L'Année liturgique — Le Temps Pascal (t. 7-9) (page 3)

Dom Prosper Guéranger · Vie de piété

Texte français, domaine public · Source : archive.org — L'Année liturgique t. 7-9, éd. 1911 (OCR) · 18 pages

Fiche de l’œuvre dans le savoir

2 26 Le Saint Jour de Pâques.

pASCHA nostrum im! molatus est Christus, alléluia : itaque epiiletnur in azymis sinccritatis et veritalis. Alléluia, allcluia, alléluia.

IE Christ, notre Pâque, a

V été immolé, alléluia :

faisons donc festin avec les azymes de la sincérité et de la vérité. Alléluia, alléluia, alléluia.

La dernière prière de l'Eglise en faveur de son peuple qui vient de se nourrir de Dieu, implore pour tous les convives du festin sacre l'esprit de charité fraternelle, qui est l'esprit de la Pâque. En prenant notre nature par l'incarnation, le Fils de Dieu nous a rendus ses frères ; en versant son sang pour nous tous sur la croix, il nous a unis tous ensemble par le lien de la Rédemption; en ressuscitant aujourd'hui, il nous unit encore dans l'immortalité.

RÉPANDEZ en nous. Seigneur, l'esprit de votre chanté ; et par votre bonté, unissez dans une douce concorde ceux que vous venez de nourrir du mystère pascal. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

SPIRITUM nobis. Domine, tuae charitatis infunde : ut quos sacramentis paschalibus satiasti, tua facias pietatc concordes. Per Dominum nostrum Jcsum Christum. Amen.

Après la bénédiction du Pontife, la foule s'écoule bénissant Dieu, dans l'attente de la solennité des Vêpres qui, par sa fiompe inaccoutumée, va mettre le comble à toutes les magnificences de cette solennelle journée.

A Rome, le Pape descend les degrés de son trône; le front ceint de la triple couronne,

La Messe. 22 y

il s'assied sur la sedia gestatoria, et, majestueusement porté sur les épaules des serviteurs du palais, il s'avance vers la grande nef. A un endroit marqué, il descend et s'agenouille humblement. Alors, du haut des tribunes de la coupole, des prêtres revêtus de rétole montrent au Pontife et au peuple le bois sacré de la Croix, et le voile appelé la Véronique , sur lequel sont empreints les traits détigurés du Sauveur marchant au Calvaire. Ce souvenir des douleurs et des humiliations de l'Homme-Dieu, évoqué au moment même où son triomphe sur la mort vient d'être proclamé avec tant d'éclat , relève encore la gloire et la puissance dit divin ressuscité, et rappelle à tous avec quel amour et quelle lidélité il a daigné remplir la mission qu'il avait acceptée pour notre salut. Ne dit-il pas lui-même, aujourd'hui, aux disciples d'Emmaùs : « Il fallait que le Christ souffrît, et qu'il entrât dans sa gloire par le chemin de la souffrance ? » (Luc. xxiv, 46.) La Chrétienté, en la personne de son auguste chef, rend hommage en ce moment à ces souffrances et à cette gloire. Après une humble adoration, le Pontife reçoit de nouveau la triple couronne, remonte sur la sedia. et est porté vers la galerie du haut de laquelle il va répandre sur le peuple immense qui couvre la place de Saint-Pierre la bénédiction apostolique, avec le rite imposant que nous avons décrit au Jeudi saint.

Au temps où le Pontife romain avait sa résidence au palais de Latran, et célébrait la Fonction pascale à Sainte-Marie-Majeure, il se rendait à la Basilique monté sur une

2 28 Le Saint Jour de Pâques.

haqucnce caparaçonnée de blanc, couvert du pluvial et la tiare en tcte. Au retour de la Messe, il se rendait dans la salle des festins, appelée le Triclinium leoniamnn, vaste pièce construite et décorée par saint Léon III , et dont les mosaïques retraçaient les imai^es du Christ et de saint Pierre, de Constantin et de Charlemagne. Là une table était dressée, à laquelle étaient conviés, pour s'asseoir près du Pontife, cinq Cardinaux, cinq Diacres et le Primicier de la Basilique de Latran. Non loin de la table particulière du Pape, il y avait une douzième escabelle qui devait être occupée par le prieur appelé Rasilicaire. Les serviteurs apportaient alors l'Agneau pascal étendu sur un plat somptueux. Le Pape bénissait ce mets, dont la présence annonçait que la loi sévère de l'abstinence avait cessé. C'était le Pontife luimême qui servait et envoyait à ses convives les portions de l'animal rôti; mais il en détachait d'abord un morceau qu'il mettait dans la bouche du prieur Basilicaire, dont la place à part n'était pas la plus honorable, en lui disant avec une allusion qui eût semblé dure, si elle n'eût été promptement corrigée : « Ce. que vous avez à faire, faites - le vite; toutefois cette parole qui fut dite pour la condamnation, c'est pour la rémission que je vous l'adresse. » Une gaieté grave et douce présidait à ce repas solennel "qui commençait sans lecture; mais vers le milieu du festin, l'archidiacre ayant fait un signe, un diacre s'avançait, et lisait pendant quelque temps. On introduisait ensuite les chantres de la cour, et ils exécutaient, avec

La Messe. 2 2q

toutes les traditions de la musique romaine, quelqu'une des belles Séquences dont on se délectait alors; le Pape désignait lui-même celle qu'il voulait entendre. Le concert terminé, les musiciens baisaient les pieds du Pontife, qui daignait verser à chacun une rasade du vin de sa table; et tous recevaient en gratification un besant par les mains du sacêllaire.

Telles étaient les mœurs naïves du moyen âge ; mais l'usage de faire bénir et de manger la chair d'un agneau, le jour de Pâques, s'est conservé jusqu'à nos jours dans les contrées où la loi de l'abstinence a survécu au relâchement que nous voyons s'étendre d'année en année d'une manière si déplorable. On aurait mauvaise grâce , en effet , de ramener en triomphe sur nos tables un mets qui en a été banni â peine durant quelques jours. Néanmoins nous donnerons ici, comme complément des rites de la Pàque chrétienne, la prière que l'Eglise emploie pour la bénédiction de l'Agneau pascal. Le pieux fidèle verra avec plaisir cette formule antique qui nous reporte â d'autres mœurs, et il demandera à Dieu le retour de cette simplicité et de cette foi pratique qui donnaient un sens si profond et une si solide grandeur aux moindres circonstances de la vie de nos aïeux.

ODiEU, qui, au jour de la délivrance de votre peuple du joug: de l'Egyptien. avez ordonné par votre serviteur Moïse que l'on immoDEUS, qui per famulum tuum Moysen in liberatione populi tui de jEgypto, agnum occidi jussisti in similitudi.3o Le Saint Jour de Pâques.

lât un agneau en figure de notre Seigneur Jésus-Christ, et qui avez commandé que l'on marquât du sang de cet agneau les portes des maisons; daignez bénir et sanctifier cette créature de chair, dont nous, vos serviteurs, desirons faire usage à votre gloire, pour fêter la résurrection du même Jésus-Christ notre Seigneur, qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

nem Domini nostri Jesu Christi, et utrosque postes domorum de sanguine ejusdcm agni pcrungi prœcepisti : ila benediccre, et sanctiticare digneris hanc creaturam carnis, quam nos famuli tui ad laudem tuam sumere desideramus, per resurrectionem ejusdem Domini nostri Jesu Christi. Qui tecum vivit et régnât in saecula sceculorum. Amen.

La chair des animaux n'est pas le seul mets qu'interdit aux chrétiens la loi quadragcsimale; cette loi prohibe également les œufs, en leur qualité de nourriture animale. Cette prescription est toujours en vigueur ; et il est nécessaire que, chaque année, une dispense plus ou moins étendue vienne légitimer l'usage d'un aliment qui, de tout temps, a été proscrit pendant la sainte Quarantaine. Les Eglises de l'Orient ont mieux conservé leur discipline, et ne connaissent pas ces dispenses. Dans leur joie simple de recouvrer un aliment dont la suspension leur avait été pénible, les fidèles ont demandé à l'Eglise de bénir les premiers œufs qui paraîtront sur la table pascale; et voici la

f)rière que l'Eglise emploie pour répondre à eur désir :

SunvENiAi , quaesumus I pvAiGNKZ, Seigneur, répanDomine, tuae bene- | VJ dre la grâce de votre

Après Midi.

23l

dictionis gratia huic ovorum creaturae : ut cibus salutaris fiât fidelibus tuis in tiiarum gratiarum actione sumentibus, ob resurrectionem Domini nostri Jesu Chrlsli. Qui tecurn vivit et régnât in sœcula sasculorum. Amen.

bénédiction sur ces œufs, qui sont vos créatures ; afin qu'ils soient une nourriture salubre aux fidèles qui vont s'en nourrir en action de grâces de vos bienfaits, en ce jour de la résurrection de notre Seigneur JésusChrist, qui vit et règne avec vous dans les siècles des siècles. Amen.

Qu'il soit donc joyeux le festin pascal, béni par l'Eglise notre'Mère, et qu'il accroisse, par sa sainte liberté, l'allégresse de ce grand jour! Les fêtes de la religion doivent être des fêtes de famille chez les chrétiens; mais, dans tout le Cycle, il n'en est aucune qui soit comparable à celle-ci , que nous avons attendue si longtemps, à travers tant de tristesses, et qui nous a apporté dans un même moment les miséricordes du Seigneur qui pardonne et les espérances de l'immortalité.

J A journée s'avance dans son cours , et *-' Jésus ne s'est pas montré encore à ses disciples. Les saintes femmes sont tout entières à la joie et à la reconnaissance que leur inspire la faveur dont elles ont été l'objet. Elles ont rendu leur témoignage aux Apôtres : ce ne sont plus seulement des Anges qui leur ont apparu ; Jésus lui-même s'est montré; il a daigné leur parler; elles ont embrassé ses pieds sacrés; elles sont fermes dans leurs affirmations ; néanmoins

232 Le Saint Jour de Pâques.

elles ne parviennent pas à vaincre le découragement de ces hommes que les scènes de la'Passion de leur maître ont profondement abattus. Quelque récit qu'ils entendent, ils sont tristes comme des gens qui ont éprouvé une cruelle déception, do. sont eux cependant que Ton verra bientôt allronter les supplices et la mort, en témoignage de la résurrection de ce maître dont le souvenir est en ce moment pour eux comme une humiliation. Nous pouvons nous faire l'idée des impressions auxquelles ils sont en proie, en écoutant la conversation de deux hommes qui ont passé avec eux une partie du jc^ir, et qui eux-mêmes avaient des relations avec Jésus. Ce soir môme, sur le chemin d'Em- j maûs, ils exprimeront ainsi l'état de leur âme déçue : « Nous avions espéré en lui comme en celui qui devait racheter Israël; ^ et voilà déjà trois jours que la catastrophe a ; eu lieu. Il y a bien eu quelques femmes qui J sont des nôtres, et qui, étant allées au tom- j beau avant le jour, nous ont causé par leurs | récits une certaine émotion. N'ayant pas î trouvé son corps, elles sont revenues disant \ avoir vu des Anges qui leur auraient f raconté qu'il vit niaintenant. Quelques-uns \ d'entre nous sont allés au tombeau, et ils j ont constaté ce que les femmes avaient dit ; i mais lui, ils ne l'ont pas trouvé. » Chose étonnante! l'annonce de sa résurrection que, j tant de fois, Jésus avait faite devant eux. ; môme en présence des Juifs, ne leur revenait ; pas en mémoire : tant le spectacle et le sou- ; venir de la mort étouffent, chez les hommes . charnels, le sentiment de cette nouvelle nais

Après Midi. 233

sance que notre corps doit puiser au sein du tombeau !

11 faut cependant que Jésus ressuscité se manifeste à ceux qui doivent porter jusqu'aux extrémités du monde le témoignage de sa divinité. Jusqu'à cette heure, il n'a apparu encore que pour satisfaire sa tendresse filiale pour sa mère, et son intinie bonté envers les âmes qui avaient répondu, selon leur pouvoir, à ses bienfaits. Le moment semble venu pour lui de songer à sa gloire ; du moins serions-nous portés à le penser. Attendons encore cependant, Jésus a vouIh d'abord récompenser l'amour ; mais, avant de proclamer son triomphe, il éprouve le besoin de signaler sa générosité. Le collège apostolique, dont tous les membres ont fui au moment du péril, a vu son chef s'oublier jusqu'à renier, à la parole d'une servante, le maître qui l'avait comblé d'honneurs ; mais depuis le regard de reproche et de pardon que lui a lancé Jésus chez le Grand-Prêtre, Pierre n'a cessé de déplorer sa lâcheté avec les larmes les plus amères. Jésus veut, avant tout, consoler l'humble pénitent, l'assurer de vive voix qu'il lui pardonne, et confirmer de nouveau, par cette marque de prédilection divine, les sublimes prérogatives qu'il lui a conférées naguère devant tous les autres. Pierre doute 'encore delà résurrection; il ne s'est pas rendu au témoignage de Madeleine; mais il ne tardera pas à "reconnaître le divin ressuscité dans la personne de ce maître offensé, qui s'apprête à se montrer à lui sous les traits d'un ami qui pardonne.

Déjà, dès ce matin, par le commandement

234 L^ Saint Jour de Pâques.

d'un maître si généreux, l'Ange a dit aux i

femmes: « Allez, et dites à ses disciples et à \

Pierre qu'il vous précédera en Galilée, » \

Pourquoi Pierre est-il nommé ici par son t

nom, si ce n'est atin qu'il sache que, s'il a eu l

le malheur de renier Jésus, Jésus ne l'a pas j

renié? Pourquoi n'est-il pas nommé, cette !

fois, à la tète des autres, si ce n'est a(in de lui \

épargner l'humiliation qu'offrirait le con- \ trast'c de sa haute dignité avec la faiblesse indigne qu'il a commise? Mais cette mention spéciale indique aussi qu'il n'a cessé d'être

présent au cœur de son maître, et que bientôt ■ il sera à portée d'expier par ses regrets, par

son amende honorable aux pieds de ce mai- S

tre si glorieux et si rempli de bonté, le mal- \

heur qu'il a eu de lui être inhdèle. Pierre est i|

lent à croire ; mais son repentir est sincère ■ et mérite récompense.

Tout à coup, à l'une des heures de cette après-midi, l'Apôtre voit paraître devant lui

ce même Jésus cju'il vit, il y a trois^ jours, ;

garrotté et traîne par les valets de (>aïphe, ■

et dont il craignit d'avoir à partager le sort. »

Mais ce Jésus,"alors si humilié, l^rillc main- \

tenant de toutes les splendeurs de sa résur- i

rection : c'est un vainqueur, un Messie glo- \

rieux; mais ce qui rayonne le plus vivement I

aux yeux de l'Apôtre, c'est l'ineffable bonté \

de ce divin Roi, qui rassure le pécheur plus \

encore que son éclat ne l'éblouit. Qui oserait |

essayer de rendre ce collocjue entre le cou- \

pabfc et le divin offense; les regrets de | l'Apôtre, qu'une telle générosité couvre de la plus profonde confusion ; l'assurance du pardon descendant de cette bouche sacrée et

Avrès Midi. 235

remplissant de la joie pascale ce cœur si abattu ? Soyez béni, ô Jésus, qui avez relevé de son abaissement celui que vous nous laisserez pour Chef et pour Père, lorsque vous remonterez au ciel pour n'en plus redescendre qu'à la fin des temps.

Après avoir rendu hommage à cette infinie miséricorde qui réside dans le Cœur de notre Sauveur ressuscité, avec non moins de puissance et d'expansion qu'il la daigna manifester dans les jours de sa vie "mortelle, admirons la sublime sagesse avec laquelle il continue d'accomplir en saint Pierre le mystère de l'unité de l'Eglise, mystère qui doit résider en cet Apôtre et dans ses successeurs. Jésus lui a dit en présence des autres, à la dernière Cène : « J'ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille pas : lorsque tu seras converti, tu confirmeras tes frères. » Le moment est venu d'établir en Pierre cette foi qui ne doit jamais manquer : Jésus la lui donne à l'heure même. C'est lui qu'il instruit d'abord par lui-même, afin de poser le fondement. Bientôt il va se montrer aux autres Apôtres; mais Pierre y sera présent avec ses frères; en sorte que si cet Apôtre obtient des faveurs auxquelles les autres ne participent pas, ceux-ci n'en reçoivent jamais qu'il n'y ait sa part. C'est à eux de croire sur la parole de Pierre, comme ils le firent; par le témoignage de Pierre, ils reçoivent la foi de la résurrecti'on et ils la proclament, ainsi que nous le verrons bientôt. Jésus ensuite leur apparaîtra à eux-mêmes; car il les aime, il les appelle ses frères, il les destine à prêcher sa gloire par toute la terre; mais il trouvera

236 Le Saint Jour de Pâques.

déjà établie en eux la foi de sa résurrection, parce qu'ils ont cru au témoignage de Pierre; et le témoignage de Pierre a' opéré en eux le mystère de^l'unité, qu'il opérera dans l'Eglise jusqu'au dernier jour du monde.

L'apparition de Jésus au Prince des Apôtres est appuyée sur l'Evangile de saint Eue et sur la première Epître cîe saint Paul aux Corinthiens, et elle est la quatrième de celles qui eurent lieu le jour de la résurrection.

L'Office se compose des trois divisions du Psaume cxvin qui se trouvent ci-dessus, pour Sexte, paf^^e 117, et pour None, page

122. On omet l'Hymne aujourd'hui, et après la psalmodie on entonne l'Antienne pascale.

H TEC dies quam fccit Dominus : exsiiltcmus et Icctemur in ea.

.-"'est le jour que le SeiV / jrneur a fait : passons-le dans les transports de l'allégresse.

