L'Année liturgique — Le Temps Pascal (t. 7-9) (page 16)
L LLELUIA, alléluia.
alléluia.
^. Loquebantur variis linguis Apostoli magnalia Dei.
Alléluia.
f. Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium : et tui amoris in eis ignem accende.
f. Les Apôtres publiaient en diverses langues les merveilles de Dieu.
Alléluia.
t. Venez , Esprit-Saint , remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
La Séquence Veni, Sancte Spiritus, ci-dessus, page 3i3.
Sequeniia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. m.
IN illo tempore : Dixit Jésus Nicodemo : Sic Dcus dilexit mundum,
La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. m.
EN ce temps-là, Jésus dit à Nicodème : Dieu a aimé le monde jusqu'à donner son
A la Messe.
Fils unique, afin que quiconque croira en lui ne périsse pas, mais qu'il ait la vie éternelle. Car Dieu n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais afin que le monde soit sauvé par lui. Qui croit en lui n'est pas jugé ; mais qui ne croit pas est déjà jugé, parce qu'il ne croit pas au nom du Fils unique de Dieu. Et voici le motif du jugement : C'est que la lumière est venue dans le monde, et que les hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que leurs œuvres étaient mauvaises. Car quiconque fait le mal, hait la lumière, et il ne s'approche point de la lumière, de peur que ses œuvres ne soient convaincues de mal. Mais celui qui fait selon la vérité, vient à la lumière, afin que ses œuvres soient manifestées, parce qu'elles sont faites en Dieu.
ut Filium suumUnigenitum daret : ut omnis qui crédit in eum, non pereat, sed habeat vitam aeternam. Non enim misit Deus Filium suura in mundum, ut judicet mundum, sed ut salvetur mundus per ipsum. Qui crédit in eum, non judicatur : qui autem non crédit, jam judicatus est: quia non crédit in nomine Unigeniti Filii Dei. Hoc est autem judicium : quia lux venit in mundum, et dilexerunt homines magis teneb'ras quam lucem : erant enim eorum mala opéra. Omnis enim, qui maie agit, odit lucem, et non venit ad lucem, ut non arguantur opéra ejus : qui autem facit veritatem, venit ad lucem, ut manifestentur opéra ejus, quia in Deo sunt facta.
LE Saint-Esprit crée la foi dans nos âmes, et par la toi nous obtenons la vie éternelle ; car la foi n'est pas l'adhésion à une thèse rationnellement démontrée, mais une vertu qui procède de la volonté fécondée par la grâce. Au temps où nous vivons, la foi devient rare. L'orgueil de l'esprit est monté à son comble, et la docilité de la raison aux enseignements de l'Eglise fait défaut chez un grand nombre. On se croit chrétien et Catholique, et en même temps on ne se sent pas disLe Lundi de la Pentecôte.
posé à renoncera ses idées en toute simplicité, si elles étaient désapprouvées par l'autorité qui seule a le droit de nous diriger dans la croyance. On se permet des lectures imprudentes, quelquefois mcme mauvaises, sans s'inquiéter si l'on contrevient à des défenses sacrées. On fait peu pour arriver à une instruction sérieuse et complète sur les choses de la religion, en sorte que l'on conserve dans son esprit, comme un poison caché, beaucoup d'idées hétérodoxes qui ont cours dans l'atmosphère que l'on respire. Souvent il arrive qu'un homme compte parmi les catholiques, et remplit les devoirs extérieurs de la foi par principe d'éducation, par tradition de famille, par une certaine disposition naturelle du cœur ou de l'imagination. Il est triste de le dire, plusieurs aujourd'hui pensent avoirla foi, et elle est éteinte en eux.
Cependant la foi est le premier lien avec Dieu; c'est parla foi, nous dit l'Apôtre, que l'on approche de Dieu^, et qu'on lui demeure attaché. Telle est l'importance de la foi, que le Seigneur vient de nous dire que « celui qui C( croit n'est pas jugé. » En effet, celui qui croit dans le sens de notre Evangile, n'adhère pas seulement à une doctrine; il croit, parce qu'il se soumet de cœur et d'esprit, parce qu'il veut aimer ce qu'il croit. La foi opère par la charité qui la complète, mais elle est un avant-goût de la charité; et c'est poiir cela que le Seigneur promet déjà le salut à celui qui croit, tette foi éprouve des obstacles de la part de notre nature déchue. Nous venons
A la Messe. B'j'j
de'l'entendre : « La lumière est venue dans « le monde ; mais les hommes ont mieux aimé « les ténèbres que la lumière. » En notre siècle, les ténèbres régnent, elles s'épaississent; on voit même s'élever de fausses lumières; des mirages trompeurs égarent le voyageur, et nous le répétons, la foi est devenue plus rare, cette foi qui unit à Dieu et sauve de ses jugements. Divin Esprit, arrachez-nous aux ténèbres de notre temps, corrigez l'orgueil de notre esprit, délivrez-nous de cette vaine liberté que l'on prône comme l'unique lin de toutes choses, et qui est si complètement stérile pour le bien des âmes. Nous voulons aimer la lumière, la posséder, la conserver, et mériter par la docilité et la simplicité des enfants le bonheur de la voir épanouie dans le jour éternel.
L'Offertoire est tiré d'un des plus magnifiques cantiques de David. On y entend le bruit de la tempête qui annonce l'arrivée de l'Esprit. Bientôt les sources des eaux vives s'épanchent et fertilisent la terre; c'est lèvent impétueux de la Pentecôte et le baptême qui succède à l'émission des feux.
î E Seigneur a tonné du *"" haut du ciel, et le TrèsHaut a fait retentir sa voix, et les sources des eaux ont paru au jour, alléluia.
I NTONUIT de cœlo Dominus, et Atissimus dédit vocem suam : et apparuerunt fontes aquarum, alléluia.
Dans la Secrète, l'Eglise demande qu'il n'y ait qu'une offrande sur l'autel, et qu'elle soit formée à la fois des éléments sacrés et des
Le Lundi de la Pentecôte.
cœurs des fidèles par l'opération du divin Esprit.
PROPITIUS , Domine quaesumus, haec dona sanctifica: et hostiae spiritalis oblatione suscepta, nosmetipsos tibi perfice munus aeternum. Per Dominum.
T~^ AIGNEZ, Seigneur, sanc^ tifier ces dons ; et en agréant l'offrande de cette hostie spirituelle, faites de nous-mêmes une oblation éternelle à votre gloire. Pat Jésus-Christ.
La Préface de la Pentecôte, ci-dessus , page 3 18.
L'Antienne de la Communion est formée des paroles du Christ annonçant à ses disciples le ministère que va remplir le SaintEsprit sur la terre. Il présidera à l'enseignement des vérités que Jésus lui-même a révélées.
] 'Esprit-Saint vous enseiL gnera, alléluia, tout ce que je vous aurai dit, alléluia, alléluia.
SPIRITUS Sanctus docebit vos, alléluia : quaïcumque dixero vobis, alléluia, alléluia.
Dans la Postcommunion, la sainte Eglise se préoccupe du sort de ses chers néophytes. Ils viennent de participer au Mystère céleste, mais au dehors de graves épreuves les attendent : Satan, le monde, les persécuteurs. La Mère commune intervient auprès de Dieu, pour obtenir que ces nouveaux fruits de son sein soient traités avec des ménagements proportionnés à leur âge encore tendre.
A Vêpres.
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ASSISTEZ votre peuple , Seigneur, et après l'avoir nourri des Mystères célestes, défendez-le de la fureur de ses ennemis. Par JésusChrist.
A D E s T o, quaesumus ^ Domine, populo tuo: et quem mysteriis cœlestibus imbuisti, ab hostium furore défende. Per Dominum.
ON emploie à cet Office les Antiennes, les Psaumes et tout ce qui compose les Vêpres du jour même de la Pentecôte, cidessus, page 327, sauf l'Antienne de Magnificat et fa Collecte qui sont propres au lundi.
ANTIENNE DE Magnificat.
SI quelqu'un m'aime, il gardera ma parole, et mon Père l'aimera, et nous viendrons à lui, et nous ferons notre demeure en lui, alléluia.
C I quis dîligit me, ser"^ monem meum servabit : et Pater meus diliget eum, et ad eum veniemus, et mansionem apud eum faciemus, alléluia.
L'Oraison des Vêpres est la Collecte de la Messe, ci-dessus, page 872.
T 'Eglise arménienne continue de nous four■^ nir ses beaux chants pour célébrer la mission du Saint-Esprit. Voici- l'Hymne qui se rapporte au lundi de l'Octave.
38o
Idem ac similis Patri et ' Filio, Spiritus tu non facte, et coexistens, procedens a Pâtre inscrutabiliter, accipiens a Filio inenarrabiliter, in Cœ- naculum hodie descendisti, spiritu gratiae tuas potasti : pota nos quoque per misericordiam calice sapientiae.
Kxstantium creator effectorum, qui ferebaris super aquas, pariter in aquis lavacri concessi nobis a tibi coexistente, blandiris amore columbœ instar, homines gêneras Deiformes : pota nos quoque per misericordiam calice sapientias.
Magister supernorum intellectualium, ac imorum horum sensibilium ; qui Prophetas das de pastoribus, et Apostolos de piscatoribus, Evangelistas publicanos, prasdicatores verbi tui persecutores : pota nos quoque per misericordiam calice sapienti.ne.
/^ Esprit semblable au -^ Père et au Fils et de la même essence, tu n'as pas été fait; mais tu coexistes, procédant du Père d'une façon mystérieuse, et recevant du Fils d'une manière inénarrable ; tu es descendu aujourd'hui dans le Cénacle pour donner à tes convives le breuvage de ta grâce : daigne nous abreuver aussi dans ta miséricorde au calice de la sagesse.
Créateur de tous les êtres, toi qui étais porté sur les eaux, tu te montres caressant comme la colombe dans les eaux du bain sacré qu'a daigné instituer pour nous celui qui t'est coexistant; là tu enfantes des hommes qui ont la forme de Dieu ; daigne nous abreuver aussi dans ta miséricorde au calice de la sagesse.
Toi qui instruis à la fois les intelligences célestes et nous qui vivons sous les organes corporels ; toi qui prends des bergers pour en faire des Prophètes, des pêcheurs pour en faire des Apôtres, des publicains pour en faire des Evangélistes, des persécuteurs pour en faire des prédicateurs de ta parole, daigne nous abreuver aussi dans ta miséricorde au calice de la sagesse.
Le Lundi de la Pentecôte.
Comme un vent redoutable, au bruit violent d'une tempête, ô Esprit, tu as apparu dans le Cénacle au chœur des douze ; tu les as baptisés dans le feu, tu les as purifiés comme l'or dans la flamme ; chasse loin de nous les ténèbres du péché, et revêts-nous de la lumière de gloire.
Celui qui est amour t'a envoyé par amour, toi qui es amour; par toi il s'est uni ses membres, il a établi sur tes sept colonnes son Eglise qu'il a bâtie; il a établi en elle, pour l'administrer, ses Apôtres décorés de tes sept dons"; chasse loin de nous les ténèbres du péché, et revêtsnous de la lumière de gloire.
Formidabilis venti instar, horrisono vehementi sonitu, apparuisti in Cœnaculo, Spiritus tu, choro duodecim, qui a te baptizati, velut aurum igné purgati sunt, expurga a nobis caliginem peccati, et indue nos lumine gloriae.
Amor examore te amorem misit, sibi membra sua junxit , Ecclesiam suam quam a?dificavit, septem columnis tuis firmavit, ceconomos in ea posuit Apostolos septem charismatibus tuis exornatos : expurga a nobis caliginem peccati, et indue nos lumine gloriae.
La Séquence qui suit fut composée au xi» siècle par le pieux et docte Hildebert, d'abord évêque du iMans, plus tard archevêque de Tours. On y sent combien était profonde, dans les âges de foi, la connaissance du mystère du Saint-Esprit, et quel enthousiasme excitait sa venue parmi les hommes.
dieux Paraclet,
Amour du Père et du Fils, lien éternel entre celui qui engendre et celui qui est engendré.
SPIRITUS Sancte, Pie Paraclite,
Amor Patris et Filii Nexus Gignentis et Gcniti.
Ulriusquc bonitas et
caritas, Et amborum essentiae
puritas ; Benipnitas, suavitas, Jocunditas.
Vinculum nectens Deum homini, Virlus adunans Hominem Numini.
Tibi soH digno coli Cum Pâtre Filioque
Jugis cultus,
Honormultus
Sit semper Procèdent! ab utroque.
Tu mitis et hilaris. Amabilis, laudabilis, Vanitatis mundator, Munditiae amator.
Vox suavis exsulum Mœrentium, Melodia civium Gaudentiiim.
Islis solamen, Ne desperent de te, Istis juvamen, Ut suspirent ad te.
Consolator piorum, Inspirator bonorum, Consiliator mœstorum
Vous êtes le principe de bonté et d'amour qui unit l'un et l'autre, la pureté de leur essence ; vous êtes tout bénignité , suavité , vous charmez tout par votre présence.
C'est vous qui formez le lien pour réunir Dieu à l'homme ; vous êtes la force qui produit cette union.
A vous seul donc digne d'adoration, ainsi que le Père et le Fils, culte à jamais. A vous qui procédez éternellement des deux, hommage immense.
Vous êtes doux et joyeux, digne d'amour et de louanges : vous purifiez l'âme de la vanité, la pureté fait vos délices.
Vous inspirez de suaves accents à ceux que consumait la tristesse de l'exil, de mélodieux accords à ceux qui sont dans l'allégresse.
Vous consolez les premiers, et les sauver du désespoir ; vous venez apprendre aux seconds à soupirer vers
Consolateur des cœurs pieux, inspirateur des bons, conseiller des affligés.
Le Lundi de la Pentecôte.
Vous purifiez l'homme de ses erreurs, vous lui enseignez ce qu'il ignorait, vous fixez ses perplexités.
Vous ranimez celui qui est faible, vous recueillez celui qui s'égarait, vous corrigez celui qui se trompait ; vous soutenez celui qui allait tomber, vous aidez les efforts de celui qui combat, vous perfectionnez celui qui aime déjà.
C'est vous qui avez fait sortir du lac de corruption et de misère celui qui maintenant est parfait.
C'est vous qui le conduisez par un sentier de paix et d'allégresse, et l'introduisez sous le nuage de la foi jusque dans le sanctuaire de la divine Sagesse.
Fondement de toute sainteté, vous êtes l 'aliment de la chasteté, vous embellissez la douceur, vous rendez douce la pauvreté, vous fournissez aux largesses, vous êtes l'appui de toute honnêteté.
Refuge des misérables , secours de ceux qui sont captifs ;
Venant à point pour les
Purificator errorum, Eruditor ignotorum, Declarator perple.xorum.
Debilem erigens, Devium colligens, Errantem corrigens, Sustines labantem, Promoves conantem, Perficis amantem.
Perfectum educis De lacu fascis, Et miseriae.
Deducis per semitam Pacis et Istitiaî : Inducis sub nube In aulam Sapientiae.
Fundamentum sanctitatis. Alimentum castitatis, Ornamentum Icnitatis, Lenimentum paupertatis, Supplementum largitatis, Munimentum probitatis.
Miserorum refugium , Captivorum suffragium.
mis aptissimus,
Lundi de la Pentecôte.
Istis promptissiraus.
Spiritus veritatis, Nodus fraternitatis, Ab eodcm missus A quo et promissus.
Tu crederis
Omnium judex, Qui crederis Omnium opifex.
Honestans bene meritos
Prœœio, Onustans immeritos Supplicio.
Spiras ubi vis Et quando vis ; Doces quos vis Et quantum vis.
Impies et instruis Certes in dubiis, Firmas in subitis, Régis in licitis.
Tu ordo decorans Omnia,
Décor ordinans et oi Bans Omnia,
Dicta, facta. cogitata, Dicta vcrilale, P'acta honestate, Cogitata puritate.
premiers, envoyant un prompt secours aux seconds.
Esprit de vérité, nœud de la fraternité ; celui qui vous a envoyé est le même qui vous avait promis.
Notre foi qui reconnaît en vous le créateur des êtres, vous reconnaît aussi comme leur juge qui doit venir.
Pour honorer de la récompense ceux qui l'auront méritée, et soumettre au supplice ceux qui s'en seront rendus dignes.
Vous soufflez où il vous plaît et quand il vous plaît ; vous êtes le docteur de ceux que vous choisissez, et au degré qui vous convient.
