baptizentur hi, qui Spiritum Sanctum acce perunt sicut et nos ? Et jussit eos baptizari in nomine Domini Jesu Christi.
r^E passage du livre des Actes des Apôtres est d'une haute éloquence en un tel jour et en un tel lieu, Pierre, le vicaire du Christ, est en présence des chrétiens sortis de la Synagogue; sous leurs yeux sont réunis plusieurs hommes de la gentilité que la grâce a conduits, par la prédication de Pierre, à reconnaître Jésus pour le Fils de Dieu. L'Apôtre est arrivé au moment solennel où il doit ouvrir la porte de l'Eglise aux gentils. Pour ménager la susceptibilité des anciens juifs, il en appelle à leurs prophètes. Qu'ontils dit, ces prophètes ? Ils ont annoncé que tous ceux, sans exception, qui croiraient en Jésus recevraient la rémission de leurs péchés par son Nom. Tout à coup l'Esprit-Saint interrompt l'Apôtre, il décide la question en fondant, comme au jour de la Pentecôte, sur ces gentils humbles et croyants. Les signes de sa présence en eux arrachent un cri d'étonnement aux chrétiens circoncis. « C'en « est donc fait, s'écrient-ils ; la grâce du Saintce Esprit estdonc aussi pour les Gentils ! » Alors Pierre, avec toute l'autorité de Chef de l'E- glise, décide la question. « Oserions-nous « refuser le baptême à des hommes qui ont
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« reçu l'Esprit- Saint comme nous l'avons « reçu nous-mêmes? » Et sans attendre la réponse, il donne Ordre de conférer immédiatement le baptême à ces heureux catéchumènes.
Une telle lecture, au sein de Rome centre de la gentilité, dans une Basilique dédiée à saint Pierre, en présence de ces néophytes si récemment initiés aux donsde l'Esprit-Saint par le Baptême, offrait un à-propos qu'il nous est aisé de sentir. Puisons-y en même temps un profond sentiment de reconnaissance envers le Seigneur notre Dieu qui a daigné appeler nos pères du sein de l'infidélité, et nous associer après eux aux faveurs de son divin Esprit.