On conclut ensuite par la Collecte de la Messe, ci-dessus, jp<:i^e 21 G.

Y 'Office du soir, qui, pour cette raison, est L appelé les Vcprcs, a réuni à l'église l'inimense concours des fidèles. Nous continuons à exposer les fonctions sacrées de ce grand jour, dans la forme qu'elles avaient autrefois, afin que le lecteur chrétien soit plus à même de saisir l'esprit de la fctc. L'aclministration

Les Vêpres Pascales.

solennelle du baptême ayant cessé de faire partie essentielle des pompes pascales, les rites antiques qui s'y rapportaient, surtout à rOiîicc des \'èpres, sont tombés successivement en désuétude presque partout. Nous essaierons d'en donner une idée, en mariant les formes antiques avec celles qui sont en usage aujourd'hui, et qui, dans la plupart des lieux, rendent les Vêpres pascales fort peu différentes de celles des autres solennités de l'année. Il n'en était pas ainsi il y a huit siècles.

L'Evèque, en habits pontificaux, et entouré de tout le clergé, se rendait d'abord en face du crucifix qui's'élevait sur une poutre richement ornée, au-dessous de l'arc triomphal de la Basilique; et tout aussitôt les chantres entonnaient le Kyrie eleison, qui se répétait neuf fois. La psalmodie des Vêpres commençait ensuite. Les Antiennes des Psaumes étaient ditférentes de celles que nous chantons actuellement, et qui sont celles des Laudes ; mais il est juste de nous conformer à l'usage actuel : c'est pourquoi nous ne donnerons ici que ces dernières.

\nt 1 '-^'^^^ '^^ Sei*- gneur descendit du ciel, et s'approchant, il retourna la pierre et s'assit dessus. Alléluia, alléluia.

CELUI qui est le Seigneur a dit à son Fils mon Seigneur : Asseyez-vous à ma droite et régns^ avec moi ;

^N^- A temDomini descendit de ccelo, et accedens revolvit lapidem, et sedebat super eum. Alléluia, alléluia.

ixiT Dominus Demi no meo : * Sede dextris meis.

238 Le Saint Jour de Pâques.

Donec ponam inimicos tuos : * scabellum pedum tuorum.

Virgam virtutis tua? emittct Domiiius ex Sion : * dominare in medio inimicorum tuorum.

Tecum principium in die virtutis tuas in splendoribus Sanctorum : * ex utero antc luciferum genui te.

Juravit Dominus . et non pœnitebit eum : * Tu es sacerdos in a-tcrnum secundum ordinem Melchisedcch.

Dominus a dextris tuis : * confregit in die irai suœ reges.

Judicabit in nationibus, implebit ruinas : ' conquassabit capiîa ir terra multorum.

De torrcnte in vin bibet : * proptcrca exaltabit caput.

Ant. Angélus autem Domini descendit de cœ- lo, et acccdens reyolvit

Jusqu'à ce que, au jour de votre dernier avènement , je fasse de vos ennemis l'escabeau de vos pieds.

O Christ ! le Seigneur votre Père fera sortir de Sion le sceptre de votre force : c'est de là que vous partirez pour dominer au milieu de vos ennemis.

La principauté éclatera en vous, au jour de votre force, au milieu des splendeurs des Saints ; car le Père vous a dit : Je vous ai engendré de mon sein avant l'aurore.

Le Seigneur l'a juré, et sa parole est sans repentir : il a dit en vous parlant : DieuHomme, vous êtes Prêtre à jamais, selon l'ordre de Melchisédech.

O Père ! le Seigneur votre Fils est donc à votre droite : c'est lui qui, au jour de sa colère, viendra juger les rois.

Il jugera aussi les nations : dans cet avènement terrible, il consommera la ruine du monde, et brisera contre terre la tète de plusieurs.

Il s'est abaissé pour boire l'eau du torrent des afflictions : mais c'est pour cela même qu'a« jour de son triomphe sur la mort il élèvera la tête.

Ant. L'Ange du Seigneur descendit du ciel, et s'approchant, il retourna la pierre

Les Vêpres Pascales.

23q

et s'assit dessus. Alléluia, alléluia.

Ant P ^ voici qu'il se fit ■ L. un grand tremblement de terre ; car l'Ange du Seigneur était descendu du ciel. Alléluia.

JE VOUS louerai. Seigneur, de toute la plénitude de mon cœur, dans l'assemblée des justes.

Grandes sont les œuvres du Seigneur ; elles ont été concertées dans les desseins de sa sagesse.

Elles sont dignes de louange et magnifiques ; et la justice de Dieu demeure dans les siècles des siècles.

Le Seigneur clément et miséricordieax nous a laissé un mémorial de ses merveilles ; il est le pain Je vie, et il a donné une nourriture à ceux qui le craignent.

Il se souviendra à jamais de son alliance avec les hommes ; il viendra et fera éclater aux yeux de son peuple la vertu de ses œuvres.

11 donnera à son Eglise l'héritage des nations ; tout ce qu'il fait est justice et vérité.

Ses préceptes sont immuables et garantis par la succession des siècles ; ils sont fondés sur la vérité et injustice.

lapidem, et sedebat super eum. Alléluia, alléluia.

Ant.

ccce terraemotus factus est magnus : Angélus enim Domini descendit de cœlo. Alléluia.

ex,

CONFITEBOR tibi, Domine, in toto corde meo : * in concilie justorum et congregatione.

Magna opéra Domini : * e.xquisita in omnes voluntates ejus.

Confessio et magnificentia opus ejus : * et justitia ejus manet in saeculum sceculi.

Memoriam fecit mirabilium suorum, misericors et miserator Dominus : * escam dédit timentibus se.

Memor erit in spéculum testamenti sui : * virtutem operum suorum annuntiabit populo suo.

Ut det illis ha?reditatem gentium. : * opéra manuum ejus veritas et judicium.

Fidelia omnia mandata ejus , confirmata in sseculum sœculi : * facta in veritate et asquitate.

Le Saint Jour de Pâques.

Redeinptionem misit populo suo : * mandavit in œterniim testamentura suum.

Satictum et terrihilc Nomen ejus : * inicium sapienliœ linior Domini.

Intellectus bonus omnibus facientibus eum : * laudatio ejus manct in scecuhun sxculi.

Ant. Etecce tcrraemotus factus est magnus : Angélus enim Domini descendit de cœlo. Alléluia.

L- aspectusejus

sicut fulgur, vestimenla

autem e)us siciit nix.

Alléluia, allcUiia,

Il a envoyé à son peuple un Rédempteur ; il rend par là son alliarce éternelle.

Son Nom est saint et terrible ; le commencement de la sagesse est de craindre le Seigneur.

La lumière et l'intelligence sont pour celui qui agit selon cette crainte : gloire et louange à Dic.i dans les siècles des siècles.

Ant. Et voici qu'il se fit un grand tremblement de terre ; car l'Ange du Seieneur était descendu du ciel. Alléluia.

Ant X °^ regard était ■ O brillant comme l'éclair, et ses vêtements blancs comme la ncig^. Alléluia, alléluia.

BEATUS vir, qui timel Dominum : * in mandatis ejus volet nimis.

Potens in terra erit semcn ejus : * generatio rcctorum bencdicetur.

Gloria et divitiœ in domo ejus : * et justitia ejus manct in sa'culum saeculi.

Exortum est in tencbris lumen rectis : * misericors, et miserator et justus.

HEUREUX l'homme qui craint le Seigneur, et qui met tout son zèle à lui obéir.

Sa postérité sera puissante sur la terre : la race du juste sera en bénédiction.

La gloire et la richesse sont dans sa maison, et sa justice demeure dans les siècles des siècles.

Tout à coup une lumière se lève sur les justes au milieu des ténèbres : c'est le Seigneur, le Dieu miséricordieux, clément et juste.

Les Vêpres Pascales.

Heureux alors l'homme qui a fait miséricorde, qui a prêté au pauvre, qui a réglé jusqu'à ses paroles avec justice ; car il ne sera point ébranlé.

La mémoire du juste sera éternelle : s'il entend une nouvelle fâcheuse, elle ne lui donnera point à craindre.

Son cœur est toujours prêt à espérer au Seigneur ; son cœur est en assurance : il ne sera point ému, et méprisera la rage de ses ennemis.

Il a répandu l'aumône avec profusion sur le pauvre : sa justice demeurera à jamais ; sa force sera élevée en gloire.

Le pécheur le verra, et il entrera en fureur; il grincera des dents et séchera de colère : mais les désirs du pécheur périront.

Jucundus homo. qui miseretur et commodat, disponet sermones suos in judicio : ' quia in asternum non commovebitur.

In memoria asterna erit justus : * ab auditione mala non timebit.

Paratum cor ejus sperare in Domino, confirmatum est cor ejus : * non commovebitur donec despiciat inimicos suos.

Dispersit, dédit pauperibus, justitia ejus manet in saeculum steculi : * cornu ejus exaltabitur in gloria.

Peccator videbit , et irascetur , dentibus suis fremet et tabescet : * desiderium peccatorum peribit.

Ant. Erat autem aspectus ejus sicut fulgur.

vestimenta autem e|us sicut nix. Alléluia, alléluia.

Ant. Son regard était brillant comme l'éclair, et ses vêtements blancs comme la neige. Alléluia, alléluia.

Ces trois premiers Psaumes étant achevés, l'Office des Vêpres était suspendu ; et l'assemblée des lidèles tressaillait dans l'attente du sublime spectacle qui allait s'offrir à ses regards. Chacun se rappelait les émotions qu'il avait éprouvées, lorsque, néophyte encore, il avait pris part au triomp'ne'qui se préparait pour les nouveaux chrétiens. En attendant, les chantres exécutaient la mélo242 Le Saint Jour de Pâques.

die de V Alléluia, qui avait tant réjoui l'oreille des fidèles, ce matin môme, entre l'Epître et l'Evangile.

ALLELUIA Pascha nostrum immolatus est Christus. Alléluia.

ALLKLULA. T^e (Christ nuire Pàque a été immolé. AUeUiia.

On chantait ensuite le Cantique Magnificat., qui était suivi de la Collecte solennelle que récitait le Pontife. Immédiatement après, une imposante procession se formait; elle devait conduire les néophytes au bord de la fontaine sacrée où cette nuit même ils étaient descendus chargés de leurs péchés, et d'où ils étaient remontés, comme le Christ du ;; tombeau, tout éclatants de lumière et d'im\ mortalité. L'Eglise voulait, par cette reli\ eieuse visite au théâtre de leur délivrance, ; imprimer en eux plus profondément encore î le sentiment qu'ils devaient conserver tou1 jours, du bienfait qu'ils avaient reçu dans ," cette eau purifiante, et de la ressemblance

I qu'ils avaient contractée alors avec le Christ

! ressuscité qui ne meurt plus. \ Le Cierge pascal, descendu de la colonne ■ de l'Ambon, était porté à la tclc du cortège \ sacré. Comme hier, dans la marche nocturne ( vers le Baptistère, il figurait cette colonne de \ lumière qui frayait la' route aux Israélites à \ travers les ténèbres de l'Egypte, Près du * Cierge mystérieux, un diacre couvert de la ' dalniatique blanche portait respectueusement l'ampoule d'argent qui contenait le saint Chrême, dans 'l'onction duquel, cette nuit même, les néophytes avaient reçu l'Esprit divin et ses dons merveilleux. Venait ensuite

Les Vêpres Pascales.

la croix accompagnée des sept acolytes portant les sept chandeliers d'or que saint Jean a vus dans le ciel. La longue suite des ministres sacrés et des prêtres se déployait sous le divin étendard, et était terminée par l'Evèque, qui exprimait dans ses traits la joie céleste que lui avaient apportée le triomÈhe du Christ et la fécondité de la sainte \ glise. A la suite du Pontife, les néophytes s'avançaient deux à deux, attirant tous' les regards par leur modestie et par l'éclatante blancheur de leur vêtement. Le peuple

pas ; et la voix des chantres exécutait en chœur cette Antienne:

Ant a ^ i'^"'" ^^ ^^

' t\ résurrection, dit le Seigneur, alléluia : je réunirai les nations et je rassemblerai les royaumes : et je répandrai sar vous une eau pure. Alléluia, alléluia.

\\T I ^'J-eresurrec^ ' ■ 1 tionis meae , dicit Dominus, alléluia: consrregabo gentes , et colligam régna, et effundam super vos aquam mundam. AUeluia, alleL'Antienne étant achevée, on entonnait le quatrième Psaume des Vêpres, qui célèbre avec tant de msgnihcence la grandeur du Nom du Seigneur, et qui exprime les joies de la mère dont il a daigné remplir les vœux, en lui donnant des lils.

Ant. T es gardes du tom1^ beau turent effrayés à la vue de l'Ange, et devinrent comme morts. Alléluia.

Ant.

E timoré autem ejus

exterriti sunt custodes et facti sunt velut mor tui. AUeluia.

'44 ^^ Saint Jour de Pâques.

LAUDATE, pueri, Dominum : * laudate Nomen Domini.

SitNomcn Domini benedictum : * ex hoc nunc et usquc in sœculiim.

A solis ortu usque ad occasum : * laudabile Nomen Domini.

Excelsus super omncs gentes Dominiis : * et super cœlos gloria ejus.

Quis sicut Dominas Deus noster qui in altis habitat : * et humilia respicit in cœlo et in terra ?

Suscitans a terra inopem : * et de slercore erigens pauperem.

Ut collocet eum cum principibuï : * cum principibus populi sui.

Qui habitarc facit sterilcm in domo : * matrem filiorum la.>lantem.

Ant. Proc timoré autem ejus extcrriti sunt custodes , et facti sunt Yclut mortui. Alléluia.

SERVITEURS du Seigneur, faite.-* entendre ses louanges : célébrez le Nom du Seigneur.

(^ue le Nom du Seigneur soit béni , aujourd'hui et jusque dans l'éternité.

De l'aurore au couchant, le Nom du Seigneur doitêire à jamais célébré.

Le Seigneur est élevé audessus de toutes les nations; sa gloire est par delà les cieux.

Qui est semblable au Seigneur notre Dieu , dont la demeure est dans les hauteurs ? C'est de là qu'il abaisse ses regards sur les choses les plus humbles dans le ciel et sur la terre.

C'est de là qu'il soulève de terre l'indigent, qu'il élève le pauvre de dessus le fumier où il languissait.

Pour le placer avec les princes , avec les princes mêmes de son peuple.

C'est lui qui fait habiter pleine de joie dans sa maison celle qui , auparavant , fut stérile , et qui maintenant est mère de nombreux enfants. ^

Ant. Les gardes du tombeau furent effrayés à la vue de l'Ange , et devinrent comme morts. Alléluia.

Les Vêpres Pascales.

La procession, ayant traversé la grande nef, descendait les marches du portique de la Basilique, et se développant sur la piace, se dirigeait vers le Baptistère. Elle pénétrait sous sa vaste coupole, où le Pontife prenait place avec le clergé. Au centre, le bassin qu'environnait une balustrade réfléchissait, dans ses eaux limpides, les derniers rayons du jour qui pénétraient par les nombreuses fenêtres, et à travers les colonnes de l'élégante rotonde. L'heureux essaim des néophytes formait un large cercle autour de la fontaine ; et leurs yeux attendrisse reposaient sur cette •^eau sainte dans laquelle ils avaient laissé tous leurs péchés.

Le Psaume étant achevé, le Pontife descendait de l'estrade où il était assis, et prenant dans ses mains l'encensoir, faisait le tour du bassin, répandant les nuages mystérieux de l'encens sur cette eau qu'il avait sanctifiée la nuit dernière par des rites si augustes., et à laquelle il était redevable d'être devenu père de tant de nouveau-nés à la grâce. Lorsqu'il était remonté à son trône, deu^xvoix faisaient entendre ce Verset :

^ nN VOUS, Seigneur, ^' r est la fontaine de vie, alléluia ;

iç. Et dans votre lumière nous verrons la lumière, alléluia

"■ mine, est fons

vitre, alléluia ;

E?. Et in lumine tuo videbimus lumen, alléluia.

Alors le Pontife :

Daignez, Dieu tout-puissant, nous accorder, à nous qui célébrons la solennité de

Prœsta. quaesumus omnipotens Deus , ut qui resurrectionis Dominicae

24^ Le Saint Jour de Pâques.

solemnia coHmus, ereptionis nostiœ siisciperc laetitiam mcrcamur. Pci eiimdcm Christum Dominum nostium. Amen.

Api

la résurrection du Seigneur, de mériter la joie de notre délivrance. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

irès cette Oraison, on entonnait l'Anticnne suivante qui célèbre le salut donne à l'honime par les eaux.

Ant. J'ai vu une eau qui sortait du temple au côté droit, alléluia; et tous ceux que cette eau a touchés ont été sauvés, et ils diront : Alléluia, alléluia.

Ant. Vidi aquam egrc.dientcm de templo a latere dextro , alléluia : et omnes, ad quos pervenit aqua ista, saivi facti sunt et dicent : Alléluia, alléluia.

L'Antienne étai: suivie du cinquième Psaume des Vêpres du Dimanche, qui célèbre Israël sortant de l'Egypte à travers les flots suspendus de la mci' Rouge, et se dirigeant vers la Terre promise. La procession repartait alors pour rentrer dans la Basilique.

Ant.

;espondi-:ns | ^ aulcm Angélus dixit mulieribus . Nolitc timere : scioenim quod Jesum quœritis. Alléluia.

A i 'Angiï répondant

■ ' ■ -- aux iemmes, leur

dit : Ne craignez pas ; je sais

que c'est Jésus que vous

cherchez. Alléluia.

IN cxitu Israël de Tl^^i^ypto : * domus Jacob de populo barbaro :

Facta est Judaea sanctificatio ejus: * Israël potestas ejus.