Vous remplissez les âmes et les éclairez de votre lumière dans leurs doutes ; vous êtes leur force dans les attaques subites, leur règle dans le choix de ce qui est licite.
Vous êtes l'harmonie qui donne à tout sa beauté ; car toute chose est par vous mise en ordre et reçoit de vous sa splendeur. Dans nos paroles, vous mettez la vérité. dans nos actions l'honnêteté, dans nos pensées la pureté.
Le Don de Piété.
O'don excellent ! Bien parfait ! Vous donnez l'intelligence et vous donnez aussi le sentiment.
Vous dirigez en nous le bien, vous créez en nous l'amour, vous nous fortifier dans la course, et aux portes du paradis, vous couronnez celui que vous avez aimé.
Amen.
Donum bonum, Bonum perfectum, Dans intellectum, Dans et affectum.
Dirigens rectum, Formans affectum, Firmans provectum, Et ad portas Paradisi Coronans dilectum.
Amen.
T E don de Crainte de Dieu est destiné à -^ guérir en nous la plaie de l'orgueil; le don de Piété est répandu dans nos âmes par le Saint-Esprit pour combattre l'égoïsme, qui est l'une des mauvaises passions de l'homme déchu, et le second obstacle à son union avec Dieu. Le cœur du chrétien ne doit être ni froid ni indifférent; il faut qu'il soit tendre et dévoué; autrement il ne pourrait s'élever dans la voie à laquelle Dieu, qui est amour, a daigné l'appeler.
L'Esprit-Saint produit donc en l'homme le don de Piété, en lui inspirant un retour filial vers son Créateur. « Vous avez reçu « l'Esprit d'adoption, nous dit l'Apôtre, et « c'est par cet Esprit que nous crions à Dieu : « Père ! Père ^ ! » Cette disposition rend l'âme sensible à tout ce qui touche l'honneur de Dieu. Elle fait que l'homme nourrit en luiLe Lundi de la Pentecôte.
môme la componction de ses péchés, à la vue de l'intinie bonté qui a daigné le supporter et lui pardonner, à la pensée des souffrances et de la mort du Rédempteur. L'âme initiée par le don de Piété désire constamment la gloire de Dieu ; elle voudrait amener tous les nommes à ses pieds, et les outrages qu'il reçoit lui sont particulièrement sensibles. Sa joie est de voir le progrès des âmes dans l'amour, et les dévouements que cet amour leur inspire pour celui qui est le souverain bien. Remplie d'une soumission filiale envers cp Père universel qui est aux cieux, elle est prête à toutes ses volontés. Elle se résigne de cœur à toutes les dispositions de sa Providence.
Sa foi est simple et vive. Elle se tient amoureusement soumise à l'Eglise, toujours prête à renoncer à ses idées les plus chères, si elles s'écartent en quelque chose de son enseignement ou de sa pratique, ayant une horreur instinctive de la nouveauté et de l'indépendance.
Ce dévouement à Dieu qu'inspire le don de Piété en unissant l'âme à son Créateur par l'affection filiale, l'unit d'une affection fraternelle à toutes les créatures, puisqu'elles sont l'œuvre de la puissance de Dieu et qu'elles sont à lui.
Au premier rang dans les affections du chrétien animé du don de Piété se placent les créatures glorifiées dont Dieu jouit éternellement, et qui jouissent de lui pour jamais. 11 aime tendrement Marie, et il est jaloux de son honneur; il vénère avec amour les saints ; il admire avec effusion le couLe Don de Piété. 38j
rage des martyrs, et les actes héroïques de vertu accomplis par les amis de Dieu; il se délecte de leurs miracles, il honore religieusement leurs reliques sacrées.
Mais son affection n'est pas seulement pour les créatures couronnées au ciel ; celles qui sont encore ici-bas tiennent une large
f)lace dans son cœur. Le don de Piété lui ait trouver en elles Jésus lui-même. Sa bienveillance pour ses frères est universelle. Son cœur est disposé au pardon des injures, au support des imperfections d'autrui, à l'excuse pour les torts du prochain. Il est compatissant pour le pauvre, empressé auprès de l'infirme. Une douceur affectueuse révèle le fond de son cœur; et dans ses rapports avec ses frères de la terre, on le voit toujours disposé à pleurer avec ceux qui pleurent, à se réjouir avec ceux qui sont dans la joie.
Telle est, ô divin Esprit, la disposition de ceux qui cultivent le don de Piété que vous avez versé dans leurs âmes. Par cet ineffable bienfait, vous neutralisez le triste égoisme qui flétrirait leur cœur, vous les délivrez de cette sécheresse odieuse qui rend l'homme indifférent à ses frères, et vous fermez son âme à l'envie et à la haine. Pour cela il ne lui a fallu que cette piété filiale envers son Créateur; elle a attendri son cœur, et ce cœur s'est fondu dans une vive affection pour tout ce qui est sorti des mains de Dieu. Faites fructifier en nous un si précieux don, ô divin Esprit ! ne permettez pas qu'il soit étouffé par l'amour de nous-mêmes. Jésus nous a encouragés en nous disant que son Père céleste « l'ait lever son soleil sur les
Le Lundi de la Pentecôte.
bons et sur les méchants ^ » ; ne souffrez pas, divin Paraciet, qu'une si paternelle indulgence soit un exemple perdu pour nous, et daignez développer dans nos âmes ce germe de dévouement, de bienveillance et de compassion que vous y avez daigné placer au moment où vous en preniez possession par le saint Baptême.
VENEZ, Esprit-Saint ; remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
VENI, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in cis ignem accende.
ous avons admiré l'œuvre du Saint-Esprit accomplissant dans le monde, par les Apôtres et par ceux qui vinrent après eux, la conquête du genre humain au nom de Jésus" à qui « toute « puissance a été donnée au ciel et sur la « terre ^ ». La langue de feu a vaincu, et le Prince du monde, en dépit de ses fureurs, a vu crouler ses autels et tomber son pouvoir. Voyons la suite des œuvres de ce divin Esprit pour la glorification du Fils de Dieu qui l'a envoyé aux hommes.
L'Emmanuel était descendu ici-bas cherchant dans son amour l'Epouse qu'il avait désirée de toute éternité. Il l'épousa d'abord
I. Matth. XXVIII, i8.
3go
en prenant la nature humaine et l'unissant indissolublement à sa personne divine; mais cette union individuelle ne suffisait pas à son amour. Il daignait aspirer à posséder la race humaine tout entière; il lui fallait son Eglise, « son unique », comme il l'appelle au divin Cantique ', son Eglise formée de l'élite de tous les peuples, « pleine de gloire, n'ayant « ni tache ni ride, mais sainte et immacu« lée'-. » Il trouvait la race humaine souillée par le péché, indigne de célébrer avec lui les noces augustes auxquelles il la conviait. Son amour cependant n'hésita pas. Il déclara qu'il était l'Epoux annoncé dans l'Epithalame sacré 3 ; il lava dans son propre sang les souillures de sa fiancée, et lui attribua en dot les mérites infinis qu'il avait conquis.
L'ayant ainsi préparée pour lui-même, il voulut que son union avec lui fût la plus intime qui pût être. Jésus et son Eglise sont un seul corps; il est la tête, elle est l'ensemble des membres réunis dans l'unité sous ce< unique chef. C'est la doctrine de l'Apôtre : « Le Christ est la tête de l'Eglise ; nous som« mes les membres de son corps, nous som« mes de sa chair et de ses os ^. » Ce corps se formera par l'accession successive des fils de la race humaine qui, prévenus du secours surnaturel de la grâce, voudront en faire partie ; et ce monde que nous habitons sera conservé jusqu'à ce que le dernier élu qui manquait encore à rintégralité du corps mysI. Cant. VI, 8. — 2. Eph. v, i5 ; XXV, 6; Marc, ii, 19; Luc. v
— 3. Matth. IX,
I.e Mardi de la Pentecôte. 3g i
téricux du Fils de Dieu soit venu s'y réunir pour l'éternité. Alors tout sera consommé, et la dernière des conséquences de la divine incarnation sera remplie.
Or, de même que dans le Verbe incarné l'humanité est composée d'une âme invisible et d'un corps visible, ainsi l'Eglise sera à la fois une âme et un corps : une âme dont l'oeil seul de Dieu pourra contempler ici-bas toute la beauté ; un corps qui attirera les regards des hommes, et sera le témoignage éclatant de la puissance de Dieu et de l'amour qu'il porte à la race humaine. Jusqu'aux jours où nous sommes, les justes appelés à être réunis sous le divin Chef avaient seulement appartenu à l'âme de l'Eglise ; car le corps n'existait pas encore. Le Père céleste les avait adoptés pour ses enfants, le Fils de Dieu les avait acceptés pour ses membres, et l'Esprit-Saint, dont nous allons voir désormais l'action extérieure, avait opéré intimement leur élection et leur consommation. Le point de départ du nouvel ordre de choses est en Marie. En elle d'abord, ainsi que nous l'avons enseigné dans une des semaines précédentes, résida l'Eglise complète, âme et corps. Celle qui devait être aussi réellement la Mère du Fils de Dieu selon l'humanité, que le Père céleste en est le Père selon la divinité, devait être dans l'ordre des temps, comme dans la mesure des grâces, supérieure à tout ce qui avait précédé et à tout ce qui devait suivre.
L'Emmanuel voulut aussi poser lui-même, en dehors de sa mère bien-aimée, les assises de son Eglise. îl en plaça de ses mains divines la Pierre fondamentale, il en éleva les
colonnes, et nous avons vu comment il employa les quarante jours qui précédèrent son Ascension à l'organisation de cette Eglise encore si restreinte, mais qui devait un jour couvrir le monde entier. Il annonça qu'il serait avec les siens « jusqu'à la consomma« tion des siècles * » ; c'était promettre que, lors même qu'il serait monté au ciel, la race de ses disciples se perpétuerait jusqu'à la fin des temps.
Pour l'accomplissement de son œuvre qu'il n'avait qu'ébauchée, il comptait sur le divin Esprit. Il était même nécessaire que cet Esprit-Saint descendît pour perfectionner et confirmer les élus de l'Emmanuel. Il devait être leur Paraclet. leur Consolateur, après le départ de leur Maître; il était la Vertu d'en haut qui devait les protéger comme une armure dans leurs combats; il devait leur remettre en mémoire les enseignements de leur Maître; il devait féconder de son action les Sacrements que Jésus avait institués, et dont le pouvoir était en eux par le caractère qu'il avait imprimé à leurs âmes. Voilà pourquoi il leur dit : « Il vous est avantageux que « je m'en aille ; car si je ne m'en allais pas, « le Paraclet ne viendrait pas vers vous. » Au jour de la Pentecôte, nous avons vu le divin Esprit opérer sur la personne des Apôtres et des disciples ; maintenant il nous faut le voir à l'œuvre dans la création, dans le maintien et le perfectionnement de cette Eglise que Jésus a promis d'assister de sa
Le Mardi de la Pentecôte. 3g 3
présence mystérieuse « jusqu'à la consomraa« tion des siècles ».
La première opération de l'Esprit-Saint dans l'Eglise est l'élection des membres qui doivent la composer. Ce droit de l'élection lui est tellement personnel que, selon laparole du livre sacré, les disciples même que Jésus s'était choisis pour être les bases de son Eglise, il les avait élus « avec le concours de TEsprit« Saint 1 ». Dès le jour môme de la Pentecôte, nous avons vu ce divin Esprit débuter par l'élection de trois mille personnes. Peu de jours après, cinq mille autres sont attirées, ayant entendu la prédication de Pierre et de Jean sous les portiques du temple. Après les Juifs, la gentilité a son tour; et TEspritSaint, ayant conduit Pierre auprès du centurion Corneille, fond tout à coup sur ce Romain et sur ses gens, les déclarant ainsi élus pour l'Eglise et appelés au baptême. La sainte Liturgie nous faisait lire ce récit hier encore dans la solennité de la Messe.
A la suite de ces débuts, qui pourrait suivre la marche impétueuse de cet Esprit que rien n'arrête? « Le bruit de ses envoyés parcourt « la terre entière, et leur parole retentit jus« qu'aux extrémités du monde 2. » L'Esprit les précède et les accompagne, et c'est lui qui fait la conquête pendant qu'ils parlent. On n'est encore qu'au commencement du iii^ siècle, et un écrivain chrétien peut dire aux magistrats de l'empire romain : « Nous « sommes d'hier, et nous remplissons tout, « vos villes, vos municipes, vos camps, le paI. Act. I, 2. — 2. Psalm. xviii, 5.
3q4
« lais, le sénat, le forum *. » Rien ne résiste à l'Esprit ; trois siècles sont loin encore d'être écoulés depuis la manifestation du jour de la Pentecôte, et ce sont les Césars eux-mêmes que l'Esprit choisit pour en faire des membres de l'Eglise.
xVinsi se forme d'heure en heure l'Epouse que Jésus attend, et dont il contemple avec amour, du haut du ciel, la croissance et les développements. Dans les premières années du iw^ siècle, cette Eglise, œuvre du SaintEsprit, dépasse les limites de l'empire romain; et si dans cet empire lui-même, il est çà et là des groupes païens qui tiennent encore, tous du moins ont entendu parler d'elle, et la haine qu'ils lui portent témoigne assez des progrès qu'elle fait sous leurs yeux.
Mais n'allons pas croire que le rôle de l'Esprit-Saint se borne à assurer l'établissement de l'Eglise sur les ruines de l'empire païen, Jésus veut une Epouse immortelle, toujours plus connue par sa présence en tous lieux et en tous temps, toujours supérieure à toute autre division de la race humaine par l'étendue de son empire et le nombre de ses sujets.
Le divin Esprit ne saurait donc s'arrêter dans l'accomplissement de sa mission. Si Dieu a résolu de submerger l'empire coupable sous l'inondation des barbares, c'est un nouveau triomphe préparé pour l'Esprit. Laissez-le pénétrer et agiter doucement cette masse formidable. Il a là ses élus, et par
I. Tehtull. Apolcget. xxxvn.
Le Mardi de la Pentecôte. 3g 5
millions. Il avait renouvelé la face de la terre païenne; il renouvelle la face du monde devenu barbare. Les coopérateurs qu'il se prépare lui-même ne lui feront pas défaut. Il crée sans fin de nouveaux apôtres, et puissant comme il est, il en emploie de tout genre à son œuvre. Les Clotilde, les Berthe, les Théodelinde, les Hedwige et tant d'autres, sont à ses ordres : parée de leurs royales mains. l'Epouse de Jésus croît touiours''plus jeune et plus belle.
Si de vastes continents en Europe n'ont pas encore été associés au mouvement, c'est qu'il fallait d'abord consolider l'œuvre dans les régions où les chrétientés de la première époque avaient été comme submergées sous le torrent de l'invasion. Mais voici qu'à partir de la fin du vi« siècle, le divin Esprit lance tour à tour sur l'île des Bretons, sur la Germanie, sur les races Scandinaves, sur les pays slaves, les Augustin, les Boniface, les Anschaire, les Adatbert, les Cyrille, les Méthodius, les Othon. Servie par ces nobles instruments de l'Esprit-Saint, l'Epouse répare les pertes qu'elle a subies dans l'Orient, où le schisme et l'hérésie ont successivement rétréci son héritage primitif. Celui qui, étant Dieu comme le P'ère et le Fils, a reçu pour mission de la maintenir dans ses honneurs, veille fidèlement à sa garde.
Et en effet, lorsqu'une défection plus désastreuse encore est à la veille d'éclater en Europe par la prétendue réforme, l'EspritSaint a déjà pris les devants. Les Indes orientales sont devenues tout.à coup la conquête de la nation très fidèle; un nouveau monde
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occidental est sorti des eaux, et forme un nouvel apanage au royaume catholique. C'est alors que le divin Esprit, toujours jaloux de maintenir dans sa dignité et dans sa plénitude le dépôt que lui a confié le \'erbe incarné, suscite de nouveaux envoyés pour aller porter sur ces plages immenses le nom de celui qui est l'Epoux, et qui sourit du haut du ciel aux accroissements qu'obtient l'E- pouse. François Xavier est donné aux Indes orientales; ses frères, joints aux fils de Dominique et de François, défrichent avec une indomptable persévérance l'héritage que les Indes occidentales offrent à l'Eglis'e.