Mare vidit, et fugit : *

! ORSQCE Israël sortit d'E- "•' Sypti^ 1 et la maison de Jacob du milieu d'un peuple barbare,

La nation juive fut consacrée à Dieu, Israël fut son domaine.

La mer le vit cl s'enfuit ;

Les Vêpres Pascales.

le Jourdain remonta vers sa source.

Les montaç:nes bondirent comme des béliers, et les collines comme des agneaux.

O mer, pourqioi fuyaistu ? Et toi, Jourdain, pourquoi remontais-tu vers ta source ?

Montagnes, pourquoi bondissiez-vous comme des béliers ? Et vous , collines , comme des agneaux ?

A la face du Seigneur, la terre a tremblé : à la face du Dieu de Jacob,

Qui changea la nicrre en torrents, et la roche en fontaines.

Non pas à nous, Seigneur. non pas à nous, mais à votre Nom donnez la gloire,

A cause de votre miséricorde et de votre vérité ; de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?

Notre Dieu est au ciel : il a fait tout ce qu'il a voulu.

Les idoles des nations ne sont que de Tor et de l'argent, et l'ouvrrge des mains des hommes.

Elles ont une bouche, et ne parlent point ; des yeux, et ne voient point.

Elles ont des oreilles, et n'entendent point; des narines, et ne sentent rien ;

Elles ont des mains, et ne peuvent rien toucher ; des

Jordanis conversus est retrorsum.

Montes exsaltaverunt ut arietes : * et colles sicut agni ovium.

Quid est tibi , mare, quod fugisti : * et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum ?

Montes exsultastis sicut arietes : * et colles sicut agni oviura ?

A facie Domioi mota est terra : * a facie Dei Jacob,

Qui convertit petram in stagna aquarum : * et rupem in fontes aquarum.

Non nobis , Domine, non nobis: * sed Nomini îuo da gloriam.

Super misericordia tua, et verilate tua : * ncquando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?

Deus autem noster in cœlo * omnia quœcumque voluii, fecit.

Simiilacra gentium argentum et aurum : * opéra manuum homùium.

Os habent, et non loquentur: *oculos habent, et non videbunt.

Aures habent, et non audient * nares habent, et non odorabunt.

Mnnus habent. et non palpabunt : pedes ha248 Le Saint Jour de Pâques.

bent, et non ambulabunt :

* non clamabunt in gutture suo.

Similes illis fiant qui faciunt ea : * et omnes qui confidunt in eis.

Domus Israël speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.

Domus Aaron speravit in Domino : * adjutor eorum, et protector eorum est.

Qui timent Dominum speraverunt in Domino :

* adjutor eorum, et protector eorum est.

Dominus mcmor fuit noslri : * et benedixit nobis.

Benedixit domui Israël : * benedixit domui Aaron.

Benedixit omnibus qui timent Dominum : * pusillis cum majoribus.

Adjiciat Dominus super vos : * super vos, et super filios veslros.

Benedicti vos a Domino : * qui fecit cœlum et terram.

Cœlum cœli Domino:* terram autem dédit filiis hominum.

Non mortui laudabunt te. Domine : * neque omnes qui desccndunt in infernum.

Scd nos qui vivimus.

pieds, et ne marchent point ; un gosier, et ne peuvent se faire entendre.

Que ceux qui les font leur deviennent semblables, avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.

La maison d'Israël a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

La maison d'Aaron a espéré dans le Seigneur : il est leur appui et leur protecteur.

Ceux qui craignent le Seigneur ont espéré en lui : il est leur appui et leur protecteur.

Le Seigneur s'est souvenu de nous ; et il nous a bénis.

11 a béni la maison d'Israël : il a béni la maison d'Aaron.

Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur, grands et petits.

Que le Seigneur ajoute encore à ses dons sur vous, sur vous et sur vos enfants.

Bénis soyez-vous du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre 1

Au Seigneur, les hauteurs du ciel ; la terre est aux hommes par sa largesse.

Ce ne sont pas les morts qui vous loueront , 6 Seigneur 1 ni tous ceux qui descendent dans le sépulcre ;

Mais nous qui vivons, nous

Les Vêpres Pascales.

bénissons le Seigneur, aujourd'hui et à jamais.

Ant. L'Ange répondant aux femmes , leur dit : Ne craignez pas ; je sais que c'est Jésus que vous cherchez. Alléluia.

benedicimus Domino : * ex hoc nunc et usqu2 in sœculum.

Ant. Respondens autem Angeîus dixit mulieribus : Nolite timere : scio enim quod Jesum quasritis. Alléluia.

En répétant les strophes de ce Psaume qui présente tant d'allusions aux faveurs divines dont les néophytes avaient été l'objet, la procession était arrivée au portique du temple ; elle en franchissait le seuil et s'avançait par la grande nef vers la croix qui s'élevait sur l'arc triomphal. Là, les néophytes se tenaient

rateurqui les avait sauves par sa croix et par .son sépulcre, et deux chantres faisaient entendre ce Verset :

^ A LLEZ dire parmi les '■ t\ nations, alléluia, ^. Que le Seigneur est roi par le bois, alléluia.

^ r^ ICITE in natio■ i ' nibus, alléluia,

^. Quia Dominus regnavit a ligno, alléluia.

Alors le Pontife adressait oraison :

Dieu cette

Faites, s'il vous plaît. Dieu tout-puissant, que nous qui avons reconnu la grâce de la résurrection du Seigneur , nous soyons ressuscites de la mort de l'âme par l'amour dont le Saint-Esprit est la source. Par le même JésusChrist notre Seigneur. Amen.

Praesta, quœsumus omnipotens Deus. ut qui gratiam Dominicae resurrectionis agnovimus, ipsi per amorem Sancti Spiritus a morte aniniae resurgamus. Per eumdem Christum Dominum nostrum. Amen.

Le Saint Jour de Pâques.

Ainsi se terminait, durant les huit premiers siècles du christianisme, la fonction des Vêpres

fiascales. 11 y avait quelques variétés, selon es lieux. Dans certaines Eglises, on chantait deux fois le Magnificat ; en d'autres, trois fois, et même jusqu'à quatre. Le rite essentiel de ces Vêpres était la procession au Baptistère, accompagnée des Antiennes que nous avons reproduites et du chant du Laudate pueri, et de 17» exitu. Dans la plupart des diocèses de France, cette procession aux Fonts s'est conservée jusqu'à nos jours ; mais il est à regretter que les anciennes formules aient été remplacées, depuis environ deux siècles, par d'autres qui varient selon les diocèses, et qui n'ont plus le même parfum d'antiquité. Nous allons maintenant reprendre rOffice des Vêpres à l'endroit où nous l'avons laissé.

Les cinq Psaumes ordinaires étant achevés, on commence la solennelle Antienne que l'Eglise emploie à chaque Heure de l'Omcc dans tout le cours de cette Octave.

HJEC dies quam fecit Dominiis: exsultemus et lastemur in ea.

/ «'est le jour que le Seiv^ gneur a fait ; passons-le dans les transports de l'allégresse.

Vient ensuite le Cantique de Marie, qui fait partie essentielle de l'OtHcc du soir, et pendant le chant duquel le Célébrant encense l'autel avec pompe.

A r'Trcspicicnlcs, . r- t les femmes nvant

^^'^- h vidLrunt rc- ^^''''- t regardé , virent

volutum iapidem ab os- que la pierre avait été routio monumenti : crat Icc de l'entrée du sépulcre.

Les Vcpres Pascales.

Or cette pierre était d'une grand dimension. AUeluia.

qjippe Alléluia

magnus

îlde.

ON âme glorifie le Se

gneur.

Et mon esprit tressaille en Dieu mon Sauveur :

Car il a regardé la bassesse de sa servante : et pour cela, toutes les nations m'appelleront Bienheureuse.

Il a fait en moi de grandes choses, celui qui est puisant et de qui le nom est Saint ;

Et sa miséricorde s'étdnd de génération en génération sur ceux qui le craignent.

Il a opéré puissamment par son bras , et dispersé ceux qui suivaient les orgueilleuses pensées de leur cœur.

Il a mis à bas de leur trône les puissants, et il a élevé les humbles.

Il a rempli de biens ceux qui avaient faim, et renvoyé vides ceux qui étaient riches.

Il a reçu sous sa protection Israël son serviteur, se souvenant de la miséricordieuse promesse

Qu'il fit autrefois à nos pères, à Abraham et à sa postérité pour jamais.

Ant. Et les femmes ayan:

A,|AGXIFICAT : anima -'i mea Dominum :

Et exsultavit spiritus meus : * in Deo Salutari meo.

Quia respexit humilitatem ancillae suse : * ecce enim ex hoc beatam me dicenî omnes generationes.

Quia fecit mihi magna qui potens est : * et Sanctum nomen ej'.is.

Et misericordia ejus a progenie in progenies : * timentibus eum.

Fecit potentiam in brachio suo : * dispersit superbos mente cordis bui.

Deposuit potentes de sede : * et exaltavit humiles.

Esurientes implevit bonis : * et divites dimisit inanes.

Suscepit Israël puerum suum : * recordatus misericordias sune.

Sicut locutus est ad patres nostros : ' Abraham et semini ejus in saecula.

Ant. Et respicientes,

252 Le Saint Jour de Pâques.

viderunt revolutum lapidem ab ostio monumenti : erat quippc magnas valde. Alléluia.

regarde, virent que la pierre |

avait été roulée ac l'entrée du |

sépulcre. Or celte pierre était j

d'une grande dimension. Al- ;

leluia \

DEUS, qui hodierna die par Unigenitum tuum , asternitatis nohis aditum , devicta morte , reserasti : vota nostra, quae praeveniendo aspiras, etiam adjuvandoprosequere.Per eumdem Dominum.

'p. Benedicamus Domino. Alléluia, alléluia.

^. Deo gratias. Alléluia, alleluin.

Au Salut du saint Sacrement, on chante, dans la plupart des Eglises de France, le Cantique joyeux et populaire que nous insérons ici.

ODiEU qui, en ce jour, par votre Fils unique vainqueur de la mort, nous avez rouvert la voie de l'éternité ; secondez par votre secours les vœux que vous nous inspirez en nous prévenant par votre grâce. Par le même Jésus-Christ notre Seigneur,

f. Bénissons le Seigneur. Alléluia, alléluia.

IÇ!. Rendons grâces à Dieu. Alléluia, alléluia.

Rc

Alléluia, alléluia, luia.

OFILII, et filiœ , v_ Rex cœlestis ,

glorire, Morte surrcxit hodio. Alléluia.

Et Maria Magdalene, Et Jacobi et Salome, Venerunt corpus ungere. Alléluia.

Alléluia

A Magd

alena moniti,

alléluia , alléluia.

OFlliS, ô filles, le roi céleste, le roi de gloire esaujourd'hui ressuscité. AUet luia.

Kt Marie-Madeleine , et Marie mère de Jacques, et Salomé , sont venues pour embaumer le corps. Alléluia.

Avertis p;

Madeleine

Les Vêpres Pascales.

deux disciples ont couru au saint tombeau. Alléluia.

Mais Jean l'Apôtre, plus prompt que Pierre , est arrivé le premier au sépulcre. Alléluia.

Un Ange assis , vêtu de blanc, avait dit aux femmes : Le Seigneur est ressuscité. Alléluia.

Les disciples étant rassemblés , le Christ a paru au milieu d'eux ; il leur a dit : Paix à vous tous. Alléluia.

Quand Didyme eut entendu dire que Jésus était ressuscité, il demeura dans le doute, et ne crut pas. Alléluia.

Vois , Thomas, vois mon

côté ; vois mes pieds , vois

mes mains, et ne sois plus incrédule. Alléluia.

Quand Thomas eut vu le côté du Christ , touché ses pieds et ses mains, il dit : Vous êtes mon Dieu. Alléluia.

Heureux ceux qui n'on; pas vu et qui fermement ont cru : ceux-là auront la vie éternelle. Alléluia.

Ad ostium nonumenti Duo currunt discipuli. Alléluia.

SedJohannesApostolus Cucurrit Peiro citius , Ad sepulcrum venitprius. Alléluia.

In albis sedens Angélus Respondit mulierious , Quia surrexit Dominus.- Alléluia.

Discipulis adstantibus, In medio stetit Christus, Dicens : Pax vobis omnibus. Alléluia.

Postquam audivit Didymus Quia surrexerat Jésus, Remansit fide dubius. Alléluia.

Thor

vide

Vide . latus,

Vide pedes, vide manus: Noli esse incredulus. Alléluia.

Quando Thomas Christi latjs, Pedes vidit atque manus, Dixit : Tu es Deusmeus. Alléluia.

Beati qui non viderunt, Et firmiter crediderunt : Vitara œternamhabebunt. Alléluia.

Le Saint Jour de Pâques.

In hoc festo sanctissimo Sit laus et jubilatio : Bcncdicainiis Domino. Allcliiia.

De qiiibus nos humillimas, Devotas atque débitas Deo dicainus gratias. Alléluia.

Alleluia,alleluia, alléluia.

Dans cette très sainte solennité, soit louange, soit alléi;rcs?c : bénissons le Seigneur. Alléluia.

Pour tant de bienfaits , rendons à Dieu nos humbles grâces, grâces ferventes, et qui sont ducs. Alléluia.

Alléluia, alléluia, allelui

LE jour marque par le plus grand des prodiges s'avance rapidement vers son terme; et bientôt la nuit va descendre avec ses ombres. Quatre fois, dans le cours de cette journée, la plus solennelle qui se soit levée sur le monde depuis la création de la lumière, Jésus a daigné manifester sa résurrection. Il lui reste maintenant à se faire voir aux Apôtres rassemblés, et à les mettre en mesure de joindre leur expérience personnelle au témoignage qu'ils ont accepté de la bouche de Pieri-e. Mais telle est la condescendance de notre divin ressuscité envers ceux qui s'attachèrent à lui dans les jours de sa vie mortelle, que, laissant pour quelques moments encore ceux qu'il nomme ses frères et qui maintenant ne doutent plus de son triomphe, il songe d'abord à consoler deux cœurs qui sont affligés à son sujet, mais dont l'affliction n'a cependant d'autre cause que leur peu de foi.

Sur la route de Jérusalem à Emmaûs chcLe Soir. 255

minent lentement et tristement deux voyageurs. A leur extérieur abattu, on juge aisément qu'une cruelle déception les a atteints; qui sait même s'ils ne s'éloignent pas de la ville par un sentiment d'inquiétude ? Ils étaient disciples de Jésus, lorsqu'il vivait; mais la mort honteuse et violente de ce maître en. qui ils avaient cru leur a causé une désolation aussi amère que profonde. Humiliés d'avoir compromis leur honneur en suivant un homme qui n'était pas ce qu'ils avaient pensé, ils s'étaient tenus cachés durant les premières heures qui suivirent son supplice ; mais tout à coup on a parlé de sépulcre ouvert et forcé, de la disparition d'un corps enseveli. Les ennemis de Jésus sont puissants, et sans doute en ce moment ils informent contre les violateurs d'un tombeau dont la pierre était scellée du sceau de l'autorité publique. Il est à croire que l'enquête amènera devant leur tribunal ceux qui s'étaient attachés à la suite d'un Messie que la Synagogue a crucifié entre deux voleurs. Tel était sans doute le sujet du dialogue de nos deux voyageurs.

Mais voici qu'ils sont joints par un troisième, et ce troisième voyageur est Jésus luimême, La concentration de leurs pensées sur l'objet lugubre qui les occupe leur a enlevé la liberté de reconnaître ses traits ; ainsi, lorsque nous nous laissons aller à une douleur trop humaine, nous arrive-t-il de perdre de vue le divin compagnon qui vient se placer près de nous, pour cheminer avec nous et raffermir nos espérances. Jésus interroge ces deux hommes sur le sujet de leur tris2 56 Le Saint Jour de Pâques.

tesse ; ils le lui avouent avec simplicité ; et ce Roi de gloire, ce vainqueur de la mort en ce jour môme, daigne balbutier avec eux, et Icu'- expliquer, chemin faisant, toute la série des divins oracles qui annonçaient les humiliations, la mort et le triomphe tinaldu Rédempteur d'Israël. Les deux voyageurs sont émus; ils sentent, comme ils l'avoucrent-plus tard, leur cœur brûler d'un feu inconnu, à mesure que cette voix, qu'ils ne savent pas reconnaître encore, fait retentir à leurs oreilles ces touchantes vérités qu'ils avaient jusqu'alors méconnues. Jésus feint de vouloir les quitter; ils le retiennent. « Oh ! restez avec nous, lui disent-ils ; le jour baisse, et vous accepterez notre hospitalité. » Ils introduisent leur maître inconnu dans la maison d'Emmaûs ; ils le font asseoir à table avec eux ; et, chose merveilleuse ! ils n'ont pas deviné encore quel est ce céleste docteur qui vient de résoudre leurs doutes avec tant de sagesse et d'éloquence. Tels sommes-nous nous-mêmes, lorsque nous laissons les pensées humaines dominer en nous ; Jésus est près de nous, il nous parle, il nous instruit, il nous console; et il nous faut souvent beaucoup de temps pour reconnaître que c'est Jésus.

Enfin le moment est venu où le maître de la lumière va se révéler à ces deux disciples si lents à croire. Ils l'ont invité à présider à leur table ; c'est à lui de rompre le pain. Il le prend entre ses mains sacrées, comme il fit à la Cène ; et à l'instant où il en opère la fraction pour le leur partager, soudain leurs yeux s'ouvrent, et ils ont 'reconnu Jésus luitnéme, Jésus ressuscité. Ils vont tomber à ses

Le Soir. 25^

pieds ; mais à peine s'est-il dévoilé à leurs regards qu'il disparaît, les laissant en proie à la stupeur, mais en même temps inondés d'une joie qui dépasse tont ce qu'ils ont jamais goûté de bonheur dans toute leur vie. C'est ici'^la cinquième apparition du Sauveur dans la journée de Pâques. Saint Luc nous en donne le récit ; et elle sera le sujet de la lecture du saint Evangile à la Messe de demain.