Mais si plus tard la vieille Europe, trop crédule à des docteurs de mensonge, semble repousser cette noble reine qui "est aimée du Fils éternel de Dieu; si, trahie et dépouillée, calomniée et privée de ses droits, cette sainte Eglise doit être en butte à ceux qui longtemps furent ses fils, tenez pour certain que le divin Esprit ne la laissera pas manquer à ses destinées. Voyez plutôt ses œuvres en nos jours. D'où viennent, si ce n'est de son souffle, ces vocations à lapostolat plus nombreuses d'année en année? Tandis que d'un côté les retours des hérétiques à l'antique foi sont plus fréquents qu'ils ne l'ont jamais été, toutes les régions infidèles sont visitées par le flambeau de l'Evangile. Notre siècle a revu les martyrs, il a entendu les interrogatoires des proconsuls chinois et annamites, il a recueilli dans son admiration les réponses des confesseurs dictées par l'Esprit-Saint, selon la promesse du Maître. L'extrême Orient donne ses élus, les nègres de
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l'Afrique sont évangélisés; et si une cinquième partie de la terre s'est révélée, elle possède déjà de nombreux fidèles sous une hiérarchie de pasteurs légitimes.
Soyez donc béni, divin Esprit, qui veillez avec tant de sollicitude sur l'Epouse chérie de Jésus ! Elle n'a pas défailli un seul jour, grâce à votre action constante et jamais lassée. Vous n'avez pas laissé passer un siècle sans susciter des apôtres pour l'enrichir de leurs conquêtes; sans cesse vous avez sollicité par votre grâce les esprits et les cœurs de se donner à elle; en toute race, en tous les siècles, vous avez élu vous-même les innombrables fidèles dont elle se compose. Comme elle est notre mère et que nous sommes ses fils, comme elle est l'Epouse de notre divin Chef auquel nous espérons nous réunir en elle, en opérant pour la gloire du Fils de Dieu qui vous a envoyé sur'la terre, ô divin Esprit, vous avez àaigné travailler pour nous, humbles et pécheresses créatures. Nous vous otfrons nos faibles actions de grâces pour tant de bienfaits.
Notre Emmanuel nous a révélé que vous devez demeurer ainsi avec nous jusqu'à la fin des temps, et nous comprenons maintenant la nécessité de votre présence, ô divin Esprit! Vous dirigez la formation de l'Epouse, vous la maintenez, vous la rendez victorieuse de toutes les attaques, vous la transportez d'une région dans l'autre, lorsque le sol qu'elle foule n'est plus digne de la porter; vous êtes son vengeur contre ceux qui l'outragent, et vous le serez jusqu'au dernier jour.
3g8 Le Mardi de la Pentecôte.
Mais cette noble Epouse d'un Dieu ne doit pas toujours demeurer ainsi exilée loin de son Epoux. De même que Marie resta plusieurs années sur la terre, atin d'y travailler à la gloire de son tils, et fut enfin enlevée aux deux pour y régner avec lui ; ainsi l'E- glise demeurera militante ici- bas durant les siècles qui sont nécessaires pour arriver au complément du nombre des élus. Mais nous savons qu'un temps doit venir dont il est écrit : « Les noces de l'Agneiui sont venues, et son « Epouse s'est préparée. On lui a donné un « vêtement de fin lin d'une blancheur éblouis« santé, et le tissu en est composé des vertus « dessaintsqu'elle a formés i. » En ces derniers jours, l'Epouse, toujours belle et digne de l'Epoux, ne croîtra plus; elle diminuera même ici-bas, en proportion de ce qu'elle grandira triomphante au ciel. Autour d'elle, sur la terre, la défection prédite par saint Paul 2 se fera sentir; les hommes la laisseront seule, ils courront vers le Prince du monde qui sera dglié « pour un peu de temps ^ », et vers la bête à laquelle « il sera donné de faire la « guerre aux saints et même de les vain« cre^. » Les dernières heures de l'Epouse icibas seront dignes d'elle; vous soutiendrez notre mère, ô divin Esprit, jusqu'à l'arrivée de l'Epoux. Mais après l'enfantement du dernier élu, l'EsPRiT et I'Epouse s'uniront dans un même cri : « Vene:^ ! diront-ils •''. » Alors l'Emmanuel paraîtra sur les nuées du ciel, la mission de l'Esprit sera terminée, et l'E-
I. Apoc. XIX, 7. — 2. II Thess. 11, 3. — 3. Apoc.
XX, 3. — 4, Ibiu. xiii, 7. — 5. Ibid. XXII, 17.
A la Messe. 3gg
pouse, « appuyée sur son bien-aimé » i s'élèvera de cette terre ingrate et stérile vers le ciel où l'attendent les noces de l'éternité.
LA Station de ce jour est dans l'Eglise de Sainte-Anastasie, cette intéressante basilique où nous assistâmes à la Messe de l'Aurore le jour de la naissance de l'Emmanuel. Nous la revoyons aujourd'hui que toute la série des mystères de notre salut est à son terme. Bénissons Dieu qui a daigné achever avec tant de force ce qu'il a commencé pour nous avec tant de douceur. Les néophytes assistent encore à cette Messe avec leurs robes blanches, et leur présence atteste à la fois l'amour du Fils de Dieu qui les a lavés dans son sang, et la puissance de l'Esprit-Saint qui les a ravis à l'empire du Prince de ce monde.
L'Introït s'adresse aux néophytes et les engage à sentir tout leur bonheur. C'est au royaume céleste qu'ils sont désormais appelés ; qu'ils offrent donc une continuelle action de grâces à celui qui a daigné les choisir. Les paroles de cette pièce, qui est de la plus haute antiquité, sont tirées du iv' livre d'Esdras que les premiers chrétiens lisaient souvent à cause de la beauté et de la gravité de ses enseignements, bien qu'il ne soit pas reconnu par l'Eglise pour un livre inspiré.
Le Mardi de la Pentecôte.
D ECEVEZ et goûtez ks délices de la gloire qui vous était préparée, alléluia ; rendez grâces à Dieu, alléluia, qui vous a appelés au royaume céleste, alléluia, alléluia, alléluia.
Fs. Ecoute ma loi, ô mon peuple : prête l'oreille aux paroles de ma bouche. Gloire au Père. Recevez.
A cciPiTE jucundita^*' tem gloriae vestrae, alléluia : gratias agentes Deo, alléluia : qui vos ad cœlestia régna Tocavit, alléluia, alléluia, alléluia.
Ps. Attendite, popule meus, legem meam : inclinate aurem vestram in verba oris mei. Gloria Patri. Accipite.
Dans la Collecte, l'Eglise nous enseigne que l'action du Saint-Esprit est pleine de douceur
f)our nos âmes. C'est cette action divine qui es purifie de toutes leurs souillures, en même temps qu'elle les garde des attaques de l'esprit perfide et jaloux qui les menace sans cesse.
ADSIT nobis, quaesumus Domine, virtus Spjritus Sancti, quas et corda nostra clementer expurget, et ab omnibus tueatur adversis. Per Dominum.
SEIGNEUR, daignez nous assistei de la vertu du Saint-Esprit ; afin qu'elle puritîe nos cœurs dans sa mansuétude, et qu'elle nous défende contre tout adversaire. Par Jésus-Christ.
Lectio Actuum Apostolorum. Cap. vhi.
IN diebus illis : Quum audissent Apostoli, qui erant Jerosolymis, quod récépissé! Samaria
Lecture des Actes des Apôtres. Chap. vni.
EN ces jours-là, les Apôtres qui étaient à Jérusalem ayant appris que Samarie avait reçu la parole de Dieu,
A la Messe.
leur envoyèrent Pierre et Jean, qui, étant venus, firent pour eux des prières, afin qu'ils reçussent le Saint-Esprit ; car il n'était pas encore descendu sur aucun d'eux, mais ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus. Alors ils imposèrent les mains sur eux, et ils reçurent le Saint-Esprit.
verbum Dei, miserunt ad eos Petrum et Johannem, qui quura venissent, oraverunt pro ipsis ut acciperent Spiritum Sanctum ; nondum enim in quemquam illorum vénérât, sed baptizati tantum erant in nomine Doraini Jesu. Tune imponebant manus super illos, et accipiebant Spiritum Sanclum.
T ES habitants de Samarie avaient accepté ^ la prédication évangélique qui leur avait été portée par le diacre Philippe. Ils avaient reçu de sa main le baptême qui en avait fait des chrétiens. On se rappelle le dialogue de Jésus avec une femme de cette ville au bord du puits de Jacob, et les trois jours qu'il daigna passer avec les habitants. Leur foi est récompensée : le baptême les a faits enfants de Dieu et membres de leur Rédempteur. Mais il faut encore qu'ils reçoivent l'EspritSaint dans le Sacrement de force. Le diacre Philippe n'a pu leur octroyer ce don; deux apôtres, Pierre et Jean, revêtus du caractère de pontifes, viennent le leur conférer, et les rendre parfaits chrétiens. Ce récit nous remet en souvenir la grâce qu'a daigné nous faire l'Esprit-Saint en imprimant sur nos âmes le sceau de la Confirmation : offrons-lui notre reconnaissance pour ce bienfait qui nous a attachés à lui plus étroitement, et nous a rendus capables de confesser sans faiblesse notre foi devant tous ceux qui voudront nous en demander compte.
Le Mardi de la Pentecôte
A LLELUIA, alléluia.
f. Spiritus Sanctus docebit vos quaecumque dixero vobis.
Alléluia.
f. Veni, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
A LLELUIA, alléluia.
f. Le Saint-Esprit vous enseignera tout ce que je vous ai dit.
Alléluia.
y. Venez, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour
On chante ensuite la Séquence Veni, Sancte Spiritus, ci-dessus, page 3i3.
Sequentia sanctiEvangelii secundum Johannem. Cap. x.
IN illo tempore Dixit Jésus Pharisaeis • Amen, amen dico vobis, qui non intrat per ostium in ovile ovium, sed asccndit aliunde, ille fur est, et latro. Qui autem intrat per ostium, pastor est ovium. Huic ostiarius aperit, et oves vocem e)us audiunt, et proprias oves vocat nominatim, et educit eas, et quum proprias oves emiserit, ante eas vadit ; et oves illura sequuntur, quia sciunt vocem ejus. Alienum autem non sequuntur, sed fugiunt ab eo : quia non noverunt vocem alienorum. Hoc proverbium dixit eis Jésus. lUi autem
La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. x.
EN ce temps-là, Jésus dit aux Pharisiens ; En vérité, en vérité je vous le dis, celui qui n entre pas par la porte dans la bergerie des brebis, mais qui y monte par un autre endroit, celui-là est un voleur et un larron. Mais celui qui entre par la porte, est le pasteur des brebis. C'est à celuilà que le portier ouvre, et les brebis entendent sa voix. Il appelle les brebis qui sont à lui par leurs noms, et il les fait sortir. Et lorsqu'il a fait sortir ses propres brebis, il va devant elles, et les brebis le suivent, parce qu'elles connaissent sa voix. Elles ne suivent point un étranger, mais elles s'éloignent de lui, parce qu'elles ne connaissent pas la
A la Messe.
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non ccgnoverunt quid loqueretur eis. Dixit ergo eis iterum Jésus : Amen, amen dico vobis quia ego sum ostium ovium. Omnes quotquot venerunt, fures sunt et latrones, et non audierunt eos oves. Ego sum ostium. Par me si quis introierit, salvabltur : et ingredietur, et egredietur, et pascua inveniet. Fur non venit nisi ut furetur, et mactet et perdat. Ego veni ut vitam habeant, et abundantius habeant.
voix des étrangers. Jésus leur dit cette parabole ; mais ils ne comprirent pas de quoi il leur parlait. Jésus leur dit donc encore : En vérité, en vérité, je vous le dis, je suis la porte des brebis. Tous ceux qui sont venus avant moi sont des voleurs et des larrons, et les brebis ne les ont pas écoutés. Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé ; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. Le voleur ne vient que pour voler, pour égorger et pour perdre. Moi je suis venu afin que les brebis aient la vie, et une vie plus abondante.
EN f)roposant ce passage de l'Evangile aux néophytes de la Pentecôte, l'EglTse voulait les prémunir contre un danger qui pouvait se présenter à eux dans le cours de leur vie. Au moment où nous sommes, ils sont les heureuses brebis de Jésus le bon Pasteur, et ce divin Pasteur est représenté auprès d'eux par des hommes qu'il a investis luimême de la charge de paître ses agneaux. Ces hommes ont reçu de Pierre leur mission, et celui qui est avec Pierre est avec Jésus. Mais il est arrivé souvent que de faux pasteurs se sont introduits dans la bergerie, et le Sauveur les qualifie de voleurs e't de larrons, parce qu'au lieu d'entrer par la porte, ils ont escaladé les clôtures de la bergerie. Il nous dit qu'il est lui-même la Porte par laquelle doivent passer ceux qui ont le droit de paître ses brebis. Tout pasteur, pour
Le Mardi de la Pentecôte.
n'être pas un larron, doit avoir reçu la mission de Jésus, et cette mission ne peut venir que par celui qu'il a établi pour tenir sa place, jusqu'à ce qu'il vienne lui-même.
L'Esprit-Saint a répandu ses dons divins dans les âmes de ces nouveaux chrétiens; mais les vertus qui sont en eux ne peuvent s'exercer de manière à mériter la vie éternelle qu'au sein de l'Eglise véritable. Si, au lieu de suivre le pasteur légitime, ils avaient le malheur de se livrer à de faux pasteurs, toutes ces vertus deviendraient stériles. Ils doivent donc fuir comme un étranger celui qui n'a pas reçu sa mission du Maître qui seul peut les conduire aux pâturages de la vie. Souvent, dans le cours des siècles, il s'est rencontré des pasteurs schismatiques ; le devoir des fidèles est de les fuir, et tous les enfants de l'Eglise doivent être attentifs à l'avertissement que notre] Seigneur leur donne ici. L'Eglise qu'il a fondée et qu'il conduit par son "divin Esprit a pour caractère d'être Apostolique. La légitimité de la mission des pasteurs se manifeste par la succession ; et parce que Pierre vit dans ses successeurs, le successeur de Pierre est la source du pouvoir pastoral. Qui est avec Pierre est avec JésusChrist.
Dans l'Offertoire l'Eglise , préludant au divin Sacrifice, exalte par les paroles du Psalmiste la nourriture sacrée à laquelle vont communier les fidèles; c'est une manne qui vient du ciel, c'est le pain même des Anges.
A la Messe
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ORTAS cœli aperuit Dominus, et pluit illis manna, ut ederent : panem cœli dédit eis, panem Angelorum manducavit homo, alléluia.
LE Seigneur a ouvert les portes du ciel, et il leur a fait pleuvoir la manne pour leur nourriture ; il leur a donné le pain du ciel, et l'homme a mangé le pain des Anges, alléluia.
La Victime qui va être offerte a le pouvoir de purifier par son immolation ceux qui sont appelés à s'en nourrir ; la sainte Eglise, dans la Secrète, demande qu'il en arrive ainsi pour les fidèles qui forment l'assistance.
■puRiriEz-NOUS, Seigneur, * par l'oblation des dons que nous vous offrons, et faites qu'elle nous rende dignes de participer au Mystère sacré. Par Jésus-Christ.
P URIFICET nos, quaesumus Domine, muneris prîesentis oblatio : et dignos sacra participatione efficiat. Fer Dominum.
La Préface est celle du jour même de la Pentecôte, ci-dessus, pa^e 3i8.
Dans l'Antienne de la Communion, l'Eglise rappelle les paroles dans lesquelles Jésus a annoncé que l'Esprit-Saint le glorifierait; nous qui venons de voir ce divin Esprit à l'œuvre dans le monde entier, nous savons (^u'il a accompli l'oracle dans toute son étendue.
L'Esprit qui procède du Père, alléluia, me glorifiera, alléluia, alléluia.
C PIRITUS, qui a Patte
"■ procedit, alléluia ille me clarificabit, alléluia, alléluia.
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Le Temps Pasav
Le peuple fidèle vient de participer au Mystère de Jésus; la sainte Eglise nous apprend, dans la Postcommunion, que la Vertu de l'Esprit-Saint a influe divinement à ce moment auguste. C'est lui qui a accompli le changement des dons sacrés au corps et au sang du Rédempteur, lui encore cjui a prépare les âmes à s'unir au Fils de Dieu, en les puritîant du péché.