Les deux disciples ne peuvent plus demeurer davantage à Emmaûs ; malgré l'heure avancée, ils" ne songent désormais qu'à rentrer au plus tôt dans Jérusalem. Il leur tarde d'annoncer aux Apôtres, dont ils ont partagé ce matin l'abattement, que leur maître est vivant, qu'ils lui ont parlé, qu'ils l'ont vu. Ils franchissent rapidement l'espace qui sépare le village où ils comptaient passer la nuit, de ja grande cité, dont, il y a peu d'instants, ils fuyaient les périls. Bientôt ils sont au milieu des Apôtres, auxquels il s'apprêtent à raconter leur bonheur; mais ils ont été prévenus ; la foi de la Résurrection est vivante dans le collège apostolique. Avant qu'ils aient ouvert la bouche, on leur dit tout d'une voix : « Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il a apparu à Pierre. » Les deux disciples racontent alors aux Apôtres qu'eux aussi ont été favorisés de l'entretien et de la vue de leur maître commun.

La conversation continuait entre ces hommes simples et droits, ces hommes si obscurs alors, et dont le monde entier devait plus tard connaître les noms immortels. Les portes de la maison étaient fermées cepen258 Le Saint Jour de Pâques.

dant ; car la petite troupe craignait une surf)rise. Les gardes du tombeau avaient fait eur rapport aux princes des prêtres dans la matinée ; ceux-ci avaient cherché à les suborner, et leur avaient même donné de l'argent pour les engager à dire que, pendant leur sommeil, les disciples de Jésus étaient venus dérober le corps. Ce système déloyal des autorités juives pouvait amener quelque réaction populaire contre les Apôtres, et ceux-ci avaient jugé devoir prendre des précautions. A ce moment, ils se trouvaient dix rassemblés ; car Thomas, qui avait été présent au '; moment de l'entrée des disciples a'Iùiimatis, était sorti plus tard dans la ville, à la faveur des ténèbres.

Au moment où les Apôtres repassaient entre eux les émotions de cette mémorable journée, voici Jésus qui paraît devant eux, et les portes ne se sont pas ouvertes poiu- lui donner pas- 1 sage. C'est bien lui, ce sont bien ses traits ; f c'est sa voix pleine de bonté. « La paix soit | avec vous ! » leur dit-il avec tendrcssq,. Toute- \ fois ils demeurent interdits ; cette entrée | mystérieuse et inattendue les a bouleversés, j Ils ignorent encore les prérogatives d'un | corps glorieux ; et sans douter'^de la résur- \ rection de leur maître, ils ne savent s'ils ne f sont point en présence d'un fantôme. Jésus, ] qui, dans toute cette journée, semble avoir | plus souci de témoigner son amour aux siens 1 que de proclamer sa gloire, daigne leur don- | ner à toucher ses membres divins; il fait j plus, et pour leur prouver la réalité de son \ corps, il leur demande à manger et mange devant eux. Qui pourrait dire^'la joie dont

Le Soir. 2 5g

leurs cœurs sont remplis à la vue de cette ineft'able familiarité, les larmes d attendrissement qui coulent de leurs yeux ? Avec quelle allégresse naïve ils disent à Thomas, lorsque cet Apôtre est de retour auprès d'eux : « Nous avons vu le Seigneur ! » Ainsi se passa la sixième apparition de Jésus ressuscité, en ce jour de Pâques. Elle nous est rapportée par saint Luc, dont la sainte Eglise nous donnera à lire le récit à la Messe de l'un des jours de l'Octave.

Soyez donc béni et glorifié, vainqueur de la mort, qui en ce seul jour avez daigné vous montrer aux hommes jusqu'à six fois^ pour satisfaire votre amour et pour appuyer notre foi en votre divine Résurrection, Soyez béni et gloritié d'aAoir consolé, par votre chère présence et vos douces caresses, le cœur si oppressé de votre Mère et la nôtre. Soyez béni et gloritié d'avoir calmé la désolation de la pauvre Madeleine par une seule parole de votre amour. Soyez béni et gloritié d'avoir essuyé en un moment les larmes des saintes femmes par votre vue soudaine, et de leur avoir donné à baiser vos pieds sacrés. Soyez béni et gloritié d'avoir donné à Pierre"^ de votre propre bouche l'assurance de son pardon, et d'avoir confirmé en lui les dons de la Primauté, en lui révélant, à lui avant tous, le dogme fondamental de notre foi. Soyez béni et gloritié d'avoir rassuré avec tarit de douceur le cœur chancelant des deux disciples, sur la route d'Emmaûs, et d'avoir mis le comble à cette faveur, en vous dévoilant à eux. Soyez béni et gloritié de n'avoir pas achevé ceue journée sans visiter

200 Le Saint Jour de Pâques.

vos Apôtres, et sans leur avoir donné de si touchantes preuves de votre adorable condescendance à leur faiblesse. Soyez entin béni et glorifié, ô Jésus, de ce que vous daignez aujourd'hui , par l'organe de votre sainte Eglise, nous faire entrer en participation, après tant de siècles, des joies si pures et si enivrantes que goûtèrent à pareil jour et Marie, votre mère, et Madeleine avec ses compagnes, et Pierre, et les disciples d'Emmaùs, et les Apôtres rassemblés. Rien ici n'est elVacc ; tout est vivant, tout est renouvelé; vous êtes le même, et notre Pâque aujourd'hui est aussi la même que celle qui vous vit sortir du tombeau. Tous les temps sont à vous; et le monde des âmes vit par vos mystères, comme le monde matériel se soutient par votre pouvoir, depuis le moment où, à pareil jour, il vous plut de commencer votre œuvre, en créant la lumière visible qui doit éclairer ce monde, jusqu'à ce qu'elle pâlisse et s'efface devant l'éternelle clarté que vous nous avez conquise aujourd'hui.

Célébrons en ce jour le premier des six jours de la création, celui qui vit la lumière sortir des ténèbres à l'appel souverain du Verbe de Dieu. Il est la lumière incréée du Père, et il a débuté dans son œuvre en produisant du néant cette image matérielle de sa propre splendeur; et il a voulu que les justes fussent appelés enfants de la lumière, et les pécheurs enfants des ténèbres. Lorsqu'il s'est montré aux hommes dans la chair, il leur a dit : « Je suis la Lumière du monde :

Le Saint Jow de P

a que s.

celui qui me suit ne marche point dans les ténèbres; mais il aura la lumière de vie. » (JoHAN. VIII, 12.) Enfin, pour montrer la parfaite harmonie et le lien sacré de l'ordre de nature et de l'ordre de grâce, il s'est élancé des ombres du tombeau le'jour même où il lit sortir du chaos la lumière visible qui nous éclaire, et qui est pour nous le premier des biens dans l'ordre matériel.

L'Eglise Gothique d'Espagne exprimait la reconnaissance de l'humanité régénérée pour le double bienfait qui se rattache à ce grand jour, dans cette belle prière que nous empruntons à son Bréviaire.

CAPITlLA.

Dieu, à qui nous devons ce jour , le premier de tous , dans lequel vous avez voulu manifester à tous les êtres créés la lumière visible et celui qui est la forme de l'invisible lumière, faisant jaillir dans un même jour le flambeau qui éclaire le monde, et la splendeur divine qui illumine les âmes ; vous qui par un calcul céleste avez joint ensemble le dimanche, j premier jour de votre laj beur, et le moment de la ré( surrection, afin que le même mystère ouvrît et terminât la solennité pascale : jetez un regard , dans ce temps favorable et dans ces jours de salut, sur vos serviteurs que vous avez rachetés ,

r^EUS. cujus unum hune *~^ ex omnibus diximus diem, in quo creatis rébus omnibus voluisti esse et prœsentis lucis indicem, et asterni luminis testem. u: in eo exsurgeret illuminatio temporum. atque resurgeret illuminatio animarum : quique Dominicse et operationis primus, et resurrectionis idoneus revolutus in circulo, et redactus in calcule, Paschalis solemnitatis inciperet mysterium , et concluderet sacramentam ; respice in hoc tempore acceptabili , et in hac die salutis super serves tuos, Domine, quos redemisti de captivitate

Le Saint Jour de Pâques.

nequitiœ spirituali trophaîo Dominicœ passionis : quos Agni tui sanguine tinctos, ne vastator lœderet , libcrasii ; esto nobis prœvius in solitudine vitn? hujus , quo et in die calorcm tcntctionis nostrae quasi nubes protegcns obumbres, et in nocte a tenebris pcccatorum nos quasi columna ignis inlumines : ut, dum ades ad salutcm, perducas ad requiem.

Seigneur, de la captivité des esprits de malice par le trophée de Id passion de votre Fils ; que vous avez délivrés CT les couvrant du sang de votre Agneau, afin qu'ils ne fussent pas atteints du glaive exterminateur. Dans le désert de cette vie, daignez marcher devant nous, comme un nuage qui nous couvre de son ombre durnnt le jour, et tempère l'ardeur de nos tentations ; comme une colonne de feu qui, durant la nuit , nous préserve par sa lumière des ténèbres du péché : ainsi vous serez notre Sauveur par votre présence, et vous nous conduirez au lieu de notre repos.

II serait beau d'entendre retentir, à la fin de cette journée, le concert des voix de toutes les Eglises dans leurs Liturgies, à la louange du^ divin Epoux ressuscite; mais déjà nous avons dépassé, dans ce commentaire des saints Olfices de Pâques, les limites auxquelles nous avons coutume de nous arrêter dans les autres solennités. Nous réserverons d(mc pour les jours de l'Octave ces richesses liturgiques; et nous nous bornerons à insérer ici qiiclqucs-unes des strophes que l'Eglise grecque emploie à célébrer la Résurrection, dans son Office du matin au jour de Pâques.

Le Saint Jour de Pâques.

C'est le jour de la Résurrection ! Peuples , rayonnons de joie. C'est la Paque du Seigneur, le Passage : le Christ-Dieu nous a tait passer de la mort à la vie , de la terre au ciel : chantons un cantique de triomphe.

Purifions nos sens , et nous verrons le Christ tout brillant de l'ineffable lumière de sa résurrection ; nous l'entendrons aussi nous dire : « Je vous salue ! n Chantons un cantique de triomphe.

Cieux, soyez dans la joie ; terre , glorifie-toi ; monde visible et invisible, célèbre la fête solennelle ; le Christ est ressuscité, joie éternelle.

Yemz boire le breuvage nouveau qui nous fortifie; il n'a point jailli par un prodige de la roche aride du désert; il coule du sépulcre du Christ, comme la fontaine de l'immortalité.

L'univers tout entier est inondé de lumière, le ciel, la terre et le monde inférieur ; que toute créature célèbre avec empressement la résurrection du Christ ; car c'est elle qui donne la consistance à tous les êtres.

Hier, 6 Christ, j'étais enDIES est Resurrectionis : splendescamus populi. Pascha Domini, Pascha : etenim ex morte ad vitam, atque ex terra ad cœlum Christus Deusdeduxit nos, triumphale Carmen canentes.

Sensus emundemus , et Christum inaccesso lumine resurrectionisfulgentem videbimus , et Salvete dicentem perspicue audiemus, triumphale Carmen canentes.

Cœli digne laîtentur, terraque glorieîur : festum solemniter agat niundus. visibilis totus et invisibilis; surrexit enim Christus, lœtitia asterna.

Venite, potum in que corroboramur bibamus novum, non ex infœcunda rupe mirabiliter eductum ; et immortalitatis fontem ex Christi sepulcro manantem.

Omnia lumine nuncrspleta sunt, cœlum, terra et inferi ; solemniter igitur agat omnis creatura Christi resurrectionem in qua firmatur.

Heri tecum, Christa,

2 04 Le Saint Jour de Pâques.

sepeliebar; hodie tecum résurgente surgo : heri crucifigebar tacum ; tu me conglorifica, Salvator, in regno tuo.

Deiparens David coram adumbrante arcn subsiliebat saltans ; nos vero, populus Dei sanctificatus, figurariim c\ïtiim videntes in afflatu divine gaudcamus, quia surrexit Christus tamquam omnipotens.

Valde mane eamus. et pro myrrha Iiymnum oF- feramus Domino ; et Christum videbimus, jiistiticB solein, vitam cunctis renascentem.

Infinitam misericordiam tuam adspicientes iili qiios alligabant inferni vincuia, ad lucem laeto pede properarunt. Christe, Paschati plaudentcs a-terno.

Adeamus lampadarii ad Christum, ex sépulcre progredientcm tani?|uam sponsum ; et in estivis agminibus Pascha Dei salutare concelebremus.

seveli avec toi ; aujourd'hui avec toi je ressuscite : hier, j'étais avec toi attaché à la croix; fais-moi part de ta gloire, ô Sauveur, dans ton rovaume.

David, l'ancêtre de Dieu, dansait avec transport devant l'arche figurative ; nous , peuple sanctifié de Dieu , qui voyons l'accomplissement des figures, réjouissons-nous, animés d'un souffle divin; car le Christ est ressuscité, et il a montré qu'il est le Tout-Puissant.

Allons dés le point du jour ; pour myrrhe offrons un hymne au Seigneur, et nous verrons le Christ,, soleil de justice, qui répand à son lever la vie sur tous les êtres.

Ils contemplèrent ton infinie miséricorde, ceux que leurs liens retenaient dans la région des Limbes ; d'un pied joyeux ils s'élancèrent à la lumière; ils applaudissaient à la Pàque éternelle, ô Christ !

Allons avec nos lampes au-devant du Christ qui sort du tombeau comme un époux ; et que nos groupes joyeux célèbrent la Piique par laquelle un Dieu nous sauve.

jNDI uti PAC^UES.

f^'zsT le jour que le Sei"■ gneur a fait : passons-le dans les transports de l'allégresse.

.EC dies quam fecit ominus : exsultemus et lœtemur in ea.

H "^Dc

est si vaste et si profond, que nous n'aurons pas trop des sept jours de cette semaine pour le méditer et l'approfondir. Dans la journée d'hier, nous n'avons fait autre chose que contempler notre Rédempteur sortant du tombeau, et se manifestant aux siens jusqu'à six fois, dans sa bonté et dans sa puissance. Nous continuerons à lui rendre les hommages d'adoration, de reconnaissance et d'amour auxquels il a droit pour ce triomphe qui est le nôtre en même temps que le sien; mais il nous faut aussi pénétrer respectueusement l'ensemble merveilleux de doctrine et de faits dont la Résurrection de notre divin libérateur est le centre glorieux, atin que la lumière céleste

2 66 Le Lundi de Pâques.

nous illumine de plus en plus, et que notre joie croisse toujours.

Qu'est-ce donc d'abord que le mystère de la Pâque ? La Bible nous répond que la Pâque est l'immolation de l'Agneau. Pour comprendre la Pâque, il faut avoir compris le mystère de l'Agneail. Dès les premiers siècles du christianisme, sur les mosaïques et sur les peintures murales des Basiliques, on représentait l'ai^ncau comme le symbole qui réunissait l'idée du sacrifice du Christ et celle de sa victoire. Par sa pose pleine de douceur, l'Agneau exprimait le dévouement qui l'a porté à donner son sang pour l'homme; mais il était peint debout sur une colline verdoyante, et les quatre fleuves du paradis sortaient à son commandement de dessous ses pieds, figurant les quatre Evangiles qui ont porté sa gloire aux quatre points du monde. Plus tard, on le peignit armé d'une croix de laquelle pendait "une banderole triomphale : c'est la forme symbolique sous laquelle nous le révérons dans nos temps.

Depuis le péché, l'homme ne pouvait plus se passer de l'Agneau; sans l'Agneau, il se voyait déshérité pour jamais du ciel, et en ; butte éternellement au divin courroux. Aux premiers jours du monde, le juste Abcl sollicitait la clémence du Créateur irrité, en immolant sur un autel de gazon le plus bel agneau de son troupeau , jusqu'à ce que , \ agneau lui-même, il tombât sous les coups d\in fratricide, devenant ainsi le type vivant de notre Agneau, que ses frères aussi ont mis à mort. Dans la suite, Abraham, sur la montagne, consomma le sacrifice commencé ,

Le Lundi de Pâques. 267

par son héroïque obéissance, en immolant le Bélier dont la tète était entourée d'épines, et dont le sang arrosa l'autel dressé pour Isaac. Plus tard, Dieu parla à Moïse; il lui révéla la Pàque ; et cette Pàque consistait d'abord dans un agneau immolé et dans le festin de la chair de cet agneau. La sainte Eglise nous a donné à lire, ces derniers jours, dans le livre de l'Exode, le commandement du Seigneur à ce sujet. L'agneau pascal devait être sans aucune tache; on devait répandre son sang et se nourrir de sa chair : telle est la première Pàque. Elle est pleine de tîgures, mais vide de réalités : cependant elle dut suffire au peuple de Dieu durant quinze siècles; mais le Juif spirituel savait y reconnaître les traits mystérieux d'un autre Agneau.

A l'époque des grands Prophètes, Isaïe implora, dans ses vers inspirés, l'accomplissement de la promesse divine faite au commencement du monde. Nous avons répété ses sublimes élans, nous nous sommes unis à ses vœux, lorsque la sainte Eglise, au temps de l'Avent , nous mettait sous les yeux les magnifiques oracles de cet envoyé de Dieu. Avec quelle ardeur nous disions avec lui : « Envoyez-nous, Seigneur, l'Agneau qui doit dominer sur la terre! » Ce Messie tant attendu, c'était donc l'Agneau; quelle Pàque, disions-nous, que celle où un tel Agneau sera immolé ! quel festin que celui où il sera servi aux convives!