ENTES nostras, quaesumus Domine, bpiritus Sanctus divinis rc paret sacramcntis : quia ipse est remissio omnium peccatorura. Per DemiAIGNEZ faire, Seigneur, que l'Esprit-Saint renouvelle nos âmes par ces divins Mystères ; car il est lui-même la rémission de tous les péchés. Par Jésus-Christ.
1 ES Antiennes, les Psaumes et tout le reste
*- de rOflicc des Vêpres, sauf l'Antienne de Magnificat, sont les mêmes qu'au jour de la Pentecôte, ci-dessus, /7<3jg-e 327.
ANTIENNE DE Magnificat.
•pco sum ostium, dicit JUr Dominus : per me si
T E suis J gneur
la porte, dit le Sci: si quelqu'un entre
quis introierit, salvabitur
par moi.
il sera sauvé et il
et pascua inveniet, allétrouvera
es pâturages, aileluia.
luia.
LOraison est la Collecte de la Messe, cidessus, page 400 .
Le Mardi de la Pentecôte.
ous entendrons encore aujourd'hui l'Eglise arménienne célébrer la venue de l'EspritSaint avec toute la dignité et la splendeur qui caractérisent son Hymnaire.
Aujourd'hui les Esprits célestes se sont réjouis du renouvellement de la terre ; car l'Esprit rénovateur des êtres est descendu dans le sacré Cénacle, et il y a renouvelé le collège apostolique.
Aujourd' hui notre nature terrestre tressaille de se sentir réconciliée avec le Père ; car celui qui avait enlevé son esprit aux hommes devenus charnels, daigne le leur donner de nouveau.
Aujourd'hui les enfants de l'Eglise célèbrent avec transport l'avènement du SaintEsprit, qui les a parés de vêtements nobles et lumineux, et ils sont admis à chanter le trisagion avec les Séraphins.
Celui qui sépara par la division des langues ceux qui s'étaient unis pour bâtir la tour, a réuni de nouveau aujourd'hui, dans le sacré Cénacle, les langues des nations en une seule. O vous tous. Esprits, bénissez l'Esprit de Dieu.
L'Esprit du Seigneur qui
HODIE cœlestes laîtati sunt de terrestrium renovatione : namque innovator existentium Spiritus descendit ad sacrum cœnaculum, quo renovati sunt chori apostolorum.
Hodie humea natura nostra exsultat reconciliatione cum Pâtre ; quia qui abstulit spiritura ab hominibus. caro effectis, iterum donal.
Hodie pueri Ecclesiae célébrant in exsultatione adventum Sancti Spiritus, per quem exornati sunt vestibus pellucidis et clarissimis, cantantes cum Seraphim trisagium.
Qui unitos turris, divisione linguarum sejunxit, hodie divisas linguas nationum univit rursum in sacro cœnaculo ; omnes Spiritus, benedicite Spiritum Dei.
Qui descendit, Spiri4o8
tus Domini, et ductor fuit duodecim tribuum Israël in deserto, hodie duodecim Apostolos perducit ad Evangelium ; omnes Spiritus. bénédicité Spiritum Dei.
Qui implevit Spiritus Domini, Beseleel architectorem tabernaculi. hodie efficit homines tabernaculum sanctne Trinitati ; omnes Spiritus, bénédicité Spiritum Dei.
descendit autrefois, et fut le conducteur des douze tribus d'Israël dans le désert, conduit aujourd'hui les douze Apôtres à la prédication de l'Evangile. O vous tous, EsÊrits, bénissez l'Esprit de lieu.
L'Esprit du Seigneur qui remplit autrefois Bézeléel, l'architecte du tabernacle, rend aujourd'hui les hommes comme les tabernacles de la sainte Trinité. O vous tous, Esprits, bénissez l'Esprit de Dieu.
La belle Séquence que nous donnons ici îst empruntée aux anciens Missels de Liège.
AMOR Patris et Filii, Veri splendor auxi • lii, Totius spes solatii.
O indeficiens piorum lux, Et praemium justorum : Sublevator perditorum.
Omnis fortitudinis, Ac omnis sanctitudinis, Ac beatitudinis
Donator, Omnis rectitudinis amator.
Omnipotens, propitius ;
AMOUR du Père et du Fils, vous êtes pour nous un éclatant secours, notre espoir et notre consolation.
Lumière incessante pour les cœurs pieux, vous êtes la récompense des justes, la commisération pour ceux qui étaient perdus.
Toute force vient de vos dons, toute sainteté, toute béatitude, ô vous qui aimez toute justice !
Vous êtes tout-puissant, plein de bonté ; vous tenez
Le Mardi de la Pentecôte.
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tout entre vos mains, vous si éloigné du péché !
Omnitenens, innoxius.
Nul ne vous surpasse en justice et en sainteté ; nul ne peut égaler la force et la spiritualité de votre substance ; rien ne peut lutter en puissance avec vous, et rien n'est meilleur que vous.
Justius, carius,
Honestius, Sanctius, fortius,
Subtilius : Quo nihil est potentius, Quo nihil est vel raelius.
Vous êtes la lumière des cœurs ; par vous nous allons au Père universel et à son Fils divin.
lUuminator cordium, Per quem ad Patrem omnium Venitur, et ad Filium.
Source d'intelligence, principe de bonheur, remède contre le péché, Esprit de conseil.
Fons ingenii, Dator gaudii : Medicina vitii, Spiritus consilii.
Vous agissez sans bruit, vous êtes souple, et cependant vous ne changez pas ; adresse, noblesse, puissance, ces qualités sont les vôtres ; votre marche est rapide, et votre conduite envers nous est aimable.
Humilis, docilis. Et invariabilis ; Habilis, nobilis. Et insuperabilis,
Promptus et amabilis
Vous êtes le don choisi : vous donnez l'intelligence et l'amour, vous aimez ce qui est droit.
Donum electum, Dans intellectum, Dans et affectum, Diligens rectum.
Esprit du Père et du Fils, Paraclet vivifiant, doigt de la main divine.
Patris ac Nati Spiritus, Vivificans Paraclitus : Divinae dextrae digitus.
Sublimité et charme, compassion et bonté, clémence et largesse •
Sublimitas, jucunditas,
Pietas et bonitas, Benignitas et largitas :
Le Mardi de la Pentecôte.
Qui prout vult, Quando vult, Et ubi vult, Quousque vult, Et quantum vult, Spirat et erudit. Replet et erigit, Ditat et instruit.
Spiritus scientiœ, Ad consolandum hodie Apostolis donatur :
Et eis plenarie, Fons verne sapicntix Per hune admiuistratur.
Amen.
Ainsi que vous voulez, quand vous voulez, où vous voulez, jusqu'où vous voulez, et autant que vous voulez, votre souffle se répand sur les hommes et il les assiste, il les remplit et les relève de leur chute ; il les comble de richesses et les instruit luimême.
Aujourd'hui même cet Esprit de science est départi aux Apôtres pour être leur consolateur ; et dans sa confiance, il remet en leur pouvoir et avec plénitude la source même de la véritable sagesse.
Amen.
, 'ame ayant été détachée du mal par la L Crainte de Dieu et ouverte aux nobles affections par le don de Piété, éprouve le besoin de savoir par quel moyen elle évitera ce qui fait l'objet de sa crainte et pourra trouver ce qu'elle doit aimer. L'Esprit-Saint vient à son secours, et lui apporte ce qu'elle désire, en répandant en elle le Don de Science. Par ce don précieux la vérité lui apparaît, elle connaît ce que Dieu demande et ce qu'il réprouve, ce qu'elle doit rechercher et ce qu'elle doit fuir. Sans la science divine notre vue court risque de s'égarer, à cause des ténèbres qui trop souvent obscurcissent en tout ou en partie l'intelligence de l'homme.
Le Don de Science. 411
Ces ténèbres proviennent d'abord de notre propre fonds qui porte des traces trop réelles de la déchéance. Elles ont encore pour cause les préjugés et les maximes du monde qui faussent "tous les jours les esprits que Ton croirait les plus droits. Enfin l'action de Satan, qui est le Prince des ténèbres, s'exerce en grande partie dans le but d'environner notre "âme d'obscurités, ou de l'égarer à l'aide de fausses lueurs.
La foi qui nous a été infuse dans le baptême est la lumière de notre âme. Par le don de Science, TEsprit-Saint fait produire à cette vertu des rayons assez vifs pour dissiper toutes nos ténèbres. Les doutes alors s'éclaircissent, l'erreur s'évanouit, et la vérité apparaît dans tout son éclat. On voit chaque chose dans son véritable jour, qui est le jour de la foi. On découvre les déplorables erreurs qui ont cours dans le monde, qui séduisent un si çrand nombre d'âmes, et dont peut-être on a été soi-même longtemps la victime.
Le don de Science nous révèle la fin que Dieu s'est proposée dans la création, cette fin hors laquelle les êtres ne sauraient trouver ni le bien ni le repos. Il nous apprend l'usage que nous devons faire des créatures, qui nous ont été données non pour nous être un écueil, mais pour nous aider dans notre marche vers Dieu. Le secret de la vie nous étant ainsi manifesté, notre route devient sûre, nous n'hésitons plus, et nous nous sentons disposés à nous retirer de toute voie qui ne nous conduirait pas au but.
C'est cette Science, don de l'Esprit-Saint, que l'Apôtre a en vue lorsque, parlant aux
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chrétiens, il leur dit : « Autrefois vous étiez « ténèbres ; maintenant vous êtes lumière « dans le Seigneur : marchez désormais « comme les fils de la lumière ' ». De là vient cette fermeté, cette assurance de la conduite chrétienne. L'expérience peut manquer quel?|uefois, et le monde s'émeut à la pensée des aux pas qui sont à redouter ; mais le monde a compté sans le don de Science. « Le Sci« gneur conduit le juste par les voies droites, « et pour assurer ses pas il lui a donné la <« Science des saints -. )> Chaque jour cette leçon est donnée. Le chrétien, au moyen de la lumière surnaturelle, échappe à tous les dangers, et s'il n'a pas l'expérience propre, il a'i'expérience de Dieu.
Soyez béni, divin Esprit, pour cette lumière que vous répandez en nous, que vous y maintenez avec une si aimable persévérance. Ne permettez pas que nous en cherchions jamais une autre. Elle seule nous suffit; hors d'elle il n'y a que ténèbres. Gardez-nous des tristes inconséquences auxquelles plusieurs se laissent aller imprudemment, acceptant un jour votre conduite, et le lendemain se livrant aux préjugés du monde ; menant une double vie qui ne satisfait ni le monde ni vous. Il nous faut donc l'amour de cette Science que vous nous avez donnée pour que nous fussions sauvés ; l'ennemi de nos âmes la jalouse en nous, cette science salutaire ; il voudrait y substituer ses ombres. Ne permettez pas, divin Esprit, qu'il réussisse dans son perhde dessein, et aidez-nous toujours à disI. Eph. V, 8. — 2. Sap. X, lo.
Le Don de Science. 41 3
cerner ce qui est vrai de ce qui est faux, ce qui est juste de ce qui est injuste. Que, selon la parole de Jésus, notre œil soit simple, afin que tout notre corps, c'est-à-dire l'ensemble de nos actes, de nos désirs et de nos pensées, soit dans la lumière ^ ; et sauvez-nous, divin Esprit, de cet œil que Jésus appelle mauvais, et qui rend ténébreux le corps tout entier.
tS£iXt3MM^X)dhXt3h3St3hjf~ Jlùîilidli3li3b3LéiùAtdlidliJlù
VENi, Sancte Spîritiis, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
VENEZ, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le Lu de votre amour.
|ous avons vu avec quelle fidélité le divin Esprit a su accomplir, dans le cours des siècles, la mission que l'Emmanuel lui a donnée de former, de protéger et de maintenir l'Eglise son Epouse. Cette recommandation d'un" Dieu a été remplie avec toute la puissance d'un Dieu ; et c'estle plus beau et le plus étonnant spectacle que présentent les annales de l'humanité depuis dix-neut siècles. Cette conservation d'une société morale, toujours la même en tous les temps et en tous les lieux, promulguant un symbole précis et obligatoire pour tous ses membres, et maintenant par ses arrêts la plus compacte unité de croyance entre tous ses fidèles, est, avec la merveilleuse propagation du christianisme, l'événement capital de l'histoire. Aussi ces deux faits sont-ils, non l'effet d'une providence ordinaire, comme le prétendent certains philosophes de notre temps, mais des miracles de premier ordre opérés directement par le Saint-Esprit, et destinés à servir de base à notre foi dans la vérité du christianisme. L'Esprit-Saint qui ne devait pas, dans l'exercice de sa mission, revêtir une forme sensiLe Mercredi de la Pentecôte. 41 5
ble, y a rendu sa présence visible à notre intelligence, et par ce moyen, il a fait assez pour démontrer son action personnelle dans l'œuvre du salut des hommes.
Suivons maintenant cette action divine, non plus en tant qu'elle a pour but de seconder le dessein miséricordieux du Fils de Dieu qui a daigné prendre une Epouse ici-bas, mais dans les rapports de cette Epouse avec la race humaine. Notre Emmanuel a voulu qu'elle fût la Mère des hommes, et que tous ceux qu'il convie à l'honneur de devenir ses propres membres, reconnussent que c'est elle qui les enfante à cette glorieuse destinée. L'Esprit-Saint devait donc produire l'Epouse de Jésus avec assez d'éclat pour qu'elle fût distinguée et connue sur la terre, tout en laissant à la liberté humaine le pouvoir de la méconnaître et de la repousser.
Il fallait que cette Eglise dans sa durée embrassât tous les siècles, qu'elle eût parcouru la terre d'une manière assez patente pour que son nom et sa mission pussent être connus chez tous les peuples; en un mot elle devait être Catholique, c'est-à-dire universelle, possédant la catholicité des temps et la catholicité des lieux. Telle est, en effet, l'existence que le divin Esprit lui a créée sur la terre. Il l'a d'abord promulguée à Jérusalem, au jour de la Pentecôte, sous les yeux des Juifs venus de tant de régions diverses, et qui partirent bientôt pour aller en porter la nouvelle dans les contrées qu'ils habitaient. Il a lancé ensuite les Apôtres et les disciples sur le monde, et nous savons par les auteurs contemporains qu'un siècle était à peine écoulé
41 6 Le Temps Pascal.
que déjà la terre entière possédait des chrétiens. Dès lors chaque année a profité à la visibilité de cette sainte Eglise. Si le divin Esprit, dans les desseins de sa justice, a jugé à propos de la laisser s'affaiblir au sein d'une nation qui n'était plus digne d'elle, il l'a transférée dans une autre où elle devait rencontrer des fils plus soumis. Si des régions entières ont quelquefois semblé lui être fermées, c'est qu'à une époque antérieure elle^ se présenta et fut repoussée, ou encore que' le moment n'était pas venu où elle devait paraître et s'établir. L'histoire de la propagation de l'Eglise nous donne à constater cet ensemble merveilleux de vie perpétuelle et de migrations. Les temps et les lieux lui appartiennent ; là où elle ne règne pas, elle est présente par ses membres, et cette prérogative de la catholicité qui lui a valu son nom est un des chefs-d'œuvre de l'EspritSaint.
Mais là ne se borne pas son action pour l'accomplissement de la mission que lui a confiée l'Emmanuel à l'égard de son Epouse, et ici nous devons pénétrer la profondeur du mystère du Saint-Esprit dans l'Eglise. Après avoir constaté son influence extérieure pour la conserver et l'étendre, il nous faut apprécier la direction intérieure qu'elle reçoit de lui, et qui produit en elle l'unité, l'infaillibilité et la sainteté, qualités qui, avec la catholicité, forment le signalement de l'Epouse du Christ.
L'union de l'Esprit-Saint avec l'humanité de Jésus est une des bases du mystère de l'Incarnation. Notre divin médiateur est appelé
Le Mercredi de la Pentecôte. 41 j
le Christ, parce qu'il a reçu Tonction ', et cette onction est l'etTet de l'union de son humanité avec le Saint-Esprit 2. Cette union est indissoluble: éternellement le Verbe demeurera uni à son humanité, éternellement aussi le divin Esprit-Saint imprimera sur cette humanité le sceau de l'onction qui fait le Christ. Il suit de là que l'Eglise, étant le corps de Jésus-Christ, doit avoir part à l'union qui existe entre son divin Chef et l'Esprit-Saini. Le chrétien, dans le baptême, reçoit l'onction divine par le Saint-Esprit qui habite désormais en lui comme le gage de l'héritage éternel ^ ; mais il y a cette différence qu'il peut perdre par le péché cette union qui est en lui le principe de la vie surnaturelle, tandis qu'elle ne peut jamais faire défaut au corps même de l'Eglise. L'Esprit-Saint est incorporé à l'Eglise pour toujours; il est le principe qui l'anime, qui la fait agir et mouvoir, et lui fait surmonter toutes les crises auxquelles, par la permission divine, elle demeure exposée durant le trajet de cette vie militante.
Saint Augustin exprime admirablement cette doctrine dans un de ses Sermons pour la fête de la Pentecôte : « Le souffle par lequel « vit l'homme, nous dit-il, s'appelle l'âme; et « vous êtes à même d'observer le rôle de « cette âme relativement au corps. C'est fl elle qui donne la vie aux membres : elle « qui voit par l'œil, entend par l'oreille, sent « par l'odorat, parle par la langue, opère par ■> la main, marche par les pieds. Présente à
I. Psalm. XLiv, 8. — 2. Act. x, 38. — 3. Eph. i, i3.
4iS
« chaque membre, elle donne la vie à tous « et la fonction à chacun. Ce n'est pas l'œil « qui entend, ce n'est pas l'oreille qui voit ni
0 la langue, de même que ce n'est ni l'oreille
« ni l'œil qui parlent; cependant l'oreille est « vivante, la langue est vivante; les fonctions « des sens sont donc varices, mais une même « vie est commune à tous. Ainsi en est-il « dans l'Eglise de Dieu. Dans tel saint elle « opère des miracles, dans tel autre elle ensci« gne la vérité, dans celui-ci elle pratique la « Virginité, dans celui-là elle garde la chas« tetc conjugale ; en un mot les divers mem« bres de l'Église ont leurs fonctions variées, « mais tous puisent la vie à une même source. « Or ce qu'est l'âme au corps humain, le (( Saint-Esprit Test au corps du Christ qui est (c l'Eglise. Le Saint-Esprit opère dans toute « l'Eglise ce que l'âme opère dans tous les « membres d'un même corps ^ »
La voilà donc dégagée, cette notion à l'aide de laquelle nous nous rendrons compte de l'existence de l'Eglise et de ses opérations. L'Eglise est le corps du Christ, et en elle le Saint-Esprit est le principe de la vie. C'est lui qui l'anime, la conserve, agit en elle et par elle.' Il est son âme, non plus seulement dans le sens restreint selon lequel nous avons parlé plus haut de l'àme de l'Eglise, c'est-à-dire son être intérieur qui est du reste en elle le produit de l'action du Saint-Esprit ; mais il est son âme en ce que toute sa vie intérieure et extérieure, et toute son opération, procèdent de lui. L'Eglise est imSerra, cclvii. In die Pentecostes.
Le Mercredi de la Pentecôte. 41g
périssable, parce que l'amour qui a porté l'Esprit-Saint à habiter en elle durera toujours; telle est la raison de cette perpétuité qui est le phénomène le plus étonnant en ce monde.
Mais il nous faut considérer maintenant cette autre merveille qui consiste dans la conservation de l'unité au sein de cette société. L'Epoux, dans le divin Cantique, appelle l'Eglise « son unique ». Il n'a pas désiré plusieurs épouses ; l'Esprit-Saint aura donc dû veiller avec sollicitude sur l'accomplissement du dessein de l'Emmanuel. Suivons les traces de sa sollicitude pour obtenir un tel résultat. Est-il possible humainement qu'une société traverse dix-neuf siècles sans avoir changé, sans avoir remanié son existence en mille façons, en supposant même que, sous un nom ou sous un autre, elle ait pu remplir une telle durée ? Songez que cette société, durant un si long espace de temps, n'a pu manquer de voir s'agiter dans son sein, sous mille formes, les passions humaines qui souvent entraînent tout après elles ;
au'elle a toujours été composée de races iverses de langage, de génie, de mœurs, tantôt éloignées les unes des autres au point de se connaître à peine, tantôt voisines mais divisées par des intérêts et même par des antipathies nationales; que des révolutions politiques sans nombre ont modifié sans cesse, renversé même l'existence des peuples; et cependant, partout où il a existé, partout où il existera des catholiques, l'unitédemeure le caractère de ce corps immense et des membres qui le composent. Une même foi,
42 0 Le Temps Pascal.
un même symbole, une même soumission à un même chef visible, un même culte quant aux points essentiels, une même manière de trancher toute question par la tradition et l'autorité. Des sectes se sont élevées en chaque siècle ; toutes ont dit : « Je suis la vraie Eglise » ; et pas une seule n'a pu survivre aux circonstances qui l'avaientproduitc. Où sont maintenant les ariens avec leur puissance politique, les nestoriens , les eutychiens, les monothélites, avec leurs inépuisables subtilités ? Quoi de plus impuissant et de plus stérile que le schisme grec asservi soit au sultan, soit au moscovite ? que restet-il du jansénisme épuisé par ses vains efforts pour se maintenir dans l'Eglise malgré l'Eglise ? et quant au protestantisme parti du principe de négation, ne l'a-t-on pas vu dès le lendemain brisé en morceaux, sans jamais
Êouvoir former une même société religieuse? t ne le voyons-nous pas aujourd'hui aux abois, incapable de retenir les dogmes qu'il avait regardés d'abord comme fondamentaux.: i'inspiration des Ecritures et la divinité de Jésus-Christ ?
En face de tant de ruines amoncelées, qu'elle est belle et radieuse dans son unité, notre mère la sainte Eglise catholique , l'Epouse unique de l'Emmanuel ! Les millions d'hommes qui l'ont composée, et qui la composent encore aujourd'hui, seraient-ils d'une autre nature que ceux qui se sont partagés entre les diverses sectes qu'elle a vues naî'trc et mourir ? Orthodoxes ou hétérodoxes, ne sommes-nous pas tous membres de la même famille humaine, sujets aux mêmes passions
Le Mercredi de la Pentecôte. 421
et aux mêmes erreurs? D'où vient aux fils de l'Eglise catholique cette consistance qui triomphe du temps, sur laquelle n'influe pas la dissemblance des races, qui survit à ces crises et à ces changements que n'ont pu prévenir ni la forte constitution des Etats, ni la résistance séculaire des nationalités? 11 faut en convenir, un élément divin est là qui résiste et qui maintient. L'âme de l'Eglise, l'Esprit-Saint, influe dans tous ses membres, et comme il est unique, il produit l'unité dans tout l'ensemble qu'il anime. Ne pouvant être contraire à lui-même, rien ne subsiste par lui qu'au moyen d'une entière conformité avec ce qu'il est. Nous avons ainsi la clef du grand problème.
Demam nous parlerons de ce que fait l'Esprit-Saint pour le maintien de la foi une et invariable dans tout le corps de l'Eglise; arrêtons- nous aujourd'hui à le considérer comme principe d'union extérieure par la subordination volontaire à un même centre d'unité. Jésus avait dit : « Tu es Pierre et sur « cette pierre je bâtirai mon Eglise » ; mais Pierre devait mourir. La promesse n'avait donc pas pour objet sa personne seulement, mais toute la suite de ses successeurs jusqu'à la fin des siècles. Quelle étonnante et énergique action du divin Esprit produit ainsi, anneau par anneau, cette dynastie de princes spirituels arrivée à son deux cent soixantequatrième Pontife, et devant se poursuivre jusqu'au dernier jour du monde ! Aucune violence ne sera faite à la liberté humaine; le divin Esprit lui laissera tout tenter; mais il faut cependant qu'il poursuive sa mission.
42 2 Le Temps Pascal.
Qu'un Décius produise par ses violences une vacance de quatre ans sur le siège de Rome, qu'il s'élève des anti-papes soutenus les uns par la faveur populaire, les autres par la politique des princes, qu'un long schisme rende douteuse la légitimité de plusieurs Pontifes, l'Esprit-Saint laissera s'écouler l'épreuve, il fortifiera, pendant qu'elle dure, la foi de ses fidèles ; enfin, au moment marqué, il produira son élu, et toute l'Eglise le recevra avec acclamation.
Pour comprendre tout ce que cette action surnaturelle renferme de merveilleux, il ne suffit pas d'apprécier les résultats extérieurs qu'elle produit dans l'histoire; il faut la suivre dans ce qu'elle a d'intime et de mystérieux. L'unité de l'Eglise n'est pas du genre de cette unité que les conquérants établissent dans les pays qu'ils ont soumis, où l'on paie le tribut parce qu'il faut bien se soumettre à la force. Les membres de l'Eglise gardent l'unité dans la foi et dans la soumission, parce qu'ils se courbent avec amour sous un joug imposé à leur liberté et à leur raison. Mais qui donc captive ainsi l'orgueil humain sous une telle obéissance ? Qui donc fait trouver la joie et le contentement dans l'abaissement de toute prétention personnelle? Qui donc dispose l'homme à mettre sa sécurité et son bonheur à disparaître comme individu dans cette unité absolue, et cela en des questions où le caprice humain s'est donné plus large carrière dans tous les temps ? N'est-ce pas le divin Esprit qui opère ce miracle multiple et permanent, qui anime et harmonise ce vaste ensemble, et qui, sans violence, fond dans l'unité d'un même
Le Mercredi de la Pentecôte. 428
concert les millions de cœurs et d'esprits qui forment l'Epouse « unique » du Fils de Dieu ?
Dans les jours de sa vie mortelle, Jésus demandait pour nous l'unité au Père céleste. « Qu'ils soientun, comme nous sommes un 1», disait-il. Il la prépare, en nous appelant à devenir ses membres; mais pour opérer cette union, il envoie aux hommes son Esprit, cet Esprit divin qui est le lien éternel entre le Père et le Fils, et qui daigne, dans le temps, descendre jusqu'à nous, pour y réaliser cette unité ineffable qui a son type en Dieu même.
Grâces vous soient donc rendues, divin Esprit, qui habitant ainsi dans l'Eglise de Jésus, nous inclinez miséricordieusementvers l'unité, qui nous la faites aimer, et nous disposez à tout souffrir plutôt que de la rompre. Fortifîez-la en nous, et ne permettez jamais qu'un défaut de soumission l'altère même légèrement. Vous êtes l'âme de la sainte Eglise; gouvernez-nous comme des membres toujours dociles à votre impulsion; car nous savons que nous ne saurions être à Jésus qui vous a envoyé, si nous n'étions à l'Eglise son Epouse et notre Mère, à cette Eglise qu'il a rachetée de son sang, et qu'il vous a donnée à former et à conduire.
Samedi prochain, l'Ordination des prêtres et des ministres sacrés aura lieu dans toute l'Eglise; l'Esprit-Saint, dont le sacrement de l'Ordre est une des principales opérations,
descendra dans les âmes qui lui seront présentées, et imprimera sur elles, par les mains du Pontife, le sceau du Sacerdoce ou du Diaconat, En présence d'un si grave intérêt, la sainte Eglise prescrit dés aujourd'hui à ses fidèles le jeûne et l'abstinence, pour obtenir de la miséricorde divine que l'etfusion d'une telle grâce soit favorable à ceux qui la recevront et avantageuse à la société chrétienne.
A Rome, la Station est aujourd'hui dans la Basilique de Sainte-Marie-Majeure. Il était juste qu'un des jours de cette grande Octave vît les fidèles réunis sous les auspices de la Mère de Dieu, dont la participation au mystère de la Pentecôte a été si glorieuse et si favorable à l'Eglise naissante.
eus achèverons la journée en insérant ici l'une des plus belles Séquences d'Adam de Saint-Victor sur le mystère du Saint-Esprit.
LUX jocunda, lux insignis, Qua de throno missus ignis
In Christi discipulos Corda replet, linguas ditat. Ad concordes non invitât
Linguœ cordis modulos.
UNE lumière joyeuse, éclatante, un feu lancé du trône céleste sur les disciples du Christ, remplissent les cœurs, fécondent les langues, et nous invitent ù unir dans un concert mélodieux et nos langues et nos cœurs.
Le Mercredi de la Pentecôte.
Le gage que le Christ avait promis à son Epouse, il le lui envoie au cinquantième jour; devenu ferme comme un rocher, Pierre répand dans ses discours le miel le plus doux, l'huile la plus généreuse.
Sur la montagne, l'ancien peuple reçut la loi, non dans des langues de feu, mais gravée sur la pierre ; dans le Cénacle, un petit nombre d'hommes reçoit un cœur nouveau, et revient à l'unité des langues.
O jour heureux, jour solennel, où l'Eglise primitive est fondée ! Trois mille hommes sont les prémices de cette Eglise à sa naissance.
Les deux pains oflerts en prémices dans la loi, figuraient les deux peuples adoptés en ce jour dans une même foi • la pierre placée à la tête de l'angle s'interpose entre les deux, et des deux ne fait plus qu'un seul peuple.
De nouvelles outres, non plus les anciennes, sont remplies d'un vin nouveau : la veuve préparc ses vases, tandis qu'Elisée multiplie l'huile en abondance : ainsi Dieu
Christus misit quod promisit Pignus Sponsae, quam revisit
Die quinquagesima ; Post dulcorem mclleum Petra fudit oleum, Petra jamfirmissima.
In tabellis saxeis, Non in linguis igneis, Lex de monte populo ; Paucis cordis covitas Etlinguarum unitas, Datur in Cœnaculo.
O q.uam felix, quam festiva Dies in qua primitiva Fundatur Ecclcsia l Vivœ sunt primitia; Nascentis Ecclesicc, Tria primum millia.
Panes legis primitivi, SuQt sub una adoptivi
Fide duo populi : Se duobus interjecit Sicque duos unum fecit
Lapis, caput anguli.
Utresnovi,nonvetusti, Sunt capaces novi musti :
Vasa paret vidua. Liquorem dat Eliseus : Nobis sacrum rorem
Deus,
42 G Le Mercredi de la Pentecôte.
Si corda sint congrua.
Non hoc musto vel liquore, Non hoc sumus digni
rore,
Si discordes moribus. In obscuris vel divisis, Non potest haec Paraclisis
Habitare cordibus.
Consolator aime, veni :
Linguas rege, corda leni :
Nihil fellis aut veneni Sub tua praesentia.
Nil jocundum, nil amœ- num,
Nil salubre, nil serenum,
Nihil dulce, nihil plénum. Sine tua gratia.
Tu lumen es et unguentum, Tu cœleste condimentum, Aquas ditans eleraentum
Virtute mysterii. Nova facti creatura, Te laudemus mente para, Gratiœ nunc, sed natura
Prius irœ filii.
répand aujourd'hui la céleste robée, autant qu'il trouve de cœurs préparés à la recevoir.
Nous ne serions pas dignes de recevoir ce vin précieux, cette rosée divine, si notre vie était déréglée : ce Paraclet ne saurait habiter dans des cœurs remplis de ténèbres ou divisés.
Viens donc à nous, auguste Consolateur ! gouverne nos langues, apaise nos cœurs : ni fiel, ni venin n'est compatible avec ta présence. Sans la grâce, il n'est ni délice, ni salut, ni sérénité, ni douceur, ni plénitude.
Tu es lumière et parfum -, tu es ce principe céleste qui confère à l'élément de l'eau une puissance mystérieuse . nous qui sommes devenus une création nouvelle, d'abord enfants de colère par nature, maintenant enfants de la grâce, nous te louons d'un cœur purifié.
Le Don de Force.
Toi qui donnes et qui es en même temps le don, toi qui verses sur nous tous les biens, rends nos cœurs capables de te louer, forme nos langues à célébrer tes grandeurs. Auteur de toute pureté, purifie-nous du péché : renouvelle-nous dans le Christ, et fais-nous goûter la joie entière que donne à l'âme la vie nouvelle.
Amen.
Tu qui dater es et donum, Nostri cordis orane bonum, Cor ad laudera reddc
pronum, Nostrœ linguae formans
sonum
In tua praeconia. Tu nos purga a peccatis, Auctor ipse pietatis, Et in Christo renovatis Da perfectœ novitatis
Plena nobis gaudia. Amen.