Lorsque la plénitude des temps fut arrivée, et que Dieu eut envoyé son Fils sur la terre, ce Verbe incarné qui ne s'était pas encore

2 08 Le Lundi de Pâques.

manifesté aux hommes, marchait au bord du Jourdain, lorsque tout à coup Jean-Baptiste le montra à ses disciples, en leur disant : « Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte les péchés du monde. » Le saint Précurseur, à ce moment, annonçait la Pàque ; car il avertissait les hommes qu'enfin la terre possédait l'Agneau véritable, l'Agneau de Dieu, attendu depuis quatre mille ans. Il était venu, cet Agneau plus pur que celui qui fut choisi de la main d'Abcl, plus mystérieux que celui qu'Abraham trouva sur la montagne, plus exempt de taches que celui qu'offrirent en Egypte les Israélites. C'est véritablement r'Agneau imploré avec tant d'instance par Isaïe, un Agneau envoyé par Dieu lui-même, en un mot, l'Agneau de Dieu. Encore un peu de temps, et il sera imiuolé. 11 y a trois jours, nous avons assisté à son sacrifice ; nous avons vu sa patience, sa douceur sous le couteau qui regorgeait, et nous avons été arrosés de son sang clivin qui a lavé tous nos péchés.

L'effusion de ce sang rédempteur était nécessaire à notre Pàque; il fallait que nous en fussions marqués, pour échapper au glaive de l'Ange; en même temps, ce sang nous communiquait la pureté de celui cjui nous le donnait si libéralement. Nos néophytes sortaient de la fontaine dans laquelle il a mêlé sa vertu, plus blancs que la neige; les pécheurs même qui avaient eu le malheur de perdre la grâce qu'ils puisèrent autrefois dans le bain sacré, ont retrouvé, par l'inépuisable énergie du sang divin, leur intégrité première. Toute l'assemblée des fidèles a revêtu la robe nuptiale ; et cette robe est

Le Lundi de Pâques. 26g

d'un éclat éblouissant; car c'est « dans le sang même de l'Agneau qu'elle a été blanchie. » {Apoc. VII, 14.)

Or c'est pour un festin que cette robe a été préparée, et à ce festin nous retrouvons encore notre Agneau. C'est lui qui se donne en nourriture a ses heureux conviés; et le festin, c'est la Pàque. Le grand Apôtre André l'exprima d'une mamère sublime devant le gouverneur Egée, quand il confessa Jésus-Christ en présence de ce païen : « La chair de l'Agneau sans tache, lui dit-il, sert de nourriture, son sang sert de breuvage au peuple qui a foi dans le Christ; et bien qu'immolé, cet Agneau est toujours entier et vivant. » Hier, par toate la terre, ce festin a eu lieu; il se continue encore en ces jours, et nous y contractons une étroite union avec l'Agneau qui s'incorpore à nous par ce divin mets.

Mais ce n'est pas tout sur l'Agneau. Isaïe demandait à Dieu de nous envoyer l'Agneau qui doit dominer sur la terre ;'il ne vient donc pas seulement pour être immolé, pour nous nourrir de sa chair sacrée, cet Agneau ; il vient donc pour commander, pour être Roi } Oui, il en est ainsi; et c'est là encore notre Pàque. Pâques est la proclamation du règne de l'Agneau. C'est le cri des élus dans le ciel : « Il a vaincu, le Lion de la tribu de Juda, le rejeton de David! » {Apoc. v, 5.) Mais s'il est Lion, comment est-il Agneau ? Entendons le mystère. Dans son amour pour l'homme qui avait besoin d'être racheté, d'être fortihé par une nourriture céleste, il a daigné se montrer Agneau; mais il fallait

2']o Le Lundi de Pâques.

aussi qu'il triomphât de ses ennemis et des nôtres; il fallait qu'il régnât; car « toute puissance lui a ctc donnée au ciel et sur la I terre. » (Matth. xxviii, i8.)Dans son triom- { phe, dans sa force invincible, c'est un Lion auquel rien ne résiste, et dont les rugissements de victoire ébranlent aujourd'hui' l'univers. Ecoutez le grand diacre d'Edesse , saint Ephrcm : « A la douzième heure, on le j détacha de la croix comme un lion endormi 1.» Il dormait, notre Lion; « son repos, en effet, a été si court, dit saint Léon, qu'on dirait un sommeil plutôt qu'une mort 2. » Qu'était-ce donc alors, sinon l'ac- 1 complissement de l'oracle du vieux Jacob 5 sur son lit de mort, lorsque, annonçant deux î mille ans à l'avance les grandeurs de son I noble et divin rejeton, il disait dans un saint | enthousiasme : « Juda, c'est le jeune Lion; tu { t'es couché, mon iils, comme le lion ; tu t'es j étendu comme la lionne : qui le réveillera ? » ( {Gènes, xlix, q.) De lui-même il s'est réveillé \ aujourd'hui ; il s'est dressé sur ses pieds ; pour nous Agneau, Lion pour ses etinertiis ; unis- j sant désormais là force à la douceur. Ce A le { mystère complet de laPâque : un Agneau triomphant, obéi, adoré. Rendons-lui nos homma- s ces ; et en attendant que nous unissions nos voix dans le ciel à celles des millions d'Anges et j des vingt-quatre vieillards, répétons avec eux ' dès aujourd'hui sur la terre : « Il est digne, ! l'Agneau qui a été immolé, de recevoir la 1 puissance et la divinité, et la sagesse et la

2. Scniio 1. de Resunectionc.

Le Lundi de Pâques.

force, et l'honneur et la gloire, et la bénédiction- » [ApOC. V, 12.)

L'ancienne Eglise chômait tous les jours de cette semaine comme une seule fête; et les travaux serviles demeuraient interrompus durant tout son cours. L'édit de Théodose, en 389, qui suspendait l'action des tribunaux durant le même intervalle, venait en aide à cette prescription liturgique que nous trouvons attestée dans les Sermons de saint Augustin 1 et dans les Homélies de saint Jean Chrysostome. Ce dernier, parlant aux néophytes, s'exprimait ainsi : « Durant ces sept jours, vous jouissez de l'enseignement de la divine doctrine, rassemblée aes tidèles se réunit à cause de vous, nous vous admettons à la table spirituelle ; ainsi nous vous armons et nous vous exerçons aux combats contre le démon. Car c'est maintenant qu'il se prépare à vous attaquer avec plus de fureur ; plus grande est votre dignité, plus vive sera son attaque. Mettez donc à profit nos enseignements durant cet intervalle , et sachez y apprendre à lutter vaillamment. Reconnaissez aussi dans ces sept jours le cérémonial des noces spirituelles que vous avez eu la gloire de contracter. La solennité des noces dure sept jours ; nous avons voulu, durant le même temps, vous retenir dans la chambre nuptiale ~. »

Tels étaient alors le zèle des fidèles, leur

272 Le Lundi de Pâques.

£;oùt pour les saintes pompes de la Liturgie, l'intérêt qu'ils portaient aux nouvelles recrues qui réjouissaient l'Eglise en ces jours, qu'ils se prêtaient avec empressement à toutes les assiduités qui étaient exigées d'eux durant cette semaine. La joie de la Résurrection remplissait tous les cœurs et occupait tous les mstants. Les conciles publièrent des canons qui érigeaient en loi cette pieuse coutume. Celui" de Mâcon, en 585, formulait ainsi son décret : « Nous devons tous célébrer et fêter avec zèle notre Pâque, dans laquelle le souverain Prêtre et Pontife a été immolé pour nos péchés, et l'honorer par notre exactitude à garder les prescriptions qu'elle impose. Nul ne se permettra donc aucune œuvre servile durant ces six jours (qui suivaient le Dimanche) ; mais tous se reuniront pour chanter les hymnes de la Pâque, assistant avec assiduité aux sacrifices quotidiens, et se rassemblant pour louer notre créateur et régénérateur, le" soir, le matin et à midi 1. » Les conciles de Mayence (81 3) et de Meaux(845) établissent les mêmes prescriptions. Nous les retrouvons en Espagne, au vil" siècle, dans les édits des rois Recesvinthe et Wamba. L'Eglise grecque les renouvela dans son concile in Trullo ; Char- i lemagne, Louis le Pieux, Charles le Chauve, \ les sanctionnèrent dans leurs capitulaires; \ les canonistes des xr et xii' siècles, Burkard, j saint Yves de Chartres, Gratien, nous les montrent en usage de leur temps ; enfin Gré- \ goire IXessayait'encore de leur donner force .

Le Lundi de Pâques. 2j3

de loi dans une de ses Décrétales, au xin' siècle. Mais déjà, en beaucoup de lieux, cette observance avait faibli. Le concile tenu à Constance, en 1094, réduisait la solennité de la Pâque au lun'di et au mardi qui suivent le grand Dimanche. Les liturgistes Jean Beleth, pour le xii'' siècle, et Durand, pour le xiii", attestent que, de leur temps, cette réduction était déjà en usage chez les Français. Elle ne tarda pas à s^étendre dans tout l'Occident, et forma le droit commun pour la célébration de la Pâque, jusqu'à ce que, le relâchement croissant toujours, on ait obtenu successivement du Siège Apostolique la dispense de l'obligation de férier le Mardi, et même le Lundi, en France, après le Concordat de 1801.

Pour avoir l'intelligence de la Liturgie des jours qui vont se succéder jusqu'au dimanche in Albis, il est donc nécessaire de se souvenir constamment de nos néophytes, toujours présents avec leurs robes blanches à la Messe et aux Offices divins. Les allusions à leur récente régénération sont continuelles, et se montrent sans cesse dans les chants et dans les lectures que la sainte Eglise emploie durant tout le cours de cette solennelle Octave.

A Rome, la Station d'aujourd'hui est dans la Basilique dé Saint-Pierre. Initiés samedi dernier aux divins mystères dans la Basilique du Sauveur, au Latran, les néophytes hier célébrèrent la résurrection du irils dans le splendide sanctuaire de la Mère ; il est juste qu'en ce troisième jour ils viennent rendre leurs hommages à Pierre, sur lequel repose

Le Lundi de Pâques.

réditice entier de la sainte Eglise. Jésus Sauveur, Marie, Mère de Dieu et des hommes, Pierre, chef visible du corps mystique du Christ : ce sont là les trois manifestations divines par lesquelles nous sommes entrés et nous sommes maintenus dans l'Eglise chrétienne.

L'Introït, tiré de l'Exode, s'adresse aux nouveau-nés de l'Eglise. Il leur rappelle le lait et le miel mystérieux qui leur furent donnés dans la nuit sacrée du Samedi, après qu'ils eurent participé au divin banquet. Ils sont le véritable Israël, introduit dans la véritable Terre promise. Qu'ils louent donc le Seigneur, qui les a choisis du sein de la gentilité pour faire d'eux son peuple de prédilection.

tNTRoduxit vo:; Domil nus in terram fluentem lac et mel, alléluia : et ut lex Domini sempcr sit in ore vestro. Alléluia, alléluia.

Ps. Confitemini Domino et invocate Nomen cjus : annuntiate inter gentcs opéra ejus. Gloria Patri. Introdu\it.

IE Seigneur vous a inlro, duits dans une terre où coulent le lait et le miel, alléluia ; que la loi du Seigneur soit toujours dans votre bouche. Alléluia , alléluia.

Ps, Loiîez le Seigneur, et invoquez son Nom ; publiez SCS œuvres parmi les nations. Gloire au Père. Le Seigneur.

A la vue du Christ, son Epoux, délivré des liens de la mort, la sainte Eglise demande à

A la Messe.

Dieu que nous, les membres de ce divin Chef, nous arrivions à l'heureux affranchissement dont Jésus nous offre le modèle. Trop longtemps asservis par le péché, nous devons comprendre maintenant le prix de cette liberté des enfants de Dieu qui nous a été rendue par la Pàque.

ODiEU qui, dans la solennité pascale, avez donné au monde le remède dont il avait besoin, daignez répandre le don céleste sur votre peuple ; afin qu'il mérite d'arriver à la liberté parfaite, et qu'il s'avance toujours plus vers la vie éternelle. Par Jesus-Christ notre Seigneur. Amen.

EUS, qui solemnitate paschali, mundo remédia contulisti : populum tuum, quœsumus, cœlesti dono prosequere ; ut et perfectam libertatem consequi mereatur, et ad vitam proficiat serapiîernam. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

Lecture des Actes des Apôtres. Chap. X. EN ces jours-là, Pierre s'étant levé au milieu de l'assemblée, parla ainsi ; Mes Frères, vous savez ce qui est arrivé dans toute la Judée, en commençant par la Galilée, après le baptême que Jean prêchait ; comment Jésus de Nazareth a reçu de Dieu l'onction du Saint-Esprit et de la puissance ; comment il a passé en faisant le bien, et guérissant tous ceux qui étaient opprimés par le diable, parce que Dieu était avec lui. Et nous somLectio Actuum Apostolorum. Cap. x.

IX diebus illis : Stans

Petrus in medio piebis, dixit : Viri fratres, vos scitis quod factum est verbum per universam Judasam : incipiens enim a Galilœa post baptismum, quod prasdicavit Johannes, Jesum a Nazareth : quomodo unxit eum Deus Spiritu Sancto, et virtute, qui pertransiit benefaciendo, et sanando omnes opprcssos a diabolo, quoniam Deus erat cum illo.

L", lAindi de Pâques.

Et nos testes sumus omnium, qunc fecit in regione Jiidœorum et Jérusalem, qucm occiderunt suspendcntes in ligno. Hune Deus suscitavit tertia die, et dédit eum manifestum fieri, non onini populo, sed testibus prœordinatis a Deo : nobis, qui manducavimus et bibimus cum illo, postquam resurrccit a mortuis. Et pra^cepit nobis prœdicare populo, et testificari, quia ipse est, qui constitutus est a Deo judex vivorum et mortuorum. Huic omnes Propheta2 testimonium perhibent, remissionem

Keccatorum accipcre per [omen ejus omncs, qui credunt in eum.

mes les témoins de toutes les choses qu'il a opérées dans la Judée et à Jérusalem. C'est lui que l'on a fait mourir, en l'attachant à la croix ; mais Dieu l'a ressuscité le troisième jour, et il a voulu qu'il se montrât, non à tout le peuple, mais aux témoins que Dieu avait choisis d'avance ; à nous qui avons mangé et bu avec lui, depuis qu'il est ressuscité d'entre les morts. Et il nous a commandé de prêcher et de rendre témoignage au peuple, que c'est lui qui a été établi de Dieu pour être le juge des vivants et des morts. C'est à lui que tous les Prophètes rendent ce témoignage : Que quiconque croira en lui, recevra par son Nom la rémission de ses péchés.

Saint Pierre adressa ce discours au centurion Corneille, et aux parents et amis de ce gentil, qui les avait rassemblés autour de lui pour recevoir l'Apôtre que Dieu lui envoyait. Il s'agissait de disposer tout cet auditoire à recevoir le Baptême et à devenir les prémices de la gcntilite; car jusque-là l'Evangile n'avait été annoncé qu'aux Juifs. Remarquons que c'est saint Pierre, et non un autre Apôtre, qui nous ouvre aujourd'hui, à nous gentils, les portes de l'Eglise que le Fils de Dieu a établie sur lui comme sur le roc inébranlable. Voilà pourquoi ce passage du livre des Actes des Apôtres se lit aujourd'hui, dans la

A la Messe.

Basilique de Saint-Pierre, près de sa glorieuse Confession, et en présence des néopfiytes q.ui sont autant de conquêtes de la foi' sur les derniers sectateurs de l'idolâtrie païenne. Observons ensuite la méthode qu'emploie TApôtre pour inculquer à Corneille et aux autres gentils la véiité du christianisme. Il commence par leur parler de Jésus-Christ ; il rappelle les prodiges qui ont accompagné sa mission ; puis ayant raconté sa mort ignominieuse sur la croix, il montre le fait de la Résurrection de l'Homme-Dieu comme la plus haute garantie de la vérité de son divin caractère. Vient ensuite la mission des Apôtres qu'il faut accepter, ainsi que leur témoignage si solennel et si désintéressé, puisqu'il ne leur a valu que des persécutions. Celui-là donc qui confesse le Fils de Dieu revêtu de la chair, passant en ce monde en faisant le bien, opérant toutes sortes de prodiges, mourant sur la croix, ressuscité du tombeau, et confiant aux hommes qu'il a choisis la mission de continuer sur la terre le ministère qu'il y a commencé ; celui qui confesse toute cette doctrine est prêt à recevoir, dans le saint Baptême, la rémission de ses péchés: tel fut l'heureux sort de Corneille et de ses compagnons ; tel a été celui de nos néophytes.

On chante ensuite le Graduel, qui présente l'expression ordinaire de la joie pascale; le Verset seulement est ditFérent de celui d'hier, et variera chaque jour, jusqu'à Vendredi. Le Verset de l'Alleluia nous retrace l'Ange descendu du ciel pour ouvrir le sépulcre vide, et

Le Lundi de Pâques.

manifester la sortie victorieuse et spontanée du Rédempteur.

H^C dies, quam fecit Dominus : exsiiltcmus et laetemur in ea.

f. Dicat nunc Israël, quoniam bonus : quoniam in saeculum misericordia ejus.

Alléluia, alléluia.

f. Angélus Domini descendit de cœlo : et accedens revolvit lapidera , et sedebat super eum.

/"^'est le jour que le Sei^^ gneur a fait : passons-le dans les transports de l'allégresse.

f. Que maintenant Israël chante que le Seigneur est bon, que sa miséricorde est à jamais.

Alléluia, alléluia,

f. L'Ange du Seigneur descendit du ciel ; il renversa la pierre et s'assit dessus.