LE don de Science nous a appris ce que nous devons faire et ce que nous devons éviter pour être conformes au dessein de Jésus-Christ notre divin chef. Il faut maintenant que l'Esprit-Saint établisse en nous un principe duquel nous puissions emprunter l'énergie qui devra nous soutenir dans la voie qu'il vient de nous montrer. Nous devons en effet compter sur des obstacles, et le grand nombre de ceux qui succombent suffit à nous convaincre du besoin que nous avons d'être aidés. Le secours que le divin Esprit nous communique est le don de Force, par lequel, si nous sommes tidèles à l'employer, il nous sera possible et même aisé de triompher de tout ce qui pourrait arrêter notre marche. Dans les difficultés et les épreuves de la
42<V Le Mercredi de la Pentecôte
vie, l'homme est tantôt porté à la faiblesse et à l'abattement, tantôt poussé par une ardeur naturelle qui a sa source dans le tempérament ou dans la vanité. Cette double disposition avancerait peu la victoire dans les combats que l'âme doit livrer pour son salut. L'Esprit-Saint apporte donc un élément nouveau, cette force surnaturelle qui lui est tellement propre que le Sauveur, instituant ses Sacrements, en a établi un qui a pour objet spécial de nous donner ce divin Esprit comme principe d'énergie. Il est hors de doute qu'ayant à lutter pendant cette vie contre le démon, le monde et nous-mêmes, il nous faut autre chose pour résister que la pusillanimité ou l'audace. Nous avons besoin d'un don qui modère en nous la peur, en même temps qu'il tempère la confiance que nous serions portés à mettre en nous-mêmes. L'homme ainsi modifié par le Saint-Esprit vaincra sûrement; car la grâce suppléera en lui à la faiblesse de la nature, en même temps qu'elle en corrigera la fougue.
Deux nécessités se rencontrent dans la vie du chrétien : il lui faut savoir résister et savoir supporter. Que pourrait-il opposer aux tentations de Satan, si la Force du divin Esprit ne venait le couvrir d'une armure céleste et aguerrir son bras? Le monde n'est-il pas aussi un adversaire terrible, si l'on considère le nombre des victimes qu'il fait chaque jour par la tyrannie de ses maximes et de ses prétentions? Quelle ne doit pas être l'assistance du divin Esprit, lorsqu'il s'agit de rendre le chrétien invulnérable aux traits meurtriers qui font tant de ravages autour de lui ?
Le Don de Force. 42g
Les passions du cœur de l'homme ne sont pas un moindre obstacle à son salut et à sa sanctification: obstacle d'autant plus redoutable qu'il est plus intime. 11 faut que l'Esprit-Saint transforme le cœur, qu'il l'entraîne même à se renoncer, lorsque la lumière céleste indique une autre voie que celle vers laquelle nous pousse l'amour et la recherche de nous-mêmes. Quelle Force divine ne fautil pas pour « haïr jusqu'à sa propre vie », quand Jésus-Christ l'exige 1, quand il s'agit de faire le choix entre deux maîtres dont le service est incompatible-? L'Esprit-Saint fait tous les jours de ces prodiges au moyen du don qu'il a répandu en nous, si nous ne méprisons pas ce don, si nous ne l'ctouffons pas dans notre lâc'neté ou dans notre imprudence. Il apprend au chrétien à dominer ses passions, à ne pas se laisser conduire par ces guides aveugles, à ne céder à ses instincts que lorsqu'ils sont conformes à l'ordre que Dieu a établi.
Quelquefois ce divin Esprit ne demande pas seulement que le chrétien résiste intérieurement aux ennemis de son âme; il exige qu'il proteste ouvertement contre l'erreur et le mal, si le devoir d'état ou la position le réclament. C'est alors qu'il faut braver cette sorte d'impopularité qui s'attache parfois au chrétien, et qui ne doit pas le surprendre quand il se rappelle les paroles de l'Apôtre : u Si j'étais agréable aux hommes, je ne serais « pas serviteur du Christ 3. » Mais l'Esprit4^0 Le Mercredi de la Pentecôte.
Saint ne fait jamais défaut, et lorsqu'il rencontre une âme résolue à user de la Force divine dont il est la source, non seulement il lui assure le triomphe, mais il l'établit pour l'ordinaire dans cette paix pleine de douceur et de courage qu'apporte la victoire sur les passions.
Telle est la manière dont l'Esprit-Saint applique le don de Force au chrétien, lorsâue celui-ci doit s'exercer à la résistance, bus avons dit que ce précieux don apportait en même temps l'énergie nécessaire pour supporter les épreuves au prix desquelles est le salut. Il est des frayeurs qui glacent le courage et peuvent entraîner l'homme à sa perte. Le don de Force lesdissipe; il les remplace par un calme et une assurance qui déconcertent la nature. Voyez les martyrs, et non pas seulement un saint Maurice, chef de la légion Thébaine, accoutumé aux luttes du champ de bataille, mais ces Félicité, mère de sept enfants, ces Perpétue, noble dame de Carthage pour laquelle le monde n'avait que des faveurs; ces Agnès, enfant de treize ans, et tant de milliers d'autres, et dites si le don de Force est stérile en sacrifices. Qu'est devenue la peur de la mort, de cette mort dont la seule pensée nous accable parfois.^ Et ces généreuses offrandes de toute une vie immolée dans le renoncement et les privations, afin de trouver Jésus sans partage et de suivre ses traces de plus près! Et tant d'existences voilées aux regards distraits et superficiels des hommes, existences dont l'élément est le sacrifice, où la sérénité n"est jamais vaincue par l'épreuve, où la croix toujours
Le Don de Force. 43 1
renaissante est toujours acceptée ! Quels trophées pour l'Esprit de Force ! que de dévouements au devoir il sait produire ! Et si l'homme à lui seul est peu de chose, combien il grandit sous l'action de l'EspritSaint!
C'est lui encore qui aide le chrétien à braver la triste tentation du respect humain, l'élevant au-dessus des considérations mondaines qui dicteraient une autre conduite. C'est lui qui pousse l'homme à préférer au vain honneur du monde la joie de n'avoir pas violé le commandement de son Dieu. C'est cet Esprit de Force qui fait accepter les disgrâces de la fortune comme autant de desseins miséricordieux du ciel, qui soutient le courage du chrétien dans la perte si douloureused'êtres chéris, dans les souffrances physiques qui lui rendraient la vie à charge, s'il ne savait qu'elles sont des visites du Seigneur. C'est lui enfin, comme nous le lisons dans la vie des saints, qui se sert des répugnances même de la nature, pour provoquer ces actes héroïques où la créature humaine semble avoir franchi les limites de son être pour s'élever au rang des esprits impassibles et glorifiés.
Esprit de Force, soyez toujours plus en nous, et sauvez-nous de la mollesse de ce siècle. A aucune époque l'énergie des âmes n'a été plus affaiblie, l'esprit mondain plus triomphant, le sensualisme plus insolent, l'orgueil et l'indépendance plus prononcés. Savoir être fort contre soi-même, est une rareté qui excite l'étonnement dans ceux qui en sont témoins: tant les maximes de l'Evangile
4^2 Le Temps Pascal.
ont perdu de terrain ! Retenez-nous sur cette pente qui nous entraînerait comme tant d'autres, ô divin Esprit! Souffrez que nous vous adressions en forme de demande les vœux que formait Paul pour les chrétiens d'Ephèse, et que nous osions réclamer de votre largesse « cette armure divine qui « nous mettra en état de résister au jour « mauvais et de demeurer parfaits en toutes « choses. Ceignez nos reins de la vérité, <« couvrez-nous de la cuirasse de la justice, « donnez à nos pieds l'Evangile de paix pour u chaussure indestructible ; munissez-nous « du bouclier de la foi, contre lequel vien« nent s'éteindre lestraits enflammés de notre « cruel ennemi. Placez sur notre tète le cas« que qui est l'espérance du salut, et dans « notre main le glaive spirituel qui est la « parole même de Dieu i, » et à l'aide duquel, comme le Seigneur dans le désert, nous pouvons venir à bout de tous nos adversaires. Esprit de Force, faites qu'il en soit ainsi.
^ENEZ, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de voire amour.
Y ENi, Sancte Spiritus, reple tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
E divin Esprit qui tient unis dans un même tout les membres de la sainte Eglise, parce qu'il est lui'.:-^c~^.^ même unique, n'a pas seulement ete envoyé pour assurer l'unité -inviolable à l'Epouse du Christ. Cette Epouse d'un Dieu qui s'est appelé lui-même la Vérité ', a besoin d'être dans la vérité, et ne peut être accessible a l'erreur. Jésus lui a confié sa doctrine, il l'a instruite en la personne des Apôtres. « Tout ce que j'ai entendu de mon Père, « dit-il, )e vous l'ai manifesté 2. „ Mais comment cette Eglise, si elle est laissée à l'humaine faiblesse, pourra-t-elle conserver sans mélange et sans altération, durant la traversée des siècles, cette parole que Jésus n'a pas écrite, cette vérité qu'il est venu de si haut apporter à la terre ? L'expérience prouve que tout s altère ici-bas, que les textes écrits sont sujets a de fausses interprétations, et que les traditions non écrites deviennent méconnaissables parle cours des années. C'est ici encore que nous devons reconI. JOHAN. XIV, 6. — 2.1bid. XV, i5.
434 L.e Temps Pascal.
naître la divine prévoyance de notre Emmanuel montant au ciel. De même que pour accomplir le désir qu'il a « que nous soyons « un. comme il est un a\ ce son Père »,' il a député vers nous son unique Esprit ; ainsi, pour nous maintenir dans la vérité, il nous a envoyé ce même Esprit qu'il appelle l'Esprit de vérité. « Quand il sera venu, dit-il, « cet Esprit de vérité, il \ ous enseignera toute « vérité '. » Et quelle est la vérité qu'enseignera cet Esprit? « Il enseignera toutes cho« ses, et il vous suggérera tout ce que je vous « aurai dit -. »
Rien donc ne se perdra de ce que le Verbe divin a dit aux hommes. La beauté de son Epouse aura pour fondement la vérité; car la beauté est lasplendeur du vrai. Sa fidélité à l'Epoux sera parfaite; car s'il est la Vérité, la Vérité est assurée en elle pour jamais. Jésus le déclare ainsi: « Le nouveau Consolateur que « le Père vous enverra demeurera avec vous « pour toujours, et il sera en vous s, » C'est donc par l'Ésprit-Saint que l'Eglise possédera en propre la vérité, et cette possession ne lui sera jamais enlevée; car cet Esprit envoyé par le Père et par le Fils s'attachera à l'É- glise et ne la quittera plus.
C'est ici le moment de se rappeler la magnifique théorie de saint Augustin. Selon sa doctrine qui n'est que l'explication des passages du saint Evangile que nous venons de lire, l'Esprit-Saint est le principe de la vie dans l'Eglise; étant donc l'Esprit de vérité,
I. JoHAN, xvî, i3. — 2. Ibid. XIV, 26. — 3. Ibid. xiv,
Le Jeudi de la Pentecôte. 435
il conserve la vérité en elle, il la dirige dans la vérité, en sorte qu' elle ne peut exprimer que la vérité dans son enseignement et dans sa conduite. Il assume la responsabilité de SCS paroles, comme notre esprit répond de ce que profère notre langue ; et c'est pour cela que la sainte Eglise est tellement identifiée avec la vérité par son union avec l'Esprit divin, que l'Apôtre ne fait pas difficulté de nous dire qu'elle en est « la colonne et l'appui ^ '> Que l'on ne s'étonne donc pas si le chrétien se repose sur l'Eglise dans sa croyance. Ne sait-il pas que cette Eglise n'est jamais seule, qu'elle est toujours avec l'Esprit divin qui vit en elle, que sa parole n'est pas sa parole à elle, mais la parole de l'Esprit qui n'est autre que la parole de Jésus ?
Or, cette parole de Jésus, l'Esprit la conserve pour l'Eglise dans un double dépôt. Il veille sur elle dans les saints Evangiles qu'il a inspirés à leurs auteurs. Par ses soins, ces livres sacrés sont défendus contre toute alté ration, et ils traversent les siècles sans que la main de l'homme leur ait fait subir de changement. Il en est de même des autres livres du Nouveau Testament composés sous le souffle du même Esprit. Ceux dont se compose l'Ancien Testament sont également le produit de l'inspiration du divin Esprit. S'ils ne rapportent pas les discours de Jésus durant sa vie mortelle, ils parlent de lui, ils l'annoncent, en même temps qu'ils contiennent la première initiation aux choses divines. Cet ensemble des livres sacrés est rem4^à Le Temps Pascal.
pli des mystères dont l'Esprit a la clef pour la communiquer à l'Eglise.
L'autre source de la parole de Jésus est la Tradition. Tout ne devait pas être écrit, et l'Eglise existaitdéjàque les Evangiles n'étaient pas encore rédigés. Cette Tradition, élément divin comme l'Écriture elle-même, comment aurait-elle survécu sans altération, si l'Esprit de Vérité ne veillait à sa garde ? 11 la maintient donc dans la mémoire de l'Eglise, il la préserve de tout changement : c'est sa mission, et par la fidélité qu'il met à remplir cette mission, l'Epouse demeure en possession de tous les secrets de l'Epoux.
Mais il ne suffit pas que l'Eglise possède la vérité écrite et traditionnelle, comme un dépôt scellé. Il faut encore qu'elle en ait le discernement, afin de pouvoir l'interpréter à ceux auxquels elle doit rendre les enseignements de Jésus. La vérité n'est pas descendue du ciel pour n'être pas communiquée aux hommes; car elle est leur lumière, et sans elle ils languiraient dans les ténèbres, sans savoir d'où ils viennent et où ils vont '. L'Esprit de \'érité ne se bornera donc pas à conserver la parole de Jésus dans l'Eglise comme un trésor caché, il en dirigera l'épanchement sur les hommes, afin qu'ils y puisent la vie de leurs âmes. L'Eglise sera donc infaillible dans son enseignement ; car elle ne pourrait se tromper ni tromper les hommes, puisque l'Esprit de Vérité la conduit en tout et parle par son organe. II est son
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âme, et nous avons reconnu, avec saint Augustin, que lorsque la langue s'exprime, c'est l'âme que l'on entend.
La voilà, cette infaillibilité de notre mère la sainte Eglise, résultat direct et immédiat de l'incorporation de l'Esprit de Vérité en elle! c'est la promesse du Fils de Dieu, c'est l'effet nécessaire de la présence du SaintEsprit. Quiconque ne reconnaît pas l'Eglise pour infaillible doit, s'il est conséquent avec lui-même, admettre que le Fils de Dieu a été impuissant à remplir sa prom.esse, et que l'Esprit de Vérité n'est qu'un Esprit d'erreur. Mais celui qui raisonne ainsi a perdu le sentier de la vie ; il a cru nier seulement l'Eglise, et sans s'en apercevoir, c'est Dieu même qu'il a renié. Tel est le crime et le malheur de l'hérésie. Le défaut de rétlexion sérieuse peut voiler cette terrible conséquence : elle n'en est pas moins rigoureusement déduite. L'hérétique a rompu avec le Saint-Esprit, en rompant de pensée avec l'Eglise : il pourrait revivre en retournant humblement vers l'Epouse du Christ, mais présentement il est dans la mort; car l'âme ne l'anime plus. Ecoutons encore le grand Docteur : « Il arrive parfois, dit-il, qu'un « membre du corps humain soit coupé, une « main, un doigt, un pied : l'âme suit-elle le « membre ainsi séparé du corps ? non ; ce « membre, quand il était uni au corps, «« jouissait de la vie; isolé maintenant, c'est « la vie même qu'il a perdue. De même le « chrétien demeure catholique tant qu'il est « adhérent au corps de l'Eglise; en est-il « séparé, le voilà hérétique; l'Esprit ne
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« suit pas le membre qui s'est détaché ^ ». Honneur soit donc à l'Esprit divin pour la splendeur de vérité qu'il communique à itpouse ! mais pourrions-nous, sans le plus affreux péril, imposer des bornes à notre docilité, aux enseignements qui nous viennent à la fois de l'Esprit et de l'Epouse que nous savons unis d'une manière si indissoluble-? Soit donc que l'Eglise nous intime ce que nous devons croire en nous montrant sa pratique, ou par la simple énonciation de ses sentiments, soit quelle déclare solennellement la définition attendue, nous devons regarder et écouter avec soumission de cœur: car la pratique de l'Eglise est maintenue dans la vérité par l'Esprit qui la vivifie; renonciation de ses sentiments à toute heure est l'aspiration continue de cet Esprit qui vit en elle ; et quant aux sentences qu'elle rend, ce n'est pas elle seule qui prononce, c'est l'Esprit qui prononce en elle et par elle. Si c'est son Chef visible qui déclare la doctrine, nous savons que Jésus a daigné prier pour que la foi de Pierre ne défaille pas, qu'il l'a obtenu de son Père, et qii'il a confié à l'Esprit la charge de maintenir Pierre en possession d'un don si précieux pour nous. Si le Pontife suprême, à la tête du collège épiscopal réuni conciliairement. déclare la foi dans l'accord parfait du Chef et des membres, c'est l'Esprit qui dans ce jugement collectif prononce avec une majesté souveraine pour la gloire de la vérité et la confuLe Jeudi de la Pentecôte. 43g
sion de l'erreur. C'est l'Esprit qui a abattu toutes les hérésies sous les pieds de l'Epouse victorieuse ; c'est l'Esprit qui a suscité dans son sein, à tous les siècles, les docteurs qui ont terrassé l'erreur aussitôt qu'elle s'est montrée.