La Séquence Victimœ paschali, page 21g.

Sequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. xxiv. j N illo tempore : Duo * ex discipulis Jesu ibant ipsa die in castellum, quod erat in spatio stadiorum sexaginta ab Jérusalem, nomine Emmaus. Et ipsi loquebantur ad invicem de his omnibus , qux acciderant. Et factum est, dum fabularentur, et secum quaercrent : et ipse Jésus appropinquans ibat cum illis : oculi autem illorum tenebanlur

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap.

XX tv.

; , N ce temps-là, le jour L- même où Jésus était ressuscité, deux de ses disciples s'en allaient à un village nommé l"'mmuûs, qui était à soixante stades de Jérusalem, et ils parlaient ensemble de tout ce qui s'était passé. Et il arriva que pendant qu'ils s'entretenaient et conféraient ensemble, Jésus lui-même les joignit, et se mit à marcher avec eux ; mais leurs yeux étaient comme retenus , en sorte

A la Messe.

27g

qu ils ne le reconnurent pas. Kt il leur dit : De quoi vous entretenez-vous ainsi tout tristes en marchant ? Et l'un d'eux nommé Cléophas lui répondit : Etes-vous seul si étranger dans Jérusalem que vous ne sachiez pas ce qui s'y est passé ces jours-ci ? Quoi donc ? leur dit-il. Et ils répondirent : Au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peup'e : et comment les princes des prêtres et nos chefs l'ont livre pour être condamné à mort, et l'ont crucifié. Cependant nous espérions qu'il était celui qui doit racheter Is ail ; et après tout cela, voici déjà le troisième jour que ces choses sa sont passées. Il est vrai que quelques femmes qui étaient avec nous nous ont effrayés ; car étant allées avant le jour au sépulcre, et n'ayant point trouvé son corps, elles sont revenues dire qu'elles ont vu des Anges qui leur ont dit qu'il est vivant. Et quelques-uns des nôtres sont allés au sépulcre, et ont trouvé toutes choses comme l'avaient dit les femmes ; mais lui. ils ne l'ont point trouvé. Et Jésus leur dit : O insensés et cœurs tardifs à croire tout ce que les Prophètes ont dit ! Ne fallait-il pas que le

ne eum agnoscerent. Et ait ad illos : Qui sunt hi sermones, quos conferîis ad invicem ambulantes, et estis tristes ? Et respondens unus, cui nomen Cléophas, dixit ei : Tu solus peregrinus es in Jérusalem, et non cognovisti quas facta sunt in illa his diebus ? Quibus ille di.\it : Quae ? Et dixerunt : de Jesu Nazareno, qui fuit vir propheta, potens in opère, et sermone coram Dec et omni populo : et quomodo eum tradiderunt summi sacerdotes, et principes nostri in damnationem mortis. et crucifixerunt eum. Nos autem sperabamus quia ipse esset redempturus Israël : et nunc super hœc omnia, tertia dies est hodie quod haec facta sunt. Sed et mulieres quaedam ex nostris terruerunt nos, quœ ante lucem fuerunt ad monumentum, et non invente corpore ejus, venerunt, dicentes se etiam visionem Angelorum vidisse, qui dicunt eum vivere. Et abierunt quidam ex nostris ad monumentum, et ita invenerunt, sicut mulieres dixerunt ; ipsum vero non invenerunt. Et ipse

28o

L? Lundi de Pâques.

dixit ad eos : O stulti, et tardi corde ad credendum in omnibus, qiiœ locuti sunl Prophet;u 1 Nonne hœc opormit pati Christum, et ita intrare in gloriam suam ? Et incipiens a Moyse. et omnibus Prophetis, interpretabatur illis in omnibus Scripturis, quas de ipso ernnt. Et appropinquaverunt casteilo, quo ibnnt : et ipse se finxit longius ire. Et coegertint illiim, diccntes : Mane nobisciim, quoniam advespcrascit, et inclinata est jam dies. Et intravit ciim iilis. Et factum est dum recumberet cum eis, accepit panem, et benedixit, ac rregit, et porrigcbat illis. Et aperti sunl oculi eorum, et cognoverunt eum : et ipse evanuit ex oculis eorum. Et dixerunt ad invicem : Nonne cor nostrum ardens crat in nobis, dum loqueretur in via et aperiret nobis Scripturas ? Et surgentcs cadem hora regressi sunt in Jérusalem : et invenerimt congregatos undecim, et eos, qui cum illis erant, dicentcs : Quod surrexit Dominus vere, et apparuit Simoni. lit ipsi narra et quomodo cognoverunt e

Christ souffrît toutes ces choses, et qu'il entrât ainsi dans sa gloire ? Et commençant pur Moïse et tous les i^rophètes, il leur interprétait ce qui avait été dit de lui dans toutes les Ecritures. Et lorsqu'ils furent proches du viUai^e où ils allaient, il fit semblant d'aller plus loin. Mais ils le pressèrent, et lui dirent : Demeurez avec nous; car il se fait tard, et le jour est sur son déclin. Et il entra avec eux. Et étant avec eux à table, il prit le pain et le bénit ; et l'ayant rompu, il leur en présenta. Et leurs yeux s'ouvrirent, et ils le reconnurent; mais il disparut tout à coup à leurs yeux. Et ils se disaient l'un à l'autre : Notre cœur n'était-ii pas tout brûlant au dedans de nous, lorsqu'il nous parlait dans le chemin, et qu'il nous ouvrait les Ecritures ? et se levant à l'heure même, ils retournèrent à Jérusalem, et ils trouvèrent réunis les onze et ceux qui étaient avec eux disant : Le Seigneur est vraiment ressuscité, et il est apparu à Simon. Et eux racontèrent ce qui leur était arrivé en chemin, et comment ils l'avaient reconnu au moment où il avait rompu le pain.

bant quae gesta erant in via :

um in fractione panis.

A la Messe. 281

Contemplons ces trois pèlerins qui conversent sur la route d'Emmaus, et joignonsles par le cœur et par la pensée. Deux d'entre eux sont des hommes fragiles comme nous, qui tremblent devant la" tribulation, que la croix a déconcertés, à qui il faut de la gloire et des prospérités, pour c^u'ils puissetit continuer à croire. « O insensés et cœurs tardifs, » leur dit le troisième voyageur; « vous ne saviez donc pas qu'il fallait q"ue le Christ souffrît, et qu'il n'entrât dans sa gloire que par cette voie ? )> Jusqu'ici, nous avons trop ressemblé à ces deux hommes; le juif s'est montré en nous plus que le chrétien ; et c'est pour cela que l'amour des choses terrestres qui nous entraînait nous a rendus insensibles à l'attrait céleste, et par là même exposés au péché. Nous ne pouvons plus désormais penser ainsi. Les splendeurs de la Résurrection de notre Maître nous montrent assez vivement quel est le but de la tribulation, lorsque Dieu nous l'envoie. Quelles que soient nos épreuves, il n'y a pas d'apparence que nous soyons cloués à un gibet, ni crucifiés entre deux scélérats. Le Fils de Dieu a éprouvé ce sort; et voyez aujourd'hui si les supplices du Vendredi ont arrêté l'essor qii'il devait prendre le Dimanche vers sa royauté immortelle. Sa gloire n'est-elle pas d'autant plus éclatante que son humiliation avait été plus profonde ? ,

Ne tremblons donc plus tant à la ^ue du sacrifice; pensons à la félicité éternelle qui le paiera. Jésus, que les deux disciples ne reconnaissaient pas, n'a eu qu'à leur faire entendre sa voix, qu'à déduire devant eux

282 Le Lundi de Pâques.

les plans de la sagesse et de la bonté divines, et le jour se faisait à mesure dans leurs esprits. Que dis-jc ? leur cœur s'échauflait et brûlait dans leur poitrine, en l'entendant discourir à propos de la croix qui conduit à la gloire ; et si déjà ils ne l'avaient pas découvert, c'est qu'il retenait leurs yeux, atin qu'ils ne le reconnussent pas. De même en sera-t-il pour nous, si nous laissons, comme eux, parler Jésus. Nous comprendrons alors que « le disciple n'est pas au-dessus du maître » (Matth. X, 24) ; et en voyant l'éclat immortel dont ce Maître resplendit aujourd'hui, nous nous sentirons inclinés à dire aussi à notre tour : « Non, les souffrances de ce monde passager n'ont rien de comparable avec la gloire qui doit plus tard se manifester en nous. » [Rom. viii, 18.)

En ces jours où les efforts du chrétien pour sa régénération sont payés par l'honneur de s'asseoir, avec la robe nuptiale, à la table du festin du Christ, nous ne manquerons pas de remarquer que ce fut au moment de la fraction du pain que les yeux des deux disciples s'ouvrirent, et qu'ils reconnurent leur maître. La nourriture céleste, dont toute la vertu procède de la parole du Christ, donne la lumière aux âmes ; et elles voient alors ce qu'elles ne voyaient pas avant de s'en être nourries. Il en sera ainsi de nous, par l'effet merveilleux du divin sacrement de la Pâque; mais considérons ce que nous dit à ce sujet le pieux auteur de V Imitation : « Ceux-là connaissent véritablement le Seigneur au moment de la fraction du pain, dont le cœur était ardent lorsque Jésus cheminait avec

A la Messe. 2 83

eux sur la route. » (Lib. IV, c. xiv.) Livronsnous donc à notre divin ressuscité; désormais nous sommes à lui plus que jamais, non plus seulement en vertu de sa mort pour nous, mais à cause de sa résurrection, qui est aussi pour nous. Devenons semblables aux disciples d'Emmaùs, tidèles comme eux, joyeux comme eux, empressés, à leur exemple, de montrer dans nos œuvres cette nouveauté de vie que nous recommande l'Apôtre, etqui seule convient à ceux que le Christ a aimés jusqu'à ne vouloir ressusciter qu'avec eux. La sainte Eglise a placé en ce jour ce passage de l'Evangile préférablement à tout autre, à raison de la Station qui se tient dans la Basilique de Saint-Pierre. Saint Luc y raconte, en effet, que les deux disciples trouvèrent les Apôtres déjà instruits de la résurrection de leur Maître; « car, disaient-ils, il a apparu à Simon. » Nous avons parlé hier de cette faveur faite au prince des Apôtres, et que i'E.elise romaine proclame avec tant de raison aujourd'hui.

L'Offertoire est formé d'un passage du saint Evangile relatif aux circonstances de la Résurrection du Christ.

T 'Ange du Seigneur des-*- cendit du ciel, et il dit aux femmes : Celui que vous cherchez est ressuscité, comme il l'avait dit. Alléluia.

A NGELUS Domini des" *■ cendit de cœlo, et dixit mulieribus : Quem quasritis, surrexit sicut dixit. Alléluia.

Dans la Secrète, l'Eglise demande en faveur de ses enfants que la nourriture pascale soit

Le Lundi de Pâques.

pour euxun aliment d'immortalité, qui unisse les membres à leur divin Chef, non seulement pour le temps, mais jusque dans la vie éternelle.

CusciPE , quœsuniLis ^ Domine, preces populi tui ciiin oblationibus hostiaiLim : ut paschalibus initiata mysteriis, ad fftcrnitalis nobis medclam, te opérante, proficiant. Per Dominum nostrum Jcsum Christura. Amen.

RECEVEZ, s'il vous plaît, Seigneur, les prières de votre peuple, avec ces hosties que nous vous offrons; afin que notre oblation, étant consacrée par le mystère de la Pàque, nous serve par votre action divine comme un remède qui nous dispose à l'éternité. Par Jésu?-Christ notre Seigneur. Amen.

Pendant la Communion, l'Eglise rappelle aux fidèles le souvenir de Pierre, qui fut favorisé de la visite du Sauveur ressuscité, La foi de la Résurrection est la foi de Pierre, et la foi de Pierre est le fondement de l'E- glise et le lien de l'unité catholique.

SURREXiT Dominus, et apparuit Pelro. Alléluia.

LE Seigneur est ressuscite, et il est apparu à Pierre. AIlcKiia.

Dans la Postcommunion, l'Eglise continue à demander pour tous ses enfants, convives du même festin de l'Agneau, l'esprit de concorde qui doit les unir comme les membres d'une même famille dont la nouvelle Pâque est venue sceller l'inviolable fraternité.

A Vêpres.

ÉPANDEZ en nous. Seigneur, l'esprit de votre

charité ; et par votre bonté unissez dans une douce concorde ceux que vous venez de nourrir du Mystère pascal. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

SPIRITUM nobis. Domine, tuas charitatis infunde : ut quos sacramentis paschalibus satiasti, tua facias pletate concordes. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

L'Ordre des Vêpres est le même cjuhier, à l'exception de l'Antienne de Magnificat et de la Collecte.

.ANTIENNE DE Magnijicat,

^^^' V discour

sont ces irs dont vous vous entretenez en marchant ensemble, et pourquoi êtes-vous tristes ? AUeluia.

Ant.

OUI sunt hi sermones quos confertis ad invicem ambulantes, et estis tristes ? Alléluia.

O Dieu qui, dans la solennité pascale, avez donné au monde le remède dont il avait besoin, daignez répandre le don céleste sur votre peuple; afin qu'il mérite d'arriver à la liberté parfaite, et qu'il s'avance toujours plus vers la vie éternelle. Par JésusChrist notre Seigneur. Amen.

Deus, qui solemnitate paschali, mundo remédia contulisti : populum tuum, quaesuraus, cœlesti donc prosequere ; ut et perfectam libertatem

consequi mereatur; et ad vitara proficiat sempiternam. Per Dominum nostrum Jesum Christum. Amen.

Le Lundi de Pâques.

Rendons gloire au F'ils de Dieu pour l'œuvre qu'il a accomplie dans ce second jour de la création, en séparant les eaux inférieures des eaux supérieures, et en établissant le firmament qui s'étend entre les unes et les autres; paroles mystérieuses que les Pères ont commentées avec respect, s'attachant au sens spirituel qu'elles présentent, de préférence au sens matériel. On y reconnaît la puissance d'un bras divin qui aflermit son œuvre, et maintient en équilibre des forces qui demeuraient confondues dans le chaos. La Liturgie Mozarabe nous fournit cette belle prière pour glorifier notre créateur, en ce jour où son œuvre acquiert un nouveau développement.

CHRISTE Dcus noster, qui secundo die iîrmamentum formans , quasi solidamcntum bcripturarum in Ecclesia préparas, quo cœlestes populos Angclorum ab infirmitate interiorum hominum, quasi aquas ab aquis, discernerc voluisti : quique duo testamenta constituens, figuram veteris sacriricii per testamcntum novum immolatione tui corporis complevisti ; da nobis, ut intelleclu prudentiœ angelicis Potestatibus, quasi aquis superioribus sociemur, et semper ad supcrna ten^-^ Christ, notre Dieu, qui, \_) au second jour, créaat le firmament, indiquez par avance la fermeté et solidité des saintes Ecritures, sur lesquelles repose l'Eglise ; et qui, séparant les eaux des eaux, indiquez la distance qui sépare le peuple céleste des Anges de la faible et inférieure race des hommes; vous qui, auteur des deux Testaments, avez accompli la figure de l'antique sacrifice, en scellant la nouvelle alliance par l'immolation de votre corps : donnez-nous d'être associés par l'intelligence et la sagesse aux Puissances angéliques, comme aux eaux supérieures, et de

Le Lundi de Pâques.

tendre toujours vers ce qui est élevé; afin que la solidité des deux lois étant établie dans notre cœur, la vertu de votre résurrection nous attire jusqu'aux joies infinies.

damus : qualiler ita solidamentum utriusque legis in corde nostro prœ- poUeat. ut resurrectionis tuas potentia ad gaudia nos pertrahat innnita.

Empruntons, pour terminer cette journée, la voix des Eglises antiques qui célèbrent à Tenvi le haut mystère de la Résurrection. L'Eglise Ambrosienne nous fournira d'abord la belle Préface qu'elle emploie au jour de Pâques,

IL est véritablement juste et raisonnable . équitable et salutaire, ô Dieu saint et tout-puissant, que nous vous rendions grâces, que nous célébrions avec amour vos louanges, auguste Père, auteur et créateur de toutes choses; car votre Fils JésusChrist, qui était le Seigneur de majesté, a daigné souffrir le supplice de la croix pour la délivrance du genre humain. C'est lui qu'autrefois Abraham figurait dans son fils, et que le peuple instruit par Moïse présageait dans l'immolation de l'Agneau sans tache. C'est lui que célébrait la trompette sacrée des Prophètes, comme celui qui devait prendre sur lui le péché et abolir le crime. Voici donc la Pàque illustrée

Î)ar le sang du Christ, dans aquelle le peuple fidèle se

ERE q.iia dignum et justum est, œquum et salutare, nos tibi. sancte Deus omnipotens, gratias agere, nos devotas laudes referre, Pater inclyte, omnium Auctor et Conditor. Quia, cum Dominus esset majestatis Christus Jésus Filius tuus, ob liberationem humani generis crucem subire dignatus est. Quem dudum Abraham prœfigurabat in filio, turba mosaica immaculati agni immolatione signabat. Ipse est enim., quem sacra tuba cecinerat Prophetarum : qui omnium peccata portaret. aboleret et crimina. Hoc est illud Pascha, Christi nobilitatum cruore, in quo fidelis populus prcecipua devoLe Lundi de Pâques.

lionc exsultat. O mysterium {»ralia plénum ! O inctVabile divini muneris sacrainentuni ! O solemnitatiim omnium honoranda solemnitas! In qua, ut serves rcdimcrct, mortalibus se pra;- buit occidendum. Quam utique bcata mors, qua; mortis nodos resolvitl Jam nunc sentiat se tartarcus princeps attritum : et nos de profundi labe educti ad cœleste Regnum conscendisse gratulemur.

livre aux transports d'une piété solennelle. O mystère plein de la grâce! O arcane ineffable de la divine munilicence ! O solennité plus digne d'honneur que toutes les solennités, et dans laquelle le Christ, pour racheter des esclaves, s'est laissé mettre à mort par la main des hommes 1 Heureuse mort qui a rompu les nœuds de la niiirt ! 11 se sent maintenant brisé, le prince infernal ; pour nous, arrachés à l'abîme, félicitons-nous d'être montés au céleste royaume.