Elle a donc en partage le don de l'infaillibilité, notre Eglise bien-aimée; elle est donc vraie en tout et toujours, l'Epouse de Jésus ; et elle doit cet heureux sort a celui qui procède éternellement du Père et du Fils. Mais il est encore une gloire dont elle lui est redevable. L'Epouse du Dieu saint doit être sainte. Elle l'est ; et c'est de l'Esprit de sainteté qu'elle reçoit la sainteté. La vérité et la sainteté sont unies en Dieu d'une manière indissoluble ; etc'estpour celaque Jésus voulant « que nous soyons parfaits comme notre Père « céleste est parfait ^ )),'et que tout en restant de simples créatures nous cherchions notre type dans le souverain bien, demande « que il nous soyons sanctifiés dans la Vérité 2. »
Jésus a donc remis son Epouse à la direction de l'Esprit, afin qu'il la rendît sainte. Or, la sainteté est tellement inhérente à cet Esprit divin qu'elle sert à le désigner comme sa qualité fondamentale. Jésus lui-même l'appelle le Saint-Esprit, en sorte que c'est 'lUr le témoignage du Fils de Dieu que nous iui donnons" ce beau nom. Le Père est la Puissance, le Fils est la Vérité, l'Esprit est la Sainteté; et c'est pour cela que l'Esprit remplit ici-bas le ministère de sanctificateur, bien que le Père et le Fils soient saints, de
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même que la vérité est dans le Père et dans Ibspnt, et que l'Esprit ainsi que le Fils aient aussi la puissance. Les trois divines personnes ont leurs propriétés spéciales, mais elles sont unies dans une seule et même essence. Or, la propriété spéciale du Sainttsprit est d'être l'amour, et l'amour produit la samtete; car il unit et identifie le souverain bien avec celui qui en a l'amour, et cette union ou identification est la sainteté qui est a splendeur du Bien, comme la beauté est la splendeur du Vrai.
Pour être digne de l'Emmanuel son Epoux,
1 Eglise devait donc être sainte. Il lui avait donne la venté que l'Esprit a maintenue en elle; 1 Esprit a son tour lui donnera la sainteté, et le Père céleste la voyant vraie et sainte, l'adoptera pour sa fille: telle est sa destinée glorieuse. Vovons maintent les traits de cette sainteté. Le premier est la fidélité à
1 Epoux. Or, l'histoire de l'Eglise tout entière dépose de cette fidélité. Tous les pièges lui ont ete tendus, toutes les violences ont été dirigées contre elle, pour la séduire et pour la détacher de l'Epoux. Elle a tout déjoué, tout brave; elle a sacrifié son sang, son repos, et jusqu'au territoire où elle régnait, plutôt que de laisser altérer entre ses mains le dépot que l'Epoux lui avait confié. Comptez, si vous pouvez, les martyrs depuis les Apôtres jusqu'aujourd'hui. Rappelez-vous les offres des princes, si elle voulait se taire sur la vente divine, les menaces et les traitements cruels qu'elle a encourus plutôt que de laisser mutiler son symbole. Pourrait-on oublier les luttes formidables qu'elle a soutenues
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contre les empereurs d'Allemagne pour sauvegarder sa liberté dont son Epoux est si jaloux; le noble détachement qu'elle a montré, aimant mieux voir l'Angleterre rompre avec elle que de sanctionner par une dispense illicite l'adultère d'un roi; la générosité qu'elle a fait paraître dans la personne de Pie IX, en bravant les dédains de la politique mondaine et les lâches étonnements des faux catholiques, plutôt que de laisser un enfant juif à qui le baptême avait été conféré en danger de mort, exposé à renier l'ineffaçable caractère de chrétien, et à blasphémer le Christ dont il était devenu l'heureux membre ?
L'Eglise agit et agira ainsi jusqu'à la fin, parce qu'elle est sainte dans sa fidélité; et l'Esprit nourrit toujours en elle un amour qui ne calcule jamais en présence du devoir. Elle peut ouvrir le code de ses lois en présence de ses ennemis comme de ses enfants fidèles, et leur demander s'ils pourraient en signaler une seule qui n'ait pas pour objet de procurer la gloire de son Epoux et le bien des hommes par la pratique de la vertu. Aussi, voyons-nous sortir de son sein des millions d'êtres vertueux qui s'en vont à Dieu après cette vie. Ce sont les saints que l'Eglise sainte produit par l'influence de l'Esprit-Saint. Dans toutes ces myriades d'élus, il n'en est pas un que l'Eglise ne revendique comme le fruit de son sein maternel. Ceux-là même ou'une permission divine a laissé naître dans des sociétés séparées, s'ils ont vécu dans la disposition d'embrasser la vraie Eglise quand elle leur serait manifestée.
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et s'ils ont praticqué toutes les vertus dans une entière fidélité à la grâce qui est le fruit de l'universelle rédemption : cette Eglise sainte les réclame pour ses fils.
Chez elle fleurissent tous les dévouements, tous les hcroismes. Des vertus inconnues au monde avant qu'elle fût fondée, sont journalières dans son sein. En elle il est des saintetés éclatantesqu'ellc couronne deshonneurs de la canonisation : il est des vertus humbles et cachées qui ne rayonneront qu'au jour de l'éternité. Les préceptes de Jésus sont observés par ses disciples, et il règne en eux comme un maître chéri. Mais ce maître a donné aussi des conseils qui ne sont pas à la portée de tous, et c'est la source d'un nouvel épanouissement de la sainteté intarissable de l'Epouse. Non seulement il est des âmes généreuses qui s'attachent avec amour à ces divins conseils ; mais le sein de l'Eglise fécondé par le divin Esprit ne cesse de produire et d'alimenter d'immenses familles religieuses, dont l'élément est la perfection, dont la loi suprême est la pratique des conseils unie par le vœu à celle des préceptes.
Nous ne nous étonnerons plus après cela que l'Epouse resplendisse de ce don des miracles qui atteste visiblement la sainteté. Jésus lui a promis que son front serait toujours entouré de cette surnaturelle auréole ^ ; or, l'Apôtre nous enseigne que les prodiges opérés dans l'Eglise sont l'œuvre directe du Saint-Esprit -.
Que si quelqu'un fait la remarque que tous
I. JOHAN, XIV, 12. — 2. 1 Cor. xn, I I.
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les membres de l'Eglise ne sont pas saints, nous lui répondrons qu'il suffit que cette Epouse du Christ offre à tous le moyen de le devenir; mais que la liberté étant donnée pour être l'instrument du mérite, il serait contradictoire que ceux qui possèdent la liberté fussent en même temps nécessites au bien. Nous ajouterons qu'un nombre immense de ceux qui sont dans le péché, restant membres de l'Eglise par la foi et la soumission respectueuse aux pasteurs légitimes et principalement au Pontife romain, rentreront tôt ou tard en grâce avec Dieu et termineront leur vie dans la sainteté. La miséricorde de l'Esprit-Saint opère cette merveille par le moyen de l'Eglise qui, à l'exemple de son Epoux, « n'éteint pas la mèche qui « fume encore, et n'achève pas de rompre le « roseau déjà éclaté 1. »
Celle qui a reçu, pour le communiquer à ses membres, le divin septénaire des Sacrements dont nous avons exposé la richesse dans le cours d'une des semaines précédentes, comment ne serait-elle pas sainte ? Est-il rien de plus saint que cet auguste ensemble de rites qui donnent les uns la vie aux pécheurs, les autres l'accroissement de la grâce aux justes? Ces Sacrements établis par Jésus lui-même et qui sont l'héritage de la sainte Eglise, ont tous leur relation avec l'EspritSaint. Dans le Baptême, la Confirmation et l'Ordre, c'est lui-même qui agit directement; dans le Sacrifice eucharistique, c'est par son action que l'Homme-Dieu vit et est immolé
sur notre autel ; il fait renaître la grâce baptismale dans la Pénitence ; il est l'Esprit de Force qui conforte le mourant dans l'Onction suprême, le lien sacré qui unit indissolublement les époux dans le Mariage. En montant aux cieux, notre Emmanuï nous laissait comme gage de son amour ce septénaire sacrament'eT; mais le- trésor demeura scellé jusqu'à ce que l'Esprit divin fût descendu. Il devait lui-même mettre l'Epouse en possession d'un dépôt si précieux, l'ayant préparée, en la sanctifiant, à le recevoir dans ses royales mains et à l'administrer fidèlement à ses heureux membres,
L'Eglise enfin est sainte au moyen de la prière qui en elle est incessante. Celui qui est a. l'Esprit de grâce et de prières i » produit continuellement dans les fidèles de l'Eglise, les actes divers qui forment le sublime concert de la prière : adoration, action de grâces, demande, élans du repentir, effusions de Tamour. Il y joint chez plusieurs les dons de la contemplation, par lesquels la créature est tantôt ravie jusqu'en Dieu, tantôt voit descendre Dieu jusqu'à elle avec des faveurs qui tiennent de la vie à venir plus que de celle-ci. Qui pourrait compter les respirations de la sainte Eglise, je veux dire ses épanchements vers l'Epoux, dans les millions de prières qui montent à chaque minute de la terre au ciel, et semblent les unir l'un à l'autre dans le plus étroit embrassement ? Comment ne serait-elle pas sainte, celle qui a ainsi, selon la forte expression de
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l'Apôtre , c( sa conversation dans le ciel 1 ? » Mais si la prière des membres est si merveilleuse dans sa multiplication et son ardeur, combien plus encore est imposante et plus belle la prière générale de rÈglise ellemême dans la sainte Liturgie, où l'EspritSaint agit avec plénitude, inspirant l'Epouse, et lui suggérant ces touchants et nobles accents que nous avons cherché à traduire dans la succession de cet ouvrage! Que ceux qui nous ont suivi jusqu'ici disent si la prière liturgique n'est pas la première de toutes, si elle n'est pas désormais la lumière et la vie de leur prière personnelle. Qu'ils applaudissent donc à la sainteté de l'Epouse qui leur donne de sa plénitude, et qu'ils glorifient « l'Esprit de grâce et de prière » de ce qu'il daigne faire pour elle et pour eux.
Ô Eglise, vous êtes « sanctifiée dans la vérité » ; et par vous nous sommes initiés à toute la doctrine de Jésus votre Epoux; par vous nous sommes établis dans la voie de cette sainteté qui est votre élément. Que pouvons-nous désirer, ayant ainsi le ^'rai et le Bien ? Hors de vous c'est en vain que nous les chercherions, et notre bonheur consiste en ce que nous n'avons rien à chercher ; car votre cœur de mère ne désire que de répandre sur nous tout ce qu'il a reçu de dons et de lumières. Soyez bénie en cette solennité de la Pentecôte où vous avez tant reçu pour nous! Nous sommes éblouis de l'éclat des prérogatives que la munificence de votre Epoux vous a préparées, et dont l'EspritI. Philip. Hl, 20.
Saint vous comble de sa part ; et maintenant que nous vous connaissons mieux encore, nous promettons de vous être plus fidèles que jamais.
La Station du Jeudi de la Pentecôte est dans la basilique de Saint-Laurent-hors-lcsMurs. Ce vénérable sanctuaire où repose la dépouille du vaillant Archidiacre de l'E- glise romaine, est un des plus nobles trophées de la victoire de TEsprit divin sur le Prince du monde, et rassemblée annuelle des fidèles dans un tel lieu depuis tant de siècles atteste combien fut complète la victoire qui donna au Christ Rome et sa puissance.
L'Eglise arménienne se retrouve aujourd'hui pour nous fournir la matière des louanges que nous offrirons à l'Esprit-Saint, dans ces belles strophes qui respirent un si odorant parfum d'antiquité.
HODIE exsultant chori Apostolorum adventu Spiritus Dei, c\nos consolatus est loco \' erbi incarnati, degens apud illos : gloriam offeramus illi agiologa voce.
Hodie exiit aqua viva in Jérusalem, unde repleta sunt fluraina Dei, et currentes inebriarunt terrarum orbem quadrifluvio fonte Eden : glo» UJOURd'hui le chœur des /\ Apôtres tressaille de bonheur à l'arrivée de l'Esprit de Dieu qui vient les consoler en place du Verbe incarné, et habiter avec eux; rendons-lui gloire, et que nos voix célèbrent sa sainteté.
Aujourd'hui une eau vive a jailli dans Jérusalem ; les fleuves de Dieu en ont été remplis, et dans leur cours ils ont enivré la terre, comme les quatre sources qui arroLe Jeudi de la Pentecôte.
Eden ; rendons-lui 2t que nos voix célèriam offeramus illi agiologa voce.
Hodie rore intelligibili de nubibus Spiritus lœtata sunt germina Ecclesiœ, pinguefacti sunt agri justitia. speciosa effecta est déserta purn virginitate : gloriam offeramus illi agiologa voce.
saient gloire, brent sa sainteté.
Aujourd'hui la rosée spirituelle est descendue des nuées, les jeunes plants de l'Eglise en ont été réjouis, ses sillons ont été fertilisés par la justice, ses déserts sont devenus gracieux par l'éclat de la virginité ; rendons-lui gloire, et que nos voix célèbrent sa sainteté.
Nous ajoutons cette belle Séquence que l'Allemagne a produite, et dans laquelle son illustre prophétesse, la grande et sainte abbesse Hildegarde, exprime son amour pour l'Esprit divin dont elle fut constamment l'organe inspiré.
Vous êtes un feu, ô Esprit Paraclet, la source de vie pour toute créature !
Saint étes-vous, lorsque vous vivifiez les êtres.
Saint étes-vous, lorsque par votre onction vous êtes un baume pour nos mortelles blessures.
Saint étes-vous , lorsque vous nettoyez nos plaies humiliantes.
O souffle de sainteté! O flamme de charité ! O saveur
Spiritus PaV_J rachte,
Vita vitae omnis créature.
Sanctus es, vivificando Formas.
Sanctus es, ungendo Periculose fractos.
Sanctus es, tergendo fœtida vulnera.
O spiraculum sanctitatis.
Le Jeudi de la Pentecôte.
O ignis caritatis, O dulcis oujtus In pectoribus, Et infusio cordium In bono odore virtutum !
O fons purissimus, In qiio consideratur Quod Deus aliènes
Colligit, Et perditos requirit !
O lorica vitœ, Et spes compaginis ISIcmbrorura omnium; O cingulum honestalis, Salva beatos !
Custodi eos Qui carcerati sunt
Ab inimico, Et solve ligatos, Quos divina vis Salvare vult.
O iter fortissimum. Quod penetravit omnia. In altissimis, Et in terrenis, Et in omnibus abyssis, Quum omnes componis Et colligis.
De te nubes fluunt,
iEther volât, Lapides humorem habent, Aqua- rivulos educunt Et terra viriditatem sudat.
si douce à nos cœurs! O parfum pénétrant qui leur faites répandre la bonne odeu*- des vertus 1
O source pure et vive, qui manifestez la bonté de Dieu recueillantceuxqui lui étaient étrangers , et recherchant ceux qui étaient perdus 1
O défense de notre vie, espérance de notre conservation, ceinture protectrice de la vertu, sauvez ceux dont vous êtes le bonheur !
Préservez des coups de l'ennemi ceux qui sont encore dans ses liens; brisez leurs chaînes, ô force divine, vous qui voulez les sauver 1
O sentier puissant, tracé de la terre au Ciel, traversant tous les abîmes, afin de recueillir et de rassembler tous les élus.
Par vous les nuages parcourent le ciel, l'atmosphère vivifiante s'étend autour de nous, les rochers recèlent des sources d'eau qui arrosent la terre en ruisseaux; par vous la terre se couvre de sa verdure.
Le Don de Conseil.