Nous ajouterons cette autre Préface, daiîs laquelle l'ancienne Eglise des Gaules célébrait le mystère de notre Agneau pasjal.

DIGNUM et justum est, nos tibi gratias agere, omnipotens scmpiterne Deus, per Jcsum Christum Filium tuum Dominum nostrum, Per quem humanum genus vivificans, Pascha etiam per Moyscn et Aaron famulos tuos Agni immolatione jussisli celcbrari : consequcntibus tcmporibus usque ad adventum Domini nostri Jesu Christi (qui sicut agnus ad victimam ductus est) eamdem consuetudinem in memoriam

1 nous vous tendions grâces, ô Dieu tout-puissant et éternel, par Jésus-Christ vôtre Fils, notre Seigneur, de ce que, voulant rendre la vie au genre humain, vous ordonnâtes à vos serviteurs, par Moïse et Aaron, de célébrer la Pâque en immolant l'agneau. Vous étendîtes ce précepte à la suite des temps, jusqu'à l'avènement de notre Seigneur Jésus-Christ, qui a été conduit comme un agneau à l'autel. C'est lui qui est, en effet, l'Agneau sans tache qui fut immolé en

Le Lundi de Pâques. 2Sg

Egypte comme la première

observare praecepisti.

Pàque du premier peuple. Il

Ipse est Agnus immacuest ce bélier tiré du buisson.

latus. qui prioris populi

au sommet de la montagne.

prima Pascha in^gypto fuerat iramolatus. " Ipse

et destiné au sacrifice. 11 est

ce veau gras mis à mort sous

ist aries in vertice monla tente de notre père Abratis excelsi de vepre proham, pour être servi à ses

latus, sacrificio destinahôtes ; c'est lui dont nous

tus. Ipse est vitulus

célébrons la Passion et la

saginatus, qui in taberRésurrection, et dont nous

naculo patris nostri

attendons le dernier AvèneAbrahœ propter hospites

ment.

est victimatus. Cujus Passionem et Resurrectionem celebramus, cujus et adventum speramus.

Enfin, nous terminerons par cette admirable Séquence d'Adam de Saint-Victor, si connue et si aimée des tidèles de la France au

moyen âge ; elle respire toutes les grandeurs

et toute la joie de la Pâque.

C ALUT, ô jour, la gloire des

•^ jours ; jcur fortuné où

Q ALVE, dies dierum glotriomphe le Christ ; jour

Dies felix Christi Victodestiné à Tallégresse éterria,

nelle ; salut, premier des

Dies digna jugi lîetitia,

jours !

Dies prima 1

La lumière divine vient

Lux divina caecis irraluire aux yeux des aveugles ;

diât.

le Christ enlevé les dépouilIn qua Christus infernum

les de l'enfer , il abat la

spoliât,

mort, et réconcilie le ciel et

Mortem vincit et réconla terre.

ciliât

Summis ima.

La sentence du roi éterSempiterni régis senael a soumis tous les êtres

tentia

2qo Le Lund

I de Pâques.

Sub pcccato conclusit

d'ici-bas à la loi du péché ;

omnia.

la grâce céleste peut seule

Ut infirmis supcrna i^rasubvenir à nos maux.

tia

Subveniret.

Dei Virtus et Sapicnlia

Mais loisque le monde tout entier allait rouler dans

Temperavit iram clcmentia,

l'abîme, celui q^ui est en Dieu Vertu et Sagesse est

Cum jam maiidiis in

pra3cipitia

venu par sa clémence adouTotus iret.

cir les décrets de la colère.

Insultabat nostras miT. 'ancien ennemi , auteur

serias

du mal, insultait à notre miVêtus hostis, aiictnr masère ; car nos pèches étaient

litioc.

sans espoir de pardon.

Quia nulla spcs erat venire

De peccatis.

Despcrante mundo rcLe monde éploré désesmedium,

pérait du remède, lorsque Dieu le Père, à l'heure où

Dum tcnerent ciincta silentium,

le silence planait sur toute

Dcus Pater cmisit Fila nature, daigna envoyer

lium

son Fils au secours des désDesperatis.

espérés.

Prœdo vorax, monsLe monstre ravissant, le

trum tartareum,

serpent infernal aperçoit la

Carnem vidcns, ncc cachair , et , ne soupçonnant

vens laqueum,

pas le piège, se jette avideIn latentem ruons acument sur l'hameçon caché

leum

sous l'appât ; sa gueule en

Aduncatur.

est déchirée.

Dignitatis primai conNotre condition première

ditio

est rétablie dans le Fils de

Reformatur nobis in FiDieu, dont la Résurrection

lio,

renouvelle en ces jours notre

Cujus nova nos rcsarreconsolation.

ctio

Consolatur.

Le Lundi de Pâques.

2qi

Il est sorti libre du tombeau , le restaurateur du genre humain , portant sur ses épaules sa brebis, et l'enlevant jusqu'au ciel.

La concorde est rétablie entre les Anges et les hommes ; les rangs décimés de la milice céleste vont être remplis ; louange au Seigneur qui triomphe, louange éternelle !

Eglise mère, unis ta voix au concert de la patrie céleste ; peuple fidèle, répète aujourd'hui Alléluia.

L'empire de la mort a succombé : partageons les joies du triomphe ; paix sur la terre, au ciel jubilation ! Amen.

Resurrexit liber ab inferis Restaurator humani generis, Ovem suam reportans hume ri s Ad superna.

Angelorum pax fit et hominum ; Plenitudo succrescit ordinum ; Triumphanîem laus decet Dominum, Laus aeterna.

Harmoniae cœlestis pntrije, Vox concordet matris

EcclesiîE ; Alléluia frequentet hodie

Plcbsfidelis.

Triumphato mortis

imperio, Triumphali fruamur gaudio : In terra pax, et jubilatio

Sit in cœlis ! Amen.

HJEC dies quam fecit Dominus : cxsultemus et Icetcmur in ea.

C'est le jour que le Seigneur a fait : passons-le dans les transports de l'allégresse.

'Agneau est notre Pâquc ; nous l'avons reconnu hier; mais le mystère de la Pâque est loin d'être épuisé. Voici d'autres merveilles qui réclament notre attention. Le livre sacré nous dit : « La Pàque, c'est le passage du Seigneur » {Exod. XII, 12); et le Seigneur, parlant lui-même, ajoute : « Je passerai cette nuit-là par la terre d'Egypte; je frapperai tous les premiers-nés dans l'Egypte, depuis l'homme jusqu'à la bête; et j'exercerai mon jugement sur tous les dieux de l'Egypte, moi le Seigneur. » La Pâque est donc un jour de justice, un jour terrible pour les ennemis du Seigneur ; mais il est en même temps et par là même le jour de la délivrance pour Israël. L'Agneau vient d'être

Le Mardi de Pâques. 2 g 3

immolé; mais son immolation est le prélude de l'aifranchissement du peuple saint.

Israël est soumis à la plus affreuse captivité sous Pharaon. Un odieux esclavage pèse sur lui ; ses enfants mâles sont dévoués à la mort; c'en est fait de la race d'Abraham, sur laquelle reposent les promesses du salut universel ; il est temps que le Seigneur intervienne ; il est temps qu'il se montre, le Lion de la tribu de Juda, à qui rien ne saurait résister.

Mais Israël représente ici un peuple plus nombreux que lui. C'est le genre humain tout entier qui gémit captif sous la tyrannie de Satan, le plus cruel des Pharaons. Sa servitude est montée au comble ; courbé sous les plus abominables superstitions, il prodigue à la matière ses ignobles adorations. Dieu est chassé de la terre, où tout est devenu dieu, excepté Dieu ; le goutfre béant de l'enfer engloutit les générations presque entières. Dieu aura-t-il donc travaillé contre lui-même, en créant le genre humain? Non; mais il est temps que le Seigneur passe, et qu"il fasse sentir la force de s"on bras.

Le vrai Israël , l'Homme véritable descendu du ciel, est captif à son tour. Ses ennemis ont pré\'alu contre lui ; et sa dépouille sanglante et inanimée a été enfermée dans le tombeau. Les meurtriers du Juste ont été jusqu'à sceller la pierre de son sépulcre ; ils y ont établi une garde. N'est-il pas temps que le Seigneur passe, et qu'il confonde ses ennemis par la rapidité victorieuse de son passage ?

Et d'abord, au sein de la profane Egypte,

2q4 ^6 Mardi de Pâques.

chaque famille Israélite ayant immolé et

mangé l'agneau pascal, lorsque le milieu de la nuit fut venu, le Seigneur, selon sa promesse, passa comme un^vengeur redoutable à travers toute cette nation au cœur endurci. L'Ange exterminateur le suivait, et frappa de son glaive tous les premiers-nés de ce vaste empire, « depuis le premier-né de Pharaon j qui s'asseyait sur le trône , jusqu'au prc- < mier-né de la captive qui était en prison, et \ jusqu'au premier-né de tous les animaux. » '; Un cri de douleur retentit de toutes parts , dans Mesraim ; mais le Seigneur est juste, et \ son peuple fut délivré. ' \

La même victoire s'est renouvelée en ces jours, lorsque le Seigneur, à l'heure où les ténèbres luttaient encore avec les premiers ! rayons du soleil, a. passé, à travers la pierre j scellée du tombeau, à travers les gardes, • frappant à mort le peuple premier-né, qui ; n'avait pas voulu « connaître le temps de sa j visite. » (Luc. xix, /^.) La synagogue avait ! hérité de la dureté de cœur de Pharaon ; i elle voulait retenir captif celui dont le Pro- \ phètc avait dit qu'il serait « libre entre les | morts M. {Ps. Lxxxvii, 6.) A ce coup, les cris i d'une rage impuissante se sont fait entendre dans les conseils de Jérusalem; mais le Seigneur est juste, et Jésus s'est délivré luimême.

Et le genre humain que Satan foulait aux pieds, combien a été heureux pour lui le ' passage dn Seigneur! Ce généreux triompha- ] teur n'a pas voulu sortir seul de sa prison ; il nous avait tous adoptes pour ses frères, et nous a tous ramenés à la lumière avec lui.

Le yfardi de Pâques. 2q5

Tous les premiers-nés de Satan sont abattus du coup, toute la force de l'enfer est brisée. Encore un peu de temps, et les autels des faux dieux seront renversés de toutes parts ; encore un peu de temps, et l'homme, régénéré par la prédication évangélique, reconnaîtra son créateur et abjurera les infâmes idoles. Car « c'est aujourd'hui la Pàque, c'est-à-dire le Passage du Seigneur. »

Mais voyez l'alliance qui réunit dans une même Pàque le mystère de l'Agneau au mystère du Passage. Le Seigneur passe , et' il commande à l'Ange exterminateur de frapper le premier-né dans toute maison dont le seuil ne porte pas l'empreinte du sang de l'Agneau. C'est ce sang protecteur qui" détourne le glaive; c'est "^à cause de lui que la divine justice passe à coté de nous et ne nous touche pas. Pharaon et son peuple ne sont pas protégés par le sang de l'Agneau ; cependant ils ont vu de rares merveilles, ils ont éprouvé des châtiments inouïs ; ils ont pu voir que le Dieu d'Israël n'est pas sans force comme leurs dieux ; mais leur cœur est plus dur que la pierre, et les œuvres de Moïse pas plus que sa parole n'ont pu l'amollir. Le Seigneur les frappe donc , et délivre son peuple.

L'ingrat Israël s'obstine à son tour ; et, passionné pour ses ombres grossières, il ne veut pas d'autre Agneau que" l'agneau matériel. En vain ses Prophètes lui ont annoncé qu'un « Agneau roi du monde viendra du désert à la montagne de Sion. » (Isai. xvi, i.) Israël ne consent" pas à voir son Messie dans cet Agneau ; il l'égorgé avec haine et fureur ;

2g6 Le Mardi de Pâques.

et il continue de mettre toute sa confiance dans le sang grossier d'une victime impuissante à le ^protéger désormais. Qu'il sera terrible le Passage du Seigneur dans Jérusalem, lorsque l'épée romaine le suivra, exterminant à droite et à gauche un peuple tout entier !

Et les esprits de malice qui s'étaient joués de l'Agneau, qui l'avaient méprisé à cause de sa douceur et de son humilité, qui avaient rugi de leur joie infernale, en le voyant épuiser tout le sang de ses veines sur l'arbre de la croix, quelle déception pour leur orgueil de l'avoir vu, cet Agneau, descendre clans toute sa majesté de Lion jusqu'aux enfers, en arracher les justes de quatre mille ans, captifs sous les ombres; ensuite, sur la terre, appeler toute créature vivante « à la liberté des enfants de Dieu ! » {Rom. viii, 21.)

Que votre Passage est dur à vos ennemis, ô Christ! mais qu'il est salutaire à vos fidèles ! Le premier Israël n'eut point à le redouter ; car il était protégé par le signe du sang figuratif qui marquait la porte de ses demeures. Notre sort est plus beau ; notre Agneau est l'Agneau de Dieu même; et ce ne sont point nos portes qui sont marquées de son sang; ce sont nos âmes qui en sont toutes teintes. Votre Prophète , expliquant plus clairement le mystère, annonça dans la suite que ceux-là seraient épargnés, au jour de votre juste vengeance sur Jérusalem, qui auraient au front la marque du Tau. (EzEcn. IX, G.) Israël n'a pas voulu comprendre. Le signe du Tau est le signe de votre Croix ; c'est lui qui nous couvre, qui nous protège,

A la Messe. 2g j

qui nous transporte de joie, dans cette Pâqûe de votre Passage, où tous vos coups sont pour nos enneniis et toutes vos bénédictions pour nous.

A Rome, la Station est aujourd'hui dans la Basilique de Saint-Paul. L'Église s'empresse de conduire aux pieds du Docteur des Gentils sa blanche armée de néophytes. Compagnon des travaux de Pierre dans Rome et associé à son martyre, Paul n'est pas le fondement de l'Eglise ; mais il est le prédicateur de l'Evangile aux nations. Il a ressenti les douleurs et les joies de l'enfantement, et ses fils ont été innombrables. Au fond de sa tombe sacrée, ses os tressaillent d'allégresse à rapproche de ces nouveaux enfants, avides d'entendre sa parole dans les immortelles Epitres où il parle encore, et où il parlera jusqu'à la fin des siècles.

L'Introït, tiré du livre de l'Ecclésiastique, célèbre la divine sagesse de Paul, qui est comme une source toujours pure où les chrétiens vont s'abreuver, et dont l'eau salutaire leur donne la santé de l'âme, et les prépare pour l'immortalité.

LE Seigneur les a abreuvés de l'eau de la sagesse. alléluia ; elle se fortifiera en eux, et ne les abandonnera

AQUA sapientiœ potavit COS. alléluia : firmabitur in illis, et non flectetur, allcluia : et exalLe Mardi de Pâques.

pas, alléluia ; elle les élèvera en jjloire éternellement. Alléluia, alléluia.

Ps. Louez le Seigneur et invoquez son Nom ; publiez SCS œuvres parmi les nations. Gloire au Père. Le Seigneur.

tabit eos in œternum. Alléluia, alléluia.

Ps. Confitcmini Domino, et invocate Nomen cjus : annuntiatc inter pentes opéra ejus. Gloria Patri. Aqua sapientire.

L'Eglise, dans la Collecte, glorilîe Dieu qui daigne, chaque année, la rendre féconde et lui donner les joies maternelles au milieu des joies pascales : elle implore ensuite pour SCS nouveaux enl'ants la grâce de rester toujours conformes à leur maître ressuscité.

DEUS, qui Ecclesiain tuam novo semper fœtu multiplicas : concède famulis tuis, ut sacramentum vivcndo teneant, quod fîde perceperunt. Per Dominum nostrum Jcsum Chrislum. Amen.

ODiEU , qui renouvelez sans cesse votre Eglise dans de nouveaux enfants ; faites, s'il vous plaît, que vos serviteurs expriment constamment dans leur vie le mystère de résurrection qu'ils ont reçu par la foi. Par Jés ;.s-Christ notre Seigneur. Amen.

Lectio Actuum Apostolorum. Cap. xiii.

I N diebus illis : Surgens

J Paulus, et manu silentium indicens, ait : Viri fratres, fiiii generis A- braham, et qui in vobis timent Deum. vobis verbum salutis hujus miss im est. Qui cnim habitabant Jérusalem , et

I.cclurc des Actes des Apôtres. Chap. xih. EN ces jours-là, Paul se levant fit signe de la main pour réclamer le silence, et dit : C'est à vom, mes Frères, fils de la race d Abraham, et à ceux d'entrvous qui craignent Dieu, que cette parole de silu' a été envoyée. Car les habitants

.4 la Messe.

ses princes, Jésus , et

de Jérusalem et méconnaissant n'entendant pas les paroles des Prophètes qui se lisent chaque jour de Sabbat, les ont accomplies en le mettant en jugement ; et quoiqu'ils ne trouvassent rien en lui qui fût digne de mort, ils demandèrent à Pilate de le faire mourir. Et quand ils eurent consommé tout ce qui avait été écrit de lui, on le descendit de la croix, et on le mit dans le tombeau. Mais Dieu l'a ressuscité d'entre les morts le troisième jour ; et il a été vu durant plusieurs jours par ceux qui étaient venus avec lui de Galilée à Jérusalem, et qui, jusqu'à ce jour, lui rendent encore témoignage devant le peuple. Nous donc aussi, nous vous annonçons que la promebse faite à nos pères, Dieu l'a accomplie pour nos enfants, en ressuscitant Jésus-Christ notre Seigneur.