C'est vous aussi qui instruisez les âmes et qui les réjouissez, en leur inspirant la sagesse.
Louange donc soit à vous qui êtes l'harmonie de nos chants, le charme de nortre vie, notre espérance et notre gloire, celui qui nous confère le précieux don de la lumière.
Amen.
Tu etiam semper Educis doctos, Per inspirationem sapientiae Lœtificatos.
Unde laus tibi sit, Qui es sonus laudis Et gaudium vitœ, Spes et honor fortissimus, Dans praemia lucis.
Amen.
T ^ don de Force dont nous avons reconnu *-- la nécessité dans l'œuvre de la sanctification du chrétien, ne suffirait pas pour assurer ce grand résultat, si le divin Esprit n'avait pris soin de l'unir à un autre don qui vient à la suite et prévient tout danger. Ce nouveau bienfait consiste dans le don de Conseil. La Force ne saurait être laissée à elle seule : il lui faut un élément qui la dirige. Le don de Science ne pourrait être cet élément, parce que s'il éclaire l'âme sur sa fin, et sur les règles générales de la conduite qu'elle doit tenir, il n'apporte pas une lumière suffisante sur les applications spéciales de la loi de Dieu et sur le gouvernement de la vie. Dans les diverses situations où nous pouvons être placés, dans les résolutions que nous pouvons avoir à prendre, il est nécessaire que nous entendions la voix de l'Esprit-Saint,
^5o Le Jeudi de la Pentecôte.
et c'est par le don de Conseil que ce e voix divine arrive jusqu'à nous. C est elle qui nous dit, si nous voulons 1 écouter, ce que nous devons faire et ce que nous devons éviter ce que nous devons dire et ce que nous devoni taire, ce que nous pouvons conserver et ce à quoi nous devons renoncer. Par le don de Conseil, l'Esprit-Saint a§it sur notre intelligence, de mcme qu il agit sur notre volonté par le don de Force.
Ce donprécieuxs'applique ala vie entière , car il nous faut sans cesse nous déterminer pour un parti ou pour l'autre, et ce nous est un grand sujet de reconnaissance envers 1 esprit divin, de penser qu'il ne nous laisse lamais à nous-mêmes, tant que nous sommes disposés à suivre la direction qu il nous imprime. Que de pièges il peut nous faire éviter! que d'illusions il peut détruire en nous ! que de réalités il nous découvre ! Mais pour ne pas perdre ses inspirations, il nous faut nous garder de l'entraînement naturel qui nous détermine trop souvent peut-etre, de la témérité qui nous emporte au g^e de a passion, de la précipitation qui nous sollicite Se juger et d'agir, lors même que nous n avons ?u encore qu'un côte des choses, de 1 insouciance enfin qui fait que nous nous décidons au hasard, dans la crainte de nous fa " guer par la recherche de ce qui serait lemeil'^L^e Saint-Esprit, par le don de. Conseil; arrache l'homme à tous ces inconvénients. 11 réforme la natures! souvent excessive, quand elle n'est pas apathique. Il tient l'ame attentive à ce qui est vrai, a ce qui est bon, a ce
Le Don de Conseil. 45 t
qui lui est vraiment avantageux. Il lui insinue cette vertu qui est le complément et comme l'assaisonnement de toutes les autres, nous voulons dire la discrétion dont il a le secret, et par laquelle les vertus se conservent, s'harmonisent et ne dégénèrent pas en défauts. Sous la direction du don de Conseil, le chrétien n'a rien à craindre ; TEsprit-Saint prend sur lui la responsabilité de tout. Qu'importe donc que le monde blâme ou critique, qu'il s'étonne ou se scandalise ! le monde se croit sage ; mais il n'a pas le don de Conseil. De là vient que souvent les résolutions prises sous son inspiration aboutissent à un but tout autre que celui qu'il s'était proposé. Et il en devait être ainsi; car c'est à lui que le Seigneur a dit: « Mes pensées ne sont pas « vos pensées, et mes voies ne sont pas vos c( voies '. »
Appelons donc de toute l'ardeur de nos désirs le don divin qui nous préservera du danger de nous gouverner nous-mêmes; mais comprenons que ce don n'habite que dans ceux qui l'estiment assez pour se renoncer en sai,présence. Si l'Esprit-Saint nous trouve détacnés des idées humaines, convaincus de notre fragilité, il daignera être notre Conseil ; de même que si nous étions sages à nos propres yeux, il retirerait sa lumière et nous laisserait à nous-mêmes.
Nous ne voulons pas qu'il en arrive ainsi pour nous, ô divin Esprit ! Nous savons trop par notre expérience qu'il ne nous est pas avantageux de courir les hasards de la pru452 Le Temps Pascal.
dence humaine, et nous abdiquons sincèrement devant vous les prétentions de notre esprit si prompt à s'éblouir et à se faire illusion. Conservez en nous et daignez y développer en toute liberté ce don ineffable que vous nous avez octroyé dans le Baptême : soyez pour toujours notre Conseil. « Faites« nous connaître vos voies, et enseignez-nous « vos sentiers. Dirigez-nous dans la vérité et « instruisez-nous; car c'est de vous que nous « viendra le salut, et c'est pour cela que nous « nous attachons à votre conduite '. » Nous savons que nous serons jugés sur toutes nos œuvres et sur tous nos desseins ; mais nous savons aussi que nous n'avons rien à craindre tant que nous sommes fidèles à votre conduite. Nous serons donc attentifs ;< à écou« ter ce que dit en nous le Seigneur notre « Dieu 2 », l'Esprit de Conseil, son: qu'il nous parle directement, soit qu'il nous renvoie à l'organe qu'il a voulu choisir pour nous. Soit donc béni Jésus qui nous a envoyé son Esprit pour être notre conducteur, et soit béni ce divin Esprit qui daigne nous assister toujours, et que nos résistances passées n'o|it pas
VENEZ, Esprit-Saint, remplissez les cœurs de vos fidèles, et allumez en eux le feu de votre amour.
VENl,^Sancte Spiritus, rep'le tuorum corda fidelium, et tui amoris in eis ignem accende.
'l'SQu'ici nous avons considéré l'action du Saint-Esprit dans l'Eglise; il nous faut maintenant la suivre sur un théâtre moins étendu, il nous faut l'étudier dans le cœur du chrétien. Là encore nous puiserons de nouveaux sentiments d'admiration et de reconnaissance pour ce divin Esprit qui daigne se prêter à tous nos besoins, et nous conduire à la fin bienheureuse pour laquelle nous avons été créés.
De même que l'Esprit-Saint envoyé « pour demeurer avec nous » s'emploie à maintenir et à diriger la sainte Eglise, afin qu'elle soit toujours" l'Epouse fidèle de Jésus son Epoux immortel; ainsi s'attache-t-il à nous pour nous rendre les dignes menrbres de ce chef saint et glorieux. Sa mission est de nous unir à Jésus si étroitement que nous lui soyons incorporés. C'est à lui de nous créer dans l'ordre surnaturel, de nous donner et de nous conserver la vie de la grâce, en nous appliquant les mérites que Jésus notre médiateur et notre Sauveur nous a conquis.
Elle est sublime cette mission du SaintEsprit qui lui a été conférée par le Père et
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par le Fils, et qu'il exerce sur le genre humain. Au sein de la divinité l'Esprit-ISaint est produit et ne produit pas. Le Père engendre le Fils, le Père et le Fils produisen't le Saint-Esprit; cette diffcrcncc est fondée dans la nature divine elle-même, qui n'est et ne peut être qu'en trois personnes. De là vient, comme l'enseignent les Pères, que le SaintEsprit a reçu pour le dehors la fécondité qu'il n'exerce pas dans l'essence divine. Si donc il s'agit de produire l'humanité du Fils de Dieu au sein de Marie, c'est lui qui opère; et s'il s'agit de créer le chrétien du sein de la corruption originelle, et de l'appeler à la vie de la grâce, c'est lui encore qui exercera son action : en sorte que, selon l'énergique expression de saint Augustin, « la même « grâce qui a produit le" Christ à son com« mencement, produit le chrétien lorsqu'il « commence à croire ; le même Esprit duquel « le Christ a été conçu est le principe de la «i nouvelle naissance du fidèle '. »
Nous nous sommes étendu longuement sur l'action du Saint-Esprit dans la "formation et le gouvernement de l'Eglise, parce que l'œuvre principale de ce divin Esprit est de former sur la terre l'Epouse du Fils de Dieu, et que c'est par elle que nous viennent tous les biens. Elle est dépositaire d'une partie des grâces de cet auguste Paraclet, qui a daigné se mettre à sa disposition pour nous sauver et nous sanctifier. C'est pour nous également qu'il l'a rendue catholique, visible à tous les regards, afin qu'il nous fût plus facile
I. Da praedestinatione Sanctorum. Cap. xv.
Le Vendredi de la Pentecôte. 455
de la trouver; c'est pour nous qu'il maintient dans son sein la vérité et la sainteté, afin que nous soyons abreuvés à ces deux sources ineffables. Aujourd'hui nous voici attentifs à ce qu'il opère dans les âmes, et tout d'abord nous nous trouvons en face de son pouvoir créateur. N'est-ce pas en effet une véritable création, d'amener une âme plongée dans la déchéance originelle, ou, ce qui est plus merveilleux encore, une âme défigurée par le péché volontaire et personnel, de l'amener à devenir en un moment la fille adoptive du Père céleste, le membre chéri du Fils de Dieu ? Le Père et le Fils se complaisent à voir accomplir cette œuvre par l'Esprit qui est leur amour mutuel. Ils l'ont envoyé afin qu'il agisse, afin qu'il se conduise en maître dans sa mission, et partout où il règne, ils régnent aussi.
Eternellement l'âme élue a été présente à la divine Trinité; mais, le moment arrivé, l'Esprit descend. Il s'empare de cette âme comme de l'objet désigné à son amour. Le vol de la colombe miséricordieuse est plus rapide que celui de l'aigle qui fond sur sa proie. Que la volonté humaine n'entrave pas son action, et il arrivera de cette âme ce qui est arrivé pour l'Eglise elle-même, c'est-àdire que « ce qui n'était même pas triom« phera de ce qui était *. » On voit alors des miracles d'un ordre étonnant, « la grâce « surabondant là même où le péché avait « abondé -. »
Nous avons vu l'Emmanuel conférer aux
Cor. I, 28. — 2. Rom. v, 20.
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eaux la vertu de purifier les âmes; mais nous nous souvenons que lorsqu'il descendit dans les flots du Jourdain, la colombe divine vint se poser sur sa tôte, et prit possession de l'élément régénérateur. La fontaine baptismale est demeurée son domaine. « C'est là, « nous dit le grand saint Léon, qu'il préside « à la nouvelle naissance de l'homme, ren« dant féconde la fontaine sacrée, comme « autrefois il rendit fécond le sein de la « Vierge, à cette différence que le péché fut « absent dans la conception sacrée du Fils « de Dieu, tandis que la mystérieuse ablu(( tion le détruit en nous '. »
Avec quelle tendresse l'Esprit divin contemple cette nouvelle créature sortant des eaux ! avec quelle impétuosité d'amour il fait irruption en elle ! Il est le Don du Dieu trèshaut, envoyé sur nous pour résider en nous. Il prend donc son habitation dans cette âme toute neuve, qu'elle soit celle de l'enfant d'un ;our, ou celle de l'adulte dé)à chargé d'années. Il se complaît dans ce séjour qu'il a éternellement ambitionné; il l'inonde de ses feux et de sa lumière ; et comme il est par nature inséparable des deux autres personnes divines, sa présence est cause que le Père et le Fils viennent établir aussi leur demeure en cette âme fortunée -.
Mais l'Esprit-Saint a ici son action propre, sa mission sanctificatrice, et pour bien comprendre la nature de sa présence dans le chrétien, il faut savoir qu elle ne se borne
I. Serm. xxvi. In Nativitate Domini, iv. — 2. JoHAN.
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pas à l'âme. Le corps fait aussi partie de rhomme, et il a eu sa part dans la régénération ; c'est pourquoi l'Apôtre, en même temps qu'il nous révèle l'heureuse « habitation » du divin Esprit en nous 1, nous apprend encore que nos membres matériels sont eux-mêmes ses temples 2. n veut les faire servir à la justice et à la sainteté 3 ; il dépose en eux un germe d'im.mortalité qui les conservera dans la dissolution même du tombeau, en sorte qu'au jour de la résurrection ils reparaîtront, mais spiritualisés *, gardant ainsi le signe de l'Esprit qui les aura possédés en cette vie mortelle.
Le chrétien étant donc ainsi l'habitation de l'Esprit- Saint, nous ne devons pas nous étonner que ce divin Esprit songe à orner dignement la demeure qu'il s'est choisie. Quelle plus noble parure que celle des vertus théologales : la Foi qui nous met en possession certaine et substantielle des vérités divines que notre intelligence ne peut voir encore;
1 Espérance qui rend déjà présent le secours divin qui nous est nécessaire et la félicité éternelle que nous attendons; la Charité qui nous unit à Dieu par le plus fort et le plus doux des liens ! Or, ces trois vertus, ces trois moyens pour l'homme régénéré d'être en rapport avec sa tin, c'est à la présence du Saint-Esprit que le chrétien les doit. Il a daigné signaler son arrivée par ce triple bienfait qui dépasse tous nos mérites passés, présents et futurs.
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Au-dessous des trois vertus théologales, il établit ces quatre autres qui sont comme les assises de la vie morale de l'homme: la justice, la force, la prudence et la tempérance-, qualités naturelles, qu'il transforme en les adaptant à la fin surnaturelle du chrétien. Enhn comme un dernier lustre cju'il ajoute à sa demeure, il }^ dépose le septénaire sacré de ses dons, destinés à répandre le mouvement et la vie dans le septénaire des vertus.
Mais les vertus et les dons c|ui tous tendent vers Dieu, réclament l'élément supérieur qui est le moyen essentiel de l'union avec lui : élément indispensable et que rien ne peut suppléer, âme de l'âme, principe vivifiant, sans lequel elle ne saurait ni voir ni posséder Dieu; c'est la Grâce sanctifiante. Avec quelle satisfaction l'Esprit divin l'introduit dans l'àme à laquelle elle s'incorpore, et qu'elle rend l'objet des complaisances divines! Une étroite alliance existe entre cette ^râce et la présence de l'Esprit-Saint; car si î'àme venait à donner entrée au péché mortel, l'Esprit cesserait d'habiter cette âme infortunée, au moment même où s'éteindrait en elle la grâce sanctifiante.
Mais il veille soigneusement sur son héritage, et il n'y demeure pas oisif. Les vertus qu'il a infuses dans cette âme si chère ne doivent pas demeurer inertes ; il faut qu'elles produisent les actes vertueux, et que le mérite qu'elles obtiendront vienne accroître la puissance de l'élément fondamental, fortifier et développer cette grâce sanctifiante qui enchaîne si étroitement le chrétien à Dieu. L'Esprit-Saint ne cesse donc de mouvoir
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l'âme vers l'action soit à l'intérieur, soit à l'extérieur, par ces touches divines que la théologie appelle grâces actuelles. Il obtient ainsi que sa créature s'élève de plus en plus dans le bien, qu'elle s'enrichisse et se consolide toujours davantage, entin qu'elle serve à la gloire de son auteur qui la veut féconde et agissante.
"Dans cette intention, l'Esprit qui s'est donné à elle, qui l'habite avec une si vive tendresse, la pousse à la prière par laquelle elle pourra tout obtenir, lumière, force et succès. « Mais, dit l'Apôtre, savons-nous « comment il faut prier ? » A cette question il répond lui-même d'après son expérience:
M Ce sera l'Esprit qui demandera pour nous
« dans des gémissements inénarrables i. » Ainsi le divin Esprit s'associe à tous nos besoins; il est Dieu, et il gémit comme la colombe, afin de mettre ses accents à l'unisson des nôtres. « Il crie vers Dieu dans nos « cœurs, » dit le même Apôtre 2; nous certifiant ainsi par sa présence et ses opérations en nous que nous sommes les enfants de Dieu 3. Se peut-il rien de plus intime, et devons-nous nous étonner que Jésus nous ait dit qu'il n'y avait qu'à demander pour recevoir ^, lorsque c'est son Esprit même qui demande en nous ?
Auteur de la prière, il coopère puissamment à l'action. Son intimité avec l'âme fait qu'il ne laisse à celle-ci que la liberté nécessaire au mérite ; pour le reste, il la meut, il la