Înncipes ejus ignorantes esum, et voces Prophetarum, quae per omne sabbatum leguntur, judicantes impleverunt, et nullam causam mortis invenientes in eo, petierunt a Pilato, ut interficerent eum. Cumque consummassent omnia , quœ de eo scripta erant, déponentes eum de ligno, posuerunt eum in monumento. Deus vero suscitavit eum a mortuis tertia die ; qui visus est per dies multos his, qui simul ascenderant eum eo de Galilœa in Jérusalem : qui usque nunc sunt testes ejus ad plebem. Et nos vobis annuntiamus eam, quae ad patres nostros repromissio facta est : quoniam hanc Deus adimplevit filiis nostris, resuscitans Jesum Christum Dominam nostrum.

Ce discours que le grand Apôtre ht entendre à Antioche de Pisldie, dans la synagogue des luifs, nous montre que le Docteur des Gentils sui\'ait dans son enseignement îa même méthode que le Prince des Apôtres. Le point capital de leur prédication était la Résurrection de Jésus-Christ : vérité fondamentale, fait suprême, qui garantit toute la mission du Fils de Dieu sur la terre. Il ne suffit pas de croire en Jéeus-Christ crucifié,

3oo Le Mardi de Pâques.

si l'on ne croit en Jésus-Christ ressuscité ; c'est dans ce dernier dogme qu'est contenue toute l'énergie du christianisme, de même que, sur ce fait, le plus incontestable de tous, repose la certitude tout entière de notre foi. Aussi nul événement accompli ici-bas n'est-il comparable à celui-ci sous le rapport de l'impression qu'il a produite. Voyez le monde entier ébranlé en ces jours, la Pâque réunissant tant de millions d'hommes de toute race et sous tous les climats. Voilà dix-huit siècles que Paul repose sur la Voie d'Ostie; que de choses se sont eflacées de la mémoire des hommes, et qui cependant ont fait grand bruit en leur temps, depuis que cette tombe reçut pour la première fois la dépouille de l'Apôtre ! Le flot des persécutions submergea Rome chrétienne pendant plus de deu>i cents ans ; il devint même nécessaire, au m* siècle, de déplacer un moment ces ossements et de les enfouir aux Catacombes. Vint ensuite Constantin, qui éleva cette Basilique, et érigea cet arc triomphal près de l'autel sous lequel repose le corps de l'Apôtre. A partir de cette époque, que de changements, que de bouleversements, que de dynasties, que de formes de gouvernement se sont succédé dans notre monde civilisé et au delà ! Rien n'est demeuré immobile, si ce n'est l'Eglise éternelle. Chaque année, depuis au moins quinze cents ans, elle est allée lire dans la Basilique de saint Paul, près de sa tombe, ce même discours dans lequel l'Apôtre annonce aux Juifs la Résurrection du Christ. A l'aspect de cette durée, de cette immobilité jusque

A la Messe.

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dans des détails si secondaires, disons, nous aussi : Le Christ est véritablement ressuscité ; il est le Fils de Dieu ; car nul homme n'a jamais empreint si profondément sa main dans les choses de ce monde visible. A elle seule la Pàque proclame ce qu'il est ; et quand nous reconnaissons ce frappant caractère de perpétuité jusque dans les moindres rites, nous sommes en droit d'affirmer que si notre divin ressuscité est sublime diins l'éclatant soleil de sa gloire, il se laisse reconnaître encore jusque dans les moindres rayons qu'il réfléchit sur la Liturgie.

C'est le jour que le Seigneur a tait; passons-le dans les transports de l'allégresse.

f. Ainsi doivent chanter aujourd'hui ceux que le Seigneur a rachetés, qu'il a tirés des mains de l'ennemi , et qu'il a rassemblés de toutes les contrées.

Alléluia, alléluia.

^. Le Seigneur est ressuscité du tombeau : luimême qui avait été attaché à la croix.

HJEC dies quam fecit Dominus : exsultemus et lœtemur in ea.

^. Dicant nunc , qui redempti sunt a Domino, quos redemit de manu inimici. et de regionibus congregavit eos.

Alléluia, alléluia.

^. Surrexit Dominus de sepulcro, qui pro nohis pependit in ligno.

On chante ensuite la Séquence Victimœ paschali, ci-dessus, page 219.

La suite du saint Evangile selon saint Luc. Chap.

EN ce temps-là , Jésus parut au milieu de ses disSequentia sancti Evangelii secundum Lucam. Cap. xxiv.

ÎN illo tempore : Stetit Jésus in medio disciLe Mardi de Pâques.

pulorum suorum , et dixit eis : Pax vobis : ego sum, nolilc tiinerc. Conturbati vcro, et con-. territi , existimahant se spiritum vidcre. Et dixit eis : Quid turbati esiis, et cogitationes ascendant in corda vcstra ? Videte manus meas, et pedes , quia ego ipso sum : palpa te et videte : quia spiritus carnem et ossa non habet, sicut me videtis habere. Et cum hoc dixisset , ostendit eis manus et pedes. Adhuc autem illis non credentibus, et mirantibus

Erœ gaudio, dixit : Haetis hic aliquid, quod manducetur ? At illi oblulerunt ei partem piscis assi, et tavum mcllis. Et cum manducasset coram eis, sumens reli quias, dédit eis. Et dixit ad eos : Hrec sunt verba, quœ locutus sum ad vos, cum adhuc essem vobiscum , quoniam necesse est impleri omnia, quascriptn sunt in loge Moysi, et Prophetis, et P.salmis de me. Tune aperuit illis scnsum ut intelligercnt Scripturas. Et dixit eis : Quoniam sic scriptum est, et sic oportcbat Christum pati, et rcsurgore a mortuis tcrlia die : et prœdicari in

cipies, et leur dit : La paix soit avec vous : c'est moi, ne craignez point. Eux , pleins de trouble et de frayeur , croyaient voir un esprit. Et il leur dit : Pourquoi vous troublez-vous, et pourquoi ces pensées s'élèvcnt-cllcs dans vos cœurs ? Voyez mes mains et mes pieds ; c'est moi-même : touchez et voyez ; un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'ai. Et ayant dit cela, il leur montra ses mains et ses pieds. Mais comme ils ne croyaient point encore, dans rétonnement de leur joie, il leur dit : Avczvous ici quelque chose à manger ? et ils lui présentèrent un morceau de poisson rôti et un rayon de miel. Et lorsqu'il eut mangé devant eux, il prit ce qui restait et le leur donna. Et il leur dit : C'est là ce que je vous avais dit, lorsque j'étais encore avec vous, qu'il fallait que tout ce qui a clé écrit de moi dans la Loi de Moïse , dans les Prophètes, dans les Psaumes, s'accomplît. Alors il leur ouvrit l'intelligence , afin qu'ils entendissent les lîcritures. Et il leur dit : Il est ainsi écrit, et ainsi fallait-il que le Christ souffrît , et qu'il ressuscitât d'entre les morts le troisième jour, et que l'on préchût en son nom la pénitence et la rémission

A la Messe. 3o3

des pèches dans loutes les na- j nomine ejus pœnitentiam tions. et remissionem peccatoI rum in omnes gantes.

Jésus se montre à ses disciples rassemblés, le soir mcme de sa résurrection ; et il les aborde en leur souhaitant la paix. C'est le souhait qu'il nous adresse à nous-mêmes dans la Pâque. En ces jo«rs il rétablit partout la paix : la paix de l'homme avec Dieu, la paix dans la conscience du pécheur réconcilié, la paix fraternelle des hommes entre eux par le pardon et l'oubli des injures. Recevons ce souhait de notre divin ressuscité, et gardons chèrement cette paix qu'il daigne nous apporter lui-même. Au moment de sa naissance en Bethléhem, les Anges annoncèrent cette paix aux hommes de bonne volonté ; aujourd'hui Jésus lui-même, ayant accompli son œuvre de pacitication, vient en personne nous en apporter la conclusion. La Paix : c'est sa première parole à ces hommes qui nous représentaient tous. Acceptons avec amour cette heureuse parole, et montrons-nous désormais, en toutes choses, les enfants de la paix.

L'attitude des Apôtres dans cette grande scène doit aussi exciter notre attention. Ils connaissent la résurrection de leur maître ; ils se sont empressés de la proclamer à l'arrivée des deux disciples d'Emmaûs ; que leur foi est faible cependant ! La présence soudaine de Jésus les trouble ; s'il daigne leur donner ses membres à toucher, afin de les convaincre, cette expérience les émeut, les remplit de joie ; mais il reste encore en eux je ne sais quel fond d'incrédulité. Il faut que

3 04 Le Mardi de Pâques.

le Sauveur pousse la bonté jusqu'à mander devant eux, afin de les convaincre tout à hiit que c'est bien lui et non un fantôme. Cependant CCS honiiues, avant la visite de Jésus, croyaient déjà et confessaient sa résurrection ! Quelle leçon nous donne ce fait de notre Evangile ! Il en est donc qui croient, mais d'une ïoi si faible que le moindre choc la ferait chanceler ; qui pensent avoir la foi, et qui l'ont à peine emeurée. Sans la foi, cependant, sans une foi vive et énergique, que pouvons-nous faire, au milieu de cette lutte que nous avons à soutenir constamment contre les démons, contre le monde et contre nous-mêmes? Pour lutter, la première condition est d'être sur un sol résistant ; l'athlète dont les pieds posent sur le sable mouvant ne tardera pas d'être renversé. Rien de plus commun aujourd'hui que cette foi vacillante, qui croit jusqu'à ce qu'arrive l'épreuve de cette foi constamment minée en dessous par un naturalisme subtil, qu'il est si difficile de ne pas aspirer plus ou moins, dans l'atmosphère malheureuse qui nous entoure. Demandons avec instance la foi, une foi invincible, surnaturelle, qui devienne le grand ressort de notre vie tout entière, qui ne cède jamais, qui triomphe toujours au dedans de nous-mêmes comme à l'extérieur ; afin que nous puissions nous approprier en toute vérité cette forte parole de l'Apôtre saint Jean : « La victoire qui met le monde tout entier sous nofi pieds, c'est notre foi. » (I Johan. v, 4.)

Dans l'Olïerloire, l'Eglise, empruntant les

A la Messe.

paroles de David, nous montre les sources d'eau jaillissant de la terre aux accents de la voix tonnante du Seigneur. Cette voix majestueuse, c'est la prédication des Apôtres, et particulièrement celle du grand Paul ; ces fontaines sont celles du Baptême dans lesquelles nos néophytes ont été plongés, pour y être rendus participants de la vie éternelle.

LE Seigneur a tonné du ciel ; le Très-Haut a fait retentir sa voix, et les sources d'eau ont jailli. Alléluia.

j NTONUIT de cœlo Do1 minus, et Altissimus dédit vocem suam : et apparuerani fontes aquarum. Alléluia.

L'Eglise demande, dans la Secrète, que le Sacrifice qu'elle va otfrir nous aide à nous acheminer vers cette gloire infinie dont le saint Baptême est la voie.

RECEVEZ, s'il vous plaît, Seigneur, les prières des fidèles, avec ces hosties que nous vous offrons ; afin que par ces devoirs de notre pieuse dévotion, nous obtenions d'arriver à la gloire céleste.. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

Dans l'Antienne de la Communion , on entend saint Paul lui-même qui, s'adressant aux néophytes, leur indique quelle vie ils doivent mener désormais, pour être l'image fidèle de leur Sauveur ressuscité.

SUSCIPE, Domine, fidclium preces cum obk - ticnibus hostiarum : ut par h.-ec piœ devotioni^ officia, ad cœlestem gloriam transeamu-.Per Dlminum nostrum Jesum Christum. Amen.

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Le Mardi de Pâques.

SI vous êtes ressuscites avec le Christ, recherchez ce qui est en haut, là où le Christ est assis à la droite de Dieu, alléluia : p;oiitez ce qui est en haut. Alléluia.

v^l consurrexistis cum ^-- Christo, qua? sursum sunt quantité, ubi Christus est in dcxtera Dci sedens , alléluia : qucX sursum sunt sapitc. Alléluia.

S'unissant aux vœux de l'Apôtre, la sainte Eglise implore, pour ses nouveaux enfants qui viennent de participer au Mystère pascal, la persévérance dans la vie nouvelle dont ce divin Sacrement est à la fois le principe et le moyen.

CONCEDE , quaîsumus omnipotens Deus, ut paschalis perceptio Sacramenti , continua in nostris mentibus perseveret. Pcr Dominum nostrum .Tesum Christum. Amen.

f^AiTES, s'il vous plaît, Dieu

1 tout-puissant, que la vertu du Mystère pascal auquel nous venons de participer, demeure constamment dans nos âmes. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

L'Office des Vêpres est le même que celui du jour de Pâques, excepté l'Antienne de Magnificat et la Collecte, qui sont propres au Mardi.

ANTiENNt: DE Magnificat.

\j IDETE manus

^^^- V meas et pe^ des meos, quia ego ipse sum. Alléluia, alléluia.

A ..^ \7 0VEZ mes mains

^'^^^ V et mes pieds;

c'est bien moi. Alléluia, aileLa Collecte ci-dessus, à la Messe, p. 298.

Le Mardi de Pâques.

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Le troisième jour de la création vit les eaux qui couvraient la terre descendre, à la parole du Fils de Dieu, dans le bassin des mers, et la surface du globe se dessécher, et devenir habitable aux êtres qui bientôt allaient être appelés du néant. C'est aujourd'hui que notre demeure passagère commence à apparaître aux regards des Anges. Un jour, ce même Fils de Dieu qui aujourd'hui la dégage des eaux, daignera venir l'habiter lui-même dans une nature humaine; offrons-! a- lui comme son domaine, sur lequel toute puissance lui sera donnée comme au ciel. (Matth. xxviii.) Le Bréviaire Mozarabe nous otiVe, dans cette belle prière, un heureux emploi des figures cachées sous la lettre du livre sacré.

/~^i Dieu tout-puissant , ô ^-^ Père, qui avez daigné, le troisième jour , séparer de la masse des cœurs infidèles un peuple quia soif de s'abreuver aux sources de la foi, comme la terre que vous séparâtes des eaux salées appelle l'irrigation ; sépareznous de ceux qui n'ont pas la foi, et faites que, affranchis de tous les doutes, nous proclamions la résurrection de votre Fils. C'est le troisième jour depuis qu'il est ressuscité du tombeau ; qu'il daigne nous ressusciter nousmêmes par l'infusion des trois vertus ; que la foi, l'es. MKIPOTENS Deus Pater, qui die tertio ab infidelium cordibus. quasi ab inferioribus saisis aquis aridam , id est populum fontem fidei sitientem , segregare dignatus es ; da nobis, ut ab infidelium laqueis segregati , resurrectionem Filii tui prœdicemus indubii : ut qui tertio ab inferis suscitatus est die, trina nos virtutum copulatione resuscitet : que fide, spe et charitate robusti, de aeterno resurrectionis mereamur munere consolari.

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Le Mardi de Pdquesv

pérance et la charité nous rendent forts et dignes d'être consolés par le don éternel de la résurrection.

Continuons de célébrer la Pâque, en empruntant les formules sacrées des antiques Liturgies. Le Missel de i'Kglisc gothique d'Espagne nous fournit d'abord cette magnifique Préface, où le mystère de la Résurrection est célébré avec une éloquence et un enthousiasme inspirés de ce que les Pères ont dit de plus beau sur la Pâque.

DIGNUM et justum est nos tihi semper cum Pâtre et Spiritu Saucto individua divinitate régnant! , çjratias ngere , Domine Jesii Christe, Qui nos tam admirabi liter condidisti. tant de menter redcmisti. Non laboribus in faciendo fatigatus, non passionibus in redimendo consumptus. Fecit virtus potcntialiter quos rcdemit pietas tam clementer. Totum tibi est in veritate possibile , quia hoc ipsum tibi, exceplo humanitatis privilegio , cum Pâtre et Spiritu Sancto est essentialiter cojçquaic. Ita tamen posse te manet quod velle te dccet. Id est ut, omnipotens . cuncta facias

j L est digne et juste que I nous vous rendions grâces à jamais, Seigneur JésusChrist, qui régnez dans une même divinité avec le Père et le Saint-Esprit, de ce que vous nous avez créés avec un pouvoir si admirable , et racheics avec une si grande miséricorde. Ni le labeur ne vous a fatigué, créateur : ni la souffrance ne vous a anéanti, rédempteur. Votre puissance sans bornes nous a donrié l'être : votre ineffable bonté nous a octroyé la rédemption. Tout vous est possible ; car , à part votre humanité, tout est en vous consubstantiel au Père et au Saint-Esprit. Tout ce qu'il vous convient dj vouloir, vous le pouvez; dans votre toute-puissance, vous faites ce qu'il vous plaît ;

Le Mardi de Pâques.

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dans votre justice , vous jugez avec une souveraine équité ; dans votre clémence, vous nous rendez parfaits pour nous couronner.

D'un seul signe de votre redoutable majesté , vous pouviez briser notre ennemi : vous avez préféré labattre par voire propre humiliation. Ainsi vous nous avez fait voir que la tyrannie des princes de l'air , qui sont nos ennemis, n'a rien d'irrésistible en présence de votre majesté, lorsque vous n'avez e.i besoin que de nos faibles n;embres pour réduire à niant tout lorgueil de votre ennemi. Ce superbe adversaire a senti en gémissant toute la profondeur de sa chute , quand il a vu que c'était par l'humilité même qu'il était écrasé. La Sagesse iivine a voulu vaincre de cette manière la ruse de

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